Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/revueencyclopd11jull o o REVUE ENCYCLOPÉDIQUE. REVUE ENCYCLOPÉDIQUE, ou ANALYSE RAISONNÉË DES PRODUCTIONS LES PLUS REMARQUABLES I)\NS LA. LITTÉBATURE , LES SCIENCES F,T LES ARTS, PAR UNE RÉUNION DE MEMBRES DE L'INSTITUT, ET D AUTRES HOMMES DE LETTRES. TOME XL PARIS, AU BUREAU CENTRAL DE LA REVUE ENCYCLOPEDIQUE, Rue d'Enfer-Saint-Michel, II" 18. KT CHEZ ARTHUS BERTRAND, RUE HAUTEFEUILLE , «"25. LONDRES. TRF.XITTEL ET WURTZ, ET DULiVU ET C""' JUILLET l8î>I. io 1163 t. Il a Toutes les sciences sont les rameaux d'une même tige. » Bacoit. « L'art n'est autre chose que le contrôle et le registre des meilleures productions A contrôler les productions (et les actions) d'un chacun, il s'engendre envie des bonnes , et me'pris des mau- vaises. 5> MOKTAICNE. « Les hclles -lettres et les sciences, bien étudiées et bien comprises , sont des instruracus universels de raison ^ de vertu, de bonheur. « REVUE ENCYCLOPÉDIQUE , ou ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES Des productions les plus remarquables dans la Littérature , les Sciences et les Arts. 1. MÉMOIRES, NOTICES, ^ LETTRES ET MÉLANGES. NOTICE Sur les chèvres de race thibétaine , dites chèvres- cachemire (i). L'intérêt que le public éclairé a paru prendre à Tim- portalion des chèvres de Cachemire, efiectuée en 1819, (1) On peut consulter dans le Bulletin de la société d'encourage- ment pour l'industrie nationale ^ n» clxxv> une rotigs très-intéres- tante sur l'introduction en France des chèures à laine de Cachemire, originaires du Thibet, par M. Tkrnaux, membre de la chambre des députés et du comité des arts mécaniques de la société d'encourî- gement. 6 NOTICE par les soius de MM. Ïernai;x et Jalbert, nous déter- mine à faire connaître à nos lecteurs l'état actuel de cette belle entreprise , et les résultats qu'ont procurés trois années d'observations et d'expériences. Quelque minutieux que puissent être les détails où nous allons entrer, ils ne paraîtront pas indiflférens aux agriculteurs instruits, aux manufacturiers intelligens, aux nombreux amis de l'industrie nationale. Le troupeau se composait, au moment de son arri- vée en France , de deux grandes divisions , dont l'une , amenée par le navire te Saint-Nicolas , avait été débar- quée à Marseille , et l'autre ^ embarquée sur la Ca- therine, était arrivée à Toulon. Le troupeau du gouvernement et une partie de celui qui appartenait à MM. Ternaux et Jaubert furent diri- gés vers la bergerie royale de Perpignan , d'après l'avis du respectable M. Tessier , membre de l'Institut , qui, après avoir contribué à procurer à la France l'inap- préciable bienfait de l'introduction des moutons méri- nos , devait naturellement associer son nom à l'hon- neur de cette nouvelle importation ; le reste fut confié aux soins de divers propriétaires provençaux. La division stationnée dans les environs de Perpignan a constamment prospéré ; les animaux sont dans un état de santé parfait; la beauté de leur duvet ne laisse rien à désirer, leur nombre est plus que doublé. Soit que le climat de la Provence fût moins favo- rable , soit qu'on eût laissé brouter à ces animaux des plantes moins salutaires , soit par défaut de soins , la division stationnée î» Toulon perdit, dans les première* SUR LES CHÈVRES DE RACE THIBÊTAINE. 7 années , un nombre considérable de chèvres , en com- paraison des mortalités éprouvées à Perpignan et ail- leurs. Cette circonstance détermina MM. Ternaux et Jaubert à les disséminer dans l'intérieur du royaume , au moyen de ventes particulières, et à faire venir à Saint-Ouen , près Paris , la majeure partie de celles qui restaient. Elles y sont au nombre de cent quatre-vingts environ , dont un tiers provient de l'importation pri- mitive , un tiers de la croissance de 1820, et un tiers de celle de 1821. Elles sont parquées dans un grand carré , entouré d'arbres qui leur procurent un ombrage très-frais en été; aux deux extrémités , sont deux petits réservoirs d'eau fraîche , et deux bergeries construites sur le modèle de celles du Jardin des Plantes ; les chèvres peuvent boire , s'abriter, entrer et sortir libre- ment , quoique conservant toujours les séparations au moyen desquelles on peut suivre l'éducation de ces précieux animaux, dans toutes les périodes de leur exis- tence et de la croissance de leur duvet. Cette disposi- tion , pratiquée avec autant d'économie que d'intelli- gence , donne h cette partie du parc de Saint-Ouen un air pittoresque et animé qui produit une sensation très -agréable. Lechevrier a remarqué que les personnes qui visitent ce lieu ont de la peine à s'en éloigner. Ces animaux ont dans leurs mouvemens une liberté , une adresse et un moelleux remarquables ; les jeunes surtout ressemblent aux plus jolis petits chiens pour la forme et aux jeunes chats pour la grâce; ils diffèrent de notre race indigène, en ce qu'ils ont les oreilles pendantes , la queue retroussée , les cornes droites et 8 NOTICE presque toujours croisées. Ces chèvres ne sont pas plus grandes que les noires, mais elles ont plus de corps; et, en les comparant avec nos plus belles espèces de chèvres blanches , dont M. Ternaux a réuni quelques- unes dans son parc , on y peut observer la même diffé- rence qu'entre les chevaux arabes et les chevaux euro- péens. Le lait de chèvre de race thibétaine paraît être substantiel et abondant, puisque les jeunes animaux sont, au bout de trois semaines, aussi grands et aussi forts que ceux du pays , au bout de six ; ils semblent d'un naturel moins sauvage que les nôtres, moins vagabonds , plus faciles à garder et à faire marcher en troupe. Ces animaux ne sont pas plus difficiles à nourrir que les chèvres de France ; ils man2:ent tout , même les marrons d'inde, les fannes de pommes de terre, les herbes provenant du sarclage, les fleurs que l'on arrache lorsqu'elles sont passées , les branches et les feuilles de toute espèce; il en résulte que, sans rien prendre sur la nourriture des vaches , on peut , dans chaque parc ou jardin , nourrir une certaine quantité de chèvres-cachemire avec les débris de ver- dure que l'on jetterait. La nourriture d'hiver, toujours la plus coûteuse pour toute espèce d'animaux, est aussi très-écono- mique pour ceux-ci, surtout dans les pays de vignobles; on peut la composer de feuilles de vigne que l'on ra- masse après les vendanges, en les mettant dans des tonneaux ou dans des vases quelconques ouverts par dessus ; on les y tient entassées avec des planches en SUR LES CHÈVRES DK RACE THlBÉrAINE. 9 croix , sur lesquelles on pose une ou deux grosses pierres ; on y verse ensuite de l'eau fraîche, qu'on a soin d'entretenir tous les huit ou quinze jours , de manière à compenser l'évaporalion et à ce que les feuilles n'aient aucun contact avec l'air extérieur; on peut y jeter un peu de sel, dont les chèvres sont très- friandes , mais cette dépense n'est pas nécessaire. Les feuilles d'orme, et même celles de tout autre arbre , peuvent aussi être conservées et servir à la nourriture de ces animaux. Mais, ce qui leur est aussi favorable que l'avoine et le son , c'est le marc de raisin , même après qu'on en a fait la piquette ou l'eau-de-vie , lorsqu'on est prêt enfin à en faire du fumier. On doit le conser- ver de la même manière que les feuilles de vigne. La chair, qui est très-bonne lorsqu'elle provient de jeunes animaux, ou le lait dont on peut faire du fro- mage , offrent encore une branche d'économie ru- rale utile à exploiter, à plus forte raison lorscju'on peut laisser brouter les troupeaux toute l'année dans les landes , dans les bois , ou sur les montagnes , sans s'en inquiéter. Comme il est constant que ces ani- maux se plaisent mieux qu'aucun autre dans des températures diverses, puisqu'ils multiplient depuis le 3o"^ jusqu'au 62"^ degré de latitude, il n'est pas h craindre qu^ils souffrent dans aucun climat de la France , et Ton n'a point remarqué que le climat des environs de Paris leur fût plus nuisible que celui de la Provence. L'humidité, que ces chèvres supportent aussi aisément que les moutons (avec lesquels elles ont d'ailleurs plusieurs traits de ressemblance ) , est néan- 10 NOTICE moins ce qu'elles ont le plus à redouter. Les pertes qui ont été faites , depuis que ces précieux troupeaux sont en France , sont provenues de ce qu'on nomme la ma- ladie des bois, parce que ces chèvres avaient mangé, au printems , une trop grande quantité de jeunes bourgeons ou d'herbes trop fraîches et trop humides. On sait qu'en général les chèvres se reproduisent rapidement. Celles-ci ont souvent donné deux che- vreaux , et plusieurs d'entre elles ont été couvertes deux fois dans la même année, avec succès; toutes sont pro- pres à la multiplication , à l'âge de quinze à seize mois, et quelquefois beaucoup plus tôt. Une chevrette , née au mois de février 1820, a mis bas une chevrette au mois d'avril 1821. Depuis deux ans que l'importation a eu lieu , on n'a pas remarqué que ces animaux aient dégénéré sous aucun rapport ; le duvet qu'ils produisent est toujours aussi beau et aussi abondant que celui des jeunes bêtes qui sont nées depuis leur séjour en France. Une seule chèvre indiçrène a été couverte dans la première année , parce qu'alors les boucs étaient telle- ment insuffisans qu'il fallut envoyer à la Valduc , près Marseille, le bouc de Cachemire qui était au jardin du roi. Cette seule chèvre , sans duvet , a produit par le croisement une chevrette qui donne un duvet fort beau , S3 rapprochant bien plus du duvet de Cache- mire que du duvet indigène. Celte épreuve ne laisse au- cun doute sur la possibilité d'obtenir, par le croisement des chèvres de Cachemire avec les nôtres , le même succès qu'ont obtrmi les agriculteurs par le croisement SUR LES CHÈVRES DE RACE THIBÉTAINE. 11 (les mérinos avec les moutons du pays^ et la récolle du duvet sera au moins un bénéfice net, provenant de la substitution d'une race à l'autre. Nous disons bénéfice net, parce que, s'il est vrai que quelques espèces de chèvres indigènes aient du duvet sous leur long poil, comme les chèvres de Cachemire , et que ce duvet soit fin et moelleux , il n'est pas moins constant qu'il est mou , cotonneux , incapable de supporter l'opération du peignage , et par cela même de servir à la fabrica- tion des chfds; il se trouve en si petite quantité d'après tous les renseignemens parvenus au ministère de l'in- térieur , qu'il ne vaut pas la peine d'élre recueilli. Il est d'ailleurs généralement gris, et je ne sache pas qu'on en ait trouvé de très-blanc en France ; cette dernière condition , qui rend le duvet propre à recevoir toute espèce de couleur, est cependant indispensable. Au reste , l'existence de cette race de chèvres indi- gènes ,, portant duvet, est un indice précieux, parce qu'il donne la certitude qu'étant croisées avec les races de Cachemire , elles ne tarderont pas à nous affranchir d'un tribut que nous payons à l'étranger pour l'achat de cette matière ; tribut qui deviendrait d'autant plus onéreux que , de toutes les substances filamenteuses , le cachemire réunit le plus d'élasticité, de douceur, de chaleur et d'éclat ; propriétés qui tendent à en accroître de plus en plus l'emploi. La substitution de la race de Cachemire à nos races indigènes aura cet avantage que nos manufactures, ali- mentées par leur produit, ne pourront plus être arrêtée:? 12 NOTICE SUR LES CHÈVRES DE RACE THIB. dans leurs travaux par une guerre ou par des événe- mens qui empêcheraient de tirer de l'étranger cette matière. Pour mieux apprécier les utiles résultats de la natu- ralisation des chèvres , dites de cachemire en France , il serait important d'être fixé sur la quantité de duvet qu'on peut espérer de recueillir, ainsi que sur le prix qu'on peut en obtenir, comme on l'est sur la qualité ; mais on n'a pas encore de données certaines sur ces deux points , parce qu'il existe beaucoup d'inégalités. Quelques chèvres ont donné 200 et 3oo grammes de duvet j tandis que d'autres n'en ont produit que 100 ou 120, soit qu'elles eussent le poil ras ou long. Il en a été recueilli , l'année dernière , à la bergerie royale de Perpignan, environ 12 kilogrammes sur 100 animaux; ce qui, d'après le rapport de M. Tessier, a donné 5° 2;o par chaque bête , l'une portant l'autre ; mais on en avait beaucoup perdu , h cause de la gale que le troupeau avait eue. Il n'y a pas de doute que , d'après leur par- fait état de santé, la récolte , cette année , ne soit plus abondante. Cette petite quantité est d'autant plus sur- prenante que les animaux dont on n'avait pas encore recueilli le duvet par le peignage, en paraissaient très- chargés. Depuis quelque tems, le prix de cette matière a beaucoupvarié; on peut aujourd'hui acheter pour gfr. le 1^2 kilogramme de cachemire blanc , épluché , qui coû- tait , il y a deux ans , 20 à 22 fr. Mais , quelque modéré que soit le prix de ce duvet , quelque petite qu'en soit la quantité , toujours y a-t-il un avantage h échanger la BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 13 race française contre une espèce incomparablement plus parfaite. N. B. Nous croyons utile de mentionner ici les noms de quelques propriétaires français qui élèvent en ce moment des chèvres-cache- mire, et qui auront sans doute de nombreux imitateurs : M"»* Gibelin-IVoé , au Verger, près INIarseille (Bouches du Rhône). MAI. Heurtaut de Lamerville, à Laperisse (Cher). Givry père, à Varry (Cher). Théodore Geslin, à Beaurepaire. Bonnemère, à Sau- mur (Maine-et-Loire). D'Artigues, à Vonêches (Ardennes. ) Petit— Hutin,à Rheims (Marne.)DeNeuvillette,à Vilbruan (Haute-Marne). Harmand, préfet, à Mezières (Ardennes.) E. Boucherot , à Chartres (Eure-et-Loir.) Barthellemy, à INIetz (Mozelle. ) Poidbart, à Lyon ( Rhône.) De Courcy, à Gerville (Seine-Inférieure.) Rion, à Brest (Finistère. ) Rogier, à Moulins (Allier. ) Biographie de Shakespeare, et coup d'oeil général sur le caractère distinct if de son génie (i). On ne voit jamais Sdarespeare en France qu'au milieu des bourreaux et des supplices, armé du poignard ou de la coupe empoisonnée, et se plaisant à épouranter l'imagi- nation de ses lecteurs par la peinture de tout ce que le crime a de plus atroce et le vice de plus hideux. On se le (i) Shakespeare n'était connu en France que par la traduction très-fautive de Letourneur ; MM. Guizot et Pichot ont entrepris une révision complète de cette traduction , et le libraire Ladvocat s'est chargé de la nouvelle édition , dont il a déjà publié cinq volumes. Il met beaucoup d'activité et d'exactitude dans cette entreprise, ainsi que dans la publication de la traduction de Schiller par M. de Barante, dont il a paru trois volumes. Le ministre de l'intérieur a souscrit pour vingt-cinq exemplaires de chacun des deux ouvrages. iA BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. représente j implacable et terrible, comme la Némésis an- tique, éclairant le front des coupables de la lueur livide de son flambeau, ou les voilant d'un funèbre linceul pour les abandonner au bras vengeur de la justice. Les spectres, les cercueils, les instrumens de torture, les écbafauds, voilà les accompagnemens éternels que l'on donne à ses lugubres drames. Voltaire , qui le premier fit connaître Shakespeare en France , a contribué surtout à faire naître cette fausse idée; et les critiques superficiels, qui croient souvent donner une haute opinion de leur patriotisme , en défendant même les prétentions injustes de la vanité natio- nale, aux dépens de la gloire véritable et fondée de c& qu'ils appellent les étrangers, comme si les lettres n'avaient pas partout leur droit de naturalisation , se sont emparés de cette assertion, pour répéter à l'envi que les mélodrames français étaient souvent des chefs-d'œuvre de raison auprès des grotesques et absurdes compositions du sauvage ivre. Les plus raisonnables d'entre eux avouaient bien qu'il y avait parfois de l'or dans le fumier de ce barbare ; mais ils prétendaient en même tems que , s'il réussit parfois à vous faire trembler, s'il sait mieux qu'aucun autre pré- senter le crime dans sa honteuse grandeur, il dépasse aussi trop souvent les bornes de la terreur tragique et ne sait jamais redescendre à de plus doux tableaux pour éveiller notre sympathie, à la vue des vertueuses douleurs d'une autre Andromaque nu des intéressantes faiblesses d'une tendre Monime. Il est d'autant plus étrange de voir une telle opinion accréditée , que les défauts et les qualités de Shakespeare sont réellement tout-à-fait opposés aux défauts et aux qua- lités qu'on lui accorde. Chez lui , la terreur n'est qu'un ressort très-secondaire , tandis que le pathétique est son BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 15 caractère vraiment distinctif. Shakespeare était un écrivain profondément moral, qui sentait bien que, si la terreur peut un instant étonner les hommes, ce n'est qu'en parlant à leur cœur qu'on obtient sur eux un triomphe durable. H savait, en nous inspirant l'horreur du crime, par lequel les coupables s'isolent de l'humanité, appeler ensuite la pitié sur eux, en les rendant à l'humanité par la puissance du remords. C'est ainsi qu'autrefois lecygnedel'Ausonie, l'harmonieux et tendre Virgile, après avoir fait descendre Mézence du rang d'homme pour le placer dans celui des tyrans, sait le relever ensuite en lui donnant les affections et les douleurs d'un père. Convaincu, comme Virgile, que le vice est hors de la nature et ne peut exciter aucun intérêt, Shakespeare, bien différent des poètes qui pré- tendent être de son école, a toujours su le faire plaindre dans l'adversité , mais jamais il ne lui a concilié dans sa prospérité une immorale admiration. Les défauts de Shakespeare tiennent à l'abus même de ses qualités. Ce qu'on peut lui reprocher, c'est plutôt de l'afféterie et du bel esprit qu'un excès de force ou de roideur. Quand nous ne saurions pas, par les détails qui nous sent parvenus sur lui, qu'il eut une de ces âmes tendres, dont le sort est de souffrir plutôt que de faire souffrir les autres , la lecture de ses ouvrages suffirait pour nous prouver qu'il était fortement attaché aux qualités qui ho- norent l'homme, et animé d'une haine vertueuse contre les vices qui le dégradent. Ce n'est point dans les conceptions qui demandent l'application de toutes les forces de l'intel- ligence, qu'on reconnaît la vérité de cette opinion reçue, que l'écrivain se peint dans ses ouvrages. Si l'on veut saisir son caractère, il faut attendre qu'il s'abandonne sans méfiance à l'inspiration de ses affections naturelles. Si ce 16 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. n'est point l'artiste que Ton veut observer, il faut laisser de côté tout ce qui appartient à l'étude , pour saisir ce qui est de la nature. Malheureusement, l'homme ne se retrouve souvent que dans un trait fugitif, qui échappe aux obser- vateurs superficiels et qui se perd en passant d'une langue dans une autre. Les traducteurs rendent assez bien le grand, le beau, le terrible, l'artificiel; mais le simple, le pathétique, le naturel résiste à leurs efforts. Voilà par quelle raison un des écrivains les plus pathétiques a été si long-tems un des écrivains les plus méconnus. Un coup d'œil rapide sur sa vie fera mieux comprendre ce que nous avons à dire de lui comme auteur. William Shakespeare naquit à Stratford sur l'Avon , dans le comté de Warwick, le 23. avril i56A, la 6' année du règne d'Elisabeth. Ses premières études durent lui ins- pirer fort peu de goût pour les lettres grecques et latines. L'usage s'était alors introduit de faire apprendre par cœur auxenfans desrudimens écrits en latin, et de leur enseigner les règles de la syntaxe au moyen de vers écrits aussi dans ce latin barbare. Aussitôt que leur jeune intelligence commençait à surmonter l'ennui de ce fastidieux travail, on plaçait dans leurs mains, non pas ces auteurs qui, plus voisins que nous des tems où les libertés individuelles étaient encore respectées et où la raison -n'était point en- chaînée par des formules artificielles , ont imprimé à leurs mules écrits un noble caractère d'indépendance et de vé- rité, mais des auteurs faits exprès pour les tems nouveaux et les nouvelles formes sociales; tel était, par exemple, Vitpmdf>X"i,swe E lisabeika, \i\re écrit en vers latins pour recommander aux sujets anglais un respect loyal et absolu pour le caractère et l'administration d'Elisabeth et de ses sages ministres, quels qu'ils fussent. Ce livre, d'après les injonctions expresses de l'autorité supérieure, devait être BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. il tèputé classique et se graver d'une manière indélébile dans la mémoire de tous ceux qui seraient un jour appelés à jouir des bienfaits d'un tel gouvernement. Soit que la fausse direction donnée aux études dégoûtât le jeune Sha- kespeare, soit que la fortune de son père, diminuée par quelque accident, ne lui permît pas de suivre plus long- îems les cours du collège, il en sortit de fort bonne heure, muni d'une assez mince provision de connaissances clas-' siques, que sa vie agitée ne lui permit pas d'augmenter. A dix-sept ans, on le trouve déjà marié et établi, selon les uns, comme négociant en laine, ainsi que l'était son père; suivant d'autres, comme notaire dans sa ville natale. Ce mariage précoce lui procura sans doute Fort peu d'agrémens, car on le voit peu après associé à plusieurs jeunes gens pour exercer quelques déprédations dans les jparcs voisins. Une de ces dernières espiègleries, punies alors avec la plus jalouse sévérité , l'obligea de quitter la scène de ses dissipations. Il ne fut peut-être pas fûché de saisir cette occasion pour se débarrasser des soucis du mé- nage et se jeter sans contrainte dans le tourbillon des plaisirs de la capitale. Laissant donc sa femme et sa fa- mille à Stratford, il se rendit à Londres, vers l'année i586 ou 1687, âgé d'environ vingt-deux ans; il y mena, pen- dant plusieurs années, une vie assez obscure et dont il déplore amèrement l'infortune dans ses sonnets (29, 3?, 90,91, 112) imprimés long-tems après. Quelques bio- graphes prétendent qu'il fut réduit à tenir la bride des chevaux de ceux qui allaient au spectacle; d'autres en font un assistant de souffleur, chargé d'avertir les acteurs du moment de leur entrée en scène. Des témoignages plus dignes de foi nous le montrent acteur lui-même , et ayant déjà obtenu, en iSSg, 90 et 91, une assez grande répu' tation par son habileté à corriger d'anciennes pièces de TOMK XI. 2 18 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. théâtre et à les adapter à la scène. En lôga, des auteurs qui, probablement, s'étaient bien trouvés de ses conseils, avaient consenti à laisser imprimer son nom à côté du leur. Suivant quelques commentateurs , ce fut cette année qu'il essaya de faire paraître plusieurs pièces qui lui appartenaient entièrement. L'opinion la plus commune place PéricUsy ainsi que la première et la deuxième partie à^ Henri FI ^ parmi les plus anciens ouvrages qui nous restent de lui. Il est assez probable qu'en cela, comme sous d'autres rap- ports , semblable à notre illustre Molière , on ne date son existence littéraire que du moment où son génie se fut déployé dans des compositions d'un ordre supérieur. Alors seulement le public, aussi bien que lui-même, attacha quelque importance à la conservation de ses ou- vrages. Son poème de J^ènus et Adonis, publié en i595; celui sur le rapide Lucrèce , publié en i59A ; sa collection de honnets , sous le titre du Pèlerin passionné ^ sont au- tant de témoignages incontestables de l'ardeur avec la- quelle il se livrait au culte des muses, et de la célébrité qu'il avait déjà obtenue; malheureusement, sa fortune ne s'accroissait pas en proportion de sa renommée. Obligé d'exercer un état pour lequel il ne s'était jamais senti de vocation bien déterminée, et qui l'exposait à de conti- nuelles humiliations , il trouvait quelque adoucissement à décrire en beaux vers les chagrins dont son ame était oppressée. yî raconter ses maux, souvent on les soulage. Shakespeare devait d'autant mieux sentir les désagré- mens de son état qu'il n'était pas placé en première ligne. Il faut croire qu'un défaut d'organisation ou la faiblesse de son organe lui présentèrent un obstacle insurmontable; autrement, l'homme qui a écrit les conseils donnés par BIOGIUPHIE DE SHAKESPEARE. 19 Hamlet aux comédiens, et les huit vers placés dans la bouche de Buckingham et dé Glocester, dans Richard III ^ n'aurait pas manqué d'arriver à un très-haut degré de su- périorité dans son art. Il remplissait ordinairement les rôles de père dans la comédie, et ceux de roi dans la tragédie. Peut-être aussi, le public de Shakespeare et le public de Molière n'étaient-ils pas en état d'apprécier la simplicité naturelle de leur jeu. Mais, en dépit des obstacles et des rivalités, sa célébrité s'augmentait de jour en jour. Depuis l'année iSgS, où parut Roméo et Juliette., jusqu'à l'an- née 16 13 où il termina, par Othello, sa carrière dra- matique , on compte près de quarante pièces de théâtre reconnues de lui; dans ce nombre se trouvent des comé- dies, des comédies féeries, des tragédies et des canevas historiques. Son talent n'était pas, en effet, borné à un seul genre , et l'on pouvait dire de lui ce qu'on disait de notre Buffon,que l'étendue de son génie se mesurait sur la grandeur de la nature. Les bénéfices qu'il retira de toutes ses pièces et de sa part dans la direction du théâtre, nommé h Globe , qui lui avait été concédée par Jacques I", mirent peu à peu sa fortune dans un meilleur état. Dès qu'il se vit un peu d'indépendance, il ne songea plus qu'à quitter le théâtre et à se retirer à la campagne pour y finir tranquillement ses jours. Une somme assez considérable qu'il reçut de l'amitié de lord Sonthampton, à qui, dans sa jeunesse, il avait dédié ses premiers ou- vrages, lui servit à compléter le prix de l'achat d'une jolie propriété dans son pays natal. C'est là que ses contempo- rains nous le représentent, occupé de la culture de son jardin et de nombreux actes de bienfaisance qui le ren- dirent aussi cher à ses compatriotes qu'il s'était fait aimer de ses camarades de théâtre. Son bonheur, à Londres, 2 * 20 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. était d'obliger tous ceux qui l'entouraient, et de favoriser les jeunes auteurs. Ce fut lui qui se fit le premier protec- teur de Ben-Jonson. Les acteurs avaient refusé sa pièce ; Shakespeare soutint le courage du jeune poète dont il avait deviné le talent, se chargea de son ouvrage, en pressa la représentation, et contribua à sa fortune drama- tique. Ainsi Molière, depuis, encouragea le jeune Racine. A Stratford , devenu plus riche, son obligeance s'éten- dit plus loin. Il visitait un jour la veuve d'un oflicier que son mari, en mourant, avait laissée sans ressources et chargée d'une nombreuse famille. La veuve lui raconta ses chagrins. Shakespeare sort sans rien dire, et revient un instant après avec une somme de douze mille francs qu'il remet à la veuve, en regrettant de ne pouvoir faire davan- tage. Cette bienveillance de caractère ne contribua pas moins sans doute que la douceur de sa poésie à le faire désigner par les noms du hoTi ^ du doux, du tendre Sha- kespeare, du cygne harmonieux de VAvon, épilhètes res- tées inséparablement attachées à son nom, en Angleterre. On aime à voir tous ceux qui l'ont connu s'accorder pour célébrera la fois la gaîté philosophique de son caractèi'e, le charme de son intimité, la sûreté de son commerce et le calme inaltérable de son humeur. Tous les poètes de son tems ne parlent jamais de lui qu'en l'appelant le dé- duisant j le moelleux Shakespeare j le Tèrence moderne y P esprit irrésistible , dont la plume répand des flots de miel et de nectar Son génie était encore dans sa maturité, lorsqu'il renonça au théâtre pour retrouver dans les champs ces plaisirs purs qui avaient toujours eu tant de charmes pour son ame simple et aimante; îl n'avait alors que quarante-neuf ans. Racine fut de même, et trop tôt pour nous, désabusé des illusions de la gloire. Les esprits plus froids peuvent seuls se BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 21 conserver intacts , au milieu du froissement des passions du monde. Le génie est comme l'amour qui fait vivre des siècles en peu d'années, et donne de bonne heure au repos tout l'attrait que l'on trouvait auparavant dans le trouble et dans les orages. Le tranquille bonheur que ce changement de situation fit goûter à notre poète fut de courte durée. Sa retraite date de i6i3 ; et, trois ans après, la mort vint l'enlever, âgé seulement de cinquante-trois ans, comme si le tems envieux voulaitse venger, sur la vie des grands hommes, de l'immortalité qu'il est forcé de leur laisser. Shakespeare mourut le 25 avril 1616, anniversaire de sa naissance, quatre ans avant la naissance de Molière, la même année et le même jour où s'éteignait en Espagne un génie non moins brillant , l'inimitable auteur du Don Quichotte, le profond et élégant Cervantes. La maison où Shakespeare termina sa vie fut long-tems visitée par les curieux. On aimait surtout à y voir le mû- rier, planté de la main du poète. Aujourd'hui, on cherche en vain et la maison et le mûrier. Un ignorant ecclésias- tique, M. François Gastrell, entre les mains duquel cet héritage avait passé, fatigué des fréquentes visites des étrangers qui venaient payer leur hommage à Shakespeare, ou chercher des inspirations à l'ombre de son mûrier, le fit abattre en 1766 , et le destinait à son foyer. Un horlo- ger du pay* sut profiter de la sottise du prêtre et de la curiosité du public ; il convertit le bois du mûrier en ta- batières et autres petits meubles de toute espèce, dont iî fournit pendant toute sa vie l'Angleterre , l'Europe , l'Ir- lande, l'Amérique et les Indes, léguaat à ses successeurs,, à Stratford, ce privilège inépuisable de transmutation, et retirant du mûrier une fortune plus considérable que S2ia- 52 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. kespeare n'avait retiré de toutes les productions de son génie. La chute du mûrier n'éloignait pas cependant tous les curieux; la maison restait encore. M. Gastrell déclara, dans sa fureur, que personne ne serait plus désormais condamné au supplice de posséder cette célèbre maison ; et, nouvel Érostratc, il la détruisit de fond en comble, en dispersa les matériaux, en fit labourer les fondemens, renverser les murs de séparation , et joignit le terrain à celui d'un jardin voisin. Le seul monument qui reste aujourd'hui, auxhabitansde Stratford , de l'existence de leur célèbre concitoyen , est son tombeau placé dans l'église. Ce qui donne une va- leur réelle au monument élevé en son honneur, c'est un buste en relief, exécuté sous les yeux de ses parens , et dont une tradition ancienne atteste la ressemblance. Selon l'usage barbare de cette époque, où les arts n'avaient pas encore été retenus dans leurs limites respectives, ce busto était revêtu, comme nos madones de plâtre, d'une peinture grossière. M. Malone, commentateur de Shakespeare, fit faire, en ijgS, à ce buste, l'opération qu'on fait encore annuellement à Dublin, à la statue de bronze de Guil- laume ÎII.Il le revêtit d'une couchedeblanc, réparant ainsi une barbarie par une autre. Sur ce tombeau, on lit l'épi- taphe suivante : Judicio Pjliuin , genio Socratem , arle Maronem , Terra tegit, populus mceret , Olympus habet. Nestor par la sagesse , Socrate par le génie , Virgile par l'élégance , la terre le couvre, les hommes le pleurent, l'Olympe le possède Un autre monument lui a été élevé, en 1740, dans l'ab- baye de "Westminster, avec la recette d'une représentation BIOGRAPHIE DE SHARESPliARE. 23 de sa tragédie de Jules- César j donnée dans cette intention. Il est placé dans la partie de l'église, nommée le coin dest poètes, ùcôté de ceux élevés à Chancer, Spencer, Millon, Dryden j Butler, Thomson , Gay, Goldsmithj Addisouj près de celui du Français Siint-Ewremont , du Germain HandeltX. du célèbre comédien Gctrrick. Les Anglais ont senti en clTet que la mort, qui réunit tous les rangs , rapproche aussi toutes les gloires. Us n'ont pas, comme dans d'autres pays, transporté dans ce qui est hors du tems les Iri voles distinctions, i\ l'aide desquelles on se crée des grandeurs factices aux dépens des gran- deurs réelles. Ils n'ont pas prononcé, avec toute l'assu- rance et toute la jalousie de la médiocrité, que tel ou tel talent serait réputé déshonnête, et tel ou tel homme ver- tueux traité, après sa mort, en crin'iinol. Ils ont vu que tous les arts , toutes les sciences, toutes les supériorités se prrtcnt un nuituel appui ; et, loin do disperser à dessein les tombeaux des hommes célèbres dans dilTôrcns genres, ils ont réuni sous les mOmes vofites le prince patriote, le ministre honnête homme, le général habile , le musicien, le peintre, le poète, l'artiste et le comédien distingués, comme dignes également de la reconnaissance et de l'hom- mage des hommes Mais le plus beau monument élevé à la mémoire de Shakespeare est la collection de ses ouvrages drama- tiques. La première édition de ses pièces de ihéAtre réunies ne parut que sept ans après sa mort, en iGaS. Onz» seulement avaionl clé imprimées pendant la vie de l'au- teur, mais non par ses soins. Shakespeare avait cou- tume de vendre ses pièces aux comédiens, qui les faisaient imprimer quand bon leur semblait. Plus elles étaient po- pulaires, plus on lardait i\ les faire paraître, afin d'attirer plus long-tems les spectateurs par le charme de la iiou- n BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. veauté. On se permettait même assez souvent d'y faire- des changemens considérables pour les adapter, soit à une circonstance nouvelle, soit au lieu où elles étaient repré- sentées , soit même au talent particulier des acteurs qui y J)renaient un rôle. Lorsqu'on avait un mauvais roi dans la troupe, on abrégeait les scènes où le roi paraissait; ou, si l'on avait un bouffon aimé du parterre et des galeries , on le laissait disposer à son gré de sou rôle, l'abréger, l'alonger, et même le changer entièrement Voilà par quelle raison il y a souvent tant de différence entre les divers commentateurs et les diverses éditions du tragique anglais. Il est juste d'avoir égard ù cette circons- tance, quand on trouve des passages trop évidemment in- dignes de lui, et d'examiner, avant que de condamner, si c'est bien véritablement à lui qu'on doit les attribuer. Les fautes graves qu'on lui a reprochées , et quelquefois sans doute avec justice, peuvent être considérées sous deux points de vue ; les unes appartiennent à son siècle , les autres ne doivent être imputées qu'à lui seul. Pour dis- tinguer avec impartialité les défauts qu'il doit à son siècle et ceux qu'il ne doit qu'à lui, il est nécessaire de s'ar- rêter un instant et d'examiner d'abord quels sont ces défauts. En résumant tous les reproches faits à Shakespeare, on voit qu'il est accusé de mêler souvent le réel avec le mer- veilleux et l'histoire ancienne avec l'histoire moderne, d'introduire des bouffons dans les pièces sérieuses, d'em- ployer un style affecté ou des expressions indécentes; on lui reproche aussi quelquefois de l'extravagance dans la dispo- sition des plans. Il est impossible d'apprécier la validité de ces accusations, si l'on n'a auparavant une connaissance «ssei exacte de l'état général des mœurs, des lettres et du '.héî^trç au tems «^'Elisabeth et de Jacques ï". BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 25 Aujourd'hui que la société a été renouvelée presque dans ses bases, que la civilisation ancienne, changeant de di- rection, a pris un mouvement plus rapide et plus libre, que les premières classes de la société ont été fortifiées par des agitations politiques, qui, en isolant chaque individu de l'appui de sa caste, de sa corporation , de ses ancêtres, le réduisaient à chex'cher sa force dans son intelligence et. dans ses moyens personnels; que les classes inférieures, éclairées par leurs voyages sur tous les points du monde, ont pu, par l'observation de mœurs et d'usages divers, apprendre à juger impartialement les mœurs et les usages de leur pays; que tous enfin, dégagés des chaînes de l'ha- bitude, ont pu en appeler à leur raison des erreurs de leurs pères, nous avons peine à concevoir comment les croyances les plus ridicules et les plus absurdesont si long-tems con- servé leur empire. Les sorciers, les apparitions, les mi- racles, les revenans, la magie, tout ce qui blesse l'ordre naturel des choses est aujourd'hui tellement repoussé par presque toute la population , qu'on peut ù peine ajouter foi à ce qu'on rapporte de la crédulité, je ne dis pas des siècles éloignés du nôtre, mais de la haute société qui, du tems des Voltaire et des Rousseau , fournissait encore tant de dupes au diacre Paris. Dans les pays protestans, où la raison, plutôt exercée, devait amener une guérison plus prompte des maladies intellectuelles, il fallut encore un long espace de tems pour détruire le mal jusque dans ses racines. Ce n'était pas seulement le peuple qui se rendait victime de ses terreurs; les théologiens, les guerriers, les hommes de cour, tout était peuple à cet égard; et les premiers ré- formateurs eux-mêmes , à commencer par Luther et par Knox, semblaient ne dépeupler le purgatoire que pour rendre plus redoutable aux imaginations épouvantées ce qu'ils appelaient les puissances des ténèbres. Tous les fan- U BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. tomes de l'ignorance ne s'évanouirent donc pas, comme on pourrait le penser, aux premiers rayons de la philo- sophie ; seulement , à mesure qu'ils s'effaçaient des croyances religieuses, ils passaient dans le domaine litté- raire, et devenaient, comme les êtres mythologiques pour les anciens poètes de la Grèce, autant de fictions et d'allé- gories subordonnées à un développement moral. La partie la plus éclairée du public voyait la fiction ; mais la partie la plus nombreuse doutait, et le reste était entièrement con- vaincu. C'est donc à cette époque que parut Shakespeare. L'existence des êtres surnaturels avait bien été attaquée par quelques hardis novateurs; mais les esprits les plus forts n'étaient encore arrivés qu'au doute, et les autres croyaient ce qu'avaient cru leurs pères. Bacon, ce puissant génie , ce réformateur des méthodes scientifiques, n'osait pas con- tester la réalité des larves et des fantômes , et le roi Jacques I", qui était loin sans doute du génie de Bacon , publiait sa Démonologie pour constater leur existence. Jacques avait d'ailleurs une raison particulière de croire aux choses surnaturelles, possédant, en sa qualité de roi d'Angleterre , le droit incontestable et surnaturel de guérir les écrouelles, droit qu'il avait reçu par ordre de succes- sion d'Edouard le confesseur, et qu'il transmit dans le même ordre aux rois ses descendans. Ce privilège ne s'est perdu, en Angleterre, que sous George I"'. D"'autres pays ont été plus heureux; et, malgré une interruption mo- mentanée, ce droit ne paraît avoir rien perdu de sa légi- timité. Ces relations merveilleuses étaient alors le sujet de toutes les conversations. Les pauvres faisaient errer leurs apparitions sur la lisière des bois, au milieu des ruines; les riches plaçaient leurs ombres dans une voiture à six chevaux sans tête , conduits par un cocher et des laquait BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. 27 «ans tête. Reginald Scot, dans sa. Découperùe de la sorcel- lerie j Burton, dans sonAnatomia de la mélancolie; Grose, dans son Glossaire pi-ovincial , et une foule d'autres au- teurs nous ont rapporté de ces contes qui occupaient les soirées d'hiver dans les châteaux aussi bien que dans les chaumières. On doit sentir que des hommes habitués à de telles émotions ne pouvaient trouver une distraction assez puissante dans les visites fortuites d'un voyageur et d'un hôte fatigué. Il leur fallait une distraction qui vînt re- mettre en équilibre leurs facultés ébranlées. De là, l'intro- duction générale des fous dans toutes les grandes familles. La présence des fous devint bientôt aussi indispensable à la table des barons que dans les salons des princes. Dans un tems où la force était la seule loi, une telle institution n'était peut-être pas sans utilité ; les bouffons étaient alors ce que seraient les faiseurs d'apologues auprès des tyrans de l'Orient. Ils représentaient, pour ainsi dire, l'opinion morale de la société , et faisaient passer, sous la protec- tion de leur marotte et de leurs grelots , des conseils ou des reproches sévères. Ainsi, notre Rabelais, en dépit des bûchers, faisait impunément aux préjugés de son siècle une guerre obstinée. Lorsque, dans la vie réelle, les An- glais ne pouvaient se passer de leur clown (i), les Fran- çais de leur yoz^, les Espagnols de \euv gracioso ; lorsque tous les rois d'Angleterre, jusqu'à Charles I", avaient donné à ce personnage toute l'importance d'un personnage historique, Shakespeare , dont le but était d'offrir une image parfaite de son tems, n'était-il pas, en quelque sorte, justifié de l'introduction du fou dans les drames sérieux, pourvu qu'il augmentât par ce moyen l'intérêt et (i) Le rôle du fou est en général donné à un paysan [clown) dont la finesse se cache sous une enveloppe grossière. 28 BIOGRAPHIE DE SHAKESPEARE. la terreur des situations tragiques, ainsi qu'il l'a fait dans le roi Lear, et comme "VValter Scot l'afait do nos jours, dans son Wamba, duroman à'Iuanhoe. Le peintre qui a repré- , sente l'entrcTue de Charles-Quint et de François I", a-t-il | été blâmé d'y placer Triboulet? Il est incontestable que, dans les arts, tout ce qui n'ajoute pas à l'effet le diminue ; s qu'on applique cette règle aux bouffons de Shakespeare, ! et qu'on prononce hardiment que ce qui nuit à l'effet esl mauvais. Mais, si telle ou telle innovation , que nous re- poussons avec raison sans doute de notre théâtre , contri- bue à faire valoir l'ensemble , qu'on ne se laisse pas aveu- gler par le préjugé, et qu'on réfléchisse un instant avani d'en prononcer la condamnation absolue , . . Toutefois, si l'indulgence est louable à l'égard des inven- tions qui ne paraissent vicieuses que par une imitation trop exacte de la nature, il n'en est pas de même pour tout ce qui annonce l'affectation et la prétention au bel esprit; c'est là un des véritables défauts de Shakespeare. Tandis qu'il tourne en ridicule, dans plusieurs scènes de ses comédies, l'afféterie des Euphuistes, il n'a pas su toujours résister à la contagion du mauvais exemple. Si l'on compare cepen- dant son style à celui des écrivains de la même époque, on eentira mieux combien , grâce à sa profession de comédien qui l'éloignait de la cour et des sociétés à la mode, il a échappé à ce défaut universel d'un siècle qui offrait un singulier mélange de raffinement et de grossièreté Quoi qu'il en soit, on peut appliquer justement au poète anglais ce mot, qu'un de nos personnages historiques mo- dernes adressait à ses détracteurs : « 3fes défauts et mes vices même furent le produit de mon siècle; mon génie et mes vertus sont à moi. » ( Extrait du cours de littérature dramatique anglaise fait à l'Athénée de Paris par M. J. A. Bichon, en 1821 ). 39 BEAUX-ARTS.— ARCHÉOLOGIE. NOTICE Sur les sculptures des frontons du Parthekon (i), dont le gouvernement a fait venir des plâtres (2) , moulés sur les originaux maintenant en Angle- terre ; Et Réflexions sur la nécessité de former un Musée spécial de copies, de m^ême nature, des statues an- tiques qui nous ont été enlevées. Depuis les tems appelés historiques, il est plusieurs époques célèbres où des hommes de génie, trouvant dans leurs souverains des protecteurs éclairés, ont pu se livrer à des travaux qui ont posé, pour ainsi dire, les limites de l'esprit humain. A chacune de ces époques, au milieu des hommes extra- ordinaires qui semblent se grouper pour coopérer à l'illus- tration de leur siècle, on peut en signaler un qui domine tous les autres, et qui pourrait disputer au souverain lui- même le droit d'y attacher son nom. La postérité a dit : Les siècles de Périclès ^ à\4uguste j do Léon Xj de Louis XIF; elle eût pu dire avec autant de raison : les siècles de Phidias j de Virgile, de Raphaël^ de Racine. (1) Parthenon ou Hécatompedon ; c'est le nom du temple de Mi- nerve, élevé par Périclès, et dans lequel était la fameuse statue de Phidias. Ce temple, situé dans l'Acropolis ou citadeUe d'Athènes , fut presque entièrement détruit par une bombe, pendant le siège que les Vénitiens firent de cette ville , en 1687. (2) C'est l'expression technique pour nommer les copies eu plâtra obtenues pav le moulage. 30 BEAUX-ARTS. Au reste, ces génies auxquels tous les esprits éclairés ren- dent un culte égal, ont eu d'étranges destinées. Racine, après avoir vu sa gloire long-tems contestée, meurt de cha- grin d'avoir encouru la disgrâce du plus absolu des maîtres. Raphaël, dont la mort fit verser des larmes amères à Léon X (i), expire à la fleur de l'âge et dans toute la force d'un talent qui n'a pas encore trouvé d'égal, pour s'être trop abandonné aux caresses enivrantes d'une maî- tresse adorée. Virgile, méconnaissant son propre génie, veut, à ses derniers instans, déshériter sa mémoire, et livrer aux flammes ce poème, lecture favorite des esprits délicats et sensibles. Phidias, enfin, honoré de l'amitié intime de Périclès, victime de la jalousie que lui portaient ses ennemis, et de celle qu'inspirait son protecteur qu'on voulait punir dans la personne de son ami , Phidias , dis-je, Onit ses jours en prison (2). Frappé du sort des hommes qui ont eu le malheur de s'élever au-dessus de leurs contemporains, un poète mo- derne s'écrie (3) : Vivans , la baiiie les déchire ; Et ces dieux que la terre admire Ont peu compté de jours sereins. Mais que sont devenues leurs productions ? leur gloire , au moins, est-elle assurée? Grâce à l'imprimerie , les œuvres de Virgile et de Ra- cine seront connues, dans leur entier, de nos derniers neveux. Raphaël, moins heureux, verra son nom survivre à ses admirables peintures, déjà bien altérées par le tems, (1) Vasari , T. 11 , page 53. {2) Plutarque , vie de Périclès. (3) M. da Fontanes, stances à M. de Chateaubriand. ARCHÉOLOGIE. SI etque dans peu de siècles on ne connaîtra plus que par des gravures, c'esl-ù-dire par des traductions (i). Quant à Phidias, de tous les monumens échappés aux ravages dont la Grèce et Rome ont été tant de fois le théâtre , il n'en est aucun que l'on puisse avec certitude lui attribuer; il n'existe ù ce sujet que des probabilités et des inductions. Quel serait donc l'enthousiasme du monde savant, si l'on était enfin parvenu à recueillir des débris que l'on pfit, sans hésiter, attribuer au ciseau de ce célèbre statuaire I Le tems nous dérobe , il est vrai, la certitude que nous recherchons avec tant d'ardeur; mais la gloire de Phidias n'en paraîtra que plus grande, puisque l'on sera conduit à dire : Si les ouvrages que nous avons sous les yeux , exé- cutés sous sa direction, mais auxquels il n'est pas sûr qu'il ait mis la main, causent tant d'admiration, que devaient donc être ceux qui étaient le produit immédiat de son ciseau ? Les ouvrages dont je parle sont les figures des frontons du.Parthenon, apportées à Londres par lord Elgin et dont le ministère de l'intérieur a fait venir plusieurs /j/a^r^s, moulés sur les originaux (2). On se rappelle qu'à l'époque de l'expédition d'Egypte, l'Angleterre devint l'alliée de la Sublime-Porte. Lord El- gin était alors ambassadeur à Constantinople. II profita de l'influence que lui donnaient sa position et les circons- tances , pour demander la permission de dépouiller Athènes des restes de son ancienne splendeur. Cette per- mission lui fut accordée , et l'usage qu'il s'empressa d'en (1) L'analogie me paraît être complète. Le traducteur essaie de rendre la pensée et le style , comme le graveur essaie de reproduire la forme et la couleur. (7) Ces plâtres ont été' déposés dans une salle du Leurre. 3î liEAliX-AllTS. faire lui a valu des critiques sévères et des éloges Con- testés; anathématisé par lord Byron , il a été loué par plusieurs archéologues, qui pensent que les monumens qu'il a enlevés (i), maintenant à Tabri de toute destruction probable, auraient péri, comme tant d'autres, dans quel- ques-unes des catastrophes auxquelles ce malheureux pays, autrefois la gloire de l'esprit humain , semble voué pour long-tems encore (2). Le croira-t-on ! ces illustres débris trouvèrent peu d'ad- mirateurs à Londres. Mais un homme profondément versé dans la connaissance de l'antiquité, M. Visconti, ayant été proposé par lord Elgin, et accepté par le gou-^ vernement pour en fixer la valeur, il vint à Londres et publia des mémoires qui ne tardèrent pas à éclairer (i) Cel enlèvement a donne' lieu à une foule de traits dirige's contre son auteur. Sur les murailles du Parthenon, on écrivit : guid non fecerunt Gothi, feccrunt Scoti , par allusion à la patrie de lord Elgin. Le portique du temple de Pandrose e'tait encore iutact; il en fit enlever une cariatide, qu'il remplaça par un pilier de briques. Ou e'crivit sut le pilier : opus Elgin; et sur la cariatide la plus proclie : opus Phidiœ. Enfin , un Anglais de distinclion fit exe'cuter à ses fiais une copie en marbre de la cariatide enleve'e^ et la fit substituer au pilier de briques. (2) Je ne puis m'empècher de soumettre les conside'ratious sui- Yantes au jugement des personnes qui ne peuvent se consoler de ce que le Parthenon a été dépouillé de ses sculptures. Il est très-vrai que les monumens de ce genre perdent beaucoup à être enlevés au cadre qui les renfermait, à la place pour laquelle ils avaient été exécutés ; on peut dire même qu'au milieu des noble» ruines dont ils faisaient partie, ils exerçaient sur l'imagination une puissance qu'ils ne peuvent conserver ailleurs. Mais , si l'on considère de quelle importance il est pour les artistes modernes de pouvoir le» étudier ; s'il est bien constant qu'ils forment , dans l'histoire de l'art , une époque très-importante et qui n'était pas encore complètement ARCHÉOLOGIE. 33 i'opinion publique sur le mérite des ouvrages soumis à sa docle investigation (1). Bientôt Canova et M. Quatre- mère de Quincy allèrent aussi, successivement, visiter cette collection; et ce fut à celte occasion que ce der- nier écrivit à Canova des lettres pleines d'intérêt, publiées à Rome, et dans lesquelles on peut connaître l'opinion que le plus célèbre statuaire moderne avait conçue de ces productions de l'antiquité ('2). Parmi ces sculptures , les plus importantes , sans con- tredit, sont celles des frontons du Parthenon ; le gouver- nement, en faisant venir en France des plâtres des prin- cipales figures de ces frontons, a donc rendu un véritable service aux artistes , aux archéologues et à tous ceux qui s'intéressent aux arts du dessin, puisqu'il les a ainsi mis à même de juger par leurs propres yeux du mérite de ces monument. Le premier sentiment que l'on éprouve à leur aspect est celui d'une curiosité ardente , qui cause une sorte de transport; puis l'on se trouve naturellement amené à demander: de qui sont-ils ? est-ce la création d'un même homme ou de plusieurs ? Ici , l'artiste se borne à répondre : Ce sont des produc- conuue , parce que les matériaux mauquaient ; enfin , si l'on s'arrêle à cette pensée , que quelque nouirelle catastiophe aurait pu eu ache- \er entièrement la ruine , je crois que l'Europe savante devra se féli- citer qu"'ils soient confiés à la garde d'une nation civilisée. JV. B. Les derniers événemens survenus en Grèce et l'incendie d'A- I hènes ne justifient que trop l'opinion exprimée par l'auteur de celte No- lice, qui a éléécriteavantqueces événemens n'eussent éclaté. (N.d.R.) (i) Ces mémoires , publiés à Londres et adressés à lord Elgin, ont été réimprimés à Paris sous ce titre : Mémoires sur des ouvrages de sculpture du Parthenon , etc. (2) Depuis cette époque, plusieurs artistes français ont également fait le voyage de Londres, dans le même but. Tome xi. ?, 3/^ BEAUX-ÀRTS. tions inimitables , peu m'importe quel en soit l'auteur ; mais l'archéologue est obligé de compulser tous les écri- vains.. Malheureusement, il arrive quelquefois que leurs récits sont contradictoires ou incomplets, de sorte que l'on est obligé de rester dans l'incertitude; et c'est jus- tement le cas où nous nous trouvons. L'établissement de la religion chrétienne , dans l'empire romain, a été une époque de destruction pour tous les monumens élevés au culte païen. C'est à la ferveur des néophytes qu'il faut attribuer la perte de tant de chefs- d'œuvre dont la Grèce pouvait s'honorer. Cependant la réputation de quelques-uns de ces chefs-d'œuvre était telle, qu'elle leur fit trouver grâce aux yeux même des chrétiens. Constantin protégea la fameuse statue de Mi- nerve, ouvrage des propres mains de Phidias, dont tous les écrivains anciens ont parlé avec tant d'admiration, et qui était placée dans l'intérieur du Parthenon; elle existait encore au tems de l'empereur Julien, qui en fait mention dans ses écrits; mais depuis il n'en est plus ques- tion, et l'on ignore entièrement ce qu'elle est devenue. Toutefois , puisqu'elle existait encore au tems de Julien, ce ne peut donc être que vers la fin du quatrième siècle que le Parthenon a été consacré au culte du vrai Dieu. Pour opérer cette transformation et pour éclairer l'inté- rieur du temple, les chrétiens firent abattre le centre du tympan du fronton de l'est, ainsi que les figures qui y étaient placées. C'est dans cet état de mutilation que le dessinateur de M. deNointel a représenté ces frontons en 1674, et il est digne de remarque qu'aucune autre figure n'ayant été renversée depuis cette époque , quoique le corps de l'édifice ait été détruit presque en entier par une bombe, perîdant le siège d'Athènes, par les Vénitiens, en 1687, toutes celles qui existaient encore à la première de ces doux époques ont été i^trouvées et enlevées par ARCHÉOLOGIE. Sd îord Elgin, à l'exception de deux, et font maintenant partie de la collection du British-museum. Spon et Wheler, qui visitèrent Athènes peu d'années après M. de Nointel (1676), et qui virent le Parthenon dans le même état où il l'avait vu lui-même, remarquèrent que les sculptures des deux frontons étaient d'un marbre plus blanc que le reste du monument; ils crurent recon- naître, dans les deuxième et troisième figures de l'angle, à gauche, du fronton de l'ouest , et qui sont celles laissées par lord Elgin (1), les portraits de l'empereur Hadrien et de Sabine sa femme , et ils en conclurent que les scul- ptures des deux frontons pouvaient avoir été exécutées par les ordres de cet empereur. Stuart, qui ne nie pas que ces deux figures soient les portraits d'Hadrien et de Sabine, fait observer cependant, d'abord, que la blancheur du marbre des sculptures des frontons ne prouverait pas qu'elles fussent plus modernes que le reste du temple; ensuite, qu'il serait possible que les deux têtes de l'empereur et de sa femme eussent été, selon l'usage assez communément suivi par les Romains, replacées sur deux anciennes figures (2). M. Visconti, dans les mémoires déjA cités, traite cette question assez, brièvement, et n'admet pas la possibilité que ces sculptures ne soient pas celles faites du tems de Périclès; il croit même que les deux figures que Spon et Wheler, et Stuart après eux, ont cru être Hadrien et Sabine, représentent Vulcain et Venus (3). Cette dernière (1) Stuart [antiquités d'Athènes), T. Il, chapitre 1"'', planchée, figure 2, donne le trait de ces deux figures , sur une assez granJo éclielle. (2) Stuart {antiquités d'Athènes), pages 18 et ig. (3) Looo citato , pages 22 et lO. 3* 36 BEAUX-ARTS. question n'est véritablement que secondaire, et il serait assez difficile de la décider sans avoir les monumens mêmes sous les yeux; or, ainsi que je l'ai déjà dit, ce sont pré- cisément les deux seules figures qui aient été laissées. Mais que l'on ait, ou non, ajusté les têtes d'Hadrien et de Sabine sur deux anciennes figures, je n'en crois pas moins possible de prouver que les sculptures des deux frontons du Parthenon n'ont été ni exécutées ni même restaurées sous le règne d'Hadrien. Il y avait à peu près quatre-vingts ans que le Parthenon était achevé, lorsque l'opisthodome de ce temple fut incendié (i). Mais dans ce temple, tout de marbre, il est bien évident que le feu ne put consumer que les richesses de toute nature renfermées dans la partie du temple que je" viens de nommer; en supposant même que les figures du fronton de l'ouest, les seules qui auraient pu être en- dommagées, puisque l'opisthodome était à l'extrémité ouest du temple, eussent eu besoin d'être réparées, pense- t-on que les Athéniens auraient souffert qu'on attendît au-delà de trois cents ans pour faire faire ces réparations au temple élevé à la divinité protectrice de leur ville ? D'ailleurs, si ces figures avaient été endommagées, Plu- tarque, qui écrivait sousTrajan, n'aurait pas manqué de l'indiquer; au contraire, il dit (i) que, de son tems, les ouvrages de Périclès et de Phidias avaient encore tout l'éclat et toute la fraîcheur de la nouveauté; enfin, Pau- sanias, qui visita ce temple du tems d'Hadrien, ne donnç, dans sa description, aucun sujet de croire, ni que les sculptures des frontons fussent endommagées , ni que ce fussent des travaux récemment exécutés. (1) De'mostlièncs conlve Tiniorrate. (2) \\e tic Pt'riclrs. ARCHEOLOGIli. ;57 Tenons donc pour constant que ces figures sont des sculp- tures grecques, du beau tcms de Périclès. Mais ce n'est pas assez d'avoir fixé le lems qui les a vues naître; il faut encore déterminer quels sont les artistes qui les ont créées. M. Visconti s'exprime ainsi à ce sujet (i): « En visitant les marbres sculptés que lord Elgin a fait transporter d'Athènes ù Londres, le connaisseur est certain d'avoir sous les yeux plusieurs de ces ouvrages précieux, qui, conçus et dirigés par Phidias , et exécutés en partie par sonciseauy ont fait, pendant plus de sept cents ans, l'ad- miration du monde ancien , et que , du tems de Plutarque , c'est-à-dire an siècle de Traian,on regardait comme inimi- tables par leur grâce et leur beauté. » 1\I. Quatremère ne paraît pas partager tout-à-fait l'opi- nion de M. Visconti, quoique d'ailleurs il exprime une égale admiration relativement au mérite de ces sculptures. Il observe que le temple, les cinq cents figures et plus dont il était orné, parmi lesquelles il y en avait au moins quarante d'une proportion de sept ù douze pieds, ainsi que la statue colossale de Minerve élevée de la main même de Phidias, furent achevées dans le court espace de six à sept ans. Quelle part put donc avoir Phidias dans l'exécution de toutes ces sculptures? son tems ne fut-il pas entièrement absorbé, et par l'exécution de la statue de Minerve, et par la direction générale des travaux? L'incertitude est entière à cet égard. Pausanias se borne à rapporter les sujets des sculptures des frontons (2) ; il n'en nomme pas l'auteur ou les auteurs; et Piutarque dit <^ (1) Loco citalo , page 2. '2) Livre i"j cliapitie 24. 38 BEAIX-AIITS. seulement que Phidias fut chargé de la direction générale des trayaux entrepris par Périclès (i). Ne peut-on pas supposer toutefois, avec quelque vraisemblance, que, si ces sculptures ne sont pas de lui, au moins il a présidé à la composition générale des sujets, et que peut-être il en a fourni les dessins ? Phidias eut plusieurs élèves , devenus comme lui des statuaires célèbres ; d'abord Alcamènes , l'auteur des sculptures de l'un des deux frontons du temple de Jupiter Olympien et de la Vénus aux jardins, que Pausanias (2) considère comme un des plus beaux monumens d'Athè- nes (3). A la vérité, s'il fallait adopter une tradition rap- portée par Pline (4), cette statue n'aurait atteint ee haut degré de perfection que parce que Phidias se serait plu à la terminer lui-même. Je citerai aussi Agoracrite qu'il aimait d'une affection si vive (5), qu'il mit souvent le nom de son élève sur plusieurs de ses ouvrages (6); Colotès qui aida son maître dans quelques-unes de ses productions les plus importantes; enfin, Pandœnus , son cousin germain, qui travailla avec lui à la statue de Jupiter Olympien (7). (1) Vie de Peïiclès. (2) Livre i^'', chapitre 18. (5) Lucien, dans un de ses dialogues intitule les Portraits , vou- Jant faire la peinture d'une beauté accomplie , emprunte à cette Ve'nus la gorge, les bras et le& mains. (4) Histoire natui'elie, Livre 56. (5) Pausanias , Livre 9 , chapitre 3^* , dit : l'objet de ses amours- (6) Hiae, loco chulorVoy . aussi le Voyage du jeune Anachavsii.j Toi». V e^ VI, pag. 5i et 555^ (">) StrafcoB , Livre S. AKCHliOLOGlE. o? CeilainenieiU, on peut regarder couinie positif que ces mêmes artistes furent chargés d'exécuter tout ou partie des figures des frontons du Parthenon. On peut croire aussi que Phidias retoucha quelques-unes de ces figures; mais c'est tout ce que l'on peut obtenir par induction, et il est aussi impossible de déterminer auquel des artistes que je viens de nommer telle ou telle figure doit être altribuée, que de désigner d'une manière précise quelles sont celles que Phidias a retouchées. Au reste , au simple aspect de ces sculptures , il est impossible de ne pas reconnaître, à l'élévation du style, qu'elles ne peuvent avoir été produites que par des artistes très-habiles. Il est vrai qu'elles sont mutilées et très- frustes; mais le inouvement général, le beau jet des draperies et l'exécution grandiose des parties intactes, en font des monumenstrès-importans et très-curieux qui, pour me servir des expressions de M. Quatremère, «sontpropres à remplir une nnmense lacune dans l'histoire du goût. » Ce sont enfin des sculptures qui comptent au moins 2,3oo ans de durée, dont toute l'antiquité s'est plu à proclamer la beauté, et qui doivent donner la plus haute opinion du chef de t'école qui les a créées. La dimension des figures, au nombre de six, dont la plâtres ont été apportés en France, est d'environ sept pieds et demi ; elles sont entièrement rondes-bosses , ainsi que les anciens en usaient ordinairement dans ces sortes d'ouvrages, et terminées également des deux côtés. Si l'on rapproche ces deux circonstances , on en peut conclure, et c'est aussi l'opinion de MM. Quatremère et Viscontî, que ces figures ont été sculptées d'ans l'ateliei de l'artiste, et posées ensuite sur la saillie du fronton. On conçoit facilement que des ouvrages, ainsi exéculcs. tic- AO BEAUX-ARTS. vaient être supérieurs à ceux que l'on fait sur la place même, au moyen d'échafauds , etc. N'est-il pas évident encore que des sculptures ajant un relief égal àcelui de la nature, et entre lesquelles l'aircirculaitlibrement, devaient produire une illusion et un effet bien préférables à ceux qui peuvent résulter de nos bas-reliefs modernes, dans lesquels les figures ne sont que des applications. Félicitons-nous donc- de posséder ces monumens d'ut» grand prix pour les véritables artistes, qui savent bien qu'un plâtre _, moulé sur V original j, peut en tenir lieu quand l'opé- ration du moulage a été bien faite, et multiplions nos richesses en ce genre. Qu'il me soit permis, avant de terminer cet article , d'exprimer un vœu que je crois être aussi celui des artistes, des connaisseurs, et de tous ceux qui s'occupent de l'an- tiquité. Ce serait que l'on formât un Musée spécial, dans lequel on rassemblerait des plâtres de toutes les statues antiques que nous avons perdues et de toutes celles qu'il serait possible de faire mouler. A cette occasion, je citerai ce qui s'est passé en Italie , lorsque la victoire, dictant des traités honorables pour la France , conduisait à Paris les monumens précieux qu'une odieuse spoliation nous a enlevés. A RomCj à Florence, à la place de l'Apollon du Bel- védère, de la Vénus de Médicis, etc. , on mit des plâtres moulés sur ces statues. Tout, d'ailleurs, resta dans le même état. Les Italiens ne cessèrent pas d'avou' ces productions inimitables sous les yeux, et ils se confièrent au tems du soin de leur rendre les originaux. Le tems ne les a pas déçus : un nouveau Brennus s'est écrié : t-'œ victis! et les chefs-d'œuvre de la Grèce que nous devions à des traités ont été, par suite de la violation manifeste d'un traité, reprendre leur? place? à Rome et à Florence. ARCHEOLOGIE. Al Quelque prix que j'attache à ces monumens, je ne voudrois pas, et je suis bien sûr d'être approuvé par tous les hommes animés d'une véritable philantropie, qu'ils revinssent en notre possession , s'ils devaient nous être ramenés par la guerre; oublions plutôt qu'ils furent à nous; mais n'oublions pas de quelle importance il est pour l'art de conserver ces modèles sous les yeux. Que le gouvernement se hâte donc, avant que les moules qu'il possède de ces belles statues soient tout-à- fait épuisés , d'en réunir le plus grand nombre possible de copies. Sans doute , les originaux ont une valeur intrin- sèque que des copies en plâtre ne peuvent pas obtenir; mais, pour l'histoire de l'art et ses progrès successifs, si intéressans à observer et à étudier, ces copies suffisent; pour l'étude des formes , les plâtres offrent même un avantage sur le marbre : les effets de la lumière sont mieux sentis, et conséquemment les contours sont moins vagues. Espérons que , sous un gouvernement qui annonce la ferme volonté de protéger et d'honorer les arts et les artistes , cette demande, dont il lui est si facile d'apprécier l'importance, ne lui aura pas été inutilement adressée. P. A. IV\'VV\XXVV\\VV\\VVV\V\\\\V\\VWV1V\\\VI\\\»MV\\IV«.\\\\\VV\\V\\\V\1\\XV\1V\'» II. ANALYSES D'OUVRAGES. SCIENCES PHYSIQUES. Traité complet de mécakique appliquée auxarts^ etc. ; par M. BoRGMs, ingénieur [voy. ci-dessus, Tom. X, pages 299-320 ). CiNQtJlÈME TRIITJÉ. Des machines D'AGRicrLTrRE [1); contenant : 1" les ins~ trumens et macJiines aratoires ; 2» les machines em- j)lo\ées à récoller les jjroduits du sol et à leur donner les préparations premières ; 0° les moulins et les méca-~ iiismes qui servent à épurer le hlè et à bluter les farines^ h° enfin , les p}'essoirs , les cylindres , les pilojis ei uutres machines employées à l'extraction des huiles et du vinj etc. Ce volume est une nouvelle preuve de l'immensité des recherches auxquelles l'auteur a dû se livrer pour com- poser son ouvrage. Oblige do faire un choix dans la multitude infinie de machines et d'instrumens qui ont été appliqués aux travaux agricoles , il a dû donner la préfé- rence aux machines dont le succès est assuré, soit par une longue série d'expériences, soit par l'assentiment unanime des plus habiles agriculteurs. Il s'est attaché à indiquer la qualité que doit avoir chaque espèce de machine rurale, et à signaler les inconvéniens qu'on doit soigneusement éviter dans chacune d'elles. (1) Paris, 1820. 1 Aol. in-.joavec 28 plaucUcs Bachclitr. libiakc. Fiix , 1 \ fi . I SCIENCES PHYSIQUES. A3 ■ Simplicité, solidité, construction facile, léger entretien, sont des qualités essentielles dans les machines destinées à l'agriculture et à l'économie rurale et domestique. Si la mécanique ne remplit pas toujours et simultanément ces conditions, elle doit chercher à s'en approcher, et les so- lutions qui s'en écartent le moins sont les meilleures. L'auteur n'a point négligé les détails historiques qui sont instructifs et dignes d'intérêt. Il a donné à l'examen des machines les plus utiles toute l'étendue désirable , sans tomber dans la prolixité ; il a consigné dans ce volume tout ce qui lui a paru d'une utilité bien constatée, et a disposé, avec une clarté et un ordre précieux, les nombreux objets qu'il renferme. La division de l'ouvrage correspond à celle des travaux de l'économie rurale. Les premiers consistent adonner au sol les préparations convenables, et à lui confier les germes qu'il est destiné à féconder; les secondsont pour objetde recueillir et d'enlever les fruits parvenus à leur maturité; les troisièmes , d'exécuter sur ces matières premières les opérations convenables pour les approprier aux besoins de l'homme. Les derniers travaux ont pour but l'épuration et lu mouture des grains, ou bien la confection du vin, des autres liqueurs fermentées et des huiles. Quatre Livres contiennent les machines employées dans ces quatre grands travaux. Le premier Lipre donne d' abord une description circons- tanciée des araires et des diverses espèces de charrues > avec une indication des principes qui doivent guider dans- la construction de ces précieuses machines. On ne saurait apporter trop de soins pour les faire bien connaître, si Von songe à leur importance, et si l'on fait attention que rhomme leur doit les plus grands bienfaits. Si la terre était, dans tous Ic^ lieux,, travaillée à force de bras, ci hk SCIENCES PHYSIQUES. sans le secours des animaux , tous les habitans seraient forcés de s'adonner à l'agriculture ; il en résulterait la dépopulation générale des villes et l'extinction des manu- factures et des arts. On peut donc avancer qu'aucune invention n'a été plus favorable à l'humanité que celles qui donnent les moyens d'abréger ou de perfectionner les travaux de l'agriculture. Les champs sillonnés par la charrue ont encore besoin du secours de quelques autres machines pour perfectionner le travail. La herse brise les mottes, aplanit la terre et recouvre les grains ensemencés. Les rouleaux remplissent le même but que la herse et compriment en outre les terres légères. Les ratissoires font aussi le même effet qye la herse, et de plus coupent entre deux terres les racines des mauvaises herbes. Les étaupinières aplanissent les monticules formés dans les prairies par les taupes et les fourmis. Les houes à cheval, espèces de charrues compo- sées, produisent un léger labour, extirpent les mauvaises herbes, aplanissent et ameublissent la surface du terrain. Les semoirs distribuent les semences d'une manière régu- lière sur toute la surface des champs ; les charrues-semoirs labourent et sèment en même tems. Le second Livre décrit d'abord les machines et les ins- trumens employés pour la moisson et pour la fenaison. Pour iHîColter les céréales et les foins, on se sert de faux ou àe faucilles , lorsqu'on veut couper les tiges aussi près de terre que possible , et l'on emploie, des peignes , quand on veut cueillir seulement les épis , en les détachant avec promptitude de leurs tiges. Les Gaulois se servaient d'un grand peigne à chariot, qui se trouve décrit dans le qua- rantième volume des Annales des arts et manufactures. La machine à faner retourne et éparpille le foin avec hi plus grande proniplitnde ; une autre entraîne et ramasse SCIENCES PHYSIQLIÎS. A5 tout le loin qu elle rencontre sur son passage. Les animaux lie mangent bien la paille qu'autant qu'elle est couiîée d'une longueur convenable. Diverses machines, imaginées dans ce but et désignées sous le nom de hache-paille ^ hachent, tranchent et broient les fourrages. Les coupe- racines Aècowçcnl et tranchent les racines ou les fruits, tels que les pommes déterre, les carottes, les topinam- bours , etc. , que les animaux ne mangeraient pas sans cette préparation. D'autres machines écrasent les avoines, les fèves, les pois, etc. , pour rendre ces grains plus nu- tritifs. Une machine ingénieuse, de M. de Fellemberg, sépare les graines de luzerne de celles de cuscute , nui- sibles aux prairies artiflcielles. Les épis sont dépouillés de tout le grain qu'ils con- tiennent par l'opération du battage, qui s'effectue de quatre manières : i" Le battage au fléau est le plus simple et le plus usité; 2" le battage à la rosse, ou \e piétinage par les chevaux, est en usage dans les contrées méridionales ; 3° le battage au rouleau est plus expéditif,. et donne à la paille une souplesse qui la fait rechercher par les bestiaux. M. de Puymaurhi a imaginé et mis en usage un rouleau qui réunit ces avantages à un degré remarquable; k" une ma- chine à battre le blé {thranshing-mill) ^ inventée en Angleterre, est devenue d'un usage général dans ce pays; elle égraine si bien les épis , qu'elle donne un seizième de grains de plus que les moyens ordinaires, et fait beau- coup plus d'ouvrage dans le même tems. Elle a été simpli-' fiée etrendue portative successivement par MM, Meickle, Tunstall et Lyster. \>t troisième Livre Aonnt d'abord la description des vans; des cribles , des tarares, des bluteaux , en un mot de tous A6 SCIENCES PHYSIQUES. les instrutnens qui servent à l'épuration du blé. La con- servation des grains est un objet de la plus grande impor- tance. Parmi les moyens mécaniques employés dans ce but, l'auteur décrit les paniers de paille de Villin, les étuves et les greniers à ventilateurs de Duhamel. Le blu- tage a pour objet de séparer la farine du son ; il l'éventé au moyen des bluteaux frappans , ou bien des bluteaux cylindriques, recouverts d'une étoffe qui tamise la farine. Le but de la mouture est de réduire les grains en son , farine et gruau , et de séparer ces trois substances sans les altérer. Elle l'effectue au moyen de plusieurs variétés de moulins. M. Borgnis énumère pièce par pièce toutes les parties qui composent ces machines importantes, et in- dique les formes , les dimensions et la disposition qu'elles doivent avoir. Il décrit les diverses espèces de moulins à aubes, à augets, à roue pendante, à cuve , i\ réaction, à vent, à manège, à bras et à vapeur, et donne les règles les plus certaines pour leur construction. Dans ce nombre, on distingue le moulin économique, qui effectue à la fois quatre opérations différentes : i° il nettoie et crible le blé, avant qu'il ne tombe dans les trémies des meules ; 2° il le moud , de manière qu'il ne puisse ni s'échauffer, ni con- tracter aucune mauvaise odeur, ni éprouver trop de dé- chet et d'évaporation ; S" il blute en même tems que les meul&s travaillent, et sépare les diverses qualités de farine, les gruaux et le son ; 4° il moud de nouveau les différens gruaux , afin d'en tirer de nouvelle farine. Cette espèce de mouture, adoptée par les meuniers et les boulangers les plus intelligens , économise la main d'œuvre et donne aux produits toute la perfection désirable. Pour préparer le sucre et la fécule, on est obligé, pour ainsi dire , de moudre la betterave et les pommes de terre. Les râpes cylindriques exécutent cette opération. SCIENCES PHYSIQUES. kl D'autres machines servent à monder le riz, à perler ! oi'ge, etc. Une brasserie contient plusieurs sortes de machines. Elle renferme des cribles , des tarares , des moulins , des pompes; un seul moteur les fait ordinairement mouvoir toutes. Ce moteur est un manège, ou, ce qui est préfé- rable, un courant d'eau. En Angleterre, c'est la vapeur qui anime tout, surtout à Londres, où les brasseries sont des établissemens importans, dont la vaste étendue excite la surprise et l'admiration des étrangers. Parmi ces bras- series , il en est dont le capital primitif a surpassé douze millions de francs. Ce Livre est terminé par la description des machines qui servent à pulvériser les os. La fabrication du vin, du cidre, des huiles de toute espèce exige deux sortes de machines : i" des moulins pour écraser les fruits ; 2° des pressoirs pour en extraire la liqueur. Elles sont décrites dans le. quatrième Lipre, qui fut, connaître aussi les machines à écraser les cannes à sucre , les cylindres de M. Auger, pour moudre le cacao torréfié, et les beurrières, qui servent à séparer le beurre du lait. Sixième Traité. Des machines employées dans divei'ses fabrications ; con~ tenant la description des machines en usage dans les grosses forges et dans les ateliers de métallurgie j dans les papeteries , dans les tanneries, dans les imprime- ries, etc. (1). Ce traité important fait connaître jusqu'à quel point ces diverses branches d'industrie ont profité de l'impulsion (1) Paris, 1820. 1 vol. in-'j.'' de aSi pages avec zg planches. Bache- lier, libraire. Prix , ai fr, ;^8 SCIENCES PHYSIQLKS. générale imprimée à tous les arts , dès le commencement de la révolution. Jusqu'à ce moment, l'industrie française avait suivi, il est vrai, une marche progressive, mais lente, mais contrariée par les entraves multipliées que lui opposaient rétablissement des maîtrises et des jurandes, les statuts d'apprentissage, la foule de réglemens, de droits fiscaux, et surtout les préjugés du tems. Délivrée de ces obstacles, l'industrie s'est élancée dans des routes nouvelles, en même tems qu'elle a parcouru les anciennes avec plus de succès. Ces progrès rapides n'ont pas été arrêtés dans les tems les plus critiques de nos troubles civils; ils ont pris, au contraire, une nouvelle énergie, lorsque la passion de l'indépendance , le besoin de dé- fendre leur patrie et l'amour de la gloire ont agi plus for- tement que jamais sur le cœur des Français. A cette époque, les savans et les artistes réunis faisaient des con- quêtes précieuses sur la nature ; ils élevaient les arts à un degré de perfection inconnu jusqu'alors. Ces progrès se sont soutenus jusqu'à nos jours, et le dix-neuvième siècle fournira à l'histoire de l'industrie une de ses plus belles pages. La noble émulation qui n'a cessé d'animer nos ar- tistes produit chaque jour et produira encore de nouvelles merveilles, tant que la paix et la liberté, premiers besoins et principaux mobiles des arts industriels, régneront en France, Dans ce mouvement général, un des arts les plus im- portans, parce qu'il fournit des instrumens à tous les autres , est aussi celui qui s'est enrichi d'un plus grand nombre d'améliorations; c'est l'art de travailler les mé- taux. « Ces améliorations, dit M. Borgnis , sont dues en grande partie à ce moteur admirable qui peut agir en tout tems et en tous lieux , et dont la force prodigieuse ne con- SCIENCES PHYSIQUES. A9 naîtrait point de limites, si l'on pouvait recevoir son action sur des organes mécaniques, capables d'en supporter toute l'intensité. C'est en vertu de la force expansive de la va- peur que, dans l'exploitation des mines, l'on peut main- tenant atteindre à des profondeurs autrefois inaccessibles, * et que les écoulemens d'eau les plus abondans ne sont plus un obstacle insurmontable. « La vapeur donne le moyen d'établir les usines dans les lieux les plus favorables, sous le triple rapport de la proximité des matériaux, de l'abondance du combustible et de la facilité des transports. » Nous allons voir, en analysant le premier Livre de ce volume , les applications que l'on a faites de la force de ce puissant moteur à presque toutes les opérations de la métallurgie, et les améliorations importantes qui en sont résultées, telles que la célérité , la précision et l'économie. Après que le minerai est sorti de la mine, on s'occupe de l'épurer, c'est-à-dire de séparer les particules métal- liques de la gangue et des autres substances minérales. Pour y parvenir, on procède aux trois opérations nommées triage j hocardagetl lavage, qui emploient un grand nom- bre de machines , dont les principales sont les cribles , les patouillets, les bocards et les tables de lavage, décrits dans le premier chapitre. Le second objet de la métallurgie est de faire , du mi- nerai ainsi épuré , une masse homogène et compacte ; pour cela, on procède à la fusion, qui s'effectue au moyen d'un feu violent, activé par un courant d'air rapide et continu. Parmi les machines soufflantes , imaginées à cet effet , on remarque d'abord les soufflets de cuir, à cause de leur antiquité ; mais leurs défauts graves les ont fait abandonner dans les grosses forges où ils ont étw Tome xi. h oO ' SCIENCES PHYSIQUES. remplacés par les soufflets en bois, imaginés, en 162C, par un évêque de Bamberg et par les trompes qu'un Italien inventa dans le même tems. Ces machines, à leur tour, doivent céder la place aux soufflets cylindriques (ou pompes soufflantes) introduits depuis quarante ans en Angleterre et en Ecosse, où ils sont aujourd'hui d'un usage général. Mis en mouvement par la vapeur, ils produisent trois fois plus d'effet que les soufflets ordinaires. Des régulateurs rendent le courant d'air que ces soufflets produisent, continu et uniforme. La machine soufflante de M. Baader donne ce même résultat, au moyen de cames construites d'une manière ingénieuse , et qui dispensent d'employer un réservoir d'air ou tout autre régulateur. La fusion achevée, on donne aux métaux des formes diverses, par Topération du moulage ou par des moyens mécaniques. La propriété qu'ont les métaux d'être malléables a permis de leur appliquer le puissant moyen de la percus- sion qui s'effectue à l'aide des martinets, c'est-à-dire d'énormes marteaux, pesant quelquefois jusqu'à six mille livres, mis en mouvement par un courant d'eau ou par la vapeur. Ces machines, qu'on nomme aussi ordons^ offrent souvent des particularités remarquables. La roue motrice est supportée par un arbre creux, fait de plusieurs pièces de bois. En Angleterre, cet arbre est en fonte de fer, de même que les roues hydrauliques. Quelquefois aussi , le marteau, le manche et toute. la charpente sont de la même matière, et ne forment que deux pièces. On peut dire que de pareilles machines sont d'une durée infinie. Les Anglais ont employé le mouton pour couper les grosses barres de fer à des longueurs déterminées. On se SCIENCES PHYSIQUES. 5i _ sert aussi de cette machine pour imprimer une empreinte ^ sur une plaque, ou pour agir sur un emporte-pièce; mais, dans la plupart des cas , le balancier est préférable. Le balancier, inventé depuis deux siècles par Nicolas Briot, sert principalement à frapper les monnaies et les médailles. Cette machine, simple autant qu'ingénieuse, a donné la solution de ce problême : trouver un moyen de percussion tel que : i" tous les points de la surface, des- tinée à être frappée, reçoivent simultanément des chocs égaux; 2° que la direction de tous ces chocs soient exac- tement perpendiculaires à la surface frappée; S" que les chocs soient aussi énergiques que réguliers, et que la masse destinée à les produire ait un volume et un poids égale- ment modiques. M. Droz a perfectionné singulièrement cette machine, et a imaginé un balancier qui frappe à la fois et l'em- preinte des deux surfaces et la tranche des monnaies. Il a fait construire en Angleterre, à la sollicitation de MM. Watt et Bolton, huit balanciers, huit coupoirs et les ateliers nécessaires à ce genre de fabrication. La puissance de la machine à vapeur a^té appliquée avec tant de succès au mouvement des balanciers et des coupoirs, que chaque balancier frappe régulièrement soixante pièces par mi- nute, et qu'un enfant suffit pour le service de deux balan- ciers. MM. Perrier ont proposé d'appliquer aux balanciers monétaires le principe de la presse hydraulique. La plupart des métaux possèdent à un très-haut de^-ré la ductilité, propriété précieuse qui permet de les aplatir, de les étirer et de leur donner des formes très-variées, au moyen des laminoirs , machines composées ordinairement de deux cylindres en fonte grise , dressés et travaillés au tour. A' 52 SCIENCES PHYSIQUES. I/invenlion de ces importantes machines, qui neremonte guèi'e que vers l'an loAo, a rendu les services les plus signalés aux arts qui travaillent les métaux. Leur usage devient de plus en plus étendu, et l'on est parvenu à construire des laminoirs de grandeur colossale pour forger et corroyer le fer avec autant d'économie que de promp- titude , pour fendre des lames de fer en barres et en verges, pour laminer ce même métal et le réduire en tôle plus ou moins mince. Des machines analogues laminent le cuivre, le plomb, l'étain, le zinc; forment, avec une célérité admirable, une foule d'objets utiles, qui semble- raient exiger un travail long et minutieux, tels que des couteaux , des clous , des barres garnies d'ornemens et de moulures, etc. Les laminoirs de petite dimension sont d'une utilité non moins grande aux orfévi'es, aux metteurs en œuvre, aux fabricans d'objets plaqués en or ou en argent, aux manu- factures de galons de toute espèce. Cesinstrumens oocupent un rang distingué parmi les machines douées du précieux avantage de produire un travail à la fois précis, écono- mique et accéléré. Ils doivent ces qualités à la continuité et à l'uniformité de leur action. M. Borgnis voulant faire connaître le parti avantageux que les Anglais ont tiré de cette machine, en la substituant aux marteaux pour forger et étirer les fers, est obligé de décrire préalablement les procédés qu'ils ont mis en usage pour forger et pour affiner ce métal. ' Ces procédés sont si perfectionnés qu'ils sont devenus , en Angleterre, d'un usage général, quoiqu'ils n'aient été inventés que depuis quarante ans par Henr3^-Cort. Les forges françaises ne sauraient adopter trop vite cette nou- velle méthode; ses avantages reposant principalement sur l'emploi de la houille, en remplacement du chgrbon de SCIENCES PHYSIQUES. 55 bois, et sur la coopération des cylindres forgeurs dont ou distingue trois espèces, cylindres êbaucheurs, prépara- teurs et étireurs, tous mus par des machines à vapeur. En adoptant ce nouveau procédé, dit M. Dufaud, le prix du fer pourra diminuer de 100 francs par mille kilo- grammes, en offrant encore aux maîtres de forges un bénéfice beaucoup plus considérable que celui qu'ils ol)- tiennent par la méth'ode actuelle; alors on obtiendra ce métal, si nécessaire à l'agriculture, à la guerre, à la ma- rine et à tous les arts , à un prix tel que la concurrence des fers étrangers ne sera plus à craindre pour nos forges. Les maîtres de forges devraient donc s'emparer promp- tement de ces procédés économiques, plutôt que de solli- citer auprès du gouvernement, contre les fers étrangers, des prohibitions toujours funestes à toutes les branches de l'industrie nationale. M. Borgnis décrit avec soin ces améliorations impor- tantes et les machines qui les procurent. Il fait connaître la grande machine à cylindre, de M. Wilkinson, qui fait neuf fois autant d'ouvrage qu'on peut en obtenir du mar- teau à ourdon le plus vigoureux ; il indique comment s'opère le laminage du fer et de l'acier, il décrit le lami- noir qui profile les pièces de fer, celui de M. Bell pour fabriquer promptement des lames de couteaux, de rasoirs, des limes et des clous. Il fait connaître les moyens employés pour le laminage du cuivre; il décrit les cylindres de M. Schefïield pour étirer les fils de ce métal , ceux pour le placage du cuivre et de l'acier, ceux pour laminer le plomb et en fabriquer des tuyaux; enfin , les laminoirs de petite dimension. Lorsque, par le moyen de toutes ces machines, on a réduit les métaux en lames plus ou moins épaisses, ou en verges plus ou moins larges, on les coupe et on les 5A SCIENCES PHYSIQUES. rçfend, suiyant le besoin. On emploie dans ce but des ci- sailles ou grands ciseaux, mus à bras d'homme ou par un moyen mécanique; mais on leur a substitué avec avan- tage les fraises ou cisailles cylindriques, à mouvement continu. Les découpoirs ou emporte-pièces divisent les lames de métal en parties d'une forme déterminée. Le découpoir de M. Droz est un des plus parfaits : celui de M. Molard est très-simple. Enfin, on a employé avec suc- cès les scies à bois, ordinaires, pour couper la fonte de fer 4 chaud. Les métaux très-ductiles , tels que le fer, le cuivre^ l'or et l'argent, peuvent être réduits en fil plus ou moins délié; sous cette forme, ils servent à la fabrication des aiguilles, des épingles, des dents de cardes, des cordes d'instrumens de musique, des cables en fer, des étoffes métalliques , des galons , des broderies , etc. ; on voit com- bien cette préparation est utile et féconde en applications. Elle se fait dans les ateliers de tréfilerie, par des filières de diverses espèces. M. Mouchel l'a complétée par l'invention d'une machine qui di'csse le fil de fer, propre aux cardes et aux aiguilles. Le docteur Wollaston a trouvé un moyen ingénieux de réduire les fils de platine à un degré de finesse extraordinaire. Après avoir subi les préparations que nous venons d'in-v diquer , les métaux doivent encore recevoir des formes particulières, appropriées aux usages auxquels on les des- tine. Pour cela , la plupart des objets métalliques sont d'abord ébauchés et dégrossis à la forge par le moyen du feu et du marteau ; puis la lime, la meule, le tour, l'alésoir, le plateau à refendre, l'emporte-pièce , l'estampe, etc., I^s, façonnent avec plus de régularité: enfin, les polissoirs leur donnent tout l'éclat dont ils sont susceptibles. )Pes plateaux à refendre et i\ diviser découpent les des» SCIENCES PHYSIQUES. 5.> tures des roues d'engreiTage, et servent à diviser mathéma- tiquement en parties égales les surfaces circulaires. Ces machines, non moins remarquables par leur précision que par leur célérité, ont puissamment contribué aux progrès des arts et des sciences même. Il est peu de grandes ma- chines qui n'aient besoin d'engrenages, de même que le corps des animaux, ne peut se passer d'articulations. Les plateaux seuls pouvaient les donner avec économie et exactitude. C'est par eux aussi que les instrumens d'astro- nomie et de géodésie ont reçu la grande perfection à laquelle ils sont parvenus, qui a fait faire de si étonnans progrès à ces deux sciences. Une machine de M. Petit-Pierre possède, outre les qua- lités dont nous venons de parler, la propriété d'arrondir en même lems les dents des roues. Une autre machine du même genre , imaginée par M. Japy, jouit de l'avantage de pouvoir fendre à la fois plusieurs roues et de canneler les cylindres. Cet artiste habile a conçu l'heureuse idée de faire exécuter, par une série de machines ingénieuses, les principales pièces d'une montre, qui sont achevées avec la plus grande célérité et la précision la plus parfaite, dans la belle manufacture d'horlogerie établie à Beaucourt, département du Haut- Rhin. La machine de M. Caillon exécute avec beaucoup de perfection des moulures sur le fer et sur le cuivre. Les vis à bois, si commodes et si solides pour les assem- blages en bois et en métaux , sont devenues d'un usage général. Leur fabrication, perfectionnée par MM. Mola'd et Clément Lossen, est devenue d'une grande importance, tant sous le rapport des produits que paj la manière ingé- nieuse dont ils sont obtenus. M. Borgnis a ajouté, à la description de ces inventions. 56 SCIENCES PHYSIQUES. ingénieuses, et dont la plupart datent à peine de quelques années , celle de deux machines, dont une sert à amal- gamer l'or ayec le mercure, et l'autre à séparer la limaille de fer de la limaille des autres métaux. Cette dernière est de l'invention de M. Ross. Le second Livre est consacré à la description des ma- chines qui servent à la fabrication du papier, opération non moins remarquable par l'importance de ses résultats que par la manière dont elle change la matière la plus vile en un tissu précieux. L'auteur, après avoir fait l'histoire de cet art, dont il paraît que les Chinois sont les inventeurs^ décrit les machines employées pour la trituration des chiffons, soit les anciens moulins à pilons, soit les moulins à cylindres inventés en Hollande dans le xvii' siècle. Il passe ensuite à la description des autres machines et us- tensiles qui servent à former les feuilles de papier et à les lisser. Cet art a reçu depuis peu une amélioration importante, par l'invention d'un procédé propre ù fabiiquer le papier sans fin. Ce perfectionnement, imaginé en France par M. Robert, en l'an vu (1799), a été mis à exécution en t8o5 parBramah, en Angleterre, d'où MM. Berte et Gre- nevich l'ont rapporté en France, en i8i5. Il consiste à faire tomber la pâte liquide sur un châssis en forme cylindrique, qui tourne au fur et ù mesure que la pâte, en se séparant de l'eau, prend de la consistance, et passe, sous forme de feuille sans fin, entre d'autres cylindres, où elle est comprimée et desséchée. Nous avons vu, à l'exposition de 1819, des feuilles de papier fabriquées de cette manière et de plus de cent mètres de longueur. Cette utile invention fournit en très-peu de tems des quantités considérables de beau papier, et c'est à la régularité et à la continuité de son action qu'elle doit ces résultats remarquables. SCIENCES PHYSIQUES. 57 Auparavant, les artistes ne pouvaient guère songer à appliquer le mouyement continu aux presses d'imprimerie; mais à présent cette application peut devenir Irès-facile, au moyen d'une machine assez simple. Il suffira de faire passer la longue bande de papier entre deux cylindres, dont l'un portera les caractères mobiles et recevra l'encre d'un cylindre-balle, qui la puisera dans un réservoir par l'intermédiaire d'un autre cylindre. Cette machine offrirait de grands avantages : sa régularité donnerait un moyen fîi- cile de lu faire mouvoir par la vapeur. L'encre , répandue avec plus d'uniformité que par les balles ordinaires, four- nirait une plus belle impression; avec la continuité de son mouvement, on obtiendrait au moins quatre fois plus d'ou- vrage que par les moyens ordinaires. M. Bx'amah , qui le premier a exécuté le procédé pour faire le papier sans fin, a trouvé aussi un moyen méca- nique pour fabriquer promptement des feuilles d'une plus grande dimension qu'à l'ordinaire et d'une épaisseur plus égale. Il a fait usage de la presse hydraulique pour presser et dessécher ces feuilles d'une dimension extraordinaire, pour lesquelles les autres presses seraient insuffisantes. Enfin , il a trouvé le moyen de prolonger la pression pen- dant un tems indéfini, lors même que les objets ont été enlevés de dessous la presse . Outre ces perfeclionnemens notables, l'art de la pape- terie s'est enrichi d'un procédé très-important pour la refonte du papier, c'est-à-dire pour la conversion des vieux imprimés et des manuscrits en papier qu'on ne saurait dis- tinguer du papier neuf. Cette invention, née en France en l'an II (1794) et négligée comme tant d'autres, a été exécutée dans une manufacture établie en 1800 près de Londres. Une machine à vapeur, de la force de vingt-cinq chevaux, y fait mouvoir le moulin à papier et des presses 58 SCIENCES PHYSIQUES. hydrauliques très-vigoureuses; huit cents ouvriers y confec- tionnent 600 rames de papier et y consomment annuel- lement i,Aoo,ooo livres de vieux papiers. M. Borgnis fait connaître avec soin ces découvertes importantes , dont l'adoption en France ouvrirait une nouvelle source de richesses. La consommation la plus considérable du papier a lieu dans les ateliers d'imprimerie. La presse ordinaire des im- primeurs, successivement perfectionnée par MM. Haas, Anisson , de Pierre, Prosser , Ridley , et surtout par M. Clymer , n'a pas encore néanmoins atteint la perfection qu'exigerait une machine aussi féconde en grands résultats. Celle qui en a le plus approché est la machine à cylindres en usage dans l'imprimerie du Times à Londres ; elle est mise en mouvement par une machine à vapeur. La planche mobile a un mouvement horizontal et alternatif, qui la met en contact successivement avec un cylindre chargé d'encre et un autre recouvert d'une feuille de papier. Un filet d'encre coule sur d'autres cylindres qui retendent unifor- mément sur le premier. La feuille est placée sur le second cylindre par un ouvrier et enlevée par un enfant après l'impression. Cette machine se fait remarquer par la net- teté et la rapidité du travail; elle tire 55o feuilles par heure. La presse des imprimeurs en taille -douce est très- simple ; elle se compose de deux rouleaux qui pressent tout à la fois la planche et la feuille à imprimer. M. Kirk- wood l'a perfectionnée; il a aplati le cylindre supérieur, qui alors cesse de presser lors du retour de la planche; par ce moyen, il évite les traits doublés. La description de la presse lithographique termine di- gnement cette série de machines remarquables sous tous Icî rapports. SCIENCES PHYSIQUES. 59 L'usage du parchemin, qui remplace quelquefois le papier pour la conservation des écrits précieux , nous conduit naturellement à la préparation des peaux , qui renferme plusieurs arts de la plus grande utilité. M. Borgnis décrit, dans \e troisième Lii^re , plusieurs machines à pulvériser le tan ; entre autres celle de M. Bagnall, qui en outre décharné et nettoie les peaux; les machines à grener et à refendre les peaux et les cuirs. Il termine par la description d'une manufacture de souliers fabriqués mécaniquement , établie près de Londres par M. Brunel, dans laquelle on n'emploie que des soldats invalides, dont trente fabriquent cent paires de souliers par jour. Quatre machines y exécutent toutes les opérations nécessaires à la perfection de la chaussure; une d'entre elles, mue par un seul homme, fabrique 60,000 clous par jour. L'auteur donne à la fin de ce volume une notice sur les machines à confectionner le tabac en poudre et à fumer, une autre sur la fabrication mécanique des tonneaux, dont on a vu des produits à l'exposition de 181g. Dans une manufacture de ce genre, établie à Port-Dundas, en Ecosse, douze à quinze ouvriers fabriquent par jour plus de 600 barriques. On y refend aussi des planches excessi- vement minces , pour faire des tamis, et des feuillets de bois précieux pour l'ébénisterie et la marqueterie. Avec les rognures du bois, on y fait de l'acide pyroligneux, qui sert de mordant à la teinture , et du vinaigre pour les usages domestiques. LesormaND, p/o/èssÉ'Jir de technologie. SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. Observatioks sur plusieurs points importais de notre LÉGISLATION CRIMINELLE ; par M. DupiN , doctcur en droit et avocat à la cour royale de Paris (i) , avec cette épigraphe : Longa est injuria , longœ Atnbages , sed suimna sequar/asiigia rerum. Vrac, Ma. , I. Cet ouvrage, très-bien imprimé, aura sa place dans la plupart des bibliothèques ; il est aussi intéressant qu'ins- tructif, écrit avec convenance, et le ton de l'auteur est loin de toute exagération. Tel est le mérite si distingué de M. Dupin,que, s'il plaide une cause, son discours devient un grand exemple, une leçon historique à citer long-tems» un germe heureux d'améliorations dans notre état social ; et, s'il écrit sur nos lois, sur nos pratiques judiciaires, son livre devient bientôt le manuel du juge, de l'orateur, du jurisconsulte et de l'homme d'état. Les règles des jugemens criminels, dit Montesquieu, intéressent le genre humain plu? qu'aucune chose du monde, et l'esprit despotique dans lequel sont conçus nos deux codes criminels n'est un problême pour personne. M. Dupin ne pouvait donc choisir un sujet plus digne d'at- tention pour tous les lecteurs, que des recherches sur les (i) Paris, juin 1821. 1 vol. iu-S", 555 pages. Baudouin, impri- meur-libraire , rue Vaugirard , n" 56. Il faut joindre à ces obserua- tions l'ouvrage suivant : Lois criminelles extraites de la collection 10-4°, dite du Louvre, et du bulletin des lois ; Recueil composé en exécution dcl'avis du conseil d'état, du 7 janvier iSi5, sur la com- mission spéciale de monseigneur le garde-dessceaux ; par M. Dipi.>. Paris, 1821. 3 vol. in-S». SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. Cl -vices (le notre législation relative aux crimes, sur les abus trop évidens qui déshonorent la justice criminelle en France , malgré tant de travaux entrepris pour la perfec- tionner. Il ne s'est point proposé de signaler minutieu- sement tous les abus ; il ne s'attache qu'à un petit nombre de points capitaux qu'il regarde comme les plus essentiels; car il n'ignore pas les difficultés qu'on éprouve pour obtenir les réformes les plus nécessaires. Il sait que les réformes ne sont trop souvent qu'un léger remède aux maux publics , ou même une réelle confirmation des désordres, et il ne dissimule pas que des vices nouveaux et imprévus sont mis souvent à la place de ceux qu'on aurait voulu détruire. C'est ce qu'il expose dans des obser- vations préliminaires , suivies de onze chapitres , dont quelques-uns sont divisés en plusieurs paragraphes. Nous puiserons dans le chap. I", sur la Justice en général^ cette vérité bien importante à la suite des troubles et des révolutions: «Si, dans un pa3's, la justice paraît n'être exercée qu'au profit d'un parti contre le parti con- traire; si, pour les délits du même genre, on déploie une sévérité inflexible contre l'un , tandis qu'il y aura pour l'autre indulgence excessive ou impunité, les hommes de l'opinion défavorisée se croiront dans l'oppression. Ils se sentiront intéressés à combattre un ordre de choses qui les vexe; ils recourront à la vengeance, et l'esprit de parti fera chez eux ce que l'esprit de famille produit en Corse. Ne juger que les faits, non les personnes; les actes, non les opinions ou les pensées ; poursuivre et punir ce qui offense les lois ou les mœurs, ce qui trouble l'ordre public, voilà le devoir du magistrat impartial. « Entre la politique et la justice, dit ailleurs 31. Dupin , tout contrat est pesti- lentiel, toute intelligence est corruptrice. « Dans le cbap. II, sur le pouvoir judiciaire , l'auteur fait 62 SCIENCES MORALES sentir la nécessité de régler par des lois la compétence j l'organisation,- la procédure de la chambre des pairs. Il demande, comme étant de première nécessité, une loi qui détermine les cas où l'on peut être arrêté , poursuivi , et les formes de l'arrestation et des poursuites. Au sujet des cours prévûtales facultatives, selon l'art. 63 de la charte, et qui étaient devenues, avant 1789, presque entièrement oisives et inutiles, d'après les lois d'alors, il fait cette ob- servation très judicieuse : « L'essai malheureux qu'on a fait de ces juridictions exceptionnelles, en 1816 , les tristçs souvenirs qu'elles ont laissés, la joie qui a suivi leur sup- pression, sont de sûrs garans qu'un gouvernement éclairé n'usera jamais du droit de les rétablir. » Il insiste, dans lecHAP. III, sur la nécessité d'observer les formes ; il s'élève contre la justice à la turque exercée contre l'ex-général Guillaume Pépé à Naples; il la com- pare avec justesse à cette consigne qu'on lit affichée dans nos jardins publics: Les personnes qui amènent avec elles des chiens doivent les tenir en laisse ; autrement , on les prévient qu'ils seront abattus. Il fallait, dit-il, faire le procès au général Pépé et le juger dans les formes, non par les Autrichiens qui n'ont à Naples qu'une puissance de fait, mais par des juges ordinaires; autrement, il y a usurpation manifeste sur le gouvernement légitime, qui, d'après la doctrine de Laybach, réside exclusivement dans la majesté royale. L'auteur examine, dans le chap. IV, les principaux vices de notre instruction criminelle; et, après des observations générales, il traite de la violation du domicile, des arres- tations, de l'instruction préalable qui se fait à la police, de la prolongation indéfinie de l'instruction , de l'élargis- sement provisoire sous caution, des télégraphes considérés comme officiers de police judiciaire, du secret, du choix ET rOLITIQUES. 6^ iibre d au conseil, de la communication de la procédure et du secret de l'instruction. Voici en partie ce qu'il dit sur la longueur indéfinie et le secret de l'instruction, et sur le défaut de liberté dans le choix du conseil : * Chez nous, la loi ordonne de faire tel et tel acte de la procédure dans le délai le plus bref; mais nulle peine qui garantisse que ce délai ne sera pas indéfiniment prolongé. Aussi l'on voit les affaires minimes , comme les plus graves , durer plus d'une année, sans qu'il y ait aucun moyen de forcer le juge, ni d'avancer ni d'énoncer les motifs du retardement. » Voilà ce qui rend nos lois de suspects d'au- tant plus odieuses qu'elles sont inutiles, si l'on ne veut qu'emprisonner arbitrairement. L'art. 295 du code impérial de 1820 porte que le conseil de l'accusé ne peut être choisi que parmi les avocats do- miciliés dans le ressort de la cour royale qui juge l'accu- sation , et qu'il faut une permission du président de la cour d'assises pour que l'accusé puisse choisir, hors de la liste de ces avocats, un parent, un ami pour le défendre. L'injuste et humiliant décret impérial du lA décembre i8io, qui ravit aux avocats leurs antiques libertés, leur défend de plaider hors du ressort de leur domicile , sans la per- mission par écrit du ministre de la justice , permission restreinte encore par ce ministre , qui exige pour cette permission un visa préalable du bâtonnier, une attestation que l'avocat n'a subi aucune peine de discipline, et des renseignemens particuliers sur ses opinions politiques. Maintenant , rappelez-vous que le ministre de la justice nomme ou peut nommer les cinq juges pour chaque ses- sion de cour d'assises ; ajoutez que l'organe du ministère public est nommé et destituable par ce ministre, et que les jurés sont choisis par le préfet et par le procureur du roi, deux officiers affidés du ministre et révocables; enfin, g^ SCÎKNCES MORALES ajoutez que les juges d instructioQ sont désignés chaque année par le concours du procureur du roi et du président, et vous pourrez, d'après les seuls choix directement ou indirectement ministériels de tous les acteurs d'une tra- gédie criminelle et politique, juger s'il reste pour les ac- cusés des garanties suffisantes. Les infâmes lois de lèse-majesté des tyrans de l'empire romain, dressées par des fanatiques, devinrent les règles des procédures des anciennes inquisitions épiscopales et papales , sous prétexte de venger par des hommes la ma- jesté divine ; et ces affreuses règles furent , chez nous , comme droit commun , introduites, en i5oQ, par le cruel Poyet, et maintenues, en 1670, par l'impitoyable Pussort. De là, nous vint le secret absolu de la procédure criminelle, qui, de loSg à 1789, fut une calamité effroyable. N'ou- blions jamais que, jusqu'à lôSg, la procédure criminelle ordinaire avait été, sous les trois races, publique en France, dans toutes ses parties, selon les usages et les lois des Grecs et des Romains ; que les célèbres décrets de 1789 avaient fait cesser entièrement cette perversité, mais que, d'après les codes de 1790 et surtout de 1810, le secret inquisitionnel le plus sévère a été rétabli dans toute instruction criminelle , jusqu'au moment tardif de cette communication trop parcimonieuse qui précède immédia- tement l'examen et les débats devant les jurés. M. Dupia fait les réflexions les plus judicieuses et les plus touchantes sur les inconvéniens de cette marche tyrannique. On n« saurait trop la faire haïr et graver dans la mémoire sa fu-' neste généalogie. L'Angleterre a su conserver la publicité de la procédure criminelle , à commencer par le premier interrogatoire de l'accusé. L'Espagne et le Portugal ont su la rétablir; le royaume de Naples vient de la perdre; ne nous,sera-t-elle jamais rendue? ET POLITIQUES. g5 ^ Nous voudrions pouvoir copier les beaux chapitres de l'auteur sur Vaccusation , les débats et lejurj; en voici quelques traits :« En matière de délits de la presse, le gouvernement perd plus souvent par les débats qu'il' ne gagne par le jugement. Qu'est-ce donc, si l'accusation s'at- taque à des faits, à des actes, à des écrits pour lesquels l'opinion s'est ouvertement déclarée, à des hommes qu'elle honore, et s'il survient un acquittement complet ?... Il ne faut pas que les hommes complaisans et empressés autour du gouvernement en usent avec lui, comme l'ours avec l'amateur des jardins : mieux pcmdmit un sage ennemi. Au sujet des actes d'accusation qui devraient commen- cer la poursuite, et qui ne viennent plus qu'à la fin du procès, M. Dupin rapporte les vives et justes plaintes du lieutenant criminel Airault. Puisse-t-il, en les renouve- lant, avoir contribué à les rendre un jour efficaces! On n'a point oublié le beau travail de M. Guizot contre la tactique des faits généraux qui fut employée par l'in- fâme Jefferies contre Sydney, et que nous voyons fré- quemment employée par les organes du ministère public. Les faits généraux, dit M. Dupin , sont étrangers à l'accusé ^ par cela même qu'ils ne lui sont pas personnels. Mais ici le mal vient du magistrat, et non de la loi. Il ne faut pas attendre le remède du législateur, mais du magistrat et du gouvernement. Là-dessus il raconte, pages 120 et 168, les malheurs du colonel Duvergier, condamné dans l'af- faire des événemens de juin 1820. Il n'y a rien de plus triste et de plus touchant que ces épisodes. Le magisùaâ quijuge, à son tour est Jugé. Les procès criminels se terminent par des débats. N'est- ce pas une atteinte à la publicité si limitée de ces procès, que « souvent l'entrée de la salle d'audience ne soit per- mise qu'à des personnes munies d'un billet du président Tome xi. 5 ae SCIENCES morales de la cour ou du procureur général ? Un auditoire ainsi composé est-il ce que la loi entend par \e public ? Dans les grandes représentations théâtrales, dit l'auteur, s'il y a des billets pour des spectateurs choisis, il y a aussi des billets qui se vendent; au lieu qu'à la cour d'assises de Paris, souvent la faveur seule les donne ou les fait ob- tenir. On y fait exception et acception des personnes. J'ai TU restreindre à deux, à trois au plus le nombre de ceux qu'on daignait accorder à l'accusé ou à son défenseur, et c'est là ce qu'on appelle police d'audience, qui appartient au président. Souvent aussi on charge les audiences de gendarmes et de soldats, on en met plus qu'il ne faut pour maintenir l'ordre; pour tenir l'assemblée en respect, on crie d'une voix de tonnerre : Gendarmes, Je vous ordonne de conduire en prison le premier qui rira. J'ai vu un pareil ordre exciter dans l'assemblée des rires qui gagnaient tout le monde et jusqu'aux collègues de l'ordonnateur. « J'ai entendu des présidens répéter à chaque instant : T^ous avez toute la latitude pour vous défendre, mais. . . et de mais en mais la défense était accablée de restrictions et d'interruptions qui fatiguaient l'avocat, lassaient sa patience , ou le troublaient au point de le réduire à se taire. M Depuis surtout qu'il a été mis à l'ordre du jour de dé- clamer pontre les doctrines ^ de réprimer les doctrines, les présidens se sont empressés à l'envi d'interrompre les avocats et d'entrer en réfutation avec eux , sous prétexte de rétablir les saines doctrines. . . Ces petites tracasse- ries renversent l'ordre des idées, sj'ncopent l'établisse- ment d'une preuve, refroidissent le développement d'une considération touchante et déconcertent l'orateur. D'ail- leurs, telle proposition, telle phrase , tel mot déplaisent au président et plaisent peut-être aux jurés. On ne sait ET POLIÏIQLES. 67 pas de quoi l'un se fûche; peut-on savoir de quoi l'autre ne s'accommoderait pas ? Toutes ces interruptions fréquentes sont contraires au devoir du président. Si le juge doit se montrer indulgent envers le défenseur, à plus forte raison doit-il l'être envers l'accusé; il doit lui pardonner quelque chaleur dans sa propre cause , et lorsqu'il s'agit de sa perle ou de son salut. J'ai entendu un accusé, interrompu dans sa défense , dire au président : Monsieur, le soin de me défendre l'emporte sur tout ; en sortant d'ici, vous rentrez fort tranquille chez vous , moi je rentre en prison. Que répliquer à cela ? » Dans le chapitre sur le jury, qui est très-soigné, l'au- teur développe, en homme lihre et ami de la vérité, les avantages de cette institution , et propose un jury mi-parti en faveur des étrangers, à moins qu'il ne s'agisse de crime contre la sûreté de l'état. Nous passons le chapitre fort important despeines et de r exécution des condamnations , pour nous arrêter à celui des abus de détail, qui sont les vices , non des lois , mais des hommes. L'auteur s'élève énergiquement contre les abus des délations, le crime factice de non révélation, la violation du secret des lettres , la corruption des domes- tiques par des agens de police, et l'emploi malheureuse- ment si commun des agens provocateurs. Nous regrettons que les bornes de ce recueil ne nous permettent pas de suivre M. Dupin sur de si importans objets. Sous le titre de questions particulières , il traite des délits de lapresse et des calomnies par la voie de la presse y il dit des choses de la plus haute importance sur la néces- sité d'une loi relative à l'emploi de la force armée contre les mouvemens populaires , sur les dommages et intérêts dus aux accusés innocens, sur les lois d'exception, dont il désire la cessation, sans en excepter aucune. C'est avec 5^ 68 SCIENCES MORALES bien de la raison qu'il les regarde toutes comme des abus qui, outrant l'auloriié, l'affaiblissent et la dégradent. Au lieu d'innocenter le duel et de le punir de peine de mort, il voudrait une loi qui déclarât les duellistes inha- biles à exercer les droits de citoyen , indignes de tous em- plois civils et militaires, incapables de témoigner en jus- tice, de tester, de succéder, de recevoir par donation ou par testament, etc. Rien de plus judicieux que ce qu'il a écrit sur les délits militaires, le délit commun, et sur la justice des Suisses, exercée au sein de la France par des étrangers employés dans l'armée, au lieu de Français, et recevant une paie deux fois plus forte que celle des Français. Il parle contre la censure des journaux, mesure d'ex- ception , qui s'étend même sur les comptes rendus des débats judiciaires , et jusque sur les textes des jugemens. Enfin, cet ouvrage est terminé par un curieux mé- moire sur les proscriptions par ordonnance. Lakji:i>-ais , de l'Institut. Jurisprudence; 7 ou- vrages en 9 volumes. Chap. 5. Manuscrits i5, contenant des poésies et plusieurs-tfôités concernant l'histoire , la grammaire , la lexico- graphie, la théologie, la médecine, l'astronomie et l'astrologie. M. Nyerup a accompagné chacun des titres de ces diOerens ou- LIVRES ETRANGERS. lAS vrages de quelques notes et de réflexions , qui intéresseront sans doute ceux qui s'occupent de la langue samscrilc. Heiberg. ALLEMAGNE. 26. — Sn'Urigail ein hejtrag zu den Geschichlen von Lithauen , Russland , Pohien und Preussen. — Switrîgail, pour servira l'his- toire de Lithuanie, de Russie, de Pologne et de Prusse ; par Auguste DE KoTZEBCE. Leipsig j 1820. Voici le fond du porte-feuille de M. de Kotzebue ; ce sont des do- cumens sur l'histoire du prince Switrigail, contemporain de Jagellon. Les événemens dont il est ici question, quoique peu importans pour ce que l'esprit humain attend de lumières de l'étude du passé , se rat- tachent néanmoins aux destinées des grands états qui , dans le nord , occupaient la scène du monde ; ils jettent un nouveau jour sur des caractères jusqu'ici peu connus ou même méconnus. En i8i3 , M. de Kotzebue vit à Kœnisberg le savant Hennig ; celui-ci était alors occupé à dépouiller de vieilles chartes ; dès qu'il rencontrait quelque chose de relatif à Switrigail, il le mettait de côté, dans la vue d'écrire un traité particulier. Peut-être Hennig disait-il de l'histoire de Swi- trigail ce que Tacite a dit de celle de Nerva : uberlorem securioremque materiam senectuti reposai ; mais la mort enleva M. Hennig, et M. de Kotzebue se prit pour Tacite et fit son livre. On se rappelle qu'au- trefois il avait lui-même déclaré, dans le Correspondant de Ham- bourg, que désormais il allait s'asseoir au premier rang des histo- riens. L'indulgence de M. de Mliller , qui voulut bien joindre com- plaisamment son témoignagne à cette prise de possession , n'a pas peu contribué à persuader à quelques bonnes gens qu'effectivement Tacite , Salluste et Tite-Live étaient ressuscites dans la personne de M. de Kotzebue. Cependant V Histoire ancienne de la Prusse court grand risque d'éprouver, en peu d'années et en dépit de l'im- primerie , le sort que l'injure du tems et le bouleversement des em- pires ont fait subir à quelques livres des Annales et des Histoires. On demande si les documens de M. de Kotzebue seront utiles , et l'on répond assez généralement qu'ils seraient de nature à l'être, si leur compilateur avait fait , soit un livre assez intéressant pour être lu, soit un recueil assez savant pour que l'on pût y puiser; mais on s'exposerait, en le faisant, à d'étranges méprises. M. de Kotzebue lit si inexactement que, dans une seule bulle du pape Honorius III , il a lAA LIVRES ETRANGERS. trouvé le moyen de placer quarante-trois fautes. Souvent , pour s'épar- gner la peine de déchiffrer, il a inventé , souvent il a mis des conjec- tures là où il pouvait donner du certain. M. de Kotzebue en voulait d'ailleurs à l'ordre teutonique à tel point, qu'il ne se faisait aucun scrupule des altérations dans les textes , pourvu qu'il le représentât comme avide de sang et de richesses , pourvu qu'il lui reprochât des crimes imaginaires. Qu'on Juge après cela s'il aura rapporté fidèle- ment tout ce qui pouvait constater les vertus de cet ordre 1 Même en ce qui concerne son héros Sifilrigail, M. de Kotzebue n'a pas fait de bien grandes recherches ; on lui reproche généralement de ne pas s'être servi des correspondances de Withold de Lithuanie et de Sigismond , roi des Romains. Nous ne nous serions pas arrêtés à cette production, qui semble par son titre même condamnée à l'obs- curité, si elle n'était de Kotzebue. Ph. Golbéhy. 27. — De Apolline patricio et Minerua primigenia Atheniensium , scribebat BoEBB. philosophiœ doctor, Heidelbergœ 1820 , in-i". Ce n'est pas la première fois que nous avons occasion de nommer M. Bœhr; il a fait, pour les Meletemala de M. Creutzer, un traité sur l'Artaxerce de Plutarque ; et , quoique ce traité se distinguât par une sagacité et une érudition peu communes, nous avons été obligés de nous en tenir à une simple indication , notre recueil ne comportant pas un examen purement philologique. Aujourd'hui , M. Bœhr éclaircit un point de mythologie qui se lie essentiellement à l'his- toire d'Athènes : cet ouvrage est donc d'un intérêt plus général , et nous devons à nos lecteurs de leur faire connaître cette ingénieuse et savante dissertation. L'auteur part d'un passage de Plutarque dans la vie d'Alcibiade , Apollon y reçoit le titre de Tlttr^aica; et Minerve celui d"A/ix,>'ys'T*T. M. Bœhr explique la valeur de ces épithètes ; il commence par Mi- nerve , et se demande si la qualification qui lui est donnée convient à plusieurs divinités , ou si elle n'est attribuée qu'à elle seule î C'est dans l'histoire que M. Bœhr trouve la solution. Les anciens , au moment de quitter la patrie pour fonder une colonie, emmenaient avec eux une des divinités tutélaires de la métropole , et lui confiaient le soin de veiller à la prospérité du nouvel établissement. Comme cette divinité ne se bornait point à une bienveillance inefficace ; comme elle prenait une part active à la fondation de la cité , on l'bcnorait aussi sous d'autres noms ; en sorte que le même dieu est LIVRES JÉTRANGERS. 1A3 •cuvent appelé KT5.—Memoria sulle strade e sa' pond militari, etc.— Mémoire sur les ponts et chaussées militaires. Naples, 1819. In-S". "h^.-Sago^w suirapporli, etc. -Essai sur les rapports que doivent avoir entre eux les moyens permanensde défense , la disposition to- pographique du terrain et les opérations des armées ; par Stefano di RivKHi. Naples, 1820. In-S". ô-.—Memoriee lettere inedile , etc.— Mémoires et lettres inédites de Galilée, recueillis et commentés par le c\xt\A\iev Giambattisla Ventchi , etc. ; ouvrage destiné à servir de supplément aux princi- pales collections des écrits de cet illustre philosophe, publiés jusqu'ici ; seconde partie , etc. Modène , 1821. Vincenzi et compagnie. In-i". La première partie de ces savans mémoires, que nous avons an- noncée ( /^ojtz ci-dessus, Tom. V, pag. 109) , embrass'î l'époque qui a précédé l'année 1616; la seconde s'étend de cette époque jusqu'à 1642, année de la mort de Galilée. Une partie de ses ma- nuscrits , cachée dans une fosse destinée à conserver le blé , fut ainsi dérobée , dit M. Venturi, aux regards des inquisiteurs, par Viviani , digne élève et ami du vieux astronome. Après la mort de l'abbé Panzanini , héritier de Viviani, arrivée en 1737, la fosse fut ouverte, et on vendit à vil prix les papiers que l'on y trouva. MM. Targioni et le sénateur Nelli purent en recouvrer une portion. Le grand-duc actuel de Toscane a cherché depuis à recueillir dans sa bibliothèque particulière tout ce qu'il a pu des écrits de Galilée. M. Venturi a pu voir et extraire dans cette bibliothèque choisie tout ce qui lui mau- 156 LIVRES ÉTRANGERS. quait encore pour compléter son travail , et tout ce qu'il vient de publier appartient en entier à Galilée lui-même. Voici l'index de» articles contenus dans le volume que nous annonçons , selon leur ordre chronologique.— 1616 : Les meilleures pièces de l'apologie que Campanella, étant en prison, écrivit à Naples pour Galilée; — Ï624, une Réponse de Galilée à Francesco Ingoli pour le système de Copernic ; — 1619 et 1626 , Notices diverses sur les questions agitées entre Galilée et le P. Grassi sur les comètes; — 1624 et 1602, Correspondance épistolaire de Galilée avec Castelli , Gassendi , Baliani et autres;— 1632 et suivantes, Ecrivains qui combattirent le Dialogue de Galilée sur le système de l'univers. M. Venturi rappelle plus de soixante écrits publiés pendant cette époque pour et contre le système de Galilée. On y trouve aussi les documens les plus curieux relatifs au procès de ce philosophe , et la traduction française de presque tout son procès original, faite à Paris et communiquée i l'éditeur par M. Delambre. De là il résulte principalement que Ga- lilée, ayant tourné en ridicule Urbain VIII sous le nom deSimpliciOf un des interlocuteurs de son Dialogue, le pape, qui précédemment avait écrit une lettre et fait même des vers en honneur de Galilée . en fut tellement irrité qu'il le persécuta et le fit condamner, acte honteux dont l'inquisition ne pourra jamais se laver.— 1654-59, Cor- respondance épistolaire avec des personnages très-distingués. — 1659-1641 , Correspondance de Galilée avec Liceti, etc. Enfin, l'édi- teur n'oublie pas la persécution que la cour de Rome fit essuyer h Galilée , même après sa mort. On tenta de déclarer illégal son testa- ment , de lui refuser la sépulture dans l'église, et l'on défendit de lui élever un monument; mais la postérité reconnaissante l'a amplement dédommagé des injustices de ses contemporains. 38 — Storia délia Spagna anlica e moderna , etc. — L'histoire de l'Espagne ancienne et moderne , avec des cartes géographiques et des tables gravées par le chevalier Luigi Bossi , Milan, 1821 , ty- pographie du commerce. L'ouvrage que nous annonçons est du même auteur qui continue l'histoire générale, ancienne et moderne , de l'Italie. L'histoire de l'Espagne, dont le premier volume a déjà paru, sera divisée en huit livres , et formera huit volumes. c>^.—niografa crenionese , etc. —Biographie de Crémone ou dic- tionnaire historique des familles et personnages illustres de Crémone, LIVRES ÉTHANGERS. 157 depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos jours; par P'ineenzo Lanceiti, etc. Milan, 1820, t3'pographie du commerce; volume II, in-4°. Nous avons déjà annoncé le premier volume de cet ouvran-e , que l'auteur continue à publier avec beaucoup de zèle et d'intelli- gence. On lui reproche des recherches trop minutieuses, surtout sous le rapport généalogique. De pareils détails peuvent plaire aux in- téressés; mais ils sont fastidieux pour les autres. Plusieurs articles néanmoins se font remarquer par les observations justes et patrio- tiques de l'auteur; tel est entre autres celui de Giovanni Baldesio. C'était un Guelphe célèbre du xi« siècle, chef des Crémonais, sau- veur de sa patrie ; ses concitoyens instituèrent des fêtes publiques et annuelles , et firent frapper des monnaies pour en célébrer la mé- moire. On a taxé l'article de Pietr'-Antonio Boselli de trop de par- tialité. M. Lancetti reconnaît dans Boselli non seulement l'antago- niste d'Aristote au xvii« siècle , mais aussi de Descartes, de Newton, le Buffon de l'Italie et l'auteur d'une nouvelle cosmographie, dont il n'existe aucun monument. Notre biographe semble donc avoir oublié les Patrizj , les Telesio , les Campanella , les Porta , etc. , qui certes avaient un peu plus de mérite que Boselli. 4o. — Cicérone : Letlere disposte per ordine de' tempi , tradotle e corredate di note , etc. — Cicéron : Lettres disposées suivant la date des tems, traduites et cnricliies de notes; par M. L. Maeil, Padoue, 1820 , in-S°. M. Luigi Mabil , ancien professeur à l'université de Padoue , est connu par d'autres traductions, surtout par celle de l'histoire de Tite-Live et par son abrégé de la morale de Stellini en forme de lettres. Dans les notes dont il a enrichi les lettres de Cicéron , M. Mabil a beaucoup profité de celles du savant et judicieux Wieland sur le même sujet. 4i. — Lettere e versi, etc. — Lettres et vers de Torquato Tassa, etc. Milan, 1821 ; Giovanni Bernardoni. On assure que Giuseppe Bernardoni possède un grand nombre de lettres manuscrites du Tasse , qui appartenaient à son illustre bio- graphe, l'abbé Serassi. Il a cru ne pouvoir mieux célébrer le mariage de Carlo Kramer avec ïeresa Berra , qu'en publiant ce recueil do lettres et de vers du célèbre et malheureux auteur de la Jérusalem. On y trouve quelques nouvelles circonstances relatives à la vie et 158 LIVRES ÉTRANGERS. aux infortunes de ce grand poète. Les poésies consistent en une canzone , deux sonnets et huit madrigaux. 4^3. — UInfemo di Danle , etc. — L'Enfer du Dante, traduit en vers hexamètres latins par le doctr ur Antonio Catklacci , professeur d'anatomie et de physiologie. Pise, 1819, in-S» ; Rainieri Prosperi. Cette traduction latine du Dante ne peut que paraître fort inutile aux étrangers comme aux Italiens. Ceux-ci ne doivent lire la divine comédie que dans l'idiome national , qu'elle a , pour ainsi dire , créé; les étrangers, et surtout les Français et les Anglais, non seu- lement sont riches en traductions , mais ils s'empressent encore de Jire l'ouvrage dans l'original. Pourquoi donc M. Catelacci s'est-il donné la peine de le traduire en latin , surtout quand il en existait dans cette langue une traduction très-élégante faite par le père d'Aquino? 45. — Tragédie, etc. — Tragédies de Cesare Dblla Valle, duc de Ventignano. Naples, 1S20, Angelo Trani; vol. IL L'auteur de ces tragédies est un des nobles IN'apolitains , qui, en cultivant la haute poésie , s'occupent d'études encore plus utiles. Le second volume de son théâtre contient deux pièces dont les sujets grecs sont très-connus, Iphigénie en Tauride et Médèe. La première avait d'abord été traitée" par Euripide chez les anciens , et ensuite par Rucellai, Pietr-Jacopo Martelli, Guimond de la Touche, et récemment par Gùthe chez les modernes. L'auteur a profité des essais de ses devanciers pour éviter leurs imperfections. Nous avons aussi la Médée d'Euripide et celle qu'on attribue à Sé- nèque , la meilleure peut-être des pièces latines qui soieat parvenues jusqu'à nous. Pierre Corneille, Longepierre et d'autres ont reproduit ce sujet sur la scène moderne. Malgré ses efforts , l'auteur n'a pu éviter les imperfections inhérentes à la nature du sujet et au caractère de ses personnages. . 44» — Lettera, etc. — Lettre de Custanzo Gazzeba adressée au comte Giuseppe Franchi di Pont , sur les ouvrages de peinture et de sculpture exposés dans le palais de l'université royale de Turin, €n 1820. L'auteur de cet opuscule , écrit avec assez d'élégance , décrit tout l'appareil et les circonstances solennelles qui ont accompagné l'expo- sition publique des meilleures productions des arts. M. .Gazzera , en les passant en revue, signale le mérite, le caractère, le genre, lesim- LIVRES ETRANGERS. 159 perfections de chacune. Il se montre partout juge éolaiié et ama- teur zélé des progrès des arts et de la gloire de sa' nation. ESPAGNE. 45. — Decadas medico-q uirargicas j farmaceulicas jCic, — Recueil décadaire des observations pratiques concernant la médecine, la chirurgie et la pharmacie, par une société de gens de lettres. T. !•'. Madrid, 1821. Cruz-Miyar, in-S". ^ Ce nouveau journal périodique se publie tous les dix jours, et neuf décades forment un volume. Le premier, que nous annonçons, con- tient des considérations importantes sur le suicide , sur la manière d'enseigner la médecine, sur l'histoire de la pharmacie, sur la bibliographie nationale et étrangère, etc. 46. — Diccionario geografico , etc. — Dictionnaire géographique universel de tous les peuples de la terre, des nations, empires, royaumes, républiques et autres états; des provinces, districts, villes, bourgs et villages mémorables ; des lacs, fleuves, déserts, montagnes, volcans, mers, ports, golfes, îles, péninsules, isthmes, baltes, caps, etc.; 7» édition, corrigée et très-augmentée, quant à ce qui concerne l'Espagne et l'Amérique; par don Antoine \^aKS. Madrid, 1821; Davila , Sojo, etc., 6 vol. in-S". Cet ouvrage sera très-utile non seulement aux Espag'nols, mais aux Français ; et, lorsqu'on donnera une nouvelle édition du diction- naire de Vosgiea, on pourra tirer un grand parti de celui-ci. 47. — Calecismo de la moral cii'il , etc. — Catéchisme de la mo- rale publique , et exposition élémentaire des facultés physiques et morales de l'homme, de ses besoins, de ses droits, de ses devoirs dans l'état de nature et dans l'ordre social , et des droits des nations considérées dans leurs relations mutuelles ; par don François Rodri- guez DB Ledbsma , avocat. Madrid , 1821. Rodriguez, Matute. Un vo- lume in-8». ^8.—Principios de la economia gênerai, etc.— Principes de l'é- conomie générale et de la statistique de l'Espagne. Madrid, 1821. Esparza. Un vol. in-8°. Cet ouvrage anonyme contient quelques considérations sur l'éco- nomie domestique et l'économie politique , sur la distribution des revenus publics et sur la statistique d'Espagne. On y trouve aussi l'acte de navigation de l' Angleterre , qui était peu connu en Es- pagne. 160 LIVRES ÉTRANGERS. 47. — Historia de la dominacion de los Arabes en Espaha , etc.— Histoire de la domination des Arabes en Espagne , tirés des manus- crits et mémoires arabes, par D. Joseph Ant. Cosdé. Madrid, i8ao. Un vol. in-4° de 660 pages. M. Condé , savant académicien , mort l'année dernière , a fait de grandes rechercbes dans la bibliothèque de l'Escurial et dans d'autres bibliothèques qui possèdent des manuscrits arabes ; il en a tiré une foule de renseignemens curieux , qui jettent un grand jour sur la politique des conquérans sarrasins, sur leur gouvernement, leur tactique, leur administration et leur système financier, leur police, leur instruction publique , leurs mœurs et usages , leur littérature , la vie de leurs grands hommes, etc. L'auteur a divisé son travail en quatre Livres ; le premier, qui sert d'introduction à tout l'ouvrage , est un exposé habile de l'état du peuple arabe lors de ses premières inva- sions en Afrique. L'auteur passe ensuite aux autres invasions des Arabes en Afrique , au règne des Omirs , à leur politique et à leur conduite envers les indigènes de l'Espagne , aux guerres civiles qui divisèrent les Omirs , aux événemens qui soumirent l'Espagne arabe aux califes de Damas , enfin , au tableau des exploits et du caractère des premiers dominateurs arabes en Espagne. Le deuxième Livre commence par la fondation de la monarchie arabe , indépen- dante des califes. Cet événement fut, ainsi que le prouve M, Condé, l'effet de l'esprit public des Arabes , qui se déclarèrent en faveur de Béni Oméga. L'auteur raconte l'histoire des princes de cette race, et de leurs conquêtes en Espagne et en Afrique. Il termine par l'exposé de l'état du gouvernement, des arts et des lettres chez les Maures de cette époque, qui s'arrête à la guerre civile de io3o. C'est là aussi la fin du premier volume. Les deux autres , qui sont actuellement sous presse, contiendront les troisième et quatrième Livres. Il faudrait qu'un savant , versé dans la littérature arabe , ajoutât à la fin l'explication des mots arabes , la géographie com- parée et la charte de l'Espagne arabe , dont l'auteur n'a pu s'occu- per, ayant été enlevé trop tôt à ses études profondes. 44- — Coleccion de Memorias historicas y poUticas , etc. — Recueil des Mémoires historiques et politiques, concernant la dissolution des cortès de 1814, l'arrestation des députés, leur exil, et les dé- tails relatifs à ces événemens. Tome I". Madrid, i8ai. Castillo, Earco, etc. LIVRES ÉTRANGERS. 161 Les hommes de lettres et les hommes d'état, qui se sont réunie pour publier cette collection , se proposent d'y faire entrer toutes les pièces qu'ils ont rassemblées, pour démontrer les droits de la nation et les véritables intérêts du roi , et réfuter les fausses doctrines de quelques aristocrates exagérés, doctrines qui dérivent de l'ignorance de la superstition , du fanatisme , et surtout de l'intérêt personnel. 5i. — Rejlexiones a las Cartes, etc. — Observations adressées h l'assemblée nationale des Cortès de l'Espagne, concernant la loi publiée sur le mode d'élection des membres de la municipalité de chaque ville; par D. T^osepA deChurbcca, avocat. Madrid, 1821. Sojo. 52. — Discurso, etc.— Discours prononcé par D. Joseph Joachin DB MoRA, à l'Athénée e.spagnol , lors de l'ouverture de son cours de droit naturel , le 7 mars 1821. Madrid , Orcd. 55. —Nomenclatura de las bellas letras. — Nomenclature des belles-lettres, en forme de dialogues, à l'usage des élèves du col- lège de Vergara; par D. Félix Enciso Casthilloh, professeur de belles-lettres dans le même collège. Madrid, 1821. Orea, Un vol. in-8", ^i'—Las Poesias de Horacio^ etc.— Traduction des œuvres d'Ho- race en vers espagnols , par D. Xauier de Bdhgos , avec des notes critiques. Madrid , 1S21. Paz et Sojo. Deux volumes in-S". On avait déjà en ïspagne une traduction d'Horace en prose , et une en vers de quelques-unes de ses œuvres seulement. M. Burgos vient d'en donner une complète. L'auteur est connu pour un homme de mériter rempli d'esprit et de connaissances littéraires. Il est le directeur principal du journal intitulé : La Miscelanea (/e Mélange) , sans contredit le meilleur de tons ceux qui paraissent à Madrid en langage castillan. Le journal hebdomadaire le Censeur, le premier ouvrage critique de l'Espagne , a publié un article sur la traduction de M. de Burgos ; il en fait un grand éloge, en même tems qu'il y signale de légères imperfections. 55. — El desembarco de los lîusos. — La descente des Russes à Motril , port de la cùte de Grenade, dans la Méditerranée , comédie en deux actes ; par D. Epiphane Estedan , représentée sur le théâtre de la ville de Grenade, le 1" mars 1821. Madrid , 1821. Matute. Llorenth. ROYAUME DES PAYS-BAS. 56. — Nouueaux mémoires de racadêmie rqyalà des sciences et belles" lettres de Bruxelles. Bruxelles, i8?.o. P. J. Demat. In-4<> de 454 pag, TojiK XI. w 162 LIVRES ÉTRANGERS. Les savantes recherches historiques de feu M. Lesbroussàrt sont la partie la plus intéressante de ce recueil , du moins pour la plupart des lecteurs. 57. — Annales du Salon de Gand , ou Recueil des productions des auteurs vif ans de l'école belgique , dédiées à V académie royale de Gand, 1820 et i8ai. Chez P. F. de Gaesin-Verhaeghe. Belle entreprise et bien digne , par son exécution , de l'accueil qu'elle a reçu de tous les amis des arts en Belgique. 58. — Coup d' œil sur la nouvelle législation civile et l'organisation de l'ordre judiciaire du royaume des Pays-Bas , par un magistrat. Bruxelles, iSao. Picard; brochure in-8° de 64 pag. Mémoire écrit avec sagesse , mais trop favorable aux projets de subversion des lois actuelles. 59. — Exposé du système d'éducation primaire actuellement suiui enSuisse, en Allemagne etenHollande;parJ. Coqiilhat. Bruxelles, chez les frères Delemes, vol. in-S° de 120 pag. Ouvrage recommandable et qui se fait lire avec intérêt, 6o.—L'Ophialmiste , ou VAmi de la vue, Bruxelles, chez les frères Delemes; brochure ia-i 2. Cette petite brochure ,dont l'objet n'est pas sans importance pour les gens de lettres , est écrite avec agrément et imprimée avec un soin que ne désavoueraient pas MM. Didot. 61. — Considérations sur la distinction des personnes et la dis- tinction des fortunes. Bruxelles, 1821. Lecharlier, brochure in-12 de 74 pag- 6a. — Recueil annuel de poésies de la Société de littérature de Bruxelles. Delemes, in-18 de 127 pag. La plupart des vers qui composent ce petit volume (le iS' de la collection ) , feraient honneur à nos Muses parisiennes. MM. Con- chain , Hubin , Lesprit , O' Sulivan , Pire , Guetelet , ReifiTenberg , Rouveroy , etc. sont de très-dignes desservans du temple d'Apollon. 63. — De la colonie de Fréderiks-Ouord, et des moyens de subvenir ■aux besoins de l' indigence par le défrichement des terres vagues et incultes; traduit du hollandais par le baron de Keverberg. Gand, Hondin , 1821 ; in-8'' de i85 pag. , plus deux planches. Mémoire rempli de vues utiles et bien présentées. 64. — Comédies de Térence , traduites en uers français par F, Ber~ geron, Tom. I". Gand, 1821. Hondin, in-S» de 48i pag. LIVRES FRANÇAIS. 163 DebiU qui douue des espérances et mérite des encoiuagemens. Ce premier volume contient VAndrienne et l'Eunuque. 65, — Guillaume Premier^ tragédie , par M. Alvin ; 1820, chez les frères Delemes , in-8". Tragédie jouée avec succès au théâtre de Bruxelles , au mois de mars dernier. Le Mercure belge, journal plein d'esprit et de goût , contient une excellente analyse de cette pièce nationale. Malgré les efforts du gouvernement hollandais pour faire dis- paraître , ou du moins pour affaiblir l'usage de la langue française dans la Belgique , elle y est cultivée avec plus d'ardeur que jamais. On y trouve le charme du fruit défendu. Stassaht. LIVRES FRANÇAIS. 66. — Séance publique de la Société royale de médecine , chirur- gie et pharmacie de Toulouse, tenue le 2^ mai 1821. Toulouse , 1821 ; imprimerie de J. M. Douladoure. Brochure in-8» de 56 pages. Ce compte rendu d'ouverture renferme d'abord le discours pro- noncé par le président, M. Duffour, puis le rapport des tra- vaux de la Société, depuis le 27 juillet 1S20 jusqu'au 24 mai 1821 , fait par M. Ducasse fils , secrétaire général. En faisant l'énunié- ration des mémoires présentés à la Société sur des cas de patho- logie interne, il donne des extraits d'observations qui semble- raient prouver que la médecine physiologique n'a pas encore fixé l'attention des membres de cette compagnie. Le secrétaire général a même eu grand soin, en citant avec éloge Bichat, Du- puytren ,etc. d'oublier l'illustre auteur des phlegmasies chroniques. On aperçoit cependant, dans quelques passages, un commencement de concession à la nouvelle doctrine, et nous devons espérer que des praticiens, dont la bonne foi doit égaler le savoir, ne tarderont pas à se rendre à l'évidence des principes professés par les médecins phy- siologistes. — Une seconde section est remplie par des cas de patho- logie externe. Une observation de M. Caffort, sur un polype utérin , donne lieu à M. le rapporteur de faire la comparaison des différens procédés opératoires employés pour enlever les polypes , et il donne toujours la préférence à la ligature , parce qu'une hémorragie mortelle , dit-il, pourrait être la suite de la résection. Si M. Ducasse avait suivi la clinique de M. Dupuytren , il aurait vu qu'on peut , sans danger, dans presque toutes les circonstances^ enlever les polypes par ai * 16A LIVRES FRANÇAIS. l'excision , et que jamais ce grand chirurgien n'a été arrêté par la crainte d'une hémorragie , dont il sait toujours se rendre maître. Le compte rendu des travaux de la compagnie est suivi de l'ana- lyse d'un discours prononcé par M. Rumebe , sur la question suivante : Jj élude et lapratique de lainédecine peuuent-eîles s' associer à la cul- turedes belles-leltres? L'annonce des prix proposés pour l'année 1822 et le tableau des membres de la société terminent celte brochure. D. 67. — Précis analytique des travaux de V académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Ronsir, pour l'année 1821. Rouen, imprimerie de Périaux ; 1 vol. in-S" de 194 pages. Le compte rendu des travaux de cette compagnie par MM. Vitalis et Bignon , secrétaires perpétuels , forme deux sections : Sciences et arts, Belles-lettres et arts. La première est subdivisée en six cha- pitres : Mathématiques , Histoire naturelle , Chimie et arts indus- triels. Médecine, Médecine vétérinaire , Agriculture et économie rurale. L'un des mémoires de cette section a pour objet: V Encollage des étoffes ou toileries , au moyen de diverses espèces de pare- mens , etc. , par M. Dubuc l'aîné, pharmacien. L'auteur, ayant le désir d'être utile à la nombreuse classe des tisserands et de les faire sortir des bas-fonds et des caves malsaines où la nature de leurs tra- vaux les retient une partie de leur vie, présente différentes recettes économiques d'un encollage hygrométrique, qui permettent de fa- briquer les articles de rouennerie dans des lieux ni frais ni humides, au-dessus du sol , sans nuire ii la tissure et à la confection des étoffes. L'addition de V hydrochlorate de chaux paraît le moyen efficace qu'il présente pour atteindre ce but. — On remarque ensuite, 1" un mémoire de M. Vitaiis sur une nouvelle mine de chrome , trouvée depuis peu dans une île voisine de Saint-Domingue et dont M. Vitalis a fait la découverte, en analysant une certaine quantité de sable noir que M. Sèment , officier de sauté , lui a rapporté des bords d'un ruisseau qui coule dans la partie sud de V Ile-à-vache , situie à 9 milles sud de Saint-Domingue. 2° Un essai sur les causes de la couleur verte que prennent les huîtres des parcs à certaines époques de l'année , par M. Benjamin Gaillon ( voy. Revue en- cycl., Tom. IX, pag. Ô99 et 402). Non» devons rectifier une erreur qui s'était glissée dans ce recueil , dans la réfutation de l'opinion qui regarde comme une maladie la viridilé des huîtres. On fait dire à l'auteur : a II est bien reconnu , par l'usage journalier LIVRES FRANÇAIS 165 que l'on fait des huîtres vertes , qu'elles sont aussi saines que les blanches ; donc leur coloration n'est pas le produit d'une ma- ladie, » Preuve bien insignifiante , tandis qu'au contraire celle que donne l'auteur contre cette opinion résulte des expériences compa- ratives qu'il a faites du degré de vitalité des huîtres blanches et des huîtres vertes, lesquelles n'ont présenté aucune différence. — 3° Des observations de M. Prévost père , vétérinaire à Rouen , sur une vache qui , ayant avalé une broche de fer servant à un métier à iSler du coton , l'a conservée pendant deux ans entre la pleure costale et les côtes , d'où elle est sortie en perçant cette dernière partie. La vache, qui fait le sujet de cette observation physiologique, toussait souvent et maigrissait depuis quelque tems ; maintenant elle est guérie , no tousse plus et reprend son embonpoint. — 4° Le rapport d'une com- mission nommée pour examiner les mémoires envoyés au concours de 1820 sur cette question : «Quels sont les moyens, dépendans ou in- àèçGnàAXis àvipjromètre de ffedgood, les plus propres à mesurer, avec le plus de précision possible , les hauts degrés de chaleur que certains arts, tels que ceux du verrier, du potier de terre, du. faïencier, du porcelainier , du métallurgiste, etc., ont besoin de connaître?» — La conclusion de la commission , adoptée par l'aca- démie, accorde le prix au n" i"', portant porJr épigraphe: experientia prœstantior arle. En conséquence le président a proclamé le nom de M. Honoré Flaugcrgues, de Viviers (Ardèche), auteur du mémoire. Les travaux de la classe Belles-lettres et arts présentent l'analyse des discours de réception de MM. Fontanier , Lepitre et de M. le lieutenant général Rivaud de la Raffinière; les remcrcîmens de M. de Bernis, archevêque de Rouen , pour le diplôme qui lui a été offert ; les adieux de M, Malouet , président de l'académie , dont les derniers accens , témoignage de la confraternité la plus aimable, ont retenti dans tous les cœurs et y laissent des regrets profondément sentis. Parmi les mémoires consignés en entier dans le Précis de l'académie^ on remarque: i^ une démonslration de M. Bignon, sur la nature et la véritable signification du lerhe dans les propositions grammaticales et logiques , dont le but est de combattre l'opinion de M. la Romiguière sur la nature de cette partie de la proposition , et de prouver que le propre du verbe est l'expression des tems , la relation du jugement à une époque plus ou moins précise de la durée; a° dei considérations sur le charme et l'utilité altachés à 166 LIVRES FRANÇAIS. l'étude de l'histoire , par M. Auguste Lepreuosl. L'auteur , citoyeiï patriote , regrette avec raison que l'étude de l'histoire soit trop né- gligée.— Diverses pièces de poésie , des élégies par M. Vigne , des fables par madame Victoire Babois , MM. Guttingeret le Filleul des Guerrots, des stances sur le Voyage de lauie par M, d'Omqy , no- nagénaire, doyen des académiciens, terminent ce recueil, en tête duquel se trouve le discours prononcé , à l'ouverture de la séance publique, par M. Lemarquis, vice-président, qui s'est attaché à faire ressortir l'heureuse alliance de l'esprit du commerce et du goût de l'instruction. Nous citerons le passage où l'auteur peint à la fois l'acti- vité commerciale de Rouen et l'influence scientiGque de l'académie : « En contemplant la prospérité de cette ville, oii le fleuve royal apporte majestueusement les productions des contrées les plus éloignées , où les pavillons de tous les peuples flottent sur les navires pressés dans le port, tandis que d'autres encore imparfaits reposent près de là sur les chantiers ; où le coton de l'Inde , filé par les plus ingénieuses ma- chines , paré des couleurs les plus vives et les plus variées , se trans- forme en tissus également légers, élégans, solides; où le génie du mécanicien s'exerce continuellement à diminuer, à régulariser le travail des mains; où l'étranger, parcourant nos ateliers d'un œil surpris , reconnaît , avoue malgré lui-même une supériorité qui alarme sa jalousie ; combien il nous est doux de penser que l'aca- démie n'est pas étrangère à cet état florissant , que plus d'un des perfectionnemens qui ont contribué aux succès de l'industrie rouen- naise est émané de son sein !» B, G. 68. — Pragmens de philosophie botanique , ou de la manière la plus convenable de voir et de travailler en histoire naturelle , et particulièrement en botanique , et des moyens de rendre cette science plus simple et plus facile ; par A. L. Mabquis. Rouen, 1821, impri- merie de F. Baudry. 1 vol. in -8° de 207 pages. Se trouve à Paris , chez Méquignon -Marvis. Cet ouvrage contient vingt -uu chapitres; dans les six premiers, l'auteur s'élève contre l'abus de la multiplication des espèces et des genres en botanique ; il passe en revue les idées que les naturalistes se font en général de l'espèce, et s'appuie de l'autorité de Locke et de Condillac pour prouver que les espèces ne sont que des détermi- nations de notre esprit et non des groupes exactement détermines par la nature elle-même; il regarde l'opinion de la réalité des espèces LIVRES FRANÇAIS. 167 comme une source d'erreurs qui a conduit à l'idée d'une précisiod: sévère , mais illusoire , qui n'est pas dans la nature des choses ; il voudrait qu'on effaçât des catalogues un grand nombre d'espèces qui ne sont, d'après deux exemples cités par l'auteur, que la même es- pèce altérée par des localités et des circonstances diverses. Ces six chapitres forment en quelque sorte la première partie de l'ouvrage ; ils sont remplis d'aperçus spirituels et intéressans ; ils préparent le lecteur à la réforme des espèces, dont l'auteur développe le principe et les règles dans le chapitre vu. Ce principe , suivant l'auteur , doit être tiré de la considération des êtres relativement à nous; le besoin, l'utilité seront la règle du naturaliste dans la formation des espèces. Aucune distinction nouvelle , aucune espèce ne seront introduites sans un motif raisonnable, sans une sorte de nécessité, ou du moins d'utilité relative, soit directement à l'homme, soit à la science. C'est ce que l'auteur, pour se servir d'un terme de la philosophie de Leib- nitz, appelle la raison suffisante d'une espèce. Il est à craindre que ce principe ne conduise pas à la précision et à la fixité qui paraît être le but louable des efforts de l'auteur. On se demandera quel peut être le régulateur de cette raison suffisante? Puisque la mesure du besoin, de l'utilité , devient celle de l'attention plus ou moins grande que nous donnons aux objets, la raison suDBsante d'un médecin et celle d'un artiste ne seront pas dans la même ligne; tel savant scru- tateur profond de la nature , la contemplant d'un point de vue plus élevé , admettra des distinctions que ne soupçonnera pas l'obser- vateur superficiel ; la raison suffisante de ce dernier serait pour le premier une entrave bien injuste. En émettant des doutes sur l'effica- cité du remède que propose M. Marquis , nous n'en faisons pas moins ,des vœux bien sincères pour que son livre plein de choses , fort d'i- dées et écrit d'un style élégant, conduise les naturalistes à n'accueillir que les travaux qui tendent réellement à l'avancement des parties essentielles de la science. C'est cette essence sur laquelle il est à dé- sirer que l'on soit d'accord. Les travaux sur la physiologie végétale paraissent devoir conduire à cette fixité tant désirée. Mais que de ré- formes le développement et la perfection de ces travaux amèneront dans les doctrines botaniques, et quelles résistances certaines vé- rités auront à vaincre ! N'anticipons pas sur l'avenir , et accueillons avec reconnaissance tous les bons ouvrages qui tendent à l'amélio- ration de la science. De ce nombre sont lesfragmens de philosophie 16S LIVRES FRANÇAIS. botanique de M. Marquis, abondans en utiles conseils, mais dont pourtant quelques propositions ne conviendront certainement point h plusieurs savans, entre autres celle où l'auteur regarde les obser- vations microscopiques comïne une des sources de la multiplicité abusive des espèces en Imtoire naturelle ; celle encore où les travaux scrupuleux des savans de la Germanie sont considérés comme des écarts du bon goût et assimilés au genre romantique de la littérature. On peut opposer à la première proposition , que les observations mi- croscopiques nous ayant conduits à une connaissaDce plus certaine d e l'organisation des êtres , dont la simple vue soupçonne à peine les linéamens, conséquemment les ressemblances ont été plus positi- vement déterminées; et si ces observations ont produit des espèces et des genres que l'on ne connaissait pas , ces créations d'ordre, loin de subdiviser le tableau de la nature , ont, en quelque sorte, concrète des individus dont le grand nombre fatiguait les limites de notre in- telligence : les observations microscopiques ont donc simplifié plutôt que compliqué la science. Quant au goût romantique , à cette vague inquiétude d'esprit que l'auteur suppose dans les travaux de plusieurs naturalistes allemands, elle me semble en contradiction avec cette marcbe sévère, ces observations réitérées et ce besoin d'exprimer ce qui est, tout ce qui est, rien que ce qui est; en un mot avec cette disposition philosophique de l'esprit, dont grand nombre de leurs ouvrages scientifiques (ont preuve, et que je considère comme clas- sique, comme devant concourir à l'avancement des sciences natu- relles. Je crois, comme l'auteur, que rendre les sciences simples, faciles, substantielles , les faire aimer, c'est assurément les sentir; mais je pense que l'étude approlondie des diverses branches de la science doit conduire à ce résultat. Les progrès de la civilisation ren- dront par la suite familiers à tous les esprits les aperçus qui nous étonnent et nous surpassent maintenant. Ainsi, borner nos recher- ches suivant la mesure de telles ou telles facultés , c'est entraver l'essor du talent , c'est établir l'empire des préjugés, c'est arrêter les progrès scientifiques du siècle. B. G. ^9-~Fiore d'Oivard et de Bénin , par M. Palissot db Bkauvois. Paris, 1821, chez la veuve de l'auteur, rue Saint-Louis, n» 58, au Marais; et chez Arthus Bertrand, libraire , rue Ilautefeuille , n" aj. In-folio. Prix , 480 fr. Cette flore est composée de t^irigl lii^raisons contenant chacune LIVRES FRANÇAIS. 169 trois feuilles d'impression , et de 6 planches représentant de 6 & lo plantes. Elle contient la description et la figure exacte de tous les genres nouveaux et de toutes les espèces nouvelles de plantes recueillies par l'auteur dans des pays peu connus, et qui n'avaient été visités par aucun naturaliste avant lui. La singularité , la beauté des fleurs, le brillant et la variété de leurs couleurs rendent ce recueil également utile aux savans , aux artistes et aux gens du monde, A ce bel ouvrage s'en rattache un autre du même auteur: Insectes recueillis en Afrique et dans Ils Etals-Unis d'Amérique. Ce dernier, composé de i5 livraisons , contenant chacune 4 feuilles d'impression , et de 6 planches qui représentent de 56 à 4o insectes de grandeurs et de familles différentes, se trouve également chez la veuve de l'auteur. 70. — Traité de chimie élémentaire, théorique et pratique , par L, J. Thénard, de l'Académie royale des sciences de l'Institut de France, etc., etc., 3"= édition, revue et corrigée. Paris, i8ai. Crochard, libraire, rue du Cloître-Saint-Benoît, n" 16, et rue de Sorbonne, n» 3. 4 ï'ol. in-8" avec planches. Prix , pour Paris , a8 fr. et 37 fr. franc de port pour les départemens. Lorsque M. Thénard publia, en i8i3 , la première édition de son excellent Traité de chimie., il ne fit que se rendre aux vœux souvent exprimés par ceux qui cultivaient cette belle science, et surtout par les nombreux élèves qui suivaient ses utiles et brillantes leçons, élèves au nombre desquels je m'honore d'avoir été. Les uns et les autres regardaient M, Thénard comme étant appelé naturellement à remplir le vide qui existait, pour cette partie, dans nos livre:, élémentaires scientifiques. Leur espoir fut entièrement justifié ; l'ouvrage du savant professeur devint bientôt classique, et fut promp- tement répandu dans tous les pays civilisés. (îïous en avons annoncé une traduction italienne , Tom. II, p. SSj.) Dès l'année 1818, la première édition était à peu près épuisée , et M. Thénard en fit une seconde dont le succès ne fut pas moindre, et qui a été traduite ré- cemment en grec moderne. {Vo}'. Tom- X, p. 23i.) La troisième édition a paru en juin dernier. L'auteur ne s'est pas contenté de faire une simple réimpression de son ouvrage ; il y a fait entrer les nombreuses découvertes , dont les progrès rapides de la chimie ont enrichi cette science depuis trois ans. Dans les deux premiers volumes, il tritite de tout ce qui est relatif aux corps inorganiques ; 170 LIVRES FRANÇAIS. dans le troisième, de tout ce qui concerne les corps organiques^ et , dans le quatrième , de l'analyse chimique ou des moyens géné- raux par lesquels on parvient à séparer les principes constituans des corps et à en déterminer la proportion. Ce dernier volume renferme en outre toutes les planches de l'ouvrage, la descrip- tion des ustensiles que l'on doit se procurer dans un laboratoire de chimie, la manière de s'en servir et l'indication de leurs usages. On ne saurait trop louer Tordre qui règne non seulement dans la distribution générale des différentes parties de l'ouvrage, mais encore dans chacune d'elles, considérée séparément, c La méthode que j'ai constamment suivie , dit l'auteur dans sa préface, consiste à procéder du simple au composé , du connu à l'inconnu , à réunir dans un même groupe tous les corps analogues , et à les étudier d'abord d'une manière générale, et ensuite d'une manière particu- lière. L'avantage de cette méthode , employée par les naturalistes, se fera sentir surtout dans l'étude des métaux et des composés dont ils font partie. En effet, il est possible de faire de ces sortes de corps une étude générale si précise, qu'on soit presque dispensé de les étudier en particulier.» J'ajouterai qu'en abrégeant l'étude de la chimie, cette méthode la rend aussi facile qu'attrayante. On doit savoir aussi beaucoup de gré à l'auteur de n'avoir négligé aucun détail dans ladescription des expériences : en mettant ainsi ses lecteurs à même de les répéter toutes , il contribue puissam- ment à accélérer encore la marche d'une science à laquelle ses tra- vaux et ses leçons ont déjà fait faire de si grands pas. Au reste , le Traité de chimie de M. Thénard est un de ces ouvrages que le nom de leur auteur recommande mieux que* tous les justes éloges qu'on pourrait lui' donner ; il suffit d'en faire connaître l'existence à ceux qui s'occupent de la plus utile des sciences 'physiques , pour qu'ils s'empressent de se le procurer. A. Michelot. "1. — Tableaux des intérêts à tous les taux en usage dans le com- merce, et pour tel nombre de jours déterminés , suivis de tableaux du cours progressif de la rente sur l'état , croissante ou décrois- sante, suivant le taux de la rente légale de 5o fr. pour 1,000 francs par an, ou 5 fr. pour 100 fr. , depuis le cours do 5o fr. {baisse forcée), et successivement en remontant jusqu'à loo fr. (aw |iatV) ; et de la comparaison du produit de divers capitaux en rente sur l'état , sui- LIVRES FRANÇAIS. 171 vant le cours résultant de l'intérêt à divers taux en usage dans le commerce , par P. Robert. Paris, 1821. Chez l'auteur, rue des Saints-Pères, n" 81. j2. — Considérations sur quelqua avantages de l'industrie et des machines , en France et en Angleterre , lues dans la séance pu- blique des quatre académies de l'Institut de France, par IM. Charles Dcpis , membre de l'académie des sciences. Paris, 1821. Bachelier, libraire. ln-8° de 02 pages. Prix, i fr. 25 cent. La Kevue Encyclopédique a rendu compte du succès de cet écrit et de son utilité. {Voyez Tom. X, p. 2440 "5, — Vojages dans la Grande-Bretagne , 2« partie. Force navale de la Grande-Bretagne ; par M. Charles Dcpi.v, membre de l'aca- démie des sciences. Paris, 1821. Bachelier, a vol. in-4° de 600 pag. Prix, 22 fr. 5o cent. , et 20 fr. pour les non- souscripteurs. La Revue a déjà rendu compte de la première partie de cet ouvrage. Force militaire de la Grande-Bretagne. ( Voy. Tom. VII , p. 69 , et Tom. VIII , p. 48.) Dire que la seconde partie est encore au-dessus de la première pour l'abondance et l'ordre des matières , ainsi que pour la beauté de l'exécution des planches, c'est en faire l'éloge le plus complet. La Revue rendra compte de cette nouvelle partie. La 9^ , qui paraîtra dans le cours de l'année prochaine , traitera du commerce et des travaux publics utiles au commerce , c'est-à-dire des travaux des ponts et chaussées. Cette partie con« tiendi'a pareillement 2 vol. in-4'' avec planches et grand atlas , et sera donnée au même prix que la précédente. 74' — Exposition des principes et classification des sciences dans l'ordre des études, ou delà Synthèse; par H. Tohombert, avocat des académies de Dijon et de Lyon. Paris, 1821. In-8 de i5o pages, avec un tableau synoptique des sciences dans l'ordre des études. Amable Coste. Prix, 2 fr. 5o , et franc de port 3 fr. Il y a plus de vraie science , plus de raison dans ce petit volume, que dans certaines bibliothèques entières. Par son titre , l'auteur, avocat distingué au barreau de Lyon , n'annonce qu'une exposition générale des principes , et une classification des sciences dans l'ordre convenable pour les étudier et les enseigner,- et il donne de tels dé- veloppemens sur les principes rationnels de la morale, du droit public, du droit privé, du droit entre les nations, que cette partie seule de son ouvrage est une bonne introduction générale à l'étude des 172 LIVRES FRANÇAIS. lois. Nous croyons que son livre sera étudié , médité , lu et relu avec avantage par tous nos jeunes gens qui veulent faire des pro- grès dans les sciences quelconques. Les hommes faits , les savans même y trouveront à s'instruire. Mais ce sont MM. les élèves des écoles de droit qui doivent surtout le rechercher et le prendre pour guide. Ses études le conduisent à la religion; il en fait le principal résultat de la science, et il vante le bonheur que procurerait aux nations l'accomplissement des règles de l'évangile , qui ne voit dans tous les hommes que des frères, qui regarde la justice comme la voix de Dieu , qui ne veut pas qu'il y ait des oppresseurs , qui confond et punit l'orgueil, qui met avant toutes choses les vertus, qui enchaîne, pour ainsi dire , la force aux pieds de la justice et de la sagesse. Cependant il lui est échappé une inconvenance grave, et la seule que nous ayons remarquée dans son livre d'un rare mérite. Sa jeunesse doit le faire excuser ; il ne veut pas qu'on dise à la femme d'être subordonnée à son mari ; il propose que la raison commande à tous les deux , et c'est ce qui arrive quand l'un et l'autre sont rai- sonnables et vrais chrétiens ; mais quand l'auteur sera plus avancé dans la carrière de la vie , quand il aura étudié la religion chré- tienne avec autant d'application et de succès qu'il a étudié la phi- losophie rationnelle , il pourra changer sur cet article, et se récon- cilier avec l'apôtre des nations. Baron, d'Alembert, Dupont-de-Nemours, MM. de Tracy, Lan- celin , Bentham et Jullien de Paris, ont classifié les sciences et les arts; il peut y a voir presque autant de diversité dans ces méthodes qu'on en remarque dans les esprits. Dans le livre de M. Torouibert, l'étude des corps de la nature, fondée sur les caractères et les rapports réci- proques établissant entre eux des différences et des analogies, et l'é- tude particulière de l'homme, fondée sur les rapports de ses facultés intellectuelles avec ce qui l'entoure, conduisent à l'histoire naturelie, dont l'histoire civile est une branche, et aux arts. L'auteur com- prend tout cela sous le nom de science physique; et, selon lui, l'é- tude de l'homme , fondée sur les rapports de ses facultés morales avec ce qui l'entoure, sur les rapports d'affection ou de besoin qui l'unissent à son semblable, conduit aux deux sciences du droit na- turel et de la lèfrislution ; celle-ci a trois branches, le droit public intérieur, le droit privé et le droit inlernational : c'est tout cela que LIVRES FRANÇAIS. 173 l'auteur appelle science morale. Il expose , selon le droit naturel et avec une grande force de raison, l'origine des droits et des devoirs^ l'origine de la propriété , les notions sur la loi en général, sur la sou- veraineté , sur l'esprit des lois civiles, etc. Il définit la loi positive : une application spéciale des principes de la morale ou de la loi na- turelle ; il voit les principes de la loi naturelle dans nos facultés et dans nos besoins , et il appelle loi de l'état l'acte du législateur qui protège l'exercice des facultés de chacun. Il dit que c'est l'expres- sion des besoins, la limitation du droit de propriété, la règle dfs droits, autrement ce qui est juste. Tant que la loi n'est pas juste, il n'y a, dit-il, qu'un régime provisoire. 11 fait, sur tous ces points, une critique vive et foncée des notions qu'enseignèrent Montesquieu et J.-J. -Rousseau. aPour avoir, dit-il, des lois bonnes, justes, des lois véritables , il faut étudier les vrais besoins de la société : pour étudier des besoins, il faut qu'ils se puissent manifester franche- ment et hautement. Ainsi, les législateurs doivent recueillir attenti- vement l'opinion générale, comprendre les besoins qu'elle annonce et satisfaire à ces besoins par des lois. Si les besoins changent, les lois doivent changer avec eux ; elles forment le pacte social ^ qui a SCS bases dans la liberté individuelle et dans l'égalité de tous devant les lois.» Il ne dit rien de spécial sur les constitutions, ni consé- quemment sur le droit de les suspendre et de les abroger. L'auteur se propose de développer, selon sa méthode , le droit civil dans un traité particulier. Nous croyons qu'il fera une chose utile , et que son traité général et son traité particulier recevront du public uu accueil très-favorable. Mais c'est notre droit criminel qiû a le plus besoin de réfoiine. Otez les substitutions et les majorais , perfectionner et ne détruisez pas le système hypothécaire ; mettes tous les articles de ce code en harmonie avec lui-même, avec les autres codes , cela sufiBrait pour long-tems. Notre code criminel pèche par l«s bases et par de grandes lacunes. Lahjdimais. ■pS.—Les Ruines, ou méditations sur les révolutions des empires, par C. F. VoLîKKY. Paris , 1821. Bossange frères, rue de Seine , n" lî, 7» édition , I vol. in-iG , auqiuil on a joint la Lui naturelle et un portrait de l'auteur. VoLHKY avait un esprit infatigable dans la recherche de la vérité ; comme il croyait ne pas la trouver exprimée assez clairement dans les livres, il conçut le dessiin d'aller la chercher, loin de sa patrie , a7A LIVRES FRANÇAIS. dans l'Egypte et la Syrie , dont les déserts sont encore remplis des restes de leur grandeur passée. Aucun obstacle ne fut capable de l'arrêter. 11 supporta la faim , la soif, les feux d'un climat brûlant , et des privations de toute espèce. Il vécut parmi des hordes d'Arabes dont il apprit la langue, vêtu comme eux, couchant sur la terre , se conformant à leurs lois , à leurs usages et à leurs mœurs. Mais cette passion , pour la vérité , venait moins du désir de la gloire que de l'amour de la vertu. Transporté en présence des ruines de Palmyre , qui sont les plus étonnantes de l'antiquité , Vol ney s'arrête , les con- temple, les interroge , et transmet à la postérité le fruit de ses ins- pirations. Il voit des déserts là où s'étenclaient jadis des campagnes riantes et fertiles ; des ruines sur le même sol où régnait une opu- lente cité, quelques hordes de barbares semées çà et là , tristes restes d'une population nombreuse , une morne solitude remplaçant le Jai'uit et le tumulte des arts ; partout le silence des tombeaux. Era- . brassant alors par la pensée la diversité des pays , .des tems et des opinions , il médite profondément sur les causes de la misère des peuples exposés à tant de vicissitudes ; et , voulant expliquer com- ment tant de nations florissantes ont disparu de la scène du monde , il descend dans le cœur de l'homme, et découvre, dans l'amour de .soi-même, une source féconde du bien et du mal, qui, s'accroissant de toutes les passions humaines , produit tantôt la grandeur , tantôt la décadence des états. En effet , cet amour bien dirigé rend l'homme juste , bienfaisant , religieux ; s'il prend une fausse direc- tion, il le rend méchant , ingrat , oppresseur. L'amour de soi même renferme donc tous les élémens de la prospérité ou de l'adversité du genre humain. C'est sur ce grand principe que Volney fait reposer tout son ou- vrage ; il démontre que cet amour de soi-même ne peut dissiper les nuages des préjugés accrédités par le tems, nous conduire au bien, qu'autant qu'il est placé sous la direction de la loi naturelle , dont il explique les règles éternelles et immuables , règles écrites dans le cœur de l'homme. A. Métbal. 76. — (Euvres choisies de Fénèlon , 6 vol. in-8«. Les tomes 1 et a sont en vente. — Paris , 1821 , Delestre-Boulage , libraire de l'Ecole de Droit, rue des Mathurins-S.- Jacques, n" 1. Le second volume , qui vient de paraître , contient les Dialogues , sur l'éloquence ; U LeltreàVacadémie française sur l'éloquence , la LIVRES FRANÇAIS. 175 poésie , l'histoire., etc. le Discours de réception à L' académie fran- çaise ; des Mémoires très-curieux et pleins de hardiesse sur la^uerre de la succession d" Espagne , et divers autres opuscules. Les volumes suivans paraîtront de mois en mois. 77. — Penséeset maximes de Fkmklon, 2 vol. in-i8,avec portrait. Paris , 1821 ; Roret et Roussel , rue Pavée-S. - André ^ n^g. Prix ,5 fr. et , pour les souscripteurs , 2 fr. 5o c. Ces deux volumes font partie de la collection des Pensées et Maxi- jues des écrivains célèbres , que nous avons déjà eu occasion d'annon- cer ( Vojez t. IX , p. 162 et 352 ). Parmi les Pensées de Fénélon , de ce digne prélat qui orna la morale des grâces de l'imagination , nous avons remarqué celle-ci : « Il faut qu'un peupje ait des lois écrites , toujours constantes et consacrées par toute la nation ; qu'elles soient au-dessus de tout ; que ceux qui gouvernent n'aient d'autorité que par elles ; qu'ils ne puissent rien contre ces lois pour autoriser le mal.» C'est à M. H. Duval que nous devons le choix de ces pensées ; celles de Bossuet et de Massillon sont sous presse. 78. — Des Délits et des Peines , par Becc aria , traduction nouvelle et seule complète, suivie du commentaire de Voltaike sur le livre dçs délits et des peines , et du discours de J. M. A. Seevan , avocat général au parlement de Grenoble, sur l'administration de la justice criminelle , par P. J. S. Dcfev ( de l'Yonne ), avocat. Ladvocat , li- braire, Palais-Royal, Paris , 1821 , 1 vol. in-S" ; prix, 6 fr. L'ouvrage de Beccaria a toujours joui, en France comme en Italie et dans toute l'Europe , de la plus haute estime , depuis sa première apparition , en 1764. Les trois premières éditions furent épuisées en dix mois. Ce fut sur la troisième édition que Morellet flt sa traduc- tion , ou plutôt son imitation , qui parut en 1 766. Après la cinquième édition , Beccaria fit quelques changemens au plan de son ouvrage, Quelques-uns lui avaient été indiqués par Moi'ellet, La traduction publiée ensuite par M. Chaillou de Lisy était absolument conforme aux premières éditions. Les additions faites par Beccaria , depuis que les traductions ont paru , étaient absolument inconnues des lec- teurs français. La traduction nouvelle , donnée par M. Dufey , est la seule qui les fasse connaître. Elle a été faite sur l'édition italienne, publiée en 1807 , chez Bettoni , de Milan , par M. Beccaria , fils de l'auteur , seule édition regardée en Italie comme complète, et dont la 26« édition , donnée par le libraire Silvestri , en i8io , n'est 176 LIVRES FRANÇAIS qu'une réimpression. Le commentaire de Voltaire et le discours de Servan , qui terminent le volume , étaient un complément nécessaire de l'ouvrage de Beccaria , et ont été substitués , avec beaucoup de jugement ,à l'extrait, peut-être un peu sec, de la Théorie des peines de Jérémie Bentham , donné dans l'édition française de 1797, par M. Rœderer. 79. — Des Conspirations et de la justice politique , pa^ P. Gcizot , avec cette épigraphe : « Ne dites point conjuration, toutes les fois que le peuple dit conjuration (Esaïe, chap. 8, vers. 12). Paris, 1821; brochure in-8" de 119 pages; Ladvocat, au Palais-royal. Prix 5 fr. L'auteur signale un grand mal qui nous menace : la justice près de tomber sous le joug de la politique. C'est surtout dans les tems de fermentation politique , que la justice doit se montrer plus difficile , plus attentive et plus impartiale. Si quelque force étrangère veut la détourner à son profit, il faut s'élever contre une usurpation qui la perd. Il s'agit ici de droits et d'intérêts qui sont au-dessus de toutes les opinions, que tout système est également tenu de garantir. — M. Guizot, après avoir indiqué le but de son écrit, traite de la politique et de la justice. Une politique habile doit empêcher que la conservation de l'ordre social n'exige sans cesse l'intervention de la force matérielle, bientôt funeste et impuissante, quand on lui donne trop à faire. Dans le chapitre II , l'auteur trace le cercle d'où le pouvoir judiciaire ne peut sortir sans violer la loi, sans devenir l'instrument de la puissance pour descendre dans l'arène des partis. Les chapitres III et IV développent les conséquences effrayantes pour la sécurité individuelle de cet oubli des principes. Le chapitre V traite des agens provocateurs ; il établit la différence qui doit se trouver entre l'espionnage , jugé quelquefois nécessaire au maintien de l'ordre , et \a provocaiion , qui couve et fait éclore le crime et qui exerce sur la pauvre nature humaine l'atroce mission de Satan. Le chapitre VI (du ministère public] contient l'exposé des inconvéniens graves qui résullent pour la justice et pour la morale des aberrations du pouvoir, transportant sur le terrain judiciaire toutes les forces et toutes les armes dont il est pourvu sur le terrain politique , pour- suivant les individus devant les tribunaux avec le même langage, la même latitude qu'il emploie pour soutenir ses actes dans les chambres. De cette manière, conclut l'auteur, la politique envahit la justice et la corrompt en l'envahissant. Après avoir signalé le mal, LIVRES FRANÇAIS. 177 û offre le remède dans le chapitre IX et dernier, en démontrant que la justice est la meilleure politique , et qu'en donnant pour point d'appui à la puissance judiciaire la loi et l'équité, elle triomphera de l'esprit de parti et des préventions politiques, et contribuera es- sentiellement à consolider le gouvernement et à moraliser l'esprit public. B. G. 80. — Principes de jurisprudence française , pour servir à l'intelli- gence du code civil ; par M. Boulage , avocat à la cour royale et professeur de code civil à la faculté de droit de Paris. Paris, 1S20; Delestre-Boulage , rue des Mathurins-Saint- Jacques, n" v". Deux volumes in-S" ; prix , la fr., et par la poste i5 fr. Cet ouvrage contient la substance des leçons que M. Boulage pro- fessait à l'école de droit de Paris. L'auteur , arrêté par la mort au milieu de sa carrière, est loin d'avoir rempli la tâche qu'il s'était imposée ; car il n'a pu examiner que les deux premiers livres du code civil. Nous ignoions si l'on se propose de publier les matériaux que , sans doute , on aura trouvés parmi les papiers de M. Boulage. Nous avions déjà , sous le titre de Principes de la jurisprudence française, un fort bon ouvrage de Prévôt de la Jannès ; mais il n'est relatif qu'à notre ancien droit. Sans prétendre mettre le livre de M. Boulage sur le même rang que ceux de MM. Toullier, Pru- dhon, etc., nous pensons néanmoins qu'il peut être utile aux élèves. On a réimprimé, à la tête du premier volume, l'Histoire du droit fran- çais, de l'abbé Fleury. A. T. 81. — Des Substitutions prohibées par le code ciuil, par M. Roliatd DB ViLiABGiEs , juge-suppléant au tribunal de première instance de la Seine. Paris, 1821; 2« édition, revue, corrigée et augmentée. Hayet, rue de la Michodière , n"> 12. Un volume in-S° ; prix, 6 fr. , et 7 fr. 5o c. franc de port. Cette seconde édition d'un traité ex-professo sur une matière difS- cile, et sur laquelle, par cette raison même, peu d'auteurs se sont exercés, mérite d'être recommandée aux magistrats et aux juriscon- sultes. L'auteur possède bien les principes des substitutions , et les applications qu'il en fait aux diverses espèces dénotent un homme qui a joint la pratique des affaires à l'étude des lois. D. 82.— (*} Le Barreau français ou Collection des chefs-d'œuvre de l'éloquence judiciaire en France , par Baquet , Beaumarchais , Cochin, d'Aguesseau, Dupaty , Élie de Beaumont, Erard, Ferrere, TOMB XI. 12 17S LIVRES FRANÇAIS. Gerbier , Lemaître , Lenormant , Linguet , Loyseau de Mauléon , Mirabeau , Montesquieu , Patru , Pélisson , Portalia , Servan , Target, etc. (ancien barreau') ; et par Bellart, Bergasse, Berryer, Billecoq, Bonnet, Berville, Chauveau-Lagarde , Courvoisier, Dela- malle , Dupin , Duveyrier , Guichard , Hennequin , Lacretelle aîné , Laine, Lally-Tolendal , Manuel, Marchangy, Mauguin , Raves, Romiguière , Siméon , Trinquelague , Tripier , Yatiménil , etc. ( barreau moderne). Paris, 1821 ; Panckoucke , rue des Poitevins, Tû." 16. Premier volume de la seconde série, in-S" de 4S5 pages; prix, € francs. La collection entière de cet ouvrage, publié par souscrip- tion et dont il paraîtra un volume toutes les six semaines, sera com- posée de seize volumes , huit pour Vancien barreau et huit pour le barreau moderne. Le volume que nous annonçons commence le barreau moderne, et renferme le plaidoyer de M. de Lally-Tolendal ^ont Louis XVI, celui de M. Bellart pour mademoiselle Champion de Cicé et celui de M. Bonnet povLT le général Moreau; le discours de M. Billecoq sur la profession d'avocat, et celui pour F. de Rivière ; les plaidoyers de M. Dupin pour Robert Wilson et pour Savary, celui de M. Henne- quin pour Fiévée, et le réquisitoire dans l'affaire de la Bibliothèque historique par M. de Vatismènil. Le tome second , qui commence Yancien barreau, renfermera les plaidoyers de Loyseau de Mauléon et à.' E lie de Beaumont. 85. — Note sur la véritable interprétation d'une loi italienne , contenant des renseignemens sur la personne et sur les écrits de M. Charles Paseeo, de Turin. Deuxième édition, augmentée.— V ans, 1831 ; impr. d'Antoine Bailleul , rue Thibautodé, n» 8. Cette notice n'est augmentée que d'un avant-propos. L'auteur pense que la loi piémontaise qui défend toute impression d'ouvra'^es dans les pays étrangers, sans l'approbation des réviseurs piémontais, ne doit pas s'étendre aux individus qui ont fixé leur domicile dans ces mêmes pays. 84. — Du gouvernement , considéré dans ses rapports auec le com- merce .1 ou de l'administration commerciale opposée à l'économie po- litique.ParF. L. A.FBBBiEB,2e édition, Paris , 1821 , Pélicier, place du Palais-Royal. Un vol. in-S°. Cet ouvrage est remarquable par une grande franchise d'opinion contre une science généralementrépandue , et pour laquelle les bom- LIVRES FRANÇAIS. ^79 mes ont d'autant plus d'estime , que peu la comprennent bien et peuvent s'en rendre un compte exact. C'est la science de l'économie politique; «science récemment découverte, dit l'auteur, et qui, riche en théorie qu'elle vante , quoiqu'elle en change perpétuellement pauvre en faits qu'elle dédaigne, range toutes les nations sous il même loi. . L'administration , en général , embrasse tous les inté- rêts positifs des peuples, et l'administration commerciale en est une subdivision. C'est de celle-ci que s'occupe particulièrement M. Fer- rier : en démontrant « qu'elle vit de faits, qu'elle repousse toute théorie absolue , parce que le malheur des théories- est d'être inflexi- bles , » c'est-à-dire, sans application possible aux intérêts qui , de leur nature , sont toujours très-variables , il oppose cette science à celle de l'économie politique , qui ne présente que des théories. Son but est d'expliquer le système d'administration commerciale ; de repro- duire , pour les combattre, les objections dont il est l'objet. Remon- tant aux principes, qu'il déduit avec toute la clarté nécessaire pour rendre facile et prompte l'intelligence de choses abstraites par leur nature , il divise son ouvrage en quatre parties , dans lesquelles il examine : 1° ce que c'est que la richesse des nations ; 2° l'influence de l'argent sur la reproduction ; ô" le commerce , tant extérieur qu'intérieur , et son action sur la richesse des peuples ; 4» enfin le système commercial de la France , ou l'objet et l'esprit des lois sur lesquelles repose la prospérité de notre industrie. Dans ces quatre grandes divisions, liées entre elles avec habileté, l'auteur passe succes- sivement des principes , qu'il expose avec une logique lumineuse , à leur application. En faisant apercevoir la différence que suivent dans leur marche les deux sciences qu'il oppose l'une à l'autre , il réduit à sa plus simple expression une des questions les plus im- portantes. L'économie politique , suivant M. Ferrier , procède dans ses spéculations, comme si chaque nation n'avait pas des intérêts distincts , comme si tous les peuples ne formaient qu'un seul peuple : l'administration , au contraire, ne passe point de la théorie à la pratique ; elle remonte de la pratique à la théorie , n'admettant de théorie qu'autant que la pratique en a fait reconnaître la jus- tesse. La manière de poser la question , d'après une indication aussi précise , influerait puissamment sur la solution. V. D. M. 85. — De V exponation et de ï importation des grains ; par J.-B. Odï:». Brochure in-8' , Paris , i8ai. (Ne se vend pas , mais se trouve chez l'auteur , rue Saint-Dominique , rx" 17. } 12' Î8Ô LIVRES FRANÇAIS, On doit de la reconnaissance aux anciens administrateurs qui , retirés des affaires , cherchent , sans aucun intérêt personnel , à faire profiter leur pays de l'expérience et des lumières qu'ils ont acquises dans l'exercice de leurs fonctions. Cette réflexion s'applique naturellement à M. Ouïn , qui , après avoir occupé, pendant long- tems et avec distinction , des emplois supérieurs dans l'administra- tion des subsistances militaires, a exposé, dans un écrit à la fois clair et concis, les inconvéniens de notre législation actuelle sur les grains, et les dispositions qu'il convient , selon lui , d'y sub«tituer. Après avoir démontré , par des calculs rigoureux et par des raisonnemens qui ne le semblent pas moins, que la loi du 16 juillet 1819 et celle du 24 juillet 1S21 qui la modifie sont à la fois contraires aux intérêts des producteurs et à ceux des consommateurs , M. Ouïn développe le système qu'il croit le plus propre à les concilier. En voici les bases : î°. les départemens frontières delà France seront divisés en qua- torze classes, parce qu'il existe quatorze bassins qui aboutissent à la mer ou à l'étranger. 2° Les marchés régulateurs de l'exportation seront choisis au sein des cantons les plus productifs de chaque bas- sin. 3" Il sera assigné à chaque marché régulateur une limitejégal« d'exportation , laquelle sera fixée sur le prix moyen naturel du fro- ment dans le voisinage de ce marché. 4° L'exportation restera per- jnise , dans chaque classe, aussi long tems que le prix courant de chacun des marchés régulateurs n'aura pas dépassé la limite légale déterminée parle tableau de fixation. 5" Les départemens frontières seront également divisés en quatorze classes , à l'égard de l'impor- tation. 6° Les marchés régulateurs de l'importation seront choisis parmi les communes les plus populeuses de chaque bassin. 7° Il sera assigné à chaque marché régulateur une limite légale d'impor- tation , laquelle sera fixée sur le prix moyen naturel du froment dans le voisinage dudit marché , avec une addition de 5o cent, par hectolitre. 8" Le gouvernement aura la faculté de déterminer les quan- tités de grains à laisser entrer dans chaque classe. 9" Il continuera d'être perçu des droits d'importation , non sur chaque hectolitre, mais sur chaque quintal métrique de froment admis à la consom- mation intérieure ; ces droits seront gradués dans chaque classe sur la plus haute limite légale assignée à ladite classe , et ils seront susceptibles de décroître dans les proportions que l'auteur indique plus loin. Il donne aussi le tableau des marchés régulateurs, tant LIVRES FRANÇAIS. 181 l"our l'exportation que pour l'importation, avec les limites* légales- de ces difFérens marchés ; mais il le présente seulement comme un essai sur lequel il appelle un examen attentif. Je ne me permettraipas d'émettre mon opinion sur une matière aussi importante , et qui- de tout tems a divisé les meilleurs esprits; mais je crois devoir dire que l'opuscule de M. Ouïn me paraît digne d'être médité par tou» ceux qui e'occu,' ent d'économie publique, par devoir ou par goùt. A. MlCHELOT. S6. — Quelques Considérations générales sur les colonies. Paris , 1821. Jeulin, libraire, rue Saint-Honoré , n» 338. in-S" de i5o p. Prix , 2 fr. 5o cent. Cette brochure contient, ce qu'on aurait peine à croire aujour- d'hui , un long plaidoyer en faveur de la traite des nègres. L'auteur ^ auquel sa qualité et ses préjugés de colon paraissent avoir fait ou- blier sa dignité d'homme , semble croire que les noirs esclaves sontr dans nos colonies cent fois plus heureux que les journaliers d'Europe. Selon lui, les nègres sont incapables de sentir les bienfaits de la li- berté ; ils n'ont aucune notion du juste et de l'injuste , sont peu sen- sibles aux affections de la nature sur le sol natal; en un mot, il les classe parmi les êtres seulement doués de la vie animale, et totale- ment privés des facultés intellectuelles. Dans la description que cet auteur anonyme donne des travaux auxquels les noirs peuvent être employés , on croirait voir un naturaliste cherchant à dépeindre les mœurs d'une nouvelle famille d'animaux. Voici les expressions dont il se sert : « Il suffit, pour voir le nègre s'habituer à sa nouvelle po- sition , qu'on lui ait choisi l'espèce d'occupations auxquelles sa nation est le plus propre. C'est le nom qu'on donne aux diverses variétés de l'espèce : ces variétés ont des caractères distinctifs , re- marquables, même pour ceux qui ne les ont pas pris sur la côte. Le Mandingue et Vibo sont propres à la terre ; le Sénégalais, au service domestique et aux métiers, etc. , etc. » (page 52. ) En vain , une philosophie généreuse a démontré jusqu'à l'évidence combien il est cruel d'arracher ainsi des hommes à leur patrie ; c;»r, en les supposant même plus dépourvus d'intelligence que ceux de notre espèce , ils n'en sont pas moiiïs nos frères ; un écrivain se trouve, qui n'aperçoit dans cet infâme commerce qu'une action droite et nullement répréhensible. On est forcé d'expliquer une sem- blable apologie par l'intérêt personnel, qui presque toujours fait mé- 182 LIVRES FRANÇAIS. connaître la justice et la vérité. Répondons à cet auteur anonyme par quelques citations tirées de l'admirable chapitre de Montesquieu sur l'esclavage des nègres. « Si j'avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, dit ce grand publiciste , voici ce que je dirais : Les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique , ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique , pour s'en servir à défricher tant de terres. Le sucre serait trop cher, si l'on ne faisait travailler par des esclaves la plante qui le produit. Ceux dont il s'agit sont noirs depuis les pieds jusqu'à la tète , et ils ont le nez si écrasé qu'il est presque impossible de les plaindre, etc.» Du reste , nous devons convenir que cet ouvrage est , sous d'autres rapports , l'un des meilleurs qui aient paru sur nos colonies. Il abonde en idées saines et utiles , en aperçus lumineux, en raison- nemens solides. Un style tout à la fois énergique, élégant et naturel, contribue à rendre encore la lecture de ce mémoire très-attachante. Il est facile de voir que son auteur a profondément étudié et sans doute parcouru le plus grand nombre de nos établissemens et comp- toirs d'outre-mer. En conséquence, nous le recommandons aux per- sonnes qui s'occupent de la question de savoir si , dans l'état actuel de notre société politique , le système colonial offre plus d'avantages que d'inconvéniens. A. T. 87. — État actuel delà Corse; caractère et mœurs de ses hahitans; par P. P. PoMPEi. Paris, 1821. Klcffer , r. d'Enfer, n" 2. i vol. in-S" de 240 pages. La Corse et le peuple qui l'habite valent mieux que la réputation qu'on leur a faite. Cette réputation fort équivoque date de loin , puisqu'elle est particulièrement due à Sénèque , exilé dans le coin le plus sauvage de l'Ile, et renfermé pendant six ans dans une tour, d'où, sans doute, il prétendit étudier les mœurs et les usages du pays. Lne terre d'exil, quelque parée qu'on la suppose des mains de la nature, n'est plus, aux yeux du captif, qu'un désert aride; aussi le philosophe fit-il, pour exciter la pitié, le tableau le plus hideux du lieu de son exil , étant loin de se douter que son royal élève le lui ferait un jour amèrement regretter. La description calomnieuse de la Corse, à qui Sénèque refusait les fleurs, les fruits, la verdure , les bois même, quoique cette «Iç soit couverte de forêts; la pein- ture des insulaires, qu'il métamorphosait en brigands féroces, fu- rent répétées et bientôt adoptées avec cette facilité que trouve tou- UVRIÎS FRANÇAIS. 185 jours le mal à se faire croire. Transmise d'âge en âge , cette préven- tion est arrivée jusqu'à nous, en subissant l'épreuve du tems, mais seulement modiflée quant au sol , et presque intacte par rapport aux habitans. Renouvelée en partie dans des ouvrages récemment pu- bliés, elle a inspiré une juste indignation à M. Pompci , qui, pour venger sa patrie, vient de prendre la plume et de réfuter les asser- tions accusatrices dont ses compatriotes étaient l'objet. Il arrive à son but , en consultant les annales de son pays , en représentant les Corses combattant, à diverses époques, pour reconquérir leurliberté. En rappelant que, dans le onzième siècle, ils donnèrent l'exemple de l'affrancbissement des communes , et dans le quatorzième celui du gouvernement représentatif, l'auteur prouve qu'ils méritèrent d'être appelés en Europe les vétérans de la liberté. Ils l'auraient conservée , sans la tyrannie des Génois , dont l'oppressive cupidité est peinte par M. Pompei avec une remarquable énergie. Il a soin de-faire connaître les guerriers corses qui luttèrent avec des chances diverses, mais toujours avec un courage indomptable, pour affran- chir leur patrie du joug étranger. Des traits comparables à tout ce que l'antiquité nous a transmis de plus admirable, font voir qu'il n'i manqué à ces guerriers que des historiens , pour en faire autant de héros. Celui qui réunit les qualités et les talens qu'on aime à trouver dans le fondateur d'un état, le célèbre Paoli, est vengé des djoutes injurieux j des accusations même dont l'envie a vainement tâché de flétrir sa mémoire. Parmi les preuves ouïes témoignages qui démon- trent que ce général fut exempt d'ambition , M. Pompei oublie celui de Jean-Jacques. En écrivant au prince de Wurtemberg , en 1764, cet homme célèbre s'exprimait ainsi : « Je crois que le général Paoli mérite l'estime et le respect de toute la terre, puisqu'éto/z/ le maître, il n'a pas craint de s'adresser à quelqu'un qu'il sait bien , la gueiTC exceptée , ne vouloir laisser personne au-dessus des lois. » On sait que les Corses voulurent choisir pour législateur Rousseau , qui dit que les naissantes vertus de ces insulaires promettaient d'égaler celles de Sparte et de Rome, et qu'il avait quelque pressentiment: qu'un jour cette petite île étonnerait TEurope. Démontrer combien les préventions contre la Corse sont dénuées de fondement, c'était faire sentir combien il serait absurde d'exclure ce pays des bienfaits de l'association dont jouissent les autres parties du vaste royaume auquel il est réuni ; opinion exprimée cependant,. ISA LIVRES FRANÇAIS. mais éloguemment réfutée par le général Sébastian! et par l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons. Écrit avec une chaleur entraînante, plein de faits intéréssans , d'observations judicieuses , cet ouvrage est du nombre de ceux qui se refusent à l'analyse , et qu'il faut lire quand on veut connaître la vérité. V. D. M. 88. — i'')Galeriefrançaise,o\iColleclion de portraits des hommes et des femmes célèbres qui ont illustré la France dans les seizième^dix- septièmc etdixhuitième siécles,accompagnée de notices biographique» sur chacun d'eux ; par une société d'hommes de lettres et d'artistes , 1", 2«, 3«, 4% 5«. 6°, 7« et 8« livraisons. Paris, 1821 ; Lefort , rue des Fossés-du-Temple , n° 4- — On souscrit pour cet ouvrage, qui sera composé de cent portraits environ , et qui paraît par livraison de quatre portraits, quatre^ac 5î/ra//e et quatre notices, de l'imprimerie de Didot , sur papier vélin ; grand in^"; chez M. Lefort, à l'adresse ci-dessus indiquée ; et au bureau des Affiches Parisiennes , rue de r Arbre-Sec , n» 32. Prix de chaque livraison ; à domicile , 6 fr. 5o c. » et 7 fr. pour les départemens. Cet ouvrage , honoré de la souscription des premiers personnages de l'état, se recommande par lui-même aux amis des lettres et des srts , ainsi que de la gloire nationale. En attendant que nous puis- sions en rendre un compte détaillé, nous croyons devoir faire con- naître à nos lecteurs cette belle entreprise, exécutée par une réu- nion d'hommes de lettres et d'artistes, parmi lesquels on re- marque MM. Andrieux, Denon et Fourier, de l'Institut; Droz , Forbin, Gautherot, Lémontey, Lesueur, Mathieu Dumas, Miel, Muriel, Picherand, de Ségur et Villemain. Une ress«mblance exacte et rigoureuse est le caractère particulier qui distingue les portraits publiés jusqu'à présent ; et les auteurs des notices , de leur côté , désirant donner à l'ensemble de l'ouvrage cette unité si précieuse dans les arts , se sont moins attachés à être biographes que peintres , et ont lutté, en quelque sorte, avec les artistes, de précision et de fi- délité. Nous citerons la notice de Budée , par M. Andrieux; de Pas- quin, par M. Auger; du président de Thou, du cardinal de Retz et de madame de Longueville , par M. Lémontey, et du cardinal de Riche- lieu, par M. de Ségur; notices qui toutes avaient été lues à l'Académie française. Cette émulation , entre des littérateurs aussi distingués , doit augmenter encore le succès d'une entreprise toute nationale. D'après le prospectus, chaque notice devait être composée d'une LIVRES FRANÇAIS. 185 trentaine de ligues , ou une page environ, et l'on n'avait calculé que sur l'emploi d'une feuille pour quatre notices ; mais il a'a pas paru conyenable aux collaborateurs de se renfermer dans des limites qu'eux-mêmes avaient tracées ; et à la huitième livraison, l'ouvrage, qui n'aurait dû comprendre que huit feuilles, en comprend trente. Le désintéressement des éditeurs, qui n'ont rien ajouté au prix pour la souscription, doit être payé, par un juste retour, de la faveur du public. 89 — (') Mémoires historiques , politiques et littéraires sur le toyaume de Naples , par M. le comte Grégoire O&LOtf , etc., ou- vrage orné de deux cartes géographiques, publié avec des notes et additions par Amaury Duual, membre de l'Institut de France. Paris, 1821 ; Chassériau, libraire, au dépôt bibliographique, rue Neuve-des-Petits-Champs, n" 5; 5 vol. in-8°. Prix, 20 fi. Les trois volumes de ces Mémoires, qui viennent de paraître, com- plètent l'ouvrage de M. Orloff, dont les deux premiers volumes ont été publiés en 1818. 11 traite, dans ces trois derniers, de l'histoire de l'administration intérieure du royaume de Naples et de son histoire littéraire. Nous continuerons à rendre compte de cet ouvrage et des notes dont le savant éditeur l'a enrichi. (Voy. Rer. Encjc, Toni. I,. p. io4, et Tom. III, p. 220 et 292 ). 90. — Recherches géographiques sur l'intérieur de V Afrique sep- tentrionale, comprenant l'histoire des voyages entrepris ou exécutés jusqu'à ce jour pour pénétrer dans l'intérieur du Soudan; l'exposi- tion des systèmes géographiques qu'on a formés sur cette contrée ; l'analyse de divers itinéraires arabes pour déterminer la position de Timbouctou ; et l'examen des connaissances des anciens relativement à l'intérieur de l'Afrique : suivies d'un appendice contenant divers itinéraires , traduits de l'arabe par M. le baron Silvestre de Sacy et M. de La Porte ; et plusieurs autres relations ou itinéraires égale- ment traduits de l'arabe , ou extraits des voyages les plus récens. Ouvrage accompagné d'une carte. Par C.-A. Walckenaeh. Paris, 1821. Arthus-Bertrand , rue'Hautefeuille, n" 2j. Un fort vol in^». De l'imprimerie de F. Didot. Prix, 9 fr. , et, parla poste, lo fr. 5o cent. Cet ouvrage , qui n'a été imprimé qu'à un très-petit nombre d'exemplaires, sert de complément à V Histoire des voyages et des 186 LIVRES FRANÇAIS. découier les faits en Afrique, depuis les siècles les plus reculés jus-' qu'à nos jours. (Voyez Reuue Emjclopèdique.) tome X, page 97.) 91. — Cours d'uranographie , de géographie el d'histoire ancienne e( moderne (Géographie de la France) , faisant partie du Cours d'é- tudes élémentaires; par M. Chemim-Dopontès. Paris, 1821. Chez l'auteur, rue Saint-Denis , n" 279. Prix , 60 c. 92. — Nouveaux élèmens de géographie moderne et universelle , extraits de la dixième édition de l'Abrégé de la géographie , de Gu- xHBiB ; par l'auteur du même ouvrage. Deuxième édition , Foigneu- sement revue , corrigée et augmentée de 4oo pages ; avec les nou- velles divisions conformes à l'état politique actuel de l'Europe et des autres parties du monde ; comprenant les dernières découvertes faites en 1820, dans la mer polaire arctique au nord - ouest de l'Amérique septentrionale , par le capitaine Parry, et celles faites dans l'Océan austral et dans les autres parages du globe , à l'usage des jeunes élèves des deux sexes. Paris, 1821. Hyacinthe Langlois, libraire et géographe, rue de Seine, faubourg Saint-Germain, \\° 12. Un volume in-i2 de i,o56 pages, avec 4 cartes. Prix, 6 fr., et 7 fr. 5o c. par la poste ; le texte avec un atlas in-4'' de i5 cartes enluminées , 10 fr. ; le même , avec un globe terrestre de 6 pouces de diamètre, pour l'intelligence de cet ouvrage , i5 fr.; le même, avec la carte des cinq -parties du monde , en 5 feuilles grand-aigle , enluminées, donnant les nouvelles divisions et découvertes, i5fr. 95. — Nouvelles notions de géographie moderne el universelle, extraites de la deuxième édition des nouveaux élémens de géogra- phie de GuTHBiE, dans lesquelles on a conservé fidèlement tous les tableaux synoptiques des nouvelles divisions des cinq parties du monde et de leurs états, comprenant les dernières découvertes faites en 1820, dans la mer polaire arctique , au nord -est de l'Amérique septentrionale , par le capitaine Parry, et celles faites dans l'Océan austral et dans les autres parages du globe, avec 3 cartes. Paris, 1821. Hyacinthe Langlois, libraire et géographe, rue de Seine, faubourg Saint-Germain, n" 12. Un volume in-ia de 480 pages; le- texte , avec les cartes des cinq parties du monde , en 5 feuilles grand-aigle enluminées, donnant les nouvelles divisions et décou- vertes. Prix , 12 fr. ^'—["Woyage en Arménie et en Perse, par M. le chç^A\ieiJmédée LIVRES FRANÇAIS. 187 Jaueeht, maître des requêtes, premier secrétaire interprète de S. M., professeur à l'école royale des langues orientales. Paris, 1821. Pélicier, place du Palais-Royal; Nepveu, passage des Paqoramas. Un fort volume in-S° , accompagné d'une très-belle carte et d'un grand nombre de planches. Cet ouvrage , fruit de quinze années de travaux et d'observations , contient plusieurs détails nouveaux sur les mœurs des Persans , et une carte très-exacte des pays compris entre Constantinople et Téhéran. Cette relation, que le nom seul de son auteur sufiGt pour recom- mander, ne le cède, sous aucun rapport, à ce que nous avons de plus parfait dans ce genre. Une connaissance approfondie des langues et des mœurs du pays , des observations neuves, un style plein de grâces , des aventures qui paraîtraient romanesques si malheureuse- ment elles n'étaient trop bien constatées , de savantes discussions géographiques qui n'ont rien de fastidieux, enfin l'intérêt qui s'at- tache à une mission diplomatique d'une haute importance , que les crimes les plus atroces n'ont pu faire échouer, tout se réunit pour assurer à cet ouvrage le succès le plus flatteur et le mieux mérité. II n'a pas encore été mis en vente, E. G. 95. — JSssais sur La Valacliie et la Moldavie , théâtre de Vinsur- re ction dite Ypiilanti ; par M. de Salaeeery. Paris, 1821. Simonot , rue du Roule , n° 2. Brochure de 55 pages. Prix , 1 fr. 96, — Conjuration de quatre-vingt-seize gentilshommes polonais , écossais, suédois et français, contre le gouvernement russe, et massacrés dans les ruines du château de Macizjov\'icke ; ouvrage traduit de l'anglais, par Alfbed F.... (Fayot). Paris, Domère, rue du Cimetière-Saint- André-des-Arcs, n" 4î 1821. In-8° de 20 pao^es. Nous ignorons quel est le degré d'authenticité des faits extrême- ment curieux contenus dans cette brochure; il est certain du moins qu'elle offre une narration extrêmement attachante : ce qui est dû à la forme dramatique du tableau, ainsi qu'au talent de l'historien. Sa manière a quelque chose du brillant de celle de Saint-Réal, qu'il rappelle aussi par le fond du sujet et jusque par le titre. ^j. — Opinion de 31. Stanislas Girahdlx, député de la Seine-In- férieure, sur le retranchement d'une somme de 5o,ooo fr., demandé par la commission du budjet , destinée à encourager l'instruction primaire. De l'imprimerie d'Hacquart, rue Gît-le-Cœur, n" S. Bro- chure in-S» de 12 pages. 188 LlYUl-S FRANÇAIS. 98- — Cours de lutéralure ancienne et moderne à l'usage des jeunes demoiselles; par madame la comtesse cI'Hautpoul, avec figures. Deu- xième édition, revue, corrigée et augmentée d'un volume sur la lit- térature étrangère. Paris, iSai. Bossangepèreet fils, rue de Bourbon, n» 6 bis. Londres, Martiu Bossange , i4, Great Malboroug- Street. Deux vol iQ-12; prix, 8 fr. Cet ouvrage offre un agréable mélange d'instruction et d'amuse- ment. Si je pouvais citer les deux pages qui forment la préface, j'au- rais donné une juste Tdée de l'esprit supérieur de l'auteur, qui a, de- puis long-tems, obtenu dans les lettres un rang fort distingué, par des poésies pleines de grâce et de sentiment ; car, pour le dire en pas- sant, il ne suffit pas d'un goût ou d'un jugement médiocre pour faire de bons livres élémentaires. Je me bornerai à indiquer le plan rempli par l'auteur. Sous le titre d'introduction aux grands siècles , madame d'Hautpoul donne à ses lectrices une idée de la poésie biblique et des poètes des tems héroïques et fabuleux , Homère , Hésiode , Esope, dont, grâce aux érudits , l'existence est aujourd'hui fort problématique. Les grands siècles sont ceux de Périclès, d'Au- guste, de Louis XIV, et le dix-huitième siècle , qui , il faut bien en convenir, mérite aussi le titre de grand. Chaque siècle offre des subdivisions de genre; chaque genre est signalé par les chefs- d'œuvre qui le distinguent. Un appendice traite des littérateurs nos contemporains. Le second volume est consacré à la littérature étran- gère , et divisé par nations. Il est terminé par une Bihliographie des demoiselles. Ce cadre est parfaitement complet. J'ajouterai qu'il n'était pas possible de le remplir mieux que l'a fait madame d'Haut- poul. Ses jugemens littéraires sont d'un goût très-pur^ appuyés sur des citations bien choisies, entremêlés d'anecdotes qui rendent la lecture de son livre extrêmement agréable. On conçoit difficilement comment une femme a pu se livrer aux recherches que supposent des tableaux aussi variés. Ce que l'on conçoit plus facilement, c'est que nulle autre qu'une femme du meilleur esprit et du meilleur sens ne pouvait écrire pour les jeunes personnes de son sexe , avec cette fleur d'élégance et ce parfum de bon ton qui respire dans chaque page de ce livre. 99.— (') (Buvres complètes de madamela baronne de Stiel, publiées par son fils; précédées d'une Notice sur le caractère «t les écrits de nadame de Staël:, par madame Nbcser db Saissvbe, Sixième et dei- LIVRES FRANÇAIS. i89 nière livraison. Tomes XV«, XVI* et XVII* et dernier de la collec- tion. Tiois volumes. in-8", 1821. Paria, Strasbourg et Londres, chez Treuttel et Wiirtz; prix, 18 IV. Le même ouvrage, édition in-12 ; prix, 9 fr. Le tome XV contient : Dix années d'exil, fragmens d'un ouvra'^K inédit, composé dans les années 1810 à i8i5. Le tome XVI , Frwr- mens dramatiques (/îgardans le désert, scène lyrique; Ce/ze^'/èfe de Brabant, drame en trois actes et en prose ; le Capitaine Ker- nadec, ou Sept années en un jour, comédie en deux actes et en prose; la Signora Fanlastici, proverbe dramatique; Sapho, drame en cinq actes et en prose). Le tome XVII : des Mélanges , parmi lesquels {^Jeanne Gr^/^ tragédie en cinq actes et en vers; Sophie, ou les Sen- timens secrets, çihce en trois actes et envers, etc., des Poes/es, etc.). A la fin du volume est une Table chronologique des écrits de ma- dame de Siaèl, OiUec l'indication des volumes où ils sont contenus. Ces trois volumes forment la sixième et dernière livraison de l'édi- tion in-8'' et de celle in-12. Ils se vendent aussi séparément sous le titre d'iEaures inédites de madame la baronne de Staël, publiées par son fils. Le prix est le même que dessus. Les mêmes éditeurs an- noncent la très- prochaine publication des tomes VI, VU et VIII des (Eu'.'res complètes de M. Necker, qui formeront quinze volumes in-S" et qui se rattachent par tant de liens aux Œuvres de ma- dame de Staël , que les deux collections peuvent en quelque sorte être considérées comme n'en formant qu'une seule. Nous rendrons compte séparément de ces deux collections qui se recommandent à la fois par les deux noms de leurs auteurs. 100. — (*) Encyclopédie des dames, par une société de savans, de gens de lettres et de dames. — Histoire de France, par mesdames dk Bawr et Sophie db Mahaisb ; Tom. I" et II« in-S°. — Manuel de la maîtresse de maison ou Lettres sur l' économie domestique , par ma< dame Pariset; i vol. in-18. Paris, 1821; Audot, libraire - éditeur , rue des Maçons-Sorbonne, n» 11. Ces trois volumes ouvrent la collection de V Encyclopédie des dajHes, dont nous avons annoncé le plan en donnant les noms des principaux auteurs et les conditions relatives à la souscription {voy. Tom. IX, pag. 65o). On aime à voir un ouvrage entrepris en faveur des dames s'annoncer sous les auspices d'écrivains choisis parmi elles. Il eût peut-être été à désirer que toutes les parties de cette 190 LIVRES FRANÇAIS. Enclyclopédie eussent pu être traitées par des dames. Qui mieux qu'une femme pourrait rendre la science accessible à son sexe? Le style en général clair, simple, naturel des femmes, semble tout-à- fait propre à rendre populaires les hautes conceptions du génie et de l'étude. Mais les noms des auteurs chargés des parties les plus sé- vères de cette collection sont un sûr garant que leurs sujets seront traités avec une précision et une clarté qui ne laissera rien à désirer. Les deux premiers volumes de l'Histoire de France , par mesdames de Ba^vr et de Maraise, comprennent les tems écoolés depuis Clovls jusqu'à Charlemagne inclusivement. Le style rapide et animé de leur narration fait relire avec un nouvel intérêt les faits les plus connus de cette première époque de notre histoire, dont elles ont tracé une peinture Gdèle. Leur touche, légère et gracieuse, lors- qu'elles peuvent faire reposer l'attention sur des sujets agréables, devient forte et énergique , lorsqu'elles ont à décrire les scènes trop souvent horribles de ces premiers tems de la monarchie française. Mais, une matière qui ne pouvait être bien traitée peut-êtçe que par une femme, c'est le Manuel àe la maîtresse de maison. Madame Pariset s'est trouvée tout-à-fait sur son terrain en s'occupant de ce sujet; et le censeur le plus rigoriste , qui prétend faire de l'étude des sciences et des lettres, ainsi que de l'art d'écrire , l'apanaf^e exclusif des hommes, sera forcé d'avouer qu'à une femme appartenait le droit de guider et de doter, pour ainsi dire, de ses conseils sur l'éco- nomie domestique, les jeunes personnes destinées à être un jour à la tête d'une maison. Madame Pariset n'a pas borné ses instructions aux détails de ménage, et l'on pense bien qu'elle a trouvé moyen, plus d'une fois, en parlant ameublement et cuisine, de glisser dans ses lettres à mademoiselle L. . . . des avis sur la conduite que doit tenir une femme dans son intérieur, pour conserver la confiance et l'amour de son mari, ainsi que l'estime et la bienveillance de ceux qui l'approchent. Nous croyons pouvoir dire avec elle à toutes les jeunes personnes qui mettront ses leçons en pratique ; « Vous serez heureuses , puisque vous rendrez vos devoirs aimables comme vous , et que la pratique habituelle de ces devoirs paraîtra si douce à ceux qui en seront les témoins, que, par un attrait irrésistible, ils rem- pliront exactement leurs propres devoirs , ne fût-ce que pour vous imiter.» E. Hébeac. 101. — (Suvres complètes de madame Isabelle de Momoliec, qua- LIVRES FRANÇAIS. 191 trième livraison. — Caroline de Lichtpeld, avec figures et musique. Paris, 1821. a vol. in-8° de 270 et 5 17 pages, formant les 9"= et lo" de la collection. Arthus Bertrand , libraire , rue Hautefeuille , n" 33. Prix , 6 fr. , et par la poste 7 fr. 5o cent. Parmi les nombreux et intéressans ouvrages de cette dame aimable et spirituelle vqui , des bords tranquilles du Léman , répand dans les principales contrées de l'Europe les heureux fruits de ses douces inspirations, on aime surtout à revoir, comme une ancienne et tendre amie , sa délicieuse Caroline de Lichtfield. Charmant carac- tère de Caroline, noble caractère de Walstein; caractères aimables, l'un bouillant et passionné de Lindorf ; l'autre en apparence plus calme, mais peut-être plus solide et plus constant, de la naïve et tendre Mathilde ; action simple, rapide, pleine d'intérêt; iocidens naturels et peu compliqués ; dénouement satisfaisant pour les quatre principaux personnages du roman , et pour le lecteur devenu leur ami : tels sont les souvenirs que laisse dans notre esprit et dans notre ccEur cette peinture idéale et séduisante, qui n'est peut-être pas sans danger, puisqu'elle fait trouver ensuite le monde réel trop monotone et trop insipide. M. A. J. 102. — Emma ou la Nuit des noces, par Noël Hyéval. Paris, 1821. Hubert, libraire, Palais-Royal, galerie de bois, n» 222. In-12 de >97 pages. Tel est le titre d'un nouveau roman qui vient de paraître , et qui obtient beaucoup de succès. On y trouve des caractères neufs , des situations tour à tour sombres , terribles ou pathétiques ; un style quelquefois énergique et quelquefois gracieux ; des descriptions qui annoncent le talent de l'écrivain et de l'observateur. Cet ouvrage est le coup d'essai d'un jeune homme de dix-huit ans, que nous enga- gerons à se tourner vers un genre de littérature plus élevé. M. B. io3. — Frankenstein , ou le Promèthée moderne , dédié à William Godwin, auteur de la Justice politique , de Caleb Williams, etc.; par madame Shelly, sa nièce , avec cette épigraphe : «Créateur, t'ai -je demandé de me tirer de l'argile pour me faire homme? t'ai-je sollicité de m'arracher du néant?» — MiltOiV, Paradis perdu. Ouvrage traduit de l'anglais , par J. S. *'*. Paris, 1821. 3 vol in-12 , ensemble de 716 pages. Corréard, libraire, Palais-Royal , galerie de bois , n» aSS. Prix , 7 fr. 5o cent. , et par la poste 9 fr. Cette bizarre production d'une imagination malade fait regretter que l'auteur n'ait pas appliqué son talent à une conception plus 192 LIVRES IRANÇAIS. raisonnable et plus digne d'intérêt. On voudrait surtout que l'eu- V rage d'une femme offrît des peintures aimables et gracieuses , au lieu d'objets et de récits toujours révoltans et hideux. Un Genevois, Frankenstein , va faire ses études à Ingolstadt , où il suit des cours de philosophie naturelle et d'alchimie. Nourri des rêveries de Cor- nélius Agrippa , de Paracelse et du grand Albert, il réussit à dérober à la nature les causes mystérieuses de la génération et de la vie ; il devient même capable d'animer une matière inerte; mais il donne l'existence à un être épouvantable , aux formes gigantesques , à la figure humaine , moitié homme, moitié démon, dont la vue lui inspire à lui-même une invincible horreur , et dont il se fait un en- nemi redoutable et acharné , parce qu'il refuse de lui accorder une compagne. Cet être monstrueux assassine le frère , l'ami, la fiancée, le père du malheureux Frankenstein, qui le poursuit, pour en dé- livrer la race humaine , jusqu'au milieu des glaces du pôle arctique, cil il est recueilli sur un vaisseau anglais, et termine sa triste carrière, épuisé par la fatigue et par la douleur. L'horrible créature qui avait détruit toute sa destinée meurt après lui, en se précipitant dans un des gouffres de la mer glaciale. — Il ne reste dans l'esprit du lecteur qu'une impression pénible de dégoût , après avoir dévoré ce tissu d'aventures invraisemblables et absurdes dont les héros n'inspirent aucun intérêt, et d'inventions extravagantes qui n'ont aucun but de moralité, qui ne peuvent ni éclairer l'esprit, ni élever l'ame, ni instruire , ni amuser. Espérons que l'auteur, dans un sujet plus heureux , nous offrira des images plus agréables, des personnages plus intéressans, des relations plus utiles, et appliquera les pré- ceptes des grands maîtres ; le bon sens et la raison doivent être les premiers guides d'un écrivain, quel que soit le genre de ses ou- vrages. M« A. J. 104. — Les Exilés de Parga^ poème ^ par M. le baron d'OanHE, membre de plusieurs sociétés littéraires ; seconde édition , suivie de poésies diverses , par le même. Boulogne-sur-Mer, 1820. Leroy- Berger, et Paris, Louis Janet, rue St-Jacques, n" 5g. In-8" de i44 pag. Le plus beau ministère des lettres, mais aussi le plus périlleux, est d'offrir des hommages à la courageuse infortune, et de flétrir par des traits ineffaçables l'injustice des hommes puissans. Il est peu d'événemens qui honorent plus notre époque et notre littérature que les larmes que nous avons tous versées sur les malheurs de Farga, Ses habita ns fugitifs, eu écoutant les consolations que leur LIVRES FRANÇAIS. 193 adressaient nos poètes , ont été distraits de leur douleur, autant qu'on peut l'être quand on pleure sa patrie. Nous avons déjà entre- tenu nos lecteurs des beaux vers de M. Viennet ; ceux que vient de publier M. d'Ordre étincellent moins de poésie, mais ils oifrent des passages écrits avec talent et dans lesquels on rencontre des pensées brillantes. Nous indiquerons le portrait du Parganiote; Né parmi les rochers , sur une aride plage , L'habitant de Parga doit tout à son courage : Il n'estime le fer que pour armer ses mains, Et ne connaît point l'art de nourrir les humains. Façonné dès l'enfance au dur métier des armes , Ses plaisirs et ses jeux naissent dans les alarmes. L— i. io5. — Contes et autres poésies, suii'ls des mœurs villageoises , nouvelle -pastorale mêlée de vers ; par M. Bazot, membre de l'A' thénée des arts, etc. i." édition. Paris, 1821; Barba, libraire, Palais- royal, derrière le théâtre français. Un vol. in-i8, pap. vélin; prix, 2 fr. On trouve dans ce recueil des morceaux où il y a de la grâce , de l'esprit et de la facilité. M. Bazot est déjà connu avantageusement dans la république des lettres par un ouvrage sur la franc-maçon- nerie et un éloge de l'illustre et respectable abbé de l'Épée , éloge couronné par la société royale académique des sciences de Paris, et dont on vient de publier une 5« édition. M. B. 106. — I,a Promenade aux tombeaux, par M. H. Bonnellieh. Paris, 1821 ; Migneret, brochure in-S" de 11 pages. 107. — Description de V Egypte. Dixième et onzième lipj-aisons. Paris, 1821. Panckoucke, rue des Poitevins, n» 14. In-f». Voici ce que renferment les deux dernières livraisons de cet ou- vrage, dont la publication se poursuit avec activité. Dixième livraison. — Antiquités, Vol. I, pi. 20. La Statue de Memnon , qui a été décrite par plusieurs historiens , et qui , au lever de l'aurore , rendait des sons harmonieux. On est encore réduit à des conjec- tures sur l'origine de ce phénomène , qui a cessé depuis le quatrième siècle de l'ère vulgaire, bien que des observateurs récens prétendent avoir entendu ce bruit mystérieux. Les voyageurs ont observé , au milieu des ruines de l'Egypte , un son analogue produit par la grande raréfaction de l'air, et qui semble se rapporter au récit des auteurs ; Tome xi. 13 19A LIVRES FRANÇAIS. mais il reste encore à découvrir la véritable cause du phénomène et le mécanisme, plus ou moins ingénieux , dont les prêtres faisaient usage. (Voyez la Description générale de Thèbes, chap. IX de la Description des antiquités , où ces questions sont examinées.) Vol. V, PL 7- Cette planche donne les détails de l'architecture du grand temple de Philœ, des galeries et des pylônes qui le pré- cèdent. Etat modehne. — -Arts bt métiers. Pi. 2. Cette planche re- présente les différensyoMrs aujourd'hui employés dans les arts. La 'plupart des figures s'expliquent d'elles-mêmes. Les fours les plus intéressans sont, 1° ceux où l'on sublime le sel ammoniac dans de grands ballons de verre ; 2° les fours à poulets. L'industrie qui fait éclore les œufs sans le secours des oiseaux , est héréditaire en Egypte et remonte à une époque immémoriale. Au moyen de ces pratiques singulières , qu'on a voulu en vain naturaliser en France , les Égyptiens parviennent à faire éclore dans un seul four , chauffé convenablement pendant environ trois semaines , jusqu'à cent cin- quante mille poulets. PI. 10. Représentation de plusieurs arts relatifs à l'emploi du froment. L'un d'eux est celui qui sert à fabriquer la pâte de vermi- cel, au moyen d'un plateau de cuivre mince fortement chauffé, sur lequel on verse une pâte liquide , par les trous d'un vase disposé en forme d'arrosoir. PL 200. — Vases , meubles et instrumens. On a réuni dans cette planche les instrumens à vent aujourd'hui employés par les Egyp- tiens , ainsi que les instrumens de percussion : plusieurs d'entre eux remontent à une haute antiquité. Onzième liyjnisorr. — Antiquités. J^ol. I, pi. 5. L'objet de cette planche est de i^eprésenter l'ensemble du plan des principaux monumens de Philœ, les galeries qui les précèdent et le détail particulier du grand temple. Vol. I , pi. Si. On peut juger, par le détail du temple de Latopo- lis , que représente cette planche , de la prodigieuse quantité d'hié- roglyphes qui recouvrent les monumens d'Egypte depuis le comble jusqu'au sol. Celui-ci contenait plus de deux cent mille pieds carrés sculptés avec la même richesse. LIVRES FRANÇAIS. 195 État modexne. PL 12. Vue de Souejys , qui a été jadis un port florissant et l'entrepôt du commerce de l'Inde avec l'occident. PL 101. Celte planche a le même objet que la planche 102 , c'est- à-dire , de donner un parallèle entre les constructions de plusieurs Tilles d'Egypte. PL XV. — Aets et métiers. 108. — Les trois âges de M. G^babd, grauéspar Morgbek. Paris, 1821. Potrelle, rue Saint-Honoré. Prix, 5o fr. Le peintre de Psyché, de Bélisaire , d'Ossian , accoutumé aux succès, et en possession de cette sorte d'ascendant sur l'opinioa qu'obtient toujours un grand talent, exposa, en iSo8, un tableau dans lequel il voulut représenter l'influence bienfaisante que les femmes exercent sur nous à toutes les époques de la vie. Placée entre son père et son mari, et tenant son enfant sur ses genoux , une femme, tout à la fois fille, épouse et mère , exprimait avec beaucoup de justesse et de grâce la pensée que le peintre s'é- tait proposé de reproduire. Cette pensée ne pouvait manquer d'être vivement applaudie dans un pays où , loin de repousser l'ascendant qu'elles exercent sur tous les âges , par une tendresse aussi variée dans ses moyens qu'inépuisable dans sa nature , les femmes , au contraire , obtiennent une sorte de culte. Ce tableau , exécuté dans les dimensions historiques , et composé avec beaucoup d'esprit et d'entente des effets pittoresques , fut très- goûté du public et des connaisseurs, qui le placèrent immédiate- ment après la Psyché et le Bélisaire , chefs-d'œuvre de ce maître. Acheté par madame Murât , il fut transporté à Naples. Qu'est-il devenu au milieu des événemens politiques survenus dans ce pays? Je l'ignore. Mais le moins que l'on pût craindre, c'était qu'il ne fût entièrement perdu pour la France. Heureusement, M. Gérard s'est occupé de le faire graver. Il a confié cette opération à M. Morghen, l'un des graveurs les plus célèbres de l'époque actuelle. En considérant cette nouvelle production, il est impossible de ne pas reconnaître qu'elle sort de la même main à qui nous devons la Cène de Léonard de Vinci, dans laquelle M, Morghen a déployé le talent qui lui a fait une réputation européenne ; seulement , un exa- men attentif fait retrouver rà et là quelques traces de faiblesse dues à l'influence des années ; mais c'est le déclin d'un beau jour, et cette 13* 196 LIVRES FRANÇAIS. gravure sera recherchée avec raison des connaisseurs , parce que , dans sa masse, elle reproduit bien l'effet du tableau. P. A. 109. — Flan de l'habitation de Bonaparte dans l'île Saint-Hé- lène, dressé sur les lieux par M. db Lascases^Zs. Crochard , cloître Saint-Benoît, n» 16. Prix, 1 fr. 25 c. Livres en langues étrangères imprimés en France. 110. — Spécimen nouœ tjpographicE mc/icœ.— Spécimen de ca- ractères samscrits, gravés et fondus sous la direction de M. Aug. Cuil. ScHLEGEL, Paris, 1821 ; in-12. Depuis le commencement de ce siècle, les publications , dans les langues de l'orient, ont reçu une nouvelle activité. Sans parler des immenses travaux des savans professeurs de Calcutta, nous trouvons, en Europe même , un progrès sensible , tant dans l'étude de ces langues que dans leur exécution typographique. La lithographie est venue apporter de nouvelles ressources; et plusieurs essais, pour rendre son application facile au caractère samscrit et arabe , n'ont pas été sans succès. Biais, quelle que soit la perfection à laquelle on parvient , on ne peut cependant se flatter de remplacer entièrement l'imprimerie. Il suffit, pour se convaincre de cette vérité, de com- parer les Spécimen que nous offre RI. Schlegel avec la Chrestomathie de son compatriote, M. Franc. Sans doute l'ouvrage de ce dernier est une production très-remarquable ; mais la gracilité et la mes- quinerie de ses caractères est bien au-dessous de la calligraphie, qu'il eût dû chercher à imiter, et que M. Schlegel est loin d'avoir encore rendue , quoiqu'il ait certainement surpassé de beaucoup ce qui avait été fait avant lui. Nous devons ajouter que c'est à un artiste français qu'est due l'exécution de ces caractères , que M. Schlegel a fait fondre par ordre du prince de Hardemberg , chancelier de S. M. le roi de Prusse j et nous saisissons cette occasion avec empresse- ment, de rendre un juste hommage à la noble libéralité avec laquelle les ministres de ce royaume soutiennent, encouragent et récom- pensent les travaux de leurs savans. E. G. 111. — Rime di F. Petrarca col comento , etc. — Les Rimes de Pétrarque , avec le Commentaire de M, Biagioli, Paris , 1821; chez l'éditeur, rue Rameau, n" S. In-S». '».W»VV\'»VV'VVV\fVVVVVVV\VV\V\VVl.VV\VXVVV\VVWVt,V'\VVX\%A.'».\\W\\\\'VVVV\\VV\KVi*. ÏV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. AMERIQUE. États-Ums.— Etat de l'Ohio. — Géolofçie.-^Ea creusant des puits près de Circleville , de Ridge-Ville et des bords du Scioto , on a dé- couvert, à différentes profondeurs, des ossemcns humains et des crânes qui, évidemment, n'ont pu y être déposés par la main des hommes. On y a trouvé également, jusqu'à une profondeur de vingt- deux pieds, plusieurs dents de Mammouth, du poids de neuf à douze livres , le long du Scioto et delà rive méridionale du lac Erié, près de Cincinnati. Ces curieux débris ont dû y^êtrc ensevelis , à une époque où tout le pays était inondé. Il a dû l'être pendant de longues années, puisqu'à dix-sept pieds au-dessous du sol actuel, on trouve des lits de cailloux qui semblent arrondis par le mouvement des eaux, comme ceux des rivières. M. Atwater, de Circleville, con- serve dans son cabinet une partie de ces ossemens qui paraissent démontrer, comme il le fait observer, que le sol américain n'est qu'une grande alluvion et un vaste cimetière des êtres vivans de» âges antérieurs aux tems connus. — American journal of science and arls. B— y. — Source de bitume. — M. Hall a découvert une source de pétrole, au nord-ouest du Duck-Creek. Le bitume sort d'une espèce de puits, de 43 pieds de profondeur et de 5 de diamètre , situé au bord dé la Crique ; il s'élève en bouillonnant et coule par une rigole dans la petite Baie : la source peut en fournir cinq barils par semaine. L'eau de la Crique est couverte de cette huile jusqu'à trois milles de la source. Dans le puits elle paraît occuper une profondeur de 3 pieds et être portée sur l'eau salée. Un enfant voulant essayer si ce bitume prenait feu , en approcha un tison ardent ; en un clin d'oeil , toute ia surface de l'eau fut en feu , et les flammes s'élevèrent jusqu'à ia hauteur de 3oo pieds. — Sociéiè géologique américaine. — Lapremièïe assemblée de cette société savante a eu lieu, le a6 janvier 1S20, dans la salle qui lui a été assignée au collège de Galle. Le colonel Gibbs occupait le fauteuil , comme vice-président, Le professeur Siiliman a présenté ua mé- 198 AMERIQUE. moire trës-étendu sur quelques parties riches en minéralogie et en zoologie des comtés de New-Haven et de Litchûeld, dans le Con- necticut ; il a offert à la société des échantillons d'un spath- fluor massif (sulfate de chaux), dont on avait récemment décou- vert une veine dans la paroisse de New-Stradford , aux environs de la ville de Hemtington ( Connecticut). On apercevait ce spath -fluor en deux endroits, distans l'un de l'autre d'un quart de mille ; ce qui a fait conjecturer que la mine occupe toute cette largeur. On ne pouvait s'en assurer qu'après la fonte des neiges. La veine paraissait entremêlée de quartz, de mica, de feldspath et de talc, mais on n'en avait encore examiné que la surface. Ce minéral est extrême- ment massif, et semble formé de feuilles , et quelquefois de gros grains ; sa couleur varie du blanc au violet foncé. M. Silliman a en- «uite déposé à la collection des échantillons du marbre vert trouvé près de New-Haven {pqyezTom. IV, pag. ijS), et qui, selon l'o- pinion de M. Brongniart de Paris , est le marbre vert antique. — le colonel Gibbs a présenté une carte géologique de l'Angleterre , par Smith, et différens échantillons de géologie, parmi lesquels se trouvaient plusieurs morceaux des roches granitaires de Haddam (Connecticut). Ces roches contiennent d'assez beaux grenats, des bérils et des crysobérils. — M. le docteur Porter a enrichi la collection de très-beaux cristaux. L S. B. — hzj.mGTOJi.^ L'unii-'ersilê de Transylvanie est établie dans cette ville de l'état de Kentucky, au centre des états de l'ouest de l'Amérique septentrionale, dans une contrée saine , fertile et bien arrosée. La beauté du pays , l'abondance et la variété de ses pro- ductions contribuent à en faire le jardin de la grande vallée du Mississipi. Le climat en, est doux et agréable , ni trop froid ni trop chaud ,et il est exempt de ces changemens soudains de température qu'on éprouve dans la partie voisine de l'Océan. Les états de l'ouest , situés dans la vallée du Mississipi , comptent aujourd'hui environ trois millions d'habitans , et ce nombre aug- mente tous les jours dans une proportion étonnante. C'est pour cette population, si éloignée de celle des anciens états, qu'a été fondée l'université de Transylvanie qui est, et sera encore long-tems la seule institution du premier ordre, la seule université où se feront des cours académiques. L'établissement avait été autorisé par le gouvernement, il y a en- AMÉRIQfJE, 100 viron trente ans ; mais, à cause de la nouveauté du pays dans lequel elle se trouvait, du petit nombre de ses habitans et de l'absence des moyens d'instruction , elle n'a pu être régulièrement organisée que depuis tyois ans. Le bureau académique actuel, ou sénat, se com- pose d'un président, de dix professeurs, et de trois ou quatre maîtres pour les classes inférieures. Le professeur de droit est acluellement lieutenant-gouverneur de l'état. Le nombre des étudians s'élève à environ ooo. L'administration de l'université est confiée à un bureau composé de treize membres, ou trustées, cboisis tous les ans par la législature , parmi les bommes les plus éclairés du pays , et qui s'assemblent à des époques qu'il appartient à eux ou au président d'indiquer. Les fonds de l'université consistent principalement en actions de banque et en terres; ces dernières cependant ne sont pas une source de revenu très-productive. Mais l'état vient de s'enricbir der- nièrement par l'extinction du droit des Indiens sur des étendues de terres fort considérables, et il en sera cédé à l'université une quan- tité suffisante pour subvenir à tous ses besoins. Le traitement des officiers et des professeurs provient en partie de la pension que paient les élèves. Le président reçoit par an i5,5oo fr. ; le pro- fesseur de physique , de -,5oo à 8,000 fr. ; le professeur de mathé- matiques, 5,000 fr. ; le professeur de langues anciennes, 5, 000 fr. Le professeur de droit n'a pas de traitement fixe, attendu qu'il est payé à raison du nombre de ses élèves. La population de la ville de Lexington est d'environ 7,000 âmes. Les maisons en sont spacieuses , belles et commodes ; les rues bf e^. pavées ; la police excellente ; la société agréable , éclairée et dis- tinguée par son hospitalité et son bon goût. Le bâtiment de l'uni- versité est à la fois spacieux et élégant. Les habitans de cette ville , encouragés par diverses circonstances heureuses , paraissent déter- minés à y fixer le siège de la littérature et des sciences de cette contrée. La vie est excellente et à très-bon compte ; le prix d'une pension n'est que de i5 fr. par semaine. Un hôpital, où se feront un cours de chimie et des démonstrations pratiques en médecine et en chirurgie, sera incessamment annexé à l'école de médecine de l'université. Le doyen de cette faculté , M. le docteur Charles Caldwell , qui a bien voulu communiquer ces détails à la Rei,-ue , est actuellement à Paris , où il s'occupe à faire un choix 20Ô AMERIQUE. de bons ouvrages pour la bibliothèque , d'instrumens de physique et de chimie, et de tout ce qui est nécessaire pour les diverses branches d'instruction. B— e. — Philadelphie. — Instruction des sourds -muets. — Dans une as- semblée des principaux habitans de cette ville, tenue le 12 avril 1S20, et présidée par M. le docteur William White , évêque de Phila- delphie , on proposa de fonder un établissement pour l'instruction des sourds-muets de l'état de Pensylvanie , sous la direction de M. David G. Seixas, qui avait déjà établi à ses frais, et sur le plan de celles d'Europe , une institution de ce genre , contenant alors onze ou douze sourds-muets. M. Robert Vaux, chargé de proposer, un plan de constitution pour l'établissement, commence par ob- server 0 qu'au milieu des nombreux efforts faits dans l'intérêt de la philantropie et des sciences ^ pour étendre le cercle de l'instruc- tion, de l'aisance et du bonheur parmi les hommes, on doit distin- guer ceux qui ont eu pour but la découverte et l'application des moyens de pourvoir à l'instruction des sourds-muettî. • L'Europe, poursuit M. Vaux, éprouve depuis long- tems les heureux effets des institutions de ce genre , et il en a été formé der- nièrement deux aux États-Unis (i). Mais la Pensylvanie ne compte pas encore au nombre de ses établissemens de charité un asile où ces enfans du malheur puissent apprendre qu'ils ont des facultés intel- lectuelles , et qu'ils peuvent trouver quelque jouissance dans l'exer- cice de ces facultés. La seule raison du retard qu'on a mis à établir une école pour l'instruction des sourds-muets, dans cette vaste répu- blique, est que peu de citoyens savent combien y est grand le nombre de ces malheureux qui réclament leur attention et leur pitié. » Le 6 mai suivant, une adresse aux habitans de la Pensylvanie fui publiée par ordre de l'assemblée; et, le 29 novembre de la même année, une pétition, signée par le président et les quatre vice-pré- sidens, fut envoyée au sénat et à la chambre des représentans , pour implorer leur autorisation et leur bienveillance en faveur de l'éta- blissement. En conséquence de cette pétition, il fut arrêté pan- la (t) Une à Hartford , dans l'état de Connecticut , sous la direction de M. Gullaudei , secondé par M. Leclerc-, sorti de la belle iosti- tiilion de M. l'abbé Ricard , et l'autre à ÏNew-Yoïk. ASIE. 201 léglslatiu-e , le 8 février 1S20, que l'Institution des sourds-muels de Pensjlvanie serait établie à Philadelphie, et placée sous la direc- tion d'un président, de quatre vice-présidens, d'un trésorier, d'un secrétaire et d'un bureau de vingt-quatre directeurs , tous membres de l'Institution; que toute personne pourrait devenir membre, moyennant une rétribution annuelle de deux dollars, et souscripteur à vie , en payant 20 dol" ; que les membres ( dont le nombre était, au mois de février dernier, de 442) devroient s'assembler, chaque année, le premier mercredi de mai, à Philadelphie, podr procéder à l'élec- tion des oflSciers et des directeurs , pour traiter toutes les afifaires relatives à l'établissement , et entendre le rapport annuel des direc- teurs ; qu'il y aurait en outre un comité de douze dames , choisies annuellement par ceux-ci pour veiller sur l'établissement; que les enfans indigens, de quelque comté de l'état qu'ils fussent, seraient admis dans l'Institution, entretenus et élevés gratuitement, dans la proportion des fonds versés , etc. La législature vota une somme de S^OGO dollars , payables sur-le- champ au président , et de 160 dollars par an pour chaque élève indigent admis dans l'établissement, à condition qu'il ne fût à la charge de l'état que pendant trois ans, et que les sommes payées annuellement à cet effet pour le compte de l'état n'excédassent pas 8,000 dollars. L'établissement est autorisé à recevoir tous les dons et legs de personnes charitables ; à posséder ou à affermer des terres, etc., jusqu'à concurrence de 5o, 000 dollars de revenu annuel. Au mois de novembre 1820, on avait déjà admis dix-huit jeunes sourds-muets des deux sexes. B — r. ASIE. Indes orientales. — BousAr. — Chirurgie. — Dans un des der- niers oahiers des Transactions de la société littéraire de celte ville., on trouve le fait suivant : « Un chirurgien indien ayant à traiter un Arabe, qui avait eu une partie de l'os du bras emporté , imagina de suppléer à cette perte par un tube d'argent destiné à remplacer l'o» qui manquait. L'opération réussit complètement, et rendit au bras malade son ancienne vigueur. » Gui^E. — Macao. — Nouvelle comète. — Le 5 mai 1S20, M, Prevel a découvert une comète dans le centaiire. Cet astre, qui n'avait 262 AFRIQUE. qu'une tièscouile chevelure , était cependant visible à l'œil nu ; il se dirigeait vers le nord-est avec beaucoup de lenteur. Imdes obiestales. — Calcutta. — Société asiatique. — Séance du 20 décembre 1S20. — On procède à la réélection des vice-présidens pour l'année 1S21. — Le secrétaire informe l'assemblée que 100 exem- plaires des Aiiaùc Researches ont été expédiés pour l'Europe. — 11 est fait hommage à la société d'un ouvrage ayant pour titre On the généalogies of the Hindoo deities , princes and heroes, parle docteur Hamilton. — M. Calder communique le résultat des observations ba- rométriques du capitaine Cullen , faites pendant un long voyage dans différentes parties de l'Inde. La montagne la plus élevée que cet offi- cier ait mesurée s'élevait à 8,077 pi^ds anglais au-dessus du niveau de la mer.— Le même M. Calder lit un mémoire du capitaine Mac- klntosh sur le mode employé à Magpour pour construire l'arche d'un pont. — Le révérend M. Tborn envoie du cap de Bonne -Espérance une collection de miucraus d'Afrique , et de restes organiques. — Le lieutenant-colonel William Thomas fait hommage de ses observations thermomélriques et météorologiques recueillies à Sangor, pendant l'année iSig. — Le docteur Tytler envoie deux médailles anciennes; le capitaine Mackenzie, une médaille chinoise; le lieutenant Wild, une collection de minéraux rassemblés dans diverses parties de l'Inde ; M. Moorcroft , deux planches en cuivre couvertes de caractères in- connus. MM. Carey et Prlce sont chargés de faire un rapport sur ces incrjptions. — Le docteur Bajley lit une dissertation sur les inscrip- tions de Koutoun Minaret sur les ruines qui se trouvent aux environs, E. G. AFRIQUE. Sierea-Leone.— iS/ai/si/y Me eicomTnerce. —Cette colonie anglaise voit sa population s'accroître rapidement, non seulement parles naissances, par les Africains pris à bord des navires négriers et rendus à la li- berté^ mais encore par les indigènes qui accourent des petits états voisins, pour demander de l'emploi ou chercher protection. Lors du recensement de juillet 1S20 , on y comptait i2,52i habitans ; ce qui présente, depuis le dernier dénombrement en décembre 1S18 , inter- valle de dis huit mois, une augmentation de 2,956 personnes. Dans ce nombre, sont compris 940 esclaves délivrés, et 898 nouveau-nés ou indigènes émigrés. Le nombre des maiiagcs, depuis le 1" jan- AFRIQUE. 203 TÎer iSio Jusqu'au 6 juillet 1S20, a été de455; les naissances, de 671; et les baptêmes, de 1260. Le nombre total d'enfans et d'adultes qui y reçoivent de l'éducation était, au mois de juillet dernier, de 2,09-; c'est un sixième de la population. Dans toutes les écoles , on suit la méthode de l'enseignement mutuel du docteur Bell. Depuis l'abolition de la traite à Sierra-Leone et- aux environs de la colonie, le commerce y fait des progrès rapides, L'Angleterre, dans le cours de l'année 1819, y a expédié vingt-sept bàtimens avec des cargaisons estimées 8oj865 liv. sterl. , et en a exporté 5,875 ton- neaux de productions du pays. Dans le cours de l'année 1820 , le commerce anglais a expédié à cette colonie quarante bàtimens, dont le tonnage était en tout de 9,160. Les principaux objets d'exporta- tion de la côte occidentale d'Afrique sont : les bois de charpente et de teinture , les dents d'éléphant , l'huile de palmier , le riz blanc , le poivre malaguette, les gommes, le bois d'acajou, la poudre d'or. On peut juger, d'après ce court exposé, quel parti la France pourra tirer de sa colonie du Sénégal , lorsque la traite y sera entièrement abolie , si elle veut y suivre le plan de civilisation adopté .i Sierra-Leone. {Vqy.Hom. IX, p. 176.) B — y. Capdb BoRNE-EsPBaAKCB. — émigration anglaise. — Depuis quel- que tems il se fait une émigration d'Angleterre au cap de Bonne- Espérance ; le gouvernement la favorise et l'encourage de tout son pouvoir ; il fait les frais du passage de ces émigrans , fournit à leurs premiers besoins, leur distribue des terres dans les districts éloignés de la capitale. Ces nouveaux colons prennent, pour les aider dans leurs travaux , des Hottentots libres, qui ne demandent qu'un très- modique salaire pour leur travail. On a craint d'abord qu'ils ne pro- fitassent de leur éloignement pour se soustraire aux lois de la colonie qui ont aboli l'esclavage ; mais le gouvernement ne pense pas qu'ils soient tentés d'en introduire, vu la facilité qu'ils ont d'avoir des Hottentots dont l'entretien est moins dispendieux. Cependant, il a cru devoir prendre des précautions à cet égard , en enjoignant au gouverneur du Cap de n'accorder aucune portion de terreaux familles émigrées, que sous la condition de n'employer à leur culture que des domestiques ou journaliers salariés et libres.- Mais rinstitudon afri- caine persuadée qu'une loi positive est indispensable pour aisurer l'exécution des engagemens imposés aux nouveaux colons , a chargé MM. Wilberfoice et William Smilh d'fn faire la proposition à la 20A EUROPE. chambre des communes, et l'on ne doute pas que le parlement ne seconde le zèle de cette honorable société pour l'extinction de la traite et l'abolition progressive de l'esclavage. Royaume de Maroc. — Enseignement mutuel. — Dans le journal de la captivité du capitaine Paddook, quaker de New-York, com- mandant ï'Osi^ego, naufragé en 1S09 sur la côte de Mogador , on re- marque, entre autres observatious sur le caractère , les mœurs et les coutumes des Arabes de Widnoun, le passage suivant: «Les hommes savent généralement écrire , et tous apprennent à lire. A cet effet , il y a dans chaque tente une planche de bois dur sur laquelle se trou- vent gravés les caractères de l'alphabet et des maximes du Coran. A l'âge de huit ans , le petit garçon sait tout ce que contient son tableau ; il saisit avidement les occasions d'apprendre avec les étrangers qui viennent voir ses parens, et qui se font un plaisir de lui apporter des planchettes sur lesquelles sont tracés des passages du Coran. Dans plusieurs endroits, il y a des prêtres ou Talbes occu- pés à parcourir le pays pour l instruction des enfans , au moyen de l'enseignement mutuel. Les garçons se rendent au lieu de réunion , munis de leur planchette ; Itsplus grands et Icsplus avancés reçoi- vent directement leurs leçons du maître et les communiquent en- suite à leurs condisciples. Cette éducation n'a jamais rien de forcé , et ce serait un crime de battre un enfant pour le corriger. Néan- moins, les enfans apprennent tout ce qu'ils ont besoin desavoir, auant l'dge de le vietlre en pratique i et des observateurs attentifs avouent qu'ils n'ont trouvé , chez aucune nation , considérée en masse » autant d'intelligence , autant de vivacité d'esprit que parmi ces Arabes. » Voilà donc la question de la priorité d'invention de la méthode d" enseignement juutuel , décidée en faveur des Arabes, à qui nous devons d'ailleurs tant d'inventions et de découvertes im- poi'tantes. Babey. EUROPE. ILES BRITANNIQUES. Ecosse. — Aberdeen. — Télescope perfectionné. —^1. Raucye vient de construire un télescope à réflexion sur de trcs-grandes dimensions ; il a plus de 25 pieds de longueur; la force focale du miroir réflecteur est de 25 pieds ; le diamètre de ce miroir est de lô pouces. Cet ins- trument est le plus grand de tous ceux qui ont glç construits, excepté EUROPE. 205 toutefois celui de M. Herschell , qui a , comme on sait , 4o pieds de foyer. Celui de M. Schroeter, à l'observatoire de Lilienthal , est de la même force que ce dernier. Ce qui rend les grands télescopes de peu d'usage, c'est la difficulté non seulement de les exécuter, mais de les diriger. Le mécanisme de M. Ramcye permet de le mouvoiravec facilité. Le pouvoir amplifiant peut aller jusqu'à i,5oo. Feascgeub. LosDaES. — Technologie. — Alliage de l'acier avec l'argent et le platine. — En fondant ensemble une partie d'argent et 5oo d'acier, MM. Hodart et Faraday ont formé un alliage, mais qui se forge très-bien, quoique très-dur. Il paraît d'autant plus avantageux qu'on peut se le procurer à peu de frais ; la valeur de l'argent, qui s'y trouve en si petite proportion, n'influe pas sur celle de l'acier. Avec partie égale en poids de platine et d'acier, on forme un alliage qui prend un superbe poli et ne se ternit point; la couleur est la plus belle qu'on puisse imaginer pour un miroir. Les proportions de pla- tine, qui paraissent améliorer l'acier pour des instrumens tranchans, sont de 1 à 5 pour loo. — Émail pour la porcelaine. — La Société d'en couragemenX de Londres a fait faire l'essai d'un nouvel émail pour la porcelaine et la faïence fine , composé par M. John Rose , et qui a été trouvé sapé- rieur à tous ceux qu'on a employés jusqu'ici ; on l'obtient en faisant un mélange de 27 parties de feldsphath pulvérisé, avec 18 de borax, 4 de sable , 1 de sel de soude , 1 de nitre et 1 d'argile ; après l'avoir fondu en frite , on y ajoute 5 parties de borax et on réduit en poudre. Cet émail s'applique aisément et uniformément, sans que la porce- laine doive être ni fondue , ni même ramollie. Il s'étend uniformé- ment sans bulles et sans saillies; il ne couvre ni n'altère les cou- leurs , même les plus délicates, telles que les verts et les rouges de chrome, etc.; il s'incorpore parfaitement avec elles, et la porce- laine qui en est recouverte peut passer une seconde fois au feu, sans que cet émail se gerce ou éclate. — Economie rurale. — Moyen d'utiliser la chaleur des écuries^ — Le Garten-magasine propose d'établir, au-dessus des écuries ou des ètables , soit des serres , soit des couches ou des bacs à forcer. Les porcheries, qui ont une température si élevée, et dont les dimen- sions , surtout en hauteur, peuvent être très-petites (3 pieds et demi suffisent) , seraient particulièrement adaptées à cet usage. La porte et le bac à mangev se trouveraient au nord, où serait aussi la plus 20G ELROPE. grande élévation du mur. On pourrait , pour conserver plus de chaleur, construire des interstices dans les murs, afin de faire cir- culer l'air chaud dans la serre , la couche ou le bac à forcer. NoETH-MoLTOs, — Agriculture. — l^ouv elle charrue. — M. R. Locke a inventé une machine perfectionnée pour lahourer la terre. On peut s'en servir dans toute espèce de sol où la charrue est en usage. Elle creuse le terrain à une profondeur donnée , depuis un pouce et demi jusqu'à huit pouces, et depuis cinq pouces jusqu'à onze en largeur; on lui fait tracer de même des sillons sur les collines, quelle que soit soit la rapidité de leur pente. L. S. B. Londres. — L'académie royale a proposé un prix de 20,000 livres sterling pour la découverte de la direction horizontale des aéros- tats, MM. Mingrelli, de Boulogne; Piétropoli , de Venise, et Lein- berger, de Nuremberg, prétendent, chacun de leur côté, avoir ré- solu ce grand problème. Camhhidge. — Société iihilosophique. — M. Cécile a lu (deuxième séance de cette année) un mémoire sur les avantages du gaz hydro- gène employé comme force motrice dans les machines , et a donné en même tems la description d'un appareil propre à s'en servir de cette manière. LoNDHBS. — Société des missionnaires. — Le prince Ratafie, frère du roi de Madagascar, qui est maintenant à Londres, s'est rendu à la dernière séance annuelle de la Société des missionnaires ; il a remis une lettre du roi , son frère , qui prie la société de lui envoyer, non seulement de pieux missionnaires, mais aussi d'habiles artisans, parce qu'il désire faire de ses sujets de bons chrétiens et de bons ouvriers. La société a promis qu'elle chercherait les moyens de sa- tisfaire aux vœux du monarque africain. L. L. B. RUSSIE. Statistique littéraire. — La Russie possède trois cent cinquante auteurs vivans qui , pour la plupart, appartiennent à la noblesse; les ecclésiastiques n'y sont que pour un huitième. Backmeister, dans sa Bibliothèque russe , compte 4îO0O ouvrages publiés jusqu'en 1S07 , c'est-à-dire une quantité seulement égale à ce que produit une seule foire de Leipsick. En 1800 , la bibliothèque de l'académie des sciences possédait à peu près trois mille ouvrages nationaux , parmi lesquels se trouvaient cent cinq romans; aujourd'hui, il existe plus EUROPE. 207 de 8,000 ouvrages en langue russe. Il y a des gazettes allemandes et russes à Saint-Pétersbourg, à Moscou, à Riga, à Mittau à Revel, à Abo, à Casan ; Moscou voit paraître un recueil littéraire en russe, et Wilna en fournit un autre en polonais (uoyez T. IX pag. 602}. On compte, à Moscou, neuf bibliothèques et dix impri- meries; à Saint-Pétersbourg, sept bibliothèques et quinze imprime- ries ; à Wilna , une bibliothèque et cinq imprimeries ; dans chacune des villes de Revel, Dorpat et Kharkovv , il y a une bibliothèque et deux imprimeries. Enfin , on compte , dans l'empire russe , huit ou neuf fonderies de caractères. Ph, G y. SAiNT-PÉTEBSBouRG.—i/^Aoo-m/i/z/e.— Cet art, naturalisé depuis peu en Russie , fait maintenant de rapides progrès (pqyez Tom. VII, pag. 192}. Parmi plusieurs collections que l'on publie dans ce mo- ment, nous citerons : 1° les F'ues de Saint-Pélershourg et de ses en- virons : chaque livraison contient quatre planches in-folio. Celles de la première représentent le palais d'hiver, la bourse, l'île Krestovsky ; le texte de ce recueil est russe. Les frais de l'entreprise sont faits par des amateurs , et les produits sont distribués aux artistes. 2" Un autre ouvrage du même genre, par M. Sevenin, paraît aussi par cahiers; mais il est d'une moindre dimension. Le texte est en russe et en français. Quatre cahiers sont déjà en vente. 5» M. Martinof donne un voyage pittoresque de Moscou aux frontières de la Chine , dont les figures coloriées coûteront jusqu'à 200 roubles. Ph. G y. SUÈDE ET NORWÈGE. Christiania. — Magnétisme. — Le professeur Hansteen , connu par ses intéressans travaux , et particulièrement par ses belles expé- riences, dont l'objet est de déterminer les variations diurnes et an- nuelles de l'intensité d'action magnétique du globe terrestre, an- nonce , dans les journaux savans du nord de l'Europe , qu'il vient de se livrer à de nouvelles observations; d'où il résulte que tout objet vertical , tel qu'un arbre, un mur, un clocher, etc., se cons- titue naturellement à l'état d'un aimant; la partie inférieure porte le pôle boréal; la supérieure, le pôle austral. On attend avec impa- tience des («éveloppemens sur ces expériences et sur les résultats qu'a obtenus M. Hansteen. Ce sujet est aujourd'hui du plus haut intérêt pour les physiciens , depuis que M. Œrsted a indiqué les relations qui unissent les fluides magnétique et électrique. Fraivcckuk, 208 EUROPE. —Nouvel ouvrage périodique.— Journaux publiés en Norvège. — Deux mUitaires distingués , MM. Broch et Hahœth, viennent d'an- noncer la prochaine publication d'un nouveau journal sous le titre de HtRMODER ( le Mercure du Nord ) , dont il paraîtra , chaque se- maine, un cahier. Il contiendra des articles originaux, tant en poésie qu'en prose ; des extraits des meilleurs journaux littéraires , suédois , danois, allemands, français, anglais et italiens; ainsi que l'analyse des ouvrages remarquables , historiques , politiques et de littérature , publiés dans les mêmes langues. On y joindra de tems en tems des portraits et des dessins lithographies. On voit avec plaisir les progrès qu'a déjà faits cette précieuse découverte , qui a pénétré jusque dans les pays voisins du pôle. Voici la liste des autres journaux qui se publient à Christiania : 1» \e Journal de l'Empire ( Rigstidenden ). Cette feuille est, pour ainsi dire , officielle ; elle publie les actes du gouvernement , ainsi que des nouvelles politiques ; 2° la Feuille nationale , journal d'opposition, dont la rédaction a tellement déplu au gouverne- ment , qu'il en a récemment défendu l'envoi par la poste ; 3» le Spectateur norvégien ; 4° la Feuille du matin : journaux qui rem- plissent leurs pages de dissertations philosophiques , historiques et morales , et d'extraits des meilleurs écrits périodiques qui parais- sent en Danemarck. —Loi relative à l'exercice du droit de la liberté de la presse.— he roi vient de proposer à la diète une loi répressive des abus delà presse. On voit avec plaisir que S. M. désire l'établissement du îno^ement par jurés ; mais quelques hommes éclaués pensent que le mode de formation du jury, d'après le projet royal , rend cette ins- titution trop dépendante du pouvoir. Cette dépendance pourrait de- venir dangereuse avec le tems , quoiqu'il n'y ait rien à craindre pour le moment, vu le noble caractère d'indépendance et d'impartialité qu'ont déployé les tribunaux , spécialement dans le jugement des auteurs mis en accusation , comme ayant abusé de la liberté de la presse. Ce qui étonne le plus dans le projet de loi dont il s'agit , c'est de voir que , provisoirement, et jusqu'à la publication du nou- veau Code criminel , on parle de remettre en vigueur la fameuse loi danoise du 27 septembre 1799. Cette loi, faite pour un gouver- nement arbitraire , paraît absolument incompatible avec le régime constitutionnel. Ce n'est pas ici le lieu de montrer jusqu'à quel point EUROPE. 209 elle anéantit toute liberté de la presse; nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireraient la connaître , au recueil intitulé : Jour- nal général de législation et de jurisprudence , tom. II, pa<». aS et suivantes. Jj q^ DANEMARCK. Stockholm. — Publication nouvelle. — On a publié dernièrement ici un ouvrage intitulé : Actes secrets de l'Histoire de Gustave III^ et qu'on dit très intéressant. CoPEi^HAGCB. — Polémique littéraire. — Mythologie du ISiord. —• Les savans danois sont en "guerre au sujet de la mythologie, de- puis que M. Baden , secrétaire de l'académie des arts , a mis en question l'existence de celle du Nord. Il a pour lui MM. Eckersberg et Hoger; mais MM. Ewald et Œhlenschlager, qui ont tiré un si grand parti de la mythologie d'Edda , se sont rangés du côté de M. Fenn Magnusin, adversaire de M. Baden. Celui-ci ne veut pas que l'on substitue aux fables ingénieuses de la Grèce des tra- ditions qu'il appelle barbares. On lui répond qu'il n'est point ques- tion de remplacer la mythologie des Grecs par une autre , mais de placer à côté d'elle de nouvelles ressources offertes au génie. L'Alle- magne compte dans ce moment de nombreux partisans de cette mythologie du Nord. Ph, g. Duché de Schleswig-Ecrernfobde. — Nécrologie. — \iG comte Chrétien de Stolberg est mort, le 18 janvier dernier, peu après son frère, et immédiatement après avoir terminé sa réponse au célèbre Voss. On sait que le changement de religion de MM, de Stolberg excita contre eux toute la colère du traducteur d'Homère et de Vir- gile , et que l'étroite amitié qui les unissait à lui fit place à des sentimens entièrement opposés. Ce fut la source d'un grand nombre d'écrits polémiques , dans lesquels les questions théologiques et les controverses de protestans à catholiques sont mêlées de détails de la vie privée de ces hommes de lettres. La guerre entre Hume et J.-J. Rousseau n'a jamais fait autant de bruit en France , que cette querelle n'en a causé en Allemagne , où tous les recueils périodiques en retentissent encore. Fh. G. ALLEMAGNE. Vienne. — Machine àplonger. — M. François Farkas , de Farkas- falva , connu par la publication de plusieurs écrits en langue hon- ToMK XI. lA 210 EUROPE. «Toise , a inventé nne machine à l'aide de laquelle on peut plonger j à quelque profondeur que ce soit , et séjourner au fond des eaux dans toutes les altitudes désirables , sans en éprouver le moindre in- convénient. Le plongeur remonte , à volonté , à telle hauteur qu'il lui plaît, et n'a besoin, pour cela, d'aucun secours étranger. Ce qu'il y a de plus avantageux , c'est que ses pieds et ses mains sont libres pour le travail, M. Farkas a nommé sa nouvelle machine le dauphin ; voici en quoi elle l'emporte , selon lui , sur toutes les au» très. Dans toutes les cloches connues , la pression de l'eau à une certaine profondeur devient insupportable, et l'air vital est bientôt épuisé, même dans celles qui sont pourvues de tuyaux .M. Farkas a pleinement obvié à ces défauts ; au moyen du dauphin, tous les mouvemens se font à volonté et non sur les trompeuses indica- tions d'une corde. Enfin , les secours étrangers étant toujours très- coûteux , on obtient à peine, à Dublin , avec 1,000 liv. sterl. j les avantages que le dauphin procure pour 100. L'expérience de cette machine a été faite , le i<='. octobre 1820, devant le prince d'Esterhazy, à l'école de natation de Vienne (1). "R^KJAV. — Géographie. — Globes en relief. — M. Zeune, qui a fait construire, il y a plus de dix ans, un globe terrestre en relief, à l'aide duquel les aveugles de son établissement apprennent très-fa- cilement la géographie , a prévenu le public que désormais ses globes ne seront plus exécutés en bois, mais en papier. Ils y ga- gneront en précision et en solidité; ceux de bois étant exposés à se briser par la moindre chute. M. Kummen est l'artiste chargé de remplir les intentions de M. Zeune. Les découvertes les plus récentes doivent être portées sur ces nouveaux globes , dont le dia- mètre est de 25 pouces, mesure de Berlin, 24" 1 ligne de France, et dont le prix varie , selon le plus ou moins de détails géographiques qu'ils représentent {vqy. ci-après, art. Paris). Halle. — Société des sciences'naturelles. — Voici le résumé des tra- vaux de cette société pendant le second semestre de 1S20. Le iS juillet, un mémoire de M. Schultz sur la lumière, sur les couleui-s et sur les orages. Les 29 juillet et 11 août, un traité de M. IVitzsch (i) La cloche à plonger , dont on fait usage depuis long-tems en Angleterre , et depuis quelques années en France , dans les tra- vaux du pont de Bordeaux et du port de Cherbourg, offre la plus grande partie desavantages que M. Farkas annonce comme nouveaux. {roj. la Repue, T. \Ul, p. ijo,ctT. X, p. 456 et 61 2.) A. M— t. EUROPE. 211 3Hr les maladies du nez. Le i septembre , une analyse chimique des eaux minérales de Lauchstœdt par M. Stoltz. Le 16 septembre un mémoire de M. Leuckart sur la formation de la corne dans les ani- maux ; le même jour , des additions de M. Schweigger aux expé- riences électro-magnétiques d'Œrstedt. Le 5o du même mois, un rapport de M, Wincler sur quelques accidens de baromètre à l'ob- servatoire de Halle. Le 7 octobre , M. Mertens a lu un traité sur les produits de l'océan ; M. Dieterich a entretenu la société des pierres sablonneuses des environs de Lauchstoedt et de Scopau. Le 21 oc- tobre, M. Keferstein a examiné ce que les anciens ont ditsurovoc livXoç et ^y.o'Ko'vevS'poi. Le n novembre , lecture d'une dissertation sur les ouvrages que fe docteur Gronaw avait envoyés de Berlin. Le i8 , M. Schultz a rendu compte de deux écrits de M. Schneider» sur les poissons et sur la topographie médicale d'Etlingen. Le aS , M. Keferstein a communiqué une dissertation sur la géognosie d'Al- lemagne, et notamment sur la culture des Alpes. Enûn, le 9 dé- cembre , M. Schweigger a fait quelques expériences électro-magné- tiques.— La société a reçu un grand nombre de mémoires sur la marche des orages pendant 1820. On parle d'une association dont le but est d'en observer plus spécialement la direction dans toute l'Al- lemagne, ainsi que M. Braudt l'a fait pour la Silésie. On assure que ces observations seront faites , en Saxe , par MM. Lindenau, Posselt et Arzberger; qu'en Bavière, dans le Saltzbourg et dans le Tyrol, elles seront dirigées par M. Henrich ; dans le duché de Baden , par M. Bœckmann ; dans le Wurtemberg, par M. Schiib- 1er, etc., etc. La société invite tous les pasteurs et cultivateurs à tenir note de l'arrivée et du départ des orages, ainsi que de leurs divers accidens. ( F'ry. Tom. XXXI, 2' cahier du Journal de phy- sique et de chim.ie. ) Berlin. — Société littéraire. — Le i3 janvier dernier, la société ap- pelée Humanitàts- gesellschafl a célébré le 24* anniversaire de sa fondation. Le directeur, M. Kœpke, a ouvert la séance par la lecture d'un mémoire relatif à Zénobie , reine de Palmyie. M. Ideler a ensuite présenté une dissertation sur le poète Saadi et sur le poème de Gulistan. Enfin, M. le conseiller d'état Klein a fait le résumé des travaux de la société pendant l'année 1820, et con- sacré quelques souvenirs aux membres que la mort a frappés dans le cours de cette année (MM. Nicolas Ruhs et Bemhardi). La .^ance a été terminée par un banquet. 51? EinOVE. — Unii-'ertilè. — Au commencement du semestre d'été, l'université de Berlin comptait onze cents élèves et quatre-vingt-un professeurs , dont cinqnante-trois en titre et vingt-huit sans fonctions , mais avec la qualité de maîtres particuliers , priuat-docent, M. Ozann , dont nous avons fait connaître les travaux ( Tom. VIII , pag. 624) ■, passe k l'université de Jéna comme professeur de philosophie. C'est lui qai vient de publier le Lexicon technologicum de Philémon ; il promet à l'Allemagne un philologue consommé. McNicH. — Publication nouvelle. — Une société , dirigée par M. Œrtel, professeur à Aiishach, va donner de nouuelles traductions des classiques grecs et latins; elle publiera toujours à la fois un auteur grec et un auteur latin. Voici ce que promet M. Œrtel dans un prospectus inséré au journal de Halle : 1" les traductions seront dégagées de toute expression étrangère ou commune ; 2" quand l'auteur est obscur et serré en grec ou en latin , il sera obscur et serré en allemand; 3" on n'estropiera point les noms propres, etc., etc. M. Œrtel craint néanmoins qu'on ne l'accuse de moderniser les an- ciens {modernisireny, mais il répond d'avance à ce reproche qu'on ne leur fera pas voir le monde à travers les lunettes du préjugé , et qu'on ne les fera pas errer sur l'océan de la vie, un compas à la main. D'ailleurs, ajoute-t-il , on ne coi fTdra point Paris d'une per- ruque, et Marcellus n'aura , pour assiéger Syracuse , 7ii canons ni mortiers Le tutoiement sera généralement supprimé; mais on ne traduira point le k^s a-u texvsv de César par auch sie herr sohn (et vous aussi, monsieur mon fils). On volt que M. Œrtel est ca- pable d'égayer ses lecteurs dans l'occasion, Beelix. — Nouveau journal. — Il paraît, depuis le commencement de l'année, un journal intitulé : der Zuschauer (le .Spectateur). On en attribue la rédaction à M. Symanscky, qui publiait autrefois le Preimiithige (le Sincère) , et plus anciennement encore die Leuchte (la Lanterne) , recueils périodiques qui n'ont pas eu de durée. Ph. GoLBÉav. ITALIE. Brescia. — Athénée. — Biographie littéraire. — M. Camillo Ugoni. connu dans la république des lettres par son zèle et par ses ouvrages, et nommé président de l'athénée de cette ville , a proposé à ses col- lègues une entreprise littéraire qui ferait beaucoup d'honneur à Brescia et à l'Italie : c'est la continuation des écrivains italiens EUROl'E. 215 'scntlori d'italia) , du comte Gianunaria Mazzuchelli. On sait qu'il ne publia de ce grand dictionnaire que six volumes in-folio , conte- nant environ trois mille articles, et qu'il espérait de le porter lui seul à plus de cinquante raille. Surpris par la mort, il a laissé, parmi ses papiers, une inUrucùon sur la mélhode qu'il avait suivie dans, sa conij ilulion , et les manuscrits suivans : i" 2 vol. des Scril- tori Italiani-y 3° 2 vol. de vies d'hommes de lettres alors vivans; 5", il vol. de lettres de divers savans; 4° S vol. de mémoires litté- raires; 5° 5 grands vol. de répertoires contenant des matériaux pour la continuation de son dictionnaire. M. Ugoni prouve la néces- sité d'achever cet important ouvrage par l'imperfection des diction- naires étrangers de ce genre qui circulent dans l'Italie. Il s'arrftt à signaler particulièrement la Biographie universelle et la Biogra- phie des hommes vii-ans. Aous ne répétons pas ici les expressions de la noble indignation que lui inspire la justice ; mais nous croyons nécessaire de citer ce qu'il dit sur la première, en se bornant à la partie qui regarde les auteurs italiens. « Quel long catalogue , dit-il , ne pourrais-je pas présenter d'inexactitudes, d'omissions, de l'ait^ et de mots altérés , de noms et de vers latins et italiens estropiés, d'hommes vivans annoncés comme morts , et ensuite condamnés à revivre dans la Biographie des hommes vivans, lorsqu'ils n'existent plus, u II regarde enfin la Biographie universelle comme une com- pilation indigeste , du moins pour ce qui concerne les écrivains de l'Italie. M. Ugoni excepte, dans une note , les articles de MM. Gin- gucné,S... et Sismondi. Il ajoute de plus que la vérité et même l'hon- nêteté sont outragées dans presque tous les articles signés G. A'. (Voy. Covimentarj deW Aleneo di Brescia, 1820.) — Poésie dramatique. —On a donné lecture de plusieurs tragédies. à cette société littéraire; deux sont de Giuseppe ÎSicolini, et intitu lées : la Clorinda et le Conte d'Essex. Le jeune auteur s'écarte , dit-on, de l'école d'Alfieri , par la composition et par le choix des sujets : l'amour est le principal ressort de ses pièces; mais il ne lui conserve pas toujours toute la dignité qu'exige la tragédie. L'avocat Euccelleni, adoptant un genre sévère, a traité un sujet national. C'est la mort de Tebaldo, citoyen de Brescia, chef de cette république et du parti des Guelfes, au tems de l'empereur Henri, comte de Luxem- bourg. Tebaldo, prisonnier, ne peut sauver sa vie qu'en engageant tes concitoyens à ïçndre la ville. Mais, nouveau Régulus , il leur per- 2lâ EUROPE. suade de se défendre, et il est condamné. La marche de cette tragédie paraît fort simple et régulière. — Francesco Gambara a tiré de l'histoire de Machiavel , le sujet d'une nouvelle tragédie , Rosmonda à Ravenne. Le même auteur a fait une pièce sur la mort de Co- riolan. Milan. — Archéologie . — M. Bignoli publie , pour l'usage des ar- tistes, une collection d'antiquités grecques et romaines, dessinées et gravées par lui-même. La première livraison in-4° a paru cette année. L'auteur espère que son travail sera d'une grande utilité à ceux qui ne peuvent ni voir ni copier les modèles. La collection sera divisée en plusieurs classes : l'une , par exemple , contiendra les vases, l'autre les candélabres , la troisième les bustes , etc. etc. Il paraît qu'on trouve très-bons le choix , le dessin et la gravure des objets qui composent cet ouvrage. Padoue. — Nécrologie. — Assemani. — L'abbé Simeone Assemani est mort, le 8 avril dernier, à l'âge de soixante-neuf ans. Ce célèbre orien- taliste était né à Tripoli de Syrie le 20 février 1762 : il fut élevé à Rome, où sa famille avait obtenu le droit de citoyen et l'honneur du patri- ciat. Domicilié à Padoue, il fut nommé professeur de langues orien- tales, d'abord dans le séminaire , et ensuite dans l'université. Il fut aussi membre de I''académie des sciences , lettres et arts , et de l'institut royal. Ses nombreux ouvrages et ses vertus le firent de plus en plus estimer et par les nationaux et par les étrangers. Infati- gable quand il s'agissait de remplir ses devoirs littéraires, il avait annoncé , trois jours avant sa mort , un nouveau mémoire pour la séance de l'institut. F. S. ESPAGNE. Madetd. — Publications 720«fe//e5.— L'ouvrage de M. Bignon, Du congrès de Troppau , ou Examen des prétentions des monarchies absolues à l'égard de la monarchie constitutionnelle de Naples, à été traduit en espagnol , ainsi que l'Essai , de M. Daunou , sur les garanties individuelles que réclame l'état actuel de la société. — Nécrologie. — M. Marchena , auteur très-actif, est mort au com- mencement de cette année. Il était né, vers 1770, à Utrera, en An- dalousie ; il se fit prêtre ; mais la philosophie française , qui com- mençait à pénétrer en Espagne malgié les douanes et les inquisiteurs, eut plus de charme pour lui que la théologie. Persécuté par le saint- EUROPE. 215 office, il se réfugia en France , où la révolution venait d'éclater. Marchena en embrassa chaudement les principes ; il coopéra d'abord au journal de Marat, puis il entra dans le parti des girondins. Arrêté à Moulins, il fut conduit à Paris et y resta en prison jusqu'au 9 ther- midor. Sa captivité, loin d'abattre ce caractère ardent, semblait en augmenter la fougue. Il adressa de sa prison de vives représenta- tions au gouvernement; remis en liberté, il travailla à l'Ami des lois , écrivit contre les thermidoristes , et fut exilé après le iô vendémiaire. Cependant, il obtint la permission de rentrer en France , fut placé à l'armée du lihin , et devint ensuite secrétaire de Moreau. Après le procès de ce général , JVIarchena vécut dans l'obscurité à Paris. Il écrivit , à cette époque, une bonne description des provinces basques pour les Annales des uoyages. Lors de l'inva- sion des Français en Espagne , on vint le chercher pour l'employer comme journaliste et agent. 11 partit avec l'armée, rédigea un journal en Espagne , y fit jouer sa traduction du Tartuffe et du Misantrope ; et, lorsque les armées furent obligées d'évacuer, Marchena revint en France à leur suite. 11 s'établit à Nîmes , et commença de traduire en espagnol l'Emile de J.J. -Rousseau. Après la révolution du mois de mars 1820, il se hâta de rentrer en Espagne ; il n'y jouit d'aucune considération , et mourut dans l'in- digence. Marchena était un petit homme disgracié parla nature , excessivement remuant et flexible , sans principes fixes et sans beau- coup de moralité. Il était loin de manquer de talent, et cet abbé au- rait pu se faire un nom dans la littérature , si , au lieu de courir les camps, il avait voulu s'occuper de travaux solides. D— g. PAYS-BAS. Médecine. — Proprièlcs anli-iènéncuses du sucre. — A diverses époques de l'année, certaines espèces de poissons, des ^enresperca, esox , sparus, scomber, etc., compromettent la vie de ceux qui les mangent. Le docteur Chisholm indique comme remède le sucre ou le suc de la canne qui le fournit , ainsi que du suc de batale. On avait déjà proposé le sucre comme un excellent antidote des oxides et des sels métalliques, et il paraît qu'il a été employé avec succès dans des cas désespérés. (Extrait de l'excellent recueil publié à Bruxelles, et que nous avons annoncé plusieurs fois : Annales générales des sciences physiques). liRvxELi.Es.— Beaux arts. —Sculplurc— On yknl de placer., dans 21G EUROPE. une église de cette ville, !a statue de l'amiral hollandais Van Kins- Lcrger, homme bienfaisant et protecteur éclairé des beaux arts. C'est l'ouvrao-e de M. Gabriel , membre de l'institut des Pays-Bas. FHANCE. AcBE. — Troyes. — JEnscignement mutuel. — M. Baudouin , pro- priétaire d'une vaste filature de cette ville , vient de donner à tous les manufacturiers du royaume un bel exemple à suivre. Il a établi , en faveur de ses ouvriers , dans l'enceinte même de sa fabrique, une école d'enseignement mutuel, qui sera ouverte pendant les heures et les jours de repos, et qui sera dirigée par les maîtres de l'école- modèle du département de l'Aube. DoiEs. — Maxdecrf.. — Ruines d'un théâtre romain. — En an- nonçant les fouilles entreprises au mois de juin 1820 , pour mettre à découvert les restes de ce beau monument, nous nous sommes en- gagés à en faire connaître la disposition et les dimensions principales. Des détails qui nous ont été transmis dernièrement nous mettent à même de remplir cette promesse. Ce qu'on aperçoit déjà du théâtre présente un aspect imposant ; il est adossé, ou plutôt entaillé dans un petit coteau au midi du Maudeure. Les restes des murs de l'étage supérieur, qui sont de vingt-quatre mètres au-dessus du niveau de la plaine, surpassent encore la crête du coteau, où se trouve un plateau assez vaste, à l'extrémité duquel s'élève la montagne qui le couronne. Le choix de cet emplacement aura été déterminé par la concavité du coteau en cet endroit, où il avait naturellement la forme demi-circulaire d'un amphithéâtre ; ce qui aura diminué de beaucoup le travail pour les excavations et l'assise des constructions. L'inégalité et la grandeur des distances qui séparent les murs con- centriques de l'amphithéâtre , ainsi que leur épaisseur et l'élévation de tous les degrés qu'ils forment , repoussent l'idée qu'on avait eue d'abord, que c'étaient des banquettes pour les spectateurs. L'éléva- tion de ces murs demi-circulaires , dans trois endroits où ils sont le plus rapprochés entre eux , fait conjecturer que là ils formaient des corridors de séparation entre les divers amphithéâtres; partout ail leurs, ces murs sont à fleur du terrain qu'ils soutiennent, et dont ils servent à adoucir la pente. Ainsi, il y aurait eu quatre ctngcs de loges ou d'amphitliéàtres ; EIROPE. 217 Je premier de 44 mètres de diamètre , compris entre le demi-cercle , au-dessous ou au-dedans duquel était l'orchestre, et les deux pre- miers demi-cercles saillans formant corridor; le second s'élendant depuis ce corridor jusqu'au corridor supérieur, qui en est éloigné de treize mètres; le troisiènte comprenant les trois murs qui sont im- médiatement au-dessus^ et qui forment trois terrasses, ayant en- semble une largeur de 9 à lo mètres ; enfin , le quatrième composant les deux galeries supérieures , dont l'une pouvait servir en même tems de passage. D'après la surface de ces divers rangs de loges, qui était pour le premier d'environ 8,5oo pieds carrés ; pour le deuxième de 16,200; pour le troisième de i4,6oo; et pour le quatrième de 5, 800, on peut évaluer ce que chacun devait contenir de spectateurs, suivant qu'ils y étaient debout ou assis, en leur assignant l'espace nécessaire dans ces difTérens cas. L'étage supérieur était-il terminé par des por- tiques où les femmes pussent se trouver à couvert? Rien ne l'indique encore. Excepté quelques fragmens de corniches, on ne voit point dans les ruines de gros matériaux. La régularité de petites pierres de trois ou quatre pouces d'épaisseur employées à cette maçonnerie prouve qu'elle avait été faite avec le plus grand soin. Il est à croire que de grandes dalles servaient de recouvrement à tous les murs concentriques pour en empêcher la trop grande dégradation ; et que les escaliers qui conduisaient aux différens étages , mais dont aucun n'a été encore découvert , étaient également en giandes pierres , probablement enlevées pour des constructions modernes. Si ce théâtre avait été construit pour les habitans d'une ville qui devait être considérable, si l'on en croit la tiadilion, et si l'on en juge par les découvertes antérieures à celles dont nous nous occupons , ainsi que par les ruines éparses dans la plaine située entre le théâtre et la rivière, pourquoi n'y trouve-ton pas ces matériaux de forte di- mension qui pouvaient assurer la durée de cet édifice? Si ce monu- ment n'avait été élevé qu'à la hâte pour occuper des troupes en sta- tion sur ce point, dans l'intervalle des opérations militaires, et pour le mieux disposer à de nouvelles entreprises , en leur donnant la repré- sentation de beaux faits d'armes , pourquoi l'aurait-on décoré de ces corniches et de ces divers ornemens dont il se trouve des fragmens ? Combien de questions on pourrait faire sur la destination des diverses 218 EUIlOrE. parties de ce monumcnl, qui fournit un vaste champ aux conjec- tures, et attend encore les explications des savans. Antiquités. — Un autel antique a été découvert , dans le mois de mai dernier, à deux lieues de Besançon , sur le bord de la route de Dôle. 11 était debout, engagé en entier dans la route, élevée en cet endroit de deux ou trois mètres au-dessus des champs. La carte de Cassini indique qu'il passait en cet endroit une voie romaine , sur laquelle la route actuelle est en partie établie. Malgré les soins que l'on a pris , l'autel s'est brisé en le sortant de terre. La personne de qui nous tenons ces détails en a recueilli les débris. Voici l'inscription gravée sur une des faces : MA. TRA. BVS. SA CRVM. OXIA. MES. SOPI. V. S. Q- M. Cette dédicace aux déesses mères, mairabus , rend ce monument assez remarquable. Gruttus, dans son grand ouvrage, n'en cite que deux ou. trois semblables. On trouve dans Dunod(Tom. II de son Histoire de l'église de Besançon ) une petite inscription avec matrahiis pour matribus. 11 est aisé de voir que cet autel est l'ouvrage d'un ouvrier aussi ignorant que peu habile; les lettres sont d'un travail grossier, et des points après chaque syllabe du mot mairabus en feraient trois au lieu d'un. C'est encore à l'ignorance de cet ouvrier que l'on peut attribuer et la suppression de la lettre D ou des lettres DD , abréviatrices de Deabus , qui devraient commencer l'inscription , et le changement de L en Q dans cette formule finale V. S. L. M. ( votum soluit labens mérita ) , qu'on voit sur ces sortes de monu- mens. Les champs cnvironnans sont couverts de débris de tuiles ro- maines ; on y avait trouvé, il y a quelques années, beaucoup de médailles, depuis le Ilaul-Empire jusqu'aux Constantins ; une petite meule antique conique; dos fragmens d'autres meubles, de vases et de petits ustensiles qui ont été recueillis par la personne qui possède l'autel. Tout récemment encore , à loo mèlics de dis- EUROPE. 219 tance de ce monument , on a trouvé une médaille de Trajan en ar- gent, parfaitement conservée , mais commune, et un poids en plomb très-Dxidé , ayant la forme d'un cylindre qui aurait pour base deux droites parallèles , terminées par deux portions de cercles ; il a six pouces de long, trois de large, deux trois quarts de hauteur; ses angles sont arrondis ; il est garni d'un anneau et d'une boucle en fer; il pèse un peu moins de 8 kilogrammes. SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'uTILITÉ PUBLIQUE. CoBSE. — Bastia. — Société d'instruction publique de la Corse ; séante à Bastia. — Sujets de discours proposés : i» Des avantages qu'on peut retirer du département de la Corse , eu égard à sa posi- tion , à son sol , à son climat et à ses productions. ( Prix , une mé- daille d'or de ooo fr. ) ; 2° Éloge de Pascal Paoli. ( Prix , une mé- daille d'or de 200 fr.) Les ouvrages devront être parvenus à la société, avant le i"mai 1S22. Metz (Moselle). — Société des lettres , sciences et arts. — Prix pro- posés pour 1822. — 1° Pour le perfectionnement des machines souf- flantes.— On sait de quelle importance sont pour les arts métallur- giques les machines qui servent à alimenter d'air les fourneaux , les forges , et quelquefois aussi à renouveler celui des mines vicié par les gaz délétères. Ces machines se subdivisent en plusieurs espèces, mais dans toutes on distingue deux parties essentielles : la machine soujfflante proprement dite, et \eporte-vent. L'expérience a depuis long-tems appris que, pour une force motrice quelconque, il existe une certaine distance , assez rapprochée , au-delà de laquelle l'air ne peut plus se transmettre au moyen des porte-vents géné- ralement en usage ; mais il ne paraît pas que l'on ait encore bien approfondi les causes de ce singulier phénomène , ni qu'on ait pro- posé des dispositions où l'inconvénient eût été évité au moins en partie. On a même assez généralement accordé fort peu d'influence à la manière dont les porte-vents peuvent être adaptés à la machine. Cependant une expérience faite par l'un des membres de la société semble prouver que cette partie est susceptible de quelque perfec- tionnement. Voici cette expérience : « L'orifice ou buse d'une ma- chine soufflante étant placé à une certaine distance de celui du porte-vent, on obtient un courant d'air beaucoup plus fort que dans le cas où le porte-vent est immédiatement appliqué à la machine , ainsi que cela se pratique d'ordinaire. » Ou sait que l'effet 220 EUROPE. est dû à plusieurs causes, telles que la toianiuuicatioa latérale, U suppression du vide à l'endroit de la buse , etc. , causes qui tiennent pour la plupart à la nature élastique du fluide en mouvement et de celui dans lequel tout le système est plongé. La société voulant en- courager les arts qui tiennent particulièrement aux besoins de la vie, propose un prix de la somme de 5oo Ir. à l'auteur du meil- leur mémoire sur la question suivante : « Quels sont les changemens à appcrler aux porle-i.-ents des machines soufflantes, pour y mettre à profit soit les perfectionnemens qui viennent d'être indiqués, soil toutes les autres espèces de perfectionnemens dont pourraient être susceptibles les procédés jusqu'ici en usage pour transmettre l'air à des distances plus ou moins considérables? Il est à désirer que le mémoire contienne une explication phy- sique des divers phénomènes que présentent les couraus d'air dans les porte-vents, et qu'il fasse connaître aussi, d'après des expé- riences faites , autant qu'il sera possible , en grand, le rapport néces- saire à établir entre les diamètres des orifices de la buse du porte- vent , et la quantité de leur écartemcnt, afin d'obtenir un maximum d'effet pour une distance et une force motrice donnée , c'est-à-dire la plus grande quantité d'air possible dans le même intervalle de tems. 2" Pour la propagation de la langue française dans les parties allemandes du déparlement de la Moselle. -D^^ns un espace d'assez peu d'étendue , le département de la Moselle présente deux peuples séparés et par leurs mœurs et par leur idiome. La société , pénétrée de l'importance qu'il y aurait pour ce pays d'opérer une fusion entre la partie allemande et la partie française du département , et de détruire la barrière que la différence de langage élève entre les enfans d'une même patrie , met au concours la question suivante : . Quels seraient ks moyens à employer peur généraliser le plus promptenient l'usage de la langue française dans les parties du dé- parlement de la Moselle où la langue allemande est seule em- ployée? » — Le prix est de i5o fr. La société décernera, s'il y a lieu, ces deux prix dans sa séance générale d'avril 1822. Les mémoires devront être adressés, avant le 1" janvier 1822, à M. Herpin , secrétaire de la société, à Metz. Naktbs {Seine -inférieure). Société académique, séance du \" fé- vrier 1821 , préiidéepar M. Teboyer,—U. Thomas BoUey Grattan a EUROPE. 221 fait remettre à la société un exemplaire de son poème intitulé Phi- libert. {FqyezT. X,p. i5o). Voici le compte qui en a été rendu par M. de Tollenare , secrétaire général : « S'il ne nous appartient pas de prononcer sur le mérite littéraire de l'auteur, puisque son ouvrage est écrit en anglais , du moins pou- vons-nous apprécier ses intentions. Le poète ne fait résonner sa lyre que pour célébrer notre belle France. « Les aventures de Philibert de Valombar et d'Isabelle sont suppo- sées avoir eu lieu vers les tems malheureux du règne de Charles VI, et sont imitées de celles de Martin Guerre, qui, à une époque plus rapprochée, faillit être victime d'une célèbre imposture. Il s'y trouve des citations très-dramatiques. Le choix de l'époque pouvait effarou- cher la délicatesse française; mais l'auteur a évité avec une touchante discrétion tout ce qui pourrait offenser nos affections nationales. S'il s'est placé au milieu de nos troubles civils , dans le quatorzième siècle , c'est pour se rapprocher des tems chevaleresques , de ceux de nos Dugucscîin et de nos Clisson, dont le souvenir glorieux était alors, comme aujourd'hui, dans tous les esprits; c'est pour se rap- peler qu'un capitaine anglais , capitulant dans une place forte , vient en déposer les clefs sur le cercueil de notre illustre compatriote, qui avait perdu la vie en l'assiégeant. Aucun mouvement de vanité offen- sante ne se fait remarquer dans tout le cours du poème. Loin de là , c'est dans nos archives les plus héroïques, dans la Gaule poétique , dans Saintc-Palaye, Dclarocque, dans nos propres historiens, que l'au- teur va puiser ses inspirations: aussi l'ouvrage est-il tout-à-fait fran- çais. Les exploits de nos preux , les ballades et les lays de nos trou- badours , nos mœurs féodales, nos cours d'amour, nos usages pieux, galans ou bizarres, fournissent à l'auteur les pluscharmans tableaux.» PARIS. Ikstitkt. — Académie des sciences. — Juin 1821. — Séance du 4. Au nom d'une commission, M. Arago lit un rapport sur un mémoire de M. Fresnel , relatif à la polarisation de la lumière. Quelques ré- clamations s'étant élevées, l'académie ajourne la discussion. — M. Blan- chard , de Falaise , envoie un manuscrit intitulé : Précis de la philo- Sophie nouvelle. — M. Vène lit un mémoire sur les gazomètres de pe- tites dimensions. (Commissaires, MM. Girard et Ampère.) — Du 1 1. — Au nom d'une commission , IVI. Thénard lit un rapport 222 EUROl'E. sur un mtmoiie de M. Chevreul, concernant l'aclion des alcalis sur les corps gras. « Ce dernier mémoire, dit le rapporteur en terminant, mérite les éloges que nous avons dû donner à ceux qui le précèdent, et nous en réclamons également l'impression dans les mémoires des savans étrangers.» L'académie approuve le rapport elles conclusions- ^^ Cauchy Ut un rapport sur le compas perfectionné et le calcu- lateur de M. Laur. « La levée d'un plan, dit M. Cauchy, exige en général trois espèces d'opérations ; savoir : des mesures d'angles , de mesures de distances et des réductions de distances inclinées , en raison de la pente. AL Laur exécute ces trois espèces d'opérations à l'aide de l'instrument qu'il nomme le compas perfectionné. C'est ef- fectivement un grand compas de bois, dont les deux branches recti- lignes sont assemblées à charnière ; lorsque l'angle qu'elles forment entre elles est de loo degrés, la distance entre leurs extrémités est de 2 mètres exactement. Ce compas est tellement construit , qu'on peut ajuster à la tète un cercle en cuivre qui fait l'office de graphomètre , et porte une lunette mobile. Enûn , l'une des branches du compas porte une échelle de pente construite de manière que , l'inclinaison d'une ligne étant donnée, on reconnaît, à la seule inspection, la diffé- rence de cette ligne à sa projection horizontale. ». Le calculateur de ISL Laure consiste en une plaque de corne rectan- gulaire , sur laquelle on a tracé des courbes qui ont pour objet de mesurer la superficie d'un terrain dont on a le plan. « En résumé, nous pensons, ajoute M. le rapporteur, que les in- ventions de M. Laur sont d'ingénieuses applications de moyens déjà connus. Elles facilitent les opérations trigonométriques qui embrassent un terrain peu considérable. Dans le même cas, elles diminuent no- tablement les dépenses et permettent à un seul ingénieur de lever un plan sans autre secours que celui de deux mires verticales et du compas perfectionné, et sans endommager aucunement les propriétés qu'il est obligé de parcourir. L'académie approuve ces inventions, et donne à l'auteur les encouragemens qu'il mérite. » — M. Biot lit un mémoire relatif aux objections qui ont été faites à sa théorie de la polarisation mobile, dans la séance 'précédente. M. Arago répond à plusieurs aiticles de ce mémoire , et reproduit , avec quelques mo- difications , des conclusions que l'académie approuve. Le mémoire de M. Fresnel sera imprimé avec ceux des savans étrangers. 2),n8.— M. Kater.de Londres, écrit pour détromper les membres EUllOPt, 223 de l'académie qui l'ont supposé auteur du Commeutaire sur la mèca - nique céleste de M. Laplacc : cet ouvrage est du docteur Youug.— M. Dupin rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Knoutes sur la carie sèche ou le dry-rooc, si dangereuse pour les vaisseaux. — M. Am- père lit un mémoire sur quelques nouvelles propriétés des axes prin- cipaux des corps. — M. Biot lit un mémoire sur la mesure dupendule en Angleterre et dans les îles Shetland. — La section de médecine est invitée à présenter une liste des candidats pour la place de corres- pondant , vacante par la mort de M. Gregory. — MM. Biot et Mathieu sont nommés commissaires pour examiner un nouvel instrument pré- sente par M. Mongi , capitaine d'artillerie. — Du 25. — M. Geoffroy-Sain t-Hilaire lit un mémoire intitulé : De l'existence de tout un appareil dentaire chez les oiseaux , et nommé- ment de la forme et de l'arrangement des dents chez les perroquets. — M. Girard lit un mémoire sur les canaux de navigation, sous le rap- port de la chute et de la distribution de leurs écluses. — M. Féburier réclame contre des assertions contenues dans le dernier mémoire de M, Dupetithouars; sa lettre est renvoyée à la section de botanique. — M. Pelletan fils présente à l'académie un œil de baleine qui lui a été adressé par M. Ransone , chirurgien de Manchester, et oii se voient les muscles particuliers qui ont été observés dans cet œil par l'anatomiste anglais. M — t. Académie française. — Séance du o juillet. — M. Lémontey lit des notices sur le cardinal de Retz et sur madame de Longuei.-ille. M, le duc de Levis, trois actes de sa tragédie de la Mort iV Henri IT^, composée en 1812. — Séance publique du 28 juin 1821 , pour la réception de M. ViLLEMAIN. On a entendu successivement le discours de réception de M. Vil- lemain; la réponse de M. Roger, directeur; un épisode du poème inédit de La Grèce sauuée , par feu M. de Fontanes {Eschjle au tombeau d'Homère). Tous les journaux ont rendu compte de cette séance remar- quable par l'afïluence extraordinaire qu'elle avait attirée, et par l'empressement qu'avaient mis à s'y rendre une brillante société et quelques grands personnages. On devait y parler de M. de Fontanes ^\x\ fut long-tems compté parmi eux , qui appartient sous plusieurs an ELiROP£. rapports à l'histoire contemporaine, et l'un des hommes qui, dans les diverses fortunes de la France , a le plus constamment conservé nn des premiers rangs dans l'état. Le jeune récipiendaire lui devait en grande partie ses succès, parce qu'il avait reçu de lui ses premiers encouragemens , et rien n'est plus propre à développer le talent que le sentiment d'une vive reconnaissance. M. Villemain a montré beaucoup de l'un et de l'autre ; mais celle-ci paraît l'avoir trop sé- duit, et nous sommes bien éloignés d'y trouver le motif d'un re- proche , quoique nous ne pensions pas que son éloge de M. de Fontanes en soit à beaucoup près l'histoire véritable; mais cet éloge restera toujours comme un nouveau titre de l'orateur à l'estime qu'on accorde au talent qui puise ses inspirations dans les plus hono- rables sentimens. M. Roger a encore parlé de M. de Fontanes, après M. Villemain ; il a raconté des anecdotes , sans avoir la prétention d'être ni historien, ni impartial, ni vraisemblablement de donner des préceptes à ceux qui veulent écrire l'histoire. Le fragment en vers, tiré du poème inédit de M. de Fontanes , a paru froid et d'un mé- diocre intérêt. Le sujet de la Grèce sauvée exciterait aujourd'hui plus d'enthousiasme , et déjà M. Viennet a commencé , dans une première épître aux monarques européens, à le traiter avec succès (vqy. ci-dessus, Tom. X, pag. 644). C. Académie des isscbiptioks et belles-lettres. — M. Chanipollion le jeune a présenté à cette académie une partie de son travail sur les écritures égyptiennes , destiné à faire suite aux deux premiers vo- lumes, déjà publiés , de son ouvrage qui a pour titre : l'Egypte sous les fharaons , etc. , ou Recherches sur la géographie , la religion , la langue , les caractères et V histoire de l' -Egypte , avant rinimsion de Camhyse ; 2 vol. in-8"> , chez Debure , libraire. Cette partie est re- lative aux manuscrits égyptiens tracés en écriture hiératique. Pour faire connaître à nos lecteurs en quoi consiste l'importante décou- verte exposée dans ce travail , nous allons extraire de l'explication des planches , présentée à l'académie , le passage suivant qui en con- tient l'énoncé. « Les manuscrits égyptiens, qu'un heureux hasard a fait retrouver dans les hypogées de Thèbes et de Memphis, sont écrits sur toile ou sur papyrus, soit avec le roseau , soit avec le pinceau. Ces volumes, d'une antiquité bien plus reculée que ceux d'Hercuîanum et que tous les manuscrits connus, sont de deux espèces. • EUROPE. 5J5 . Les uns , et les plus rares , sont couverts de signes offrant dt-s images plus ou moins exactes d'objets naturels : des quadrupèdes des oiseaux, l'homme et ses parties diverses y paraissent groupés avec des objets d'art ou des figures géométriques. Ces signes furent appelés hiéroglyphes , et l'espèce d'écriture dont ils sont les élémens constitutifs porta, chez les anciens, le nom d'écriture hiéroglyphique. Les modernes ont généralement adopté ces dénominations. Les signes hiéroglyphiques étaient disposés en colonnes perpendiculaires du haut en bas de la page , ou en lignes horizontales de gauche à droite , et plus souvent encore de droite à gauche. . • Les signes de la seconde espèce de manuscrits égyptiens affectent au contraire une disposition constante ; ils sont tracés de droite à gauche , en lignes toujours horizontales. Ces signes consistent en traits variés, enlacés les uns dans les autres, d'un aspect bizarre et formés de lignes droites ou de courbes. • « Ces manuscrits ont de bonne heure attiré l'attention des savans, Rigord, Montfaucon, le comte de Caylus , l'abbé Barthélémy, Zoega, M, de Humboldt et les membres de la commission d'igypte, ayant reconnu que l'écriture de ces rouleaux différait essentiellement de V hiéroglyphique, la considérèrent, les uns comme étant l'écri- ture égyptienne hiératique, les autres comme l'écriture épistolcrra- phique ou populaire, mentionnées par les auteurs grecs ; mais tous s'accordent sur ce point important , que l'écrilure de ces manuscrits égyptiens est alphabétique, c'est-à-dire qu'elle se compose de signes destinés à rappeler les sons de la langue parlée. > • Une longue étude , et surtout une comparaison attentive des textes hiéroglyphiques avec ceux de la seconde espèce regardés comme alphabétiques, nous ont conduits à une conclusion contraire.» « Il résulte en effet de nos rapprochemens : 1° Que l'écriture des manuscrits égyptiens de la seconde espèce jiest point alphabétique ^ 2° Que ce second système n'est qu'une simple modification du système hiéroglyphique et n'en diffère uniquement que p'ar la forme des signes; S» Que cette seconde espèce d'écriture est l'hiératique des auteurs grecs et doit être regardée comme une tachygraphie hiérogly- phique-, 4° Enfin, que les caractères hiératiques sont des signes de choses. et non des signes de sons. » TOMB XI. J5 226 EUROPE. Comme complément de ce travail sur l'écriture hiéraùque , M. Champollion le jeune a cherché les signes numériques de celte espèce d'écriture. Ce n'est pas sans quelque surprise qu'il a reconnu des cyffres ayant les mêmes formes que les chiffres hindoux et arabes, et devant avoir comme eux une valeur de position. On se rappelle d'ailleurs le travail de M. Jomard sur les chiffres hiérogly- phiques, inséré dans notre recueU. Son mémoire a jeté les premières lumières sur les signes numériques hiéroglyphiques, comme celu. de M. Champollion l'a fait sur les signes hiératiques. Nous reviendrons sur le travail de M. Champollion . lors qu'il aura reçu plus de publicité. iLasoc^éiédepAarmacze de Pari, a proposé pour premier pr.x : 10 De déterminer quelle est la manière d'agir du charbon dans la décoloration, et par conséquent quels sont les changemens qu'il éprouve dans sa composition pendant sa réaction ; \o De rechercher quelle est l'influence exercée dans cette même opération par les substances étrangères que le charbon peut contenir; 30 Enfin, de s'assurer si l'état physique du charbon animal n'est pas une des causes essentielles de son action plus marquée sur les substances colorantes. , ^ e Ce premier prix sera une médaille d'or de la valeur de 600 fr. Un deuxième prix , de la valeur de 5oo fr. , sera décerné à l'auteur da la meUleure analyse végétale. La Société désirerait que le sujet de l'analyse fût une substance médicamenteuse, ou au moms une substance très-employée dans les arts , afin qu'il résultât un avan- tage plus marqué de son examen. Le terme du concours est rigoureusement fixé au 1" avril .8^2. Les mémoires devront être adressés à M. Robiquet , secrétaire gé- néral de la Société , rue de la Monnaie , n» 9. msmrenaturelle.-Botanique.-W est arrivé de Chandernagor à Bordeaux, pour des maisons de commerce , une plante célèbre en Asie sous le nom de Chirayita, et envoyée sous celui AcClureita Ce végétal , d'après une notice de M. le docteur Virey ( Journal de pharmacie,mai 18a. ),paraît devoir entrerdans l'usage de la médecine française : son amertume est très-forte, sa vertu fébnfage très-re- nommée , et il peut être prescrit ♦■n Europe contre la goutte et l'inertie des organes digestifs. Il n'y a point encore de description EUROPE. 227 botanique complète de cette plante. M. P^irey , d'après des restes de ileurs et de fructincation adhérens aux échantillons qui lui ont été remis et d'après quelques détails de Roxburgh dans les transac- tions de la Société du Bengale ( Asiatic Researches, etc. Calcutta, i8io ) , la considère comme une Gentiane , et l'appelle Gentiana chirqyila. Agriculture.— Action des os employés comme engrais. — On sait généralement que les os peuvent servir d'engrais ; mais nous croyons que M. D'Arcet est le premier qui ait rendu compte de leur action dans ce cas. Voici l'extrait d'une note de cet habile chi- miste, publiée t. XVI, p. 36i des Annales de chimie et dephysique. « J'ai vu souvent un tas considérable d'os exposés à l'air , dans le voisinage d'une fabrique de soude factice, se couvrir, toutes les fois que les vapeurs acides étaient portées de son côté , d'un nuage blanc très-épais, formé de sels ammoniacaux en vapeurs ou suspendus dans l'air. Ayant souvent essayé des os soumis à l'influence de l'air, je les ai toujours trouvés légèrement alcalins, et donnant, avec l'pau dis- tillée , un eau de lavage contenant de la matière animale en disso- lution. J'ai exposé des os sur un pré pendant un an , ils étaient de- venus blancs ; toute la graisse qu'ils cootenaient s'était infiltrée de proche en proche , et avait été absorbée par le soi ou décomposée : ces os n'avaient perdu que 2 pour 100 de gélatine environ. « Je pense , d'après ce qui précède, que lorsqu'on emploie les os comme engrais , la graisse qu'ils contiennent, liquéfiée par la chaleur du soleil , est en partie absorbée par la terre ; que les os, ainsi dé- graissés mécaniquement, deviennent plus facilement attaquables par l'action combinée de l'air et de l'eau ; qu'alors les réactions chi- miques ont lieu ; qu'une partie de la graisse et de la gélatine conte- nues dans les os se convertit en ammoniaque ; que cette ammo- niaque saponifie une partie de la gélatine , la rend soluble dans l'eau de pluie, qui, entraînant cette espèce de savon, le répand sur la terre, où il agit comme engrais. Les mêmes causes ramènent les mêmes effets , tant qu'il reste de la graisse et de la gélatine dans les os. Mais cette action devient d'autant plus lente , qu'elle a lieu sur des os plus compacts, plus épais ou plus vieux : c'est parce que les os n'éprouvent ainsi qu'une décomposition presque insensible , et parce qu'ils contiennent , terme moyen , près de 4o pour 100 de matière animale , qu'ils forment un engrais si durable , et dont les 15* 2Î8 EUROPE. effets sont si sùrs tt si constans. C'est probablement ainsi qu'agis- sent une foule d'autres engrais ,tels que la corne, les poils , les vieux cuirs , les débris d'animaux , etc. J'ai mis , il y a huit mois , au pied d'un oranger, 200 grammes de corne en petits morceaux ; je suivrai d'année en année l'altération de cette substance animale , et je verrai de cette manière si mon idée est juste ou s'il faut la rectifier, » Économie. — Marasquin mahaleh. — On n'avait pas encore tiré parti du fruit de l'arbre de Sainte-Lucie ( Prunus mahaleb , Lin. ) M. Cadet de Vaux a reconnu qu'elle fermente et qu'elle four- nit par la distillation un alcohol prussique ; mais la mettant d'abord infuser dans reau-de-vie,on obtient par la distillation au bain-marie, une liqueur qui, sucrée convenablement , est comparable au meil- leur marasquin d'Italie. Il est nécessaire d'écraser les fruits et leurs noyaux avant de les mettre infuser dans l'eau-de-vie. Il faut aussi ramener la liqueur à 21 degrés avant de la sucrer ; on ajoute alors 367 grammes ( 1 a onces ) de sucre par litre. Géographie. — Cartes en relief. — Réclamalion. — « Il est fait men- tion (^Tom. IX, p. 585 de la Revue) , des cartes géographiques exé- cutées en relief et présentées au roi de Prusse, par un artiste prus- sien. L'intérêt que prend la Revue à tout ce qui peut con- tribuer à la gloire des Français, comme à la propagation des con- naissances utiles , me fait un devoir de revendiquer, au nom d'un de nos concitoyens, l'honneur de la priorité dans l'exécution d'une semblable entreprise ; priorité qui , d'après le contexte de l'article , semblerait appartenir à l'artiste étranger. » M. P. Lartigue , ingénieur hydrographe de la marine , s'est adonné depuis très-long-tems à ce genre de travail , et l'on peut dire qu'i) est parvenu à atteindre toute la perfection désirable. Dès l'année 1777, M. Lartigue avait eu l'honneur de présenter à Louis XVI un globe exécuté en relief, du diamètre de dix- huit pouces. Sur ce globe , les grandes chaînes de montagnes sont parfaitement indiquées, et le cours des fleuves très-bien suivi. Louis XVI , juste appréciateur des sciences géographiques , comme l'annonce d'ailleurs assez les belles instructions données et écrites de sa propre main à M. de la Peyrouse, daigna faire transmettre à l'auteur, par AI. de Sartines, alors ministre de la marine, les paroles les plus obligeantes et les plus Qattcuseï , en l'assurant désormais de sa bienveillante protection. EUROPE. 229 Depuis 1780, M. Lartigue eut le courage d'exécuter, d'abord en cire , puis en plâtre et à l'échelle de dix-huit lignes au degré, une carte de France en relief, avec tous ses détails. Chaque bassin de rivières y est bien distinct ; les montagnes, formant des chaînes con- tinues ou des pics séparés, y sont tracées avec une précision rigou- reuse , elles «'élèvent ou s'abaissent graduellement suivant leur hauteur naturelle ; c'est ainsi que sont figurées les Alpes, où l'on aperçoit les diverses sommités du Mont-Blanc et des autres parties de la chaîne, les Pyrénées, les Cévennes, les Vosges et les mon- tagnes-de la Forêt - Noire , avec toutes leurs ramifications. Les hau- teurs sous-marines elles-mêmes , le long des eûtes de France , ne sont pas marquées avec moins de soin. De semblables et de si péni- bles travaux méritaient assurément d'attirer l'attention du gou- vernement. Aussi, à l'exposition publique de 1806, M. Lartigue éprouva-t-il une satisfaction bien douce ; le jury d'exposition lui décerna à l'unanimité une médaille d'or. A peu près vers le même tems, on faisait à l'académie des sciences un rapport extrêmement favorable sur ces travaux. Les objets exposés au musJe, à cette époque, étaient: i» Un tableau du Golfe du Mexique, exécuté en relief, à l'échelle d'un pouce environ au degré (ce tableau est ren- fermé dans un cadre de deux pieds dix pouces de large sur un pied onze pouces de haut); 2.» un tableau de Varchipel de la Médiiei- ranée, à l'échelle d'environ deux pouces au degré (renfermé dans ua cadre d'un demi-pied de largeur, et de deux pieds de haut); 3» un tableau de V Europe, également en relief, sur le diamètre d'un globe de dix huit pouces; 4° enfin , un tableau coulé en étain à'nne jjarti^ du Golfe du Mexique, depuis la baie de Honduras jusqu'à l'isthme de Panama , sur la même échelle que le grand tableau du Golfe du 3Iexique. L'auteur s'est livré à d'autres travaux du même genre , qui n'ont point encore été vus du public. De belles cartes (toujours en relief) représentent V Amérique septentrionale , l'Italie et la mer Méditerranée- i cette dernière surtout est d'une assez grande dimen- sion. Voulant éviter les inconvéniens qui résultent de l'emploi du plâtre, il a cherché à y suppléer par l'usage du carton; il a fait ea ce genre quelques essais. A tous les suffrages honorables déjà cités, je dois ajouter celui du Roi , à qui tous ces objets furent présentés en i8i4» et qui applaudit au zèle et à la persévérance de M. Lar- tigue. C'est là assurément pour lui une bien douce rétompens* 230 EUROPE. des peines qu'il s'est données et des soins qu'il a pris pour faire des découvertes , dont il lui serait bien pénible de voir l'honneur acquis à un étranger. Son regret est de n'avoir pu trouver de moyens assez peu dispendieux pour rendre , à l'aide de son procédé , l'étude de la géographie et plus facile et plus commune. Alex. B. du B. Institution de M. Morin. — Enseignement du latin par la méthode de M. J. J- Ordinaire. En annonçant ( t. X. p. aSô ) que plusieurs institutions de Paris venaient d'adopter , pour l'enseignement du latin , la méthode de M. J. J. Obdinaike , recteur de l'académie de Besançon , nous nous sommes engagés à faire connaître leurs travaux et leurs succès. Nous avons assisté aux exercices qui ont eu lieu , le jeudi 19 juillet , dans le bel établissement de M. Morin, rue Louis-le-Grand , le seul où M. Ordinaire dirige lui-même l'application de sa méthode. Voici les résultats qui avaient été obtenus à cette époque : La classe de M. Mo- rin a été ouverte au commencement du mois de juin dernier. Dans le courant de la première semaine , quatre groupes , composés chacun de sept ou huit élèves , se sont formés successivement et ont été exercés par les procédés de la nouvelle méthode. Ainsi , le piemier groupe , c'est-à-dire celui des élèves les plus avancés , n'existait , le 19 juillet, que depuis six semaines, desquelles on doit retrancher les dimanches et fêtes , ce qui réduit à trente-cinq le nom- bre des jours consacrés au travail. Dans ce court espace de tems, les enfans du premier cercle , qui avant ne savaient pas un mot de latin, ont appris : i" les vingt-six'tableaux des déclinaisons latines ré- gulières et irrégulières , de manière à en reproduire imperturbable- ment les cas isolés ou réunis , dans quelque ordre qu'on les leur de- mande ; 2" les signiGcations d'un millier de substantifs latins , c'est- à dire de tous ceux qui se trouvent dans le texte de VEpitome his- toriée sacrœ. Ils reproduisaient non seulement la signification fran- çaise qui se rapporte à chacun de ces mots , mais encore le mot latin lui-même sur chacune des significations françaises, en ajou- tant à chacun des mille radicaux latins la désinence caractéristique dans l'un des deux nombres du cas régulier ou irrégulier , qui leur était arbitrairement désigné. 5° Ces enfans connaissaient de la même manière plus de deux cents adjectifs latins, desquels ils retranchaient la désinence adjcctiue pour y substituer à volonté la terminaison suèslaniipe , lorsque ces adjectifs étaient formés d'un substantif, ou EUROPE. 2S1 te terminaison adverbiale , lorsque ces attributifs étaient suscep- tibles de la recevoir. Les enfans des cercles inférieurs suivaient de près ceux du groupe dont nous venons de faire connaître les travaux. Tous répondaient avec facilité aux questions qu'on leur adressait sur le radical et la désinence , sur la formation des cas , sur les genres et les nombres , sur la valeur de l'accentuation latine , sur l'orthographe des deux langues , etc. etc. Nous avons remarqué, parmi ces élèves, cette émulation et ce contentement que l'ancienne méthode avait fait regarder comme incompatibles avec l'étude des langues mortes. L'ardeur de ces en - fans est telle , qu'on est obligé de la modérer ; et il est hors de doute qu'après quatre mois de travail , ils seront en état d'ex- pliquer VEpitome historiée sacrœ , résultat auquel M. Ordinaire ne croyait arriver qu'en huit mois. Il n'est pas un père de famille , pas un membre de l'université qui , après avoir assisté aux exercices de cette école, n'ait joint ses vifs remercîmens à ceux que la Société pour l'instruction élémentaire a votés unanimement, dans sa dernière séance publique, au respectable recteur de Besançon. Nous devons nous féliciter d'avoir donné les premiers une analyse de son excellente Méthode pour l'enseignement des langues ( T. VIII, p. 554) (0. «» «"^tout de voiries succès qu'elle obtient aujourd'hui surpasser encore ceux que nous avions prédits. Commerce. — Maison de banque de consignations commer- ciales. — L'industrie et le commerce français demandaient une institution qui eût pour objet principal de faciliter et d'accélérer l'exécution des conceptions utiles, les spéculations , les échanges, notamment des matières premières ; enfin, de modérer les intérêts et les frais des avances sur consignation. M. Pincepré, après vingt ans de travaux honorables chez MM. Lafitte et compagnie , et chez le chef primitif de cette respectable maison, vient 4e fonder cette institution en société en commandite , sur un fonds capital de 4 millions , se composant de 4,ooo actions , sous le titre de Maison de banque de consignations commerciales, et sous la raison Pince- pré et compagnie , à Paris , rue du Faubourg-Saint-Martin , n» Sg , et à la ViUette, Grande-Rue , n° loo; le prospectus et les statuts de cette Société nous ont été adressés. En voici un extrait : (0 Paris. Colas , imprimeui-librairc , rue Dauphine 2iZ EUROPE. « Ouvrir un entrepôt général de marchandises , les affectera une râleur invariable par leur estimation que garantit un expert respon- sable , mettre cette valeur en circulation sous la forme d'effets de commerce ; tel est le mode aussi simple que neuf qui réalisera le ▼œu formé pour la création de ce "^rand établissement , en mon- noyant , pour ainsi dire , les produits industriels et les marchandises. Par cette centralisation et cette combinaison , le manufacturier et le commerçant obtiendront sur-le-champ , de cette maison , le crédit le plus élevé, le plus disponible qu'ils puissent retirer par la voie de consignation ; des occasions de ventes particulières ou périodi- ques qui se succéderont avec rapidité ; de l'économie et de la mo- dération dans les intérêts, et l'invariabilité des frais. Le consigna- teur ne sera plus intempestivement dépossédé de sa marchandise ; les chances d'une vente opportune ne lui seront point ravies ; il n'aura plus à redouter de stagnation d'écoulement , ni d'incertitude sur les renouvellemens d'échéances , la compagnie pouvant les lui accorder indéfiniment. Avec le moyen de conversion de la marchan- dise en une valeur de change qui la frappe d'un privilège spécial , ( art. 93 du Code de commerce), le négociant peut multiplier ses opérations lointaines ou sur place ; le manufacturier, ses fabrications bien avant l'époque des saisons ; tous , des escomptes facilement réalisables, non seulement à la Banque de France { dépositaire d'un million que lui versera , dans cette vue, la Maison de banque com- merciale) , mais encore en tous lieux, parce que cette valeur est le signe représentatif d'un objet inaltérable , son estimation garantie , et que l'assurance faite contre l'incendie aux frais de la Société , le transforme en une sorte de lingot. » Ce nouvel établissement compte déjà au nombre de ses action- naires, des capitalistes, des banquiers et des négocians expéri- mentés ; il paraît susceptible d'un grand développement , et doit fixer l'attention du monde commercial , par l'essor qu'il peut don- ner à ses combinaisons , et par les heureux résultats qu'on doit attendre de la loyauté et de la sagesse des opérations de son chef, élève de l'une des plus respectables maisons de l'Europe. L'Histoire du droit romain, suiuie de l Histoire de Cuj as ^ par M. Beniat Saint-Prix , annoncée dans notre T. X, pag. 419 , va être traduite en allemand. C'est une puissante et honorable recommanda- tion en faveur de cet ouvrage. EUROPE. 253 Bibliolhèque du Roi,- On trouve dans notre cahier de juin (T. X, p. 65o ) une annonce relative à la magnifique édition de la version italienne de V Enéide d'Annibal Caro , exécutée à Rome , aux frais de madame la duchesse de Devonshire. Nous apprenons aujourd'hui que cette duchesse a fait présent d'un exemplaire de ce bel ouvrage à la Bibliothèque du Roi à Paris. Publications «oovelles. — Histoire naturelle. — On s'occupe en ce moment de la publication d'un Dictionnaire classique d'histoire naturelle. La rédaction de cet important ouvrage est confiée à MM. Victor Audoin , Adolphe Brogniart , Edwarts, d'Audebard , de Ferussac, Drapiez, Léon Dufour, Flourens, Jussieu fils , Kunth , Lamouroux , Thiébaud de Berneaud , Lucas , Achille Richard , Serre et Borry de Saint Vincent. — MM. deHumboldt , Arago , de Lacépède, de Can- dole , Geoffroy de Saint-Hilaire , Latreille et Beudant ont bien voulu se charger de la rédaction d'articles généraux. M. Borry de Saint Vincent est chargé de la direction de l'entre- prise. L'ouvrage sera composé de dix volumes in-S" : 7 fr. le vol. pour les souscripteurs; 8 fr. pour les non-souscripteurs. La souscription sera fermée le premier novembre , jour de la mise en vente du pre- mier volume ; tous les deux mois , il paraîtra exactement un nouveau tome. L'atlas, joint au texte , sera composé de 100 planches qui paraî- tront en lolivraisons. Prix: 3 fr. Soc. chaque. On souscrit chez Rey et Gravier, libraires éditeurs, quai des Au- gustins , n" 55 ; Baudouin frères , libraires , rue de Vaugirard , n" 56 : Corréard , libraire , au Palais-Royal. — Projet d'un Dictionnaire des sciences morales et politiques. — Une partie des rédacteurs de la Reu-ue encyclopédique, auxquels sont convenus de s'associer d'autres collaborateurs, également recomman- dables par leurs connaissances, leurs talens et leur caractère, vont préparer de concert un ouvrage qui pourra devenir classique , et qui parait devoir satisfaire à l'un des besoins de notre époque. C'est un Dictionnaire historique et raisonné des sciences morales etpolitiques, qui sera un répertoire et un dépôt des faits les plus importans , rela- tifs & ces sciences qui exercent une si puissante influence sur le bien- être de» particuliers et sur la propriété des états. Le plan , à la fois 23A EUROPE. simple, vaste cl uiélhodique de ce Dictionnaire , doit comprendre cinq grandes divisions : I. Idéologie et Physiologie intellectuelle, étude de l'homme phy- sique et de riionnue moral , auquel se rapportent les sciences et les institutions sociales. 11 faut étahlir sa base, rechercher de bonne foi la nature et les besoins de l'homme , d'où l'on déduit la nécessité de la morale , des sciences et des institutions qui en découlent. II. Éducation, morale religieuse , et philosophie rationnelle. — Après avoir examiné et apprécié la nature et les besoins de l'homme individu et de l'espèce humaine, on doit traiter de l'éducation ou de la culture et du développement des facultés humaines dans l'individu et dans l'espèce ; puis , de la morale appuyée sur la religion et sur la philosophie , ou de la connaissance des devoirs qui règlent nos actions. III. Législation et politique générale. — Nous avons appris à con- naître l'homme par 1'/ JéoZojq-fe combinée avec Isl physiologie ; puisa l'élever , à le former et à le perfectionner, par l'éducation, la religion et lamorale; nous sommes naturellement conduits à la législation et à la politique générale , ou à la science des commandemens humains, des droits et des devoirs , appliques aux divers états de l'homme en société. IV. Economie politique , statistique et administration publique.— Les sociétés humaines sont instituées. ïu'économie publique doit nous révéler les secrets de leur puissance, de leur force et de leur prospé- rité , ou nous expliquer la nature et les causes de la richesse des na- tions , les lois de la production , de la répartition , de la circulation et de la consommation des richesses. V. Géographie cifile et politique , et Histoire. — Enfin, quand nous avons étudié l'origine , les causes et les progrès de la civilisation, qui a son premier germe dans la nature perfectible de l'homme, et ses trois principaux moyens dans Véducaiion , aidée de la religion et de la morale; dans la légitlation et àaas Y économie publique, nous arrivons à la géographie , à la chronologie etàl'/iis/oire, quinous donnent la triple connaissance des lieux, des tems et des faits, con- sidérés par rapport à la morale et .i la politique : nous rapprochons et nous comparons les différens jieuples, aux différentes époques de leur existence , pour nous rendre compte du point d'où ils sont partis, ELllOPE. 23S de celui où ils sont arrivés , des traits caractéristiques qui distin- guent leur état social actuel , et pour indiquer peut-être le point plus avancé où l'on est fondé à présumer qu'ils pourront atteindre... Ce n'est point ici un ouvrage systématique, ni un recueil destiné à faire prévaloir telle ou telle doctrine. C'est un dépôt de faits ; c'est un inventaire des sciences qui intéressent le plus l'homme en société; c'est un monument consacré , comme le veut Bacon , à la dignité et à l'utilité de l'homme et de l'espèce humaine. Beaucoup d'hommes de mérite qui n'ont pas le loisir de faire de longs ouvrages, mais qui pos- sèdent à fond un sujet sur lequel ils ont concentré leur attention , ont bien voulu promettre d'enrichir ce Dictionnaire, en y déposant les résultats de leurs méditations et de leur expérience. — Le pros- pectus de cet important ouvrage , qui comprendra lés noms de ses principaux rédacteurs, devant (*tre publié dans le courant du mois prochain, nous nous empresserons de le communiquer à nos lecteurs, M. A. J. — Biographie Dauphinoise. — De toutes nos anciennes provinces, le Dauphiné est , sans contredit , une de celles qui ont produit le plus de magistrats recommandables, de guerriers illustres , d'ingé- nieux et de savans écrivains , de jurisconsultes profonds ; la patrie des Lesdiguières, des Bajard, des Condorcel, des Mablj', des Seruan , offre de précieux souvenirs aux amis des lettres et de la vertu , et aux admirateurs de la gloire des armes. Nous pensons qu'on doit accueillir avec bienveillance l'ouvrage dont nous annonçons la très- prochaine publication , et qui se composera de notices historiques sur les hommes les plus remarquables par leurs vertus, leurs ta- lens, leur courage ou leur industrie , qui sont nés ou qui ont figuré dans le Dauphiné , depuis sa réunion à la France jusqu'en 1821. Cette Biographie formera un volume d'environ quatre cents pages in-8" , sur beau papier vélin , et avec des caractères sortis des ma- trices de Firmin Didot. Il sera accompagné de dix portraits dessinés par M. Jacquemain, et lithographies chez M. Marc-Aurel, éditeur de cet ouvrage , et chez lequel on souscrit , à Valence. Prix , 6 fr. M. Eymery, libraire , à Paris , est aussi chargé de recevoir des sous- criptions jusqu'au 5o août prochain. — Philologie. — Nouveau dictionnaire général commun à toutes les langues. — L'auteur des Observations sur les inconuéniens du. système actuel d'instruction publique en Europe et surtout en France , et sur les mojens d'y remédier (brochure dont nous avons ÎS6 EUROPE. rendu compte dans notre cahier d'avril, Toni. X, pag. 124), dési- rant faciliter les moyens de mettre en pratique le nouveau mode d'instruction qu'il propose dans la troisième partie de son ouvrage , a conçu le plan d'un nouveau dictionnaire général commun à toutes les langues, à l'aide duquel il serait facile d'apprendre avec méthode et eu très-peu de tems les langues des peuples civilisés. Voici les principes sur lesquels M. Pottier base son ouvrage , qui doit paraître sous ce titre : Hssai sur les principes généraux de la philosophie du langage, ou Analyse raisonnée de la marche pro- bable de l'esprit humain dans la formation de la ualeur des signes, cuivrage pouvant seruir de tjype à la rédaction des dictionnaires des différentes langues. Les langues, considérées dans la valeur des mots^ ne présentent qu'une réunion de signes destinés à exprimer des idées. Les idées sont ou directes ou réfléchies. Les idées directes sont le résultat des impressions que les objets extérieurs produisent sur les sens. Les idéîs réfléchies sont l'aperçu des divers rapports , sous lesquels l'es- prit peut considérer les idées directes ou les objets qui les occa- sionnent. Les objets extérieurs , principe des idées directes , sont nécessairement limités quant à leur nombre ; et dans l'état actuel de la civilisation , où , par des échanges et des communications conti- nuelles , les productions propres à un pays ont été transportées et souvent même naturalisées dans tous les autres, ces objets sont, à très-peu de chose près , les mêmes chez tous les autres peuples. Quoique les difTérens rapports sous lesquels on peut considérer les objets soient infiniment plus nombreux que les objets eux-mêmes , cependant le nombre de ces rapports est lui-même restreint dans de certaines bornes; et, grâce au bienfait de l'imprimerie, les réflexions de tous les hommes susceptibles de penser, confiées à ce véhicule , ont été transmises chez tous les peuples civilisés et sont devenues en quelque sorte un domaine commun. Dans cet état de choses, l'on est autorisé à dire que la somme des idées directes et desidées réfléchies, qui, dans les différentes langues, sont exprimées par des signes divers, est, sous un petit nombre d'exceptions, absolument la même chez tous les peuples parvenus aa même degré de civilisation et de connaissances. D'un autre côté, l'esprit humain , dont jusqu'à préseat l'on n'a peut-être pas observé avec assez d'attention la marche dans la formation du langage, pro- cède avec une régularité et une méthode qui ont déjà été reconnue» EUROPE. 237 par un petit nombre de bons esprits, et ses moyens dans tous ses procédés sont l'analyse et la synthèse. Quoique la marche de l'esppït humain, fondée sur l'analyse et la synthèse, soit absolument la même dans toutes les langues , les points de départ ou les idées-mères ne sont pas les m?mes pour toutes; et peut-être, lorsque cette nouvelle méthode d^envisager les valeurs des signes sera devenue plus fami- lière, sera-t-il possible de classer les langues par systèmes. M. Pottier se propose de développer ces idées dans les observations préli- minaires du traité général des prépositions. D'après ces faits , toutes les idées sont susceptibles d'être réparties par familles distinctes, dans lesquelles une idée-mère donne nais- sance à un nombre plus ou moins grand d'idées spéciales et secon- daires. M. Pottier a essayé de former un tableau pour chaque famille; et ce tableau, rédigé sur les meilleurs dictionnaires des principales langues , a pour but de donner la valeur de tous les signes qui, dans les différentes langues d'un même système, servent à exprimer les idées appartenant à une famille. Chaque valeur, déterminée par les faits et par le raisonnement, est distinguée par un signe destiné à Paccompagner dans le dictionnaire particulier à chaque langue et à faciliter le recours au dictionnaire général. Avant de publier la totalité de son travail, M. Pottier a cru devoir en soumettre un essai au public. Les prépositions sont sans contredit, de toutes les parties du discours, la plus abstraite, la plus difficile , la plus inconnue jusqu'ici, et peut-être cependant la plus importante. Le Traité général des prépositions pour les langues qui rassortent du système de la langue latine doit paraître dans le courant d'oc- tobre prochain ; les valeurs propres à chaque idée-mère seront expliquées et développées par des figures de géométrie. L'auteur doit y joindre le Dictionnaire particulier des prépositions de la langue latine et de la langue française. Il espère pouvoir en rédiger un semblable pour les langue» anglaise , italienne et espagnole. La langue grecque et la langue allemande forment, du moins pour les prépositions, un système tout différent de celui de la langue latine. Il se propose de donner successivement les autres parties du discours. Si le travail de M. Pottier répond aux idées qu'il fait concevoir, l'on ne peut nier que son dictionnaire général ne rende un service émi- nemment important aux lettres et à l'instruction publique. Beaux-arts, — Gravure.— Vl, H. Ch. Muller s'occupe en ce 238 EUROPE. moment de graver le portrait de l'en M. Camille Jordan , membre de la chambre des députés, d'après un tableau très-ressemblant peint par mademoiselle Godefroi , sous les yeux de M. Gi- rard. Cette gravure, exécutée au burin, sera d'une dimen- sion de 7 pouces et demi sur 6. Prix, pour les souscripteurs , lo fr. et 20 fr. avant la lettre. La souscription sera fermée le 3o août prochain; passé ce terme, le prix sera porté à 12 fr. et 24 fr. avant la lettre. — Cette gravure paraîtra dans le courant du mois d'octobre prochain. On souscrit chez l'auteur, cloître Saint-Benoît , n» 1 , au coin de la rue des Mathurins ; Benard , marchand d'estampes, boulevart des Italiens; Delaunay, libraire, Palais-Royal; Eymery, éditeur des œuvres de Camille Jordan, rue Mazarine ; et chez Treuttel et W'ijrtz, rue de Bourbon, n» 17. THÉATaEs.— Théâtre-Français.— La Mère riuale, comédie en trois actes et en vers , par M. Casimir Bonjour ( 4 juillet). — Cette pièce a obtenu , à la première représentation, un succès qui paraît devoir se soutenir. C'est à tort qu'on a reproché à l'auteur d'avoir mis sur la scène un caractère dénué de vérité. Il ne serait malheureusement pas impossible de trouver une mère qui , tenant sa fille dans une espèce d'exil perpétuel , ne l'a vue que le jour de sa naissance et le jour de son mariage. L'auteur a réussi à rendre la comtesse Dorval moins odieuse , en fondant sur des apparences très-fortes l'erreur qui lui fait voir une rivale dans sa fille : son amour qu'elle croit trahi lui fait prendre en haine celle que sa coquetterie lui avait rendue indifférente. Ce n'est pas par l'invention que M. Bonjour nous semble mériter les éloges qui lui ont été donnés avec justice. Le caractère de cette femme, qui est à la fois dame de charité et mauvaise mère, offre un mélange fait avec esprit , des caractères de la Mère jalouse de Barthe , et de l'hypocrite des Deux gendres. Le chevalier Belcour est plus original : c'est un philosophe de salon , qui rit de tout , et qui prouve son amitié par des épigrammes. Cependant il nous pa- raît manquer de vérité , lorsque , voulant marier Sophie à son ami Germon , il flétrit en quelque sorte dans l'opinion publique la com- tesse qu'il doit épouser , en faisant connaître la coupable inimitié que celle-ci nourrit contre sa fille. La pièce est sagement conduite ; mais on y trouve peu de situations comiques. Nous louerons avec moins de restrictions le style qui, selon nous, fait le principal mé- EUROPE. 239 rite de la nouvelle comédie , et que nous trouvons , à quelques vers près , élégant sans recherche, et spirituel sans alTectation. Ce coup d'essai d'un jeune homme est fait pour donner de grandes espé- rances. — Opéra-Comique. — Emma, ou la Promesse imprudente, opéra en trois actes, paroles de M. Planard, musique de M. AuberCj juillet\ — Raymond, riche cultivateur des environs de Vienne, a deux fils : l'aîné habite la ferme avec son père; l'ambition a décidé Edmond le plus jeune à entrer au service. Comme il aime à briller, il joue et perd l'argent avec lequel il devait, suivant l'usage allemand, acheter une compagnie. N'osant avouer sa faute à son père, il est à Vienne depuis un mois , sans pouvoir se décider à retourner à la ferme. Dans ce moment critique , madame Palmer , riche veuve , qui vient de se brouiller avec un baron allemand, dont elle recevait les hommages, offre sa main à Edmond. La vanité et le besoin d'ar- gent font oublier un moment à celui-ci qu'il doit épouser Emma , jeune orpheline recueillie par Raymond , et l'engagent à signer une promesse de mariage , que la prudente veuve exige de lui. Il se dé- cide pourtant à se présenter chez son père , et arrive au moment où l'on va marier son frère avec la sœur d'Emma. Raymond veut célé- brer en même tems la noce de son second fi)s; celui-ci se trouve alors forcé de lui avouer ses torts. Sur ces entrefaites, madame Pal- mer arrive suivie du baron , qui provoque secrètement en duel le jeune oQlcier. Edmond a retrouvé toute sa passion pour la jeune amie de son enfance; mais il craint, en l'épousant, de céder aux menaces du baron , et va se battre. Emma , ignorant le courroux de son père adoptif , prend pour sa confidente madame Palmer, qui , revenue à de plus tendres sentimens pour le baron blessé par son rival , charge la jeune orpheline de remettre à Edmond la promesse de mariage. Tel est le sujet de l'opéra nouveau. M. Planard a fait de nombreux emprunts à Sédaine ; mais il a choisi avec goût , et sa pièce , disposée avec adresse , offre des scènes intéressantes et d'a- gréables détails. La musique , qui nous a paru gracieuse et char- mante, a beaucoup contribué au succès. Néghologie. — Vanloo. — Carie Vanloo , dont tous les amateurs connaissent les tableaux de neige, est mort, au commencement de juillet, à l'âge de soixante-dix-neuf ans , après avoir parcouru avec honneur sa longue carrièie. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS LE TRENTE-UNIÈME CAHIER, JUILLET 1821. I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES. j. Notice sur les chèvres de race thibJtaine. pag. 5 3. Biographie de Schakespeare. /. A- Buchon. i5 3. Notice sur les sculptures du Parthenon. P. A, 29 IL ANALYSES D'OUVRAGÉS. 4. Traité complet de mécanique appliquée aux arts , par M. Borgnis. Le Normand. 4» 5. Observations sur plusieurs points iniportans de notre légis- lation criminelle , par M. Dupin , avocat. Lanjuinais. 60 6. Premier et second rapports de la société formée à New- Yorck , pour prévenir la pauvreté. — Lafon de Ladéhat. 68 -. Histoire d'Italie, ancienne et moderne, par M. Bossi. F. SalJÎ. 76 8. Histoire de l'Assemblée constituante , par Lacretelle. A. Mahul. 89 9. Histoire de la vie et des ouvrages de J.-J. Rousseau , par M. de Musset, JDepping. lo» 10. Même ouvrage. {Autre article.) Léon Thiessi. m III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. Annonces de 1 1 1 ouvrages , français et étrangers. 1 27 IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. Amérique. — États-Unis. — Philadelphie. 197 AsiB. — Indes Orientales. — Chine. — Calcutta. — Ile de Ceylan. Perse. — Turquie asiatique. — Iles Philippines. aoi Afhiqde. — Sierra-Leone. 20a Edeope.— Grande-Bretagne. — Russie. — Suède. — Danemarck. — Allemagne. — Italie. — Espagne.— Pays-Bas — France. — Paris. ao4 REVUE ENCYCLOPEDIQUE, ou ANALYSES ET ANNONCES RAISONNÉES Des productions les plus remarquables dans la Littérature , les Sciences et les Arts. »V\VV\ViV\\»*VVVV**VVV^WV\VWWVVV4VfcV.«V-H»/W\1W,»^XVWV«V»»M\lW\VV\» f. MÉMOIRES, NOTICES, LETTRES ET MÉLANGES. OBSERVATIONS Sur les Revues scientifiques et littéraires , anglaises. NoTJs sommes heureusement arrivés à une époque où tout ce qui peut éclairer la marche de l'esprit humain et favoriser les progrès, de la civilisation est recherché avec avidité. Comme les journaux scientifiques, philosophiques et littéraires sont particulièrement destinés à donner une meilleure direction et une impulsion plus rapide aux travaux utiles dans tous les genres, il importe d'examiner si les principaux ouvrages périodiques , qui ont cette noble destination, la remplissent avec un soin religieux, et si, en étalant, aux yeux de l'Europe savante, les richesses littéraires des contrées dont elle se compose , ils les appré- cient toujours à leur juste valeur. Tome xi. 33^ Cahier.— Septembre 1821. 29 A50 OBSERVATIONS 11 faut convenir d'abord qu'il n'est aucune de cesRei-'iies qui ne renferme, presque dans chaque cahier, des articles très-remarquables; les hommes curieux de connaître les progrès des lumières, dans les différentes parties du monde, ne sauraient lire ces recueils avec trop d'attention. Parmi ceux qu'on publie en Angleterre, VEdimhurgh Rei'ieiv, les Quarterly et British Heyiews , et la Literary Gazette, tiennent le premier rang. Le plan naturel de ces Remues est l'examen critique des ouvrages les plus intéressans qui paraissent chez les peuples civilisés, et qui méritent d'appeler l'attention, soit par le sujet qu'ils traitent, soit par les vues qu'ils pré- sentent, soit enfin parce qu'ils signalent des erreurs non encore aperçues , et des vérités que l'ignorance ou le pré- jugé avait jusqu'alors couvertes d'un voile. Souvent ce travail est confié, en Angleterre, à des hommes d'un talent si distingué , d'une érudition si profonde , que les extraits des ouvrages les moins susceptibles d'intérêt deviennent sous leur plume des dissertations judicieuses et ins- tructives. Toutefois, nous craignons que la plupart des lecteurs français , qui rechercheraient les Revues Britanniques sur la foi de leur réputation, ne soient surpris, peut-être même indignés , à'y trouver des censures à la fois amères et partiales, surtout contre les productions qui ne sont point anglaises. Une fausse direction, donnée à ce qu'ils, appellent mal à propos esprit national, les rend évidem- ment injustes. Cette disposition, qui dégénère souvent chez les Anglais en esprit de parti, intolérant et exclusif, obscurcit le jugement des hommes les plus éclairés, et_ leur fait envisager les objets sous le point de vue qui flatte leur passion. Un Anglais trouve que, dans sa patrie, tout est le mieux possible; il est intimement persuadé que la. SUR LES REVUES ANGLAISES. A51 nation anglaise est supérieure à toutes les autres nations non seulement sous le rapport du gouvernement, des lois, des institutions, des mœurs, du commerce et de la richesse, mais encore sous le rapport des sciences, des lettres et des arts. Cet amour de la patrie est un sentiment si noble, qu'on est fâché de voir sortir ^ d'une source aussi pure, des prétentions injustes et ridicules; mais il faut bien avouer que, lorsque le sentiment mal entendu de l'amour du pays nous rend assez injustes pour méconnaître ce qu'il y a de bon chez les étrangers, pour rabaisser leur mérite et leur gloire, et pour caresser un puéril orgueil, en nous donnant à nous-mêmes la palme que nous leur ôtons, il cesse d'être honorable, et parait devoir nous atti- rer plus de moquerie que d'admiration. Ceux qui accordent le plus d'estime aux savantes Rei-niefi dont nous parlons , sont particulièrement choqués d'y trouver aussi souvent des diatribes injurieuses contre les Français, et ils ne savent à quoi attribuer tant d'injustice et d'acrimonie. Serait-ce une suite de cette ancienne rivalité de force, de richesse, de bravoure, de civilisation et d'industrie entre les deux peuples ? Nou's ne pouvons le croire. Des sentimens de jalousie ne peuvent exister sans motifs, et les auteurs des articles injurieux que nous avons en vue nous assurent qu'ils ne trouvent absolument rien en France qu'ils puis- sent nous envier. Quoi qu'il en soit, l'iniquité de leurs jugemens et de leurs prétentions n'en est pas moins dé- plorable. On n'hésitera pas cependant à leur pardonner, si l'on songe combien ces petites illusions de l'amour- propre, et ces passions qui naissent de l'intérêt personnel, ont d'empire sur des hommes d'ailleurs raisonnables ; et, dédaignant les faciles représailles que nous pourrions exer- cer envers des censeurs plus chagrins qu'irréprochables, nous excuserons chez eux celte faibiesse. 29* A52 OBSERVATIONS SUR LES REVUES ANGL. C'est sans doute à cette réflexion salutaire et toute libé- rale, qu'il faut attribuer le silence qu'ont cru devoir garder, sur les articles que nous venons de signaler (i) , les sayans distingués dans tous les genres, que possède la France. Ils ont pensé, comme nous, que notre patrie avait d'autres ressources que la récrimination pour répondre aux cen- sures de ses voisins. Elle y répond glorieusement, selon nous, lorsqu'elle leur présente des savans et des littéra- teurs, qui agrandissent chaque jour la réputation non contestée que ses grands hommes d'autrefois lui ont ac- quise. Nous revenons donc franchement à nos éloges des Remues anglaises , et naus les recommandons, sans craindre qu'on nous accuse de manquer d'esprit national. Elles sont du plus haut intérêt , et il serait malheureux que les injustices que nous leur reprochons empêchassent d'apprécier ce qu'elles contiennent d'utile. Que ceux de nos jeunes lecteurs, et ceux de nos écri- vains, qu'irriteraient ces écarts de nos voisins, se gardent donc bien de les relever. Le silence est plus digne du ca- ractère français; car, pour répondre , il n'est que deux moyens: i° rendre accusation pour accusation; mais, en prouvant que les Anglais ne valent pas mieux que nous, nous prouverions fort mal que nous l'emportons sur eux; u° les réfuter, en nous louant nous-mêmes; mais ce serait les imiter, et nous avons déjà remarqué que cet excès d'amour-propre pouvait les rendre ridicules. Ainsi , lisons leurs bons écrivains ; étudions leurs sages institutions; louons hautement leurs qualités estimables; profitons de leurs lumières; applaudissons à leurs progrès (i) Edimburgh Rei'iew , n* 64, 69, etc. Quarterlj Reuiew , n '» 45 et 49» SUR LES AVANT>GES DE L'INSTRUCTIOiS. A5S dans les arts, à leur zèle pour les améliorations socJales, à leur désir d'introduire la civilisation chez les peuples barbares : ce sera- encore une vengeance , si l'on veut; mais cette manière de se venger ne peut blesser per- sonne (i). B — Y. Sl'R LES AVA>TAGES DE l'iKSTBUCTIOX PUBLIQUE CHEZ LES Grecs modernes , par Charles Dupin , ancien secrétaire de l'Académie Ionienne , et membre de l'Institut de France. Au moment où les Grec? sont appelés à de nouveaux des- tins , peut-être ne verra-t-on pas sans intérêt les efforts qu'avaient tentés quelques Français , à l'époque de nos conquêtes, pour rappeler un peuple malheureux à la civi- lisation et à la grandeur d'ame qui firent la gloire de ses ancêti-es. Quand, par suite des conventions de Tilsitt, nos troupes occupèrent les îles Ioniennes, les officiers et les adminis- trateurs envoyés dans ces belles contrées s'empressèrent d'unir leurs efforts à ceux des Grecs les plus éclairés, pour cultiver de concert les lettres , les sciences et les arts. Les Français arrivèrent dans les Sept-Iles, vers la fin de 1807; et, dès le printems de 1808, ils fondèrent V Académie Ionienne. Ils firent plus; ils ouvrirent, dans le local de l'a- cadémie , des cours gratuits où l'on professa les mathéma- (1) Nous avons nommé, au commencement de cet article, la Gazelle ou Chronique littéraire j elle ne mérite pas cependant, au même degré , les reproches que nous adressons aux Remues anglaises. Elle s'égaie bien parfois aux dépens des littérateurs français ; mais il y a , dans ses observations critiques , plus de ce que les Anglais appellent humour, gaîté maligne , que de spleen scientifique et acri- monieux. Elle est polie, quoiqu'elle ne soit pas française. A5A SUR LES AVANTAGES I>JÇ. L'INSTRlJCTION, tiques (i) , la physique (2) , la méiîeciue (3) , ia jurispru- dence (4), et la littérature grecque (5); enfin, pour encou- rager la jeunesse , l'académie offrit des prix annuels aux élèves qui se distingueraient le plus dans leurs études; elle proposa en outre des prix olympiadiques, ainsi nommés parce qu'on devait les décerner au commencement de chaque nouvelle olympiade. Les prix olympiadiques, annoncés ù l'Europe entière , étaient offerts aux littérateurs tie toutes les tribus grecques, qui , dans la langue hellénique ou dans la langue moderne , auraient composé ou traduit les plus beaux ouvrages. Des obstacles sans nombre et la fatalité des événemens, qui mit un terme au succès de nos armes, ont traversé les desseins des fondateurs de l'Académie Ionienne , et n'ont pas permis que ces desseins obtinssent tout le succès qu'il était juste d'en attendre. La noblesse gréco-vénitienne, accoutumée à faire élever ses enfans par des pédagogues italiens, ne voulait pas en- voyer c^s précieux rejetons d'une race orgueilleuse dans nos écoles publiques , où ils eussent éprouvé l'affront d'être assis , sans distinction, à côté des fils du simple citoyen. C'est pour comballre un esprit aussi fatal à la régéné- ration de la Grèce , que fut composé le discours soi vaut. Il ne ressemble guère à nos compositions académiques; mais on doit se rappeler , en lisant celte production d'un (i) M. Augojal, capitaine du génie militaire, aujourd'liui pro- fesseur à l'école d'ét.Tt-major de France , fut chargé de ce cours. (2) AI. Ch. Dupin, alors capitaine du génie maritime. (3) l\\. Gansçadi. (4) M. Deh-iniotli. (5) M. Mat'romali y l'un des savans et des littérateurs les plus distingués qu'ait possédés la Grèce moderne, et qu'elle a mallicH- rcusement perdu. SUK LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A55 auteur bien jeune alors , qu'elle n'était pas destinée pour des auditeurs dont l'esprit cultivé n'eût besoin, pour être séduit, que des touches gracieuses elpures d'un atticisme depuis long-tems disparu des contrées qui furent son ber- ceau. On aurait tort de chercher dans ce morceau ce que l'on trouve dans les productions regardées comme les mo- dèles du genre : un art consommé, un poli parfait, de l'élégance dans le style, del'épigramme dans la pensée, et de l'esprit sous la forme du sentiment. Mais, au milieu d'un état-major de l'armée française, campée sur les confins de la Grèce , en présence de l'élite des habitans d'une contrée dont la volonté dominante est de reconquérir les lumières, l'indépendance et la gloire de ses aïeux, c'était avec de plus mâles accens et des mouve- mens plus hardis qu'il fallait attaquer ces grandes et nobles passions. Si le lecteur veut partager l'impression produite par le discours que nous publions maintenant-, il doit se reporter à l'époque et dans la contrée où il fut prononcé. II doit songer que c'est dans la capitale des îles Ioniennes , dans la patrie d'AlcinoiJs, que l'orateur fit entendre ses paroles. Il doit songer que, du lieu même où se trouvaient réunis ses auditeurs, on découvre, par-dessus les montagnes de l'É- pire et de l'Acarnanie, les sommités du Pinde et les lieux qu'ont illustrés les plus grands événemens. Tel est le site majestueux, tels sont les souvenirs et les espérances que le lecteur doit maintenant retracer à son imagination. X^VÏXIV^W^»-. A56 SUR LES AVA:1TAGES DE L'L^STRIXTIOX. Discours prononcé dans la séance publique de l'Aca- démie Ionienne, le i5 août 1809. Si aut acriiis egero , aut liberiiis quàm qui ante me dixerunt : peto à vobis , ut tantiim orationi meae con- cedatis, quantum et pio dolori et justae iracundiae concedendum putetis. Cic. pro P. Sextio. 0 VOUS , honneur de l'Hcllénic, vous qui reçûtes de la nature une ame au-dessus du yulgaire, qui l'avez éleyée encore par vos veilles et vos méditations, c'est à vous que nous nous adressons. C'est par vous que nous pouvons être de quelque utilité pour vos concitoyens. En vain , nous chercherions à répandre la vérité ; portée seulement par notre faible voix, la vérité ne serait point entendue, ou serait négligée. Vous seuls, dans votre propre patrie, pouvez détruire cette foule de préjugés qui s'opposent en secret îi, ses progrès. Vous seuls pouvez combattre l'erreur, maîtriser l'opinion, la diriger au grand, au beau, à l'utile; la rap- peler enfin à la pensée de vos pères. Faites-nous donc con- naître ce que vous pouvez être, à la manière des hommes illustres, par des œuvres plutôt que par de vaines répu- tations. A chaque préjugé que vous aurez détruit, à chaque principe, à chaque fait important, à chaque projet utile que vous aurez exposés, propagés, nous nous empresserons de proclamer vos noms. «Sur les murs de cette enceinte, dironâ- nous à nos compatriotes, vous voyez suspendu le tableau des bienfaiteurs des lettres, des sciences et des arts, envers l'aca- démie; nous avons à vous présenter un autre tableau non moins précieux,c'eâtceluideshouimesquivousontconsacré leurs travaux et leurs veilles. Les largesses de leur génie ne méritent pas moins votre reconnaissance, que les présens de ces premiers donateurs dont l'académie gardera toujours le souvenir avec les plus doux sentimens de respect et de SUR LES AVANTAGES DE L INSTRUCTION. 457 gratitude; » A ce simple récit, les acclamations de tout un peuple partageront les suffrages de la gloire, et les tiiljuts de l'admiration , entre les bienfaits du talent et les hieufails de la vertu. Ioniens, à la seule pensée de ce touchant spectacle, s'il est parmi vous un homme qui sente son cœur palpiter et brûler du désir généreux de conquérir cet amour, cette estime de tout un peuple , voilà l'homme que nous che^■- chons. Qu'il paraisse ; qu'il imite par ses travaux ceux qui, comme lui, furent étrangers à l'académie; nous nous em- presserons de le recevoir comme eux parmi nous, et nous le placerons aux premiers rangs dans la carrière où nous vou- lons marcher à la prospérité de ces contrées. Hommes supérieurs, c'est à cette époque heureuse, où l'académie, devenue forte par votre appui, vous comptera tous dans son sein ; c'est alors qu'elle pourra remplir ses promesses, et les surpasser encore. Vous nous élèverez au- dessus de nous-mêmes. Une noble émulation viendra s'é- tablir entre nos collègues nouveaux et ceux qui voudront devenir nos collègues. Vous rendrez, en ces lieux, aux lu- mières du savoir, tout l'éclat dont elles brillèrent autrefois. A leur chaleur fécondante germeront pour la postérité mille talcns nouveaux. Qu'il nous sera doux de nous ap- plaudir de leur développement, comme de l'ouvrage de notre lèle et de votre génie ! Peuples de la Grèce , c'est alors que sera détruite dans l'Europe cette opinion injurieuse qui pèse encore sur vous. On ne vous croira plus les fils dégé- nérés du plus illustre des peuples; vous obtiendrez justice dans l'estime des hommes ; et l'Europe sera fière de voir rendue à ses antiques destinées celle de ses nations qui . la premièredctoutes,a déployé ses fastes pourl'immortalité. Mais, ne vous le dissimulez pas, plus ce but est élevé, plus il est glorieux de l'atteindre ; plus il est difficile aussi A58 SUR LES AVANTAGES DE L'IiNSTRUCTION. d'y parvenir : ce sera l'ouvrage du tems, et de celte cons- tance qui nous tait triompher de tous les obstacles. O TOUS, de qui lacadémie ose espérer la régénération de vos frères, voici les vérités qu'il vous faudra, pour la pro- duire, l'ccevoir et propager. Il faut que vous soyez per- suadés que les hommes n'acquièrent de supériorité sur les hommes, que par l'éducation, et les nations sur les na- tions, que par l'éducation publique. Voulez-vous, Ioniens, que vos fils deviennent dignes de vos pères? il faut tout faire pour leur éducation. Daignez prêter l'oreille à ma voix. Si vous êtes les enfans des Grecs, vous êtes faits pour entendre la vérité ; et moi , mon cœur me dit que je suis fait pour vous la dire. Que si je devais même en- courir vos reproches ou votre haine , pour pris de ma fran- chise, je vous diluais, comme votre Thémistocle, parlant pour le salut de la patrie : « Frappe , mais écoute. » Et le bien que j'aurais pu faire, me paierait du mal que je rece- vrais en échange. Ce n'est ni par la débauche, ni par le jeu, ni par le luxe et par ses vices, que vos fils deviendront jamais des hommes éminens dans l'ordre social; c'est par l'étude , et parle travail dont l'apprentissage austère ne deviendra fruc- tueux que dans-la seule éducation publique. Qui pourrait causer votre aversion pour elle ? Serait-ce un va>a orgueil? Mais un tel sentiment est indigne des neveux de ces hommes dont les généraux, lesprytancs, les monarques même , plaçaient leurs fils à l'école des plus simples ci- toyens. Je ne suppose donc pas qu'un motif aussi bas ait pu jamais approcher de vos coeurs. Penseriez-vous, d'ailleurs, que l'instruction particulière est, -par elle-même, plus propice au développement de l'esprit de vos fils? Penseriez-vous qu'elle est, plus que l'inslruction publique, amie des vertus sociales ou privées; SLR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A59 et que, sous les yeux de la patrie, les mœurs de vos fils s'altéreraient plus qu'elles ne le font maintenant dans la maison paternelle (i)? A ces doutes spécieux, je répon- drai d'abord que Thomme élevé loin de ses semblables n'apprend ni à les connaître ni à les aimer; qu'il reste ainsi ignorant de leurs passions et de leurs mérites; qu'il devient par-là égoïste et superbe; qu'il reste faible, parce que l'émulation ne vient jamais doubler ses forces; etque, dans sa médiocrité dédaigneuse autant que méprisée, il fait son propre malheur, en se rendant à charge à lui-même et à la société tout entière. Mais laissons là les preuves abstraites fournies par le seul raisonnement, et consultons la voix irrécusable de l'expérience. Je vais vous parler de vertus, de hauts faits, de talens immortels ; je vais prendre mes exemples chez vos pères. Parmi les villes grecques les plus illustres par les choses qu'elles ont faites, par les hommes qu'elles ont produits; la première de toutes , c'est Athènes. Son nom seul nous rappelle la déesse du génie, de la sagesse et de la valeur (2). La fille du maître du monde, qui, dans les cieux, présidait à ces vertus , avait sur la terre son temple en cette ville (3) ; elle l'animait de son esprit et la couvrait de son égide : le nom d'Athènes, enfin, est l'emblème des beaux siècles de son peuple. Voyons donc ce que nous apprendront les fastes et les lois de la ville du génie , de la valeur et de la sagesse. L'Attique entière n'est guère plus grande que Cor- cyre ; une peuplade se forma sur son sol aride , et la peu- plade a rempli l'univers de son nom. Sous les plus grands (i) Les mccuis vénitiennes oui infesté de leur corruption la [.'lus grande partie de la haute classe des Scptinsulaires. (2) La Minerve des Grecs porte le nom d'Athènes. 7)) Le Parthenon. C'est le heau temple dont les débris majestueux sont représentés avec tant de fidélité dans le panorama d'Athènes. Â(iO SUR LES AVA?sTAGKS DE L'INSTRUCT10^^ des mortels , elle vainquit les barbares à Marathon , à Pla- tée. Elle succombait sous le poids de l'Asie, elle sacrifia ses biens, ses palais, ses foyers domestiques, ses temples même ; elle s'embarqua toute pour aller vaincre l'Asie à Salaminc, et elle la vainquit à Salamine. Elle devint maî- tresse des Cyelades , de l'Archipel , des côtes de l'Helles- pont et de l'Asie-Minenre ; «lie fut l'arbitre de la Grèce, de la Grèce alors triomphante de tout l'Orient! .... Savez- vous commcnls'élevaient des hommes qui faisaientde telles choses? C'est dans le sein des écoles fondées par Solon ; et les lois de Solon parurent si belles à toute la Grèce , qu'elles lui acquirent un rang parmi les sept sages dont elle s'honore. Ce grand homme n'avait pas dédaigné de fixer jusqu'aux moindres réglemens des écoles publiques. Il avait défendu, sous peine de mort , que des maîtres non autorisés par les lois frustrassent les écoles publiques de la jeunesse qui leur appartenait. — Que croyez-vous , Ioniens, qu'ait pensé le sage Solon sur l'éducation pu- blique et sur l'éducation particulière ? Laquelle des deux croyez-vous qu'il ait préférée? Que pensez-vous enfin de la justesse de ses vues ? — Jugez-les par leurs succès , et prononcez. — Dites, que croyez-vous qui fit vaincre les forces de l'Attique à Marathon , à Platée , à Mycale ? Est-ce la valeur innée du peuple grec? Mais cette valeur, au- jourd'hui l'apanage de ma patrie, c'est un bien qui fait le tour de la terre, et passe , d'époque en époque, des cœurs d'un peuple aux cœurs d'un autre peuple. Quel fut donc l'auteur de ces brillans succès? — Quel fut-il? ... Ce fut Solon. Quelles furent les armes qui rendirent dix mille guerriers d'Athènes supérieurs à cent mille soldats de Da- rius? Ce ne furent pas les cuirasses qui couvraient leurs corps , mais bien celles dont l'éducation de Solon avait en- ceint leurs cœurs. Enfin , quand Xerxès s'avance à la tête SUR LES AVANTAGES DE LINS ITIUCTION. AGI (les forces de l'Asie , lorsqu'il s'empare de l'Attique et d'Athènes même, qui ne croirait que le peuple de cette ville est vaincu ? Il a tout perdu , tout, jusq.i'à ses foyers domestiques! Soyons tranquilles sur lui; la fortune n'a pu lui ravir cette grandeur d'ame qu'il doit à sa mâle éduca- tion, et le peuple d'Athènes est encore. Le génie de Solon donne encore à tous les cœurs les leçons de l'héroïsme, et ce peuple va les suivre : il est en armes, il est tout entier sur les eaux; il s'en est fait une patrie; et l'élément des naufrages l'a conservé pour la victoire. Devant les faibles vaisseaux d'Athènes la flotte immense de Xerxès s'est dis- persée, et leur roi fugitif n'en a sauvé que les débris qui ont eu des voiles légères et des rameurs agiles. Honneur, mille fois honneur nu créateur des héros et des grands hommes ! Voilà, Corcyréens, ce que fut le peuple, élève du sage Solon , ces illustres Athéniens dont vous eûtes jadis la gloire d'être les alliés. Que si vous doutiez encore de l'influence des lois de Solon, je vous dirais qu'aux jours malheureux, où ces lois perdirent leur vigueur, où l'orgueil ignorant crut s'honorer en substituant l'éducation particulière à l'éducation pu- blique établie par ce grand homme , les courages s'éner- vèrent, les esprits s'abaissèren t,et les vainqueurs de l'Orient, qui avaient vu dans leur sein les Aristide , les Miltiade et lesThémistocle; les Eschile, les Euripide et les Sophocle; les Socrate, les Xénophon et les Platon; cette ville, qui semblait être comme la pépinière des grands hommes et des talens immortels, lorsqu'elle eut altéré l'éducation de sa jeunesse, vit à la fois son indépendance, son bonheur, et ses hommes illustres finir avec Phocion et Démosthènes' Elle devint le rendez-vous et la demeure des esclaves et des rétheurs, et mit en opprobre, dans tout l'empire des Ro- mains, le caractère jadis si noble et si révéré des Hellènes. h62 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. Fils des Grecs , cette faible peinture de ce que furent vos pères en leurs beaux jours , a-t-elle ftiit naître dans vos cœurs le désir de vous élever jusqu'à eux, d'obtenir une gloire égale ii la leur? Employez les moyens qui la leur ont acquise , et vous l'acquerrez de même à votre tour. Honorez les vertus , admirez le génie , fécondez-en les germes par l'éducation publique de vos fils. Que vous manque-t-il pour vous relever jusqu'à la majesté de vos aïeux ? pensez-vous que ce soient les richesses ? Mais les vainquem-s de l'opulente Asie furent des hommes dont les généraux même étaient des pauvres , comme Aristide et Miltiade. Mais, c'est quand leurs fils furent devenus les riches marchands d'Athènes, que les soldats pauvres de la Macédoine leur ont donné des fers. Mais, c'est quand les Romains étaient pauvres qu'ils conquirent la terre, et c'est après qu'ils en eurent amassé les trésors, que les hordes des barbares , avec leurs épées pour tous trésors , les ont vaincus. Ah ! j'appellerai bienfaiteur et restaurateur de la Grèce, non pas uniquement l'artiste industrieux qui rendra ses villes opulentes et son commerce fastueux, c'est-à-dire,- peut-être les caractères énervés et les cœurs corrompus;, mais bien le sage , qui vous fera sentir comment on est riche encore avec les seuls trésors de l'ame et de l'intelli- gence , et pauvre avec les seuls trésors de la terre ; mais bien le politique profond qui saura vous convaincre qu'on est un grand peuple par la seule magnanimité, et jamais par la seule richesse. Songeons d'abord à éclairer les esprits, pour les rendre sensibles à la honte et à la gloire; montrons- leur combien est belle la vertu , combien elle fait le bon- heur de celui qui la possède. Abandonnons à ses propres moyens l'ardente cupidité. Elle saura se servir de l'ins- truction même que nous aurons répandue; et, tout en ne ' pensant qu'à la sagesse , à la grandeur des âmes , nous aurons cependant agi commepour arriver suivajit lavoiela SUR LES AVANTAGi:s Dii L'INSTRUCTION. 46^ plus courte aux moyens qui procurent, par le travail et l'industrie, l'aisance d'une fortune hmnête, c'est-à-dire d'une fortune acquise par la seule voie de l'honneur. Tournez donc \os espérances et vos vues du côlé de l'intelligence; portez un regard sévère sur vous-mêmes ; vous vous direz ce qui vous manque, et vos pères viennent de vous dire ce qu'il vous faut acquérir pour devenir, coinme eux, l'exemple et l'orgueil de la terre. Observons quel est ici l'état des professions les plus in- téressantes , et jugeons des autres par elles. Je vois parmi vous des hommes qui font honneur ù toutes les professions utiles. Je rends hommage à leurs lumières, et j'admire d'autant plus leurs talens , qu'il était plus difficile de les acquérir en ces lieux. Mais je ne m'arrête point à ce coup d'œil superficiel et trompeur. Je tourne mes regards vers le peuple de vos villes et de vos caiipagnes. Je le vois porter, sur son front pâle ou d'un vert livide (i), la preuve vivante de l'ignorance profonde d'empiriques et de char- latans, qui pour tout art ont celui de féconder les fléaux du climat par les fléaux de leur impéritie. Je songe ensuite à quelle foule de légistes d'une médiocrité sans pudeur, les Septinsulaires livrent imprudemment leurs biens , leur honneur et leur existence. Je demande partout quelles lois furent portées pour empêcher l'horrible brigandage , qui fait, de la jurisprudence, un commerce sans conscience et sans pitié. Je le demande à la nature; et la nature, en rou- gissant, se tait; elle me montre un code, et elle pleure. Que contient donc ce code, qui fait pleurer et rougir la nature? Je l'ouvre au hasard; j'y vois un acte de bienfai- sance pour vous, Ioniens; mon cœur se console! Je lis avidement. Pour faveur singulière , tout Septinsulaire (i) La décadence de l'agriculture a rendu malsaine une grande partie de l'île de Corcyre. hU SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. était revêtu du cararctère auguste qui le rendait capable de défendre, de sauver la fortune et la vie de ses compatriotes , aussitôt qu'il faisait acte de présence à l'université de Padoue. Pour tout le reste des hommes , il faut être plus instruit qu'eux, il faut savoir leurs lois pour les défendre; mais pour des Grecs , aux yeux des Italiens, cela n'est pas nécessaire. Des Grecs peuvent être ruinés, déshonorés, suppliciés. Qu'importe , pourvu que les Grecs demeurent i "-norans, qu'ils soient esclaves et qu'ils oublient leurs pères ? Voilà donc ce qu'a fait à votre égard la politique de Venise ! Rou"-is, humanité, pleure; le machiavélisme avait atteint son but, et le machiavélisme souriait avec satisfaction. Je parcours vos campagnes, je les vois couvertes de vos temples; mais tous ont l'aspect de la misère. Je vois vos prêtres bêchant la terre et touchant les bestiaux , et les ministres du Seigneur ne disent plus qu'avec peine les hymnes composés par leurs savans prédécesseurs. Je de- mande si, dans toutes les îles, il n'est pas une école où les serviteurs des autels aillent apprendre à instruire , à ^con- soler les humains; et la religion rougit aussi en cachant son visage baigné de pleurs. Ah! je rends grâces au ciel. Ioniens, que vous soyez enfin les frères d'un peuple, qui veut des compatriotes forts comme ses propres citoyens, et qui dédaigne d'acquérir des sujets pour les garder, en les rendant faibles, misérables et dégradés. Afiligé par le triste spectacle de vos campagnes, je rentre au sein de vos cités, au sein de votre capitale. J'y cherche la langue d'Homère, que je n'avais pas encore entièrement méconnue dans la bouche de vos paysans. Je demande à l'enfant du riche s'il connaît sa langue maternelle, et il me répond qu'il l'ignore. Je demande si, detouttems, des écoles publiques n'ont pas conservé parmi vous ce dépôt précieux du génie do vos pères ; et la Grèce indignée REVUE ENCYCLOPÉDIQUE, ou ANALYSES ET ANNOîNCES RAISONNÉES Des productions les plus remarquables dans la Littérature , les Sciences et les Arts, I. MÉMOIRES, NOTICES, LETTRES ET MÉLANGES. DISSERTATION Sur le BYSsrs des anciens , et sur son identité avec le duvet des chèvres de- Cacketnlre. Il existe parmi quelques savans une grande controverse au sujet du byssus des anciens. C'est aujourd'hui que la connaissance des tissus faits avec le duvet des chèvres du Thibet est très-répandue, qu'on peut, ce me semble, résoudre le problème, et fixer invariablement ses idées sur la nature du byssus. Qu'est-ce que ce byssus si précieux, dont parlent avec une sorte d'admiration les historiens sacrés et profanes, dont étaient revêtus David et les lévites, que Mardochée porte dans son triomphe , dont étaient couverts les initiés ToMK XI. Sl^ Cahier. — Ao/lt 1821. 16 I 5^2 i>issj:iitati(!X aux i!!}slères d'Isis, qui faisait pailie des sépultures îe plus magnifiques chez le? Egyptieu,-', et qui devint plus tard la parure favorite des dames romaines? Qu'est-ce que cette niaiièro , sur la nature de laquelle les anciens ne s'accordent pas plus que les modeincs? Est-il permis d'y voiraujourd'liui autre chose que lecélèbre duvet des chèvres du Boulan? Pour résoudre celte question, il suffit de se rappeler ce qu'en ont dit les anciens , de le comparer avec les commentaires des nioderncs, et d'examiner leurs con- clusions. Piiilon est le prejnier des écrivains anciens qui ont traité de la nature du byssus. Suivant lui , le byssus n'est pas le produit d'un être animé, mais celui de la terre. l'Une vient ensuite. Après avoir dit un mot de la toile faite avec l'amiante, il ajoute que ce qui s'en rap- proche le plus et qui fait les plus chères délices des dames romaines, c'est le byssus, dont l'origine est auprès d'Elis , dans l'Achaïe , et qu'on obtient au prix de quatre deniers le scriptule (i); autrefois, ajoute-t-il, on le vendait nw poids de l'or. Un troisième écrivain, Philostrate , dans la vie d'Apol- lonius de ïyane, avance que son héros, étant aux Indes , observa que tout le byssus qui passe en Egypte sort de ces contrées. PoUux, contemporain de Philostrate, dit que le byssus est, chez les Indiens, une espèce de lin. En Egypte, on fait, avec la laine d'un certain arbre, un fil qui sert à faire des vêtemens qu'on pourrait regarder comme ressemblant beaucoup à ceux de lin, si ce n'est qu'ils ont plus de densité. 'i'' A 55 cent. le denier, suivant le système de M. le comte Ga:nier, c'était 20 fr. ^n cent, l'once romaine, ou 53 -fr. 60 cent. notie once poids de marc. SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. UZ Enfin, Isidore, qui ne diile que du tii" siècle, incertaiii de ce qu'est le byssus, écrit d'aljonl que c'est quelque espèce de lin assez épais; il ajoute que plusieurs personnes croient que c'est une qualité de lin. En passant aux modernes , nous trouvons Erasme qui , dans son édition de Pline, en i525, ne sachant ce que c'est que le hyssus, on fait uniquement une couleur, au lieu d'un tissu. Dans la table des matières, vous trouvez: Byssini tingendl ratio , et pour désignation , le cha- pitre 4i du IX" Livre, avec ce titre : De tingendo amethys- tino ; dans tout le cours de ce chapitre, le mot hyssus ne se trouve pas une fois. Demsterius j dans ses Paralipomenes ad Rosinum , vers. 3i, confond le byssus avec la soie, et emploie ce mol; comme synonyme de serica ; enlîn, parmi les moins an- ciens, Laicherj dans ses notes sur ITérodote^ Reynold-- i^ors^'CIE>S. 2A5 parer le fil de cachemire à un autre fil : nous trouverons que celui qui s'en rapproche le plus par le moelleux, par le duvet qu'il conserve , c'est le colon; le fil et la soie sont trop lisses et trop unis pour en donner une idée. Au reste , si PoUux se sert du mot Un, ce n'est pas qu'il prétende parler de la matière que nous connaissmis sous ce nom; mais, dans sa phrase, lin est l'équivalent àefil. Lajîreuve en est au livre V, chapitre 4, où, parlant des instrumens des chasseurs , pour exprimer le nombre de fils qui doivent entrer dans la composition des mailles ou des cordons des filets, il se sert des mots neuf lins ^ trois lins j douze linsj seize lins, etc. Le naturaliste romain dit seulement quelques mots du byssus ; les voici : « Le byssus, qui naît aux environs d'Elis, dans l'Achaïe, coûte quatre deniers le scriptule. » Voilà le prix du byssus bien déterminé. Quant à la cir- constance de son origine en Achaïe , c'est ici évidemment une de ces fautes qui défigurent le texte de Pline, une lacune remplie ptor un copiste maladroit. Si le byssus était une production de la Grèce, y aurait-il eu tant d'incerti- tudes à son égard parmi les anciens, et Pline lui-même n'en eût-il pas fait aussitôt la description, comme il l'en- treprend de tout ce qu'il connaît, souvent avec une exacti- tude qui sert encore aujourd'hui de guide dans bien des circonstances? Ainsi que le dit Erasme, il n'est pas d'auteur qui ait été plus maltraité que Pline. Il faut le tirer de ses ruines, à travers les restitutions qu^on a voulu lui faire et les lacunes qu'on a prétendu remplir. Combien de sottises ne lui a-t-on pas fait dire en le restituant! que d'erreurs, que d'inepties insérées dans son texte ! et combien n'en ont pas signalé déjà les savans qui se sont occupés de ces cor- rections, depuis Hermolaus Barbarus, Guillaume Budée,. 5^6 DISSERTATION Kicolas Beraldu.'^ et tant d'autres, jusqu'à nos jours? C'fbt, comme le dit encore Érasn'ïe,!e travail de Pénélope . qu'il f;iut refaire avec bien de la peine, et il se sert à cette oc- casion d'une comparaison qui fait hien reconnaître l'auteur de V Eloge de la folie : « Plante, dit-il , prétendit autrefois que qui voudrait trouver un rapport entre des choses qui donnent beaucoup de tracas, n'avait qu'à prendre pour comparaison un vaisseau et nnc femme; car rien ne donne plus de souci que ces deux choses. Ainsi pourrait-on dire, plus sérieusement, qu'il ne manquera pas affaire à celui qui Toudra restituer Pline. » Ce témoignage d'un écrivain célèbre suffirait seul pour faire connaître combien on doit être circonspect en prenant Pline pour appui, si d'ailleurs on ne s'en apercevait pas soi-même à la moindre recherche. Il est donc évident que l'article de la patrie du bjssus est un de ceux qui sont tronqués, et que, sur la ressemblance de quelques lettres ou d'après la conformité de quelques noms qu'il n'a pu lire, le copiste a écrit Elidem et Achla. Laissons de côté, comme évidemment suspect, ce qui re- garde l'Achaïe, puisque, comme je l'ai dit plus haut, si ta matière du byssus avait été une production de la Grèce, elle n'aurait pas été l'objet de tant de controverses, et sur- tout que les grecs Pollux et Philostrate, qui l'auraient bien connue , n'auraient pas été obligés de la faire venir de l'Inde ; et tenons-nous-en à l'estime qu'en faisaient les dames romaines, pour qui c'était un grand bonheur d'en avoir : c'est là tout ce que Pline dit de ce tissu. Cependant, pour donner plus de poids à l'opinion que le byssus est du coton, on a accolé à ce peu de mots , qui se trouvent dans le VIII' Livre, un autre passage tiré du IX' et qui n'ya aucun rapport. Si Pline avait voulu parler du byssus dans cet autre passage, ne l'aurait-il pas noumic, comme il r« SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. 2A7 vait fait dav.s \c Livre piécédent? Ce n'est pas le défaut de cet auteur que de ne pas répéter les noms , quand il s'agit de donner l'intolligence d'une chose, et il ne iait jamais deviner par des périphrases ce qu'il peut exprimer par le nom technique. Dans le chapitre I" du IX* Livre, il ne traite que du Gossopio7i,que quelques-uns appellent X)'/w,-. Si le byssus avait été l'objet de ce chapitre, il en aurait ajouté le nom aux deux premiers; il l'aurait nommé là d'une manière aussi expresse qu'il l'avait fait dans le Livre précédent. Le rapprochement de ces deux passages, si étrangers l'un ;\ l'autre, était nécessaire sans doute, et j'en conviens, pour faire du byssus une toile de coton ; car, en les séparant, l'é- chafaudage s'écroule. Il est bien démontré que les anciens ne savaient pas plus quelle était l'origine du byssus, que nous ne le savions nous-mômes il y a quarante ans. De touttems, les Égyptiens se sont habillés avec le coton. Ces robes' si légères qu'elles accusent le nu, comme s'il n'y avait rien sur la peau , et dont on ne reconnaît l'existence, sur la plupart des figures des monumens de l'ancienne Egypte, qu'à une ligne tracée au bas des jambes, étaient de toile de coton très-fine , peut-être de ce que nous appe- lons mousseline. Or, comment supposer que les Hébreux, qui avaient demeuré si long-tems en Egypte, ne connussent pas cette plante et ses produits? Commentse persuader que le roi David se parât d'une robe de toile de coton, quelque fine qu'elle fût, comme d'un vêtement d'un grand prix? Quand le Livre des Paralipomènes dit, I, xv, vers. 27, que ce prince était vêtu d'une robe de byssus; quand Ezechiel, XXYII, 16, range le byssus parmi les objets du plus haut prix que les marchands syriens devront apporter, et qu'il le place entre les dianians, ta pourpre, la soie et celte ma- tière précieuse d<'iit la connaissance était déjà perdue dès 2A8 DISSERTATION le règne des Ptolomées, et qui, pour cette raison, a conservé dans la version grecque son nom hébreu chodchod, il n'est pas possible de croire qu'il s'agisse d'un tissu aussi com- mun dans le pays que celui du coton. Comment concevoir encore qu'un roi d Assyrie , dans les états duquel le coton est indigène, croie faire un honneur extraordinaire à ua homme qu'il voulait récompenser magnifiquement, en le revêtant d'une robe de cette matière ? On est forcé de recon- naître d.ins le byssus une matière beaucoup plus riche, de voir dans ce célèbre tissu un objet que sa rareté et son prix rendaient très-précieux et digne de faire la parure des souverains les plus puissans. On fonde encore l'opinion de l'identité du coton avec le byssus sur ce que les lambeaux des bandelettes qui en- tourent les momies ont été reconnus pour être de la véri- table toile de coton. Rouelle l'assure positivement, Mém. de ^académie, année 1760, et il en dit autant des linges qui enveloppent les oiseaux embaumés. Mais a-t-on lu avec attention le passage d'Hérodote qui en parle , et n'a- t-on pas fait à son égard ce qu'on a fait à l'égard des autres historiens cités , en donnant à ce qu'il dit une extension qui n'était point dans sa pensée ? C'est en décrivant les em- baumemens les plus précieux , qu'Hérodote cite les bande- lettes de byssus dont on enveloppait les cadavres qui en étaient l'objet; et ces mots les plus, précieux , mis en tête de sa description, annoncent assez que peu de personnes pouvaient y prétendre. Ce même avertissement se trouve encore répété à la fin du paragraphe, sous une autre forme : « Telle est, dit-il, la manière la plus magnifique d'em- baumer les morts. » Après ce premier embaumement du plus haut prix, cet historien décrit deux autres manières d'embaumer les morts des autres classes de citoyens. Je le demande maintenant à tout lecteur impartial : Hé- SUR LE BYSSUS DES ANCIENS. 2.49 rodote reut-il dire, par ce que je viens de rapporter, que tous les morts sont nécessairement enveloppés de byssus? N'est-ce pas dire, au contraiie, que les plus riches d'entre les Égyptiens, les princes , les grands, ceux en un mot que leur rang ou leur fortune mettent à même de faire une dé- pense considérable, jouissaient seuls du privilège de ces emhsniraeinens précieux et magnifique.^ ; que ceux-là seuls étaient enveloppés dans le byssus; et, s'il n'y a que ceux-là qui eussent une si riche sépulture, n'est-ce pas annoncer que l'enveloppe des autres élait plus simple et plus com- mune? Ne s'ensuit -il pas que les bandelettes de ceux-ci ne sont en effet que de toile de coton? Or, quelles sont les momies qu'on déterre aujourd'hui? Ce ne sont certainement pas celles de ces personnes qui , pour dérober leur sépul- ture à la profanation, les faisaient cacher sous des masses plus ou moins considérables, mais aussi impérissables les unes que les autres. Ce sont celles des citoyens des autres classes, qui se faisaient enterrer dans les caveaux de cer- tains temples, dans les hyppogées et dans les autres tom- beaux tant de fois violés. 11 n'y a donc pas lieu de déduire cette conséquence : « que le byssus fut la matière de tous les suaires et que ce tissu fut consacré pour les embau- memens. » Le Thibet, patrie des chèvres qui fournissent le précieux duvet, est une des contrées que les anciens n'ont jamais bien connues. Alors, comme aujourd'hui, les marchands allaient en caravane faire des échanges, recevoir la laine de la main des Indiens et la rapporter en Egypte , sans s'enquérir peut-être de ce qui la produisait. Peut-être aussi les naturels du pays les trompaient-ils sur l'origine de ce produit, pour qu'on ne leur enlevât pas cette branche de commerce en emportant les animaux qui le fournissent. Que les caravanes apportassent ce duvet des Indes, il 250 DISSERTATION n'y a iiucuii doute; i-zechiei indirectement, Philoslrale et Pollux directement, nous montrent cette roule. PhifO-s- tiatefaitplus; il nous dit positivement qu'Apolionius, étant aux Indes, vit que tout le byssus qu'on portait en Egypte venait de ces contrées. Sans doute il avait été témoin du retour de quelque caravane venant du Boutan , et il avait vu la matière première, telle qu'on l'apportait avant d'être ouvrée. On ne peut pas avancer que l'art de tisser le duvet de cachemire soit une invention moderne. Ce n'est pas sous la domination des Turcs qu'on a pu faire des découvertes d'aucune espèce ; l'islamisme détruit, mais ne crée pas. On peut être sûr que ce qui existe aujourd'hui existai* avant l'invasion des musulmans. Quand l'Alcoran parcourut l'Asie, suivi par le fer et la flamme, les connaissances se perdirent; ce qui ne se perdit pas resta et est toujours resté dans un état stationnaire. On peut voir la preuve de ce que j'avance dans le magnifique travail des membres de la commission d'Egypte. Ce n'est pas depuis que les belles contrées de la Grèce , de l'Asie-Mineure , de la Syrie, sont tombées sous le joug des Ottomans, que les arts et le luxe ont pu conquérir le précieux tissu qui nous occupe. Ce tissu était connu au moment de l'irruption; il continua ù l'être, parce que sa iinesse plut aussi bleu aux farouches calijes qu'elle avait n'u aux voluplui-ui^es Romaines. On îe travaillait avant par industiie; on le travailla depuis par routine. Les palmes qu'on y fait sont elles-mêmes , n'eu douions pas, une imitation, je dirais presque une corrup- tion des fleurs qu'on y brochait autrefois et qui constituaivM-.t ces robes fleuries, dont Apulée couvre les initiés aux m vï-- lères d'Isis , florid-è depicici veste couspicuus. Forster, l.aitlitr, llouelle n'ont \n\ reconnaître dans le byssus le t.'uvel des chèvres du Tb.ibct, parce que de leur tt-ius on. ne SUR LE lilSSlJS DES A>iCIENS. 251 le connaissait pas; et ils se sont rejetés sur le coton, faute de mieux, quoiqu'ils eussent bien du s'aperccToir que ce duvet, originaire des contrées où le byssus était si recherché, ne pouvait pas être lui-même l'élément de cette étoffe si précieuse. Quant, aux contradictions et à l'igno- rance des anciens sur cette matière , elle ne doit pas nous surprendre. Aurions-nous été nous-mêmes plus instruits qu'eux, sans les découvertes de la géographie moderne; et savions-nous au juste, il n'y a pas bien long-tems encore , si ce duvet était un poil de chèvre , de mouton ou de chameau? D. J. M. Hesry, Membre de plusieurs sociétés littéraires. v^'V^w^t^^'\'^v\v*%'vv* Observation sur la dissertation gui précède. Quelque ingénieux que soient les raisonnemens de M. Henry, son opinion semble de la nature de celles qui peuvent être controversées avec succès. En effet, plusieurs d'entre les passages qu'il cite paraissent indiquer que ce hyssus était une substance végétale. Il existe, sur les bords septentrionaux de la mer Cas- pienne, une espèce de Clématite ou à^Asclépiade pro- duisant un duvet fin, soïeux, d'une éclatante blancheur et susceptible d'être filé. On a récemment tenté de le mêler avec du coton , et il en est résulté des tissus très-beaux , quoique légers et peu solides. Sans doute, ce n'est point là le byssus; mais ne serait-il pas possible qu'une matière d'une nature analogue eût autrefois été transportée de l'Inde en Europe, et qu'on l'eût employée à fabriquer les étoffes dont il est question dans la dissertation de M. Henry ? Que les anciens connussent le duvet de cachemire, \. SUR LE CONSi;iL DE SALDliUTTE. 255 aissée volontairement en proie au fléiui , périt victime du i'espect dû à S. E. le général en chef. Rien de pareil n'arrivera sous un gouvernement sage, et tel que tous aujourd'hui doivent Tètre ou le devenir, sous un gouvernement en harmonie avec les progrès do. la civilisation. Entraîné par les principes de cette civili- sation , lors même qu'il ne le serait point par les siens propres, il ne voit autour de lui que des hoiumes, des citoyens. Dans toutes les chances de la vie sociale, il doit compte de chacun d'eux à l'état; il doit à clmcun d'eux de concilier avec la sûreté puhliqiie la plus grande liberié in- dividuelle , le plus grand développement de l'industrie particulière. Il ne doit même plus attendre que le mal existe, que le danger soit imminent, pour réparer l'un , pour com- battre l'autre ; un mot renferme presque toutes les obli- gations de la police sanitaire : prévenir. Plus vous êtes éclairé, plus, j'en suis sûr, vous sentirez le besoin d'appeler à votre aide les conseils de la science t't les leçons de l'expérience. — • C'est mon dessein , dit le magistrat ; c'est mon devoir. Le teins n'est plus où, pour combattre le fléau qui a fait si chèrement expier à l'avide Europe le piliagft des trésors de l'Amérique, on prononçait un bannissement, so;is peine de mort (i) , contre tous les malheureux qr.i en seraient atteints et qui n'auraient p:is l'avantage d'être iHîiirgeois de Paris. — Le tems n'est plus où un arrêt était rendu contre l'é- metique par des juges, qui eussent trouvé fort mauvais que l'on eût fait décider un point de droit par une assemblée de médecins. Le tcms n'est plus où ces législateurs sans (i) En i^py. 256 SUR LE CONSEIL DE SALIBRIÏE. mission proscrivaient l'inoculation (i); où un grand sei- gneur, digne du titre de citoyen (?,), étit puni par une lettre de cachet, pour avoir établi que cette pratique salu- taire diminuait la nmortalité dans la proportion de y 5 à i Et cela, quand, dans la Sicile à demi-barbare, on jouissait depuis quatre lustres des bienfaits de rinoculation (3) ! — Pardonnons au passé et bénissons le présent : grâce au ciel, l'autorité ne croit plus qu'il soit de son honneur de rester en arrière de plusieurs siècles sur la raison , l'huma- nité et l'initruction générale. L'esprit de parti , d'ailleurs, qui, au xvin*, siècle influa, plus qu'on ne le suppose, sur une opposition si contraire au bel essor qu'avaient pris en France la philosophie et les sciences naturelles ; l'esprit de parti sera désormais étranger à toutes les questions de sa- lubrité publique. — Je n'en jurerais pas, dit le philantr-ope , depuis que j'ai entendu deux personnes, très-estimables à cela près, implorer pour leur patrie les bienfaits de la peste. L'une voulait seulement diriger la peste dans le chois de ses vic- times ; je crois bien que je me serais trouvé sur sa liste de visites j et vous aussi peut-être l'autre, plus large dans ses conceptions charitables, demandait le retour de la peste noire .f qui, au xiv' siècle, dépeupla le quart de l'Europe; ajoutant, comme le légat du pape, au massacre de Béziers : Dieu connaîtra les siens! (i) Arrêt du parlement de Paris, S juin i-6ô. (2) M. le comte de Lauruguais, aujourd'hui duc de Brancas , membre de la chambre des pairs. La lettre de cachet l'ut expédiée contre lui , le i5 juillet 1763. (3j Le baron Riedesel, voyageant en Sicile, en ijtij, remarqua que l'inoculation était usitée à Catane , où tUe avait été apportée vinçt-cinq ans auparavant par des voyageurs grecs. VoyezlA traduc- tion anglaise de son vojaije, par Forslcr, pag. 120. SUR LE CONSEIL DE SALUliKITÉ. 257 — Saillies extravagantes, que produit une opinioiî exaltée et que le cœur désavoue! Revenons à notre sujet; ma tâche , telle que vous la présentez , se ramifie en des détails innombrables .... — Mais tous importans: tous intéressent l'existence de l'homme en société. Plaisirs, besoins, travaux, industrie, accidens, maladies, désastres, fléaux de la nature, tout ce qui remplit les diverses scènes de la vie appelle, sous le rapport de la salubrité, votre infatigable surveillance. Quand nous allons chercher dans une salle de spectacle un amusement conforme aux goûts nobles d'un peuple civilisé, devons-nous y respirer, pendant plusieurs heures, un air infect; ou, pour n'être point suffoqués, nous exposera des variations de température subîtes, et dès-lors malsaines .3 Vous demanderez à la science comment on peut aérer convenablement les salles de spectacle. Après avoir appris d'elle ce que l'on peut faire de mieux pour les édifices existans , pourquoi ne l'inviteriez-vous point à s'élever plus haut, et à chercher, pour les édifices projetés, le secret de se passer de ces moyens secondaires, et, par le mode seul de leur construction, d'entretenir la pureté de l'atmosphère, sans en faire brusquement varier la température ? —Ne bornons point nos recherches anx salles de spec- tacles, dit M. ***; rendons-les applicables à tous les lieux où beaucoup d'hommes sont assemblés: ateliers, temples, tribunaux, quel que soit le but de la réunion, le problème reste le même. Il augmente d'importance, si la réunion est durable , s'il s'agit d'un lieu d'habitation commune. Le premier exemple, que m'indique sous ce rapport l'intérêt public, est celui des casetmes. Ne laissons pas s'altérer dans le repos une santé que le militaire conserve souvent Tome xi. j7 258 Slil LE CONSKiL DE SALLBRITE. mieux dans l'activité des camps, au milieu des périls et des fatigues. — L'humanité, reprit \e phi/antropp, réclame les mêmes soins pour ces asiles de douleur, qù la nécessité seule a droit de retenir l'homme au nom de la loi. II faut des dépôts de jnendicùé , puisque, moins heureux qu'on ne l'est à Munich et à Duhlin (i), nous ne sommes pas encore parvenus à guérir cette plaie honteuse de la civilisation. Il faut des priions ; . . . mais n'y torturons point l'indigent, l'accusé, le coupable, par une humidité funeste, par le manque d'air respirable , par l'émanation de miasmes meurtriers; et, quand la maladie l'atteint, que les secours dont il a besoin soient d'autant mieux surveillés, qu'il ne peut les aller chercher au-dehors, et que, par un triste effet de l'habitude, il inspire plus de haine et de mépris que d'intérêt et de compassion aux hommes à qui la loi confie sa garde et son existence. — D'autres organes de la loi, dit le magistrat, établiront (i) Des propriétaires et des négocians de Dublin, réunis en société de bienfaisance , ont fait les fonds nécessaires pour ouvrir de grands ateliers aux mendians valides , et un hospice aux nieadians inva- lides. Quand ces établissemens ont été prêts, les fondateurs en ont donné avis, par des affiches et des circulaires, à tous les habitans de Dublin, en les conjurant, au nom du bien public, de ne plus faire l'aumône dans les rues, mais d'adresser à l'administration de la société les soeimes qu'ils voudraient consacrer au soulagement des malheureux. Cet avis , revêtu des signatures les plus respectables , et appuyé des motifs les plus convaincans, a fait soudain cesser le» auniùnes publiques. Les mendians ne recevant plus pour réponse que ces mots , Allez à la maison de secours , se sont rendus tous à l'hospice ou aux ateliers. (Extrait d'un rapport de M. i/Mzarrf fils, membre-adjoint du conseil de salubrité , sur im voyage qu'il a fait ea Angleterre, en 1818. ) SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 259 des différences dans le sort des liabitans de ces tristes de- meures: moi, je ne verrai dans tous que des infortunés; rien de ce qui les concerne ne doit échapper à mes soins. Pour leur intérêt et celui de la chose publique, je recher- cherai à quels travaux utiles et salubres on peut les occuper. Pour leur intérêt et celui de l'humanité, je m'efforcerai de les préserver de la négligence des gardiens et de la cupi- dité des fournisseurs pour l'ameublement des lits, l'habil- lement, le chauffage, l'éclairage. Ma sollicitude journalière s'étendra sur leurs alimens. . . . — Et sur les nôtres aussi. La partie plus compliquée que difficultueuse des approvisionnemens n'entre point dans vos attributions; mais par combien de détails s'y rattache la nourriture quotidienne d'une grande ville! Le choix de l'eau même n'est pas indifférent : des sources qui la fournissent, des moyens employés pour la porter au loin , des procédés mis en œuvre pour l'épurer, dépendent ses qualités plus ou moins salubres. Vous avez voyagé; vous avez vu que, dans toutes les villes , la nécessité de se nourrir de la chair des animaux oxpose un ou plui?ieurs quartiers à devenir des foj^ers d'in- fection. L'établissement de grands abattoirs doit remédier à ce mai; il l'augmentera, au contraire, si la science ne préside point à leur construction , aux moyens de les aérer et d'y entretenir une propreté scrupuleuse , et si votre sé- vérité vigilante ne prévient pas la négligence, toujours si prompte à laisser le bien tomber en désuétude. La même sévérité maintiendra dans les marchés l'exé- cution des ordonnances de salubrité qu'une police éclairée y introduit. Ce n'est pas seulement la négligence qu'il faut ici réprimer; c'est l'avidité mercantile, c'est l'insou- ciance ignorante, toujours prêtes, l'une à livrer, l'autre à a.'"cepter des aliniens dangereux. Je ne citerai que la iVc- 17 * 560 SUR LE COSiiil. DE SALLBRITt:. quence des accidens causés par l'usage des champignons, quand, pour satisfaire une misérable gourmandise, on viole ou l'on élude les ordonnances de police. Vous ne perdrez point de vue non plus les boissons, si faciles à altérer d'une manière dangereuse , ni la pureté des vases et des mesures métal- liques , où le séjour d'une liqueur innocente peut développer en quelques heures un poison redoutable. Ce qui, dans tout ceci, rend votre tâche plus délicate, c'est le danger d'a- larmer les imaginations par des craintes mal fondées , ou d'entraver par des précautions superflues un commerce nécessaire, de tous les jours et de toutes les heures. A côté du besoin de se nourrir, vient s'en placer un autre, moins souvent renouvelé, mais non moins impérieux et souvent plus aveugle dans ses inspirations: l'homme souffrant ou malade veut guérir. Quand un gouvernement sage donne à l'étude des diverses sciences médicales les plus grands encouragemens , il n'a rempli que la moitié de sa tâche. Combien de malades , dont la santé morale est aussi dérangée que la santé physique ! Entraînés par le caprice, l'ignorance, la sotte crédulité, ils s'éloignent du médecin modeste et circonspect, et courent chercher l'au- dacieux empirique, armé de ses infaillibles necrets. Démas- quer et livrer à la vindicte des lois ces charlatans qui escroquent quand ils n'empoisonnent pas, faire connaître la vanité ou le danger de leurs remèdes secrets, c'est, dit-on en certains pays, se placer entre le risque de dé- plaire à leurs protecteurs et le désir de sauver chaque année la santé et la vie d'un grand nombre de citoyens. Une discipline hygiénique doit également présider à la confection des remèdes avoués par la science, à l'adminis- tration des bains publics, des bains médicinaux, à la com- position et au débit des eaux minérales. L'abus se glisse dans les meilleures choses. SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE. 261' J'étendrai cette maxime jusqu'au zèle que portent dans leurs travaux des anatomistes avides d'instruction; les am- phithéâtres de dissection doivent être stirveillés. Des con- sidérations , puisées dans la jurisprudence , portent à désirer la suppression des amphithéâtres particuliers; l'in- térêt de la salubrité, surtout dans le tems des chaleurs, la. rend indispensable. — Une nécessité, aussi bien prouvée que celîe-ci me paraît l'être, pourra seule, dit le magistrat, me dicter des mesures prohibitives. II faut que celui qu'elles atteignent soit contraint, à la réflexion, d'avouer que lui-même les. solliciterait contre une autre personne. Les progrès des sciences, les intérêts de l'industrie, les droits de la pro- priété sont si respectables! — Voilà dans quelle disposition d'ame vous devrez jour- nellement procéder à l'examen des diverses professions, dont l'exercice, incommode ou insalubre, n'en est pas moins, devenu indispensable pour nos plaisirs ou nos besoins. Il faut préserver de leurs efforts pernicieux, et l'homme qui s'y livre , et les hommes dont la proximité des ateliers peut altérer la santé , compromettre la for^;une , exposer l'exis- tence habituelle à desdésagrémens intolérables. Ici encore-, vous voudrez, j'en suis sAr, aller plus loin que de simples précautions : sans relâche et sans vous rebuter de plusieurs essais infructueux, vous demanderez. à la science d'assainir ' les professions insalubres. Il est des objets dont un dégoût fondé éloigne nos re- gards, dont le voisinage afilige nos sens: une telle délica- tesse vous est interdite. Les chantiers d'équarrissage, où l'on retire des cadavres des animaux, tout ce qui peut en- core servir aux arrs ; les voiries, où s'entassent et pour-- 'rissent les immondices d'une grande ville; les égouts, ks {>ui;ar(î.'^, où .«c perdent les eavjx qui ont nettoyé nos rue5.i 262 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. et nos cours; les fosses d'aisance publiques ou particulières, tous ces étabiissemens dont on ne peut se passer, de- TÎennent éminemment malfaisans, si des soins bien dirigés ne président à leur police, à leur entretien, à leur curage, à leur construction, au choix de leur emplacement. Les mêmes soins sont nécessaires pour les puits , qui se gâtent si facilement par des infiltrations, et dont le curage, néces- sité par l'infection qu'ils répandent et par la qualité délé- tère que contractent leurs eaus, est une opération assez délicate pour compromettre souvent la vie des ouvriers qui l'entreprennent. Le curage des canaux et des rivières, le dessèchement des marais, sont commandés par les besoins de la navi- gation et la prospérité de l'agriculture. Ils ne peuvent s'effectuer sans que l'atmosphère ne se remplisse d'exha- laisons méphitiques, à moins que des précautions sanitaires n'y président constamment. Si l'on néglige ces précautions , ou si l'on ne peut les opposer à des inondations soudainement suivies de fortes chaleurs, on verra se manifester des maladies plus ou moins intenses, plus ou moins promptes à étendre au loin leur contagieuse influence. C'est là une cause féconde d'é- pidémies; malheureusement, ce n'est pas la seule. Trop souvent, une nature marâtre se joue de notre prévoyance, et développant à l'improviste une épidémie meurtrière, ne nous laisse que la triste ressource de combattre , avec des moyens incertains, le fléau que nulle sagesse humaine n'aurait pu conjurer. A côté des épidémies, figurent les épiiooties , dont tes ravages paralysent l'agriculture, portent la désolation dans nos fermes et la famine dans nos marches. On voyait jadis dans l'un et l'autre fléau des effets de la sorcellerie ou des signes de la vengeance divine. A ces SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE. 26S opinions décourageantes ont succédé avec avantage les précautions qui, cernant la contagion, en préservent les lieux les plus voisins de son centre, et les moyens curatil's avec lesquels des médecins courageux viennent l'attaquer de front et lui arracher ses victimes. Moins meurtrière qu'une épidémie, mais plus effrayante quand ses ravages deviennent fréquens , l'hydrophobic prescrit uae police presque cruelle contre le vagabondage des animaux, dont la morsure la fait naître le plus com- munément, et l'emploi de secours douloureux, mais effi- caces, s'ils suivent de près la morsure. Nous avons rappelé l'arrêt qui proscrivit l'inoculation; l'autorité n'a point proscrit la vaccine, bien au contraire. Comment donc se fait-il que vous deviez compter au nombre de vos devoirs celui de lever les obstacles qui s'op- posent à ce qu'elle devienne d'une utilité universelle ? Pourquoi sommes-nous tentés d'envier pour notre pays Vappalto (s) d'Ali-Pacha, chez les sujets duquel la vacci- nation est probablement forcée, comme l'était autrefois la consommation d'une certaine quantité de sel dans les pays dits à& grande gabelle? Comment la petite vérole existe- l-el!e encore parmi nous ? quels hommes ont intérêt à voir leurs semblables victimes de cette horrible maladie?... — Le magistrat parut réfléchir profondément et garda le silence. Le pliiUuilrope comprit apparemment sa ré- ponse, car il continua ainsi: Mettons tout cela, puisqu'il le faut , sur le compte de scrupules inexplicables. Nous placerons ces scrupules sur la même ligne que la sévérité peu éclairée et souvent peu sincère qui , dans un autre genre de maladies, n'a voulu voir long-tems que le vice puni par lui-même. Il ne nous est plus permis d'ignorer '■/; La mise en ferniu de !a vncciiiîitioii. 36A SUR Li- CONSEIL DE SALLBRITÉ. combien de fois le fruit d'un moment d'oubli a été com- muniqué par l'hymen à l'épouse irréprochable, à l'enfanl qui n'avait pas encore vu le jour, ou qui, attaché au sein nourricier, y a puisé avec le lait un abominable poison. Il ne nous est plus permis d'ignorer combien de maladie? constitutionnelles, d'affections meurtrières, ne sont que des dégénérescences du même poison , modifié et masqué .. dans sa transmission par deux ou trois générations succes- sives. Il est du devoir, et il n'est pas au-dessus des forces d'une autorité éclairée, de combattre le fléau dans son foyer le plus actif et de rendre la prostitution moins mal- faisante, en attendant que le progrès des mœurs la fasse un jour entièrement disparaître. Je me fais peu de scrupule, vous le voyez, d'arrêter votre attention sur des détails toujours tristes et quelquefois repoussans. , . . —Et vous avez raison : l'aspect des maux do l'humanité devient moins pénible , quand on s'en occupe pour les soulager. —Les accidens, fréquens dans une grande ville, réclament en faveur des blessés des secours prompts et sagement combinés: des secours maladroits peuvent si facilement aggraver le danger et la souffrance! Les personnes sub- mergées en ont souvent fait la triste épreuve. Vous multi- plierez d'abord, sinon les prohibitions, au moins les pré- cautions pour sauver les nageurs et les baigneurs de leur propre imprudence : mais cette imprudence est telle que, partout où l'on en observera les effets, on n'hésitera point à les assimiler à ceux d'une épidémie, pour peu que les moyens de secourir les noyés et les asphyxiés ne soient pas nombreux et tenus toujours en état de servir. Au'terme où tous arrivent par tant de sentiers divers,, l'autorité n'a point encore achevé sa tâche; s'il convient SLR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 265 que les inhumations soient décentes , il est nécessaire qu'elles soient salubres. L'encombrement des cimetières exposait autrefois l'ouvrier qui creusait une fosse nouvelle à entr'ouvrir avec son outil une ancienne sépulture , d'où s'élançait une vapeur délétère (i), aussi prompte dans ses effets que l'arme la plus terrible. On a reconnu et éloigné ce danger; mais il est encore des mesures de sû- reté et de convenance qu'on doit prendre dans les exhu- mations commandées par les recherches de la justice ou sollicitées par la pieuse affection des familles. Enfin, l'em- placement d'un cimetière n'est point une chose indifférente, non plus que la détermination de l'instant où l'on doit cesser d'en faire usage , et l'emploi des moyens propres à empêcher qu'en aucun tems il ne répande au-dehors de putrides exhalaisons. L'économie politique réclame la publication annuelle de tableaux de mortalité. La comparaison du nombre des décès à celui des naissances sert au gouvernement d'avis et de reproche, ou d'éloge et d'encouragement. Le tableau des décès de chaque âge fournit à l'administrateur l'élé- ment de calculs intéressans sur la marche rétrograde ou progressive de la population, sur la durée moyenne de la vie humaine dans les divers pays, sur l'évaluation probable des jouissances viagères, etc. Le physiologiste, à son tour, les consulte; mais il y cherche des détails plus précis; elles ne seront complètes à ses yeux que lorsqu'elles lui apprendront, autant que la chose est possible, à quel genre de maladie chaque victime a succombé. — Puisse-t il, dit lemagistrat, y puiser alors, sinon la certitude, au moins l'espoir de diminuer le nombre des décès, en prévenant, par le régime et par les moyens (i) Les fossoyeurs nomment cette vapeur le plomb. 266 SIR LE CONSEIL DE SALUBRITE. prophylactiques, les maladies dont elles Tauront instiîiit à prévoir l'invasion. — Je ci'oirai cet espoir fondé , répondit le piiilantrope y quand la petite vérole ne figurera plus sur les tableaux de mortalité. Une autre maladie y inscrira aussi ses victimes et aflli- gera le moraliste autant que l'homme d'état : le suicide. — Votre idée est juste. En mettant de côté les accidens, dont la plupart seraient prévenus, si les hommes voulaient se soumettre aux plus simples précautions; une disposition maniaque, que la médecine peut reconnaître et combattre jusqu'à un certain point , voilà la cause principale des suicides. — Oui ; mais quelquefois aussi une volonté indépen- dante de l'organisation peut y conduire. Un ancien philo- sophe voulait qu'on punît par l'infamie le suicide ; je transporterais volontiers la flétrissure au législateur ou au gouvernement d'un pays dans lequel se multiplieraient loi suicides réfléchis. — Vous seriez sévère. . . . — Je ne serais pas injuste. On reste où l'on est bien; l'homme tient naturellement à la vie. Si une disposition maladive ne vient pas détruire en lui le penchant irrésis- tible qui porte tout te qui a reçu rexisleuce à se conserver, croyez fermement que, dans l'cùacation , dans les lois, dans l'administration, se cache quelque vice secret, dont les suicides vous montrent le résultat. Non, certes, qu'il ne puisse exister des douleurs véritablement intolérables, quand nul espoir ne les soulage : telle est celle de voir tomber sa patrie sous le joug d'un tyran ou sous le joug plus humiliant de l'étranger. Mais ces grands désastres ne sont pas communs , et les auîes capables de les sentir dans toute leur étendue sont plus rares encore. Hors de là, les. SUR LE CONSEIL DE SALLBIVITE. 2G7 consoîalioiib et le tems finissent par triompher du chagrin le phis juste ; le travail ou la bienfaisance viennent soulager la misère; la mort n'est plus regardée que comme une nécessité éloignée , et non comme un terme désirable. J'apprécie, ainsi qu'ils méritent de l'être, les argumens, les exhortations, les dispositions pénales que l'on oppose au suicide ; mais je penche à croire que le plus sûr moyen d'empêcher les hommes de se tuer, c'est de les laisser êîic bons, de les aider à devenir raisonnables et de les i-endrc heureux. . . Oh! si la dernière pensée des infortunés qui renoncent à la vie se pouvait exhaler avec leur dernier soupir, combien accuseraient les loteries! combien les maisons de jeu ! combien .... — Ici le magistrat interrompit son ami , parce qu il sortait de la question;. . . ou plutôt, par la même raison, j'interromprai une conversation imaginaire, en avouant que toutes les idées utiles qu'elle peut renfermer ont été inspirées par l'étude des travaux du co/iseil de saluhrilè , établi près de la pi'éfecture de police de Paris. Et pour prouver à l'ami de l'humanité que ces idées ne sont point des rêves philantropiques , pour lui offrir l'espé- rance de voir le bien s'opérer chaque jour davantage, en lui montrant par quels moyens faciles on peut y parvenir, je tracerai l'histoire de cette excellente institution, d'apiôs les comptes qu'elle-même a rendus de ses travaux à l'au- torité qui s'environne de ses lumières. « Avant la révolution (i), la police administrative et judiciaire, partagée entre plusieurs autorités, n'avait ni cet ensemble ni cette unité d'action si nécessaires dans une grande cité. Le ministre de Paris, le lieutenant de police, le prévôt des marchands, avaient chacun d;ins (i) Compte rendu des travaux du conseil dj saluùràà pend.int l'ann€^ ibi 7 , paj"» 2 et 5. 268 SLR LE CONSEIL DE SALUBRITE. leurs attribulions une partie de la surveillance qu'exige lu salubrité publique. De là, l'impossibilité d'avoir sous ce rapport un système complet et une jurisprudence régu- lière, comme celle que le conseil de salubrité s'efforce d'établir depuis quelques années. « La police cependant était fort bien faîte sous M. de Sarline, sous M. de Breteuil, sous M. Lenoir; mais il faut convenir qu'elle était beaucoup plus facile à faire. Au commencement de la révolution, la population de Paris, suivant les relevés faits par ordre de l'assemblée consti- tuante, était de 55o,8od habitans ; tandis que le dernier recensement, fait en 1817, la porte à 713,765 individus. A la première époque , la consommation journalière en farine était de i,5oo sacs ; elle s'élève aujourd'hui à i,S6o sacs. Mais ce n'est pas seulement parce qu'il y a 162,966 individus de plus à Paris que la police est plus difficile, c'est parce qu'il y a un mouvement beaucoup plus grand d'affaires. Le blocus continental, en suspendant pendant plusieurs années tout le commerce maritime, a éveille l'industrie française, qui a fait les plus grands efforts pour suppléer aux objets dont le peuple était privé. Le com- merce intérieur a pris une activité incroyable ; Paris en est devenu l'entrepôt général Les fabriques et les manu- factures se sont multipliées; pour e.Tectuer le transport des matières premièFes et des marchandises, des maisons de roulage se sont élevées dans tous les quartiers. Les étrangers abondent de toutes [es parties du globe ; ce concours immense, ce mouvement continuel, ces travaux si divers ont dû rendre ks accidens beaucoup plus fréqucti> et la surveillance plus diflicile. « En 1802 (i), toutes tes fois que M. le préfet do police (i) Compte rendu déjà cil i: , page i. SUR LE CONSEIL DE SALliBRITÉ. i69 avait une décision à donner sur un objet de salubrité il prenait l'avis d'un médecin , d'un chimiste, d'un agronome ou d'un chirurgien vétérinaire , suivant l'objet qui fixait son attention. Cet avis n'était pas toujours demandé à la même personne ; il n'était pas discuté; quelquefois les con- sidérations que présentait une affaire exigeaient la réunion de deux ou trois artistes ou savans , qui formaient une couîmission temporaire. « Cette manière de procéder avait des inconvéniens qui furent bientôt sentis ; et l'un des chimistes habituellement consultés (M. Cadet de Gassicourt) proposa à M. le préfet de police la création d'un conseil de salubrité, qui serait chargé de discuter et de résoudre les différentes questions que l'hygiène publique fournirait à l'administration préfec- torale. » Ce conseil fut institué le 6 juillet 1802 (i). Composé d'abord de quatre membres , il eut pour attributions l'exa- men des épizooties, des boissons falsifiées, des manufac- tures ou ateliers insalubres , puis la visite des prisons et la direction des secours publics. En 1807, le nombre de ses membres fut porté à sept; il fut tenu de s'assembler au moins deux fois par mois. On lui confia la statistique mé- dicale et la confection des tableaux de mortalité , l'analyse des remèdes saisis et des vases suspects , l'examen des marchés, des rivières, des tueries, etc. Des épidémies se manifestèrent dans les environs de Paris; les soins assidus qu'elles nécessitaient faisaient alors partie des altributions du conseil (2) ; on y adjoignit, en conséquence , deux médecins. Ses attributions prenant (ly /è/'J., pages4 et 5. (a) Les soins que récbnient les épidémies sont aujourd'hui du ressort de la prérocture du H;''partpm<>nt de la Seine. 270 SLR LE CO>'SEIL DE SALUBRITE. succcPsiveiDent plus (.r^teiidiic , 0:1 ;i clé dans le cas d'auir'.nenter encore le nombre de ses rucmbrr'S ; il est aujourd'hui de douze (1). Le conseil s'assemble régulière- meiii le yendredi de chaque semaine. A-t-il répondu aux espérances qu'on avait dû concevoir de son institution ? Il est difficile de ne pas l'affirmer, «juar.d on voit que ses travaux n'ont cessé d'embrasser, et toujours avec fruit, le cercle immense que nous avons tracé. Nous nous bornerons à rappeler les plus importans. Tels sont l'analyse des différentes eaux que distribuent dans Paris la pompe ^'otre-Dame, l'aquéduc d'Arciieil et le canal de l'Ourcq ; la visite et l'approbation motivée du grand appareil épuratoire de Smith et Guchet; Iv con- cours aux expérienccb faites sur les moyens de secours dans les incendies , ayeclcs échelles proposées par MM. Ré- gnier et Tréchard, et le sac sauveur de M. Daujon; des tableaux statistiques de mortalité, exécutés tous les ans, et la rédaction d'une nomenclature nosographiquc des- tinée à l'usage des médecins d'hôpitaux et propre à don- ner plus de régularité et de précision aux tableaux par- tiels de mortalité, dont le tabhan général doit se composer ; de nombreuses instilutiona sur les champignons véné- neux (2), la construction des paratonnerres, les précautions (1) Sous la présidence de M. le prelet de police : ?.î. Bérard, meure dss requêtes , l'ke-prèsi'leni ; M. Cadet dr Gassicocbt, secré- taire-rapporteur; MM. J. .T. Lkroux, Deykcx, Hczahd, Dupuvtrkn, Petit, Pabiset, Dahcet, Marc, Girard; et Kuzard fiis, adjoint. (a) Uu botaniste est chargé, par la préfecture de police , d'ins- pecter tous les jours les champignons qu'on apporte aux marchés de la capitale. On n'y admet que les champignons cultivés, et seulement quand ils sont nouveaux et peu développés. Depuis que celte me- sure est en vigueur, il n'y a pas d'exemple que des champignons achetés à la halle aient causé des accid.ns. SLR Lî-: CONSEIL J)î: salubrité. 271 .à prendre contre I'liy<'i'ophobie , le eiirag-;; des nuits et des égouts, les procédés de désinfection et ceux de venti- lation. Une occasion s'est offerte pour appliquer en grand la théorie de la ventilation. Après avoir recueilli , tant en France qu'en Angleterre, tous les documens nécessaires sur la construction la plus parfaite des théâtres, le conseil a communiqué son système à l'architecte qui a entrepris la nouvelle salle do Vopéra; cet artiste, en conséquence, a tout disposé pour que l'air se renouvelle dans la salle sans abaisser la température, et pour que l'on puisse même régler la température selon la saison et l'affluence des spectateurs. Les moyens de secours publics , les brancards méca- niques, les appareils et bouées de sauvetage, les boîtes fumigatoires, placés sous l'inspection paiticulière d'un des membres du conseil ( M. le docteur ilJa/c) , ont été perfectionnés chaque année , en même tems qu'une ins- truction précise indiquait la marche à suivre pour rappe- ler à la vie les noyés et les asphyxiés. Le conseil a pro- voqué et obtenu l'emploi des chiens de Terre-Neuve, qu'un instinct admirable instruit à sauver les hommes submergés; déjà, l'on possède à Paris un certain nombre de ces utiles animaux , et les occasions ne manqueront malheureusement pas pour réclamer leurs services. Le régime des prisons du département et du dépôt de mendicité devait fixer l'attention du conseil de salubrité. Tous les ans , a des époques indéterminées, plusieurs de ses membres ont visité ces établissemens ; ils ont mis chaque fois sous les yeux de M. le préfet de police les observations qu'avait fournies ou confirmées l'examen le plus scrupuleux. Ils ont été assez heureux pour obtenir de nombreux changemens en bien. Les loo-emens el les infir- 272 SUR LE CONSEIL DE SALUÈRITÉ. meries des prisonniers ont été assainis, et leur nourri- ture et leurs vêtemens améliorés; on a supprimé les Ira- Taux qui altéraient leur santé, et aboli l'usage des cachots souterrains à la Force et au dépôt de Saint-Denis. Un dessèchement considérable ^ celui de l'étang de Coquenard, a été entrepris sous la direction du conseil. Trois cents ouvriers y ont été occupés dans la saison la plus malsaine; pas un seul n'est tombé malade. Les mêmes moyens de salubrité ont été indiqués pour le curage an- nuel de la rivière de liièvre. Les plaines de Créteil et de Maisons éprouvèrent plu- sieurs inondations, auxquelles succédèrent des fièvres endémiques; le conseil s'y transporta, deux années de suite, pour indiquer les moyens d'assainissement; et les autorités locales peuvent maintenant prévenir le retour de ces accidens; mais, en cette occasion, justement frappé de l'importance dont seront toujours, dans les épidémies, la promptitude des secours et l'uniformité de leur direc- tion, le conseil proposa de créer, pour atteindre ce but, une ambulance départementale , et rédigea le plan de son organisation. Je ne dois point passer sous silence la suppression des amphithéâtres particuliers de dissection, les réglcmens faits pour les bains publics et médicinaux et la vente des eaux minérales, le transport des voiries hors de la ville, la poursuite et la condamnation d'une foule de vendeurs de remèdes secrets, espèce d'hommes qui , au mépris de la loi, ne cesseront de se reproduire que quand, à une sévérité inflexible pour les réprimer, se joindra, pour les laire connaître , une telle publicité (i) qu'ils ne pourront plus désormais abuser personne. (i) On a observé que les journaux , qui rpudcnt compte si volon- tiers des actes des tribunaux , se taisent presque toujours sur les SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 273 De ces bienfaits, obtenus par le zèle du conseil de salu- brité, se rapproche naturellement l'établissement, à Paris d'un dispensaire. Les attributions de ce bureau de consul- tation s'étendent surtout aux maladies des femmes pu- bliques. Le nombre des malades qui, en 1800, était dans la proportion de un à neuf, a graduellement diminué. En 1816, la proportion n'était plus que de un à vin°-t- sîx , et, en 1820 , de un à quarante-trois. Il est des professions (1) et des manufactures dont les ateliers exhalent des vapeurs incommodes , souvent même insalubres. Les personnes que le voisinage expose à en souffrir adressent leurs phiinles à l'autorité, qui les ac- cueille et charge le conseil d'examiner jusqu'à quel point elles sont fondées. Les réclamations de ce genre , dans l'espace de dix-neuf années, sont devenues l'objet de plus de deux mille rjpporis. Le conseil a conclu à l'éloigne- ment et à l'isolement des ateliers nuisibles ; et, en votant la conservation de ceux qui ne méritent point cette rigueur, il a mis leurs propriétaires sur la voie d'améliorations propres à atténuer leurs inconvéniens ou à les faire dispa- raître. Envisageant ensuite, dans son ensemble, ce vaste sujet, il a présenté au gouvernement, sur la classificatiou des professions insalubres et incommodes , un travail qui est devenu la base d'une ordonnance du roi, en date du 1 A janvier 181 5. Ces professions y sont divisées en trois classes : x" celles dont les ateliers doivent être isolés de toutes les habitations; :i° celles dont l'établissement, dans arrêts de ce genre. Ainsi, «n seu/ journal a annoncé la condamna- tion prononcée successivement par deux tribunaux, contre M. ♦ ♦ ♦ pour avoir vendu, sans titre , de prétendus grains dj santé. (i) Les vacheries des nourrisseurs appellent fréquemment l'exa- men du conseil de salubrité. Tome xi. 18 27A SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. le Toisinage des habitations, ne doit être permis qu'autanî que des précautions légales seront prises pour qu'il n'en résulte aucune incommodité ; 3° celles qui , sans être assujéties aux restrictions énoncées, ont besoin, pour s'établu", d'une autorisation que les localités et les circons- tances peuvent faire accorder, refuser ou modifier. Cette ordonnance nous paraît avoir atteint parfaitement son but. Ce n'est pas seulement le magistrat chargé de son exécution qui en doit étudier les détails, c'est aussi le philosophe politique, s'il veut acquérir une idée juste de cette partie importante et peu connue de l'administration. Le tems néanmoins y apportera des changemens , mais des changemens utiles et honorables ; ils seront le fruit des efforts que la science fait chaque jour pour diminuer le nombre des professions insalubres. Déjà, depuis quatre ans, l'opération du sècréiagey qui exposait jadis les ou- Triers chapeliers à des maladies graves, a été heureuse- ment modifiée; le conseil de salubrité s'est assuré qu'elle ne compromet plus la santé de ceux qui l'exécutent, et qu'on peut dès-lors autoriser, dans les prisons, la forma- tion d'ateliers de chapellerie. Feu M. Ravrio avait fondé un prix pour celui qui trou- verait le moyen de préserver les ouvriers doreurs de la vapeur pernicieuse du mercure , sans nuire à la précision et à la perfection de leur travail. Le problème a été com- plètement résolu par un membre du conseil de salubrité, M. Darcet. Dans un grand nombre d'ateliers, le conseil a introduit l'usage salutaire des ïoumetun^ fumivores. Il a indiqué aux fabricans de bleu de Prusse des appareils propres à neutraliser le dégagement du gaz hydrogène sulfuré. Il a donné aux hongroyeurs le moyen de passer leurs cuirs en ïuif, sans exposer les ouvriers à être asphyxiés par la va- SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. S75 peur du charbon. Il a rectifié les appareils employés pour ia carbonisation du bois et pour la distillation des eaux- d^-yie de pommes de terre. Il a introduit des améliora- tions considérables dans les fabriques d'acides et de pro- duits chimiques, dans les raffineries de sucre, les fonde- ries de suif, les amidonneries, les savonneries elles fa- briques de soude artificielle. Enfin, il a obtenu de la mu- nificence de M. le préfet de police les fonds d'un prix pour le perfectionnement de l'art de la bojauderie. Le concours est ouvert, et déjà il a conduit à i'inventioo du perfectionnement demandé. Chacun des membres qui composent le conseil de salu- brité est astreint, par les places qu'il occupe ou la pro- fession qu'il exerce , à des occupations qui sembleraient devoir l'absorber tout entier; chacun d'eux consacre les courts instans de son loisir à des travaux scientifiques (i), que plus d'une fois le public a été dans le cas d'apprécier. Comment donc ce corps peut-il faire autant et aussi bien? Tel est le fruit d'une organisation sage. Tel est surtout l'effet de cette philantropie qui échauffe toute ame hon- nête, et que développent encore, en rendant sa marche plus sûre, l'accroissement des lumières et l'activité morale qui en est la conséquence : noble sentiment, dont jamais, en France, un magistrat ne secondera l'essor, sans être bientôt récompensé de ses soins par les résultats les plus brillans et les plus avantageux. Pénétré de cet espoir légitime , et bien certain que le (ij M. Cadet de Gassicourt doit incessamment publier un Traité de police hygiénique , ou de salubrité publique. On ne peut qu'au- gurer favorabfcment d'un ouvrage où l'auteur a consigné les fruits de dix-neuf années d'expérience dans la place laborieuse de secré- taire-rapporteur du conseil de salubrité. 18* 576 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ, chef du conseil de salubrité et ses membres pensent comme moi, que l'on n'a pas lait assez de bien tant qu'il en reste à faire , je me permettrai d'offrir à leur zèle quel- ques problèmes à résoudre. 1° Après aroir assaini les boucheries par l'établissement des abattoirs^ pourquoi n'en pas faire disparaître les scènes de cruauté, toujours révoltantes, et quelquefois accompa- gnées de dangers? Il ne s'agirait que de substituer, au procédé habituellement employé pour abattre les animaux, une lésion forte et subite à la moelle épinière. On a, je crois, tenté en ce sens quelques essais qui n'ont pas réussi; cela arrive souvent aux méthodes contraires à l'usage reçu, et ne prouve jamais beaucoup contre leur adoption. Le pro- cédé que nous recommandons réussit constamment en Espagne, où l'on n'en connaît point d'autre. 2° La police , qui empêche les cimetières existans de devenir insalubres , ne peut-elle s'occuper, une dernière fois, de ceux dont elle prescrit la clôture, et ordonner qu'on y répande avec profusion, dans la saison conve- nable, les graines d'arbres les plus propres à y prospérer ? Leur végétation forte et prompte assainirait le sol, en ab- sorbant ou en épurant les vapeurs que la chaleur et l'hu- midité en feraient sortir ; elle préserverait pour long-tems de l'atteinte de la bêche ou de la charrue une terre que l'intérêt de la salubrité , non moins que celui de la décence, proclament inviolable. Ces arbres enfln, quand l'homme pourrait se reposer sous leur abri, mêlant une douce im- pression de mélancolie i\ la jouissance de leur ombrage, lui rappelleraient le souvenir des générations éteintes, dont ils couvriraient les restes; souvenir qui ne serait pas sans avantage , et pour les sentimens affectueux , et pour les inspirations poétiques, et pour les hautes leçons de In philosophie. SUR LE CONSEIL DE SALIBRITÉ. 277 5° Il est des contrées où l'on regarde le crime et les habitudes perverses comme des maladies de l'ame , contre lesquelles échoue rarement l'emploi d'un régime à la fois physique et moral. Comment n'essaie-t-on pas de natura- liser en France une idée si bien appropriée à la douceur et à la générosité du caractère national ? On a plus d'une fois provoqué l'abolition de la peine de mort : ZQ, serait, ce me semble , commencer l'ouvrage par la fin , aussi long-tems que le système des lois pénales ne tendra pas visiblement à l'amendement et à l'amélioration du cou- pable, aussi long-tems qu'on n'aura pas supprimé ces flétrissures , ces réclusions à perpétuité , ces travaux for- cés qui, loin de corriger un condamné , ne servent guère qu'à le rendre plus pervers et plus habile dans sa perver- sité. Un seul moyen d'y parvenir se présente : c'est d'imi- ter en France V hygiène des prisons de Philadelphie (i). Les membres du conseil de salubrité, qui portent fré- quemment dans les prisons le regard observateur du phy- siologiste et celui du philantrope , peuvent provoquer à cet égard une première tentative ; elle serait peu coûteuse; et, en supposant qu'elle ne réussît pas immédiatemept , les coupables sur qui elle aurait échoué n'en sortiraient pas plus méchans qu'ils ne le sont, après une année de (i) Des prisons de Philadelphie, par M. de la Rochefoucault- Liancourt ( in-8°. Paris , an IV.) Turnbull , Visite à la prison de Philadelphie , traduit par M. Petit-Radel ^in-S". Paris , 'an VIII. ) On lira aussi avec fruit les Notes recueillies en visitant les prisons de la Suisse , etc. , par Francis Cunningham ( in-8°. Genève , 1820.) Enfin, dans la cause de l'humanité, on nous excusera peut-être, si nous rappelons que l'idée de faire du régime des prisons un véritable traitement moral a été développée avec quelque étendue dans un ouvrage intitulé : Des rapports de la médecine airec la politujue ^ par Eusèbe Salverte (^in-12. Paris, 1806 J. pag. f\'[-%i. 278 SUR LE CONSEIL DE SALUBRITE. séjour à Bicêtre ou aux galères. Et si elle réussissait? . » Celui qui, d'un ennemi de la société, parviendrait ainsi à faire un homme bon et utile , ne mériterait-il pas bien' la couronne décernée, dans une ancienne république, à celui qui avait sauvé la vie d'un citoyen ? En formant de tels vœux , je ne prononce pas sur la facilité de les réaliser. Pour hûter ce jugement, pour ac- croître cette facilité, puisse le conseil de salubrité voir s'agrandrir encore le cercle de sa bienfaisante influence! Depuis 1817, il a publié chaque année un Rapport général de ses travaux (i) , et M. le préfet de police vient de l'au- toriser à faire insérer, dans les Annales de V industrie na- tionale et étrangère (2), les Rapports particuliers, dont la publication lui paraîtrait avantageuse. C'est un pas impor- tant : la publicité est amie de l'industrie comme de la justice et de la vérité; mais l'institution elle-même pour- rait être conçue dans un plan plus vaste. La véritable place du conseil de salubrité ne serait-elle point près du ministre de l'intérieur, d'où il correspondrait avec les pré- fets qui, dans chaque département , auraient près d'eux une institution analogue ? Alors les travaux faits pour la capitale serviraient pour toutes les parties du royaume; alors, en épargnant le tems et l'argent que la divergence des diverses autorités force à dépenser, on ferait tout plus (1) Notre exposé des travaux du conseil de salubrité est extrait presque textuellement de ses quatre Rapports , et de renseignemens sur les années antérieures à 1817, que nous devons à la complaisance de M. le secrétaire-rapporteur. (2) Annales de l'industrie nationale et étrangère^ ou Mercure technologique , par MM. Lenormand et De Moléon. ( Paris, Bache- lier, libraire , quai des Augustins , n" 55. ) Ce recueil , annonce avec éloge dans la Rei-iie Enyclopèdique . se compose déjà de quatre volumes in-8". SUR LE CONSEIL DE SALUBRITÉ. 279 vile, ù moins de frais, et avec cet enseuible précieux qui double la valeur des opérations administratives. Le Conseil de salubrité compte dix-neuf années d'exis- tence : il n'est donc pas difficile de prononcer si l'amélio- ration proposée ne serait point, de la part du gouverne- ment, un véritable bienfait. Peut-être se décidera-t-on quelque part pour l'affirma- tive, si, comme il est permis de l'espérer, cette estimable institution compte un jour, en Europe, de nombreuses rivales (i). Exjsèbe Sal-verte. N. B. Les attributions du Conseil de salubrité embrassent dans leur ensemble les objets qui intéressent le plus la santé et la sûreté publiques , la civilisation et l'bumanité. Tout fait espérer que des ins- titutions analofi^ues seront successivement naturalisées dans toutes les contrées de l'Europe. Si les bommes éclairés et pbilantropes , qui doivent être appelés à former de semblables conseils, établissent entre eux, sur quelque point du globe qu'ils soient placés , des échanges mutuels de leurs observations , de leurs v riences et des amélio- rations qu'ils auront pu introduire dans les différentes parties de la police sanitaii-e et de l'hygiène publique, ces communications ne tarderont pas à faire jouir chaque grande ville et chaque nation des avantages qu'une seule ville ou une seule nation aura d'abord obtenus. La Reloue Encyclopédique , dont l'un des principaux objets est d'of- frir un moyen régulier et centi al de communications et d'échanges entre les hommes qui s'occupent de vues utiles, recevra avec recon- naissance et s'empressera de publier tout ce qui concerne les moyens d'améliorer la sûreté et la santé publiques, dans tous les pays où s'é- tendent ses relations ; et ses correspondans sont invités à rechercher particulièrement et à lui transmettre les détails de ce genre qui leur paraîtront d'un intérêt général, dans les lieux qu'ils habitent ou qu'ils ont l'occasion de visiter, (^o/. ci dessus, Tom. Il, pag 062, Tom. IV, pag. 286 et suiv.) M. A. J. (1) La Société d'humanité de Londres ( The royal humane So- cietj ) a le même hiit que le Conseil de salubrité. Elle vient de pro- poser à celui-ci une communication réciproque des travaux des deux institutions ; son offre a été acceptée avec empressement. »,V\VVV\VVl\»iV\\l\*\VV^\\VVi%.VVVVV%'\l\.%\%,VV%*VVVfcV\"VVV\*V\%\\'»%\V\l\»%'fc'\*VV» II. ANALYSES D'OUVRAGES. SCIENCES PHYSIQUES. Mémoire sur la digie de Cherbourg , comparée au, Breahvater, ou jette de Pljmoutk , par J. M. F. Ca- CHiN , inspecteur général des ponts-et- chaussées , officier de la Légion- d'Honneur, etc. (i). C'est avec bien de la raison que Pline le jeune a dit : major è longinquo reverentia. Au physique comme au moral, cette maxime trouye chaque jour de nombreuses applications, et j'en apporterai pour nouvelle preuve l'ouvrage que je vais examiner. Quelle célébrité n'a-t-on pas donnée à ces inutiles pyramides, à ces fastueux et gigantesques monumens de l'orgueil d'un despote, qui, suivant l'énergique expression du malheureux Legouvé , D'un vain poids apris lui fatigue encor la terre ? Et cependant, sous nos yeux, pour ainsi dire, un monument plus utile, presque aussi vaste et non moins étonnant, a été construit dans les immenses profondeurs d'une mer orageuse, et pendant les tempêtes plus terribles encore peiit-être des guerres civiles et étrangères ! A peine dai- gnons-nous jeter un regard sur les résultats d'une aussi prodigieuse entreprise , quand ils nous sont offerts par le savant ingénieur même qui a eu l'audace de l'exécuter! Et l'homme aussi a dit à l'Océan : Tu viendras jusqu'ici et tu niras pas plus loin; il a posé, à une lieue du (i) Paris, 1820.— In 4" àv. 85 pages avec planches. Imprimerie de Firmin-Didot. SCIENCES PHYSIQUES. 281 rivage, une vaste et immuable barrière, contre laquelle vient mugir, se briser et s'éteindre toute la rage des flots impuissans. Depuis long-tems , le gouvernement avait senti la né- cessité de créer un port militaire dans le canal de la Manche. Les débris des vaisseaux qui périrent dans le fu- neste combat de la Hougue (1692), s'élèvent encore pour accuser la négligence de ceux qui n'avaient pas songé à leur assurer une retraite (i). « La baie de Cherbourg, dit M. Cachin, parut la position la plus favorable à cette destination. En elïet, sa situation très-avancée sur la route des vaisseaux offre toutes les facilités désirables, soit pour surveiller les mouvemens de l'ennemi, soit pour inquiéter ses convois, soit enfin pour rassembler tous les détails nécessaires à une grande expédition maritime. » Celte rade, d'une excellente tenue, est également favo- rable à l'arrivée et au départ des vaisseaux de presque tous les airs de vent et dans tout état de marée. Elle comprend un mouillage d'une vaste étendue; elle est susceptible de toutes sortes de moyens d'attaque , de protection et de défense; elle réunit enfin, sous les rapports militaires et maritimes, tous les avantages qui peuvent influer sur le sort de nos forces navales et de nos relations commerciales. Divers projets furent successivement formés et aban- donnés presque aussitôt. Cependant, on proposa d'échouer quatre-vingt-dix caisses de forme conique, tronquée de i4o pieds (45 mètres 5o centimètres) de diamètre à la base, sur 60 pieds ( 19 mètres 00 centimètres) de hauteur verticale. On devait ensuite les combler en pierres sèches, etj les liant avec des chaînes de fer, clorre ainsi la partie (i) On voit encore au Cap la Ilougue des carcasses des bàtimens coulés pendant et après le combat. 282 SCIENCES PHYSIQUES. ouverle de la rade. Ce système, séduisant par l'économie qu'il présentait et par la simplicité de son exécution , fut bientôt reconnu impraticable. On convint alors qu'il follait verser, dans toute l'étendue de la partie que l'on devait fermer, des masses de pierres considérables , et l'activité des travaux fut telle , qu'à la un de 1790, le volume des matériaux versés s'élevait à deux millions six cent soixante - cinq mille quatre cents mètres cubes, et occupait une étendue de 3,898 mè- tres, sur uhe largeur de quatre-vingt-dix pieds (29 mètres 25 centimètres); mais l'expérience fît connaître bientôt que les dimensions des pierres employées à ce travail n'offraient aux efforts continuels de la mer qu'une faible et inutile résistance. Il fallut employer des blocs de i5 à 20 pieds (5i à 69 centimètres) cubes , que l'on arrachait des flancs de la montagne du Roule, et qu'une multitude de bateaux construits pour ce travail allait porter à leur destination. Il faut lire, dans le mémoire même, les dé- tails de cette opération dont on conçoit toute la difficulté ; nous nous bornerons à dire qu'en peu de tems , la digue , revêtue de ces masses de rochers , opposa une force suf- fisante aux coups de mer qu'elle devait arrêter. Lorsque la digue, vers la fin de i8o3, eut été élevée à 9 pieds (2 mètres 92 centimètres) au-dessus des plus hautes marées d'équinoxe, le gouvernement résolut d'y établir une batterie dont on avait depuis long-tems re- connu la nécessité pour protéger les passes est et ouest de la rade. En i8o4, les travaux furent continués avec beaucoup d'activité. Soixante bâtimens furent employés journelle- ment au transport des matériaux , et seize bouches à feu furent ajoutées à celles qui se trouvaient déjà sur le fort. Les années suivantes, quelques orages occasionnèrent SCIENCES PHYSIQUES. 283 de légers dégâts; mais, le 12 février 1808, une tempête effroyable s'éleva, renversa les épaulemens de la batterie, enleva les canons pom- les porter à une grande distance de leur place et causa de grands malheurs. Si les effets de cet ouragan furent déplorables sous beaucoup de rapports, ils eurent du moins l'avantage de donner à la digue la forme plus convenable à sa solidité; les blocs énormes qui en formaient le recouvrement furent bouleversés, pressés et disposés sur de nouvelles pentes avec une telle régularité , qu'ils semblèrent avoir été cimentés par la main des hommes. « Le principal effet de cette tempête , la plus violente dont on ait conservé le souvenir, fut de consolider l'ou- vrage, en mettant un dernier terme au déplacement des matériaux dont il avait été formé. Ces enrochemens ont offert depuis ce tems l'aspect d'une plage naturelle de rochers , sur lesquels les varechs croissent et se multiplient , de manière à offrir la preuve incontestable d'une stabilité par- faite , et qui ne pouvait être que le résultat d'un ébranle- ment général et tout-à-fait extraordinaire. « La reconnaissance qui fut faite à cette époque de la nouvelle configuration que la mer avait attribuée aux en- rochemens , confirmée par toutes les vérifications ulté- rieures, a fait connaître que /es digues, aiitsi construites et exposées à l'action de la mer, affectent, entre leur sommet et le sol sur lequel elles reposent, quatre talus entièrement diffèrens , dont l'inclinaison parie en raison de la violence des flots et de la durée de leur action , aux divers degrés d'ascension et d'abaissement des marées. » M. Cachin donne les résultats des observations qui ont conduit à cette règle générale , inconnue jusqu'à ce jour, et qui sera du plus haut inléièt pour les ingénieurs qui 28A SCIENCES PHYSIQUES. auraient désormais ù entreprendre des constructions sous- marines. Après avoir présenté le tableau des matériaux employés et des sommes dépensées (elles s'élèvent à 20,968,936 fr.), des matériaux à employer et des sommes à dépenser encore pour que l'ouvrage soit entièrement terminé , le sa- vant auteur du mémoire fait connaître les plans qui restent à exécuter, et il passe à une seconde partie qui intéresse éminemment l'honneur national, puisqu'il s'agit de la comparaison de la digue française avec un ouvrage du même genre construit à Plymoulh, par les Anglais, Nous donnerons d'autant plus d'étendue à l'analyse de ce second chapitre, que les rédacteurs de V Encyclopédie Britannique, trompés par les renseignemens erronés sans doute qu'ils ont recueillis sur les travaux de Cherbourg, n'ont pas craint de comparer les entreprises des deux nations, et d'avancer que la manière simple etexpéditive avec laquelle le breakwater (jetée de Plymoulh) avait été construit, offrait un contraste curieux avec la multitude d'employés, le tems et l'ostentation que l'on a mis à la conduite des travaux de Cherbourg. Citons leurs propres expressions : « The small establishment and quick vianner ivith which this great work has heen carried on,form a curious con- trast with ihe multitudes employed on ihe hreakvvater of Cherbourg, the time occupied by that undertaking and the parade and ostentation with which itwas conducted.yt (Année 1817, pag. A58. — ^r/zV/?.) — Les mêmes rédacteurs ne craignent pas d'ajouter: «^ very considérable part of expence might haçe been saved by dispensing altogether u-ith the cônes, ail of which bursfj as might hai'e been ex- pecied^froni the superincumbent weight ofa deep coloumn of water pressing the stcnes within against their sides. » SCIENCES PHYSIQUES. 285 a Une partie tiès-considérable de la dépense aurait été épargnée, si l'on s'était abstenu de construire des cônes qui crevèrent tous, comme on devait s'y attendre, à cause du poids énorme de la colonne d'eau qui pressait les pierres sur les parois, dans l'intérieur.» Quoi ! c'est dans le pays qui a donné naissance à Newton et qui possède encore ses Davy, ses Rennie, ses Tedford et tant d'autres hommes célèbres; c'est dans un des prin- cipaux recueils scientifiques, c'est sur la terre classique de l'Ecosse , qu'un écrivain , ignorant les premiers principes de l'hydrostatique, en jugeant et en critiquant avec beau- coup de sévérité un des plus beaux monumens qui soient dus au génie de l'homme, ne craint pas d'avancer que la pression exercée verticalement par une colonne d'eau est plus forte que la résistance latérale opposée par une co- lonne d'un plus grand volume! ... Ce fait suffirait seul pour donner une idée de l'article que nous réfutons ; mais comme chaque jour les découvertes françaises sont en butte à des attaques aussi peu fondées, nous allons suivre le savant Anglais dans ses calculs. Nous venons de voir que d'après lui le break water de Plymouth a été exécuté d'une manière plus économique que la digue de Cherbourg. Eh bien! M. Cachin prouve jusqu'à l'évidence que l'ouvrage anglais a coûté 16,491 fr. le mètre courant, tandis que l'ouvi'age français, pour le même volume , n'a coûté que 8,717 fr., c'est-à-dire à peu près moitié moins. Cependant, les difficultés qu'on avait à surmonter de part et d'autre n'étaient nullement comparables. A Cherbourg, on créait un monument entièrement nouveau ; à Plymouth, on imitait un ouvrage déjà fait, et l'on profitait deà leçons inap- préciables de l'expérience: à Cherbourg, il fallait travailler sur une côte qui n'était presque pas abritée; à Plymouth, on élevait dans une rade déià très-bonne dans son état na- 286 SCIENCES PHYSIQUES, turc 1 : A Plymouth, il ne fallait qu'une digue de peu d'é- tendue; à Cherbourg, on avait à fermer un espace quatre fois plus grand : enfin, à Plymouth, le rocher d'où l'on tirait des matériaux très-commodes touchait au rivage, tandis qu'à Cherbourg la montagne du Roule, d'où il fallait arra- cher avec peine des blocs de grès très-durs et quartzeux, est à une certaine distance de la mer. Que devient donc maintenant, je vous le demande, cet or"-ueil britannique que vous vous complaisez à étaler avec si peu de ménagement ? que deviennent surtout ces plai- santeries amères et insultantes que vous prodiguez aux Français avec tant d'arrogance ? Vous le voyez, nous n'a- vions pas cherché à tirer avantage de l'immense supériorité de nos travaux sur ceux de vos ingénieurs, et vous voulez nous forcer à le faire. Nous n'avions pas parlé de cette fré- gate si peu digne du nom qu'elle portait, qui vint inso- lemment troubler nos travailleurs et fut prise par deux de nos petites barques canonnières (i); mais, puisque vous vous éo-ayez si bien à l'occasion des fêtes dont notre digue a été l'objet, vous nous obligez à vous rappeler que cette fête-là nefutpas la moins agréable, et que, cette fois, ce ne fut pas la France qui en paya les frais. « Cessez donc, vous dirai-je avec M. Cachin , cessez ces rapprochemens envieux , ces comparaisons chagrines que le vrai talent ne saurait avouer et qui ne peuvent ajouter au mérite des uns, ni rabaisser le mérite des autres. Si l'Angleterre a des ingénieurs ha- biles, la France a aussi les siens. » Partout vous trouverez cette France, non votre jalouse rivale, mais toujours votre émule, et quelquefois même votre modèle. Ses malheurs (i) La frégate anglaise la Minerue fut prise sur la rade de Cher- bourg par les deux canonnières, la Chiffone et la Terrible, capit. l,écolier et Petrée. SCIE^'CES PHYSIQUES. 287 n'ont pas abattu sa fierté ; elle vous propose Je marcher de concert à la tête de la civilisation européenne, mais elle fera tous ses efforts pour ne jamais vous laisser prendre le premier pas. Pourquoi donc ces insultes journalières à nos découvertes, à nos arts, à notre agriculture? pourquoi chercher à entretenir de basses rivalités et d'odieuses haines entre deux peuples faits pour s'estimer ? Il ne me reste qu'un mot i\ dire sur le travail de M. Cachin, c'est que son intéressant ouvrage n'est qu'une partie de celui qu'il nous promet sur les travaux de Cher- bourg. «Quelque considérables que soient ceux dont nous venons de rendre compte, ils ne forment, dit ce savant ingénieur, qu'une partie tout-à-fait accessoire et distincte de ceux qui ont été projetés, et dont l'exécution est déjà très-avancée , pour créer sur cette partie de nos côtes le plus vaste et le plus complet des établissemens de marine militaire. Cette importante création devait être tout en- tière l'ouvrage de l'art ; elle offrait des difficultés dont on aurait vainement cherché des exemples dans les monumens des anciens et dans les travaux des peuples modernes. La difficulté de les surmonter fut long-tems l'objet du doute et de l'incertitude ; mais elle a cessé d'être problématique. Ce nouveau port existe; il a été ouvert à l'océan dès le mois d'août i8i3, et depuis ce tems la marine royale est en possession des principaux avantages que l'on s'en était promis. « Les procédés nouveaux, les moyens extraordinaires dont l'heureuse application a assuré le succès de ces tra- vaux, ont entièrement disparu; il n'en reste plus de traces que dans le souvenir de ceux qui en ont été les témoins. S'il peut paraître utile aux progrès de l'art d'en conserver la tradition, nous considérerons comme une obligation de faire connaître l'ensemble et les détails de cette immense entreprise , de décrire la configuration , l'étendue , les 288 SCIENCES PHYSIQUES. moyens d'extcution de ces constructions hydrauliques, éle- vées en granit, du sein d'une mer orageuse, avec tous les caractères de la plus rare magnificence , de la plus parfaite solidité, et dont les fondemens reposent sur des masses de rochers qui offraient naguère le spectacle des écueils les plus dangereux , là où l'on voit maintenant un port vaste et profond, également propre à la construction et au ra- doub, à l'armement et ù l'expédition; un port, où les vaisseaux du plus haut rang accèdent dans tous les tems sans nul obstacle, et stationnent avec sûreté, constamment à flot dans tout état de marée; un port enfin qui, par sa si- tuation, par la facilité de ses abords, par la régularité et la convenance de ses dispositions, offre toutes les pro- priétés que l'on peut désirer et que l'on ne trouve réunies dans aucun des établissemens du même genre, que le génie des arts a consacrés à la gloire des souverains et à la sûreté de leurs sujets. » Le monde savant attend avec une vive impatience ce nouveau travail de M. Cachin, qui décrit avec autant d'art et d'habileté qu'il exécute. C'est l'éloge le plus complet et le plus juste que nous puissions foire du mémoire que nous venons d'analyser (i). Edouard G xvt'siz^. (i) Depuis la rédaction de cet article, quelques Reuues anglaises ont publié , contre les ouvrages français , des critiques où règne la plus insigne mauvaise foi. Nous citerons notamment les jugemens portés sur l'ouvrage de M. Chaptalj et une diatribe violente contre nos littérateurs et contre nos sa vans les plus distingués. Si ces déplo- rables excès continuent , quelques écrivains français s'empresseront de relever l'inexactitude d'une foule d'assertions erronées qui pour- ront encore faire quelques dupes en Angleterre , mais que les gens sensés apprécieront à leur juste valeur. Espérons pourtant que nos confrères d'outre -mer, au nombre desquels se trouvent d'ailleurs beaucoup d'hommes très-recommandables , nous épargneront cette tâche pénible, en nes'écartant plus des convenances que tout homme doit respecter, mais qui doivent être sacrées pour celui qui s'est voué au cullMe la science et de la vérité. SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. Principes de la science siorale et politique , ou Ré- sumé DES LEÇONS DONNÉES AU COLLÈGE D^ÉdIHBOURG , par Adam Ferguson , professeur de philosophie morale; traduit de l'anglais par A. D. (i). Une tendance impossible à méconnaître porte aujour- d'hui les esprits vers l'étude des sciences morales et poli- tiques. Ceux qui ont réfléchi sur la marche des choses humaines ne voient pas sans espérance la prédilection des hommes de notre âge pour les études sérieuses. En effet, tout ce qui tient au domaine de la philosophie doit exercer l'influence la plus heureuse sur nos facultés intellectuelles. Ces études trouvent beaucoup de partisans dans la jeunesse contemporaine, dont le caractère est essentiellement grave et méditatif. Aussi Montesquieu, Burlamaqui, Vatel sont- ils entre les mains de tous les jeunes gens, qui pourront maintenant, grâce aux travaux d'un nouveau traducteur, profiter aussi des leçons d'un des plus illustres professeurs de l'université d'Edimbourg. Ferguson appartient à cette célèbre école écossaise qui s'honore des noms de Blair, de Robertson, de Hume et de tant d'autres hommes distingués, dignes successeurs des philosophes français du dernier siècle. C'est dans les écrits de Bacon, de Descartes, de Hobbes, de Mallebranche, qu'ils puisèrent des connaissances qu'ils ont contribué à répandre, et qui se sont perpétuées jusqu'à nous par les heureux efforts de quelques élèves de ces grands hommes. (0 Paris, 1831. 2 vol. iQ-8<=. Kleffer, libraire, rue d'Enfer-Saint- Michel, n» 3 ( première livraison composée de la première partie du i" volume). ' Tome xi. 19 290 SCIENCES MORALES Les Principes de la science morale et politique de Fer- guson deviendront un ouvrage classique pour ceux qui étudient le droit naturel .^ c'est-à-dire la science de la mo- rale. Les connaissances morales forment une série de règles à suivre dans la conduite de la vie; elles tendent à nous enseigner les préceptes tracés dans le code des lois primitives que la nature nous impose ; et le meilleur moyen pour parvenir à les bien connaître est de s'appliquer à étu- dier l'homme, en ce qui le distingue des autres êtres animés. Aussi Ferguson a-t-il commencé son livre par la description de l'homme et par l'indication de la place qu'il occupe dans l'échelle des êtres. Une différence manifeste existe entre la matière inerte et la nature animale. Les corps doués d'un principe de vie sont composés de parties diverses , dont les substances dures, molles, fluides, nerveuses, servent toutes à la vie; aucune d'elles n'est inutile dans l'organisation animale. Mais il existe aussi de nombreuses difiërences dans les corps doués de la vie ; s'ils partagent tous la volonté et la faculté d'errer librement dans l'espace, tous n'agissent pas d'après les mêmes principes. Chaque être animé a sa nature par- ticulière, possède ses organes propres, nécessaires pour son existence dans l'élément où doit s'écouler sa vie. Doués de l'instinct de leur conservation, les animaux apprennent par la douleur ce qui leur est nuisible, et par le plaisir ce qui leur est salutaire; car la sagesse de leur auteur a voulu qu'ils ne trouvassent de vrai plaisir que dans ce qui tend à prolonger leur existence. Toutes les espèces si variées du règne animal ne sont pas également destinées à vivre en société; si l'essence des unes est de partager ensemble les courts momens qu'elles ont à passer sur la terre, d'autres sont naturellement portées ii rechercher un genre de vie solitaire et sauvage. ET POLITIQUES. 291 La nature de l'homme Tappelle-t-elle A vivre en société? doit-ii être rangé dans la classe des animaux sociables {gregarii), ou bien laut-il le rejeter parmi les êtres créés pour tramer une existence sauvage et solitaire ? Cette question a partagé les philosophes, qui en ont fait l'objet d'un grand nombre de discussions souvent contradictoires. La société est un fait, on ne peut la nier; mais les hommes ont-ils primitivement vécu en communauté? Voilùou réside réellement la question. Nous citerons le passage même de Ferguson qui traite de la destination naturelle de l'homme : « Les uns prétendent, dit-il , que l'espèce humaine, quoique maintenant unie en société et souvent en paix , garde encore les marques d'une condition originaire diffé- rente , sinon contraire. Pourquoi, dans les états les plus pacifiques, les citoyens croient-ils nécessaire de se forti- fier? contre qui emploient-ils ces portes, ces murs ? pour- quoi le riche cache-t-il ses trésors ? les hommes doivent-ils craindre le voisinage d'alliés ou d'amis? ou plutôt ne montrent-ils pas un instinct de ravage et d'hostilité, en redoutant dans chacun de leurs semblables un voleur ou un espion , prêt à les dépouiller ou à les dénoncer ? « Pourquoi le magistrat est-il armé d'une épée, instru- ment de violence et objet de terreur ? d'où vient qu'il faut se donner tant de soins pour conserver la paix intérieure et repousser les invasions? pourquoi ces prisons, cet appareil de fers, de torture? le bourreau est-il l'anneau principal de la chaîne sociale ? est-ce pour recevoir des amis que les frontières sont hérissées de forteresses ? Toutes ces précau- tions nous donnent plutôt la conviction, qu'au-delà du cercle où l'homme établit In paix par des moyens factices il n'y a plus rien à attendre que la guerre. » « Pour répondre à ces assertions , continue Ferguson , admettons que, dans beaucoup de circonstances, la paix de 19* 292 SCIENCES aiORALES la société soit évidemment forcée, et ne soit maintenue que par une variété infinie de moyens artificiels. t( Quand nous jetons un regard sur l'histoire , nous voyons les faibles devenir la proie du plus fort; ils ont donc dû se liguer pour la défense commune. La durée de la confédération ne garantit pas sa tranquillité ; car les parties sont toujours prêtes à entrer en dispute. La guerre étran- gère servait, dit-on, à calmer les Romains, en les forçant à se réunir. Sans cette cause, la hache du licteur eût été trop faible pour réunir ces esprits inquiets. « De tout ceci, nous pouvons conclure que les hommes, quoique naturellement en société, ont le choix du bien et du mal attachés à leur état ; que les individus sont souvent disposés à abuser des avantages du voisinage pour troubler la paix. De là dérivent la nécessité d'un gouvernement et l'application d'une loi pénale; et, quoique l'homme soit destiné à vivre avec ses semblables et qu'on puisse , sous ce point de vue, le ranger parmi les animaux sociables, il est cependant permis d'avoir une opinion différente. L'in- dividu , pouvant être un bon ou un mauvais membre de la société dont il fait partie, doit encourir toutes les consé- quences d'un choix bien ou mal fait. » Ferguson examine ensuite quels sont les effets immé- diats de la société. Ils découlent de deux sources princi- pales, la faculté de l'homme pour la parole et cette propension qui l'entraîne vers ses semblables, que l'on appelle socia- bilité. Mais ces différences ne sont pas les seules qui existent entre l'être doué de l'intelligence et les autres ani- maux; les causes morales les éloignent encore plus que les causes physiques. L'étude des facultés intellectuelles de l'homme doit donc occuper le philosophe qui veut s'initier dans la connais- sance des sciences morales, c'est-à-dire des règles imposées ET POLITIQUES. 293 à toul être pensant par sa propre nature, et que pour ceLa on doit appeler di^oit naturel. La première observation qui s'offre à la pensée de celui qui recherche quelles sont les sources primitives de l'incli- nation dans la nature humaine , c'est que l'homme n'est pas guidé dans ses actions par un mobile instinctif et indé- pendant de sa propre volonté. Il est évident qu'on lui a laissé , comme ses privilèges , l'observation et le choix. Cependant il est dirigé aussi par des instincts qui pré- cèdent la connaissance des fins. Ferguson donne pour exemple de ces impulsions instinctives, communes aux hommes et aux animaux, l'effort qui fait servir les muscles à la respiration et celui qui nous fait appliquer nos lèvres sur le sein pour sucer le lait. Le philosophe explique cette apparente contradiction de notre nature, et il est amené à dire que le caractère le plus général des inclinations de l'homme n'est pas celui d'un penchant aveugle à se servir de ses moyens, mais une vue instinctive du but; et, poury arriver, il lui est libre de découvrir et de choisir, d'après ses observations et ses expériences, les moyens qu'il croit les plus efficaces. Les sources du caprice et l'affection accidentelle ou la pas- sion offrent à Ferguson les matières de sages observations sur la nature du bien et du mal moral. Cette partie de l'ouvrage, composée de tout le deuxième chapitre, forme un traité complet de psycologie. C'est là que se termine la première livraison des Principes de la science morale et politique. Lorsque le second volume aura été publié, nous examinerons en détail ce que l'auteur entend au juste par droit naturel. Tout ce qui touche à cette matière contient, dans l'ouvrage original, deux chapitres : l'un pose les principes des règles de la morale ; l'autre indique les moyens de maintenir les droits sur lesquels elles sont 29A SCIENCES MORALES fondées; savoir, les lois et l'aulorité dans i'élat social, et la guerre de nation à nation. Cette dernière partie tient plus spécialement au droit des gens. Il ne sera pas inutile de terminer cette analyse de l'ou- vrage de Ferguson par une courte notice sur la vie et les principes philosophiques de cet homme célèbre. Adam Fer- guson naquit dans un bourg d'Ecosse , en 172A. Son père y exerçait les fonctions de ministre. Après avoir fait ses études dans les universités de Saint-André et d'Edimbourg, il fut lui-même attaché à un régiment écossais, en qua- lité d'aumônier. En 1769, Ferguson obtint Une chaire de philosophie naturelle à Edimbourg ; mais il la quitta , en 176A, pour occuper celle de philosophie morale dans la même université. Il publia, quelques années après, son premier ouvrage, intitulé : Essai sur la société civile. Il fit paraître ensuite ses Institutions de -philosopliie mo- rale , qui n'étaient que la substance de ses leçons. Fer- guson a composé un ourrage fort important, intitulé : His- toire des progrès et de la chute de la république romaine; on le place sur la même ligne que celui de Gibbon. II quitta sa chaire en lyS'i, et fut remplacé par Ch. Du- gald Stewart. Ce fut quelques années après qu'il publia l'analyse de ses leçons, sous ce titre : Principes de la science morale et politique. Cet ouvrage n'avait pas été , jusqu'à présent, traduit en français. Il n'était connu que par les extraits qu'on en donna dans les T. III et IV de la Biblio- thèque Britannique , aujourd'hui Bibliothèque universelle j excellent recueil publié à Genève par M. Pictel. On s'accorde à dire que le caractère d'Adam Ferguson était modeste, généreux, et son extérieur noble et prévenant. Il prit fort peu de part aux discussions politiques de son tems. Pour bien connaitrc la philosophie de Ferguson , il faut KT POLITIQUES. 295 lire une partie de l'introduction des Princijjes de la science morale et politique, dans laquelle l'auteur apprend qu'il penchait pour le système des Stoïciens. « Les Stoïciens , dit-il, considèrent la vie humaine comme un jeu ; l'intérêt et le mérite des joueurs consistent à bien jouer, quel que soit le gain ( i ) . L'auteur a vu jouer ce jeu dans les camps , en face de l'ennemi, avec cette facilité que l'on doit tou- jours trouver dans les situations avantageuses; et, avant d'avoir fait attention aux éclaircissemens donnés par Epic- tète , sur la comparaison précédente de la vie , avec un jeu de hasard et d'adresse , il fut long-tems sans pouvoir se rendre compte de ce fait. « Si ces recherches le conduisent à suivre les doctrines philosophiques, professées par une secte, il y a deux mille ans , il s'y conformera , quoique cette école soit re- gardée de nos jours comme insensée. « Cicéi'on professait le scepticisme; mais, quand il ins- truisit son fils des devoirs de la morale , il eut recours aux principes de la philosophie stoïcienne , comme étant plus applicable à la conduite de la vie. Les meilleures lois ro- maines y prirent naissance, et la jurisprudence a toujours eu pour base la grande distinction du bien et du mal moral , parce qu'en établissant ses règles , on ne doit faire attention qu'à la justice, et non à l'importance du cas. « Chez les modernes même , cette secte fut respectée (i) Discours d'Epictète conservé par Arrien. (L. II , ch. V). Nous n'avons pas le texte anglais sous les yeux , et nous ne savons pas comment Ferguson a entendu la phrase d'Epictète qu'il rapporte ; mais la traduction de la Bibliothèque Britannique nous semble meilleure. La voici : « Les Stoïciens comparaient la vie humaine à une table de jeu : le mérite et l'amusement du joueur consistent à user avec habileté et avec attention des chances qui lui viennent, et ils ne dépendent nullement de la force de son enjeu. » 296 SCIENCES MORALES par ceux qui en out connu le véritable esprit, tels que lord Schaftesbury , Montesquieu, Harris, Hutchinson et beau- coup d'autres; et certes, l'une des piemières leçons à donner à la jeunesse, et même à ceux qui ont dépassé l'âge où l'on peut apprendre, c'est de leur interdire l'admiration ou le mépris pour des choses qu'ils ne connaissent pas. » Nous ne prétendons nullement prendre la défense de la philosophie stoïcienne, qui a été attaquée avec beaucoup de force dans les tems modernes ; mais certes , il est tou- jours glorieux de se tromper avec des hommes tels que Zenon, Caton, Epictète, Marc-Aurèle et Antonin. Alphonse Taillandier. *W*V».'V\VVV\VV'W Histoire générale de France , depuis le règne de Charles VII jusqu'à la paix générale^ en 1 8 1 5 , par M' DuFAu ; ornée de plus de deux cents portraits. — Règnes d'Henri 111 et d'Henri IV (i). Il serait à désirer que l'on pût toujours étudier l'histoire dans des sources aussi pures que celles où M. Dufau a puisé les grands développemens qu'il vient de nous donner sur les règnes d'Henri III et d'Henri IV. Cet écrivain a porté la critique la plus sévère et la plus éclairée dans le récit des guerres civiles, dont la religion a constamment été la cause ou le prétexte, et qui ont déchiré la France, depuis le règne de François I" jusqu'à l'édit de Nantes et à la paix de Vervins. Les faits qu'il rapporte sont toujours vrais , les circonstances qui les accompagnent toujours exactes; ses observations sont profondes; ses réflexions , justes; ses jugemens , sûrs. Il ne cesse jamais d'être l'or- (0 Paris, i8ai. 4 vol. in-ia, Desiay, libraire, rue Haulçfeuille, n» 4. ET POLITIQUES. 297 gane d'une religion pure , de donner les leçons d'une phi- losophie douce, et il n'admet d'autre politique que celle qui est toujours en harmonie avec les intérêts du peuple et des rois. Il n'est jamais au-dessous du sujet qu'il traite, et il n'attache pas moins par la force de la pensée que par la chaleur de l'expression. Le règne d'Henri III n'offre qu'une suite obscure de désordres, de crimes, d'assassinats; et la plume se refuse à mettre en lumière de si tristes atrocités. Lorsque le second fils de Catherine de Médicis monta sur le trône sanglant de Charles IX, il n'eut ni l'habileté convenable pour réunir les factions, ni l'énergie nécessaire pour les enchaîner ou les anéantir. Il ne sut que fléchir sous la vo- lonté ferme et impétueuse du prince lorrain, qui devint d'autant plus audacieux que le monarque fut de jour en jour plus faible, jusqu'à la catastrophe qui termina succes- sivement la vie de tous les deux. Livré à ses courtisans, énervé par la débauche, quel- quefois couvert du sac de la pénitence et fatiguant les autels d'un hypocrite repentir, Henri ne sut jamais sou- tenir de sa puissance un parti qui ne combattait pas seule- ment pour la foi, mais pour le trône, pour l'hérédité de la couronne menacée par une famille ambitieuse, que secon- dait un peuple fanatique. Mettant toujours une volonté impuissante qui multiplie les diflicultés à la place de la véritable énergie qui les surmonte , le successeur de Charles IX fut digne de son modèle, et prouva que la tyran- nie accompagne presque toujours la faiblesse sur le trône. Les profusions du roi exigeaient sans cesse de nouveaux édits, qui excitaient le peuple à la révolte. Il tentait d'ap- paiser les murmures, tantôt en s'entourant d'un cortège menaçant , tantôt en cherchant à obtenir une popularité qui n'est sûre que pour les bons princes. Aussi le manifeste 298 SCIENCES MORALES de la ligue n'eul pas plus tôt paru, que tous ceux qui jusque-là avaient été indécis, désertèrent la cause d'un trône, que l'on regardait déjà comme renversé. En vain, Henri se flattait de maintenir son autorité entre les deux partis qui déchi- raient son ï'oyaume; en vain, il nourrissait l'espoir de les détruire l'un par l'autre. «C'est en suivant cette marche, dit M. Dufau, qu'un gouvernement faible se perd; chaque faction gagne alors de jour en jour des forces aux dépens du pouvoir qui s'écroule bientôt, pour ne laisser après lui que l'anarchie. » La fermentation fut bientôt à son comble ; rien n'arrêta plus le duc de Guise ; il osa attaquer Henri jusque dans les murs de Paris. La journée des barricades en chassa le faible monarque, qui se réfugia à Chartres. Là, le roi conclut enfin un traité avec la ligue ; mais ce n'était qu un simu- lacre de paix. La mort des chefs de cette grande conspiration était arrêtée; Henri n'osa leur donner des juges , il leur envoya des assassins. Ce fut aux états de Blois que les sa- tellites du tyran massacrèrent le duc de Guise et le car- dinal. La froide atrocité avec laquelle ce dernier crime fut commis dispose , dit l'auteur de cette histoire , à regarder comme un juste retour de l'équité divine l'attentat qui frappa le roi lui-même, un an après. Catherine de Médicis ne survécut pas long-tems aux deux chefs de la ligue : « en descendant dans la tombe, ajoute M. Dufau, elle dut prévoir que le nom de Valois s'éteindrait couvert d'un op- probre qui devait en grande partie retomber sur elle. » Cependant une révolte générale éclata dans toutes les provinces; une vaste arène de combats, de spoliations e de crimes s'ouvrit dans toute la France. Les magistrats furent chassés, les prêtres égorgés, les temples détruits, le commerce anéanti, toutes les lois violées; et l'on ne vit partout que les horreurs de l'intolérance religieuse et poli- ET POLITIQUES. 299 Uquc, jusqu'au fatal moment où le fanatisme enfonça le couteau sacré de la religion dans le sein de l'infortuné monarque , par les mains forcenées de l'infâme Jacques Clément. On a besoin de se reposer de tant de crimes et de tant d'atrocités, et l'on éprouve quelque soulagement en apprenant que le roi mourant a nommé Henri de Bourbon pour son successeur. Sous le règne désastreux d'Henri III , les différens corps de l'état subirent quelques modifications. La pairie déchut de sa première splendeur; la noblesse, forte de son in- fluence , fit revivre tous les abus du régime féodal. Le parlement de Paris acquit au milieu des troubles civils un pouvoir dont il n'avait jamais osé s'emparer; la justice devint un véritable trafic et se vendit avec une scandaleuse effronterie ; les finances furent livrées à l'avidité des trai- tans que l'Italie avait vomis sur le sol de la France ; les mœurs nationales furent portées au dernier degré de cor- ruption; les Italiens, vils instrumens d'une foule de com- plots et de crimes, introduisirent la magie en France, et cette nouveauté devint une folie générale , contre laquelle devaient bientôt se dresser les échafauds et les bûchers de l'inquisition. Chaque page des annales de ces tems mal- heureux offre des traits qui font frémir. Les désastres publics, qui précipitaient chaque jour tant de victimes dans la tombe , n'empêchèrent pas Henri de songer au faste du trône. Il institua l'ordre du St.-Esprit, créa la charge de grand-maître des cérémonies , nomma vingt-quatre gentilshommes ordinaires de sa chambre et plusieurs autres officiers, et, au milieu de toutes ces créa- tions de l'orgueil, fonda l'ordre plus utile des frères de la charité. Les changemens pour le costume furent plus remar- quables. La toquô italienne remplaça le chapeau de Fran- 300 SCIENCES MORALES çois I"; on laissa croître sa barbe; les femmes se servaient de paniers et portaient encore le masque en ville. C'est sous Henri III, qu'on introduisit à la cour l'usage du fau- teuil pour le roi et des plians pour sa suite. On croit que les premiers éventails parurent ù cette époque. Sous ce règne, Grégoire XIII rendit célèbres, par la ré- forme du calendrier, son nom et son pontificat; mais son délire fanatique, son caractère faible et pusillanime n'ont point échappé à la sévérité de l'histoire. La protection éclairée que François I" avait accordée aux lettres se soutint au sein des discordes civiles. Ronsard fit de mauvais vers et ne fut pas même égalé par ses imitateurs ; Jodelle créa la tragédie et la comédie; Garnier commença à régulariser la scène, et les comédiens italiens se fixèrent i\ cette époque dans le royaume. Henri III aima les savans et les gens de lettres; il accorda ses faveurs aux plus distingués d'entre eux. Plusieurs ouvrages remarquables furent publiés sous son règne; les Essais de Montaigne -parurent, et ce premier monument du génie fut l'heureux présage de la gloire lit- téraire de la France. Nous n'avons eu à retracer jusqu'ici que des fautes ou des crimes; un grand homme paraît enfin sur la scène du monde pour consoler la terre , pour fermer cette longue carrière de calamités. « La France, en proie à tous les fléaux de la guerre civile, dit M. Dufau, jouit enfin d'une paix dont les souvenirs s'étaient presque effacés au milieu des troubles. La bravoure, la bonté et le génie se trouvent, par un rare et précieux bienfait de la providence , réunis dans le même homme ; les dissentions religieuses sont éteintes , et les étrangers bannis de ce sol qu'ils ensanglan- tent depuis trente ans. La France riche, heureuse et forte est replacée au premier rang entre les puissances de l'Eu- rope, et l'Espagne descend de celui où l'ayaient fait monter ET POLITIQUES. 501 le génie de Charles-Quint, l'or de Philippe II et les fautes des Valois. Tel est le tableau que présente le beau rè"-ne d'Henri IV; il se compose de deux parties distinctes, qui sont l'une et l'autre du plus haut intérêt. La première nous qui offrira ce prince arrachant, pourainsi dire, pièce à pièce à la ligue et aux étrangers son malheureux royaume; nous suivrons dans la seconde ses travaux, ses soins et ses efforts pour faire disparaître jusqu'aux traces des malheurs publics. Le règne d'un prince, dont tous les instans furent dévoués à son pays et dont presque toutes les actions sont des titres de gloire pour la nation qui l'a produit, ne demande que des couleurs simples et naturelles et repousse tout faste d'expression. Ici, c'est l'homme qu'on veut voir et non l'art de l'écrivain ; il s'agit de faire comprendre une grande aine, et tout l'art ne consiste presque qu'à la comprendre soi-même. » On ne peut s'exprimer avec plus de noblesse. L'hommage que M. Dufau rend ici au meilleur des monarques est d'autant plus pur et plus touchant, qu'il est dans tous les cœurs, que le prince qui en est l'objet vivra éternellement dans la mémoire des Français, et que l'Europe entière ne cessera de l'offrir pour modèle aux rois qui voudront faire le bonheur de leurs peuples. Les montagnes du Béarn avaient vu Henri de Bourbon croître et se fortifier à la cour de Jeanne d'AIbret; formé dans l'art de la guerre par le vertueux et habile Coligni, le jeune prince lui avait succédé après le massacre de la Saint- Barthélemi; il avait vengé les calvinistes dans les plaines de Coutras. La France ne retentissait pas moins de la re- nommée de ses vertus que du bruit de ses exploits. Il s'é- tait enfin réuni à Henri III pour lui ouvrir les portes d'une cité rebelle, lui rendre son autorité et le rétablir dans toute sa puissance, lorsque l'attentat de Jacques Clément ouvrit 302 SCIENCES MORALES une canièi'c nouvelle à son heureuse audace et lui imposa d'autres devoirs en changeant sa destinée. Il ne s'agissait plus de combattre pour conserver le sceptre dans la main des Valois j il fallait remonter sur son propre trône et re- conquérir son royaume presque tout entier. Ces détails sont écrits par M. Dufau avec ce talent qui caractérise un véritable historien. Ici, comme dans tout le cours de son excellent ouvrage, il ne marche qu'à la lueur du flambeau de la critique la plus éclairée. Il puise à toutes les sources, mais il écarte avec art les prestiges de l'erreur ou des passions ; les diflicultés ne l'arrêtent point , mais il ne marche qu'à pas lents dans les routes semées d'écueils , et il porte l'examen le plus sévère dans la discussion des faits, que le tems ou la mauvaise foi auraient pu altérer ou dénaturer. II montre à ses lecteurs le roi aux prises avec Mayenne ; fait un parallèle frappant entre le monarque français et le chef de la ligue ; peint avec force les troubles du royaume , les excès du fanatisme de la cour de Rome , qui met au rang des martyrs l'assassin de Henri III; l'élé- vation du cardinal de Bourbon au trône, dont le pape sanc- tionne l'usurpation ; la désertion d'une partie des plus fidèles sujets du prince légitime ; la défaite de Mayenne à Arques ; le bon Henri couvert de gloire, triomphant de ses ennemis et ramenant autour de lui des cœurs plus égarés que corrompus; enfin, la fameuse bataille d'Ivry, où les ligueurs taillés en pièces sont forcés de fuir et de livrer, pour ainsi dire, Paris au vainqueur. C'est dans l'ouvrage même qu'il faut prendre une juste idée de la situation de cette malheureuse capitaFe , lors- qu'elle fut réduite à tous les tourmens de la plus affreuse famine. Les processions de la ligue, les séditions sans cesse renaissantes, des conférences toujours inutiles, n'ap- portaient aucun remède à tant de maux. Les herbes que ET POLITIQUES. 303 Ton trouvait dans les rues désertes, les animaux les plus repoussans, les osseinens humains convertis en farine ne faisaient que prolonger l'agonie de ses infortunés hahitans. La population entière allait périr, si le roi , plus touché de sa misère qu'irrité de son ingratitude , n'eût sauvé ce peuple de sa propre fureur en faisant distribuer des vivres dans la ville qui refusait si obstinément de lui ouvrir ses portes. Cependant le duc de Parme, à la tête d'une armée es- pagnole , arriva au secours de Paris , et força le roi d'en lever le siège. Quelle était alors la situation de la France ? La guerre étendait ses ravages dans toutes les provinces ; le roi entendait gronder et les murmures de son armée et les foudres du Vatican ; les villes ne rentraient que lente- ment sous son autorité, et ses finances étaient épuisées. Il fallait sa grande ame pour lutter contre tant d'obstacles. La ligue n'était pas plus heureuse ; le despotisme des seize avait soulevé tous les esprits, la bonté de Henri avait touché tous les cœurs; le parlement ne voulait sur le trône ni de Mayenne ni de l'infante d'Espagne , lorsque le combat d'Auniale changea la face des affaires. Le roi y fut blessé; mais il y remporta une victoire qu'il ne dut pas moins à son intrépidité et à son imprudente mais heureuse audace, qu'à ses habiles dispositions et à son génie. Dès-lors, tous les vœux furent pour la paix; et l'ambition des puissances alliées , les vues secrètes de l'Angleterre et de l'Allemagne la faisaient désirer plus vivement encore. L'auteur expose avec autant de clarté que de précision tout ce que firent Mayenne, l'Espagne et Rome, pour re- tarder cette paix tant^'désirée ; et lorsque l'abjuration du roi rallie autour du trône la plus grande partie de ses en- nemis, c'est avec la même impartialité qu'il juge les inten- tions du monarque. M. Dufau pense que ce grand acte du 30A SCIENCES âlORALES meilleur de nos rois fut l'effet de sa conviction plus encore que de son amour pour le peuple. La fureur des ligueurs et la joie publique , lorsqu'on apprit que le roi était rentré dans le sein de l'église et que l'intérêt et le devoir appelaient tous les Français autour de ses étendards, ne peuvent être peintes avec plus de chaleur et de sensibilité. L'entrée d'Henri IV dans Paris, la vive émotion dont il ne put se défendre, le pardon généreux qu'il accorda à ses ennemis, et qu'il trouva bien plus encore dans son cœur quedanssapolitique, l'ivresse de toutun peuple, la confiance qui dès le soir même régnait entre les bourgeois et l'armée, sont peints par l'auteur avec les traits les plus touchans, et toute cette partie de l'ouvrage se lit avec un intérêt toujours croissant. On croit voir les factions disparaître devant le roi, et les Français tous égaux à ses yeux, dès qu'ils riva- liseront de dévouement pour sa personne et pour la patrie. Combien on regrette de voir un si touchant tableau se noircir des attentats de Barrière et de Jean Châtel, que les ennemis éternels des rois, les jésuites, armèrent d'un fer parricide contre le meilleur des princes ! Après ces tenta- tives contre la personne du monarque, les jésuites furent bannis du royaume. Cet institut, qui s'éleva si rapidement contre les gouvernemens et contre les peuples, avec autant d'adresse que de constance, par ses trésors, sa puissance, ses travaux dans l'apostolat et ses talens distingués dans les sciences et dans les lettres, porta les caractères d'une civilisation éminemment avancée, dit notre historien, et semble n'avoir été créé que pour mettre des bornes aux hardiesses de l'investigation humaine et aux progrès des lumières. Il ne suffisait pas à Mayenne et aux fougueux partisans de la ligue que le roi fût rentré dans le sein de l'église , il fallait encore qu'il fût absous par le pontife romain; et le ET POLITIQUES. SO5 refus que faisait constamment le saint père servait de pré- texte à la continuation de la guerre et aux tentatives les plus criminelles. Enfin, le pape prononça l'absolution des censures ecclésiastiques; et, six mois après, le duc de Mayenne se soumit, et comprit dans son traité tous ceux qui avaient porté les armes contre le roi. Ainsi finit cette grande et malheureuse époque de notre histoire , cette longue période de calamités publiques, où les ministres d'un Dieu de paix violèrent tous les principes de la justice et de la morale, où les passions populaires se mirent à la place de l'ordre établi , où le couteau sacré de la religion fut levé pendant trente années sur le sein des femmes, des enfans, des vieillards, et où l'on ne connut d'autre politique que la perfidie et les supplices. La sagesse, la bonté, la constance et le génie d'Henri IV mirent un terme aux malheurs de la France. L'édit de Nantes réunit tous les partis ; les Français surent qu'ils pouvaientadorer Dieu d'une manière différente, sans cesser d'être les fils de la même patrie, et la paix de Vervins leur rendit parmi les nations la prééminence dont les avait privés la conspiration d'Amboise. C'est ici que commence le beau règne du plus grand de nos rois, et c'est le moment de faire connaître le ministre immortel qui doit être associé à sa gloire, comme il le fut à ses dangers et à ses travaux. Nous rendrons compte de cette seconde partie de l'ouvrage de M. Dufau, lorsqu'elle aura paru; nous espérons qu'elle ne sera pas inférieure à la première, et que la France aura enfin une histoire digne du monarque qui en est le héros. M. ToMF XI. 20 soc SCIENCES MORALES fv%y*'\%x^'»'*w»^vv»%,vi,v Mémoires HISTORIQUES, politiques et littéraires sur LE ROYAUME DE Naples , par M. le comte Grégoire Orloff, sénateur de l'empire de Russie, ouvrage orné de deux cartes géographiques , publié avec des notes et additions , par M. Amaury Duval , membre de l'Institut de France (i). NousaYonsrenducompte(T. I, p. io4 etT.III , p. 292) des deux premiers volumes ou de la première partie de cet ouvrage, contenant V Histoire civile du royaume de Naples. Nous allons faire connaître les trois volumes suivans, qui viennent de paraître; ils complètent l'ouvrage , et com^» prennent l'histoire de l'administration et l'histoire litté- raire du même pays. L'histoire de l'administration devrait être une partie intégrante de l'histoire proprement dite, c'est-à-dire du récit des faits ou des événemens, des révolutions et de leurs causes ; car elle nous apprend à mieux connaître le caractère des gouvernans et l'état des gouvernés. C'est donc avec raison que M. le comte Orloff a cr» nous inté- resser en nous présentant un tableau de l'administration du royaume de Naples, pendant les époques les plus re- marquables de l'histoire ancienne et moderne de ce royaume. Après avoir rappelé ce qu'était le gouvernement de cette partie de la péninsule , sous les Romains , sous les Goths et sous quelques empereurs d'Orient, il retrace, d'après des données plus certaines , ce qu'il a été sous les Lom- (i) Paris, 1831. 5 vol. in-S». Chassériau , libraire, au dépôt biblio- graphique, rue NeuTe-des-Petits-Champs , n» 5, ET POLITIQUES. 307 bards, les Normands, les Suabes, les Ano^evius, les Ara- gonais, les Espagnols et les Français. Mais, ce qu'il exa- mine plus soigneusement encore, c'est l'administration des derniers tems, celle qu'établirent les Bourbons, et celle que cherchèrent à y naturaliser les Français , pendant leur dernière et courte invasion. Dans tout le cours de cette histoire , ce qui nous a sur- tout frappés, c'est l'esprit de philantropie qui se manifeste à chaque page , et qui devrait caractériser tous les histo- riens. Dès le commencement de son livre , l'auteur dé- plore , dans la nation dont il écrit l'histoire, la perte de cet ancien esprit d'indépendance , de cet amour de la pa- trie, de ces vertus qui avaient précédemment produit tant d'actions éclatantes. Dans ces tems de dépravation morale, les Barbares, plus forts et moins corrompus que les Romains, parvin- rent, presque sans peine , à leur ravir toutes leurs con- quêtes. Ici l'auteur, toujours attentif aux progrès delà civilisation, semble se féliciter qu'après avoir emprunté aux Romains les restes de culture que tant de vicissitudes «'avaient pas encore détruits, les Barbares, à leur tour, leur aient communiqué une partie de leur énergie. Il signale les institutions et les habitudes nouvelles que l'es-- prit étranger d'indépendance introduisit chez les Italiens, €t il s'arrête particulièrement sur cette diète nationale des Lombards, ou réunion de la nation armée, qui seule jouis- sait de l'autorité suprême et du pouvoir législatif. Mais il a soin de remarquer aussi que les véritables vertus sociales étaient ignorées de ces peuples qui, n'appréciant que l'in- dépendance et la guerre , ne connaissaient d'autre droit que celui de la force. Les Italiens indigènes, exclus de l'honneur de pouvoir porteries armes et d'obtenir des- em- 20* 308 SCIENCES MORALES plois dans le gouvernement, n'étaient que tributaires, co- lons, ou tout au plus centeniers. L'ignorance des véritables droits des hommes et des na- tions donna naissance à une multitude de droits prétendus» ou plutôt de privilèges créés en faveur de quelques hommes contre tous les autres, et dont la réunion forme ce que l'on nomme encore droit féodal et droit canon. Ainsi fu- rent consacrés deux genres d'usurpation, l'un parl'épée , l'autre par la croix , et l'esclavage civil et spirituel fut réduit en système. Au milieu de cette dégradation géné- rale, Roger, un de ces héros aventuriers qui finirent par subjuguer des peuples qu'ils avaient d'abord défendus , fonda la monarchie des Deux-Siciles, et, à l'exemple des rois lombards , donna ses lois dans des assemblées natio- nales, composées de barons, d'évêques et d'abbés, usage observé dans la suite par les Normands, les Suabes et leurs successeurs. Le tableau que trace l'auteur, du règne de l'empereur . Frédéric, fait ressortir toute l'atrocité de la cour de Rome , qui ne cessa de persécuter ce grand et digne souverain , ce prince vraiment philosophe. Son crime était d'avoir essayé d'abaisser la puissance de l'église et l'aristocratie féodale ; d'avoir procuré la liberté civile à un grand nombre de cités qu'il déclara domaniales ; d'avoir appelé enfin ^aux assemblées nationales les députés des communes. Frédéric était convaincu que, pour que les lois soient justes et utiles, elles doivent être l'expression du vœu général. Aussi, fai- sant entrevoir à ses peuples l'aurore de la liberté, il s'étu- diait à ranimer en eux les talens, les vertus qui peuvent rendre les nations grandes et puissantes, et que la tyrannie féodale avait jusqu'alors étouffées. Mais que pouvaient produire ses généreux efforts, puis- ET POLITIQUES. SOî> qu'il devait avoir pour successeurs des rois imbus de prin- cipes tout ditîérens? Les rois angevins et aragonais , qui vinrent successivement occuper son trône , loin de le prendre pour modèle, tâchèrent de détruire toutes ses ins- titutions. L'auteur ne se laisse pas éblouir par les éloges qu'ont prodigués à Alphonse d'Aragon , surnommé le magnanime j les gens de lettres qu'il protégeait, et les gens d'église aux controverses et aux disputes desquels il prenait trop de part. A mesure qu'il avance dans l'histoire de ce malheureux pays , le comte Orloff ne peut étouffer un sentiment de douleur et d'indignation , en voyant ces belles contrées toujours gouvernées, ou plutôt opprimées par des étrangers, et condamnées .à être le théâtre des plus désastreuses révolutions. On peut déjà compter les Piomains , les Grecs , les Lombards , les Bulgares , les Normands, les Allemands, les Provençaux, les Aragonais, les Albanais, les Sarrasins! Après ces continuelles vicissi- tudes, comment ces peuples, habitués à un aussi long joug, n'auraient-ils pas perdu tout sentiment d'indépen- dance et de vie politique? On ne doit pas s'étonner non plus de ne trouver, dans le royaume de Naples , pour code civil , qu'un amas de lois contradictoires , source d'inter- minables procès. Delà, cette foule innombrable d'avocats, qui , profitant du vice des lois , jouissaient seuls de quelque aisance, quand le reste de la nation vivait dans l'ignorance et la misère , et n'avait nulle notion du juste et de l'hon- nête ; mais il ne faut imputer cette démoralisation com- plète d'un peuple qu'aux princes qui le gouvernaient. Enfin, nous arrivons au règne de Charles III de Bour- bon , et l'auteur s'arrête avec intérêt sur cette mémorable époque. Il décrit plus en détail l'administration politique, militaire et ecclésiastique, qu'établit le savant et sage ministre Tanucci. Ce qui doit paraître bien singulier, c'est 310 SCIENCES MORALES qije, malgré les heureuses réformes et les efforts de ce mi- nistre et de quelques autres , le nombre des juges , des avo- cats, des procureurs, des notaires et des employés éubal- ternes de la justice, s'élevait encore, selon l'auteur, jus- qu'à a6,ooo, et le nombre des ecclésiastiques ù environ 100,000 ; et pourtant la population de tout le royaume était au plus de A,8oo,ooo âmes. Par là, on peut juger de ce qu'il restait encore à entreprendre pour la prospérité pu- blique, malgré tout ce qu'on avait fait d'utile. Le tableau du gouvernement des Bourbons est suivi du tableau du gouvernement des Français , sous Joseph Bona- parte et sous Joachim Murât. C'est ici que l'auteur, avec non moins de franchise que d'impartialité, comparant l'un et l'autre système , fait sentir l'avantage de celui des Fran- çais, qu'il juge plus conforme aux lumières du siècle, et plus adapté aux besoins de la nation. Mais il n'oublie pas en même tems de signaler les abus qui se glissèrent dans l'exécution des plans adoptés par les nouveaux monarques, et il remarque avec raison que l'esprit militaire, répandu par Napoléon dans tous les états qui dépendaient plus ou moins de sa volonté, arrêtait ou altérait les effets salutaires des institutions politiques. M. le comte Orloff tâche d'apprécier avec la même jus- tice les effets de la restauration , qui pouvait et devait cor- riger les imperfections de l'administration précédente. H indique les causes qui ont sensiblement augmenté la mi- sère publique et la masse des impôts. La seule inspection du budjet de l'état, à deux époques très-rapprochées, prouve que, si le royaume de Naples eut à s'applaudir d'avoir re- couvré son ancien souverain, il lui fallut acheter ce bonheur par de nouveaux sacriGces. En effet, on voit, dans l'an- née i8i5, que Joachim Murât ne prélevait sur le peuple que 16,000,000 de ducats, et le roi Ferdinand a prélevé, ET POLITIQUES. 311 dans l'année suivante, i8,iA3,65o ducats, etde plus, une contribution extraordinaire du sixième de l'impôt foncier, c'est-à-dire 1,162,276 ducats. Le budget de 1817 porte les revenus nécessaires à 20,062,000 ducats : dans le même budget, l'état des dépenses de chacun des ministères forme on total de 28,609,231 ducats. Nous avons dû porter l'at- tention des lecteurs sur ces calculs , que nous tirons de l'ouvrage de M. le comte Orloff; car on sait que le véri- table état économique des nations est un sûr indice de leur prospérité plus ou moins grande , et que c'est le meilleur moyen de juger si elles ont de justes motifs de méconten- temens et de plaintes. Les derniers événemens arrivés dans le royaume de Na- ples ont fait sentir à l'auteur la nécessité d'ajouter un Sup- plément à ses mémoires historiques. Il a tâché de choisir, dans le grand nombre de récits souvent dictés par l'exagé- ration, tant d'un parti que de l'autre, les faits authenti- ques et confirmés par des actes notoires, que tout écrivain, ami de la vérité, doit s'empresser de recueillir. Il résulte delalecture de ce Supplément, que dans le commencement on a trop exalté peut-être des hommes et des événe- mens, qu'on cherche trop à déprimer aujourd'hui. Nous nous rangeons à l'avis de l'auteur : pour bien apprécier les événemens de la dernière révolution, il faut attendre qu'ils aient, pour ainsi dire, subi une épuration dans le creuset du tems. La postérité impartiale jugera mieux que nous, et le peuple qui a voulu changer ses lois, et les princes qui l'ont replacé sous le joug. Il est tems de nous dédommager de ces tristes souvenirs, en passant à des objets moins impertans, sans doute, mais plus agréables. La troisième partie des Mémoires de M. le comte Orloff comprend V Histoire littéraire du royaume de Naples. Il la commence, à cette époque reculée où la Grande- 312 SCIENCES MOllALES Grèce jetait tant d'éclat dans les sciences et dans les arts, et il s'arrête surtout à l'école de Pythagore. Suivant Cicé- ron, Timée avait nié l'existence de ce philosophe. Un tel paradoxe, dit notre auteur, a été renouvelé chez les mo- dernes par Bentley ; mais Vico, avant ou en même tems que Bentley, et sans rien savoir de l'opinion de celui-ci, avait soutenu une hypothèse encore plus singulière : il donnait une existence plus ancienne et même plus réelle à l'école des pythagoriciens qu'à son fondateur. Le nom de Pythagore désignait, selon lui, le titre ou le caractère des chefs de cette école, plutôt qu'un individu auquel on attribue des opinions et des vicissitudes qui ne peuvent guère appar- tenir qu'à plusieurs hommes et à plusieurs âges. Quoi qu'il en soit, c'est de cette association mystérieuse que tire son origine la secte italique , qui , pendant deux siècles, fut si utile aux peuples, et qui fut si long-tems persécutée par la tyrannie. L'auteur parle ensui-te de l'école héléatique, fondée par Xénophon, et qui se distinguait par les vertus civiques de ses disciples. Parménide, Zenon , Leucippe, dont le système fut développé par Démocrite el Épicure, étaient tous d'Elia ou Velia. Zenon eut à suppor- ter les tourmens les plus horribles, pour avoir osé rétablir la liberté de sa patrie , opprimée par le tyran Néarque. Si l'on en croit Platon lui-même, ce fut dans ces deux écoles qu'il reçut d'Architas , de Timée et de Parménide la plu- part des doctrines qu'il porta dans la Grèce. On assure que les Calabrois s'enorgueillissent encore aujourd'hui de ce que leur pays a été le berceau des pythagoriciens, et de ce que plusieurs d'entre eux n'ont jamais cessé de les imiter. En passant de la littérature grecque à la littérature des Romains, l'auteur nous fait remarquer que les premiers écrivains qui répandirent à Home la langue et les connais- sances des Grecs, étaient tous nés dans les provinces qui ET POLITIQUES. 313 composent maintenant le royaume de Naples. Tels furent Livius Andronicus, Naevius, Pacuvius, Quintus Ennius, Lucilius, Salluste, Vltruve, Horace, Ovide, Cicéron, etc. Il est pénible de quitter ces époques classiques pour ar- river à celles du moyen âge, de cet âge que couvrent les épaisses ténèbres de l'ignorance et de la superstition. Après la translation du siège de l'empire à Bysance, les sciences et les arts vont déclinant sans cesse, sous les Goths, les Lombards, les Sarrasins, les Normands. Dans le cours de plusieurs siècles, on ne rencontre guère, au temsdeThéo- doric et d'Athalaric, que Cassiodore de Squillace, en Ca- labre , à qui nous devons divers ouvrages et la conservation de plusieurs anciens manuscrits. Depuis Cassiodore, les lettres, ou les études qu'on appelait alors de ce nom, se réfugièrent dans les couvens, qui recueillirent aussi les monumens les plus précieux de l'antiquité. C'est dans le couvent du Mont-Cassin qu'on trouve Paul diacre, auteur ^^V Histoire des Lombards ; Erchembert, qui écrivit les Faits des princes de Bênépent; Constantin deCarthage, Pierre diacre, et autres historiens ou chroniqueurs. Par les soins de ce Constantin de Carthage^ que nous venons de citer, et de quelques autres professeurs de mé- decine, fleurit l'école de Salerne, qui jouissait, au onzième siècle, du plus grand crédit , et à laquelle on doit cet ou- vrage célèbre qui porte le titre de Medicina Salernitana ^ ou de Fias medicinœ. Dans le siècle suivant, la découverte des Pandectes , enlevées aux Amalphitains par les Pisans, et ensuite aux Pisans par les Florentins, opère en Italie une révolution dans l'étude des lois. Ainsi , puisque la re- naissance des lettres , et surtout celle de l'histoire , de la médecine et de la jurisprudence datent de cette époque , on ne peut contester au royaume de Naples la gloire d\n avoir préparé le berceau et d'avoir recueilli, pour ainsi 31A SCIENCES MORALES dire, le premier souffle de vie qui devaitranimer les sciences et les arts dans le reste de l'Europe. « Ce pays, dit l'au- teur, semblait être destiné à faire renaître et briller pour la seconde fois les lumières; et c'est ainsi qu'il payait, par des bienfaits, tous les maux qu'il avait repus des peu- ples du Nord (i). » Il serait ù désirer que les Napolitains vengeassent, par des bienfaits semblables, les humilia- tions qu'on ne cesse de leur faire essuyer. Ce fut à l'époque de Frédéric que les sciences et les lettres furent véritablement protégées dans le royaume de Naples. Il y fonda l'université ; il donna un nouveau lustre à l'école de Salerne ; il en ouvrit plusieurs autres sur di- vers points du royaume; il appela de toutes parts et entre- tint généreusement les plus célèbres professeurs. Il était philosophe et littérateur lui-même, et il avait composé divers écrits d'histoire naturelle. Il eut pour coopérateur, dans ses travaux littéraires et politiques, l'homme le plus savant de son tems , Pietro délie Vigne , dont l'infortune et la mort ont inspiré au Dante un de ses meilleurs épisodes. Les Constitutions à.e Frédéric, qu'il compila, et les Lettres qu'il écrivit au nom de ce souverain, sont les monumens les plus précieux du treizième siècle. Tant de mérite dans ces deux hommes supérieurs devait naturellement armer contre eux les suppôts de la supersti- tion. On attribua à l'un ou à l'autre le Livre fameux intitulé : De tribus impostoribus , qui, sans doute, n'existait pas en- core, et que bien plus tard on a attribué à d'autres écri- vains qui n'en étaient pas non plus les auteurs. M. le comte Orloff indique , à cette occasion , un ouvrage portant lemêmetitre, qu'on croit avoir été publiéàVienne, en lySS, sous la date de 1698, pour accréditer, je pense, l'impu- (1} T. IV, pag. io3. ET POLITIQIJES. 815 tation qu'on a faite de cet ouvrage au P. Canipanella. On sait que celui-ci, qui) par une singularité assez remar- quable, était dominicain et philosophe, fut poursuivi, au comrtiencement du dix - septième siècle, comme incrédule et comme conspirateur. Il fut accusé d'avoir écrit ce Livre, qui, à ce qu'on disait, circulait en secret parmi les savans, ses contemporains. Mais Campanella se défendit de cette calomnie , en prouvant que l'ouvrage dont il était question existait déjà trente ans avant sa nais- sance, c'est-à-dire en lô.^S, date qui pourrait donner quelque consistance à l'opinion qui avait attribué cette production à Pierre Aretin. Les lettres firent encore des progrès au quatorzième siècle, surtout sous Robert d'Anjou, surnommé le Salo- mon de ce tems. Ce fut alors que Barlaam et Leontius , son disciple, tous deuxcalabrois, répandirent les premiers la littérature grecque en Italie, à peu près un siècle avant que les Grecs émigrés y cherchassent un refuge. Leontius fut surtout connu et estimé de Pétrarque et de Boccace. Cette période de l'histoire littéraire du royaume de Naples s'étend jusqu'à la fin du quinzième siècle, époque où fleurit cette académie, fondée par le Panormita et par le Pontano, et que rendirent célèbre Sannazaro,Galateo, et entre autres ce Leto , qui alla à Rome en fonder une autre encore plus fameuse par les membres qui la composaient , et par les malheurs qu'ils éprouvèrent. Arrêtons-nous un instant sur Girolamo Tagliavia qui, au dire de notre auteur , disputa à Copernic le mérite d'a- voir rétabli le système de Philolaus sur le mouvement de la terre autour du soleil (i). Nous devons d'autant moins le passer sous silence que Tiraboschi et Ginguené semblent (.) T. IV, pag. 18.. 316 SCIENCES MORALES l'avoir oublié. Celui-ci se borne à dire, d'après rhistorio» graphe italien , que Dominique-Marie Novara donna au monde le grand Copernic, son élève, qui peut-être avait appris de son maître le système qu'il développa dans la suite (i). Mais ce système était celui de Tagliavia, qui florissait vers la fin du xv* siècle, et par conséquent avant Copernic. Tommaso Cornelio nous assure que de son tems le bruit courait que Tagliavia , calabrois , avait beaucoup médité et écrit sur le système de l'univers, et que ses ma- nuscrits étaient tombés entre les mains. de Copernic, pen- dant qu'il professait à Rome (2). Si cette tradition est cou- forme à la vérité, le système du mouvement de la terre aurait été ressuscité dans cette même Calabre, où Pythagore l'avait jadis enseigné. On sait cependant que le cardinal de Cusa, mort en \A6A, avait déjà essayé de mettre en vogue la même hypothèse , qui fut depuis renouvelée par Celio Calcagnini, peut-être encore avant que Copernic eût publié sa doctrine et ses écrits. Ce qu'il serait fort curieux d'exa- miner ici, ce serait pourquoi Galilée a été persécuté au XYii* siècle avec tant de fureur, pour avoir presque démontré le même système, tandis que, plus d'un siècle auparavant, on avait respecté et même favorisé plusieurs autres savans qui avaient professé la même opinion. Nous voici arrivés au xvi' siècle , que l'on regarde comme l'âge d'or de la littérature italienne , à ce siècle dans lequel les productions de l'esprit sont si abondantes elles écrivains en si grand nombre, qu'il est difficile de citer tous ceux même qui se sont distingués par la supério- rité de leur génie. Tiraboschi sentit le premier la nécessité de considérer la (1) Histoire littéraire de l'Italie, T. III , pag, 687. (2) Voy. ses Problèmes p/iysiques , etc. ET POLITIQUES. 317 littérature italienne dans ses genres principaux et de les classer de la manière la plus convenable, Ginguené a suivi à peu près la même méthode; et cependant, quoi- qu'il ait donné à son plan plus de subdivisions et de détails, il n'est pas encore parvenu à les arranger dans l'ordre le plus satisfaisant. 31ais , d'après de tels essais et d'autres que l'on a faits jusqu'à présent, quelle serait la classifi- cation que devrait adopter l'auteur d'une histoire littéraire pour atteindre son but ? Nous pensons qu'il faudrait com- biner l'ordre encyclopédique avec l'ordre chronologique, de sorte que les genres qui se succèdent les uns aux autres se trouvassent liés entre eux par une chaîne qui permît d'en suivre tous les développemens progressifs. Je ne fais qu'indiquer ma pensée , ce n'est pas ici le lieu de la développer. Il me semble que M. le C. Orloff s'est approché de cette méthode plus que ses devanciers; il range les divers genres des sciences et de la littérature dans un ordre tel que l'on peut facilement les suivre dans leur marche pro- gressive. Tous sont compris dans deux classes principales, \&. philo Sophie et la philologie. Dans la première, il place la jurisprudence , la théologie, la philosophie scolastique, les mathématiques, la physique générale, l'histoire naturelle, la médecine; et, dans la seconde, la grammaire, les anti- quités, l'érudition, l'histoire particulière, générale et lit- téraire, la rhétorique, l'éloquence et la poésie. L'auteur assigne en même tems aux écrivains la place qui lui paraît la plus convenable, en raison de leurs ouvrages et de leur caractère. Ainsi plusieurs auteurs, qu'on avait regardés comme des théologiens, sont présentés par lui comme des philosophes, parce qu'il a cru plus juste de les ranger dans cette catégorie. Tel est à peu près le plan général et particulier de l'his- 318 SCIENCES MORALES loire lilléraire de M. le C. Orloff. Il la pailageen plusieurs périodes, et dans chacune il commence par des observa- tions préliminaires sur l'état de l'instruction publique. C'est là que l'auteur décrit l'influence que le gouvernement a exercée sur les lettres et la philosophie, souvent obligées de lutter contre le despotisme et la superstition, et qui plus souvent encore gémissent sous leur double inquisition. On est étonné que la philosophie ait pu faire tant de progrès, au milieu des persécutions dont elle était l'objet et des bûchers dont ses apôtres étaient toujours menacés. L'auteur divise le xviii* siècle en trois époques assez distinctes. La première s'étend jusqu'à l'année lyHa, où l'état de Naples, cessant d'être une province, prit, sous Charles III de Bourbon, l'attitude d'une monarchie indé- pendante; la seconde, jusqu'à l'avènement de Ferdinand, son fils; la troisième, commençant avec ce prince, finit avec le siècle. C'est dans cette troisième époque que la lit- térature et surtout la philosophie prennent chez les Napo- litains un nouvel essor; elles auraient fait de plus grands progrès, si, vers la fin du siècle, la persécution la plus féroce ne les eût arrêtés dans leur magnanime élan. « Les muses, dit l'historien, se turent devant la hache des bour- reaux; leur temple, à l'érection duquel deux générations avaient travaillé, fut renversé de fond en comble. Là où l'on s'était efforcé d'élever des autels, on ne vit plus que des ruines , sur lesquelles il ne fut pas même permis de répandre une larme (i).» Nous nous taisons entièrement sur les dernières pages des Mémoires de M. le C. OrlofF; il les consacre aux hommes de lettres vivans qu'il a connus pendant son sé- jour à Naples. Comme ils n'ont pas terminé leur carrière littéraire, nous devons laisser à la postérité le soin de (.) T.V,pag. 72. ET POLITIQUES. S19 porter sur leurs ouvrages un jugement complet et définitif. Mais , pour mieux faire sentir l'importance des Mémoires que nous venons d'analyser, et la confiance qu'ils doivent inspirer aux lecteurs, n'omettons pas d'observer que leur auteur n'a négligé aucun moyen pour se procurer les ren- seignemens les plus sûrs. Bien différent de ces étrangers suffisans ou prévenus, q.ui semblent ne voyager que pour méconnaître ou calomnier les nations qu'ils visitent, il a consulté les meilleurs ouvrages et les savans les plus dis- tingués. Ce n'est qu'après qu'il s'est vu en état de bien apprécier le pays dont il avait entrepris d'écrire l'histoire , après avoir puisé les faits dans les sources les plus sûres, qu'il y a joint ses remarques et ses réflexions; et nous pou- vons assurer que, si ces Mémoires ne sont pas, comme le dit l'auteur lui-même trop modestement , une histoire complète de Naples, du moins ils seront d'un grand secours pour les historiens futurs de ce pays. Quant au caractère personnel de l'auteur, pourrais-je le faire mieux connaître qu'en répétant ici les dernières lignes de son ouvrage ? u Naples , pendant plusieurs années , a été pour moi un séjour de paix et de bonheur. J'ai vu une foule de magis- trats éclairés, de nobles sans orgueil , de savans modestes, d'hommes de lettres sans prétention et sans jalousie. Tous se sont empressés à l'envi de me communiquer leurs obser- vations, de m'cntourer de leurs lumières; je jouis de l'a- mitié de plusieurs, de l'affection de tous. Qu'ils reçoivent le tribut de ma reconnaissance, ils vivront dans mes sou- venirs. Leur patrie n'était pas aussi bien connue qu'elle méritait de l'être ; j'ai voulu en donner une idée plus avantageuse et plus juste. J'espère qu'ils me sauront gré du moins de l'intention (i). » (ij T. V,pag. \hj. 320 SCIENCES MORALES M. AmauryDuvalj qui avait enrichi dénotes la première partie des Mémoires de M. le C. Orloff, en a réservé de plus intéressantes encore pour la troisième. Il y entretient le lecteur de diverses questions de littérature ancienne et moderne. Dans une de ses notes (i), par exemple, il s'é- tudie à prouver qu'après le siècle de Lucain et de Stace, le goût des lettres en Italie ne s'éteignit point, mais que seulement le génie prit une direction nouvelle. Vers la fin du v' siècle, les lettres, suivant lui, continuaient d'être cultivées et honorées ; les ténèbres de l'ignorance et de la barbarie ne s'étendirent réellement sur l'Italie qu'à l'époque de l'invasion des Lombards. Il observe aussi que, si l'Eu- rope ne sortit pas plus tôt de la profonde nuit dans laquelle elle se trouva plongée pendant plusieurs siècles, il ne faut en accuser que l'ambition des papes , qui concentraient toutes les lumières dans les églises et les couvens. Ils avaient senti que, pour conserver et étendre leur domi- nation, il importait que les ecclésiastiques fussent les seuls hommes éclairés au milieu des nations. Dans une autre note, ou plutôt dans une autre disser- tation (i), M. A. Duval se plaît à revendiquer en faveur des Italiens l'originalité de leur littérature, originalité qui leur a été contestée par des auteurs dont l'opinion est d'un grand poids. A en croire ces auteurs, c'est aux Provençaux que l'Italie est redevable de sa littérature; mais M. A. Duval ne se rend point aux raisons qu'ils allèguent. Il lui répugne de croire que la divine Comédie du Dante , que le Dèca- méron de Boccace, etc., soient des productions, pour ainsi dire , exotiques ; que leurs auteurs aient puisé leurs inspi- rations dans les poésies légères et les canzones provençales, seule littérature des troubadours. (i) T.V, png. i55. (2) Tbi(]., pag. 174. ET POLITIQUES. ^^. Ailleurs (i), M. A. Duval jette un coup d'œil sur les dialectes italiens; il leur trouve, ainsi qu'auxdialectes de la France, une origine et une base communes, le latin, et il s'efforce de prouver qu'ils ne diffèrent guère entre eux qu'e par la prononciation : on a , dans les uns , multiplié les voyelles; dans les autres, les consonnes; ici, l'on a totalement supprimé les désinences latines ; là, on en a conservé une partie. En rétablissant ces désinences, en supprimant les articles, etc. , on retrouve les mots latins dans leur pureté primitive. Pour preuve de son système , il cite plusieurs morceaux, tant en prose qu'en vers, écrits en dialecte na politain, dialecte qui, selon lui , semble s'éloigner de l'o rigine commune plus que les autres dialectes d'Italie Quoique je ne sois pas de son avis sur ce dernier point * je ne puis m'empêcher de remarquer que ses recherches philologiques ont de l'intérêt. Dans ses observations sur les diverses révolutions de la littérature en Italie , M. A. Duval dit (2), en parlant de l'école dont le poète Marini fut le chef: « Son école, appelée de son nom Marinesca, a été en honneur pendant tout le siècle dernier , et je n'assurerais pas qu'elle n'eût encore aujourd'hui bon nombre de partisans. » Voilà ce que les Italiens auront peine à lui accorder. Pour moi, je puis ré- pondre au sévère critique et à tous les étrangers qui pense- raient comme lui , que l'école de Marini est maintenant' si décréditée chez les Italiens , qu'ils se servent généralement du mot marinesco pour marquer le plus grand abus que l'on puisse faire de l'esprit en littérature. D'ailleurs , les préceptes et l'exemple de Caroprese et de Gravina au dix-septième siècle; desZanotti, de G. Gozzi, deParini, de (a) T.V, pag. 189. (5) I3.,pag. a 18. TOMK XI. 21 322 SCIENCES MORALES Cesarotti, d'AIfieri,au dix-huilième; de Monti, de Pinde- monte , de Foscolo, d' Arici, etc. , de nos jours, prouven l assez que cette espèce de peste littéraire a disparu à jamais du parnasse italien. Je me crois encore obligé de répondre à une observation de M. A. Duval, d'autant plus que, sous quelque rapport, elle me regarde personnellement. L'auteur, dans ses notes, s'arrête long - tems sur la TÎe et les ouvrages de Sannazar, parce que, dit-il, l'auteur de V Histoire littè7-aire{Gm^\iGnë), n 'en parléque dansune seule phrase. « C'est, ajoute-t-il(i) une injustice ouun oubli que j'ai dû réparer, une lacune qu'il me restait à remplir. » Il observe plus bas (2) que Gin- guené n'a rien dit aussi du Vendemmiatore , poème célèbre de Luigi Tansillo, et il prend de là occasion d'en citer plu- sieurs strophes. Mais , si M. A. Duval s'est cru obligé de rendre justice à Sannazar et à Tansillo, mes concitoyens, qu'il me soit permis de la rendre aussi à Ginguené, notre commun ami, d'autant plus qu'en ma qualité de continua- teur de son ouvrage, je pourrais mériter le même reproche que lui. M. Ginguené, d'après le plan qu'il avait adopté, devait encore consacrer à divers genres de poésie plusieurs cha- pitres que la mort l'a empêché de rédiger. Il en destinait un au genre pastoral, et c'est là qu'il aurait parlé , comme il l'avait lui-même annoncé, de Muzio, de Rota , de Baldi, et surtout du célèbre auteur AeVArcadiej Sannazar. Un autre chapitre était réservé pour les Poemettij mot qui n'exprime pas ce qu'on entend en français par petits poèmes ; et c'est alors que Ginguené aurait parlé du Vendemmiatore deTan- sillo,ainsi que d'unautrepoème, connu sousletitrede>t«7-/7z^s (i) T. V, pag. ao5. (a) /cf. , pag. 207. ET POLITIQUES. 22S de saint Pierre j que le même poète composa pour réparer le scandale occasionné parle premier. II n'aurait pas manqué non plus de parler des poètes latins , ainsi qu'il l'avait fait pour les siècles précédens; et Sannazar, comme auteur du poème si renommé départit Virginis ^ aurait reparu parmi les Flaminio, les Paleario, les Vida,- les Fracastoro et autres, qui réclament encore la mention qui leur est due. Ces chapitres et quelques autres, pour la rédaction des- quels je me suis confoi'mé au plan adopté par mon illustre devancier, formeront un dixième volume, que je me pro- pose d'ajouter aux neuf volumes à&V Histoire li ttéraire d" I~ iîa/ie déjà publiés; et ce n'est qu'alors qu'on pourra regarder comme vraiment complète l'histoire du seizième siècle. Je ne m'arrêterai pas plus long-tems sur les savantes additions de M. A. Duval, dans la crainte de trop étendre cet article. Qu'il me suffise de remarquer que toutes sont importantes, et qu'il fait preuve à chaque page d'esprit et d'érudition. A ces notes , l'auteur a cru devoir joindre un ouvrage qui u'ofifre pas moins d'intérêt. Ce sont des Tableaux de Naples et de ses environs j que ^ jeune encore, il avait tracés, comme il le dit lui-même, en présence des modèles. Ceux qui ont visité ces contrées célèbres , aimeront à se les rap- peler avec l'auteur; et ceux qui ne les ont point encore vues, désireront les parcourir. Ses descriptions sont d'une vérité frappante. Bien qu'il me reste peu d'espace pour des cita- tions , je rapporterai du moins ici le tableau que l'auteur fait d'une éruption du Vésuve. « Tout - à -coup, et sans que rien ait annoncé la crise, une colonne de fumée s'élance de la cime du Vésuve à une hauteur prodigieuse, où elle forme ensuite un large nuage noir , qui ressemble à la tête d'un haut pin : des éclairs brillans et multipliés sillonnent ce nuage , qui va toujours 21 * 32A SCIENCES MORALES s'agrandissant., et l'on entend, dans les profondeurs de la montagne, de sourds mugissemens, d'effrayantes déton- nations. Bientôt, au milieu de la colonne de fumée, on voit s'élancer, à des intervalles presque égaux , des flammes rougeâtres , et le nuage noir qui termine la colonne pa- raît parsemé d'étincelles. Ces flammes indiquent des jets de matières fondues; ces étincelles sont autant de pierres embrasées, dont quelques-unes sont d'une énorme grosseur. C'est alors que, pendant la nuit, on voit couler sur les flancs de la montagne de longs torrens de feu; ils sont quelquefois en si grand nombre et si rapprochés, que, vus de Naples, ils semblent ne former qu'une large nappe de feu, étendue sur toute lamontagne. La mer, qui en répète l'image, paraît aussi toute de feu; et Naples est au milieu, comme un grand vaisseau voguant sur un fleuve de l'enfer (i). » L'auteur termine son intéressante promenade par quel- ques phrases, où l'on trouve des sentimens que tout voya- geur impartial devrait partager avec lui. « Adieu , rives chéries du Sebeto. Pour prix de la douce hospitalité que vous m'avez offerte , mon cœur reconnais- sant souhaite que la paix dont vous jouissez ne soit jamais troublée ni par la folle exaltation des peuples, ni par l'im- placable colère des rois. Moi, je retrouverai ma patrie glo- rieuse, triomphante, mais agitée, malheureuse, ensan- glantée.... Parthénope ! et toi, tu voudras peut-être un jour, à l'exemple des Français, te donner de justes lois et la liberté! Oh! puisse la providence te réserver un meilleur sort ! » Tels étaient, au tems où il écrivait, les vœux du voyageur philantrope. Malheureurement , ils n'ont pas encore été exaucés! ?• Salfi. (0 T.V,pag. 59.. ET POLITIQUES. 52» 'W\'\\'V*'% \'W\1'W1* Biographie nouvelle des contemporains, ou Diction- naire historique et raisonné de tous les hommes qui , depuis la révolution française , ont acquis de la célébrité par leurs actions , leurs écrits , leurs erreurs ou leurs crimes , soit en France , soit dans les pays étrangers; par MM. Arnault, Jay, Jouy, NoRviNS , etc. Ornée de 240 portraits au burin , d'a- près les plus célèbres artistes (1). Qui s'imaginerait que les Turcs soient le peuple qui a fouillé le plus avant les mines fécondes de Ja biographie ? Si l'on en croit le témoignage du célèbre lord Byron , leurs mémoires historiques ne remontent pas seulement, comme les nôtres , à la création du monde : ils possèdent une biographie des Préadamites. Un tel ouvrage a cela d'a- gréable, que les erreurs y sont difficiles à yérifier, et qu'on peut s'y permettre un peu de calomnie , sans s'attirer de fâcheuses affaires avec les particuliers ou avec les tri- bunaux. Mais il s'est trouvé parmi nous des entrepreneurs de livres qui , bien moins avides de sécurité que de scandale et d'argent, ne se sont avisés d'exploiter ni la vie des de- vanciers de Mathusalem, ni les anecdotes voisines du dé- luge; ce sont les hommes pipans qu'ils ont cités à leur tribunal ignorant et partial (2); c'est contre eux qu'ils ont (1) Paris, 1821. In-8». A la librairie historique, rue Saint-Ho- noré, n" 125. Prix de chaque volume iD-8°, 6 fr. Les T. I et II sont en vente. (2) Voyez, sur ce libelle, dans le 1" cahier de la Revue (jan- vier 1819 , T. I, p. 142) une note très-détaillée , au bas d'un article de M. Barbier, ayant pour titre : Examen des dictionnaires histo riques modernes lesplus répandus. $26 SCIENCES MORALES prononcé des arrêts, iniques au fond, indécens dans la forme, et qui ne pouvaient flétrir que les juges eux- mêmes. Mais les juges ne les ont pas signés ; ces diffa- mateurs à tant la page se couvrent lâchement du voile de l'anonyme , voile soulevé quelquefois sans qu'ils le sachent. Je connais un d'entre eux dont la bassesse s'est acharnée sur un homme qui naguère lui avait procuré du pain. Et c'est au nom de la morale et de la religion que s'exerce un tel brigandage littéraire ! c'est pour venger l'ancien ré- gime , cette arche sainte de toutes les vertus, comme chacun sait, que ces Messieurs foulent aux pieds la jus- tice et la décence! Pourquoi ne pas mettre mieux leurs procédés d'accord avec leurs paroles ? Sied-il aux pré- tendus champions de l'autel et du trône d'imiter les satur- nales de la révolution? Ce qui me fait penser qu'au fond. Grecs ou ïroyens leur sont indifïérens, et qu'un sordide amour du gain dicte seul ces méprisables écrits, c'est que j'ai vu paraître der- nièrement ^ sous le titre de Cours du Nord j une biogra- phie de princes et de princesses , non pas de nouvelle fa- brique, mais des plus antiques dynasties, et que, dans cette rapsodie grossière , des notes et une préface tout-à- fait monarchiques forment le contraste le plus ridicule avec les honteuses anecdotes dont l'ouvrage est rempli. Plaisante manière de rendre la légitimité respectable aux yeux des peuples, que de vouer à l'exécration les derniers rejetons de plusieurs branches de cet arbre auguste, et de présenter, comme un ramas d'ivrognes et de crapuleux débauchés, de messalines et d'empoisonneuses, tout un collège de rois et de reines dont les cendres sont à peine refroidies ! L'irruption de ces biographies d'antichambre nous ren- dait nécessaire un livre de salon et de bibliothèque, où les ET POLITIQUES. 327 contemporains fussent appréciés avec justice et enthou- siasme, lorsque la gloire les avoue; avec justice et poli- tesse , lorsque le seul esprit de faction les réclame ; et tel est l'ouvrage qu'ont entrepris les hommes les plus capables de le bien faire : MM. Arnault, Jay, Jouy et Norvins. Les deux volumes déjà publiés ont obtenu un succès général. Le mérite de l'exactitude dans les faits et de la décence dans les réflexions distingue éminemment l'un et l'autre; le soin des particularités curieuses m'a paru se faire sentir encore plus dans le second que dans le premier, soit qu'un plus grand nombre de noms éclatans y ait été appelé par l'ordre alphabétique , soit que les habiles auteurs aient voulu redoubler d'efforts pour justifier les suffrages du public. De mon côté, j'ai à justifier mon éloge, et je vais le faire par quelques citations. J'ouvre le livre à l'article d'un homme qui , par son mé- rite et son élévation , par la noblesse de son caractère, par les positions délicates où il s'est trouvé , par celles où il peut se trouver encore, fixe les regards de l'Europe, et surtout de la France qui s'honore de l'avoir vu naître, quoi- qu'il se soit cru obligé de porter les armes contre elle. On voit que je veux parler du général Bernadotte, passé roi, comme disent les soldats, mais sans cesser d'être général. Plusieurs circonstances importantes de sa vie glorieuse et agitée sont présentées par les biographes, d'une manière aussi neuve qu'intéressante. Voici comment ils le peignent à la fameuse bataille de Wagram , ayant en tête le redou- table prince Charles, et, dans ses propres rangs, des ennemis cachés, plus redoutables encore : « L'attaque fut des plus vives ; les Saxons se battirent avec un courage admirable. Wagram fut pris et repris par eux. Fendant deux heures, ils arrêtèrent les Autrichiens au milieu du village enflammé. Leur perte était considérable. Une di- 328 SCIENCES MORALES rision française, couimandôe par le général Dupas, faisait partie du 9* corps. Le prince de Ponte-Corvo lui ordonna d'avancer pour soutenir les Saxons. Le général Dupas ré- pondit qu'il avait ordre de garder sa position. Cette réponse inattendue, de la part d'un général qui 'appartenait au corps d'armée à sa disposition , le frappa de surprise et d'indignation. Il s'occupa d'abord à sauver ce qui restait de Saxons; et, après avoir acquis la certitude que le gé- néral Dupas avait en effet reçu des ordres supérieurs, con- traires aux siens, il se rendit en hûte au quartier-général pour informer l'Empereur de ce qui venait de se passer. II se plaignit énergiquemeut de cette violation des règles militaires, et dit, entre autres choses, que, si c'était dans la vue de le faire périr, on avait des moyens moins odieux que de sacrifier avec lui tant de braves gens. Ce n'était ni de l'Empej^eur ni de son armée qu'il se plaignait, mais de celui ou de ceux qui, par haine ou par jalousie, s'étaient portés à ce qu'il considérait comme un véritable guet- apens. L'Empereur le jugea ainsi, et chercha à le calmer, en lui disant que c'était une de ces erreurs ou de ces mé- prises inévitables dans un si grand mouvement. Mais B-ernadoîîe,ne voulantplus s'exposera dépareilles chances, demanda et obtint son congé. Cette anecdote, poursuivent les auteurs, a été dénaturée dans plusieurs biographies : nous la tenons, telle qu'elle vient d'être racontée, d'un témoin oculaire. » Ils citent aussi des faits curieux et positifs sur ce qui se passa entre Napoléon et le maréchal Bernadotte, lorsque l'élection libre et la confiance des peuples conduisi- rent ce dernier sur les marches du trône de Suède. Mais je suis forcé de négliger ces détails pour arriver à la partie la plus délicate de l'histoire du général Bernadotte , à sa conduite envers la France, dans la coalition de i8i4; con- ET POLITIQUES. S29 duite qui, selon les intérêts ou les passions, a été diverse- ment envisagée. « Nous allons , disent à cette occasion les biographes, rapporter des faits qu'on ne peut contester, et qui peuvent servir de base à l'opinion des contemporains, comme au jugement de l'avenir. Les relations entre la Suéde et la France, après l'élection du nouveau prince royal, lurent d'abord très-amicales. Les demandes réité- rées de Napoléon n'éprouvèrent aucun refus. Le prince royal alla même jusqu'à obtenir que la Suède, contre ses intérêts les plus manifestes , déclarât la guerre à la Grande- Bretagne. Napoléon commença bientôt à traiter le prince royal de Suède avec aussi peu déménagement, que les rois qu'il qvait placés lui-même sur divers trônes et qu'il considérait comme ses lieutenans. Mai^s Bernadotte n'était pas dans la même position que le roi Murât ou le roi Jérôme : il tenait son rang de la volonté librement exprimée de la nation suédoise, et les intérêts de cette nation devaient l'emporter chez lui sur les intérêts de Napoléon, même sur ses propres affections. Les Suédois se plaignaient des corsaires français qui saisissaient leurs bâtimens ; les dé- cisions même du conseil des prises n'avaient plus d'auto- rité, lorsqu'elles se trouvaient favorables aux Suédois. L'oc- cupation imprévue de la Poméranie, sans que Napoléon daignât s'expliquer sur les motifs de cette agression, exalta le mécontentement delà Suède.... Ces circonstances ame- nèrent l'entrevue du prince royal avec l'empereur Alexan- dre dans la ville d'Abo, en mars 1812, et le traité qui en fut la suite. Ainsi tombe le reproche que quelques biogra- phes ont fait au prince royal, de ne s'être déclaré contre Napoléon qu'après les revers de la campagne de Russie. La correspondance entre le prince et Napoléon, qui a été publiée en i8i3, et divers documens authentiques que nous ayons sous les yeux, prouvent que ce n'était point 330 SCIENCES MORALES contre la France, mais seulement contre le despotisme de Napoléon que le prince royal de Suède croyait avoir pris les armes On assure que, pendant la désastreuse cam- pagne de 18 13, il engagea l'Empereur à conclure la paix. Ce n'était pas un motif pour l'y décider. Bernadotte au- rait-il été trompé par les alliés, dans tous les événemens postérieurs, au passage du Rhin? On l'ignore jusqu'à pré- sent. Quoi qu'il en soit, ce prince a été jugé avec une grande sévérité, et a dû s'attendre à l'être ainsi par les Français. Peut-être a-t-on trop oublié qu'il avait une nou- velle patrie, et qu'une nation généreuse et indépendante lui avait confié sa défense et le soin de son honneur. Rien n'avait plus mécontenté la Suède que la perte de la Fin- lande , que Napoléon avait abandonnée à l'empereur Alexandre', sans compensation. Peut-être aussi le prince royal de Suède°s'était-il trop pressé de faire cause com- mune avec les nouveaux garans de sa future royauté : il le fit avec éclat, on ne peut en disconvenir. » J'ai cité tout ce morceau , parce qu'il rectifie des faits importans, et que la manière dont il les présente est un modèle de bienséance et d'impartialité. Ce même mérite se retrouve dans tous les articles de l'ouvrage; graves et approfondis , lorsque le sujet l'exige ; légèrement malicieux , quand la matière le permet. L'impression qu'il m'a laissée , c'est que les Français y sont jugés par des patriotes enne- mis de tout désordre , de tout excès , de quelque nature qu'il puisse être ; les étrangers, nés en France ou ailleurs, par des hommes équitables et de bonne compagnie ; les uns et les autres, par des écrivains aussi spirituels qu'exer- cés. AlGNAN. ET POLITIQUES. 331 W'V'X «.v^^vvw^wx vwv Voyage dans la Grèce , comprenant la description ancienne et moderne de L'Epire , de i'IUyrie grecque, de la Tkessalie, de l' Acai'nanie , de l'Etolie an- cienne, delà Locride Hespérienne, de la Doride et du Péloponcse ; avec des Considérations sur l'ar- chéologie g la numismatique , les mœurs , les arts ^ l'industrie et lecomm.erce des habitans de ces pro- vinces; par F. G. H. L. Pouqueville; ouvrage orné de figures et eurichi de cartes géographiques dressées par M. Barbie du Bocage , de l'Institut de France (i) . On peut dire que la Grèce antique était de nos jours mieux connue que la Grèce moderne, grâce au savant Barthélémy, qui employa plus de vingt années de sa vie à réunir, dans son J^oyage d* Anacharsis , tout ce que les anciens avaient écrit de plus remarquable sur cette terre illustre et à jamais classique, sous le rapport des arts, de la poésie, de l'éloquence, des sciences philosophiques et de la dignité morale de l'homme. Un grand nombre de livres ont été publiés sur la Grèce , depuis le seizième siècle jusqu'à Tépoquc présente; et celui qui pourrait en lire et en méditer la compilation entière, n'aurait encore que des notions imparfaites et souvent contradictoires snr l'état actuel de ce même pays, dont les souvenirs glorieux sont présens à chacun de nous, dès l'âge de nos premières études, et dans l'histoire duquel, auxpériodes ultérieures de leur vie, le législateur, l'artiste, l'homme de lettres, le guerrier , vont chercher et retrouvent sans cesse le type de tout ce qui est juste, beau, harmonieux, héroïque. (i) Paris, 1821. Firmin-Didot , père et fils, libraires, rue Jacob , n" 24. Les quatre premiers vohimes ont paru. Ui SCIENCES MORALES Un ouvrage enfin a paru , qui semble destiné à soutenir en quelque sorte le parallèle avec celui de Barthélémy, et à devenir classique à son tour, considéré sous le rapport de l'état moderne et de la situation sociale de la Grèce. Il est aussi le fruit de longues années de travail, d'observa- tions et de séjour dans ce pays. « C'est l'œuvre de ma vie, » dit M. Pouqueville. L'auteur venait de publier, en i8o5, un voyage en Morée, qu'avec une rare modestie il qua- lifie, dans celui-ci, de tâche à peine ébauchée, quand il fut nommé consul général de France auprès d'Ali, pacha de Janina. Malgré la cruauté connue du satrape de l'Epire, malgré le souvenir d'une captivité récente de trois ans , aux sept tours, M. Pouqueville partit pour sa destination, entraîne par l'a-mour de la science , par son zèle , et sans doute aussi par cette conscience de ses forces, qui lui pro- mettait et qui nous a valu l'important ouvrage que nous annonçons. En débarquant en Épire, M. Pouqueville, comme Bias, dont il allait visiter la patrie, emportait avec lui toutes les richesses morales qui pouvaient servir à élever un monu- ment durable. Il avait appris le grec vulgaire, pour pouvoir se mettre en rapport direct avec les habitans, et il était assez helléniste pour avoir la clef du style des inscriptions; initié dans sa jeunesse aux secrets de la science médicale, la physique et l'histoire naturelle lui étaient connues; il s'était rendu familiers les auteurs anciens; son séjour for- cément prolongé à Constantinople l'avait instruit des mœurs privées et des institutions politiques du peuple ottoman ; mais, par-dessus tout, il était doué de toute la candeur né- cessaire à l'historien, et de cet ardent amour du vrai, si peu commun au voyageur. Ces deux qualités, jointes à la vertueuse indignation que lui inspirent le crime et la tyrannie , ont dicté à l'auteur sa ET POLITIQUES. 333 notice biographique sur Ali-Pacha. Pendant douze années, observant avec constance la physionomie atroce du visir, souvent spectateur obligé de ses actes de cruauté, qu'il désapprouvait hautement, parfois arrachant quelques rares victimes aux hécatombes d'un despote, qui s'étonnait de l'ascendant de l'homme juste, mais qui n'était pas moins dangereux quand il feignait de caresser que lorsqu'il me- naçait, M. Pouqueville, entouré de délateurs et d'assassins, semble de son burin vengeur avoir ajouté chaque jour, et avec l'impassibilité sévère de l'histoire, quelque trait ca- ractéristique à une peinture hideuse de ressemblance. Ce morceau, rejeté à la fin du troisième volume, suffirait seul à la réputation d'un écrivain ; c'est la manière de Tacite unie à celle du Dante. L'Épire dut être naturellement le premier objet des in- vestigations littéraires et géographiques de l'auteur. Ce pays , dévasté de tout tems par le brigandage des émirs et des beys, petits tyrans féodaux, comme il l'est encore par l'administration sanglante d'Ali-Pacha, n'avait jamais été exploré en détail par les voyageurs européens , qui pou- vaient à peine y aborder ou le traverser rapidement. Il était moins connu , suivant l'expression d'un savant (M. Gossellin ) , que la majeure partie du nouveau monde. Plus heureux par sa position diplomatique, déjà au bout de trois ans de courses et de travaux assidus, M. Pouque- ville était parvenu à pouvoir décrire exactement la topo- graphie de cette contrée. Sur les soixante-dix villes qui y furent détruites par Paul Emile, il en avait retrouvé cin- quante-cinq. D'après un système fort sage , dans la clas- sification de ses découvertes, il plaçait au premier rang les acropoles en architecture cyclopéenne pure, et qui, par conséquent, n'ont pas été relevées depuis une haute anti- quité ; il rangeait en seconde ligne les constructions pélas- giques, restaurées partiellement en maçonnerie hellénique. râh SCIENCES MORALES ainsi que les villes entièrement de fabrique grecque; des- cendant delà à travers les siècles qui suivirent la conquête des Romains , il distribuait également par classes les en- ceintes à bases cyclopéennes, restaurées par les hellènes et surchargées de réparations romaines; les places unique- ment bâties en briques et moellons, telles que Nicopolis sous Auguste; les fabriques mesquines du Bas-Empire, et le plâtrage même des Turcs, qu'on trouve appliqué à cer- taines forteresses des premiers âges. C'est ainsi que notre savant voyageur se plaisait à lire dans les murs à polygones irréguliers , en belles pierres de taille , en brique ou en blocage, l'histoire des siècles écoulés, depuis les indigènes le plus anciennement connus jusqu'à l'invasion des maho- métans. A celte époque des recherches de M. Pouqueville , quel- ques ingénieurs géographes et officiers du génie français, appelés à Corfou par le général Donzelot, avaient établi des bases fixes etpris des triangulations sur plusieurspoints des côtes de la Chaonie et de la Thesprotie. Ce fut une donnée invariable qui servit à coordonner le plan de l'au- teur. Dès-lors, il s'occupa de classer les villes les plus rap- prochées de la mer, en remontant d'étages en étages jusqu'au pied du Pinde. Il ne dédaigna pas de s'instruire , pour ce vaste travail, des traditions populaires, qui, employées avec discernement , peuvent être de bons guides ; il mit à con- tribution les cartulaires des abbayes , les archives métropo- litaines ; sut tirer de justes inductions des étymologies lo- cales; se servit à propos des compilations de dom Vaissette et du père Lequien , et consulta tous les ouvrages qui ont traité des guerres et des conquêtes des Turcs. Il remonta ainsi aux tems du Bas -Empire, où les chroniques des By- zantins s'offrirent à lui comme un pont jeté entre la barbarie et les siècles historiques. Ici, se présentaient de nombreux signaux de reconnaissance, fournis par les c&iivMns de ET POLITIQUES. 335 ranliquité, tels que Thucydide, Polybe , Tite-Live, PIu- tarque , et les indications précieuses de l'astronomie et de la géographie anciennes chez Strabon, Marin de Tyr, Pto- lémée et Pausanias. Pour l'intelligence de ces auteurs , M. Pouqueville préfère la critique judicieuse de Paulmier de Grentemesnil aux discussionsde Cellariusetde d'Anville. Une découverte importante vint se joindre encore à tant de moyens de succès : ce fut celle du véritable emplacement de Dodone. L'auteur avoue que c'est aux instructions et aux dessins que lui fit parvenir le savant M. Petit-Radel, qu'il a dû l'éclaircissement de ce problème, dont la solution jette la plus grande lumière sur la géographie ancienne. Dodone^ qu'il avait cherché bien loin, d'après les faux er- remens de Cyriaque d'Ancône , se trouvait aux portes de Janina, ainsi que la demeure sacrée des Celles et le Hiéron de Jupiter Pelasge. Dès-lors, tout s'orienta sans peine au- tour de lui ; la plus haute antiquité lui parut dévoilée , et il put facilement appliquer aux lieux qu'il visita les détails transmis par les historiens et les géographes grecs et latins. Si la position de Dodone, incontestablement fixée, devint le point central des opérations topographiques de l'auteur, la ville de Janina fut, pendant son séjour en Epire, le quartier général d'où il se mettait en marche pour ses invasions scientifiques, et où il rapportait le fruit de ses conquêtes. Après un grand nombre de courses, qui n'étaient pas toujours sans dangers, il fut en état de dresser avec exactitude un tableau des quatorze divisions de l'É- pire ancienne, comparées à ses cantons modernes. L'ex- ploration de ces provinces et celle de l'IIlyrie macédo- nienne remplissent le i" et une partie du 2° Tom. de l'ouvrage. Viennent ensuite les détails d'un voyage exécuté à travers la Bosnie, par M. H. Pouqueville, frère de l'au- teur, lequel, en nous faisant connaître encore la Macé- doine septentrionale, ses montagnes, continuation des 336 SCIENCES MORALES Alpes tyroliennes, et les sources de l'Axius ou Vardar, complète ainsi pour nous la description de l'ancien royaume d'Alexandre. On doit aussi , à ce digne col- laborateur, la reconnaissance de FEtolie, proyince ignorée de nos jours, autant qu'elle avait été célèbre dans les fastes de la Grèce ; il y a retrouvé Thermus et le lac Trichon , l'emplacement de plusieurs villes, le vaste pont qui ouvre une communication entre l'Ophie et le mont Aracynthe; la décharge des lacs dans l'Achelous et non dans l'Evenus, comme le prétendait d'Anville. Après avoir déterminé l'emplacement des provinces et des villes anciennes de l'Epire ; après avoir dessiné les montagnes et leurs points culminans, les fleuves et les courans d'eaux, ces grands et éternels linéamens de la physionomie du globe, 31. Pouqueville offre une série d'observations sur la nature du sol, de l'air et des lieux : il rend compte des phénomènes particuliers aux tremble- mens de terre , fréquens dans cette contrée ; de la tempé- rature, des maladies et de la condition des agriculteurs. Il trace des indications générales sur les règnes de la na- ture, et termine le 2" volume de son voyage par une histoire abrégée des Schypetars, vulgairement connus sous le nom d'Albanais. Cette nation populeuse et remar- quable par son courage, son industrie et son activité, changera un jour la face de la Grèce, si l'on en croit .M. Pouqueville, qui a étudié avec persévérance les mœurs des Albanais, et même leur langue, dont il donne aux phi- lologues un vocabulaire assez étendu pour qu'ils puissent y rechercher l'origine de ces intrépides peuplades cauca- siennes, transplantées en Albanie par d'antiques migrations. Le 4* volume contient la description de la Thessalie , de l'Acarnanie, des deux Étoiles^ de la Locride, de la Doride ; l'introduction à la topographie du Péloponèse et du voyage dans l'Achaïe; enfin, cette vie d'Ali-Pacha, dont ET POLITIQUES. 337 piesque tous les chapitres de cet ouvrage retracent les fureurs et l'odieuse politique. Parmi ces provinces, la Thessalie méritait les recherches et les développemens que lui accorde l'auteur. Cette ré- gion fut le berceau des principaux peuples de la Grèce, et les faits historiques s'y rattachent aux traditions de la my- thologie. Ainsi, près du séjour des Centaures et des La- pithes, près de ce golfe Pagasétique, d'où s'élança le vaisseau des Argonautes chanté par tous les poètes de l'antiquité, on retrouve cette vallée délicieuse de Tempe toujours émaillée de fleurs, et où semblent bourdonner encore les nombreux essaims d'Aristée, colonie plus constante sur ce sol que les races d'hommes qui en ont disparu. Là sont les Cynocéphales fameuses par la défaite de Philippe, dernier théâtre de la gloire macédonienne expirante devant les aigles du peuple-roi; et ces champs de Pharsale, où la force mit aux pieds de l'usurpation les libertés romaines, et qui rappellent cette journée des grandes démarcations politiques : époque surtout mémorable en ce que dès-lors s'éteignirent, au milieu du monde civilisé, les institutions du républicanisme si anciennement et si universellement répandues, pour faire place au système des monarchies qui, diversement modifié, règne encore depuis cette Ion"-ue suite de siècles. Fidèle à la méthode qu'il a adoptée , M. Pouqueville , avant d'entrer dans le détail de ses excursions en Morée, présente quelques rapprochemens entre les mesures géné- rales que Strabon a publiées sur cette presqu'île et celles de nos astronomes. Lu longitude et la latitude du cap Té- iiare, que donne ce géographe, sont parfaitement exactes. Il en résulte, aux yeux de l'auteur, que les anciens, ayant beaucoup vu et calculé , savaient-, depuis un tems proba- blement bien antérieur à Strabon, évaluer les mesures de Tome xi. 22 338 SCIENCES MORALES la terre autrement que par la réduction approximative des périples et des itinéraires. M. Pouqueville parle ensuite des malheurs qui ont désolé le Péloponèse ; il donne un tableau comparatif de ses provinces anciennes et de ses divisions actuelles , ainsi que la topographie de l'Achaïe. Dans le Tom. IV, il décrit la Sicyonie , Corinthe et son golfe, Salamine et cette célèbre Athènes, dont les voya- geurs nous parlent sans cesse et sur laquelle notx'e curiosité est toujcvurs insatiable. En revenant sur ses pas, il visite Eleusis, Mégare, Mycènes , la Corinthie et l'isthme de Corinthe. M. W. Gell, qui s'est acquis quelque gloire par son voyage en Grèce, dans lequel il a publié la description des monumens de Mycènes , avait cru , comme d'autres voyageurs, y reconnaître des œrarium. M. Pouqueville pense, avec plus de fondement, que ce sont les tombeaux des Atrides , et non des caveaux destinés à renfermer les richesses de ces princes. Il restitue les prétendues décou- vertes du voyageur anglais à leurs véritables auteurs, Fourmont, dont la véracité fut trop long-tems contestée, et M. Fauvel, notre vice-consul à Athènes. Tout en rendant hommage au beau talent de M. de Chateaubriand , M. Pouqueville ne peut lui accorder la double gloire qu'il s'attribue d'avoir retrouvé les tombeaux d'Égisthe et de Clitemnestre dans deux sépulcres mo- dernes, précédemment vus et dessinés par Foucherot, et les ruines de Sparte que le même Fourmont avait dé- crites (i). Il regrette qu'un itinéraire si rapidement es- quissé n'ait pas laissé le tems au noble voyageur de se (i) M. de Chateaubriand avait dit •.Singulière destinée qui me fait sortir de Paris pour fixer l'emplacement de Sparte, et découvrir les cendres de Clitemnestre. Il est bien reconnu que ces sépultures appartiennent, l'une à Halil, aga d'Argon, assassiné en 1771 par des brigands, et l'autre à son domestique qui eut le même sort. ET POLITIQUES. ,^39 reconnaître. Déjà le savant M. Ouvaroff avait fait au chantre des Martyrs un reproclie pareil, au sujet des ruines d'E- leusis ()). L'Argolide, l'antique Cjnurie, la Phliasie et les restes inconnus jusqu'alors de Phlionte, le gouffre de Stymphale, celui de Phenéon, Caphys que fonda Dardanus, le bassin du Ladon, le mont Cyllène et le vallon du Cérynite sont tour à tour l'objet des observations que l'auteur rattache à Patras. Nommé consul dans cette ville, eu 1816, il en part au printems pour entrer dans la vaste Élide, et il expose la topographie entière de cette province, plutôt indiquée que décrite par les voyageurs. Il revivifie Olympie, son stade, son hippodrome et le territoire consacré par Hercule à Jupiter. Passant ensuite à la Potamographie de l'Alphée et de l'Erymanthe, il en indique les sources, le cours et l'embou- chure ; il décrit la montagne poétique de Ladon , le Lampée , l'Olènos, le Cyllène cher à Mercure ; et dans une excursion au monastère de Mégaspilion , il fait connaître le régime et les œuvres charitables des pythagoriciens du christianisme , dont l'exemple et les vertus soutiennent le courage des fidèles au milieu de la Grèce asservie. Le cinquième volume de l'ouvrage n'a point encore paru : il doit présenter le tableau des revenus, des charges, des productions de la Morée, et une statistique de cette province, à laquelle seront joints des aperçus sur le com- merce français dans le levant, aujourd'hui presque envahi par celui des Grecs , dont l'auteur montrera les richesses et la puissance navale. Il nous promet aussi des épisodes qui ne seront pas sans intérêt et les détails de son voyage dans la Triphylie , la f I ) -Essai sur les mystères d'Eleusis. Saint-Pétersbourg , i S 1 2. 22 * 3A0 SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. Messénie et le territoire de Gérennius, dont Nestor portait le surnom. Il annonce une notice sur Sparte, les inscriptions qu'il a recueillies dans l'Eleuthero-Laconie, et une carte générale dressée par M. Barbié-Dubocage, qui fera juger combien la géographie de la Grèce a gagné par les sa- vantes explorations de JM. Pouqueville (i). L'archéologie, la numismatique , l'histoire comparée et la science des inscriptions ne devront pas moins de développement aux recherches de l'auteur que la statistique et la géographie spéciale. Dans cette rapide analyse des quatre volumes que nous avons lus avec un intérêt vif et soutenu , circonscrits à regret dans un cadre resserré et ne pouvant nous étendre avec quelque détail sur ce Voyage, uniquement entrepris dans l'intérêt de la science et exécuté de manière à en élargir le domaine , nous avons dû nous borner à indiquer les sommités, les parties saillantes de l'édifice; nous nous sommes d'abord occupés de ce qu'on pourrait nommer en quelque sorte le matériel delà Grèce moderne. Il noussuffisait pour le moment d'annoncer un ouvrage où d'immenses re- cherches, une érudition profonde et un beau talent s'u- nissent aux plus pures intentions ; un ouvrage que les circonstances actuelles doivent faire rechercher avec em- pressement et qui restera, (juelle que soit leur issue. Quant à sa partie morale, c'est-à-dire la description des moeurs publiques et privées des Turcs et des Grecs , l'esprit du gouvernement , les institutions civiles et religieuses des uns, l'état social, les intérêts et les dispositions politiques des autres, enfin tout ce qui constitue, modifie, altère le principe de vie dans la cité ; nous en ferons le sujet d'un second article. D. de Gavedell Geannt. (i) Il esta désirer que l'on se serve de ces documens pour les tartes de la nouvelle édition du Vojage d' jînacharsis. LITTERATURE. Philibert, roman poétique ensix chants; par Thomas Collej Grattan (i). L'action principale de ce poème est empruntée au fameux procès du faux Martin Guerre , recueilli dans les Causes célèbres de Gatot de Pitaval. Né dans la province de Biscaye, Martin Guerre épousa, au mois de janvier i53g, Bertrande de Rois, de la ville d'Antigues, qui unissait un jugement droit à une grande beauté. Ils vécurent environ dis années ensemble , jouissant d'une honnête aisance , et ils eurent un fils de leur union. Vers celte époque , Martin désira voyager; il quitta sa femme et sa famille, et ne leur donna point de ses nouvelles, durant un laps de tems considérable. Ber- trande continua cependant à mener une vie irréprochable. Huit ans s'étaient écoulés depuis le départ de son mari, lorsqu'un imposteur, Arnaud duTilh, se présenta devant elle , sous le nom de Martin Guerre. Sa prodigieuse ressem- blance avec ce dernier le fit recevoir sans hésitation; il fut également reconnu par les quatre soeurs de Martin , par son oncle et par plusieurs autres parens. 11 remplit son rôle avec autant d'adresse que d'audace : ayant connu Martin Guerre dans ses voyages , il avait appris de lui et de quelques-uns de ses amis les détails les plus minutieux sur sa vie passée, et mille circonstances secrètes , uniquement connues des deux époux. Cet imposteur usurpa , pendant trois ans , tous les droits de Martin Guerre ; mais à la fin , ayant été soupçonné de fourberie par l'oncle et par quelques autres personnes, Ber- (i) Londres, 1S21, ua vol. in-S° de 209 pag. et notes , XLVIII. Longman hurst Rees , etc. Prix , 12 scbellings. 8A2 litïeratlrï;. trande se joignit à ses accusateurs, et il fut livré à la justice. Il se défendit avec intrépidité : cent cinquante témoins fu- rent entendus, parmi lesquels il y en eut trente ou quarante qui déposèrent qu'il était le véritable Martin Guerre; un plus grand nombre jura que c'était Arnaud du Tilh, et plus de soixante refusèrent de prêter serment pour ou contre , tant la vérité leur paraissait douteuse des deux côtés. Le prisonnier répondit avec la plus grande exactitude aux ques- tions particulières qui lui furent faites , sur le lieu de nais- sance de Martin Guerre , sur son père, sa mère, ses frères, etc. Il donna les renseignemens les plus positifs sur le jour de son mariage, sur le prêtre qui avait célébré la cérémonie , sur les personnes qui étaient présentes , la manière dont elles étaient vêtues, etc. Cependant, après un long procès, il fut jugé coupable et condamné à perdre la tête sur l'é- chafaud et à être écartelé. Il en appela au parlement de Toulouse : la cause fut plaidée de nouveau , et il était sur le point de la gagner, lorsque le vrai Martin Guerre parut. Arnaud du Tilh fut aîors condamné à mort et exécuté sur un gibet, en face de la maison de Martin Guerre. M. Grattan , auteur de Philibert, ne s'est pas astreint à suivre servilement la version que nous venons de citer. Il a d'abord placé ses personnages dans un rang beaucoup plus élevé. Remontant aux siècles de la chevalerie, il a fait re- vivre les anciennes coutumes des preux. Aidé par de sa- vantes recherches, il a tracé un tableau animé de ces tems de factions et de troubles , où les droits sacrés de l'homme étaient perdus et comme ensevelis au milieu des épaisses ténèbres de la féodalité; où le flambeau pâlissant de la li- berté ne lançait plus qu'un feu mourant, près de s'éteindre sous le souffle corrompu de la tyrannie. Mais, revenant à des sujets plus gracieux, M. Grattan peint en vers charmans la paix et l'union qui régnent entre les familles de deux LITTÉRATURE. 5A3 vaillans guerriers. Amis et voisins, ils se délassent des fa- tigues de la guerre, en partageant les jeux de deux jeunes enfans, l'espoir de leur avenir. Philibert et Isabelle gran- dissent sous les yeux de leurs parens : ils s'aiment, et bientôt l'hymen vient couronner leurs feux : la peinture de leurs amours, des joies de leur union , est remplie de charmes et termine bien le premier chant. Le début du second forme un contraste frappant avec ces tableaux de calme et de bonheur. Le traducteur de cet in- téressant poème ayant bien voulu nous communiquer quel- ques passages de sa traduction, qui doit paraître incessam- ment, nous lui empruntons ce morceau : « Les chants tristes et cadencés de la messe des morts se succèdent lentement, et les gémissemens long-tems com- primés éclatent de toutes parts. Tristes, rangés autour de la tombe , les moines entonnent l'hymne funèbre. La lumière faible et vacillante des flauibleaux presque éteints lance son dernier éclat sur les sombres voûtes sépulcrales, dont les pierres humides semblent aussi répandre de froides larmes sur le cercueil de celui qui n'est plus. Ces tristes murs réfléchissent , à travers l'épaisse obscurité de la nuit, les rayons vacillans des torches funéraires. De tems en tems, les moines affligés se taisent pour se recueillir dans laprière; l'orgue sonore fait alors entendre l'air de l'antienne solen- nelle; mais, lorsque le chœur reprend ses chants lugubres, le vent du soir semble porter vers les cieux les pieux ac- cens des fidèles , et les échos d'alentour font retentir au loin les saints cantiques. HYMNE FUNÈBRE. « Repose en paix , noble héros , Illustre fils , d'un illustre lignage : Vainqueur des sens, brisant leur esclavage, Zkk LITTERATUllE. Dans la nuit des tombeaux. Que la gloire devienne à jamais ton partage ! « Repose en paix, jusqu'au jour solennel Où dans les airs la trompette dernière , Du sépulcre en éclat évoquant la poussière ^ Au tribunal de l'éternel Appellera les enf'ans de la terre ; lit jusqu'à ce jour glorieux , Où dans le ciel ton ame rappelée S'élancera vers la voûte étoilée , Repose en paix au sein de tes aïeux. « Quel est celui que la mort a recouvert de son froîd lin- ceul? A qui cette cloche funèbre adressc-t-elle maintenant le dernier adieu des hommes ? pour qui brûlent ces cierges? pour qui célèbre-t-on ce service pompeux? Regarde cette femme si pâle et si touchante , dont les larmes trahissent la muette douleur; vois ce vieillard courbé , dont le regard inquiet voudrait pénétrer jusqu'au sein du froid domaine de la tombe ; contemple encore ce jeune guerrier plein de cou- rage , qui s'efforce à la fois de consoler les chagrins de sa fille, et de réprimer les douleurs de l'ami ; et cesse alors de demander quel est l'infortuné que l'impitoyable mort a réduit en poussière » A peine le père d'Isabelle repose-t-il auprès de ses ancêtres, qu'une nouvelle douleur se prépare. Sommé par le roi Charles VI de se joindre à lui avec ses vassaux, Philibert s'éloigne; il laisse à Isabelle une fille, fruit de leurs amours. Les regrets de la jeune épouse, l'empressement des vas- saux à suivre leur seigneur, la confusion des apprêts d'un départ précipité, forment un tableau rapide et très-animé. Le silence qui succède à tant de bruit, le vide du château devenu désert en un instant, le calme d'une douleur qu'une espérance trop éloignée ne peut adoucir, sont parfaitement décrits et produisent un effet très-poétique ; mais , laissant LIÏTEllATURE. 3A5 .Isabelle en proie à ses ennuis, le poète nous conduit sur les traces de son héros. Nous le voyons franchir, à la tête de ses soldats, la cime escarpée des montagnes qui avoisi- nent le Jura. Prêt à s'éloigner de sa belle patrie , il jette sur elle un dernier regard d'amour etde regret , et lui adresse un chant d'adieu : CHANT DU GUERRIER. « Terre qui m'as vu naître , ù France tant chérie 1 Reçois mes adieux ; Mais toujours tu seras , ô ma belle patrie ! Présente à mes yeux. Quittant avec regret son nid héréditaire, Ainsi l'oiseau du Ndtd , chassé par les frimats , Maudit, en s'élançant vers la rive étrangère , L'aquilon qui le porte en de plus doux climats. Et bénit le printems qui vient flnir sa peine. Bien plus cruel encore est le sort qui m'entraîne; Car je pourrais en vain parcourir l'univers; En vain tous ses trésors seraient en ma puissance , Les charmes réunis des royaumes divers. Hélas! ne valent pas un seul jour de la France. » Philibert rejoint l'armée du roi , campée sur les bords du Danube. Parmi la foule de guerriers enrôlés sous la ban- nière royale, on remarque Pierre de Rouvergne. Dévoré par une ambition sombre et farouche , un profond mystère enveloppe ses actions; les chefs et les soldats ignorent éga- lement sa naissance et le rang qu'il occupait jusqu'au jour où son glaive lui ouvrit le chemin des honneurs. La pein- ture du caractère de ce guerrier rappelle les héros gigan- tesques de lord Byron , dont les vertus ou les vices les élè- vent, même par leurs excès, au-dessus de l'humanité. Une ressemblance frappante existe entre Philibert et Pierre de Rouvergne. C'est ici qu'on retrouve la version où l'auteur 3A6 LITTERATURE. a puisé son sujet. C'est Arnaud du Tilh ennobli; il gagne la confiance de Philibert, voit le portrait d'Isabelle, en devient amoureux, s'insinue dans les bonnes grâces de son rival, s'empare de tous ses secrets; et, dans le tumulte d'une bataille, il tourne contre lui son arme meurtrière. Les jours, les mois, les années se sont écoulés, et au- cune nouvelle du retour de son époux n'est venu réjouir le triste cœur d'Isabelle et animer la solitude du château. Sa fille essaie vainement d'adoucir, par ses caresses, la douleur dont elle est consumée. Mais un guerrier apparaît devant elle : c'est Philibert; ce sont ses traits et jusqu'au son de sa voix; elle ne peut plus méconnaître l'époux chéri qu'elle a tant pleuré. Cependant, de sombres présages trou- blent la joie de son arrivée ; un rêve funeste agite le sommeil du guerrier; il tressaille, il semble lutter contre un puissant ennemi. Isabelle lui demande en vain l'explication de son trouble. Les vassaux rassemblés sont venus olTrir à leur seigneur leurs hommages et leurs vœux. Mais un parent, qui devait hériter de ses richesses, ne peut lui pardonner de lui avoir enlevé, par son retour, l'espoir qu'il avait nourri si long-tems. Il l'accuse d'imposture et le poursuit devant les tribunaux: le guerrier l'emporte; il ne jouit pas long-tems de sa sécurité. Un autre Philibert reparaît, comme l'assassin de "Walderne , père de Philibert , qui tombe sous les coups d'un meurtrier, la veille même du jour où ce vieillard avait annoncé qu'il révélerait à ses enfans la cause de l'inexplicable ressemblance qui existait entre son fils et Pierre de Rouvergne. La jeune fille, té- moin du meurtre, accuse son père, qu'elle croit avoir re- connu. Il est jugé et condamné; mais un complice de Pierre dévoile le véritable imposteur. Fils naturel de Walderne, Pierre a conçu le projet de supplanter son frère ; arrivé trop tard, il veut au moins cacher le secret de sa naissance, LITTERATURE. 3A7 et assassine le vieillard, au moment où celui-ci s'apprête à tout révéler. On découvre alors que celui qu'on avait soupçonné de trahison est le véritable Philibert, rentré dans ses foyers après une longue captivité. Je ne sais si ce. moyen d'étonner le lecteur est heureusement choisi : peut-être eût-il mieux valu suivre en cela le récit historique. Au reste, ce poème est plutôt remarquable par des beautés de détail que par la perfeclion du plan. L'ouvrage de M. Grattan est une suite d'images tour à tour sombres et gracieuses. Des situations fortes, une poésie harmonieuse et souvent inspirée, lui donnent l'intérêt d'un roman et le charme d'un poème. Nous terminerons cet article par le passage suivant, où l'auteur gémit sur l'Irlande , sa patrie , et rappelle le poète célèbre qui l'a illustrée dans ses vers. « Hûtons-nous d'arriver au dénouement de cette his- toire, où les accens de la joie se font entendre, pendant les courts intervalles de repos accordés au malheur : ainsi qu'on distingue parfois, dans les sombres mélodies d'Érin (i), quelques notes joyeuses, mêlées aux tristes accords consacrés à la douleur et au désespoir. Et moi aussi, ô ma patrie, je veux élever, ma voix jusqu'à toi ! Mon entreprise est téméraire , je le sens, et mes vers sont peu dignes d'un si noble essor. Je vois déjà le front de la critique s'armer de sévérité, et menacer, de punir ma folle présomption; et cependant, ô Erin, je veux mêler mes chants à tes chants de douleur. Ton nom a fait vibrer une corde qui réveille de fortes émotions dans mon ame : il fait revivre , par son pouvoir magique , un sentiment que je croyais éteint. Ce sentiment, dans le tems de mes jeunes espérances, me faisait tirer des sons plus hardis de (0 Les Mélodies Irlandaises , par Moore. MS LITTERATURE. ma lyre sauvage, lorsque, couché sur l'aride fougère de Carraghinore , ou près des bords du lac de la montagne de Moonvalla ; ou lorsqu'étendu sur la pelouse desséchée , livrée tous les rêves de la poésie, je plongeais mes regards avides sur la plaine qui s'étendait à mes pieds, alors mon imagination s'enflammait du feu de la liberté : les ombres sacrées des héros de la Grèce m'apparaissaient en foule , et répaudaient leurs prestiges glorieux autour de moi « Hélas! les illusions ont disparu ! je parcours une plage étrangère, et d'autres mains que les miennes ont tressé, ô ma patrie, la triste couronne qui ceint ton front. « Tes malheurs offrent un sujet difficile à retracer : ils réclament la voix de ce chantre habile (i) , dont les accens audacieux, redits-paria renommée, respirent une harmo- nieuse mélancolie, dont les douces plaintes allègent les rudes travaux de l'habitant de tes solitudes marécageuses, et font briller, sur le sentier solitaire qu'il parcourt, l'éclat de la gloire des tems passés et un rayon d'espérance. Je ne Teux pas demander, ô Erin , le sujet de tes douleurs et de tes gémisscmens : que d'autres plaident la cause de tes chaumières violées, de tes lois outragées; pour moi, je dirigerai mes yeux humides vers les lieux où pleurent mes compatriotes (2). L. S. R> (l) MOOBK. fa) f^qy. ci-dessus, pag. 220, le rapport fait à la société acadé- mique de Nantes, sur le poème de Philibert , dont M. Grattan lui avait fait hommage. *VV\.\VWVWV»VV*\V*V:WVV*V»i.VVV.VW,«.V\.VVV.\.VV,v\Vl'»,»V.VXV.-V'WVV»V„VWVW» III. BULLETflN BIBLIOGRAPHIQUE. LIVRES ÉTRANGERS (i). AMERIQUE. ÉTATS-UNIS. 112. — American médical Uolanj , beinga collection, etc. Botanique médicale de l'Amérique, composée d'une collection de plantes médicinales indigènes aux Etats-Unis, avec leur histoire bo- tanique et leur analyse chimique, ainsi que leurs propriétés et leurs usages dans la médecine et dans les arts, ornée de gravures coloriées. N<" V et VI , par Jacob Bigelovv, et Rdmfoed, professeur de matière médicale et de botanique à l'université d'Harvard. Boston, 1821. ii5. — Remarks, etc. — Remarques sur l'emploi des femmes en chirurgie, comme sages-femmes; par un médecin. Boston, 1820;' brochure in-8'' de 22 pages. i\i.-—Address delivered before the Hampshire , etc. — Rapport fait à la société d'agriculture de Hampshire, de Franklin et de Hampden, lors de l'assemblée annuelle tenue à IS'orthampton ; par J. H. LyuoN. Northampton, 1820; 1 vol. in-8"». 1 15. — A Treatise on inland navigation. — Traité sur la navigation intérieure, avec une carte ; par Robert Mills. Baltimore, i vol. in-S". 116. — Annual Report, etc. — Rapport annuel du conseil des com- missaires américains nommés pour les missions étrangères. Boston, 1S20 ; brochure in-8° de 34 pages. Il"- — Fifth annual Report, etc. — Cinquième rapport annuel de la société de paix de Massachusets. Cambridge, 1820. 118. — American éducation society , fifih Report. — Cinquième Rapport de la société d'éducation américaine ; 4 octobre 1820. 119. — Third Report of the american colonization society. (1} Nous indiquerons , par un astérisque (*) placé à côté du titre de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qui paraîtront dignes d'une attention particulière , et dont nous rendrons quelquefois compte dans la section des analyses. 350 AMERIQUE. Troisième Rapport de la société de colonisation américaine. Wa- shington, 1820. 120. — Thoughts on polilical economy. — Pensées sur l'économie politique , en deux parties ; par Daniel Raymond, avocat, Raltimore, 1820; 1 vol. in-S». 121. — Sketches ofuniversal historj , etc.— Esquisses sur l'histoire universelle, sacrée et profane, depuis la création du monde jusqu'à l'année i8i8; par Frédéric Bdtleb. Hartford, 1820; 1 vol. in-12 ; prix , 1 louis 5o. 122.— Ilistory oflhe war ofthe independence ofthe United States. — Histoire de la guerre de l'indépendance des Etats-Unis , par Charles Botta, traduite de l'italien par Georges Otis. Philadelphie, 1820; 2 vol. in-S°. 1 23 (*). — Memoirs ofthe Mexican révolution, etc. — Mémoires sur la révolution da Mexique ; suivis de la Relation de l'expédition du gé- néral Xavier IMina, avec quelques observations sur la possibilité d'ouvrir un commerce entre la mer Pacifique et l'Océan Atlantique, par l'isthme du Mexique dans la province d'Oaxaca, et par le lac de Nicaragua ; et sur l'importance future de ce commerce pour le monde civilisé ,• particulièrement pour les Etats-Unis ; par TVilliam BoBiRSOK. Philadelphie, 1820, \ vol. in-8° ; prix, 2 louis 5o. 124- — History ofthe United States, etc. — Histoire des Etals- Unis, avec un court aperçu de quelques-uns des principaux empires et royaumes des tems anciens et modernes , à l'usage des écoles pu- bliques; par un citoyen de Massachusets. Keene, 1820; 1 vol. in-8» de 25 1 pages. 125. — North American Reuiew. — Revue de l'Amérique du Nord, et journal de mélanges , publié par Olivier Eveebtt. Boston , 1821. Hilliard et Metcalf , n" xxx. x vol. in-8''. Ce journal, dont nous avons déjà parlé(^ i'oy. Tom. VIII , p. 108 et 343 ) , est un des plus intéressans recueils de l'Amérique. On y suit les progrès des sciences , des arts et de la littérature dans les Etats-Unis. Lesprincipaux articles de ce trentième cahier sont : 1° Un Examen des universités anglaises comparées aux universités nais- santes de l'Amérique ; 1° un Tableau des améliorations et des per- fectionnemens intérieurs opérés dans la Caroline du Nord. La plu- part des faits et des matériaux de cet article sont puisés dans trois ouvrages américains qui traitent du même sujet; 5» une Analysa ASIE. 351 des Lettres de madame de Grafigny , publiées sous le titre de T^ie privée de Voltaire et de madame du Chaielet , pendant un séjour de six mois à Cirey, avec un rapide examen des œuvres de Vol- taire , et quelques détails sur le caractère et la fortune de ce poète. L'article est généralement bien, quoiqu'on y pût relever quelques "erreurs; 4° Nouveau tarif, proposé d'après le rapport du comité des nègocians de Boston et autres , sur le tarif; 5» Examen critique d'un ouvrage qui a pour titre : Doctrine céleste de la Noupelle Jérusalem, révélée par le ciel, et traduite du latin d'Enimanuel Swedenborg. On sait que Swedenborg a fondé et propagé une secte qui porte son nom. Il se dit inspiré , et révèle dans ses écrits les visions que le ciel lui envoie. Plusieurs de ses disciples ont écrit pour soutenir la vérité de ses prédictions , et paraissent croire sincèrement à sa mission divine ; 6» Notice et remarques sur Hïati et sur ses habitons, tirées en partie de neuf ouvrages publiés par des Haïtiens : deux sont de M. le baron de Vastey ; 7» sur les essais géologiques de Hayden; 8» Jnalyse de l'histoire de l'astronomie an- cienne et moderne, par Bailly; 9» une Lettre sur la fièvre jaune quia désolé les Indes occidentales; suivie d'observations sur les moyens de prévenir la contagion ; par Daniel Osgood , médecin ; 10° Histoire de la sculpture chez les Grecs, ou examen d'un ouvrage allemand sur les principales époques de l'art de la sculpture chez les Grecs; par Frédénc Thikesh ; ii" Examen de l'ouvrage de Théodore Lvman , sur Vétat politique de l'Italie. L. S. B. ASIE. 126. — Asiatic Researches, etc. — Recherches asiatiques, ou Mémoires de la société établie au Bengale. Calcutta, 1821. Tom. XIIIs in-8». Voici les titres des articles contenus dans ce volume : Mémoire sur la mesure d'un arc du méridien, depuis le iS» jusqu'au iS* degré de latitude , par le lieutenant-colonel W. Lambton; sur l'existence de la religion des Hindous dans l'île de Bali , par J. Crawfurd; voyage aux sources de la Djemna , par Fraser; sur les meurtriers appelés j^^aTzsmgaT-s , par le docteur 5Ae/-«'ooi; sur la carte du Kimôn, parle capitaine JFebb; cérémonies du couronnement d'un radjale hindou, par M. firowra ,• analyse chimique, par J. Dav\; des serpens venimeux qui se trouvent sur la côte de Madras , parle 352 EUROPE. docteur Mackensie ; les ruines de Prambanon dans l'ile de Java , par /. Crawfurd ; description de quelques plantes rares de l'Inde, par N- Vallich, D. M.; mémoire sur une nouvelle espèce de tapir , trouvée dans la presqu'île deMalacca, parle maj. Forquhar. (Voy. la Refue Encyclopédique , Tom. X, pag. 200 , art. Calcutta, j Sur une nouvelle espèce de camellia sauvage ; Beydjapour en 1811, par le capitaine Sjdenham) le Binôme connu des Arabes , par /. Tytller. E. G. EUROPE. GRANDE-BRETAGNE. 127. — Kindiciœ geologicœ, ov the Connexion, etc. — Assertions géologiques , ou la géologie conciliée avec la religion ; leçon pro- noncée devant l'université d'Oxford, le i5 mai 1819 , par M. le docteur Guillaume Bccklakd, lorsqu'il fut installé dans la cbaire de géologie de cette université. Oxford , 1820. in-4° de 4o pages. La géologie est cultivée et très en honneur chez les Anglais , de- puis plus d'un siècle. Il existe à Londres une société libre de géo- logie , qui a déjà publié , sur l'objet de ses recherches , d'utiles mé- moires. M. Buckland et un autre avant lui ont enseigné cette science à l'université d'Oxford , mais il n'y avait point alors de chaire fondée à Oxford pour cet enseignement ; celle qui existe n'a été do- tée qu'en 1819. Dans la première partie de cette leçon , M. Buckland a établi les rapports très-remarquables de cette science, encore assez nouvelle , avec les autres sciences p'hysiques ; dans la seconde , il considère la géologie dans les preuves qu'elle fournit de l'existence de Dieu; et dans la troisième , il montre que les deux grandes traditions de Moyse, sur la nouveauté relative de l'espèce humaine et sur l'uni- versalité d'un déluge arrivé il y a environ 6000 ans, n'ont rien qui ne se concilie avec les observations sur l'état présent de la surface de notre globe. Sur tous ces points, il est d'accord avec MM. de Buffon , de Luc Dolomieu et Cuvier, et il a soin de les citer avec de justes éloges , particulièrement M. Cuvier, qui, par ses admirables travaux sur la théorie de la terre , sur les fossiles dernièrement découverts ^ s'est placé pour long-tems à la tête de tous les géologues , lorsqu'il était déjà l'un des premiers anatomistes et naturalistes du monde savant. Lasjiisais, de l'Institut. LIVRES ETRANGERS. 355 îîS. — Essaj's on /lypochondrias , etc. — Essai sot l'hypocondrie tit sur d'autres affections nerveuses ; par John Reid , d. m. Londres , 1S2 1. Longman , i vol. in-8°. La bizarre maladie qu'on a nommée hypocondrie, et dont l'exis- tence a paru long-tcms problématique aux gens du monde, et même aux médecins, est maintenant comptée au nombre des maladies ncrveiises les mieux connues. Le docteur Reid s'en est occupé avec succès , et les moyens qu'il a employés pour guérir l'imagination frappée de ses malades sont aussi singuliers que plaisans. Il les raconte avec esprit et facilité, et son livre doit commencer la mé- tamorphose que son art achève sur les esprits livrés à la mélan- colie. 129. — Skelches of the domestic manners , etc. — Esquisses des mœurs domestiques et des institutions des anciens Romains, Lon- dres, 1821. Murray , 1 vol. in-12, 347 pages. Ce petit volume bflïe une peinture fidèle des habitudes du peuple romain, telles qu'elles existaient sous la république et sous l'empire. Pline, Juvénal, Perse, et quelques anciens auteurs, ont fourni les principaux traits de ce tableau. L'auteur a eu aussi recours à plu- sieurs savans commentateurs ; il a réuni leurs recherches et en a fait un ouvrage d'un égal intérêt pour le jeune étudiant et pour l'homme du monde. Le style, simple et concis, n'est point hérissé de ces mots barbares , et quelquefois trop savans , pour être compris par toutes les classes de lecteurs. i5o. — On the liberlj ofthepress. — De la liberté de la presse et de la discussion publique, par Jérémie Bentham. Londres, 1S21. Hone; in 8° de 58 pages. Ce nouvel ouvrage, d'un des plus habiles publicistes de notre tems, est en quatre chapitres : le premier est consacré à défendre et à justifier l'entière liberté de la presse sur les questions d'intérêt public; les trois autres concernent les réunions où les particuliers s'occupent de ces mômes questions. lui. (') — A chronologicat Reirospect, etc. — Revue chronologique, ou Mémoires sur les principaux événemens de l'histoire mahomé- tane, depuis la mort du législateur arabe jusqu'à l'avènement au trône de l'empei-eur Akbor et l'établissement de l'empire du Mogo, dans l'Indoustan , d'après les manuscrits originaux persans; par ToMK xt. 23 2U LIYRES ÉTRANGERS. Z?afidPaiCE,major au service de la compagnie des Indes orientales. Londres, 1821 , Colburn ; 3 vol. in-4° ; prix, 7 guinées 17 schellings 6 pences. iS^.-Charles the finst pourtrajed. -'Peinture du caractère de Charles I", par G. Coode, d'Exeter. Londres, 1821, Longman ; brochure in-8". Ce petit ouvrage a été réimprimé d'après l'édition de 1747 et con- tient la relation de plusieurs faits authentiques, relatifs à la conduite de Charles I" et tendant à faire tomber sur ce monarque plusieurs graves accusations. -ila. — The Lives of eminent Scotsmen , etc.— Vies des Ecossais célèbres, publiées par la société des anciens Écossais. Edimbourg, 1821 ; 1 vol. in-8». Ce petit ouvrage contient de courtes notices sur la vie et les œuvres des hommes de lettres les plus distingués de TÉcosse. Ces notices sont écrites d'une manière agréable et variée. Parmi les ar- ticles les plus intéressans consacrés aux poètes , on remarque la vie de Jacques I" d'Ecosse , de Ramsay , de Beattie et de Burns. 134.—^ Tour ihrough llie soulhem prouinces of the klngdom of Naples, etc. — Voyage dans les provinces méridionales du royaume de Naples, auquel on a joint une esquisse des circonstances qui ont précédé la dernière révolution ; par Richard Keppel Chaven. Londres , 1821 ; 1 vol. in-4° de 449 pages. Un peuple turbulent et vindicatif, prompt à se révolter, mais dé- pourvu de l'énergie qui conduit au succès , offre , à la veille d'une révolution , un spectacle curieux pour l'observateur impartial et at- tentif; mais peu d'hommes savent se placer au-dessus des événemens et contempler avec calme les querelles des factions, dont il serait facile de prévoir les résultats. La révolution de Naples, comprimée à sa naissance, n'inspire plus l'intérêt qu'elle avait d'abord excité; cependant, on aime encore à examiner les causes et les circonstances de cet événement. M. Craven ne les a pas présentées avec autant de clarté qu'on pourrait le désirer ; il a plutôt décrit l'aspect de Naples et les mœurs de la haute classe que les mouvemens populaires. Aussi ne trouve-t on pas dans son ouvrage le genre d'intérêt que, d'après le titre , on serait tenté d'y chercher. liS.—RecoUeclions of a classical tour, etc. — «onveniis d'un LIVRES ETRANGERS. 355 voyage classique dans différentes parties de la Grèce, de la Turquie et de l'Italie, fait pendant les années 1818 et 1819; par Pierre EdrnondhAvnEUT ; orné de gravures coloriées. Londres, 1821 ; 1 vol. in^" de 317 pages. M. Laurent quitta Oxford en i8i8, accompagné de deux membres de l'université. Ils passèrent les Alpes par la route du Mont-Cenis, traversèrent le Piémont et les fertiles vallées de la Lombardie, et s'arrêtèrent quelque tems à Turin, à Milan, à Mantoue , à Vérone, à Vienne et à Venise. De cette dernière ville ils se rendirent à Trieste , d'où ils s'embarquèrent pour Gonstantinople , après avoir fait une excursion aux ruines de Pola. Dans le cours de leur voyage, ils virent la plaine de Troie et le lieu où l'on croit qu'Ilion était située. Redoutant la peste qui ravageait alors les provinces du nord de la Grèce , ils se rembarquèrent à Gonstantinople pour aller à Athènes ; passèrent ensuite dans le Péloponèse , visitèrent les ruines de Corintbe , de Sicyone, de Némée, d'Argos, de Mantinée , de Sparte, de Messène, de Pbigalie , d'Olympie , de Patr3e,etc. Nos voyageurs s'embarquèrent pour les îles Ioniennes ; revinrent de là en Italie ; toucbèrent à Otrante , à Brindes et à Barletta , et retour- nèrent en Angleterre par Naples , Rome et Florence. L'ouvrage de M. Laurent est agréablement écrit ; on y trouve des peintures ani- mées des lieux qu'il a vus; les mœurs et les coutumes des Athéniens modernes y sont décrites avec esprit et discernement. i36. — T/ie Pamphleteer. — Recueil des meilleures brochures du jour. Londres, 1821, Valpy ; prix, 6 shellings 6 pences, chaque livraison. Le 35« N" de ce Recueil vient de paraître; on y remarque les articles suivans : 1° la Déclaration de l'Angleterre contre les actes de la Sainte- Alliance, avec des documens officiels , etc. ; 2" Réflexions sur la conduite des alliés ; 5° sur la jurisprudence criminelle , plan d'un nouveau code pénal ; 4° sur la dissolution de la cbambie des députés, par M. B. Constant; 5° Portraits historiques : Octavius César et William Pitt (réimprimés), Rienzi et Bonaparte, par G. Me ADi.E V ; 6» sur le système des prisons destinées aux criminels en Angleterre ; 7" l'exclusion de la reine de la Liturgie , considérée sous un point de vue historique et légal ; 8" sur le caractère de Pope, comme poète, etc. Ce recueil est remarquable par l'esprit d'impartia- 23 * S^ LIVRES ÉTRANGERS. lité qui préside à sa rédaction et par le choix des morceaux qui y sont insérés. iSj.-TAe rétrospective Rei^iew. — Rewue rétrograde ou des tems passés. Vol. III, partie 2% n° vi ; i" mai. Londres, 1821 , in-S» de deux feuilles d'impression ; prix, 5 shellings. Ce journal , dont le but est de sauver de l'oubli les anciennes pro- ductions de quelques écrivains distingués , renferme des critiques , des analyses et des extraits d'ouvrages curieux, utiles et estimés, publiés dans toutes les langues, depuis la renaissance des lettres jusqu'au commencement de ce siècle. Un article très-remarquable du cahier que nous annonçons, c'est un tableau de la littérature poé- tique de l'Espagne par M. Bowring, auteur de V Anthologie russe {yoy. notre Tom. X, pag. 355). On y trouve de l'érud.tion , une juste appréciation du mérite des dilTérens poètes dont les œuvres sont citées, traduites en vers anglais très-purs et très-èlégans. M. Bowring s'est borné à présenter l'histoire littéraire de l'Espagne jusqu'au XIV» siècle ; il compte faire paraître la suite dans le même recueil. Passant en revue la poésie des Maures, celle des troubadours, et enfin la poésie castillane, il remontera jusqu'à l'âge d'or de la littérature espagnole. • xô^.—Miscellanies. — Mélanges ; par Richard Wabkeb. Londres , 1821. Longman, 2 vol. in-12. Prix, 10 shellings. La lecture des journaux périodiques, qui se composent pour la plupart d'articles détachés, de critiques littéraires,d'anecdotes, de bons mots, a dû contribuer au succès des compilations intitulées Malanges. Il se publie en Angleterre un grand nombre d'ouvrages de ce genre , ^ui trouvent des acheteurs et des lecteurs, bien qu'ils ne renferment souvent que des productions médiocres. Le peuple anglais aime à passer du sérieux au plaisant , et le manque de suite et de liaison qui nuirait en France à ces recueils est un mérite de plus en Angleterre, où néanmoins l'on accuse les Français de frivolité. On y traite tour ^ tour de politique, de philosophie , de littérature,- et l'esprit de bouf- fonnerie n'en est point exclu. Les Mélanges de M. Warner renferment des anecdotes nouvelles racontées avec talent, quelques chapitres bien écrits et beaucoup de choses communes. On peut citer au nombre des articles remarquables ceux qui sont intitulés : Raison et Folie ; le Sceptique roni-erli ; Remarques sur la décadence et la perle de la raison. ^- ' • "■ LIVRES ETRANGERS. 357 RUSSIE. ■ iJg — Finnische Sprachlèhre fur Fmnen und niclil Finnen , etc. — Grammaire finlandaise, à l'usage des Finlandais et des étrangers, avec des considérations sur les rapports qui existent entre la langue de la Finlande et la langue hongroise , et un appendice des mots semblables dans l'une et dans l'autre ; par Jean Sirahlmann. Saint- Pétersbourg, i8ao. La langue des Finlandais se distingue non seulement par son eu- phonie , mais encore par sa richesse. Outre les six cas usités dans presque toutes les autres langues, elle parvient, au moyen de pré- positions ajoutées aux mots, à désigner les différentes destinations données à la chose ; elle distingue aussi dans les verbes les formes causatives , fréquentatives , diminutives , etc. L'auteur de cette grammaire s'est acquis un titre à la reconnaissance des infatigables Allemands, en les mettant à même d'étudier une langue qui, jusqu'ici, n'a été connue que des Suédois. 11 a pris pour base de son travail le dialecte usité dans la prévôté de Sudkerholm, et principalement à Walkjxrwi, où il est pasteur, parce que ce dialecte est le plus pur. Voici maintenant les reproches que l'on fait i^ son ouvrage. On pré- tend qu'il n'a point fait usage des travaux de ses devanciers, et qu'à peine il paraît les avoir connus. Il aurait, dit-on , tiré un grand parti des ouvrages intitulés : Mariini Hodegus finnicus ■, 1689, Gt jinuisn til FÎTiske sprogel, Stokolrn, 1772; et c'est à tort qu'il s'en est tenu à Vhaels [Grammatica finnica , Abo, 1755). En second lieu, on reproche «» M. Strahlmann de n'avoir pas ^is à la fin de son livre des exercices de lecture ; les proverbes qu'il a donnés ne pouvant les remplacer, et la traduction eu étant d'ailleurs inintelligible. Mais ce qui rachète tous ces défauts , c'est la comparaison du hongrois avec le finlandais, qui est suivie avec art et avec profondeur , tant dans le corps de la grammaire que dans un appendice spécialement des- tiné à ces rapprocbemens, que l'on avait aperçus avant M. Strahl- mann , sans cependant que personne les eût encore traités comme il convient de le faire. Ph. GotBiiEy. DANEMARCK. i4o. — Hisloria Cy renés , indè à {empare quo condita urbs est usque ad œlalein qud in prouinciœ forinam à Romanis est redacta . etc.; par iS. Pelr, ïhrige. Copenhague, 1820; in-S"» 358 LIVRES ETRANGERS. Cyrène était un des étabiissemens grecs les plus imporlans, el iournellement encore on découvre dans ses environs des vestiges de son antique splendeur : plus on approche de son enceinte , plus ces restes sont marquans. Le volume publié par M. Thrige est divisé en deux sections; dans la première , il s'occupe des événemens qui ont accompagné la fondation de cette colonie et donne sa description topographique ; dans la seconde, il en présente l'histoire, et dans une partie supplémentaire, il traite de la constitution de Cyrène, de son commerce et de ses rapports avec la Grèce. Les traditions sont fort amplement développées; mais l'auteur n'en embrasse pas assez la cohérence : par exemple , il néglige d'indiquer que la race royale des Euphémides descendait des Minyens d'Orchomène , circonstance à l'aide de laquelle tant de choses peuvent s'expliquer. L'auteur a de plus omis de rapporter la meution qu'Hésiode fait d'Euphémus. Quant à la fable de Cyrène , mère d'Aristée , elle est fort ingénieu- sement traitée ; mais on ne trouve pas un mot sur celle d'Aristée et d'Hercule , qui est également cyrénaïque et qui représente si bien la lutte des colons grecs contre les indigènes , qui , toujours chassés par eux, reviennent toujours du fond de leurs déserts. M. Thrige classe les rois de Cyrène avec une grande exactitude chronologique. Scion son calcul, Battus II est celui qui fut surnommé l'Heureux ; après lui vient Arcesilatis II ; puis Battus III , sous lequel Cyrène reçut des lois plus favorables à sa liberté. Arcesilaùs III est celui qui se soumet à Cambyse ; Battus IV, moins connu que les autres, lui succède ; enfin, Arcesilaùs IV est celui que chanta Pindare. L'ou- vrage est terminé par un examen du culte d'Ammon , que les habi- tans de Cyrène communiquèrent à leurs métropoles , Thèbes et Sparte. On regrette de ne rien trouver de relatif au temple d'Escu- lape, à Balanagra , où il y avait une école de médecine. En revanche, tout ce qui regarde le commerce ne laisse rien à désirer. Ph. GoLBÉBy. ALLEMAGNE. i4i- — Einrichtungder medizinischen Klinik , etc. — Organisation de la clinique médicale dans l'hôpital de l'université de Heidelberg, avec quelques réflexions sur les maladies qu'on y a traitées; par M. L. W. H. CoNRADi, conseiller privé du grand -duc de Bade, et professeur de médecine de l'université , etc. , avec la vue et le plan LIVRES ETIUJSGERS. 359 de l'hôpital, graves. Hcidtlbcrg, 1830. In-S", y6 2>ag. Mohr et Winter. Cette brochure donne la description de l'établissement, accom- pagné d'un plan lithographie de l'hôpital, qui contient vingt-huit lits pour les maladies internes , et plusieurs salles pour les personnes affectées de maladies contagieuses ou chirurgicales . Les ouvriers , les domestiques et les pauvres du pays , y sont admis de préférence ; les premiers contribuent à l'entretien de cet hôpital par une légère rétribution. On y trouve aussi une salle de dissection et un amphi- théâtre pour les leçons de professeur. Plusieurs paragraphes de cette brochure contiennent des préceptes très utiles sur la manière d'exa- miner les malades, sur les devoirs du médecin, sur la manière de prendre des notes pour faire l'histoire des maladies , et surtout sur la facilité qu'on procure au jeune médecin , de s'exercer en traitant les malades , sous la direction du professeur. Cette méthode mérite- rait d'être imitée à Paris , pour former un plus grand nombre de bons praticiens. Les soins assidus sont sans doute l'objet principal de tout traitement, auquel un professeur, qui veut tout embrasser, ne pourra jamais, à la longue, suffire. — Cette petite brochure contient aussi quelques réflexions sur les maladies qui ont été traitées dans la clinique , et fait honneur à M. Conradi , qui est déjà connu par d'autres ouvrages infiniment estimables. Feiedlandeh. 142 (*). — Darstellunp; der fabriken , etc. — Tableau technologique de l'industrie nationale dans les états autrichiens, par Etienne de Kerss. Vienne, 1820. Strass; 3 vol. ia-S". i43. — Commentationes Ilej-odoteœ. — Commentaires sur Hérodote, par le professeur Frider. Creuzbh. Première partie. Leipzig, 1820. Chez Hahn. Il y a déjà quinze ans, dans la préface de VArt historique chez les Grecs, M. le professeur Creuzer promit au public savant des com-. mentaires étendus sur le père de l'histoire. L'habile critique remplit sa promesse ; la première partie des commentaires vient de paraître. Elle traite de l'Egypte et de la Grèce , ces deux matières inépui- sables de voyages, de recherches et de dissertations de tout genre. Le professeur allemand rend un juste hommage aux savans anglais et français qui , depuis la glorieuse expédition française en Egypte , ont consacré leurs veilles à l'explication des monamens divers qui ronticnnent tout ce qti'il nous est permis de savoir de l'histoire pa- 360 LIVRES ETRAiNGERS. litique , religieuse et privée de ces deux grands peuples. On ne penl méconnaître, dans l'ouvrage de M. Creuzer, une vaste lecture , des observations ingénieuses et des idées philosophiques. Mais on ne voudrait pas souscrire à toutes les hypothèses qu'il admet comme démontrées ; on regrette surtout que son livre ne soit pas composé plus méthodiquement. Malgré ce défaut grave, qui se fait sentira chaque pas , le lecteur qui aura le courage d'étudier ces commen- taires , y trouvera autant d'intérêt que d'utilité. Voici les points sur lesquels nous appelons surtout son attention : i° Dans le chapitre second , l'article sur les filles consacrées à la sépulture , sur les ca- ractères de la religion populaire , en explication du chapitre 2 du Livre 11 d'Hérodote. 2» Même chapitre. Se la Vénus égyptienne ; 3" Même chapitre. De V Immortalité de l'am.e ^ et de la Métempsy- cose chez les Egyptiens. Hérodote , Livre \\ , chapitre i23. 4° Des Hiéroglyphes que l'on trou ue sur les cercuezVs. Hérodote , Livre i , chapitre i4o; Livre 11, chapitre 36; Livré m, chapitre 16. 5° Des- cription d'une Momie, conservée aujourd'hui à Darmstadt. Héro- dote, Livre 11, chapitre 169. H faut examiner la planche qui repré- sente ce morceau d'antiquité jusqu'alors inconnu. La partie grecque est moins étendue que la partie égyptienne , et ne contient rien d'important. II faut pourtant consulter le passage où M. Creuzer explique pourquoi les Lacédémoniens regardaient le salut de leur empire attaché à la possession du corps d'Oreste. Hérodote, Livré 1, chapitre 67 , 68. V. C. i44' — De Thesmophoriis disseruil Auguslus^^ ^LLk\:t.v.. Wrates- ïaviae , 1820. La philologie n'est pas uniquement consacrée aux discussions de mots ; souvent elle est une partie essentielle de l'histoire , en ce qu'elle nous éclaire par de savantes dissertations sur les mœurs , sur les usages , sur la religion des peuples de l'antiquité. M. Wel- lauer vient d'en donner une nouvelle preuve , par la disserta- tion que nous annonçons. Aristophane nous a laissé une comédie intitulée 0£!r/y.o(pc^jaÇcu5-a« , que l'on ne pourrait comprendre à l'aide de recherches purement grammaticales; c'est le sujet lui- même qu'il faut expliquer. Mais, où le lecteur puisera-t-il des ren- seignemens sur les fêtes appelées Thesmophories? Rien de ce que ïc tems a respecté n'est spécialement consacré à éclaircir ces mystères ; c'est tout au plus si l'hymne de Callimaquc i\ Gérés peut faire naître LIVRES EÏRAINGEHS. 361 quelques conjectures. D'ailleurs, il n'est pas sur que les usages d'A- lexandrie soient les mêmes que ceux d'Athènes : il faut faire la part de l'intervalle et du tems qui les sépare. Malheureusement encore, les livres de Mélanthus , de Ménandre, de Philochorus et d'Arignote ne nous sont point parvenus. Ils contenaient des traités importans sur ces matières , qui paraissent devoir nous rester éternellement ca- chées ; car , outre l'obscurité du tems , il faut encore percer le voile épais jeté sur les mystères par la superstition. Aristophane, toujours occupé à faire rire aux dépens des choses sacrées , n'est pas un guide bien sûr. Si nous voulion< connaître une tragédie impo- sante, ce n'est point dans la parodie que nous irions en étudier la disposition. Il faut donc prendre son parti , et se résoudre à ne voir les choses que par leur côté extérieur ; cela posé, on doit beaucoup à la sagacité de M. Wellauer. Il s'est appuyé sur des bases solides , en faisant usage des travaux de Meursius, de Corsinus , de Sainte- Croix , de M. Creuzer. Il regrette , avec raison ^de n'avoir pu se procurer la dissertation insérée par M. Laporte du Theil au treizième volume des Mémoires de l'Académie des inscriptions, M. Wellauer pense que jamais , quels que soient nos efforts , nous ne fixerons notre choix entre les différentes versions qui existent sur l'origine des Thesmophories. Il examine ensuite quels jours du mois de Pua- nepsion étaient consacrés à ces fêtes, et concilie, à ce sujet, Pho- tius et Alciphron avec Aristophane. L'espace ne nous permet pas de faire connaître à nos lecteurs l'usage qu'il fait d'un passage d'Hesy- chius et d'un autre de Plutarque , pour déterminer le nombre de jours assignés aux Thesmophories, la dénomination et les rites de chacun. L'auteur ne se borne pas aux seuls usages d'Athènes ; il recherche ce qu'étaient les fêtes de Cérès chez les autres peuples, et notamment chez les Romains; puis, dans un chapitre intitulé Cor- rolarium, il discute plusieurs endroits du texte d'Aristophane. Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette partie de l'ouvrage , c'est la manière ingénieuse avec laquelle , sans aucune transposition , il change absolument le chœur qui commence au vers gSg. Nous re- commandons la dissertation de M. Wellauer à ceux qui aiment l'an- tiquité. Ph. GOLBKBY. \!^S.—Dionysù Halicarnensis de compositione verhoram liher , è copiis bibliothecœ regiœMonacensisedidil F.G^llee; acccdiinl i--aria; 362 LIVRES ÉTRANGERS. lectionco in T/iemtstii arutioniùus quibusduin ex codice Monacensi excerptce. Jena , in-8'. Denys d'Halicarnasse est généralement connu comme historien > peu de personnes savent qu'il a écrit un traité de grammaire sur la composition des mots , et que ce traité est d'une grande importance pour l'étude de la philologie. M. Gœller, qui a trouvé dans la bi- bliothèque royale de Munich un exemplaire de l'édition des Aides , enrichi de notes et de variantes de la main de Victorius , a conçu l'heureuse idée de faire jouir le public de cette découverte. L'on Toit avec plaisir que ces variantes confirment , en beaucoup d'en- droits , les conjectures de Sylburg , de Reiske et de Schaefer : son- vent aussi, elles fournissent un sens tout nouveau. Un philologue est heureux de pouvoir, le premier, ramener un passage à son état primitif; mais il ne faut pas que le désir immodéré de restituer les mots l'éloigné de la Vulgatc sans discernement ; et c'est ce qui ar- rive quelquefois à M. Gaeller. Cependant, il est d'autres passages où il l'a respectée mal à propos; par exemple, à la section pre- mière , page 2 , i^àijfov Tot iyai Tê'xvoy cpixe , tcuIo SiSa-fxi. Les va- riantes de M. Gœller devaient ici loi faire adopter one conjecture ingénieuse de Sylburg, puisqu'elles la confirment. Ce savant pensait que Denys d'Halycarnasse ne parle pas ici lui-même, mais qu'il cite Homère. En effet, en ajoutant après râla conjonction xa/ , on re- trouve en entier le vers i25 du quinzième livre de l'Odyssée. Il fallait donc se rendre à l'évidence et imprimer ce vers comme ci- tation. En général, on reproche à l'éditeur de s'être borné à ras- sembler des variantes sans en discuter la valeur. Ph. Golbéey. i46. — Die Stufen der Bildung. — Les degrés de la civilisation , poème, par G. Schwbighceijseb , professeur de littérature grecque k la faculté des lettres de Strasbourg. Brùnn, 1821 ; in-8». Placé sur les frontières de deux nations également éclairées , ap- partenant à l'une comme à l'autre par la connaissance approfondie qu'il a de leur langue et de leur littérature , M. Schweighœuser fils vient de cueillir un double laurier. Dans le tems même où l'Institut de France lui décernait la première des médailles destinées par le ministre de l'intérieur aux auteurs des meilleurs mémoires sur les antiquités nationales, il publiait à Briinn un poème, que les rédac- teurs des Feyerslunden se sont empressés d'insérer dans leur recueil; et, d'un autre cûté, cet infatigable savant lisait, à la société des LIVRES ETRANGERS. 363 sciences de Strasbourg, un discours sur ce que la civilisation de V Europe doit à V ancienne Grèce. Nous n'occuperons aujourd'hui nos lecteurs que du poème allemand. Le premier chant seul a paru; il traite de la création. Voici la division des autres : le second sera consacré au monde primitif; le troisième aux mystères; le quatrième à la civilisation ancienne; le cinquième au christianisme; enfin, le sixième à la civilisation nouvelle. Dans le premier, l'histoire an- cienne est considérée tout à la fois sous le rapport des traditions sa- crées et sous celui des sciences, et de ce qu'elles nous ont appris sur les premiers jours du monde. L'auteur pense que ces sciences , loin de renverser les traditions , n'en sont au contraire qne le com- plément naturel et la véritable explication ; que c'est donc à tort que des âmes timorées ont cru que leurs progrès nuiraient à l'objet de leur vénération. La concordance des traditions chez les différent peuples, dont chacun les a enveloppées d'idées qui lui étaient pro- pres, est pour M. Schweighauser une grande preuve que la divinité s'est manifestée aux hommes. Les notes sont remplies de savantes recherches; on y rappelle une civilisation antérieure à celle des peuples connus; et, pour l'établir avec certitude, M. Schweighœuser se sert de différens textes de l'antiquité , et surtout de Diodore de Sicile , qui parle d^un vaste empire atlantique. « Quelques récits , que peut-être nous avons mal compris, dit l'auteur du nouveau, poème j donnent des origines asiatiques à tout ce que nous connais- sons. Mais les anciens , pour lesquels se déroulaient encore les tra- ditions d'un monde primitif, n'ont pas vu les choses ainsi : ils indi- quent le plus souvent l'Afrique comme le berceau de la civilisation; ils désignent des peuples qui, de l'occident de cette partie du monde, auraient porté leurs lumières dans les pays de l'Europe qui, dans ses premiers tems, n'en étaient point séparés par la mer. Nous ne savons pas bien si M. Schweighœuser fera triompher ses opinions sur cette antique civilisation occidentale ; mais nous pouvons assurer qu'elles sont tellement ingénieuses et tellement suivies, qu'il ne peut manquer d'avoir pour lui tous ceux que la lecture agréable d'un ouvrage attache ordinairement à l'auteur. On se tromperait si l'on ne cherchait , dans celui-ci , que l'agréable ; le savoir le plus profond , les idées les plus philosophiques , doivent engager les éru- dits eux-mêmes à lire le po^ic des Slufen der Bildung, que j'ap- pellerais volontiers le poème de la perfectibilité, si l'on n'était accoiv- 36A LIVRES ETRAiNGEllS! tumé à entendre , mal à propos, par ce mot , quelque eliose d'opposé aux idées religieuses. I'h. Golbkby. SUISSE. 147. — Les Leçons de la parole de Dieu sur l'étendue et l'origine du mal dans l'homme; par G. E. F. MonnNii , pasteur de l'église xle Genève , et membre de l'académie de Besançon, GenèTc , 1821, chez les principaux libraires; Paris, Treuttel et Wurlz , rue de Bourbon, n" i-. Un volume iu-S" de 5iS pages. Prix, 5 fr. 5o c. Cet ouvrage est spécialement consacré à la théologie ; l'auteur, en le composant, a eu surtout en vue les candidats au ministère évan- légique ; il le déclare , dès les premières lignes : « Jeunes serviteurs de J.-C., dit-il, vous qui avez mis le pied sur les premiers degrés de l'autel, c'est à vous particulièrement que je consacre ces leçons. » Nous nous bornerons à dire quelques mots de leur objet. L'auteur considère d'abord l'excellence de l'homme et sa dignité première au milieu de la création , dont il est le roi ; puis il nous le montre souillé de la tache originelle , et il développe à nos yeux cet état de faiblesse et de misère intellectuelle et physique , où la chute du pre- mier homme a jeté toutes les générations. Passant ensuite à cette grande question , si souvent débattue parmi les philosophes : L'homme nail-il bon? il s'attache d'abord à combattre les prin- cipes de J.-J.-Bousseau et des autres écrivains qui ont voulu décider la question avec les seules lumières de la raison; puis, déclarant qu'on ne peut reconnaître l'origine* du mal qu'au moyen de la révé- lation, il trouve cette origine dans la séduction des mauvais anges et le péché du premier homme. Après avoir consacré plusieurs chapitres à l'examen des textes sacrés dont il s'appuie , l'auteur cherche de nou- velles preuves dans les traditions antérieures au christianisme , sur l'état primitif de l'homme et sur sa chute. Les Chinois, les Égyp- tiens, les Perses, le Phénicien Sanchoniaton , le Chaldéen Bérose , les auteurs grecs sont tour à tour invoqués par M. Moulinic. Nous avons indiqué , le plus brièvement possible , l'objet de cet ouvrage ; nous n'avons ni approuvé ni combattu Jes doctrines de l'auteur ; nous laissons ce soin aux théologiens ; nous donnerons cependant de justes éloges à la purett de la morale qu'il professe; elle est digne d'un homme que l'église de Genève regarde comme un de ses pasleur:> les plus instruits cl les plus icspcclablcs. M. A. LIVRES ÉTRANGERS. 3G5 ITALIE. ï^S.—La Vila di Gesà-Chnsto , etc.— La Vie de Josus-Christ et sa religion; par le P. Antonio Cesaki. Vérone, 1820, 5 vol. in-4°. Cet ouvrage se fait remarquer par le sujet et par le style. L'auteur, très-connu par son dictionnaire italien et non moins zélé pour sa langue que pour sa religion, semble s'être proposé pour but, en écrivant la vie de Jésus-Christ, de faire sentir combien la plupart des chrétiens s'éloignent de leur modèle, soit dans leurs pratiques, soit dans leurs maximes. . i^g.—L'Oracolo di Delfo , etc. — L'Oracle de Delphes, ou Consi- dérations de Francesco Torrtceni, sur l'Oracle de Delphes du comte Prancesco Mengotti , etc. Milan, 1821 ; Gio. Silvestri. Nous avons annoncé l'ouvrage de M. Mengotti sur l'oracle de Delphes , qu'il regarde comme une institution politique dirigée par le congrès des amphictions. M. Torriceni prouve d'une manière assez convaincante que les amphictions n'étalent pas une institution politique fédérative ; qu'il n'y eut jamais chez les Grecs de sem- blables réunions avant la fédération des Achéens, et que l'oracle de Delphes, comme tous les autres, ne fut qu'une institution entière- ment religieuse _, qui ne dut ses succès qu'à la superstition des peuples, à l'obscurité des oracles et à l'imposture des prêtres. L'au- teur fait aussi quelques rapprochemens entre la pythie et les partisans du magnétisme et du mesmérisme. i5o. — Famii{lie celeùri italiane.— Familles célèbres d'Italie^ par PoTJipéo LiTTA , 3« et4« livraisons. Milan , 1S20, Paolo-Emilio Giustl. L'auteur de cet ouvrage patriotique le continue avec beaucoup de soin. La première de ces deux livraisons traite des Simo- netta de Calabre et des Gallio de Corne ; la seconde , de la famille Trivulzio de Milan , et surtout de Giangiacomo Trivulzio , surnommé le Grand, dont, il est souvent question dans l'his- toire de France. Cet ouvrage est intéressant par l'exactitude et la rapidité des récits , par le choix des monumens et par les réflexions qui les accompagnent. ïSi.—Della Letteratura ilaliana, etc. — De la Littérature ita- lienne, dans la seconde moitié du xviu' siècle ; par Camille Ugoni. Brescia, 1820; i«' volume. Le comte .T. B, Corniani avait conduit les ?.ecoli délia letleraluru 366 LIVRES ETRANGERS. ilaliana jusqu'à la moitié du xvm* siècle. M. Camille Ugoni a eatre» pris de contiuuer l'ouvrage , à partir de cette époque ; mais il lui a donné, avec un nouveau titre et plus d'étendue, un caractère tout diËFérent dans les analyses et dans le style. Le premier volume que nous annonçons contient dix articles, consacrés à Giuseppe Tartinî, Ruggero Giuseppe Boscovich , Francesco Algarotti , Antonio Geno- vesi , Gasparo Gozzi, Gian-Carlo Passeroni, Giuseppe Baretti, Ap- piano Buonafede , Prospère Manara et Paolo Gagliardi. Lorsque de nouvelles publications nous fourniront l'occasion de revenir sur cet ouvrage , nous rectifierons quelques erreurs où tombent souvent les biographes étrangers , qui écrivent pour l'ordinaire avec trop d'assurance ou trop peu de soin sur la littérature et les écrivains de l'Italie. i52. — Sul merito traglco, etc. — Sur le mérite tragique de Vit- torio Alfieri; mémoire de l'avocat Gaelano Marbè, professeur à l'université de Gènes. Milan , 1821 , Gio. Silvestri; in-S". Ce mémoire a été couronné par l'académie royale des sciences de Turin , qui a donné à l'auteur une médaille d'or , prix proposé par M. le marquis Lodovico-Arborio Gattinara. M. Marré s'est cru d'a- bord obligé d'attaquer la doctrine romantique d'A. W. Schlegel sur le genre tragique. Il s'étudie à en relever l'incohérence et la singu- larité , et souvent il se sert des principes même employés par l'auteur allemand pour le réfuter complètement. Il présente les tableaux de Shakespeare , cités par M. Schlegel à l'appui de son sys- tème , et il en montre la confusion , la contradiction et le ridicule. Mais ce n'est pas là, d'après notre auteur, ce qui constitue le génie du poète anglais ; ces défauts appartiennent à l'époque dans laquelle il a vécu. Tous les efforts de son génie ne purent le faire triompher des imperfections de l'art encore dans l'enfance. M. Marrè détermine en- suite le caractère du système tragique d' Alfieri, fondé, à l'exemple des Grecs et plus encore d'après l'autorité de la raison et de l'expérience, sur la plijs grande simplicité. Il le justifie des imputations injustes ou exagérées qu'on lui a faites à l'égard des plans, des personnes et de son style. 11 prouve enfin que , sans s'éloigner des maximes fonda- mentales des Grecs ou des auteurs classiques , il a su donner à ses pièces cette originalité qui , le faisant distinguer de la foule des imitateurs serviles, lui assure un rang immortel parmi les véritables génies du pâmasse italien. LIVRES ÉTRANGERS. SG7 i5^.-^Tril>ulo alla mcrnoria , etc. — Hommage rendu à la mé- moire du célèbre astronome le chevalier Antonio Cagnoli de Vérone. Vérone, i8ii , à la société typographique. Cet opuscule est un recueil de douze sonnets; ils méritent d'être mentionnés , soit à cause du savant astronome auquel ils sont adressés, soit à cause du talent du poète. C'est le chevalier Ippolito PiNDKMORTB , qui a consacré ces vers , pleins de sentiment et de mé- lancolie , à son concitoyen et son ami. F. S. 154. — Iliadis fragmenta anliquissima cutu picturis ; item srholia vêlera ad Odysseam ; edente Angelo Maio, etc. Madiolani, regiis typis, 1819. 1 vol. in-folio, avec 58 planches. Nous avons fait mention , dans une notice sur les découvertes de M. l'abbé Maï, de ces fragmens de l'Iliade, dus aux recherches de ce savant antiquaire , si avantageusement connu par la publication d'autres anciens manuscrits. Les peintures occupent avec le texte du sujet de chaque tableau la moitié de ce précieux volume. Elles ne se rapportent qu'à dix-huit des vingt-quatre chants de l'Iliade ; il y a donc lieu de croire, avec M. l'abbé Maï , qu'elles sont du qua- trième, cinquième ou sixième siècle de notre ère, ou même d'une époque plus reculée. L. ESPAGNE. i55. — Metodo de cuentaj razon , etc. — Méthode à suivre dans les comptes, pour les livres à partie double; par dom TZaz/zon Valdès. Madrid, 1820. Perei et Brun. Cet ouvrage, très-estimé, a été choisi comme livre élémentaire dans les écoles de commerce de Malaga et dans quelques autres. i56. — Memoria presentada a las cartes, etc. — Mémoire sur le crédit du papier-monnaie ; par dom Firmin Nafabroxdo. Madrid , 1821. Bailo. Le but de l'auteur est de prouver que , si l'on adoptait les moyens qu'il propose, le crédit deviendrait chaque jour plus florissant, et la dette nationale se trouverait bientôt éteinte. iSj. — Observaciones , etc. — Observations sur le plan du crédit public, présenté aux cortès , sur l'emprunt, sur la loi concernant la liberté de la presse , et particulièrement sur les jurés qui sont créés par cette loi pour être juges du fait ; par dom Thomas Moorb d' Al- canfe. Madrid, 1821. Sanz. 1 vol. in-8°. SG8 LIVRES ETRANGERS. Nous ne lerons sur cet ouvrage qu'une seule observation , c'est que tous ceux qui connaissent l'état actuel des lumières en Espagne , doivent être convaincus que des jurés élus par le sort, entre ceux qui sont compris dans la liste faite par la municipalité d'une ville, chef- lieu de province , ne seront que très-rarement capables de juger si un ouvrage, concernant les dogmes, le culte, la discipline et la morale religieuse , est criminel ou non, Nous n'avons pas besoin de faire observer que cette remarque ne se rapporte qu'à un fait particulier et à la situation actuelle de l'Espagne, et que nous n'entendons point en faire l'application au système général du juge- ment par jury. i58 (*) — Memorias , etc. — Mémoires de l'Académie de l'his- toire d'Espagne , établie à Madrid. Cinq volumes in-4° , contenant plusieurs mémoires particuliers, écrits par les membres de ladite académie, sur divers sujets concernant l'histoire, la chronologie et la géographie d'Espagne. Madrid, 1821 , à l'académie, 159. — Coleclion, etc. — Collection des lois castillannes, faite dans le Code des sept parties , par le roi Alphonse le Savant, h l'aca- démie de l'histoire. 5 vol, in-4°. Le texte de cet ouvrage a été corrigé d'après un grand nombre d'exemplaires manuscrits très-anciens dont on donne une notice exacte. i6o, — Demonslracion histonca, etc. — Démonstration historique de la valeur des monnaies dont on faisait usage en Castille sous le roi Henri IVet de leur rapport avec les monnaies du règne de Charles IV; par don Liciniano Saez ; à l'académie de l'histoire ; 1 vol. in-f". ï6i. — £nsajo, etc.— Essai d'interprétation des alphabets in- connus dont on a fait usage pour les légendes des monnaies anciennes d'Espagne ; par don Louis-Joseph Velasqcez ; à l'académie de l'his- toire ; 1 vol. in-4°. 162.— Memoria /mior/ca,etc.— Mémoire historique, dans lequel on recherche quelle a été en Espagne l'opinion nationale à l'égard de l'établissement , et de la conservation du tribunal de l'inquisition ; pardon Jean-y4 n toine ï^hOREyTE ; à l'académie de l'histoire ; 1 vol. in-S". i65. — Diserlacion histonca , etc. — Dissertation historique sur la question de savoir quel parti prirent les Espagnols dans les an- ciennes guerres des croisade^ contre les mahomctans de l'Orient; LIVRES ÉTRANGERS. 569 pai- don Martin Ferxandez deNauarrete ; à l'académie de l'histoire; brochure in^"' 164. —Eloprio academico , etc. — Eloge académique de la reine Isabelle de Castille, dite la Catholique, par don Diègue Clemknciît, membre des cortès d'Espagne ; à l'académie de l'histoire ; brochure in-4". i65 Memoria, etc. — Mémoire sur les divertissemens publics; par don Gaspar de Tovbilanos ; à l'académie de l'histoire ; brochure ^"■^°' Llobente. ROYAUME DES PAYS-BAS. 166. — De la nécessité de réformer l'enseignement médical dans la Belgique; par D. De la Haye, docteur en médecine, avec cette épigraphe : « La société entière est intéressée à ce que l'homme de l'art ait fait de bonnes études, et que sa capacité soit bien et dûment reconnue : c'est un malheur bien grand pour l'humanité, quand celui qui est destiné pour la secourir dans ses souffrances est plus dange- reux que la maladie. » Kluysens, discours prononcé à l'ouverture de son cours. Bruges, 1821, Imprimerie de la veuve de Moor et fils. Brochure de 33 pages. Le titre de cet écrit pourrait faire croire qu'il existe un enseigne- ment médical en Belgique; mais on sera bientôt détrompé, si l'on veut se donner la peine d'en parcourir quelques pages. On compte , dans une étendue de trente lieues, trois universités, et chacune d'elles est composée de trois professeurs qui sont chargés de l'ensei- gnement de toutes les branches de la médecine. M. De la Haye prouve qu'il est impossible à ces professeurs de remplir les devoirs qui leur sont imposés , et que toutes les sciences qui composent l'en- semble de l'art ne sont point ou sont mal enseignées. Il voudrait que les trois universités fussent supprimécs,etqu'on établît une seule école de médecine sur le modèle de celle de Paris , en n'assignant toute- fois qu'un seul professeur par chaire , ce qui est presque toujours suf- fisant. Il répond victorieusement aux objections qui ont été faites et dont quelques-unes sont vraiment puériles , telles que celle-ci, par exemple -.«On a dit qu'en n'établissant qu'une seule école de méde- cine pour toute la Belgique, on y réunirait un trop grand nombre d'élèves; le grand nombre détruisant toute émulation , parce qu'a- lors les élèves ne peuvent plus se connaître ni s'estimer. » L'auteur Tome xi. 2A 370 LIVRES ETRAiSGERS. démontre également la nécessité d'établir l'école de médecine dan» une grande ville , parce qu'alors seulement on est à portée d'avoir des hôpitaux où l'on peut faire devant les élèves l'application des différentes théories qui leur ont été enseignées. Il ne doute pas qu'un établissement de cette nature ne pût un jour rivaliser avec les écoles françaises , qu'il prend toujours pour terme de comparai- son. Cette brochure, inspirée par des sentimens d'honneur national et d'amour de l'humanité, doit Cxer l'attention du gouvernements Damirox , D. M. 167. — Verliandelingen , etc. — Mémoires de la première classe de l'institut royal des Pays-Bas, tome V. Amsterdam, 1820. Pieper et Ipenbuur , in-4° de 3i2 pag. Les huit mémoires contenus dans ce volume , sont relatifs à la mé- decine et à l'art vétérinaiie. 168. — Bydra^en , etc — Recueil de pièces concernant l'écono- mie politique du royaume des Pays-Bas, par Gisbert Charles Van HoGENDOHP. Tom. IV , 1" partie. La Haye, 1820 ; in-S" de 129 pag. M. le comte de Hogendorp, quia joué un rôle trés-honorable dans la régénération politique de la Hollande, continue à bien mériter de la chose publique par le recueil que nous annonçons , et où il fait preuve d'un excellent esprit dans des discussions lumineuses, remplies d'intérêt et d'utilité. 169. — Algemeene Geschiedenis , etc. — Histoire universelle, en 34 livres , par Jean Vajj Muller, continuée après son décès , par Jean-George Muller, son frère , traduite sur la 5<= édition de l'origi- nal allemand et enrichie de supplémens et de notes par N. G. Van Kampen. Tom. 1", Harlem, 1820. Bohn, in-8» de 610 pag. Cette traduction est enrichie de notes très-intéressantes. 170. — Carlhago, etc. — Carthage, considérée dans ses relations politiques et commerciales, par A. H. L. Hekren ; trad. del'allem. et enrichi d'observations, par G. Dorkseiffek. Amsterdam , 1820. Hé- ritiers Gartman , ia-8° de 309 pag. Le nom de Heeren suffit pour recommander un ouvrage de la na- ture de celui-ci. La traduction ne pouvait être confiée à un écrivain plus capable de la bien faire. M. D. S. a détaché ce tableau de Car- thage d'un plus grand ouvrage de M. Heeren, consacré aux princi- pales nations de l'ancien monde. 171 (*). —Beknoplegesc/iiedenis,ctc, — Histoire succincte des lettres LIVRES Él'RANGKRS. 37j *>l des sciences dans les Pays-Bas, par N. G. Van Kampen. Tome I". Amsterdam, 1S21 , veuve Allart et compagnie ; in-S». Cette histoire manquait ; riiomme de lettres qui l'annonce était digne de l'entreprendre. Elle ne formera que deux volumes ; ce qui nous fait craindre qu'elle ne soit un peu trop succincte. iji.—Gedachien , etc.— Pensées de Jean Paul, par J. A. Wei- i-ASD. Eotterdani , 1S20, Immerzeel ; 2 vol. in-8°. Jean- Paul-Frédéric Rivhler , beaucoup plus connu sous les noms Aq Jean-Paul, e?t un des beaux esprits du xviii* siècle en Alle- magne. Ce qui le caractérise, c'est cette bizarrerie, cette causticité, que les Anglais appellent humour et qui distingua Rabelais et Vol- taire en France , Cervantes chez les Espagnols , Switït et Sterne chez les Anglais, Wieland et Nicolaïchez les Allemands, Francklin chez les Américains. Les Hollandais sont descendus au-dessous du genre, en se jetant dans le bas comique : leur littérature a aussi ses Ténier, ses Ostade, et même s€s Jean Steen. M. f-FeUand, qui a fait lui- même ses preuves dans le genre dont nous parlons par son Scrible- riana, a imaginé d'extraire des nombreux écrits de Jean-Paul ses pensées les plus piquantes et les plus originales. Il fera penser, il fera rire , parfois même il laissera quelque chose à deviner, et son but sera rempli. \-jo.~Mengelingen, etc.— Mélanges de la société littéraire établie à Bruxelles, sous le titre de Concordia. I" recueil ; Bruxelles , 1820, Stapleaux ; mS° de 286 pages. Quatorze articles (dont deux seulement écrits en français) com- posent ce premier cahier. Nous y -avons distingué, i« un mémoire sur la clironologie mathématique , par H. Somerhausen ; 2» un discours sur le caractère et la mort de Caton le jeune , par G. T. Baumhauer; 5" un discours de X. G. Van Katnpan , où l'on trouve un tableau du siècle de Frédéric-Henri , stadhouder des pro- vinces-unies des Pays-Bas. L'auteur a considéré cette époque princi- palement sous le rapport de l'administration de l'excellent prince que nous venons de nommer. 174.— Gedi'cA/eTz. — Poésies de A. C. W. Stakisg. Zutphen, 1820, Thiemen; in-S" de 556 pages. M. Slaring est déjà compté parmi les vétérans du pâmasse hollan- dais ; mais sa muse ne se ressent point de son âge. Ses premiers essais parurent en 1789. Il a une manière à lui, et le caractère de son 2i* S72 LIVRES ETRANGERS. talent est la facilité , la bonhomie , la naïveté. Le recueil que nous annonçons se compose de cantates, de cantiques sacrés, de poésies mêlées, de contes, d'épigrammes et de deux épîtres en prose et en Ters. ^I- ijS. — Algemeen zamenv attend maandwerk Irène ^ etc. — Irène, ouvrage mensuel contenant , outre les articles originaux , un choix d'articles tirés des journaux étrangers ; par T. O. Schilperoobt. N* I, juillet 1821. Amsterdam, veuve Djederichs et fils; in-8° de io4 pages. Ce nouveau recueil pourra devenir intéressant , si le choix des ar- ticles est toujours fait avec soin, et si, indépendamment des traduc- tions de journaux étrangers , le rédacteur fournit aussi de bons articles sur la littérature hollandaise moderne , qui n'est pas assez connue hors des Pays-Bas. Dans le premier numéro qui vient de pa- raître , il n'y a qu'un seul article original : Pensées sur la souverai- neté et la représentation nationale ; tout le reste a été choisi dans les recueils périodiques français , anglais et allemands. La Bibliothèque universelle a fourni un article sur Vètat ecclésiastique de l'Angle- terre; la Revue encyclopédique a été mise à contribution pour les recherches d histoire naturelle faites au cap de Bonne-Espérance. Dans le Quarlerly Review^ le rédacteur a pris un exposé de la situa- tion actuelle des Grecs; les principaux journaux allemands, l'Hermès, leMorgenblatt, le Conversalionshlatt de Leipzig, les Bphémérides géo- graphiques de TFeimar ont également donné un choix d'articles inté- ressans. L'Irène de M. Schilperoort est destinée à embrasser toutes les branches des sciences et des lettres. Le premier numéro est ter- miné par une revue des derniers ouvrages littéraires de l'étranger, et par un choix de petites pièces de vers, d'anecdotes, traits de carac- tère, pensées, etc. D — g. LIVRES FRANÇAIS. 1-6 (♦]. — Dictionnaire des s^eraces Tza^ureZZes^ dans lequel on traite méthodiquement des difiPérens êtres de la nature , considérés soit en eux-mêmes, d'après l'état actuel de nos connaissances , soit relative- ment à l'utilité qu'en peuvent retirer la médecine, l'agriculture, le commerce et les arts; par plusieurs professeurs du Jardin du Roi et des principales écoles de Paris. ( 1821 , T. XIX, gla-gbz. )— On sous- crit à Paris , chez Lenormand , rue de Seine , n" 8. LIVRES FRANÇAIS. 373 On nomme sciences naturelles l'ensemble de toutes les connais- sances acquises et comparées sur les productions et les phénomènes de la nature. Sous ce titre, sont comprises non seulement l'A/s/o/z-e naturelle, mais celle des météores, de l'électricité, du magnétisme, le cours des astres , les propriétés de l'air et des eaux , la chimie , l'anatomie, etc. ; tel est, dans l'état actuel des progrès de l'esprit humain j la connexion qui lie les différentes branches des connais- sances naturelles, qu'il n'est plus permis à celui qui veut les acquérir d'ignorer leurs affinités et les rapports intimes qui existent entre elles. Sans ce rapprochement, on n'apprend rien de positif; on ne sait rien d'exact ; on ne conçoit rien clairement. C'est à exécuter ce vaste plan que s'attachent constamment les professeurs distingués , les hommes supérieurs qui concourent à la rédaction du Dictionnaire que nous annonçons. Aucune spéculation de librairie , aucune vue d'intérêt ne paraît mêlée à cette imposante entreprise ; point de pré- cipitation dans la publication de l'ouvrage ; les articles qui le rem- plissent semblent être élaborés , comme les objets de la nature dont ils offrent la description. Les découvertes nouvelles y sont scrupu- leusement présentées et appréciées au flambeau d'une saine critique. Le tome dix-neuvième , qui paraît depuis peu , contient les produc- tions et les phénomènes de la nature, commençant parles syllabes GLA à GHZ. Nous regrcttous de ne pouvoir citer tous les articles remar- quables de cette livraison ; mais nous sommes persuadés que l'homme du monde, comme le naturaliste , lira avec beaucoup d'in- térêt ceux de M. Brard sur les glaciers, les globes de feu, la roche primitive appelée gneiss , sur le grenat et les grès. Le zoologiste sera satisfait de la description nouvelle , très-exacte et très-détaillée , que M. DB Blainville donne d'un très-joli petit mollusque, de la longueur d'un pouce, de couleur bleue, argenté sous le ventre, qu'on nomme Glaucus et qui se trouve dans les mers des pays chauds et dans la Méditerranée. — Nous citerons aussi, comme très-instructif en zoo- logie, l'article Grenouille de M. Cloquet; ces reptiles, de la famille des batraciens, sont examinés sous le rapport de leur organisation, de leurs mœurs et de leurs habitudes ; les organes de la locomotion , des sensations , de la digestion , de la circulation , de la respiration , de la voix, des sécrétions et de la génération , sont analysés séparé- ment et expliqués avec précision et clarté. L'exposé de leurs mœurs et de leurs habitudes est extrêmement curieux et d'un grand intérêt 37A LHRES FKANÇAIS. pour ceux q„i habitent la campagne. En chimie, les articles Gluctne (base salifiable découverte dans Vémeraud,), Gluten (t\. Gommes, sont traités par M. Chevrecl de la manière la plus satisfaisante et la plus détaillée. De nombreux articles de botanique de M. Poibet, parmi lesquels on distingue le Grenadier et la Grenadille, inté- ressent les amateurs de la plus aimable des sciences. M. de Jussibu a traité l'article Gramtnée avec cette étendue de vue, celte précision et cette perspicacité qui le distinguent. Un nouveau genre de la famille des algues marines articulées, le Griffitsia du professeur suédois Ayabdh , a fourni à M. Léman l'occasion d'un article qui doit fixer l'attention des amateurs de crjptogamie. Nous terminerons en rappelant que le Dictionnaire des sciences naturelles, vaste tableau de la nature, est sous la direction générale de M. CnvTEn,et qu'il est accompagûé d'un ^i^/a^ représentant avec la plus parfaite exactitude les plantes, les oiseaux, les poissons , les insectes et les reptiles. L'exécution de cet atlas est confiée à M. TuRPIS. g Q ^77 (*)• — Regni vegetabilis Sysfema naturale , sife ordines , gênera et speciesplantarum, secundùm melhodi naiuralis normas di- gestarum et descriptarum ; auctore A. Pyramo Dec a^dolle ; volumen secundùm sistens ordines ses , ncmpè Berberideas , Podophylleas , ^Vmphacaceas , Papaveraceas , Fumariaceas et Cruciferas. Paris, j82U Treuttel etWiirtz, rue de Bourbon, n». 17; Strasbourg et Londres . même maison de commerce. Un fort volume grand in-S» de 745 pages ; prix i5 fr. , etfranc de port 17 fr. 5o. ( Voy. le Compte rendu du premier volume ci-dessus , tom. V, pag. 83f)7\ Les découvertes botaniques se sont succédées depuis trente ans , aiTec une si grande rapidité , dans tous les pays , que, depuis la publi- cation des ouvrages de Wildenow et de Vahl qui, par la mort de leurs illustres auteurs, sont restés incomplets), on a généralement senti le besoin d'un nouveau catalogue des végétaux. M. Decandolle a en- trepris cette grande tâche , aidé des secours qu'il a puisés , non seule- ment dans son propre herbier ( l'un des plus considérables qui existent), mais encore dans les plus riches collections botaniques de l'Europe , qu'il a visitées , et dans les communications des décou- vertes de plusieurs voyageurs célèbres. Il a eu le rare avantage de décrire presque toutes les espèces sur des échantillons authentiques. Son ouvrage contiendra au moins le double des espèces consignées LIVRES FRANÇAIS. 375 dans ceux de Wildenow et de Peisoon ; il offre , de plus, le mérite d'être disposé d'après les principes de la méthode naturelle , méthode qui a déjà rendu tant de services à la science. C'est le premier ou- vrage général de botanique , où les espèces se trouvent classées en familles naturelles. Cet important ouvrage, imprimé en petits carac- tères , grande justification , se publie par volumes ; le premier , en tête duquel est placé une bibliothèque botanique, a paru en 1818 ; le second vient de paraître, et deviendra, comme le premier, un manuel presque indispensable à tous ceux qui cultivent la science de la botanique. Les volumes suivans seront publiés sans interruption. 178 (*,\ — Icônes seleclœ planlarum quas in systemate uniuersali , ex herhariis parisiensibus , prœsertiiii ex Lessertiano descripsit Aug. Pjr. Decandolle , ex archetypis speciminibus a f. J. F. Tur- pin delineatœ, eteditœà Benj. de Lessert , /4cademiœ scientiaruni sovio honorario , etc. , Vol. /, exhibens Ranunculaceas , Dillenia- ceas, Magnoliaceas , Anonaceas , et Menispermeas.Farïs, 1821. Treuttel et Wùrtz, rue de Bourbon , n" 17 ; Strasbourg et Londres , même maison de commerce. In-fol. , papier vélin, 70 fr. ; in-4'', même papier, 00 fr. , et papier fin 55 fr. Tel est le titre d'une collection de cent planches exécutées au burin, d'après les dessins de M. Turpin; elle présente les espèces nouvelles existantes dans les divers herbiers de Paris, décrites dans le !'■"■ volume de M. DecandoIIe , et que M. de Lesserl vient de faire paraître; il se propose de donner, pour les autres volumes, une suite à cette collection de planches qui, rendant plus sensibles les caractères des plantes décrites par M. DecandoUe , ajouteront un nouveau prix à son travail. 179. — Botanique des dames, par M. Boitaed. Paris, 1821 ; Audot, rue des Maçons-Sorbonne , n° 11, 3 vol. in-18. — Prix, 9 f. et 10 f. 5o c. franc de port. Ces trois volumes forment la deuxième livraison de V Encyclopédie des Dames , ouvrage que nous avons déjà annoncé ( Voy. Tom IX , pag. 63o, etTom. X, pag. 189), et sur lequel nous nousproposons de revenir quelquefois pour faire connaître le mérite de son exécution. i8o. — (*) Flore médicale des Antilles , ou Histoire naturelle des plantes usuelles des colonies françaises , anglaises, espagnoles et portugaises;, par M. E. Descoueticz , D. M., peinte, d'après les dessins faits sur les lieux par M. Théodore Descourtiiz. Paris, 1821. ^76 LIVRES FRAJSÇAIS. Chez l'auteui , rue Saint-Louis, au Marais, n. 16. 8 volumes in-S" , avec planches coloriées au pinceau. Z,a Flore médicale des Antilles se composera de cent cinquante livraisons , qui formeront 8 volumes in-S». Chaque livraison aura 4 planches et une feuille de texte. Les i"<'et 2' ont déjà paru, et les autres paraîtront successivement, chaque mois, par deux livraisons et plus, si les souscripteurs le désirent. Le prix de chaque livraison , en papier 6n , est de 3 fr. , et de 3 fr. 5o c. par la poste. On souscrit chez l'auteur, à l'adresse ci-dessus, et au cabinet littéraire de la Tente, Palais-Royal, galerie de bois, n. 197. La Flore médicale des Antilles est un ouvrage absolument neuf, qui intéressera les médecins , les peintres , les amateurs , et plus particulièrement encore les propriétaires des colonies fran- çaises, anglaises, espagnoles et portugaises. L'auteur est un ancien médecin naturaliste du gouvernement de Saint-Domingue, et ce titre seul répond des ressources dont il a pu faire usage pour l'exécution de son ouvrage, et surtout pour l'exactitude et la fidélité du dessin, 181. C')— Photographie médicale, ornée de figures coloriées de grandeur naturelle , où l'on expose l'histoire des poisons tirés du règne végétal , et les moyens de remédier à leurs efiFets délétères , avec des observations sur les propriétés et les usages des plantes hé- roïques; fat Joseph RoQVEs , D. M. Prix de chaque livraison , papier fin grand raisin , in-4» , 8 fr. ; papier nom de J ésus vélin satiné , petit in-folio, 3o fr. Chez l'auteur, rue de Louvois , n» 5 ; chez Hocquart jeune, rue des Maçons-Sorbonne , n» i3. En 1809, M. J. Roques publia, sur les plantes usuelles, un traité qui fut fort bien accueilli du monde savant. Jusqu'ici , aucun mé- decin naturaliste n'avait considéré, avec toute l'importance qu'elle mérite, l'application de la botanique à la médecine. Le docteur J. Roques s'est proposé de remplir cette lacune, par l'ouvrage qu'il nous donne aujourd'hui. Il indique d'abord quelles sont les plantes vénéneuses, afin de prévenir les dangers qui peuvent ré- sulter de leur emploi dans les besoins domestiques ; il donne un des- sin si exact de ces plantes , qu'on peut à l'instant les reconnaître en nature, après avoir consulté son livre; enfin, il dit dans quels cas et par quels moyens ces substances vénéneuses peuvent être employées pour combattre l'efiTet de certaines maladies et procurer une guérison efficace. Ces différens points de vue sont exposés avec LIVRES FRANÇAIS. 377 beaucoup de méthode dans le discours préliminaire et dans l'intro- duction de la phytographie médicale. Ces deux morceaux, écrits d'un style élégant et facile, donnent la plus favorable idée du travail de l'auteur. Mais de semblables ouvrages ne peuvent être jugés sur un premier coup d'œil ; une critique basardée serait inconvenante pour un travail qui a dû exiger tant d'années d'études , de même qu'une approbation irréfléchie pourrait sanctionner des procédés médicaux dangereux. Nous reviendrons plus tard sur cet ouvrage , quand un examen approfondi nous aura mis en état de prononcer sur son mérite réel. Il est toutefois une justice qu'on doit rendre sur- le-champ au docteur Roques. Ses dessins , de grandeur naturelle , sont d'une perfection remarquable , même aujourd'hui ; et le texte , sorti des presses de M. Didot jeune, est imprimé d'une manière aussi correcte qu'élégante. Les trois livraisons qui viennent de pa- raître offrent l'histoire complète des champignons; la quatrième li- vraison paraîtra vers le i5 septembre. L'ouvrage sera terminé en trente-six livraisons. B. 182 (*). — Exposition méthodique des genres de l'ordre des poly- piers , avec leur description et celle des principales espèces figurées dans 84 planches; les 65 premières appartiennent à l'histoire natu- relle des zoophytes d'ELLis et Solaxder; par J. Lamochocx, D. E. S., professeur d'histoire naturelle à l'académie royale de Caen, corres- pondant de l'Institut de France, etc. Paris, 1820. Imp. de v« Agasse. 1 vol. in-4° de 1 15 pag. Depuis 1786, époque où Solander publia l'Histoire naturelle des zoophytes, de J. Ellis, les sciences naturelles ont fait de grands progrès ; il était à désirer que les beaux dessins d'Ellis el Solander , dont l'exécution est parfaite, fussent reproduits dans une nouvelle édition de cet ouvrage , mise au courant de la science pour la clas- sification , et augmentée des principales figures- de tous les genres de polypiers que nos modernes zoologistes nous ont fait connaître , et que renferment les riches collections de la capitale. M. Lamou- roux , avantageusement connu dans les sciences naturelles, par ses utiles el nombreuses recherches sur les plantes marines ( Thalas- siophytes ), et par son histoire des polypiers coraligènes flexibles , s'est chargé d'exécuter cet important travail. On peut considérer comme un gênera polypabiorum, aussi complet que les connaissances actuelles le comportent, cette nouvelle édition, entièrement re- 378 LIVRES FRANÇAIS. fondue et tiès-augmentée , de l'histoire naturelle des zoophytes d'Ellis et Solander. Toutes les descriptions sont en français ; on a ajouté , comme synonyme , une phrase latine , soit de Lamarck , d'Ellis, de Pallas, etc. Une phrase courte et précise donne les ca- ractères propres à chaque genre ; elle est suivie de la description d'une ou de plusieurs espèces , choisies parmi les inédites parfaite- ment caractérisées , ou parmi celles qui sont décrites dans les ou- vrages les plus répandus. La classification de ces productions ani- males est faite d'après la méthode de Lamarck, pour les polypiers pierreux , et d'après celle de Lamouroux , pour les polypiers flexi- bles ; elle est le moins systématique possible , mais elle n'est pas encore naturelle. Elle se compose de trois divisions : polypiers Jlexi- bles ou non entièrement pierreux^ polypiers entièrement pierreux et non flexibles ; polypiers sarcoïdes plus ou moins irritables et sans axe central. La première se subdivise en trois sections : polypiers cellulifères , calcifères , corticifères ; la seconde, en polypiers yb /-a - minés, lamellifèies, lubulés ; la troisième n'est point partagée en sections; elle se compose de trois ordres : le nombre total des ordres est de vingt, celui des genres est de soixante-douze. Les figures nou- vellement ajoutées ne le cèdent point en exactitude à celles d'Ellis et Solander. Les amateurs d'histoire naturelle, les curieux croiront toucher les coraux et les masses poreuses , blanchâtres et striées, qui ornent leurs cabinets , tant la ressemblance est parfaite. B. G. iS5 (*) . Traité général des eaux et forêts, chasses etpéches, com- posé d'un recueil chronologique des réglcmens forestiers, d'un dic- tionnaire des eaux et forêts et d'un dictionnaire des chasses et pêches; avec un atlas contenant un grand nombre de tableaux et de figures; par M. Batjdbillart, chef de division adjoint à l'administration gé- nérale des forets, membre de la société royale et centrale d'agri- culture, et de plusieurs autres sociétés savantes. Cet ouvrage formera cinq volumes in-4'' , imprimés sur beau pa- pier, à deux colonnes, en caractères neufs petit-romain, avec les notes en petit-texte. 11 sera publié par demi-volumes , chacun de 45 à 46 feuilles d'impression ( 56o à 568 pages ), qui paraîtront très- régulièrement de trois mois en trois mois. Le RecueildcS Réglemens paraîtra le premier , parce qu'il forme la base de tout le travail sur la partie réglementaire ; viendra ensuite le dictionnaire des forêts , puis le dictionnaire des chasses et pêches. h'.JiUis formera trois ca- LIVRES FRANÇAIS. 379 hiers , qui contiendront ensemble plus de 5oo figures , et tous les modèles de tableaux et d'actes concernant les forêts. Le premier cahier paraîtra avec le dictionnaire des forets, et les deux autres accompagneront le dictionnaire des chasses et pêches. On ne pro- pose la souscription que pour le recueil des réglemens et le diction- naire des forêts. Quant au Dictionnaire des chasses et pêches ■, il ne sera annoncé que lorsqu'il paraîtra. Le prix de la souscription est lixé par livraison : à S fr. pour le recueil , et à lo fr. pour le diction- naire des forêts , y compris les tableaux , formules et figures ; et , comme le nombre présumé des livraisons est de quatre pour chacun de ces ouvrages, le prix total sera d'environ 02 fr. pour le recueil , et de 4o fr. pour le dictionnaire. Le paiement aura lieu au fur et à mesure de chaque livraison. La souscription sera fermée fin de septembre, époque où la liste de MM. les souscripteurs sera imprimée et jointe au dernier volume du recueil. Le prix pour les non-souscripteurs sera , par livraison, de 10 fr. pour le recueil, et de i5 fr. pour le dictionnaire. Les frais de port ne sont point com- pris dans le prix de l'ouvrage. Les deux premières livraisons, for- mant le premier volume du recueil, sont en vente en ce moment ( 1"^' juillet 1821 ]. Cn souscrit chez madame Iluzard , rue de l'Epe- ron , n° 7. 184 (*)■ — Recherches sur les osseniens fossiles , où l'on rétablit les caractères de jjlusieurs animaux dont les révolutions du globe ont dé- truit les espèces; par M. le baron G. Cuvier, conseiller d'état, etc. Nouvelle édition , entièrement refondue et considérablement aug- mentée. Tome premier , contenant le discours préliminaire et l'his- toire des éléphans , des mastodontes et des hippopotames fossiles. A Paris, 1821. G. Dufour et Edmond d'Ocagne , libraires, quai Vol- taire, n.» i3. In-4." de 64 feuilles et demie, plus 55 planches gravées.. Prix, cartonné , 4o fr. , et 45 fr. par la poste, franc de port. i85. — Exposé des expériences sur le magnétis/ne animal , faites à VIIôtel-Dicu de Paris, en octobre , nouernùre et décembre 1820 ; par J. DO PoTET. Paris 1821, chez l'auteur et chez Béchetle jeune. In-8." de 78 pages. Prix, 1 fr. 76 c. Ces expériences paraissent très-favorables à la doctrine qui admet, comme réels et utiles à la médecine , les phénomènes du somnam- bulisme excité par ce qu'on appelle magnélcsation animale. Vingt- six médecins et une ancienne religieuse ont été présens à ces expé- 380 LIVRES FRANÇAIS. riences ; M. du Potel s'y est montré aussi étonnant magnétiseur qu'il est habile défenseur des procédés magnétiques , qui semble- raient ici avoir opéré une cure assez remarquable , sous l'inspection en chef de M. le docteur Husson, depuis long-tems adversaire connu delà théorie et de la pratique du magnétisme. On peut consulter à ce sujet un Mémoire , peu connu, sur le magnétisme animal, présenté à l'académie de Berlin en 1818, et qui porte pour épigraphe : « Les lois de la nature sont la volonté de Dieu, manifestée par l'ordre de la création. »Ce mémoire, imprimé à Paris chez Baudoin, se trouve chez Bossange. L. 186. — Gymnastique médicale , ou l'exercice appliqué aux organes de l'homme , d'après les lois de l'hygiène , de la physiologie et de la thérapeutique; par CAar/iïsLoNDE, docteur médecin, etc. Paris, 1821, Croullebois^ rue des Mathurins-Saint- Jacques j Prix, 4 fr.» et 5 fr. par la poste. Versé dans l'étude des anciens, et riche de sa propre expérience, M. Londe avait des titres pour composer l'ouvrage que nous annon- çons. Le rapport qu'en ont fait MM. Esquirol et Chaussier , commis- saires de la société de la faculté de médecine de Paris , à laquelle l'auteur avait présenté son manuscrit , est une autorité d'un grand poids, et qui offre une garantie aux lecteurs. Les personnes qui s'inté- ressent aux progrès de l'éducation, au perfectionnement de l'homme, à l'amélioration des sociétés, liront cet ouvrage avec plaisir et profit. Les hommes de lettres y trouveront des conseils judicieux pour pré- venir les effets souvent nuisibles de leur genre de vie. Dans son intro- duction , l'auteur trace- à grands traits l'histoire de la gymnastique dont il démontre les avantages ; il expose le plan de son travail , qu'il divise en deux parties : dans l'une , la gymnastique est appliquée à l'homme sain ; dans l'autre , à l'homme malade. C'est la première partie que nous avons sous les yeux ; la seconde doit faire le sujet d'un second volume. Dans cette première partie, l'auteur traite suc- cessivement : 1." du mouvement en général, de la classification des exercices, etc.; 2." des effets généraux déterminés par les exercices actifs sur toutes les fonctions de l'économie , et de l'examen parti- culier de ces différens exercices; 3." des exercices passifs et de leur influence générale et particulière; 4-° des exercices mixtes; 5.° des gymnases modernes ; 6." des frictions , des onctions et du massage ; 7.° de quelques considérations relatives à l'âge, aux tcmpéramens, LIVRES FRANÇAIS, 381 aux sexes, aux habitudes , etc., et de quelques précautions à mettre en usage dans l'emploi hygiénique de l'exercice; 8." enfin, de l'in- fluence du mouvement musculaire sur le céphale en général et des effets déterminés par l'exercice de l'organe intellectuel en par- ticulier, sur le reste de l'économie, et sur quelques-unes des facultés de cet organe. Il est difficile de traiter ce sujet d'une ma- nière plus complète , plus agréable et plus philosophique que ne l'a fait M. Londe. Des recherches historiques précèdent ordinairement la description de chaque exercice, et le tableau de l'influence de chacun d'eux sur l'économie animale. Souvent l'auteur emprunte, aux monumens de la sculpture antique , ce que les traités ne peu- vent lui fournir, relativement à l'histoire des pratiques gymnastiques. Nous indiquerons la réfutation qu'il a faite des opinions de Bichat sur le siège des passions, et ce qu'il dit sur le mobile des phénomènes attribués au tempérament nerueux , et sur le siège des désordres appelés nerueux. L'auteur paraît avoir aussi très-bien observé l'a- liénation mentale , le' mode -d'action de ses causes , la manière de diriger le traitement moral des aliénés. Ailleurs , nous avons trouvé quelques idées générales sur les principes qui peuvent contribuer au perfectionnement de l'homme; principes toujours déduits de son or- ganisation et des circonstances extérieures qui peuvent la modifier. Nous avons vu avec un vif plaisir M. Londe payer un juste tribut d'hommage aux hommes qui se sont occupés avec le plus de succès de l'éducation, tant en France que chez les nations étrangères. Parmi les noms de ces phiiantropes , nous avons distingué ceux du vertueux Helvétien Pestalozzi, et de M. Jullien, dont on ne saurait trop appré- cier les tableaux d'éducation pratique. Nous ne pouvons que nous joindre à MM. les commissaires , pour engager le docteur Londe à donner promptement la seconde partie de son ouvrage. Nous ajouterons toutefois que la première forme, à elle seule, un travail complet, qui convient à toutes les classes de la société. G. D. M. 187. — Entretiens sur la pluralité des mondes, augmentés des Dialogues des morts; par Fostbkelle. Paris, 1821, Jules Bossange et Tenon, rue des Poitevins, n» 10, et à Londres, chez Martin Bossange et compagnie, i4, Great Malborough-street. In-12. a J'ai voulu , dit Fontenelle dans sa préface , traiter la philosophie d'une manière qui ne fût point philosophique ; j'ai tâché de l'amener à un point où elle 'ne fût ni trop sèche pour les gens du monde, ni ;^82 LIVRES FRANÇAIS. trop badine pour les savaDS. » Tout le luonde sait jusqu'à quel point ce philosophe aimable a réussi dans son projet, et avec quel art il a répandu des grâces sur une matière qui en paraissait peu suscep- tible. Quelques critiques ont trouvé que cet exemple était dange- reux ; ils ont dit que « la véritable parure de la philosophie est l'ordre, la clarté, et surtout la vérité. » Nous ne prétendons point ap- peler de ce jugement ; mais nous croyons que l'on doit savoir gré à Fontenelle d'avoir réussi par un moyen ingénieux à faire naître chez les gens du monde du goût pour l'étude d'une science qui, jusqu'à lui, avait paru devoir faire partie du domaine exclusif de quelques esprits privilégiés. Les éditeurs ont joint à cette nouvelle édition les Dialogues des morts du même auteur, et les soins qu'ils ont apportés dans l'exécution de cet ouvrage doivent leur mériter également les suffrages des gens de lettres et des bibliophiles. E. H. i88. — Rapport de M. le chevalier Delambbe , secrétaire perpétuel de l'académie des sciences-, sur les mémoires lus à cette académie par M. DE Pahavey , membre du corps du génie des ponts et chaussées; mémoires où l'auteur établit que les sphères de tous les anciens peuples ont une origine commune, et que les époques re- tracées par les zodiaques découverts en Egypte , spécialement ceux de Dendera, ne sont que voisines du commencement de l'ère chré- tienne. Paris, 1821 , Belin ; in^S" de 88 pages. Tous les hommes lettrés connaissent la grande question de l'origine des zodiaques, liée à celle de l'origine et de l'histoire du genre humain ; question sur laquelle on trouve d'un côté la Bible , Pline . Newton, Leibnitz, Bossuet , l'abbé Testa, Lalande, Larcher, Vis- conti , Delambre, Cuvier, etc. ; et, de l'autre, Dupuis , Volnev, Fourier, Grobert, Francœur, Remi-Raiges, Joniard , etc. Les mé- moires de M. de Paravey sont à l'appui de la chronologie religieuse adoptée jusqu'à présent. L'auteur en a lu des fragmens à l'académie des sciences et à l'académie des belles-lettres ; ces deux compagnies ont applaudi à ses recherches laboi'ieuses et l'ont encouragé dans son entreprise. La brochure que nous annonçons , et par laquelle ftL de Paravey prélude à la publication de ses important mémoires, a trois parties : l'introduction , un aperçu des mémoires, et le rapport fait sur ces mémoires , en février dernier, à l'académie des sciences, par MM. Delambre, Cuvier et Ampère. Dans V introduction., M. de Pa- ravey expose l'état de la question relative à l'antiquité des monumens LIVRES FRANÇAIS. 383 astronomiques découverts en Egypte. Dans ['aperçu, il fait connaître les rapports singuliers qui existent entre ces monumens et les cons- tellations de la haute axe ; il prouve que les constellations de tous les peuples dérivent d'une seule et même sphère, et soutient, d'après une multitude de rapprochemens nouveaux et remarquables , que les zodiaques apportés d'Egypte ne marquent pas une époque anté- rieure à celle des Ptolémées. Cette brochure est d'un grand intérêt et fera désirer à toutes les personnes éclairées la continuation des mémoires de M. de Paravey. Lakjuinais, de l'Institut. 189. — Précis de la uie de Jésus-Christ, extrait de l'évangile et des meilleurs auteurs qui ont écrit sur cette matière , avec des notes historiques, géographiques et chronologiques, à l'usage de la jeu- nesse, et particulièrement destiné aux établissemens d'instruction publique; par M. Peigné, ancien professeur et pensionnaire de l'uni- versité. Ouvrage orné d'un beau portrait de Jésus-Christ, d'après Léo- nard deVinci, etde 5ogravures.Paris,iS2i ; J. L. Chanson, imprimeur- libraire, rue des Grands- Augustins , n° 10 ; 1 vol. in-8» de 572 pages. 190. — Ds l'inamoi^ibilité des pasteurs du second ordre, par l'auteur du traité de l'Appel comme d'abus. Baudouin frères, rue de Vaugirard, 56 ; in-S" de 120 pages ; pris , 1 fr. 5o c. il y a vingt ans que la question de l'inamovibilité des curés eût été regardée comme une question oiseuse; personne ne la révoquait en doute. Mais, depuis qu'on a voulu transformer en simples desservans les sept huitièmes des curés de France , et les rendre amovibles à la volonté des évêques , il est devenu nécessaire de démontrer que cette innovation dans la discipline de l'église de France est con- traire aux saints canons et à l'intérêt même de la religion. Peu de personnes en France étaient plus en état de discuter cette importante question que le savant et profond canoniste , auteur de cet ouvrage. C'est armé de l'autorité de l'écriture , des pères de l'église , des con- ciles , qu'il défend les droits des pasteurs du second ordre ; "comme , dans ses autres écrits , il avait défendu les droits inaliénables des évêques français et les libertés de l'église gallicane, contre les usur- pations et les prétentions des papes et de la cour de Rome. Babky. 191. — Aratus et Kicoclès aux enfers; dialogues par Charles d'Odtbepont. Paris, 1821; Ladvocat, Palais-Royal , galerie de bois , n" 195 ; brochure in-8" de 02 pages d'impression. Montesquieu , dans son admirable dialogue de Sylla et d'Eucrate, 88A LIVRES FRANÇAIS. a mis à nu l'ame d'un tyran ; ce profond philosophe a révélé par la bouche même de Sy lia les turpitudes d'un cœur corrompu; il a pé" nétré tous les secrets qui le firent agir, et tracé , en les dévoilant , le plus beau tableau d'histoire qui soit peut-être parvenu jusqu'à nous. La forme du dialogue se prêtait favorablement à l'intention de l'his- torien. Par ce moyen , c'était Sylla lui-même qui expliquait à Eucrate ses abominables principes; et, en lisant le peu de pages qui les ren- ferment, on serait tenté de croire qu'elles ont été tracées par le cé- lèbre proscripteur. L'auteur du nouveau dialogue , yjratus et Ni- coclès,3 fait usage du même cadre; il lui était plus indispensable encore qu'à Montesquieu; car il ne s'est pas contenté de mettre dans la bouche de Nicoclès les principes qui ont guidé et guideront tou - jours les tyrans, illes combat avec une énergie vigoureuse parl'organe d'Aratus. Ces deux champions se pressent l'un l'autre par des argu- mens solides, qui prouvent quelVÏ. d'Outrepont a médité sur les ques- tions les plus importantes de la morale et de la politique. A. T. 192 (*). — Les Fastes universels, ou Tableaux historiques, chrono- logiques et géographiques ^ contenant, siècle par siècle, et dans des colonnes distinctes, depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos jours : 1° l'origine, les progrès, la gloire et la décadence de tous les peuples , leurs migrations , leurs colonies , l'ordre de succession de leurs princes , etc. ; 2° le précis des époques et des événemens po- litiques ; 5" l'histoire générale des religions et de leurs différentes sectes ; 4° l'histoire de la philosophie et de la législation chez tous les peuples anciens et modernes ; 5» les découvertes et progrès dans les sciences et dans les arts; 6° enfin, une notice sur tous les hommes célèbres , rappelant leurs ouvrages et leurs actions : ^ré- cédés de trois grands tableaux synoptiques , servant de sommaire à l'ouvrage , et suivis de dt-ux tables alphabétiques comprenant , l'une les noms d'hommes, l'autre les noms de choses , et présentant toutes deux, par leur ensemble et par la manière dont elles sont conçues , un nouvel art de vérifier les dates ; ouvrage dédié au Roi , par M. BuEET de Longchamps. Paris, 1S21 ; un gros vol. in-f°. format grand colombier. Prix, i5o fr. en feuilles, et i56 fr. en demi-re- liure. — Cet ouvrage , exécuté en caractères neufs et fondus exprès, sera publié en six livraisons qui paraîtront de mois en mois. La pre- mière a paru le i5 août. On souscrit, à Paris, chez M. Dondey- Dupré, père et fils , éditeurs de l'ouvrage , rue Saint-Louis , n. 4*1 > LIVRES FRANÇAIS. 385 9a Marais; chez Treuttel et Wiutz , rue de Bourbon , n. 17 , et chez Chaisériau, au dépôt bibliographique, rue Neuve-des-Petits-Champs, n. 5. igS. — Tableaux chronométriques , divisés par siècles, pour servir à l'étude de l'histoire de France , avec la carte des agrandis- semens successifs du royaume , et un précis borné aux faits ; par F. GoFFAux , auteur du Tableau chronométrique des époques prin- cipales de l'histoire. Paris, 1821; Didot le jeune, rue des Maçons- Sorbonne , n. î5. in-S» de 85 pages. Ces tableaux, au nombre da dix-huit, offrent, sur des lignes perpendiculaires, divisant chaque siècle par dix années , la chrono- logie des rois de France , avec les principaux événemens civils et militaires. Chaque siècle est distingué par un titre qui le caractérise, ou par les noms des rois auxquels se rattachent de grands souvenirs. L'idée première de cet ouvrage est bonne,- mais nous craignons que les détails d'exécution n'offrent à l'œil, et par conséquent à l'esprit, un peu de confusion, ce qui devait être évité avec d'autant plus de soin que l'ouvrage est destiné à un âge dont l'attention se fatigue aisément. Un cahier de questions, correspondant au texte, accom- pagne ces tableaux. j;. H. i^i-{*)— Annuaire historique universel , pour 1820 , auec un ap- pendice contenant les actes publics , traités , notes diplomatiques , papiers d'états , et tableaux statistiques , financiers , administratifs et nécrologiques; — Une chronique offrant les événemens les plus piquans , les causes les plus célèbres , etc.— Des extraits de i.-oyages ou de mémoires intéressans, et des notices sur les productions les plus remarquables de Vannée , dans les sciences , dans les lettres et dans les « de Grafigny sur Voltaire. E. Héhbau. 2o5. — As^nès de France , ou le Douzième Siècle; roman historique, par M""<^ Simons-Gandeille. Seconde édition. Paris , 1821. Maradan , rue des JMarais, n° ;6. 5 vol. in-12. Ce roman a un grand tort à nos yeux , c'est d'être un roman ; quel- ques efforts, quelques recherches de plus, et ÎM"»^ Candtille avait écrit l'histoire d'un siècle dont elle a tracé le tableau d'une main habile et d'un pinceau vigoureux, mais malheureusement, si l'on peut s'exprimer ainsi, sur un fond qui donne une fausse teinte aux couleurs les plus vraies. A part ce défaut , commun à tous les romans historiques , on conviendra que cet ouvrage , remarquable sous le rapport du style , plein de pensées profondes et rempli d'intérêt, est une des meilleures productions de ce genre , et mérite les éloges qui lui ont été donnés. ISous regrettons vivement que la nature de ce Recueil ne nous permette pas de les justifier par des citations; mais, en renvoyant le lecteur à l'intéressante Agnès, nous n'avons point à craindre de voir notre jugement infirmé. IVous devons pourtant adresser un reproche à madame Candeille. Pourquoi a-t-elle sup- primé les pronoms dans les discours de ses personnages? Je ne pense pas qu'elle ait voulu imiter par là le langage du tems, qui ferait actuellement un assez singulier effet dans un roman. En empruntant le langage d'un siècle de beaucoup postérieur, elle a fait à peu près comme l'historien de Rome ancienne qui ferait parler l'italien à ses héros. Nous devons dire néanmoins que cette suppression de parti- cules donne au discours une concision ri une npïvclé qui seront à jegrettcr lorsqu'il faudra se conformer aux règles ordinaires. Nous LIVRES FRANÇAIS. 395 voudrions bien critiquer aussi quelques-unes des notes ; mais l'auteur n'a voulu écrire qu'un roman historique. E. G. 206. — Voyage aux Alpes et en Italie, ou Lettres en prose et en vers, contenant la description de ces contrées , avec des détails sur les curiosités naturelles et industrielles , les mœurs et coutumes des hahitans , les ètahlissemens , etc. ; par Albert Momémokt. Paris, 1821. Lelong, libraire, Palais-Royal, galerie de bois, n" 233. 2 vol. in-18, avec deux gravures et une carte des Alpes et pays circon- voisins. Prix , 6 fr. , et 7 fr. 5o c. On pourrait former une bibliothèque uniquement composée de Voyages en Suisse et en Italie. Cette richesse n'empêche pas cepen- dant qu'on ne puisse écrire encore sur ces contrées où les arts et la nature ont réuni toutes leurs merveilles. Ordinairement, les voyages de ce genre sont une source de belles pensées ; et l'aspect de tant d'objets dignes d'admiration, élève le style de l'écrivain. Le Voyage aux Alpes et en Italie est d'une lecture d'autant plus agréable , qu'il offre une grande variété, et que des récits pleins d'images gracieuses s'y mêlent à des compositions fortes et poétiques. L'auteur se dirige d'abord vers Genève, et traverse les plaines de la Bourgogne, dont l'aspect monotone a désespéré son génie poétique. Arrivé à Ferney , il s'est empressé de faire le pèlerinage de rigueur au château de Vol- taire , dont il nous donne une description en vers faciles et élégans ; il parcourt ensuite la vallée de Chamouni, dont la découverte ne re- monte pas à plus de quatre-vingts ans , et dont les habitans ont vécu jusqu'alors ignorés du reste du monde, au pied du Mont-Blanc; il trace un tableau piquant des mœurs, simples encore, des habitans de Chamouni. Ce petit village, situé sur la lisière de la mer de glace, sert de point de départ à toutes les excursions sur le ]\Iont-Blanc ; il est, chaque année, peuplé d'une foule d'étrangers, ce qui a sans doute contribué à donner aux habitans cette ardeur pour le gain que leur reproche M. Montémont. L'auteur consacre quelques lignes à la mémoire du jeune Eschen, qui fut englouti dans une des crevasses du glacier; ce morceau est écrit avec sensibilité. Sa lettre sur le Mont-Blanc renferme des détails curieux sur la formation et les pro- grès des glaciers , et sur les avalanches ; il donne le précis des princi- pales tentatives qu'on a faites pour en atteindre le sommet , et il signale les dangers de ces ascensions, entièrement stériles pour les sciences, depuis que Saussure a fait sur la cime même toute? le' 396 LIVRES FRANÇAIS. expériences qu'il est possible d'exécuter dans une situation aussi péril- leuse et après les fatigues de cette excursion. M. Montéuiont, en traversant le Simplon, ne manque pas de rappeler les noms des ingé- nieurs français et italiens qui dirigèrent l'exécution de ce beau monu- ment, dont on peut dire avec lui o que si les puissans de la terre ne concevaient jamais que de semblables projets, il faudrait se prosterner devant leurs pas. » Il nous apprend en peu de mots quels efforts l'art a dû surmonter pour suspendre la route du Simplon aux flancs des montagnes, pour percer en galerie d'énormes rochers , pour jeter des ponts sur des abîmes où la vue n'ose descendre. La onzième lettre est la plus intéressante de tout l'ouvrage. La description que l'auteur donne de Milan est complète. On lit avec plaisir le récit de ses vi- sites au palais de Brera , enrichi des peintures à fresque du célèbre Appiani; au -paXaLis des sciences et des arts, dont le rez de-chaussde contient des écoles d'architecture, de peinture , d'anatomie ; le se- cond étage , la magnifique galerie de peinture, dans laquelle on re- marque le viariage de la J^ierge, de Raphaël; et le troisième, un observatoire, garni d'instrumens astronomiques des premiers artistes de la France et de l'Angleterre. On ne sera point étonné de l'admi- ration de M. Montéraont pour les goûts littéraires des Milanais , quand on aura parcouru avec lui la belle bibliothèque Ambroisienne, enrichie de tant de livres et de manuscrits précieux. Les amans des beaux arts partageront son enthousiasme pour les monumens qui dé- corent Milan; mais lorsque, entraîné par son imagination poétique, il semble prévoir l'indépendance de cette belle Italie , l'ami de la liberté reconnaît avec tristesse que ce morceau a été écrit quelques mois trop tôt. Vers la fin de sa lettre sur Gênes, est placé un chant lyrique sur l'OcéûfT? , que l'auteur a composé en contemplant la Mé- diterranée du haut du phare : cette ode offre plusieurs strophes où l'on trouve beaucoup de verve et de majesté. La lecture de cette pièce doit faire désirer vivement la publication promise par M. Mon- témont du recueil de ses poésies. L'auteur est rentré en France par Grenoble et Lyon ; il a visité , en passant, la grande Chartreuse , dont il donne une description fort piquante. En résumé, ce Vvjyage aux Alpes et en Italie se fait lire avec un vif intérêt , par la diversité des observations qu'il renferme sur les moeurs , la littérature et les arts. Après avoir tracé , avec l'enthousiasme d'un poète , le tableau de ces montagnes et de leurs imposans phènomèues , il décrit , en homme LIVRES FRANÇAIS. 397 fie goût , les iostitutions de la classique Italie , ces monumens de l'esprit humain , impérissables comme ceux de la nature. C. COQUEBEL. \o-.{*)— Théâtre de Marie- Joseph Chénier, précédé d'une ana- lyse , par M. N. L. Lemercieh , de l'Académie française. Nouvelle édition revue sur les manuscrits. Paris, 1821. Baudouin frères , rue de Vaugirard , n" 56. 5 vol. in-18, ensemble 11S9 pages. On a oublié de rappeler que l'analyse qui précède cette nouvelle édition est entièrement composée des trois comptes rendus de ce théâtre par M. Lemercier , rédigés pour notre Rei^ue Encyclopé- dique, et insérés dans le tom. i" , pag. 110,298 , 4S7, et qui nous dispensent de revenir sur le même ouvrage , dont l'estimable auteur du cours de Littérature analytique a si habilement fait ressortir les beautés et indiqué les défauts. 208 (*) .^Description de F Egypte , ou Recueil des observations et des recherches qui ont été faites en Égjpte, pendant l'expédition de tarmée française, seconde édition dédiée au Roi. Tom. I du texte. {Antiquilés.-Descriptions.) Paris, 1821. Panckoucte. in-8» de 860 pages. Prix , 7 fr. — Le texte ne se vend pas séparément. Ce volume, imprimé en caractères neufs avec le plus grand soin, sur papier fin des belles fabriques d'Arches, est consacré aux des- criptions des villes antiques dePhilœ,de Syène, des Cataractes, de l'île d'Éléphantine, d'Ombos, de Selseleh , d'Edfou, d'Elethyia , d'Esné et d'Erment. Il est précédé de la Préface historique par M. Fourrier. Nous rendrons un compte détaillé de cette publi- cation attendue avec impatience par les souscripteurs, et qui doit remplir leur attente. — Douzième livraison. Antiquités. J>'ol. I , pi. 9. L'objet prin- cipal de cette planche est de faire voir l'intérieur des grandes cons- tructions qui précèdent les temples d Egypte et qu'on appelle j>ylônes.— Antiquités. Vol. I, pi. 91. Cette planche représente le temple d'Hermonthis qui se distingue de tous les temples d'Egypte par des colonnes d'une proportion plus élancée et qui approche de celle de l'ordre ionique. Les ruines de ce temple sont très-pittoresques ; il renferme des sculptures astronomiques et mythologiques pleines d'intérêt pour les savans et les antiquaires. On trouve dans cette ville, voisine de Thèbes , les restes d'un nilomètre antique. — Etat moderne. Fol. T,pl. 1. Les villes modernes deSyène, Esné et Syout 398 LIVRES FRANÇAIS. ont fourni les détails qui composent cette planche. — Histoire natu- relle.— Zoologie. -Poissons du NiL PL 5. Deux espèces de poissons du Nil appelés characin nefasch et serrasalme citharine. — Histoire naturelle. — Botanique. PI. 5. Deux plantes rampantes , nommées Boerhaai'ia repens et salicornia slrobilacea. Tbeizièmh livraison. Antiquités. Vol. I, pi. 72. Fig. i , 2. Em- placement du grand temple de Latopolis et de deux autres temples des environs. Fig. 3 et 4- Plan et coupe du portique du grand tem- ple.— Antiquités. Vol. \ , pi 8. On a représenté dans cette planche quinze chapiteaux de l'île de Phila;. — Etat moderne. Vol- 1, pi. 11. On connaît le projet de réunir l'Océan et la Méditerranée par un canal tracé à travers l'isthme de Soueys. Ce travail a été effectué dans les tems anciens ; mais une foule de causes ont fait abandonner le canal antique , dont il reste aujourd'hui peu de vestiges. Le même dessein a été tenté pendant l'expédition française; les ingénieurs ont exécuté, de 1798 a iSoi , toutes les opérations préliminaires pour cette grande entreprise : plans, nivellement, recherches , devis, etc. ; le résultat de leurs travaux est consigné dans un écrit fort étendu in- titulé : Mémoire sur le canal des deux mers (Voyez Etat moderne , vol. 1 ). La planche 2 représente le plan de l'extrémité de la mer Rouge, les environs de Soueys, les traces du canal antique, enfln les plans et profils du nouveau canal qu'on se proposait d'exécuter. — État moderne. — Arts et métiers. PI. 20. On fait en Egypte une grande quantité de nattes , dont une partie est destinée au com- merce du Levant ; elles se préparent avec une espèce de jonc qui vient des lacs de Natroun. La planche représente l'art de les fabri- quer; elle représente aussi l'art de faire les couffes, espèce de pa- niers flexibles et très-commodes, tissés avec la feuille du dattier. — Histoire naturelle. — Poissons du NiL PL 5. Poisson appelé polyp- tères bichîr , avec les détails anatomiqucs. (Voyez les Mémoires sur les poissons du Nil. ) — QuATORZiiiME LIVRAISON. — Antiquités. Vol. I , pi. 60. Détails d'architecture et de sculpture du grand temple d'Apollinopolis magna. — Antiquités. Vol. I, pi. 67. Vues pittoresques des envi- rons d'El-Kâbj l'ancienne Elethyia. — Etat moderne. — Arts et métiers. Pi. 11. Les arts mécaniques et chimiques sont aussi en arrière chez les Egyptiens actuels qu'ils étaient avancés parmi leurs ancêtres. On voit dans la presse du vinaigrier, que représente cette planche , une simple vis d'un travail grossier; la meule est un tronçon de colonne LIVRES FRANÇAIS. S99 de granit. L'appareil du distillateur pour la fabrication de l'cau-de- vie est formé d'alambies de l'espèce la plus simple ; à défaut de tubes de verre, il fait usage de roseaux, luttes convenablement. On sait que la loi musulmane interdit l'usage des liqueurs fermentées; c'est donc pour les cbrétiens que l'on pratique la distillation de l'eau-de-vie ; cependant il n'est pas très-rare de voir les Musulmans braver la défense de Mabomet. — Etat moderne, Vol. I , pi. 22. La plancbe représente une mosquée ruinée qui a été convertie en pou- drière pendant la durée de l'expédition, — Botanique , pi. 6. Plu- sieurs graminées , analogues aux plantes appelées scirpus. — QoiNZiÈME L\\B.\ison.— Antiquités. Vol. 1 , pi. 70. On a donné, dans la treizième livraison , le plan et la coupe du portique d'Esné ou Latopolis. La planche 70 représente l'élévation de ce beau temple , avec la multitude de sculptures dont le frontispice est chargé. — Antiquités. Vol. I, pi. 74. Cette coupe présente un côté du portique du même temple , avec tous ses bas-reliefs , sauf les ins- criptions hiéroglyphiques. — Etat moderne. Vol. I, pi. 4o. Cette planche représente des parties extérieures de la ville du Kairc , près de la porte la plus voisine du quartier qui était habité par l'Institut d'Egypte. — Étal moderne , pL FF. Plusieurs planches de l'ouvrage sont consacrées aux vases des Egyptiens modernes et à ceux des anciens Egyptiens , qui ont servi de modèle aux premiers. — His- toire naturelle. — Reptiles. PL i. Détail en grand de la tortue du Nil, vue en dessus et en dessous. 2090. — Choix de tableaux et statues des plus célèhr.s musées et cabinets étrangers , ou Recueil de gravures au trait , d'après les tableaux des grands maîtres de tontes les écoles, et les monumens de sculpture ancienne et moderne les plus remarquables , sous le rapport de l'art , conservés dans les divers musées étrangers , et les plus célèbres collections particulières, avec des notices histo- riques et critiques. Paris, 1821. Treuttel et Wùrlz , rue de Cour- bon, n° 17. Cet ouvrage formera douze vol. in-8°, distribués c'uacun en deux livraisons de 36 planches , et d'environ 80 pages de texte historique et critique. Le prix de chaque livraison est de 9 fr. — Nous donne- rons quelques détails sur cet ouvrage dont il a déjà paru cinq livraisons. AÔO LIVRES FRANÇAIS. Ouvrages périodiques. 2\o.— Chronique religieuse. 1821.6 vol. in-S". Paris, Baudouin frères , libraires , rue de Vaugirard , n» 56. Une société d'ecclésiastiques et de magistrats , convaincus des dangers que couraient les véritables principes de l'église de France , a entrepris, depuis deux années, cet estimable ouvrage, dans lequel on retrouve la doctrine la plus pure du christianisme. Ces savans zélés ont eu à combattre sans cesse les erreurs du fana- tisme et de l'ignorance. Leurs courageuses remontrances finiront- elles par triompher? Le clergé, plus éclairé sur les véritables intérêts de l'église, reviendra-t-il enfin aux principes pour lesquels nos grands docteurs , les Arnaud, les Bossuet, les Fénélon ont si souvent pris la plume ? On assure que les rédacteurs de la Chro- nique religieuse ont pris le parti de suspendre la publication de ce recueil. Les sincères amis de la religion regretteront qu'ils n'aient pas montré plus de persévérance , et feront des vœux pour que cette interruption soit de courte durée. A. T. 2 11.— Christliche Mitlheilungen.— Communications chrétiennes. Strasbourg, 1821. Tom. I, cahier 4- Ce recueil est destiné à des articles en vers et en prose sur des sujets religieux et moraux. Dans le 4^ cahier, qui a paru récem- ment, nous trouvons, entre autres, un exposé de ce que la confession d'Augsbourg a fait de plus utile à Paris, dans les dernières années pour le culte et pour l'instruction de la jeunesse. D. g. 212. — Journal des savans', un cahier in - 4° , pour les sept premiers mois de l'année 1821. On s'abonne rue de Ménilmontant n" 22. Le Journal des savans est l'un des plus anciens ouvrages de ce genre , qui aient été publiés en Europe. Interrompu pendant vingt- cinq ans, il a été repris par ordre du gouvernement , qui a nommé pour ses rédacteurs plusieurs membres de l'académie des inscriptions et belles-lettres et de l'Académie française. Le savant et judicieux M. Daunou en est le principal rédacteur, et l'enrichit de fort bons articles sur l'histoire. On y remarque aussi de nombreux articles sur la littérature orientale, de MM. Sylvestre de Sacy, Abel Rémusat, de Chézy , et autres savans orientalistes. Le genre un peu sévère de LIVRES FRANÇAIS. AOi ce journal n'est pas toujours à la portée d'un trèis-graad nombre de lecteurs; ruais il n'en fait pas moins honneur à la France, par les travaux des hommes distingués qui prennent part à sa rédaction. 21 3. — Nouveau Journal des Dames , oupelit Courrier des modes, des théâtres, de la liilérature et des arts. In-S°.- Ce journal, com- mencé au mois de juillet dernier, paraît tous les cinq jours ; on s'a- bonne à Paris, au bureau , rue Meslée, n° 5o. Dans un pays où la mode exerce un si grand empire , ce n'est pas trop que deux ou trois journaux qui tiennent le public, et surtout la plus belle partie du public, au courant de toutes les vicissitudes et de toutes les révolutions qui arrivent dans cet empire , ainsi que de toutes les nouvelles qui peuvent intéresser les gens à la mode, ou ce qu'on appelle vulgairement le beau monde. Le nouveau jour- nal a l'avantage d'être rédigé par des dames , comme totis les jour- naux des modes devraient l'être. Quoiqu'il ne fasse que commencer, on voit qu'il sera varié et piquant : il l'est peut-être un peu trop dans un article sur V Italie , de lady Morgan , qui aurait dû être un peu plus ménagée par des personnes du même sexe. Lady Morgan , qui n'a pas autant d'instruction que d'esprit, et qui est plus caus- tique qu'il ne convient à une dame , fait quelquefois des quiproquo singuliers, et on peut lui reprocher des jugemens hasardés. Mais il faut rendre justice à son esprit observateur et à sou grand talent de présenter , sous leur véritable jour, des prétentions absurdes et des caractères ridicules. Sa plume est redoutable pour le parti qui favorise en Europe le règne des usages surannés. Les gravures qui accompagnent le nouveau Journal des Dames ne sont pas toutes employées à faire connaître les formes nouvelles des cha- peaux et des robes ; elles retracent aussi quelquefois des portraits de femmes célèbres : c'est ainsi que , dans trois des derniers numé- ros, on voit des portraits bien exécutés de Clémence Isaure, de madame de Sta<;l et de lady Morgan. D.-g. Livres étrangers imprimés en France. a i4. — Apologia calolica delprojecto de Coiistitucion religiosa, etc. — Apologie catholique du Projet de Conslilulion religieuse , écrite par un Américain; par D. J. Ant. Llorente, docteur en droit canon, avocat aux tribunaux nationaux, éditeur du projet susdit; «ouvrage qu'on peut considérer comme ua traité sur difierens points Tome xi. -^ ji02 LIVRES FRANÇAIS. d'histoire et de discipline ecclésiastique. Paris, 1821. Moreau , rue Coquillière, n" 27. 2 vol. in-8°. L'ouvrage original a été poursuivi par l'officialité de Barcelone ; la Société patriotique de cette ville lui choisit dans son sein des défen- seurs. Depuis, l'évèque et son grand vicaire, obligés de s'exiler pour des motifs politiques, ont laissé les poursuites suspendues; mais l'auteur, jaloux de se justifier de l'imputation d'hérésie aux yeux de ses concitoyens , plaide lui-même sa cause , et son plaidoyer est encore uq savant ouvrage ; seulement , tout en rendant justice aux vues droites et à la science de l'auteur , nous n'entendons pas adopter sans réserve ses opinions sur les questions très - délicates qu'il agite. ai5. — Obseruations on the political, moral and religious state vfthe civilised worUU etc. - Observations sur l'état politique, civil et religieux du inonde civilisé, au commencement du dis-neuvième siècle; par M. H. G. Macnab, etc. Paris, 1820. Nouzou, rue de Cléry, n» 9 ; in-4» de 28 pages. Les observations de M. Macnab sont celles d'un philantrope éclairé, d'un ami sincère de la religion et de la liberté civile et po- litique. Les principes qui leur servent de base sont avoués par la raison, la morale et l'intérêt public. On pourrait peut-être contester quelques-unes des conséquences qu'il en déduit ; mais on doit rendre justics aux nobles sentimens qui les lui ont dictées. . L'unité de principes , de vues , de moyens et de but , dit l'au- teur, est le caractère d'une bonne administration; sans cet accord indispensable, un gouvernement libre ne peut long-tems se main- tenir. La mobilité des mesures qu'il ne peut manquer d'adopter affaiblit, par degrés, les rapports du chef du corps politique avec ses membres, et de là naissent des germes de révolution. Pour jo«ir des bienfaits d'un gouvernement libre , la fidélité du peuple doit être fondée sur l'opinion qu'il est bien gouverné. Je regarde cette maxime comme incontestable. Les ministres d'état dans un gouver- nement libre, qui, soit directement , soit indirectement et à dessein, affaiblissent, par des mesures anti-sociales , les relations delà cou- ronne avec le peuple, sont, de tous les révolutionnaires , les plus coupables et les plus dangereux. ■> B— y. 216. — Ze5 oiseaux et les fleurs , allégories morales d'Jzz-Eddin El Mocadessi, en arabe, avec une traduction et des notes; par M. Garcin. Paris, 1821. Imprimerie royale, i vol in 8°. Vl*»V»MV*'VWVWVV\»(lWV\\'\'\VVVVV»*'VX\'4\\^/VVV*'VWV\VV\1A\\'V»VVV\VWVVW»\V»» TV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. AMERIQUE. États-Unis. — Nkw-Yorck. — Collège de médecine el de chirurgie. Les cours de ce collège commencent , tous les ans , au premier lundi de novembre et finissent au premier mars. Les élèves doivent se faire inscrire à chaque session ; mais ils ne paient que la première inscription, qui est de cinq dollars (27 francs}. Ceux qui désirent prendre un grade doivent être Sgés de vingt-un ans , et avoir suivi tous les cours du collège , au moins pendant un hiver entier. Le président et les professeurs leur font subir le premier examen , qui est toujours secret; le second est passé, le 1 5 mars, devant les agrégés du collège. Le 20 du même mois, le candidat est obligé de remettre au doyen une thèse sur un sujet quelconque de médecine ou de chirurgie , écrite en latin , en anglais , en français ou en espagnol. Le troisième examen, qui se fait publiquement, le premier lundi elle. — Philologie. — M. Bretschneidei' se dispose à donner au public un Lexicon Noui Testamenù grœco- latinum manuale. Déjà l'Europe savante possédait un ouvrage sem- blable , dont l'auteur était M. Scbleussner et qui a eu trois éditions. M. Bretscbneider annonce qu'il n'entend pas que son livre remplace celui-là; il dit avec raison qu'il y aura toujours une grande différence entre un Thésaurus philologicus complet et un simple manuel des- tiné surtout aux théologiens , pour lesquels le premier est trop cher. L'ouvrage de M. Bretscbneider n'aura donc qu'un seul volume in-8° de 74 feuilles ; il sera rédigé d'après le texte de Griesbach ; mais les leçons vulgaires, que l'édition de ce savant rejette, seront données entre parenthèses. Vienne. — Nouueau Recueil périodique. — Quand nous avons in- diqué à nos lecteurs les journaux et recueils périodiques de l'Autriche, (T. X, p. 642 ), nous ne connaissions pas celui qui s'imprime depuis peu à Brunn , en Moravie , sous le titre de Feyer-Stunden (heures de fête ou de délassemens). Ce journal est rédigé, à Vienne , par M. le baron de Biedenfeld, auteur de plusieurs élégantes productions, et par M. Kaffner, qui s'est distingué par plus d'un ouvrage dramatique. Outre ces deux littérateurs, les Fejer-Stunden ont pour rédacteurs les hommes les plus marquans de l'Allemagne, tels que MM. La- motte- Fouqué, Fr. Laun,Fr. Kind, MuUer Brentano , de Hammer, Hang, Théod. Hell, Kuhn ; le célèbre Goethe également y fera in- sérerdes articles. On trouve dans ce recueil des contes en prose et des poésies fort agréables. Le premier cahier, que nous avons sous les yeux , contient le premier extrait d'un poème intitulé die Stufen der bildung, ou les degrés de la civilisation , par M. Schweighauser fils, de Strasbourg. {Voy. ci-dessus, p. 562.) L'étendue et l'objet de ce poème méritent spécialement l'attention. Les Fejer-SLunden paraî- tront de deux mois en deux mois; l'exécution typographique ne laisse rien à désirer , et de jolis portraits ajoutent encore à son élégance : la première livraison contient ceux de M. Kind et du célèbre orien- taliste M. de Hammer. Grand-Duché dd Rhin. — Ceeutznach. — Journal. — Il paraît, de- puis quelque tems, un écrit périodique intitulé : Darstellungen eus dem preussischen Rhein und Mosel Lande ( ou Tableaux choisis dans les pajs prussiens du Rhin et de la Moselle'). M. Storck, de Creutznacb, éditeur et traducteur d'Ausoae, est l'auteur de ce nou- EUROPE. Al 7 veau recueil, qu'il ne pouvait miens ouvrir que par l'idylle de la Mo- selle : c'est en effet la pièce de vers la plus ancienne de toutes celles qui sont consacrées à ces belles contrées. Le premier volurne de M. Storck contient des détails très-curioux sur le moyen âge; on y trouve une'généalogie du vin du Rhin, qui ne déplaira pas aux gour- mets. Il y a beaucoup de franchise et de hardiesse dans la manière dont l'auteur émet ses opinions : il dit nettement qu'avant l'arrivée des Français , la dîme , les corvées, les droits de chasse, etc. etc. ne permettaient point à ce pays d'espérer une prospérité réelle ; tandis que , pendant la réunion de sa patrie à la France , on vit s'établir l'é- galité des droits; les biens de l'église , vendus comme biens natio- naux, allèrent augmenter l'aisance delà classe moyenne de la société. Les rigueurs de la conscription étaient quelquefois excessives , mais M. Storck y trouve encore un bon côté : la cherté des remplacemens, dit-il, faisait tout-à-coup passer un capital dans une famille pauvre, et lui permettait d'acquéiir des terres. Enfin tout, jusqu'au système continental lui-même, tout, selon lui, présentait des avantages. L'au- teur rappelle aussi les belles routes construites par les Français ; puis il paye un juste tribut d'éloges aux hommes vertueux qui ont admi- nistré le département de Rhin -et -Moselle. Les noms de MM. de Chaban , de Lameth et de Leza - Marnezia y sont toujours pro- noncés avec la même vénération. L'on n'oubliera jamais, dit M. Storck, ce qu'ils ont fait pour l'instruction publique et pour l'agriculture ; le respect qu'ils inspiraient a survécu à leur pouvoir. Nous ajouterons avec douleur que deux de ces excellens administrateurs, MM. de Chaban et de Marnezia , sont déjà descendus dans la tombe. ,Gass^l. — Recueil périodique intitulé Die T'o/zeit {le tems passé). Ce recueil , qui est à sa seconde année, se distingue par une gravité que n'ont point les autres Taschenbiicher de l'Allemagne. M. Jusli , connu déjà par une vie de Sainte -Elisabeth et par d'excellentes poésies , réunit dans le Korzeit divers matériaux historiques. Ce sont des documens puisés aux bonnes sources , et classés de manière à plaire aux gens du monde. Le numéro de 1821 contient : 1° une dis- sertation sur Henri I , landgrave de liesse ; 2° des recherches sur la sépulture du landgrave Guillaume III ; 5° un récit du pèlerinage fait en Palestine parPhillppe, derniercomte de Katzenellenbogen; 4-° une liste chronologique de tous les grands-maîtres de l'ordre Teutonique; 5° une dissertation sur les Templiers; 6" enfin, des mélanges. Tome xi. 27 Ain EUROPE. SitneA&T).— Lithographie. — MM. Boiserée et Bertrara fontlitho- graphier par l'habile M. Strixner leur belle collection de tableauic de l'ancienne école allemande. A en juger par ce qu'ils ont déjà fait paraître , leurs cahiers ne laisseront rien à désirer. On peut les acheter sans souscrire pour le tout , et même on peut se procurer sé- parément chacun des dessins qui les composent. Le texte est rédigé avec le soin qu'on devait attendre des rédacteurs. Les tableaux que MM. Boiserée etBertram possèdent en originaux continuent toujours à attirer un grand nombre de curieux. Parmi les étrangers de marque qui les ont visités en i8îo, on cite M. Gau, architecte voyageur, lord Elgin , le professeur Ileeren de Gcettingen , MM. Wolf et Savigny de Berlin, Daub , Creutzer, Thibaut et Léonard de Heidel- berg , enfin M. Thorvvaldsen , qui a donné l'idée de faire litho- graphier la collection que nous annonçons. Le roi en a accepté la dédicace. Munster. — Nécrologie. — M. Charles-Louis Buch , ancien avoué au tribunal de cette ville, est mort le 17 janvier dernier. Il était auteur de plusieurs écrits politiques, parmi lesquels il y en avait un sur cette question: Les jmj'sans des contrées où les lois françaises ont détruit la seri^itude peuvenl-ils , dej uis le retour de l'ancien, ordre de choses, compter auec quelque fondement sur la continuation de leur liberté? M. Buch publiait ce mémoire en i8i4 ; et, comme on peut le penser, son ouvrage produisit une vive sensation. M. Buch était né à Burgsteinfurdt , le 29 décembre 1753. — Prusse. — Veber. — Le 23 mars, la Prusse a perdu un compositeur distingué, le chevalier Anselme Veber, maître de chapelle du roi, né à Manbeim en 1766. Destiné par ses parens à l'état ecclésiastique, Veber faisait à Heidelberg ses études en théologie, lorsqu'un pen- chant irrésistible l'entraîna vers la musique. Il obtint bientôt des succès marquans dans la nouvelle carrière qu'il avait choisie , et fut le compagnon de voyage du célèbre abbé Vogel , avec lequel il parcourut la Hollande, l'Allemagne, le Danemarck, la Norvège et la Suède. En i8o3, Veber fit à Paris une excursion, à la suite de laquelle le roi de Prusse le nomma son maître de chapelle. Il avait été jusqu'alors directeur de l'orchestre du premier théâtre de Berlin. Dans ses compositions, Veber eut le bonheur d'associer son nom aux noms les plus illustres dé l'Allemagne, tels que ceux de Schiller et de Goethe. Il fit pour ce dernier la mnsiqtie de TTennann et Thiis- EUROPE. /^|() telda. Lés opéras de Veber sont toujours représentés avec un o^iand ucces. — M. Achard, directeur de la classe des sciences physiques da lotre académie, est mort à Cunern le 22 avril dernier, à rà"-e de oixante-neuf ans. Ce savant , connu par d'utiles travaux , était uembre de plusieurs sociétés et académies étranjires.Pu. GoLciiar. SUISSE. Genève. — Bibliothèque nationale. — Obsert/atoirc. — Muséum "histoire naturelle — Buste de J.-J.-Rousseau.-Var une heureuse mtatioa de ce qui se pratique en France , notre Biùlioihè-jue na- ionale va être ouverte au public plusieurs fois dans la semaine t pendant plusieurs heures de suite. On y trouvera toutes les Jaci- tés désirables , soit pour lire , soit pour emprunter les eicellens uvrages qu'elle renferme. Des fonds seront assignés aux direc- surs pour la mettre insensiblement au niveau de l'état actuel es sciences et des lettres. Ce monu.ment de la libéralité pat.io- que de r.os ancêtres , négligé depuis une trentaine d'années , 'était plus qu'un objet de stérile curiosité.— Notre observatoire ient d'être reconstruit à neuf, et orné d'une rotonde à toit mobile , our faciliter les observations télescopiques.— L'administialion ne églige rien pour favoriser l'étude des sciences naturelles. Nous vons un muséum d'histoire naturelle et un jardin des plantes , di- igépar le célèbre botaniste Decandolle, qui compte déjà parmi Ds élèves des collaborateurs dignes de le remplacer— Le bulte de ousseau doit être placé incessamment au Jardin des Plantes armi ceux des naturalistes qui ont illustré Genève. Le projet de li élever une statue en pied a été abandonné, pour le moment , amme trop dispendieux. ITALIE. PiSB. -Zoologie. - Ncurelle espèce de salamandre. - Le docteur aoIoSavi, adjoint au professeur de botanique de l'université de ise, a trouvé, dans divers endroits des Apennins de Toscane, et >écialement à Mngdlo , une nouvelle espèce de salamandre rreslre, très-remarquable par sa figure et par ses couleurs , et ouée de caractères si particuliers qu'elle lui semble incon'nue isq..'ici. Il l'appelle sa'cmandra pcrsjiriHala quinque judmi. 27* A'iO EUROPE. plantisque teiradactylis. Elle a une tache dans la partie siipérieuie (le la tête, laquelle représente à peu près une paire de lunettes. Mais ce qui la caractérise encore davantage , c'est d'avoir quatre doigts à chaque pied ; ainsi , elle ne peut être confondue avec la sala- mandre à trois doigts, dont a parlé M. Lacépède {Histoire natu- relle des quadrupèdes ovipares et des serpens, Tom. VI , pag. 49^5 tab. 56). La description détaillée de cette nouvelle salamandre se trouve dans la Bibliothèque italienne, K» LXV , pag. 22S. JîoDÎcAE. — Optique. — Microscope. — M. Amici , professeur d( mathématiques à l'université de IModène, vient d'inventer un appa- reil optique, qui réunit à une grande force d'amplification une disposition de ses parties telle, qu'on peut lui soumettre commo- dément toutes sortes d'objets liquides ou solides , transparens 01 opaques, sans qu'il soit nécessaire de les trop diviser, et en leu laissant même toute leur intégrité. Cet instrument, que l'auteu: appelle jnicroscope caladioplrique , est formé d'un tube horizonta comme un télescope ; la vision s'y fait dans le même sens et non d' haut en bas, comme dans les microscopes dioptriques. A l'une de extrémités de ce tube , celle qui est opposée au verre oculaire , si trouve une combinaison de miroirs métalliques, sur lesquels la ré flexion se fait, au moyen d'une petite ouverture pratiquée sous 1 tube et correspondant perpendiculairement au porte - objet qu'oi élève ou qu'on abaisse au moyen d'une vis; un grand miroir éclai rant est placé sous le porte-objet, comme dans tous les microscope composés. Les divers degrés d'amplification s'obtiennent en chan géant seulement les verres oculaires ; ce qui permet de faire passe un objet très-promptement par tous les degrés de grossissement en le conservant toujours dans le champ de vision. On peut, avei ce microscope, observer les corps plongés dans un liquide, à ui demi-pouce de profondeur ; ce qui est impraticable avec les autre microscopes. L'auteur ajoute à cet appareil, déjà si supérieur aa: autres, une sorte de chambre claire, au moyen de laquelle on des sine et mesure les objets avec les dimensions qu'on leur voit dan l'instrument, et qui peuvent devenir un million de fois aussi grande qu'elles le sont naturellement, [l'ojyez, pour plus de détails, !■ Tom. XVIII des Actes de la société italienne des sciences de Mo- dène , et le Tom. XVII de la Bjblothèque universelle de Genève.] B. G. EtROPi:. A21 . Ilriiv. —Académie rojale. — Manuscrit. — L'ahbii Pcyron a derniè- rement annoncé à cette société savante qu'il existe, dans la bibliothè- que de l'université royale de cette ville, un manuscrit palimpseste du VII'' siècle contenant plusieurs fragmens du code théodosien. Il y a déjà découvert plusieurs lois ou inconnues ou mutilées par Tribonien , dans le code de Justinien. On y distingue surtout deux décrets de riiéodose, qui ordonnent la compilation du code, désignent les ju- risconsultes auxquels ce travail devait être confié, et leur prescrivent la méthode à suivre pour l'exécution de cette difficile entreprise. Rome. — La bibliothèque 4u Vatican vient d'ajouter aux richesses littéraires qu'elle possédait déjà, par l'acquisition d'environ une cen- taine d'ouvrages tant manuscrits qu'imprimés, appartenant à la bi- bliothèque Colonna : ce sont presque tous des ouvrages d'auteurs ^recs sacrés ou profanes. Milan. — Publication prochaine, — Une traduction italienne des voyages de Belzoni en Egypte doit paraître sous peu. Elle contiendra quelques changemeos faits par l'auteur, et sera publiée en deux volumes in -8", avec six cahiers de gravures. L'éditeur est M. Bettoni. Rome. — Beaux arts. — Le 5o mai, la commission générale consul- tative des beaux-arts s'est assemblée pour statuer sur les mesures propres à faciliter le déblaiement et les excavations du forum. Le gouvernement pontifical a résolu de mettre beaucoup d'activité dans ces travaux. Gè>es. — Nécrologie- — Le comte Louis- Emmanuel Corfetlo , né à Gènes, leiajuillet ijSG, est mort dans cette ville à l'âge de soixante- quatre ans. Plusieurs journaux italiens et français ont parlé de ses qualités privées et publiques ; ils ont remarqué surtout qu'après avoir été d'abord un des premiers magistrats à Gènes, et ensuite conseiller d'état et ministre des finances en France , sa patrie adoptive , il est mort sans laisser de fortune. Nous nous bornerons ici à montjer en lui l'ami des lettres et de ceux qui les cultivent; l'exercicede ses fonctions politiques ne lui a pas permis de prouver les connaissances littéraires dont son esprit était orné. Il brilla d'abord dans la carrière du bar- reau ; malgré l'aridité des premières études du droit , son éloquence prit de bonne heure un heureux développement; il raisonnait av-ec une force , une facilité et une douceur persuasive qui entraînait les adversaires les plus prévenus. Au milieu de ses importantes occupa- A22 EUROPE. lions, il n'avait >amaisoublié ces études plus paisibles pour lesquelles il avait un penchant décidé. Il avait d'abord cultivé les muses : on a de lui quelques poésies; quoiqu'elles aient été composées dans sa première jeunesse , elles annoncent ce que le jeune auteur pouvait devenir, s'il eût suivi sa vocation. Il conserva du moins ce goût exquis et sévère qu'il avait puisé et formé à l'école des écrivains classiques. Doué d'une mémoire toujours soumise aux besoins de son esprit, il répandait dans ses conversations particulières benucoup d'instruction, soit par ses jugemens , soit par les autorités dont il les appuyait. On I.'a entendu souvent, au milieu des souffrances que lui causait sa pé- nible maladie , réciter des chants entiers de la Jérusalem ou de la Divine Comédie et de longues scènes d'Alfieri; il les analysait et en faisait sentir les beautés avec beaucoup d'intérêt. Il semblait oublier ses douleurs dans ces entretiens, et c'était le seul repos qu'il trouvât au milieu de ses sérieuses occupations. Il rivalisait avec les Français pour ces vertus hospitalières dont ils aiment à user envers les étran- gers, et surtout envers les hommes distingués dans les sciences et dans les arts. E. Q. Visconti fut toujours son intime ami; C. Botta et d'autres savans italiens, qui s'honorent de vivre en France, recher- chaient avec empressement ses entretiens ; son amitié leur a laissé de touchans souvenirs, et ils lui ont voué de longs regrets. — 'RoiiK.—Fdippo-Luigi Gilii est mort d'une attaque d'apoplexie le i5 mai de cette année,- il était né à Corneto le 4 mars ijSô. L'histoire naturelle, la botanique, et surtout l'astronomie ont été ses études favorites. Il était chanoine de la basilique du Vatican et directeur de l'observatoire fondé par Grégoire XIII. Il avait formé un musée d'histoire naturelle , dans lequel il recueillit les richesses que renfermait celui du père Tommaso Gabrini , et qu'il a donné avant de mourir à la bibliothèque Lancisiana. On a trouvé de lui divers manuscrits, parmi lesquels on distingue un traité sur \ts pa- ratonnerres et la Vie du célèbre Zabaglia. Les ouvrages qu'il a fait imprimer sont : i" Dissertazione suUe macchine igrometrichcy Kome , 1775 ; 2» Agri romani historia naturalis , etc. , ibid., 1781 ; 3" Memoria sopra un fulmine caduto in Roma , etc. , 1782 ; 4» Fi- siogenografia , o sia delineazione de' generi naturali divisi in sei <:lassi, etc., 1785; 5» Osseri>azioni fitologiche sopra aie une pianle tsotiche introdolte in Rorffa, 17S9 et 1792; 6» plusieurs mémoires «ur divers objets de physique , particulièrement des observations EUROPE. ,45g nittléorologiqucs faites à Rome, avec des notes sur quelques instru- mens employés à cet objet. ;« Il a fait réimprimer, en 1812, arec des éclaircissemens , VArchiteliura de la basilicadi santo Pieiro in Vadcano, expliquée en 02 planches par Martino Ferraboschi. F. S. TURQUIE. Statistique. — Population. -l\ tsi sans doute difficile d'arriver à une exactitude parfaite sur la statistique et la population d'un pays administré d'une manière aussi irrégulière. Nous présentons donc le tableau suivant, non comme parfaitement exact, mais comme approchant de la vérité. Chrétiens, Grecs, etc. Turcs. Thrace Cavec Constant! nople).. 589,000 343,000 Macédoine -1/! f,f^r> -// 7245000 244,000 Thessalie *;_„ „„_ 0 ■'/ 9'Ooo 89,000 Albanie (Haute et Basse-) 6-91,000 565,ooo ^^^■■•'^ 000,000 35,000 ^"'&^"« 620,000 ,70,000 ^^^^^^''^ 060,000 18,000 ^'^^^^^^'^^ 225,000 3o,ooo ^^'"^'*' 780,000 160,000 Bosnie et dépendances 420,000 i4o,ooo T°*^l 5,288,000 1,592,000 Ainsi , la population grecque excède la population des anciens conquérans turcs de 4,696,000 hommes. ESPAGNE. UxT,KM>.~Projet d'une école des arts et ??ie//e«.— Dans la séance extraordinaire des cortès espagnoles du 26 juin , les commissions réunies des arts, de l'industrie et du commerce ont fait un rapport trèsdétaillé sur le plan présenté par D. L. Voidet , et qui a pour objet VélabUssement d'une école nationale desarts et /«é^/er^dans la péninsule et dans les provinces espagnoles d'outre-mer. Les com- missions, après avoir fait un grand éloge de ce plan, qu'elles ont considéré comme susceptible de donner aux arts et à l'indu;trie nationale les plus prompts et les plus heureux développemens , ont conclu à ce qu'il soit renvoyé au gouvernement pour en proléger kU EUROrE. l'exécution par tous les moyens qui sont en sou pouvoir, à tliarge de réclamer l'autorité des cortès, dans tous les cas où il le jugera nécessaire pour assurer l'existence et la prospérité de l'établisse- ment dont il s'agit. Ces conclusions ont été adoptées sans discussion et à la presque unanimité. — Un cours de droit naturel a été ouvert , le 7 mars dernier, à l'athénée de cette ville , en présence d'une société nombreuse et choisie. Cette chaire importante a été confiée au zèle , aux talens et au patriotisme de don José Joaquin de Mora , savant distingué par ses vertus autant que par ses profondes connaissances. Le discours d'ouverture , que nous avons sous les yeux , nous paraît à la fois remarquable par la force des pensées et l'énergie de l'expression : le style en est pur, correct et ne manque pas d'élégance ; quelques passages même semblent écrits d'inspiration ; l'auteur redouble d'ardeur et trouve une force nouvelle lorsqu'il trace le tableau de l'arbitraire aux prises avec la faiblesse , et lorsqu'il peint les nations courbées sous le joug du despotisme et de l'intolérance : dobladas bajo elyugo del deapotbmo , dominador j)or unaferoz intolerancia. On doit beaucoup attendre d'un professeur dont le vaste coup d'œil a pu embrasser sans efiFort toutes les relations des hommes entre euix , et dont la main sûre a pu fixer la ligne au-delà de laquelle le pouvoir n'est plus que tyrannie et la liberté qu'une hor- rible licence. Â. T. PORTUGAL. LisBOîiRE. — L'académie royale des sciences a tenu sa séance pu- blique annuelle le 24 juin 1821, sous la présidence de don Joseph Joachim de Cunba de Azeredo Coutinho, évêque de Fernanibouc et d'Elvas, associé honoraire. La séance a été ouverte par la lec- ture d'un rapport fait par le vice-secrétaire Francisco Villela Bar- boza , sur les travaux de l'académie depuis la dernière séance de 1820. Le secrétaire delà société de vaccine, Francisco Elias Eodrigues da Silveira, a lu ensuite un rapport sur les travaux de, cette société depuis la même époque. y Les morceaux suivans ont été successivement entendus: 1° mé- moire sur la botanique et sur la meilleure méthode pour l'étudier,, par le marquis de Ponte de Lima; 2° exposition d'un traité de na-.- vigation , par Math. Yalcnle do Couto; 5" mémoire historique sur EUROPE. A25 la ville de Ceo, par Aiig. de Mendoça Falcaon; 4° sur une nou- velle machine propre à fouler les raisins , par Ant. Lobo de Barbosa Ferreira Teixeira Giraon ; 5" extrait d'un mémoire du Fr. Fortuné de S. Bonaventure, sur les commencemens, les progrès et la déca- dence de la littérature grecque en Portugal, par Manuel- Joseph Pirez ; 6° description géognostique de la montagne d'Arassociaba dans la province de Saint-Paul, avec l'histoire du premier établisse- ment des fabriques de fer en cet endroit, faite par Fréd.-Louis-Guill. Van Hagen , et lue par Joseph Villela de Barros. Les ouvrages suivans ont été présentés cette année à l'académie : Le tome VII des mémoires de l'académie royale des sciences de Lisbonne; — Essai dermosographique ou description systématique et succincte des maladies de la peau, par Bernardino Antonio Gomes; — Essai sur quelques synonymes de la langue portugaise , par Fr. Frêne de Saint- Louis, moine de Saint-Benoît; — mémoire pour servir à l'histoire de la médecine portugaise , par Jos. IMarie Svarez ; — éphéméiides nautiques pour l'année 1822 , par Antoine-Denis do Contro Vaiente. — L'académie a publié , dans le cours de cette année, la carte du Brésil de M. Beauchamp , corrigée et augmentée par les correspondaus Marino Miguel Franzini et Francisco Villela Barboza. Légiàlatîon ■ — Extrait du Diario do gouerno , du 7 juillet 1821. — Cartes. — Séance du 6. — M. le président annonce qu'il y a sur le bureau une lettre de M. Bonnin , publiciste français , avec l'offre d'un de ses ouvrages intitulé : Principes de la législation de tous les peujAes {i). Le président donne lecture de la lettre, dans laquelle M. Bonnin prodigue aux représentans de la nation portugaise les plus grands éloges des résolutions judicieuses qu'ils ont prises. M. Alues do Rio propose que l'ordre soit donné pour la traduction et l'im- pression de l'ouvrage, et que la lettre soit consignée de suite sur le Journal du gouvernement , avec déclaration de la satisfaction que sa lecture a causée. Cette motion est approuvée : M. le président nomme une commission composée de MM. de Fernandes Thomas , Caslello Branco et Borgez Carneiro, pour examiner l'ouvrage. ( i ) Doctrine sociale ou Principes universels des lois et rapports de peuple à peuple , déduits de la nature de l^ homme et des droits du genrs humain. 1 vol. in-S". Paris, chez Brissot-Thivars, rue Cha- bannais, n" 2, et Klcfler, rue d'Enfer, n" 2. Prix, 2 fr. 5o cent. A26 EUROPE. FRANCE. Abdècbb.^-Cohmdke de Jcvikas {canton d'Entraigues). — Aéro- lithe remarquable, — Il est tombé dans cette commune , le i5 juin dernier, une aérolithe du poids de 220 livres (no kilogrammes). Les habitans de Juvinas, ainsi que tous ceux de cette partie du dépar- tement , furent frappés d'une telle terreur par le bruit épouvantable qui accompagna la chute de cette pierre météorique , que ce ne fut que le 28 juin qu'ils osèrent tenter d'aller à la découverte de l'objet qu'ils avaient aperçu tombant à quelque distance de leurs habi- tations. A l'époque où nous écrivons , le préfet n'avait pas encore pu satisfaire au vœu de l'académie des sciences, en lui envoyant un fragment de cette aérolithe , parce que les habitans , espérant en tirer un grand parti , l'ont cassée pour se la partager. On sait seu- lement qu'un fragment, soumis à la balance hydrostatique , a pesé 2,80 et qu'il n'avait aucune action sur le barreau aimanté. HiuTB-ViBUNE, — Limoges. — Fabriques de porcelaine, — Le dépar- tement de la Haute-Vienne fournit depuis long-tems les matières premières pour la fabrication de la porcelaine aux principales manufactures du royaume, et même de l'Europe. La ville de Limoges est le berceau de cette fabrication : sur dix fabriques, dont huit dans cette ville, cinq sont exploitées par des ouvriers réunis en société , qui font tout par eux-mêmes , et qui ont le bois et la main- d'œuvre à beaucoup meilleur marché qu'à Paris. Les pâtes employées dans les fabriques de Limoges sont d'une qualité supérieure à celles mises dans le commerce , attendu que chaque fabricant fait lui- même ses compositions. Les fabriques de Paris, qui ne poiu-raient soutenir la concurrence avec celles de Limoges pour le blanc et le blanc et or, l'emportent seulement par la beauté, l'élégance et le fini des peintures. D'autres fabriques du même genre existent dans la Haute-Vienne, à Magnac et à Saint-Yrieix ; dans les départemens du Nord, à Lille; de la Nièvre, à Four; de l'Indre; du Cher, à Foiscy, près Bourges. — ISI. Martin, ancien receveur de l'enregis- trement à Limoges, qui suit, depuis trente ans, les travaux de ces fabriques, comme naturaliste, chimiste et amateur des arts, quia fourni une grande partie des matériaux de l'ouvrage sur les anti- quités de la II aute- Vienne , demandé parle ministre de l'intérieur, au nom de l'académie des inscriptions et belles-lettres , entre autres EUROPE. A27 les dessins et la partie historique de plus de deux cents monument romains, gaulois et du moyen âge, vient d'établir à Limoges, comme amateur des arts et commissionnaire, un grand dépôt de produits choisis des fabriques de porcelaine du département qu'il habite. Il y joint plusieurs autres genres de fabrications analogues, dont le se- cret lui appartient; des creusets, des capsules ou autres vases chi- miques, sur lesquels le savant M. Vauquelin a fait un rapport très-avantageux , et dont il vient d'être envoyé des échantillons à la société d'encouragement , à Paris. AvEyBON. — Rodez. — Sourds-muets, — M. Périer , directeur de l'institution des sourds-muets de cette ville , vient d'adresser, â MM. les présidens et membres des conseils généraux des départe» mens du midi de la France, un projet pour l'établissement d'une institution de sourds-muets dans la ville de Toulouse , telle qu'elle existe à Bordeaux, Angers, Auray, Rouen, Caen, Arras, Lyon et Marseille. M. Périer désigne Toulouse comme le point le plus cen- tral et celui qui offre le plus de ressources. Il faut espérer qu'il trou- vera , dans les propriétaires des départemens méridionaux, des hommes dignes d'encourager une entreprise aussi utile à l'humanité. Skiae-inféeiecre. — RoDKiV. — Encouragement aux beaux-arts. — Le conseil municipal de cette ville vient de voter la somme de 1,000 francs en faveur de M. Joseph Court , de cette ville, qui a Temporté le grand prix de peinture (to^. l'art. Paris). SOCIÉTÉS SAVAKTES ET d'dTILITÉ PTÎBLIQTJE. Strasbourg ( Bas-Rhin ). — La société des sciences et Qrlt s'est réunie le 3o juillet en séance publique , sous la présidence de M. Malouet , préfet du département du Bas-Rhin. Dans un dis- cours écrit avec élégance , M. Malouet a parlé des titres que Strasbourg s'est acquis dans la république des lettres. Cette tâche a été dignement remplie par un administrateur fait pour apprécier tous les genres de mérite ; et la manière dont il s'est exprimé sur la gloire des Brunck , des Schôpflin , des Oberlin , des Koch et des Schweighduser , a prouvé à ses auditeurs que , s'il n'était tout entier aux soins de sa place , il laisserait peut-être un nom de plus à ajouter à ceux qu'il a loués. ISI. Hugot a lu ensuite un rapport très- intéressant sur les travaux de la société ; il l'a terminé en accordant un souvenir à quelques membres que la mort a frappés dans le cou- A28 EUROPE. rant de l'année. Le nom de M. Lcvrault , recteur de l'académie , quî s'est fait entendre parmi les derniers , a réveillé de nouveau la dou- leur et la reconnaissance publiques. M. Matter, déjà connu par son excelleate histoire de l'école d'Alexandrie (ouvrage couronné par l'académie royale des inscriptions^ a entretenu l'assemblée de l'état du christianisme sous Constantin et sous Julien. Ce traité se fait remarquer par une érudition vaste et profonde ; mais ne pourrait on pas demander une justice plus sévère pour Constantin ? Je sais qu'Eusèbe de Césarée a osé dire que Dieu seul pourrait se faire le panégyriste de ce prince, et Crévierl'a beaucoup blâmé de ce mot; mais il nous semblerait susceptible d'interprétation, s'il appartenait à tout autre qu'à Eusèbe. Il faudrait en effet la plénitude de la puis- sance divine, pour faire supporter l'éloge d'un homme auquel on peut reprocher autant de crimes et de cruautés. Quoi qu'il en soit , M. Matter combat l'opinion reçue , selon laquelle la politique aurait opéré le changement de religion de cet empereur. 11 pense au con- traire qu'en désertant le paganisme, il s'exposait aux plus grands dangers, et que la justice seule de son règne a pu le sauver. Julien n'a pas obtenu de M. Matter plus d'impartialité ; et , quoiqu'il ne partage point le fanatisme de ceux qui accablent cet empereur des plus grossières injures et des imputations les plus absurdes , il n'a vu en lui que l'adversaire du christianisme, et il a trop oublié le philo- sophe et le guerrier. M. Matter descendait de la tribune, lorsque M. Schweighaeuser fils y a prononcé les mots Grice et liberté. Il a fortement enchaîné l'attention de l'assemblée ; sans doute il appartenait à un helléniste de rappeler les services que les Grecs ont rendus à la civilisation. M. Schweighscuser nous montre les sciences et les arts passant de l'Egypte en Grèce et y recevant des développemens rapides ; il suit les idées religieuses dans leurs progrès et dans leur influence sur la poésie; puis il prouve que tout ce qui, dans les arts, est réellement beau est dû aux Grecs, sans en excepter même la poésie légère. «Les « fleurs que cueillit ylnacrèon ne se sont point fanées dans le cours a des siècles; nos Chaulieu et nos Parny les ont trouvées toutes « fraîches j pour en tresser aux grâces et aux amours des guirlandes « nouvelles. — Le christianisme doit, selon M. Schweighxuser , tout autant à l'universalité de la langue grecque , dans laquelle furent écrits ses premiers traités , qu'à la puissance de l'empire romain.. EUROPE. U29 EnQiî, ({astndlcs 4bassides voulurent allier les sciences et les arts avec la cr-qyance de Mahomet , ils en trouvèrent les mojens dans la tra- duction des auteurs grecs; les vastes états soumis à la domination des Arabes brillèrent quelque tems des restes de la civilisation d' Athènes. M. Schweighœuser fils a terminé , en exprimant le désir fortement prononcé de voir renaître les jours libérateurs de Maralhonet de Salamine , etces jours fortunés oii Platon écoutait Socrate , oiiles chants d'Homère et les chœurs de Sophocle retentissaient auprès de la tribune de Périclès et des temples de Phidias. Qui pourrait s'op- poser à ce noble élan ! qui pourrait faire des vœux pour ces barbares, qui, insultant aux débris des plus beaux monumens de la civilisation, profanent en même tems le tombeau du divin fondateur de la reli- gion des cbrétiens 1— La séance a été terminée par une distribution de prix. Les mémoires avaient pour objet une question d'hippjatrique. Ph. GoLBÉay. — Dans la séance du i4 août, la société a nommé membres cor- rcspondans MINL Golbéry^ conseillera Colmar, l'un des collaborateurs de la Revue Encyclopédique ; John, professeur de chimie à Berlin; Haas , directeur des forges du Bas - Rhin. Et membres résidans : M5L Hepp, professeur de la faculté de droit ; Richard, professeur de la faculté de théologie ; Engelhardt, docteur es - sciences et licencié en droit. Dans la même séance, la société a entendu, avec beaucoup d'intérêt , un mémoire sur la civilisation des cultes , par madame Saint - Julien. Ce mémoire a été lu par M. de Laizer , frère de l'auteur. Institut. — Académie des sciences. — Juillet 1821. — Séance du 1. — M. Brongniart lit un mémoire intitulé : Sur les Terrains calcaires Trapéens du pied méridional des Alpes lombardes. — M. Dupetit-Thouars lit une première réponse à la lettre de M. Fé- burier , présentée dans la séance précédente. — M. Garros pré- sente un bureau à répertoire alphabétique, que M. Prony est prié d'examiner. — M. Moreau de Jonnès lit un mémoire intitulé : Mono- graphie du genre anolis 1 reptile de l'ordre des Sauriens (arpétalogie caraïbe). Du g. — M. le directeur des ponts et chausssées adresse des échan - A30 EUROPE. tillone du mastic résineux de M. Vicat , et un mémoire où il est dé- crit (MM. Prony, Girard et Gay-Lussac, commissaires). — M. de Férussac adresse un exemplaire de son Tableau général de la fa- mille des imaçons ; M. Duméril en fera un rapport verbal. — M. Halle rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Charmeil, intitulé : Observations sur les MétartaseSj suii'ies d'expériences sur la géné- ration des os. — M. Cuvier rend un compte verbal de la Description du plateau de Saint- Pierre de Maestricht,iparM. Bory Saint-Vincent. — Du i6, — M. Halle rend un compte verbal de l'ouvrage anglais de M. Fusely , intitulé : Leçons sur la peinture. — M. Dupetit- Thouars lit un mémoire intitulé : Notice historique sur la moelle. — Du a3. — M. Ch. Dupin fait un rapport verbal sur les annales de l'industrie. — M. Moreau de Jonnès lit un mémoire intitulé : iîecAer- ches sur les Antropolithes de la Guadeloupe. — M. Duméril fait un rapport verbal sur l'ouvrage de M. de Férussac relatif à la distribu- tion des mollusques. — La section d' anatomie et de zoologie présente la liste suivante des candidats pour la place vacante dans son sein par le décès de M. Richard : MM. Savigay, de Blainville et Serres ( €x œquo ) ; Desmarest , le baron de Férussac , Audoin , Moreau de Jonnès et Strauss; ces trois derniers ex œquo. M. Geoffroy Saint- Hilaire annonce que cette présentation a été faite seulement par M. Latrei le et par lui, M. deLacépède étant absent , et MM. Pinel et Duméril ayant refusé de voter. M Duméril , en son nom et en celui de M. Pinel, déclare qu'ils ont cru ne pas devoir prendre part à la présentation précédente , parce qu'ils ont voulu conserver le droit de présenter une liste des personnes occupées d'anatomie hu- loaine, en déclarant toutefois que le vœu de cette partie de la sec- tion est aussi pour cette fois en faveur de M, Savigny. Voici la liste des anatomistes: MM. Chaussier, Serres, Magendie et Edwards. Après une assez longue discussion, l'académie renvoie l'élection à la séance suivante, — Du 5o. — L'académie va au scrutin pour la nomination d'ua membre de la section d'anatomie et de zoologie. Le nombre des votans est de 48. M. Savigny réunit 4i suffrages; M. de Blainville 4 ; M Moreau de Jonnès 2 ; M. de Férussac i : en conséquence, M. Sa- vigny est proclamé. — Académie française. — Séance du 8 août.— '^l. Laya a lu une traduction du discours latin, où Lebeau , traitant de la nécessité de EIROPK. Aâl cacher l'art dan» l'éloquence , dit pourquoi et comment on doit le cacher. — M. Mollevaut, de l'académie des inscriptions et belles- lettres, a la 1° le chant des bardes la veille de la défaite de Varus ; 2° la mort de Roland , chant guerrier. — M. le duc de Levis, les qua- trième et cinquième actes de sa tragédie de Henri IV, composée en i8i2. — L'académie a tenu , le 25 , sa séance annuelle ; nous en rendrons compte dans notre prochain cahier. — L^ académie royale des inscriptions et belles-lettres a tenu sa séance publique , le vendredi 27 juillet 1821 , sous la présidence de M. Walckenaer. La gravité des matières n'avait pas effrayé le public, et rien ne prouve mieux l'heureux changement opéré dans les mœurs françaises, ou, si l'on veut, dans le caractère de la nation, que l'atten- tion qu'elle accorde à tout ce qui honore les lettres ou peut assurer leurs progrès : elle sent qu'elle sera d'autant plus heureuse , qu'elle sera plus éclairée. Le jugement des mémoires envoyés aux deux con- cours pour cette année, et la proclamation des prix, ont ouvert la séance. L'un des prix, remis l'année dernière au concours, et renvoyé à celle-ci, avait pour objet, d'examiner quel était, à T époque de l'ai'énement de Saint-Louis au trône , l'état du gouvernement ei de la lég'slation en France , et de montrer quels étaient , à la fin de son règne, les effets des institutions de ce prince. Le prix a été partagé entre le mémoire n" 2 et le mémoire n" 3 : l'auteur du premier est M. Arthur Beugnot , avocat à la cour royale de Paris , fils de M. Beugnot , ministre d'état ; l'auteur du second est M. P. Mignet, avocat à Aix. Le sujet du second prix que l'académie avait proposé pour la première fois , était : Comparer les monumens qui nous restent de V ancien empire de Perse et de la Chaldée , soit édifices , bas-reliefi, statues', soit inscriptions , amulettes, monnaies, pierres gravées, cylindres, etc., avec les doctrines elles allégories religieuses con- tenues dans le Zend-Avesta , et avec les renseignemens que nous ont conservés les écrivains hébreux , grecs, latins et orientaux, sur les opinions et les usages des Perses et des Chaldéens , et les éclair- cir, autant qu'il sera possible , les uns par les autres. Aucun des mémoires envoyés au concours n'a paru à l'académie réunir toutes les conditions nécessaires pour mériter le prix. Elle aurait désiré A32 EIJROPE. que les auteurs de ces mémoires eussent accordé un peu moins de confiance aux écrivains modernes de l'Orient; qu'ils eussent fait plus souvent usage du Zend-Avesta , et qu'ils se fussent attachés à comparer, autant qu'il est possible, la doctrine renfermée dans ce livre et les renseignemens que nous ont transmis les auteurs anciens sur ce même objet, avec les religions professées à Babylone et dans d'autres régions de l'empire persan. Elle aurait voulu qu'ils déter- minassent si la loi de Zoroastrc fut ou ne fut pas une religion nou- velle, à quelle époque elle s'établit, l'influence qu'elle exerça sur les croyances répandues en Asie , et les révolutions qu'elle a éprouvées. Enfin, elle aurait désiré qu'ils eussent essayé de sou- mettre à la critique l'opinion assez accréditée des rapports religieux de l'Egypte avec Babylone et la Perse. L'académie a pourtant jugé digne d'une mention honorable le mémoire qui porte une épigraphe tirée de Jérémie, xxiii, 29. Elle propose le même sujet pour l'année 1823. L'académie renouvelle l'annonce qu'elle fit , l'année dernière , du sujet du prix qu'elle adjugera dans la séance publique du mois de juillet 1822; ce sujet est : Rechercher , d'après les monumens historiques , et principalement d'après ceux du nord de V Europe , quelles ont été les causes des nombreuses émigrations des peuples connus sous le nom, général de Kohmakds, dans le moyen âge, et tracer l'histoire abrégée de leurs incursions et de leurs établissemens dans toute Vètendue de l'ancienne Gaule. Elle propose pour sujet d'un autre prix, qu'elle adjugera dans sa séance publique du mois de juillet 1823, ^examiner quel fut l'état des Juifs en France , en Espagne et en Italie , depuis le commence- ment du cinquième siècle de l'ère vulgaire jusqu'à la fin du sei- zième, sous les divers rapports du droit civil , du commerce et delà littérature. Le prix, pour chaque sujet, sera une médaille d'or de la valeur de 1 5oo francs. Les ouvrages envoyés au concours devront être écrits en français ou en latin, et ne seront reçus que jusqu'au i""' avril de chaque année. Ce terme est de rigueur. Un nouveau sujet de concours a été annoncé cette année pour la première fois ; il est relatif aux antiquités nationales. Le gouverne- ment a ordonné dans chaque département des rrohcrches qui se EUKOrK. A.33 poHisuivent avec un zèle et une activité dignes des plus grand» éloges. Le ministre de l'intérieur ayant jugé à propos d'accorder trois médailles d'or, de cinq cents francs chacune, aux trois auteurs qui, au jugement de l'académie, auront envoyé les meilleurs mé- moires sur les antiquités de la France , l'académie a décerné les trois médailles à MM. Schweighseuser fils, professeur à l'académie de Strasbourg; Delpon, membre du conseil général du Lot, et pro- cureur du Roi à Figeac ; et Alexandre du Mège , membre de diverses académies et de la commission des antiquités des départe- mens de la Haute-Garonne, de l'Aude, de Tarn-et-Garonne, etc. Parmi les nombreux mémoires qui lui sont parvenus , l'académie a encore distingué très-particulièrement ceux de MM. Girault, pré- sident de la commission des antiquités de la Cùte-d'Or ; le baroa Chaudruc de Crazanes, maître des requêtes ^ inspecteur-conserva- teur des antiquités de la Charente-Inférieure; de Gerville, membre de la commission des antiquités de la Manche , et de quelques autres savans ; et elle a regretté de n'avoir pas un plus grand nombre de médailles à décerner : mais le mérite de ces divers mémoires a été exposé dans le rapport général que l'académie a adressé au ministre de l'intérieur, sur l'état actuel des recherches relatives aux antiquités de la France. Nous ferons connaître ce rapport, dont nous sommes informés que S. Ex. a ordonné l'impression, pour être envoyé à MM. les préfets, aux savans et aux commissions qui, par leurs recherches , concourent à l'exécution de cet utile et important projet, La séance a été remplie par la lecture des morceaux suivans : Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Millin , par M. Dacier, secrétaire perpétuel. — Mémoire sur l'origine et l'histoire des Arsacides , par M. Saint-Martin. — Extrait d'un mémoire sur l'état des personnes pendant la première race de nos rois ; — de l'état des serfs , par M. Naudet. — Extrait d'un mémoire sur les plus anciens caractères qui ont servi de base à l'écriture chinoise , par M. Abel Rémusat. L'heure avancée a privé le public d'un mé - moire sur l'art du monnoyage chez les anciens et les modernes, par M. Mongez. L'extrait du mémoire de M. Naudet a dû calmer quelques-uns de ces regrets irréfléchis qu'excitent encore les prétendus beaux jours du moyen âge, et ce qu'a dit le savant académicien sur l'état dts Tome xi. 28 4SA EUROPE. personnes durant la première race de nos rois a dû confondre cts imperturbables laudalores temporis acti qui sembleraient ne regret- ter le tems du servage que parce que la liberté est aujourd'hui légalement répartie entre tous : il est vrai qu« quelques-uns y perdent du pouvoir, mais tout le monde y gagne du bonheur : il y a là au moins compensation. Le précis du mémoire de M. Abel Bémusat sur les plus anciens caractères chinois est quelque chose de plus qu'une dissertation sur le nombre et la forme des traits qui les composent : c'est comme premier moyen de peindre la pensée que M. Rémusat les examine, et ce premier pas d'un peuple dans la grande voie de la civilisation excite un plus noble sentiment que celui d'une simple curiosité , car on sait aujourd'hui qu'il faut étudier l'histoire ancienne par les langues, les croyances et les institutions des peuples anciens; et l'in- vention d'une écriture en est l'époque et le fait le plus important. Honneur à ceux qui préparent ces notions nouvelles encore dans la critique historique, qui, bientôt enCn, préférera les monuniens aux systèmes , et la vérité à tout autre intérêt ! Dans la même séance, un de nos plus habiles et des plus labo- rieux archéologues, M, Millin , devait recevoir cet hommage public qu'un pieux usage décerne à la mémoire des morts : M. Dacier a acquitté cette dette académique avec ce talent supérieur que l'âge n'a point affaibli , et que semble fortifier encore cette douce philo- sophie d'un octogénaire, qui a son parti pris sur bien des choses de ce monde , qui en juge avec toute l'autorité de l'âge et toute la liberté d'un esprit fin et pénétrant, qu'ont mûri l'habitude de la réflexion et l'étude des hommes. Rien ne dispose mieux à la bien- veillance ; ici , elle était une justice , et M. Dacier a mis beaucoup des deux dans sa notice sur M. Millin : il a rappelé «es nombreux ouvrages, et surtout ses voyages, de manière à conciliera la mé- moire du mort l'estime et les suffrages du public , comme il a depuis long-tems celle des savans et des artistes de l'Europe. En indiquant son voyage dans le midi de la France , M. Dacier a réuni dans quelques lignes un tableau exact de notre patrie ; le voici : « II commença ses courses savantes par la France, à laquelle il crut de- voir consacrer ses premières recherches et offrir les prémices de leurs résultats. Il ne borna point ses investigations aux objets qui «ont du domaine de l'archéologie ; il observa tout à la fois les EUROPE. A35 hommes et les raonumens, l'agriculture, l'industrie et leurs innom- brables productions ; il trouva partout des richesses et des espé- rances, les arts en honneur, les sciences cultivées et leurs plus utile» applications favorisant la salubrité publique et améliorant les usages de la vie privée, les lettres éclairant le goût et le jugement; enfin , dans quelques cantons , des mœurs singulières produites par la stérilité du sol, et montrant à la fjis une cause et un efTet de la marche inégale de la civilisation.» Un autre passage de ce discours a surtout intéressé l'assemblée et excité ses vifs applaudissemens ; c'est celui où l'Italie et la France , visitées l'une et l'antre par M. Millin , sont ensuite comparées dans ce qui les caractérise particulièrement. Pour ne pas affaiblir ce mor- ceau, nous le donnerons tout entier, oïl méditait encore, entre autres travaux , un grand chapitre qu'il devait placer à la fin de sa relation de l'Italie , dans lequel il se proposait de comparer cette contrée et la France, qu'il avait successivement étudiées et trouvées très-différentes, quoique très-voisineset parvenues l'une et l'autre à un haut degré de civilisation. Il avait été étonné plus d'une fois en considérant combien de règles générales en Italie ne sont ea France que de rares exceptions , en voj'ant , dans l'une , presque tous les dons de l'esprit abandonnés aux caprices de l'imagination ; dans l'autre , l'imagination dirigée par la science et par la réflexion ; la première toujours passionnée et ne rêvant que le beau, la seconde le recherchant avec ardeur, le saisissant avec transport , mais mé- ditant et perfectionnant l'utile; la France imposant les produits d'une industrie riche et savante au monde civilisé, l'Italie l'instrui- sant aussi , le polissant encore par les beaux-arts , et lui fournissant à la fois les maîtres et les modèles. Frappé de ces dissemblances sociales, M. Millin croyait en avoir trouvé la cause dans celles des lieux et des mœurs, et surtout dans cette perpétuelle alliance, par- ticulière à l'Italie , du sublime de la religion avec le sublime des beaux-arts; car l'Italie, savante et chrétienne à la fois, a su, peut- être seule , habilement allier, par une sorte de fusion , le culte de Dieu au culte des arts et des muses, la religion de l'état aux hon- neurs et à la gloire de la patrie ; puisant dans l'une et dans l'autre ses plus heureuses inspirations; honorant toutes les vertus civiles et religieuses, ses saints martys et ses citoyens illustres ; plaçant la sta- tue de Pline le jeune dans le temple d'un Dieu que Pline ignora ; 2S* A36 EUROPE. prêchant sans cesse par la niultiplicilé des monumens funéraires, la plus persuasive des morales , la morale des tombeaux ; conservant, par respect pour l'autorité des tems,res riîes et les pratiques de la primitive église, parce que , à la différence des contrées moins mé- ridionales, la religion est restée pour l'Italie une grande affaire de ce monde fpeut-être autant que de l'autre) ; animant toutes ses pen- sées rt tous ses souvenirs, créant pour tous les arts une poétique nouvelle , un merveilleux fortifié par les merveilles même qu'elle nous révèle, et leur offrant aussi, avec une inépuisable fécondité, les tvpcs de leurs plus belles créations ; comme autrefois le génie re- ligieux et poétique d'Homère prêta au ciseau de Phidias les seules formes dignes du maître de l'Olympe. » C. F. Académie rojale des heaux-arls. — Dans sa séance du i4 juillet, l'académie a prononcé sur le concours de pajysage historique , dont voici le sujet : «Proserpine étant occupée avec ses compagnes à cueillir des fleurs autour d'un lac voisin d'Enna en Sicile, Plutoa la voit, en devient amoureux et l'enlève. La scène se passe en Sicile , on aperçoit dans le fond la ville d'Enna et le sommet du mont Etna.» Le premier prixa ététlécernéàM. C/iar/e5 Rémoxd, de Paris, âgé de vingt-six ans, élève de MM. Regnault et Bertin ; le second prix, à M. Louis -Fré- déric ViLLEKEuvE , âgé dc vingt-cinq ans , aussi élève de M. Regnault; lé 2* second prix, à M. Amédée Bocrgeois, de Paris, âgé de vingt- trois ans, élève de Ttl. Regnault. Une mention honorable a été ac- cordée à j\L Alphonse Perris, âgé de vingt -trois ans, élève de de MM. Guérin et Bertin. — Séance du 7.1 juillet. — Grands prix de peinture. — Voici le pro- gramme donné aux concurrens par l'académie : oDalila, ayant su que la force de Samson était dans ses cheveux, l'endormit sur ses genoux, et lui fit , pendant son sommeil , couper les sept touffes dont se com- posait sa chevelure ; ensuite , le repoussant , elle lui cria : Samson , voici les Philistins I Les Philistins se précipitent aussitôt sur lui et s'en emparent.» L'académie a décerné le premier prix à M. Joseph- I>èsiré Court, de Rouen , âgé de vingt-quatre ans, élève de M. Gros; le second prix, à M. Jean-Étienne-Francklin Dubois, de Paris, âgé- de vingt-sept ans, élève de j\L Regnault. Dans son procès-verbal, l'académie a consigné le regret dc ne pou- voir décerner un autre premier prix à M. Pierre- Raymond-J acques MosvoisiiN , de Bordeaux, âgé de vingt-sept ans, élève de M. Guérin. EUROPE. A37 Son tableau avait tté désigné, par la section de peinture, comme méritant le premiçr prix , et , au scrutin général , il ne lui a manqué que peu de suffrages pour l'obtenir. Sur la demande de l'académie , le ministre de l'intérieur a accordé à ce jeune artiste une p.a-e à l'é- cole de lîome. Economie. — Cui'es en plonih pour consert-'er les grains et les fa- rines.—lious -avons lait connaître (T. VII, pag. 402) le moyen que M. le comte Dejean , pair de France , a proposé et mis à exécution en iSig, pour la conservation illimitée des grains et des farines, dans les bàtimens de la manutention des vivres de la guerre, rue du Cherche-Midi. M. Dejean , ayant joint à son opinion , sur le projet de loi relatif à l'exportation et à l'importation des grains, les résultats obtenus au bout d'un an d'expérience , nous nous empressons de les communiquer à no? lecteurs. C'est le i5 novembre 1S19 que les récipicns cylindriques en piomb, construits d'après les ordres de M. Dejean, ont été remplis de grains ou de farines. Le 20 novembre 1S20, on a procédé à l'ou- verture d'un des trois petits récipiens qui accompagnent chacun des grands, ainsi que des six récipiens placés dans la cave. Le réci- pient du rez-de-chaussée , contenant un hectolitre de froment , 'deuxième qualité de 1819, offrit à son ouverture le métal doué du brillant métallique , aussi parfait que s'il venait d'être coulé , et qu'il eût , comme on sait , promptement perdu , s'il eût été exposé à l'air. Le grain avait l'aspect de la plus parfaite conservation. Il avait seulement à sa surface, comme à son intérieur, une légère odeur laiteuse, attribuée, parles experts, à la mauvaise qualité des blés de 1819, et à ce que celui-ci avait été renfermé avant d'être com- plètement ressuyé ; au reste, cette odeur disparut après que legraîn eut été aéré pendant quelques heures. Le récipient du premier étage présenta dans son intérieur le métal aussi brillant que le précédent; et , comme il en fut de même pour tous les autres, on n'en parlera plus. Le froment qu'il contenait, et qui était de bonne qualité de iSiS, n'avait aucune odeur et n'avait subi aucune espèce d'alté- ration. Celui de la cave, qui contenait du froment de première qualité de 1S19, présenta les mêmes résultats observés à l'ouverture du premier récipient. Après avoir ainsi constaté (par analogie du moins ) l'état intérieur des trois grands récipiens , on procéda à l'examen des fai-ines et des- A38 EUROPE. blés charançonnés. Ceux-ci étaient renfermés dans trois récipiens sé- parés et provenaient des magasins de l'approvisionnement de réserve de la ville de Paris. Ils ont été trouvés exactement dans le même état apparent où ils étaient au moment de la clôture; une grande partie des charançons n'existait plus , et tout porte à croire que ceux qui ont survécu n'ont pas bougé de la place où ils se sont trouvés lors- qu'ils ont été mis dans les récipiens ; de manière qu'ils ont été , pour ainsi dire , suspendus de toutes leurs fonctions pendant tout le tems qu'a duré leur incarcération. On sait qu'il en est tout autrement dans des circonstances différentes, et que ces insectes se portent toujours en masse vers l'endroit où ils peuvent espérer de se mettre plus ou moins en communication avec l'air atmosphérique. L'un des ouvriers occupés à vérifier la mesure et le poids des grains re- marqua , au fond d'un des récipiens contenantles blés charançonnés, une boule de grains agglomérés , de la grosseur d'une pomme environ , et qui avaient tous les caractères de la moisissure. Aussitôt on examina attentivement l'enveloppe métallique, et l'on aperçut près du fond une petite ouverture à peu près du diamètre d'une grosse épingle ; c'était par là que l'humidité avait eu accès pour gâter une petite portion de grains, qui avait ensuite, en quelque sorte, cicatrisé la plaie de manière à empêcher le mal de gagner plus loin. Un pareil incident, que le hasard seul fit naître, ne pouvait venir plus à propos pour confirmer la théorie. Plusieurs faits coostans viennent en outre à l'apj ui de cette théo- rie, et la confirmeraient s'il en était besoin. A Metz, des tas de bléSj enfermés à l'époque d'un siège, en i5y8, dans un souterrain , se sont conservés intacts pendant un très-grand nombre d'années , au moyen d'une fermeture hermétique accidentelle, produite par la moisissure des grains à la surface extérieure. En Suisse, durant les campagnes de Massi na , on a trouvé dans plusieurs villes des maga- sins de blé, conservés par une semblable méthode, dont la partie intérieure parfaitement saine a servi à faire de très-bon pain pour notre armée. Les récipiens qui contenaient les farines furent enfin ceux qu'on ouvrit en dernier lieu ; ils présentèrent les résultats les plus satisfai- sans. L'un d'eux contenait de la farine de seconde qualité , uu autre de la farine de gruau ; et l'expertise la plus minutieuse ne put découvrir pour l'une et pour l'autre le moindre indice d'altéra- ElJROrE. AJ9 *ion. Un lioisième renfermait de la farine brûle provenant de blé de 1819 ; elle avait une odeur analogue à celle des grains de cette année , ne présentait aucune marque d'altération , et s'était sim- plement agglomérée à l'épaisseur de trois ou quatre doigts au fond du récipient, sans avoir pris pour cela le moindre échauffement. Les experts attribuèrent cet effet à ce qu'elle avait été enfermée aussi- tôt sa sortie du moulin, et déclarèrent qu'elle se fût infailliblement gâtée , avec «ette cause d'altération , si on l'eût placée dans toute autre situation que celle de la clôture hermétique, qui l'avait protégée contre elle-même. On vt)it par ces résultats combien le procédé de M. le comte Dejean présente d'avantages. En effet, s'il est besoin d'en indiquer ici plusieurs , quelle utilité de pouvoir faire servir à la conservation bien efficace d'une grande quantité de grains et de farines la plus mauvaise portion des casemates d'une ville de guerre , menacée d'un siège ; de pouvoir renfermer , pour un tems indéfini , dans un local très-restreint et sans avoir à s'en occuper à aucune époque , les approvisionnemens de réserve des grandes villes, et surtout delà ville de Paris; de rendre inaltérables les farines employées dans le service de la marine , soit pour la subsistance des équipages , soit pour l'exportation aux colonies les plus éloignées , etc. , etc. 1 Conseil rov al da r instruction publique. — Le 16 août dernier, la distribution des prix aux élèves des collèges royaux de Paris et de Versailles a été faite, dans la salle des séances publiques de l'Insti- tut, par le Conseil royal de l'instruction publique. Le président du conseil des ministres, le ministre de l'intérieur, le corps ensei- gnant, ainsi qu'un grand nombre de personnages distingues, assis- ' laient à cette séance. M. Gaillard , professeur de réthorique au col- 4égc de Henri IV, a prononcé le discours latin d'usage. M. l'abbé Nicolle, membre du Conseil royal et Recteur de l'académie de Paris, a pris ensuite la parole, et a rendu justice à la conduite, au tra- vail et aux sentimens des élèves. M. Cuvier, conseiller d'état, membre du Conseil royal , qu'il [iréside par intérim , lui a répondu , au nom du Conseil royal, par un discours qui se termine ainsi : « Jeunes et chers amis, cette chaleur avec laquelle vous aspirez à ces palmes, douces et justes récompenses de vos premiers travaux , promettez-nous de la mettre aussi à mériter ces palmes bien autre- ment nobles, que la patrie réserve à sescufans fidèles. » Et même, sachez-le bien, l'éclat de ce jour, cette assemblée AAO EUROPE. imposante, cette pompe, ces couronnes, ne sont autre chose qu'une consécration plus solennelle de vos talens à votre pays et à votre Roi. » Le prix d'honneur, ou premier prix de discours latin , a été dé- cerné à M. Gustave-Gabriel de Wailly , de Paris , âgé de dix-sept ans, élève du collège de Henri IV , et fils de l'ancien proviseur de ce collège ; le premier prix de discours français , à M. Gabriel Chahlieh, de l'ile de France, âgé de dix-sept ans, élève du col- lège de Saint-Louis; le premier prix d'histoire (en réthorique), à M. Edouard- Joseph Boita ed, de Paris, âgé de dix-sept ans, élève du collège de Louis-le-Grand; les deux premiers prix de philosophie ( dissertations françaises et latines ) , à M. Pierre-Auguste Lemaihe , de Trancourt, âgé de dix-neuf ans, élève du collège de Saint-Louis ; le premier prix de phjsique, à M. François-Marie-Esther Bihot, de Guinganys, âgé dedix-neaf ans, élève du collège de Louis-le-Grand ; enfin, le premier prix de mathématiques spéciales, à M. Philibert FiKÉOH, de CharoUes, âgé de dix -neuf ans, élève du collège de Louis-le- Grand, Le jeune IsaïeBerr, fils d'un de nos collaborateurs, M. Michel Berr, a obtenu le deuxième prix d'histoire, et, au collège de Charle- magne , le premier prix de cette même composition, et le deuxième prix de version latine. Il est élève de l'institution Bourdon. £cole spéciale de commerce , rue Saint-Antoine , n" i>^'h.{ Voyez Tom. VI, pag. 402 ; et Tom. VIII , pag. 450. )-Une réunion, dont l'objet était l'inauguration des bustes du Roi, de Sully et deColbert, a en lieu , le 27 juin dernier, dans cet utile établissement. M. Ter- naux , qui présidait , a ouvert la séance par un discours , où il a fait une histoire rapide de l'influence du commerce sur la prospérité des nations , et particulièrement sur celle de la France ; il a montré ce que l'industrie française doit au ministre d'Henri IV, à celui de Louis XIV; au vertueux Turgot (1), « dont la réputation s'agrandit à mesure que les lumières ie répandent:, et enfin, à l'Assemblée constituante. M. Ternaux a fait sentir ensuite aux élèves l'avantage qu'ils ont de vivre dans un tems où le commerce jouit de cette li- berté , sans laquelle il ne peuî prospérer ; il leur a montré qu'avant la fondation de l'École de commerce , les connaissances nécessaires à un négociant, à un manufacturier, s'acquéraient avec autant de (1) Suliyct Turgot ont demeuré tous deux dans l'hôtel où l'école est établie. EUROPE. kUl lenteur que de diflSculté ; enfin , il a terminé par l'énumération des principes d'après lesquels le vrai négociant doit se conduire , prin- cipes qui ont d'autant plus de force dans la bouche de M. Ternaux, que sa vie en offre une constante application. M. Francklin , professeur de législation commerciale , a prononcé ensuite un discours dont nous regrettons de ne pouvoir donner une analyse. M. Brodart , directeur de l'école , prenant ensuite la parole , fait voir combien , avant la restauration, la tendance des esprits était peu favorable à une institution du genre de celle qu'il dirige , et qui n'a pu se fonder qu'à la paix; il admire, avec raison, la rapi- dité avec laquelle un grand nombre de militaires, abandonnant • leurs illusions de gloire , ont su se créer un nouvel avenir. Il trace ensuite l'histoire de l'Ecole de commerce , à la direction de laquelle il n'a pris part qu'en 1S19 , et démontre toute l'utilité de ce bel établissement. Plus loin , il fait connaître les services qui ont été rendus à l'école par M. LafBttc, dont le nom se rattache à tous les projets d'utilité publique ; enfin , il sollicite la bienveillance de tous les négocians français, et les prie de choisir, parmi ses jeunes élèves, ou plutôt ses jeunes amis, les commis, les collaborateurs dont ils auront besoin. M. le préfet de la Seine , auquel M. Brodart a envoyé le programme de cette cérémonie, lui a écrit une lettre très flatteuse, où il le fé- licite sur les succès de son école, et sur la bonne direction qu'il a su donner aux études , ainsi qu'aux sentimens de ses élèves. — Le 1"=' août dernier, M. A. T. Desquiron de Saint-Aignan, avo- cat à la cour royale de Paris , a ouvert , dans la même école , un cours de droit naturel et de droit public. Dans le discours qu'il a pro- noncé à cette occasion , il a tracé le plan qu'il se propose de suivre , et a ensuite adressé de sages conseils à ses jeunes élèves. Plusieurs parties de ce discours sont écrites avec talent ; d'autres nous ont paru obscures ou prétentieuses ; en général , nous aurions désiré plus de simplicité et un emploi moins fréquent d'expressions ambi- tieuses dans un écrit destiné à la jeunesse. Voyage scientifique. — M. Witte fils est de retour d'un voyage dan s l'intérieur de la France et de l'Angleterre. Les recherches qu'il a faites dans les bibliothèques de ce dernier pays ne sont pas restées sans succès. Dans un manuscrit de la bibliolhèqtie Bodléienne U2 . EUROPE. d'Oxford , il a trouvé les constitutions du dernier livre du Code Théodosien, qu'on ne connaissait jusqu'à présent que par les collec- tions des synodes. Le Musée britannique à Londres lui a présenté trois coDStitutions faisant suite aux Nouuelles de Justinien et non comprises dans la rédaction dite la vulgate, ainsi que des vieux manuscrits du Digeste et du Code de ce même empereur. PcBLicATiO-NS 50CTELLES. — Anatomie de l'Hcmme , ou DeacripUon et figures lithographiées de toutes les parties du corps humain j par MM. Béclakd et Jules Gloqcbt , publiée par M. de Lasteyrie , éditeur. — On jpossède déjà plusieurs ouvrages d'anatomie enrichis de plan- ches exécutées avec plus ou moins de perfection ; de ces ouvrages, les uns sont des traités spéciaux sur telle ou telle branche de la science . et lie sauraient convenir au but que se proposent les éditeurs de ce- lui-ci; les autres sont des traités complets, mais ils laissent beaucoup de choses à désirer sous le rapport de l'exécution des figures , et de plus ils sont rares et fort chers. MM. A. Béclard et J. Cloquet, qui professent l'anatomie , dont ils ont fait l'objet d'études spéciales , se sont réunis pour travailler de concert au grand ouvrage que nous annonçons. Ces ana:omistes donneront pour le texte, non point une explication sèche et aride de figures , mais une description exacte et concise des organes qu'elles représenteront. MM. A. Béclard et J. Clo- quet traiteront successivement, i» de l'ostéologie ou des os et des li- gamens; 2" de la myologie ou des muscles et de leurs annexes ; 5» des organes des sens ; 4° de la névrologie ou des nerfs; 5" de l'angiologie ou des vaisseaux ; 6° de la splanchnologie ou des viscères ; y" de Tem- briologie ou du fœtus et de ses dépendances. Avant d'entreprendre en lithographie l'exécution d'un ouvrage dont les planches doivent renfermer des préparations anatomiques qui demandent à être rendues avec autant de vérité que de délica- tesse, l'éditeur s'est assuré, avec MM. Haincelin aîné et Feilictc, que les gravures auront tout le degré de perfection qu'on peut désirer. Ces deux artistes se soct adonnés spécialement à l'étude de l'anatomie; aussi leurs dessins sont-ils remarquables par la vérité, par la préci- sion , la forme et la netteté. Ils seront tracés, les uns d'après les meilleures planches originales que nous possédons déjà; les autres seront exécutés sous la direction de MM. Béclard et Cloquet, et toujours d'après nature. Quelques planches seront à demi-coloriée», EUROPE. US afin de faciliter l'intelligence de certaines parties , telles que les artères . les veines , les nerfs. L'ouvrage sera composé de 240 planches et de 120 feuilles de texte au plus, grand in-fol. , papier jésus vélin , pour les gravures. Il paraîtra régulièrement chaque mois par livraison de six planches et trois feuilles de texte, à dater du i^"' septembre 1821. L'éditeur, voulant faciliter aux élèves en médecine l'acquisition de cet ouvrage, n'a porté la livraison qu'à 9 fr. On fournira, à raison de i5 fr. , des exemplaires dont les gravures et le texte seront tirés sur très-beau papier vélin , d'après les demandes qui en seront faites. Comme la lithographie ne permet pas de conserver des planches, et que le ti- rage doit être subordonné au nombre des souscripteurs, on invite les personnes qui voudraient se procurer cet ouvrage de se faire ins- crire avant le i*^' décembre 1821. Passé cette époque , le prix en sera considérablement augmenté. On souscrit à Paris, rue du Bac, n" 58, à la lithographie de M. de Lasteyrie , et , dans les départemens , chez les principaux libraires. — (Eui^res choisies de Camillb Johdar, contenant ses discours au Conseil des cinq-cents et à la Chambre des députés; ses écrits poli- tiques, littéraires et philosophiques ; ses traductions, pensées , poé- sies , etc. ; enfin , sa correspondance avec plusieurs personnages célèbres (ces divers écrits pour la plupart inédits ^ ; précédées d'une notice biographique sur sa vie , et ornées de son portrait par ]Mullcr, de la gravure du monument qui lui est élevé par les membres dos deux Chambres , et d'un fac simile de son écriture ; publiées par M. DK Gébakdo, de l'Institut. 4 "^ol. in-S* d'environ 5oo pag. chacun. On souscrit à Paris , chez Alexis Eymery, libraire, rue Mazarine , n° 3o. Prix, 7 fr. le volume. — DescrijAion historique des maisons de la ville de Rouen les plus remarquables jar leur décoration extérieure et par leur en- ceirle; précédée d'une introduction où l'on traitera d'une manière succincte des variations de l'architecture dans le moyen âge , consi- dérées particulièrement dans les édifices de la ville de Rouen. L'ou- vrage sera orné de vingt-sn sujets inédits , dessinés et gravés par E. H. Lahglois , du Pont-de-Larche. Un vol. in 8° imprimé sur beau papier, par Firmin Didot, rue Jacob. Beaux - abts. — Panorarna d'Athènes. — Il est difficile de ne pas hkb. ELROPE. éprouver une vive émotion à la vue du panorama d'Athènes. Les souve- nirs les plus glorieux , mêlés aux regrets qu'inspire une grande infor- tune, retnuent l'ame d'une manière puissante, La Grèce est, pour tous les esprits éclairés, pour tous les cœurs généreux, une seconde patrie ; et la ville de Minerve tient, sans contredit, le premier rang entre les cités de ce pays célèbre. Athènes n'existe plus, la Grèce entière même n'est qu'un vaste champ funéraire où les nations modernes vont, depuis des siècles, exhumer des débris qui attestent le haut degré de culture de l'esprit de ses anciens habitans. Mais écartons ces souvenirs ; et , nous attachant à la triste réalité , tâchons de rendre compte du tableau que le peintre a mis sous nos yeux, Athènes est bâtie au pied d'un monticule élevé , sur lequel a été construite la citadelle (Acropolis . Pour entrer dans cette citadelle , on traversait des propylées ou portiques magnifiques dont il ne reste que des vestiges. L'intérieur de l' Acropolis était couvert de monumens, parmi lesquels le Parthénon tenait le premier rang; il n'existe plus qu'une partie de l'enceinte de ce temple. C'est d'une tour bâtie dans l'intérieur de la citadelle que M. Prévôt a pris son point de vue. II m'a paru que le spectateur pouvait être à i5o pieds au-dessus de la ville. De cette distance , l'Athènes moderne ne pré- sente pas un aspect très-pittoresque ; mais l'horizon en" est d'une grande beauté. Le mont Hymette, très-rapproché de la ville, borne la vue à l'est et se prolonge vers le midi. Du côté de l'ouest et du nord, l'a-il embrasse toute la plaine, au-delà de laquelle on voit à l'ouest la mer d'Egine, et, dans le lointain, les côtes du Pélopo- nèse. Au nord , l'œil se repose sur des montagnes d'une belle forme qui se dirigent vers l'ouest et l'est , et dont les noms sont , depuis notre enfance, gravés dans notre mémoire. C'est le CorjdaUus (i), sur la pente duquel Xercès était assis pendant la bataille de Sala- mine ; c'est le mont Cithéron , le mont Oëta , le Pentélique , etc. En examinant avec attention les lieux au milieu desquels on est placé, on doit remarquer, comme un caractère distinctif du goût éclairé des Athéniens , qu'ils avaient élevé des monumens sur presque toutes les montagnes et les collines qui entouraient leur ville. Tous ces monumens sont détruits; et, de tous ceux qui (i) M. de Chateaubriand, dans son Ilinirain - le nomme Cor- dyalus , p. 2o5. EUROPE. AA5 existaient dans l'intérieur delà ville, il^n'en reste que deux qui soient à peu près dans leur entier : le temple de Thésée et la petite tour des Vents. M. Prévût s'est montré grand artiste , dans le panorama d'Athènes. Il règne dans ce tableau une vérité d'effet et un talent d'exécution qui portent l'illusion à un degré qu'il ne semblait pas possible d'atteindre; c'est la nature même. Sans doute les circonstances sont bien propres à exciter la curiosité publique, et le nom d'Athènes A quelque chose de magique pour toutes les imaginations ; cepen - dant, M. Prévùt peut , avec raison, s'attribuer une grande partie du charme puissant qui s'attache à cette nouvelle production. P. A. T-aiATRES. — T/iédtre-Français.—Le Retour ou l'Oncle et le Tseveu comédie en deux actes et en vers, par M. de Raacé (2 aoùtl. Une intrigue usée, des détails insignifians et un style sans couleur, ont causé la cbute de cette prétendue comédie, qui n'a eu que trois re- présentations. —Second Théâtre-Français. — Louis IX en Egypte, tragédie en cinq actes, par M. Lemebcier, de l'académie française (4 août}. L'auteur a une manière toujours hardie et souvent dramatique de concevoir les sujets qu'il traite ; la nouvelle pièce qu'il vient de donner au théâtre est un de ses ouvrages les plus remarquables. M. Lemercier s'est attaché à peindre avec fidélité les mœurs de ses divers personnages , et la vérité de ses tableaux transporte le spec- tateur dans le lieu même où se passe la scène. Malheureusement, l'intérêt se partage entre Octaïr et Louis IX : le premier est un jeune chef arabe, musulman fanatique, dont la croyance aveu-^le au fata- lisme contraste parfaitement avec la confiance religieuse , que le Dieu des chrétiens inspire au pieux roi des Français. Ces deux carac- tères sont tracés avec une égale habileté; mais ils se développent dans deux actions distinctes , dont le faible lien n'est pas toujours aperçu : la première est une intrigue de sérail qui met Octaïr sur le trùne, à la place d'Almadan ; la seconde présente la captivité de Louis IX, ses dangers, sa résignation et sa délivrance. L'Arabe est le héros des deux premiers actes ; le roi captive toute l'attention pendant le troisième , que nous regardons comme le plus beau de l'ouvrage ; Octaïr remplit une partie du quatrième , à la fin duquel Louis IX ne paraît que pour sauver la vie au Soudan , par un AAG EUROPE. coup de théâtre un peu hasardé , qui semble terminer la pièce , et qu i cependant est le point où les deux actions commencent seulement à se lier. La péripétie du cinquième acte produit peu d'effet, parce qu'elle remet Saint-Louis dans la situation oîi il était au troisième , et qu'il se fait dans le caractère d'Octaïr un changement inattendu , nécessaire au dénouement, mais nuisible à l'intérêt dramatique. Nous n'ignorons pas que M. Lemercier s'est conformé à l'histoire avec une scrupuleuse fidélité; peut-être même faut-il attribuer à cette fidélité , poussée à l'excès , une partie des défauts qui jettent quelque froid sur l'ouTrage. L'imperfection du plan est d'autant plus fâcheuse que , parmi les ouvrages de M. Lemercier. il n'en est pas un^ et c'est beau- coup dire, où ily aitplusde bèllesscèncset de beaux vers que dans son Louis IX. Le généreux silence des prisonniers sur le sort de leur roi, caché au milieu d'eus ; l'héroïque dévouement de celui ci , lorsqu'il se découvre au Soudan pour sauver ses compagnons d'infortune ; la discussion qui s'établit entre ces deux personnages sur le christia- nisme et le mahométisnie ; le monologue de Louis IX, celui d'Oc- taïr près du Soudan endormi, offrent des beautés du premier ordre. Il en est beaucoup d'autres que le défaut d'espace nous empêche de citer, et qui ont contribué au succès mérité que la pièce nouvelle a obtenu sans contestation, ^-Opéra comique. — Le Philosophe en voyage, opéra en trois actes et en prose , parole de M. Dkkock , musique de MM. Frédéric KHECBi et Phadhee (i6 août\— Un colonel, qui se croit philosophe parce qu'il fuit les femmes, s'apprête à partir pour la Suisse, lôrs- qu'im jeune officier, poursuivi par suite d'une affaire d'honneur, ar- live dans l'auberge où se trouve le philosoj he , et s'empare de son cheval, afin d'arriver plus promptement au château d'une sœur, chez laquelle il veut «e cacher. Cependant, il prie celle-ci, que le hasard a conduite dans cette même auberge , d'offrir une place dans sa voiture au colonel , et de l'amener au château où son clieval lui sera rendu. Le pi)ilosophe, d'abord fort en colère , finit par se décider à partir avec Amélie, qui se trouve être une jeune et jolie veuve que, sans la connaître, il a refusé de voir à Paris. Arrivé avec elle dans une autre auberge , il rencontre un capitaine de frégate , amoureux d'Amélie , qui le croit son rival et le force à se battre pour une femme dont il ne sait pas même le nom. Manqué par le capitaine , il tire en l'air ; la jeune veuve , touchée de son dévouement, en même EUROPE. J^l^J lenis qu'elle est piquée de sa froideur, cherche à s'en faire aimer. Sur ces entrefaites arrive un oncle d'Amélie, courant après le frère de celle-ci, dont il a appris le duel. La jeune veuve craint sa sévé- rité ; et , pour éviter toute explication , elle lui présente , comme son mari, le colonel, qui se prête de bonne grâce à la supercherie, et suit Amélie à son château , en formant déjà le veeu secret de conser- ver le titre supposé qu'elle vient de lui donner. Là , il entend du fond d'un bosquet une conversation d'Amélie avec son frère, qui s'est caché dans un pavillon; il le prend pour ua amant aimé, 'veut partir, et décèle par sa jalousie l'amour qu'il a conçu pour sa pré- tendue femme. L'oncle et le capitaine de frégate reviennent , l'af- faire du neveu s'arrange ; tout se découvre, l'oncle pardonne.' et le titre de mari reste définitivement au philosophe. Cette pièce a réussi sans opposition ; d'abord un peu froide elle s'anime par degrés et finit par être agréable, A défaut de situ'ations tres-dramatiques et de traits piquans , on y remarque quelques in- tentions comiques et un style naturel. Plusieurs morceaux de la mu- sique ont été très-applaudis ; c'est une composition qui ne^eut qu'a - jouter à la réputation de MM. Frédéric Kreubé et Pradher. NÉCEor.OG,E.-.T/. Lefe.re Boschard, officier de l'université et ancien proviseur d'un lycée , est mort à Saint-Quentin le aS îuil let dernler._Il était excellent latiniste , profond helléniste , et nos sedait même la langue hébraïque. Élève très-distingué de l'ancienne université de Paris , il y remplissait une place importante- et au moment où elle fut supprimée, il était désigné pour être son recteur Apres cinquante-cinq ans de travaux , il obtint sa retraite , et alla en' jouir à Saint-Quentin , où il trouva encore le moyen d'être utile à ses concitoyens en se chargeant des fonctions d'administrateur du collège, de membre du comité cantonal pour l'instruction primaire et de président du comité central de bienfaisance. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS LE TRENTE-DEUXIÈME CAHIER, AOUT 1821 I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES. 1. Dissertation sur le Byssus des anciens. Henry, pag. 241 2. Notice sur le Conseil de salubrité établi près la préfec- ture de police de Paris. E. Salverle. 262 II. ANALYSES D'OUVRAGES. 5, Mémoire sur la digue de Cberbourg, par Cacbin. E. Gaultier. 2S0 4. Principes de la science morale et politique , par A. Fer- guson. •^- Taillandier. 2S9 5. Histoire générale de France, par DuPau, J^J- 296 6. Mémoires bistoriqucs , politiques et littéraires sur le royaume dp, Naples , par le comte Orloff. F. Salfi- ôc6 -. BioTapbie nouvelle des couicuipoiains. Aignan. 025 3. Voyage dans la Grèce , par Pouqueville. D. de Gapedell- Geannj'. 35i 9. Philibert , roman poétique, par Grattan. L. S. B. 3'|i III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. Annonces de io5 ouvrages , fiançais et étrangers. 549 IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. ^^BIQ^;E.-Ne^T-Yo^ck.-lles Sandwich— TVew-Foundland. 4o5 isiE.-|ic de Ceylan.— Perse.— Turquie asiatique.— Iles Phi- lippine. ' ^^^ Afbiqce.— t,\ç de BoUdé-Espérance.— Egypte. 4ïo Europe.— GranCH-Bretagne. — Suède. — Allemagne. — Suisse. — Italie. — Turqu'v^. —Espagne.— Portugal. — Pays-Bas — France.— Paris. f^''^- SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A65 m'apprend que le peu d'établissemens déserts qui sub- sistent encore, ne sont dus qu'aux fils de Pierre-Ie-Grand, qui prolêgèrent un moment ces contrées. Comment ! et plus heureux que le reste du monde, vous n'avez subi le joug ni des dévastateurs du nord , ni des dévastateurs du midi! Ni l'Arabe, nileSarmate, ni FOs- manli, ni le Vandale, n'ont envahi votre contrée; et c'est à des peuples que nous appelons policés que vous avez ap- partenu. Mais dans le reste de la Grèce, à Pathmos,à Thes- salonique, à Joanina, à Cydonie (i), au montAthos, en cent autres endroits, je vois des écoles publiques où vos frères vont apprendre la langue et les hautes pensées de. vos pères. Voilà ce que permettent des peuples que nous ca- ractérisons, en les appelant barbares; et ce sont des peuples policés qui vous ont dominés, eux qui ne vous ont pas permis d'établir une école dans vos îles! Ils ont plus fait, ces propagateurs de la servitude; ils ont eu l'art de mettre en déshonneur parmi vous le seul moyen qui pût vous rendre à votre élévation première. Calcul du faible et du mar- chand! Ils ont eu l'adresse de rendre ridicule dans le beau monde le majestueux idiome que les bouches des Platon et des Pindare ont consacré; ils vous en ont presque fait perdre les restes précieux; et vos femmes elles-mêmes, avec vos petits-maîtres, rougissent de parler la langue de leurs sublimes aïeux; et les mères la dédaignent pour leurs fils et la rejettent pour leurs filles ; et c'est le patois de Bergame, c'est le jargon de Sganarelle, de Pantalon et de Bisognoso, qu'on lui préfère (2). Ah! quen'ai-je en partage (i) L'école de Cydonie n'existe plus : les professeurs et les élèves viennent d'être massacrés par les Turcs (en 1821). {2) Les habitans qui ne font pas usage de la langue grecque parlent , dans les sept îles , le vénitien le plus corrompu. TOME XI. 30 A6G SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. une faible étincelle de ce même génie qui caractérisa les immortels créateurs de votre langue ! avec quelle force ne combaltrais-je pas d'aussi viles opinions , d'aussi barbares préjugés ! Je saurais vous dire des vérités amères et leur retirer toute leur amertume. La persuasion coulerait de mes lèvres. Aux accens de ma voix, vos cœurs seraient émus ; ils croiraient reconnaître les accens de la patrie même, ils seraient entraînés et rendus à leur grandeur première. Le bien public se montrerait à vous dans tout son jour. Je saurais vous dire tout ce qu'il vous faut faire pour vous relever vers votre première splendeur; et tout ce qui vous serait montré digne de vous, vous le feriez. Eh bien! si je ne puis atteindre de si hautes destinées, c'est à vous de secondermes faibles efforts. Ne songez plus à moi, ne me regardez plus, et supposez que les fantômes muets de vos pères, debout autour de moi, suppléent même par leur silence à ce qui manque à ma voix. S'il ne peut m'être donné de vous persuader, obéissez à ces mânes illustres; ils vous invitent à marcher sur leurs traces; ils vous montrent les voies que vous devez tenir, les obstacles qu'il vous faudra franchir ou renverser; ils vous com- mandent de tout faire pour les suivre à l'immortalité. En- tendez-vous? ils vous commandent! . . . Fils des Grecs, obéirez~vous à vos pères? Irez-yous les rejoindre à ce noble rendez-vous? ou passerez-vous pour jamais, en quittant la vie, dans les obscurs abîmes de l'oubli? Je me tais et j'at- tends votre réponse Ah ! je la lis dans vos regards, cette réponse; je l'entends au milieu de vos acclamations : elles m'apprennent que vous êtes encore les dignes neveux des grands hommes ; que deux mille ans de malheurs et de persécutions n'ont pu dégrader vos âmes, et vous faire oublier vos glorieuses destinées. Vous saurez les remplir; vous saurez régénérer, vous, vos frères, vos enfans; leur SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A67 rendre les sciences, les lettres, les arts; plus encore que tout cela, les vertus de vos pères. Vous verrez vos soins prospérer; osez le vouloir, et dans peu vous verrez les belles conceptions, les beaux travaux et les belles actions renaître parmi vous, comme ces plantes qui repoussent d'elles-mêmes dans leur terre natale, aussitôt que la main du dévastateur abandonne la nature à son cours. Avant d'entreprendre cette régénération devous-mêmes- consultez l'histoire, cette immortelle institutrice des mor- tels; elle vous dira : Il n'y a que peu de siècles encore, et l'Europe entière était barbare; ses tribunaux retentissaient alors, commeles vôtres maintenant, des accens d'une langue étrangère; une langue étrangère régnait partout, et les langues de l'Europe restaient dans l'enfance où la vôtre est aujourd'hui tombée. Cependant quelques hommes, hardis bienfaiteurs de leurs compatriotes , s'élevèrent dans cJiaque nation. Ils osèrent parler leur propre dialecte , ils l'enri- chirent, l'épurèrentetrembellirent. Ils furent payés de leur audace par la reconnaissance des peuples, par l'imitation des hommes supérieurs ; et bientôt les nations modernes, for- mées par vos pères, du rang de leurs élèves s'élevèrent à celui de leurs rivaux. Si l'Europe était naguère ce que vous êtes aujourd'hui , vous pouvez devenir ce qu'elle est maintenant. Avec com- bien plus de facilité ne le pouvez-vous pas.^ vous avez , pour chemin facile , la carrière ouverte devant vous par le progrès des sciences et des arts , et ce progrès est immense. L'Europe avait des langues barbares qu'il fallait réformer en entier; vous n'avez, pour tout travail, qu'à vous rap- procher un peu de la langue de vos ancêtres , et vous pos- séderez le plus riche, le plus honoré, le plus majestueux des idiomes. Eh quoi! vingt siècles de malheur, une poli- 30 * A70 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. enfin, consacrée par votre religion. Cherchez donc Tous- mêraes à l'entendre , à l'encourager, à la propager. Ren- dez-vous les plus instruits comme les plus sages d'entre les hommes, pour en être les plus révérés; et rappelez- vous que ce fut là votre secret de tous les siècles : trop heureux les mortels, si vous en eussiez toujours profité! Maintenant, je vais vous parler des plus nobles services ren- dus au genre humain. Écoutez-moi; ils seront pour vous des modèles. Songez que ce n'est point par des rites, mais par des bienfaits, que les religions excellent aux yeux des juges de la terre ^ et, j'ose dire, aux yeux de l'éternel. Quand l'Europe était redevenue barbare, c'est dans quelque «monastères que s'y conservaient les restes de ses antiques lumières. C'est là que des hommes simples et laborieux en recueillaient , en ravivaient les dernières lueurs. Ce qu'ils étaient pour des peuples entiers, les pasteurs de nos campagnes le sont encore pour nos simples pay- sans. Dans notre patrie , le ministre des autels est l'homme le plus docte et souvent le plus vertueux de son humble paroisse. C'est lui qui protège et qui di- rige ce peu d'instruction qu'il est possible de répandre dans les dernières classes du peuple; lui qui signale au riche bienfaisant les dispositions naissantes de l'enfant sans fortune; c'est le mCrae homme, enfin, qui instruit les petits du pauvre et qui consolela famille du malheureux. Prêtres de l'Orient, voulez-vous, comme la dernière, qu'ai- je dit? comme la première classe des prêtres de mon pays, devenir l'honneur et la vénération du peuple? soyez ins- truits comme eux, comme eux répandez vos lumières et vos consolations dans le sein de tous les pauvres, de tous les malheureux. Tous dites toujours que vous êtes les SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A71 pères de l'orphelin. Eh bienl soyez-le donc de tous les Grecs qui sont orphelins de leur patrie , et qui en ont perdu tout l'héritage. Élevez des écoles pour les fils de l'indigent, élevez-en d'autres pour vos propres successeurs. Qu'on ne dise pas seulement de vous: Ils sont probes. Qu'on ne puisse plus dire que les successeurs des Cyrille , des Ba- syle et des Chrysostome ont oublié les exemples et qu'ils n'entendent plus les sublimes accens des pères de leur église. Instituez des écoles où soient enseignés les préceptes et soit développée l'éloquence de ces hommes vénéra- bles. Qu'il ne soit pas dit que vous le cédiez à ceux qui re- lèveront les écoles où les Pythagore, les Socrate et les Platon développaient leur morale si pure, dans un si beau langage. .4u contraire, qu'une noble rivalité s'établisse entre eux et vous. Commencez vous-mêmes par être ins- truits; qu'on ne puisse être revêtu de votre sacré carac- tère , sans avoir lait preuve de lumières. Vous apprendrez alors à vos peuples ce qu'ils gagneront eux-mêmes ù s'é- clairer. Vous emploierez votre puissante influence sur tous les esprits I, pour les conduire au bien, au grand, par la persuasion; et c'est ù vous surtout que scradue la régé- nération de la Grèce. Je finis en vous redisant encore , et je voudrais pouvoir vous le dire tant de fois que je parvinsse à le graver dans vos âmes, en traits incftaçables : c'est l'éducation, et l'éduca- tion publique elle seule, qui pourra vous conduire auxdesti- nées qui vous attendent,et vous devez tout faire, tout sacrifier pour elle. Mais pourquoi faut-ilque je vous présente sanscesse comme un sacrifice, comme un devoir, ce qui devrait n'être pour vous que le plus doux des plaisirs ? Ah! sans doute, c'est que vous ne savez pas quelles délicieuses jouissances éprouvent un père, une mère, eu voyant leur fils marquer A72 SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. sa supériorité future , par ses progrès naissans et par les avantages qu'il remporte déjà sur ses jeunes condisciples. Que vos fils fréquentent les écoles de l'Etat, nous leur donnerons des prix, ils seront modestes; ils seront ceux que la Grèce assemblée décernait aux Simonide, aux Pindare , aux Platon : un simple feuillage. Nous y joindrons les œuvres de ces grands hommes; les dédaigneriez-vous pour vos fils? — Vous ne seriez donc pas des Grecs, et les plus doux sentimens de la nature seraient donc étrangers à vos cœurs! Laissez-moi terminer mon trop long discours par une histoire qui demeurera toujours gravée dans mon souvenir. Un élève (i) était dans une école célèbre , bien loin de sa famille dont il ne devait voir personne encore. Cependant la fin de l'année scolaire amène la distribution des prix. Déjà les magistrats et tout ce que la ville a d'hommes re- commandables se sont réunis en présence d'un concours immense de peuple. Déjà les couronnes se distribuent. Le jeune élève en avait acquis une. Il ne pensait qu'à sa petite gloire littéraire, il goûtait avec ivresse ces premiers suf- frages de l'honneur et de l'estime. Il reçoit sa couronne, il se retourne; que voit-il? sa mère, sa bonne mère qui avait fait son voyage en secret, et qui était arrivée comme pour être heureuse du bonheur de son fils. Couronnes, prix, spectateurs, ah! je vous oubliai tous; l'orgueil fit place à la nature; je ne vis plus que ma mère, ma tendre mère, et je m'élançai dans ses bras, en lui faisant hom- mage de ma couronne et de mon prix. Sexe enchanteur, ô vous dont le cœur, plus sensibleque le nôtre, résiste moins aux naïves impressions de la na- (i) L'auteur de ce discours. SUR LES AVANTAGES DE L'INSTRUCTION. A73 ture, dites-moi! vos atnes n'ont-elles pas été émues à mon récit? — Vous ne seriez donc pas mères! Eh bien , quand vous éprouverez ces enivrantes sensations, votre bonheur surpassera mille fois encore tout ce que pourrait vous promettre votre imagination. Persuadez donc l'autre moitié du genre humain sur laquelle vous avez un si puis- sant empire; adoucissez mes âpres et durs accens par votre touchante et persuasive éloquence; faites-moi par- donner ce qui pourrait avoir choqué dans mes discours, trop ingénus, trop libres peut-être. Que par vous tous les pères apprécient les bienfaits, qu'ils pressentent les plaisirs si purs qui naîtront d'une heureuse éducation et de l'instruc- tion publique de leurs fils ! Charles Dppin. W\\VV»\\V\VVV\VW\XVV\».W\\W*WVVV*VX\X'VlVV\\VV\'VlVV\\VV\fcVWV\V\VXV'l\Wk H. ANALYSES D'OUVRAGES. SCIENCES PHYSIQUES. HiSTOinii DE l'astronomie uohe'R'se, par JI. Delamdue, chevalier de Sai?it-Micliôl et de la Lcgio7i-d' honneur, secrétaire perpétuel de l'académie royale des sciences 3 etc. (i). M. Delambre avance à grands pas dans la carrièic im- mense qu'il s'est ouverte; bientôt il l'aura parcourue tout entière. Nous lui devrons non seulement une histoire com- plète de l'astronomie, mais encore l'exposition elle résumé des travaux de tous les astronomes , l'analyse de tous les écrits sur la science, sur ses méthodes, ses instrumens, leur construction et leur usage. Les matières précieuses, épavses et enfouies seront exploitées, épurées; la substance d'un nombre prodigieux de volumes , dégagée de tout mé- lange inutile ou nuisible , paraîtra telle qu'elle est et sous ses véritables dimensions. Des trésors cachés nous seront rendus; et, grâce aux veilles d'un astronome infatigable, nous saurons, au moins en astronomie, quelles sont nos richesses réelles et comment nous les avons acquises. Les trois premiers volumes de l'ouvrage de M. Delambre ont conduit ses lecteurs jusqu'au tcms de Copernic (2) ; les deux siècles suivans mettront sous leurs yeux le beau spectacle de l'intelligence humaine découvrant, par des (i) Paris , 1821. 2 vol. in^"- Madame veuve Courcicr , imprimeur- libraire pour les sciences. (3) Rttue Encyclopédique , T. 1 , pag. 2j-4o) . SCIEiNCliS PHYSIQUES. A75 moyens qu'elle a su créer, quelques-unes des lois générales de la nalure. Les mathématiques, la physique, et surtout la saine philosophie perfectionneront les méthodes, mul- tiplieront les découvertes, chasseront les vieilles erreurs, et placeront la connaissance du système du monde au premier rang entre les sciences accessibles à notre raison. La lâche de l'historien devient moins pénible, parce qu'elle est plus agréable; mais, d'un autre côté, les matériaux abondent, les hommes sont vus de plus près, leurs passions et leurs intérêts n'ont pas encore perdu toute leur in- fluence. L'histoire de l'astronomie moderne n'est pas moins embarrassée dans sa marche que celje des événemens poli- tiques de nos jours. Malgré ces entraves, M. Delambre ne s'écarte pas de son impartialité historique, poussée quel- quefois jusqu'à la sévérité. L'auteur a cru devoir en pré- venir ses lecteurs; écoulons-le. « Celle impartialité sévère et historique se trouve éga- lement dans les notices que nous avons consacrées à quelques-uns des plus illustres bienfaiteurs de la science, quand nous avons été forcés de combattre leurs idées ou leurs prétentions. Elle se trouve dans les notices de Ptolé- mée, de Copernic, de Kepler, de Galilée et de Descartes. On la trouvera pareillement dans les articles des grands hommes, que l'abondance des matières nous a forcés à renvoyer au troisième volume de notre histoire. Ce volume est tout prêt, ou du moins il n'y manque que quelques notices courles et faciles d'auteurs très-modernes; il aura pour titre : Histoire de l'astronomie du dix-huitième siècle. Nous le commencerons par Newton, Flamsteed, Halley, qui paraîtraient appartenir au siècle précédent; mais les découvertes de Ncwlon n'ont porté leur fruit que long-tcms après la première apparition du livre des Frin- A76 SCIENCES PHYSIQIJES. cipe?. C'est le xviii' siècle qui a vu paraître la Coinéto- graphie de Halley et l'Histoire céleste de Flamsteed. Notre histoire sera terminée par l'examen de tous les ouvrages qui ont pour objet la grandeur et la figure de la terre; et ce dernier livre sera le seul où pourront être compris quelques auteurs encore vivans. Ainsi, notre histoire de l'astronomie n'aura pas moins de six volumes. On trouvera sans doute que c'est beaucoup pour une seule science; et c'est ce qui nous avait fait balancer sur le titre que nous devions donner à notre ouvrage. Nous aurions pu lui donner celui de Bibliothèque , à l'exemple de Photius et de Fabricius; nous l'avons rédigé principalement pour les astronomes et pour les mathématiciens en général. Nous avons désiré qu'il contînt le tableau complet des différens âges de l'astronomie; qu'il fût un répertoire où l'on trouvât toutes les-idées, toutes les méthodes, tous les théorèmes qui ont servi successivement au calcul des phénomènes. Quant aux lecteurs qui n'ont que peu ou point de connais- sances mathématiques, l'histoire de l'astronomie est ren- fermée pour eux dans nos discours préliminaires et dans les parties des notices particulières, où ils n'apercevront ni calculs ni démonstrations. Aux six volumes de notre his- toire , on pourra joindre les trois volumes de notre astro- nomie, où nous avons tâché de réunir toutes les méthodes dont on se sert aujourd'hui. Il est vrai qu'après la lecture de l'histoire, on pourrait trouver quelques retranchemens à faire dans le traité. Nous pourrons même, si nous en avons le tems et les moyens, exécuter ces changemens et quelques autres, dont l'objet serait d'en mieux coordonner toutes les parties, sans que le traité cesse d'être un ouvrage complet en son genre. » Après avoir transcrit ces explications et ces promesses SCIENCES PHYSIQUES. A77 de l'auteur, il reste peu d'obser?ations à faire sur quel- ques-uns des seize livres, dont se composent les deux nouveaux volumes de l'histoire de l'astronomie. 'Lq premier l'wre expose avec étendue l'éttiblissement du calendrier grégorien et les méthodes de calcul qu'il rend nécessaires. Au sujet de la détermination du jour de Pâques , M. Delambre compare sa formule à celle de M. Gauss pour le même calcul , et il exprime le regret que l'on ait conservé sans nécessité des fêtes mobiles, d'après une loi tout-à-fait étrangère à la division de l'année. Il rapporte, en les approuvant,,les motifs qui firent rejeter en France le calendrier éphémère dont notre législation rap- pelle seule quelque souvenir. Pour combler les infortunes de ce malencontreux projet, il ne lui manquait que d'être condamné par les astronomes , car il semblait n'avoir été fait que pour eux. Le second lii^re ai consacré à Copernic, et le troisième à Ïicho-Brahé. On sait que le premier fut un savant mo- deste et prudent, et qu'il échappa par la mort aux orages que ses écrits allaient exciter. Le second enrichit la science d'un nombre prodigieux d'observations faites avec soin et avec les meilleurs instrumens que l'on eût alors. Ses con- temporains lui firent une réputation immense, que l'histo- rien a dû resserrer entre ses limites. M. Delambre s'est acquitté de ce devoir avec une équité dont Ticho lui-même ne se plaindrait pas. Lalande, qui ne craignait pas de se livrer à quelque peu d'enthousiasme , n'a pa? épargné à l'illustre astronome danois les éloges qu'il ne donne à Kepler qu'avec beaucoup de réserve, et dont il se montre encore plus économe envers Descartes; mais il a soin de prémunir ses lecteurs contre les erreurs qu'il a pu com- mettre. « La mémoire nous trompe , dit-il; le calcul nous égare ù tout moment; la chaleur de la composition nous klG SCIENCES PHYSIQUES. cipcs. C'est le xviu' siècle qui a vu paraître la Cométo- graphie de Hulley et l'Histoire céleste de Flamsteed. Notre histoire sera terminée par l'examen de tous les ouvrages qui ont pour objet la grandeur et la figure de la terre; et ce dernier livre sera le seul où pourront être compris quelques auteurs encore vivans. Ainsi, notre histoire de l'astronomie n'aura pas moins de six volumes. On trouvera sans doute que c'est beaucoup pour une seule science; et c'est ce qui nous avait fait balancer sur le litre que nous devions donner à notre ouvrage. Nous aurions pu lui donner celui de Bibliothèque , à l'exemple de Photius et de Fabricius; nous l'avons rédigé principalement pour les astronomes et pour les mathématiciens en général. Nous avons désiré qu'il contînt le tableau complet des différens âges de l'astronomie; qu'il fût un répertoire où l'on trouvât toutes les-idées, toutes les méthodes, tous les théorèmes qui ont servi successivement au calcul des phénomènes. Quant aux lecteurs qui n'ont que peu ou point de connais- sances mathématiques, l'histoire de l'astronomie est ren- fermée pour eux dans nos discours préliminaires et dans les parties des notices particulières, où ils n'apercevront ni calculs ni démonstrations. Aux six volumes de notre his- toire , on pourra joindre les trois volumes de notre astro- nomie, où nous avons tâché de réunir toutes les méthodes dont on se sert aujourd'hui. Il est vrai qu'après la lecture de l'histoire, on pourrait trouver quelques retranchemens à faire dans le traité. Nous pourrons même, si nous en avons le tems et les moyens, exécuter ces changemens et quelques autres, dont l'objet serait d'en mieux coordonner toutes les parties, sans que le traité cesse d'être un ouvrage complet en son genre. » Après avoir transcrit ces explications et ces promesses SCIENCES PHYSIQUES. A77 de l'auteur, il reste peu d'observations à faire sur quel- ques-uns des seize livres, dont se composent les deus nouveaux volumes de l'histoire de l'astronomie. he premier l'wre expose avec étendue l'établissement du calendrier grégorien et les méthodes de calcul qu'il rend nécessaires. Au sujet de la détermination du jour de Pâques , M. Delambre compare sa formule à celle de M. Gauss pour le même calcul , et il exprime le regret que l'on ait conservé sans nécessité des fêtes mobiles, d'après une loi tout-à-fait étrangère à la division de l'année. Il rapporte, en les approuvant, les motifs qui firent rejeter en France le calendrier éphémère dont notre législation rap- pelle seule quelque souvenir. Pour combler les infortunes de ce malencontreux projet, il ne lui manquait que d'être condamné par les astronomes , car il semblait n'avoir été fait que pour eux. Le second liçre est consacré à Copernic, et le troisième à Ïicho-Brahé. On sait que le premier fut un savant mo- deste et prudent, et qu'il échappa par la mort aux orages que ses écrits allaient exciter. Le second enrichit la science d'un nombre prodigieux d'observations faites avec soin et avec les meilleurs instrumens que l'on eût alors. Ses con- temporains lui firent une réputation immense, que l'histo- rien a dû resserrer entre ses limites. M. Delambre s'est acquitté de ce devoir avec une équité dont Ticho lui-même ne se plaindrait pas. Lalande, qui ne craignait pas de se livrer à quelque peu d'enthousiasme , n'a pas épargné à l'illustre astronome danois les éloges qu'il ne donne à Kepler qu'avec beaucoup de réserve, et dont il se montre encore plus économe envers Descartes; mais il a soin de prémunir ses lecteurs contre les erreurs qu'il a pu com- mettre. « La mémoire nous trompe , dit-il; le calcul nous égare à tout moment; la chaleur de la composition nous A78 SCIENCES TIIYSIQUES. entraîne; enfin, on ignore souvent des choses qu'il aurait fallu savoir. D'ailleurs, je n'ai pas pris beaucoup de peine pour chercher mes fautes ; il y avait trop de lems à perdre et trop d'ennui à éprouver. J'écris pour mon amusement, et j'y renoncerais , si j'étais obligé de mettre dans mes écrits cette rigoureuse exactitude si ennuyante pour un auteur, et qui fait souvent, dit-on, tout le sublime des sots.» Il faut prendre cette déclaration à la lettre; car on ne peut penser que Lalande l'ait écrite pour son amusement. C'est apparemment aussi de peur de s'ennuyer que, dans sa Biographie astronomique, où il admet plusieurs rêveries sur le système du monde, et même des traités d'astrologie, il ne fait mention d'aucun des ouvrages de Descartes. « Mon ouvrage sera utile tel qu'il est, ajoute Lalande ;» soit: mais il l'eût été beaucoup plus, si vous y aviez mis les soins , le scrupuleux amour du vrai qu'on remarque dans les écrits de M. Delambre. On ne sera donc pas surpris de trouver de tems en tems quelque opposition entre les jugemens de notre auteur et ceux de l'un de ses prédécesseurs, dont les ouvrages ont obtenu et conservent sans doute encore assez de crédit, même chez les étrangers. La vie et les œuvres de Kepler sont presque tout le sujet des deux Livres suivans. L'histoire de ce grand homme est bien courte. 11 vécut pauvre , chargé d'une nombreuse fa mille, souvent contraint, pour obtenir le paiement d'une pension modique, à perdre en sollicitations un tems dont il eût fait un emploi si noble et si utile. Ses contemporains lui accordèrent à peine la subsistance, et sa dépouille mor- telle n'obtint qu'au bout de deux siècles les vains honneurs d'un tombeau et d'une inscription. Ajoutons, pour la vé- rité historique, que cet acte d'une reconnaissance tardive SCIENCES PHYSIQUES. A;9 fut suggéré par des Français au sage prélat (i) qui le fit exécuter, secondé par l'influence alors toute puissante des armes françaises. Le monument que M. Delambre lui élève dans son hisloire durera plus long-tems que celui de Ra- tisbonne ; Kepler en a fourni lui-même les matériaux. C'est un extrait substantiel de tous ses ouvrages; les astronomes et les géomètres le consulteront fréquemment. Arrêtons encore un moment nos regards sur l'homme de génie qui nous révéla le? premières lois de tous les mou- vemcns célestes. Le sort qu'il éprouva n'effraiera pas les âmes aussi élevées que la sienne ; mais il nous afllige et nous humilie , il semble accuser ou l'espèce humaine ou nos institutions sociales. Nous aimons à contempler l'homme vertueux luttant contre l'adversité, parce que nous sommes assurés que la victoire le couronnera ; mais tout est repoussant et douloureux dans la vue d'un homme tel que Kepler, réduit par l'indigence à descendre des plus grandes hauteurs de la pensée, parce qu'on néglige d'acquitter envers lui la dette de la société. Suivant l'ordre des tems et la connexion des matières, M. Delambre a parlé de Neper et de Briggs à l'occasion de Kepler; mais il complète dans un autre livre l'histoire des logarithmes et de la confection des tables. Observons à ce sujet que la théorie de Neper, moins exacte que celle des modernes, n'a pas encore disparu de l'enseignement; on la trouve sans aucune rectification dans l'arithmétique de Bezout. Il est donc indispensable de revoir de tems en tems les ouvrages élémentaires les plus justement estimés, d'en faire disparaître les taches et d'y remplir les lacunes que le progrès des connaissances aura rendues visibles. Galilée. La biographie de cet illustre Florentin occupe (i) Vliarles d'Albert , prioce primat, grand duc de Francfort, ASO SCIENCES PHYSIQUES. plus (le place que celle du grand astronome du "Wurtem- berg. Ses démêlés avec l'inquisition, son procès, sa cou- damnation et son emprisonnement , tous ces faits que M. Delambre raconte avec exactitude et d'après des témoi- gnages authentiques , seront pour tous les siècles une irrande etsalutaire instruction. Ce futen vain que Benoît XIV essaya de réparer le scandale de cette absurde procédure; l'inexorable histoire en est saisie. Par une singulière con- tradiction, la réhabilitation de l'écrivain ne fut pas étendue jusqu'à ses écrits. La doctrine du mouvement de la terre autour du soleil était universellement admise, enseignée publiquement à Rome ;. et cependant il était défendu d'en lire les preuves dans les ouvrages de Galilée. Tous ces maux proviennent de ce qu'on n'a pas encore fait une délimitation précise entre le domaine des croyances religieuses et celui de la raison ; mais cette opé- ration suppose avant tout l'établissement de quelques vé- rités générales sur lesquelles elle serait fondée, et ces vérités ne paraissent pas encore avoir reçu les dévelop- pemens et le degré de clarté qui les feraient admettre par tous les bons esprits. Autre embarras : une doctrine bien prouvée et bien établie ne fructifie qu'en se répandant, en devenant vulgaire. Or, nous sommes encore peu avancés dans l'art de propager les vérités d'un certain ordre , prin- cipalement les vérités morales. Jusqu'à présent, nos re- cherches sur ce sujet se sont bornées presque exclusivement aux méthodes d'enseignement, et c'est ce dont il ne s'agit point. Ces observations seront continuées au sujet de Descartes. Le siècle de Galilée attaqua la théorie du ciel, parce qu'elle était encore naissante ; notre siècle attaque par les mêmes manœuvres et avec les mêmes armes la théorie de la terre, et le combat durera peut-être plus long-tems que celui dont le ciel fut le sujet. Malheurcu- SCIENCES PHYSIQUES. A81 sèment, l'humanité supporte une partie du poids de cette petite guerre. Le même esprit qui fit condamner Galilée, repoussa dans le tems l'inoculation comme injurieuse à la providence , les paratonnerres comme une tentative pour se soustraire à la vengeance divine. Les habitans d'une contrée du nord, pour lesquels la pomme de terre serait un don du ciel, la rejettent avec effroi, en se rappelant qu'elle leur fut offerte par des mains hérétiques. « Nous savons, disent-ils, avec quels alimens nos pères ont vécu sur cette terre et mérité le ciel ; nous voulons les imiter en tout, afin de nous assurer la même récompense. » Ce raisonnement est très-bon, très-sage ; mais il a pour ces peuples des in- convéniens qu'on leur aurait épargnés, si l'esprit religieux eûtnweux connu ce qui est de son ressort. Des noms moins célèbres , des travaux estimables, mais sans éclat, remplissent les livres suivans jusqu'à Descartes. Le lecteur sait déjà que M. Delambre traite notre philo- sophe très-sévèrement; voyons jusqu'à quel point son ju- gement peut être adouci. Comme astronome, M. Delambre ne pouvait louer Des- cartes. Le système des tourbillons, qui heureusement ne s'étendit pas hors de la France , retarda quelque tems parmi nous l'adoption des bonnes doctrines en physique et en astronomie; les sciences en éprouvèrent un dommage que les découvertes de Descartes en mathématiques n'ont peut-être pas compensé ; et en mathématiques, il eut parmi ses contemporains des égaux, si toutefois Pascal et Fermât ne lui étaient pas supérieurs. Bornons-nous donc à considérer notre illustre compatriote comme res- taurateur de la philosophie. Dans sa jeunesse, il fit beaucoup de démarches afin de pénétrer les mystères des Rose-croix. Mais accordait-il quelque confiance à ces jongleurs? M. Delambre le pense. Tome xi. 31 A82 SCIENCES PHYSIQUES. Remarquons cependant que, du tems de Descartes, la phy- sique était encore réduite aux premiers élémens , aux faits les plus ordinaires ; que les communications scientifiques étaient plus rares ; que les inventeurs se plaisaient à s'en- vironner des ombres du secret. La curiosité de Descartes pouvait être très-philosophique. C'est ainsi que de nos jours d'excellens esprits se sont livrés aux recherches du mesmérisme , avec l'espoir d'y rencontrer quelque fait nouveau, soit en morale, soit en physique. D'ailleurs, que Descartes crût ou ne crût pas aux Rose-croix, il devait parler et se conduire de manière h pouvoir pénétrer jus- qu'à eux et se faire initier à leurs prétendus secrets. Selon M. Delambre, la doctrine philosophique de Des- cartes est celle de Bacon, de Gassendi et de plusieurs autres philosophes, dont les ouvrages ont précédé la publi- cation de la Méthode: cela est vrai. Voyons donc comment Descartes a pu imprimer un aussi grand mouvement à l'esprit humain , que ses prédécesseurs avaient à peine ébranlé. Cette question nous conduit à examiner en quoi consiste le pouvoir des livres. Un lecteur ou un auditeur ne médite point; son attention est purement passive. La lecture et l'étude peuvent se succéder l'une à l'autre à des intervalles très-rapprochés ; mais elles ne se confondent jamais. Il faut donc qu'un livre destiné à nous instruire produise les effets de l'étude et qu'il nous l'épargne. Si les vérités que ce livre doit nous apprendre sont im- portantes et nombreuses, si elles forment un ensemble, un système dont les parties sont nécessaires les unes aux autres, il faut que l'auteur ait bien saisi la liaison de ces parties, qu'il nous la fasse sentir, et que tout le système arrive dans notre inlelligence, sans que nous y apercevions aucune discontinuilé. SCIENCES PHYSIQUES. A83 Surtout, que la lecture de l'ouvrage soit facile, entraî- nante ; qu'elle soutienne l'attention sans la fatiguer. C'est assez dire que les matières les mieux choisies et la mé- thode d'exposition la plus parfaite ne peuvent se passer des secours du st3le. Tout livre qui, traitant un sujet grave et d'une utilité générale, aura satisfait à ces conditions, pourra, même en n'offrant rien de neuf, opérer une révolution dans les es- prits. Tel fut le secret de J. J. Rousseau, qui n'inventa rien et qui prit néanmoins sur son siècle un ascendant qui ne s'affaiblit pas encore. Le tems épurera ses doctrines et n'en conservera que les vérités qu'elles peuvent contenir; mais, quand même il les réduirait à rien, nous devrions encore chercher dans les ouvrages de cet écrivain un excellent modèle de dissertation philosophique. Tel fut aussi le secret de Montesquieu; ajoutons, celui de Des- cartes. Il sut réunir les vérités éparscs, et les traiter comme il le fallait pour les mettre à la portée du plus grand nombre des lecteurs. Le talent d'écrire ainsi ressemble à tous égards à celui d'un avocat habile, qui sait coordonner, varier, étendre ses moyens et ses preuves, suivant l'im- portance de sa cause , le caractère et la portée de ses juges. Descartes se fit lire; on peut d'autant moins lui re- fuser ce mérite, que, suivant l'expression si exacte de Buffon, le style, c'est l'homme. Il n'y eut ni hasard ni bonheur dans les succès qu'il obtint; ils sont à lui, et notre gratitude envers lui n'est que justice. A propos de Buffon, plaçons ici une observation qui confirme ce qui vient d'être dit. Quel autre auteur a ré- pandu dans ses écrits autant de pensées morales exprimées avec autant d'éloquence? Cependant, ces pensées seraient demeurées stériles, si on ne les eût trouvées que dans l'historien de la nature. En lisant cet ouvrage admirable, SI* h%k SCIENCES PHYSIQUES. c'est à l'histoire naturelle que l'attention s'attache; tout le xeste lui échappe. Mais on sait ce que les observations de ce grand homme sur l'éducation physique des enfans ont produit, avec le secours de la plume de Rousseau. La révolution philosophique opérée par Descartes est donc réellement un bienfait que nous tenons de lui seul ; que notre reconnaissance et nos hommages lui restent dans leur entier! M. Delambre lui-même ne lui refusera pas ce juste tribut. Plaçons encore ici quelques réflexions sur Descartes, sur les services qu'il rendit ù la philosophie, et sur la propa- gation de la vérité. Si c'est une digression , l'importance de la matière l'excusera. Une doctrine n'est vraie qu'autant qu'elle forme un tout, un système complet et bien lié : elle ne peut souffrir au- cune troncature, aucune discontinuité. Une doctrine fausse est ordinairement fondée sur des principes vrais, mais in- complets, mutilés et sans liaison. Une doctrine vraie et nouvelle est un ensemble de vé- rités, dont quelques-unes sont nouvelles ou dont l'enchaî- nement n'avait pas été aperçu. Une doctrine fausse, nouvelle ou non, ne se compose que de notions vulgaires, combinées par l'imagination et non par le raisonnement. L'établissement et la propagation d'une doctrine vraie et nouvelle exigent le concours du génie qui fait les décou- vertes, du tems qui les marque du sceau de la vérité, et du talent d'exposition qui les met à la portée des esprits ordinaires. Une doctrine fausse peut naître et se répandre sans aucun de ces moyens; il lui suffit que les esprits se présentent à elle sans défiaflce, suivant leur habitude. L'i- magination qui la créa n'est pas aussi exigeante que le ju- gement; elle n'impose pas à la pensée des efforts prolongés et ne redoute pas ses distractions : enfin , les passions ne font SCIENCES PHYSIQUES. A85 aucune alliance avec la vérité et n'exercent leur pouvoir qu'au profit de l'erreur. Par toutes ces causes, les progrès de l'erreur sont faciles et rapides, au lieu que ceux de la vérité sont nécessairement lents et quelquefois incertains. Des moralistes chagrins at- tribuent cet état des choses à la corruption de notre nature et à la faiblesse de notre raison; mais ils ne de- vraient y voir que la conséquence nécessaire de ce fait dont personne ne doute : N'eus açons commencé par tout ignorer; il a fallu, découvrir tout ce que nous savons , et nous ne sommes pas infaillibles. Quels que soient les phé- nomènes de notre intelligence, ils ne nous la montrent en relation qu'avec elle-même, et, en bonne logique, ils ne peuvent rien nous apprendre sur la place qui nous est as- signée dans l'ordre des êtres intelligens. Les vérités isolées sont périssables : les doctrines elles- mêmes seraient sujettes à se perdre ou à s'altérer, si elles n'étaient pas renfermées dans des livres bien faits. C'est à ces livres que nous sommes redevables non seulement de la conservation de nos richesses intellecluelles, mais encore des fruits plus abondans et plus mûrs qu'elles ont produits. Mais les esprits capables de nous faire ces dons précieux sont plus rares que le génie qui pénètre et dévoile les secrets de la nature. Descartes fut un de ces esprits; sa ré- putation philosophique ne descendra pas du haut rang où son siècle l'a placée , aussi long-tems qu'on estimera les hommes et leurs ouvrages d'après leur utilité, et l'utilité d'après le succès. Les trois livres suivans mettent sous les yeux des lecteurs les travaux d'un grand nombre de savans, parmi lesquels on trouve les noms célèbres d'Hévélius, de Gassendi, de Roberval, etc. , et d'autres noms moins connus qu'ils ne méritent de l'être. Cette multitude de notices à resserrer A86 SCIENCES PHYSIQUES. dans un espace étroit imposait à l'auteur un travail hérissé de ces difficultés rebutantes, qui n'exercent que la patience et dont on triomphe sans plaisir. L'abondance et le désordre des matériaux dont il fallait ne rien perdre, leur connexion qui exigeait un classement peu d'accord ayec celui que réclamaient les dates, dont l'autorité ne peut être méconnue dans une histoire; la nécessité de sacrifier quelquefois l'un à l'autre, d'anticiper sur les tems ou de rétrograder; l'o- bligation non moins impérieuse de n'adopter qu'un pelit nombre de diTÎsions , et par conséquent de former des groupes et de les assortir convenablement: M. Delambre a surmonté tous ces obstacles, car ses lecteurs ne les remar- queront pas. L'historien acquitte une dette de la postérité envers Mouton, astronome lyonnais, auquel des travaux nombreux et utiles devaient assurer plus de renommée. On ne lira pas sans intérêt l'histoire de Maria Cunitia, l'H} pathie po- lonaise. Les écrits de celte savante ne donnent pas, à beaucoup prés, la mesure de ses connaissances; on assure qu'elle possédait une érudition très-remarquable. Plus heureuse que l'illustre Grecque ù laquelle on l'a comparée, elle jouit des douceurs d'une vie paisible, de l'amitié et d'un hymen bien assorti. Ses œuvres , dont son mari fut l'éditeur, ne sont plus ù notre usage; nous pourrons les reprendre, si le goût de l'astrologie nous revient. Huj'^gens remplit le quatorzième livre. Cet homme extraordinaire, également cher aux mathématiques, à l'as- tronomie , à la physique et aux arts, fut pour la France une des conquêtes de Louis XIV. Mais le citoyen hollandais n'oublia pas sa patrie; il la revit de tems en tems, et finit par lui sacrifier les hommages d'une grande nation et les bienfaits du grand roi. Sa réputation brille d'un nouvel éclat, depuis que d'habiles physiciens de notre tems, munis SCIENCES PHYSIQUES. A87 de toutes les l'esàources que possèdent aujourd'hui l'analyse mothématique et l'art des expériences , suivent la roule que ce grand maître leur a ouverte, continuent et com- plètent ses découvertes sur la double réfraction de la lumière. L'horlogerie doit plus à Huygens qu'au plus fameux des horlogers : exemple mémorable du pouvoir des sciences sur les progrès des arts ; avis aux hommes d'état. M. Delambre réunit , dans le livre suivant, les contem- porains d'Huygens et de Cassini. On y remarquera l'infa- tigable et universel Lahire , en qui on trouvait tout une académie , dit Fonlenelle; Picard, qui commença la pre- mière des grandes entreprises modernes pour la mesure de la terre; Roemer , qui découvrit le mouTcment pro- gressif de la lumière et mesura sa vitesse; Auzout, qui perfectionna le micromètre par un moyen dont l'invention fut aussi réclamée par Gascoyne , etc. En lisant le dernier livre consacré à Cassini , on aura besoin de se rappeler que l'auteur n'écrit pas l'histoire des astronomes, mais celle de l'astronomie, et que, par con- séquent , il suit quelquefois d'autres maximes que celles des biographes. II ne perd pas son objet de vue, et lui subordonne tous les détails de sa vaste entreprise; il s'est chargé de faire l'inventaire de nos richesses astronomiques; il note chaque bienfait que la science a reçu, apprécie sa valeur réelle , et il y attache le nom du bienfaiteur. C'est ainsi qu'il soumet à une sorte de calcul les droits de chacun à la gratitude des amis de la science. Cette méthode ne sera pas désapprouvée , même de ceux à qui elle ne plaira point. 11 faut cependant convenir qu'elle traite sévère- ment les auteurs qui valurent plus que leurs ouvrages : tel fut Cassiui. Ses travaux astronomiques, d'après lesquels M. Delambre a dû le juger, n'ont pu conserver remprciale A88 SCIENCES PHYSIQUES. des connaissances étendues et variées qu'il unissait au sa- voir de l'astronome, et dont l'académie des sciences pro- fita souYent. Favorisé en tout par la nature , son mérite , comme savant, était rehaussé par les qualités les plus estimables de l'ame, et même par celles du corps. C'est assez pour excuser l'enthousiasme de ses contemporains, s'ils ont un peu trop loué l'un des ornemens de leur siècle qui fournit tout à l'éloge. On se plaît à voir Louis XIV négocier en Italie l'acquisition d'un astronome , comme s'il eût été question d'une province ou d'un traité de la plus haute importance. La France, (jui ne sut pas con- server Kuygens, fut plus heureuse avec Cassini : elle se l'appropria, et s'enrichit d'une famille toute astronomique. Ce phénomène , que l'histoire des sciences n'avait pas présenté jusqu'alors, ne se reproduira peut-être jamais. Le nouvel ouvrage de M. Delambre fait désirer plus vive- ment encore la publication du volume qu'il nous promet ; on s'attend bien i^ ne pas y trouver tout le tableau du dix- huitième siècle , mais on est assuré d'avance que cette époque si admirable et si décriée sei-a peinte sous l'un des points de vue les plus vastes et les plus propres à faire deviner ce que Tceil n'aperçoit pas. Des lecteurs d'un âge mûr, des vieillards même , y reconnaîtront avec un plaisir mélancolique les maîtres qui leur ouvrirent la carrière des sciences; les regrets de quelques pertes récentes seront adoucis par la vue de ce qui nous reste, de ce que promet une jeunesse instruite par des méthodes dont ses progrès attestent l'excellence, et qu'elle saura perfectionner en- core. C'est à cette génération qu'il est réservé de venger dignement les grands hommes tant calomniés aujourd'hui. Elle leur donnera des successeurs qui poursuivront leurs nobles travaux et s'illustreront comme eux, tandis que les calomniateurs et les calomnies iront s'anéantir dans l'oubli, F£ftRY. SCIENCES MORALES ET POLITIQUES. De l'esprit des institutions politiques; par J. A. F. Massabi\u , sous ~ blbliolkicalrô de Salnte-Gene- vicve (i). J.-J. -Rousseau regrettait qu'il n'existât pas en France un ouvrage qui renfermât les principes du droit politique, et il regardait Montesquieu comme le seul homme du dix- huitième siècle capable d'exécuter cette difficile entreprise. M. Massabiau vient de la tenter, en publiant l^ Esprit des institutions politiques. Mais, bien loin d'avoir pris Mon- tesquieu pour guide, il semble n'écrire que pour le com- battre. M. Massabiau s'est choisi un terrible adversaire, et il faut avouer qu'il le traite souvent avec un peu de légè- reté. Placer ce grand homme au nombre des écrivains su- perficiels, dire qu'on n'aperçoit qu'un chaos où d'autres croient voir de la profondeur, que l'esprit des lois, sem- blable au Roland de l'Arioste, est un livre où le charme des détails empêche de sentir le manque total d'ensemble, que le passage qui contient l'éloge de l'empereur Julien est écrit sur un ton digne de Tartuffe , etc. , etc. ; voilà ce que bien des gens regarderont comme autant d'irrévé- rences de M. Massabiau envers Montesquieu. Voltaire a combattu Y Esprit des Lois y mais avec plus de ménagement que M. Massabiau. Nous ne voulons pas nous établir juges de cette lutte ; et nous n'avons pas la prétention de porter en quelques lignes , et d'après unepremière lecture, un jugement approfondi sur un ouvrage qui a dû coûter à son auteur de longues mé- (i) Paris, 1821. Maradan , rue des Marais, n" 16, faubourg Saint- (iermain, 2 vol. in-S°. Prix, 12 fr. ; et franc de port, i5 fr. A90 SCIENCES MORALES ditations. Njdus nous bornerons à en faire connaîlrcle plan et à en donner une idée. M. Massabiau a voulu, ainsi qu'il l'annonce lui-même, rechercher les moyens de combiner ensemble les forces et les passions humaines dans la société, de manière qu'il en résulte une puissance qui protège la liberté de ses mem- bres, et qui ne puisse point l'opprimer. Le livre P' est intitulé : lesdi-jîuitions; il est en effet des- tiné à définir les idées générales qui doivent entrer dan« les raisonnemens de l'auteur, telles que la sociabilité , la civilisation, la liberté, le despotisme, les constitu- tions, etc. Suivant M. Massabiau, la constitution d'un peuple est l'ouvrage de la nature et des choses; le législa- teur ne la crée pas; il la voit et s'y conforme; de là, le gouvernement ou Tinstitulion politique. Ce n'est pas la forme de cette institution qui la rend despotique; on peut r^tre esclave par les loi? et les institutions, aussi bien que par le caprice d'un homme. Après ces notions préliminaires , l'auteur remonte à l'o- rigine des sociétés politiques. Il ne la voit point dans un contrat formé par la volonté libre de tous les membres du corps social, mais dans la force qui les contraint à subir les conséquences des diverses positions où ils se trouvent, et qui produit ainsi la diversité des formes du gouvernement. Il trouve partout une souveraineté défait établie par la na- ture des choses; en quelque endroit qu'elle réside, c'est le point d'appui nécessaire de la puissance sociale : il faut la laisser où elle se trouve; on ne saurait la déplacer; et tout ce qu'on peut faire est de l'entourer d'institutions sages qui, la dirigeant vers le bien commun, la rendent souveraineté de droit ou légitime. Recherchant ensuite quel est le principe des gouverne- mens, il établit qu'il est le même pour tous. Il peut y avoir ET POLITIQUES. À91 plus d'honneur dans l'un, plus de vertu dans l'autre; mais c'est là l'esprit du gouvernement, qui varie nécessairement ; ce n'en est pas le principe, qui est uniforme, et que l'au- teur place dans la crainte des lois. De là, il passe à l'examen des causes particulières qui peuvent influer sur la liberté. Le climat et le terrain ne lui paraissent exercer qu'une influence secondaire. Toutefois, il trouve que les climats tempérés où la sensibilité est mo- dérée, et les terrains fertiles qui, invitant l'homme à la culture, le disposent à plier son indépendance au joug des lois, sont les plus favorables à la liberté. Ce n'est pas non plus telle ou telle religion ; ce ne sont pas même les institutions politiques qui, suivant lui , pro- duisent la liberté. Seulement, les institutions sont néces- saires pour la défendre. Mais quelles seront celles qui at- teindront mieux ce but? Ici, l'auteur ouvre une théorie nouvelle. Il cherche à prouver que l'unité du pouvoir sou- verain est indispensable pour le bien de la société. Il ne voit que des inconvéniens dans la division de la souverai- neté, dont il examine les conséquences dans les différens gouvernemens. Le pouvoir doit être un et concentré dans le monarque, et il ne doit y avoir de division que dans son exercice. L'auteur arrive enfin à ce quil regarde comme la véri- table source de la liberté; c'est la civilisation, que tant d'autres ont regardée comme la source de l'esclavage. Elle détruit la république et perfectionne la monarchie , qui lui paraît le meilleur gouvernement; elle place le monarque dans une situation telle, que sa volonté est naturellement droite ; elle porte au plus haut degré la puissance de l'opi- nion publique, et elle augmente ainsi la force morale des na- ttons, en même tems qu'elle ôte à chaque individu cette vio- lonce et celte barbarie incompatible avec la liberté de tous. A92 SCIENCES MORALES Cette monarchie civilisée, premier fondement de la li- berté , doit être entourée d'institutions prises dans sa na- ture. Telles sont, suivant l'auteur, un conseil national élu par le peuple, non pas pour partager le pouvoir souve- rain, mais pour conseiller le monarque et l'éclairer par une discussion libre; une cour suprême, xlépositaire des lois, chargée de leur enregistrement et autorisée à refuser cette formalité, toutes les fois que la loi n'aurait pas été soumise à la discussion du conseil national. On voit qu'il y a dans tout cela un mélange des anciens parlemens, du tribunal, de la constitution de l'an 8, et du sénat conservateur de l'empire. Du reste, M. Massabiau regarde la noblesse purement héréditaire comme repous- sée par l'opinion €t la force des choses; il voudrait une noblesse, moitié personnelle, moitié héréditaire, c'est-à- dire, que les enfansd'un noble fussent nobles eux-mêmes, quand ils auraient rendu des services à l'état. Dans le livre dernier, M. Massabiau traite de la légiti- mité, considérée comme le droit exclusif d'une famille au trône. II la regarde comme inséparable delà souveraineté. Il recherche comment elle peut se prescrire, et quels moyens la dynastie légitime peut employer pour remonter sur le trône , tant que la prescription n'est pas acquise. Il exclut de ces moyens la guerre civile et la guerre étrangère. On voit qu'il n'a pas reculé devant les difficultés et qu'il n'a pas craint d'aborder franchement les questions les plus déli- cates ; celles dont on peut dire, quand on ose les soumettre à la discussion : Incedo per ignés suppositos cinere doloso. ï)vvm , apocat. Observation.— C'est sans doute le désir d'être bref quia engagé le savant auteur de cet article à se borner à une simple exposition de V Utopie imaginée par M. Massabiau, liT POLITIQUES. Ayj cl qui l'a einpoclié de discuter les principes asso/. siiigulicrs, conlcnufl dans Ci; livre. Pcul-riro, en rendant jusiico ixux bonnes intentions dont I\l. IMas.s;tbiau semble animé, pcn- scra-t-on que les iostilutions dont il donne l'idée scraicnl loin d'atteindre le bntqn'i! se propos»-; que, par e.tcniplo , ce corps, qui n'est ni nianJalnirc ., ni rtipiysi ntant du peuple, et qui est destiné uniquement adonner desconseils ausouverain, est revêluici d'une influence toul-à-fait ima- ginaire; car, ainsi que le dit M. Rlassabiau lui-niûnic :«Un conseil ne produit d'autre obligation, pour qui le reçoit, que celle de l'examiner de bonne foi , et de s'y conformer , s'il lui paraît sage. » Or, on sait par expérience que trop souvent les boniines revelus de la puissance eoniplenl cette obligation pour peu de cliose ; mais M. ftlassabiau est doué d'une grande confiance dans lepouvoir ; celleconfiance pc-iM avoir sa noblesse, quand on ne livre que ses intérOtsparlicn- licrs; mais il faut peut-être y regarder de plus près, qnand il s'agit de l'inlérêt des peuples et de ceux de la liberlé. Nous pensons que M. Massabiau les a presque entièrement sa- crifiés. C'est à son insu sans doute, et il s'est lait ilbision ;\ lui-même; mais cette illusion est grande; car les insti- tutions qu'il nous offre, et qu'il croit si parfaitement con- formes i\ l'esprit du siècle, nous raineneraitMit i\ peu près, sinon pour les mois, du moins pour les cboscs, au régime politique que 1789 a délrnil. Note d. K. (W\^ V»*** W**%A' W Des Instituts d'IIofwyl , considérés plus particu- liércmcnt sous les rapports qui doivent occuper la pensée des hommes d'étal ; par le comlc L. \m V. ( i ) . Lies établissemcns que M. de Fellenbcrg a formes ù {v) Gcuèvo, i8îi. ï vol. in-8» de ao() pap. J. J. Pasclioud , li- braire. Paris, mômr maison de commerce, ï\k do Sciiii- , n" /jH. Trix , ^ fr. , d "> l'r. G5 conl. par h» posle. A9A SCIENCES MORALES Hofwyl, à deux lieues au nord de Berne , ont été, dès leur origine, depuis pvèè de vingt ans, l'objet de l'atten- tion de tous les homuîes qui s'intéressent aux progrès des deux arts éminemment nourriciers du corps et de l'ame , de Vagricuhure et de Vèducatiou. La manière dont le fondateur de ces instituts a essayé de faire servir les tra- vaux de l'un, à seconder les soins et à assurer les succès de l'autre, a surtout frappé les esprits auxquels n'a pas échappé toute l'étendue des lacunes et des défauts de nos anciens systèmes d'instruction. Tendance presque entière- ment intellectuelle, sans influence satisfaisante sur la for- mation du caractère et des habitudes vertueuses; ensei- gnement du peuple à la fois incomplet et surabondant , qui n'était propre ni ù lui faciliter l'accomplissement des devoirs de sa condition, ni à lui faire trouver contentement d'es- prit et bonheur dans des travaux , ou humbles , ou pénibles ; préparation des classes supérieures de la société au rôle que leur position et le bien de l'état leur destinent, telle- ment insuffisante et si mal dirigée, qu'au lieu de se main- tenir en possession de cette prééminence de lumières, d'habileté et d'énergie qui seule peut leur conserver, parmi leurs compatriotes, leur prépondérance dans l'intérêt de l'ordre et de la civilisation, elles se virent envahies et supplantées, sans trouver en elles-mêmes les moyens de résistance et d'ascendant que donnent les connaissances et la force de caractère ; ces vices , inhérens à l'ensemble de nos anciennes institutions scolastiques, avaient été mis en grande et désastreuse évidence par les événemens dont nous avons été victimes ou témoins. M. de Fellenberg, appelé, par sa naissance et par son mérite personnel, à parcourir, dans l'ancien canton de Eerne, toute la série des charges et des dignités de l'état, est du petit nombre des hommes de son rang, qui , au lieu ET POLITIQUES. A95 d'attendre de secours étrangers, de l'emploi de la force ou de la ruse j delà lassitude, et souvent de l'astucieuse com- binaison de quelques obscures intrigues^ le retour de leur existence et de ses jouissances matérielles ou de Tanité, turent excités , par le spectacle des folies, de la déraieon et des ci'imes de leurs contemporains, ù réfléchir plus mûrement sur les causes de l'affaiblissement des liens sociaux et sur les réformes à opérer dans un régime civil et pédagogique qui avait porté de si tristes fruits. Re- montant aux sources des désordres qui ont détruit l'effet des intentions les plus pures et des plus généreux sacri- fices, comme des plans en apparence les plus sages, M. de Fellenberg reconnut, avec tous les bons esprits qui ont médité sur la nature de l'homme et sur les véritables moyens de satisfaire à ses besoins, que c'était vainement que nous demanderions à de pures modiOcations de formes politiques le remède des maux invétérés qu'un meilleur système de développement et de direction de nos facultés morales pouvait seul guérir. Après avoir, à l'époque de la révolution de la Suisse, en 1798, fait d'infructueux essais pour être utile à une patrie qui, gémissant sous le poids de l'oppression étrangère, avait encore à déplorer le dis- sentiment de ses meilleurs citoyens sur le choix des moyens de salut; M. de Fellenberg se voua à la vie privée, et crut pouvoir, mieux que par son activité politique, payer sa dette à son pays natal, en formant le double plan de fonder une meilleure éducation du pauvre, appuyée sur les procédés d'une agriculture perfectionnée, et de contribuer au repos comme à l'amélioration du corps so- cial, en élevant des jeunes gens des classes supérieures à la hauteur de leur vocation, par le développement le plus complet des facultés de leur cœur, de leur caractère et de leur intelligence. A96 SCIENCES MORALES Les établisseinens destinés à réaliser ces vues généreuses ont été décrits et jugés dans un grand nombre d'ouvrages , la plupart aussi recomuiandables par leur mérite que par le nom de leurs auteurs. La Ferme modèle ^la Ferme expéri- mentale^ les Ateliers de fabrication et de -perfectionnement des mécaniques agricoles ont trouvé , dans M. Charles Pictet de Rochemont ( un des rédacteurs des Bibliothèques britannicjue et universelle^., un approbateur éclairé; dans M. Thaer, auteur des Annales d'agriculture, un juge ù la vérité très-compétent, mais peu équitable, et prononçant, sur des rapports incomplets, avec des préventions défavo- rables; dans MM. Hofmann etScheffold, Ruenzliet Vetsch envoyés àHofwil parleurs gouvernemens; dans MM. Esclier de Eerg , le baron d'Imhof et Schwerz qui ont publié les résultats d'observations faites avec beaucoup de soin , des appréciateurs scrupulcjx et profondément versés dans toutes les parties de l'agronomie. U Ecole d' industrie pour les jeunes garçons paut-'ies a été l'objet de deux rapports publiés chez Paschoud. L'un est adressé ùla société d'agri- culture du canton de Yaud, par M. le professeur Chavannes; l'autre, offrant un tableau complet de l'école des pauvres, a été rédigé (au nom d'une commission établie pour l'ins- pection de cet institut) par M. Rengger, un des hommes d'état les plus respectables et des écrivains les plus dis- tingués de la Suisse. i^£co/^poMr /^s ci«sses sM/j^/^'eMr^sc^g ^ société j V Institut spécial d'agriculture et V École normale ont moins fréquemment occupé la plume des voyageurs et des journalistes. Les meilleurs renseignemens qui aient été donnés sur leur but , leur organisation et leur exten- sion progressive, doivent être puisés dans les cahiers, ac- compagnés de planches, que M. de Fellenberg a mis au jour lui-même , sous le titre de Feuilles d' économie ru- rale d'Hofwyl, et qui ont paru dans les années i8o8, i8og, ET POLITIQUES. Â97 iSio, 1813 et [817. Un coup d'oeil général a été jeté sur Tensemblc des établissemens d'Hofwyl par M. le comte Capo d'Islria (1), par M. Jullien de Paris [j), et par M. Simond, le spirituel auteur du Voyage d'un Français en Angleterre. M. Simond a jugé Hofwyl avec la sagacité, le calme, l'impartialité qui le distinguent. Ses observations, très-favorables à M. de Fellenberg, ont été insérées dans la Revue d'Edimhourgdu mois de novembre 1820. Toutefois, aucun de ces écrits n'offrait, soit un tableau complet des instituts d'Hofwjl, et des résultats de leur in- fluence réciproque, soit l'exposé de leur état actuel et les pensées que leur utilité présente, ainsi que leur avenir probable, doivent faire naître dans l'esprit de l'homme d'état et de l'ami de l'humanité. Cette lacune vient d'être remplie par l'auteur de l'ouvrage que nous sommes heu- reux de pouvoir indiquer aux personnes qui désireraient connaître les établissemens de M. de Fellenberg, et ap- précier l'influence qu'ils exercent sur leurs élèves, et qu'ils exerceront infailliblement partout où l'on formera des ins- (1) Le rapport présenté par ce ministre à l'empereur Alexandre, ainsi que tous les ouvrages relatifs à Hofwyl, cités ici, se trouvent chez J. J. Paschoud , à Genève, et à Paris , rue de Seine , n" 48. (2) Précis sur les instituts d éducation et d'agriculture de M. de Fellenberg. Paris, 1817. In-S". Empreint du même amour du bien et des vues philantropiques qui ont inspiré l'auteur des intéressans et utiles ouvrages sur la Méthode d'éducation de Pestalozzi (Milan, i8i2. 2 vol. in-8») , sur un P/a7z d'éducation pratique (Paris, 1808. In-i"), SMT V Emploi du tems (en deux parties ; une théorique dont la a* édition a paru en iSio, l'autre pratique, sous les titres de : Mémorial horaire ou Biomètre , et de : Agenda général, 5» édition i8i5), et sur la Philosophie des sciences. Ce Précis sur Hofwyl, extrait du Journal d'éducation (novembre, 1816. Chez L. Colas^^, fait particulièrement bien connaître l'esprit qui a présidé à la créa- lion des instituts d'Hofvvyl. Tojir. XI. 32 A98 SCIENCES MORALES titutions sur leur mocR-le , en tenant compte des ressources et des localités. M. le comte Louis de Villevieille avait déjà, il y a plusieurs années, publié des observations sur les procédés agronomiques suivis par M. de Fellenberg ; elles sont con- signées dans une lettre adressée aux rédacteurs de la Bi- bliothèque britannique , sur le parti que le midi de la France peut tirer des moyens et des méthodes agricoles d^HofwyL Comme il a séjourné à différentes époques à Hofwyl , et prolongé ses séjours tout le tems nécessaire pour faire une étude approfondie des établi^semens de M. de Fellenberg , aucun Français n'était mieux en état que M. de Villevieille d'exposer à ses compatriotes ce que leur fondateur a voulu et ce qu'il a fait. En s'acquittant de celte tâche avec autant de talent que de fidélité, il a eu égard à deux différentes classes de lecteurs , qui se ver- ront satisfaits également. Ceux qui ne veulent qu'avoir une idée générale, mais exacte et nette, d'institutions dont on parle tant sans les bien connaître, trouveront, dans la première partie de l'ouvrage (p. 6-70), qui en est comme le texte , un tableau rapide et animé des neuf dif- férens instituts que M. de Fellenberg a créés successive- ment, ainsi que l'exposé succinct des vues qui ont pré- sidé à leur établissement, et d'après lesquelles ils ont été coordonnés de manière à se prêter, tout en conservant chacun son indépendance, un mutuel et bienfaisant appui. Des notes, placées à la suite de ce texte ( p. 71-209), of- frent de plus amples développemens aux personnes qui désireront avoir une connaissance plus détaillée des con- ceptions et des établissemens du propriétaire d'HofwyL L'ouvrage de M. le comte de Villevieille étant déjà lui- même un résumé concis de ses observations , un exposé succinct bien que lumineux et plein d'intérêt des réflexions ET POLITIQUES. A99 qu'Hofw^fl , dans son état actuel , et surtout dans son avenir et dans les institutions analogues dont il provo- quera hx création, suggère à un ami du bien, pénétré du l'importance de cet ensemble d'instituts pour l'améliora-^ tion physique et morale de toutes les classes de la société, nous ne saurions en faire une analyse complète , sans en copier une grande partie et sans dépasser les limites que le plan de ce recueil ne nous permet pas de franchir. Nous devons nous borner à appeler l'attention de nos lecteurs sur quelques-unes des parties saillantes du tableau que M. de Villevieille offre aux hommes qui s'intéressent aux progrès des deux arts incontestablement les plus nobles et les plus utiles, puisque de leurs principes et de leur état de perfection dépendent, en définitive, également le bonheur individuel et la prospérité publique. 1° La ferme-modèle est l'ensemble de toutes les pro- priétés de M. de Fellenberg à Hofvi^yl. Il se propose d'y montrer l'exemple d'une agriculture portée au plus haut point de perfection dont soit susceptible l'exploitation du terrain qui est à sa disposition. Le cours d'assolement de quatre années , introduit à Hofwyl , produit beaucoup plus de céréales qu'aucun autre assolement usité en Suisse. Au moyen de son semoir , M. de Fellenberg économise près de la moitié sur la quantité ordinaire de la semence. M. de Villevieille pense que, si l'agriculture de M. de Fellenberg était adoptée , partout où les localités permettraient cette imitation, la Suisse produirait, tant en grains qu'en pommes de terre, qui entrent Dour un quart dans la culture d'Hof- wyl, tout ce dont elle a besoin pour sa subsistance, et se verrait délivrée de la dépendance où elle se trouve aujour- d'hui à cet égard des pays voisins. 2° Ferme e?:périmentale. Des portions du sol , dissémi- nées et qui forment à peu près la vingtième partie des 500 SCIENCES MORALES propriétés foncières de M, de Fellenberg soumises aus travaux aratoires, sont consacrées à un cours systéma- tique d'expériences agricoles , destinées à éclaircir succes- sivement toutes les questions qui divisent les agriculteurs éclairés. Chaque année, on rend à la terre plus qu'on ne lui enlève; on augmente la proportion de Vhumiis dans les parties intégrantes du terroir, et l'on ajoute à la pro- fondeur du sol ameubli. Les grains de M. de Fellenberg augmentent chaque année de qualité , comparativement à ceux de ses voisins; la proportion entre la semence et les grains récoltés est chaque année plus favorable , et , chaque année aussi, la terre devient plus meuble, par l'effet combiné des amendemens et des travaux aratoires. Quoique ces faits prouvent suffisamment que M. de Fel- lenberg n'est point dupe d'idées spéculatives , on ne pourra juger des résultats de ses procédés et de l'emploi de ses mécaniques perfectionnées , que lorsque son sys- tème d'agriculture sera exécuté par des ouvriers formés exprès et élevés avec intention par l'auteur du système lui-même; ce qui arrivera à l'époque où les élèves de l'école d'industrie pour les pauvres auront remplacé les ouvriers auxquels M. de Fellenberg est encore obligé d'a- voir recours , et qui sont trop accoutumés à l'ancienne routine , pour qu'on puisse espérer de leur faire adopter d'autres procédés. Nous ne pouvons qu'indiquer les sections du texte et les notes qui concernent deux autres établisscmensd'Hofwyl, désignés sous les titres : 3' à^itelier^e fabrication des ins~ trumens d'agriculture ; et A" CC atelier de pei'fectionnement des mécaniques agricoles. En combattant la doctrine de Mallhus , sur la contrainte viorale , par laquelle une grande partie de la population , dans les états civilisés , se Terrait condamnée au célibat, comme seul moyen de pré- IST POLITIQUES. 601 veuir les effets désastreux qui, selon M. Malthus, doivent être le résultat inévitable de la disproportion d'accroisse- ment, établie par les lois de la nature entre la population, croissant en proportion géométrique , et les produits de l'agriculture , augmentant tout au plus en proportion arithmétique, M. de Villevieille s'appuie de l'opinion de M. de Fellenberg, qui propose à sa patrie, tourmentée d'un excès de population, de faire, en nationalisant ses méthodes, correspondre les progrès de l'agriculture avec ceux de la population. Pour donner à celte opinion plus, de poids, M. de Villevieille atteste que, dans l'espace de vingt- deux années, M. de Fellenberg a quadraplé le re- venu net du domaine d'Hofwyl, et en a porté le produit brut au sextuple. L'esprit du philantrope, effrayé des calculs de M. Mal- thus, aime sans doute à se reposer sur cette perspective d'augmentation des progrès agricoles, qui marcherait de Iront avec les progrès de la population et les devancerait même, si le système d'agriculture de M. deFellenberg pou- vait étendre ses conquêtes sur les domaines de l'ignorance et de laparesse. Toutefois, les plus douces jouissances atten- dent l'ami de ses semblables, à la lecture des pages consa- crées au cinquième des neuf instituts (î'Hofwyl , à V école' d'inçlustrie. pour les jeunes garçons pauvres. Ici, point de promesses, point d'espérances subordonnées à l'action in- certaine de la raison et à l'empire des préjugés, d'autant plus opiniâtres qu'ils sont plus opposés aux vrais intérêts des cultivateurs et de la société. Dans l'institut d'éduca- tion des pauvres, à Hofwyl, on trouve réalisé le projet de faire de jeunes garçons pauvres, admis à cinq ans dans l'é- tablissement, des agriculteurs éclairés et vertueux qui, à vingt ans, soient, parles connaissances et. les habitudes acquises, au niveau de leur besoin, et un modèle à pro- 502 SCIENCES MORALES poser aux hommes de leur condition, api-ès avoir, au moyen des produits de leur travail pendant les cinq der- nières années de leur séjour à l'école, remboursé tous les frais de leur éducation. L'instruction y est éminemment •eligieuse, et embrasse tous les objets, tous les travaux Je l'esprit et des mains, qui peuvent éclairer les élèves sur leur position dans la société, la leur faire chérir, leur inspirer l'amour de leurs devoirs et leur en faciliter l'ac- complissement raisonné, joyeux et zélé. Elle est de tous les momens , au milieu des occupations extérieures; on saisit toutes les occasions de les former à la justesse du coup d'oeil , à l'adresse manuelle , à l'exercice libre et rationnel de leur intelligence ; on est bien plus soigneux encore de n'en laisser échapper aucune , soit de se servir du spectacle de la nature pour retracer i leur pensée la grandeur et la bonté de Dieu , soit de leur donner à pro- pos, sur les phénomènes qui s'offrent à leur observation, des notions simples, exactes, propres à les prémunir contre les erreurs populaires. Au nombre de vingt-cinq à trente, ils n'ont qu'un seul instituteur, l'excellent et dans la plus humble fortune, sans le savoir déjà célèbre, Wehrli, qui est bien plus leur frère aîné, leur guide, leur compagnon de travail, de privations et de jouissances, que leur chef et leur maître. Tandis que les mains des en- fans et les siennes s'exercent à la maison ou dans les champs, il fait rouler l'entretien sur tous les objets qui peuvent occuper leurs pensées utilement, pour l'acquisi- tion des connaissances indispensables à leur vocation et pour leur amélioration morale. Faire servir à l'éducation de l'enfant du paysan -cette même agriculture, dont les opérations absorbent tout son tems dès l'âge de dix ans, ou même plus tôt, et semblent être incompatibles avec une instruction favorable au développement suffisant de ses ET POLITIQUES. 50S facultés morales , cette idée fondanaentale de M. de Fel- leuberg était, pour ainsi dire, sanctionnée d'avance par l'histoire comparative des peuples livrés aux occupations de la chasse et de la pêche, aux soins de la vie pastorale, aux entreprises du commerce ou de la gudrrc et des peu- ples agricoles, incontestablement supérieurs aux autres, par des mœurs à la fois douces et fortes , une santé meil- leure, une énergie plus soutenue, une activité mieux ré- glée, des habitudes d'ordre, de sobriété, de tempérance et de justice. Le travail est le grand moralisateur de l'homme; mais le travail des champs a des avantages qui lui sont particuliers, et que M. Ch. Pictet a singulière- ment bien caractérisés dans ses Observations sur les moyens que T agriculture fournit à l'éducation (i). Ces réflexions montrent avec une telle évidence combien l'idée fonda- mentale sur laquelle repose l'école des pauvres à Hofwyl, est une idée belle et heureuse qu'il nous paraît utile d'en offrir ici le résumé , et comme moyen de mieux apprécier les vues de M. de Fellenberg , et comme motif d'imitation pour les propriétaires qui, en combinant les travaux a'gri- coles avec l'enseignement sur le modèle d'Hofwyl, se- raient, par de bien légers sacrifices, à portée d'ouvrir, dans leurs domaines, à la population indigente, une source infaillible de contentement et de vertus, ainsi que de s'as- surer pour eux-mêmes une pépinière d'ouvriers intelligens, actifs et honnêtes. L'exercice continuel, en plein air et dès l'enfance, rend l'homme plus robuste, plus insensible aux variations de la température. Le succès des travaux du laboureur dépend (i) Voyei le ou» vol. de la Biblioth. Britannique, division : liUé- rature. 50a sciences morales (le la faveur du ciel ; il doit l'implorer ; il vit d'espérance : lorsqu'elle est trompée, il se résigne. S'il est laborieux, régulier, tempérant, il prospère : son intérêt lui recom- mande des vertus qui garantissent son bien-être. Les phé- nomènes qui se passent sous ses yeux, et qui influent si puissamment sur le résultat de ses soins; les qualités, les élémens, la situation du terrain qui reçoit ses sueurs et sa semence, sont l'objet nécessaire d'observations et de combinaisons qui exercent son intelligence et l'accoutu- ment ù réfléchir pour tâcher de prévoir et de prévenir, de profiter des chances propices, ou d'obvier à- des accidens possibles. Les diflicultés qui font acheter le succès, les mécomptes souvent répétés, sont autant de leçons pour les enfans. La vie en est remplie, et l'apprentissage s'en fait avec moins d'amertume, dans un art qui s'exerce sous l'influence im- médiate de la nature. L'habitude de la résignation , de la patience, du courage, doit se former dans une éducation où l'enfant est sans cesse sous la main de la Providence, et comme en regard avec elle, où les merveilles de la création se renouvellent incessamment sous ses yeux, où il agit, pour ainsi dire, sans intermédiaire entre Dieu et lui, et où l'espérance renaît dans son cœur presque ajussitôt qu'elle est détruite. La propriété acquise par le travail inspire le respect des droits d'aulrui; elle double l'activité; elle donne un but à l'économie et du charme à la prévoyance. Ce sentiment de la propriété entre aussi comme moyen dans l'éducation des indigens d'Hofwyl. Chacun d'eux possède un petit jardin , un arbre et ses fruits, les produits de son glanage, les graines qu'il a recueillies; chacun a ses instrumens à part, ses outils à soigner; enjSn, une partie des salaires ET POLITIQUES. 50» qu'ils sont capabies de gagner, est appliquée à un fonds qu'ils trouveront un jour, lorsque l'emploi leur en sera utile. , Le cultivateur a le privilège d'obtenir des succès qui ne coûtent rien aux autres; ses vœux sont les vœux de tous ses émules; leurs désirs, leurs espérances, ne se croisent en rien. Loin de donner lieu à cette contagion des senti - mens haineux qui empoisonnent le caractère et qui trou- blent la vie , l'agriculture est , pour les enfans des pauvres, une école de sociabilité, de dispositions douces et secou- rables dans leurs relations de tous les momens. La disci- pline exacte à laquelle ils sont soumis à Hofwyl, celte vie encadrée et comme divisée en compartimens, où chaque devoir, chaque occupation a sa place, formeront des hommes pour lesquels l'ordre sera un besoin. Tout ce que leur conduite en bien ou en mal, tout ce que l'eûet des conversations du chef de l'école avec ses élèves offre à son observation d'important à reinarquer, tout ce qui peut devenir motif de changement ou de per- sévérance dans le plan d'éducation adopté par le fondateur, et suivi avec tant de dévouement par son digne collabora- teur, est consigné avec candeur dans un journal que ce dernier tient très-régulièrement. Rien à la fois de plus touchant et de plus instructif que les extraits du journal de "Wehrli, que M. Piengger a insérés dans son écrit sur l'école des pauvres à Hofwyl, écrit rédigé au nom d'une commission nommée pour prendre une connaissance ap-- profondie de cet admirable institut, et dont les membres ont vécu plusieurs jours au milieu des enfans, du matin au soir, pour observer les exercices de religion , les travaux des champs , les occupatioi>s sédentaires , les repas , les jeux des élèves, enfin leur instruction , qui embrasse la pratique de l'agiicûlturc, la lecture . l'écriture, l'arithmé- 506 SCIENCES MORALES tique , quelques notions de grammaii-e et de géométrie (celle-ci, principalement, comme servant Je base à l'ar- pentage , l'histoire naturelle dans ses rapports avec Tagri- culture), un abrégé de l'histoire et de la géographie de la Suisse et la musique élémentaire. Cette dernière partie de l'enseignement n'est nullement envisagée à Hofwyl comme une espèce de récréation ou dehors-d'oeuvre, mais comme élément essentiel de l'ins- truction, ou plutôt de V éducation que M. de Fellenberg distingue soigneusement de V instruction. L'éducation est l'ensemble des moyens propres à opérer le développement des facultés de l'élève, et à leur imprimer une direction conforme à sa noble destinée, et ne comprend l'instruc- tion au nombre de ses moyens, qu'en qualité d'un instru- ment, dont l'action doit être coordonnée à celle des autres ressorts, et subordonnée à la grande fin de l'anoblissement moral de l'homme. L'expérience d'Hofwyl a prouvé que le chant est, pour tous les enfans, un moyen puissant de civilisation et de sociabilité, un moyen de les accoutumer à une règle , à une coopération calme et harmonique , un moyen de modérer les élans desordonnés, d'épurer les sentimens et d'élever l'ame à de hautes pensées (i). Il sert en particulier efficacement à adoucir les affections , à ré- jouir plus dignement le cœur, à assouplir, pour ainsi dire, le naturel grossier d'enfans tirés en partie de la classe des mendians, et qui ont apporté dans l'école d'industrie des formes rudes et abjectes , souvent même le germe d'ha- bitudes vicieuses. La plupart d'entre eux savent par cœur une centaine d'hymnes, de cantiques, de chansons de composition très-variée, quelques-unes pleines d'une gaîté (i) Voyez , sur la Jestinalion et l'influence morale de la musique ; Esprit de la mcl/iodc de Pcslalozzi (Milan , iSi 2} , Tom. II , p. aSa ït suiv. ET POLITIQUES. 507 à la fois naïve et spirituelle , toutes d'une tendance par- faitement morale. La littérature allemande est particulièrement riche en mor- ceaux de poésie aussi élerée qu'adaptée à l'intelligence la plus commune. Les hymnes de Gellert, de Lavaler, de- Rrummacher, etc., remplacent, ùHofwyl, les chansons insignifiantes, frivoles, immorales, dont les champs re- tentissent ailleurs; et, partout où les vrais amis du peuple voudront s'occuper de ce grand moyen de son perfection- nement moral, avec un soin proportionné à sa haute im- portance, des chants propres à nourrir l'ame d'une joie pure et de bons sentimens, peuvent remplacer ces chan- sons sales et dégoûtantes qui font d'un des plus puissans organes de la sagesse et de l'enthousiasme divin , un des instrumens les plus funestes, les plus actifs de dégradation et d'abrutissement des classes inférieures. Comment, sans une coupable légèreté, laisser au hasard le choix d'un moyen d'éducation si efficace ? Comment lîvre-t-on aux passions abjectes ou destructives, au vice et à la frivolité, l'usage d'un levier dont les premiers lé- gislateurs s'étaient emparés avec tant de prévoyance et de succès? Le besoin qui nous est inné, d'exprimer nos pensées et nos sensations en sons mesurés et mélodiques, est un des ressorts que l'éducation ne peut négliger dé faire servir, par un emploi raisonné et par une prudente coordination avec ses autres agens, sans manquer à l'un des devoirs le plus clairement indiqués par l'auteur de notre organisation physique et intellectuelle. Qui pourrait, sans émotion et sans un sentiment profond de la vérité de ces réflexions, lire ce récit extrait du journal du digne Wehrli. « L'automne dernier, dit-il, je me promenais avec mes enfans au clair de la lune : l'un d'eux s'écria que la lune paraissait d'un beau rouge au-dessus du lac; alors 508 SCIENCES MORALES Uiî autre enlouna spontanément l'hymne qui commence par ces mots : Elle se lève avec viajesté • elle brille d'un doux éclat. ^ Cet été, quand mes enfans voyaient venir un orage, ils chantaient l'iiymne dont les premières pa- roles sont celles-ci : « Dieu tonnes et moi je suis sans crainte. » Un de leurs cantiques favoris est celui qui commence ainsi : « Le teins que Dieu nous a-ccorde s' en- fuit avec rapidité , » et nous le chantons toujours pour la clôture de notre entretien du samedi au soir. Lorsqu'on réfléchit au pouvoir magique de la mélodie sur notre ame ; lorsqu'on a éprouvé quelles idées d'infini , quels désirs secrets et ineffables, quel dégoût des trivialités de la vie, réveillent en nous la bonne musique , on dirait qu'elle nous rappelle notre véritable patrie, et qu'elle nous frappe, pour la cité céleste, de celte nostalgie que le ranz des raches donne aux habitans des montagnes , exilés dans les plaines de l'étranger. Tout propriétaire instruit, qui passe une grande partie de l'année à la campagne, peut, s'il joint à l'amour du bien quelqu» force de caractère et de volonté , fonder dans son domaine une école de pauvres, sur le modèle de celle d'Hofwyl, compter sur leur travail pourle remboursement de ses frais, et jouir, en récompense d'une avance légère et d'une très-facile surveillance, de l'inexprimable bon- heur d'avoir arraché au vice et au malheur trente à qua- rante infortunés qui donneront l'exemple des vertus ap- propriées à leur condition, là où ils auraient peut-être reçu et propagé les germes de la corruption et du mécon- tentement, de l'envie et de la fainéantise. II faut voir, dans l'ouvrage de M. de Yillevieille, les conditions aisées à trouver et peu nombreuses, qui sont indispensables pourle succès d'une école d' industrie modt\i:e sur celle d'Hofwyl. ET POLITIQUES. 509 Nous voudrions pouvoir nous arrOtcr sur l"cxposé qti'il fait des pensées qui ont dirige le fondateur dans la con- ceplibn et l'executioD de ses deux principaux instituts, l'école des pauvres et l'institution qu'il a destinée à l'édu- cation de jeunes gens appartenant aux classes supérieures de la société. Celle-ci, dans l'ordre d'énumération adopté par M. de Villevieille, occupe le septième rang ; Vécole pour les filles pauvres^ à laquelle il assigne le sixième , n'existe encore qu'en projet, ne pouvant être instituée que lorsq-uè l'achèvement de quelques mesures prépara- toires permettra de la placer dans un bâtiment d'attente déjà construit. On a reproché à M. de Fellenberg de n'avoir point songé aux classes mitoyennes, et de s'être borné à offrir ù celles qui dominent dans la société les moyens de co:i- scrver ou de recouvrer leur prépondérance , par un déve- loppement plus complet et mieux dirigé de leurs facultés morales et de leurs ressources matérielles. L'unanimité mêtîie des suffrages qu'a obtenus son école des pauvres , n'a point désarmé la sévérité des censeurs des intentions et des créations du propriétaire d'Hofwyl. Ils ont persisté à lui supposer des vues personnelles qu'une noble bienfai- sance , exercée envers des êtres abandonnés, et des rela- tions établies avec des familles riches etpuissainteSj étaient seules propres à satisfaire. Sans rappeler ici à ces détrac- teurs, qu'il serait assurément fort désirable que les hommes doués des vertus et.de la persévérante activité de M. de Fellenberg ne fussent jamais animés d'une ambition moins généreuse , on peut leur faire observer d'abord , qu'une trop grande étendue de plan était le plus sûr moyen d'en empêcher le succès, et que les classes qu'on regrette de voir négligées par le fondateur des instituts d'Hofwyl sont tout juste celles qui , par suite de leur position et de l'état 610 SCIENCES MORALES ^actuel des institutions européennes , trouvent le plus de secours et courent le moins de danger dans la carrière de leur développement physique et moral; tandis que, par des causes diverses, mais également funestes , la dépra- vation des mœurs , l'affaiblissement de l'énergie native et -le défaut d'aptitude aux fonctions difficiles, menacent ,prin(-ipalement les classes placées aux deux extrémités de la chaîne sociale. Le plan d'éducation suivi dans l'école des pauvres à Hof- vvyl tend à inspirer le goût de leur état à ceux qui y sont admis , et on n'aurait garde de s'en écarter, à moins qu'un des enfans n'annonçât le germe de talens transcendans. Dans ce cas, M. de Fellenberg, convaincu que rien de ce que la Providence nous accoï-de avec une prudente éco- nomie ne doit être perdu pour la société, se ferait un de- voir de le placer, à ses frais, dans l'institut des classes supérieures. Quant aux autres enfans, on cherche, à Hof- wyl, à les retenir dans la carrière à laquelle leur position les appelle, en leur fournissant les moyens d'y vivre con- tens d'eux-mêmes et de leurs travaux. On s'occupe à étouffer en eux le germe de sentimens haineux et de dispo- sitions envieuses; on écarte sévèrement toute instruction mutile , en ne leur refusant aucune des connaissances qui peuvent les aider à fournir leur carrière avec plus de suc- cès. M. de Fellenberg pense que chaque homme porte en lui un capital, le plus précieux de tous, l'ensemble de ses facultés. Chaque homme vaut, chaque homme est heu- reux , sert lui-même et les autres , selon que son capital est plus habilement, plus complètement et plus généreu- sement exploité. Ce capital intérieur, exploité dans les classes inférieures avec une tendre et noble sollicitude , les rendra heureuses du bonheur inhérent à leur situation : elles aimeront la tranquillité et repousseront toute idée de ET POLITIQUES, Hi changement. « J'ai vu , dit M. de Villevleillc , j'ai vu ( et cela sans exception ) tous les élèves sortis de l'école des pauvres d'Hofwyl , porter dans le monde un esprit de bien- veillance et de paix, et je les ai vus réunir à un très-vif désir d'être utile , le mépris de toute prétention qui ten- drait à les faire sortir de leur état. » Avoir exposé le but et les résultats de l'établissement que M. de Fellenberg a formé pour développer la justesse de l'es- pritetlesaffectionsdoucesetmoralesducœurdans les classes inférieures, c'est avoir répondu d'avance aux hommes qui voient quelque chose d'incendiaire dans la pensée d'éclai- rer le peuple, et qui proclament son ignorance comme un élément de sa tranquillité et de son bonheur. Si l'exemple d'Hofwyl ne les rassure pas; si celui des Écossais, jadis de tous les peuples le plus séditieux, le plus avide de nou- veautés, devenu, parle bienfait d'une éducation natio- nale que leur dernier parlement leur a légué , le peuple de la terre le plus ami de l'ordre et de la tranquillité, le plus calme, le plus pénétré de ses devoirs, le plus labo- rieux; si cette expérience mémorable et décisive ne peut leur ouvrir les yeux, qu'ils les arrêtent au moins sur les mœurs du peuple, dans les pays où il est ea posses- sion de toute l'ignorance qui leur paraît si désirable, et qu'ils comparent sa conduite dans les troubles politiques avec celle du peuple , dans les contrées où cette instruc- tion qu'ils redoutentest le plus généralement répandue, en Hollande , en Suisse , en Saxe , etc. Ils verront les effets de cette politique qui croit fonder la sécurité des gouver- nemens sur l'abaissement et l'ignorance de leurs sujets , tracés en caractères de sang dans l'histoire de tous les tems, et principalement dans celle de nos jours. Quels sont les hommes les plus paisibles, les plus dociles obser- vateurs des lois ? Ceux dont l'entendement est obscurci par Sl-2 SCIENCES MORALES (les préjuges de tout genre, qiii sont mécontcns de leilt sort et envient celui de leurs supérieurs , que leur incapn- cité rend misérablement dépendans et livrés ù toute espèce de séduction par l'appât d'un gain facile, par l'atlrait de -coupables espérances ? Ne les trouvera-t-on pas bien plus sûrement dans une génération d'hommes formés à l'amour du travail et de l'ordre , instruits à l'école de la nature et -de la religion, connaissant les véritables et utiles rapports des différentes classes delà société, respectant la propriété, parce cpi'ils participent à ses avantages, et possédant en eux-mêmes à la fois les ressources qui peuvent les mettre à l'abri du besoin, et les lumières qui les rendront inacces- sibles aux pièges de la perversité. L' Institut d' è.ducaiion pour les classes supèrieurks de la ■société est placé, à Hofwyl, à côté de l'école des pauvres , comme pour mettre sous les yeux de jeunes gens , destinés à jouir d'une fortune considérable, ce qu'un propriétaire, même avec des moyens bornés, peut faire pour le perfec- tionnement et le bonheur du peuple des campagnes, tout en donnant les soins les mieux entendus à la culture de ses terres et en se ménageant une pépinière d'ouvriers adroits et honnêtes pour l'exploitation plus utile de ses domaines, tandis que les enfans de l'école d'industrie apprennent de bonne heure à connaître leurs véritables relations avec la classe des riches , et à les chercher dans un actif échange de services et de bienfaits. Les mêmes principes ont, au surplus, guidé le fondateur, lorsqu'il s'est occupé de l'organi'i^^tion de ces deux différens éta- blissemens. Mettre les élèves au niveau de leur position sociale par une éducation bien dirigée dont une instruc- tion, n'offrant ni lacune, ni luxe, ni confusion d'objets d'enseignement, serait un des moyens principaux, mais nullement le but : tel est l'objet que M. de Fellenberg s'est ET POLITIQUES. 513 proposé d'atteindre dans l'un et l'autre institut. Persuadé que les classes supérieures ne peuvent conserver leur haute vocation, et que les sociétés ne sont fortes que lorsque ces premières classes appuient leur primauté de Convention sur une véritable prééminence morale, il a cru rendre un service important à l'ordre social ébranlé, en tâchant de réaliser un plan d'éducation qui, en retrempant leur ca- ractère, en les formant au rôle auquel leur situation les appelle, pur des études fortes et par l'habitude d'un travail soutenu, leur rendrait cet ascendant d'opinion qui a reçu de si graves atteintes, et leur conserverait ou les mettrait en état de rétablir cette supériorité de fortune qui tend à décroître, et qui est une des bases indispensables de leur prépondérance (i). Je regrette de ne pouvoir suivre M. de Villevieille dans les détails qu'il donne sur les objets de l'enseignement et sur la marche des études dans cet institut , ainsi que sur l'orga- nisation de ses élèves en une espèce de corporation qui se gouverne elle-même, d'après un règlement fort sage et qui sert à leur inspirer un zèle de bien faire, totalement différent d'une émulation envieuse. Je dois me borner à Tindication de quelques-uns des traits qui caractérisent plus particulièrement cette institution de M. de Fellenberg. L'instruction embrasse toutes les branches de connaissances humaines qu'on i^eui. appeler prépara foires, et les exercices qui donnent de la force et de l'agilité au corps. Aucune science spéciale n'entre dans le plan des établissemens d'Hof- wyl , si ce n'est l'agricultu re pratique et raisonnée , à laquelle (i) Cette disposition à perfectionner l'édiicatioa des enfans des classes supérieures , qui a quelquefois donné lieu d'attribuer a'ix ins- tituts d'Hofwyl une sorte de tendance aristocratique , est néanmoins , à beaucoup d'égards, parfaitement appropriée aux besoins actuels de la civilisation. Jsotc d. R. TOMB XI, 33 514 SCIENCES MORALES un insliliit spécial est [consacré. Les éludes philologiques tiennent une grande place, on pourrait dire le premier rang, dans les cours de l'école de M. de Fellenberg, pour les classes supérieures de la société; et, quand on réfléchit à la nature et au nombre des opérations de l'esprit, de la mémoire, de l'imagination, du jugement qui sont mises en jeu par les savantes combinaisons de l'interprétation et de la critique , on augurera bien de l'aptitude à tous les travaux qui exigent du tact, l'habitude de l'analj'se et une certaine liberté de coup d'œil que les élèves doivent ac- quérir dans les leçons des habiles professeurs de langues et de littérature à Hofv\yl. Les personnes versées dans la biographie des hommes célèbres savent que presque tous ceux qui se sont fait un nom dans l'administration, ou par des conquêtes scientifiques et des créations littéraires , avaient donné, dans leur jeunesse, beaucoup de tcms aux études philologiques. On ne peut, par des raisons analogues, qu'approuver le rôle qu'on fait jouer, à Hofwyl, à la langue grecque, cet instrument si souple et si parfait de la pen- sée, la plus belle des productions de l'homme et la plus féconde en résultats brillans ou bienfaisans , puisque c'est à l'usage de cet organe admirable que les Grecs doivent leur supériorité intellectuelle sur tous les peuples de la terre. Mais, si l'oi'dre de priorité et de suprématie assigné à la langue grecque me paraît motivé par des raisons dé- cisives , je ne crois point que son étude puisse dispenser de celle de la logique qui est exclue de l'encyclopédie propédeutique à Hofwyl. Sans attribuer à la théorie des propositions et des sj'llogismes plus d'importance qu'elle ne mérite, et en avouant que son exposition la plus soi- gnée ne suffit pas pour former un bon logicien , celte doctrine offre cependant des nolions élémentaires que l'homme instruit ne peut ignorer sans inconvénient. Je ET POLITIQUES. 515 dois encore me permettre de réclamer contre l'espèce de proscription qui paraît frapper, à Hofwjl , l'enseignement des principales parties de la philosophie pure et appliquée. Je conçois que les changemens successifs et fréquens qu'elle a subis en Allemagne depuis un demi-siècle, et qui ofit répandu l'inquiétude dans les esprits reli- gieux, et l'incertitude sur le choix des principes qui doivent servir de fondemens à la métaphysique, com- mandent une grande circonspection et beaucoup de réserve dans la direction de cette partie de l'instruction scolaire. Mais il y a moyen de satisfaire à ce que demandent cette grave considération et l'état presque anarchique de l'en- seignement de la philosophie spéculative, sans priver les élèves d'une étude qui offre un des exercices les plus utiles des facultés de l'homme, et qui fournit des notions subsi- diaires , des bases indispensables aux connaissances les plus usuelles et les plus importantes. Je ne nommerai ici que la morale et ses branches nombreuses, en y compre- nant le droit naturel et la religion rationnelle. Je ferai encore observer que, dans l'état actuel de la littérature, les élèves ne peuvent échapper aux discussions philoso- phiques souvent les plus hardies. Ils risquent d'en trou- ver partout, et, en dépit de toutes les précautions qu'on prendrait, jusque dans des ouvrages historiques, dans des traités d'érudition, dans des essais littéraires, en apparence relatifs à de purs objets de goût et aux arts de l'imagination, sans parler des livres de théologie et de politique. S'ils n'apportent à ces lectures quelque connaissance d'une philosophie saine et profonde qui serve à les orienter dans les régions élevées de la spéculation, et qui les prému- nisse contre l'illusion d'idées séduisantes par leur appa- rente profondeur et leur spécieuse fécondité, ils seront exposés à des impressions bien plus dangereuses qu'ils ne 3.r 6 SCIExXCES MORALES pourront en recevoir de l'exposition méthodique et sage d'un bon traité élémentaire de philosophie théorique et morale. Au surplus , ce qui vaut mieux que le meilleur enseigne- ment didactique , c'est la philosophie profondément reli- gieuse et pratique que respirent tous les travaux des cent élèves d'Hofvvyl et des trente professeurs distingués qui se partagent leur instruction, graduée sur les nombreux classemens établis parles progrès indéfiniment nuancés des élèves et mobiles au gré du développement de leurs fa- cultés ou des résultats de leur application. Leur inspirer le mépris des jouissances sensuelles, le goût de celles de l'esprit, du travail et de la bienfaisance; faire naître en eux des habitudes d'ordre, de propreté, d'attention, de surveillance et d'un sage emploi du tems, est le but qu'on ne perd pas un moment de vue dans tout ce qui se fait pour eux, par eux et devant eux, à Hofwyl. Dans l'étude de l'histoire, on s'attache à leur faire voir la main de Dieu empreinte dans tous les événemens, et surtout à leur faire apprécier tous les caractères de cette grande mutation (pag. 128) vraiment divine , dont le résultat fut la propagation du christianisjne et de tou,s les élémens de civilisation (juil renferme. Nul doute que cette manière de considérer les phases de la destinée des nations ne soit non seulement la plus édifiante et la plus salutaire, en l'envisageant comme un moyen, plus sûr qu'aucune ins- truction dogmatique, de jeter dans les cœurs de la jeu- nesse les racines de sentimens religieux, profonds et inef- façables, mais encore la plus philosophique et la plus con- forme aux vues des plus savans historiens. Bossuet, Ro- Lertson, J. Miillcr, C. D. Beck,ont annoncé, comme résultat de leurs profondes méditations, de leurs immenses recherches et d'une conviction à laquelle ils ne pouvaient ET POLITIQUES. 517 é) , sur les inconvéniens et les avan- tages de la diffusion des lumières (pag. m)» sur la différence entre les progrès des lumières et les progrès de l'esprit humain (pag. igS), sur le dangereux aveuglement des gens du monde qui, au lieu d'ajouter leur coopération loyale et patriotique à l'action centrale du gouvernement , se font un point d'honneur de demeurer en dehors de cette action, et de se borner à lui demander la garantie de leurs jouissances pour prix d"une déférence passive (pag. 197) > el sur le mérite comparatif des méthodes d'éducation de 518 SCIENCES MORALES M. Pestalozzi et de M. de Fellenberg (pag. 176-189), parallèle piquant et délicat, fait avec prédilection pour l'illustre ami de l'auteur, mais avec beaucoup d'équité et avec le sentiment d'une profonde vénération pour l'homme supérieur qui, animé du plus pur amour de l'humanité, a consacré un beau génie et une longue vie laborieuse exclu- sivement à l'amélioration du sort de ses semblables. P. A. Stapfer. ^^l'tWlW'^/WWVlWtjV An accou>t of tue improvements , etc. — Compte rendu DES BONIFICATIONS FAITES AUX DOMAINES DU MARQUIS DE Stafford , par James Loch, esq'^ (1). D'après le titre de cetouvrage, on pourrait croire qu'il pré- sente tout au plus la solution de quelques questions d'écono- mie domestique ou d'économie rurale, et s'étonner qu'un seigneur anglais ait cru convenable d'annoncer au public comment il a augmenté sa fortune. On se tromperait com- plètement; il s'agit, pour l'auteur et pour celui qui l'em- ploie, de justifier une grande révolution opérée, durant le cours des dernières années , dans les montagnes d'Ecosse. La nation des Gaeles , reste des antiques Celtes, réduite à trois cent quarante mille individus, est aujourd'hui expul- sée de ses fojers par ceux même qu'elle regardait comme ses chefs, par les familles auxquelles elle avait montré, pendant une longue suite de siècles, un dévouement en- thousiaste. Toutes les propriétés qu'elle avait cultivées , de générations en générations , sous des redevances fixes , lui sont ravies; les champs qu'elle labourait, destinés dé- sormais au pâturage des troupeaux, sont livrés à des ber- gers étrangers; ses maisons et ses villages sont rares ou détruits par le feu, et l'on ne laisse aux montagnards de (\) Londics, 1820. Un vol. in S", de 554 pages et ôç) planches. ET POLITIQUES. 519 îa nation expulsée d'autre choix que d'élever des cabanes sur le bord de la mer, pour essayer de maintenir par la pèche leur misérable existence, en vue des montagnes d'où on les a fait sortir, ou de traverser cette mer pour aller chercher fortune dans les déserts de l'Amérique. Comme cette révolution s'opérait à huit cents milles de distance de Londres, dans un pays presque barbare, et dont la langue est inconnue ù tout le reste de l'empire, elle fut quelque tems ignorée, ou du moins elle n'excita que bien peu d'attention. On apprit enfin , en Angleterre , que quelques habitans du nord de l'Ecosse avaient attendu les soldats destinés à les chasser de leurs villages, que quel- quefois ils les avaient repoussés à coups de pierre; qu'on les avait entendus demander à être massacrés avec leurs femmes et leurs enfans sur les tombeaux de leurs pères , plutôt que d'être envoyés, pour périr dans la misère et l'a- bandon, dans un monde qui ne voulait pas les recevoir, €t où aucune place ne leur était réservée : cette résistance réveilla la compassion d'un peuple généreux. Parmi les seigneurs écossais qui chassèrent leurs compatriotes de leur ancien asile, la marquise de Stafford, héritière du comté de Sutherland , attira surtout l'attention , soit par l'étendue de ses domaines, soit par l'activité avec laquelle elle accomplissait son dessein, soit même par les immenses capitaux qu'elle versait sur ce pays, dont elle changeait toute l'administration. On apprit qu'environ quinze mille paysans étaient forcés de sortir d'une contrée , grande comme un des départemens moyens de la France; que ces malheureux étaient le seul reste des nombreux vassaux de sa famille qui , pendant tant de siècles, avaient répandu leur sang pour elle. On assura que , pour les forcer à se re- tirer, le facteur, chargé de faire évacuer le pays, mettait le feu à leurs maisons; on prétendit même qu'un vieillard, 520 SCIENCES MORALES d'autres disaient une vieille femme, ayant refusé d'aban- donner sa cabane pour aller braver l'exil et la misère, sa présence n'avait point arrêté l'incendiaire, et que la vic- time avait péri dans les flammes. Alors l'animadversion publique se manifesta par des signes qui^ chez une nation libre, ne sauraient être méconnus. La marquise de Stafford n'a pas cru mériter le jugement sévère que l'on commençait à porter sur elle ; et c'est pour sa justification que le liyre dont nous parlons a été com- posé. Peut-être, lorsqu'il s'agit de faits affirmés et niés con- Iradictoirement, la sentence d'un jury pouvait-elle seule inspirer une entière confiance. Il est juste, cependant, de convenir que le plaidoyer de M. Loch pour le marquis de Stafford j ou pour sa femme la comtesse de Sutherland, est fait pour produire une grande impression sur l'opinion pu- blique. L'auteurparaît réunir une humanité compatissante à une raison élevée ; il aborde franchement son sujet, et il le traite sous son vrai point de vue , celui du bonheur ou du malheur de ses vassaux, dont il reconnaît que le seigneur est responsable. Il prodigue peut-être trop d'éloges aux moindres employés du marquis de Stafford, tant en Ecosse qu'en Angleterre : il a peut-être trop l'air de vouloir mé- nager tous les suffrages, et de regagner les mécontens par des paroles flatteuses; mais les faits qu'il rapporte sont clairs, précis, et les preuves dont il les appuie laissent peu de doute dans l'esprit. Il résulte de ce livre que la marquise de Stafford était sou- veraine, dans la partie la plus septentrionale de l'Ecosse, d'une moitié environ du comté de Sutherland , supérieure en étendue au département du Haut-Rhin , peu inférieure à celui du Bas-Rhin, et contenant huit cent mille acres écos- sais, ou un million d'acres anglais, ce qui fait plus de quatre cent mille hectares de superficie. Quinze mille ha- ET POLïTIQUES. 521 bilans seulement se partagèrent ce territoii-e , et cette po- pulation paraissait encore beaucoup trop nombreuse au seigneur, depuis qu'il n'en exigeait plus de service mili- taire (p. 1. '5). Tout, en effet, était militaire dans l'ancienne organisation du pays : une trentaine seulement de gentils- hommes relevaient immédiatement des comtes ; on les nommait Tacksmen, et le district qui leur était assigné à gouverner et à cultiver s'appelait tack : cerls-ci l'avaient partagé de même entre leur- subordonnés, qui présidaient à chaque hameau et à chaque vallée , et au-dessous de ces derniers se trouvaient les laboureurs. Les iacksmen étaient en même tems juges de tous leurs paj^sans durant la paix, capitaines durant la guerre, et l'oliéissance était adoucie par la persuasion des subordonnés , qu'ils étaient tous parens de leur chef; tous, en effet, portaient le même nom. Chaque chef pouvait user de la prérogative de donner ou de retirer à volonté, aux hommes qui lui obéissaient , les portions de terre qu'ils cultivaient, et sur lesquelles ils devaient vivre : mais chacun, loin de songera dépouiller ses tenanciers, était intéressé à augmenter sa puissance en attirant de nouveaux laboureurs dans sa capitainerie. D'ailleurs, le revenu perçu par le comte de Sutherland sur les tacJcsmen, par ceux-ci sur leurs vassaux et leurs arrière-vassaux , était si peu de chose , qu'on devait le regarder plutôt comme une reconnaissance de souverai- neté que comme une rente. Chaque famille était tenue tout au plus à une prestation annuelle de quelques schelings en argent, de quelques pièces de volaille et de quelques jour- nées de travail (i). Mais, d'autre part, tout homme qui naissait sur le do- maine des Sutherland, dans tous les degrés de l'échelle (i) Appendix i. Reniai of Kintradwcll for i8ii. 522 SCIENCES MORALES féodale, était tenu de prodiguer son sang et sa vie pour la défense de la souveraineté et de l'honneur de la famille à laquelle il se regardait comme agrégé. Avant le dixième siècle, les Danois débarqués sur les côtes avaient conquis les plaines du Caithness, et repoussé les Gaeles dans les montagnes. Dès-lors, le Caithness et le Sutherland, autre- fois réunis sous un même nom et un même gouvernement, avaient été séparés par une langue diverse et par une cons- tante inimitié. Mais le Mhoir-Fhear Chattaibh ^ comme on l'appelait en gaélique, ou le grand homme de Suther- land, avait toujours trouvé ses compagnons d'armes prêts à le défendre , au péril de leur vie, contre tous ses ennemis, (•anois ou écossais, étrangers ou domestiques. Dans le dix-huitième siècle, les guerres privées devin- rent plus rares ou moins dangereuses, et les rois d'Angle- terre,sans étendre jamais une autorité réelle sur cesproTinces éloignées, voulurent du moins que le pouvoir des grands parût être une émanation du leur. Ils encouragèrent donc la levée de régimens de familles , qu'ils accordèrent aux seigneurs écossais, et ils leur permirent de combiner ce nouvel établissement militaire avec le système national des Clans ; de manière que l'un servit d'appui à l'autre. Le 9o' régiment fut accordé au comte de Sutherland, et sa paie devint dès-lors le principal revenu de la famille , tandis que les gentilshommes du comté obtenaient des tacks des concessions de terre , proportionnées à leurs grades dans le régiment, et qu'à leur tour ils se procuraient des recrues aux mêmes conditions, en partageant ces concessions de terre entre leurs subordonnés (p. 46). Sous cette administration, la population s'était répartie d'une manière assez égale sur toute la surface du Suther- land. Chaque vallée contenait son hameau, les terrains d'alluvion avaient été destinés à la culture de l'avoine et do ET POLITIQUES. 523 l'or-ge ; on faisait des gâl«aux do la première, on distillait une boisson nommée whiskey de la seconde (p. 5i) : les montagnes, couvertes d'une herbe assez épaisse, étaient abandonnées aux troupeaux. Les habitans étaient braves, mais pauvres et peu industrieux; ils étaient passionnément attachés à leur langue, à leur costume, à leur honneur national, à leur chef, à leurs montagnes; mais les huttes qu'ils habituent étaient misérables, les terrahis qu'ils lais- saient cultiver à leurs femmes ne se couvraient que de moissons languissantes ; les troupeaux avec lesquels ils erraient dans les montagnes étaient d'une race faible et dégénérée , et, dans les mauvaises années, les hommes, comme le bétail, souffraient presque toujours et périssaient quelquefois de la faim. Depuis plusieurs siècles , le pays n'avait fait aucune sorte de progi'ès ; il n'y avait point de grandes routes, point de porte, point de communication, si ce n'est pour les piétons, entre les difFérenles parties du c^njté; et, loin d'obéir aux lois de l'Angleterre , la plupart deshabitans ne savaient pas mêmequ'elles dussent les régir. Dans le cours des huit ou neuf dernières années, cesquinze mille personnes, formantenviron trois mille familles,ontété chassées, ou, selon l'expression adoucie de notre auteur, dé- placées {j'emoved) de toutl'intérieurducomté; tous leurs vil- lages ont été démolis ou brûlés, et tous leurs champs convertis en pâturages (p. 92). Une opération semblable était faite, à peuprès simultanément, par les sept ou huit autres seigneurs qui possédaient le reste du comté de Sutherland, dont la surface est de plus d'un million d'acres écossais, et pres- que tous les seigneurs du nord de l'Ecosse avaient donné ou suivi cet exemple; mais il paraît, d'après M. Loch, que la marquise de Stafford a montré bien plus d'humanité qu'aucun de ses voisins. Elle s'est occupée du sort de ceux qu'elle déplaçait; elle leur a offert une retraite sur ses 52A SCIENCES MORALES propres terres ; et. en leur reprenant sept cent quatre "vingt-quatorze mille acres de terre, dont ils étaient en pos- session depuis un tems immémorial , elle leur en a laissé six mille environ , ou deux acres par famille. Ces six mille acres , ouverts pour servir de refuge aux petits tenanciers, étaient auparavant en friche, et ne ren- daient rien au propriétaire. Celui-ci ne les a cependant pas concédés gratuitement : il les a assujélis à une vente mo3-enne de deux schelings et demi par acre, et il n'a point fait de baux plus longs que pour sept ans, mais il a promis de renouveler le bail pour sept autres années , si la terre se trouvait bien cultivée (p. 107). Les sept cent quatre-vingt-quatorze mille acres, dont la marquise de Slafibrd a repris ainsi possession, ont été divisés en vingt-neuf grandes fermes fort inégales en étendue. Il en est de plus grandes que le département de la Seine, qui lui-même a 46, 181 hectares, et ne formerait par conséquent pas plus du neuvième de la sur- face du domaine des comtes de Sutherland. Ces fermes, destinées uniquement au pâturage des moutons, ne sont habitées chacune que par une seule famille ; et, comme l'industrie qu'elles introduisent dans le pays est nouvelle, elles n'emploient guère que des ouvriers ou des domes- tiques tirés du midi du royaume. Dix-sept gentilshommes, cependant, ou anciens tacksmen de Sutherland, ont pris autant de fermes de la comtesse, malgré les préjugés na- tionaux, qui leur persuadaient que ce nouveau métier les ferait déroger ; les* douze autres sont étrangers. Cent trente-un mille moutons remplacent déjà les braves qui versaient jadis leur sang pour la défense de Mhoir-Fhear Chatlaibh, et l'on se flatte qu'avant deux ans leur nombre sera encore augmenté (p. 147). Les gorges étroites des montagnçs, illustrées par les combats d'une antique race. ET POLITIQUES. 525 n'ont plus de témoins qui puissent en rappeler les glorieux souvenirs; les vallées n'ont plus de hameaux; aucune voix humaine , aucune atteinte de joie ne troublera plus ces vastes solitudes; mais le seigneur peut désormais', à plu- sieurs centaines de milles de distance, étaler une pompe royale dans le château de Trentham, et encourager par son luxe les fabriques de l'Angleterre. On ne peut révoquer en doute que ce bouleversement de la propriété, des habitudes , des affections, de l'exis- tence entière d'une petite nature, n'ait prodigieusement augmenté la fortune, déjà colossale, de la comtesse de Sutherland; mais 31. Loch démontre qu'il a augmenté aussi la richesse du pays ; qu'il y a plus d'argent", plus d'activité , plus d'industrie, plus de jouissances de luxe; que tout le Sutherland est désormais dans un état pro- gressif de prospérité , après avoir été stationnaire pen- dant des siècles. Plusieurs routes de quarante, de qua- rante-cinq, de cinquante milles de longueur, traversent déjà tout le pays; des ponts en pierre et enfer, dont quel- ques-uns sont d'une hardiesse remarquable, ont été élevés sur les grandes rivières; des jetées et des digues arrêtent les inondations ; des ports ont été ouverts au commerce ; des diligences parcourent le pays jusqu'aux petites villes bâties à ses extrémités; des hôtelleries, des maisons de poste ont été construites par le marquis de Stafford ,' et l'exportation des 4i5,ooo livres de laine fine, qui furent vendues l'année dernière, comme celle de tous les autres produits de ce vaste patrimoine, a trouvé de grandes facilités. Le sort mCmc de ces milliers d'habitans, exilés de leur patrie, n'a pas été aussi déplorable que le présageaient leurs craintes et leurs regrets. Quelques-uns , il est vrai, 526 SCIENCES MORALES n'ont rien voulu tenir de celle qui les chassait de leurs de- meures : le clan Gunn, ou des Mac Hamish, en aban- donnant les montagnes de Kildonan, et les vallées du Naver et du Helmsdale, est sorti tout entier du pays, et l'auteur ne nous apprend point ce qu'il est devenu. Mais, à la réserve de cette tribu et de trente-deux familles de Slratbbrora, parties pour l'Amérique dans les deux der- nières années, les autres ont presque tous accepté les lots que la marquise de Staflbrd leur avait destinés. Rejetés sur les bords de cet immense domaine, entre la mer et le pied des montagnes, ils y ont trouvé des terres propres à la culture, et l'auteur affirme, ce qui doit paraître fort étrange, que c'est seulement dans une ceinture de demi-mille de largeur, au bord de la mer, ceinture jus- qu'alors laissée en friche, que le Sutherland est propre à la culture des céréales. Ces malheureux exilés, désignés par le nom de petits tencmciers , ont reçu des secours pour bâtir leurs nouvelles maisons, de l'encouragement pour défricher leurs nouvelles terres; et les jardins sur lesquels ils doivent vivre , ont été assez promptement mis en valeur. Dans toutes ces familles, les jeunes gens ont déplo3'^é le caractère aventureux qui semblepropreaux montagnards d'Ecosse : tout étrangers qu'ils étaient à la mer et à ses ha- bitudes, ils ont acheté ou fabriqué des bateaux; ils ont fait un rapide et hardi apprentissage sous les bateliers que le marquis de Stafford avait chargé de les former , et ils ont été attendre, sur le grand banc, les morues et les ha- rengs , qui visitent les parages alternativement, et dans des saisons différentes. De vastes magasins ont été bâtis à Helmsdale et à Brora, pour curer et préparer le poisson ; des maisons de commerce d.'Ecosse et d'Angleterre y ont ET POLITIQUES. 597 envoyé Iciics pasteurs, el la pOchc , s'accroissaul d'année en année, de 18 14 à 1819, est devenue pour ce pays une source abondante de richesses. ( p. i25. ) On peut donc conclure, avec M. Loch, que les projets ibrniéspar la marquise de Strafford pour l'amélioration de ses terres dans le comté de Sutherland ont eu un plein succès. Non seulement elle en a recueilli d'immenses avan- tages, elle a encore fait passer rapidement ce pays de la barbarie à la civilisation ; et si elle a causé Tes plus dou- loureuses angoisses à ce petit peuple , dont la destinée lui était confiée, en retour, dit notre auteur, elle a ouvert un champ plus vaste à son industrie , et elle a tâché d'adou- cir ses regrets, en lui offrant plus d'aisance et plus d'es- pérance pour l'avenir. Mais les moyens par lesquels la mar- quise de Stafford a animé le commerce et les arts ù l'ex- trémité de l'Ecosse ne sont-ils pas tout semblables à ceux que le pacha du Caire employait dans le même tcms en Egypte? On a vu, par l'un et l'autre exemple, que lors- qu'un despote a par hasard le désir de civiliser un peuple, il y réussit plus rapidement et plus complètement qu'un gouvernement libre, parce qu'il dispose seul de toutes les forces, de toutes les richesses de la société, et parce qu'aucun égard pour les habitudes , les sentimens , les préjugés ne l'arrête. Aucun homme sage n'en conclura que c'est par des moyens despotiques qu'on doit faire avancer la civilisation ; car leur énergie, pour foire le mal, n'est pas moins grande que pour faire le bien; et si lamarquise d2 Stafford s'était trompée, lorsqu'elle opposait ses pro- pres calculs aux désirs et aux regrets de tout un peuple , des milliers de malheureux eussent été victimes de son erreur. D'ailleurs, dans sept ans, dans quatorze ans, à chaque terme de leur bail, ces familles dépaysées seront de nouveau, peut-être, exposées à voir leur existence sa- 528 SCIENCES MORALES crifiéc par la dissipation ou l'avarice , la folie ou l'injustice de ses héritiers. En admettaiit, avec 51. Loch, que la marquise a exé- cuté ses projets avec autant d'humanité que de prudence , encore doit-on frémir à l'idée que la. loi, telle qu'elle est interprétée en Angleterre, permettait d'expulser tout ce peuple de ses foyers, sans pourvoir aucunement à sa sub- sistance et à son sort à venir; que le gouvernement au- rait prêté, au besoin, l'appui d'une force militaire pour celte exécution, comme il paraît qu'il l'a fait dans une oc- casion récente; et que, d'après M. Loch lui-même, d'au- tres propriétaires du comté n'ont point été si humains. <( La population des Gruids, sur le Loch-Shin, dit-il, était considérable. ïl ne paraît point qu'aucun lot de terre ait été assigné à ce peuple ^ ou qu'il ait reçu aucun dédomma- gement, au moment de son expulsion, qui s'effectua dans l'hiver de 1818. » Cette expulsion du peuple gaélique, hors de ses antiques fojei's , est considérée comme légale ; mais osera-t-on dire qu'elle soit juste? N'y a-t-il pas un rapport frappant, aussi bien qu'un contraste étrange , entre la traite des nègres et l'expulsicn des blancs Pet le crime de ceux qui transportent àla Jamaïque de malheureux Africains, pour y labourerdes champs étrangers, ne doit-il pas se comparer à celui des hommes qui repoussent loin des côtes d'Europe de mal- heureux Écossais, auxquels ils ne permettent plus de la- bourer leurs propres champs? Cette nation antique, qui fat maîtresse, non seulement des îles Britanniques, mais de la Gaule et de l'Espagne, sera-t-elle chassée, au nom des lois, de ces rochers même où elle n'a jamais été vaincue , de ces rochers où elle a maintenu son indépen- dance, perdue partout ailleurs? Ces derniers représentans des plus anciens maîtres de l'Europe doivent-ils être dé- portés ? ET POLITIQUES. 529 C est par un ciiiel abus des formes légales, c'est par une usurpation inique, que les iacksmen et les tenanciers^ soit du comité de Sutherland, soit du reste de l'Ecosse , sont considérés comme n'ayant aucun droit à la terre qu'ils occupent depuis des siècles, et que leurs anciens capitaines sont autorisés à violer le contrat qui a uni pendant tant de générations le cultivateur avec son seigneur. Ce n'est pas en Ecosse seulement que la propriété a été confondue avec la souveraineté, mais ce n'est qu'en Ecosse qu'une souve- raineté antique est devenue un titre à une propriété mo- derne. Dans tout l'empire de Charlemagne, dans la plus grande partie de l'Occident, on avait vu des provinces entières usurpées par des chefs belliqueux, qui les faisaient cultiver pour leur compte par les vaincus, par des esclaves, ou quelquefois par leurs compagnons d'armes. Aux neu- vième et dixième siècles, le Maine, l'Anjou, le Poitou, étaient, pour les comtes de ces provinces, bien plutôt trois grandes fermes que trois principautés . Mais, quel que pût être, à son origine, le droit du comte, la législation n'a cessé, pendant huit siècles, de garantir et d'améliorer le sort du feudataire, du vassal, du serf, qui relevaient de lui, d'affermir l'indépendance du paj'san, de changer ses coutumes en droits, de le mettre à l'abri d'exécutions nou- velles, et d'élever peu à peu ses censives au rang des pro- priétés. La condition du tenancier s'est constamment améliorée en France ; elle s'est constaîument dégradée en Éeosse , parce que la législation britannique n'a garanti que les droits de propriété qui pouvaient s'assimiler aux droits anglais. Le vassal français, devenu propriétaire, était ori- ginairement ou un vaincu, ou un esclave, ou, dans la sup- position la plus favorable, un homme libre, arimane , qui renonçait à sa liberté pour devenir lende , et qui. en Tome xt. 3 A 530 SCIENCES MORALES retour, pour une terre reçue en don de son seigneur, s'engageait à de certains sfirvices féodaux; cependant ce qui manquait à ses droits lui a été successivement accordé par l'usage, et il s'est enfin éîevé au niveau de son dona- teur. Le tenancier gaélique, au contraire, était, dans l'o- rigine, co-proprictaire avec son chef ou avec son clun. Le seigneur qu'il accompagnait à la guerre , et auquel il obéis- sait pour leur avantage commun, le considéra d'abord comme son ami et son parent, puis comme son soldat, en- suite comme son vassal, plus tard comme son fermier, et enfin comme un laboureur à gage qu'il voulait bien souffrir, pour son propre avantage, sur le sol de la patrie commune, mais qu'il était maître de chasser dès qu'il ne trouvait plus d'intérêt à le garder. Il ne faut point oublier, en effet, que les Jiiglhands d'E- cosse, les montagnes gaéliques, n'ont jamais été con- quises; que le système féodal n'y a jamais été vraiment introduit, quoiqu'on les ait assimilées ensuite aux pays gouvernés par ce système ; que le rapport même des noms qu'on croit saisir dans la langue anglaise ne se trouve plus dans la langue du pays, et que le comte de Sutherland n'est pour les Gaèles que le grand homme du. sud de Caithness. On ne peut espérer de retrouver chez une nalion barbare, et qui n'avait pas même l'usage de l'écriture, des documens authentiques sur la manière dont se sont formées ces grandes associations de familles connues, en Ecosse , sous le nom de Clan. Mais leur nom même Klaan signifie en gaélique enfans ^ tous leurs usages, tous leurs rapports réciproques, toutes leurs affections sont fondées en effet sur le traditur qui leur persuade qu'ils sont e^fans d'une même famille _, et leurs droits ont dû être ceux à^enfans d'une m.eme famille sur le patrimoine com- ET POLITI(,>UES. 53i mun : ils n'étaient soumis à d'autre subordination qu'à celle dont la défense de tous faisait une nécessité; et l'ins- tabilité du partage des terres n'affaiblissait point la propriété commune du clan, sur le district qui lui était demeuré, non seulement chez les Celtes, mais chez les Germains et chez tous les peuples dont l'agriculture est encore dans l'enfance. On a vu la société changer fréquemment la dis- tribution des teri-ts entre les citoyens , quelquefois même Iti changer annuellement. Tous avaient un 'droit à tout, mais le lot de chacun était variable ; quelquefois il lui était assigné par le sort, quelquefois il se proportionnait à ses moyens de culture, quelquefois aux services rendus à la patrie. Il n'y a pas un pays d'Europe où l'on ne trouve des traces, mGnie assez récentes, du partage temporaire et va- riable du domaine de la communauté. En Ecosse, la divi- sion et la subdivision des terres du clan indique et main- tient la subordination entre les soldats et leur chef. An- ciennement le grajid homme de chaque clan exerça , usurpa peut-être le droit de faire seul ces distributions. Il donna et repiit les différens tacks de sa terre à ses officiers , selon qu'ils s'étaient montrés plus ou moins utiles à la guerre; mais, quoiqu'il pût ainsi récompenser ou punir militaire- ment les membres du clan , il ne diminuait en rien la pro- priété du clan lui-même. L'individu favorisé ét;.it diffé- rent, mais l'obligation du service était toujours la même. Quand même les magistrats militaires, établis pour le bien des terres, acquéraient ou perdaient une part plus ou moins considérable dans ce domaine national, le Suther- land n'en appartenait pas moins aux hommes du Suther- land; la tenure des terres était toujours la même; leur contribution pour la défense publique , leur redevance au seigneur qui les menait au combat, et qui maintenait l'ordre chez eux, n'étaient jamais augmentés. 552 SCIENCES MORALES Lorsque la civilisation commença à faire des progrès, les seigneurs, avec la langue et les habits de l'Angleterre , commencèrent aussi à adopter les usages et la manière de penser des Anglais ; ils ne comprirent plus ou ne se sou- cièrent plus de comprendre le contrat national des Celtes ; et, pour lui donner la forme usitée chez les peuples civilisés, ils le rédigèrent par écrit. En même tems ils accordèrent à. leurs vassaux les tacks ou portions de terre pour un tems déterminé ; ils parurent ainsi leur faille une grande concession, car auparavant ils pouvaient les renvoj'^er à volonté : c'était une usurpation au contraire , puisque autrefois, en les renvoyant, ils devaient toujours les rem- placer par d'autres , à des conditions absolument sembla- bles ; tandis que , dès qu'ils commencèrent à leur donner ces terres, ils commencèrent aussi à établir qu'à chaque renouvellement de bail ils pourraient faire des condi- tions nouvelles , ou aggraver les redevances de leurs te- nanciers. ^ar cette sourde usurpation , les seigneurs des terres gaéliques changèrent la propriété d'une rente invariable contre la propriété illimitée du domaine qui leur payait cette renie. Toutefois, ils étaient loin de prévoir, ou leurs vassaux étaient loin de craindre, qu'ils profiteraient un jour de l'époque du renouvellement des baux, non pour augmenter la redevance des laboureurs, mais pour les expulser. Avant d'en venir à une résolution aussi barbare , Il fallait que le seigneur eût absolument cessé de partager îes opinions, les sentimens, le point d'honneur de ses compatriotes ; il fallait qu'il eût non seulement cessé de se croire leur père ou leur frère , mais même de se croire Ecossais ; il fallait qu'une basse cupidité eût étouffé en lui tous ces sentimens généreux sur lesquels leurs ancêtres communs avaient compté, lorsqu'ils avaient abandonné ET POLITIQUES. 533 à sa l)onne toi la destinée de son peuple. C'est lorsqu'un semblable changement s'est opéré dans les opinions , dans les intérêts, dans la position respective des peuples que le législateur doit intervenir, pour que la nation tout entière ne soit pas livrée à la merci d'un petit nombre d'hommes avides et imprudens. Il ne s'agit point de solliciter la pitié des seigneurs, mais d'établir les droits du peuple gaélique. M. Loch a pris à tâche de prouver que la_ marquise de Stafford n'a point fait ce dont la voix publique l'accusait; mais si ce qu'elle a fait, elle l'a pu faire légalement, c'est au parlement à abolir un si odieux pouvoir. C'est déjà un grand malheur pour un état que d'avoir permis la réunion des propriétés territoriales dans un aussi petit nombre de mains : lorsqu'un seul homme possède le pa- trimoine qui devaitsuffire à plusieurs centaines de familles, son luxe remplace leur aisance , et les revenus qui auraient nourri leurs vertus sont dissipés par ses folies. Mais que deviendra l'état, si le propriétaire d'une province se figure que son intérêt est en opposition avec celui de ses habitans, et qu'il lui convient de remplacer des hommes par des moutons ou des bœufs? Ce n'est pas dans ce but que la propriété territoriale a été établie ou qu'elle est garantie par les lois. Les peuples l'adoptèrent , dans la persuasion qu'elle était utile à ceux qui n'avaient rien, comme à ceux qui avaient quelque chose ; mais la société est ébranlée quand les droits de la propriété sont mis en opposition avec les droits nationaux. Un comte n'a pas plus de droit de chasser de chez eux les habitans de son comté, qu'un roi d'expulser de son pays les habitans de son royaume. Le plus despotique des monarques , s'il en faisait aujourd'hui la tentative, apprendrait bientôt quelles sont les bornes de son autorité. Que les grands seigneurs d'Angleterre prennent garde ! moins ils sont nombreux, plus il serait hZh SCIENCES MORALES dangereux pour eux de se mettre en opposition avec la nation, et de se préférer à elle. Qu'ils ne disent point, lorsqu'il s'agira de leur intérêt : « Pourquoi, dans ce cas, adopterait-on une règle dilTcrente de celle qui a été suivie dans tous les autres? Pourquoi l'autorité absolue des pro- priétaires sur leur propriété devrait-elle être abandonnée et sacrifiée pour l'intérêt public, et d'après des motifs qui ne regardent que le public (pag. 4i , note)? «S'ils en viennent un jour à croire qu'ils n'ont pas besoin du peuple , le peuple pourra croire à son tour qu'il n'a aucun besoin d'eux. S'ils estiment que trois cent quarante mille braves montagnards de la race gaélique peuvent êlre remplacés, avec profit pour eux, par quatre millions de moutons, ces montagnards pourraient, avec plus de facilité encore, trou- ver d'utiles remplaçans pour trois ou quatre cents seigneurs <|ui ont cessé d'être leurs compatriotes. J. C. L. DE SlSMONDl. MX^Xl^-WW Galerie française , ou Collection de portraits des hommes et des femmes célèbres qui ont illustré la France dans les i6% i-j^yCt 18'' siècles; par une société d'hommes de lettres et d'artistes (1). Si quelque chose doit toucher le cœur d'un Français , c'est de voir à quel point tout ce qui intéresse la gloire de (1) Paris , 1821. Prix de chaque livraison pour Paris , S fr. , et 8 fr. 5o c. pour les départemens. On souscrit chez M. Lefort, dessina- t eur del a grande édition du musée , rue Amelot, n» 52, ET l'OLlTIQlES. 535 son pays occupe maintenant l'attention publique. Tandisque des écrivains courageux réclament les droits des nations, que des mandataires fidèles défendent la charte contre ses faux amis, et appellent les lois qui en sont les consé- quences nécessaires, que les savans appliquent les décou- vertes de la science à l'utilité commune, on voit éclore de toutes parts des ouvrages destinés à reproduire tous nos litres d'illustration. Entre ces ouvrages , il fout placer au premier rang la Galerie des hommes et des femmes célè- bres delà France, depuis le i6* siècle jusqu'à nos jours, c'est-à-dire, pendant les trois siècles qui ont fait faire à l'espèce humaine de plus grands progrès que tous ceux qu'elle a pu devoir à aucune autre époque. Cette Galerie, composée de portraits dessinés d'après des modèles au- thentiques, excite d'autant plus d'intérêt qu'elle promet de satisfaire une curiosité ardente et presque générale. Les poètes , qui sont peintres et qui aiment à l'être, les mora- listes, qui cherchent tous les moyens de nous persuader , nous répètent sans cesse que l'ame et le génie d'un homme sont empreints sur sa figure. Préoccupés de cette idée su- perstitieuse, pleins du modèle idéal que se plaît à créer notre imagination pour chacun des personnages historiques qui viennent la frapper , nous espérons retrouver leur ca- ractère dans leurs traits. Ainsi , le peintre ou le statuaire , et la nature, qui a travaillé avant eux, doivent nous re- présenter l'inflexible sévérité dans le premier des Brutua, le mépris delà mort dans Caton, la haute éloquence dans Démosthènes , la magnanimité dans Alexandre; et plus les héros se rapprochent de nous , plus la certitude d'avoir leur véritable image augmente en nous le désir d'une com- paraison qui nous flatte. Quel est le Français, par exemple, auquel l'art ne causerait pas un vif plaisir, en lui mon- 556 SCIENCES MORALES trant l'empreinte d'une bonté presque divine sur la pliy- sionomiç de Louis XIL Le portrait de ce prince ouvre la Galerie nationale que nous annonçons, et lui donne un grand prix. Mais , après avoir contemplé la physionomie du bon roi, on éprouve le besoin de relire son histoire; le tems manque- t-il pour la consulter? on trouve, à côté du poi'trait qu'on ne peut se lasser de regarder, une notice aussi exacte que curieuse, qui yaut un livre. Dans cette notice, rédigée par M. Andrieux , les lecteurs apprennent îi connaître Louis XII tout entier. Combien cette foule de rois , dont il a fallu payer si cher , dans tous les tems , la naissance, la Tie et la mort, ressemble peu à ce monarque adoré qui n'a jamais foulé le peuple ! Parvenu au trône en 1A98, Louis XII paya de ses deniers et sur ses propres revenus les funérailles de son prédécesseur; il acquitta de même les dépenses de son sacre, sans qu'il en coûtât rien à ses sujets; il leur remit aussi le tribut féodal qu'on levait sur le peuple au commencement de chaque règne, et qui était connu sous la dénomination assez singulière de droit de joyeux avèneincnt. Bien différent de la plupart des autres princes, Louis XII pardonnait réellement ; sa ven- geance mourait a'vec sa colère; et, quand ilavaitdit : « tout est oublié ry , on n'avait rien ù craindre de lui. « La justice, dit Saint-Gelais, ne fut oncque tenue en si grand honneur que sous le règne de Louis XII , telle- ment que le plus petit a justice contre le plus grand , sans faveur aucune. Il ne voulait point, dit le même auteur, qu'on le favorisât lui-même, en quelque cause qu'il eût en aucun de ses parlemens. » Ce roi, toujours occupé de soulager le peuple , eut l'économie pour principale vertu; aussi laissa- t-il, à sa mort, moins d'impôts qu'il n'en avait trouvé d'établis. Il n'y a peut-être , dans les trois dynas- ; ET POLITIQUES. 537 lies, que Louis XII qui ait laissé un pareil exemple. Les nobles , fâchés de ce qu'il protégeait le peuple contre leur insolente tyrannie, le nommaient entre eux le roi plébéien, le, roi roturier. Ils appelèrent ensuite François 1=^' le roi gentilhomme, parce qu'il fermait les yeux sur leur licence oppressive et leurs dèportemens. Dieu nous préserve des rois gentilshommes ! A côté de Louis XII, si bien représenté par la plume élégante et facile de M. Andrieux, George d' A mboise , qui partage avec son maître le titre de père du peuple , a trouvé dans le savant M. Fourier un judicieux panégyriste. Mais je ne puis rien citer de plus heureux que ce passage de M. Lemontey sur Marguerite de Valois : « Étrangère aux vices de sa mère , aux folies de son frère et aux travers du tems , belle et reine sans arrogance , vertueuse sans pru? derie, savante sans pédantisme, douce et bonne sans fai- blesse, chaste au milieu d'une cour corrompue, supérieure et fidèle ù ses deux maris , elle est sans contredit la prin- cesse la plus aimable et la femme la plus parfaite qui soit sortie de la maison de France. Je ne sache point de trône qu'elle n'eût embelli, et point de siècle qu'elle n'eût ho- noré. » Le même auteur a peint sous ses véritables cou- leurs l'héroïque Jeanne d^Albret. En lisant les faits et gestes de François premier , retracés par M. Andrieux, on pouvait craindre que l'homme de lettres ne l'emportât sur le philosophe ; l'un et l'autre ont su garder une juste mesure, et la reconnaissance du poète n'a rien ôté à la raison du juge éclairé. Mais les notices ne sont ici que l'accessoire, tandis que les portraits sont le principal , n'oublions pas de dire que ceux de François jjremier, de Bajard et de Habelais , dessinés par M. Chré- tien , se font remarquer par une expression , par une 538 SCIENCES MORALES vigueur de ton et par un caractère de vérité qui méritent beaucoup d'éloges. Si les intolérans murmurent en lisant l'éloge de Cahiv. , tracé par M. Marron, tout le monde sera forcé d'applaudir à tout ce que M. Lémontey dit sur François de Guise, dont la figure représente toutes les passions d'une grande ame. Cet homme, si redoutable à ses rois et à la France, est caractérisé tout entier dans quelques parties de l'écri- vain : « Guise fut trop grand pour un sujet; il eût été le modèle des rois , s'il fût né sur le trône. » Louons ici avec plaisir la tête de Cujas , qui paraît si vénérable sous le crayon de M. Rulmann, et l'adresse avec laquelle cet artiste a triomphé des difficultés que lui oppo- sait la laideur de Passerai. On retrouve dans le Montaigne , dessiné par iMM. Gautherot et Weber, le doute et la pensée de l'auteur des Essais ; mais pourquoi cet air de mélancolie qui ôte à la physionomie cette vivacité d'esprit que le philosophe gascon conserva toute sa vie? Montaigne était rêveur , et non pas triste. Je reprocherai aussi à M. Yille- main la maigreur et la sécheresse de sa notice. Il devait être en fonds pour parler de Montaigne. M. Fourier offre au contraire le modèle d'une narration intéressante, lors- qu'il nous apprend à rendre justice au mathématicien François Viete. Je n'ai point encore vu Marie Stuart si belle que dans son nouveau portrait par M. Rulmann. M. de Ségur a fait, sur cette reine si malheureuse, une notice élégante et judicieuse, mais peut-être un peu trop académique. —Que ce portrait de Mathurin Régnier, par M. Chrétien , a de vigueur et ^d'expression! — Mais quelle absence de vie et de couleur dans la prose de M. Creuzé de Lesser , au sujet de ce grand poète , que Boileau tenait en si haute ET POLITIQUES. 539 estime pour de très-bonnes raisons! L'auteur de tant de poèmes doit demander pardon aux muses d'avoir si faible- ment parlé du maître de la satire française. Avant de terminer cet article, la raison et la justice nous ordonnent de payer notre tribut à l'excellente notice de M. Miel, sur Bernard cUPalis^y, qui créa l'art du potier parmi nous , devina les sciences , trouva dans son ame les secrets de l'art d'écrire, et eut à la fois du génie, de grandes vertus, avec une constance que la Saint-Barthélémy ne put ébranler (1). William. (0 La Galerie fhasçaise sera composée de uingt-cinq liuraisons , contenant c\i^cxxn& quatre porlrails avec notices Gtfac simile. Il en a déjà paru dix qui offrent, avec quarante portraits , des notices sur Louis XII r, par M. Andrieux ; George d'Amboise, — Fourrier; Clément Marot , — Campenon ; Marguerite de Valois, — Lémon- tey; François I, — Andrieux; Jeanne d'Albrel, - Lémcntey; Bajard, — Andrieux; Rabelais, — Auger; Cah-in , — Marron ; le duc de Guise ,—LùmoQtej', Etienne Jodelle, — k. Duval; Cujas, — Juge; Robert Etienne, — F. Didot; Anne de Montmorency, — Landrieux; Philibert de l Orme , — Alavoine ; Ambroise Paré , — Richerand; Guillaume Budée, — Andrieux ; ylf/c/i-Z de l'Hôpital, — J. Droz; Gaspard de Coligny, — Lémontey; Jean Cousin; — Miel; 3Iichel de Montaigne, — Villemain ; Jacques Amyot, — Campenon ; Jean Passerai, — Auger ; François Viète, — Fourrier; Marie Stuart, — de Ségur ; Théodore de Beze, — Marron ; le prési- dent de Thou , — Lémontey ; Pierre Charron , — Campenon ; Renée de France, — Amaury-Duval ; Mathurin Régnier, — Creuzé de Lesser; Bernard Palissy, — Miel; Achille de Harlay, — de Joly ; Olivier de Serres, — Silvestre ; Catherine de Parlhenaj, — Lan- drieux; Etienne Pasquier , — Auger; François de Malherbe, — Liadières; Mathieu Mole, — Juge; Duplessis-Mornay, — H. Du- val; Pierre Jeannin , — Creuzé de Lesser; Jean Goujon, — Miel. LITTERATURE. ŒUVBES COMPLÈTES DE MADAME DE StAEL, publiées par son fils (i). De l'Influence des passions sur le bonheur des indi- vidus. — Delphine. — Corinne. — Sophie , ou les Sentimens secrets , comédie Nous avons annoncé à plusieurs reprises, dans ce re- cueil, les livraisons successives de l'importante collection des Œuvres de madame de Staël, dont nous allons rendre compte. ( Toy. ci-dessus, Tom. IV, pag. AA6 ; Tom. VI, pag. igS; ïom. IX, pag. 167; Tom. X, pag. 188, 189. ) Il nous resterait à remplir une tâche difficile, celle d'em- brasser d'un seul coup d'oeil l'ensemble des productions de cette femme célèbre, peut-être la plus distinguée de notre siècle, et de reproduire avec fidélité le résumé des jugc- mens portés sur son caractère et sur ses écrits. Nous au- rions désiré passer en revue chacun de ses ouvrages , et signaler les divers degrés de mérite qui leur sont propres, les taches légères ou les erreurs qui peuvent s'y rencon- trer, l'influence qu'ils ont exercée et qu'ils peuvent exercer encore; enfin, les deux caractères distincts, soit de l'école littéraire, soit de l'école philosophique et politique à la- quelle ils appartiennent. Un de nos collaborateurs, qui n'a entrepris qu'une partie de cette tâche, et dont les éloges et les critiques nous ont paru exempts d'un engoue- ment aveugle ou d'une sévérité injuste, s'est borné à exa- miner, dans les ouvrages de madame de Staël, les doc- (1) Paris, 1820 et 1S21. 17 vol. in-8". Ticultcl cl Wiirtz , 'libraires, rue ('c Bourbon, n<' 37. Tris 6 iV, le vol. , ou io2rfancs. LITTJ^RATURE. 5;^ liines morales , litlôraires et politiques qu'elle a professées. Nous livrons son examen au jugement de nos-Jecteurs. Madame de Staël a écrit sur les passw/is , sur la littéra- ture et sur la politique. Je suivrai cette division dans l'examen que je vais faire de ses ouvrages. Les passions, dont madame de Staël examine l'influence sur le bonheur, pourraient être classées en passions na- turelles, dont l'homme apporte le germe en naissant et qui se développent chez tous les individus de l'espèce hu- maine , dans quelque rang où ils se trouvent , dans quelque climat qu'ils habitent; et en passions factices , nées de l'état social, du désir d'obtenir le pouvoir, la célébrité les distinctions , les richesses. L'amour de la gloire avait été le premier besoin de madame de Staël; aussi , c'est de celte passion qu'elle s'occupe d'abord. Elle place la gloire des actions avant celle des écrits; comme, dans sa tendresse et dans son respect filial , elle plaçait la gloire de M, Necker avant la sienne. I Les efforts que doit tenter, et les obstacles que doit vaincre l'homme qui veut s'élever par son seul mérite personnel, dans un pays où les distinctions sont hérédi- taires; la difficulté, pour le favori de l'opinion publique, de conserver long-tems une gloire que la faveur seule de cette opinion crée et récompense; la difficulté plus grande encore de savoir jusqu'à quel point il faut se livrer à la popularité, en jouissant de distinctions impopulaires, et de connaître toujours avec certitude le degré d'empresse- ment qu'il faut montrer à l'opinion générale; l'impossibi- lité de soutenir l'admiration par des miracles nouveaux, et d'éloigner le jour où chacun dira, comme l'Athénien qui donnait sa voix pour le bannissement d'Aristide : « Je suis 5A2 LITTERATUllE. las de V entendre nommer le juste. » L'état d'abattement et de mort où tombe celui qui , après avoir passé une par- tie de sa vie au milieu des brillantes illusions des cours et des rêves pompeux de la gloire, est forcé, par le sort ou par l'inconstance des hommes, de rentrer dans la vie pri- vée, et de revenir aux réalités de l'état naturel. Toutes ces vicissitudes sont représentées avec beaucoup d'art et de fidélité par madame de Staël. Mais tant de travaux, de fatigues, de douleurs et de regrets me trouvent insensible; je ne sais pas m'attendrir sur des malheurs qu'il était si facile de prévenir et d'éviter. — « Ce n'est pas à mon père, dit madame de Staël , à l'homme de ce tems qui a recueilli le plus de gloire , et qui en retroui-'era le plus dans la Jus- tice des siècles, que peut convenir un seul des traits dont j'ai composé ce tableau. » — J'avais besoin de ces paroles pour me détromper ; car ce que madame de Staël appelle un tableau me paraissait n'être qa^ un portrait. Madame de Staël distingue l'amour de la gloire de Vam- bition; elle fait de celle-ci une passion subalterne qui ne porte pas ses désirs au-delà des jouissances ministérielles. Obtenir et conserver le pouvoir, voilà, dit-elle, tout le plan d'un ambitieux. Cette passion suppose une person- nalité concentrée qui ferme l'ame aux autres jouissances ; elle est plus contagieuse que l'amour de la gloire, parce que la médiocrité peut aussi concevoir l'ambition et en obtenir les succès; mais ces succès ont pour ennemis la majorité des intérêts particuliers, qui, s'ils n'ont pas eu de lots dans le résultat actuel du sort^ demandent tous un nouveau tirage; ils ont pour ennemi le besoin que le pu- blic éprouve de voir le sort ou le ca}>rice des princes faire mieux apprécier, par des chutes éclatantes, le bonheur des conditions privées et des destinées dbmniunes. L'am- bitieux n'est occupé qu'à tromper les autres; et, pour y LITTERATURii. 5^3 parvenir, il ne doit jamais se perdre de vue lui-même : un instant d'oubli lui serait fatal. Condamné à suivre le même système de dissimulation qui Ta conduit au poste qu'il occupe, il doit se courber sans cesse devant le maître , peuple, roi ou ministre, dont il tient sa puissance. Con- damné à jouer sans cesse sa destinée , il ne peut rien es- pérer de la veille pour le lendemain. Quelle sujétion! quelles fatigues ! quelles misères ! Mais cette passion est- elle celle des âmes honnêtes? Ces misères appellent -elles les consolations des cœurs compatissans ? Non : je le dis , sans crainte d'être accusé d'insensibilité. Le châtiment de l'ambitieux est dans le retour à la vie privée : supplice trop doux s'il n'était souvent accompagné de remords. Dans le vaste champ des passionn politiques , madame de Staël ne néglige point les infiniment petits. Des misères de l'ambition, elle descend aux petitesses de la vanité , et découvre une passion où beaucoup de personnes n'aper- çoivent qu'un ridicule. — ÎS'y a-t-il pas en effet plus de ridicule que de passion dans un attachement qui n'a rien de réel, ni dans soi, ni dans les autres; qui se consume dans la recherche d'avantages apparens et d'effets passa- gers ; dans un sentiment enfin qui se nourrit des rebuts de l'ambition et de la gloire .^ Les jouissances de la vanité sont imparfaites et fugitives; ses triomphes se composent d'ap- plaudissemens éphémères. Les malheurs qu'elle entraîne consistent presque tous dans la dépendance servile où elle met celui qui l'éprouve, du cercle qui l'entoure. Qui croi- rait que, dans une passion si étroite, si privée de ressorts , madame de Staël voit l'une des causes de la révolution française. — «C'est, dit-elle, le désir des applaudisse- mens ; c'est le besoin de faire effet qui a porté tant d'ora- teurs à attaquer les vieilles Institutions : il faut chercher dans les battemens de mains des tribunes, plus que dans 5AA LITTÉRATURE. des scntimens de haine et de fureur, la cause secrète des décrets les plus barbares de la convention. » L'une de ces causes, honteuse, mais -vraie, c'est la peur, dont l'in- fluence ne s'est que trop reproduite à beaucoup d'autres époques. Madame de Staël, toujours plus brillante par le coloris que profonde par la pensée, peint cependant de couleurs énergiques et vraies la plus redoutable des passions poli- tiques, V esprit de parti : cette passion tient du fanatisme, à quelque objet qu'elle s'applique. Semblable aux forces aveugles de la nature, qui vont toujours dans la même direction, elle donne à la pensée une espèce de roideur qui lui ôte presque ses attributs intellectuels. Les hommes qui se précipitent, les 3 eux fermés, dans l'opinion d'un parti, n'entendent, ne voient, ne comprennent que deux ou trois raisonnemens, avec lesquels ils font face à toutes les objections. Pour eux, un triomphe acquis par une condescendance paraîtrait aussi honteux qu'une défaite ; ils aiment mieux tomber en entraînant leurs ennemis , que de vaincre avec eux, que de faire le moindre sacrifice pour assurer la plus belle victoire. Les hommes de parti ne savent point reconnaître les grandes qualités d'un homme qui n'a pas leur religion politique. Mais ils se font illusion sur les torts , même sur les crimes de ceux qui partagent leur opinion, et rien ne peut les détacher d'eux. Pendant les fureurs du régime révolutionnaire, quelques hommes, exaltés jusqu'à la rage, ont dit, sans être des assassins : « il y a deux millions d'hommes de trop en France. » J'ai entendu répéter, ù une époque plus récente, par des hommes incapables du moindre crime privé : il y a en France trois millions d'hommes que ^ pour son repos, il faudrait en faire disparaître; et les mêmes individus, forcés de reculer, non devant là grandeur du forfait, mais LITTÉIUTURE. 5A5 devant la difficulté de l'exécution , se croyaient très-mo- dérés en ne demandant que la proscription de quatre cent mille têtes. Ces hommes, dit fort bien madame de Staël, eussent été catholiques ou protestans au quinzième siècle, comme ils étaient aristocrates ou jacobins il y a vingt-huit ans, comme ils sont aujourd'hui ultrù monarchiques, ou ultra libéraux. La source de l'esprit de parti est tout-à-filit étrangère au crime ; et cependant il n'est point de passion qui puisse au même degré borner la pensée, et dépraver la moralité. C'est une espèce de frénésie de l'ame, qui ne tient point à la nature de son objet. Quand la pensée en est saisie, ce n'est pas des objets à soi, mais de soi vers les objets que partent les impressions. Cette passion furieuse n'a de jouis- sances que dans l'espèce de délire qu'elle procure; mais, comme le fanatisme est le seul sentiment qui puisse réunir ensemble des actions coupables et une ame honnête, il doit naître de ce contraste le plus affreux supplice dont l'imagination puisse se former l'idée ; et le premier réveil de la raison doit être plus effroyable encore. La cruauté est mise par madame de Staël au rang des pas- sions. Quand l'homme a été entraîné par la perversité de ses penchans à un certain degré de scélératesse, l'effet devient la cause, et le crime, qui n'était d'abord que le moyen, de- vient le but. Il passe dans le sang une sorte de fièvre qui donne le besoin du crime; c'est une sensation physique trans- portée dans l'ordre moral. Dans cette horrible ivresse, il faut que celui qui est ainsi dominé par la passion du crime aille sans cesse en avant; non que l'espérance soit devant lui , mais parce que l'abîme est derrière. Il veut détruire les autres hommes, moins encore comme des ennemis que comme des témoins. Lorsque le fleuve de sang est traversé, le mal est irréparable, et le repentir devient infructueux. 5A6 LITTJÎIVATUIIE. Tout cela peut être vrai; mais, en contemplant cet hoi^ rible tableau, on se demande dans quel but l'auteur l'a tracé ? II ne connaît, il n'indique lui-même d'autre remède que la mort; c'est sortir du domaine de la morale, pour rentrer dans celui de la justice des hommes , ou de la jus- tice de Dieu> De ces terribles passions politiques , qui jettent l'effroi parmi les peuples, et semblent menacer les destinées de tout ce qui respire , la pensée ne descend pas sans effort 'vers les passions nées de l'ordre social , et que j'appelle passions cii^iles : le jeu , l'avarice j l^enuie , la vengeance même. Mais que sont les malheurs individuels auprès des calamités nationales? D'ailleurs , quel moraliste n'a pas considéré ces passions sous le rapport de l'influence qu'elles exercent sur les actions et sur le bonheur des individus? On suit madame de Staël avec plus d'intérêt, lersqu'elle examine l'influence des passions naturelles. Mais ce n'est pas sans étonnemcnt qu'on la voit mettre au nombre des obstacles au bonheur, Vainitié , la tendresse paternelle _, la piété filiale Qila. religion elle-7nê me. ?)^\\ÎAni l'en croire, l'ami- tié inspire le besoin du retour; et, sous ce rapport, elle fait ressentir plusieurs despeines de l'amour, sans promettre des plaieirs aussi vifs. — Chez les femmes, les épanchemens les plus intimes de l'amitié ne sont quelquefois que des confi- dences réciproques, un sacrifice fait par celle qui écoute à l'espérance de parler à son tour. Dans les relations des parens et des enfans , lorsque l'ame se livre assez vivement à ces penchans du coeur pour éprouver le besoin de la réciprocité , le repos cesse et le malheur commence. Il y a dans ces liens, dit madame de Staël , une inégalité naturelle qui ne permet jamais une affection du même genre, ni au même degré : l'une des deux est plus forte , et par cela même trouve des torts à l'autre; soit que les enfans chérissent LITTÉftATURE. 5A7 leurs parens plus qu'ils n'en sont aimés , soit plutôt que les parens éprouvent pour leurs enfans plus de sentimens qu'ils ne leur en inspirent. Lorsque les parens restent dans eux-mêmes, les enfans sont à leurs yeux des successeurs, presque des rivaux, des sujets devenus indépendans, des obligés à qui l'on néglige de plaire, des associés d'eux à soi, plutôt que de soi à eux; c'est une sorte d'amour dans la- quelle les parens, donnant une latitude indéfinie à l'idée de leurs droits, veulent que vous leur teniez compte de ce vague de puissance dont ils n'usent pas , après se l'Clre supposé. Enfin, la religion , dans l'acception générale, suppose une toi inébranlable; mais, en matière de foi, aucune action sur soi-même n'est possible; on espère ou l'on craint, on doute ou l'on croit , selon la nature de l'esprit, et les com- binaisons qu'il fait naître. La foi par-aîtêtre une faculté qu'il ne dépend pas de nous d'acquérir ; je la considère comme un don aussi indépendant de nous que la beauté, le génie, ou tout autre avantage qu'on tient delà nature, et qu'aucun effort ne peut obtenir. L'esprit, dit madame de Staël, est ramené par intervalles à douter de tout ce qui est contraire à la raison. La dévo- tion exaltée est presque toujours destructive des qualités naturelles; ce qu'elles ont de spontané, d'involontaire, est incompatible avec des règles fixes sur tous les objets; et les qualités naturelles, développées par les principes, par les sentimens de la moralité, sont de beaucoup supérieures aux vertus de la dévotion. Je prie le lecteur de remarquer que je rapporte ici les pensées de madame de Staël, et que souvent, dans la crainte de les altérer, je conserve ses propres expressions. . L'auteur cherche , dans la troisième partie de son ou- vrage, quelles ressources indépendantes du sort, cl surtout 5A8 LITTÉllATURE. de la volonté des hommes, on peut trouvei- en soi contre l'influence des passions. Uétudc excitée par les deux mobiles de la curiosité et de l'espérance, fait trouver, dans le plaisir si pur dépenser et d'enrichir ses méditations par les connaissances et les ijées des autres, une sorte de satisfaction intime, qui tient à la fois au besoin d'agir et de se perfectionner, et qui n'astreint l'homme à aucune dépendance. La hienfainance n'exige ni de la force dans le caractère , ni une attention soutenue: elle ne veut, elle n'attend rien des autres; elle donne des jouissances simples et faciles , et dont l'im- pression est indépendante, mêmedupouvoirde la réflexion; elle place sa félicité tout entière dans les émotions si douces et pourtant si profondes qu'elle éprouve. L'étude occupe l'esprit, la bienfaisance remplit le cœur. C'est sur- tout dans la philosophie que l'homme doit chercher des sjcours contre les traits acérés du malheur; mais cette phi- losophie , madame de Staël la place si haut , qu'il n'est donné d'y atteindre qu'à un petit nombre d'esprits supé- rieurs et de courages inflexibles. Il faut se placer au-dessus de soi pour se dominer, et au-dessus des autres pour n'en rien craindre, deux conditions très-difliciles à remplir; il faut se désabuser des illusions du bonheur et se contenter de quelque chose qui lui ressemble ; il faut, renonçant à toute influence sur le destin et sur les hommes , ne se com- plaire que dans l'exercice du pouvoir qu'on s'est réservé sur soi-même; enfin, il faut des loisirs et de la solitude; ce qui met les puissantes consolations de la philosophie à la portée d'un bien petit nombre de malheureux. Madame de Staël n'écrit pas, il est vrai, pour la multi- tude; elle s'adresse seulement aux caractères passionnés, c'est-à-dire à quelques êtres extraordinaires dont les LITTERATURE. 549 jouissances cl les douleurs sont étrangères à la presque totalité de rcspèce humaine. Elle suppose, dans les pas- sions, et même dans les affections naturelles, des calculs et des suscpptihiliiés que le commun des hommes est hors d'état d'apprécier. Cependant, quelque borné que soit le nombre de ces personnes passionnées, il serait très-dan- gereux pour le repos du monde de répéter, avec madame de Staiil , que, dans la passion, nul ne peut dire : là finit II. nature. Ces axiomes : on peut toujours se vaincre j on est toujours le maître de soi, madame de Staël les trouve impitoyables ; elle les repousse comme étant la morale des âmes froides et des esprits médiocres. Mais, sans doute, en voulant excuser des écarts et des erreurs auxquels elle a consacré depuis ses plus brillans ouvrages , madame de Staël n'a pas vu quelles seraient les funestes conséquences d'un si dangereux système. Si l'homme ne peut étouffer les désirs de son cœur, circonscrire les mouvemens de son ame, toute moralité cesse; il n'y a plus ni bien ni mal moral, et le monde rentre sous l'empire de la fatalité. L'auteur, qui a transformé le crime en passion, ne peut nier que tous les hommes sont les maîtres de triompher de leurs passions, sans refuser à la société le droit de pu- nir , sans accorder au crime le privilège d'une révoltante inviolabilité. L'amour a occupé, sinon dans la vie, du moins dans les ouvrages de madame de Staël , une très-grande place. Ses idées sur cette passion ont quelque chose de bizarre , d'extraordinaire, et l'ont jetée , depuis ses premiers essais, jusqu'à ses derniers ouvrages^ loin des routes battues et des opinions les plus généralement admises. Madame de Staël était encore mademoiselle Necker ; et déjà elle com- posait une comédie , ayant pour titre : Sophie , ou les Ssn- timens secrets , dont l'héroïne conçoii, presque à son msUj 550 LITTEiUTLllE. !a plus vive passion pour son tuteur , quoique ce tuteur soit l'époux de l'amie de Sophie. Delphine est une autre Sophie, qui devient .amoureuse, môme avant de le con- naître , d'un homme qu'elle sait destiné t\ devenir le mari de sa cousine, et qui meurt dévorée de désirs, consumée de regrets, après avoir entretenu avec son amant une liaison à laquelle il n'a manqué que le triomphe des sens pour avoir tous les caractères d'un long et scandaleux adultère. Les femmes emportées, par des facultés émi- nentes et par des passions fougueuses , hors de la ligne des devoirs que leur ont tracés la nature et l'ordre social, sont des modèles peu honorables à offrir ; il ne suffît pas de les rendre victimes de cet égarement du cœur et de l'es- prit, en livrant leur vie entière i\ la douleur, en l'éteignant dans les larmes ; c'est profaner la vertu que de les revêtir de ce quelle a de plus séduisant , et de solliciter lo pitié pour celles à qui tous les cœurs honnêtes doivent rester fermés. Cependant je ine plais à penser que la création de Delphine est une erreur de l'esprit , et non une faute du cœur, et je ne partage point l'opinion de l'auteur de la notice, qui prétend que Corinne est l'idéal de madame de Staël j et que DelpJiine en est la réalité pendant sa jeunesse. Cette brillante Corinne brave aussi l'opinion; mais elle respecte le devoir; elle aussi tombe victime de l'amour, mais après avoir sacrifié à la gloire ; cet amour est malheu- reux, et n'est point criminel. Poète, artiste, Corinne avait renoncé à son pays, au nom de ses aïeux, pour se livrer au culte des muses , aux inspirations du talent, et pour fonder sa renommée sur une gloire qui n'appartient qu'à elle. L'amour arriva trop tard pour dominer seul dans un cœur déjà en proie à d'autres délices; il y laissa tou- jours une grande place aux sentimens nobles et élevés. LITTÉRATUllE. 55 i Si matiamc de Slaël n'avait pas cru , pour l'honneur de celte passion jalouse, devoir lui sacrifier Corinne; si l'amour n'avait pas laissé dans l'ame indécise d'Oswald de longues impressions d'une langueur sentimentale qui tantôt affadit et tantôt fait perdre toute patience, avec quel plaisir ne le relrouverait-on pas dans la description d'un pays où il est sibienplacé, et où il joue un rôle aussi animé! Corinne, con- sidérée comme roman, n'est pas, au jugement des dames, un ouvrage assez passionné ; comme description de l'Italie, il laisse beaucoup à désirer, et n'est point exempt d'erreurs : il satisfait davantage sous le rapport de l'art d'écrire et des inspirations poétiques. Les chants de Corinne ont souvent toute l'ardeur, tout l'abandon , toute la mollesse et la vo- lupté des Mus€s de TAusonnie , et il résulte de la combi- naison de ces différentes parties un mélange délicieux, un ensemble plein de charmes. Corinne, improvisatrice, mu- sicienne, peintre; Corinne, jeune, belle, sensible, a les formes, la puissance et les séductions du génie. On ne peut pardonner à Delphine d'avoir voulu s'élever au-dessus du jugement des hommes; loin d'avoir la force de blâmer Corinne lorsqu'elle recherche les hommages publics , le moraliste le plus sévère cède au désir de mêler sa voix aux acclamations de ses adorateurs. Mais un Français ne peut, sans une irritation à laquelle il se laisse aller, parce qu'il la croit légitime, retrouver dans cet ouvrage l'injuste pré- vention de madame de Staël contre un pays et contre des hommes pour lesquels elle professe à chaque instant un amour que sa plume dément sans cesse. Elle eût pu flatter davantage l'Angleterre, qu'elle personnifie dans Oswald , et orner son héros de tous les dons , de toutes les qualités qu'il laisse à désirer ; mais si , pour mieux le faire briller, elle avait besoin d'un contraste, ne pouvait-elle le trouver sans sortir de l'Angleterre, ou du moins ne pouvait-elle le hhl LITTÉRATURE. prendre chez un peuple qui diffère des Anglais par sa reli- gion, son esprit et ses habitudes? Les Irlandais sont là pour tout le monde, et les écriTains de la Tamise ne se font pas faute de ces malheureux pour les sacrifier aux préjugés et à l'orgueil des vieux Bretons. Pourquoi donc prendre un Français ? pourquoi surtout charger les cou- leurs dont la jalousie de l'étranger se complaît à défigurer notre caractère national ? Ce comte d'Erfeuil qui joue avec les mots, avec les phrases, mais qui ne prend jamais pour sujet de ses discours ni les objets extérieurs, ni les senti- mens intimes, dont la conversation n'est ni du deliors ni du dedans; cet homme qui, même dans le malheur, est incapable d'affections profondes, et digne d'être aimé seu- lement comme il aime, en hon camarade déplaisirs et de périls j mais qui ne s'entend point au partage des peines; ce comte d'Erfeuil, enfin, qui dit des choses d'une imper- tinence si ridicule, peut être une caricature agréable, et^ jusqu'à un certain point, le portrait fidèle d'un courtisan ou d'un aimable petit-maître; mais jamais, même à l'é- poque où ils étaient les plus frivoles, les Français n'ont pu être représentés sous de pareils traits : ces traits leur con- viennent aujourd'hui moins qu'à aucune époque, et il y aurait à s'y reconnaître une modestie aussi ridicule qu'il y a d'injustice à les tracer. La même injustice se retrouve à l'égard des Françaises; elles n'ont pas plus la fausseté, les ruses et le manège de madame d'Arbigny , que les An- glaises ne possèdent la douceur, les vertus et toutes les qualités solides dont madame de Staël enrichit si généreu- sement la jeune épouse du lord Nelvil. Tous ces portraits de nations manquent de justesse et de véritable philoso- phie. Madame d'Arbigny n'est pas la France; Corinne n'est pas l'Italie; Lucilc n'est pas l'Angleterre; la gloire comme les vertus modestes, le bonheur domestique comme les LITTÉRATURE. 555 jouissances du génie sont de tous les pays , et les diffé- rences extérieures ne cachent qu'à des yeux inattentifs l'uniformité des sentimens, des principes et dés vertus qui régnent à peu près au même degré chez toutes les nations policées de l'Europe. En France , la vie des hommes et des femmes est toute extérieure, il y a peut-être trop de bruit et d'éclat; mais ailleurs, et surtout en Angleterre, n'y au- rait-il pas trop de mystère et d'obscurité ? En France, les vices même sont à peine déguisés; notre pétulance dé- range à tout moment le voile léger que le sentiment des convenances jette sur nos travers : voilà pourquoi ils frap- pent d'abord les yeux de l'étranger, qui les cherche comme un soulagement aux souffrances de l'amour-proprc ; toutes les pièces de l'appartement s'ouvrent devant lui, tous les membres de la famille lui sont présentés. En Angleterre, à peine l'étranger trouve-t-il place en un parloir obscur, le reste est clos, et c'est là que se retirent les visages meur- tris et les yeux gonflés de larmes. Pour connaître ce qui se passe dans les familles, pour s'instruire des mœurs do- mestiques , il faut consulter la liste des avortemens et des suicides; il faut lire les sentences des cours d'assises. Année. III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. LIVRES ÉTRANGERS (i). AMÉRIQUE. ÉTATS-UNIS. 217. —Biography,elc. —Biographie des sîgaataires de la dii- claration d'indépendance , par John Sandeeson. Philadelphie, 1821. 1 vol. in-S". 218. —Journal of Voyages and trauels , etc.- Journal de Voyages dans l'intérieur de l'Amérique septentrionale jusqu'à l'Océan paci- fique , formant une distance de cinq mille milles ; avec une carte du pays; par Daniel Habmon. Andover. 1 vol. in-S". ttiQ. - Filial affection. - L'amour Elial, ou la petite fille de l'Ecclésiastique protestant. Conte moral. Boston, iSao. 1 vol. in-i8 de 162 pages. Ouvrages anglais réimprimés en Amérique. D30. - Life of Wesley, etc. - Vie de Wesley, et naissance et progrès du méthodisme ; par Robert Southey. 2 vol. iu-S». 221. — Life of the Right lion. John Philpot Curran. - Vie de l'honorable Jean Philpot Curran , maître des Rôles en Irlande; par son fils miliam Chehan , conseiller. 1 vol. in-8°. (Voyez l'analyse de cet ouvrage , Rev. Encycl. , tom. IX , p. 287.) 222. - Memoirs of Richard Lovell Edgeworlh. - Mémoires de Richard Lovell Edgeworth; commencés par lui et achevés par sa fille Maria Edgewoeth. Boston, 1820. 2 vol. in-8". EUROPE. GRANDE-BRETAGNE. 223.- T/ie history of plague , etc. - Histoire de la peste (1) Nous indiquerons , par un astérisque (») place a coté du titre de chaque ouvrage, ceux des livres étrangers ou français qu. paraîtront dignes d'une attention particulière, et dont nous rendrons quelquefois compte dans la section des analyses. LIVRES ÉTRANGERS. 555 qui s'est manifestée dernièrement dans les isles de Malte, Goro^ Corfou , Céphalonie , etc. ; contenant plusieurs faits importans qui expliquent la contagion spécifique de cette maladie , avec les moyens particuliers pour la détruire ; par J. D, Tclly , chirurgien militaire , membre de l'académie Ionienne , dernièrement président du comité de Santé des Iles Ioniennes. Londres, i82i.Longman et comp. un vol. in-S°. Les recherches qu'a faîtes dernièrement le parlement pour recon- naître la véritable nature de la peste , ont donné lieu à la publication de cet ouvrage , qui contient l'histoire des pestes qui ont ravagé la Méditerranée , pendant les sept dernières années, surtout celle des Iles Ioniennes , dont l'auteur a fait les rapports oËBciels. Il ne se doutait pas alors qu'on élèverait des doutes sur la nature contagieuse de la peste. 11 ne croit pas que la contagion se propage par l'atmos- phère , et que le froid ou le chaud contribuent à en arrêter le progrès. Malte a eu fréquemment la peste depuis iSga. On y bâtit le Lazareth en 16-5 ; et c'est en i8i5 qu'on éprouva la dernière peste qui fut apportée d'Alexandrie : elle occasionna beaucoup de ravages; et, au moment où elle paraissait diminuer, elle fut de nouveau répandue par le pillage des marchandises infectées ; ce n'est que lorsque sir Thomas Maitland fut arrivé pour établir un cordon plus serré , que les progrès du mal furent arrêtés. Le 4^ cha- pitre de l'ouvrage donne l'esquisse de la peste, en i8i3 et i8i4» sur les rives de Lipanto et en Albanie ; le S'', celle de Corfou ; le 7", celle de Céphalonie ; le 8« , celle de Noja. Partout on a employé des moyens analogues, et partout ils ont été couronnés de succès lorsqu'on y a mis assez de persévérance. L'auteur fait connaître, dans le"6« cha- pitre, ceux dont on s'est servi pour procurer des provisions à la popula- tion séquestrée, et pour garantir de la contagion les personnes chargées de soigner les malades. 11 traite , dans le 9" chapitre , de la nécessité de la quarantaine, qui avait été également reconnue par Buonaparte, en Egypte , et de la manière de purifier les lieux infectés. Il y a sans doute des maladies, dépendantes du climat et de la saison, qui peuvent C-tre confondues avec la peste ; celles-ci se présentent aussi pendant la peste , on doit nécessairement les distinguer pour ne pas prodi- guer inutilement des moyens rigoureux ; mais la contagion de la peste , par le contact , et la nécessité du séquestre , ne lui paraisssent 556 LIVRES ÉTRANGER S. sujettes à aucun doute, et tout ce que rapporte l'auteur nous confirme pleinement dans cette opinion. F— n. D. M. 224. — The greelc Testament , etc. — Texte grec du nouveau Tes- tament, avec des notes latines, tirées des ouvrages de Hardy, Ra- phel, Kypke, Schleusner ,Rosenmullpr , et la plupart des variantes de Griesbach ; par E. Valpy , chapelain de l'évèque de Norsvich. Londres, 1821. 3 vol. in-S»; prix, 2 liv. 12 sh. 6 d.— 62 fr. Cette savante édition est destinée aux étudians en théologie de l'église anglicane. 225. — The Age of christian reason. — L'Age de la raison chré- tienne, ou Réfutation des doctrines de Thomas Paine et de M. de Volney , sur la religion et sur la politique ; par Thomas Broighton. Londres, 18120. Livington. 1 vol. in-S» de 2S0 p. En retranchant de ce volume quelques doctrines hasardées , et les injures fort superflues contre les déistes , les athées et les catholiques , l'ouvrage, s'il était traduit dans notre langue , avec quelques addi- tions , serait très-utile et obtiendrait un grand succès. 226. — T'he enthousiasm, qfmelhodists and papists , etc. — Les ca- ractères et les effets du zèle excessif des méthodistes et des papistes , par l'évèque Lavisctos ; nouvelle édition , avec une introduction et des notes, par le rév. Polwhelb. Londres, 1821, chez les associés Whittaker, etc. 1 vol. iu-S». On sait que deux communions très-nombreuses , celles des puri- tains ou méthodistes, et celles des papistes, autrement des catho- liques, rivalisent, chez les insulaires nos voisins , avec l'église établie ou l'église anglicane réformée. Cet ouvrage , plein de faits remar- quables et de réflexions curieuses , a pour objet de servir d'instruction aux Anglicans , et de les prémunir contre l'esprit de prosélytisme des deux autres communions , dont les progrès sensibles ont donné de l'inquiétude à leurs adversaires. L — s, 22j.—rltaly and the Italians , etc. — L'Italie et les Italiens au 19* siècle , ou Lettres sur l'état civil, politique et moral de ce pays, écrites en i8i8 et 1819; avec un appendice contenant des extraits de littérature italienne moderne , par un ofiîcier étranger, au service de l'Angleterre. Londres, 1821. 1 vol. in-8" de 271 pages. Madame de Staël a dit : a Les Italiens sont plus remarquables parce qu'ils ont été et par ce qu'ils pourraient être, que par ce qu'ils sont LIVRES ÉTRANGERS. 557 maînlcnant. » Tous ceux qui connaissent l'histoire de l'Italie ne peuvent contester la justesse de cette remarque. Cependant les Italiens ne méritent pas non plus d'être traités avec cette espèce d'indillerence dont on peut accuser plusieurs des voyageurs qui ont visité leur pays. Presque tous ont décrit longuement les ruines et les monumcns de l'Italie, sans s'occuper de peindre le peuple qui l'habite : ou, s'ils essaient d'en donner une idée, c'est en prêtant le même caractère aux Toscans, aux Napolitains, aux Lombards, aux Génois i aux Vénitiens, aux Romains, qui différent presque autant les uns des autres que les Allemands diffèrent des Anglais , et les Hollandais des Français. L'auteur de cet ouvrage a eu pour but de rectifier plusieurs erreurs de ce genre, en s'appliquant à peindre les mœurs et les habitudes des Italiens, non d'après des données générales et vagues, mais d'après ses propres observations. Elevé en Italie, dont il possède parfaitement la langue, l'auteur y a fait dernièrement un voyage et un séjour de quelques mois.' Parmi plusieurs détails iuléressans sur les mœurs et les institutions' des Napolitains , nous avons remarqué le passage suivant ; « II existe à Naples une institution, la seule de ce genre qu'il y ait en Europe; c'est un collège où sont élevés de jeunes Chinois, enlevés à leur patrie par les missionnaires , quand ils n'ont que treize ou quatorze ans. lis reçoivent les ordres, et retournent ensuite dans leur pays pour y répandre le christianisme : il y avait six Chinois au collège en 181S. » Cet ouvrage, écrit avec élégance, éveille et satisfait la curiosité. Il renferme des aperçus intéressans sur l'état moral et politique des Italiens. L. S. B. 22S. — An account of ihe inlerior of Cejlan , etc. — Description de l'intérieur de l'ile de Ceylan, par John Davy. D. M. F. R. S. Londres, 1821. i vol. in-4°. Déjà Knox , Gautier, Schouten, R. Percival , Cordiner et plusieurs autres ont décrit les mœurs et les usages des Chingulais ; un pseu- donyme d'Oxford a tracé leur histoire. Cependant l'ouvrage de M. Davy contient un grand nombre de détails entièrement neufs sur cette île , intéressante sous tant de rapports. L'antiquité des traditions conservées par les Indous sur Tapou Ravana (l'île de Ravana) (1) , les temples immenses qui subsistent encore dans quel- (1) De là le nom grec Taprohane. Voj. les Monumens de l'Hin- doustan, par M, Lakglès, Paris, 1821. 2 vol. in-folio. &58 LIVRES ÉTRANGERS. ques-uns de ses cantons, la singularité des coûtâmes de ses habitans, les bizarreries géologiques que le sol offre aux naturalistes ; enfin , l'importance de ses produits , tout appelle l'intérêt sur ce pays , décrit par M. Davy avec d'autant plus de soin que là , comme partout ailleurs, le titre de médecin su£Bt pour aplanir tous les obstacles. E. Gacitieb. 229. — Journal of a voyage for the discouery cf a norlh-west passage, elc. — Journal du voyage entrepris pour découvrir un pas- sage au nord-ouest, entre l'océan Atlantique et la mer Pacifique...., par le capitaine W. Pakby. Londres, 1821. 1 vol. in-4°. Déjà plusieurs relations intéressantes avaient entretenu le public de l'histoire de la seconde expédition entreprise par la marine an- glaise , pour découvrir un passage au nord-ouest de l'Amérique ; mais elles n'avaient pas de caractère officiel. Le capitaine Parry, commandant l'expédition , vient enfin de publier la relation authen- tique de son voyage. Nous n'en extrairons que les détails essentiels , attendu que cet ouvrage vient d'être traduit en français. Dès leur entrée dans le détroit de Davis, en juillet 1819, les deux frégates anglaises rencontrèrent tant de glaces , qu'elles eurent de la peine à avancer; elles entrèrent néanmoins, le 5o juillet, dans le Sund de Lancaster , où elles trouvèrent une immense quantité de baleines. Le capitaine Ross, commandant de l'expédition préeé- deJite , n'y était arrivé , en 1818, qu'à la fin d'août; ce qui avait augmenté les obstacles de la route. Son successeur avait l'instruction de pénétrer dans le grand Sund, à l'ouest de la baie de Baffin. Ce fut donc dans cette direction que les deux frégates avancèrent , en donnant des noms aux côtes , aux caps et aux îles qu'elles rencon- trèrent. Suivant l'usage, ce furent les fonctionnaires publics et les hommes bien vus du gouvernement , dont on emprunta les noms pour les appliquer à la géographie. Ce n'est pas au parti de l'Oppo- sition, quelque respectable qu'il soit ^ que de pareils honneurs sont réservés. Un capitaine de marine, même, est assez courtisan pour savoir qu'il serait maladroit d'honorer des noms qui déplaisent aux ministres. L'expédition continua de naviguer dans la direction de l'ouest , pendant le mois d'août ; il n'y avait pas de doute qu'elle ne fût dans la mer Polaire ; elle trouva un groupe d'îles , qui reçut le nom de la Nouvelle Géorgie , et une des plus grandes de ces îles futîiomméc Ih Melyille ; le 5 septembre, les deux batinicns se LIVRES ÉTRANGERS. 550 trouvèrent à 110° ouest du méridien de Greenwich , et à 74° 44' 2" de latitude septentrionale ; par conséquent, ils eurent gagné la prime de cinq mille livres sterling , promise par le parlement aux bâtimens qui arriveraient les premiers à cette longitude, dans le cercle polaire arctique. Les matelots apprirent avec joie cette nouvelle, que leur communiqua le capitaine Parry , et la première pointe de terre qu'ils rencontrèrent reçut d'eux le nom de cap delà Prime (Bounly cape). On essaya de se porter plus loin vers l'ouest ; mais les vents et les glaces les en empêchèrent; le thermomètre tomba subitement à Soc- les jours devinrent très-courts , et il fallut se résoudre à passer un hiver de plus de dix mois dans une baie de l'île Melville ; encore falkit-il se frayer , pour y arriver, un passage à travers la glace. Tous les agrès furent mis à couvert , et l'on s'arrangea pour passer ce long hiver le moins désagréablement possible. Le capitaine Parry s'ima- gina de faire rédiger, par ses oËBciers, un journal qui fut intitulé : Ga- zette de la Nouvelle Géorgie, et qui, au retour de l'expédition', a été imprimé en Angleterre (_f^. ci-après} ; de plus , il organisa un théâtre, dont les représentations amusèrent infiniment les matelots et furent très-suivies. Le soleil disparut, le 4 novembre , pour ne reparaître que quatre-vingt-seize jours après. Les loups commencèrent à hurler sur les neiges et les glaces autour des bâtimens; ce furent les seuls ani- maux que l'on vit en nombre ; un ours blanc fit une courte appari- tion ; les coups de fusil dont il fut accueilli ne l'engagèrent pas à revenir. Vers la fin de novembre et au commencement de décembre, la température fut d'une rigueur extrême ; l'obscorité était dissipée en partie par les belles aurores boréales et par la lune , dont le disque brillant semblait reposer quelquefois sur une colonne de lu- mière , ou que la réfraction de la lumière faisait paraître comme brisé ; quelquefois la lumière jaillissait de nuages légers et transpa- rens. Le scorbut commença à se manifester parmi l'équipage ; mais on fit croître , pour les malades , du cresson dans de la terre humide au-dessous d'un poêle ; on eut soin aussi de distiibuer journellement aux matelots du jus de citron avec du sucre; par ces moyens, on empêcha la maladie de faire des progrès. Il est à remarquer que la salade que l'on fit croître dans le bâtiment n'avait pas de couleur, parce que la végétation avait été privée d'air. Le 3 février , on aperçut le soleil , du haut des huniers ; les jour» suivans il y eut une aurore qui alla toujours en augmentant; enfin , 560 LIVRES ÉTRANGERS. le 7 , le jour fut as^ez loug pour que l'on pût aller à terre et com- mencer à travailler aux préparatifs du départ. Les mois suivans se passèrent dans l'attente du dégel. Au mois de mai, le capitaine Parry fit dans l'île un petit jardin où il planta des oignons, des radis, du cresson et de la moutarde ; aucune de ces plantations ne réussit. Le i"juin, on fit une excursion dansl'ile; on n'y trouva que peu de végétaux , entre autres une renoncule en pleine floraison ; on vit des souris, un bœuf musqué, des hirondelles, des canards et des oies sauvages, des bêtes fauves, etc. Sur une pointe de terre, on vit des restes de six huttes d'Esquimaux ,qui apparemment viennent dans cette île pendant la courte durée de l'été. Au milieu du mois de juillet, le tems fut doux et agréable; l'équipage se livra à la chasse ; la mer fut libre , et , au i*^' août , les deux bâtimens mirent à la voile pour continuer leurs ,découvertes à l'ouest , et passer , s'il était possible , dans la mer du Sud. Cependant ils eurent à lutter contre des vents si violons et des masses de glaces tellement fortes , que le commandant perdit l'espoir d'aller plus loin. Il tint conseil avec ses officiers, et il fut résolu que l'on retournerait, pour n'être pas exposé à passer infructueusement un second hiver dans ces ré- gions glacées. On prit donc le chemin de retour, avec la certitude d'avoir poussé la navigation dans la mer Polaire , plus loin qu'elle ne l'avait été. Le capitaine Parry ne doute pas qu'il n'existe un pas- sage entre l'Océan Atlantique et la mer du Sud ; mais, vu la courte durée de la saison navigable, les vents et les glaces, il n'est guère possible d'en profiter; peut-être, le parcourrait-on plus facilement en partant du détroit de Behring, et en allant par conséquent de l'ouest à l'est. 11 peut se trouver , d'ailleurs , à des latitudes moins élevées , des communications entre l'Océan et la mer Polaire. Le capitaine désigne comme des- points qui mériteraient d'être explorés dans cette intention , le détroit de Cumberland , le passage dit Sir Roives-PFelcome, situé entre l'île Southampton et la côte d'Amé- rique ; enfin, la baie de Refus, Repulse-Baj. On sait que ce marin habile a reçu de l'amirauté anglaise le commandement d'une autre expédition qui va continuer les découvertes commencées dans le cercle polaire. D-c. 23o. — The north Georgia Gazette, etc. — Gazette de la Géorgie septentrionale, ou chronique d'hiver. Londres, 1S21. 1 vol. in-i" de 1 32 pages. LIVRES ErRANGF.RS. 561 Cet ouvrage est remarquable par les clrcoastaaces singulières qui l'ont fait naître. Exilés loin du monde civilisé ; réduits à passer un long hiver dans les mers arctiques , au milieu des glaces du pôle , les officiers qui composaient l'équipage des deux vaisseaux anglais, l'HècIaet le Griper , envoyés à la découverte d'un passage nord- ouest de l'Océan Paciflque dans l'Océan Atlantique , imaginèrent deux moyens d'échapper à l'ennui qui les menaçait. Ils ouvrirent un théâtre et fondèrent un journal qui devait paraître toutes les se- maines, et qui n'était composé que de morceaux originaux, La di- rection du théâtre fut confiée au lieutenant Beechey, qui peignit les décorations , et le capitaine Sabine consentit à devenir éditeur du journal. On recommanda à ceux qui voulaient contribuer à la ré- daction de ce recueil , de mettre au bas de leurs articles un sio-ne particulier , dont eux seuls auraient la clef, et de déguiser leur écriture , aQn que les jugemens et les censures pussent avoir le ca- ractère de l'impartialité. La boîte aux lettres de l'éditeur fut placée sur le cabestan de l'Hécla , nt le premier numéro de la Gazette de la Géorgie septentrionale parut le i" novembre 1819. Le recueil alla jusqu'à vingt-un cahiers. Ces feuilles détachées, que l'on a réunies et que l'on vient de publier en Angleterre sans y rien changer, contien- nent des lettres, des poésies fugitives, des critiques dramatiques et d'autres morceaux détachés. On sent qu'un ouvrage de ce genre ne pourrait supporter une critique bien sévère ; aussi doit-il être regardé plutôt comme objet de curiosité , vu la situation où se trouvaient les auteurs , que comme production littéraire. On remarque une des- cription en vers des mers arctiques et des glaces éternelles des pôles , qui est écrite avec vérité. Ce volume peut servir d'appendice à la relation du voyage que nous avons annoncé ci-dessus. 201. — T/ie Legend of Argyle , etc. — La Légende d'Argyle , ou Il y a cent ans passés. Londres, 1821. Colburn. a vol. in^". Ce titre est évidemment imité de celui de JVauerley ou V Ecosse il y a soixante ans. L'auteur n'avait pas besoin d'employer ce petit artifice ; l'ouvrage peut être lu pour lui-même. L'intrigue est fondée ' sur la révolte de 1715 en faveur de la maison de Stuart, et le duc d'Argyle, célébré par Pope, en est le héros. Les caractères histori- ques sont peints avec esprit et fidélité ; les personnages imaginaire» sont bien dans l'esprit du tems, et tels que l'époque a dû en pro- duire. Ce sontj pour la plupart, des jacobite» et des anti-jacobites, Tome xi. 56 562 LIVRES ETRANGERS. des enthousiastes dévoués aux diËfércns partis , des officiers de for- tune , etc. Une imagination féconde a su animer, par une foule de détails intéressans, les faits empruntés à l'histoire. Le style est gé- néralement pur et facile. 232. The Hislorj and Aniiquilies ofthe Tower cfLondon, etc. — Histoire et Antiquités de la Tour de Londres, avec des anec- dotes biof^raphiques sur plusieurs personnes royales et sur des per- sonnao-es de distinction; tirées des registres, des papiers de l'état, des manuscrits déposés à la Tour, et d'autres sources authentiques ; par John Bailey. Publiées en deux parties. — i" partie. Londres, 1821. Murray. 1 vol. in-4'* de 5o6 pages. La Tour est un des plus antiques édifices de Londres. Après avoir ■ été la résidence de plusieurs souverains, elle est devenue prison d'état. Le sceptre et les diamans de la couronne d'Angleterre y sont aussi déposés. L'auteur de l'ouvrage que nous annonçons donne au public, dans cette première partie, une histoire chronologique et générale de la Tour, comme palais et comme forteresse, avec la description de tous ses bâtimens. Elle servit de refuge au roi Jean, en i2i5, lors de la révolte de ses barons. Henri III l'habita long- tems, la fortifia et orna la chapelle de peintures et de sculptures. Vers la fin du règne de ce prince , la possession de la Tour lui fut contestée par les nobles révoltés. Sous Edouard III, elle devint la prison du célèbre roi écossais David Bruce, qui y fut renfermé avec plusieurs chefs de la même nation , faits prisonniers à la bataille de Neville's Cross, en i546. Charles de Blois, l'un des compétiteurs à la couronne de Bretagne , le vaillant Jean de Vienne , le gouverneur de Calais , et douze des plus braves défenseurs de cette ville , enfin Jean , roi de France , et son fils Philippe furent aussi détenus dans la Tour. — M. Bailey promet , pour la seconde partie , des notices bio- graphiques sur tous ces personnages et sur plusieurs autres captifs en- fermés dans la Tour pour crime d'état. Cette partie , qui sera la plus intéressante, paraîtra incessamment ; elle contiendra la description des anciennes coutumes, de la juridiction et des privilèges attachés à la Tour. L- S. B. POLOGNE. 233. — j4stmno7nia , etc. — Astronomie des Dames , par La- lAKDE, traduite du français par François Skomorowsri. Varsovie, 182 1. Glùcksberg. 1 vol. in- 18, LIVRES ÉTRANGERS. 06 3 2ù4- — Ostalnic lata panowanie , etc. — Dernières années du règne de Sigismond- Auguste. Ouvrage extrait de manuscrits sur l'histoire de Pologne; par Joac/n'/ra Lelewel. Varsovie, 1S21. Glùcks- berg. 1 vol. in-8°. Le public désire depuis long-tems que M. Lelewel fasse imprimer ses manuscrits sur l'histoire de Pologne. L'extrait que nous annonçons est bien propre à justiGer cet empressement. 255. — Pielgrzym Dobromilu , etc. — Suite du Pèlerin à Dobro- mil. Varsovie, 1821. N. Gliicksberg. i vol. in-12, avec Ggures litho- graphiées. Nous avons déjà annoncé ( Voy. Tom. VIII, pag. 58o. ) le Pèle- rin à Dobromil, auquel l'auteur vient de donner une suite. Madame la princesse Czartoriska , après avoir consacré une partie' de sa vie et de sa fortune à l'éducation de quarante-neuf jeunes personnes, qu'elle avait prises dès l"âge le plus tendre , et qu'elle dirigea jus- qu'au moment de leur mariage , emploie aujourd'hui ses loisirs à la composition d'ouvrages moraux à la portée des paysans , et destinés à servir à l'instruction du peuple; elle est secondée dans cette noble tâche par sa fille, la princesse de Wurtemberg, dont on trouve, dans le premier volume de cet ouvrage , cinq Nouvelles pleines de grâce et de naïveté. Celui que nous annonçons, comme le précé- dent, contient des observations morales puisées dans les mœurs villageoises, ce qui donne aux récits la couleur de l'idylle. Le Pè- lerin loue et critique ce que les paysans font sous ses yeux ; toutes les conversations ont pour objet les bonnes qualités et les mauvaises habitudes des paysans polonais. Cet ouvrage respire l'amour de la patrie , et l'on ne saurait lui accorder trop d'éloges. On y trouve , à la fin , quelques chants nationaux avec la musique. 206. — Diezwica z Abidos , etc. — La Vierge d'Abidos , poème de lord Byroîj, traduit en vers polonais par le comte Ladislas Os- TROwsEi. Varsovie, 1821. N. Gliicksberg. In-8°. Cette charmante traduction fait naître le désir de voir son auteur enrichir la littérature polonaise des autres productions du poète anglais. L'exécution typographique prouve que M. Gliicksberg n'é- pargne aucuns soins ni aucune dépense pour donner aux ouvrages sortis de sa librairie tout le degré de perfection dont Timprimerie est susceptible. B. î^"- — Pierre-le-Grand , ou l'Amour du monarque pour sa Na- .36 * 66A LIVRES ETRANGERS. tion , tragédie polonaise en prose ; par M. Szumski , professeur au gymnase de Posen ; ouvrage dont l'empereur Alexandre a accepté la dédicace. Poscn, 1820. L'auteur de cette tragédie, connu par quelques ouvrages concer- nant l'instruction publique, s'occupe surtout à répandre le goût de la littérature polonaise dans la partie de la Pologne échue à la Prusse. Il a fondé à Posen une bibliothèque d'ouvrages polonais, choisis avec soin, la seule qui existe dans le grand-duché de Posen. NORVÈGE. ;" 2Z8,~-JuOPgit>nings-Principies, etc. — Principes de législation, ou l'Etat dans ses rapports avec la religion , les mœurs et la civi- lisation, par M. N. Teeschow. Christiania, 1820. 1 vol. in -8» de 464 pages. L'auteur de cet excellent ouvrage mérite d'être mieux connu qu'il ne l'est. Penseur profond , philosophe éclairé , il aurait été plus célèbre , son nom aurait été prononcé avec ceux des Kant , des Fichte , des Schelling , s'il avait appartenu à un pays dont la langue fût plus répandue que la sienne. Parmi plusieurs ouvrages déjà pu- bliés par M. Treschow, nous distinguons une Philosophie de l'his- toire, qu'il fit imprimer, en 181 1, à l'usage de son cours de philosophie, lorsqu'il était professeur à l'université de Copenhague. L'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui est divisé en cinq parties. Dans la première , il examine l'essence et le but de la société ; dans la seconde , il traite de la civilisation et des moyens d'y parvenir ; dans la troisième, il s'occupe des devoirs de l'état par rapport à la reli- gion; dans la quatrième, il montre de quelle manière et jusqu'à quel point l'état peut et doit exercer son influence sur les mœurs publiques; enfin, dans la cinquième partie, il explique ce que l'état doit faire pour encourager Ic^ progrès des sciences et de toutes les connaissances humaines, et pour leur donner une direction utile à la société et à l'humanité en général. Toutes ces matières sont traitées avec la profondeur et la sagacité qui distinguent éminemment cet auteur, si célèbre dans son pays. Il est à regretter seulement qu'il semble avoir abandonné, du moins jusqu'à un certain point , un petit nombre de ces principes libéraux qu'il se faisait autrefois un honneur de professer. C'est ainsi que plusieurs des principes qu'il établit aujourdhui nous paraissent conduire à l'intolérance en ma- LIVRES ÉTRANGERS. 565 tière religieuse ; c'est ainsi qu'il voit la noblesse et les ordres de chevalerie d'un œil plus favorable qu'il ne convient à un philosophe. Ce changement d'opinion serait - il par hasard une conséquence* nécessaire du changement qui s'est opéré dans la position politique de l'auteur, qui, de professeur à l'université de Christiania, est devenu tout-à-coup grand fonctionnaire public, commandeur d'ua ordre suédois, et conseiller d'état à porte-feuille? Nous ne voulons pas le croire ; nous aimons mieux attribuer ce changement inattendu à la faiblesse presque toujours inséparable d'un âge très-avancé. M. Treschow est arrivé à l'âge de soixante-dix ans. Le second volume paraîtra cette année ; il sera suivi d'un troisième et dernier volume. a3g. — Norraena ,etc. — Collection de chants nationaux, norvé- giens. Christiania, 1821, in-S". En 1819, le prince de Hesse-Philipsthal proposa, en Danemarck, un prix pour la meilleure chanson nationale. En faisant connaître aux lecteurs de la Revue Encyclopédique cette idée, qui nous pa- raissait plus noble que réfléchie , nous avons détaillé les raisons qui nous ont empêchés de l'approuver. {Voy. T. VI, p. 4io.) Nous croyons que le tems a justifié nos réflexions. Néanmoins , cette idée en a suggéré une pareille à M. Ploen, négociant très-respec- table de Christiania , et surtout bon patriote. Il proposa un prix pour le meilleur chant national norvégien , et le livre que nous annonçons présente le résultat de son entreprise, en vingt-un chants plus ou moins bons, que nous n'hésitons pas d'appeler patriotiques, en laissant au tems à décider si l'un ou plusieurs de ces petit* poèmes seront un jour dignes d'être considérés comme des chants vraiment nationaux. Il faut avouer, en attendant, que la justice a présidé au choix de la pièce couronnée. Son auteur est M. Bjekbe- Gàard. On pourrait bien nommer après lui d'autres poètes; mais il y en a qui se sont étrangement trompés sur le véritable caractère d'un chant national. Ils ont eu le malheur d'oublier que le prince et les familles royales meurent, et que la patrie et le peuple «eult sont éternels. Heieehc. ALLEMAGNE. 240. — Uinriss der Geschichle des Preussischen Staates. — Esquisse de l'histoire des Etats prussiens, par C. H. L. Pœlitz, professeur de iciences politiques à l'université de Berlin. Leipsick, 1821. '366 LIVRliS ETRANGERS. Ce n'est pas le premier ouvrage que M. Pœlitz publie sur l'faisfoire de la monarchie prussienne ; il est déjà connu très-avantageusement, et personne n'a fait , en ce genre , de plus profondes recherches que lai. Sans être un abrégé^ l'ouvrage que nous annonçons est destiné à guider les professeurs dans leurs leçons d'histoire ; il n'a donc pas lui-même une bien grande étendue. La Marche de Brandebourg est le point de départ de l'auteur : les annales des autres parties de la Prusse ne sont expliquées aux yeux des lecteurs que quand M. Pœlitz arrive à leur réunion à la monarchie. C'sst alors seu- lement que, remontant pour chacune aux tems anciens, il les fait plus spécialement connaître. Cette esquisse est divisée en cinq par- ties. La première atteint l'époque où la dignité de margrave fut déclarée héréditaire, c'est-à-dire l'année 1142; la seconde montre cette dynastie des margraves régnant dans le Brandebourg , jusqu'en i320 ; la troisième traite de l'histoire de Brandebourg, sous les dynasties de Wittelsbach et de Luxembourg, jusqu'en i4i5 ; la quatrième s'occupe de la dynastie de Hohenzollern , dépuis l'élec- teur Frédéric I"' jusqu'à l'électeur Frédéric-Guillaume, en i6.4o ; enQn la cinquième, qui s'étend jusqu'en 1S20 , nous montre le Brandebourg devenu royaume. L'une des parties les plus brillantes de ce livre est , sans contredit , l'histoire du Grand-Frédéric. ail. — Briefe von Joseph II , etc. — Lettres inédites de Joseph II, bu traits caractéristiques pour servir à l'histoire de la vie publique et privée de ce monarque. Leipsick, 1821, in-8°. L'éditeur ne s'est point nommé ; et, quoiqu'il ait privé les lecteurs de tout moyen de vérifier l'authenticité d'une correspondance aussi importante, tout en elle révèle le génie de l'illustre empereur auquel elle est attribuée. On sera bien aise sans doute de savoir ce que pensait ce nignarque sur plusieurs points qu'on semble vouloir re- mettre en dismssion. Commençons par les jésuites : « Je les connais, écrivait il à M. de Choiseul en janvier 1770 ; je sais leurs projets aussi bien qu'aucun autre. Leur plan est de couvrir la terre de té- nèbres et de brouiller tout en Europe , depuis le cap Finistère jusqu'à la mer Baltique. En Allemagne, ils sont mandarins; en France, ils sont académiciens, hommes de cour et confesseurs; en Espagne et en Portugal , ils sont les grands de la nation ; enfin au Paraguay, ils sont rois. Si Joseph I" n'était point arrive à l'empire, l'Alle- magne aurait appris à connaître leurs Malagridas et leurs Aveiros ; LIVRES ÉTRANGERS. 667 elle aurait été témoin d'une tentative de régicide. » Les mêmes sentimens se retrouvent dans une lettre de Joseph II au comte d'Aranda ; elle est datée de juillet ijjô. En 1780, Joseph II écrivait à RI. de Choiseul : « L'influence du clergé sur le gouvernement , sous le règne de ma mère , sera l'objet d'une réforme de ma part. Je n'aime pas à voir ceux dont la mission est de nous préparer une autre vie, appliquer leur sagesse aux choses d'ici-bas. » En 1782 , l'empereur, ayant ôté le commandement de la Bohême au prince de Furstemberg, fut vivement sollicité de révoquer cette décision; mais il répondit qu'il persistait dans sa résolution ; qu'à la vérité il connaissait les services de la famille de Furstemberg, mais qu'il voulait que chacun fût à sa place ; et que le gentilhomme qui comptait des maréchaux parmi ses aïeux n'en restât pas moins un simple lieutenant, s'il n'était doué des hautes qualités nécessaires pour le commandement. Une dame avait demandé de l'emploi pour son fils , elle était veuve d'un général ; mais ce guerrier n'avait point légué son mérite à ce jeune homme, très-infatué de sa nais- sance. « Je suis fâché, Madame, répondit Joseph II, de ne pouvoir faire de votre fils ni un officier, ni un homme d'état, ni un prêtre; en un mot, il n'est que gentilhomme, mais il l'est de toute son ame. » On se tromperait , si l'on pensait que cette fermeté de Joseph II, opposée si à proposa des prétentions déplacées , excluait en lui les sentimens doux et tendres. Chaque fois qu'il parle des parens que la mort lui a ravis, ou des personnes qui lui sont chères, il le fait dans les termes les plus touchans , et l'on peut citer, comme un modèle en ce genre, la lettre qu'il écrivit, en février 1786, au roi de France actuel , alors comte de Provence. Nous citerons encore les passages suivans, extraits d'une lettre de l'empereur à l'un de ses amis, en octobre 1787. « Depuis mon avènement, je me suis efforcé de gagner la confiance de mes peuples ; j'ai souvent prouvé par les faits que le bien de mes sujets était ma passion; que, pour la satisfaire , je ne redoutais ni peines, ni travaux, ni tourmens ; enfin, que je n'employais aucun moyen sans avoir mûrement ré- fléchi sur son utilité. Et cependant, partout on oppose des obstacles aux améliorations que j'ai projetées ; et ces obstacles viennent de ceux-là même de qui je ne devais pas en attendre. Si je n'étais persuadé que la providence m'a imposé le fardeau du diadème avec l'obligation de subir toutes ks peines qui s'y trouvent attachées. 568 LIVRES ÉTRANGERS. le découragement accablerait ma vie , et le vœu de n'être plus s'emparerait de mon esprit malgré moi ; mais je connais trop mon cœur, la droiture de mes intentions me soutient. Oui , je l'espère, un jour, quand je ne serai plus, la postérité plus juste, plus impar- tiale , appréciera ce que j'ai fait pour mon peuple. » Ces lettres sont en allemand. On se demande si Joseph II les a toutes écrites en cette langue, et s'il a traduit ou fait traduire en français celles qui n'ont pu être envoyées qu'en français ; ou bien si l'éditeur n'aurait pas lui-même mis en allemand les lettres écrites en français par l'empereur. 242. — Homers Ilymnus , etc. — Hymne d'Homère à Cérès , traduit en vers , avec le texte grec en regard , expliqué au moyen des hiéroglyphes et des traditions sacrées ; ouvrage précédé d'une lettre à M. Creutzer; par F. A. L. Sick.ler, directeur du gymnase de Hildburg-Hausen. Ilildburg-IIausen , 1820. in-8". L'auteur est déjà connu par plusieurs ouvrages dans lesquels il a toujours eu pour but de prouver que la civilisation et la mythologie des Grecs leur sont venues d'Orient j il s'est livré à cet égard à de longs développemens , que l'on peut lire surtout dans son Cadmus, où il cherche à établir que tous les noms mythologiques sont dérivés des langues sémitiques. M. Sickler ne voit pas dans les hiéroglyphes et dans les symboles la désignation de choses et de pensées, mais des sentences et des adages qu'il faudrait expliquer par les noms donnés en hébreu aux objets représentés , et surtout par la conson- nance de ces noms. Ce système a été amplement discuté dans la dissertation intitulée : Die Hierogljyphen in dem Mjthus des u^s- culapius. L'épître dédicatoire qui précède l'hymne à Cérès indique le but de l'auteur : il a voulu démontrer la haute antiquité de la doctrine contenue dans cet hymne ; il commence par des idées géné- rales sur les langues, les hiéroglyphes et la paronomasie. C'est sur- tout de cette dernière que M. Sickler fait usage ; elle repose sur la similitude des sons dans des mots dont les ^uns désignent des objets sensibles et palpables , et les autres des êtres abstraits. M. Sickler dit que l'ancienne langue hellénique n'a d'autres élémens que ceux que nous retrouvons dans tous les dialectes sémitiques. A ce sujet, nous recommandons aux lecteurs la correspondance de deux hommes justement célèbres , MM. Creutzer et Hermann ; leurs vues sur ce point important ont été de nouveau reproduites par un penseur LIVRES liTRANGERS. 569 profond, M. le comte Ouvaroff, dans un écrit intitulé : Uber das vorhomerische zeitaller (sur les tems antérieurs à Homère^. Cet écritaparu à Saint-Pétersbourg en 1819. On trouve, dans ces ouvrages, des choses qui ne plairont pas aux hommes qui ne veulent rien d'an- térieur à Homère. Quant au texte grec, M. Sickler a suivi Wolf , à peu de chose près. Ph. GoLEiiBY. 2\7). — Allgemeines bibliogr. Le.xicon. — Dictionnaire général de bibliographie ; par Fr. A. Ebert , secrétaire de la bibliothèque royale de Dresde. Leipsick, iSn. Brockhaus, Cah. 5 et 6 , in-4°- Nous avons déjà annoncé cet ouvrage utile et dont le Manuel du Libraire, par M. Brunet , a donné la première idée : mais le plan de M. Ebert est plus vaste et plus savant que celui du libraire de Paris. M. Brunet a traité la bibliographie sous les rapports du com- merce de la librairie, et n'a pas mis toujours une exactitude scru- puleuse dans l'indication des titres; la littérature étrangère est en grande partie négligée dans son livre ; quant à la littérature classique, il n'a indiqué que les éditions qui sont recherchées dans le com- merce. Le bibliographe de Dresde, tout en rendant justice au mérite du Manuel, qui a obtenu trois éditions en peu d'années, a cher- ché à composer un ouvrage qui pût à la fois satisfaire les savans et les bibliomanes. Avec ce système d'abréviation et d'impression économique qu'il a suivi pour son dictionnaire, il pourra renfermer presque toute la bibliographie en 2 vol. in-4°, de grosseur moyenne ; il est vrai qu'il est obligé de laisser de côté les livres qui n'ont qu'un intérêt très-spécial, et, pour ainsi dire, purement local. Pour la France , le Manuel de M. Brunet et les ouvrages bibliographiques de M. Renouard l'ont mis à même d'être aussi complet que pos- sible; toutefois, il s'est étendu sur les vieux romans franrais et sur les ouvrages en patois, plus que le premier de ces auteurs. Les biblio- manes de l'Angleterre ont été si productifs , que l'auteur ne pouvait être embarrassé pour la littérature de ce pays. L'Italie a fourni aussi de bons ouvrages bibliographiques , dont M. Brunet n'a pas assez profité. Il n'en est pas de même de l'Espagne , généralement pauvre en bibliographes. On ne peut se fier entièrement à Machedo ; An- tonio Santander n'a donné que peu de renseignemeus; et Caballero, que l'auteur n'a pu se procurer, n'est ni exact , ni complet. Pour le Portugal, M. Ebert se réjouit d'avoir pu proGfer du catalogue d'auteurs , publié par l'académie de Lisbonne ; de même qu'il a tiré 570 LIVRES ÉTRANGERS. bon parti du Naamlj'st hollandais. Il assure avoir été Bien servi pour la Suède; mais il avoue son indigence bibliographique à l'égard des littératures danoise , polonaise et russe. Il s'est peu attaché à la littérature orientale , à cause de son intérêt borné , et il a presque passé sous silence la littérature rabbinique. Au reste , M. Ebert assure avoir vérifié par lui-même les titres de tous les livres que pos- sède la bibliothèque de Dresde. Il est difficile de trouver en défaut un homme aussi exact: toutefois, M. Ebert avoue que son diction- naire est loin d'être exempt de fautes. Je lui ferai remarquer en passant que la collection des Mémoires de Vacadémie des belles- lettres, d'histoire et d'antiquités de Suède a plus de 8 volumes; l'exemplaire que cette académie a adressé à la société royale des Antiquaires de France en a lo, dont le dernier est de 1816; peut- être en a-t-il paru d'autres depuis ce tems. Je ne vois pas pourquoi M. Ebert n'a point fait mention des auteurs allemands vivans. Il a été court dans la partie qui concerne la littérature allemande de la deuxième moitié du dix-huitième siècle , parce qu'il observe que l'ouvrage d'Ersch traite spécialement de cette partie. Je suis fâché qu'un bibliographe aussi distingué ait mis à la tète de son dictionnaire une dédicace aussi humble ; M. Ebert y parle de la grâce que lui fait son Mécène, un baron de Friesen^jen daignant s'intéresser à ses recherches. Un chambellan est sans doute un personnage important; cependant il semble qu'un bon bibliographe vaut aussi quelque chose , et que la distance n'est pas si grande pour que le savant doive s'abaisser devant l'homme de cour. Deppisc. 244- — Uber Deutsche Runen. — Sur les runes allemands , par G uilla urne- Charles Geimm. Gœttiugen. 1821 , in-4° de 028 p. avec figures. On nomme runes ou runiques, des caractères très-différens de tous ceux que nous connaissons. On les trouve gravés sur les pierres et sur les monumens , dans le nord de l'Europe, en Danemarck, en Suède , et même dans une partie de la Tartarie. Diverses opinions se sont élevées à ce sujet ; les uns veulent voir dans les runes une mauvaise imitation des caractères romains; les autres disent qu'un évoque, appelé Ulphilas, les a inventés, lorsqu'il traduisit la Bible en langue gothique ; d'autres encore, et avec plus de raison, éta- blissent pour les runes une antiquité plus reculée. Enfin , on a prétendu qu'Odin, ce dieu législateur des peuples septentrionaux, LIVRES ETRANGERS. 571 les avait apportes de Scythîe. M. Grimm s'occupe d'abord de l'origine du mot rune , que quelques personnes ont voulu faire dériver d'un mot gothique qui signifie couper, tailler; il en trouve une toute différente, qu'il prend dans le mot raunen, encore usité , mot qu'il rend dans le même sens que reçoit en latin susurras ; en sorte que j selon lui , rune signifie murmurer à voix basse, et se rapporte aux choses secrètes que l'on cévélait par ce moyen , ou bien encore à la manière dont les personnes peu habituées à la lecture pro- noncent les mots en les déchiffrant. Ce n'est que des runes alle- mands que s'occupe M. Grimm ; on a tant écrit sur ceux du nord , que le seul catalogue de ces traités tient plusieurs feuilles dans V Histoire des Danois , par Suhm , et dans la Litlèralure Danoise de Nierup. M. Grimm n'a pas une aussi terrible concurrence à redouter; il est jusqu'ici le seul qui ait parlé à fond des runes allemands ; et la bonté de son livre pourrait , en désespérant ses concurrens, le faire jouir de cet avantage pendant long-tems. M. Grimm a un talent très prononcé pour remonter , à l'aide des langues, vers les faits his- toriques les plus reculés. Il établit un parallèle entre les alphabets runiques du nord , des Allemands et des Anglo-saxons ; puis il exa- mine entre eux la question de priorité, et accorde la préséance à celui du nord, composé de 16 runes ou caractères, parce qu'il a été ap- porté par les peuples de l'Asie j à l'époque des grandes émigrations. Si nos lecteurs sont curieux de voir des alphabets de ce genre , nous les renverrons à Xa paléographie scandinaue que M. Arendt d'Altona a fait graver en 181S; la preuve la plus sûre, selon nous, qu'Ulphilas n'est point l'inventeur de ces caractères , c'est qu'en Suède les tradi- tions sont d'accord pour attribuer au roi Uarald Ilildetand (qui régnait au septième siècle, et qui était païen) des runes que l'on voit taillés dans un roc , auprès d'un chemin de la province de Blec- kingie. D'ailleurs, on en trouve aussi dans les tumuU ou buttes en terres rapportées , qui sont si communes en Allemagne. Dans un appendice d'un très-grand intérêt, M. Grimm traite des pierres chargées de runes , que l'on a découvertes dans des tumuli. 11 n'y a pas long-tems que M. de Schorzell en trouva une dans ses terres ; cette pierre a été décrite, dans \e Journal de GœUingen, de 1819, p. i45. M. Grimm l'a fait graver de nouveau et l'a compai'ée à deux autres du même genre , dont l'une à déjà occupé M. Kostam. Une note savante est jointe à ce parallèle. Elle indique tous les écrits qui ont Sn LIVRES ÉTRANGERS. paru sur les lumuli. 11 serait utile sans doute à l'étude de l'antiquité de réunir en corps d'ouvrage tout ce qui a été dit jusqu'à ce jour sur ce genre de monumens. Peut-être conviendrait-il de signaler par une carte tous les lieux de l'Europe où il y en a eu ; peut-être enfin un pareil travail ferait-il faire un grand pas aux connaissances histo- riques. On remarque généralement que le midi de l'Allemagne en présente beaucoup moins que le nord, Ph. Golbéey. Ouvrages périodiques allemands. 345. — Morgenblattfûr gehildete 5te72cfe.— Feuille du matin, pour les classes instruites ; 1S21 , mois de juillet. Stuttgardt et Tubingue. Cotta. Ce journal littéraire continue d'être un des plus répandus de l'Al- lemagne. Une partie qui devient fort intéressante dans cette feuille, c'est celle qui contient la revue de tout ce qui concerne les progrès des arts en Europe , et des ouvrages nouveaux qui y ont rapport. Nous trouvons, entre autres , dans le cahier de juillet, une critique d'un ouvrage, pour lequel, dit-on, on a pris, à Paris, aux frais de la nation, 1,200 souscriptions, tandis que les auteurs d'ouvrages, dix fois plus Utiles, n'en peuvent obtenir une seule , malgré leurs solli- citations. Cet ouvrage est intitulé : Recueil d'estampes , gravées d'après des peintures antiques italiennes , etc. , par j4ug. Bouchbr- Dessoykes, et exécutées sous sa direction , d'après les dessins qu'il afaits en Italie, dans les années 1818 et 1819. A Parts, in-fol. Puis- qu'aucun journal français n'a soumis cet ouvrage à un examen cri- tique , il n'est pas inutile d'apprendre comment il est jugé par les étrangers. Voici l'extrait de l'article du Morgenhlatt : • Nous apprenons, par la dédicace au ministre Snnéon, mis en tête de cet ouvrage de luxe, que M. Boucher-Desnoyers a séjourné dix mois en Italie , pendant les années indiquées sur le titre. Il a dessiné , à cette occasion, tout ce qui pouvait l'intéresser, ou ce qui se présentait par hasard, et il soumet au public les études faites dans ses voyages. L'annonce de ce recueil était faite pour exciter quelque attention; car M. Desnoyers est un artiste d'un mérite reconnu, et il est, avec Ricbomme , Lignon et Massard le jeune, à la tête des graveurs historiques vivans en France. Walheureusement, les amis des arts se sont vus cette fois complètement trompés dans leur attente Ce recueil est fait sans plan et sans choix : auprès d'un LIVRES lÎTRANGERS, 573 Enfant-Jésus, de Mantegna , se présente une jolie aubergiste du Grindelwald, encore vivante, et une gentille cantatrice napolitaine figure dans la compagnie de Judas Iscariote. Il faut que M. Des- noyers ait fait ses dessins avec une légèreté inouie, puisqu'on ne peut expliquer autrement pourquoi ils trahissent partout l'écolier, et n'an- noncent pas la moindre entente du nu. Sous ce rapport, tes portraits dessinés d'après nature par M. Desnoyers lui-même sont moins mau- vais que le reste , quoique d'un autre côté on ne puisse les recom- mander comme modèle du style des portraits. D— c. SUISSE. i\e.-Des moyens de perfectionner les éludes littéraires, par Jean HoMBERT, professeur d'arabe ; prem. part. Broch. in-S» de 47'pag. Genève , 1821 ; Paschoud , et à Paris , même maison de commerce. M. Humbevt, connu par un Coup d'œil sur les poètes élè^iaques français, et par une Anthologie arabe dont nous avons rendu compte ( voy. Tom. III , p. 128 , et Tom. VIII , p. 557. ) , s'était montré à la fois orientaliste habile et écrivain élégant : dans cette dernière production, animé par un patriotisme éclairé, il s'occupe des moyens de rendre à son pays natal son ancienne gloire littéraire ; il voudrait faire revivre les études du xvi' siècle, et voir renaître des Robert Etienne , des Scaliger , des Leclerc, des Casaubon. Genève, dit-il, a peu à envier aux étrangers sous le rapport des sciences exactes ; ainsi ses vœux sont tournés vers l'érudition , les belles- lettres et la philologie. Pour parvenir à l'amélioration des connais- sances littéraires , il propose divers moyens d'émulation; tels que des concours publics , des voyages en Allemagne et en Angleterre aux frais de l'état, la publication des tra%'aux des jeunes littérateurs; enfin, la formation d'une société littéraire et protectrice. Toutes ces vues paraissent aussi sages qu'elles sont bien exprimées ; cependant ce n'est qu'à Genève qu'on peut en apprécier le mérite, et sur- tout la possibilité de l'exécution. M. Humbert , qui recommande la littérature moderne , et qui ne veut pas sans doute qu'on néglige la littérature française , propose de faire voyager les jeunes gens partout ailleurs qu'à Paris ; n'est-ce pas vouloir que ses compatriotes n'acquièrent jamais une connaissance approfondie de notre langue et de nos chefs-d'œuvre, et ne puissent atteindre au poiût où lui- même est arrivé ? Quelque sort qu'ait le plan de M. Humbert, nou» S7A LIVRES ÉTRANGERS, ne pouvons que former des vœux pour que cet habile professeur soit encouragé dans ses travaux de littérature orientale , et fasse joair le public de la traduction de plusieurs des manuscrits arabes qui en- richissent la bibliothèque publique de Genève. Jomaed. 2^~,—F'o}'age en Ecosse et aux îles Hébrides, par L. A. Necker DE Saussdbe , professeur honoraire de minéralogie et de géologie à l'académie de Genève. Genève, J. J. Paschoud. i vol. in-8° de 428 p. Pris , 5 fr. 1^8.— Lettres diueraes, recueillies en Suisse, par le comte FiDOR GoLO-vTK.i>-, accompagnées de notes et d" éclaircissemens . Genève, J. J. Paschoud ; 1 vol. in-S» de 428 p. Prix, 5 fr. ■i.^i^.—Alpenrosen,einSchii'eizer-TaschenbuchaufdasJahr\%2\ . Les roses des Alpes, almanach suisse pour l'année 1821 , publié par MM. Kuhn, Meisner, Wyss et autres. Berne, 1821. 3. J. Burg- dorfer. 1 vol. in- 12 de 070 pages , avec gravures et musique. Cet almanach, qui compte onze années d'existence, se distingue aujourd'hui par des caractères et un format plus grand que ceux em- ployés jusqu'ici , ainsi que par le commencement d'une galerie de costumes suisses des quinzième , seizième et dix-septième siècles. Les "ravures , exécutées par les plus habiles artistes zuricois , Ess- lingcr etLips, sur Jes dessins de MM. Martin Usteri et Yolmar, se font remarquer par leur fini et leur grâce. Le volume que nous avons sous les yeux renferme deux morceaux qui intéressent la géographie et la statistique de notre pays : l'un , sous le titre de Deux jours dans les Alpes , contient le récit de deux excursions : la première faite du 17 au 20 août 1S19, en partant du Haut-Simmenthal pour se rendre aux bains de Louësche, dans le Vallais , en franchissant les rocs et les glaciers du Rawylberg; l'autre, qui n'est que la suite de la pré- cédente, en gravissant les arêtes des montagnes primitis^es^ pour re- tourner dans le Simmenthal par la Gemmi, Ces courses furent exé- cutées avec autant de hardiesse que de bonheur par M. B..., préfet dans le canton de Berne. Les descriptions de ce voyageur sont neuves et d'un grand intérêt. L'excursion entreprise par M. le pro- fesseur Wyss , dans la partie nord-est de la Suisse et à Constance , bien différente de celles dont nous venons de parler, ne fut accom- pagnée d'aucun danger ; le journal de son voyage est rempli de notices intéressantes sur les hommes , la littérature et les arts . et sur une foule d'autres objets qui font honneur à notre patrie , ou qui LIVRES ÉTRANGERS. 575 tendent à procurer de nouvelles jouissances à l'homme civilisé M, Wyss cite avec éloges, à Zurich , la riche collection d'études de peintre, que M. Vogel a recueillie en parcourant la Suisse; il loue la franchise et la liberté avec lesquelles on discute , dans la Société pour l'avancement de l'histoire nationale , les points les plus déli- cats , et même l'histoire du tems actuel. Il fait sentir les avantages de cette institution, où il est facile de se convaincre qu'avec des opinions souvent opposées, on peut néanmoins être également hon- nête homme et attaché à son pays, quoique l'on diffère sur les moyens à employer pour en assurer le bonheur. Arrivé à Winterthur le voyageur nous entretient des travaux de ïlegner, à Schaffouse , du beau cabinet de M. le triumvir Veith. Il donne, sur les monumens d'architecture allemande qu'on observe encore à Constance , des dé- tails tout-à-fait nouveaux et dignes de remarque. On doit souhaiter que cet almanach continue à s'enrichir de pareils morceaux, qui ajoutent singulièrement à son prix. Les nouvelles et les légendes de MM. Kuenlin , Kuhn et Wyss, et particulièrement le Trésor, qu'on doit à ce dernier, offrent une lecture agréable. Les pièces de poésie contenues dans ce recueil, au nombre de soixante-dix environ, sont dues à une vingtaine de littérateurs. Notre célèbre J. U. de Salis, les deux Wyss, M.M. Usteri, Hegner, Hanhart et autres poètes suisses, ont fourni d'intéressans matériaux. Parmi ceux envoyés par des étrangers amis de la Suisse , on distingue quatre morceaux du fomeux Matthisson. Nous ne saurions terminer cet article, sans ex- primer nos regrets de ne pas trouver dans ce Recueil le tableau sommaire de l'état de la littérature suisse, que les rédacteurs pu- blient tous les deux ans , et qui aurait dû figurer dans l'almanach de 1S21. Ils promettent de dédommager leurs souscripteurs de cette suppression, en leur donnant, l'année prochaine, ce tableau aug- menté d'une notice sur l'état des beaux-arts. A. S. ITALIE. 260. — • L'Arte delnuolo, etc. — L'Art théorique et pratique du nageur , démontré suivant les principes de la physique, avec des planches; par Adolfo Cohti. Venise, 1S19; in-S°. Fracasso. Vers la fin du siècle dernier , un ecclésiastique du royaume de Naples, très-habile dans l'art de nager, s'était proposé de fonder une école de natation dans la capitale de ce royaume. Il donna assez 576 LIVRES ETRANGERS. de preuves de son habileté pratique et tliéorlque , pour mériter la faveur du ministère. Il publia aussi un livre riche en observations et en planches. Il prétendait que, si l'homme savait connaître et conserver l'équilibre de son coips, sa tête jusqu'à la bouche res- terait au-dessus de l'eau, sans art et sans efforts. 11 indiquait les mouvemens les plus simples et les plus efficaces pour donner une direction quelconque au corps nageant. Je me souviens que lui- même et quelques-uns de ses élèves employèrent leurs bras à divers exercices au-dessus de l'eau, demeurant debout et tenant tout le reste du corps en équilibre. Ce qui est incontestable , c'est qu'il inspirait à ses écoliers , par ses maximes et par ses essais , beaucoup de courage. Je ne sais si l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons a connu et examiné les principes de l'écrivain napolitain , qui avait renouvelé l'exemple de Wynman IVicolaus et de Digbeins Everardus, auteurs, au seizième siècle, de deux ouvrages sous le même titre : de arte nalandi; mais M, Corti s'étudie à donner les meilleures règles pour faciliter le mouvement presque horizontal. Il n'oublie pas non plus tout ce que M, Thévenot a publié sur cet art, et il ne . néglige pas de s'occuper des naufragés , auxquels il propose d'appli- quer la pile de Volta. 25i. — Délie acque semitermali de S. Pellegrino, etc, — Des eaux demi-thermales de S, Pellegrino, dans la province de Ber- game ; essai du D, G. Luigi CABSinA. Bergame, 1S20; in-S". Les températures des eaux de S. Pellegrino étant_entre les 21 et 2.5 degrés environ du therm. R,, sont nommées demi-thermales. L'auteur de cet ouvrage exalte leur vertu , au point de prétendre que leur usage peut rendre la beauté et la jeunesse. 202. — Del cinismo, ossia délia filosofia de' Cinici , etc. — Du Cynisme, ou de la philosophie des cyniques; discours de M. de MoHTBOivE, avec la satire X de Juvénal_, traduite en terza rima. Na- ples, 1820. Saverio Giordano. Francesco Antonio Grimaldi, auteur de plusieurs ouvrages philoso- phiques , avait publié , à INaples , la Kie de Diogène le cynique , où il s'étudiait à le disculper des accusations des anciens, et surtout de celles de Diogène-Laërce. Grimaldi pensait que ce philosophe avait été indi- gnement calomnié , et que ses maximes étaient entièrement con- formes aux principes de la morale exempte de tout préjugé, M. Montrone , voulant pourvoir aux besoins du siècle, propose la LIVRES ETRANGERS. 577 Jnorale des cyniques , dont tout l'objet consiste dans la maxime de Juvénal, mens son a in corpore sano. Il regarde, avecles cyniques, les peuples les plus anciens, et surtout les Spartiates, comme les plus par- faits.Mais ce quisemblen'avoir pas assezdeconformité avec le cynisme que professe l'auteur , c'est son style trop élégant et trop recherché. 253. — La dii'ina commedia , etc. — La divine comédie du Dante, édition faite d'après une copie manuscrite de Boccace. Roveta, 1820; in-S". • Aloisio Fantoni, auteur de cette nouvelle édition de la Divina commedia du Dante, assure le public qu'il trouva, à Paris , parmi les livres emportés de Rome , un manuscrit de ce poème , copié par Boccace, avecl'épître latine qu'il écrivit à Pétrarque en lui envOT2.nt ce manuscrit, et quelques corrections de Pétrarque lui-même. Ce monument existait, depuis long-tems, dans la bibliothèque du Vati- can, et il est étonnant qu'on n'eût pas soupçonné jusqu'ici qu'il était de la main de Boccace. M. Fantoni a établi exprès une imprimerie' à Roveta , petite ville située au milieu des Alpes , sur le sommet du mont Presolano , pour faire imprimer et publier ce précieux manus- crit. L'édition en est faite avec beaucoup de soin ; et lors même: que l'on voudraitrévoquer en doute l'authenticité de la copie attribuée à Boccace , toujours serait-il vrai qu'elle aurait été faite sur un ancien manuscrit de sa main. 254. — Nuoua raccolta teatrale , etc. — Nouvelle collection de pièces dramatiques, ou Répertoire choisi à l'usage des théâtres d'Italie, par le professeur Gaetano Bakbieri. Milan, 1821. Gio Pirotta, 3 vol. in- 12. Le premier volume de ce recueil comprend la traduction des Vêpres Siciliennes ^ tragédie de M. C. Delavigne, par le comte de Beniowski, celle d'une comédie de Kotzebue , et le Ternoallotlo, comédie originale de M. Barbieri. L'auteur ne se borne pas à tra- duire les pièces des autres ; il s'étudie aussi à les modifier et à les rendre plus propres à la scène. Si l'on en croit la Bibliothèque ita- lienne ( n" Lxvi , pag. 285 ), il n'a pas toujours atteint son but; il â fait plusieurs changemens dans la comédie de Kotzebue; il en a fait aussi quelques-uns dans la tragédie de M. Delavigne. Il a voulu rétablir l'entière innocence d'Amélie ; i» l'exemple d' Atalide , il fait tomber de ses mains, dans un évanouissement, le billet qui dé- couvre le mystère de la conspiration. Le journaliste italien loue beau- coup les deux premiers actes de celte tragédie ; mais il ne traite pu» Tome xi. ^^7 5r78 LIVRES ETRANGERS. de même les trois suivans , gurtout à cause de riavraisemblaDce des événemens. Pour ce qui regarde la traduction , le style n'en est pas toujours assez correct. La comédie de M. Barbieri semble offrir une trop grande complication d'événemens, et le succès qu'elle a obtenu »u théâtre ne se soutient pas à la lecture. 355. — Dl Cennino Cennini , irattato délia pillura , etc. — Traité de peinture de Cennino Cennini , publié pour la première fois par le chcTalier Crnse/i^e Tambeoki. Rome, 1821. Salviucci. Ce traité inédit de Cennino, indiqué déjà par Vasari, existait dans la bibliothèque Laurentienne. L'abbé Mai en a dernièrement trouvé une copie dans la bibliothèque Oltoboniane , et M. Tambroni s'est empressé de la publier. C'est l'ouvrage le plus ancien des Italiens en matière de peinture. L'auteur l'avait terminé en i^'^j , et il nous trace l'état de cet art au quatorzième siècle et au commencement du quinzième. Il parle surtout de la méthode de peindre à l'huile, comme d'une pratique déjà très-connue en Italie, et qui lui avait été montrée par Agnolo Gaddi, son maître , mort en lôSj, quoi qu'en dise Vasari. Sous ce rapport, cet ouvrage ne préseute qu'un objet de curiosité pour les artistes, mais un monument de gloire pour les Italiens. Les amateurs de la langue italienne pourront y trouver aussi une ample provision de locutions et de mots relatifs surtout à la peinture , et dont l'éditeur a donné un index à la fin de l'ouvrage , comme un moyen d'enrichir et d'éclairer le fond de la langue. Cette édition a donné lieu à beaucoup de remarques et de discussions, sur le mérite et la préférence de quelques autres manuscrits du même traité , exis- tans dans les bibliothèques de Florence , et plus encore sur la valeur de certaines locutions ou mots surannés ou peu intelligibles. F. S. ESPAGNE. 256. — Elemenlos de la verdadera Logica. — Elémens de la vraie Logique , déduits de l'Idéologie de M. Destutt - Tracy par don Jean Juste Gaecia , ancien professeur de mathématiques à Salamanque. Madrid, 1821. Brun. 1 vol. in 8°. 267. — Principios de economia polilica. — Principes d'économie politique, par M. Destutt-Tracy , extraits de son Idéologie, et tra- duits par don Manuel Maria Gitiebhez. 2 vol. in-12. 258. — Commentario , etc. — L'Esprit des Lois de Montesquieu, avec le Commentaire de M. Destutt-Tracy , traduit par don Jean Lr'pez PEAALVKfi. Soio. 4 vol. ia-8''. LIVRES ETRANGERS. 57*^ Ces trois ouvrages du très-savant auteur de l'Idéologie commen- cent à devenir populaires en Espagne, et tout porte à croire que, dans peu de tems, il en sera de même de tous les ouvrages de M. de Tracy et des autres savans français , dont les écrits peuvent contri- buer à la régénération de l'Espagne. aSg. — Bibllotheca Espanola econoniico-polltica. — Bibliothèque espagnole économico -politique, par don Jean Sbmperk GoABiîfOs, ancien procureur du roi à la cour royale d'appel à Grenade. Madrid , 1821. Sancha. 4 vol. in-12. Cette Bibliothèque ne sera pas moins utile que celle publiée précé- demment par le savant et infatigable auteur, qui a demeuré pen- dant long-tems à Paris, où il s'était réfugié comme ayant été l'un des partisans de la constitution espagnole publiée à Bayonne en iSo8. Ce premier ouvrage portait le titre de Bibliolhèqae Espagnole des plus célèbres écrivains du règne de Char'es III. Les articles Cam- pomunes y Monino , Feijoo, Isla, Jouellanos , Melendez-Valdès , et quelques autres, prouvent que le goût des sciences, des arts et de la littérature régnait dès ce tems-là en Espagne , beaucoup plus qu'on n'aurait pu l'attendre d'un pays où l'inquisition religieuse et l'espion- nage civil s'accordaient pour empêcher la lecture des meilleurs ou- vrages français. L'avènement de la famille des Bourbons au trône d'Espagne avait rendu plus faciles les communications avec les sa- vans français, et ceux-ci rendirent aux Espagnols le même service que les auteurs espagnols des tems de Charles-Quint et de Philippe lï avaient rendu à la littérature française. La nouvelle Bibliothèque de M. Sempère révèle l'existence d'un grand nombre d'auteurs espa- gnols qui ont écrit sur l'économie politique , pendant les xvi*, xvii'' et xviii' siècles, et l'on en trouve dans le nombre q'aelques-uns d'un mérite distingué. Les principes d'après lesquels on procédait pour tirer des conséquences économiques n'étaient pas certainement aussi bons qu'aujourd'hui; mais il n'en est pas moins vrai que ces auteurs ont écrit dans un sens qui ferait croire que, s'ils étaient nos contemporains, ils adopteraient les doctrines du savant Say et des autres économistes modernes. La connaissance même des erreurs dans lesquelles les économistes espagnols sont tombés , pourra être fort utile, en ce qu'elle servira .'J faire abandonner les systèmes nui- sibles qui ont prévalu jusqu'à l'époque de la liberté espagnole. On oc peut que recommander la lecture des deux ouvrages de M. Sempère/ 57*' 580 LIVRES ÉTRANGEllS. ainsi que d'un autre qu'il a publié soui le titre d'Histoire du la.\d et des lois sompluaires d'Espap;ne. 260. — Tablas cronologicas , etc. — Tablettes ctironologiques des trois codes légaux, savoir : du droit romain, du droit canonique et du droit espagnol, à l'usage des étudiaus en droit. Madrid, 1S21. PiO- driguez. 1 vol. in-8°. aGi. — Nulidades ., etc. — Inconvéniens de l'enseignement mu- tuel, d'après la méthode de Lancaster comparée avec les méthodes suivies jusqu'ici en Espagne; par don Joseph Diaz ManzaiSAKks. Madrid, 1S21. Davila. Brochure in-S". L'annonce de cet ouvrage, laite dans la Gazette de Madrid, lait penser qu'il doit être utile à ceux qui se vouent à l'instruction pri- maire. J. A. Llorekte. IIOYAUME DES PAYS-BAS. 262. — Verhandeling ouer Mahomed , etc. — Dissertation sur Mahomet, ou Tableau de l'influence de sa doctrine religieuse sur les peuples du moyen âge, par E. E. Oelsneh ; ouvrage couronné par l'institut de France (en iSio), et traduit sur l'édition allemande, augmentée par l'auteur. Franeker, 1S20. Ypma. In-8." de 558 pag. Dans le compte que nous rendons des ouvrages de littérature étrangère , nous ne devons annoncer une traduction qu'autant qu'elle offre un intérêt et un mérite particuliers. A ce titre, nouî ne pou- vions omettre celle-ci ; elle se recommande également par la fidélité, par un stjlc élégant et par des notes curieuses. 260. — Lucius , sive navigantes. — Lucius , ou les voyageurs par eau, par Louis-Gerlach Pareau, candidat en belles-lettres et étu- diant en théologie à l'académie d'Utrecht. Utrecht, 1S21. Van-Pad- denburg, etc. In-S" de i66 pag. Depuis la nouvelle organisation universitaire, due au gouverne- ment actuel de la Hollande, des concours ont été ouverts parmi les étudians sur des sujets donnés. L'expérience a déjà prouvé l'uti- lité de cette institution. Les Annales académiques (création éga- lement nouvelle) insèrent les pièces couronnées; on y remarque d'excellens morceaux : nous avons déjà eu l'occasion d'en mention- ner quelques-uns dans notre Recueil. Celui que nous annonçons ne mérite pas moins de fixer l'attention des lecteurs. La faculté de philosophie théorique et de belles-lettres de l'académie d'Utrecht nVRES ÉÏRANGEaS. 581 avait propose, pour le concours du mois de mars 1820, là ques- tion suivante : « Rechercher ce qu'était la tragédie grecque , et comparer à ce type la célèbre pièce de Vondd (1), intitulée : Gis- herl d'Amstel. » Deux mémoires ayant balancé les suffrages de l'académie, c'est le sort qui a désigné le vainqueur; et M. Huet, étudiant en théologie, a été couronné. M. Pareau , son jeune rival, aussi étudiant en tliéo- logie , annonce un talent très- distingué. 11 a donné à sa composi- tion la forme du dialogue , et ses entretiens rappellent ceux de riaton ; on y reconnaît un bon disciple de l'école de M, Van I[eusde, professeur d'histoire et de grec à Utrecht , et qui se plaît à familiariser la jeunesse confiée h ses soins avec la doctrine et la méthode du disciple de Socrale. Comme le titre l'indique, les in- terlocuteurs de M. Pareau se trouvent à bord d'un vaisseau. Leur premier entre lien a pour objet : interna ratio tra gœdiœ grœcœ , le caractère propre de la tragédie grecque , les affections naturelles et les mouvemens qu'elle avait essentiellement pour but de peindre. -Le deuxième dialogue traite de la forme extérieure, du chœur, de la musique, considérée d'abord comme l'essence de la tragV;die grecque, et ensuite dans ses rapports avec la danse. L'auteur prend la tragédie grecque , pour ainsi dire, au berceau, et, la suivant dans ses progrès , il trace un parallèle aussi ingénieux que juste d'Es- chyle, de Sophocle et d'Euripide. Les règles de la poétique moderne sont inapplicables, selon notre auteur, à la tragédie grecque. Ce que nous appelons imbroglio ( intrigue à nouer fortement el à dénouer avec habileté ) était inconnu aux anciens. Les rapports et la dissem- blance du théâtre d'Athènes et de notre théâtre, du but et des moyens de l'un et de l'autre, sont présentés avec une lucidité et une vérité qui laissent peu de chose à désirer. Dans le troisième entretien , il est enfin question de comparer la tragédie de Vondel , intitulée Gisbert d'Amstel, avec les chefs- (1) T'ondel (Juste Van), le corvphée du Parnasse hollandais, naquit à Cologne le 17 novembre iôSS, et mourut à Amsterdam le 9 février 1679. Ses œuvres poétiques se composent de tragédies, d'odes, de poèmes, d'épîtres , de satires, d'épigrammes et d'une foule de vers de circonstance. Son théâtre seul forme deux vol. '";4% rt il contient trente deux tragédies, la plupart originales. Il a traduit en vers les odes d'Horace, Virgile, les Métamorphoses d'Ovide, etc. §82 LIVRES ETRANGERS. d'œuvre de la Mclpomène antique. Le seul point qui puisse fournir ici quelque objet de comparaison , c'est l'usage que Vondel a fait des chœurs. Ils sont admirables dans la plupart de ses pièces : ce sont des morceaux lyriques de la plus haute poésie ; du reste , Vondel n'a pas cherché à imiter les Grecs , dont il paraît qu'il ignorait la langue j il n'a même appris le latin que fort tard. Selon M. Pareau, les chœurs de Vondel sont beaucoup moins essen- tiels à ses pièces que ne l'étaient ceux des Grecs à leur théâtre. Mais un point sur lequel on peut établir des rapports frappans , ce sont les circonstances au milieu desquelles la tragédie prit naissance en Grèce et en Hollande. Vainqueurs des Perses , et pleins de l'enthousiasme de leurs succès, les Grecs virent apparaître Sschyle. Après une lutte de soixante-dix ans, les Hollandais , vainqueurs de Philippe , appro- chaient de la glorieuse époque de leur plein afiranchissement , quand Vondel donna Gisbert d'Amstel. La liberté religieuse , qui promet- tait aux Hollandais la liberté civile, causoit alors parmi eux cette exaltation qui jadis animait les Grecs pour la conquête de leur indé- pendance. Vondel célébrait , dans son héros , la constance , la magna- nimité , les nobles sacrifices de la vertu , l'inaltérable résignation à toutes les rigueurs de la fortune , augustes traits de tout vrai patrio- tisme ; c'est ainsi qu'Eschyle avait peint la force d'ame et l'inflexible dévouement à souffrir de sonProméthée .généreuse victime du bien public, comme nous l'a fait voir M. Andrieux (i). Vondel donnait toujours un grand but moral à ses compositions tragiques , et il aimait à l'annoncer même dans le titre , comme : Palamède ^ ou la Mort de Vinnocence[-})\Phacthon^ ou l'Audace irréfléchie:, Adonija ,owl' Am- (i) Voy. Rev. Encycl. Tom. VI , p. 442- (ajLe véritable sujet de cette tragédie est la mort de Barnevelt. L-e poète croyait alors , avec tout le monde , que ce grand homme d'état était une victime immolée à l'ambition et à la vengeance du stathouder Maurice. Une secte nouvelle depolitiques, s'inscrivant en faux contre un siècle et demi d'hommages, prétend aujourd'hui que la condam- nation de Barnevelt fut un acte dé justice , et que les Bataves ont commis un grand crime en secouant le joug de Philippe II , leur maître légitime. Il est triste de voir le plus beau génie de la Hol- lande professer ces honteuses maximes. Si ces messieurs prétendent ainsi faire leur cour, il esta craindre qu'ils ne réussissent mal. On as- sure qu'un jeune adepte de la secte ayant présenté au roi des Pays- Bas une longue thèse de monarchid , soutenue à Lcyde , et toute consacrée à établir cette doctrine , le Roi lui dit : « Monsieur , par le tems qui court, vous risquez de ne pas aller loin avec votre système. » LIVRES FRANÇAIS. bSâ bUion pernicieuse. M. Pareau jette un regard en arrière sur l'origine du théâtre hollandais, né des Chambres de rhétoriciens , {collèges de rhétorique ,) dont M. Kops , dans le i"' vol. des Mémoires de la société philologique hollandaise de Leyde, (p. 2i5 — 3i5,) a es- quissé l'histoire depuis le quatorzième siècle, et que Lambert Ridlo a fait remonter jusqu'à 1200. Si la tragédie fut chez les Grecs un spectacle musical, Vondel en a fait un spectacle historique ; les fastes anciens et modernes , et même les annales contemporaines (témoins sa Marie Stuart et même son Palamède) , lui ont fourni ses sujets. Gisbert d' Amstel rappelle un trait national du commencement du quatorzième siècle ; Vondel voulut le consacrer dans une représen- tation dramatique, à l'occasion de l'inauguration du nouveau théâtcc d'Amsterdam , en lôôy , et sa tentative fut couronnée du plus brillant succès. Cette pièce est demeurée comme un monument civique ; de- puis près de deux siècles , on la joue chaque année à une époque fixe > et le patriotisme des citoyens d'Amsterdam se plaît à l'applau^ dir. L'art dramatique a fait depuis de grands progrès ; mais la poésie de Vondel dut frapper ses contemporains ; les écrivains nationaux que l'on connaissait alors étaient loin d'un pareil génie, Iloolft seul excepté. M. Pareau, qui regarde la tragédie des Grecs comme un spectacle musical, compare leur muse tragique h cette Diane d'Ho- mère , qui va dansant et chantant dans de riches campagnes , où elle efface en attraits le groupe nombreux de ses nymphes ; tandis que la muse de Vondel est , à ses yeux , la Vénus de Virgile : elle marche, et son port réièle une déesse. L'espace ne nous permet pas de nous étendre davantage sur cette production académique , très-remar- quable , aussi bien pour le fond que sous le rapport du style et de la diction latine. Vingt-cinq pages de notes intéressantes prouvent une érudition classique très-étendue, et ce premier succès du jeune au- teur donne de grandes espérances. ' Marrok. LIVRES FRAiNÇAIS. iÇ,l\.— Traité élémentaire de physique, par M. l'abbé Haijy, troi- sième édition. Paris, 1821. M-»« veuve Courcier, rue du Jardinet^ Sainf-André-des-Arcs, n" 1 ; 2 vol. in-S". Prix, i5 fr. , et, par la poste , 18 fr. - 265. Vrécis élémentaire de physique expénmenlale , seconde bU LIVRES FRANÇAIS. édition, par M. Biot. Paris, 1821. Déterville , rue Hautcfeuille, n» 8 ; deux forts vol. in-8° , avec planches. Prix, 16 fr. Ce n'est pas seulement sous le rapport de l'enseignement public que les bons livres de physique sont recommandables ; cette belle science a fait récemment de si grands progrès , que rien ne ressemble moins aux ouvrages que nous annonçons ici , que ceux qui ont été publiés par les plus habiles physiciens , dans le dernier siècle. Lorsque Dufay, Franklin et Epinus eurent présenté leurs systèmes sur le mode de l'action électrique , Coulomb , en y appliquant le calcul , montra la route que les savans devaient suivre pour donner à la phy- sique la certitude mathématique que l'astronomie avait reçue du génie de Newton. C'est depuis cette époque que la physique est réellement devenue une science, en s'affranchissant des systèmes vagues , fruits de l'imagination spéculative. Les beaux travaux de Laplace et de Lavoisier sur la dilatation des corps et l'influence du calorique dans leur composition, la belle théorie de Volta sur la pile galvanique, la découverte de M. Davy sur son action pour décom- poser les corps, et les expériences de MM. Bertholet , Thénard , Gay - Lussac et Berzelius , pour en constater les effets et en étendre les résultats ; Ics^théories de Deluc , Dalton et Lesné sur la chaleur, et sur la manière dont les vapeurs existent dans l'air ; les mémoires de M. Poisson sur l'électricité , ceux de MM. Biot , Arago et Fresnel sur la lumière ; enfin , une foule de belles observations ont tellement étendu nos connaissances en physique, que cette science a pris rang parmi les sciences exactes , et qu'il est permis d'espérer de voir un jour la chimie, l'une des plus belles, des plus diiEciles et des plus utiles connaissances humaines , atteindre au même degré de perfection , sous le rapport de la théorie et du calcul. C'est pour rendre la physique populaire , que deux savans du premier ordre ont, dans plusieurs éditions successives , exposé avec clarté , et par des méthodes affranchies des difGcultés de l'analyse algébrique , les principaux faits qui forment aujourd'hui l'ensemble de cette science, et développé les théories qui servent à lier ces faits entre eux et à les expliquer. On ne s'attend pas sans doute que je m'érige en juge de deux académiciens aussi distingués par leur mérite et leurs travaux ; le rang élevé où les place l'estime publique ne me permet pas d'espérer que mon avis sur des travaux dont je suis admirateur pourrait avoir quelque importance. Mais, sans manquer aux égards LIVRES FRANÇAIS. 585 et aux devoirs qui me sont imposés, je puis comparer les deux ouvrages , et indiquer les qualités particulières qui les distinguent. On est surpris qu'un vieillard , dont la longue existence a été con- sacrée à l'étude de la nature , conserve , à plus de quatre-vingts ans , le goût des sciences, et se montre aussi assidu à se tenir au courant de toutes les découvertes , que lorsqu'il avait le feu de la jeunesse. Le IVaité de physique de M. Haïiy est rédigé avec méthode ; le style en est simple ou élevé, selon les sujets qu'il traite, et toujours élégant ; les théories sont démontrées avec clarté ; l'ouvrage se lit sans peine , et on croirait que rien n'était difficile à expliquer , parce que rien n'y est difficile à concevoir. Sans doute, cette édition ob- tiendra le succès des deux premières. Dans un Traité mathémaùque , M. Biot avait exposé les parties qui composent la physique, en s'aidant des ressources que lui of- frait l'analyse algébrique qu'il manie avec tant de facilité. Mais les cours publics de la faculté des sciences ne comportant pas l'emploi des calculs, l'auteur avait été forcé de s'y renfermer dans un cercle plus étroit. C'est à ces circonstances qu'on doit la publication de son Traité élémentaire de physique , qu'il présente aujourd'hui de nouveau , avec des additions considérables. La science s'enrichit chaque jour de faits nouveaux, et M. Biot ne pouvait oublier de parler des découvertes récentes sur le magnétisme et l'action élec- trique, découvertes qu'on doit aux travaux de MM. Œrsted, Ilaus- teen , Arago , Ampère , et auxquelles M. Biot lui-même a contribué. On sait que M. Biot écrit avec élégance et clarté; son Traité de physique est peut-être moins facile à concevoir que celui de son esti- mable collègue ; on y reconnaît partout le géomètre qui veut at- teindre, sans calcul, h la rigueur des calculs mêmes : il est plus profond et plus savant, et la lecture de ces deux ouvrages satisfera tout lecteur intelligent, parce qu'il trouvera dans l'un l'explication des faits qu'il n'aura pas bien compris dans l'autre ; et, se rendantmaître de son sujet , il s'élèvera à la hauteur qui est indispensable pour con- cevoir les doctrines diverses qui constituent la science. Si vous assis- tez à des leçons faites sur le même sujet par deux professeurs habiles, comme chacun est distingué par des qualités personnelles, vous pourrez profiter à la fois dans cette double étude. Ce ne seront ni les mêmes discours ni les mêmes formes logiques; souvent, il y aura diversité dans la méthode, ou dans les conceptions générales; 586 LIVRES FRANÇAIS. et cependant, vous entendrez les deux maîtres avec fruit et intérêt. C'est l'impression que doit produire la lecture des Traités de phy- sique de MM. Haiiy et Biot. On ne saurait trop recommander ces es- timables ouvrages, où sont exposées avec talent les diverses branches de la physique. Fhanccebb. 266. — Voyage souterrain, ou Description du plateau de Saint- Pierre de Maëstricht et de ses vastes cryptes, par M. le colonel Bory DE Sathi-Viucert; ouvrage orné d'une carte topographique, et de trois rues , dessinées sur les lieux par l'auteur , suivi de la relation de nouveaux voyages entrepris dans les Montagnes-maudites , par M. Léon DurocH, D. M. Paris 1821. Ponthicu , libraire au Palais- Royal, galerie de bois, n» aSa. Prix , 6 fr. , et 7 fr. 5o c. par la poste. M. Cuvier, chargé de faire un rapport à l'académie des sciences sur cette production de M. Bory, lui a rendu la justice qu'elle mérite, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à ce rapport d'un juge compétent ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître, avant de lire l'ouvrage même, les détails curieux de topographie , de géo- logie et de botanique qu'il renferme. Nous indiquerons sommaire- ment ici les principaux objets qui ont appelé l'attention de l'auteur. Avant de décrire le plateau de Saint-Pierre, il a cru devoir parler des personnes qui l'avaient visité précédemment; il nomme MM. Fau- jas de Saint-Fond , Héricart de Thury , Mathieu , capitaine d'artille- rie , et Clère , ingénieur des mines ; il cite surtout avec éloge le Mémoire de ce dernier. Son second chapitre est consacré à des recherches étymologiques. Le dixième offre un parallèle très-bien fait entre les travaux antiques des Romains et les travaux modernes. La situation et l'aspect du plateau , son élévation et son épaisseur , sa composition, l'aspect des cryptes (galeries souterraines), leurs principales entrées , leur température , la description des orgues géologiques , ou puits de terre , etc. , occupent presque entièrement les vingt-cinq chapitres suivans , et le vingt huitième et dernier ren- ferme un catalogue linnécn des plantes du plateau de Saint-Pierre. Nous le répétons, c'est dans l'ouvrage seul que les savans peuvent prendre une idée exacte de toutes les recherches qu'a dû faire l'au- teur, pour présenter un tableau aussi complet et aussi satisfaisant de ces labyrinthes souterrains , séjour effrayant de la solitude , de la nuit et de la mort , et dont les besoins de deux arts, l'agriculture et l 'architecture , tendent continuellement à augmenter le dédale. Les LIVRES FRANÇAIS. 587 gens du monde , que son titre scientifique n'auront pas effrayés , y trouveront aussi de l'intérêt , et regretteront que personne n'ait en- core eu l'idée de faire de cette espèce de ville souterraine le lieu de la scène d'un roman bien sombre et bien pathétique. Le chapitre vu du Voyage offrirait, seul, un texte suffisant à celui qui voudrait l'en- treprendre. E. H. iQ~. — Le Guide des propriétaires et des jardiniers, pour le choix, la plantation et la culture des arbrss, par Stanislas Bbauj^ibb. Paris, i8ai ; M* Hnzard, me de l'Éperon, n" 7. 1 vol. in- 8°, avec fig. Prix , 3 fr. 5o c. , et 4 fr- 25 c. franc de port. Ce traité de la plantation et de la culture des arbres ne pouvait C'tre offert au public dans un moment plus favorable. C'est au mois d'octobre que l'auteur conseille surtout d'arracher et de planter les arbres. Nous saisissons cette occasion d'annoncer son ouvrage aux propriétaires des villes et de la campagne. Ils trouveront , dans le Guide qui leur est destiné, les meilleurs préceptes pour réussir, et ils ne seront point trompés par ce charlatanisme qui déshonore tant de pages de nos agriculteurs modernes, M. Beaunicr écrit de bonne foi , ne dissimule aucune difficulté , et s'étudî« principalement à préserver les propriétaires de la friponnerie de certains jardiniers ou pépiniéristes. La seule chose que nous puissions reprocher à l'auteur, c'est un peu trop de concision dans ses préceptes et ses descriptions; mais ce reproche paraîtra peut-être un éloge aux nombreux lecteurs ennuyés de tant de longues et futiles compilations, P, S* A. 268, — Manuel du chasseur 'et des gardes ~ chasse , contenant un Traité sur toutes les chasses, le Précis des ordonnances, lois, ré- glemens, ordonnances de police, etc., sur le port d'armes, la chasse, la pêche, la lonveterie; les Formules des procès-verbaux qui doivent être dressés par les gardes-chasse, forestiers et champêtres; suivi d'un Vocabulaire des termes de vénerie , de fauconnerie et de chasse; par M. de Mersaîî , ancien capitaine des chasses; nouvelle édition ornée de figures, Paris, 1821, Roret et Roussel, rue Pavée- Saint-André-des-Arcs , n» 9. i vol, în-18 de 386 pages. Prix, 3 fr. Il faut ajouter à tout ce que renferme déjà ce titre , un Supplé- ment au précis des lois et règlemens sur la chasse , la liste des dignitaires composant la vénerie de France, et un Extrait de l'ins- truction publiée par S. E. M. le grand-chancelier de la Légion- â^Honneur, dans lequel il est dit que les membres de ce corps 0 rc 588 LIVRES FRANÇAIS. çoivent les pendissions nécessaires pour le port d'amies , sans avoir besoin de justifier d'aucune propriété et sans payer aucun droit. » On voit qu'il ne manque rien à ce Manuel j les éditeurs ont poussé l'attention jusqu'à donner le costume de chasse : habit à la française , vert dragon, boutons et galons d'or, culotte de casimir blanc , bottes à l'écuyère, sans revers ; tel est l'habit de cour pour la grande chasse ou chasse au cerf; c'est également celui de toute personne admise aux chasses du Roi et des princes de la famille royale. Dans un moment où la chasse vient de s'ouvrir, nous croyons utile de signaler cette nouvelle édition , qui, ne laisse rien à désirer. E. H. 269. — Traités divers d'économie rurale, alimentaire et domes- tique; savoir : 1° du blé prématuré et de ses avantages, sous les rapports de quantité, de qualité du grain, et d'amélioration xhi pain; 2." du moulin économique de Dronsarl; 3° de la conseri^ation du forain dans un silo ou fosse souterraine , par M. Ternaux ; 4° des nouvelles appropriations de la pomme de terre , qui la placent au premier rang des hases alimentaires , et la destinent à cinquun- tupler la subsistance publique , et dès-lors à opposer une barrière à la famine; 5° expériences , faites le 9 mars' i8i5 , sur les avantages de l'association de farines extraites de la pomme de terre , avec la farine des céréales d'une qualité inférieure ; ouvrage dédié au Roi , par P. A. Cadet-de-Vaux , et imprimé par ordre du gouvernement. Paris, 1821. Cotes, rue Dauphine, n" 52, et M""' Huzard, rue de l'Eperon, n" 7; in-S" de 102 pages. Prix : 1 fr. 5o c. A peine le philosophe, l'ami de l'humanité commence-t-il à respirer, en voyant se fermer les plaies occasionnées par la guerre, que de nouvelles craintes viennent assiéger son ame. Le rapide accroissement de la population paraît menacer quelques pays d'un fléau plus affreux encore que la guerre , et des milliers d'hommes peuvent être exposés à envier, dans les horreurs d'une agonie lente et cruelle , le sort de ceux que le fer a moissonnés. On ne saurait donc trop recommander l'étude de l'économie domestique , de cette science, qui est, comme ledit M. Cadet-de-Vaux , le plus solide appui des trônes ; on ne saurait trop encourager les essais des économistes, ni donner trop de publicité aux découvertes utiles^ dans le genre de celles que nous signalons aujourd'hui à la reconr naissance de toutes les classes de citoyens. La première de ces dé- LIVRES JFRANÇAIS. Sy^^ couvertes est due à M. Salles, membre de la société d'agriculture de Béziers ; elle consiste à couper le blé huit jours auant ^a parfaite malurité. Dans cet état , dit M. Cadet-de-Vaux , le grain est plus nourri , plus volumineux et plus beau , et n'est jamais attaqué paj- le charançon. On a vériGé, ajoute-t-il, qu'il donne alors un hecto- litre de plus par demi-hectare. <■ Le moment de moissonner est celui où le grain , écrasé sous les doigts , présente un aspect pâteux , comme de la mie de pain que l'on pétrirait de même à la sortie du four. » Nous craignons que M. Cadet-de-Vaus ne se soit laissé trop promptement éblouir par les avantages que présente cette nouvelle méthode, relativement à la quantité, et qu'il n'ait un peu trop perdu de vue la qualité désirable dans le grain pour la panification. A Paris, comme chacun le sait, le suprême degré de l'art con- siste à faire entrer dans la fabrication du pain la plus grande quantité d'eau possible; et M. Cadet-de-Vaux convient que ce pain est doué de peu de qualité nutritive. Le voilà donc en contradiction avec lui-même ; car, si la farine provenant de blé prématuré absorbe beaucoup d'eau, ce dont il n'est pas possible de douter, le pain qui en resuite ne peut manquer d'être parfaitement analogue à celui du boulanger, qu'il regarde avec raison comme peu nutritif. Nous croyons qu'avant d'adopter la nouvelle méthode , il convien- drait d'attendre que les faits exposés dans l'ouvrage de M. Cadet- de-Vaux fussent bien constatés par l'expérience. Les moulins à bras, de l'invention de M. Dronsart , ollrent des avantages plus réels.' «Les meules d'un de ces moulins, établi à la Ferté-sous-Jouarre , dit le rapport , réduisent en farine trois , cinq et huit hecto- litres de blé-froment, en douze heures de travail, à l'aide d'un seul homme , lequel n'emploie que douze à quinze livres de force , pour une dimension de meule de deux et trois pieds. La facilité des mouvemens est telle, qu'un cheval, un bœuf, au moyen d'un manège , peut faire tourner trois et quatre de ces moulins , qui , aflranchis des retards causés par les grandes eaux, les sécheresses, les gelées, l'absence du vent, seront pour le consommateur d'une utiUté indispensable CO- » H est à regretter que le prix de ces moulins (depuis Soo francs pour une dimension de 2 pieds, jusqu'à 2,000 pour une de 4 ) les rende inaccessibles à la classe indi'rentc. (i) On peut s'en procurer, à Paris, rue des Tourneli es, n" I», 690 LIVRES FRANÇAIS. Le moulin portatif que vient d'inventer M. Heljînberger, à Milan, doit lui être préféré, si, comme l'annoncent plusieurs journaux, aa moyen de ce petit moulin , d'un prix très-modique , une seule personne peut moudre soixante livres de blé par heure. Le silo de M. Ternaux , sur lequel nous avons déjà publié des détails (Voy. ci-dessus T. IX, p. 211,), est une admirable invention à laquelle on ne saurait donner trop de publicité , en recomman- dant toutefois de cboisir un sol élevé , comme le plus propre à ces genres de constructions, et de ne jamais introduire dans le silo que des blés parfaitement secs. Mais ce qui nous paraît le plus digne de fixer l'attention de tous les économistes et de tous les cultivateurs, dans le livre de M, Cadet-de-Vaux, ce sont les nou- velles appropriations de la pomme de terre , « appropriations qui la placent, dit-il, au premier rang des substances alimentaires, et la destinent à cinquanlupler la subsistance publique. » Ce mot cinquantupler n'a rien d'exagéré^ l'académie de Marseille ayant reçu de Londres, il y a quelques années, une espèce de pomme de terre dont une seule plante donna, la seconde année, 2,160 livres de tubercules , d'une qualité excellente. Un tel prodige de végé- tation ne peut manquer de fixer l'attention de nos agronomes; et quels bienfaits n'auraient pas produits les nouvelles appropriations de la pomme de terre , si , comme M. Cadet-de-Vaux nous semble l'avoir prouvé , un arpent de terre qui , semé de blé , ne sufiQt pas toujours à la nourriture d'un journalier, si ce même arpent, dis-je , ensemencé d'un végétal , dédaigné jusqu'à présent dans quelques contrées de l'Europe, assure la subsistance de cinquante individus! E. H. i~o.— Traité de médecive pratique de Pierre Fbawk, traduit du latin, par J. M. C. Goldaheac, D. M. , membre de la société de médecine pratique. Paris, 1821. Migneret , rue du t)ragon , n" 20. 4 vol. in-8». Cette traduction , qui se recommande par une grande exactitude , ne peut manquer d'être favorablement accueillie. Depuis qu'on a cessé de parler latin dans les écoles , c'est un véritable service à rendre au public que de traduire en langage vulgaire les ouvrages latins dont le style ne fait pas tout le mérite ; et l'on attendait avec impatience que M. Goidaeeau achevât de publier la traduction de ce traité de médecine pratique , dont il avait fait paraître le pre- mier volume il y a plus de trois ans. LIVRES FRANÇAIS. 591 ijt.—De l'Ame dans la veille et dans le sommeil; parM. Opoix inspecteur des eaux minérales de Provins, etc. Paris, 1821. Bninot- Labbe , quai des Augustins , n" 33. 1 vol. in-8°. Ce petit ouvrage se recommande par un grand nombre d'obser- vations psychologiques, presque toujours justes. L'auteur insiste sur quelques phénomènes du sommeil , auxquels jusqu'ici les métaphy- siciens ont fait trop peu d'attention. Il se demande, par exemple comment il arrive que , dans les rêves , notre ame puisse non seu- lement voir, entendre, palper des objets qui n'existent pas, mais encore assister à des conversations suivies qui paraissent sortir de la bouche de personnages imaginaires , avec lesquels nous croyons converser. Il fait remarquer que les pensées qu'ils expriment, et qui souvent nous étonnent et nous embarrassent , ne peuvent sortir que de notre propre intelligence , dont nous méconnaissons ainsi les opérations. De cette observation et de plusieurs autres sem- blables^ l'auteur tire cette conséquence ; que l'intellect est hors del'ame, ou du moins qu'il ne la constitue pas, puisqu'il peut agir entièrement à son insu. Mais , qu'est-ce donc que l'ameî L'au- teur la déûnit ainsi : « L'ame , dans l'homme , est ce qui pense , ce qui veut, ce qui sent et ce qui aime, ce qui jouit et ce qui souffre : c'est le moi, c'est ce qui a la conscience de son existence. » On voit, d'après cela, que l'auteur, qui confond mal à propos le Tuoi avec - Vame , n'a, au reste, qu'une idée très-confuse de ce qui constitue en nous la personnalité. Si M. Opoix avait pris la peine de s'instruire de ce qu'ont pensé sur cette matière les plus célèbres psycholo- gistes modernes , il aurait sans doute reconnu avec eux que ce qui constitue la personnalité dans l'homme ; ce qui fait qu'il peut dire moi, c'est la liberté dont il jouit; le moi n'est autre chose que la conscience de la suite des actes libres. Un peu d'érudition dans l'histoire de la philosophie l'aurait également dispensé de se livrer à une assez longue dissertation pour démontrer que c'est notre ame seule qui voit, qui sent, et que, hors de nous, il n'y a ni cou- leurs, ni sons, ni odeurs. L'auteur établit cette vérité, à laquelle il a été conduit par ses propres réflexions , et qu'il croit tout-à-fait nouvelle, sur les raisjnnemens les plus concluans ; mais il parait ignorer que , depuis Descartes , qui l'a démontrée jusqu'à l'évidence, aucun philosophe ne l'a révoquée en doute. Une grande partie de cet ouvrage est consacré à une explication physiologique du 59^ LIVRES FRANÇAIS. iommeil et des rêves. L'auteur croit en voir la cause prochaîne dans le relâchement des organes du cerveau; ce relâchement, sui^ vant lui , produit dans les facultés de l'intellect la désunion et le défaut d'ensemble , d'où résultent les rêves. Il admet l'opinion de la pluralité des organes ; mais ses idées sur ce sujet n'ont rien de commun avec la doctrine de M. Gall ; et, loin de s'appuyer de l'au- torité de ce célèbre médecin, il ne le nomme même pas. Au reste, pour M. Opoix, la doctrine de la pluralité des organes n'est qu'une; idée accessoire , et l'on serait tenté de croire qu'il ne l'adopte que parce qu'il la trouve plus commode pour le développement de son hypothèse. Mais si cet ouvrage renferme quelques opinions inad- missibles, l'auteur qui se trompe souvent dans l'appréciation des causes assignées aux phénomènes qu'il a observés, présente aussi plusieurs observations justes, et l'on aurait tort de se rebuter par les hypothèses défectueuses qui se trouvent dès les premières pages de son livre. B, — d. D. M, 2-2. — aperçu sur Valus (lu vomissement provoqué dans les ma- ladies , avec des réflexions pour venir à l'appui de la doctrine phy- siologique de M. Broussais ; par Delead jeune , docteur en médecine, éx-chirurgien au 4"°^ régiment de cuirassiers. Commercy , 1820, im- primerie du Narrateur de la Meuse ; Paris, Croullebois, rue de l'Ecole de Médecine; Nancy, Vincent, libraire. Prix, 1 fr. Soc. 2_3_ (♦). — Vqyap;e aux Alpes maritimes, ou Histoire naturelle , agraire , civile et médicale du comté de Nice et des pays limi- trophes , etc. ; par Fk. Em. Fodeeé, professeur de médecine légale à l'académie de Strasbourg, etc. , etc. Paris , Levrault , rue des Fossés^ Monsieur- lePrince, n" 53 ; Strasbourg, même maison. 1821. 2 vol. in- 8°. Prix, 10 fr. Savant ouvrage, rédigé avec toute la conscience d'un observateur philosophe, qui n'écrit pas pour le marchand de livres, mais pour l'utilité de ses semblables et pour sa propre gloire. Le Voyage aux Alpes maritimes est un bienfait pour le pays que le voyageur a par- couru ; il occupera une place distinguée dans la bibliothèque de l'administrateur, du médecin, du naturaliste; c'est, en un mot, une excellente statistique, c'est-à-dire un ouvrage très-bien fait, dans un genre éminemment utile. 274. — Catalogue général des objets de scienceset arts , tels quins- trumens d'optique , de diopirique , de catoplrique , de mathématiques LlVRKS FRANÇAIS. 593 et de physique expérimentale en verre, qui se fabriquent et se uendenl chez l'ingénieur CasvALLiFR , auteur du Conservateur de la vue ^i de V Essai sur l'art de l'Ingénieur. Paris , 1S21. Chez l'auteur , tour de l'Horloge du Palais, n» i. iii-S" de 65 p. 275. — Les Prophètes nouvellement traduits sur l'hébreu , avec des explications et des notes critiques. — Prophéties d'Ezéehiel. Paris , 1821. Eberhart et Méquignon le jeune, 1 vol. ia-8" de 702 p. Cette nouvelle publication est due au zèle pieux, aux lumières et aux talens de l'illustre magistrat qui s'est chargé de recueillir et d'expliquer toutes les prophéties de l'ancien et du nouveau Testa- tament. On voit que M. le président Agier poursuit avec ardeur la tâche laborieuse et honorable qu'il s'est imposée. Outre les Prophéties cparses dans la Bible, il a déjà mis au jour les Psaumes (1) les Pro- phéties d'Isaïe, et, cette année même, les Prophéties de Jérémie. On doit s'attendre à voir bientôt paraître son travail sur Daniel^ prophète si célèbre , surtout pour avoir, au tems d'Ezéchjel, cinq cents ans avant notre ère , fixé l'époque et les circonstances du pre- mier avènement de Jésus-Christ. Ezéchiel , que M. Agier vient de publier , est celui de nos auteurs sacrés qui a toujours paru le plus obscur. Dans cette traduction, dans ces explications nouvelles, on voit disparaître une grande partie des difficultés connues, et les plus graves même y sont éclaircies à un certain degré. On sent bien qu'il n'est pas aisé d'être en tout précis et convaincant , lorsqu'on s'efforce non seulement de mettre en français d'anciens textes hébreux, qui mon- trent énigmatiquement les dernières destinées des juifs, de l'église chrétienne et de tout le geare humain, mais qu'on s'applique encore à en découvrir le sens propre et le sens figuré. Sur ces grands objets, l'auteur a des pensées qui lui sont communes avec un grand nombre d'écrivains ecclésiastiques anciens et modernes , et d'autres qui lui sont particulières pour le fond ou pour les accessoires. Les conjec- tures qu'il appuie ou développe d'une maaière nouvelle , et qui nous (1) Indépendamment de sa belle traduction française des Psaumes , disposés dans un ordre aussi nouveau qu'instructif, et des Explica- tions non moins savantes que pieuses qui la suivent, 3 volin-8",d a publié, en 181S, chez Eberhart et Méquignon jeune : P^ialmi ad hebraicam ventatcm trw^slati et in ordinem naturalem digesti ; accesseruntcuntica,etc. i vol in-i6 de i6i p ; c'est un Manuel très- intéressant, surtout pour les chrétiens. Tome XI. "^ 59A LIVRES FRANÇAIS. ont le plu3 frappés, sont que la papauté sera transférée et rétablie à Jérusalem ; que l'Antéchrist viendra dans la Judée pour détruire l'église chrétienne renouvelée après la conversion des Juifs ; que ce sera un prince d'origine tartare et devenu chef de l'empire des Busses ; enfin, qu'il périra lui et toute son armée, comme un autre Sennacheribjsans avoir elTectué ses desseins. Mais,à côté des tableaux qui restent encore voiles , il y a dans Ezéchiel des traits intéressans pour bien des classes de lecteurs ; nous entendons ceux qui se rap- portent à la promesse du Messie , à l'histoire et aux antiquités des peuples de l'Asie occidentale ; les curieux détails sur la nature et l'étendue de l'aucien commerce de Tyr, les peintures de mœurs, les yives leçons de morale, les désordres du peuple juif et des lévites, qui rappellent les abus trop réels des chrétiens et de leurs prêtres. Sur tous ces objets, M. A. se montre ici, comme dans ses publications pré- cédentes , écrivain habile et judicieux , clair et méthodique , élégant et profond , hardi et cisconspect , édifiant surtout , et , sur un point^ d'une austérité qui pourra sembler extrême. Il prend, dans le sens le plus étroit , le plus absolu , les deux passages d'Eîéchiel qui ré- prouvent l'intérêt de l'argent. Cependant, ces deux passages doivent être conciliés avec les distinctions établies sur ce sujet dans le Deu- téronome; et il est permis de penser que les explications données sur l'usure, dans les actes du Sanhédrin tenu à Paris, sous Napoléon , paraîtraient à beaucoup de lecteurs plus conformes à la vérité, à la vraie morale naturelle et révélée , que l'explication littérale du nou- vel interprète , si digne d'ailleurs de notre estime et de nos respects. Voici une remarque d'un tout autre genre ; elle est minutieuse, mais elle appartient à l'histoire de l'humanité. Ezéchiel a parlé des an- neaux que les dames juives avaient au nez. M. A. dit que ces anneaux leur tombaient du haut du front. ÎS'y a-t il pas lieu de croire plutôt qu'elles se faisaient percer les narines, ainsi que les oreilles , pour y attacher des anneaux, signes d'abord de leur religion ou de leur dé- pendance, et ensuite de la mode tt de la vanité ? Il existe encore en Asie des contrées où cet ancien usage s'est conservé. Dans l'In- doslan , les dames qui sont riches en biens ou en enfans portent l'annf au dans la narine droite, et on les appelle en samscrit Nasa- dakshinna-vartta (littéralement : au nez à droite anneau ); celles qui sont pauvres ou dans le chagrin le portent à la narine gauche , et se nomment dans la même langue Nasa-vama-vartta (littéralement: au nez à gauche anneau). Lawjiis.^is, de l'In-aiint, LIVRES FRANÇAIS. 595 3^6. — Abrégé de l'Origine de tous les cultes \ par Dopdis, nou- velle édition. — Paris, 1821. Chassériau, libraire, rue Neuve-des- Petits-Champs , n" 5. 1 vol. in- 18. Prix , 3 fr. Dupuis a senti lui-môme qu'un ouvrage aussi étendu et d'une éru- dition aussi vaste que son Origine de tous les cultes ne pouvait ôtre lu que par peu de personnes. Il en donna un Abrégé , dans lequel il analysa son système général. L'ouvrage , ainsi réduit à des propor- tions plus convenables pour un grand nombre de lecteurs, fait par- faitement connaître les sources d'où découlent, selon Dupuis, les différcns cultes qui ont successivement régné sur la terre. Peut-être n'adoptera-t-on pas le système de l'auteur dans toutes ses consé- quences; mais on sera du moins forcé de rendre justice aux immenses connaissances qu'il avait acquises dans l'étude de l'antiquité. Une réimpression de V Abrégé de l'Origine de tous les cultes, dans un format commode et peu coûteux , était donc devenue nécessaire. Quelque tems après la publication de cet ouvrage, on publia une Analyse raisonnée de l'Origine de tous les cultes , généralement attribuée à M. Destutt-Tracy. Malgré la ressemblance qui semble exister entre deux livres destinés à faire connaître le même ouvrage , l'exécution n'en est pas moins très-différente. Nous citerons un pas- sage du discours préliminaire de V Analyse qui fait voir en quoi con- siste cette différence ; «Cet Abrégé, dit l'auteur de l'Analyse, ne me paraît pas rendre inutile mon travail ; il n'est pas destiné à remplir le même objet. 11 présente le sommaire de l'ouvrage : telle était l'intention de l'auteur; mais moi, je me suis attaché princi- palement à indiquer sa marche, l'enchaînement de ses idées, la série de ses preuves et la liaison des matières. » h' Abrégé et l'Ana- lyse de l'Origine de tous les cultes sont deux livres fort intéressans , qui ne dispensent pas néanmoins les personnes qui voudront acquérir une véritable instruction dans les sciences morales , de lire les trois volumes in-4'' de l'ouvrage original de Dupuis. A. T. 277 C*}. — Mémoires sur la Reiigion , avec des tableaux de la dis- cipline et des mœurs du tems présent, dans les différentes commu- nions. — Premier mémoire, des OJJicialitès anciennes et nouvelles , par M. Larjuisais , pair de France. Paris , 1821. Baudouin frères, rue de Vaugirard, n° 36. In-S" de 74 p Prix, 1 fr. 5o c. , et, parla poste, 1 fr. 75 c. A propos d'une oriionnance de M. l'évtque de Metz, qui rétablit 3S* 59G LIVRES FRANÇAIS. dans son diocèse une officialilè, espèce de tribunal mixte, lequel appelle rexercice du pouvoir ecclésiastique sur des actes de la vie civile, M. Lanjuinais avait publié, l'année dernière, un opuscule ( mèuie adresse que ci-dessus ) , où il établissait clairement l'illéga- lité , dans notre gouvernement constitutionnel, de ces sortes de tri- bunaux, alors surtout que le pouvoir législatif n'avait pas été appelé à connaître du mérite de leur rétablissement. Des journaux des bro- chures spéciales même ont été consaciés à répondre à l'écrit de M. Lanjuinais. C'est ce qui l'a déterminé à une réplique que nous croyons devoir être définitive sur cet objet; car nous ne voyons pas, ni ce qu'il serait possible d'ajouter, ni ce qu'il serait possible de ré- pondre. On peut envisager ce dernier écrit comme un traité abrégé de la matière, considérée relativement au droit politique et au droit canonique ; ce qui est son véritable point de vue. L'auteur a même adopté les formes d'argumentation autrefois usitées en ces matières, formes qui ajoutent peut-être à la netteté et à la force de la logique , et qui d'ailleurs ne déplairont pas aux personnes que ces sortes de sujets intéressent. Le meilleur moyen de donner une idée précise et un peu complète d'un livre de ce genre, c'est d'en transcrire les sommaires. Les voici : — Exposé du sujet. — Réponse aux reproches personnels adressés à M. Lanjuinais. — Qu'étaient les ofBcialités avant le ij"^ siècle? Des tribunaux oppresseurs. — Comment et en quel sens les ofEcialités furent-elles abolies en 1790? Comme abusives et inu- tiles.— Que seraient les ofEcialités d'aujourd'hui, si elles étaient rétablies valablement ? Des tribunaux inutiles et dangereux. — Sont- elles littéralement et intentionnellement rétablies par des évêques? Oui. — Si des évêques ont rétabli les officialités , en le voulant, ont- ils mal fait? Très - mal. — Si des évêques ont rétabli les ofiBcialités par mégarde, ont-ils moralement et grammaticalement bien parlé? Ils ont mal parlé en tous sens. — Observations spéciales relatives à l'ordonnance de monseigneur l'évoque de Metz, pour rétablir l'offi- cialité diocésaine. — Nous ajouterons qu'ici, comme dans les autres écrits de M. Lanjuinais , la plus saine doctrine est appuyée sur la plus vaste érudition. A. M. 2j8. (*) — Histoire ahrégre de l'Inquisition religieuse en France, par M. Lanjuinais; suivie àe l'Opinion ^ du même pair, contre le projet de loi relatif aux pensions ecclésiastiques , autrement à l'érec- tion de trente évêchés nouveaux (Séance du 27 juin 1S21), Paris, LIVRES FRAIsÇAIS. 597 i8ai. Baudoulu i'rères, rue de Vaugirard, n" ôG. In-S° de 54 pages. Prix , 1 fr. 5o c. , et , par la poste , i fr. 7.5 c. La séance de la Chambre des Pairs, où se discuta la loi doat il est question dans cet opuscule, n'a été rendue que d'une manière déco- lorée dans le procès-verbal inséré au Moniteur. La discussion y fut très-animée; la tribune y fut difficile à tenir pour plusieurs mem- bres de l'Opposition. M. Lanjuinais, entre autres, qu'on est assuré de trouver dans toutes les circonstances difficiles, essaya vainement de répondre à une assertion du ministre des affaires étrangères, qui avait prétendu que Its évèques français nous avaient préservés de l'établissement de l'inquisition dans notre pays. La parole lui fut in- terdite par la clôture. Quelle que soit l'habileté qu'on veuille accor- der au ministre , il est permis de croire que , placé sur le terrain de l'histoire et de la discipline ecclésiastique, il aurait trouvé, dans M. Lanjuinais, un adversaire qui méritait au moins d'être écouté. Au défaut de la tribune, la presse a recueilli ses raisons. Que dis-je? ses raisons; ce sont les faits historiques les plus irrécusables, au moyen desquels le savant défenseur de toutes nos libertés établit que l'épiscopat français se montra, en plus d'une occasion, trop favo- rable à l'établissement, dans notre pays, du tribunal de l'inquisi- tion, qui a pesé, au moins de l'odieux de son nom, sur les pro- vinces méridionales de la France , jusque vers le milieu du siècle de Louis XIV. Le Précis historique de M. Lanjuinais forme , avec son Opinion^ prononcée à la Chambre des Pairs, un Traité fort ins- tructif, et qui donne des idées justes sur l'esprit qui devrait diriger notre législation , relativement à l'établissement civil de l'épiscopat. A. M. 279. (*) — Science du Publicisle, par M. Fkitot, avocat à la cour royale de Paris; 4'' et 5<^ volumes. Paris, 1S21. Bossange , père et fils, rue de Tournon , n° 6. Prix , 7 fr. pour les non-souscripteurs. Le Moniteur, dans son n» 240 , du mardi 28 août dernier, fait un nouvel éloge de cet ouvrage; il l'indique comme pouvant suppléer , du moins pour le plus grand nombre des lecteurs, les Traités isolés des auteurs les plus célèbres qui ont écrit sur les différentes parties de cette science, et comme présentant le grand avantage de les coordonner, de les unir, pour les faire tous concourir au but commun qui doit être l'objet essentiel de cette branche importante des con- naissances humaines , le perfectionnement des institutions sociales. 5a8 LIVRES FRANÇAIS. Il en recommande la lecture, non seulement aux législateurs, aux hommes d'état, mais encore à toutes les classes de la société, pour lesquelles il le considère comme fort nécessaire sous l'empire d'une monarchie constitutionnelle. 280 (*J. — Collection des constitutions , chartes et lois fondamen- tales des peuples de l'Europe et des deux Amériques , avec des précis offrant l'histoire des libertés et des institutions politiques chez les nations modernes, par MM. P. A. Dufac, J. B. Dovergieb et J. GuADET, avocats à la cour royale de Paris. Paris, 1821. Chanson, éditeur, rue des Grands-Augustins, n" lo. 1 vol. in S». Prix, 7 fr. 5o cent. , et 9 fr. par la poste. C'est une heureuse idée que d'avoir réuni aux principes du droit public qui régit les nations modernes , le tableau de l'établissement de leurs institutions politiques et de leurs libertés ; et l'on peut être étonné qu'aucun de nos publicistes n'eût encore songé à exécuter le projet entrepris avec succès par MM. Dufau, Duvergier et Guadet. Il faut le dire, toutefois, nous ne connaissons en général notre propre droit politique , que par ce que nous en avons appris dans les jour" naux , et celui de nos voisins nous est encore plus étranger : la plupart des hommes même que leurs fonctions appellent à la direc- tion des affaires publiques ont bien pu lire quelques traités de droit politique, parcourir quelques commentaires sur les actes constitu- tionnels des différens états; mais toute leur étude s'est bornée là , et le législateur à la tribune , le publiciste dans son cabinet , l'homme d'état au conseil, comme le professeur en chaire, attendaient encore la publication d'un ouvrage facile à consulter, et dans lequel ils pussent trouver rapprochées et comparées les différentes lois formant la législation constitutionnelle des peuples civilisés. On doit donc ac- cueillir avec reconnaissance l'ouvrage que nous signalons à l'atten- tion de nos lecteurs; c'est là qu'on pourra étudier de bonne foi le droit politique de l'Europe ; c'est là que les hommes d'état pourront voir en quoi est unanime le consentement de tous les peuples , et ce que chaque principe reçoit de modifications ,à raison des tems, des lois , des moeurs et des circonstances. Le plan des auteurs nous paraît heureusement conçu ; quoique leur but principal soit de donner le texte même des lois composant les constitutions des peuples, ils ont senti qu'il ne suffisait pas de rapporter uniquement ce texte, mais qu'il fallait l'accompagner de LIVRES FRAiNÇAIS. 599 notions ou pràcis historiques qui pussent mettre le lecteur à même de bien apprécier le mérite du gouvernement. Ces précis sont des- tinés à présenter l'histoire et les révolutions des institutions politiquei» qui ont précédé les constitutions rapportées dans l'ouvrage ; les au- teurs ont encore eu soin de signaler, toutes les fois qu'il a été néces- saire, des usages constitutifs consacrés seulement par le tems et par les mœurs des peuples , usages qu'on peut regarder chez plusieurs nations comme des constitutions non écnies, pour emprunter les expressions de l'ouvrage. Ce qu'on vient de lire peut donner une idée générale de la col- lection des constitutions; occupons-nous particulièrement du pre- mier volume actuellement en vente ; il se compose des constitution» de France et d'Angleterre. Le travail relatif à la France se divise en trois parties : i" Précis de l'histoire du gouvernement de la France, depuis l'origine de la monarchie jusqu'à l'année 1789; a" constitution non écrite de la France aidant i-jSo ; 5» enQn les dif- férentes constitutions qui se sont succédées depuis celle de 1791- Dans le précis historique , qui remonte bien avant l'établissement df. la monarchie, les auteurs ont su trouver des considérations nouvelles après Dubos et Mably, surtout après notre grand Montesquieu ; ils se sont tracé, au milieu des systèmes opposés dont chacun a enve- loppé le berceau de nos institutions, une marche indépendante et dégagée de toute discussion fastidieuse : des jugemens sains, nn bon esprit, un style vif et animé nous ont paru distinguer ce mor- ceau qu'on ne peut manquer de lire avec intérêt. On y suivra, jus- qu'au tems de nos guerres religieuses , l'établissement et les progrès de notre gouvernement dont les principes , tout-à-coup méconnus et oubliés, disparaîtront totalement pour faire place à un despotisme qui ne fut véritablement bienfaisant que sous Henri IV. Arrivé à cette époque, l'auteur poursuit avec une noble franchise : « Le génie hardi et sanguinaire de Richelieu, le brillant despotisme et les victoires de Louis XIV contribuèrent également à détruire jusqu'au souvenir de l'ancienne influence des grands : il ne fallait plus que les cor- rompre pour qu'ils cecsassent d'exister; c'est ce que fit Louis XV. Sous le règne de ce monarque, tout fut souillé, tout tomba dans le dépérissement ; mais , tandis que les premiers ordres de l'état s'abais- saient , le troisième s'élevait par les progrès des sciences , des arts et d'une philosophie audacieuse. Une révolution devait avoir lieu; les 600 LIVRES FlUiNÇAIS. vertus de Louis XVI ne firent que la retarder. Il fallut enfin revenir à ces principes du gouvernement de France , si long-tenis oubliés. La nation fut convoquée; et alors commença une révolution qui ébranla l'Europe entière dans ses antiques bases Un demi-siècle avant, ce n'eût peut-être été qu'une utile et pacifique réforme! » Ce sont les dernières lignes de ce morceau ; elles peuvent faire juger de tout le reste. Peut-être nous demandera-t on ce que c'est que la constitution non écrite de la France ; les auteurs répondront que c'est l'ensemble des usages et des règles fondamentales de l'ancien droit public de la France , reproduit dans une suite d'articles rédigés sur le plan de nos constitutions modernes. En lisant ce travail , on admire les soins de l'auteur ; mais on est obligé d'avouer que la plu- part des dispositions rapportées furent plus souvent méconnues qu'appliquées; aussi, les auteurs ne nous les donnent-ils pas comme des dispositions d'une application constante , mais comme généra- lement reçues et sanctionnées par les grands corps d'état , tels que les États-généraux , les parlemens , le grand conseil , par le monarque ou même par les auteurs recommandables; ils ont toujours eu soin de citer pour garans , des actes publics , les faits bistoriques ou les auteurs sur l'autorité desquels ils s'appuient. LaCoîistitulion d'Angleterre demanderait une analyse très-étendue, autant par son importance que par la manière neuve dont elle se trouve pr'ésentée. Nous dirons seulement qu'il ne faut pas confondre l'ouvrage de MM. Dufau, Duvergier et Guadet, sur cette constitution, avec les traités qu'on peut avoir lus sur le même sujet : ici, comme pour les autres états , c'est l'ensemble des lois constitutives et orga- niques que donnent les auteurs , lois d'autant plus curieuses pour nous que la plupart n'ont jamais été traduites en français, et ne se trouvaient que dans les grands recueils de lois anglaises qu'on ne peut guère avoir que dans les bibliothèques publiques, où il nous viendra sans doute rarement dans l'esprit d'aller les consulter. 281 . — Considérations sur la France, par M. Joseph de Maistbb. Nouvelle édition , la seule revue et corrigée par l'auteur ; suivie de VJEssai sur le Principe générateur des Constitutions politiques et des autres institutions humaines , troisième édition , revue et corrigée par le même. Paris, 1821 ; Potty, rue du Bac, n" ^6. 1 vol. in-S" de 568 pages. Prix , 5 fi . et 6 fr. 25 c. par la poste. Les Considérations sur la France furent publiées sous le gouver- LIVRES FRANÇAIS 601 nenicnt du Directoire. Ce livre, quoique fondé en général sur des idées fausses, était cepeftdant digne d'attention par une foule d'a- perçus judicieux, fins, profonds, qu'on y voit briller quelquefois comme des éclairs au sein d'une profonde obscurité. L'auteur ne s'était pas encore laissé subjuguer entièrement par ce système d'iliu- minisme barbare , dont les Soirées de Saint-Pétersbourg offrent le déplorable monument. C'est à M. de Maistre surtout qu'on peul ap- pliquer ce que lui-même a dit de Rousseau. « Il faut veiller cet homme sans relâche, et le surprendre lorsqu'il laisse échapper la vé- rité par distraction. » Or, voici un aveu assez remarquable, je pense, que je viens de surprendre à M. de Maistre (page 24). «Le roi, dit il, n'a jamais eu d'allié; et c'est un fait assez évident, pour qu'il n'v ait aucune imprudence à l'énoncer, que la coalition en voulait à l'intégrité de la France. » Ceci peut servir de règle pour juger bien des actes qu'on voudrait aujourd'hui flétrir ou même incriminer : il n'est peut-être pas une page dans ce livre qui n'offre quelque chose digne d'observation ; et s'il doit achever de fausser des esprits en- clins à l'erreur, nul doute qu'il fera réfléchir utilement ceux qui ont }e jugement droit. Ici, comme dans le dernier livre de "M. de Maistre, le bourreau joue un rôle important; c'est la seconde providence, c'est l'image de Dieu sur la terre. On volt que c'est un sujet sur le- quel l'auteur s'appesantit volontiers, et qu'il le traite avec amour. C'est ainsi qu'il s'amuse ( p. 20 ), dans la supposition d'une contre- révolution opérée par la force , à conroguer à Paris tous les bour- reaux du roj/'aume, el tous les chevaux de l'artillerie pour écarleler des hommes; à faire dissoudre dans de vastes chaudières le plomb et la poix pour en arroser des membres déchirés par des tenailles rou- pies. Certainement, un livre qui contient des passages de cette force mérite d'être recherché , surtout par les soixante mille hommes qui composaient la garde nationale de Paris en ijgj , auxquels, suivant les raisonnemens de M. de Maistre, et dans ses hypothèses, tout ceci ne devait pas rester indifférent. Ce que cette édition a de parti- culier, c'est qu'on doit la considérer comme la seule authentique, ayant été exécutée d'après un exemplaire corrigé de la main de l'au- teur, en 1817, et remis par lui à M. Barbier. Vi' Essai sur le principe générateur des Constitutions politiques est 1111 ouvrage plus abstrait, et encore plus rempli de sophismes que le précédent. Néanmoins, il est placé fort convenablement à sa suite. 602 LIVRES FRANÇAIS. puisqu'il contient le développement de ceux dont le premier ou - ▼rage n'offrait que l'indication. X. 282. — (•) — Histoire générale des Institutions militaires de France pendant la révolution-, leurs principes , leur esprit, leur in- fluence et leurs résultat s. Vatis^ 1821. Baudouin , frères , rue de Vau- girard , n» 36. 1 vol. in-8°. Prix , 5 fr. , et , par la poste , 6 fr. C'est une curiosité naturelle qui fait rechercher par quels moyens ont été obtenus des résultats que l'on admire. On aime à se rendre compte de ces résultats, à comparer les effets aux causes , à voir quel rapport existe entre les premiers et les secondes. Qu'on suppose des peuples policés, ayant des lois, des institutions sages et calculées dans leur intérêt; ayant chacun leur période de gloire, les mêmes armes, la même tactique militaire, les mêmes arts, enGn la même civilisation , à peu de nuances près. Du milieu de ces peuples , doués des mêmes avantages, il en paraît un victorieux de tous les autres ligués contre lui , envahissant les pays de quelques-uns , et les for- çant tous à apporter dans leur système politique des modiGcations importantes. Aucun objet n'est plus digne de la méditation des hommes. Parvenir à connaître par quels moyens l'armée conqué- rante opéra tant de prodiges; conséquemment, quels furent son orga- nisation, ses principes, sa discipline : tel est le but que se propose l'auteur de l'ouvrage que nous annonçons. Voulant se rendre maître d'un sujet aussi vaste et aussi compliqué, il a divisé sa matière en huit parties, pour aider aux développemens de la mémoire et ména- ger, de distance en distance, des repos à la pensée. Voici cette di- vision : 1° les pouvoirs constitutifs de la nouvelle force publique ; 2» la législation spéciale qui a régi les armées ; 5" les modes organi- ques adoptés pour tous les cadres militaires ; 4" les formations alter- natives des corps de troupes et des établissemens de défense ; S" les prestations de l'état et les charges du trésor; 6» les devoirs et les obligations du service aux drapeaux ; 7° les règles de comptabilité et d'administration de la guerre ; 8° enfin les résultats généraux des opérations de l'armée. La première livraison, la seule qui paraisse en- core , est composée des deux premières parties. L'une offre l'ensemble de ce qu'ont été , pendant la révolution , les pouvoirs constitutifs de l'armée , comme principes de toute organisation militaire ; et l'autre , ses relations légales dans l'ordre du droit commun^ soit pour les principes politiques de son existence , soit pour ses droits particu- LIVRES FRANÇAIS. édS Ijers, soll pour son état civil personnel et ses rapports avec les insti- tutions diverses de la société. Chaque partie est subdivisée en livres, dans lesquels on présente le tableau des opérations d'une même na- ture. Il n'est pas d'observations qui ne soient appuyées sur des faits , et l'auteur parcourt ainsi une série longue et glorieuse d'événe» mens dont l'intérêt est augmenté par le rapprochement des causes, sans lesquelles ils n'auraient pas eu lieu. Nous reviendrons sur cet important ouvrage , quand de nouvelles livraisons nous mettront à même d'en considérer l'exécution , d'en suivre le plan et les déve- loppemens. V. d. M. nSô.—De l'Histoire enuisagée comme composition littéraire -thèse soutenue par M. C. F. Senée, avocat, pour obtenir le grade de doc- teur ès-lettres. Caën , 1821. Poisson, in 8' de 3o pages. — De signis siue de signorum in ideis generandis et instruendo ingenio ui ac potestate (thèse soutenue par M. C F. Senée , pour ob- tenir le grade de docteur ès-lettres }. Caën , 1821. Poisson, in-8» de 28 pages. Le sujet de la première de ces thèses est celui d'un grand et bel ouvrage qui reste encore à exécuter: c'est la Didactique de l'Histoire, livre d'autant plus nécessaire , que beaucoup de gens prennent la plume pour écrire l'histoire , comme s'il ne s'agissait que de coucher par écrit le parlage des gazettes , des bourses , et des salons. Le talent avec lequel M. Senée a tracé le plan de sa thèse, nous permet de supposer qu'il a dû le développer de vive voix d'une manière très- intéressante , et qu'il serait aussi capable que qui que ce soit d'exé- cuter le livre que nous réclamons. La thèse latine de M. Senée roule sur un sujet moins neuf et moins piquant; toutefois, l'on y observe avec intérêt les progrès que les nouvelles méthodes philosophiques ont faits dans nos écoles. Aucun des ouvrages importans de l'école écossaise n'a été ignoré du candidat , qui les cite avec beaucoup d'in- telligence. Sa latinité élégante et pure est une preuve de plus, que les études variées ne sont nullement incompatibles avec les études fortes. Assurément , après avoir parcouru ces deux thèses , il est permis de douter que le sujet le plus distingué de l'université ancienne pût soutenir la concurrence avec celui que l'université moderne vient de former, et dont nous saisissons avec plaisir l'occa- sion de rappeler le mérite. A. M. 28^. — Tactique électorale à l'usage de ^Opposition , où sont indi- ÇOA LIVRES FRANÇAIS. qués et développés tous les moyens légaux de diriger et de concentrer les forces de l'Opposition dans les collèges électoraux , et de faire triompher son candidat. Dédiée aux Électeurs de la ^' série. Pans , 1821. Brissot-Thivars, rue Chabannais, n» 12. In-8° de 46 pages. Prix , 1 fr. 25 c— Prix de 100 exemplaires, 65 fr. Cette brochure , écrite avec beaucoup de modération et dans un esprit vraiment constitutionnel , mériterait d'être connue de tous les électeurs de la France ; car elle expose parfaitement leurs droits et leurs devoirs. Nous transcrivons le titre de quelques chapitres qui of- frent une analyse sommaire de l'ouvrage .-—Nécessité de se réunir et de s'entendre quelque tems avant l'élection.— Inscriptions d'électeurs. Souscription.— Candidats.— Notices imprimées sur les candidats.— Préliminaires de Tclection. Transport des électeurs. Secret des votes. — Formation du bureau.— Scrutin. Ballottage. Transactions. 285.— Lettre de M. T^B.iiA.vx aîné , membre delà Chambre des Dé- putés, à ses Correspondans (et Opinion sur le projet de loi des fi- nances de iSii; recettes;. Paris, 1821. In-8« de trois feuilles un quart, imprimerie de Hacquart. Cette lettre , qui n'a pas eu moins de trois éditions en huit jours , est la profession de foi énergique et franche d'un excellent citoyen qui s'honore de la noble carrière de l'industrie dans laquelle il s'est distingué ; qui proclame cette maxime : Honneur au trauail , honte à la fainéantise; qui fait lessortir tout le ridicule des lettres dites de relief accordées au sieur Herrier-Charrin , en date du 20 janvier 1820 , ayant pour objet de le relever de la prétendue dérogeance de la noblesse qu'il aurait encourue , parce que son père avait exerce le commerce. L'honorable député , s'élevant ensuite à des considéra- tions générales , pleines de sagesse , sur la situation de la France et sur la conduite des ministres, éveille leur sollicitude pour le main- tien de la Charte constitutionnelle et des principes de vraie liberté qu'elle renferme. "^' ^" ''• 286 —Bonaparte et Napoléon , parallèle ; par M. Carriok-Nisas, fils. Paris, 1821. Bousquet, palais- royal. Broch. in-S». Prix, 1 fr. Celte brochure est piquante; elle est surtout bien pensée. .-Napoléon sera célèbre , Bonaparte est un grand homme. « Ces dernières paroles de l'auteur sont le résumé de son opuscule et en indiquent l'esprit ; cet esprit est généralement philosophique , et pourtant nous croyons que l'auteur a cédé à un préjugé de l'époque , en admettant LIVRES FRANÇAIS. 605 que Bonaparte iut un grand homme. Sans cloute, l'on peut être dis- posé à l'indulgence pour Bonaparte, quand on le compare à Napo- léon ; cependant, qu'il y a loin de Bonaparte au grand homme dans la véritable acception du mot. M. Carrion-Nisas l'a quelquefois senti et indiqué ; aussi, doit-on bien le distinguer de cette populace d'é- crivains qui font retentir les alentours du tombeau de Napoléon de leurs clameurs adulatrices. Est-ce donc là le témoignage du profond ressentiment d'un peuple , blessé dans tout ce qu'il a de plus noble et de plus juste ? Que diront nos ennemis à l'aspect de cette hon- teuse aberration? Les journaux politiques, organes habituels de l'Op- position , sont coupables d'avoir secondé cette fâcheuse disposition de quelques esprits. Nous savons bien que ce n'est qu'un accès pas- sager; nous avons même remarqué avec satisfaction que pas un écrivain de renom ne s'est compromis dans cette prostitution d'élo<^es' la tribune nationale en est restée pure ; quelques âmes généreuses même ont fait entendre des protestations, et l'écrit de M. Carrion- Nisas peut être rangé dans le nombre. Ces circonstances sont con- solantes ; toutefois , rappelons-nous que des Romains pleurèrent César, et que Rome fut opprimée par Octave; j'entends parler de la haine qui doit expirer au bord du tombeau Mais, quand Tibère n'est plus , n'est-il pas tems que Tacite vienne s'asseoir sur sa tombe ? . A. Mahcl. 287. — ToK KficiTciioIctTCiiç T))£ Eupa'TTxf Baj-j^fuj-f. /^ ux irès-vuis- sans souuerains de i^ Europe. Paris, 1821; Eberhart. Brochure in-S" de 63 pag. Cet écrit qui porte pour date : en Grèce , le 28 mai 1821 , et qui est imprimé en langue grecque et française , a été envoyé en France, ainsi que dans toute l'Europe, pour j être publié. C'est un cri de liberté qui doit être entendu de toutes les âmes généreuses. Les Grecs , auteurs de cette supplique , font d'abord une touchante peinture de l'horrible tyrannie dont ils sont victimes ; ils mon- trent que leur insurrection est légitime ; ils s^autorisent des principes même de la Sainte-Alliance pour réclamer les secours des princes chrétiens. Les puissances européennes, disent-ils, sont intéressées à leur prêter un appui tutélaire ; car, si les barbares d'Asie, appelés pour exterminer les Grecs, parviennent à les dé- truire, ils ne tarderont pas à se répandre sur l'Europe, comme un torrent dévastateur, tandis que les Grecs triomphans seraient, au 6vman, en 1814.} On doit à l'un de nos plus laborieux littérateurs la traduction successive de diverses parties de cet ouvrage , et le volume que nous annonçons en est le quatrième ; les trois autres, contenant l'histoire littéraire des huit premiers siècles, celle des 9' et io« 608 LIVRES FRANÇAIS. siècles, enfin celle du ii-^ et du i2%ontparu en i8i4, 1816 et 1818; celui-ci est relatif au i5s et bientôt le i4« et le i5' auront leur tour. Tant que l'histoire littéraire de la France , commencée par les bé- nédictins et continuée par une commission de l'académie des belles-lettres , ne sera pas terminée , il faudra bien avoir recours aux compositions même étrangères qui, sur ce curieux et important sujet , nous offrent des documens authentiques ou nouveaux. C'est donc rendre un véritable service aux lettres que de faire passer dans notre langue et de répandre les travaux des étrangers sur notre propre littérature , lorsque d'ailleurs la connaissance de celle des au- tres peuples ne peut nous être ni inutile ni indifférente. Aujourd'hui que l'on veut tout savoir, ou du moins bien savoir, ce genre d'étude a quelques partisans, et l'on sent plus généralement que l'histoire de l'enfance de notre langue ne peut pas être séparée de l'histoire de nos progrès dans !es connaissances humaines ; c'est sa langue que chaque peuple a d'abord améliorée, à mesure que son intelli- gence s'est étendue , et cette action de l'esprit humain est la plus digne des méditations du philosophe. On lira donc avec un vif intérêt ce qui, dans l'ouvrage annoncé, se rapporte à la formation des langues modernes, surtout dans ce que l'on peut, sous ce rapport, nommer l'Europe latine; car c'est là que se trouve l'histoire de la langue française. Aux recherches du savant auteur anglais, le traducteur français a ajouté quelques éclaircissemens nécessaires. C'est ainsi que M. Boulard sait rendre de nouveaux services aux lettres, et avec ce zèle éclairé et ce noble dé- sintéressement qui, dans les carrières diverses qu'il a parcourues, l'ont toujours placé au nombre de nos plus utiles et de nos plus honorables citoyens. ^* ^ • 2go. {*)— Annuaire nécrologique, ou Supplément annuel ei con » dnuation de toutes les biographies ou dictionnaires historiques; contenant la vie de tous les hommes célèbres par leurs écrits , leurs vertus ou leurs crimes ; morts dans le cours de chaque année , à commencer de 1820; orné de portraits ; rédigé et publie par ^Z- /;Ao72se Mahul. i« année, 1820. Paris, 1821. Baudouin frères , rue de Vaugirar'd , n» 56 ; Rey et Gravier, quai des Augustins, n» 65. 1 vol. in-8'>. Prix, 4 fr- et 5 fr. par la poste. {Voy. ci-dessus T. X, page 664.) Nous rendrons un compte délalllO de ce volume , qui obUcnt LIVREES FRANÇAIS. 609 beaucoup de succès. Il est orné des portraits de S. A. R. Ms^ le duc de Cerry, du maréchal Kellermann, de Fouché et de Volnev. 291. — Notice sur Claude Brossetle; suivie d'une lettre inédite du président Bouhier (extraitdu journal de Lyon, du 3i juillet 1821). In-8" de 4 pages. Brossette , le commentateur de Boileau , à qui le satirique écri- vait : « A l'air dont vous y allez , vous saurez mieux votre Boileau que moi-même, » était de Lyon. Un littérateur lyonnais, M. A. Pé- HicACD , vient de lui consacrer une notice dans le journal de cette ville. Quelques exemplaires ont été tirés à part. On lit, à la suite de la notice , une lettre fort intéressante du savant président Bouhier, adressée à Claude Brossette ; elle est relative à quelques difficultés survenues au sujet de certains ouvrages de jurisprudence. II y est question entre autres d'un arrêt en matière civile , dans lequel, dit le président, on jugea les personnes plutôt que la thèse. Pareille chose n'arrive plus aujourdhui en matière civile. 292. — Messénienne sur la lilx;rli de la Grèce. — Paris, 1821 : chez les marchands de nouveautés. In-S" d'une feuille d'impression. Le Chant des Grecs , avec le texte en regard. In-S». La Grèce libre , ode par A. Bigna.-v. Paris, septembre iSai.Chau- merot jeune, au Palais-Royal, galerie de bois, a» 1S9. Les efforts des Grecs pour reconquérir leur liberté sur une nation qui, seule en Europe , reste étrangère aux progrès des sciences et de la civilisation , étaient bien faits pour exciter l'enthousiasme des poètes. Mais les inspirations de ceux qui ont voulu traiter ce beau sujet, n'ont pas toujours été heureuses, ce qui ne prouve rien contre le génie poétique de notre siècle. De tels événemens acca- blent l'esprit du poids de leur grandeur; et l'impression soudaine et générale qu'ils produisent, l'admiration qu'ils font naître nuisent nécessairement à celui qui veut les décrire. Le lecteur attend du poète plus de chaleur, plus d'enthousiasme encore qu'il n'en éprouve lui-même , et il est en droit de le juger sévèrement, lorsqu'il n'en a pas reçu de nouvelles émotions. Un aussi noble élan d'ailleurs se sent peut-être mieux qu'il ne s'exprime ; c'est peut-être l'épée et non la lyre que doit saisi* celui qui sait le comprendre. Quoi qu'il en soit, les trois pièces que nous annonçons ne sont pas sans mérite. Jl y a delà verve et du mouvement dans le Chant des Grecs, donf TojiE XI. 39 CiO LIVRES FRANÇAIS. l'auteur anonyme révèle dans ses vers cette ardeur brûlante et gé- néreuse qni caractérise la jeunesse , et surtout la jeunesse fran- çaise. La Messénienne est, à ce qu'on assure, le premier essai de son' auteur. On y trouve des idées et des expressions très-poétiques déparées par des longueurs et quelques incorrections. L'ode de M. Bi<^nan est, selon nous, inférieure aux deux autres pièces. On demande plus de verve, plus de mouvement, plus de véritable enthousiasme dans une ode ; la sienne est froide , et n'exprime guère que des idées communes, dans un style en général peu poé- tique. E. H. 290. Le Roman comique, par Scabron. Nouvelle édition, revue «t corrigée. Paris, 1821. Roret et Roussel, rue Pavée-Saint- André- des-Arcs , n° 9. 4 vol. in-i2 ; prix, 8 fr. , et par la poste 1 1 fr. La Harpe , dont la postérité n'a pas sanctionné tous les jugemens, dit dans son Cours de Vlléralure-, à l'article Scarron : «Le Roman co- mique est ce qui nous reste de meilleur des romans du siècle der- nier ; on y trouve de la gaieté , et même de la bonne ; le caractère de la Rancune est piquant, vrai, bien tracé; le »tyle a du naturel et de la verve ; il est même assez pur, et beaucoup plus que dans les autres écrits du même auteur». Nous ne lui contesterons pas la dernière partie de cet éloge ; mais nous croyons que La Harpe , cri- tique souvent beaucoup trop sévère, ne l'a pas été assez à l'égard de Scarron, que, selon nous, Chénier a jugé plus sainement dans son Tableau historique de l'état et des progrès de la littérature française. » Au tems même où l'on admirait Cassandre et Cléopâtre , dit-il , chapitre VI, (1) le coryphée trop fameux du genre burlesque, Scanon donnait son Roman comique. Des ridicules de province, des comédiens de campagne, des scènes d'auberge ou de tripot, voilà ce qu'on y trouve ; les incidens , les personnages , le style , tout est ignoble et grotesque; mais tout est vrai.» Nous partageons entièrement l'opinion de Chénier , que nous croyons celle de tous les gens de goût , et le Roman comique nous parait une débauche d'esprit , pleine de naturel et de vérité , mais où la gaieté descend jusqu'à la farce. Le ton qui règne dans cet ouvrage contraste singu- lièrement avec la situation où se trouvait son auteur ; et peut-être , (1) Voy. p 205, nouvelle édition in-i8, publiée par les soins des frères Baudouin. LIVRES FRANÇAIS. Cil en y réfléchissant bien , est-ce dans ses souffrances pliysiques même qu'il faut chercher la cause de la tournure caustique et piquante de son esprit. La gaieté de Scarron n'est pas cette gaieté douce , égale , inaltérable de l'homme heureux ; c'est de l'exagération , de la folie ; c'est un véritable délire. Nous croyons, toutefois, qu'il faut savoir gré aux éditeurs d'avoir réimprimé son Roman comique , qui com- mençait à manquer dans nos bibliothèques de romans , où il tient fort bien sa place, à côté de ceux d'un auteur plus moderne, qui l'a surpassé par le nombre et le mérite de ses productions, mai« qui n'a pas su toujours se préserver des défauts de son modèle. Je veut parler de PigaultLebrun, qui , s'il n'a pas eu, comme Scarron , à sup- porter des maux physiques , inouis dans les annales de l'humanité » a éprouvé trop souvent , dans le cours de sa carrière littéraire , des peines morales , dont la franchise , la douceur et l'aménité de son caractère auraient dû le préserver, si ces diverses qualités n'étaient pas trop souvent, dans le monde, des causes de persécutions et d'infortunes. E. Hbheau. 294. — Description de V Egypte. Seizième LiVR.usoy. yintiquités. Vol. I, pi, 65. Petit temple dédié à Typhon (le mauvais génie ). — Antiquités. Vol. I , pi. 69. Divers bas-reliefs tirés des grottes d'Elethya, et fragmens de statues trouvés dans les mêmes ruines. — État moderne. Vol, I , pi. ôg. La place des éléphans {Birhet el fyl)^ dans la ville du Caire, pendant le tems de l'inondation. — Élatmoderne. Vol. I, pi. FF. Vases, meubles et instrumens. Les vases représentés» dans cette planche sont tous d'une petite proportioa ; ils font l'office des bouteilles ou carafes de nos tables. Connus sous le nom de bar- daques, leur objet est de donner à l'eau la fraîcheur, si nécessaire dans un climat brûlant, Les Egyptiens y sont parvenus, en rendant ces vases poreux ; l'évaporation de l'eau qui transsude rafraîchit l'eau in- térieure. Pour les fabriquer, on mêle du sel au limon dont les poteries sont formées ; la première eau qu'on y verse dissout le sel , et laisse des pores à la place. L'usage des bardaques ou vases réfrigérans est universel; aussi, s'en fabrique-t-il une immense quantité, d'autant plus qu'ils ne servent pas long-tems. La température s'abaisse, dans ces vases, de dix degrés, et quelquefois beaucoup plus; on augmente le refroidissement par un courant d'air ; cet usage appartient à l'an- tiquité. ( Voy. pi. 65 , Ant. , vol. !• ) -^ Histoire naturelle. Mammi- fères. Pl. 1. Détails de trois espèces de chauve-souris. ' 39* C12 LIVRES FRANÇAIS. Dix-SEPTiàiME Livraison. — ^4ntiquitès, Vol. I , pi. 25, bas-reliefs du temple d'Isis à Philce. — Antiquités. Vol. I , pi. 55. L'intérieur du portique du grand temple d'Edfou (Apollinopolis magna}. — État moderne. Vol. II, pi. i.On a rassemblé dans cette plancbe vingt trois portraits, dessinés fidèlement et gravés avec soin, représentant des individus de plusieurs races et de professions diverses. L'Arabe du désert se distingue à son œil vif et perçant^ aussi bien qu'à sa coiffure (Voy. fig. 2 ) ; les Mamlouks , à leur menton rasé et un peu reculé en arrière (Voy. fig. 8.); les cheyks et hommes de loi, à des traits pro- noncés fortement, surtout le trait du nez. On remarque dans le mar- chand d'Alexandrie une physionomie commune, qui annonce un sang altéré par le mélange des races , comme il arrive toujours dans les villes maritimes. Au contraire , les hommes du Caire et du pays supé- rieur ont un caractère de tête qui n'est pas sans une sorte de beauté, et qui a beaucoup d'analogie avec celui des anciens Egyptiens , si on en juge par les bas-reliefs qu'ils nous ont laissés et par les momies (Voy. fig. 5, 10, 12, 17 et la Description des hypogées de Thèbes ., Ant. Desc. , vol. III). On reconnaît aisément combien cette physio- nomie s'éloigne de celle du nègre ( Voy. fig. 11). Le chrétien Cophte »>se reconnaît au caractère d'humilité empreint sur son visage et dans toute sa personne (Voy. fig 1,4» 5). — Etat moderne. Vol. I, pi. 25. Vu« du port et de la grande mosquée de Boulâq , au Caire. C'est dans ce port qu'arrivent toutes les marchandises de la Basse-Egypte ; le marché au blé se tient sur la grève, en face de la grande mosquée. A gauche, on remarque un sarcophage de basalte en forme de momie, qui vient d'être retiré du Nil ; c'est Monge qui en fit la découverte peu après l'arrivée de l'armée. Ce beau morceau de sculpture est maintenant au musée britannique, où l'on a rassemblé dans une salle égyptienne les précieux monumens que l'Institut du Caire avait recueillis dans la Thébaïde et dans l'Egypte inférieure. — Histoire naturelle. Botanique, pi. 5. Trois espèces de graminées. 295. — Les villes de la Gaule rasées par M. J. A. Dulaube, et re- bâties par Y. A. DE GoLBÉRY , conseiller à la cour royale de Colmar. Paris, 1821. Levrault, rue des Fossés-M.-le-Prince, n» 55; in-8° de 46 pages. Cette brochure est la réfutation d'une Dissertation de M. Dulaure, insérée dans les Mémoires de la société rojale des Antiquaires de France , sur les lieux d'habitation , les cités et les forteresses des LIVRES FRANÇAIS. 613 Gaulois. Le savant auteur de cette dissertation avait avancé que la Gaule ancienne n'avait point de villes. Au lieu de huit cents , que lui accorde Plutarque, il ne faisait prendre à César que des enceintes de murailles d'environ sept pieds de haut. On trouve la même opinion reproduite dans son Histoire de Paris , où M. Dulaure dit , en parlant de Lutèce : « Ce n'était point une ville. Les Gaulois, à cette époque^ n'en avaient pas ; ils habitaient des chaumières éparses dans les campagnes; et, lorsqu'ils craignaient une attaque, ils se retiraient avec leurs denrées, leurs ménages et leurs bestiaux, dans leurs forteresses, et y construisaient à la hâte des cabanes où ils abritaient leurs familles et leurs provisions. » M. Golbérya entrepris de réfuter cette assertion. La discussion roule sur les mots ciuitas , urbs, oppidum, vicus , œdes ou œdijicium , sur la signification des- quels MM. Dulaure et Golbéry ne sont pas d'accord. Le premier prétend que le mot ciuitas avait, suivant les lieux, une acception diflPérente. « Ce mot , dit-il , signifiait une nation chez les Gaulois indépendans , et une ville capitale chez les Gaulois soumis aux Romains. M. Golbéry, appuyé sur plusieurs autorités, entre autres sur celles de César, de Tacite et de d'Anville, prouve que ce mot désigne uniquement le territoire entier d'un peuple. M. Dulaure ne veut pas que le mot urbs signifie ville. « Il faut le prendre , dit -il , dans le sens d'orbis , qui se traduit par arrondissement, pays, région. Selon lui, par le mot oppidum , il ne faut entendre qu'aneforteresse, tandis que M. Golbéry donne à ce mot l'acception de ville fortifiée, et cite , à l'appui de son opinion , le témoignage d'Ennius, qui qua- lifie Athènes elle-même d'oppidum. MM. Dulaure et Golbéry ne sont d'accord que sur le mot uicus, auquel ils donnent la signification de quartier, dans une ville, et de village, hors des villes. Quant au mot œdificium, M. Golbéry cite Varron , qui l'emploie pour dé- signer toute une ville. Ainsi , tandis que le premier veut que les an- ciens Gaulois aient habité des demeures éparses dans les forêts , et qu'ils n'aient eu pour enceintes que des forteresses, qui leur servaient de lieu de refuge, le dernier voit, dans les mots d'oppida, vici, a?d«/îcia , trois degrés d'habitation , comme chez nous , f^jZZes , vil- lages et maisons. Du reste , M. Golbéry pense , avec M. Dulaure , qu'on se trompe en attribuant aux Gaulois quelques vieux édifices que l'on voit dans les Gaules ; il les qualifie , comme lui , de restes des Celto-Romains , et les attribue au premier ou au second siècle. 6U LIVRES FRANÇAIS. Nous avons rapporté bien imparfaitement le sujet de leur contro- verse ; c'est dans les écrits des auteurs eux-mêmes qu'il faut étudier les preuves diversea qu'ils apportent à l'appui de leur opinion , afin de pouvoir décider entre eux. Mais, nous croyons devoir faire remar- quer que la réfutation de M. Golbéry est un modèle d'une discussion sage , modérée , polie , où la plaisanterie n'a rien d'offensant ni d'amer, d'une discussion telle enfin qu'elle devrait toujours exister entre des gens de lettres. E. H. Mémoires et Rapports de Sociétés sapantes et df utilité publique. 296. — Académie royale des' sciences, arts et belles-lettres de la ville de Caen. — Rapport sur les travaux de l'Académie, par M. Hébeht, secrétaire. Caen, 1821. G. Chalopin ; in-8°. Ce rapport nous fait connaître les travaux d'une des premières sociétés savantes de France. M. Lamouroux fait imprimer un ou- Trage sur la Géographie physique du globe terrestre. M. Pattu a pu- blié des Observations sur des travaux faits à la mine de Litry, pour dé- couvrir de nouvelles veines de houille. M. Lesauvage a communiqué «es recherches sur la circulation du sang dans les poissons. Nous avons indiqué précédemment (Tom. IX, pag. 201, 4oJ et 616) divers tra- vaux de MM. Gaillon, Spencer - Smy the , Vautier, et le secrétaire de l'Académie en a présenté l'analyse. Le prix de poésie a été dé- cerné à M. Urbain Guilbert. Le sujet était le Deuil de la ville de Caen , à l'occasion de la mort de Mgr. le duc de Berry. Nous croyons que l'Académie a compté pour beaucoup les sentimens de l'auteur ; car sa poésie n'atteint pas toujours à cette honnête médiocrité qui , pointant , devrait être de rigueur dans les concours. X. 297. — Mémoires et rapports de la société d'agricultu re et arts du département du Doubs. 1820-1821 , première année de sa restaura- tion. Besançon , 1821. Veuve Daclin , imprimeur du Roi. Nous avons déjà fait connaître (Tom, VIII, p. 64i) le rétablisse- ment de cette société , ainsi que les prix qu'elle a proposés pour 18a I et 1822. Rien ne prouve mieux son utilité que le volume qui fait l'objet de cet article. Il est divisé en deux parties; je commen- cerai par celle qui est consacrée aux travaux de 1820. L'analyse de l'essai de M. de Tschudy, sur la greffe des plantes herbacées et des arbres, par M. de Latebbade, présente une expo- LIVRES FRANÇAIS. 615 sltion précise de celte branche importante de l'écoaomie rurale— On doit à M. Girodde Chantrans, président annuel de la société , trois mémoires d'un grand intérêt. Le premier, intitulé Notice sur quelques faits relatifs à la végétation, renferme des observations très-intéressantes, entre autres celles qui ont rapport à la culture du blé de miracle. Dans le second mémoire, qui est plein de faits curieux, l'auteur traite cette question : Quelle peut être, dans le règne végétal^, l'action de ce qu'on appelL communément engrais; il arrive à cette conclusion : « De toutes les substances fertilisantes , l'eau et les gaz seraient donc les seules qui mériteraient la dénomi- nation d'engrais , étant en effet les seules employées à la nourriture des plantes. Les autres ne seraient considérées que comme utiles pour l'amendement des fonds de terre, qu'elles disposent à trans- mettre les fluides nourriciers, dans des proportions relatives aux besoins des différens végétaux que l'on cultive. » Sans entrer dans une discussion approfondie , je dois dire que M. Girod de Chantrans se trouve ici en contradiction avec nos plus savans chimistes qm ad- mettent , d'après des expériences récemment répétées par M. Théo- dore de Saussure , que les engrais fournissent aux plantes une plus ou moins grande quantité de sucs qu'elles peuvent s'assimder.- C'est pour se conformer au vœu de la société, que M. Girod de Chantrans a fait un extrait des principes d'œnologie de M. Dandolo ; il en a, de plus, tiré plusieurs conséquences qui ne sont pas mdiquécs dans l'ouvrage du célèbre agronome italien. -Dans un mémoire in- titulé : Obsert^ations sur la race bobine et sur les moyens de la perfectionner, M. Désiré Ordinaire a fait connaître les diverses espèces de bœufs élevées dans le département , et les moyens de es améliorer par des croisemens. C'est à ce mémoire qu'est due 1 aUo- cation faite par le conseil général du département du Doubs, d une somme de 1,800 fr., qui doit être distribuée en primes aux cultivateurs qui auront élevé les plus beau» taureaux. L'action des engrais ^a l'objet d'un autre mémoire de M. Désiré Ordinaire , où cet habile agronome passe en revue les diverses espèces d'engrais, en indiquant ceux qui conviennent dans telle ou teUe localité, et l'action qu ils exercent sur les plantes. - U. le maréchal-de-camp Pernei a fait parvenir à la société des observations sur les forets de sapins et sur leur exploitation; elle les a crues assez importantes pour les com^ muniqucr aux agens de l'administration forestière. ^^^ LIVRES FllAiNÇ/US. La première partie du volume, par laquelle j'di cru devoir ter- miner cet article, renferme les mémoires et les rapports lus dans la séance publique du i" février dernier. Dans le discours d'ou- Perture, M. Girod de Chantrans s'est d'abord attaché à faire res. sortir les avantages qui doivent résulter, pour l'agriculture française , des mesures prises depuis quelques années par le gouvernement. Après avoir indiqué les améliorations qui réclament d'abord la sollicitude de la société , il a fait connaître les essais qu'elle a déjà tentés pour les obtenir. -Ze compte rendu par M. Laurens , secré- taire annuel, des travaux de la sociélé depuis sa restauration , est fait avec beaucoup de soin. On y remarque ce que l'auteur dit de l'établissement d'un jardin expérimental dans un enclos de l'aca- démie, dont M. le recteur Ordinaire a bien voulu céder la jouissance à la société, et pour lequel il a obtenu de la pépinière du Luxem- bourg, un envoi de ceps de toutes les espèces de vignes qui peuvent prospérer dans le département du Doubs. - Je m'arrêterai plus long-tems sur un mémoire de M. Bruand , ayant pour titre : Con- sidérations sur l'utilité des fermes-modèles; sur les moyens faciles et peu dispendieux de former et de multiplier ces établissemens ruraux , et sur le mode d'assolement à suivre dans le domaine de la Câvre, proposé pour un établissement de ce genre. Nous avons déjà dit quelques mots (Tom. VIII , p. 64i) sur l'ingénieuse pensée d'établir une ferme-modèle dans un domaine parïiculier, dont le fermier consente à suivre le mode d'assolement prescrit par la so- ciété, pourvu qu'elle lui abandonne tous les bénéfices, et s'engage à l'indemniser des pertes qui pourraient résulter des essais auxquels il se soumet. Cet arrangement ne peut qu'être avantageux pour le fermier, sans être onéreux à une société composée d'hommes qui réunissent l'expérience à la théorie. On conçoit quelle doit être l'influence d'une semblable institution sur les cultivateurs voisins, qui peuvent observer des procédés nouveaux et utiles, et en appré- cier exactement les résultats. Ils auront bien plus de confiance dans une ferme-modèle, ainsi gérée par un simple cultivateur, que dans ces établissemens formés à grands frais , auxquels le gouvernement pa- raît avoir renoncé, et dont les succès même exciteraient la méfiance des paysans , parce qu'ils sauraient qu'on les a obtenus en faisant des dépenses au-dessus de leurs ressources. Je ne suivrai pas M. Bruand dans les détails du plan qu'il a proposé pour convertir le LIVRES FRANÇAIS. 617 domaine de la Cùvre eu ferme expérimentale ; son mémoire sera sans doute lu par toutes les personnes qui s'occupent d'agriculture ; elles y trouveront développés avec une grande clarté les moyens d'exécution qui, après avoir obtenu l'approbation de la société d'agriculture , ont reçu la sanction plus décisive encore de l'expé- rience d'une année. — Je n'ai rien à dire sur le mémoire de M. Dé- siré Ordinaire, intitulé : Sur Vétat de l'agriculture en France ^ dont /a /?ef Me a déjà donné une analyse détaillée (Tom. X, p.Sgi). — Il est suivi de l'analyse des eaux minérales de Guillon, près de Baume-les-Dames, par MM. Bosc et Desfosses. — Le dernier mé- moire, dû à M. Vertel, a pour titre : Considérations sur la desti- nation des montagnes dans l'économie de la nature, et sur les limites que cette destination semble avoir fixées au domaine de l'agriculture. La société a terminé la séance en décernant deux médailles : l'une à M. Etienne Joseph Pouguet , pour avoir construit à Ornans , sur la Loue, un moulin sans barrages , dont la roue pent être baissée ou haussée à volonté, ce qui empêche qu'elle ne s'arrête pendant les basses eaux , ou qu'elle ne s'engorge dans les grandes crues ; la seconde, à M. Jean Claude Guyard, cultivateur plus qu'octogé- naire de la commune de Champvaus, pour avoir donné à son can- ton le constant exemple de toutes les vertus. MM. Pouguet et Guyard ont reçu chacun leur médaille des mains de M. le préfet, président né de la société. De semblables prix n'honorent pas moins ceux qui les donnent que ceux qui s'en rendent dignes. A. Michelot. Ouvrages périodiques. 298. — Annales de l' Agriculture française , par MM. Tessieh et Bosc. On souscrit à Paris chez M'"^ Huzard , née Vallat-la-Chapelle , rue de l'Éperon-Saint-André-des-Arcs, n" 7. Prix de la souscription ; pour les 4 vol. ou pour l'année ; aS fr. Ce recueil , dont il paraît chaque mois un cahier d'environ huit feuilles in-S" , y compris les tables , est précieux pour les proprié- taires qui veulent diriger eux-mêmes l'exploitation de leurs terres , pour les fermiers et pour toutes les personnes qui veulent se tenir au courant des améliorations agricoles. Le cinquième cahier, 2« série , Tom. XIV, 3i mai 1S21, que nous citerons pour donner une idée du plan et de l'utilité de ce recueil , contient , entre autres articles, 1" des fiagmeus sur la chanuc par M. Mathieu Dombasie; 2" une 618 LIVRES FRANÇAIS. lettre de M. de Barbançois sur une nouvelle manière de conser\'er les grains ; 3° un rapport de M. Buscbe sur le moyen proposé ; 4° des^ calculs comparés des produits de la terre propres à la nourriture de l'homme, etc. 299. — Feuille d'annonces , Affiches et Avis diuers de la ville'de Castelnaudarj. Castelnaudary; Labadie. In-S». Prix de l'abonne- ment annuel : 8 fr. , et 10 fr. par la poste. Cette feuille paraît chaque lundi , depuis le 6 août de cette année. Nous croyons devoir encourager les recueils périodiques qui s'éta- blissent dans nos départemens ; ils sont à la fois des symptômes et des instrumens de civilisation. En Angleterre et aux États-Unis, les deux pays les plus civilisés du monde , le moindre chef-lieu de Comté ou d'État a son journal. Celui qui vient de s'établir dans l'un des chefs-lieux d'arrondissement du département de l'Aude, mérite d'être distingué ; il est rédigé avec goût , et offrirait une lecture agréable , même à Paris, par un heureux mélange de philosophie, d'anecdotes, de poésies; nous souhaitons que l'esprit de parti n'y trouve point d'accès ; alors il est à croire que les riches agriculteurs, qui bordent le canal du midi dans toute la longueur du département de l'Aude, feront de la lecture de ce journal le délassement de leurs soirées. Le nom de M. de Lahouisse ne se lit point sur les premières feuilles du nouveau journal de Castelnaudary; mais nous avons quelques motifs de croire que ce littérateur instruit n'est pas étranger à sa publica- tion. Cette circonstance explique le mérite de ce journal et doit en faire présager le succès. A, M. Livres en langues étrangères Imprimés en France. 300. — Ivanhoe , a romance bj the author of Waverley. — Ivanhoe, roman par l'auteur de Waverley. Paris, 1821. 2 vol. in-S». ]\Ime Richard, rue neuve de Seine, n» 54. Ces deux volumes font partie d'une édition des œuvres complètes en prose de Walter- Scott en 25 volumes, dont le prix sera de i25 f. et de io5 fr. seule- ment, pour les souscripteurs. Chaque livraison se composera d'un ouvrage complet. Le goût de la littérature étrangère fait , en France , des progrès ra- ,pides ; nous commençons à nous guérir de ces idées paresseuses qui nous portaient à croire que nos chefs-d'œuvre étaient un aliment suffisant à cette soif de jouissances dont l'esprit ne saurait être ras- sasié. Le désir de connaître , qui est sans limite, nous a rendus près- LIVRES FRANÇAIS. 619 que familiers une langue et des ouvrages où nous trouvons, sinon la perfection de style à laquelle nous croyons être parvenus du moins l'originalité et la force des pensées , qui donnent à un esprit cultivé les plaisirs les plus vifs qu'il puisse éprouver. On ne veut plus s'en rapporter à ce que Voltaire a dit de Shakespeare, ni au tableau im- parfait qu'une traduction, quelque exacte qu'elle puisse être, pré- sente toujours, on veut lire et étudier ce génie étonnant dans sa propre langue. Parmi les écrivains modernes, la brillante imagination de Walter-Scott l'élève majestueusement au-dessus de ses contempo- rains. Personne mieux que lui ne sait unir à la peinture naïve des mœurs antiques , à la fidélité historique, l'intérêt entraînant qui n'ap- partient qu'aux romans ; il identifie son lecteur avec ses vaillans Écos- sais, et sait lui faire partager leur enthousiasme patriotique et plaindre leurs revers , comme si l'Ecosse était sa patrie. Il n'est pas moins ha- bile dans la peinture des seatimens tendres. L'épisode de la belle Juive dans Ivanhoe en est une preuve. A. 3oi. — Sketches ofpoelry, etc. — Essais de poésie , par J. W. Lake. Paris, 1821. Galignani, rue Vivienne. In- 12 de 5 feuilles. Prix : 3 fr. 002. — Griechenlands Erwachcn. — Le Réveil de la Grèce, par E. Stobeh. Strasbourg-, 1821. Levrault, et à Paris , même maison de commerce. In-S" d'une demi-feuille d'impression. 3o3. — Comedias de Moratin, etc, — Comédies de Moratin, se- conde édition corrigée et augmentée d'une comédie. Paris, 1821. Baudry. 2 vol. in-12 , ensemble, de 29 feuilles et demie. Prix : 7 fr. N. B. L'intention des rédacteurs de la Reloue Encyclopédique étant de signaler aux lecteurs de ce Recueil les productions les plus remarquables qui appartiennent à chaque branche des connaissances humaines, notreBu//e le Moni- teur des marchands est un nouveau journal , commencé , il y a quelques mois , sous les auspices des négocians de Dublin. Son titre indique assez son objet : il donne un tableau des fonds, les diffé- rences du change, les marchés et les ventes un peu importantes; enfin, tout ce qui regarde spécialement le commerce. Les journaux irlandais ne paient que moitié de la taxe imposée aux journaux an- glais ; ils sont en général fort mal imprimés , et ceux des provinces EUROPE. 633 prouvent la stagnation des affaires , par le petit nombre d'annoncés qu'ils contiennent. On doit en excepter les journaux de Belfast'^ qui égalent presque ceux de la capitale, sous le rapport de la rédaction et de l'impression ; i4° \" Irlandais est un journal patriotique fort bien rédigé. L. S. B. RUSSIE. Sainx-Pétehsbouhg. — L'Invalide russe, ou la Gazette niilitaiie , d'après la volonté de l'empereur, insérera désormais les ordres de l'armée , les promotions , les récompenses dans le civil et autres nou- velles de rintérieur; mais les nouvelles politiques, quelles qu'elles soient, en seront entièrement exclues. Kàsan. — Publications nouvelles et prochaines. — Le Koran , qui a été imprimé plusieurs fois dans notre ville, vient de l'être de nou- veau aux firais du négociant Apariai ; ainsi , tandis que les sociétés bibliques propagent la connaissance des livres sacrés des chrétiens , des négocians arabes , comme s'ils rivalisaient de zèle , multiplient ceux des mahométans. — \j' Histoire des Mogols et des Ta/are^ occupe dans ce moment un grand nombre de savans. M. de Romanzof fait imprimer VAbul- ghasi Bahadur chan's: c'est une généalogie des Turcs. Ce livre, que nous possédions seulement dans des traductions allemandes , fran- çaises et russes peu fidèles, va paraître à Kasan. M. Chalfin prépare aussi , dans cette ville , une édition du Dschingis Chan's et du Ti- viurleng's ; jusqu'à ce jour on ne connaissait de ces deux ouvrages que des fragmens insérés dans une dissertation : lie origine uocabuli Dengi et de Bulariœ urbis origine. Saint-Péteksbochg. — M. Charmoy , professeur de persan dans cette ville , compose , en persan et en français , une histoire des Mongols et des Tatares ; les sources dans lesquelles il a puisé , sont le Raschid Eddin , Mirchond Chondemir et Abd - ur - Rassack. M. Scbmidt écrit aussi l'histoire de ces peuples , mais en se fondant sur des autorités mongoles. Enfin, M. Frahn a résolu de comprendre^ dans son travail sur les médailles mahométanes , celles des Dohm- gisides. — M. Frahn vient de livrer au public le premier volume de son ouvrage intitulé : Nummi Muhammedani qui in acad. imperialis, scientiarum musœo asialico as^errantur, Tom^ I, textuin aeu Nurn- 6SA EUROPE. vwrum titulos in scripturam arabicam recenliorem transcrijjlos,jfideî- gue interpréta tione auctos conlinens. L'infatigable auteur a donné presque en même tems deux autres écrits : le premier , Schem Eddin Muhammedis Damasceni mirabilia mundi selecta e cod. petrop. edid. prolegomen et annot. crit. instruxit Frahn ; le second a pour titre : Ahmed'sbn-Foslan's , ou Tableau des mœurs et des usages russes , au commencement du dixième siècle. La traduction est en regard du texte , et M. Frabn y a joint des notes critiques et littéraires. Pb. Golbéby. SUÈDE. Botanique. — On cultive actuellement, dans ce pays, Vastragalns balticus{ Linné) , plante que l'on croit excellente pour remplacer le café, et dont la décoction n'emploie que la cinquième, partie du sucre ordinairement nécessaire. Cette plante se reproduit six cents à mille fois, et ne souffre point de l'intensité du froid. Le docteur Bayrhammer, de Wurtzbourg , a publié qu'il enverra gratuitement cent grains de ce végétal à ceux qui voudront promettre de le culti- ver et de lui faire connaître les résultats qu'ils auront obtenus. DANEMARCK. Copenhague. — Université. — Prix proposés pour 1822. — Après avoir proposé en langue latine difTérens sujets à traiter dans la même langue, en théologie, en jurisprudence, Gn médecine , en philoso- phie, en mathématiques, en histoire, en philologie , en histoire naturelle , cette université propose, pour la partie appelée esthétique, ou littérature et beaux arts , de déterminer quelle est la différence entre le genre comique et le genre satirique. On peut consulter, poiu: les autres questions proposées , le n° VII du Journal de la littéra- ture étrangère, publié par MM. Treuttel etWiirtz, dont il paraît un cabier tous les mois. — Dictionnaire Danois. — La Société des sciences à Copenbague vient de publier un nouveau volume de son grand Dictionnaire Danois; il contient les lettres L et M. — IVaduction. — Le capitaine ff^ulf, traducteur des œu^TCS de Sbakespeare , vient de traduire en danois le poème de lord Byron , intitulé Manfred. , — Nécrologie.—M^. Thomas Thaarup , doyen des poètes danois, est mort à Copcpbaguc, à r.%e de soixanie-douzc ans. Ké en 1749» HUftOPE. 635 ii fut nommé, en 1781 , professeur d'histoire, de géographie et de belles-lettres à l'académie des cadets de marine. Pendant les an- nées 1794 ^ iSoo , il était membre de la direction du théâtre royal à Copenhague , et , en 1809 , il fut décoré de l'ordre de Dannebrog. Les poésies de M. Thaarup, qui ne sont pas très-nombreuses , se distinguent surtout par la douceur des pensées et par l'élégance harmonieuse de la diction. 11 était plutôt habile versificateur que grand poète ; car il n'était doué ni d'un esprit inventif, ni d'une imagination vive, et ardente. Néanmoins, toutes ses productions avaient le don de plaire. Il a composé , pour le théâtre , quel- ques pastorales de circonstance , qui , abstraction faite de ces mêmes circonstances , ont mérité le grand succès qu'elles ont ob- tenu. Il a fait aussi , pour la musique sacrée , quelques cantates qui ont trouvé des compositeurs dignes d'associer leurs travaux à ceux du poète. Depuis plusieurs années, M. Thaarup vivait en retraite à la campagne , où il jouissait d'une pension que lui avait accordée le gouvernement. HEiBEac, ALLEMAGNE. Bkelin. — Médecine. — On lit dans le Journal de médecine de Hu- feland, publié dans cette ville, que la belladonna est un préservatif contre la fièvre. Ce fait, qui avait d'abord été observé à Leipsick, a été confirmé par plusieurs expériences. Leipsick. — Le professeur /(T. H. ZJzo/zdj a publié dernièrement, dans cette ville, chez Jean-Ambroise Barthe , le premier cahier d'un nouveau journal , intitulé : ^skulap (Esculape), qui est consacré au perfectionnement de toutes les branches de l'art de guérir. Il y aura quatre cahiers par an , qui coûteront 4 thalers , ou 6 florins. Munich. — Législation. — Le président de Fenerbach est de re- tour dans cette ville , du voyage qu'il a fait à Paris , pour y étudier l'esprit des lois judiciaires qui régissent la France, et notamment celles qui règlent la procédure civile et criminelle. Cet homme d'état est chargé de donner son avis définitif sur celle des institutions judiciaires françaises qu'il conviendra d'introduire en Bavière. Cette affaire doit être décidée avant la réunion des chambres bavaroises, afin que le gouvernement puisse leur soumettre le projet du nouveau Code de procédure. PKESBOUttG, _ Philvloirie. — M- George Falkowitsh, professeur 636 EUROPE. de langue^et de littérature esclavonne au lycée cvangélique de cetle ville, a termiaé récemment la publication de son Vocabulaire bohé- mien, qui renferme aussi les expressions propres aux Moraviens et aux Slowakes : il est composé de deux volumes , dont le premier a paru en 1819. EaLANGEN. — Université, — Le nombre des étudians de notre uni- versité s'accroît tous les jours. Rien n'égale la sollicitude du gouver- nement pour ce bel établissement , dont l'éclat est encore augmenté par l'acquisition qu'il vient de faire de M. Schelling , membre de l'académie des sciences et de celle des beaux -arts. Aussitôt après son installation , ce savant professeur a ouvert un cours , qu'il ap« pelle initia philosophiœ unii^ersœ, L'aflluence des auditeurs y est si grande , que l'on se croit à ces beaux jours où nous avions encore le célèbre Fichte. Le roi , par un rescrit du 12 mars, a ordonné que le cbâteau du margrave , qui a été donné à l'université, serait sur-le- cbamp mis dans un état convenable à sa destination , et que Tbos- pice serait disposé pour l'étude de la clinique. Ph. G. Lakdshdt. — nominations. — Le savant professeur Bue/mer, à peine de retour du voyage qu'il vient de faire en France et dans les Pays- Bas , a été nommé membre de l'académie Léopold-Carolus des na- turalistes, de la société pharmaceutique de Saint-Pétersbourg , et de la société d'histoire naturelle de Bonn. ViBNNE. — Sijle des Orientaux. — Le diplôme de l'ordre persan du Lion-du-Soleil , qu'a reçu dernièrement le célèbre orientaliste M. Joseph de Hammer , présente , dans le passage ci-après , traduit littéralement, un exemple curieux de l'originalité du style des Orien- taux. Ce passage énonce les titres qu'on lui donne à cette occasion : • Très-estimable , très-honorable , éloquent dans l'art oratoire , péné- trant, habile interprète de la langue du bon peuple chrétien qui croit en Jésus, conseiller de la haute -cour impériale allemande, dont la plume est bien taillée , et dont l'écriture est fleurie , dont les doigts sont agiles , et dont la langue est exercée , colonne des plus excellentes et des plus vénérées, lis de dix langues, Joseph Ham- MEH , etc. B Publication nouvelle. — Roman, — Madame Bénédicte Naubert vient de donner, sous le titie d'Eudocia, un roman, dont le prin- cipal mérite est moins dans l'invention que dans le tableau qu'elle fait de la situation des empires grec et romain , après le partage effcc EUROPE. 637 tué en SgS , sous Théodose-le-Grand. Les caractères sont tous vrais , et particulièrement ceux des femmes : celui d'Eudocia est cité comme un modèle en ce genre. La lecture de ce livre est d'autant plus agréable, qu'à côté d'ingénieuses fictions se trouvent des peintures de mœurs puisées dans l'histoire. Ph. G. Bebliu. — Archéologie. — La direction des recherches antiques, établie par le gouvernement dans les provinces du Rhin et de la Wtstphalie , a fait l'acquisition de la riche collection formée par le prince Isembourg. On sait que ce prince avait, pendant toute sa vie , apporté le plus grand soin à l'étude de l'antiquité , et qu'il avait acquis , à tout prix , les objets découverts successivement dans les contrées voisines du Rhin et de la Moselle. Ph. G. ViE«îiE. — Exposition permanente des produits des beaux-arts. — Extrait d'un arrêté de Vempereur^ en date du 16 août. — S. M. , con- sidérant que l'établissement d'un lieu public , destiné au débit des produits des arts du dessin, est un des meilleurs moyens pour étendre les connaissances dans cette partie et pour accélérer les progrès de l'industrie , a ordonné qu'outre les expositions publiques des objets d'art, qui ont déjà lieu de tems en tems , conformément aux ordon- nances , il soit établi , d'une manière fixe et permanente , une expo- sition uniquement destinée au commerce des productions des beaux- arts. Le but de cet établissement est de faciliter aux artistes le débit de leurs ouvrages, et aux amateurs l'achat de ces produits, d'une manière qui réponde le mieux qu'il sera possible aux désirs des uns et des autres. Néanmoins , on veillera particulièrement à ce qu'il ne soit exposé que des ouvrages remarquables , le but d'un établisse- ment public, fondé dans l'intérêt de l'art, ne pouvant être de favoriser les productions médiocres. Cet établissement embrassera les pro- duits de toutes les branches de l'art. Le lieu destiné à l'exposition permanente est l'édifice de Sainte- Anne, dans la rue du même nom, au rez-de-chaussée , et au premier étage. On pourra y présenter les ouvrages à compter du 20 août. » WiTTEMBERG. — L'inausnuration de la statue colossale de Luther se fera sur la grande place de cette ville, par ordre du gouverne- ment prussien, et avec la plus grande solennité, le 3i octobre, anniversaire du jour où Luther se sépara des catholiques en faisant afficher à l'église de l'université de Wittemberg, en iSij, ses fa- meuses thèses contre la cour de Rome. Le roi de Prusse et tous 638 EUROPE. les princes protestans de l'Allemagne doivent assister à cette cé- rémonie , qui est une fête nationale pour toute l'Allemagne évan- gélique. Siti.TZBOU£G. — Hommage à Haydn. — Cette ville, où Haydn a pris naissance, vient de payer un juste tribut aux mânes de ce cé- lèbre compositeur. Les restes mortels de l'auteur de la Création étaient presque oubliés depuis quinze ans, dans le cimetière de Saint-Pierre. Le curé Werigand , son ami , et le compositeur Hac- ker, élève du défunt , se sont chargés d'ouvrir une souscription pour lui élever un monument. Le 9 août , jour anniversaire de sa mort , le monument, placé dans l'église de Saint-Pierre, a été consacré par un Requiem solennel , dernier ouvrage d'Haydn , que la mort l'a empêché d'achever. On y a suppléé par la fin d'un ancien Requiem, qu'il avait composé précédemment. Une foule d'amateurs , de concitoyens et d'amis de cet homme illustre , ainsi qu'un très-grand nombre d'étrangers , ont assisté à cette cérémonie funèbre , qui a acquis un nouvel intérêt par la présence de la veuve de Haydn. Beelin. — Nécrologie. — M. Chrétien Abraham-Gerhard, chevalier de l'Aigle-Rouge, conseiller des finances, membre de l'académie des sciences , de la société des sciences naturelles , et de huit autres sociétés savantes, est mort, le 9 mars dernier, à l'âge de quatre-vingt- quatre ans. Pendant sa longue et laborieuse vie , il n'avait cessé de prendre une part active à toutes les recherches de médecine et d'histoire naturelle , de physique et de chimie , en ne négligeant aucun moyen d'en propager les résultats et d'en rendre l'applicatioa plus générale. C'est dans cette vue qu'il publia ^plusieurs écrits es- timables. M. Gerhard est encore connu par une Histoire du règne minéral (Geschichte des mineral-reichs) et par la traduction des Vojages métallurgiques de Jar, ouvrage qu'il a enrichi de déve- loppemens précieux sur l'exploitation des mines. Ph.G. — ViBNME. — Le docteur Jean-Pierre Frank, conseiller-d'état et premier médecin de l'empereur, est mort dans cette ville, le 24 avril, à l'âge de soixante-dix-sept ans. — Halle. — Le 27 du même mois , l'université de cette ville a perdu H. C. Voss, professeur d'histoire, qui n'avait que cinquante-huit ans. Il a mis au jour plusieurs ouvrages estimés, et s'est particuliè- rement fait connaître par le journal qu'il publiait sous le titre de Die Zeiten [les Tems), qui renferme des matériaux précieux pour, l'histoire de nos jours. EUROPE. 639 — Bbeslau. — Le docteur Jean-Timothée Hermès ^ surintéhdant ecclésiastique , et premier pasteur de l'église de Sainte-Elisabeth , est mort ici, le 24 juillet, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. On lui doit quelques ouvrages qui ont eu plusieurs éditions , entre autres le F^qyage de Sophie de Memel en Saxe , qui a été traduit en français. — Leipsick. — Jean Adolphe Rossmaeler, graveur distingué , est mort à Leipsick , le 26 janvier dernier, à l'âge de trente-cinq ans. SUISSE. Canton de Berne. — Ferme expérimentale alpine. — M. Kasthofer (Voy. Rei'ue Encyclopédique, T. X , pag. i6oJ, garde général des forêts, savant distingué, a établi, près d'Inttrîacken, sur une mon- tagne qui domine les lacs de Thoun et de Brientz, le cours de l'Aar et le torrent de la Llitschine , une ferme expérimentale , dans laquelle il fait des essais de culture sur les plantes alpines , qui sont à peu près la seule richesse de tous les pays élevés ou septentrionaux. Ces essais méritent l'attention de tout homme capable de réfléchir sur les résultats étendus et importans qu'ils peuvent avoir. N'est-il pas déplorable , en effet, de voir la science de l'agriculture s'arrêter aux régions peu élevées , de manière à laisser peut-être le quart de l'Eu- rope privé , dans son économie , de toutes les lumières acquises f Canton de Genève. — Société peur l'encouragement des arts. — Prix proposés. — 1° Une médaille d'or de la valeur d'environ 23ofr., pour la meilleure tête en creux sur acier , par un artiste , habitant du canton. Le sujet du concours sera une tête en profil , d'après l'antique et au choix de l'ai-tiste , renfermée dans un cercle de i8 lignes de diamètre. On ne prescrit point à l'artiste les procédés qu'il doit suivre dans l'exécution ; on lui laisse , à cet égard , une pleine liberté , soit qu'il lui convienne de graver directement en creux , soit qu'il préfère exécuter d'abord sa tête en relief, pour obtenir ensuite le coin par le moyen du balancier , ou de toute autre manière. Le coin restera en propriété à l'artiste. Le terme du con- cours est fixé au 5i mars 1822. La société , désirant plutôt encourager les jeunes artistes que récompenser le talent déjà acquis , n'admettra au concours que les personnes qui, à l'époque fixée, n'auront pas trente-cinq ans accomplis. 2° Un prix de la valeur de 46o fr. environ , à l'artiste habitant du canton , qui , le premier , aura présenté à la société, des limes carrelettes douces, rudes et demi-rudes, de quatre eAa EUROPE. pouces de taiile; telles que pour la forme, pour la taille et pour la trempe, elles soient jugées aussi bonnes que les meilleures limes connues. La société met assez d'importance à cet objet pour ne point fixer un terme définitif et pour laisser au concours une durée illi- mitée. Les concurrens remettront à la société deux douzaines de limes de chaque espèce , pour qu'elles soient soumises aux épreuves diverses qui doivent en constater la qualité. 3» Il sera adjugé une médaille d'or de la valeur d'environ aûo fr. à l'auteur du mémoire^ qui, au jugement de la société, aura le mieux répondu à la question suivante : « Quelles sont les principales industries, peu ou point connues dans notre canton , qui seraient susceptibles d'y être na- turalisées i et quelles sont les circonstances favorables ou con- traires que chacune d'elles aurait à rencontrer dans notre pays? » Le terme du concours est fixé au i" mars 1822. Carton de Bale.— ifo^pzce du Saint-Bernard.— Souscription.— Les soins généreux que les religieux de cet hospice donnent aux voyageurs souffrans , leur empressement à les sauver au péril de leur propre vie, sont connus et admirés de toute l'Europe. Mais, ce qu'on ignore assez généralement, et ce qui rend leur dévoue- ment encore plus admirable, c'est l'insalubrité de l'édifice qu'ils habitent : au bout de peu d'années , ils sont attaqués de rhuma- tismes aigus et incurables , qui les condamnent à venir traîner, en- core jeunes , dans la plaine , les restes d'une existence triste et douloureuse. On a pu voir, dans une notice sur l'histoire naturelle du Saint- Bernard (1), que le révérend père Biselx, prieur du couvent et membre de la Société helvétique des sciences, fit connaître, à la session de Saint-Gall, la cause de ces effets pernicieux ; eUe n'est autre que la température froide et humide qui règne , en toute saison , dans l'intérieur de cet hospice , à raison de sa construction et de la rigueur du climat. Ce grave inconvénient est susceptible de remède, d'après les progrès que l'art , guidé par la science , a fait de nos jours relativement à la distribution de la chaleur dans l'intérieur des édifices. Mais l'établissement ne possède que les ressources néces- saires pour subsister et pour distribuer annuellement de trente à (0 Cette notice a été inséiée dans la Bibliothèque universelle , publiée à Genève. EUllOrE. 64i trente-cinq mille rations de nourriture à des voyageurs de tous états et de toutes conditions. Un professeur de l'université russe de Dorpat, M. Parrot, frappé de ces considérations, invita, l'année dernière, tous les philan- tropes à venir au secours de ces bons religieux , par une souscription dont le produit serait employé à l'amélioration désirée. Cette invi- tation, répétée dans la Bibliothèque universelle, division intitulée Sciences et arts, Tom. XV, p. aôS à 245, ne fut pas sans effet. Mais les sommes rerues sont encore loin de suffire aux dépenses nécessaires pour chauffer la portion habitée de ce vaste édifice. Il y a plus; dans une visite faite à cet hospice , vers le milieu du mois de juin dernier, M. Prévost, gendre de M. le professeur Pictet, s'est assuré que la face méridionale de l'édifice exige de grandel réparations, sans lesquelles elle est exposée à tomber en ruines. Ce surcroît de dépenses nécessaires exige aussi un surcroît d'ef- ' forts pour y pourvoir. Les frères Mellerio, très-habiles construc- teurs de calorifères, se sont transportés à l'hospice pour y dresser les plans et devis préalables ; et si , d'ici à leur retour, la souscription ouverte (qui devrait être européenne) fait des progrès , on mettra de suite la main à l'œuvre. M. Pictet , de Genève , persuadé que la manière la plus prompte et la plus efHcace de parvenir promptement à ce but serait de donner à la déplorable situation de ces hommes si utiles la plus grande publicité possible , en la signalant à la Société Helvétique des sciences naturelles, dans la session de cette année à Bâle , a proposé à cette société de contribuer personnellement à cette œuvre philantropique. L'assemblée, délibérant sur la propo- sition qni lui était faite , a alloué , dans sa séance du 25 juillet der- nier, une somme de vingt-cinq louis , applicable aux réparations nécessaires pour rendre le séjour de l'hospice moins insalubre.— Quoique les naturalistes soient plus fréquemment appelés que d'autres voyageurs à s'exposer sur les sommités voisines de l'hospice, et à mettre à l'épreuve le courage et l'adresse des religieux , et que , sous ce point de vue , la somme votée soit plutôt l'acquit d'une dette qu'une simple offrande philantropique , c'est cependant une chose digne de remarque de voir une institution , dont les desservans sont catholiques, être aidée d'une manière aussi efficace et aussi désiatéressée par une société principalement composée d'indi- vidus qui professent la religion réformée — Les personnes qui se- TOME XI. AI GA2 EUROPE. raient disposées à participer à cette bonne œuvre pourront faire parvenir, par les voies ordinaires du commerce , à MM. de Candolle , Turreltini et comp. , banquiers de Genève , trésoriers de la Société Helvétique, aux rédacteurs de la Bibliothèque universelle^ ou au bureau central de la Reuue Encyclopédique, les sommes qu'elles voudraient bien y consacrer; il sera rendu compte de leur emploi, et la liste des souscripteurs sera publiée. A. S. —Publications nouvelles.— IjG libraire Paschoud, à Genève, doit faire paraître, dans la première quinzaine de novembre, un ouvrage du jeune baron de Scbwarzkopf, intitulé : Exposé du droit public de V Allema'^ne. Il sera composé de quatre livres , dont le premier contiendra une courte théorie générale des rapports civils et poli- tiques d'un état ; le second , un aperçu historique des changemens successifs que l'organisation politique de l'Allemagne a subis avant d'arriver à sa forme actuelle ; le troisième , un tableau du droit public fédéral ou de la confédération germanique , en tant que puis- sance collective indépendante , dont le gouvernement réside dans la diète; et le quatrième, un exposé des diverses modifications du droit public allemand, qui sont propres à chacun des états com- posant la confédération. Lacsaa>b. — Bjssus des anciens. — Réclamation. — Lettre à Mi Jdllikn, sur la nouvelle opinion émise relativement au byssus des anciens. — Je viens de lire, dans votre intéressant recueil {Voy. ci-dessus pag. 241 et suivantes.) des Recherches sur le byssus des anciens , que l'auteur pense devoir être le duvet des chèvres de Cachemire. 11 a raison de se méfier beaucoup de la compilation de Pline, où il existe une foule d'erreurs, nées plutôt de sa manière de travailler que du peu de correction de ses copistes. Mais Pausanias, dont l'exactitude est connue , dit positivement que le bjssus était le produit d'un végétal, cultivé en Élide , et que cependant il y était d'une qualité inférieure à celui de la Judée. II paraît que l'auteur du mémoire que vous venez de publier n'a pas eu connais- sance des recherches que j'ai faites pour fixer l'opinion sur cette substance : elles ont paru dans un mémoire inséré dans la Décade • philosophique (20 niv. an xii) , et je viens d'en reproduire la subs- tance dans mon ouvrage sur l'économie publique et rurale des Arabes et des Juifs. Ainsi , le témoignagne de Pline est confirmé par celui de Pausanias ; l'un et l'autre donnent une origine judaïque EUROrE. 6AS û ct-tle subslance qui, par conséquent, est la même à laquelle les livres sacrés donnent le nom de butz , auquel il manque seulement la terminaison grecque sos., pour être celui du bussos ou byssos des Grecs, dont la langue latine a fait iyssws. Dès-lors , il est évident que cette substance doit être un produit végétal , comme l'ont dit ces auteurs, puisque aucun produit animai ne pouvait servir aux ■vêtemens sacerdotaux, leur emploi étant proscrit par le culte daas l'intérieur du temple. L. Beynieb. ITALIE. TcRiw, — Physique. — Réclamation. — Le docteur Fohni réclame sur M. Oebstedt la priorité de la découverte de l'identité du fluide ^magnétique et galvanique, et prétend l'avoir démontrée dans ut» ouvrage déposé à la bibliothèque de l'université de Turin. Rome. — . Astronomie. — Le gouvernement papal ayant résolu d'adopter le système du monde de Copernic, il est maintenant permis d'écrire en faveur de ce système. '^kvh^s.— Sociétés savantes. — Par un décret du lo juillet, le roi a réuni, sous l'autorité du ministre de sa maison, l'imprimerie royale et la société Bourbonienne , composée de trois sections ; savoir : {'Académie archéologique d'Herculanum , l'Académie des sciences , .et l'Académie des beaux-arts. Le mêmedécret assigne, sur le dépar- tement de la maison royale, les fonds nécessaires à l'entretien de -ces établissemens , aux fouilles et aux réparations des monumens de ■Pompeïa, à l'entretien du musée de Portici, et à l'atelier des manuscrits. Flohe:sce. — L'Antologia,']o\iTnal de cette ville, continue à mériter l'attention du public , par plusieurs articles originaux ou choisis avec discernement dans les meilleurs recueils périodiques européens. Dans le n" V, on lemarque un article sur les anciennes traductions de l'Enéide , par Caro , Alfieri et Solari , et sur une nouvelle qui en a été faite dernièrement par Michèle Leoni , traducteur infati- gable et distingué de plusieurs poèmes anglais. Un autre article du même cahier est consacré à la défense du Vocabulaire de la Crusca. Le n° VI contient l'éloge de Lorenzo Pignotli, et un long article sur le Traité de peinture, de Cennino Cennini (annoncé ci-dessus, p. 578.) Il nous semble que ces articles philologiques sont trop fréquens eUh^ EUROPE. dansl'yf/rt/o/ogm, Ils pourraient faire croire qu'un grand nom bre d'Ita- liens ne s'occupent que de grammaire, et il serait pénible de penser que leurs auteurs ne se livrent à ce genre de travail que pour nourrir cet esprit de pédanterie et de jalousie , qui souvent est devenu un germe de discorde politique , dont les ennemis de l'Italie n'ont su que trop bien profiter. Prévenus contre cette sorte de disputes et de rivalités qui tendraient à déshonorer la nation aux yeux des étrangers , nous nous arrêtons quelques instans, avec un esprit tout différent, sur un article du n" VIII, p. 212 , consacré aux deux traductions de l'Iliade d'Homère, faites par l'abbé Fiocchi et M. Mancini, et qui regarde principalement la Reuue Encyclopédique. Le rédacteur de cet ar- ticle se plaint d'abord que notre recueil ait avancé que l'abbé Fiocchi a renouvelé la difficile entreprise , essayée par Bozzoli et par Mancini, de traduire l'Iliade en otlava rima. Il nous fait remarquer que la tra- duction de Fiocchi a précédé de deux ans celle de Mancini , la pre- mière ayant paru en iS 16, et la seconde en 1818. Nous ne connaissions que l'édition de l'Iliade de Fiocchi, faite ou annoncée par M. Son- Zogno à Milan, en 1818 ; et nous faisons au rédacteur de l'article de l'Antologia des reinercîmens proportionnés à l'importance de sa remarque. Il se plaint beaucoup plus longuement de ce qu'on a osé accorder quelque préférence à la traduction de l'abbé Fiocchi sur celles de Bozzoli et de M. Mancini. M. le rédacteur aurait mieux fait d'examiner les savantes analyses peu favorables à son opinion , qu'on trouve dans la Bibliothèque italienne^ le Journal encyclopé- dique de Naples , etc. , plutôt que de faire une aussi longue dis- sertation sur une petite annonce de la Revue , qui , en général , s'occupe très-peu de traductions. De plus, nous dirons franchement que, d'après les morceaux qu'il a rapportés lui-même pour compa- rer avec la traduction de Fiocchi celle de Mancini , morceaux que sans doute il a dû choisir à l'avantage de ce dernier, la traduction de Fiocchi, malgré ses imperfections, a, suivant nous, plus de fi- délité et de précision que l'autre. Au reste , comme M. Mancini a suivi et non devancé l'essai de M. Fiocchi et qu'il n'a pas encore achevé son travail, nous espérons qu'il profitera de l'exemple ^ tou- jours utile, de son devancier, et plus encore des remarques qu'on a faites sur ce qu'il a publié jusqu'ici , particulièrement dans la Bibliothèque italienne, n<^ XLII , pag. 545. Alors la patrie des EUROPE. 6A5 Ménage , des Régnier, des Ginguené , et tous ceux qui savent appré- cier le vrai mérite des littérateurs italiens, donneront à M. Man- cini tous les éloges qu'il ambitionne et qu'il aura mérités. Gênes. — Publications prochaines. — Poésies de Falamonica, — Une lettre de M. le professeur Gagliuffi, au rédacteur de la Gazette de Gênes .,2t. dernièrement annoncé la découverte faite par M. J. G. Dinegro, et la prochaine publication des Rimes de Falamonica , poète ligurien du xiv» siècle, dont l'historien Giustiniani a fait le plus grand éloge possible, en le comparant au Dante. Tous ceux qui cultivent la littérature italienne attendent, avec une vive im- patience , la publication de ce précieux manuscrit. F. S. — TuEiN.— ^r< dramatique.— UdiyoQa^t Albert Nota , qui est re- gardé comme le premier auteur comique actuel de l'Italie , va faire réimprimer ses œuvres. Déjà, il en avait été publié plusieurs éditions, tant à Milan qu'à Parme ; mais M. Nota les a toutes désavouées et ne reconnaît pour bonne que l'édition de Turin de i8i8, en 4 vo- lumes. Un cinquième volume va être imprimé pour faire suite aux quatre précédens. "' — Naïles.— M. Nota paraît avoir trouvé un rival dans M. Genoino de Naples. Ce dernier a fait représenter plusieurs pièces avec beau- coup de succès. La première de ces comédies est intitulée : Le Nozze dello Zingaro pittore. La vie de ce célèbre artiste et celle de Niccol'- Antonio del Fiore , tous deux peintres de l'école napolitaine, du tems de la reine Jeanne , ont fourni au poète le sujet national de la pièce. Le Journal encyclopédique de Naples, n» IX, 1820, assure que les situations sont d'une grande vérité et d'un touchant intérêt. 11 a donné aussi au thé.àtre une comédie , sous le titre éga- lement curieux et piquant pour les Napolitains, de Gio-Battista Vico, personnage principal de la pièce, ainsi que deux autres ouvrages intitulés : Le Nozze in testamento et la Lettera anonima. Une autre comédie était déjà préparée sous le titre de // vero Cittadinoe ripocrita. Le sujet paraît avoir quelque rapport avec les derniers événemens politiques du royaume de Naples.S'il est vrai que l'auteur ait composé ces cinq pièces dans l'espace d'une année, on doit craindre qu'elles ne se ressentent de cette extrême facilité, trop souvent voisine de la négligence. -^xi.K^.—W Académie des beaux-arts de cette ville a proposé les sujets suivans pour le concours de iS22.—ï'>Archi(eclure.Vn édjfîce 6h6 EUROPE. niaguifiquc, destine à rétablissement de la douane, dans une ville capitale qui ne soit pas maritime. Prix : une médaille d'or de la valeur de 60 sequins ; — 2° Peinture. Le départ d'Ovide pour son exil, décrit dans la troisième élégie du i«' livre des Tristes. Prix : une médaille d'or. de 120 sequins;— 5° Sculpture. La famille de Niobé, pappée de flèches par Apollon et Diane; une médaille d'or de 4o seq.; — 4° Gravure. Un sujet emprunté à un auteur estimé , qui n'ait pas encore été gravé avec succîs; une médaille de 3o sequins;— 5° Z)e5sm deJigure.Les obsèques de Patrocle, décrites parBLonière; une médaille de So sequins ; — 6" Dessin d'ornement. Une lampe très-riche, de mé- tal, pour être posée sur une table ; une médaille de 20 seq. . F. S. TuHiR. — Nécrologie. — Pechcux. Un assez grand nombre de pro- fesseurs .et d'amis des beaux-arts se sont réunis dans la maison de M. Spalla, professeur de sculpture, pour entendre l'éloge du cheva- lier Pëcheux, premier peintre du roi, lu par M. Monticoni, profes- seur de dessin. L'on a arrêté que les honneurs funèbres lui seraient rendus aux frais de la société , et qu'on élèverait un buste de marbre à la mémoire de cet illustre artiste , qui, parmi ses titres de gloire , comptait l'honneur d'avoir eu pour élèves MM. Gérard, premier peintre du roi de France, et Berger, premier peintre du roi des Deux- Siciles. TURQUIE. CoKSTAKTiKOPLE. — Littérature turque. — H y a des imprifiicries à Péra, à Scutari et à Dar-el-Kamar, au mont Liban. La première se trouve dans le palais de l'ambassadeur de France à Constantinople ; la seconde est sous la protection immédiate du gouvernement turc ; la troisième est destinée à l'impression d'ouvrages chrétiens. Voici. la liste des principaux ouvrages imprimés à Péra et à Scu- tari, depuis l'année i~&2 : Les Annales de l'empire ottoman , de- puis 1 700 Jusqu'à 1745; Sa/ni, Shakir et S^ubU'i; in-fol. , 1783; les mêmes, depuis 1744 jusqu'à 1762 ; par Izzi , in-fol. , 1784 ; idem , depuis 1752 jusqu'à 1775; par Tas'if , in-fol. , iSo4; Traité de la Castramélaiion ; trad. du franc. , de Lafite , «784; Traitédes Mines, trad. /lu français , de Vauhan , 1787 ; idem , d'un auteur anonyme, trad. d'une langue européenne ; Essai sur l'art militaire, trad. du frauç. , de La file ; in-fol. , 17S7 ; Traités des mùnœuures pratiques , par M. Tr/^gz/f/; Constantinople, de l'i-mprimcilc de l'ambassadeur EUllOrJi. 6A7 de France, avec le texte turc; in-S' , 1787 ; Traité sur les construc- tions et les manœuvres des vaisseaux de guerre ; ibid. , in-4° « 1788 ; Lehjet-el-lvghât, Dictionnaire turc , persan et arabe, par Mohammed EsddEfendi', in-fol., 1795; Traité sur les fontaines et les sources d'eau uife près de Constantinople , par Dervish Ilafid; in-12, 1797; S'ubkahi S'ihjran , Vocabulaire arabe et turc ; m-8° , 1798 ; Tableau des nouveaux rè:(lemens de l'empire ottoman, composés par Mah- moud Efendi , ci-devant secrétaire de l'ambassade impériale près la cour d'Angleterre , imprimé dans la nouvelle imprimerie du génie , sous la direction à.' Abdor-rahman Efendi, professeur de géométrie et d'algèbre; Constantinople, in fol., 1798; Traduction turque du Borkan Kat'ô , par Ah'med Aas'im ; in-fol. , 1 799 ; Commentaire sur le Toh'feh de Vehhi, in-4'' , 1800 ; Traité sur les mines, par Hosein Jiifky Terjiani; in-S", iSoo; Traité de géométrie, in-^», 1802 ; Tables de logarithmes , in-S», de l'imprimerie de l'ambassadeur de France; Table des distances pour les armes à feu, in-S». Traduction de la géométrie de Bonneycaslle, par Hosein; in-4"'; idem, avec un Traité de géométrie pratique, in-4 ° ; Traité de géométrie, par Imtih'anul Mohendisin , Hosein lîijki ;in4°, 1S02; Tarif russe , -p^r Antoine Fonlon; in-4'', 1802; Izharu'l Esrar. — Traité grammatical, par Beregli. Le Izhar, par Zeïni-zadeh; diatribe de l'ingénieur Mustafa sur l'état actuel du génie militaire et des sciences à Cons- tantinople , imprimée dans la nouvelle typographie de Scutari , fondée par le 'sultan Sélini III; in-fol., i8o3. Traité sur la re- ligion mahométane , par Bcrgeli; in-4'', i8o3. Un Atlas (copié d'après Faven) , avec une explication des cartes ; in-fol. , i8o4. Sàu- ru't es'-s'alat, livre de prières; in-12, i8o4. — Ferayidu'Efajid, Traité de religion, par Ah'med Emin; in-4° , i8o5 ; idem, par Zeini-Zadeh ; in^» , i8o5. El Borhan ; logique, par Ismail Efendi, 1806. Is'lah' u'I G hala'tat\ — dictionnaire des corruptions de la langue arabe et autres langues parlées en Turquie , par Dervish Ha- fid; in-4», ï8o6. iS'ct/: — Collection des traités élémentaires de gram- maire, i8i8. Traité sur les règles du pèlerinage , 1818.— SherKul âkayjdi'lazadyeyh. — Sur la grammaire et la méthaphysique , par Jelalu'ddin eldiifani, 1817, Trois Traités de grammaire arabe > 1819. «/*8 EUROPE. ESPAGNE. Législation. —Liberté de la presse. —La loi rendue par les Cortès con - cernant la liberté de la presse estpeu connue en France,et nous croyons que nos lecteurs en trouveront ici avec plaisir les principales dispo- sitions, soif pour se former une idée des principes professés par les législateurs d'Espagne , soit pour y chercher de nouvelles lumières sur un droit dont l'exercice est du plus haut intérêt dans les gouver- nemens représentatifs , et qui doit avoir une si grande influence sur la civilisation du x\x^ siècle. La loi contient 83 articles, et cela seul nous semble un motif pour douter de sa perfection. L'Angleterre n'a aucune loi répressive contre la liberté de la presse , et néanmoins les délits commis par la voie de l'impression n'échappent pas plus que les autres auxchâ- timens qu'ils méritent. La liberté de la presse est un des principes fondamentaux de la constitution espagnole. L'article 33 1 porte : « Tous les Espagnols ont la liberté d'écrire , d'imprimer et de publier leurs idées politiques , sans être soumis à aucune censure ou approbation préalables , sauf les restrictions et la responsabilité que les lois établiront. « L'article i" de la loi du 12 novembre 1820 contient une noovelle sanction de ce principe ; mais l'article second porte que les écrits relatifs à l'interprétation des saintes écritures , ou aux dogmes de la religion catholique, ne pourront être imprimés qu'avec l'autorisa- tion de l'évèque. Celui-ci ne pourra la refuser qu'en produisant l'avis d'un censeur choisi par lui-même ; et si, après avoir répondu aux observations du censeur , l'auteur n'obtient pas le permis d' impri- ma , il pourra porter plainte au comité de protection de la liberté de la presse; institution dont on parlera plus bas. Les délits prévus par la loi sont divisés en cinq classes; et les écrits répréhensibles sont désignés par les mots de subversifs, sédi- tieux , instigateurs, immoraux et diffamatoires : 1° ; dans \si pre- mière classe, sont rangés les écrits qui tendent, directement ou indirectement , au renversement de la religion catholique ou de la Constitution du royaume ; 2° la seconde comprend tout ouvrage qui contiendrait des maximes ou des doctrines dont le but serait d'exci- icr à la révolte, et de fomenter des troubles; ô» à la troisième ap- EUROPE. 6A9 particnncnt les écrits qui prêcheraient directement la désobéissance aux lois et à l'autorité publique , ou qui tendraient indirectement au même objet , par des satires et des invectives ; 4" I» quatrième classe comprend les ouvrages obscènes; 5» la cinquième ^ enfin , tout écrit injurieux ou diffamatoire dirigé contre des particuliers. La loi établit, pour les écrits subuersifs, les écrits séditieux et les libelles diffamatoires , trois degrés de culpabilité , dont l'apprécia- tion est remise aux jurés. Il n'y a que deux degrés de criminalité pour les écrits instigateurs; savoir : l'instigation directe à la déso- béissance , l'instigation indirecte , caractérisée par les satires et les invectives. Le délit de la quatrième espèce , l'outrage aux mœurs, n'est pas divisé en classes. L'auteur d'un écrit qualifié Aa subversif on àc séditieux , aupre- micr degré, subira six ans de détention (non dans la prison publique, mais dans une maison d'arrêt particulière, qui sera désignée à cet effet); la privation de ses emplois et honneurs, et le séquestre de son temporel, s'il est ecclésiastique. Au second degré, la prison est réduite à quatre ans; et à deux ans pour le troisième. L'auteur d'un écrit instigateur, au premier degré , sera puni d'un an de prison ; au second degré , il paiera une amende de 5o ducats ( 1 7>y fr. 5o c. ) , ou subira un mois de prison. L'auteur d'un écrit obscène, ou contraire aux bonnes moeurs, sera condamné à une amende de la valeur de i,5oo exemplaires de l'écrit inculpé , ou à la prison pendant quatre mois. Le délit d'injures , au premier degré , sera puni de trois mois de prison et ùyS fr. d'amende ; au second degré , deux mois de prison et 25ofr. d'amende; au troisième degré, un mois de prison et i25 f. d'amende. La récidive emportera , dans tous les cas , une peine double. Les exemplaires non vendus de l'écrit condamné , seront confis- qués parl'autorité. L'imprimeur est responsable des écrits qui sortent de ses presses, s'il ne représente pas un manuscrit signé de l'auteur, ou s'il ne donne pas des renseignemens positifs sur le domicile de l'auteur ou de l'éditeur. Tout écrit doit porter les prénoms et nom de l'imprimeur, le lieu et la date de l'impression , sous peine de iJj fr. 5o c, d'amende, lois mCmc que l'ccnt serait dOclarc non coripablc. 650 EUROPE, Celui qui vendra un écrit dont la saisie est ordonnée , paiera une amende équivalant au prix.de mille exemplaires. Tout individu peut dénoncer les écrits subuersij's et les écrits sé- ditieux ; le ministère public provoque les poursuites contre les écrits instigateurs et les écrits immoraux; quant aux écrits injurieux, c'est à la personne offensée à demander justice. La dénonciation sera faite devant l'alcade constilutionnel à\i chef-lieu de la province. Deux membres de la municipalité et le secrétaire, réunis à l'al- cade , tireront au sort neuf noms parmi ceux qui composent la liste des jurés de l'année. Ces neuf jurés, appelés en vertu d'une ordon- nance de l'alcade, prêteront- serment d'être juges impartiaux du fait. Ils resteront seuls, liront l'écrit dénoncé, et déclareront s'il y a ou non matière à accusation. Il faut au moins les deux tiers des voix pour décider l'affirmative. Dans ce cas, l'alcade envoie au tri7 bunal de première instance la dénonciation , l'écrit et la déclaration des jurés. Le juge ordonne alors la saisie des exemplaires. ; Si l'écrit a été dénoncé cornme subversif, séditieux, ou instiga- teur au premier degré, l'accusé sera mis en prison; dans les autres cas, il pourra rester libre , en fournissant une caution suffisante. Douze jurés, autres que les neuf dont on vient de faire mention , mais qui seront également désignés par le sort, formeront le jury de jugement; leurs noms seront envoyés par l'alcade constitutionnel au tribunal, et le juge les coramuniqueraj à son tour, au prévenu. Celui- ci pourra, dans le délai de vingt-quatre heures, exercer , contre sept d'entre eux , une récusation péremptoire , sans en donner les mo- tifs; alors l'alcade tire au sort sept autres jurés, qui peuvent encore être récusés comme les premiers; mais, dans ce cas, les sept nou- veaux jurés désignés à leur place ne sont plus récusables. Les débats sont publics ; l'accusateur et l'accusé ont toute la lati- tude possible pour présenter leurs moyens, verbalement et par écrit. Le président du tribunal fait son résumé, et les jurés se retirent pour conférer entre eux. Leur avis formé, ils rentrent dans la salle d'audience; leur déclaration est lue publiquement, et le tribunal prononce ensuite le jugement définitif. Il faut au moins les deux tiers des voix , pour que l'accusé soit déclaré coupable. Les jurés doivent déterminer le degré de culpabilité ; s'ils ne le font pas , leur silence est expliqué en, faveur de l'accusé , et le délit est considéi é comme cl5nt du moindre degré. EUROPE. 651 Lorsqu'il n'y a point de condamnation , l'écrit est rendu à Tac- cuàé , qui est sur- le -champ mis en liberlù et déchargé de toute caution. Dans le cas où les juges de première instance penseraient que la déclaration de culpabilité rendue par le jury est erronée , ils sont autorisés à suspendre le prononcé du jugement déGnitif , et à de- mander à l'alcade constitutionnel douze nouveaux jurés, autres que ceux qui sont déjà intervenus dans l'affaire ; si la sentence de ces derniers est en faveur de l'accusé , il est absous. Lorsque l'écrit est déclaré coupable, l'accusé paie tous les frais du procès ; et , dans ce cas , l'accusateur reçoit la somme qui lui re- vient pour son travail. Celui qui réimprimerait un ouvrage déclaré coupable , serait puni de la peine portée par le premier jugement. 11 n'y a aucun privilège d'exemption de juridiction pour les délits de la presse. Dans le cas où le tribunal aurait mal appliqué la loi, on peut ap- peler devant la cour du district; il en serait de même si les forma- lités prescrites par la loi n'avaient pas été observées ; mais , dans ce dernier cas , la cour ne doit s'occuper que de ce manque de for- malités, sans prendre aucune connaissance du fond de l'accusation. La liste des juréssera formée, chaque année , par la municipahté du chef-lieu de chaque province ; leur nombre sera triple de celui des membres de la municipalité. On ne peut y comprendre les citoyens qui exercent quelque juridiction, soit civile, soit ecclésiastique : tels que le chef politique, l'intendant, le commandant militaire de la province , les ministres, les employés des ministères, les con- seillers d'état et les personnes attachées au service de la famille royale. Les autres citoyens qui seront désignés ne pourront s'exemp- ter de cette fonction que dans le cas d'un empêchement physique ou moral. Ceux qui ne se rendraient pas à l'appel de l'alcade seront punis d'une amende de 5o fr. pour les deux premières fois , et de loo fr. pour la troisième. On a créé, par la même loi, quatre comités de proteclion de la liberlé de la presse , composés de sept membres , que les Cortès éliront au commencement de chaque législature , et qui seront réé- ligibles. Ces comités résideront ; savoir ; le premier à Madrid, pour la péninsule et les îles adjacentes; le second, au 3Iexique , pour 652 EUROPE. toutc-s les provinces de l'Amérique Seplentiionalc ; le troisième, à Lima, pour celles de l'Amérique Méridionale; et le quatrième, à Manille, pour les îles Piiilippines. Les fonctions de ces comités sont : i" de souincllrc aux Cortès, en y joignant leur avis, tous les doutes que les autorités des provinces auront présentés sur l'exécu- tion de la loi , et les cas extraordinaires qui arriveront ; a° de com- muniquer aux Cortès toutes les réclamations qui leur seront adres- sées par les auteurs et les éditeurs ; 5» de faire part à cette assemblée de leurs propres observations et des moyens que l'expérience leur aura suggérés pour triompher des obstacles qui pourraient encore s'opposer à la jouissance de la liberté de la presse ; 4° d'examiner les listes de tous les procès relatifs à la liberté de la presse , dont les autorités de province sont tenues de faire l'envoi; 5» de publier, dans la Gazette officiciJe, leJ'jugemens qui seront rendu» dans cette matière. Cette loi pourrait être l'objet d'un assez grand nombre d'observa- tions critiques. Je me borne à une seule : c'est qu'il me paraît im- possible que, dans l'état où se trouve aujourd'hui l'instruction pu- blique en Espagne , on trouve, dans chaque chef-lieu de province, un nombre suffisant de personnes instruites pour remplir le vœu de la loi. En effet, l'exécution de toutes ses dispositions peut exiger jusqu'à quarante-sept jurés , pour une seule affaire ; et les hommes en place, qui ont précisément en leur faveur la présomption de l'ins- truction nécessaire pour bien remplir de telles fonctions , ne sont pas susceptibles d'être désignés. Qui donc remplira les fonctions de jurés dans des affaires aussi délicates? trois ou quatre avocats, et tous les autres seront des prêtres et des moines. Et quels prêtres ! quels moines! 11 est malheureusement trop petit, le nombre de ceux qui ne confondent pas la religion avec les prétentions du clergé, et les saintes doctrines de l'église avec les abus qu'on y a mêlés. Ainsi , par exemple, un savant écrivain emploiera une ou plusieurs années à composer un traité concernant la discipline, et il sera jugé , sur une seule et très-rapide lecture, par des hommes qui ignorent peut-être jusqu'aux premiers élémens du sujet sur lequel ils doi- vent prononcer I Je crois que , provisoirement, le comité de la protection de la li- berté de la presse devrait être juge en dernier ressort, parce que, sié- geant à Madrid , il pourrait toujours être composé de sept hommes choisis parmi les plus instruits». J. A. Lloeenie. EUROPE. 653 Madbid. — Beaux arls .^ \u mois de mai de celle année, on a ex- posé les pièces du concours ouvert l'anntie dernière par l'y/cadémie des beaux-arts ou de San Fernando , pour le plan d'un monument national, ayant pour but d'éterniser la journée du 9 juillet 1820, où le roi prêta serment à la constitution. ( Iqy. T. IX, p. 194.). — La municipalité de Madrid a publié le programme pour un autre concours; il s'agit d'un monument en l'honneur des victimes de la journée du 2 mai i8o8. Le prix sera une médaille d'or du poids de six onces, D. — c. PAYS-BAS. Amstehdam. — Canal. — On continue de travailler avec beaucoup d'activité au grand canal de la Hollande septentrionale ; il a douze milles de longueur et vingt-cinq pieds de profondeur , et doit être navigable pour les vaisseaux de la compagnie des Indes, depuis le Ilelder et le grand port de Ilet Nievve Diep jusque dans le Het Y devant Amsterdam. Ce travail fait le plus grand honneur à l'inspec- teur général Blanken ; c'est en effet une grande entreprise que de pratiquer un canal d'une aussi grande étendue dans un terrain ma- récageux , formé en quelque sorte de tourbes flottantes sous une couche de terre glaise d'un pied de profondeur, et d'y faire construire des écluses massives dont chacune doit coûter plus de 3oo,ooo florins. Un grand nombre de bûtimens doivent être employés tous les jours à enlever la tourbe , ainsi que la terre marécageuse, que l'on ne peut jeter sur les bords du canal , parce que cette masse molle serait bientôt enfoncée par son propre poids. Les travaux coûteront plu- sieurs millions ; le commerce d'Amsterdam , pour lequel ce canal est de la plus grande importance, y contribue pour un million de florins de Hollande ; on en a déjà fait une partie , ainsi que la pre- mière grande écluse , à l'entrée du canal , vis-à-vis Amsterdam. MiDDBLBOuRG. — L' Académie Zélandaisedes sciences {Voj.'Ï.Vlll, p. i35) a tenu, le 25 avril 1821 , son assemblée générale au musée de cette ville. Elle s'est d'abord occupée des mémoires envoyés en réponse aux questions proposées en 1818 : \° sur les corps de métiers ; 2° sur l'autorité des lois de 3Ioïse dans une société de chrétiens. L'académie a reçu quatre mémoires relatifs à la première question ; elle a adjugé le prix à celui qui porte pour épigraphe : Vis unita fortior^ dont l'auteur est M. II, N. Tydem am , professeur de droit dans 65A EUR0P1-. VunivcrsUè de IjCjcle, membre de la seconde clu^se de l'Inslitul rojal dos Pays-Bas et de V Académie Zélandaiie des sciences. Sur la se- conde question, l'académie a reçu deux mémoires portant pour épi- graphe, l'un : Gj' zit nietonderde Jf^et enz ; l'autre : Zoo wic dezelue zal gedaan en geleerd, ebben euz. Ces deux pièces n'ayant pas été jugées dignes du prix , la question a été' remise au concours dans les termes suivans : Quelle autorité confient- il d'attribuer aux lois di- vines données par Moïse au psiip'e d'Israël, pour la décision de ce qui est moralement bon ou mauvais , juste ou injuste dans une so- ciété de chrétiens? Les mémoires doivent être parvenus le 1"=' avril 1822. L'académie n'ayant point reçu de réponse aux questions: 1° sur les jyaratonnerres; 2''sur la situation géographique de la Zêlande; 3" sur la situation géographique de la Flandre , la première a été retirée , et lesdeuxautres sont remises au concours pour le premier avril 1S25. On trouve ces questions détaillées dans le programme de 1818. Elle n'a pas non plus reçu de réponse aux questions concernant : 1.» V his- toire de la ville de Flessingue ; 2" les différentes espèces de mollusques connues dans nos contrées. Celte dernière question a été retirée; la première reste au concours jusqu'au 1=' avril 1825. Le programme de 1818 en lait connaître les conditions. L'académie espère recevoir les mémoires demandés dans son programme de 1819 , et qui sont : 1° un manuel à l'usage de tous ceux à qui l'inspection et la surveillance des ouvrages hydrau- liques sont confiées dans les diverses administrations des digues (avant le 1" avril 1S22) ; 2° une notice sur toutes les académies , so- ciétés ou établissemens scientifiques , consacrés aux progrès des lu- mières et de la civilisation , qui ont existé autrefois et existent encore dans le royaume des Pays-Bas (avant le 1*' avril i823) ; 3» Vnecon- imuation de L'ouvrage de De la JXvb^ intitulé Geletterd Zeeland (avant le 1^' aril 1824). Enfin , l'académie a mis au concours une autre question dont voici l'objet : La province de Liège possède une riche mine de calamine, et, dans la fonderie de Liére , on se sert du zinc pour fabriquer des vases destinés à différens usfiges, ainsi que des ustensiles de cuisine soit pour apprêter des viandes, soit pour conserver des liquides. On y confectionne aussi des feuilles de zinc pour doubler les vaisseaux , garnir les toits , fabriquer des conduits, des gouttières, des tuyaux do pompe, etc. Cependant, unç commission faisant partie de la classe, EUROPE. 655 des sciences physiques et mathématiques de l'Institut de France, a montré, dans un rapport fait le i5 mars i8i3, que l'usage d'usttn- siles de zinc pour apprêter des viandes pouvait n'être pas sans danger pour la santé; de son cùté, le ci-devant propriétaire de la mine et fonderie s'est elTorcé de réfuter, dans un mémoire étendu, l'opinion de cette commission, et il a donné, à l'appui de ses raisonnemens, di- verses expériences faites à cette occasion. En conséquence , l'aca- démie demande : i° si l'on peut, en toute circonstance, sans le moindre danger, faire usage des ustensiles de zinc pour apprêter des viandes ; 2° sous quels rapports le zinc , bien employé, et toutes choses égales, mérite-t-il laprèfèrenco sur d autres métaux dont on se sert actuellement pour doubler les vaisseaux , garnir les toits, et pour tous les usages mentionnés ci-dessus? Pour ce qui regarde la pre- mière partie de la question , l'académie demande une discussion exacte et impartiale du contenu du mémoire sus-mentionné et des faits qui y sont rapportés, et elle désire que l'opinion qui sera émise par l'auteur soit appuyée d'expériences faites par lui-môme. Quant à la seconde partie , il faudra avoir égard aux données que l'expérience a fournies jusqu'ici , et surtout à la solidité et au prix des différens métaux, pour en déduire des résultats comparatifs. Le prix est une médaille d'or de trente ducats, ou sa valeur en argent. Les mémoires seront reçus jusqu'au 1" avril iSaJ. Les réponses écrites en VjoZ/rt'z- dais, en latin ou enfonçais doivent être envoyées à M. J. de K akter, secrétaire de l'académie à Middeliourg. FRANCE. Gironde.— Bordeaux.— 7>/Msée d'histoire naturelle.— U. le baron Milius, commandant pour le Roi à Bourbon, ayant obtenu son rappel , vient , en rentrant dans sa patrie , d'ajouter de nouvelles richesses à celles que possédait déjà le musée de Bordeaux. Une suite intéressante des produits volcaniques de Bourbon ; des madré- pores et des lithophytes de la mer Rouge ; différens poissons de l'Océan indien , des oiseaux , des coquillages , des vers à soie d'une espèce qui ne nous était pas connue; quelques quadrupèdes; un échantillon de tous les bois qui croissent à Bourbon; beaucoup d'autres objets d'histoire naturelle , dont le détail nous entraîaerait trop loin : tels sont les nouveaux trésors que Je musée de Bordeaux 656 EUROPE. doit à M. Milius , qui apporte en outre un grand nombre de plantes curieuses, utiles ou rares. A ces productions de la nature dans les trois règnes, M. Milius a joint, avec la même générosité , divers produits de l'industrie in- dienne. Un modèle des pirogues d'Otaïti ; un modèle des bateaux d'Anjuan , avec leurs câbles d'herbe et d'écorce ; divers instrumens de musique, usités chez les peuples de Madagascar; un métier de tisserand du même pays , métier si simple , nous avons failli dire , si grossier, qu'il appartient à l'enfance de l'art, tandis que la toile qui en provient est si fine , qu'on la croirait fabriquée par le plus habile ouvrier. Ces jolis tissus sont en feuilles de raphia. — Pont de Louis XVIIl- — Le aS août , la dernière arche de ce beau nionument a été fermée , avec la plus grande solennité, par le préfet du département , en présence des autorités civiles et mili- taires de Bordeaux. II a fallu tout le talent et toute l'activité de MM. Deschamps, directeur des travaux, etBillaudel, ingénieur, pour amener à cette époque les constructions au degré d'achève- ment nécessaire. Nous avons donné (T. X, pag. 454)? des détails suffisans sur ce nouveau titre de gloire des ingénieurs français. Deux médailles ont été frappées à cette occasion et mises par le préfet dans une boîte de plomb. L'une offre l'image du Roi , et , au revers, la vue d'une partie du pont, sur lequel s'élève une figure . colossale de Neptune; au-dessous est la nymphe de la Garonne. L'inscription porte : Garumna primiim ad Burdigalam suhacta. La deuxième médaille offre aussi, d'un côté , la figure du Roi , et , de l'autre , l'inscription d'usage. Lahdes. — Saint-Seveh. — Nouueau pont. — L'inauguration du pont de cette ville , appelé pont de Louis XVIII , a eu lieu le 25 août ; immédiatement après, le passage a été ouvert au public. MAmE-ET-LoiKE. — Angers. — Enseignement mutuel. — Le ministre de l'intérieur vient d'accorder à la société , formée dans cette ville pour l'encouragement de l'enseignement mutuel, une somme de 8,ooo fr. pour acheter le bâtiment dans lequel l'école est établie, — Moselle. — Suivant le journal de ce département, trois cent soixante-quinze élèves fréquentent maintenant les écoles de Metz ; la dépense annuelle est de 6,ooo fr. ; celle de l'instruction d'un enfant ne revient ainsi qu'à i6 fr. par an, ou i fr. 55 cent, par , EUROPE. 657 mois ; et si l'on considère que les enfans sont dispensés de toute espèce de dépense pour achat de livres, papier, encre, plumes , etc., que le tems de l'étude est abrégé d'une année au moins ; que les jeunes filles emportent de l'école , non seulement le genre d'instruc- tion commun aux deux sexes, mais encore assez d'habileté dans les ouvrages à l'aiguille pour gagner leur vie ; si l'on remarque , de plus , que cent jeunes garçons et cinquante jeunes filles pour- raient encore être admis dans les écoles , sans qu'il en résultât au- cune augmentation de dépenses , on reconnaîtra que jamais méthode d'enieignement ne fut plus économique. IsÈBB. — Gresoble. — Sculpture. — Monument en l'honneur de Bayard. — Le conseil général de ce département a reconnu qu'il lui appartenait de provoquer l'érection d'une statue en l'honneur du Chevalier sans peur et sans reproche ; il a joint à l'expression de son vœu le don d'une somme de 20,000 francs. La ville de Grenoble, imitant cet exemple, consacre une somme à la même destination. Enfin, le ministre de l'intérieur a promis les marbres nécessaires. On espère que cette impulsion ne s'arrêtera pas aux limites du dé- partement de l'Isère, et que tous les Français, jaloux de la gloire de leur pays, voudront contribuer à honorer la mémoire de Bayard, comme ils l'ont fait pour Duguesclin , Turenne , Fénélon et Males- herbes. M. Raggi, sculpteur distingué , auquel on doit déjà la belle statue pédestre de Henri IV, exécutée pour M. Digeon , a été chargé du monument. Le héros sera représenté au moment où , frappé d'un coup mortel, il vient d'être descendu de cheval. Appuyé contre un tronc d'arbre , il adresse au ciel sa dernière prière , et H regarde le pommeau de son épée, qui lui tient lieu de crucifix. La statue aura dix pieds de hauteur; le piédestal sera orné de deux bas-reliefs, représentant: l'un, Bayard refusant la rançon d'une jeune prisonnière, et l'autre, son entrée dans Milan. SOCIÉTÉS SAVANTES ET d'ctILITÉ PtBLIQUE. Amiens. [Sjmme.) — \j' Académie des sciences , agriculture , coru' TTierce, belles-lettres et arts (séance du 26 août) avait proposé, pour sujet du prix de poésie, V Amour de la patrie. {Voy. T. VIII , pag. 201.) Elle a adjugé le prix à l'épître, quia pour épigraphe : JPatria^ dulce nomen! et dont l'auteur est M. de Baugy. Elle a ac- cordé Vaccessit à une ode de M. Creton , avocat à la cour royale Tome xi. '*2 658 ELUOPE. d'Amiens, ayant pour épigraphe : O patria! et une mcàlion iiono- rable à un dithyrambe, dont l'épigraphe est: Vincet amor patriœ. — L'académie propose , pour sujet du prix de poésie de l'année pro- chaine , le don de la Charte; et pour sujet du prix de prose : Exposer l'état de l'agriculture dans le département de la Somme , avant la révolution; démontrer si elle est aujourd'hui plus ou moins florissante ; assigner les causes de ses progrès ou de sa dé- cadence; [indiquer les noyens a'accroitre lés uns, ou de remédier à l'autre. Chaque prix sera une médaille d'or; le concours sera fermé le i5 juillet 1822. Dans cette même séance, l'académie a nommé membre titulaire M. Liadières, capitaine du génie, auteur de Con- radin et Frédéric, et de Jean sans peur, tragédies jouées avec un grand succès au second Théâtre Français. ( Kay. ci-après , l'article Paris. — Théâtres.) Cambhii. ( Nord. ) — La Société d'émulation a tenu sa séance publique annuelle, le 16 juillet. Les lectures ont eu lieu dans l'ordre suivant : i" Discours d'ouverture, par M. Béthune-Houriez, président; — 1° Exposé des travaux de la Société, depuis sa dernière séance publique, par M. Le Glay, D. M., secrétaire perpétuel ; — 5° Rapport sur le concours de poésie, par M. Lussiez; — 4° ia Vie champêtre , ode imitée de l'italien de Parini , par M. Pascal Lacroix, vice - président ; — 5° le Tombeau du roi Stanislas à Nancy (extrait d'un voyage en Lorraine ) , par M. F. Delcroix , secrétaire annuel; — 6» Elégie, par M. Lussiez; — 7° sur les Spar- tiates modernes; traduction de l'anglais de M. Galt, par M. Vabbé Servois ;—8° Epître à MM. ***, poètes et paresseux, par M. Aimé Dupont ; — 9" Notice sur Pierre de Franqueville , né à Cambrai , premier sculpteur des rois Henri IV et Louis XIII , ouvrage cou- ronné par la Société. Il n'y a point eu de prix, cette année, pour la poésie et pour l'éloquence. Les deux primes , pour l'amélioration des bestiaux dans l'arrondissement de Cambrai, ont été décernées à MM. Gauthier, de Crèvecœur, et Defontaine, de la Neuville-Saint- Remy. —M. Coquin-Devillers , o*S\c\itx Aa santé à Gouzeaucourt , a obtenu une médaille, à titre d'encouragement, pour un mémoire sur la topographie médicale de quelques communes du canton de Marcoing. Deux mémoires étaient parvenus à la société , en réponse aux questions qu'elle avait proposées sur l'histoire locale et les antiqni- ELROPi:. (5à9 les. L'un avait pour titre : Essai sur les monnaies frappées dans le Cambrés is et sur les médailles dont cette province a été l'objet. L'auteur qui, fort jeune encore, se livre avec succès aux recherche* numismatiques, est M. Auguste Trihou , de Cambrai. Un prix de la ▼aleur de cent cinquante francs lui a été décerné. La palme la plus brillante des concours de cette année , consis- tant en une urne d'argent du prix de deux cents francs, a été rem- portée par M. Duihillœul , de Douai , auteur du second mémoire, qui est un éloge historique de Pierre de Franqueuille , sculpteur célèbre , né à Cambrai. En couronnant l'ouvrage , la Société a .décidé qu'elle inviterait l'autorité municipale à donner le nom de Franquefille à l'une des rues de Cambrai. — Sujets mis au concours pour l'année 1822 : 1° la Topographie médicale dune ou de plusieurs communes de l'arrondissement de Cam- brai; -^"î" Antiquités-, histoire locale. La société couronnera le meilleur Mémoire sur unpoint quelconque de l'archéologie de l'arrondissement de Cambrai ;— "h" Eloge de François Vanderburch , mort archevêque .de Cambrai , en i644 ; — 4° une ode ou un poème sur la bataille deDenain. (Sujetdéjà proposé l'année dernière et remis au concours.) Les ouvrages des concurrens devront être envoyés à M. Le Glay, ,D. M. , secrétaire perpétuelle de la société, avant le i5 juin 1822. Lyon. {Rhône.) ■ — L'Académie des sciences et belles-lettres de cette ville a tenu sa séance publique le 4 septembre. On y a lu d'abord le compte rendu de ses travaux , pendant le dernier se- mestre de 1820 et le premier semestre de 182» ; puis, le rapport d'une commission chargée de l'examen des ouvrages envoyés au concours. Des divers sujets proposés par l'académie, celui qui con- cernait r administration des hôpitaux, est le seul pour lequel il y ait eu des concurrens; l'académie a décerne une médaille d'or à l'un des auteurs , et une mention honorable à un autre. On a ter- miné la séance, en faisant connaître les encouragemens accordés ,par l'académie à l'auteur d'une mécanique dont l'objet est de per- .fectionner les métiers propres à la fabrication des étoffes de soie. Marseille {Bouches- du -Rhône). — Académie des sciences, •belles- lettres de Marseille. — Depuis long-tems , cette société n'avait .eu de séance aussi intéressante que celle du 26 août dernier , prési- : dée par M. Réguis. Elle a été , en partie , consacrée à la réception de M. Grange, jeune écrivain qui avait déjà obtenu d'honorable* dis- A2* 660^ EUROPE. tioctions dans les concours académiques d« Marseille et de Lyon, et qui vient de remporter l'accessit pour l'éloge de Vauvenargues à l'académie d'Aix. La séance a été terminée par des lectures va- riées , où la poésie et l'éloquence ont tour à tour fixé l'attention de l'assemblée. Nantes { Loire- Inférieure'). — La Société académique de cette ville , qui avait remis trois fois au concours V éloge d' Abeilard , vient enfin de décerner le prix à M. Frion. Ce morceau d'éloquence est, dit-on, remarquable par l'éclat du style, la sagesse des idées, et surtout pas le soin que l'auteur a pris de venger d'un injuste oubli les ouvrages d'un bomme plus connu par ses infortunes amoureuses que par ses travaux littéraires. KoDEN (^Seine-Inférieure^. — Société libre d'émulation. — L'exis- tence de cette société date des premières années de la révolution ; elle fut fondée par quelques hommes estimables et instruits , qui s'occupèrent d'abord des arts industriels, et prouvèrent ensuite qu'ils n'étaient pas moins propres à cultiver les sciences et les lettres-: leurs successeurs, animés du même esprit, tendent au même but. Dans sa séance annuelle du 9 juin , cette société a distribué les prix suivans : i^à M. Collin, ouvrier tisserand, demeurant à Rouen, pour la découverte et l'emploi de divers moyens propres à diminuer, dans certains cas , la fatigue de l'ouvrier , et à abréger le travail , en empêchant le fil de se casser aussi souvent; 1" à M. Le Grip fils, fabri- cant de faïence, pour la confection du minium de bonne qualité , à un prix inférieur à celui de Paris et de l'étranger; 3" à MM. Désé- rignjy et Gamier, pour l'avantage qu'ils ont procuré aux raffineries de ce département, en mettant à leur portée une fabrique de char- bon animal, si utile à la clarification. Les noms de MM. Talon, Lecojfre, Nourrit, Lecomte, Picard, Char- don et Hallej ont été mentionnés honorablement pour divers autres procédés industriels, parmi lesquels on cite des rouleaux de pression, un perfectionnement dans le mouvement des cardes , une liqueur , un enduit et un mortier propres à suppléer aux précieux procédés qui donnaient tant de solidité aux constructions antiques. Un prix de 5oo fr. sera décerné , dans la séance du 9 juin 1822 , à l'inventeur du meilleur procédé/jour la préparation du lin et du chanvre, sans rouissage. ( Nous rendrons compte du Recueil publié par cette société. ) B. c. EUROPE. 661 TouLOusK ( Haute Garonne). — Académie des sciences , inscrip- iionset belles-lettres. — Cette académie avait proposé , pour le sujet d'un prix de 5oo francs qu'elle devait adjuger en 1821 , les questions suivantes : 1° Faire connaître les circonstances particulières que la stratification de chaque sorte de masse minérale peut présenter , tant sous le rapport de lajorme des couches que sous celui de leur direction et de leur inclinaison ; 2° déterminer les lois , soit géné- rales , soit particulières , auxquelles la stratification des masses mi- nérales peut être soumise. Celte détermination doit être basée sur des faits positifs et bien constatés. L'académie , n'ayant point reçu de mémoires sur ce sujet , le retire du concours. Elle continue , comme objet d'un prix extraordinaire de la valeur de 5oo francs, pour être donné en 1822 , la question suivante : Quels sont les mo- numens historiques , littéraires et scientifiques qui, depuis dix-huit siècles , ont fait donner à Toulouse le surnom de Palladienne. Elle continue encore, pour sujet du prix ordinaire en 1822, les ques- tions suivantes : i" Déterminer Vétat politique , ciuil et religieux de la Gaule, avant Ventrée des Romains dans cette partie de l'Europe', 3." fixer, d'après les auteurs et les monumens, les connaissances que les Gaulois avaient déjà acquises dans les sciences et dans les arts- Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 5oo francs. Elle propose , comme sujet du prix à donner en i825, une Théorie physico-mathématique des pompes aspirantes et foulantes , faisant connaître le rapport entre la force motrice employée et la quantité d'eau réellement élevée , en ayant égard à tous les obstacles que la force peut avoir à vaincre, tels que le poids et l'inertie de la colonne d'eau élevée, son frottement contre les parois des tuyaux, son étranglement en passant par les ouvertures des soupapes , le poids et le frottement des pistons, le poids des clapets ou soupapes, l'inégalité entre la surface supérieure et la surface inférieure de ces clapets au moment où la pression va les ouvrir, etc. Cette théorie doit être basée sur des expériences positives , et les formules qui en seront déduites doivent être faciles à employer dans la pratique. Le prix sera une médaille d'or de la valeur de 5oo francs. Enfin , l'aca- démie propose, pour sujet du prix à donner en 1824 , et qui con- eistexa en une médaille d'or de la valeur de 5oo francs , les questions suivantes : 1" Déterminer par des observations comparatives les cas où l'emploi des sels à base de quinine est aussi avantageux que celui du quinquina ; 2° désis^ner les cas où il mérite la préférence. 662 EtjROPE. Les savans de tous les pays sont invités à travailler mr les sujets proposés. Les ouvrages doivent être écrits en français ou en latin , et adressés à M. d'Aubuisson de Voisins, correspondant de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'académie. Les mémoires seront reçus seulement jusqu'au i" mai de chacune des années pour lesquelles le concours est ouvert. L'académie , qui ne prescrit aucun svstème , déclare qu'elle n'entend pas adopter tous les principes des ouvrages qu'elle couronnera. — ' La Société d'agriculture de Toulouse , convaincue ' que la charrue de ce département est encore susceptible de perfection- nement , malgré les améliorations exécutées par le sieur Bellaual, auquel il a été décerné un prix d'encouragement, proroge à l'an 182a le sujet proposé l'an dernier et les années précédentes : elle offre, en conséquence , une médaille d'or de la valeur de 5oo fr. à celui qui présentera la charrue perfectionnée , de manière à tra- vailler la terre à une profondeur de dix pouces, sans autre secours que la force d'une paire de boeufs ou de chevaux. Le société appelle particulièrement l'attention des concurrens sur les principaux élé- mcns de notre charrue ordinaire , le contre et le soc ; elle les invite à exposer les modifications qu'il conviendrait de leur faire subir. Le coutre, dont la destination est de fendre la terre, doit-il être placé dans le plan vertical de l'arête du soc? sa pointe doit-elle être placée immédiatement au-dessus de celle du soc, et dans la même direction , pour éviter la résistance qu'on éprouve en pure perte , quand on l'incline aussi du côté opposé au versoir ? Le xoc ne pourrait -il pas être établi en fer de fonte et à aile simple du côté du versoir? L'aile double paraît inutile à la charrue qui n'a qu'un versoir. Les concurrens devront adresser à la société, avec leurs mémoires descriptifs , une charrue dans les dimensions qu'ils auront déterminées pour son perfectionnement ; le prix de cons- truction sera remboursé en sus de la médaille. La société distribuera annuellement des médailles d'encourage- ment aux maîtres-valets des quatre arrondissemens et des cinq dé- partemens limitrophes, qui auront le mieux rempli les conditions ci-après : les concurrens devront remettre un certificat signé du propriétaire, et visé par le maire de la corumune ; ce certificat portera : 1° que le maître-valet demeure depuis dix ans au moins dans le domaine ; a" qu'il est de bonnes mœurs ; que sa probité tst à toute épreuve ; ô" qu'il est bien soigneux de ses bestiaux: EUROPE. 66S qu'il ne ]n» maltraite point; 4" qu'il est économe de fourrage; qu'il ne néglige riea pour les conserver, notamment les crêtes et les tiges du maïs; 5° qu'il dirige avec intelligence la construction des pailliers , et qu'il n'est pas sujet à avoir une partie de la paille pour- rie dans l'hiver; 6° qu'il laboure bien, et se distingue par sa dili- gence à l'aire donner les différentes façons aux terres ; qu'il monte bien une charrue , et en ajuste toutes les pièces de manière à ce qu'elle laboure convenablement la terre, sans trop fatiguer les bœufs; 7° qu'il est adroit à faire écouler l'eau des champs, par le moyen des saignées et des égouts; 7° qu'il a soin de récurer les étables , et qu'il ne laisse point brûler les fumiers par le soleil, mais qu'il les recouvre de terre, après les avoir arrangés sur le tas , chaque semaine au moins.» Les mémoires et lettres doivent être adressés à M. Marqué f'iclor, secrétaire perpétuel de la société, à Toulouse. iTtsmvT. — /académie des sciences. — Août 1821. — Séance du 6. — M. Geoffroy-Saint-Hilaire , rappelant à l'académie le vœu qu'elle manifesta pour que le gouvernement fît demander des gymnotes électriques en Amérique, informe l'assemblée qu'un de ces poissons est récemment arrivé vivant et bien portant au Jardin du Roi. Une commission , composée de MM. Arago, Cuvier, de Humboldt, Gay- Lussac et Geoffroy-Saint-Hilaire , est chargée de suivre les expé- riences auxquelles on doit soumettre ce poisson. — M. Garros adresse un traité manuscrit sur les propriétés d'épuratoires du charbon de bris. (Commissaires, MM. Berthollet , Vauquelin , Thénard et Gi- rard. ) — On dépose un mémoire de M. Denaux , ingénieur de la marine , sur un instrument propre à mesurer le sillage des vais- seaux , et qu'il nomme dromographe. ( Commissaires , MM. de Rossel et Fourrier.) — M. Geoffroy-Saint-Hilaire lit un mémoire sur les organes de la déglutition et du goût chez les perroquets nucro- glosses ou aras indiens. — M. Henri , ingénieur des ponts et chaussées, lit un mémoire sur le projet d'une nouuelle machine hydraulique, ayant pour objet le passage des bateaux. (Commis- saires , MM. de Prony, Girard et Cauchy.) — M. de Férussac con- tinue la lecture de son mémoire sur les couches supérieures delà craie. (Commissaires , MM. Latnarck , Cuvier, Bosc et Brongniart.) 66A EUROPE. — M. Sarlandière présente un myrle qui a été élevé par M. La- vallée, cultivateur d'Abbeville, de manière à représenter un vase , au moyen de ses branches multipliées et disposées symétriquement. (MM. de Jussieu et Dupetit-Tbouars, commissaires.) — Du i3 août. — M. Hyde de Neuville transmet un ouvrage de M. Jobn-Qulncy-Adams, secrétaire d'état des États-Unis et président de la société américaine, ayant pour titre : Rapport sur les poids et mesures , en exécution d'une résolution du sénat , en date du 3 mars 1817 (M. Delambre, un compte verbal). Le nomdeM.Adams sera inscrit parmi ceux des savans qui désirent le titre de correspon- dant de l'académie. — On lit un extrait d'un journal allemand , envoyé par M. Gauss, et traduit par M. Burckhardt. On y voit que M. Gauss a imaginé de faire réfléchir par un miroir la lumière du soleil , sur un signal terrestre , pour le rendre visible à une grande distance. Dans l'expérience qui en a été faite, les stations étaient éloignées de 85 ,000 mètres; le miroir avait deux pouces sur un pouce un quart, et la lumière réfléchie se voyait parfaitement. — Au norj d'une commission , M. Latreille lit un rapport sur le mé- moire de M. Virey, relatif à une nouvelle espèce de cochenille qui J'ait périr les rosiers; les conclusions de ce rapport, toutes favorables au travail de M. Virey, sont approuvées par l'académie. — M.Cuvier lit un mémoire intitulé : Ossemens de fossiles analogues aux tapirs. — M. Mongez lit un mémoire sur l'art monétaire des anciens et des modernes. — Du ao. — M. Lassis présente un mémoire sur les véritables causes des maladies èpidémiques , etc. ( MM. Portai et Duméril , commissaires.)— Au nom d'une commission, formée deMM.Prony, Gay-Lussac et Girard , celui-ci lit un rapport très-important sur la nouvelle machine à vapeur de Mannoury-Dectol, exécutée depuis quelque tems pour le service des abattoirs de Grenelle ; en voici les conclusions ; « Nous pensons que l'appareil à vapeur , qui fait l'objet de ce rapport, est très-propre à confirmer l'opinion avanta- geuse que les diverses machines imaginées par M. Mannoury Dectot ont déjà donnée de ses connaissances, de son génie inventif et de sa sagacité, et qu'en conséquence cet appareil , dont une expérience de deux ans atteste le bon emploi , est tout-à-fait digne de l'appro- bation de l'académie. » L'académie approuve le rapport et arrête qu'il sera imprimé dans ses mémoires. — M. jLatreillc lil uu mé- EUROPE. 665 moire intitulé : Eclairdssemens relatifa à l'opinion de M, Huber fils , sur l'origine et l'issue extérieure de la cire. — La section de médecine présente les candidats suivans pour la place de correspon- dant , vacante dans son sein par la mort de M. Grégory ; ce sont MM. Baillie , Barbier, Maunoir, Fodéré et Lautb. — Du 27.— On lit une lettre de M. le marécbal duc d'Albuféra , relative à l'aérolithe d'Aubenas , du poids de 220 livres ( Voy. ci- dessus p. 426.); il envoie un fragment de la pierre. — Au nom d'une commission nommée pour faire des expériences sur la gymnote électrique , M. Arago donne une idée des rechercbes auxquelles elle s'est livrée ; il décrit un instrument construit tout exprès , et qui n'a pu servir, parce que l'animal est mort lundi dernier. M. de Humboldt ajoute quelques renseignemens curieux sur la diffé- rence entre la torpille et la gymnote. — Au nom d'une commission , M. Vauquelin lit, sur Vencre indélébile de M. Dumoulin, un rapport, duquel il résulte que M. Dumoulin n'est pas le premier qui ait su composer une encre de cette espèce; que celle de M. Dizé, et surtout celle de M. Delunel , dont il a été rendu compte à l'Institut en l'an ix , ont les mêmes qualités; cette dernière est môme d'un noir plus intense et change moins par les acides que celle de M. Dumoulin. oNous pensons, dit en terminant M. le rapporteur, qu'au moyen de ces encres, les administrateurs, les banquiers. lesnégocians,etc. n'ont plus rien à craindre de la fraude. » Rapport et conclusions approu- vées.— M. Arago rend un compte verbal de l'ouvrage de M. Scoresby sur le Spitzberg , Vile de MaJ^e et les mers polaires. — L' académie française a tenu sa séance publique annuelle, du a5 août, sous la présidence de M. de la Place, chancelier de l'académie. — On a d'abord entendu le rapport de M. le secrétaire perpétuel sur les concours de poésie et d'éloquence. L'académie avait à décerner un prix ordinaire de poésie , et deux prix extraor> dinaires, l'un de poésie, l'autre d'éloquence. Le sujet du prix or- dinaire de poésie était : la restauration des lettres et des arts sous François I". — Vingt-trois pièces ont été envoyées au concours, mais, dans aucune , ce sujet intéressant et national n'a paru traité assez heureusement pour obtenir le prix. L'académie a cependant distingué trois pièces , et a décidé qu'elles seraient nommées dans l'or- dre de leurs n°' d'enregistrement ; savoir : n° 9. qui a pour épigraphe : Charlemagne, François /", Louis XlFi—v." 1 i, dont l'épigraphe est : 665 lilROl'Ii. Enfin François naquit ;— c» i5, portant poui épigrapLe : 7e (iiVai/*;»- exploiis de son règne paisible. — Elle propose de nouveau ce sujet. Les autres concours ont été plus heureux. Le sujet du Véuoue- menl de Maiesherhes , poposé pour la seconde fois, avait excité une touchante émulation ; mais le mérite des ouvrages n'a pas été en proportion de leur nombre ; l'académie a vu du moins avec intérêt quarante-six concurrens s'exercer sur un sujet aussi digne d'inspirer les muses françaises. Dans les quarante-six pièces , une seule a fixé spécialement l'attention de l'académie , c'est une ode, portant pour épigraphe le passage d'Horace : Jusluni et tenacem propositi rirujji , etc. L'auteur est M. A. Gaulmier, professeur de rhétorique au collège de Nevers. Le.sujet du prix extraordinaire d'éloquence consistait à détermi- ner ce qu'est le Génie poétique ., et comment il se fait reconnaître , indépendamment de la diversité des langues et des formes de la versification , et dans tous les genres , depuis l'Épopée Jusqu'à l'Apologue. — Vingt-quatre discours ont été soumis au jugement de l'académie. Les concurrens avaient à indiquer les causes qui excitent l'enthousiasme poétique : il est à regretter qu'ils n'aient pas assez expliqué combien les sentimens nobles et vertueux , que produisent les rapports de l'houime avec la divinité, la patrie, la société et la famille , fournissent encore plus à l'imagination et à l'inspiration , que la contemplation de la nature physique. En ap- profondissant le sujet sous ce rapport vraiment philosophique, ils auraient sans doute prouvé que les grandes vertus , les nobles émotions , comptent parmi les premiers et les plus beaux élémens du génie poétique, et surtout que le génie de la poésie pent beau- coup moins s'en passer que le génie des autres arts. L'académie a décerné le prix au discours inscrit sous le n" 6, et dont l'auteur est M. A.Théry, professeur de seconde au collège deVcrsailles. Des mentions honorables ont été accordées aux auteurs des dis- cours n" i4, u" i5 et n» 32. L'auteur de ce dernier est M. Bert. Il a soutenu qu'on ne peut connaître le génie poétique ; qu'on peut seulement étudier les signes qui le révèlent ; cependant il a défini la poésie , le don de créer et de rendre sensibles, par le charme d'un langage consacré, les fictions propres à émouvoir et à exalter en nous le sentiment du beau. : '". Auprès le rapport de M. Raynouard, on a lu le discours et l'ode couronnés. Plusieurs passages de l'un et de l'aulre ont excité de vifu applaudissemens. Le discours sur feu M. de Montyon , fondateur de • plusieurs prix de sciences et de vertu, a constamment intéressé par la succession et le nombre des bonnes actions qui ont honoré la vie et qui recommandent la mémoire de ce zéléphilantrope, destiné à se survivre par la perpétuité de sa bienfaisance : car, en France, ori ne manquera jamais ni de bonnes actions , ni d'ouvrages utiles aux mœurs à récompenser. Les deux faits qu'on a cités comme préférés par l'académie dans le nombre de ceux qui pouvaient prétendre aux prix de vertu , ont arraché des larmes d'attendrissement. Le premier prix a été décerné à mademoiselle Marie Madeleine de Courty, domestique de la dame Chartier, rue Hillerin-Bertin , n° j5; le deuxième prix, à M. Ant. Bonafou, rémouleur, rue des Orfèvres, n" 5. Le Programme des prix qui seront distribués dans la séance annuelle d'août 1823 , a été arrêté ainsi : Prix d'éloquence : Eloge de La Sage. Prix de poésie : La restauration des lettres et des arts sous François l". Les ouvrages envoyés au concours ne seront reçus que jusqu'au i5 mai 1822. Chaque prix sera d'une médaille d'or de la valeur de i,5oo fr. L'académie décernera, en 1822, un prix consistant en une mé- daille d'or delà valeur de i,ooo fr. , à l'auteur de l'ouvrage littéraire publié en entier , et pour la première fois , dans l'intervalle du 1" jan vier au 5i décembre 1821 , qui aura été jugé le plus utile aux moeurs. Dans la nn'me séance, racadémie décernera un prix consistant en une médaille d'or, de la valeur de 1,000 fr. , pour récompenser «n acte de vertu qui aura eu lieu pendant les trois années antérieures au 1"=' juillet 1822, dans le département de la Seine. On aura soin d'adresser, avant le 16 juillet 1S22, à M. le secrétaire-perpétuel de l'académie , les preuves qui constateront l'acte de vertu. — Séance du 4 septembre. — M. Boissy-d'Anglas , de l'académie des inscriptions et belles-lettres , lit une notice sur Vincent de Paule. — M. Andrieux, une notice sur la vie et les ouvrages de Collin d'Harleville. — M. de Lally-Tolendal, des vers sur la fête à laquelle il a assisté , le 10 août , à Lucerne, pour l'inauguration du monument consacré à la mémoire des officiers et sftldats suisses qui ont péri le 10 août et le 2 septembre 1792. — Académie des beau.v- arl-i. — P/i.t de sculpture. — ^oit■i le pro- 668 EUROPE gramme qui avait été dcnué par l'académie, pour un bas reli&f : « Jkxandre dans la ville des Oxydraques (dans l'Inde). Alexandre était monté le premier sur la muraille ; seul , il se précipite dans une ville pleine d'ennemis. Il y avait non loin du mur un vieux arbre dont les branches touffues semblaient s'étendre exprès pour couvrir le Roi. «Alexandre, afin de ne pas être enveloppé, s'appuya contre le tronc , qui était fort gros. Deux des ennemis qui osèrent s'approcher, furent reçus si vigoureusement, qu'ils tombèrent morts à ses pieds, lorsqu'un Indien lui lança une flèche qui l'atteignit au flanc droit. Abattu de ce coup et perdant beaucoup de sang, il ne put tirer le dard de la plaie ; celui qui l'avait blessé accourut plein de joie pour le dé- pouiller. iJfa/j , dès qu'Alexandre senlit mellre la main sur lui, outré de V indignité de cet opprobre, il se ranima et plongea son èpée dans le corps de son ennemi. Ces trois corps étendus autour de lui intimidèrent les autres ennemis, ce qui donna à son armée le tems de le rejoindre et de le secourir. » L'académie a décerné le premier grand prix à M. Philippe Joseph Henry Lemaire , de Valenciennes , âgé de vingt-trois ans, élève de M. Cartellier; le deuxième grand prix, à M. Alexandre Dumont , de Paris, âgé de vingt ans, élève de son père et de M. Cartellier. — Société de la morale chrétienne, ayant pour objet l'application des préceptes du christianisme aux relations sociales. —Extrait du règlement de celte nouvelle société , tiré de son prospectus du 20 août dernier. — «Plusieurs amis de l'humanité, convaincus que la plupart des erreurs et des vices qui retardent le règne de la justice et de la paix parmi les hommes , naissent de l'ignorance ou de l'oubli des préceptes du christianisme, et désirant concourir à rendre leur application plus générale dans les diverses relations des peuples et des individus , se sont réunis en société, sous l'autorisation du gou- vernement, jour travailler d'un commun accord à diriger l'atten- tion des hommes, leurs frères, sur de si grands intérêts. Dans l'espoir de réaliser cet utile projet , ils ont arrêté entre eux le règle- ment suivant : Titbe i^.—But de la société.— Kvi. i". Le but de la société est d'exposer et de rappeler sans cesse à l'esprit des hommes les préceptes du christianisme dans toute leur pureté, de leur faire remarquer l'heureuse influence que ces préceptes exercent sur le bonheur du genre humain , et de contribuer ainsi à faire naître ou à ranimer de plus en plus des senlimena de charité et d'une commune EUROPE. 669 bienveillance , si propres à l'aire régner la paix sur la terre, —Titre ni — Travaux d^ la société. — Art. a. Les travaux delà société consistent: 1" à recueillir les renseigncmens qu'elle pourra se procurer sur leséta- blissemeus, les travaux et les productions en tous genres, qui, dans les divers pays et sous des formes diverses , ont pour objet l'amélioration de l'état moral et physique de l'homme; 2° à publier un ouvragé périodique spécialement consacré à faire remarquer la salutaire influence des préceptes du christianisme sur les institutions, la civi- lisation et la prospérité des peuples , et à faire connaître tout ce qui, dans les documens recueillis par la société , paraîtra utile et digne d'imitation; 5" la société publiera aussi, suivant que ses facultés pourront le lui permettre , d'autres écrits destinés à convaincre les hommes et surtout la génération qui s'élève , qu'il ne peut y avoir de bonheur réel et durable que dans l'observation des préceptes de l'Évangile. Dans les diverses publications de la société, on évitera scrupuleusement d'élever aucune discussion sur les points qui divisent les différentes branches de la famille chrétienne. — Titek m. — Organisât ioa. — Art. 4. Le nombre des sociétaires est indéterminé: toute personne qui, pénétrée des principes de la société, désirera concourir au but qu'elle se propose,y sera admissible, en se conformant aux réglemens établis. — Art. 8. La société aura des membres cor» respondans et étrangers. — Titrb iv. — Administraliofi. — Art. 9. A l'effet de pourvoir aux diverses dépenses qu'aura à faire la société, il est arrêté que, pour en être membre, on versera annuellement dans la caisse de l'administration une somme dont le minimum sera de aS fr. Dans cette somme se trouvera compris l'abonnement à la feuille périodique que la société se propose de publier. Toute autre offrande présentée à la société sera également reçue avec reconnaissance. La société se réserve d'inscrire au nombre de ses membres toute personne qui coopérera d'une manière active aux progrès de ses travaux. » On voit que tout ce qui pourrait faire naître des discussions fâ- cheuses et absolument contraires au but de la société , devra être banni de ses publications et de tous ses travaux. Une commission nommée dans son sein veillera à la stricte observation de cette règle. Mais, tn éuilant ce qu'un apôtre appelle les questions inutiles, sachant qu'elles sont une source de contestations (\\ Tim. 2, aS), 670 ELKOPE. OD insistera d'autaut plus sur les sublimes préceptes de la morale chrétienne , sur les vérités essentielles qui leur servant de base ou d'appui , et sur lesquelles il ne peut y avoir dissentiment. Persua- dés qu'un tel projet ne peut manquer de trouver des approbateurs, et pleins de confiance dans la Providence divine qui se plaît à bénir ce qui est conçu dans des vues pieuses et charitables , les fon- dateurs de la société espèrent que leur entreprise sera couronnée de succès . et ils invitent toute personne qui forme avec eux des vœux sincères pour le bien des hommes ses frères, à y prendre part et à faire connaître à cet effet ses intentions à l'un des soussignés membres du comité provisoire , notamment à M. Dblacboix, notaire royal, rue du Mail, n" i3, et à MM. de la Rochefoucault Ltan- tOM/-/, président ; De^erando , cul -de -sac Pérou, n" 7; (loepp ( J. J. j , rue Sainte-Croix-dc-la- Bretonnerie , n" 5?.; J.aborde / j^lexandre ) , rue d'Artois, n" 28; hasleyrie ,x\iv. du Bac, n» 58; Spur::,heii>i , rue Neuve-Saint-Augustin , n» 5 ; Staël-Holslein , rue de Bourbon , n° 76 ; Stapfer, rue des Deux-Ecus , n» 4 5 Ttirckheim , r. d'Anjou, faubourg Saint-Honoré , n" i3; IFurlz (J. G.}, rue de Bourbon, n" 17; fVillm , secrétaire, boulevard Poissonnière, n° i5 ; Coquerel , secrétaire adjoint, r. Hautefeuille , n" 1. Nota. Les lettres et paquets destinés pour la Société de la morale chrétienne, '^tc, seront provisoirement adressés à la maison Thkctibl KT WcBTz , rue de Bourbon , n"> 17. Ou est prié de les affranchir. Botaniaue. — Obsert^alions sur la prétendue découverte faite par M. Gimbemat, d'une substance qu'il appelle zoogène, extraites d'une note adressée à la Revue par la Société Linnéenne de Paris. « Plusieurs recueils périodiques , et quelques-uns même de ceux qui sont consacrés aux sciences , tant en France qu'à l'étranger , ont répété dernièrement, à l'envi les uns des autres , qu'un naturaliste espagnol, M. Gimbemat , venait de découvrir , dans les eaux ther- males de Baden, en Allemagne, et d'Ischia, près de Naples, une substance organique nouvelle , qu'il a nommée zougéne ou zoagèns. Cette singulière substance ressemble, dit-on, à de la chair humaine recouverte de son épiderme- Soumise à la distillation , elle fournit les produits ordinaires des matières animales ; bouillie , on en ob- tient une gélatine propre au collage du papier. Cette, substance , ELKOPE. 671 préscntéç comme nouvelle, est connue depuis près de soixante- quinze ans; elle a été décrite, en i-Sa, par Springsfeld (i), qui venait de la trouver dans les eaux chaudes de Carlsbad, «n Bohême; elle a été, quelques années après, le sujet de mémoires fort bien faits, par Schrank (2) et Scherer (5), qui la nommèrent conferi^a therma- lis. Les botanistes l'appellent aujourd'hui iremella reliculata. De Saussure l'a ramassée dans les bains d'Aix , en Savoie ; DecandoUe, dans ceux de Plombières. D'autres observateurs, bien antérieure- ment à l'an 1800, aux eaux thermales dr Tœplitz, en Bohême, de Barèges et de Dax , aux pieds des Pyrénées , et de Chaudes-Aiguës , département du Cantal, où elle a été trouvée unie \ ua fucus d'un vert éclatant. Moi-même, je l'ai trouvée aux eaux chaudes d'Is- chia , en i8oa , à celles de Montécatini , en Toscane, et de Lucques, en i8o5. « Ce n'est pas la première fois que des conferves , des trémelles, des ulves, etc., ont été prises pour des substances nouvelles; on se rappelle encore le prétendu papier naturel, découvert, en i-63 , par Coltellini , aux environs de l'ancienne ville étrusque de Cortona, et qui n'était , comme l'a prouvé Strange (4) , que la conferve com- mune, conferua rivularis , rassemblée en masses plus ou moins con- sidérables. La nature singulière, quelquefois même équivoque de ces cr) ptogames , leurs formes extrêmement variées , leur couleur (1) Déplanta quddam , quœ propè scaturiginem thermarum Ca- rolinarum crescit et tremella thermalis gelatinosa reliculata , etc. , dicitur. Mém. inséré dans les Actes de l'académie de Berlin , ijSî, pag. 102-108. - (2) Beschreibung einer frasserseide uon moU's oberdeulsche hey~ trage., pag. i35-i57. . (ôj Obseruationes et expérimenta super materia viridi thermarum Carolinanim et Tœplizentium^ regni Bohemiœ, insérées dans les CoUaclanea de Jacquin , vol. \"^ pag. 171-18Ô. (4) Lettera sopra l'origine délia caria nalurale di Cortona, corre- data di varie altre osservazioni relative agli usi e prérogative délia conferva Plinii et allre plante congeneri. Pisa , 1764, in-S°. On en trouve encore une traduction française dans le Journal de physique, tom. I*', pag. 45 ; et une latine dans les Philosophical transaclinnx; Vol LIX , pag. 5o. 672 EUROPE. et leur consistance gélatineuse, molle, presque charnue, peuvent tromper des yeux inezpéiimentés; mais» pour l'obserrateur attentif, l'erreur ne peut durer. Il peut bien un moment, avec quelques naturalistes estimables, tels que Girod-Chantrans et Vaucher, les considérer comme des animaux, à cause de leur mouvement d'irri- tabilité et d'oscillation , à la vérité très-faible. Mais , en réfléchissant» il les rend au régne végétal , auquel elles servent de premier anneau. Elles se reproduisent à la manière des polypes amorphes , et c'est en automne qu'elles jettent leurs bourgeons séminiformes. Les mouve- mens d'oscillation qui les caractérisent me paraissent dépendre d'une simple action hygrométrique, comme l*ur irritabilité se rap- porte à celle des étamines de l'épine vinette ( berberis vulgaris ) , de la parnassie ( qui croît également dans les marais et sur les coteaux crayeux et arides , quoique Linné la désigne uniquement par le nom àe pamassia paluslns, etc.), à celle des folioles de la sensitive ( mimona sensiliva ) , du sainfoin originaire des bords du Gange ( hedjsarum Gyrans), etc. , ou bien encore à celle qu'on observe dans le pétale du Laperia racemosa de Cavanilles , qui forme la labelle ou tablier de cette fleur irrégulière et d'un rouge pâle, o Thikbadt db Behreaud. Ans industriels. — Coutellerie. — Acier de damas. — Un de nos couteliers les plus habiles et les plus industrieux, Sir Henri, de Besançon, étant parvenu à fabriquer l'acier, dit de damas, bien supérieur h celui de Perse et de Syrie , l'emploie maintenant pour faire des instrumens de chirurgie , qui l'emportent sur ceux qu'on construit avec l'acier fondu anglais. L'extrême dureté et la grande élasticité de ce damas le rendent particulièrement très- précieux pour la fabrication des instrumens , qui exigent un tran- chant très-acéré, tels que les rasoirs, les bistouris, les lancettes, les instrumens à cataracte , etc. , qui s'émoussent si promptement , surtout lorsqu'on s'en sert pour couper ou percer des corps un peu résistans. Nous avons vu des lancettes de Sir Henry , traverser avec la plus grande facilité des morceaux de parchemin et des lames de plomb, et même des planches, sans rien perdre de leur fil, tandis que de très-bonnes lancettes ordinaires se brisaient ou s'é- moussaient à ne plus servir , lorsqu'on les soumettait aux mêmes expériences. Sir Henry fabrique en outre, avec son damas, tous les autres objets de coutellerie, tel^ que canifs, ciseaux, etc., avec EUROPE. 673 lesquels on peut couper l'os, l'ivoire, et même le fer, sans qu'ils s'émoussent. Nous avons remarqué particulièrement des lames de sabre et d'autres armes , dont la qualité nous a paru bien supé- rieure à celle des armes turques, qu'elles entament sans être ébré- chées. La Société d' encouragement , le Nouveau Journal de méde- cine ( cahier de juillet ), et plusieurs autres gazettes, ont donné les plus grands éloges à ces nouveaux et utiles produits de l'industrie française. Sir Henry a ses ateliers place de l'Ecole - de -Médecine, à Paris. Institution de M. Morin , rue Louis-le- Grand. — Enseignement du latin j)ar la méthode de M. J. J. Ordinaire. ( Voyez Tom. VIII, p . 554.) Nous avons fait connaître, page 23o de ce volume, le point au- quel les élèves de M. Morin , instruits par cette méthode , sous la direction de M. Ordinaire , étaient parvenus , le 19 juillet dernier , après trente-cinq jours de travail. Depuis c&te époque jusqu'au 24 sep- tembre, malgré le dérangement causé par les vacances , les élèves du groupe le plus avancé ont appris plus de i8oo mots ; savoir ; le reste des • adjectifs de VEpitoms historiée sacrœ , avec leurs désinences adverbiales ; 2° le tableau des noms de nombre latins , ordinaux et cardinaux , ainsi que les adjectifs et les adverbes qui en sont déri- ves. Ce tableau est tellement familier aux enfans ,' qu'ils traduisent sur-le-champ , sans hésiter , les nombres les plus compliqués , ex- primés en latin ou en français ; chose qu'aucun élève de rhétorique, et que même peu de professeurs seraient en état de faire; 5» tous les pronoms ; 4° l^s prépositions avec leurs complémens ; 5° les verbes réguliers , irréguliers et déponens de la première et de la deuxième conjugaisons. Ces lôoo mots, ajoutés aux 1200 que les élèves savaient à l'époque du 19 juillet, forment un total de 2600 radicaux latins, auxquels ils appliquent toutes les désinences relatives à chacun d'eux. De plus , ils traduisent immédiatement , avec la plus grande facilité , les phrases latines formées de ces mots , et dont l'explication n'exige pas la connaissance des règles de la syntaxe; ils en font aussi l'analyse avec une régularité parfaite. Mais, ce qui est très-remar- quable , c'est qu'ils mettent aussi facilement des phrases françaises en latin, sans autre secours que leur mémoire et leur jugement, qui sont également développés par ces exercices. Tels sont les résultats que M. Ordinaire a obtenus en trois mois et demi, avec des élèves fréquemment distraits de leurs études ; Tome xi. A3 67A liUROPi:. résultats que chacun peut vérifier soi-même , comme nous l'avons fait avec le plus vif intérêt. Le succès toujours croissant de cette classe latine a déterminé M. Morin à joindre à son établissement une maison contiguë , qui hii donne les moyens de recevoir soixante-dix pensionnaires de plus. L'expérience a prouvé que plus le nombre d'élèves est considérable, plus les progrès sont rapides , parce qu'alors il est plus facile de classer les enfans suivant leur degré de connaissances. Un profes- seur , envoyé de Bruxelles, va s'établir chez M. Morin , pour mieux suivre les procédés de M. Ordinaire , qu'il doit appliquer ensuite dans la capitale de la Belgique. Espérons que l'université de France ne se laissera pas prévenir par les étrangers , et qu'elle fera jouir promptement la jeunesse confiée à ses soins des avantages de la nouvelle méthode, en l'introduisant dans les classes inférieures des <*ftlléges royaux. Cet espoir est d'autant plus fondé, que les membres du corps enseignant, qui ont étudié l'ou- vrage ou assisté aux leçons de M. le recteur de Besançon, n'ont trouvé aucune objection à faire contre sa méthode, et que même ils sont d'ac- cord avec tons ceux qui ont réfléchi sur ce sujet , pour la regarder comme infiniment supérieure à la méthode actuelle, dont les vices font gémir chaque jour les pères de famille et les amis de la. jeunesse. archéologie. — Toile de momie, portant des caractères égyptiens gui paraissent être lamarque de réloffti. On a trouvé, soas la tête d'une momie apportée à Nantes par M. Cailliaud, un linge avec des franges , plissé en plusieurs doubles , et portant une marque tracée en noir. Le frère de ce voyageur m'a envoyé la toile dans laquelle ce linge était dé- posé ; j'ai trouvé d'abord , d'un côté , les caractères que l'on avait an- noncés; mais, après avoir développé la bande avec précaution, j'ai ru, à l'autre bout, une seconde marque analogue à la première. Ces mar- ques sont à l'encre noire ; l'une est à l'extrémité gauche de la bande , l'autre à la droite ; la première a dix caractères ; la seconde en a onze, et en outre un oiseau dont la masse est reconnaissable, et non l'espèce, mai&quiressemble plus à l'ibis qu'à toutautre. Malheureusement, deux des caractères sont effacés dans l'inscription de gauche, et, dans celle de droite,plusieui's signes sont incomplets. La difficulté qu'a eue l'écrivain d'appuyer la plume ou le pinceau sur la toile, est la principale cause de celle que l'on éprouve aujourd'hui pour lire les caractères. Cependant je crois avoir bien reconnu que ceux qui sont à la droite , sont des hié- Euaoï'i:. 675 roglyphes, et les aulies des signes analogues à ceux de h pierre de rosette. En effet, les premiers sont placés l'un au-dessus de l'autre, ce qui est particulier aux hiéroglyphes, ils sont plus grands que les autres signes; enfin, la plupart sont tout-à-fait étrangers aux formes des lettres de la pierre. En outre, la présence de la figure d'oiseau qui est à la droite de la bande , est un indice de la nature des signes qui sont de ce côté. Je trouve , à la fin de la marque de gauche , trois unités , comme si on eût voulu numéroter ce linge de la marque 3. Les lettres qui précèdent ce 5, en lisant de droite à gauche, et qu'il est possible de déchiflier , sont au nombre de cinq ou six ; on ne peut que conjecturer que ces lettres sont des initiales, ou bien les parties d'un nom propre. La pièce d'étoffe a a", 70 de long ( près de 9 pieds) , saas les franges, et vingt-deux centimètres de lai'geur (8 pouces) ; elle était sans doute plus large originairement, puisqu'elle n'est pas bordée par en bas , c'est-à-dire du cùté opposé aux deux marques. C'était ou une ceinture ou un voile , comme on en voit dans les peintures des hy- pogées, et comme les Egyptiennes en portent encore aujourd'hui; si l'on a trouvé ce morceau sous la tête de la momie, c'est sans doute qu'il avait été placé pour remplir un vide, ainsi que les embaumeurs avaient coutume de le faire. Je ne parle pas des autres curiosités trouvées sous la momie , par les commissaires de la société de Nantes qui ont été chargés de l'ouvrir, telles que plusieurs mèches de che- veux blancs, soigneusement conservées dans des sachets de toile, etc. JOHABD. Nomination M. Alphonse de Caillieus , l'un des collaborateurs du Foj âge pittoresque dans l'ancienne France, vient d'être nommé secrétaire général du Musée royal, en remplacement de M. de Se- nonnes , nommé secrétaire général du ministère de la maison du roi. Publications nouuelles et prochaines. —Fastes universels, ou Ta- bleaux historiques, chronologiques et géographiques, par M. Buret de LoHGCHAMPS. Les deux premières livraisons sont en vente. Depuis que nous avons annoncé cet important ouvrage {voj. ci-dessus, p. 584), les ministres de l'intérieur et de la guerre ont souscrit pour un cer- tain nombre d'exemplaires. Pour la garantie des souscripteurs , les éditeurs, MM. Dondey-Dupré père et fils, annoncent que l'ouvrage -st terminé, et qn'ih- le livrent , soit complet et demi-relié , au prix 676 EUROPE. de 12G fr. , soit par livraisons brochées (au nombre de six , se publiant de mois en mois ) , à raison de 20 fr. la livraison brochée. — Histoire de France , par M. de Ségur. — Cet ouvrage , qui fait suite à l'édition in-18 du même auteur, annoncée dans la Reuue { Vo}'. Tom. IX , p. 164 ) , aura de dix à douze volumes aussi in-iS, avec cartes, plans, etc. , comme ceux qui ont été publiés précédem- ment chez Eymery , libraire , rue Mazarine, n° 3o. L'auteur s'est déterminé à livrer d'abord à l'impression la première époque de l'histoire de France , qui s'étend jusqu'à Hugues-Capet. Cette pre- mière époque comprend quatre volumes, qui sont les 26", 27", 28*' et 29" de VHisloire universelle, et dont le prix est de S fr. Une édition m-S» du même ouvrage, également annoncée dans la Revue ( Tom. X, p. 419) 5 se continue avec la même activité, chez le même libraire ; elle sera composée de dix volumes, dont le prix, avec l'atlas, sera de 80 fr. 11 en a déjà paru cinq, qui contiennent l'bistoire des peuples d'Egypte, d'Asie, de Perse, de la Grèce, de Sicile, de Carthage, des Juifs et des Romains. — Nous en rendrons compte avec soin dans la section des Analyses. — Histoire civile et politique de la nation espagnole , depuis les tems les plus reculés jusqu'à nos jours ; écrite d'abord en espagnol et dédiée au congrès souverain des Cortès,parun descendant de Pelage; traduction française faite par le même, et dédiée aux courageux dé- fenseurs de la liberté des nations. La souscription est également ou- verte pour l'ouvrage original et pour la traduction anglaise, faite par l'auteur. L'ouvrage entier formera huit volumes grand in-8». Prix dans chaque langue , 48 fr. Il n'est nécessaire d'avancer que 6 f. pour chaque volume, afin de couvrira mesure les frais de l'impression. Les non souscripteurs paieront à raison de 7 fr. le volume. S'adresser à Paris, chez l'auteur , rue de Richelieu, n° 26, hôtel de Bretagne; Galignani , libraire, rue Vivienne , n" 18; à Paris, Londres et Stras- bourg, chez Treuttel et Wùrtz; à Madrid , chez Perez, rue de las Carretas. — Archéologie française , ou Vocabulaire de mots anciens tombés en désuétude , et qu'il serait bon de restituer au langage moderne ; accompagné d'exemples tirés des écrivains français des xu« , xni' , xive, XV» et xvi« siècles, manuscrits ou imprimés ; par CharleaPov- GENs , de l'Institut de France , académie royale des inscriptions et belles-lettres. «J'ose assurer, dit M. Pougens dans son prospectus, que EUROPE. 677 plusieurs des mots que je cherche à restituer au langage moderne ne contribueront pas médiocrement à multiplier ces nuances aussi pré- cieuses à l'éloquence qu'à la poésie, et qui constituent, lorsqu'elles sont renfermées dans de justes limites, la véritable richesse des langues. Par exemple , le verbe assaifourer, que je retrouve dans Willaume-li-Vi- niers {pqyez Recueil de poètes manuscrits, avant i5oo, dans Per- ceforest , etc. ) , est plus rapide et plus expressif que donner de la saveur : conjlagration et embrasement ne sont pas exactement la même chose : dèsanimé et inanimé sont loin d'être synonymes : dé~ sestimer n'est pas mépriser; désembellir n'est point enlaidir; désaimer n'est point haïr, c'est cesser d'aimer j déuouloir, cesser de vouloir: équanimitè est plus rapide qu'égalité d'ame, etc. o Un grand nombre de ces mêmes mots, si injustement proscrits, en complètent aussi plusieurs autres. — Par exemple, on se sert du composé inadvertance , et nous avons perdu le simple, adi-ertance , employé par Eusiache Deschamps, Amyot, Montaigne, etc. On ne dit plus angoisser, et nous avons le substantif angoissa ; on connaît la médisance, et nous avons perdu le mot biendisance: nous avons aguerrir, anoblir, asservir, captiver, favoriser ; et nous n'avons plus désaguerrir , désanoblir , désasservir , décaptiver , défavoriser: les verbes dévorer, engloutir, envahir, ont perdu leurs substantifs dé~ vorateur, engloutisseur, envahisseur : enfin, nous voyons des hommes étranges , des choses étranges, et l'on ne ditplus^ comme Montaigne, ètrangeté: les adjectifs aigu, uè, aqueux, euse, ont perdu leurs subs- tantifs acuité, aquosité, etc. ; et cependant plusieurs de nos écrivains modernes ont fait. un heureux usage de ces divers mots, quoiqu'ils ne se trouvent point dans le dictionnaire de l'Académie, édition de 1762, seule autorité légale. Je n'ai point , au reste, accompagné mes définitions de phrases de pure invention : j'ai cité les textes même des ouvrages, soit manuscrits, soit imprimés, en suivant, autant qu'il m'a été possible , l'ordre des siècles. A la suite des exemples ti- rés des anciens écrivains français, j'ai placé divers passages anglais, italiens , espagnols , dans lesquels le mot oublié par nous, et le plus souvent d'origine française , se trouve conservé par les écrivains de ces trois langues, sauf les modifications et les désinences propres à chaque idiome. On trouvera, à la fin de[ce vocabulaire, une bibliographie exacte des ouvrages imprimés ou manuscrits d'où l'on a tiré chacun des termes qui le composent , ainsi que les divers exemples dont ils sont 678 EUROPE. accompagnés.» 1/ Archéologie française , qu'il ne faut pas confondie avec le Tré&or des origines et dictionnaire fçrammatical raisonné de la langue française, formera tiois volumes in-S", imprimés en caractères neufs, par M. Firmin Didot. Le prix de chaque Tolume broché sera^ pour les souscripteurs , de - fr. en papier fin. Le premier volume pa- raîtra dans le courant d'octobre 1821. II suffit de se faire inscrire à Paris, chez Th. Desoër, libraire, rue Christine , u" 2; à Liège, chez J. F. Desoër, imprimeur-libraire. — Les Lettres de Sosihène à Sophie, du même auteur, paraîtront en un volume in-18 chez les mêmes libraires , en même tems que l'Archéologie française. Thbatkbs. — Second Théâtre-Français. — Jean sans peur , tra- gédie en cinq actes, par M. Liadièhes ( i5 septembre }. — Cette pièce a obtenu un succès brillant et mérité. Le sujet est le complot formé entre la reine Isabeau de Bavière , le duc de Bourgogne (Jean sans peur ) et l'ambassadeur anglais , pour faire signer au malheureux Charles VI l'acte par lequel il déshérite ses propres enfans , et livre sa couronne à Henri V, roi d'Angleterre. La découverte de ce com- plot forme le nœud de la tragédie, dont la catastrophe est l'assas- sinat du duc d'Orléans , par ordre du duc de Bourgogne. L'exposition est remarquable ; elle offre un tableau historique fort bien tracé , et le même éloge doit s'appliquer à la totalité du premier acte ; le second laisse à désirer plus de liaison entre les scènes ; le troisième est d'un effet pénible , qui résulte de l'infâme trahison de Jean sans peur , livrant son pays aux Anglais qu'il vient de com- battre ; le quatrième et le cinquième actes sont d'une grande beauté. L'auteur, qui a tracé avec beaucoup de force et de vérité le ca- ractère du duc de Bourgogne, s'est écarté de l'histoire, d'une manière heuicusej selon nous, pour faire du duc d'Orléans le modèle des che- valiers français et l'un des personnages les plus intéressans qui soient au théâtre. M. Liadières a pu , sans invraisemblance, attribuer des actions généreuses à un prince qui déchira le traité au moyen duquel il pouvait perdre Jean sans peur, son ennemi. Le duc de Bourbon, vieillard toujours sage, toujours calme , produit un bel effet entre les deux personnages dont nous venons de parler. Le style est dune élégance soutenue, et la pièce offre un 1res- EUROPl-. 679 grand nombre de belles pensées exprimées en beaux vers. Eaûn ce qui est d'un heureux augure pour l'avenir du jeune poète , sa der- nière tragédie est très-supérieure à Conradin et Frédéric , pièce que distinguent déjà une action habilement conduite et un style naturel et correct. Ces deux ouvrages assurent incontestablement à M. Lia- dières une place très-honorable parmi les poètes trugiques de notre époque. — Opéra- Comique. — TJ Habit retourné, opéra en un acte, pa- roles de MM. *** , musique de M. Maresse ( 1 1 septembre). — Cette pièce n'a eu qu'un petit nombre de représentations ; la musique of- frait [plusieurs morceaux agréables , qui n'ont pu soutenir un poème au-dessous du médiocre. NÉcnoLOGiE. — Madame Lerebours. — Marie Angélique Anel , veuve de M. Lerebours , ancien contrôleur général des postes , à Paris , est morte , le 3 août 182 1 , à l'Arche , près du Mans , à l'âge de quatre-vingt-dix ans. C'est à l'ardeur avec laquelle elle avait adopté les principes de J.J. -Rousseau , ({ae nous àe\ons\' A uis aux mères qui veulent nourrir leurs enfans, ouvrage souvent réimprimé, et toujours sans nom d'auteur. Ce qui prouve d'autant mieux la modestie de madame Lerebours , c'est que ce livre eut la plus grande vogue, à l'époque de sa publication, et obtint l'approbation de presque tous les médecins, particulièrement celle du savant Tissot. Les connaissances de madame Lerebours, en littérature et en phi- losophie , l'ont fait rechercher des personnes les plus célèbres de son tems; et ce n'est pas un de ses titres les moins honorables, d'a- voir été l'amie de d'Alembert, de Dupaty, de Condorcet, de Dupont de Nemours, et de l'infortuné Roucher. Nous ajoutei'ons que ma- dame Lerebours cultivait aussi la peinture avec succès ; plusieurs de ses portraits ont été pris pour des Rembrandt. M. Victor Lerebours, un de nos jeunes acteurs tragiques qui donne le plus d'espérances, est son petit-fils. M. FIN DU ONZIKME VOLUME. TABLE DES ARTICLES CONTENUS DANS LE TRENTE-TROISIÈME CAHIER SEPTEMBRE 1821. I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES. 1, Observations sur les Revues scientifiques et littéraires anglaises. Babey. pag. 449 a. Sur les avantages de l'instruction chez les Grecs mo- dernes. Ch, Dupin. 455 3. Discours prononcé (en 1809) dans l'Académie Ionienne. Le même. 4^6 II. ANALYSES D'OUVRAGÉS. 4. Histoire de l'astronomie moderne, par Delambre. Ferry. 474 5. De l'esprit des institutions politiques , par J. A. F. Mas- sablau, Dupin aine. 4S9 6. Des instituts d'Hofvryl , par L. de V. Slapfer. 49^ j. Compte rendu des bonifications faites aux domaines du marquis de Stafford. par J. Loch. De Sismondi. 5i8 8. Galerie française. William. 534 9. Œuvres complètes de madame de Staël. Année. 54o III. BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE. Annonces de 86 ouvrages , français et étrangers. 554 IV. NOm^ELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES. Améhiqck.— Iles- Arctiques. —Etats-Unis. 620 Asie. — Indes orientales. 621 Océanique. — Nouvelle-Hollande. Ibid. Afhiqce. — Nubie. 620 Europe.— Iles-Britanniques. — Russie.— Suède. — Danemarck. — Allemagne. — Suisse. — Italie. — Turquie. — Espagne. — Pays-Bas — France. — Paris. 627 TABLE ANALYTIQUE ET ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES DU ONZIÈME VOLUME DE LA. REVUE ENCYCLOPÉDIQUE. JVILLET, AOVT, SEPTEMBRE 182I (*). On a réuni aux quatre mots indicatifs des qlatbe grandes divisions de ce Ri.'cacil : I. MÉMOIRES, NOTICES ET MÉLANGES; H. ANALYSES ET EXTRAITS D'OUVRAGES CHOISIS; III. RULLETIN RIBLIOGRAPIIIQUE; IV. NOUVELLES SCIENTIFIQUES ET LITTÉRAIRES ; le détail et le renvoi des articles qui s'y rapportent; puis, on a caracté- risé CCS articles, h la suite des noms de leurs auteurs, par l'une des quatre abréviations ci-après : M. (mémoihes et «oticbs); A. ( analyses) ; R. (bulletin bibliographique) ; N. (nouvelles littéraires). La désigna- lion C , après les noms propres , indique les collaborateurs de la Revue , lorsqu'il s'agit des articles qu'ils ont fournis. Au lieu de comprendre, sous la dénomination générale sciencri kt arts (comme dans nos quatre tables des matières de l'année 1819), l'indication des dilTérentes sciences dont traite ce volume, on a cru devoir, pour rendre les recherches plus faciles , et pour mieux caractériser le but philosophique de la Reuue ±lncycloj)é(lique , ouvrir un compte particulier et spécial, en lettres capitales, non seulement à chacune des branches des connaissances humaines, acbiculture, anatomie, etc. ; à chacun des élémens essentiels de la civilisation et des moyens principaux de communication entre les hommes: académies et sociétés savantes: dictionnaires; enseignement mutuel; instruc- tion publique; journaux; théâtres, etc.; mais encore à chacun des pays dont il est fait mention dans ce Recueil : de manière qu'on puisse rapprocher et comparer tour à tour, soit l'état des sciences et des élémens de la civili- sation dans chaque pays , soit les nations elles-mêmes, sous les diflerens rapports sous lesquels on a eu l^gccasion de les considérer. _^cADÉMiE royale de Londres , 206. — des sciences de Pétersbourg , i56. — des sciences de Stockholm , 4i^' — des sciences usuelles d'Erfurth , 4a. —des sciences de Rruxelles, 161. — archéologique d'Herculanum ; — (*) On souscrit, pour ce nouveau Recueil scientifique et littéraire, dont il jiamit un caliier de douze fouilles d'inipi-cssiou , tous les mois, au Bureau cf.ntral d'abonnement, rue d'Enler-Saint-Micliel , numéro 18; chez Arthus Bertrand, rue H.iutcfouille, n. aS , et chez Kymery, libraire, rue Mazavine, n. So. Prix de la soujcriplion ; à Pans, 4a tr- pour un an; dans los dépnrlemcns, i8 Ir.; 54 fr. dans rrlran^or. TABLE ANALYTIQUE des sciences ; — des beaux-arts de Kaples , 643. — de Turin, 421- — des beaux-arts, de Milan , 645. —de l'histoire d'Espagne , établie . Madrid , 568. —des sciences, de Lisbonne, 424- — Zélandaise des sciences, 655. — des sciences, de Lyon, 609. ^ — des sciences, de Marseille , 609. — des sciences, de Toulouse, 661. — des sciences, d'Amiens, 657. — des sciences^ de Rouen, 164. —des sciences, de Paris, 221,429, 665. — française , 225 , 45o , 665. — des inscriptions et belles-lettres , 224, 45i. — des beaux-arts , de Paris , 456, 667. {f^q}\ aiisisi le mot Société ) Acier de Damas, de l'invention de M. Sirhenrv, 672. Actes secrets de l'histoire de Gus- tave III , 209. Admimstbatios , 68, 252. Aérolithe remarquable tombé dans la commune de Juvinas (Ardèche) , 426. Afeiqle ( Recherches géographiques sur l'intérieur de 1') par Walke- naer , i85. Agikh. Fo>'. Prophètes. Agnès de France, par mad. Simons- Candeille , 594. Agriclltihe,425 206, 227, 617. {f'oj. aussi le /ho/ Économie rckale.) —française ( Annales de 1' ) par Tes- sier et Rose ,617. AlGîTAN . C. — A. , 525. Alfieri ( Sur le mérite tragique d' ) , par Marré, 366. ALLEMAG^E, i5i, 14s, 209, 558, 4i3, 565 ,655. Alliage de l'acier avec l'argent et le platine, 2o5. Alpenroseh, einSchweitzer Taschen- buch, 574. Alvin, Guillaume premier , tragédie, i63. Ame (Del') Voj. Opoix AsAtYSES (II) d'ouvrages anglais: Principes de la science morale et politique , par A. Ferguson ( Tail- landierl , 289. — Philibert, roman poétique, par Grattan (L. S. B.) . 541. — Compte rendu des bonifica- tions faites aux domaines du mar- quis de StaD'ord , par J. Loch (J. G. L. de Sismondi) , 5i8. — d'ouvrages des Etats-Unis : The first annual report of the mana- gers of ihe societj f')r the preucn- lion of pauperism. The second id. (Laffon de Ladébat) , 68. — d'ouvrages français : Traité com- plet de mécanique appliquée aux arts , par Borgnis (Le Normand) 42. — Observations sur plusieur; points importans de notre législa- tion criminelle , par Dupin ( Lan- juinais) , 60. — Hist. de l'assemblée constituante , par Ch. Lacretelh (A. Mahul , 89. — Histoire delà vi» et des ouvrages de J. J. Rousseai (Depping) , 102. — Même ouvragt ( Léon Thiessé 1 , 1 1 1 . — Mémoin sur la digue de Cherbourg, par Ca chin (Gauttier;, 2S0. — Histoire gé nérale de France, par Dufau (M.\ 256. — Mémoires historiques sui le royaume de Naples , par h comte Orloff (Salfi) , 5o6. — Bio giaphie nouv. des contemporains . par Arnault, etc. (Aignan , 525.— Voyagç dans la Gièce, par Pouque ville (GavedellGeanny),35i — Hist de l'astronomie moderne, par De- lambre , f Ferry) , ^-\. — JiG l'esprit des institutions politiques, par Mas sabiau ( Dupin , avocat ) , 489. — Des instituts d'Hofwyl , etc. (Stapfer) , 495- — Galerie Irançaise (William) , 554. — Œuvres compl. de mad, de Staël (Année), 54o. — d'ouvrages italiens : VeW Istaria d'Italia arnica e inoderna (Salfi) , 76. Anatomie de l'homme , par Béclard et Cloquet , 442. Akgleterbe. >'oy. Gr.-Bbetagke. Annales du salon de Gand , 162. Année , C. — A. , 54o. Annuaire historique universel , par Lesur, 585. — nécrologique , par A. Mahul , 608. Amiqlités, 195, 194,216,218,397, 598, 599, 4o4 • 611,612. ( Vojez aussi le mot Archéologie.) DES MATIERES. — (Collection d' ) du priace d'Iseni- bourg, 637. Araluset Nicoclès aux enfers, par Ch. d'Outrcpont, 385. AacHiiOLOCiE , 2g, 2i4, 2^4? 45 'j 570, 657, 674. — française, par Ch. Pougens, 67G. Arithsiktique, 170, 567. Armk.me, 186. Abt militaibe , i5d, 602, 633. VÉTÉHISAIRE , l52. — MÉCANIQUES , 47, 171, 426, 592, 639, 672. Atr.imète, Appel aux Grecs, 092. ylsiatic liesearthes. Vol. XII 1 , 35i. Assemblée constituante (Histoire de 1') parCh. Lacretelle, A. Sg. ylstrasalus lalticus , plante cultivée en Suède , et que l'on croit excel- lente pour rem|;lacer le café , 634. Astronomie, 201 , 204. 4 "4? 062, G43, — moderne (Histoire de 1') , par De- lambre , À. 474- Athé:<ée de Brescia ,212. — de Madrid , 424. Autel antique découvert près de Be- sançon . sur la route de Dûle, 21S. B. Babey , C,— B.,583. N. 204. lîaiyle's History cf the Tower of London , 662. Barbier, C — B. 585. Barbieri , Nuova raccolia teatrale^ 5-7. Barreau (Le) français , ou Collection des chefs-d'œuvre de l'éloquence ju- diciaire en France , 177. Baudrillard, Traité général des eaux et forêts, chasses et pêches, 578. Bavière , Code de procédure pour ce royaume, 655. Bawr (Mad. de) , Histoire de Franc*, 189. Bazot, Contes et autres poésies, 190. Beaunier, Le guide des propriétaires et des jardiniers , 587. Beacx-arts, 421, 4^65 445 , 657 , 655. {Koy. aussi les two^sDessik, Gra- vure et SCCLPTCBE.) Beccaria, Desdélils et despeines. 176. Béclard et Cloquet, Description et figures lithographiées de toutes les parties du corps humain, ^^1. Bella-dona (La) , préservatif contre la Cévre, 655. Belles-letthes. T'oy. Littébatcre. Bellot, Exposé des motifs de la loi sur la preuve civile . pour le canton de Genève, i54. Belzoni, Voyage en Egypte, trad. en italien, 421. Bentham , On the liberty of the press, 355. Berington, Histoire littéraire du xin» siècle, 607. Berriat Saint- Prix, Histoire du droit romain, trad. en allemand , 202. Biagioli, Jlime di F- Petrarca, col co- mento, 196. Bibliographie, i4i, i42, SGg. Bibliothèque royale de Stuttgard,4i5. — nationale de Genève, 4i9- — du Vatican, 421. — de l'université de Turin, 421. — espagnole économico-politique, par don Jean Sempere Guarinos , 079. Bi^elciv and Ruinford , American médical bolany , 54g. Bignan , La Grèce libre, ode, 6og. Bignoli, à Milan , publie une collect. d'antiq. grecques et latines, 214. Biografîacrsmonese, i56. Biographie, 102, 111, 127, i4i» i84, 554 , 565 , 585 , 554 , 608 , 609. — de Shakespeare, M. , i5. — nouvelle des contemporains, par Arnault, Jay, etc., A. , 325. — dauphinoise, 255. — des signataires de la déclaration d'indépendance , 554. Biographj {Select, ou Vies des per- sonnages éminens qui ont été l'hon- neur de leur patrie , i52. Biot , Précis élémentaire de physique expérimentale , 2<= édit. , 585. 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Digue de Cherbourg. Cadet de Vaux , Traités divers d'éco- nomie rurale, 588. Cagnoli de Vérone (Hommage rendu à la mémoire du célèbre astro- nome) , 567. Cailliaud (Extrait d'une lettre de M.), voyageur français en Nubie, 620 , 626. Cailleux (;V. de) , est nommé secré- taire général du musée royal , 675. Canal delà Hollande septentrionale , 655. Cap de Bû>'.ne-Esp£rasce , 2o3. Currara , Délie acque semitermali di S. Pelle^rino , 576. Carion-Nlsas, Bonaparte et Napoléon, 604. Cartes géographiques en relief, par P. Lartigue, 228. Casirillon , Nomenclatura de las bel- las lelras, 161. Catalogue des tableaux exposés par l'académie américaine des beaux - arts, 127. Catalogus librorum samscritorum , quos hibliolhecœ universitatis Hafniensis, vel dedil uel parant N. IF allie h, \l^i. Catéchisme de la morale publique , par Ledesma, 159. Catelacci. Voy. Dante. Catholiques (Mémoires sur les) an- glais , irlandais et écossais , par Butter , i52. Cennino Cennini, Traliato délia pit- tara, 578. Cesari {Antonio] , La fila di Gesîi- Cristo. 365. Champollion le jeune, Recherches sur la géographie et l'histoire de l'E- gypte, avant l'invasion de Cambyse, 224. Chants nationaux ( Collçction de ) norvégiens , 565, DES MATIERES. Charles ihe first pourlrayed , 354. Charrue (Nouvelle), de l'invention de M. Locke , à North-Molton , 206. Chasse , 687. Chemin-Dupontès, Cours d'uranogra- phie, 186. Chénier(M. J.) , Théâtre, 597. Chevalier, ingénieur , Catalogue de ses instrumens, 692. Chèvres ( Sur les ) de la race thibé- taine, M, , 5, • — identité de leur duvet avec le Bys- sus des anciens , M. , 1^1. -—observations de M. Jaubert, 26 1. Chicchiatelli, Nuouo sistenui cUforti- ficazione , i55. Chimie ( Elémens de) , par Millar , 12S. — élémentaire (Traité de) , par Thé- nard , 169. Chine , 201. Chirayita, plante célèbre en Asie , 226. Chiruhgie ,159, i65, 201, 349 , 4o^' Choix de tableaux et statues des plus célèbres musées et cabinets étran gers , 099. Christianisme (Progrès du) dans les îles Sandwich, 4o3. Chhonologie, 353, 384, 385 , 58o , 675. Churruca , Rejlexiones a las Cartes j 161. Ciampi [Sebastiani), Not'um examen loci Liuiani de legatis Romanorum Alhenas missis , etc., i36. par Schweigbaeuser , 562 ClassiCcation des sciences , par To- rombert, 171. Clemencin (Diègue), éloge de la reine Isabelle de Castille, 36o. Colleccion de memorias historicas j politlcas, 160. Collection des lois castillanes, 368. Collège de médecine et de chirurgie de New-York , 4o3. Colonie (De la) de Fréderiks-Ovord , 162. Colonies ( Considcrationf; sur les 'l . 581. Comète découverte parM-PrevcI, en Chine, 201. Commerce, 170, 202, 25i , 440- Compas perfectionné et le calculateur de M. Laur , 222. Conde , Histuria de la dominacion de los Arabes en Espana , 160. Conjuration de quatre-vingt-seize gen- tilshommes polon. , par Fayot, 1S7. Conradi, Einrichtun^ der medicini- schen Klinik . 358. Conseil de Salubrité^Sur le) établi près la préf. de pol. de Paris, M., 252. Considération sur la distinction des personnes , 162. Conspirations (Des) , par Guizot, 176. Constitutions ( Collection des) , char- tes., etc. des peuples de l'Europe et dés deux Ataériques , 5g8. Copernic , son système du monde est adopté par le gouvern. papal , 643. Coquerel , C.-B. , 393, Coquilhat , Exposé du système d'édu- cation primaire, etc., 162. Corréard. Vqy. Naufrage. Corse (^État actuel de la), par Poni- pei, 182. Cortès d'Espagne , 423. — de Portugal , 4a5. Corti, Uarte delnuoto ^ 5y5. Court (J. D.) de Rouen L'académie des beaux-arts de Paris décerne à ce jeune artiste le premier grand prix de peinture , ^ôG. —La ville de Rouen vote en sa faveur un encouragement , 427. an Phil- Cuves en plomb pour conserver les grains et les farines, /^c>-. Cuvier, Recherches sur les ossemcns fossiles- 379.' Cynisme (Du)", par Montrone , 576. Cyrène. Foy. Thrige. D. Daniiion, C.-B. 069. ^ _^ Da^emabck, lii, 209, 357,634. Dante (L'Enfer du) , traduit eu vers lai.ins, par A. Calelarri, if^S. — La di^ina commcdia, Sjj. Da vy 's jiccu ur.t of Ccy' lan , 5 5 7. D'Avot J*Iadame) , Lettres sur l'An gleterre, 588. Decadas medicb - quirurgicasy far Tiiaceuticas, iSg. Decandolle , Regni vegetahilis sjs- temu naturale , 574. — Icônes seleclœ plan tarum , etc., 576 De la Haye , De la nécessité de rélbr mer l'enseignement médical dans la Belgique, 069. Delambre , Histoire de l'astronomie moderne, A. 474- — Rappoit sur les mémoires lus à l'aca- démie des sciences, par M. dePara- vey, 5S2. Deleau jeune , Sur l'abus du vomisse- ment provoqué dans les maladies , 592. Bepping, C.-A. 102. -îî. 1475391, 569. Descourtiltz , Flore médicale des An- tilles, 075. Dessin et Peinture , 137, 399,4^6, 578. Destutt-Tracy , Principes d'économie politique, trad. en espagnol , 678. l'evonsbire (iNIadame la duchesse de) fait présent de la version de l'Enéide d'Annibal Caro à la bibliothèque du roi de France, 205. DiCTiONAAiHE géographique de A. Ve- gas, 159. — bibliographique d'Ebert , 669. — hislor., par l'abbé de Feller, 585. — des sciences natur., To. XIX, 572. — des sciences morales et politiques (Projet), 203. — classique d'histoire naturelle, 253. — grec du Nouveau Testament , par Bretschneider , 4i6. — danois, 654. — vocabulaire bohémien j 635. — languedocien - français , par l'abbé de Sauvages, 606. — vocabulaire des mots anciens tom- bés en désuétude, par Ch. Pougens, 678. — (Nouveau) général commun à toutes les langues, par Pottier (Projet) , 255. Digue de Cherbourg (Mémoire sur la), par Cachin, A.,2So. Dionjsii Ha/icarnensis de composi- TABLE ANALÏTIQVE tione uerborujn liber ^ éd. Gaeller, 56i. Discours prononcé dans la séance pu- blique de l'académie Ionienne, le i5 août 1809, par Ch. Dupin, 456. Dispensaire royal pour les maladies de l'oreille, institution bienfaisante de LondreSj 4io. DbOIT NATl'KEL, 424' — PDBLic (Exposé du) de l'Allemagne, par le baron Schwarzkopf , 642. Dufau, Ilist. gén. de France, A., 296. Dufour (Léon), Nouveau voyage dans les montagnes maudites, 586. Dulaure. T'oy . Gaule. Dupin , avocat , observations sur plu- sieurs points importans de notre lé- gislation criminelle, A., 60. -C.-A., 489. — B., i53. Dupin (Charles) , Considérations sur quelques avantages de l'industrie et des machiaes, en France et en An- gleterre, 171. — Voyage dans la Grande-Bretagne , 2= partie 171. — CM., 456. Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes , 595. Duval (Amaury). Voy. Orloff. E. Eberls Allgem. biblidgraphisches Lexicon , 569. Ecole des arts et métiers(Projetd'une) , à Madrid, 4^5. — spéciale de commerce, dePai-is,44o. — pour l'éducation des enfans pauvres au Port Jackson, 622. Economia gênerai ( frincipios de là), , 159. Economie dombstiqdb, 189, 228. — POLITIQUE , i59, 179, 181, 35o, 070 , (Elémens de la science de l'),par Mill, i5i. — RURALE, 5, 205, 378, 4l4» ^37, 493» , 5i8, 588, 639. Ecosse, 204, 574. Edgenorth (Maria), Mémoires de Ri- chard Lov. Edgeworth, 554. Education, 162, 493> 563. Egypte (Descrip. de 1"), 190, 097, &i \ , — (L'), sous les Pharaons, par Cbam- pollion le jeune, 224. DES MATIERES. —Ancienne ville de Méroë, 4»o- âtOQUERCK, 369, 45c. — jiDiciAiRB, en Fiance, 177. Émail Nouvei)pour la porcelaine, 2o5 Émigration anglaise au cap de Bonne Espérance, 2o5. Emma, ou la Nuit des noces, par Hyé val, 191. . Emma, ou la Promesse imprudente , opéra , par Planard, 259. EiscvcLOPÉDiK des Dames, 189, 075. Enoch (Le livre d') le prophète , par l\. Laurence, 129. ESSEIGISEMKNT ÉLÉMENTAIRE, 23o, 67O. Enseickeme.nt mutuel h Angers, dép. de Maine-et-Loire, 656. à Metz, dép. de la Moselle, 656. École fondée par M. Baudouin à Troyes, 216. La priorité de l'invention de cette méthode appartient aux Arabes , 2o4. Épizooties ( Des ) contagieuses et non contagieuses, par Bottani, i55. Espagne, iSg, i6o, 214,567,425,578, 648. — (Histoire de l')ancienne et moderne, par Bossi, i56. Esprit dutems (Qu'est-ce que 1 ), 146. Este^an, El desembarco de Los Rusos, Etats-Unis , 68, 126, 197, 049» 4oo, 4o4, 554, 620. — (Histoire des), 55o. —(Histoire de la guerre de l'indépen- dance des', par Botta, 55o. Eudocia, roman allemand de madame jN'aubert , 656 Fayot, f^'oy. Conjuration. Fellenberg (Des instituts de M. de) à Hofvvyl. A. , 495. Fcller, Dictionnaire historique , 385. Fénélon, Œuvres choisies , 174. — Pensées et maximes, 170. Ferguson, Principes de la science mo- rale et politique. A., 28g. Ferme expérimentale d'interlaken, , 659. Fernandez Disertacion hislorica,etc. , . 368. Fcrrier , Du gouvernement considéré dans ses rapportsavec le commerce, 178. Ferry, C.-A.,474. Filial affection , 554. Flore d'Oware et de Bénin , par Pa- lissot de Beauvois , i68. — médicale des Antilles, par Descour- , tiltz, 575. Foderé, Voyage aux Alpes maritimes, 592. Fontenelle , Pluralité des mondes , 58i. Fragmens de philosophie botanique , par Marquis , \6Q. Frâhn, Nouvelles publications, 633. FaASCE, i63, 216, 2S0, 296, 372, 426, 554, 583, 655, 676. — (Considérations sur la), par J. de Maistre, 600. — (Histoire générale des institutions militaires de), 602. — (Hist. gén de),p*Dufau, A , 296. Francœur, C.-B. 585, N. 20!, 207. Frank, Traité de médecine pratique, traduit en français, 590. ExilésfS de^Parga, poème par Or- Frankenstein, ou le Prométhée mo- dre 1 2 derne, par madame Shelly, 191. ExpTD'iTiLsrusses,62i-anglaise,622.Friedlander, C.-B., 358 Expéditions russes, D2 1 — augiai^v.,----- ---7 , ui-„-,».„ <;«- Fxnortation (De 1') et de l'importa- Fntot, Science du publici»te, 597 ^r^des griins, par Ouin, 179... ^^?^f^}P^-^}l\tr:^ ^^"^ llUUl VA\^J jiji«- — -, j ,- f « _ Exposition de tableaux ausEtats-Unis, 127. , —permanente des produits des beaux- arts de Vienne, 657. Familles célèbres d'Italie , par Litla, 565. Fastes (Les) universels , par Buret de Longchamps, 384, 675. de l'État de New- York, 1 26. G. Gaeller, Voy.Vionysius Halicarnen- sis. Galerie française, ou Collection de, portraits, etc. , 184. A. 534. Garcia , Elemenios de la lerdadera Icgica, 578. 8 TABLE ANAL\Tlyi;E Gaule (Les villes de la) rasées, par J. A, Dulaurc, et rebâties, par P. A. de Golbéry , 6 ta, Gauttier(Édouard),C.-A,.28o.B.j557. Gazette de la Géorgie septentrionale, 56o. GazT-era {'^ostanzo), Leltera, i58. Geanny (de Gavedell) , C.-A., 5ji. Genoino, auteur dramatique italien , plusieurs de ses pièces , 6/(5. GiioGHAPHiB, i5g, 182, iS5, 210,228, 382, 557, 625, 675. — moderne et universelle , par Gu thrie, 1S6. Géologie, 197, 586, 620. — (La) conciliée avec la religion, par Buckland, 352. ^ Gérard , Les trois âges , gravés par Morghen, loS. Girardin (Opinion de) sur le retran- chement du budget d'une somme de5o,ooofr. destinée à l'instruction primaire, 187. Globe en relief do M. Zcune à Berlin, pour l'instruction d es aveugles, 2 1 o! Goffaux , Tableaux chronométriques , 0S5. Golbéry. Voj. Gaule. ^6:, 362, 568, 570.-N. 212 , 4io, 427, 653. Golowkin (Le comte Fédor), Lettres diverses, 574. Gouvernement (Essai sur l'histoire du) et de la constitution anglaise , par Russel, 102. Grafigny, (Madame de;, Œuvres com- plètes, 393. Grammaire finlandaise, par Strahl- mann , 357. Grande-Bretagive, 127, 171, 204, 352, 588,410, 518,554,627. -■ Sa situation et ses ressources en agriculture , en commerce et en fi- nances, parLowe, 4ii. Grattan (Colley), Philibert, roman poétique, 54i. Gravure, 184, 195, 237, 534. Grèce (Messénienne sur la liberté de la), 609. — (La) libre, ode par Bignan, 60 — (Voyage dans la ), par PouqueviUe, A. 33i. —Instruction publique. M., 453. Grecs (Chant des), 609. — (La cause des) est la cause de l'Eu- rope, 14-. Grimm, Ueber Deutsche Runen, Szo. Guillaume I", tragédie, par Alvin , i63. Guizot, Des conspirations et de la jus- tice politique, 176. Guthrie , Nouveaux élémens de géo- graphie , 186. — Nouvelles notions de géographie , 186. Gymnastique , 575. —médicale, par Londc, 3So. H. —(Le réveil de la), par Stober, 619. - (Renaissance delà), par Krug, 146 Habit (L') retourné, opéra en un acte, 679- llammer, célèbre orientaliste, à Vien- ne, reçoit du Shah de Perse les or- dres du Soleil et du Lion, 4o4. Hansteen à Christiania, ses nouvelles observations sur l'action magnétique du globe terrestre, 207. llarmon's Journal oj voyages and travels, 554. Harsfield , Recherches zoologiques dans 1 île de Java, 4ii. Hautpoul (La comtesse d'), Cours de littérature anc. et moderne, 188. Ilaiiy, Traité élément, de physique,' 3<^ édit., 583. Haydn (Hommage à) dans sa ville na- tale, 638. Hébert , Rapport sur les travaux de, l'académie royale des sciences de Caen , 6i4. Heeren, Carlhage considérée dans ses relations politiques et commerciales, trad. en hollandais, par Dornscif- fen , 370. Heiberg, Om Adel i Norge, i38. -C.-B., i4i,564. N.,634. Henry, G. M., 241. Héreau,C.-B., 189, 388,393, 610 — Rédaction générale du Bulletin hihliograph. et les art. signés E. H. Hérodote (Commentaires sur), par F. Crcuzer , 369. 'Histoire. 89, lôa, i56, 187, 189, 296, DES MA.TlEa£S. 5o6, 55o, 568, ojo^ 584, 585 , 388, 391, 39a, 45a, 563, 5ç)6, 6o4, 653, 675. -(L') envisagée comme composilion litlcraire, par Senée, 6o3. — (Matériaux pour servir à 1') de Li- thuanie, etc., par A. Kotz,ebue, i43. -des états prussiens, par Poelitz, 565. -d'Italie, parBossi,A- 176. -civile et politique de la nation espa-l pnole , 676. -de la domination des Arabes en Es- pagne , par Condé , 160. -de France, par Ségur, 676. -l;i nér. de France, par Dufau, 296. -de France par mesdames de Bawr et de Maraise , 189. — de l'Assemblée constituante , par Ch. Lacretelle, A., 89. Rabaut Saint-Etienne, 588. — LiTTÉHAïaK du xiii« siècle, par Bé- rington, 607. — NATUaELLE, 223, 226, 233, 2^1, SjS, 577? ^795 426, 642, 655. History ofthe United States, 55o. lludgskins Travels in the North of Cfermanj'y i5i. Hofwyl. Vqy. Fellenber^ Ilogcndorp (C. G. Van), Recueil de pièces concernant l'économie poli- tique des Pays-Bas, 570. Uomers Hymnus , etc. l'on Sickler, 568. Uorace, traduit en vers espagnols, par Burgos, 161. Hospice du Saint-Bernard, 64o. Humbert, Des moyens de perfection- ner les études littéraires, 575. Ilutchinson , Essai pour retrouver les principes de l'ancienne philosophie, 411. IIydboceaphie, 280,549. HvDEOTECHNlQUIi, 653. Hyeval. P^qy. Emma. Hygiène, 38o. Hypocondrie (Essai sur 1';, par Reid, 353. I. Ile de Ceylan, 4o4. — Iles Aectiques, 620. — Philippines, 4o5. -S et à Dar-cl-Kamar , an mont Liban , 646. Inamovibilité (De 1') des pasteurs du second ardre , 585. Indes Orientales, 201, 202, 35i , 557, 621. Index {General) to the gentleman' s magazine , i52. Inquisition religieuse (Histoire abré- gée de 1') en France, par Lanjuinais, 596. Institut royal des Pays-Bas, 070. — de France, 221 , 429, 665. Institutions militaires de France, 602. — politiques (De l'esprit des), par Massabiau, A., 489. InSTRLCTION PLBLIQUE, 2I9, 439" — (Sur les avantages de 1') chez les grecs modernes. M,, 453. Inventions. Voy. Arts mécaniqcbs. Irlande, 627, 65o. Italie, i54 , 212, 365, 4'9 5 556, 575, 645. — (Histoire d') ancienne et moderne par Bossi, A., 76. Italy and the Italians , 556. Ii'anhoe , a romance hy the author of JVauerUy 1 618. J. Jardinage , 587. Jaubert, voyage en Arménie et en Perse, 186. — Observations sur le Byssus des an- ciens, 25 I. Java, I^w. Jawis (S. F. ) , Discours sur les tribus indiennes de l'Amérique du nord , 127. Jean- Sans -Peur, tragédie par Lia- diércs , 678. Jomard, C.-B., 570. N., 625,626,674. Jordan (Camille) , son portrait gravé par H. Ch. Muller, 237. — Œuvres choisies, 445. Joseph II (Lettres inédites de) , 566. JOCBNAUX et recueils PÉRIODIQUES, CU Afrique: Il libéral Africano , pu- blié à Ceuta , 627. —en Allemagne : Neue Berliner Mo- natsschrifl^ li^.—IFiener Jahr- hiicher, i5o. — Der Z uschauer ^ pu- — SANDWICH, 40J. nucncr, iokj.—jj,,, ^ ,o.,^..^^^. , y^ Imprimeries turques à Fera , à Sculari blié à Berlin , 212.— Fcjcrslunden, 10 TABLE AXALYTIQVE publ. à Vienne, (\.i(,.—Darslellun- gen ans dem preussischen Rheinu. Mczel Lande , publ. à Creutznacb, 4i6. — Die VoTzeit, publ. à Cassel, 417. — iî/oro-erai/aW , publié à Stutt- gart!, 5-^i.—Aeshulap, publié à Leipsick , 655. —en AngUterie et en Irlande : The gentleman'sMagazine,puh\.kLoa- dres, i52. — T/ie retrospectire Re- viens publ. à Londres, 556. — Jour- naux publiés à Dublin au nombre de quatorze , 65o. — aux Etals-Unis : Journal de l'aca- démie des sciences naturelles de Pbiladelpbie, 1 i&.—Annualphilo- sop/izcal Magazine, puhh à Ncw- Yorck, 1 26.— A--,.;/, American Re- view, publ. à Boston , 55o. —en France: Chronique religieuse, pubhée à Paris , 4oo.— Chrisliiche Mitiheilungcn. publ. à Strasbourg, 400.— Journal des savans, publ. à Paris, 4oo. — Nouv. Journal des dames, 4oi.— Annales de l'agri- culture française, 617. —Feuille d'annonce de la ville de Castelnau- dary,6i8. K. Keppel Craven's Tour through the southem provinces of the kingdom qf Napies , 554 • Kerss BarsteUung derFabril-en, ôSg. Kinsberger (Van j , amiral hollandais , hommages rendus à sa mémoire , 2l5. Kock (Paul de), Voy. Philosophe. Koran (Le\ publié à Kasan , aux frais d'un négociant, 635. Kotzehue ( Aug. ) Switrigail, i^Z. Krug, Griechenlands IVûrdigung , 146. -en Italie : Antologia , publ. à Flo- rence, 643. -j- — ô -en Norwé^e: Le Mercure du nord.— ^^i^olès , C.-B. , 1 2g Le journal de l'Empire. —La Feuille nationale. —Le Spectateur norwé gien. -La Feuille du malin; tous les cinq publiés à Christiania, 20S. —dans les Pays-Bas: Irène, publ. a Amsterdam , 872. —en Russie: L'Invalide russe , publ. à Pétersbourg, 655. en Suisse: Annales de législation et de jurisprudence, i52. dans la Turquie asiatique : Le Spec- tateur oriental, journal franc., publ. à Smyrne , 4o4. Jovellanos , Sur .les divertissemens publics , 569. Jullien (M. A.) de Paris, fondateur et directeur de la Revue Encycl. C.-B. 190, 191,604. N. 255. JuRispauDENCE, i52, i55, 175, 176. —française (Principes de), par Bou- lage» Ï77- I Lacretclle (Ch.), Histoire de l'Assem- blée constituante. A., Sg. Lafond de Ladébat, C.-A., 6S. Lake's , Sketches oj poetrj , 61g. Lalande , astronomie des dames , tra- duite en polonais, 662. Lamourous, Exposition méthodique des genres de l'ordre des polypiers, 577. Lancasfenan sjstem ( Mànual of the ) , 12J. Lancette. Voy. Biografia. Langlois , Description historique des maisons de la ville de Rouen, 44^. Lanjuinais, C.-A., 60. B. 171,582, 590. — Mémoires sur la religion, SgS. — Histoire abrégée de l'inquisition re- ligieuse en France, 5g6. — Lartigue. Vqy. Cartes. Lascàses fils , Plan de l'habitation de Napoléon dans l'ile de Sainte-Hé- lène, iij6. Laur l'oy. Compas. LauraTice, The bpok of Henoch, )29. Laurent' s Recollections Ôf a classi - cal Tour, 354. LauiTiglon's Enthousiasm, of nietho- disls and Papists , 556. Ledesj::a , Catecisino de la moral ci- vil , i5g. Legend i The) of/Irgyle, 56 1. Législation. i52, 208, 368, 425, 45i, 564, 5i,8, 635, 648. DES MATIÈRES. 11 (Coup d'œU sur la aouveUe), Luther, inauguration de sa statue is-^ Bas 162 colossale a \Vittemberg,0o7. uim/.elle (Observations sur plu- Lymon Rapport fait à la société dV euis points importuns de notre ^, ar Dupin, A. , 60. ewel. Dernières années du règne [ e Sigismond- Auguste , 565. ncrcier. f^qy. Louis IX. Normand, C.-A , 42. ur. F'oy. Annuaire, dières , Jean-sans-Pcur , tragédie , 78. erté de la presse (De la ) , par . Benlham , 353. în Norwége, loi y relative , 208 joi y relative, rendue par les Gor- ès d'Espagne , 648. ui.>i..> , n — -- colossale à Wittemberg, 607, ynion, Rapport fait à la sociét griculture de Hampshire , 549. M. Machine à plonger, de M. Farkas , à Vienne, 209. Machines (Des) employées dans di- verses fabrications , 47» Macnab,Oh3ert.-alivnsonihepoUiical, moral and religious state of ihe ci- vllised world, 4o2. Magnétisme. Voyez \i.dca&te,ca. — animal ( Expériences sur le), par du Potet, 079. iMahul (A.) , C.-A , 89. B, , i36, 6o4 •HOGRAPHiE , progrès de cet art en 1^^^^^,^.^,^ ^^j,j,QlQgjjjye^ 608. .\ussie , 207. . ' Progrès de la ) à Stuttgard^ 4 18. la, Famiglie celebri iialiane, 365 niiRATUEE Allemande, i49 » i^o, m , 212, 062, £66, 568, 572, 674, iig, 636. — Anglaise, i33, 34i, j.49, 561,618, 619.— Arabe, 402.— Biblique, 129, 556, 593. — Danoise, i4i, G34, — Espagnole, 161,569.— Française, 102, 111, 174? 18S, 191, 192, 193, 593, 394, 395, 397, 445, 446, 540, 600, 609, 610, 67S.— Hol- landaise, 162,371.— Italienne, i55, 157, i58, 2i3, 365, 366, 411^ ^77, 643, 644. — Norwégienne, 565.— Polonaise, 565. — Russe, 206.— Samscrite, 142.— Turque, 646 Italienne (delà), dans la seconde moitié du xviue siècle , 365. ÎL'es [The) ofeminenlSculsmen.ZS^ Maison de banque de consignations commerciales, établie à Paris, 23 1. Maistre (Joseph dej , Considérations sur la France , 600. llajo {Jngelo). Iliadis fragmenta antiqiiisdma cum j>icturis , ô6j. Manuscrit palimpseste , contenant plusieurs iragmens du code Théo- dosien , 42'- Manzanarès, Inconvéniens de l'ensei- gnement mutuel. d'après la méthode de Lanças ter, 5So. Marais mouvant de Kilmaleady, en Irlande, 627. Maraise ( Madame de ) , Histoire de France, 189. Marasquin Mahaleb, 22S. Maroc , 2o4- Marquis, Fragmens de philosophie bo- tanique, 166. lorenie iJuan-Anlonio) iJfemor/a Marré. Foyes AUieri historica, 568 -Apologia calolica del proyeclo di conslilucion religiosa , 4oi . -C.-B , 159,367,578., N.648. och ( James) Compte rendu des bo- nifications faites aux domaines du marquis de Stafford, A. , 5 18. OGiQCE , 578. lOnde, Gymnastique médicale, 38o iOngévité (Exemple rare de) , 4o4. .orehzoda Ponte {An extract from tlie llfeof), x-i.-]. iouis IX en Egypte, tragédie, par Lemercicr , 445. Marron , G -B. , 58o. Martinique, sur les plantes de cette île, 4i3. Massabiau, De l'esprit des institutions politiques. A., 489- Massacre des étrangers à Manille , 4o5. Mathématiqces, 222. Mécasiqub (Traité complet de) appli- quée aux arts , par Borgnis, A. , 42. Médecine, 159, i63,2i5, 553, o58, 569, 4o5, 410, 554, 590, 592, 635, Mélanges de la société littéraire de 1 Bruxelles ,571. 1 9 •^-^ TABLE ANALYT1<,>IE Mémoibes et RAPPOBTS de sociétés sa- rantes et d'utilité publique de l'aca- démie des sciences de Pétersbourg, i56. — De l'académie des sciences de Bruxelles, 161.— De la première classe de l'institut royal des Pays- Bas, 570.— De l'académie de l'his- toire d'Espagne, 368 —De l'acadé- mie royale des sciences de Caen', 614.— Delà société d'agriculture du département du Doubs , 614. Rapports (Premier et second) de la société , pour prévenir la pauvreté de New-York, 68.— (Troisième) de la société biblique américaine,! 26. — Annuel du conseil américain pour les missions étrangères, 54o (Cin- quième) de la société de paix de Massacbussets, 549.— (Cinquième) de la société d'éducation améri- caine , 349. — (Troisième) de la so- ciété de colonisation américaine, 349. — De l'académie ro\ale des sciences de Rouen, 164.— De la so- ciété de médecine de Toulouse , i63. — Transactions de la société royale de Londres, 127, Mémoires , notices , tETTEES et mé- langes fl.) : Sur les chèvres de race thibélaine, 5.— Biographie de Sha- kespeare (Buchon) , i3.— Notice sur les sculptures duParthénon (P, A.), 29- — Dissertation sur le Byssus des anciens (Henry), 241.— Notice sur Je conseil de salubrité , établi près la préfecture de police de Paris (E. Salverte) , 252. — Observât, sur les revues scientifiques et littéraires anglaises (B.— y.) , 449. _ Sur les avantages de l'instruction publique chez les Grecs modernes, 435. — Discours prononcé dans la séance publique de l'académie Ionienne, le i5 août 1809 (Ch. Dupin), 456. Memoria sulle strade e su' ponii mi- litari, i55. Mère rivale (La) , comédie, par Casi- mir Bonjour, 238. Mersan(de S Manuel du chasseur, SSr, Métrai (A.),C.-B , 170. Mexique (Mémoires sur la révolution du), par Robinson, 35o. Michclot, C,-B. , 169, 179. 614. —La rédaction générale des Nouut scientifiques et littéraires , et articles signés M — t. Microscope du professeur Amici . Modène, 420. Mill's éléments ofpolitical econoi i3i. IMillar's éléments of chemistrj, 1 Millin, hommage décerné à sa i moire par l'académie des insc tions et belles-lettres de Paris, 4 MilVs Treatise on Inland nauigati MliyÉBALOCIE, 62O. Mogols (Hist. des) et des Tatares, ( Moldavie , 187. Moniémont, Voyage aux Alpes e1 Italie, 393. Montesquieu, Esprit de lois , trac en espagnol , 57S. Montolieu ( Madame de ) , Œu^ complètes, 190. Montrone.Del Cinismo, 576. Monument proposé par l'acadéi des beaux-arts de Madrid, pour é niser la journée du 9 juillet 18: où le roi prêta serment à la con tution,653. — proposé par la municipalité Madrid , en l'honneur des victir de la journée du 2 mai 1808, 65 — en l'honneur de Bayaid , prop pour orner la ville de Grenoble, 6 — érigé à Wittemberg en l'honn. de Luther, 657. Moore (Thomas) d'AIicante, Obs vations sur le crédit public, 067 Mora, Dlscurso, etc., 161. MOBALE , 289. Moratin {Comedias de), 619. Morghen. Vojez Gérard. Morin. Voyez Ordinaire. Mouline , Les leçons de la parole Dieu sur l'étendue et l'origine mal dans l'homme , 564. Muller, graveur. Voyez Jordan. Muller (Jean de), Histoire universel traduite en hollandais par Van Kai pen , 570. Musée d'histoire naturelle de Bc deaux , 655. — d'histoire nalur. de Cent vc , 4iq — spécial de copies ( Sur la néccss'i e former un) , M. , 29. sset-Pathay, Histoire de la vie et es ouvrages de J.-J. Rousseau, A., 02 , 111. rHOLOGiE du Nord, Î09. N. farrondo , Memona presenlada a as Corles , 067 . PLEs (Mém. hist. sur le royaume de), )ar le comte Orloil', i85, A. , 3o6. poléon Bonaparte (Mémoires de) , 92. ((Kuvres de) , 092. (Documens historiques sur la ma- adie et la mort dej, 392. Voy. Carr^on-Nisas. TATION , 5j5. ufrage de la frégate la Méduse, par Corréard et Savigny, 091. , cker de Saussure, Voyage en Ecosse, ccROLOGiEs : Le comte Cluétien de Stolberg, à Eckernforde , dans le duché de Schleswig, 209.— L'abbé Simeone Assemani, à Padoue, 214. — Marcheua , en Espagne, 214. — Carie Vanloo , peintre français, 259. — Godefroy, naturaliste français , massacré à Manille, 4o5. —Arthur Young, secrétaire du conseil d'agri culture de Londres, 4'i- — Cl. L. Buch, à Munster, 4i8. — Weber, maître de chapelle du roi de Prusse , 4iS. — Achard , de l'académie des sciences de Berlin, 4 1 g- — Le comte L. E. Corvetto, à Gènes, 421. — F. L. Gilii, à Rome, 422. — Lefè- vre-Boschard , à Saint-Quentin,447- — Th. Thaarup , poète danois, à Copenhague , 654. — Le docteur Franck, à Vienne. 658. — C. A. Gé rard , conseiller des finances, à Ber lin , 638. — Le professeur Voss , à Halle , 658.— J. T. Hermès, surin- tendant ecclésiastique , à Breslau , 659.— J. A. Rossmaeler, graveur, à Leipsick, 639. — Lechevalier - Pe- cheux, peintre, à Turin, 646. — Madame Lerebours, à l'Arche, près de Mans, 679. fBWFOuNDLAN (Tcrre-Ncuve ) , colonie antique, 4o4. DES MATIÈRES. 13 Nicolini (Giuseppe) , auteur dramati- que italien , 2i5. Noblesse (De la) en Norwége, par Heiberg, i38. Nominations académiqees : Ph. Gol- béry, à Colmar; John, à Berlin; Haas, Hepp, Richard etEngelhardt, à Strasbourg , 429.— Savigny, à Pa- ris,45o — Buchner, à Landshut, 636. — Liadières, 658. — Grange, 639. NoawÉGE , i58, 207, 564. Nota , auteur dramatique italien , nou- velle publication de ses œuvres , 645. NocVKLLE-HoLtANDE , 62 1. NonVELtES SCIENTIFIQUES ET LITTÉBAIRES (IV.) : Allemagne, 209, 4i3,635. — Gap de Bonne - Espérance, 2o3. Chine, 201. — Danemarck, 209, 634. — Egypte , 4;o. — Espagne, 214, 423 , 648. — Etats-Unis , 197 , 4o3 , 404,620. — France, 216,426,655. — Grande-Bretagne, 2o4 , 4ïo» 627. — Hes Arctiques, 620. — Ile de Ceylan, 4o4. — lies Philippines, 4o5. — Iles Sandwich, 4o5. — Indes orientales, 201,202,621. — Italie, 212,419» 643. — Maroc, 204.— Norwége, 207. Nouvelle-Hollande, 621. — Nubie, 620. — Paris, 221, 429, 663. — Pays- Bas, 21 5, 653. — Perse, 4o4' — Por- tugal, 424- — Russie, 206, 633. — Sierra-Leone , 202. — Suède, 207, 4i3, 634. — Suisse , 419» 639. — Tur- quie, 423, 646. — Turquie- Asiatique, 4o4. Nl'BIE , 623. NuKISMATIQliE , 368. Nuinmi Muhamedani qui in acad. imperialis scienliarum museo asia- lico asserfanlur, 6ô'5. Nyerup et KrafTt, Dictionnaire des au- teurs danois, i4i. — Calalogus Ubrorum samscritano- runi , guos bibliothecœ uniuersita- tis Hafniensis val dédit, vel para- vit N. PFallich ,142. 0. Oelsner, Dissertation sur Mahomet, traduit en hollandais, 58o. Œdvhes COMPLÈTES de madame de 1 Staël, 88. 540; — de madame de lA TABLE ANALYTIQlïE de madame de Montolieu, 190 GraCgny, 3c)5. — choisies de Fénélon, ij^. de Camille Jordan, 44^ Oiseaux (Les^ et les fleurs, en arabe, publiés par Garcin , ^02. Opbtalmiste, ou l'ami de la vue, 162. Opoix, De l'ame dans la veille et dans le sommeil, 091. Optique , 420. Oracle de Delphes , par F.Torriceni, 565. Ordinaire (J. J.) , Application de sa méthode d'enseignementdans l'ins- titution de M. Morin , 200, 670. Ordre , Les exilés de Parga , 1 92. Orlofl' (Le comte), Mémoires histo- riques sur le royaume de Kaples, publiés parAmaury Duval, A., 3o6. — B., i85. Os (Action des) employés comme en grais, 227. Osscmcns fossiles ( Recherches sur les), par Cuvier, 579. — humains, découverts sur les bords du Scioto dans l'état de l'Ohio, 197. Ouïn , De l'exportation et de l'impor- tation des grains, 179. Palissot de Beauvois , Flore d'Ov\ are et de Bénin, i68. PaniphleteeriThe), 555. Panorama d'Athènes, 445' Pareau, Lucius , sife napiganies , 580. Pahis, 221, 262, 429, 665. Pariset (Madame) , Manuel de la mai tresse de maison, 1S9. Parry's Voyage fur the discouery oj a norJi west paxsage, 558. Parthenon (Sur les sculptures des frontons du', M., 29. Pasero, Note sur la véritable interpré- tation d'une loi italienne, 178. Pauvreté, ses causes et les moyens em- ployés à J\êw-York pour la préve- nir, A., 68. Pays-Bas, i6i, 2i5, 069, 58o, 653. Pei>tuhe, T'oyez Dessii\. Pèlerin (Le) àbobromil, suite, 563. Pebsb , 186, 404. Peste (Histoire de la) qui s'est mani- j feslée à Malte, Gozo, etc., pa p. Tully, 554. * Philibert, roman poétique, pai I Grattan, A., 541. Philologie, i36, i44 , 157, 235 , • 060, 56i, 567,416, 434, 570, 5 5So, 635. Philosophe (Le) en voyage, opéra, de Kock, 446. PHitosopniE, 17,, 173,581,402,4 576, 5So, 6o5. Physique , 206, 576, 643. — élémentaire de Biot, 583. — de Haijy, 583. Phytographie médicale,par J.Roqi 076. Pierre-le-Grand, tragédie polona par Szumski, 564. Planard. Foy . Emma. Poésie, i5S, 161, 162, 192, 193,3 565, 565,568, 609,619, 654. — DBAMATIQUK , l58, l63, 2l5 , 3 445, 446, 563, 577, 619 , 65i, 67 Poésies (Kecucil annuel de) de la ciété littéraire de Bruxelles, i6 — de Falamonica, 645. Poètes célèbres de l'Italie, collect de leurs œuvres, laite sous la dir tion de W. Roscoe, 4ii '0 %> Polémique littéraire, 209. Politique, 182, i38, 146, i_^, 161, 178 , 187, 2i'4, 289,353', 5 I ^^/ ' i^?' //o^' ^97> 598 , 600 , 6( D04, 600, 64s. .Politz, Uniriss der Geschichle , I Preuzsisihcn Siaals , 565. Pologne, i56, 662. Polypiers. Vcy. Lamouroux. Pompei. J^'oy. Corse. Pont en chaînes sur la rivière Mer mack, aux Etats-Unis, 620. — de Louis XVII I à Bordeaux, 65 — du même nom , à Saint - Sev( 656. Population de la Turquie, 423. Porcelaine (Fabrique de) dans le d parlement de la Haute - Vienn. 426. Portugal, 424. Potet, Expériences sur le magnétisa animal , 579. Pougens (Ch.) , Vocabulaire de mo anciens, tombés en désuétude, 67< — Lettres de Sosthène à Sophie, 67^ DES MATIERES. 15 •ouqueville , voyage dans la Grèce, A.,55i. ^rices ( David) , Chronolo^^ical re- trospect,'^'''^- 'eisné, Précis de la vie de Jésus- Christ, 583. 'rix proposés : par l'académie royale de Londres, 206 ; — par la société d'instruction publique de la Corse, 2 1 (j ; —par la société des lettres, etc., de Metz, 219 ; — par la société de pharmacie de Paris, 2a6; —par l'a- cadémie roy. des sciences usuelles d'Erfurt, 4i4; — par l'académie des inscriptions et belles-lettres de Paris, 452; —par l'université de Co- penhague, 654; - pai' ^^ société pour l'encouragement des arts de Ge le vieux Cévenol , ôgS. Ramcye. Fo}'. Télescope. Rancé f'^oy. Retour. Rapports de Sociétés savantes, P'oy. ÎNlÉMOIRES. Raymond'^ , Tàoughis on poUtiçal econoniv , 5 00. Réclamation de priorité du docteur Forni à Turin, relativement à la découverte de l'identité du fluide magnétique , 645. Reld's Essays on liypochondnas , 555. Religion- Koy ■ Théologie. — (Mémoires sur la) , par Lanjuinais, 595. Retour (Le), ou l'oncle et le neveu , comédie , par Rancé < 445. 1 encourasremenc ues ans uo "■=- \-"'r - •■ . néve, G5o;-par l'académie des! Revues (Observ. sur les;, scientifi reaux-art? de Milan, 645;-par l'a- ques et l.tt. anglaises M 449- Reynier'(L.), Lettre à M. Jullien re- lativ. au Byssus des anciens , 642. Ruera, Saa;f^,io su i rapport;, etc. , 1 55. Robert , Tableaux des intérêts, 170. Robinson's, Menwirsoflhe Msxican rei/olution , 55o. Rolland de Villargues , Foj. Substi- tutions. Romains (Esquisse des mœurs domes- tiques des anciens), 555. Romans, 191, 34i , 594, 56i, 610^ 618, 656. Rome (Déblaiement et excavations du Forum de), 421. Roques, Phytographie médicale, 076 Rousseau (Hist. de la vie et des ouvra- ges de J.-J.) , A. , 102 , 1 1 1 . Honneurs rendus à sa mémoire à Genève, 4 ï9' Runes allemands(Sur les), par Grimm, 070. Rus eVs Essay on the hislory of the englis/i governenicnt and consti- tution , l32. Russie, i56, 206, 557, 653. S. ?ÏÏ5S1scânce du) , par Fritot ,lsae. , - ^^ -leur des mc^n^^d^nt ^97- roiHenriIV,558. R- Sages-femmes, sur leur emploi en chi- Rabaut-Saint-Étienne, Précis de l'his- rurgie,i49- 1 •„ „Ho toire de la révolution française ,lSalaberry, Essa.s sur la Valaclue et la -00 Moldavie, 107. cadémie zélandaise des sciences 654 ; — par l'académie des sciences d'Amiens . 658;— par la socldé J'é- mulation de Cambrai , ôSg ; — par l'académie des sciences de Tou- louse, 661 ; — par la société d'agri- culture de Toulouse ; 662 ; — par l'académie française, 666; -par l'a- cadémie des beaux - arts de Pans, ^67- - ^ . — DÉCERNÉS : par l'académie des ins- criptions, etc. de Paris. 43ij 432; — par l'académie des beaux-arts de Paris, 456, 668; — par l'université de Paris, 440;— par l'académie zé- landaise des sciences, 655;^ par l'a- cadémie des sciences d'Amiens , 65-; —par la société d'émulation de Cambrai,658; -par l'académie des sciences de Lyon, 659 ; — par la so- ciété académique de Nantes , 660; — par la société libre d'émulation de Rouen, 660 ; — par l'académie française, 666. Prophètes ( Les ) , nouvellement tra duits de l'hébreu, par Agier, ogS. landie ( Nouvelle espèce de ) uvée en Italie , 4iO. i6 Salaui trouvée en Italie ,410 Salfi,C.- A. ,76,506. Salverte (Eusèbe) , C.-M. , 232. Sanderson , Biographie des signatai- res de la déclaration d'indépen- dance , 554. Sauvages, Dictionnaire languedocien français , 606. Scarron , Le roman comique ,610. Schlegel{Aug. GuiL) , Spécimen no- vœ typographiœ indicée , 1 96. Schvrartzkopf. f^'qy. Droit public. Schweighœuser (G.) , Die Sliifen der Bildung , 362. Scrittori d'Ilalia. Voy. Ugoni. SciLPTCHE, 21 5, 399, 637, 657. Sculptures (Sur les) des frontons du Parlhenon , M. , 2g. Ségur, Histoire de France, 676. Sempere Guarinos , Bibliotheca espa nola economico-politica , 5-Q. Senée , De l'histoire, etc., 6o5, — De signis , 6o5, Serres chauffées par hi chaleur des écuries, 2o5. Shakespeare (Biographie de) , M., i5, Shelly (Mad.}. Foj\ Frankenstein. Sickler. f^qy. Homère. Siebe»-Leone, accroissement de la po- pulation et de la prospérité de cette colonie j 202. Signis {De), sive de signorum in ideis generandis vi ac potestate , 6o3. Simons-Candeille, Agnès de France 394. Sismondi (J- C. L. de) , C.-A. , 5i8. Smith , Journal tenu pendant un voyage à Congo, i38. Société pour prévenir la pauvreté de New- York , A. , 68. — géologique américaine, 197. — asiatique, de Calcutta, 202. — littéraire , de Ceylan , 4o4. — roy. de Londres , 127. — Des Missionnaires, de Londres,2o6. — d'encouragement, de Londres, 2o5. — de Londres, pour la conversion des Bohémiens errans en Europe , 629. — philosophique de Cambridge , 206. — royale de Dublin , 627. — littéraire dite Humaniiels Gescll- schaft , de Berlin ,211. TABLE AXALYTiQrE j —des sciences natur. de Halle .210; — d'écon. rurale de Stuttgard, 414. — pour l'encouragemeut des arts d Genève, 659. —bourbonienne, de Naples , 643. — académique, de Nantes , 660. — de médecine, de Toulouse , i63. —d'agriculture , de Toulouse , 662, — des sciences et arts, de Strasbourg 427. — des lettres , sciences et arts . d Metz ,219. —libre d'émulation, de Rouen , C60 -d'émulation , de Cambrai, 658. — de l'instruction publique de 1 Corse ,219. — de pharmacie , de Paris , 22G. — de la morale chrétienne,àParis,6Ç8 — Biblique aux Etats-Unis, 126. if'''qy -aussi le mol AcADÉMiB..) Source de bitume découverte au nord ouest du Duck-Creek aux États Unis , 197. SouBDs-MCETs (instruction des) à Phila delphie, 200. — (Institution des) à Rodez (Avey ron), 427. Souscription proposée pour l'hospice du Saint-Bernard. 640. Southey. f^qy. Wesley. Staël (Mad. de). Œuvres complètes, iSS.A. ,540. Stafford. J^qy. Loch. Stapfer, C.-A., 493. Staiings Gedichten , 871. Stassart, C,-B., 161. Statistique, 169, 182, 202, 4ii,4i5, 423. — littéraire de Russie , 206. Stober, Griechenlands Erwachen , 619. Strahlmans Finnische Sprachlehre 357. Strixner, Collection litographiée de tableaux de l'ancienne école alle- mande, 4i8. Style des orientaux , 656. Substitutions (Des) prohibées par le code civil , par Rolland de Vil- largues, 177. Sucre, sa propriété anti-vénéneuse, 2ld. Suéde , 207, 4 «5, 654. Suisse, i52, 364, 419, 493, 673, 639. DES MiTlÈBES. Tully. Foy. Peste. T. Turquie , 423 , 646. — Asiatique , 4o4. TypooaAPHiB , 196. 17 allas chronologicas , 58o ableaux cbronométriques , par Ool- faux , 585. , ,, , ,, actique électorale à 1 usage de 1 op- position, 6o3. „ „ - aiUandier , G.-A. a89 , B. i52. ^asso {Torquato), Lettere e versi. iS". _ "ECHJiOLOGIB, 205, 219, 359. 'élescope perfectionné par M. Ka mcve , à Aberdeen , 204. . 'éreiice (Comédies de) , traduites en vers français , par Bergeron, 162. fernaux (Lettre de M.), membre de la cbambre des députés , à ses cor- respondans , 6o4- , . festament (Texte grec du nouveau), par Valpy,556. _ rhéàtre de M. J. Chénier , 097 u. Ugoni (Camillo) propose la continua- tion de l'ouvrage biographique {Scritlori d' Italia) du comte G. M. Mazzuchelli, 212. Délia lilteralura italiana, 565. XJkivehsités : de Transylvanie , à Lexington, 198; — de Breslau , 4i4; — de Copenhague , 654 ;— d'Erlan- gen , 656. UfiAsoGBAPHiE (Cours d'} , par Che- min Dupontès, 186. V. Valachie, 187. -'x^m'in ÎR^'es'îunMé^olVertes r.^ keCodo de cueniay razon , Valle [Cesare délia) , Tragédie, i58. près de Mandeure (Doubs) 9.16 Théâtres de Pans, 236 44^ - {^' Valpv's, Greck testament, 556, Thénard, Traité de chimie ^l^'^^^Uin ^^^pen , Histoire des lettres et taire, 169. des sciences dans les Pays-Bas,37i. Théologie, Religion et Gllte , ^l%A__rr^ Mùller. 555, 564,565 . 58o ,4oo,/oi , *o^' yj^^^^^^ Interprétation des alpha- 556,595. 596,629,600. ^ ^^^ bets dont on faisait usage pour les lé-^endes des monnaies anciennes d'Espagne, 568. Ventun, Memone et lettere inédite , rar'^as, Diccionariogeografico, 1 59. ThZnJphôri'islbe) : (lisserait Au- ^iislus JVellauer, 060. TÛiebaut de Berneaud, C.-IN,, 0^0 Thiessé (Léon) , C.-A. , m- Thrise. Historia Cy renés . à3^. Toile de Momie, portant des carac- tères e Momie, portant des cf"^-(.J[|>^ouvelle (Fondation d'une) dans égyptiens qui paraissent être ViUenouv^,^^^ Macquaire, (Nou- la marque de 1 étoffe ,M;^^ ^^^J velle-Hollande) , 620. la marque u^ * >- ' /■ p^ , 1 veiie-ii"""""-; ' To.c Kp«.V.o^9«TO£ T«5 Ei/p^^'-f ^*^'-|yocabulaire bohémien, du professeur xîvTi, 6o5. , • • c Torombert, Exposition des P"°"J/'lvJiûeyV Les ruines, 175 ou Classification des sciences, etc., vomej , ^ „:_^„:„.., TorrYceni , L'oracolo di Belfo , etc. , Tonvàe Londres (Histoire et antiqui- tés de la) , par Bailey, 62. Traductions nouvelles, en allemand, Palkowitsh, 655. voluey, Les ruines , _ . Voyages dans l'intérieur de 1 Amen- rique,parHarmon, 554. _ du missionnaire ang aïs Campbell , dans l'intérieur de l'Afnque, 4io. -à Congo, par Smith, iSy. _en Arménie et en Perse , par Jau- bert^ 186. des classiques grecs ^^ ^fj"'; ^ dJ_dans^la Grande-Bretagne , par Ch Tragédies de C. délia Valle , duc de Q deuxième partie , i;'- ir°_r:„^or,r. i5S. ^ t, '__ _„, TV«Apr de Saussure Ventignano , i58. Transactions {Philosophical), of th. Len Ecosse, par IN^ecW de Saussure, Transactions [,t'tiuosujjni.^^-),-j •■■-[ royal socielyofLondon,x-27- J^ ^;^ le nord de l'Allemagne , par Treschow,Loi^gi^nings-Princifies,\ ^^ .j^^ ,5,. 564. ^ 18 TABLE ANALYTIQUE DES MATIÈRES, —aux Alpes et en Italie , par Monté- 1 „, mont, 395. W. —aux Alpes maritimes, par F. E.Fo-L, ,. „ ^ . deré, Sga. Walkenaer , Recherches géographi deré, Sga. —dans le royaume de Naples , par Keppel Craven , 354. —dans la Grèce, par Pouqueville, A. , 33i. —en Grèce, par P. E. Laurent , 354. —souterrain , par Bory de Saint- Vin- cent , 586. —dans les Montagnes maudites , par Léon Dufour , 586 ques sur 1 in ter. de l'Afrique ,1 85 PFarner's [Richard) , Miscellanies 356. ff^as ist der Zeitgeist ? i46. Weyland , Pensées de Jean Pau Richter, 67 1. Wellauer , f^oy. Thesmophories. Wesley (Vie de) , par R. Southey, 554. William, C.-A., 534. -Di DÉcocvfiBTEs du capitaine anfrlaisw^û ' .. W. Parry, 558 ;-du^commaSdant Wurtemberg, statistique deceroyau w. Parry, 558;— du commandant russe VasiUeff, 6a j ,— du lieutenant King de la marine anglaise , 622. — sciENTiFiQLEs .' de MM. Waddington et Hanburg, en Egypte, 4io: — du jeune Witte , en France et en Angleterre , 44i ;_de plusieurs sa- vans américains, aux îles Arctiques 620; du colonel Francklin, aux In- des orientales, 6ai;-de M. Cail- Iiaud, en Nubie, 623,626. me, 4i5. Y. Young (Arthur) ) , Notice biographi- que, 4ii. Z. Zoogène (Substance appelée) , obser- vations sur cette prétendue décou- verte, 670. Zoologie, 4i 1 , 419. FIN DE lA TABLE DU ONZIEME VOLUME. ERRATA. quatre manuscrUsduDtsèsteTsXTnVn '^^^^^ris possède Pingt- qualre manuscrits des ii7iit,l/ r ^'^^"'^'^^g"^ <^^ Pans possède pmgi- et quinze auœTsJloLf ej,/ J^^^^^ien dont neuf avec le texte stul du Digeste .-iliiTil t '/" outre, plus de quarante manuscrits Uorentr, li ez fi^^ I.T7-rr''''\?= miscellanea;-\h\A.a. 35 , SUITE DE U ERRATA. cù ttriturea ■,^p. 233, I. 12 et 16, Borry de St.-Vincem^ Ihez : Bory deSt- l^mcenli ibid., dernière W^nc^ propriété, lisez •.prospérité; — p. 239, 1. 33, harmante, lisez : chantante ; — p. 2^2, au bas de la page, 5i* cahier , isez : 32« cahier; — p. 254, I. 20, àferme, lisez : enferme:-—^. 261, 1. 19, fiiTti, lisez : effets; — p. 262, 1. i5, ne se remplisse, lisez : se remplisse'; —p. 270, 1, 22, intitulions, lisez ; instructions ;— p. 3oi, I. 4» la première Inousgui offrira , lisez : nous offrira; — p. 34i, 1. 6, Gajol, lisez : Guyot ,- —p. 35i, 1. 56, Vadjal, lisez: f^adjah; — p. 55i, 1. i4, Hïati., lisez Haïti'; — p. 55i, 1. k,forquhar, \\%ti farqhar ; —p. 557, 1. 10, Madiolani, lisez : )fediolani;—i). 369, 1. S, Touellanoz , lisez ; Jovellanoz ; — p, 43o. 1. 33, lu. ho, lisez : dw 5o ; —p. 572 , 1. 18, 1 200, lisez : 200 ; — p. 577, 1, 28 et 29^ mr le comte Beniouski , celle d'une comédie de Kotzebue , lisez : celle du omte de Beniowski , comédie de Kotzebue ; — p. 617,!. 21, Champvaus, isez; Champvans ; — p- 663, I. 33 , passage des bateaux, lisez : pesage des bateaux ; p. C72 et 673, sir Henrj , lisez : .)/. Sirhenrj-, DE L'IMPRIMERIE DE J. SMITH. WlS i AP 20 R53 1. 11 Revue encyclopédique PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY 1