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REVUE D'ALSACE.

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GOLMAR . Imprinrario et Uttiograidiie de Gakllb DMKin.

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REVUE D'ALSACE.

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COLMAR,

AU BUREAU , RUE DES HARCHAM», N* 8.

1858.

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LES SCYTHES.

LEUR ËTAT SOCIAL, MORAL, INTELLECTUEL ET RELIGIEUX.

Les Scythes appartenaient avec les Aries de Tlnde , de la Médie et de la Perse et avec les Athiirs (Assurs) , les Haïgans (Arménies) , les Kamars (Kimro-Keltes) et les Hellènes à cette souche de nations qu'à défaut de nom plus convenable nous appellerons b race de lafète. (i) A l'époque les peuplades scythes apparurent pour la première fois dans rbistoire » en rapport avec les peuples aries , elles habitaient les contrées appelées aujourd'hui le Turkestan , au sud du Djihouns » depuis la mer Caspienne jusqu'aux Monts-Nébuleux (Belurt-tagh). Au nord et à l'est elles touchaient aux peuples altaïques qui étaient no- mades comme elles et dont les descendants au Moyen*âge étaient les Tatares-Mongghols. Au sud les Scythes étaient 3n contact avec les Baktries et , par leur intermédiaire , eki rapport avec les Hindous. Les contrées ces peuplades scythes apparurent pour la première fois dans l'histoire étaient » sans doute ^ le berceau même de leur race. En effet c'est et dans le voisinage qu'elles séjournèrent le plus longtemps ; c'est de qu'elles se répandirent les unes vers le sud et vers l'est , les autres vers le nord et vers l'ouest. Parmi les peuplades scythes qui se sont répandues vers l'est et vers le sud les plus an- ciennes et les plus puissantes étaient les Sake$ et les Parthet , deux noms qui ont été donnés dans l'antiquité encore à d'autres tribus

(') Voy. Rmm d*Alêace de iS^ , page 557.

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6 REVUE D'ALSACE.

moins puissantes et moins UnportanteSi mais qui étaient issues comme les Sakes et les Parthes de la même souche scythique. Les Sakes étaient la peuplade scytbe la plus voisine des Arles (v. PUne , 6 , 19» i) et par conséquent la mieux connue des peuples de cette branche, lesMèdes, les Baktries et les Hindous. Dans leur langue ainsi que dans celle des peuples aries leur nom (scythe Chakàs , sansc. Çàkâsi) signifiait Capables (norr. Hagir aptes). Les Çakâs figurent dans les traditions des Hindous au moins dès le i^*" siècle avant notre ère. En effet ils sont mentionnés dans les plus ancieos livres sanscrits (voy. Manon', x . 44) d'abord sous le nom de Çakàs et plus tard sous celui de Çâkyâs (Issus des Cakes) et de Çâkyasênâi (Troupes de Çakyâs). Les anciens Hindous comptaient les Çakâs ainsi que les Kambôdjâs (Arachosies), les lavanas (lônes), les Paradas (Paropamisies) et les Pahlavas (Perses) parmi les peuples voleurs (sansc. dasyavas)^ dégradés (sansc. coudras) et hérétiques (sansc. Mlêtchas) , parce que , disaient- ils , par Tomission des sacrements et par la non-fréquentation des Brahmanes ils sont , par degrés , descendus , dans ce monde , au der- nier rang des hommes {Manou , x , 45). A l'exemple des Hîndous, les Perses orthodoxes ont désigné également dans leurs, livres sacrés le pays des Sakes sous le nom de Tûrân (Hors d'Iran ; Pays de barbares et de mécréants) et plus tard encore les Persans , par une allusion maligne au mot de sak (p. sbak aboyeur) qui dans leur langue signi- fiait chien les ont appelés Sàk-sâr (Têtes de chien) ou Gourk-sàr (Têtes de loup). A partir du quatrième siècle à peu près .avant notre ère les Cakes se répandirent davantage vers le sud et s'établirent sur les bords de l'Indus. Us essayèrent même de pénétrer dans l'Inde ; mais ils en furent repoussés par Vikrâmadiiyas ^ roi d'Oudjayânî, qui jugea la victoire qu'il avait remportée sur eux tellement importante que non seulement il prit lui-même le surnom honorifique de Çakârî (Ennemi des Çâkes) mais qu'il institua aussi l'ère des Çâkes (sansc. Ça- kâbdha) qui date de Tannée 56 avant J.-Ch. , dans laquelle il avait vaincu ces Nomades guerriers. A la fin du premier siècle après J.-Ch., les Çakas^ nommés Indo-Scythes par les Grecs, occupaient toute la partie nord-ouest de l'Iode. Ils étaient a cette époque sous la domi- nation de leurs frères les Parthes, (voy. Peripl* d'Arru.) qui eux- mêmes étaient une branche de la race sake ou scythe. Dès le deuxième siècle avant notre ère les Cakes furent désignés dans les livres chinois sous le nom de Yut (cf. ïoue-tschi?) et lorsque les

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Chinois farent entrés en rapport* plus direct avec les Hindous par la religion de Boudba et qu'ils eurent appris d'eux le nom de Çakas ils rexprimërent dans leur langue sous la forme de Ha^ka. Au sixième siècle de notre ère les Cakes ou Indo-Scythes passèrent sous la domi- nation des Huns qui étaient de race tatare^mongghole et ils dispa- rurent ensuite peu à peu de l'histoire des peuples de l'Asie.

n ne parait pas que les Hellènes aient connu les Çakas , sous ce nom, antérieurement au cinquième siècle avant J.-Ch. Hérodau^i sans doute le premier énoncé positivement l'identité de race des Sakes (Çakas) et du peuple que , de son temps . les Grecs appelaient Skutes (cf. HeUanikus) ou Scuthes. Cependant suivant l'érudit Tzèlzès, les Grecs auraient emprunté leur mot sakos (bouclier) au nom même des Sakes lesquels, selon lui, seraient les inventeurs de cette arme défensive. Mais le nom de Cakes, nous l'avons dit, signifiait Capables et le mot grec sakos signifiait Protégeant et dérivait du même thème' que les mots sakos (enceinte sacrée) et les mots correspondants norrains hagi (haie, enceinte), hogull (protégeant, cuirasse); il n'y avait donc pas de rapport étymologique entre le mot grec sakos (bouclier) et le nom de Cakes à moins qu'on ne trouve plus probable d'expliquer le mot sakos comme signifiant proprement et originaire- ment Varme sake. Dans ce cas Sakos aurait été un mot étranger adopté indirectement par les Grecs sans qu'ils en eussent connu la signification de arme sake et sans qu'ils eussent encore été en rapport direct avec les Sakes ou Scythes eux-mêmes. Les Sakes furent vaincus par Cyrus- le-Grand et obligés de lui fournir 20,000 cavaliers {Ktesias Pers. § 83). Aussi flgurent-ils depuis cette époque dans les inscriptions cunéiformes soos le nom de Saka , et ils y sont énumérés parmi les peuples sou- mis aux Perses. Il paraît même que Cyrus, d'après l'usage des anciens conquérants, après avoir vaincu les Sakes en a transplanté plusieurs tribus dans diflërentes parties de son empire et que par suite de cette mesure politique, des tribus sakes se sont établies en Arménie et en Carie et sont entrées dès lors en contact direct avec les Grecs asia- tiques. Du temps d'Hérodote et de Xénophon les Grecs connaissaient déjà les Sakes Hamurgies , les Sakes Armenies et les Sakes Rares.

U y avait entre YArie proprement dite et la Bagdriane une contrée arrosée par le Matgus (sansc. Marus) à laquelle les Grecs donnaient.

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8 REVUE D'àLSàGB.

depuis les. temps d'Alexandre, le nom de Margiane leqael corres- pondait au nom scythe de Marhava (cf. slave Morava). A Test de celle Margiane ou Moravie habitaient des Sakes que leurs frères les Sakes ou Scythes de la mer Caspienne appelaient les Sakes d'au-delà de la Moravie (xa-moraviai ; cf. si. za-porog , au-delà des brisants). Les Grecs changèrent dans leur langue le nom de Zamoravies tantôt en Hamurgies (Hérodole, vu, 64) , tantôt en Amorrhaies. C'est ainsi que le roi de la tribu scythe des Derbikke» lequel fut vaincu par Cynis-le- Grand avait le nom iTAmorrhatos , sans doute parce qu'il était du pays des Zamoravies et que les Derbikkes lui avaient donné ce nom national suivant l'usage ordinaire chez cette branche scythe de désigner ainsi leurs princes appartenant à une tribu étrangère. Cet usage s'est conservé encore chez les descendants des Scythes les Gèles (cf. ffo- tMla le petit Goth) les Germains (cf. Vestfàl le Yestfalien) et les Scandinaves (cf. Dan le Dane) chez lesquels plusieurs princes ne por- taient d'autre nom que celui de la tribu étrangère d'où ils étaient sortis.

11 y avait en Arménie un district particulier appelé par les Grecs SakaUne (v. Siraban , xi) et qui s'étendait jusqu'à la mer Kappadoke (mer noire). C'était probablement une colonie militaire de Sakes transportés ici après la victoire remportée sur eux parCyrus. Du temps de la retraite des dix mille Grecs il y avait en Carie , sur les bords de l'Harpasos près du bourg de Knos, des Sakes établis d^à en assez grand nombre pour que Xénophon put les remarquer {Xenophon Anabans), C'étaient probablement aussi des Sakes transplanté» dans ce pays par Cyrus-le-Grand.

Les tribusdes Parthes étaient tout aussi anciennes dans l'histoire que celles de leurs frères les Sakes, En effet le nom des Parthes figure dans les anciens livres sanscrits » (Manou » x , 44) à côté celui des Çakàs et des Pahlavàs. En sanscrit la forme de ce nom est Paradas. Selon Justin (XVI, i ; cf. Isid. origg. ix , 2 , 44) le nom de Pailhes, dans la langue des Scythes» signifiait Exilés et Arrhien {Phoiii Bibl.) rapporto que du temps de Sésostris (1400 avant J.-Ch.) et du roi scythe Ihan^ dussos (p. Ithan-dussos , norr. lôlun^lhurs) les Parthes sont partis c'est-à-dire se sont exilés , ou se sont séparés de leurs frères pour

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LES SCYTHES. 9

aller s'éuUir plus au sud-ouest. Le nom de Parthes correspondait donc au mot de partis (cf. lat. paru divisiou , séparation ; cf. héb. parad séparer) et il désignait chez les Scythes des tribus qui se sont exilées oh sont parties volontairement du pays de leurs pères. Les Parthes devinrent sans doute d'abord tributaires des Assurs qui dans l'antiquité avaient soumis les peuples de cette partie de l'Asie ; plus tard ils furent soumis aux Uèdes. Ils se révoltèrent contre le rqi mède Asti- haras et se mirent sous la protection de leurs frères ks Sakes. Mais la reine des Sakes qui , à en juger par son nom de Zarina (sansc. haimà, pers. zerineh Dorée) , était originaire d'un pays arié et avait succédé comme la reine Tomyris à son mari défunt ; cette reine des Sakes n'eut pas assez .d'énergie ni kIc puissance pour défendre les Parthes , mais elle fut obligée de les abandonner de nouveau à l'au- torité souveraine des Mèdes. Les Parthes passèrent dans la suite avec leurs mattres les Mèdes sous la domination des Perses. Aussi figurent- ils dans les inscriptions cunéiformes parmi les peuples soumis aux Grand8*rois ; ils y sont désignés, sous le nom de Parihava (pluf. de Parthu) dont les Grecs ont fait Parlhuoi. A la chute de l'empire perse les Parthes passèrent sous la domination des Makedones ou des Seleukides. L'an 156 avant notre ère les Parthes (arm. Barthierkh) se rendirent indépendants et fondèrent la dynastie des Arshakides (suc- cesseurs d*Arshak , cf. Arsakès) ou Ashkanes laquelle régna pendant quelque temps depuis la Perse jusqu'à l'Indus, et comprit. aussi sous sa domination les frères des Parthes» les Sakes orientaux ou les Indo- Scythes. Cette dynastie tomba l'an ^6de notre ère, et les Pcurthesd'^lors qui étaient moitié d'origine persane moitié d'origine scythe , furent soumis au nouvel empire des Persans fondé par les descendants des anciens Perses. C'est probablement de quelques tribus parthes éta- blies sur la Maeotîde que descendirent les Parathanes ou Bardes qui , quelques siècles plus tard , se fixèrent dans le Barden-gau en Germanie. Comme les Parthes appartenaient originairement à une branche qui habitait à l'occident des Sakes et comme ils ont été le peuple prin- cipal parmi les Scythes occidentaux dans l'Asie , il est permis , à dé- faut de nom générique plus convenable , de dopner par extension le nom de Parthes à tous les peuples scyihiques qui étaient soumis à leur domination. Les principaux de ces peuples sc>thes sont les Dahves , les Masagètes et les Varkes,

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l.B« DABVBfl.

Le nom de Dahves (gr. Daoi^ lat. Dahœ) est probablement la pronon- ciation grecque du nom scythique de Tavas qui signifiait Brillants (cL scytho-gr. Targi-tàos, p. Jarjft-tavui Brillant par la targe). Les Dahet étaient un des principaux peuples scythes (Sirabon, i\ , 508 » 51i ; Pline , B. N. , 6 , i9 , 57 » 53). Lorsqu'ils parurent pour la pre- mière fois dans l'histoire ils étaient établis dans la contrée qui aujour- d'hui porte fortuitement le nom homonyme tatare-perse de Daghestan (Pays de montagnes? cf. tagh; chinois Da^hia) lequel n'a aucun rap- port étymologique ni historique avec le nom des Dahes. Au sixième siècle avant notre ère les Dah^s étaient sous la domination des Perses (voy. Jeschi^Favardxn),  cette époque des tribual dahes émi- grèrent pour s'établir dans le voisinage de l'Arménie (cf. ies Sakes Arménies) , dans ce que les Grecs appelaient les Campagnes des Daas et dans les Champs amazoniens Xénophon rencontra le peuple qu'il - nomme les Tahes et que plus tard les Arménies ont appelés Daikh. Une autre partie du peuple dabe émigra pour s'établir en Samarie {Esra, 4,9) ce qui arriva sans doute après que leurs frères, les Scythes ou Skolotes^ qui étaient venus ^e la mer Noire eurent pénétré en Babylonie , en Syrie et en Palestine. C'est à la suite de cette in- vasion que des Scythes allèrent occuper en Palestine la ville de Beth- séan (héb. Maison de repos ; arab. et rabb. Baisan) que depuis les Grecs asiatiques ont appelée Skuthopolis (Ville scythe). Une troisième partie du peuple dahe émigra vers le nord et s'établit sur la Mœolide. C'est de là* que déjà au cinquième siècle avant noire ère les Athéniens tiraient les esclaves dahves dont ils faisaient ordinairement des paî" dagogm comme le prouve le nom de Daos dans les comédies gi*ecques et par imitation celui de Davus dans les comédies latines lequel est le nom classique généralement adopté pour désigner au théâtre le personnage faisant le rôle du Pédagogue. C'est sans doute principale- ment de la Moeotide que vinrent les tribus dahves qui se sont établies au nord de la Thrace et qui y ont donné naissance au peuple des Dàkes (p. Davîkes^ Tenant ^es Dahves). Du temps d'Alexandre il y avait encore des Dahes sur les bords de l'Oxus (Just. , xii , 6). C'est des Dahves de la Mœolide que se sont séparés les Apames ou Pâmes , peuple pasteur qui, vers l'an 2S0 avant J.-Ch. , sous la conduite ^*Arsakès , s'emparèrent de la Parthyie {Strabon^ xi , 10). Les descen-

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VËS SCYTHES. ^ 11

dants àesDaKes qui étaient restés dans la Perse, y prirent probablement dans la suite le nom persan de Tazy (cf. chinois Itao-tchi) ou le nom de Tadjik. Ces deux noms les Persans les employèrent plus tard comme ils avaient employé antérieurement ceux de Turan et de Saksar pour désigner les peuples étrangers par leur origine et leur religiou à la Perse ou les Barbares en général.

Les Masagètes étaient comme les Dahves de race scythique {Hérod. I » 201 » 215 ; Just. i » 8 ; Strabon , lib. xi). Us élëent sans doute une subdivision des Gètes {Intelligents, sansc. tchU intelligence ; norr. gëdh esprit) et prirent le nom de Masa-gètes^ soit parce qu'ils étaient des Gètes établis sur une rivière nommée Masa (cf. Tyra-Gètes , Gètes du Tyras; Thyssa-Gèus , Gètes de la Theiss; cf. Moiso^Golhs , Goths de la Meuse)» soit parce qu'ils formaient la grande (scythe mam) division des peuples appelés Gètes. Du temps de Cyrus-le-Grand les Masagètes étaient établis sur les bords de l'Âraxe (sansc. Vourukacha) et ils semblent ne s'être jamai^ beaucoup éloignés de ces contrées du nord de la Sogdiane.- Cyrus qui avait remporté une victoire tellement signalée sur les 5afte« qu'elle fut célébrée annuellement dans tout l'empire perse par les Fêus sakes (gr. Sakaia , voy. Hesych. i » v ; Ktesias , édit. Baebr , p. 9S , 447) trouva sa mort dans l'expédition contre les Masagètes qui étaient les frères des Sakes. En contact continuel avec les peuplades nomades voisines d'origine mède et tatare et qui les entouraient à l'est et au nord , les Masagètes , en même temps qu'ils se mêlaient à des Mèdes, adoptèrent aussi des tribus tàtares beaucoup d'éléments étrangers à leur sang, à leurs mœurs et à leur langage, de sorte que c'est déjà depuis cette époque que l'influence mède et l'influence tatare se font sentir sur quelques peuples d'origine scythique , principalement sur les peuples scytho- sarmatiques. Aussi par suite de ce mélange les Alanès qui » suivant , Cassius (69, 15) et Julien^ sont issus des Masagètes, étaient-ils apparentés et alliés à la fois aux peuples d'origine scythe tels que les Goths et à des tribus d'origine latâre tels que les Kuni ou les Huns. L'élément tats^^e subsistait aussi dans les Rhox-Alanes qui , comme l'indique leur nom , étaient des ÀUùns mêlés à des Rhôses (établis sur le Rhôs ou le Wolga) qui étaient un peuple d'origine altaïque.

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13 . REVUB D'ALSACE.

I.B(i TARIUSM.

Les Varkei dont le nom signifie chassés, exilés , loups (sansG. vrkas^ norr. vargr, cf. madyar farkas) ou bien étaient ainsi nommés à cause de leur férocité (cf. pers. gaurk-sar) ou bien ce nom qui était syno- nyme de celui de Pelasges . de Parihes , de Bruîtiens^ ils le tiraient de ce qu'ils avaient été exilés du pays de leurs pères. Le pays des Varkes ou Ouarkes ou lourkes qui était àitué au nord-est de la mer Caspienne fut aussi appelé par les. Grecs Burkania (p. Ourkania) ou Barkania et aujourd'hui en persan il est nommé Gourkan (Pays-de- loups). Les habitantaiprirent d'après le pays le nom de Barkans ou Hurkans (lat. Hyrcani). Parmi les Hurkans on distinguait principale- ment les Derbinkes (gr. Derbikkai. Plin. Dervtcae) dont le nom qui correspond à la forme norraine de Trêvingiar , signifiait proprement Descendants de Derv ou de V Arbre (cf. gr. dms^ sansc. Druma, norr. triu) ; soit que Derv (Arbre) fût un personnage épique soit que ce fftt un nom mythologique synonyme de celui de Askr (Frêne) dont » selon les traditions Scandinaves , provenait la race humaine. C'est peut-être aussi des Dervikkes que sortit plus tard une tribu illustre parmi les Goths » savoir les Therviggâi lesquels à leur tour paraissent avoir été en quelque rapport généalogique avec les Dures ou Thu- ringes ou Tgrks germaniques. La tribu des Derbikkes était sans doute pendant quelque temps établie plus près de l'Inde parmi les Indo- Scythes puisqu'elle a conservé dans VHyrcanie l'usage d'entretenir des éléphants et qu'elle continuait toujours ses rapports avec les Hindous par l'intermédiaire de ses frères les Sakes établis plus à l'est. C'est parmi les Sakes zamoravies que les Derbikkes ont sans doute choisi leur roi nommé Amorrbaïos (le Zamoravie). Sous ce roi , les Derbikkes devinrent tributaires de l'empire des Perses et selon Ktesias (Pers. §6,7) Cyrus mourut d'une blessure qu'il avait reçue dans une expédition contre ces Scythes guerriers.

Nous venons d'énumérer les principaux peuples asiatiques d'origine Scythe dont l'histoire ancienne fait mention. Ces peuples apparte- naient soit à la branchfi orientale ou sake , soit à la branche méridio- nale ou parihe. La plupart d'entre eux sont restés en Asie et par suite des révolutions politiques qui sont survenues daos ces contrées , ils se sont mêlés peu à peu avec leurs vainqueurs» et ont perdu les caractères ' distinctifs de leur race ainsi ({ue les traits individueb de leur religion,

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LES SCTTHES. iS

de lenrs mœurs et de leur idiome. Hais tandis que les Scythes établis en Asie n'ont joué en histoire qu'un rôle insig:nifiant pour nous . les fractions de ce peuple qui ont passé en Europe , ont développé dans cette partie du monde les qualités et le génie propres à leur race et y ont dotmé naissance à des nations qui comptent parmi les plus illustres dans l'histoire du monde. Tandis que les peuplades scythes de la branche sake et de la branche parihe après avoir quitté leur berceau primitif se sont dirigées les unes vers l'est, les autres vers le sud y il y a eu d'autres peuplades de la même race qui prenant le chemin du nord et celui de l'ouest passèrent le Volga et le Don et s'établirent les unes dans les plaines de la Russie et les autres sur les bords de la mer Noire. Les premières nous les comprendrons sous le nom général de Samiate$ , les secondes sous celui de Skoloie$,

Vers le milieu du septième siècle avant notre ère, des tribus scythes établies au sud de la mer Caspienne et en grande partie sou- mises aux Mèdes , furent poussées et rejetées vers l'ouest par le peuple tatare les hsedones. Ces tribus scythes passèrent le fleuve que les Kimméries établis à l'ouest avaient nommé le Tanais pu le Fleuve (cf. Don; Don-ubius) et elles s'établirent en Europe sur les bords sep- tentrionaux de la mer Noire d'où elles chassèrent les Kimméries {Hérod. IV , i2) qui occupaient tout le littoral de cette mer. Une fois en mouvement, quelques unes de ces tribus scythes poursuivirent les Kimméries fuyant à travers le Caucase occidental et elles entrèrent dans la partie nord-est de l'Asie mineure. , après avoir vaincu leurs anciens dominateurs les Mèdes et entraînant avec elles des tribus . mèdes et chaldiques , elles pénétrèrent , vers 620 avant notre ère et sous la conduite de Maduas fils de Protoiuas , dans la Mésopotamie » la Bâbylonie, la Syrie» la Palestine (Habakuk 1 , 6) et jusqu'en Egypte (Hérod, 1 , 203 suiv.). Ces Scythes maintinrent leur domination dans ces pays de l'Asie occidentale pendant 28 ans , de 624 à 596. C'est par suite deeelte invasion et de cette domination des Scythes que les lones ou Grecs asiatiques et les peuples sémitiques entrèrent pour la premièf e fois en rapport plus direct avec eux et apprirent à les connaître. Les Mèdes et d'après eux les Babyloniens désignaient les Scythes ou les Sakes sous le nom de Màgôg qui signifiait sans doute le Grand-amas (cf« sansc. nm^a grand; gôth. ^au/i« amassé , élevé; ail. hôch; pers.

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gouh amas , montagne) ou le Grand'trùupeau (sansc. maha^ghôçha») à cause de la grande masse des tribus nomades dont se composait ce peuple à la fois guerrier et pasteur. Le nom de Mâgôg , sinon le peuple lui-même auquel il fut donné, était 'connu des Hébreux antérieurement au septième siècle avant J.-Ch. (Genèse x). Lorsque les Scythes commencèrent d'envahir la Babylonie on comprit que ce peuple était issu des anciens Scythes nommés Mâ-gôg , et- comme la signification de Mâgôg (Grand-amas) s'était conservée dans la tradi- tion et qu'en hébreu le mot gôi (amas , peuple) dérivait également d'une racine signifiant amasier (béb. gavah) on a pu s'expliquer le nom de Mâgôg (Grand-amas) comme signifiant Grand-Gôg et par conséquent on a détaché du nom composé Mâgôg le mot Gôg pour désigner les Scythes qui à ceue époque menacèrent la Palestine (V. Ezéch» 38, 59). Et de même que dans l'antiquité les noms de Grande-Arménie, de ^ande-Scythie , de Grande-Phrygie servaient à désigner la mère-patrie de la PetUe-kménie^ delà jPe(tte-Scythie, de la JPettie-Phrygie » de même Gfig qu'on supposait être le nom du fils de Mâgôg (grand-GAg) put aussi désigner les Scythes d'alors, considérés comme les fils des Scythes anciens, (i) Quoiqu'il en soit, les noms de Gôg et de Mâgôg désignaient , chez les Hébreux» les Scythes (Hiérontm. » Comment, ad Ezéch. 58 , 2 ; Josèphb . Anûquii. i , 6 , 5) qui avaient vaincu les Kimméries , les Mèdes , les Mosches et les Thubals et qui avaient entraîné avec eux ces peuples ainsi que les PersesetlesArménies dans leur expédition contre Babylone (Ezéch. 58 , S ; 59 » 6 ; 58 » 5). Les Scythes auxquels les Hébreux donnaient le nom de Crôg , se donnaient à eux-mêmes celui de Shuai. Ce nom signifiait dans leur langue Boucliers (cf. lith. skyda bouclier , vieux slav. schtchyt bouclier, alL «ehiiU protecteur» norr. sibtttnjr bouclier, lat. scutum^ gr. skuioi) et les Scythes l'ont adopté selon l'usage assez ordinaire chez les peuples anciens de se nommer d'après certaines armes soit défensives soit (Pensives. Ainsi Wahan (bouclier) . était un nom propre assez

(*) Diaprés une idée analogue les Thiulet^ peuple caucasique, désignent encore aujoard'hui les montagnes les plus élevées et les plus septentrionales sous le nom de Mfk^hUv on Morgogh (grands amas , grands monts) ; les montagnes plus pro- ches et moins élevées , en quelque sorte les filles des précédentes , ils leur donnent le nom de ^ ou ghog (cf. pers. gouh montagne ; v. BsDiEGOSy Beic^r0î6tm^ des r,u,79).

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LES SCTTHBS. 15

fréquent chez ces Arménies comme skôUbr (boaclier) Ta été plus tard chez les Scandinaves et skudUo (petit bouclier) chec les Germains. Le nom de Pahlavas signifiait Haches d^ armées celui de Sabins Javelots , celui de Langobards Longues HaUebardes, celui de Franks Framées, celui de Hérules Petites Epées » celui de Saxons Cmielas , celui de . Ruges Styleu , etc. Les lAnes ou Grecs asiatiques pour expliquer le nom de Shites le rapprochèrent naturellement et a?ec raison du nom grec de Shitos (bouclier) qu'ils avaient déjà dans leur langue depuis les temps homériques (cf. Eumsàkes). Aussi Eellanikus de Lesbos , le contemporain de Hérodote et de Thucydide, dans son livre intitulé Skutika (Choses skythiques) rendait-il le nom de ce peuple sous la forme de Skuuri. Mais bientôt les Grecs oublièrent Torigine et la signification de Skutoi (boucliers)» et c'est pourquoi ce nom fut rendu par Hérodote sous la forme de Skuthaï laquelle ne permettait plus d'y retrouver la signification de Skutos (bouclier). Aussi l'érudit Tzitxès bien qu'il ait fait la comparaison spécieuse entre le nom des Sakes et le mot grec sakos (bouclier) , ne s'avisa cependant pas d'appuyer sa comparaison sur la signification même du oom de Skuthes comme synonyme de boucliers. Néanmoins Hérodçte reconnut facilement l'identité de race des Sakes et des Scythes; il fut aussi le premier à énoncer que les peuples appelés Sakes par les Perses et Skuthes par les Grecs, se nommaient eux-mêmes Skolotes. Ce nom de Skolotes (p. Skulntai) signifiait également boucliers (goth. slàldus p. sculdus , aoglos. scyld , norr. sUôUbr , suéd. skoU p. sMôld^. De même que Gadheles était transposé de Galates et Slaves de Svales , de même Skolotes était la transposition d'une forme plus ancienne Skutukd (cf. vieux-ail. Skudulo) et dérivait du thème skada (sansc. tschad) qui «gnifie couvrir , protéger. Chez les Scythes comme chez leurs descen- dants , les Slaves , les Germains et les Scandinaves , le bouclier ou la large était aussi le symbole de la protection, et par suite, de la royauté et du commandement. Aussi Hérodote dit-il que Skolotes était un nom royal et que les Scythes qui se le donnaient de préférence , por- taient le surnom de Scythes royaux. Ces Skolotes habitèrent principa- lement les bords de la mer Noire et ce qu'on appelle aujourd'hui la Krimée . Ils tenaient tributaires les villes grecques du littoral de la mer, entre autre Olbtojiolis (Ville d'opulence) et lorsque plus tprd ces Grecs bosporans eurent fondé une dynastie de rois , dans l'année 297 avant J.-Ch. , ces Skolotes avec leurs alliés infestèrent û souvent la

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16 REVUE D'ALSACE.

Krimée que le roi Pairisadès , dans rimpossibilité de défendre son royaome » fnt obligé de le céder à Mitradates , roi du Pont , lequel chassa de la presqu'île les Scythes (Skolotes) et leurs alliés les Rhoxo- lans. Vivant au milieu et dans le voisinage de colonies grecques » les Skobtes se mêlèrent peu à peu avec elles. De Torigine de plusieurs peuplades Scythes-Hellènes ou de Grecs mélangés (gr. mtX'HMènesy Tels étaient les Forains (gr. Alawnes) ainsi nommés probablement parce qu'ils faisaient les marchands forains dans le pays. Tels étaient encore les Kallipides ou Descendants des Kallpes (serfs de labour ; polo- nais chllap) ainsi nommés probablement parce qu'ils descendaient de colons grecs qui étaient devenus les serfs des Scythes. Les Kallipides habitaient les bords de l'Hypanis {Hérod. iv , 77) au sud des Alaxmes et il ne faut pas les confondre avec les Karpides ou Descendants des £arpe« (Montagnards » slav. £r6, cf. Cimmer. £a(pé, alp» ati^)qul habitaient les montagnes baignées par l'Ister. Les Gelones (Railleurs) étaient également des Scythes-Hellènes» parlant comme les Samuaes la langue scythe (Hérod, iv , 108) et ils habitaient un bourg composé de maisons en bois (norr. bwUr) ou de boutiques. Voilà pourquoi les Grecs désignaient les habitants de ce bourg indistinctement par ce nom de Budines (Boutiquiers) ou de Gelones (Hérod. iv» 17). Dans le voisinage des Budines vivaient les Nèvres , peuple scythe pur sang , qui était établi antérieurement près des sources du Boryslhène (Pline IV y 26) d'où il fut chassé » selon la tradition , par les serpents qui s'y étaient multij^iés prodigieusement. Le nom de Nèvres ou Nerves (crépusculaires , loups , cf. norr. narfi crépusculaire » loop » renard) leur venait sans doute de ce que , une fois par an » à ce que racontaient les Grecs , ils prenaient la forme de loups ou devenaient des (otip-^arouj (cf. noir, ulf-hêdnir^ Fûbun^a-ja^a^chap. 42) qui cou- raient le pays dans le crépuscule du soir. D'après une tradition ré- pandue chez les Scytho-Grecs » Héraclès (scyth. Targitavus Brillant par la targe) et Echidna (Serpent-femme ; scythe Apia) avaient trois fils Agathursos , Gelonos et Skythès. Cette tradition indique que les Aga^ thurses frrès4iardis) qui étaient d'origine thrako-kekique s'étaient aussi mêlés avec des Scythes ; ils avaient des mœurs moitié thraces moitié scythiques ; ils vivaient dans le luxe et les richesses et ils avaient des lois qui attiraient sur eux l'attention des étrangers. (V. Arisioté). Un de leurs rois Spargapises (cf. norr. Sprakvisir (Guide intrépide) portail le même nom que le flis de Tamuris (Issue de

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LES SCYTHES. 17

rOcéan) , la reine des Masagèies. Plus tard les Agathurses se sont con- fondas avec les Trause» (Stephano» de Byz. , s. y.) qui n'étaient peut- être pas différents du peuple scythe issu de Kolaxaîs et que Hérodote appelle les Traspies (p. Trusvies).

Nous venons d'énumérer les principales peuplades scythiques for- mant ce qu'on peut appeler la brandie méridionale ou skolote des Scythes européens. Plus au sud étaient établies les peuplades appar- tenant à la branche septentrionale ou sarmate des Scythes d'Europe.

t F. G. Berghann,

ProfeMeur de liitératare étrangère k la Faculté dei l«ttref de Strasbourg.

(La iuite à la prochaine Iwraiton.)

9*Aaaéè.

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JEAN BEIN.

« Kamut du niehi Àlïm gêfallêti durek deine That und dem Kmâtwerk, « JlfooA'M Wehigen fwAf; Viekn gefàllm iH sekUmim. » ^ (ScmuJER.)

Dans les premiers jours du printemps dernier mourut à Paris un artiste éminent . originaire de Strasbourg et qui faisait autant d'honneur à son pays natal par son talent et par ses travaux que par la noblesse et la loyauté de son caractère.

Et pourtant » malgré ce double mérite si rare » c*est à peine si le décès de cet homme de bien a été remarqué. De tous les journaux de Paris » V Esta feue seule Ta annoncé dans quelques paroles de regret et de juste appréciation bien senties.

C'est que l'artiste dont nous déplorons la perte était d'une modestie et d'une humilité aussi vraies que profondes, li était un de ces hommes sérieux et sincères , dont toute la valeur réside en eux-mêmes et dans leurs tendances pures et* généreuses» et qui» pour cela» n'ont nul besoin de paraître ; l'apparence seule » si trompeuse la plupart du temps» n'était en aucune manière ce qu'il recherchait; comme homme et comme artiste il aspirait au contraire, de toute la puissance de son âme vertueuse » à être réellement ce qu'il paraissait au dehors. Tous ces moyens de vaine gloriole et d'outrecuidante ostentation » si largement et si effrontément exploités de nos jours , par tous ceux qui ont besoin de paraître » répugnaient à son esprit droit et candide. Vivant tout entier pour son art chéri , pour son développement moral et intellectuel , pour son devoir et pour le bonheur de sa famille , notre compatriote n'appartenait à aucun parti » à aucune coterie ; c'est assez dire que son nom et son mérite ne pouvaient être de ceux que prônent ces articles de journaux » qui trop souvent » à l'heure qu'il est » dépassent en exagérations et en métaphores les hy- perboles les plus excentriques du langage de l'Orient , et qui» admirés

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3UV BlEDf. i9

par la foule oiaise « n'iospirent que dégoût w^ hommes graves et en- tendus. Avant de connaitre suflSsamment les hommes et les choses d'icî- bas , notre compatriote, comme tant d'autres , avait été assez na!f pour s'imaginer qu'il devait suffire du talent et du mérite réels pour assigner à chacun sa place marquée. Hélas ! à un âge plus avancé, quand bien des contrariétés et des expériences pénibles se furent jointes à ses illusions dissipées « combien n'a-t-il pas revenir de cette illusion juvénile ! Toutefois , en dépit de sa généreuse erreur, il resta le m^me : simple , modeste , loyal et consciencieux , aspirant en tout et partout au bien pour le bfen même. Aussi ,. faute de suivre l'ornière du jour et de se mettre largement en évidence, comme il le voyait faire à bien d'autres qui souvent y étaient le moins fondés , et biep qfke SOQ talent et son mérite eussent toujours été appréciés à leur juste valeur par des juges sévères et compétenu , notre compatriote, qui viv^iit to^t retiré et presque ignoré du grand nombre au sein d'une famille aimante et dévouée , s'éteigpit en paix dans les bras de ceux dont, l'affection et les soins inépuisables l'avaient si ampl^neoÈ dédommagé de ce que monde semblait lui avoir trop injustement' refusé.

Je yw donc , pour ma part , remplir un devoir tout de justice et de sympiithie ei^ essayant d'honorer le souvenir d'un compatriote «i digne de notre estime et en indiquant sommairement ses œuvres principales , dans cette esquisse de biographie pour la rédaction de laquelle j'ai pu faire usage de quelques notes tracées par une main que guidait l'affection et la piété envers le défunt.

Jean Bein , graveur d'histoire > appartenait à une famille originaire de Strasbourg. Il naquit à Goxweiler, le i7 avril 1789. Son père, alors pasteur de ce village si pittoresquement assis aux pieds de la montagne de S^ Odile , fut nommé plus tard à l'église de S^ Aurélie à Strasbourg. A l'époque de ce changement, le jeune Bein était âgé de dix ans.

Au8sit6t après l'arrivée de sa famille à Strasbourg , il fut placé au gymnase protestant. C'est qu'il fit ses premières études et qu'il se distingua , sans interruption , par son aptitude et par ses succès.

Au sorfir de l'école, son goût aulant que ses dispositions naturelles le portèréut à se voper à la carrière des arts. Bçip étudia d'abprd le dessin et la gravure chez Guérin , artiste distingué qui lui donna constamment les témoignages les plus hoi^orables de satisfaction,

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âO REVUE D'ALSACE.

d'intérêt et de sympathie. En peu de temps il exerça son jeune talent en faisant des portraits au crayon et même en donnant des leçons.

En iSiâ, Bein se rendit à Paris dans la vue de continuer ses études de gravure. 11 ne prévoyait guères alors que ce serait pour y passer le reste de sa vie. Une union toute d'affection , son mariage avec M"*" Baltard, fille de Louis-Pierre Baltard , l'un des architectes les plus renommés de Paris* devait» plus tard, le fixer dans la capitale. Mais n'anticipons pas sur la succession chronologique des fiiils.

Bein , artiste tout de vocation , visait à se donner une éducation artistique large et solide. En ce temps , la jeunesse était encore assez modeste et assez bien inspirée pour commencer par et pour ne pas vouloir trop tôt se poser en maître. Sous la direction de l'illustre David» notre compatriote fit des études académiques sévères et complètes. C'était un des bons côtés de l'école classique qui régnait alors sans partage. Outre d'autre^ avantages » Bein acquit sous cette direction ce dessin ferme et correct qui distingua plus tard son burin magistral.

Dès cette époque aussi » notre compatriote eut le bonheur de con- tracter une autre liaison encore , qui devait exercer l'influence la plus heureuse et la plus puissante sur le développement de son beau talent. Jean Guérin, le célèbre peintre en miniature, l'une des gloires artistiques du premier Empire et de Strasbourg en particulier » frère du premier professeur de Bein » sut apprécier son noble caractère , son talent et son ardeur au travail. Aussi , Guérin , tout en l'aidant de ses conseils » l'honora d'une cordiale amitié. Il le dirigea dans l'art de la miniature , pour lequel Bein se sentait également beaucoup de goût et de dispositions; et, certes, le jeune artiste n'aurait guères pu l'étudier , à meilleure école que sous la direction du peintre célèbre qui exerçait alors cet art avec un talent tout supérieur.

Bein ne tarda pas à faire lui-même quelques essais de portraits en ce genre. Il le fit avec tant de succès qu'il en vint à balancer entre cette branche de l'art , qui l'avait séduit tout d'abord , et la gravure, pour laquelle il s'éuit formé plus particulièrement dans l'origine.

Pendant quelque temps notre artiste ne savait que résoudre. Homme pieux et homme de devoir avant tout ; il voulait , en cette occasion, comme en toutes autres, subordonner sa décision à une volonté venant de plus haut , plutôt que se laisser guider par son esprit et par son Jugement siiyets à l'erreur* D'après son habitude #

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JEAN BE1N. 3i

il attendit que Dieu, eu qui seul il menait toute sa foi et tout son salut lui eût fait reconnaître la voie qu'il aurait à suivre , et il arrêta qu'il se consacrerait définitivement à celle des deux branches artis« tiques qui semblerait lui assurer le mieux sa vie et son 'avenir.

Après maintes épreuves , ce ftit pour la gravure que Bein se décida finalement.

Bientôt il eut.à exécuter un buste d'Hérodote. C'était en i816.

Peu après » il fut cbargé de graver une suite de Tignettes pour différents, ouvrages.

En i8S5, Bein reçut une commande plus importante: il dut exé- CQter en gravure le mariage 'de la Vierge d'après Van Loo.

En 1824 , il entreprit une grande vignette d'après Girardot , dont le siqet était Appelles et Campaspe.

Bientôt iiprès 9 il eut à graver» pour la SodiU des amis des arts de Paris , la Nymphe au bain , d'après I^ancrenon.

En i828 , Bein entreprit un travail qui devait , dans la suite , lui susciter bien des contrariétés. Il lui fut confié plusieurs planches pour l'ouvrage du Sacre de Charles X. La révolution de Juillet , on le sait , vint Interrompre l'exécution de cet ouvrage monumental qui resta inachevé. Pour Bein , ce fut non seulement une grande contrariété 8oas le rapport artistique et au point de vue de la réputation que cette publication splendide n'aurait pas mjinqué de lui valoir » mais ce fut en môme temps » pour lui , une perte irréparable sous le rap- port pécuniaire » à raison du temps précieux qu'il avait déjà consacré à cette œuvre importante.

Après la commotion que produisit la révolution de 1830, les beaux- arts , on s'en souvient , furent longtemps à se remettre. Pour les artistes » elle fut suivie d'une période assez longue de calme plat et de désespérante inactivité. Bein , comme tant d'autres de ses confrères, eut beaucoup à souffrir du manque de travail ; mais » cette fois encore, il sut se tirer d'embarras en se résignant. Il n'avait point d'autre principe ni d'autre habitude dans toutes les occurences de la vie. Pour occuper son burin , il n'hésita pas à faire abnégation de se répu- tation , et , aidé du sentiment de son devoir d'alléger les charges de sa famille , il se soumit avec courage et humilité.

Bein se consacra alors à une série de travaux pour des ouvrages scientifiques. Ce fut à cette époque qu'il grava plusieivs planches de bas-relie& de Ninive et autres pour VExpédition^ de la Mwée.

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22 REVUE D'ALSACE.

Puis , il eDtreprîi Texécution du portrait do roi Louis-Philippe. A l'exposition de 4835, il eut la satisfactiob de voir récompeoaer cette gravure d'une médaille.

Bientôt après , il eut à graver S^ Appoline , d^près un tableau de Raphaël qui se trouvait au Musée de la ville de Strasbouif. (})

En 1847 , il obtint du ministère de Tlntérieur une souscription pour graver, d'après un dessin de Dutertre, une vierge de Raphaël » connue sous la dénomination de Vierge Nicàlim.

Ces deux dernières gravures furent très-favorablement accueillies par le public.

Bein arriva de cette manière à l'époque la révolution de Février allait provoquer une commotion bien autrement terriUe encore et universelle que l'avait été. celle qui suivit la révolution de lufllet. Ge fut encore une période d'angoisses incessantes et de dures épreuves qu'il fallut traverser avec résignation ; mais , dès que cette effroyable tempête se ftit apaisée quelque peu « notre compatriote eut tâte de reprendre ses travaux.

Après cette interruption forcée , il reparut devant le public avec l'on de ses ouvrages les plus distingués : la reproduction du poitralt de son beau-père , l'architecte Baltard. Ge portrait parut en ^851. Les maîtres de l'ûrt l'ont déclaré un chef-d'œuvre de gravure. Eta effet , on ne saurait goères s'imaginer une touche plus délicate et plus ferme à la fois ; le modelé j est traité avec un art si parfait » jusque dans les nuances les plus fines » que ce portrait fait plutAt l'impression d'une peinture que d'une gravure. Cette œuvre , à elle seule , suffirait pour assurer la renommée d'un artiste.

Le talent de notre compatriote grandissait ainsi avec sa réputation. Tout annonçait qu'il allait entrer dans la période la plus glorieuse de sa belle carrière. Mais, hélas! la destinée de l'homme est ainsi faite; quand nous croyons toucher au faite du bonheur , quelque adversité vient inopinément nous réveiller de nos rêves de félicité , et nous rappeler les exclamations éternellement vraies du Psalmiste sur les misères de la vie terrestre !

A cette même époque Bein eut le malheur de perdre son fils unique» jeune homme de quinze à seize ans , qui s'était distingué autant par

(') Le cataluguc actuel du Mubôe do Strasbourg ailribuc co Uihleau au UéTugio, maître de Raphaël.

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JBANBEPf. 93

soD assiduité que par sqo talent et ses succès. Ce (îit un coup de foadte pour le ccaur sensible de cet excellent père. Bein était attaché de tonte son âme à ce jeune bomme qui faisait, sa joie et sou bonheur, et eo qui il avait concentré ses plus belles et ses plus chèi^ espé- rances. En dépit de sa Ibi et de sa résignation , et tout en surmontant avec courage et .piété cqtte douleur poignante , Bein en souffrit néan-' moins, d'autant plus qu'il refoulait sa tristesse au plus profond de son $me. Ce fut , on ne peut guères en douter , la cause qui le conduisuit AOitoipbeau à un âge que la longéiité de ses parents aurait pu faire espérer de lui voir dépasser.

Une année à peine après ce coup terrible t Bein le cœur tout serré encore par la peine^ commença un travail d'art qui lui (aît le plus graud boueor, e^ qui , niieux encore que ses gravures.antérieures » iitiest9 bautomt at .le sentimoni à la foi^ si profond et si délicat de son trait, et.lapnlwmce d'assimilatioq peu commune qui distinguait son .tailentet son burin , d'ailleurs, si fnfA^ et si fermes- Ce furent les quatre fac-nimUe d>près les dessins originaux de ^iipbael ai du l^tieo» qu'il nous (lonna do 1852 à 1855. Ces planches compteront ponr tolijonrs an pombre de ce qui a été accompli de pl|is p9i:faii eo ^jgeore. A les voir, c'est.à.pe pas croire que ce «ont des copies que Ton a soos les yeux ; la r^roduction ait si Adèle si iocpfnparable- maut exacte» qu'elle égale l'original, et qu'elle rend avec un rare bonheur le sentiment et l'inspiration , pour ainsi dire .momentanés , qui «aoknaîent les deux gr^nd^maitres dela.I^enaissauce^ lorsqu'ils .iracèreiit les dessins originaux. Tous ceux qui savent apprécier une puissance d'assimilation si extraordinaire , se plaisent i rendre au talent et à Tbobileté du. graveur l'bommage le plus juste et le plus mérité. (I)

(*) L'auteur de la noUce de V Estafette se plaît également à rendre hoounage à ces qualités éminentes de notre artiste compatriote. Gomme, d'ailleurs, sa notice en fort courte /je crois bien faire de la transcrire , ici , en entier, au lieu de me Jbemer k dtcr seulement le passage qui se rapporte aux fao-itmite de Rapbaêi et du Titien, ta voici :

« La gravure au burin vient de faire une perte bien sensible en la personne de « M, Bein , artlsle laborieux et distingué. Sans faire ici rénumécation des Impor- « lanâs OBviages sorUs de ses mains , nous signalerons le succès de ses planches , K et nous indiquerons , parmi les dernières , des fac-similé^ dessins croquis des « grands-mattres, Raphaël, Titien , etc. Ces reproductions, d'un travail si diffi-

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24 RE\UE D'ALSACE.

La dernière gravure qui sortit du burin de noire compatriote fut la Bulle de savon d'après Miéris. La mort le surprit sans qu'il ait pu l'achever.

Outre cette œuvre , Bein en a également laissé inachevée une autre plus importante encore. C'est la gravure , dont l'exécution lui fut commandée par la direction du Musée , d'après un tableau de Luini , représentant Salomé recevant la tête de S^ Jean-Baptiste.

Les atteintes de sa dernière maladie ont beaucoup contribué à retarder l'achèvement de ce beau travail. Bein l'avait parfaitement préparé et repris plusieurs fois : sa fln est venue le suspendre défini- tivement le 25 mars de l'année dernière.

Comme homme » je l'ai dit et je le répète en terminant » Bein a été , à tous égards et dans l'acception la plus rigoureuse et la plus entière du root » un homme de bien , n'écoutant et ne suivant en tout et par- tout que la voix de la conscience et la ligne droite du devoir.

Comme artiste . Bein a été , sans contredit, l'un des graveurs les plus éminenis de la première moitié de ce siècle. Aussi » malgré le silence qui suivit sa mort trop précoce « sa place reste-t-elle marquée, dès maintenant , dans l'histoire de l'art en général et tout particu- lièrement dans l'histoire de la gravure. La postérité saura bien , uo jour , apprécier avec une entière justice la valeur d'un artiste que sa modestie avait mis trop peu en évidence aux yeux des générations d'aujourd'hui.

Les œuvres de Bein, lors même qu'elles ne seront pas vantées et recherchées par la foule, resteront de celles qui seront d'autant plus estimées et admirées par les connaisseurs et les juges compétents. Bein , lui-même , n'aspirait point à autre chose. Il était du nombre de ces artistes qui pour eux-mêmes ne demandaient et ne suivaient que l'application de la maxime artistique de l'antiquité classique que

<r cile , ont été rendues avec une grande paitience et un tact du burin tont à &lt « supérieurs, fes qualités se retrouvent dans les portraits qu'il a gravés si sol- «t gneusement , et parmi lesquels se remarque celui de feu Baltard , son beau- « père , achitecte habile et fort connu.

« Au talent du véritable artiste , Bein joignait les bons senthnenis dn père , a de répoux , de Tami , et les regrets qu'il mérite seront également vi6 chez les « amateurs de l'art et parmi les appréciateurs d'un caractère droit et sans « fiiûblesse. »

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JEAN BE1N. 35-

j'ai inscrite eu tête de cette notice, telle que l'a énoncée Tun des plus grands maîtres de Fart des' temps modernes : que dans les beaux- arts^ comme en toute chose, du reste » il n'y a qu'un petit nombre qui soit capable de sentir, d'apprécier et de juger; et qu'il vaut mieux n'avoir que l'approbation de plusieurs , c'est-à-dire des meil- leurs, plutôt que de plaire à tous. Pour l'artiste véritable , aimant et pratiquant Tart pour l'art , Tapprobation de quelques hommes d'élite compense bien amplement l'abstention des autres. Et , cette conso- lation , du moins, ne fait poiot défaut à la famille de notre compa- triote. Puisse l'appréciation juste et sympathique de ceux au jugement desquels Bein tenait seul , et comme artiste et comme homme , l'aider, pour le moins , à tarir quelques larmes.

L. . SCBNEEGANS ,

oorrespondant-inspeotMr du Minbtèra d'Etat pour les monuments hiHoriqoet..

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ORIGINE*

DU LUTHÉRANISME A COLMAR.

Comme docament historique ce petit mémoire a son importance. C'est k ce titre seul qu*il a paru digne d'être livré aux lecteurs de c^to Revue» Le nom de l'auteur ne nous est pas connu ; nous dirons seulement que Toriginal provient de la tente des papiers de l'ancien Préfet du Haut-Rbin , M. Félix Desportes.

{Piote de ia Direotian.)

En 1517 Luther commença à s'opposer au S^ Siège.

En 1520 il apostasia et fut excommunié par le pape Léon x.

En 1521 il fut mis au ban de TEmpire par l'empereur Gharles-Quint.

En 1535 sa nouvelle doctrine mit tout l'Empire en combustion.

En 1555 la paix de religion projetée à Passâu fut terminée à Augs- bourg.

En 1556 Sébastien-Guillaume Unck fut chassé de Scelestad il tenta d'introduire la secte de Luther.

En 1575 ce gentilhomme, élu régent de la ville de Colmar, se fit un party des partisans de l'hérésie de Luther , qu'il avait fait recevoir bour- geois et établit , dans l'église de l'hôpital de Colmar , un ministre luthé- rien qui préchoit tous, les jours. Les bourgeois catoliques , faute de bons 'pasteurs s'étant accoutuitiés d'aller l'entendre , succèrent insensibleolënt le poison de sa doctrine et embrassèrent cette secte. Le dit Linck , à leur tête, s'empara des écoles, des revenus patrimoniaux et d'église , déplaça tous les catoliques et substitua des luthériens en leurs charges et à leur place. L'Empereur Maximilien second informé de ce fait, y voulut remédier en remettant iout en son premier état, mais les guerres survenues en empeschèrent l'effet.

En 1S77 l'Empereur Rodolphe second députa des commissaires pour même fin ; mais les luthériens traînèrent cette affaire en longueur , la mort de ce prince survint et

En 1607 le Cardinal de Lorraine, Evêque de Strasbourg , envoyé à tel effet ne put réussir à cause de divers empeschements , enfin

En 1627 l'Empereur Ferdinand second donna ses ordres à l'Archiduc Léopold , son frère, Landgraff et Grand-Baillif d'Alsace , qui envoya à Colmar le Comte Fugger et le Docteur Lindner son chancelier , pour

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ORIGINE DU LUTHÉRANISME A GOLHAR. 91

rétftblir les choses dans le même état qu'elles étoient lors du traitté de c^cification; aussi firent-ils sortir de la ville les chefs du luthéranisme , remirent les catoliques dans la magistrature y firent restituer Téglise de rfaApital y les écoles , les domaines aux ecclésiastiques. La même diose fot exécutée à Haguenau la même année.

fin 1632 Tannée suédoise , commandée par le général Hom y s^étant emparé de Scelestad vint camper à Ostheim , à deux lieues de Golmar ; alors le nommé Nicolas Sandherr , greffier criminel et le seul luthérien qui Alt demeiiré en chai^ à Golmar , 'fit complot avec les autres hrihé*- riens qm «taitot restés tm cette trille de se mettre sous la protection de -fti Suède et'fl'égo^r la garnison de l'Empereur qui étoit de 7 ou '806 hommes : fls convinrent que le 19 décembre de la même almné , à ome 4»âre5«du matin, dans !e temps que les soldats h^és chess les bour- geois y seiroient à table avec leurs bêtes , siir un signal qu'un des gardes du decher de Ib cdllégiale, lequel aussi était luthérieh y leur donneroit tn 'sonnant le tocsin , ils seyetteroient sur leurs sddfltts , les égorge- roient , prendroient -ensuite les armes pour se rendre maîtres du reste de 'la 'gamison, du 'Magistrat et delà vfflequ'itsTeméttroient entre les môRsHu général suédois. Cela fut exé(iiité ainsi. Les Suédois devinrent tesintftres de la ùHe y le Magistrat catolique ïut chassé , l'égMse de I%6pHal reprise par les mhiistres luthériens et le tout amsi et de mdttie qii-fl avilit été sons Linck de Toumebom^.

'i!n'{6854es liagKtrats de Oôlmar firent un traitté avec Louis tf^se et^ fiit confimié en 1644 par Louis quatorze ;'piir lequel traitté-leRoi proiM^t de faire comprendre laviHe de Colmar^dans le traitté de la-paix ge&esafc»

'Bn ie*8. Par cette psdx conclue à Hunster en Wesiphafie , TAISftee avec les dix villes impériales fut cédée propriétainement à la Pranee avec ^les trois év^obés , Metz , Toulet Verdun sans aucmre restrietion ; eëlle cession a depuis été confirmée-piir les traitfés de paix delfimègoe, de Ryswiek et de'BaHeH. Sa Majesté . fVès-^Ghrétiemie ipar le traitté de Munster , "§75 , s*oUigea de conserver en Alsaee^Tdigion câtolique et d'abolir les nouveautés qui s'y serment glissez pendant la guerre. En eon- séquence de ce traitté leRoy arétstbli dans Golmar la religion catofiqne, Q'MtTouvrir Pégliso du prieuré de S< Pî€frre ferraée-p»r (es futhériens , et sont attjourd*huy les pères jésuites , et tous les choeurs des églises de la province ^uand il s'est-trouTéduiis tes endroits «ept familles ortho- doaes.^II lâeiil eoeor d'^Mrdonner , 1715 , que le^chorâr de l'élise do

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88 REVUE D*àLSACE.

rhôpital c[ui était fermé , servit à L'avenir d'aide à la paroisse de S^ Martin de Colmar , et que Fecclésiastique qui desserviroit cette nouvelle église, seroit obligé d'administrer le S' Viatique aux malades de l'hôpital royal. On en prit possession en présence des Magistrats catoliques et luthériens Tonzième mars 1715. Le 1*''' mai de la même année ce chœur fut recon- cilié et l'autel consacré sous le titre de la très S^ Trinité et sous l'invo- cation de N. Dame comme d'ancienneté par le suffragant de l'Evtresché de Basle qui y. célébra la grande messe , et le 1 1 juillet suivant fut faite la fondation pour celui qui à l'avenir desserviroit ledit chœur et les deux hôpitaux , sçavoir : de 300 livres payables par quartier , 12 sacs de grain , 12 mesures de vin , 12 cordes de bois , 200 fagots outre le loge- ment ; le tout fut payé parla ville.

Les luthériens de Colmar qui s'étoient contenté lors de cette prise de possession de murmurer intérieurement , éclatèrent en plaintes après la mort du Roi , et ont allégué en Cour que par le traitté fait à Passau et con- firmé à Ausbourg en 1555 , on ne devoit point inquiéter les luthériens ou ceux de la confession d' Ausbourg , mais on leur a justifié que ce traitté ne parloit que de ceux qui étoient pour lors dans cette hérésie , et non de ceux qui s'y sont engagés dans la suitte ; qu'eu 1555 il n^'y avoit aucun luthérien à Colmar , puisque le luthérianismè n'y avoit été introduit qu'en 1575; outre que par la paragraphe 16 de ce même traitté il fut convenu expressément y qu'on laisseroit les catoliques au même état ils étoient alors 1555 tant au sujet de la religion que pour tous leurs biens.

Quant à la possession que les luthériens de Colmar ont allégué , on leur a fait voir les commissions impériales de 1575 , 1577 , 1607 et 1627 qui non seulement l'avoient interrompue , mais qui donnoient encore lieu aux catoliques de réclamer et le chœur et toute l'église de l'hôpital en vertu du paragraphe f 6 et pour autres raisons qui prouvent l'usur- pation faite de la ditte église par les dits luthériens ; car cette église qui appartenoit en 1543 aux cordeliers , n'avoit été par eux cédée et trans- portée pour le prix et somme de 2400 florins qu'au profit du Magistrat de Colmar et que pour être destinée- à un hôpital ou remise à la commu- nauté des fidels , des aumônes de qui elle avoit été bâtie ; et même à chaîne que le service divin y soit avancé et célébré selon l'ordre et la dispositioh du Magistrat très-chrétien. Cette vente fut confu'mée par le S' Siège en 1549.

Mal à propos ces luthériens de Colmar s'appuyoient sur le traitté d'Osnabruck pour parvenir aux fins de la restitution du chœur de la

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ORIGINE DU LUTHÉRANIStfE À COLMAR. 29

ditte église y car quoyque le Roy ait accédé à la confirmation .du dit traitté , par celui de Munster , il ne s'en suit pas que ce traitté d'Os'na- brnck qui ne concerne uniquement que les états et sujets de TEmpire en dépendans et y restans ; doive être observé dans les terres et pays soumis à Sa Majesté ; ny le Roy de Suède, ny l'Empereur , ni les princes et états d^ Allemagne qui ont faits et passez le traitté d'Osnabruck au sujet des différents qui étoient entr'eux pour les biens ecclésiastiques et l'exer- cice de la religion n'ont aucunement prétendu obliger le Roy à observer dans les pays soumis à son obéissance , et aquis , tels qu'est l'Alsace à observer dans son royaume et dans les pays soumis à son obéissance , et aquis, tels qu'est l'Alsace à luy cédée en souveraineté , ledit traitté d'Osnabruck ny les autres transactions touchant la religion. Bien plus lorsque le landgraviat et le grand baUlage de Haguenau qui étoit un bien héréditaire de la maison d'Autriche furent cédez au Roy par le traitté de Munster en toute propriété y l'Empereur et la maison dZAutriche firent une obligation au Roy d'y rétablir la religion catolique sur l'ancien pied et A'ea oter toutes les nouveautez qui s'y étoient glissé^ , car à l'article 75 il est porté en parlant des villes et pays cédez ces propres termes : SU tamen Rex obligatus in eis et singulis locis catolkam comervare reUgitmem quemadmodùm sub aastriads prindpibus canservaia fuit

omnesque quœ durante hoc bello novitates irrepserutCt removere

Cest à tort que les luthériens qui sont en Alsace employent l'article cinq dudit traitté d'Osnabruck par lequel il est convenu que les cato- liques et les luthériens garderoient réciproquement les biens ecclésias- tiques et en jouiroient de la même manière qu'ils les avoient possédez au 1^ janvier 1624 ; car cet article ne concerne uniquement que les états et sujets de l'Empire et nullement l'Alsace , autrement il auroit été sti- pulé par le traitté de Munster qui a précédé celui d'Osnabruck que^ce dernier et subséquent seroit exécuté dans l'Alsace comme dans l'Empire. n est vrai que les états le demandèrent , mais cette proposition fut rejettée par la France. Le traitté de Ratisbonne de 1684 n'oblige point le Roy d'observer celui d'Osnabruck mais bien celui de Munster et de Nimègue; aussy depuis 1684 le Roy a fait un grand nombre de change- ments qui étoient entièrement contraires au traitté d'Osnabruck , mais qui ne l' étoient pas à celui de Munster, car il ordonna en 1687 que les catoliques entreroient dans le Magistrat , qui avant et depuis l'année 1624 avoit été composé de luthériens ; il deffendit les mariages entre les personne» de différente religion y il deffendit de casser les mariages

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comme le faisoient les ludiériens soi wrt Ie«rs prâeipeç % il Al H^fte^àn et rendre aux catoliqoes les églises de la Toussaint , de S^ Marc^ de S' Louis , de S^ Etienne et de S* AnUnne et y fit établir des paroisses pour les catolicpies; il établit encor dans Strasbourg différents ordres religieux de l'un et Tautre sexe > et dans TAIsace il fit rendre aux cato- liques tous les choaurs des églises 'dans les villages les missionnaires qu'il envoya partout, avoient convertis sept cheis de £uniltey el toutes choses entièiwent opposées k ce traitlé d'Osnabruck y et cefiendani w n'en fit jamais au Roy le moindre reprQcbe,.^] on «e Vj a a«br^ par aucun des traittés subséquens.

L'arrest du 11 juillet 1684 rendu en Conseil d'Alsace agqgea aux comtes eatoliques de la Catédrale de Strasbourg, la moitié ^Qlege de Lampertheim y la maison appelée Bruderhoff à Strasbourg avec iom iep revenus en dépendants > contre les princes de Brunsvirick » Meckelbouif et Lunebourg chanoines luthériens quoyque le traitté d'Osnabruck les ayt coi^rmé dans leurs prébendes ; tant il est vray ^'on ne suit pas en en Alsace ce qui a élé r^ par le traitté d'Oanabruck.

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BIBLIOGRAPHIE.

Las nobles et les vilajns du temps passé , ou Beehenhes crique* sur la noblesse et les usurpations nobihaires , par Alp. Ghassant , paléographe. A. Aubry. Paris, 4857. In- 8* de 300 pages.

J'ai souB les yeiix ua peiii volume dont il faut q«e j'entretienne on montent les leetenrs qui venleni bien ne pardonner ma prose et la parcourir. Ce petit litre fait partie de la charmante collection dont Je parlais dernièrement à propos du fUame de Chartres : il est rempli ' de Mts cttHeM » et de fines , spirituelles et malicieuses idées » et soh «leur, depuis longues années, a conquis une juste réputation comme paléographe ; aussi bien des personnes le lisent atec intérêt, anlntenam surtout que la question des titres de noblesse jouti d'une certaiM actuaHié. Les naèki et les wUams eiciteront la enriosité de tous eeni qui tentent étudier , de tous ceui qui cherchent des argu- ttieiits favorables on contraires A la noUesse ; de tous ceux enfin , et ee n'est pas le petit nombre, qui aiment k rire des travers dit prochain.

U y a longtemps , en vérité , que la question des titres nobiliaires n'avait fiiit tremper autant de plumes danU'enore ; j'allà^ devant moi» dit brochures , toutes écloses en 18B7 et qui traitent de ce sujet : ce nons dix systèmes différents , et je l'avoue , pas un qui me satisfhsse. Bli Fratfce ^ on a rhabiiude de comprendre vite et de parler ou d'écrire l^loa vile encore; on aborde toutes les questions, les plus ardues coname les plus simples sans tfavail préparatoire , sans s'être donné relMui de réfléchir , et il arrive que pour être le premier à ouvrir la* iMNiche i on ne craint pas de passer auprès du sujet principal , on ne rafleurer qo'à la surface; et puis eu France encore, plus que partout aUeurs , il semble -toujours que l'on en sait pins longqne l'honorable préopinant , et qoe l'on connaît quelque détail omis par hii ;' comme je me flatte d'être parfaitement Français , je ne sois donc pas édifié

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32 RBVUE D'ALSACE.

par les recherches de mes devanciers , et je me propose bien de commettre aassi ma petite brochure sur la noblesse » et sa possibilité d'exister postérieurement à 4789.

Mais il ne s'agit pas ici d'envisager la noblesse sous un point de vue qui puisse donner à ces pages un reflet de politique ; je veux parler uniquement , aujourd'hui du livre* des c Nobles et Vilaint de H. Chassant. Il s'arrête au décret du 49 juin 4790 , c'est-à-dire au précipice sans fond qui » en matière nobiliaire sépare l'histoire de la politique.

Disons-le en passant ; c'est une singulière rédaction que celle du décret de 4790 , et l'on voit bien que ceux qui l'ont libellée ne savaient pas parfaitement ce qu'ils prétendaient faire : c la noblesse héréditaire est pour toujours abolie. > Si l'assemblée nationale avait parlé des litre» nobUiaïres , elle eut été dans le vrai » car les titres peuvent se donner , se prendre même et s'6ter ; mais la noblesse » telle qu'on la comprend avec un peu de réflexion, ne peut pas s'etflever ; le gentil- homme a été t est, et sera toi^ours » malgré les révolutions. 11 y a une confusion singulièrement répandue sur le double sens du mot nobkuef mais ce n'est pas ici le moment de s'en occuper.

En lisant le dernier chapitre de Nobles et Vilains, je me suis laissé aller à rêver que » sans adopter aucunement les arguments , au moins originaux y de H. 6amier de Cassagnac , il faut convenir qu'il y a on bien grand attrait dans cette qualification de noble. Avant 4789 , la caste noble avait des privilèges , des immunités » des exemptions qui étaient bien de nature à exciter la convoitise ; pour ne pas acquitter la taille ni les aides, pour, ^ cas de crin&e , être décapité et non pas pendu, pour chasser , avoir des honneurs i la Cour, rendre sa petite Justice , etc. , etc. , on comprend qu'il pouvait venir à l'idée de se parer d'un titre qui déguisait un vilain en gentilhomme ; je le répète, je me rends parfaitement compte de la fièvre nobiliaire du siècle passé et des siècles qui l'ont précédé.

' Hais aujourd'hui qu'il n'y a pas le moindre privilège , pas même celui de porter une mince épée en verrou on est aussi âpre que jadis à la chasse aux titres. Quant on n'en usurpe pas , motu proprio\ on va en chercher à l'étranger, et si ce n'était pas si loin, S. M. Sdulonque serait peut-être importimée de solliciteurs peu nègres ; je me hâte cependant de remarquer que les titres étrangers étant soumis à des conditions rénumératoires » la plupart des nouveaux

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BmLlOGlUPmB. ^i

nobles préfèrent prendre* en guise de diplômes » les cartes de visites dont ils combinent eux-mêmes la rédaction. Comme je le disais plus haut , il est donc bien agréable de pouvoir se figurer , en plehi XIX* siècle , après plusieurs révolutions dont aucune n'est aristocra- tique » que Ton passe pour un c noble homme > ?... Encore one* étude que je ferai » mais pas aujourd'hui non plus.

Tant il y a qu'en cette bienheureuse année 4858, nous pouvons dire comme mon compatriote» le Rémois Guillaume Coquillart » au xv* siècle :

' A Paris 5 en a beaucoup

Qui n'ont ne argent , vergieir ne terre Que TOUS jugeriez chascun coup Allies , ou grands cMefe de guerre. Ils se disent ^ssus d'Angleterre , D'un costé d'un baron d'Anjou , Parents aux sénéschaulz d'Auxerre , Ou aux chastellains de Poitou , Gcmibien qu'ils soient sailly d'un trou De la cliquette d'un musnier , Voir , ou de la ligne d'une chou , '

En&nt à quelque jardinier. Dernièrement la Gaze9U du Midi, et \e Bulletin du Bouquiniste contenaient des appréciations sur le livre de M. Chassant ; on semblait Tooioir établir que Fauteur se montrait favorable à la noblesse, et ne cherchait uniquement qu'à attacher au pilori du ridicule les abus et les excentricités auxquels cette institution a donné naissance ; j'avoue que je ne puis partager l'opinion de mes honorables confrères en critique*

. Malgré les précautions oratoires très courtoises que je lis dans rintrodnction , il est évident pour moi que M. Chassant a peu de - bienveillance pour l'ancienne noblesse , 'et que son livre lui a été inspiré par le désir de signaler tout ce qui pourrait prévenir un retour quelconque à son rétablissement non pas seulement comme caste privilégiée mais même comme institution -^otée de simples distinctions honorifiques, surtout si ces distinctions devaient être héréditaires ; mais une justice à rendre à notre auteur , c'est qu'il manifeste sa conviction ^ ou du moins il ne la laisse deviner que sous une forme très polie , et en des termes aussi convenables que modérés. On comprend qu'il y aurait plaisir à discuter avec lui » honnêtement ,

••AMét. S

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en bon français , j'ajoute que l'on aurait beaucoup à y gagner , quaiu même on différerait d'opinion sur plusieurs points. Si jinsiste sur ce point , c'est avec intention ; quant je me mis à lire Nobles et vilains (et je dois confesser que je ne pus abandonner le livre sans Tavoir terminé) « je venais de parcourir une des dix publications dont je parlais il y a un moment , et de l'une d'elles il m'était resté une impression pénible. L'auteur de cette brochure, ennemi juré de toute espèce de noblesse > traitait la question dans un style qu'il avait voulu rendre énergique et qui n'est que ridicule : j'étais encore aburi d'une certaine péroraison biblique, une invocation i grand orchestre contre ces pauvres gentilshommes , l'auteur se posait comme le Roi-prophète alors qu'il précédait l'arche ; cette allusion chorégraphique m'avait ébloui, et il me semblait apercevoir le terrible écrivain , muni d'un orgue «de Barbarie , et exécutant une Carmagnole devant la déesse de la Raison.

Je dis donc que M. Chassant est mal disposé pour l'ancienne noblesse , et je crois que chacun , quelque soient ses convictions personnelles, sera de mon avis lorsqu'il lira attentivement le chapitre ii; ce chapitre , en réalité n'est pas autre chose qu'un résumé rapide de l'histoire de France, duquel II résulte que «depuis Charles-Martel jusques à la fin du xvni* siècle , il peut se prouver que la noblesse a été la cause de tous les maux , et le monstre , vivace ma foi , que les rois devaient sans cesse combattre et museler, sous peine d'être anéantis. Je ne crains pas de le dire franchement à M. Chassant , c'est dans cette partie de son livre qu'il est surtout partial ; il cite tout ce qu'il trouve contre la noblesse , (or qu'elle est l'institution humaine qui n'a pas de grands défaut?) et il ne dit rien à son avantage. Dans Nàbliè et vilains , je vois bien les faibles et les défauts des nobles authentiques, les ridicules et les palinodies des nobles de contrebande; mais , pour me servir des expressions même de l'auteur , je ne vois que bien peu , j'allais dire rien » de c ceux qui se sont rendus dignes de la noblesse, en mettant leur courage, leurs vertus et leurs talents, moins au service de leur ambition personnelle , qu'au service de leur patrie.

Et cependant , on ne peut pas le nier de bonne loi , Tantique adage c noblesse oblige > n'a pas été un vain mot ; la vieille noblesse a été turbulente , imprudente, hautaine , exigeante , je le confesse; mais elle a aussi été loyale, dévouée, pieuse, prodigue de sang, et la

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BIBLIOGRAPIIIB. 55

moitié de notre histoire nationale, dans ses plus beUes pages, esc son histoirei

Eh mon Dieu , sans vouloir Taire de récriminations , je me permettrai de demander si la classe dominante , quel qu'elle soit , n'a pas chez nous tous les vilains défauts que je viens d*énumérér ? bien entendu que je ne lui refuse pas les qualKés qui viennent après. Depuis un siècle nous avons vu la direction des affaires passer par les mains d'hommes appartenant à toutes les couches de la nation , et toujours les mêmes qualités et les mêmes défauts se révèlent : les uns et les autres sont dans le sang gaulois.

Je m'aperçois que j'ai manqué à mon premier devoir puisque j'ai négligé , jusques à présent , de donner une idée du plan et dès divi- sions adoptés par M. Â. Chassant ; j'en demande humblement pardon au lecteur qui aura bien voulu me suivre jusqu'ici , mais quand je lis uo livre aussi substantiel que Nobles et vilaim , je ne sais comment me diriger au milieu de la fourmilière de réflexions que cette lecture met en révolution. Je ne puis pas jurer que je ne m'égarerai pas encore avant d'arriver à la fin de cette étude.

Donc, M. Chassant consacre son premier chapitre à recueillir ce que les plus illustres anciens et modernes ont pensé de la noblesse , depuis Salomon jusques à S* Jérôme : depuis Jehan de Meung jusqu'à Champfort. On passe ainsi en revue des textes curieux qui indiquent , chez i'auteûr, une patience et une érudition admirables; on voit qu'il sait lire , talent qui n'est pas aussi commun qu'on se l'imagine. Je lui reprocherai seulement de ne pas avoir cité , pour les anciens, les textes eux-mêmes , ou au moins de ne pas avoir accpmpagné ses diations de renvois qui eussent permis de recourir aux originaux ; quelque bonne que soit une traduction , quelque confiance que l'on ait dans le traducteur, la discussion est impossible si l'on n'a pas sous les yeux la pensée de l'auteur dans l'idiome même qui est sa forme primitive.

Et à propos d'Horace « je suis étonné que M. Chassant ne se soit pas souvenu d'an passage , je dirai tnéme d*une satyre entière qui a si peu vieillie qu'aujourd'hui on pourrait se l'approprier en substituant aux noms romains , des noms medrenes très-connus. La pebilure exdcte des erreurs humaine^ a le talent de ne pas subir l'injure des siècles , et la vi' satyre du poète de Vcnouée est aussi jeune que ceti^

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comédie d'Aristophane dans laquelle-, en 1848 , nous lisions toutes les divagations du club des femmes.

Horace félicite très-galamment Mécène de ce qu*il est de l'antique lignée des lucumons d'Etrurie , et aussi de ce que cette haute nais- sance ne Tempéche pas de proclamer c qu'il importe peu de quel c père on soit pourvu qu'on soit de condition libre ; que bien des c gens issus d'obscures parents , viro» nuUù majorUms ortos , se sont c plus d'une fois distingués par leurs propres mérites, et ont pu s'élever c aux plus hautes dignités. » Il est curieux , si l'on continue encore quelques vers , de voir Horace s'égayer de la naïveté populaire cqui , dans sa sottise est souvent l'esclave de la renommée, des inscriptions et des images , et se laisse , mainte fois éblouir par le souvenir des grands noms. Ce passage « à lui seul , suffirait au besoin pour rester convaincu que Rome était riche de bourgeois gentilshommes et de faux nobles. On sait en effet que les inscriptions 'd'honneur et les images des aïeux , tUuli et imagines tenaient lieu des parchemins et des armoiries dans la ville éternelle.

J'ai déjà parlé du deuxième chapitre de Nobles ei viktni ; jetioteraf seulement que plusieurs faits peuvent être considérés comme très- discutables au point de vue de l'appréciation historique ; ainsi rétablissement de la noblesse héréditaire, l'affranchissement des communes considéré comme une création personnelle de Louis ti , la trêve du Seigneur attribuée à l'initiative de Henri i«' , etc. » ne sont pas envisagés avec la netteté et la précision que les travaux histo- riques modernes permettent d'exiger. Je noterai aussi un silence choquant sur les Croisades , et la Jacquerie mise dans un jour qui est , je crois , un peu trop favorable à Jacques Bonhomme.

c Comme quoi les prétentions nobiliaires ne datent pas ai^ourd'hui telle est la rubrique du iii'^ chapitre ; il y a de bonnes pages dans lesquelles j'ai retrouvé les vers de mon compatriote Coquillart que l'on a lus , il y a un moment ; puis on entre ensuite dans le chapitre iv, traitant des usurpations de noms , d'armoiries , de titres et d'origine. M. Chassant y va de main de maître ; il cite des faits authentiques qu'il est impossible de lire sans perdre son sérieux , eut-on le flegme britannique ; vraiment , s'il eut voulu , ses pages eussent été bien autrement nombreuses , mais il a fait de la coquetterie , il a voulu faire rire ses lecteurs , mais sans qu'ils fussent forcés de crier grâce. Quand on a parcouru ces deux chapitres, il reste un vague regret

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BIBLIOGRAPHIE. 37

de voir arriver la 6d du récit , et » comme les enfants charmés par un conte de fée » on se surprendrait presque à dire : c Ofa , Monsieur c Chassant, continuez donc à nou^ dire ces choses que vous dites si c bien. »

Mais si » dans un siècle seulement, quelque bibliophile paléographe et philosophe, donne une nouvelle édition de Nobles et Vilains, quel supplémeifc pourra-t-il faire , grâce aux usurpateurs de toute sorte que chaque hiver fait éclore à Paris seulement ! C'est généralement pendant cette saison rigoureuse que ce genre de parasites se révèle de préférence : on se masque en carnaval , puis ensuite le masque est conservé le reste de Tannée.

Le chapitre n'est pas le moins important du livre: son titre même fait pressentir quelle idée y domine -^ c Comme quoi ce n'est c pas seulement par le nom , par les armes, par le titre , par la nais- c sauce, qu'on dislingue le noble du vilain. i Avec M. Chassant, avec Charles de Louviers , je dirai que dans un homme de qualité on doit considérer les œuvres et les vertus plus que le lignage ; comme eux je dirai que la plus triste dérogeance est celle de l'héritier d'un grand nom, qui ne sait se distinguer que par ses vices ou ses faiblesses ; comme- eux enfin , j'admirerai les lettres de Fabert et de Louis xiv que je prie mes lecteurs de lire attentivement, parce qu'elles honorent également le premier gentilhomme des royaumes de France et de Navarre , ainsi que le plébéien parvenu à la dignité de maréchal de France.

Je termine en rappelant cette définition de Porphyre, que M. Chas- sant a, je crois, oubliée: c La noblesse n'est autre chose que la c gloire et la célébrité des ancêtres , l'honneur qui est le prix de c leurs vertus : mais pour hériter de l'honneur , il faut aussi hériter c des vertus. »

Anatole db Barthélémy.

La Philosophie de la Religion , par M, Matter , ConseiUer honoraire de rUnivertiié, ancien Impecteur général des bibliothèques fubtiques. 2 vol. Paris, Grassart , 1857.

An moment de parler du livre de M. Matter un douloureux souvenir s'éveille en nous. Un nom cher aussi à l'Alsace et à la philosophie se

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présente à nous mais toile de deuil. C'est celui de Cbrisiian Bartbolmess qa'une mort cruellement rapide et inattendue a frappé il y a un an à peine, an milieu de sa carrière et de ses succès , à cet heureux et fécond moment qu'on pourrait appeler la maturité de la jeunesse , et qui est comme le sommet de la vie , pu l'homme laborieux et persévérant voit derrière lui un passé déjà rempli de luttes et de .victoires et devant lui un avenir assez vaste encore pour4ui en pro* mettre nouvelles.

Nous ne voulons pas ici refaire l'éloge de Bartbolmess , si doux pourtant à faire et à entendre pour tous ceux qui l'ont connu. Des voix éloquentes et amies nous ont raconté sa vie , ses travaux , ses succès et nous ont rappelé toutes les sérieuses et aimables qualités de son esprit et de spn cœur, (i) Nous ne voulons que déposer un souvenir sur la tombe d'un homme que nous respections comme un maître et qui a bien voulu nous permettre de l'aimer comme un ami. M. Matter d'ailleurs moins que personne nous pardonnerait d'avoir oublié en cette occasion le nom de Bartbolmess dont il a été le maître » le collègue et l'ami et dont il a naguère avec une éloquente émotion prononcé l'éloge funèbre an nom de la philosophie et du séminaire protestant.

Nous avons déjà , dans cette Revue, et à l'occasion de YHutoire des doctrines religieuses, le dernier ouvrage de Bartbolmess, montré les diffi- cultés qui entourent les problèmes de philosophie religieuse, mais aussi le puissant intérêt qu'il y a pour la philosophie comme pour la religion , pour le savant comme pour tout homme qui pense , à connaître les rapports intimes de ces deux puissances qui se partagent oon seule- ment la grande scène de l'histoire mais aussi la scène intime de la conscience. Qui de nous en effet, pour peu qu'il sente qu'il a une âme* faite pour penser et pour prier , ne s'est jamais débattu dans les anxiétés du doute? Qui de nous n'a travei*sé une de ces crises douloureuses les impérieuses exigences de la raison, viennent

(') Voy. dans la Revue d'Alsace les articles de M. Spacb ; l'éloge académique prononcé par M. Matter ; les discours prononcés sur la tombe par M. Matter et M. Janet et à l'église Saint-Thomas per M. le pasteur Heintz. Voy. aussi le discours d*ouverture de M. Waddington que le Séminaire protestant a eu le bon- heur d'enlever à la Sorbonne et de placer dans la chaire de Bartbolmess , qui ne pouvait être plus dignrment occupée.

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BIBLIOGRAPHIE. 39

ébranler ces aoiiqoes et chères cobticUods qui sont nées avec nous qui ont leur racine au plus profond de nôtre être et qu'on n'arrache qu*au péril de notre vie morale ? Nous plaindrions* également celui dont la froide raison n'a jamais été troublée par les besoins de la foi . et celui doitt la piété n'a jamais trouvé l'occasion de se fortifier dans la lutte contre le doute. Âi^ourd'hui plus que jamais on sent le besoin de concilier la raison et la foi , la religion et la philosophie» parce qu'on sent qu'il est presquimpossible aujourd'hui de n'{tre ps(3 à la fois philosophe et religieux. Jamais la religion et la philosophie n'ont été mieux connues ni respectées davantage. Jamais npn plus elles n'ont été plus favorablement placées pour se comprendre et s'unir*

An moyen*âge la religion règne à peu près sans partage et sans conteste et la philosophie se tient humblement derrière elle, servante obéissante.

Au seizième siècle la philosophie commence à sentir à la fois sa force et son- abaissement ; elle essaie de secouer ses liens mais plus d'une fois elle est terrassée et plus d'un noble et courageux esprit expie par sa mort l'honneur de l'avoir défendue. Enfin avec Descartes la philosophie conquiert sa liberté et ses droits. Elle ne relève plus que de la raison c'est-à-dire d'elle-même ; elle suit ses propres traces.

Sinhir trUt aufder êig^nm Spur DU fMe Tochi9r der Naiur,

La religion cependant n'a pas à souffrir de cet affranchissement de la philosophie , qui ne demande qu'à régner sur la science , respectant le domaine de la foi comme la propriété sacrée de la religion. La religion à son tour reconnaît et respecte la philosophie et ses plus illustres docteurs consacrent leur génie à la servir et à la défendre. Toutefois si l'on y regarde bien , la religion et la philosophie paraissent vivre pacifiquement l'un à cêté de l'autre plutôt que de se pénétrer intimement. On aflOrme qu'elles ne sont pas ennemies , on ne prouve pas qu'elles ne font qu'un. Cest une honorable transaction ; ce n'est pas une fusion.

Au 18""* siècle cet accord si imposant parait se troubler. La religion perd du terrain ; la philosophie en gagne. Elles se séparent de plus en plus muis pour marcher l'une cuuire l'autre.' La philosophie passionnée |lour le progrès et pour la lumière confond trop facilement Terreur avec le mystère » la superstition avec la foi. Elle attaque la

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religion à la fois avec les armes légères de la plaisanterie et 1^ ardentes invectives de l'éloquence. La raison ne peut ni ne veut comprendre la foi. La philosophie de la religion consiste à se moquer de la religion et à déclamer contre elle.

On le voit , la philosophie et la religion dans la suite de leurs rapports ont pour ainsi dire traversé toutes les positions et rempli tous les rôles. La domination tyrannique » la paix oCScielle et la lutte» voiià.comn\p les trois époques,de leur histoire. Une quatrième encore et la dernière devait suivre : celle de leur union sérieuse et intime , et c'est la gjoire de nt>tre siècle de l'avoir amenée.

Ledii-neuvième siècle est profondément religieux souvent sans le savoir et sans oser l'avouer. Partout » dans tous les sens se montre un mouvement décidé vers les idées religieuses et sfnritoalistes. La poésie cherche l'infini dan^ les harmonies de la nature . dans les souffrances et les joies de l'âme. La philosophie remet en honneur la croyance en Dieu , en l'âme et en sa destinée immortelle , et rappelle le souvenir des grandes écoles qui l'ont enseignée. Une psychologie plus large et plus profonde que celle de l'école sensualité ' proclame le sentiment religieux comme un fait naturel » comme un besoin légitime et impérieux de notre vie spirituelle. La science historique de son côté par l'élude sérieuse et impartiale des religions de l'antiquité et de leurs origines les plus lointaines , donne à la religion la certitude et l'aiitorité d'un fait universel et qui a puissam- ment influé sur les destinées de l'humanité. La religion elle-n^éme par de vastes et profonds travaux d'exégèse introduit la critique c'est- à- dire la philosophie dans la théologie , et ajoute ainsi l'évidence de la raison à l'autorité de la révélation. C'est aussi à ce besoin élevé de conciliation entre la religion et la philosophie . qui repose sur une profonde connaissance et un profond respect de chacune d'elles » que nous devons l'ouvrage de M. Matler sur la Philosophie de la Religion. Le nom de M. Malter est un de ceux dont l'Alsace est fier et que la science française et allemande honorent également. Il est un des membres les plus distingués de cette nombreuse famille de savants alsaciens qui continue avec tant d'honneur par leur enseignement et leurs travaux les traditions de. l'ancienne université de Strasbourg et maintient en France et en Allemagne la vieille réputation scienti- fique de notre province. M. Natter a su à un haut degré développer en lui , les qualités de solidité allemande et de clarté française dont

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BIBEiIOGBÀPHIB. . il

l'imion est nn des privilèges de l'esprit alsacien et le rend singulière* ment propre ft servir d'intermédiaire entre deux nations si proches Tune de l'antre par lenr position géographique et si éloignées cepen- dant « par leurs habitudes d'esprit ^t de langage.

Les travaux de M.Mattersurrécoled'Alexandrie, sur le gnosticisme, sur l'histoire du christianisaie, sur Schelling fort estimés des deux côtés du Rhin » ont contribué à initier la science française aux travaux d'érudition philosophique et théologique , aux mouvements des idées» aux lottes des.éçoles de l'Allemagne contemporaine. Us nous montrent en même temps que les études de notre savant compatriote ont surtout été dirigées sur les questions de philosophie religieuse , qui depuis des années aussi sont le fond de son enseignement au Séminaire protestant. Aiyourd'hui il nous donne dans son livre de la Philoiophie sur la Religion » le résumé dogmatique des études et des méditations de toute sa vie. Ce titre déjà est toute une profession de foi. S'il y a une philosophie de la religion , la philosophie et la religion sont légitimes chacune et ne sauraient être ni étrangères ni hostiles l'une è l'autre, c La religion , dit Natter, prise subjectivement dans le sens d'un être intelligent et libre est 1% conscience de ses rapports avec l'Être suprême. Prise en elle-même et objectivement la religion est l'ensemble des rapports qui existent entre Dieu et l'homme en vertu de l'ordre étemel , absolu ou divin qui règne dans l'univers matériel comme daçs l'univers spirituel. > La religion est donc un fat. La philosophie explique tous les bits ; elle est la science des principes et des causes. Il y a donc une philosophie de la religion.

Que les rapports entre l'homme et Dieu soient ceux de la raison on de la foi» la philosophie les comprend et les explique également. Car elle sait que les côtés par notre nature touche à l'infini sont enveloppés de ténèbres et qu'il est des faits qui peuvent surpasser notre raison sans cesser pour cela d'être raisonnables. Voilà ce que croit et 'ce que peut affirmer la raison sans honte et sans faiblesse. M. Matter on le voit est plutôt préoccupé de marquer les ressemblances que les différences entre la religion naturelle et la religion révélée, çt cette préoccupa- ti<m nous paraît heureuse et utile, car peut-être s'est-on trop complu, ailleurs» dans l'intérêt d'une cause et d'un parti, à mettre en présence et même en hostilité le Dieu de la raison et le Dieu de la révélation , au lieu de chercher à les unir dans l'intérêt de la paix et du bonheur de l'âme. Cette opposition hostile en effet rejouit également le fanatisme et

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42 REVUE D'ALSACE.

le scopticrsme, mais inquiète et attriste les âmes siocères qui ae peuvent se décider ni à rester en suspens ni à faire un choix qui ne saurait les satisfaire qu'à demi. C'est rendre un plus grand service à l'homme et un plus sérieux hommage à Dieu que de montrer sous les formes différentes de la religion et de la philosophie une harmonie intime.

f Loin d'être contraire à la raison ou incompatible avec ses lumières la religion est , en vertu même de son objet céleste , le plus grand moyen de développement de la pensée humaine , et cette pensée se trouve en possession de l'idée de Dieu aussi directement qu'elle est en possession de celle de l'ame ou de celle de l'univers. On ne doit point confondre cette religion philosophique , fille de la raison uni- verselle , avec les religions positives , issues de révélations spéciales ; mais aussi de leur distinction nul n'a droit de conclure qu'elles sont ennemies. » (P. 41)

c La philosophie et la religion peuvent être contraires l'une à l'autre. Quand elles sont mauvaises toutes les deux , quand la religion est superstitieuse et la philosophie sceptique , elles ne sauraient s'allier ensemble; mais parfaites l'une et l'autre, elles sont identiques ; leurs grandes solutions comme leurs grands problèmes sont les mêmes ; la vérité est une. » (P. 45)

c En théorie la religion philosophique et spéculative suit entiére- meil les lumières de la raison tandis que la théologie positive suit celles de la révélation; en fait, cette distinction s'efface si bien que celle-là se nourrit sans cesse de religion et celle-ci de philosophie, i (P. i^)-

Nous avons à dessein recueilli plusieurs passages à peu près iden- tiques dans la préface de notre ouvrage pour en faire mieux ressortir l'idée qui le domine tout entier: l'union ou plutôt l'unité de la philosophie et de la religion.

C'est avec une véritable joie que tous ceux qui sont dévoués à la philosophie et qui souffrent de la voir parfois repoussée dans les rangs même du protestantisme cependant plus que partout ailleurs elle devrait être accueillie avec honneur c'est avec joie qu'ils liront rintroduction du livre de M. Matter et ils applaudiront sans réseive à S3 théorie si laige , si élevée et si ferme en même temps. L'impartialité de l'auteur de la Philotaphie de la Religion est d'autant plus sincère , et sa doctrine de conciliation paraîtra d'autant plus

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BIBLIOGRAPHIE. 43

solide qu'elle est le froit d'une étude spéciale et approfondie de la philosophie et de la relij^'on.

En France généralement on appartient i la philosophie on à la théologie. On parle de la théologie en philosophe» et de la philosophie en théologien, c'est-à-dire le pins souvent en profane ou en adversaire, rarement en juge tout a fait compétent et désintéressé. H. Natter est théologien et philosophe , non seulement par goût et par vocation , mais par position. Personne n'est donc mieux placé que lui pour <»mprendre les rapports de la philosophie et de la religion et cette position exceptionnelle de l'auteur donne à s<yi livre une originalité et une autorité qui le feront accueillir avec une égale distinction par les philosophes et les théologiens.

Nous nous sommes volontairement arrêtés quelque temps à la pré- face du livre , car elle^ toute l'importance d'une profession de foi et tout le reste de l'ouvrage n'en est en quelque sorte que la démons- tration.

La religion qui n'est autre chose que l'ensemble des rapports qui lient rhomme à Dieu embrassera Dieu et son œuvre, l'homme e^t le monde. La philosophie de la religion contiendra donc la psychologie, la philosophie de la nature et laTheodicée. M. Matter, fidèle aux habi- tudes ontologiques de l'Allemagne , débute par Dieu et non comme le recommande la philosophie française par l'homme , pour monter ensuite à Dieu. M. Matter qni est pénétré profondément de l'esprit et des habitudes de la philosophie française dont il possède la netteté de style et la rigueur de méthode , M. Matter a sans doute eu ses raisons pour suivre ici les voies de la spéculatiou allemande et ces raisons BOUS croyons les deviner. La méthode psychologique , excellente et même, nécessaire pour le penseur qui, s'appuyant sur la seule raison, veut arriver à Dieu |)ar le chemin le plus naturel et le plus sûr et mon- trer ce chemin aux autres , l'est moins pour le théologien philosophe qui , s'appuyant sur la révélation , part de Dieu comme de la première des vérités , comme de la source de l'être et fait assister ses lecteurs en quelque sorte a la création du monde et de l'homme. * En prenant ainsi son point de départ dans l'absolu et en descendant pour ainsi dire l'échelle immense des êtres « il donne à son ouvrage on 'caractère imposant qui convient bien à la haute spéculation dogniaiiquc. L'auteur débute donc par Dieu. Sa nature , ses attributs ses rapports avec le monde et l'homme , la Providence , la Création i

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44 REVUE D'ALSACE.

loas les problèmes de la tbéodicée sont abordés et discutés , avec les secours réunis de la raison et de la révélation. On peut admirer ici « grâce à M. Matter y l'accord intime qui unit la vérité naturelle et la vérité révélée et n'en fait qu'une seule vérité. L'Évangile renferme toute une tbéodicée brillent sous les voiles mystiques du symbole les grandes et sublimes idées dont quelques unes furent entrevues déjà par les âmes d'élite de l'antiquité.

Après avoir considéré Dieu en lui-méifte » nous le retrouvons dans ses œuvres. Après la tbéodicée, la philosopbie de la nature. La philo- sophie de la nature es( presqu'aussi ancienne que la philosophie elle- même t car dès que l'homme jette les yeux sur le monde , il y voit Dieu. Et si les anciens , admirateurs naïfs et encore ignorants d'un spectacle dont ils ne devinaient que faiblement l'immense variété et la sublime ordonnance, célébraient avec. enthousiasme son divin auteur » que-devons nous faire, nous à qui les sciences entr' ouvrent le ciel et la terre dans leurs profondeurs les plus cachées et nous montrent d'innombrables myriades de mondes au*delà de notre globe, et dans ce globe des myriades de mondes encore; l'infini partout, dans les espaces du ciel et dans la goutte d'eau!....

M. Nattera emprunté aux sciences leurs plus précieuses découvertes et qui font briller dans tout leur éclat l'infinie puissance du Créateur. Il nous a donné un tableau plein d'intérêt et de vie, et qui atteste chez lui une universalité de connaissances néoessaire au métaphysicien qui veut expliquer le monde mais dont les métaphysiciens se dispensent trop souvent par un dédain spiritualiste assez mal entendu. Dans ce voyage à travers ciel et terre nous avons suivi M. Natter hand parri- bus aequU. Mzls t grâce à notre guide , nous en avons rapporté un respect plus profond pour l'intelligence de l'homme qui domine le monde , et une reconnaissance plus vive envers celui qui a créé , et le monde , et Tintelligence de l'homme !

Si la nature extérieure nous montre Dieu , nous en trouvons cepea- dant une image plus complète et plus éclatante dans la plus parfaite de ses œuvres , celle il a en quelque sorte inscrit son nom » dans l'âme de l'homme.

H. Natter ne s'en tient pas à la psychologie sévèrement scientifique telle que la veut la philosophie française et qui n'admet que les*(àit8 que l'observation directe de la conscience peut recueillir , et s'arrête cesse l'induction légitime et commence l'hypothèse.

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«BLIOGRAPHIB. 45

Après avoir aUeint les limiles que la raison posé à la science de l'âme » il les franchit et aborde un ordre de questions plus obscures et par cela même peot-étre plus attcayantes : Sommes-nous les seuls êtres qui composons le monde des esprits ? N'y aurait-il pas comme dans le monde des corps, une variété de classes, de genres , d'espèces? et ce monde des esprits, quand et comment a-t-il été créé? quelles lois le gouvernent? quels sont ses rapports avec Dieu f comment Dieu le gouveme-t-il, comment se révèle-t-il aux âmes? Nous marchons ici sur an terrain glissant les conjectures nous soutiennent bien plus que l'observation et le raisonnement. Faut-il pour cela abandonner ces questions comme indignes de la curiosité du psychologue ? Nous ne le pensons pas. L'âme a ses profondeurs mystérieuses que la science peut sonder quand même elle n'en toucherait pas le fond. Sur plus d'une question capitale de la psychologie nous devinons et nous sentons bien plus que nous n'afftrmons et ne prouvons. Mais ces pressentiments mêmes et ces conjectures ont une certaine valeur comme phénomènes de la vie spirituelle et le psychologue peut les accueillir f sous toutes réserves s'entend , et en se mettant bien en . garde contre les illusions de l'imagination qui n'est jamais à J^out de ressources quand les faits manquent à l'observation. D'ailleurs le puissant intérêt et le charme mystérieux qui entourent ces questions font aisément pardonner à l'écrivain de quitter parfois l'évidence * pour l'hypothèse. Nous préférons quelquefois au silence une réponse même douteuse. Nous n'«vons donc pas le courage de reprocher à M. Matter d'avoir élargi son cadre et d'y avoir fait entrer plusieurs chapitres du plus grand intérêt pleins de vues hardies, d'idées originales et d'une lecture on ne peut plus attachante. Au surplus M. Matter pourrait nous répondre que l'objet de son livre n'est pas purement philosophique, qu'il est principalement religieux, et que la religion afiBrme la science humaine est réduite à douter et à deviner. Mais les doutes mêmes de la science humaine peuvent s'éclaircir si on les rapproche des affirmations positives de la révélation et qu'on montre ici encore les rapports étroits entre la raison et la foi.

Les lecteurs de la Revue et l'auteur du livre me pardonneront d'avoir effleuré plutôt qu'analysé véritablement la Philoioplùe de la Seligion.

Nous avons été jobligés de laisser sur notre chemin plus d'une question intéressante , plus d'un problème curieux » plus d'une

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solution digne d'eiamen » sur laquelle nous aurions peut-être osé soumettre au savant auteur non pas des critiques, ce mot sonnerait mal dans notre bouche, mais qi^elques doutes respectueux.

Nous regrettons aussi que notre ignorance théolc^iqne ne nous ait pas permis d'apprécier et de louer comme il convient une partie importante de Tonvrage, la partie spécialement théologique. Mais malgré notre incompétence partielle nous osons affirmer que Touvrage deM. Hatier est un des ouvrages les plus sérieux elles plusforis quiaient paru sur la philosophie religieuse. Sans doutçil soulèvera desobjecUons et trouvera des contradicteurs. Mais il n'y que les ouvrages de valeur et de poids qui sollicitent l'examen , provoquent la lutte et sont détaille à la soutenir. Nous pouvons prédire au livre que nous quittons en ce moment , qu'il mécontentera également le fanatisme religieux et le fanatisme philosophique , ennemis intéressés de la paix. Mais nous pouvons lui prédire aussi que toutes les qualités qui le distinguent , l'élévation des vues et des sentiments » la pénétration et la 6nesse de la critique , la fermeté élégante et quelquefois éloquente du style , le feront accueillir avec un sympathique empressement par tous les esprit^ sérieux et sincères , philosophes et théologiens.

Emile Grugkbr,

profBttCv pltOotopliie «u fynMM StrMbMfff .

Flore d'Alsace et des contrées limitropres. 2 forts volumes in-12. (16 fr.) , par le 1> F. Kirschleger y professeur à l'Académie de Stras- bourg. — Paris , thez les principaux libraires.

Ce n*est pas seulement dans nos départements du Nord-Est que les amis de la Botanique apprendront avec satisfaction la publication com- plète de la Vlare d'Alsace et des cofUrées limitrophes. Cet outrage , qui a paru par livraisons depuis 1850 y est enfin terminé , et nous croyons avoir lieu d'espérer pour lui le plus honorable succès. Il suffira d'un examen rapide pour reconnaître qu'aucun effort n'a coûté à l'auteur , voulant remplir dignement la tâche qu'il s'était imposée , et le public trouvera libéralement distribuées dans son livre l'érudition , la science et l'enseignement.

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BIBLIOGRAPHIE* 47

La Flore de M. F. Kirschleger renferme Thistoire complète des végé- taux qui croissent spontanément en Alsace et dans les contrées environ- nantes. Classes , familles , genres y espèces y sont décrits dans le plus grand détail , et ^u milieu de leur description ressortant , en italiques, leurs caractères différenciels , laconiquement exprimés , et faciles à vérifier. Le lecteur arrive à leur diagnose au moyen de tableaux synop- tiques , et de ces clés dichotomiques dont se servent avec tant de plaisir ceux qui veulent ouvrir le» portes du sanctuaire de la science. Les noms des espèces , leur synonymie, leurs dénominations populaires, françaises et allemandes y l'époque de la floraison des plantes , leur station géolo* gique y leur dispersion , leurs localités , tout est nettement indiqué , et l'étudiant , ayant passé , par des analyses successives , de la classe à la famille , de la famille au genre , du genre à l'espèce , parvient sans' fatigue à une détermination précise, qui ne lui laisse rien à désirer. La classification adoptée par Fauteur est celle de Decandole^ légèrement modifiée.

Mais la végétation indigène de l'Alsace et des Vosges n'est pas la seule qui eorichisse la Flore de M. Kirschleger i les plantes culivées ou natu- ralisées dans ces fertiles provinces se joignent à celles qui y croissent spontanément. Toutes les espèces utiles , céréales , potagères , fourra*- gères, tinctoriales, médicinales, y sont décrites, avec leurs races et leurs variétés ; l'époque de leur introduction est indiquée , ainsi que les progrès de leur vulgarisation , leurs rendements et leurs produits. Près d'elles se rencontrent les plantes d'ornement, cultivées dans les jardins, les parcs , les promenades publiques ; de sorte que le fleuriste , l'agri* calteur , le forestier, l'industriel trouveront dans cette Flore un livre qui s'adresse à eux , comme, aux personnes qui étudient la Botanique pure. Les médecins et les pharmaciens surtout pourront y recueillir de fidèles renseignements sur les propriétés thérapeutiques des plantes , ainsi que sur les principes chimiques servant de base à ces propriétés.

Cette abondance de notions précieuses n'a point paru suffisante à M. Kirschleger : il a voulu couronner son œuvre par une revue histo- rique et bibliographique des travaux littéraires relatifs à la Flore f Alsace et des Vosges : Ce travail de bénédictin , qui possède à lui seul l'importance d'une publication spéciale, a coûter bien des veilles à son auteur : il s'y montre jaloux de restituer à chacun la gloire qui lui appartient , et les vieux phytographes , qui , même avant la venue de Linné, ont bien mérité de la Botanique alsacienne, y

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' reçoivent un hommage fervenl et respectueux : c'est en effet à ces téné- rables devanciers , MappWy Lindem^ Eermann . Nestler, qu'est dé- diée la Flore éP Alsace et des Vosges ^ ces botanistes ayant rassemblé, dit modestement*!!. Kirschleger , les maiériaux qu'il n'avait plus qu'à coordonner.

Outre les mérites divers que nous venons de signaler , fl en est un , que nous prisons plus que tous les autres , parce qu'il a une valeur morale , autant que scientifique : nous voulons parler de la vigilance infatigable avec laquelle l'auteur de la Flore s'occupe de l'instruction de ses lecteurs. On nsconnatt en lui l'homme de science et l'homme i* enseignement , deux qualités fort distinctes, et très-rarement réunies. La plupart des livres didactiques offrent une exposition froide et aride , et leurs auteurs semblent assez peu se soucier du bénéfice intellectuel que l'étudiant doit retirer de leur ouvrage ; ils tâchent d'être exacts y et c'est assez pour l'acquit de leur conscience : celle de M. Kirschleger est beaucoup plus inquiète. Quand il décrit une plante dont l'organisa- tion présente quelques particularités , ou quelque anomalie, fl les signale minutiensement à l'élève, lui indique les comparaisons à établir, prévient les difficultés qui peuvent l'arrêter, et ne laisse échapper aucune occasion de le familiariser avec les grandes lois de l'oiganogra- phie végétale. Aussi , quiconque ouvrira cette Flore avec le désir sérieux de s'en approprier la substance saura-t-il gré i l'auteur de ce zèle per- sévérant , déployé dans l'intérêt de l'étudiant, véritable charité didac- tique , trop rare hélas ! dans la classe professorale , et qui est pourtant la condition la plus importante de l'enseignement , oral ou écrit.

L'auteur de la Flore d'Alsace et des contrées limitrophes a consacré sept années à la publication de son œuvre , sans compter celles qu'il a passées à la préparer. Il a su , pour faire un bon livre , résister à l'im- patience de ses souscripteurs et à l'entraînement , bien naturel , qui le poussait lui-même à accélérer sa marche vers le terme de ses travaux : nous pouvons donc lui appliquer ce que Ton a dit des écrivains conscien- cieux du dix-septième siècle: ils travaillaient longtemps, mais (fêtait pour longtemps.

ËMii. Le Mâout.

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VILLES LIBRES ET IMPÉRIALES

DE L'iNCIBN!» AL$A€I.

LANDAU.

Landau ! Qael Alsacien ne prononce ce nom avec un patriotique regret I Landau noble fleuron arraché à la couronne de France ! Trop belle fille de l'Alsace qui languit dérobée à l'Alsace! Landau» témoignage toiyours vivant de nos revers de 1815, triste et continuel écho des humiliations du lendemain de Waterioo !

Oui Landau» l'une des dix villes libres et impériales de la Landvog- tey d'Alsace ou grande préfecture de Haguenau , Landau l'un des chefs-d'œuvre de Vauban , et l'un des boulevards de la France à partir de 1686 jusqu'en i8i5» Landau appartient aiiyourd'hui an roTaume de Bavière ! Et ce n'est pas que la Bavière possède Landau par droit de conquête » en vertu d'un de ces faits d'armes qui sanctionnent jusqu'à un certain point les usurpations de territoire. Non vraiment , car en 1815 les portes de la place françabe de Landau n'ont pas été brisées à coups de canon » elles ont été ouvertes à coups de protocoles , alors que la France » épuisée de soldats et accablée par TEurope entière , devait laisser la légitimité souscrire , non spns un chevaleresque et patriotique dépit » à toutes les dures conditions im- posées à sa restauration par la Sainte-Alliance.

C'est grand'pitié de. la voir aujourd'hui , cette noble cité alsacienne, appendant tristement sur ses remparts les couleurs bavaroises » elle qui arborait naguères sa bannière de République du Saint-Empire et qui plus tard se pavoisa lour-à-tour sous le blanc éiendart de Rocroi et sous le drapeau de Marengo ! U semble que la perte de ces glorieui

9*kméê. ^

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80 RBVUB D'ALSAGB.

insignes qui (tarent siens pendant des siècles lui pèse encore an cœur aujourd'hui « deshéritée qu'elle est tout à la fois , et de ses vieilles libertés municipales et de sa gloire moderne de citadelle française ; pauvre exilée i qui, par surcroit de cruauté, on n'a pas même caché la vue de la patrie , car la frontière de France est , tout proche d'elle , lui souriantet lui ouvrant les bras ! Que notre France fasse seulement un pas en avant . et l'enfant proscrite se retrouvera dans sa famille. 11 suflSrait pour cela de rendre à l'Alsace son antique et traditionnelle limite de la Queich au lieu de la Lauter » limite improvisée, il n'y a pas encore tout-à-fait quarante-trois ans , pour séparer ce que les siècles avaient uni ! (i)

Eh bien , que l'histoire au moins la venge et nous la rende, cette pauvre sœur perdue et toiyoure regrettée ! Pour les simples cités comme pour les peuples, pour Landau commepour la Pologne, comme pour l'ItaUe , la nationalité ne saurait se prescrire par quelques séries d'années i Oui l'histoire ne saurait se lasser revendiquer leurs droits » «t il appartient peat-étrie à une plume alsacienne de protester an nom du passé contré la spoliation de Landau. <^ ■-■ " - - -. ^

{*) En disant que la Qaeich est la limite séculaire de l'Alsace , rauteur de la notice sur Landau n'ignofe pas que cette limite a été contestée non seulement lors des traités de V\^estphalie et d*Utrecht , mais mèkne dans le dix-huitième siède lorsqu'elle ne pouvait plus être qu'une question de géographie historique. Mais , indépendemnmnt du point de fait acquis en fave^ de la Queich pa^ l'accession de Landau à la £diMfoo^r0y 'd'Alsace dès la période germanique , ei par sa cession à la France lors du traité de Ifunster , cession confirmée par les traités subséquents de Ryswick et d'Utrecht , nous croyons le point de droit historique beaucoup mieux élucidé par Pfeffel et par Schœpflin , partisans tous deux de la limite de la Queich , que par Kremer et Groll , qui prétendent faire reculer la limite de l'Alsace non seulement derrière la Lauter mais même derrière la rivière de la Seltz , et affectent de confondre les limites de la juridiction diocésaine avec celles de la Juridiction politique. Nous aurons l'occasion de revenir au surplus sur cette ques- tion dans le cours de la présente notice.

(*) Bien qu'il se livre dans les lignes ci-dessus k un sentiment que tous les lecteurs firançais comprendront, l'auteur ne veut pas méconnaître les efforts du gouvernement bavarois pour réconcilier l'ex-ville française aVec sa nouvelle patrie. Au moins Landau, plus heureuse que sa voisine Saar-Louis, s'ahrite sou» un drapeau qui n'a pas toujours été hostile à la France, et qri peut lui redire la confraternité d'armes des plus beaux temps du premier Empire*

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TILLES LIBBES ET IMPÉRIALES W L* ANCIENNE ALSACE. 5i

I.

ENFANCE DE LA VILLE.

Aiasi que la plupart des Tieilles cités sur les deux rives du Rhin et surtout sur la rive gauche » Landau pourrait faire remonter ,^inon son origine , au moins sa généalogie , jusqu'aux Romains. Il est vrai que ni Ptolémée , ni la carte Tbéodosienne , ni l'itinéraire dit d'Ântonin ne donnent sur ce point aucune indication, et il faudrait avec Schœpflin lui dénier toute origine antérieure à la période germanique si» après tout , Landau ne pouvait faire valoir d'aussi bonnes raisons que Germersheim pour avoir été le Viens Juîius cité dans la Noûlia Im- périt, (t)

Cluver , (*) Baudrand , p) Cellarius , (*) et d'après eux Schœpflin (») préfèrent Germersheim , à cause de la situation de cette dernière ville sur le Rhin à l'embouchure de la Queicb. Mais la JPfotice de V Empire ne dit point que le Viens Julins ait été sur le Rhin plutôt qu'à portée du Rhin » et son savant commentateur Pancirole incline même à le croire situé assez loin de , puisqu'il le transporte , à tort sans doute » au Ju&acns Vbiomm de l'itinéraire d'Antonin. (^)

La Notice de l'Empire se borne à dire que le Viens Julins est situé entre Nemelœ (Spire) et Tabemœ fRhein-Zabem ou Berg-Zabern y. C'est aussi bien la situation de Landau que celle de Germersheim , el il est fort permis de supposer ou même de croire , en l'absence de toute preuve contraire , qu'à l'époque du Viens Julins le Rhin était plus rapproché de l'emplacement actuel de Landau qu'il ne Test au- jourd'hui. Pourquoi les deux lieues qui l'en séparent n'auraient-elles pas été quelque marécage, comme il en existait tant au confluent de la plupart des rivières dans le fleuve ? Des recherches géologiques assez récentes ne semblent-elles pas indiquer que cette partie du territoire entre Landau et Germersheim » resta sous l'eau plus long-

(*) Notitia Imp^rii orientàUs iive œeidentaliê , édition de Pancirole.

(*) Germ. antiq. , lib. il , cap. xn.

(*) Lex, Germ. ,<aii mot Yieus JuUus,

n Qwgr. antiq,, tom. i«', Ub. u , cap. m.

(*) ScHCEPrLHi , Alsat. ilhut. , lome i«% Viens Julûu.

(*) PAifcmoLi» CommmHaria ad NotUimn ImperHj cap. xc , p. 146.

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82 REtUB D'ALSàCB.

temps que la contrée au haut de la Queich entre Landau et les mon- tagnes? Celle rivière de la Queich » aujourd'hui encore assez forte en raison du peu de longueur de son cours » ne put-elle être dans des temps très-loin de nous en état constant de débordement vers son embouchure» de telle sorte que jusqu'à Landau le Rhin et elle ne faisaient qu'un pour ainsi dire? Le Vient Juliust même situé à Landau, pourrait donc avoir été une position fluviale . un de ces établissements romains destinés à surveiller le grand fleuve qui, après l'occupation de la rive droite par les Barbares , restait la plus forte barrière de l'Empire.

Sébastien Munster voit le Fictif Julius à Landau ou à Wissembourg.O) Mais Wissembourg est sur la Lauter et en arrière de Rhein-Zabem , tandis que d'après la Notice cet établissement romain devait se trouver entre Rhein-Zabem et Spire , par conséquent sur la Queich. La ques- tion nous semble donc être entre Landau et Gerroersheim , plutôt qu'entre Landau et Wissembourg, qui d'ailleurs peut, à meilleur droit, revendiquer une autre origiae romaine, celle qui résulterait pour cette dernière ville du voisinage d'Alistatt , l'ancienne Cancordia. O

Posée aux termes de la Notice , c'est-à-dire entre Rhein-Zabem et Spire , et l'inondation du territoire entre Landau et Germersheim étant admise , cette question se résout de préférence en faveur de Landau , qui se trouverait ainsi avoir été la garnison de cette cohorte provinciale dite des Anderecianien» et de leur préfet , (Anderetianoi mlitei cum Prœfecto)^ que la Notitia place au Vicu$ Julius et qui suivant Pancirole devait son nom à la ville d'Aquitaine elle fut primitivement organisée. (^)

Dans tous les cas le cours de la Queich ayant été un des points colo- nisés ou gardés par les Romains , on est en droit de conjecturer que quelqu'établissement romain ou gallo-romain, ne fût-ce qu'une vi/^,ott quelques habitations de Coloni ou quelques huttes de Lœti^ existaient sur l'emplacement actuel de Landau. Le Vicus /utius n'était pas d'ail- leurs, comme ce mot Vicui l'indique suffisamment, un simple fort ou casteUum, mais bien un centre de colonisation, fort étendu selon toute

{*) Coimographia^ lib. u , cap. xi.

(*) Bbatus Rbbiianus, r$r, Gwm. , lib. m , et Gbandidkr, Biêtoire d'Alioee , p. 76 et ScHCEPFLiif , Aliat, illtut. , tome i", Conoardia , p. 230 , 253 , 234. (*) P^NCmou , ComrMntaria ad notitiam Impmi , dux tnogunUaetntit,

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TILLES LIBRES ET IBIPÉRULES DE L'aNGIENNE ALSACE. 55

apparence et ayant sur la Queich de nombreuses dépendances. Il est probable qu'il ne se resserra et devînt un fort qu*à Tépoque des dangers permanents de la frontière du Rhin ; Schœpflin pense que ce fut sous Valentinien I** , lorsque Bingen aussi fut entouré de murs. Q) conçoit en effet qu'un bourg établi au débouché de la Queich dans le Rbin ou dans les marécages avoisinants le Rhin , ait élre fortifié à répoque les Barbares remontaient en barques le fleuve et ses affluents , s'infiltrant en quelque sorte dans TEmpire par toutes ses voies navigables en attendant le jour fatal , grâce à Stilicon et au Rbin pris de glace , ils parviendraient à occuper en entier la Germanie première cis-rhénane.

En feit d'origine romaine pour Landau nous préférons le Viem Julms à Tribum , malgré l'opinion contraire de quelques auteurs , parce que Tribuni n'a pas comme le Yicus Julius sa place parfaite- ment déterminée par les documents historiques entre Nemeîœ et* Tahermê , bien que l'un et l'autre de ces deux établissements romains paraissent avoir été, à environ égale distance de Concordia. Ammien Marcellin rapporte , à propos de Tribum, que le roi barbare Chno-- domaire y établit son camp en 55i , afin d'avoir ses barques^à portée de lui et afin de s'assurer par des refuges en cas d'échec. (^) Sous ce rapport la Quàch pouvait offrir d'aussi bonnes voies de salut que la LoMUer ; toutefois , jusqu'à preuve contraire , il est prudent de s'en rapporter à Schœpflin et de voir avec lui tiibùni à Lauterbouft;. i?)

Au surplus les Vandales» les Alains, les Alémans, les Frankset surtout les Huns firent table rase sur les bords de la Queich aussi bien que sur les bords de l'Ill , de la Lauter » et de tant d'autres cpurs d'eau espacés comme autant de lignes accessoires de défense sur rétendue de la province gallo-romaine dite Germanxa Prima. Le Yicus Julius et Tribuni ne devaient pas plus survivre aux terribles boulevefsements du cinquième siècle que tant d'autres forts ou villes consacrés par les documents antiques ou par les monuments comme ayant été des lieux de garnison ou de colonisation pendant les âges gallo-romains. Comme Argentouaria et autres lieux , celui de ces deux établissements , Vicut Julius ou Tribuni , qui existait , selon toute

{*) SCHCEPPLIN , AUat. illuit. , tome !•% •— Vieus JuUus.

('} AmiiEif Marcellin , lib. xvi , cap. xu.

(*) ScHOEPFUif , Alsat. illust. » tome !•% Tribuni,,.

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54 REVUE D'ALSACE.

probabilité , au point ou s'élève actoellement Landâu » serait resté un champ plus ou moins fertile , dévoué à la pioche des antiquaires , si « au rapport d'une tradition recueillie par Merian « (*) un duc frank , burgunde ou aléman » du nom de Landfrid » n'eât pris en afléction ce beau site et n'y eût établi un domaine. On a voulu faire dériver le nom de I^andau de ce duc Landfrid ou Leudefrid » soit Landfrid duc d'Âlémanie , cet opiniâtre adversaire de Peptn d'Héristal et de Charles Martel , soit le petit-fils d'Etichon ou Adalrick, ce Leudefrid ou Luit- frid 9 le dernier des ducs d'Alsace de l'époque mérowiogienne. Gomme le fait remarquer avec beaucoup de raison Schœpflin , si sobre d'ail- leurs en fait d'appréciations basées sur la situation pittoresque ^ le nom de Landau s'explique mieux par le site même de la ville actu^le, et sifipiifie pays ou territoire arrosé d'eaux vives. 11 est possible que ce beau site ait captivé' le dernier des frères de Sainte Odile » il est possible même que le nom de Land^au ail précédé le Vicui JuUuê » et que les Romains l'aient rencontré tout ancien déjà lors de leurs derniers travaux de défense entre Mo^utuia et le traenu Argemoita' tenrii. Car la Basse-Alsace ayant été dès le tempe d'Arioviste colonisée par les Triboques » qui refoulèrent dans les montagnes l'ancienne population belge-médiomatricienne , l'idiome d'origine celtique ou de fusion celtique avait dû, bien avant les invasions des Barbares des quatrième et cinquième siècles , y faire place à l'idiome des peuples germains. Et c'est peut-être ce qui détermina ce nom de Germanie première donné par les Romains à un territoire situé sur la rive gauche du Rhin , territoire tout gaulois d'ailleurs par sa position géogra- phiflue » comme par ses intérêts de défense politique.

Depuis le Vicu$ Juliui et la ferme salique ou ducale de Lokfrid nous voyons se prolonger» pendant de longs siècles encore , Tâge douteux » l'enfance inaperçue de Landau. Combien se passa-i-ll d'an- nées après rétablissement agricole du Leude Ripuaire jusqu'à ce qu'un village, soit Damm/itfîm, soit Queichhdm^ soit Nuisiorff, vint se former autour du domaine frank? Et combien après la formation de ce village se passa-t-il d'autres séries d'années avant que le domaine et le village réunis ne devinssent une ville ? Ces questions touchent à l'histoire de la plupart de nos cités d'Alsace , qui toutes à peu près procèdent d'un ancien domaine soit ducal » soit royal , soit impérial,

(') HÉRUN , Topograpk^ AUatiœ , page 29.

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VILLES LIBRES ET mPÉaULES DE L'ANGIEIINB ALSACE. 5S

se ftisionnant pea à peu a?ec les maisons des ministériaux , dés colons et des serfs bâties à Tentour.

Ce n'est pas.que pour Landaa comme pour beaucoup d'autres cités on ne puisse trouver des chroniqueurs de foi robuste ou des d' Borner patriotes toujours prêts à aflSrmer envers et contre tous la date pré- cise de la fondaUèn de leur ville. Ainsi Beverlin rapporte qu'en Tannée 606 le roi Dagobert entoura de murs Landau après y avoir fondé une église et une abbaye. Ainsi encore un chef frank du nom de Lando* bert y aurait bâti un château ton dès l'an 420. Ce Landobert de 410 nous parait avoir un certain air de fiimille avec le Landfrid ou Luitfrid du huitième siècle , seulement il y a lieu de renoncer au château fort, car les Leudes franks » aussi bien ceux du huitième siècle que ceux do quatrième » se souciaient fort peu des résidences crénelées , iH lear préféraient les maisons de chasse et surtout les grandes fermes gynécées. Suivant toute probabilité Landau était à peine encore an village lorsque son territoire fut compris dans la donation de Dago- bert I*' ou de l'un de ses deux homonymes à l'abbaye de Wissem- bour^, m ou peut-être dans celle.de Dragobod , évêque de Spire à la même abbaye en 686 ou 690 9 ainsi que le rapporte Zeuss. (')

La charte dite de Dagobert , qui énumère quelques uns des terri- toires de l'ancien mundat de Wissembourg ne fait pas » il est vrai , mention de Landau , mais cette charte apocryphe , dont l'antiquité a été ramenée par de doctes critiques au douzième siècle » ne devait sans doute énumérer que les lieux encore possédés par l'abbaye an doiizième siècle. Or depuis l'an 624 » date présumée de la première donation du mundat, depuis 685» 600 ou 7iâ , dates des donations attribuées ù Dragobod et à Dagobert ni , (S) l'abbaye de Wissembourg a pu aliéner ou se laisser enlever le territoire rural ou forestier de Laqdau. Il estcertain que , dans l'origine , et même assez longtemps encore sous la période germanique, le mundat de Wissembourg ne se composait pas seiriement de terres enrdeçàdela Lauter, mais aussi de terres situées au-delà , touchant ou dépassant la Qumch et appartenant à ce qu'on appelait la Spirigovie ou le pagus de Spire. (^)

(*) SoiCEPFLiii , Âls, Ht. , tom. II , pars frandea , p^r, 60. (*) Zeuss, Traditiones poisestUmesque Wiêsemburgemei , p. xn. (') Voyez le travail de M. Spach snr Tabbaje de Wissembourg dans le Balleiin de la Société pour la ooûservation des monuments historiques de TAIsace. {*) Adrien de Valois, Notitia GalUœ , p. 478.

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56 REVUE d'aî-sack.

Le» adversaires de la vieille frontière fraoco*aIsacienne de la Queicb argumentent volontiers de la Spirigovie pour essayer d'établir que Landau et son territoire ne faisaient point partie de l'Alsace , et ont été à tort compris à ce titre dans la cession du traité de Westphalie. Mais la Spirigovie, en tant que division politique, appartenait à une période antérieure à l'existence de la Landvogiey d'Alsace. Le 5ptre- gau comme le Sundgau et le Nordgau étaient des cAntés ou départe- ments administratifs de l'époque francique ou carlowingienne. Il est probable qu'ils cumulèrent dans l'origine la circonscription ecclésias- tique ou diocésaine avec la circonscription administrative ou civile ; il est même possible qu'ils soient nés d'anciennes divisions des pro- vinces romaines Gemiania prima et Maxima Sequanorum , mais à l'époque le Landvogi impérial de Haguenau servit de lien aux franchises des villes immédiates de l'Alsace et constitua par en quelque sorte l'individualité de l'Alsace , les arrondissements territo- riaux établis antérieurement aux usurpations de la féodalité n'étaient plus que des souvenirs quant au régime administratif, bien qu'ils se soient maintenus dans les juridictions ecclésiastiques. Ainsi vouloir dénier à Landau sa qualité de ville alsacienne parce qu'elle dépendait de l'évécbé de Spire, c'est dénier cette même qualité à Wissembourg qui dépendait aussi de l'évéché de Spire , et à la plupart des villes de la Haute-Alsace qui faisaient partie du diocèse de Bâle.

H n'y a pas non plus à arguer des partages de famille entre les fils de Louis-le-Débonnaire , entre Louis-le-Jeune et Cbarles-le-Gros, ni de l'apanage constitué par Otbon i*' à l'impératrice Adélaïde, pour refuser à l'Alsace sa limite bistorique de la Qtietcft. Saos doute » cette limite n'existait pas lorsque la province elle-même n'était plus » lors- que l'ancien duché mérowingien , fractionné en comtés du Nord et du Midi , passait tour-à-tour à des princes divers , se divisant pour servir d'appoint aux délimitations viagères entre Lothaire et Lôuis- le-Germanique ou entre les princes leurs héritiers. L'Alsace ne renatt comme réunion politique qu'à l'époque de ses libertés municipales , et dès lors aussi nous voyons Landau figurer , de l'aveu même de l'historien de Spire , (^) au nombre des villes libres et impériales de l'Alsace , ce qui reculait nécessairement jusqu'à la Queicb la limite de

(*) Lehhanh, Chron. Spir,, ]ib. iv , cap. vu.

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YILLRS LIBRES ET IMPÉRIALES DE L'ANGlEmiE ALSACE. S7

l'agrégaiioii des cités d'Alsace , et eut pour effet de faire constater officiellement cette limite par les actes de l'Empire. (<)

L*aoDexion des territoires de la Lauter et de la Queich à la circon- scription du diocèse de Spire et même du comté de Spire, ne prouve donc rien contre la nationalité jde Landau ni la limite alsacienne de la Queich.

L. Lbvrault,

(La êuiiê à la prochaine UvraUon,)

C) ScROBPnnf , Àli. iU. , tom. n , époque francique , SpMgoviê , par. 50.

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LES SCYTHES.

LEUR ÉTAT SOCIAL. MORAL, INTELLECTUEL ET RELIGIEUX.

Suit$. 0

'Les auteurs anciens tels que Hippokratès, Ephoros (Strabon tu) et Strabon (lib. xi , p. 492) comptaient avec raison les SarmaUf parmi les Scythes et iréro(iote dit positivement (vi, il7) que ce peuple parlait un .idiome «cyfftt^iie. Suivant une tradition répandue chez les Sc^cft^t- Hellines les Sarmates étaient issus de l'union de quelques jeunes Scythes avec des Amazones kimméries {HérodoL iv, iiO). Cette tradi- tion indique que les Sarmates européens s'étaient mêlés de bonne heure avec des tribus kimméries. Déjà antérieurement à leur entrée en Europe» des Scythes portant le nom de Sarmates (ou Surmaies) avaient successivement habité les bords de l'Indus (cf. Plin. vi, 48) et le sud de la Médie. En rapport continuel avec les Mèdes ils se sont tellement mélangés avec eux qu'ils passèrent même pour être les pU des Mèdes (Plin. VI , 7, 49). Entourés d'abord en Asie et plus tard en Europe de peuplades finno-tatares qui étalent nomades comme eux , les Sarmates ont aussi adopté dans leurs mœurs et dans leur langue beaucoup d'éléments tatares^t quelques uns d'entre eux se sont tellement con- fondus avec des peuples d'origine altaïque, qu'il serait diflScile de dire s'ils étaient plutôt Scythes ou Taiares. On conçoit d'après cela que dans les mœurs et le langage des Sarmates , outre le fond principal scythique , il devait y avoir un mélange d'éléments Idmméries, mèdes

(*) Voir la livraison: de Janvier , page 9.

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LES SCYTHES. ' 5d

et tatarei. Le nom de SarmaUs signifiait proprement fiotitme» iu Nord. Ainsi que les Mèdes , les Sarmaus désignaient Thomme par le mot mât (p. tnant doué de raison , germ. mannus p. mandas» norr. màdr^ p. mandas). Le nord était désigné en langue scytbe par le mot Shauro (russ. iiever cf. Sibérie) qui signifiait proprement frisson ou tempête (o(. norr. sk&r » vieux baut-all. schaner) et comme le nord était le pays du frisson ou de la tempête , shauro « le mot signifiait aussi le nord. De le nom de Shauro^màtes (Hommes du nord) qui leur fut donné, soit parce qu'en Asie ils habitaient au nord de la Miiie, soit parce qu'en Europe ils étaient étaUis au nord par rapport aux peuples seythes de la branche skolote établis plus au sud. Le nom de Shauro- mètes qui avait ses analogues dans Thisa-màtes (Hommes delà Theiss)» dans DaUmàtes (Hommes du lointain) Ait changé par les Grecs en SauTomàtes ou Surmâtes , et par les Latins en Sarmates (p. Sarvmates) et plos tard par les Allemands en SâmUnde.

Les Sarmates ayant subjugué un grand nom1)re de peuples » soit scythiques, soit tatares, leur pays ainsi que ceux de ces peuples fut désigné par les géographes grecs et latins sous le nom général et indéterminé de Sarmatie et par conséquent on appelait dans l'Anti- quité Sarmaus des peuples qui n'étaient pas toujours d'origine scy- (bique mais qui babttaient seulement les contrées désignées vague- ment sous le nom de Sarmatie. Parmi les peuples qui se rattachaient à la branche sarmate et qui étaient de race sekfthique^ il faut citer les Ixomates et les Sindies. Du temps d' Hérodote (iv , 28) les Sindies étaient établis sur le Bosphore cimmérien. On les disait issus du commerce adultère que les femmes sarmates avaient eu avec leurs esclaves {Pltn, H. N. nr, 42) pendant l'absence de leurs maris îors de la grande expédition des Scythes dans l'empire assyrien. L'extraction et la condition d'esclave étaient sans doute Indiquées par le nom même de Sbtdie qui signifiait probablement, dans la langue scytbe» nn homme de la suite, un serviteur , un esclave (norr. sinni p. sindi ; gotb. ffa'smdhia , ail. gesinde).

Après avoir énmnéré d'abord les petiples seythes asiatiques de la branche sake et de la branche parthe , et puis les Scythes européens de la branche samate et de la branche skolote, nous avons déterminé à peu près toute l'étendue de la racescythique en Asie et en Europe. Il est vrai que si Ton stiivait sans critique les indications des auteurs grecs et hUns qui» par erreur ou par ignorance , ont employé mal à propos

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60» REVUE D'ALSACE.

le nom de Scythes, comme Tont fait d'après eox (a plupart des savants modernes » il Taudrait encore comprendre sous ce nom line infinité de peuples qui évidemment appartenaient à d'autres races. Bien que le nom de Scythes ne doive être appliqué qu'à des peuples qui sont Scythes par le sang, les anciens l'ont cependant donné à des peuples divers uniquement parce que ces pei/ples habitaient ancieni- nement les pays qui du temps de ces auteurs portaient le nom plus ou moins vague de Scythie. C'est ainsi que Pmdare et tous les tra- giques Grecs ont appelé Scythes les peuples cimmériens ou celtiques qui habitaient les pays au nord de la mer Noire s'établirent plus tard les Scythes. Les Scythes hippomolgues » ainsi nommés dans un vers qu'Eratosthènes (490 av. J.-Cb.) attribuait faussement à Hésiode, étaient donc proprement des iTtmmérte^ hippomolgues. Promithre, appelé le Scythe par les tragiques Grecs , appartenait proprement à la tradition mythologique des Eimméries , appelés improprement Scythes par Hérodore le contemporain de Hérodote. En général comme les Scythes n'ont pénétré en Europe qu'au septième siècle avant notre ère , le nom de Scythes que les Grecs ont donné à des peuples euro-* péens antérieurement à cette époque ne pouvait être le nom ethnique véritable de ces peuples.

Depuis les temps d'Homère les Grecs connaissaient de nom les Kmméries au nord de la mer Noire ; de des tribus kimméries pas- sèrent dans le pays des Hyperborées., leurs frères , établis au nord de la Grèce (Pimdar , Olynth. 3 , 25 , 46) et se confondirent avec eux. Les Kimméries et les Hyperborées, au nord de la Thrace, étant représentés dans l'histoire , la géographie et la mythologie comme occupant les extrémités austro-septentrionales du monde alors connu , il arriva naturellement plus tard que les Scythes dont le nom élait souvent substitué à ceux des Kimméries et des Hyperborées , passaient égale- ment pour habiter les extrémités septentrionales du monde. Aussi à mesure que les connaissances des Grecs s'étendirent , ces prétendus Scythes furent de plus en plus reculés dans le Nord. C'est ainsi que les Abies , peuple kimro-thrace qn' Homère (IL 15 , 6) plaça dans la Thrace» furent dans la. suite reculés jusque dans la Sarmatte asiatique et comptés parmi les nations^ scythes (v. Stephan. ; Curtius , liv. 8). Hérodote , bien qu'il connût parfaitement les véritables Scythes au nord de la mer Noire , ne manque cependant pas de placer encore des Scythes fabuleux à côté des Hyperborées tout au nord de l'Europe

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LA 8GTTHBS. 64

et de rAftie^ dans des contrées qui de son temps étaient uniquement occupées par des peuples nomades d'origine flnno^aiare. Des peuplades flnno-tatares tels que les Isridones s'étaient également éta- blies à côté des. Scythes sur la mer Caspienne / dans le Caucase et dans la Colchide et furent comme eux désignées faussement sous le nom de Scythei. Ce que Hippohratèi (de aère aquis et locis) rapporte de la constitution physique des Scythes , semble s'appliquer plutôt à un peuple tatare auquel on donnait faussement le nom de Scythes; ou bien cela s'appliquait à une peuplade scytho-tatare tels que les Alains chez lesquels la constitution des Scythes avait dégénéré , soit par le mélange avec le sang tatare , soit sous l'influence du climat délétère de la Colchide et de la Maeotide.

Lorsque par les conquêtes d'Alexandre et de ses généraux les con- naissances géographiques se furent encore étendues davantage, la Scy- ihie qu'on considérait traditionnellement comme un pays à l'extrémité austro-septentrionale du monde ^ fut reculée au nord-est jusqu'en Sibérie et en Chine., Eratosthènes (490 avant J.-Cb.) et d'après lui Strabon appelèrent ces vastes contrées la Scythte d'Asie ; l'ancienne Scythie d'Europe se confondit avec ce que l'on nommait alors la Sarmaiie^ et les Scythes de la branche gétique furent en partie compris sous le nom général de Gèles ^ en partie placés , à côté des Gètes » à l'occident du Tyras. Quelques iribus de Gètes s'éiant confondues dans la Thrace avec des peuplades kimro-thraces , et les Gèles étant comptés avec raison , par suite de leur origine parmi les Scythes » il arriva que le nom de Scythes fut donné dans la période alexandrine à un grand nombre de peuples thraces ou cymriques qui habitaient le littoral tout autour de la mer Noire. C'est ainsi que les auteurs grecs qui ont écrit sur les Scythes tels que Nymphodoros , Agroitas , Hero- doros et Timon , ont donné le nom de Scythes aux Thunes , aux Bi» thunes ^ aux Maidobithunes , aux Marianthunes ^ aux Mossunes^ aux TAarènes » aux Chalybes , etc. » (v. Schol. ad ApolL Argonaut ii , V. 168; IV 9 V. 359) bien que ces peuples fussent les uns d'origine cymrique les autres d'origine thrace. («)

Vers le commencement de notre ère la race scythique européenne s'étant depuis longtemps séparée en deux branches » savoir : la

[*) Voir Lss psuplês primUifs de la race de Ëafète.

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6S RBYCB D'ALSACS.

braoche iormau et la brancba skohte , ei cea deux branckee ayant donné naissance l'une aax Sarmateê qui comprenaient tous les 5/atwt, l'autre aux Germains qui comprenaient aussi les Scandinaves^ on s'ac- coutuma à substituer à l'ancien nom générique des Scythes les noms particuliers de leurs descendants les Sarmates et les GemMliM-iScan- dinaves. Le nom de Scythes ûe^ni dès tors une dénomination générale et vague pour désigner les peuples inconnus du nord-est de l'Asie. Tel est le système suivi par Pline l'ancieD. (fl. N, iv, S5, 2). Mais contrai- rement à ses propres indications ^ cet auteur, qui a souvent compilé » sans critique , des données contradictoires , restreignit ensuite néan- ^ moins le nom de Scythes à quelques {>euplades voisines de la Ckeno- nèse taurique qui de son temps , et même encore du temps de Chry^ sostàme, étaient désignées par ce nom* Certes Ptine avait raison de distinguer les Scythes (branche occidentale) des Sarmates (branche orientale) comme le faisaient encore Lucien {Toxaris, 39) et Chrysos' tome (Orat. Borystb. 36 , p. 76). Mais c'est à tort qu'il prétend que ni les Gètes, ni les Sarmates, ni les Alains n'étaient d'origine «cyfAtfue {Plin. IV . 25). Ptolémée ne connaît plus de Scythes si ce n'est les Scythes (tMiUques qui sont pour lui des peuples entièrement incon- nus. Dès le sixième siècle » la mention des Scythes asiatiques faite par Ptolimée et des Scythes européens faite par Strabon fit établir la distinction entre la Seythie asiatique , appelée dès lors la Grande^ Scythie^ çt la Scyibie européenne» appelée la Petiu-Scythie. La grande Seythie se confondit dans la suite avec la Russie ; la petite Seythie comprenait; selon les époques et les auteurs, tantôt la Krimie , tantôt les pays du Dniester tantôt les pays situés entre les Karpatbes et la mer Baltique tantôt les pays entre les Karpatbes et la mer Noire ou les pays des Madjyares et des Turcs.

On le voit le nom de Scythe$ était dans l'antiquité et au commen- cement du moyen-âge une expression vague et indéterminée que les auteurs appliquaient mal à propos et indistinctement à des peufries d'origine celtique « tbrace, germanique » finnoise, tatare, mongghole, chinoise , sarmate , madjyare et turque. C'est que pour les anciens c'était un nom géographique dont la signification variait à mesure que leurs connaissances en géographie s'étendirent. Pour nous , ce ne sau- rait être qu'un nom de race, un nom ethnique qui comme tel ne devra être donné qu'à des peuples qur réellement ont appartenu par le sang à la race scythique. Nous avons donc réserver ce nom uniquement

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LES SGTTHK8. 63

aox Scythes asiatiques de la branche sake et de la branche parthe et anx Scythes européens de la branche skolote et de la branche sarmate. La race sake on scythique » (^omme le prouvent les livres sanscrits » ëtait aussi ancienne dans son berceau primitif que les autres branches de la souche de lafète. Aussi, .selon Hérodote , leurs traditions natio- nales remontaient-elles à environ 1500 ans avant notre ère. Les Scythes croyaient même pouvoir rivaliser d'aneienneté avec les Egyp* tiens (v. Justin, ii, i)»#fais si l'on considère d'abord que cette race , 8embhU)le en cela aux Arabes ismaélites » avant Mohammed , est restée, pendant plusieurs siècles, à Tëtat nonuide, sans arriver à fonder des états politiques; ensuite qu'elle n'est sortie que fort tard de son berceau primitif pour entrer en Europe et qu'elle ne s'est fait connaître dans l'histoire des peuples de l'occident qu'à commencer du septième siècle avant notre ère , on concevra que les Scythes ont passer, comme du reste ils en convenaient eux-mêmes (Hérod. vr, 5)» pour la plus jeûne des nations de l'Asie occidentale.

A leur arrivée en Europe au septième siècle » les Scythes étaient encore généralement adonnés à l'état nomade. Leurs troupeaux con^ sistaient principalement en chevaux, en bestiaux et en chèvres, toujours armés , comme Tétaient en général les nomades de l'antiquité» ils ne se bornaient pas seulement à faire pattre ou comme ils disaient à pousser devant eux (non*, veida, ail. treiben pousser, trift. pâturage) leurs troupeaux , ils chassaient aussi le gibier dans les montagnes et dans les plaines. Aussi l'action de faire paître et de chasser était-elle désignée dans les langues scytbiques par un seul et même mot (vatta). Le voisinage de mer Caspienne et plus tard de la mer Noire engagea quelque^ peuplades , entre autres les Masagètes , à se livrer égale- ment à la pêche (Hérod. i , 215 ; iv , 59). La pêche dans l'eau douce et dans la mer (Éérod. iv, 59) étant une espèce de chasse , fut désignée aussi par le même mot {vaxta) que la chasse proprement dite. Arrivés dans les contrées au nord de la mer Noire , la fertilité du sol et l'exemple des colonies grecques les invitaient à la culture de la terre, les Scythes commencèrent à se livrer aussi au' travail agricole. Ils connaissaient alors déjà le soc (lith. zoch, vieux haut-alL suoha san- glier) et le contre (lat. cuUer, lith. zagre , zagarai cf. saggaris) qu'ils appelaient le déchireur (goth. hôha , sansc kôka le loup cf. vrikas

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64 RETOB D'ALSàCB.

loup , 80c). Cependant la culture de la terre ne put de?enir plue gé- nérale chez les Scytha que lorsque ces peuples abandonnèrent de plus en plus la vie nomade. Conune l'agriculture était toute nou?elle chez eux , ces laboureurs se considéraient naturellement comme les plus jeiinei de la race scythique et se disaient par conséquent les des- cendants du plus jeune des trois fils de Targitavui (Brillant par la targe) le dieu du Soleil au disque brillant. Ce Bis cadet qui , précisé- ment parce que la tradition avait en vue sa qiiSilité de père des agri- culteurs » eut le nom de Prince au char ou Prince à la charrue (HÉftOD. Kola'^ksats , sansc. Bala-kchayai , norr. httti-^ftae). La tradition rap- portait également , par rapport à sa qualité de père des laboureon , que Kolaxau seul savait manier le soc d'or ardent qui était tombé du ciel, tandis que ses frères» Talné nommé Prince au bouclier (Hérodot. Hleipo-4kaût norr. Hlifar^skce ou Hlifar^skati , cf. lat. Clypeut) et le putné nommé Prince aux flèches (H6rod. Arpo-kitOi , sansc. Arva- kchayoi , grec-pers. àrbakèt , arpha-kchad , norr. ôrvar^ikœ) , lors- qu'ila voulurent toucher au soc ardent se brûlèrent les mains , ce qui devait signifier que les Scythes guerriers représentés par HldpoksciU , et les Scythes nomades représentés par Ârpoxc&s ne réussirent guère dans l'agriculture et préféraient au maniement du soo îe maniement des armes par lesquelles ils devinrent les maîtres des Scythes labou- reurs représentés par Kolaxms. Les Scythes ne connaissaient long- temps pas la propriété immobilière. Ils cultivaient la terre sans s'ap- proprier le sol. Chaque année ib se partageaient entre eux le terrain labourable et après la récolte ils rabandonnaient comme terrain libre. Les Scythes qui étaient chasseurs et pécheurs» vivaient du produit de la chasse et de la pèche (Hirod. rv , 55 » 59) et tandis que les Scythes aroières ou agriculteurs avaient encore-une nourriture végétale et du miel sauvage {JusL 2), les Scythes nomades ne vivaient que de la chair et du lait de leurs troupeaux et préféraient la chair et le lait de cheval à tout autre aliment (cf. Hirod. iv» 3 » 46). Le cheval étant l'animal consacré au Soleil» Thabitude de manger du cheval était en partie liée au culte du dieu Targitavus et c'est pourquoi elle se maintint chez les descendants des Scythes » les Germains . les Scandinaves et les Slaves. Ainsi que tous les barbares, les Scythes et leurs descendants aimaient surtout les boissons fermentées et capiteuses (sansc. madhus , lith. medus » gr. methu). Déjà en Asie ils avaient appris à connattre le vin qu'ils consacraient , comme les autres peuples de race iafétique , au

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âcrnns. «S

dieo dii soleil anqael Us donnaient , comme les Grecs , le nom épithë- iiqne de Pak (Vénérable» sansc, bhaga , gr. bakchos , sla?. bog). Ce* pendant la seule contrée vitifère chez le Scythes était la Margiane {Plin. Yi, 48, 2). En Europe ils apprirent de nouveau l'usage du ?in par l'exemple des Tbraces. Les Gètet de la Tbrace donnaient au vin le nom de zàla {Phou lex. » p. Si) ou xUai (Hésych.^ » 1585)» sans doute ' à cause de sa nature effervescente (sansc. hUa , gr. ubu , ail. geitj^ et ils en faisaient un usage tellement immodéré, qu'un de leurs Dwbu jugea nécessaire de le leur interdire {Strab, vii, 3).

Les Scythes portaient une espèce déculotte (Ovide ^ Trist. iv^ T^.tô) qu'ils appelaient la fourchue (gr. braka , lat. bracca » vieux haut-ail. brocha » angles, brœk , non*, brôk, cf. furca, fr. braie) ou la fourchue dei cuities (TUMikalsidor. Etymol. 19, 32 » angles, deoh-h'ëk, angl. Mgh'breeehei) ou la cotivre-cuisse (slav. shal-vary^ pol. scharm-vari^ pers. ichal'-vara, arab. iirvàlf bas lat. sarabara, esp. ceroulas)* Cette calotte était en bourre et plus généralement en peau (cf. Ragnar •braie^elue). La partie supérieure du corps était couverte d'une tu- nique sans manches en peau de renne (scytb. tarandus^ v. Hesych,) ou plus communément en peau de bouc (v.Jul. Pollux, 7 , 70). Aussi les Grecs , pour cette raison , donnaient-ils à cette tunique le nom de muma (p. suurina de sisuroi ou (tfuro^ ou saiuros le bouc). Cette tunique était serrée au milieu du corps par une ceinture à laquelle était suspendue une gourde {Hérod. iv , 9 , 10) et un coutelas. Par- dessus de cette tunique' les Scythes portaient quelquefois un petit oianteau bit de plusieurs cuirs chevelus ou scalps arrachés aux têtes de leurs ennemis vaincus (Hérod. iv , 64). La pnncipale arme des Scythes était l'arc et les flèches. L'arc scythique avait une forme particulière que nous ont fait connaître les auteurs anciens (Amm. Mwre. 22 , 8 ; Strab. 2 , 126 ; PUne H. N. 4 , 26 ; Théocrite , Idylle 15, S5). Il était composé, de deux arcs de cercle réunis ensemble par une ligne droite. Les Scythes étaient d'habiles archers (cf. Luc. Toxaris), et surtout renommés comme excellents hippoioxoUi ou archers-à- cheval (^ian. de Mil. ord. Inst. p. 5). Ih passaient même dans l'an- tiquité pour les inventeurs de l'arc et du bouclier (scytb. targi^ slav. terk , bas lat. targia , fr. targe) lequel était chez eux l'arme distinctive ' des nobles et des rois. Aussi le père des nobles et des rois et par suite de la nation entière , l'Hercule scythe , c'est-à-dire le dieu du aolèii , Targiiavm, passa-t-il dans la tradition pour le meilleur archer. >hmif,. « 5

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tt ftBVme B'AUAGK.

Les Scythes, comme nomades ne poa?ant avoir des demeures fixes» avaient des habitations mobiles» espèces de cabanes de bergers, c*e$t-l-dire des chars à quatre roues avec une tente en berceau ou en forme de tonne et recouverte d'écorce ou de peanx {Juit. Hist. u, 2). Ces chars portaient chez les Sarmates le nom de KoU^maha (mai- sons sur roues)» et chez les Gète$ celui de Kara-mà (maisons sur char); ils étaient assez spacieux pour que quatre personnes adultes ou une* famille (scyth. tatnti, norr. thiod) pussent s'y coucher* En cas d'attaque ou dans le combat» on plaçait ces chars de manière à en faire une enceinte ou un rempart (cf. norr. vagnabarg fort de chars). Chez les Scythes septentrionaux » il y avait de grandes neiges en hiver , les tentes furent placées sur des radeaux ou traîneaux (Pomp. Meta ad Virgil. Georg.i» 164) qu'on appelait GUssanu (scyth. iongi, p. tnaki^ lith. iahntu, pol. ionln , ail. snaeho limaçon » cf. norr, ilê^ » p. Mlebdi^, C'est ainsi que les Scythes de la mer Noire passaient » en hiver chez leurs parents les Sindies en faisant glisser leurs chars-tratneaux mr la glace du Bosphore cimmérien (Hérod. n » 28). Ils se faisaient traî- ner par des rennes (scyth. îarandus effervescent» renne » norr. îhrandr sanglier) on par des élans ^ animaux que leifrs voisins les finno-tatares leur avaient appris à connaître et auxquels ils donnaient par conséquent le nom tatare de hloi (Strabon kolos » cf. madyare loizak). Les Scythes laboureurs» étant devenus sédentaires par suite de l'agriculture» échangèrent leurs chars contre des maisons qui avaient la forme de blockhaus construits avec des f&ts d'arbrtf superposés les uns aux autres » formant un carré oblong et couverts d'un toit de chaume ou bien » comme les thars-berceanx » d'écorce ou de peaux. Ces cabanes étaient appelées budei (norr..6iidir» cf. les Budine$). Chez les Scythes l'idée de la famille et de la tribu reposait bien plus particulière- ment sur l'idée de la communauté de domiàle que sur celle de la communauté du iang. Le foyer mobile des nomades » c'est-à-dire les flerreê fàcake qu'ils transportaient avec eux dans leurs chars » fut le symbole de cette «communauté. Aussi le nom du foyer (scyth.'tovtfi) devint-il le nom de la famille d'un petit nombre d'hommes associés ensemble (norr. thiod) et par extension le nom de la tribu et de U nation (goth. thiod » celte tenta). Chez les Scythes nomades » les serb qui étaient probablemant des prisonniers de guerre dont on avait fait* des esclaves » ne faisaient pas partie de la famille ni de la tribu. Les Scythes avaient l'habitude sauvage d'aveugler les serfs (Uirod. nr» 3)

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LBS .SCTTHBS. . fil

afin » disaientHlIs, qu'ils ne fussent pas distraits daiv leurs tra?aux; mais le Téritable motif de cette barbarie c'était d'émpécher la fuite ou la révolte de ces esclaves. Cet usage atroce cessa complètement ou du moins fut fort restreint chez les Scythes agriculteurs dont les esclaves employés aux travaux des champs , n'auraient pu s'y livrer s'ils avaient, été privés de la vue. Cependant anervir et aveugler étaient deux choses si étroitement liées dans l'idée des peuples de l'antiquité, que dans la langue' des Scythes fUi it aveugle était synonyme d'esclave {jBérod, IV , ^) et que chez les peuples asiatiques en général les rois vainqueurs faisaient ordinairement aveugler les princes vaincus, afin d'indiquer ainsi d'une manière symbolique qu'ils entendaient faire d'eux leurs esclaves. Comme les Scythes libres portaient les cheveux longs, la tête rasée était aussi le signe extérieur de l'esclavage diez les Scythes comme chez d'autres peuples de l'Asie. C'est que la plupart des peuples iafétiques regardaient la chevelure qu'on consacrait au dieu du soleil » non seulement comme une chose sacrée par laquelle les femmes chez les Grecs juraient et qu'on sacrifiait aux dieux et aux mftnes , mais ils la considéraient encore comme l'or- nement de l'homme et comme l'indice de sa condition libre. Lorsque le roi indien Sagara eut vaincu les lavanas (lônes) et les Kambôdjâs, il leur imposa l'obligation de se couper la chevelure; quant aux Scjfthêi on Cakes qu'il avait également vaincus , il leuc accorda la iavjpur d'avoir seulement la moitié de la léte rasée (cf. Strobaeus , chap. 145 , p. 433). Les archers scytbes qui faisaient la police à Athènes et qui se considéraient comme serfs avaient la tête rasée ; aussi les Athéniens ayant en vue ces archers ou esclaves scythes employaient-ils l'expression de skuthiser (shuhixetn) pour se raser la tête.

Les hommes libres qui étaient la classe la plus nombreuse , consti- tuaient le peuple proprement dit chez les Scythes. Les hommes libres étaient naturellement aussi bien propriétaires que les nobles , mais Us n'étaient pasanssi riches qu'eux. Chez les Scythes nomades la richesse ou la propriété qui était seulement mobilière était mesurée non d'après la grandeur des troupeaux , mais d'après le nombre des chari qu'on possédait. G*est que la richesse en troupeaux qui était toujours en proportion avec la grandeur de la famille était indiquée , ainsi que le nombre des serfo,'par le nombre total des chars. Le Scyftie qui était simplement chef d'une petite famille n'avait qu'un seul char attelé de

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deai boeufs {BTtppok. i , S 95) et un troupeau correspondant, ainsi qu'un nombre de serfs proportionné à ce modeste ménage. Ce petit propriétaire » chef de famille et homme libre » avait le nom de ootopode d'après les huUjambei de ses deux bœufs. Plus le propriétaire avait une famille nombreuse , de nombreux esclaves et de nombreux trou- peaux » plus le nombre de ses chars était aussi considérable. Il y avait des Scythes qui pos'sédaienl jusqu'à quatre-vingts chars. Lorsque plus tard les Scythes agncuUeun se partagèrent annuellement les terres , ce partage se faisait par lots dont la grandeur était proportionnelle au nombre des chars « et lorsque plus tard encore chezles Gètes et les Scandinaves les chars furent remplacés par des maisons ou ma- noirs fixes (norr. bu), la distribution était toujours faite en proportion du nombre , de la grandeur et de la situation par rapport au soleil (norr. sôUlùpt distribué au soleil) des maisons ou des manoirs. Dans l'origine la richesse qui donnait la puissance établissait presque seule la distinction entre les nobles et les hommes libres ; * mais on faisait aussi dépendre cette différence sociale d'une différence dans la pureté ou noblesse du sang des familles. Ensuite de même que les familles nobles s'éuient séparées des familles plébéiennes » les familles prin- cières se séparèrent aussi des familles nobles ; quelques chefs nobles devenus monarques ou chefs de tribus {Hérod, iv , 66), s'élevèrent à la royauté. Ce*qui prouve que dans l'origine les rois (scyth. kunagus roi, cf. les noms propres Kunagos, Muh-kunagos Roi des mouches ou des taureaux , Ku^kunagos roi des vaches) devaient leur élévation , dans la pensée du peuple , non à la puissance de leur épée ni à leurs qualités morales et intellectuelles , mais à l'ancienneté , à Fillustration et à Tascendant de leur famille, c'est que dans les langues scytho-gétiques le nom de roi siguifiait proprement national ou gentil (goth. thiudans) ou Issu de généreux (scyth. kunagus, norr. Konungr, ail. Kônig)^ parce que le roi tenait à la famille la plus ancienne et la plus illustre de la nation et parce qu'il était le Als d'un Noble (scyth. Kunos nom propre, norr. Konr) ou d'un Généreux (norr. adalungr). La royauté était éta- blie de bonne heure chez les Scythes , et ils l'honoraient au point qu'ils appelaient royaux les pays et les peuples qui avaient plus de distinction et de puissance que les autres (Hérod. iv, 210). L'attribut distinctif di^roi était le boucUer, qui devint le symbole de la protection, et élever sur le pavois était synonyme d'élire roi. Le nom de Skolotes (Boucliers) qu! Hérodote (iv, 6) appelle un nom royal signifiait aussi dans

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LES SCTTHISa. 69

le sens moral mi on protecteurs et indiquait encore que les Skolotet , par l'intermédiaire de leurs rois , descendaient du dieu-héros Targi^ tavu9 (Brillant par la targe), le dieu du soleil, le Protecteur du peuple (scyth, Tavit'varus^ greco-scytb. Teutaros) par excellence. la royauté fondée sur rillustration de la race était sinon héréditaire dans la famille» du moins attachée à la famille la plus illustre. Chez les Scythes les Cemmes , grâce à leur caractère énergique , n'étaient pas exclues du pouvoir royal, mais elles n'y arrivaient que comme veuves* c'est-à-dire après la mort du roi leur époux. On remarque dans l'histoire des Scythes quelques reines célèbres telles que Tomjfri$ (Thamyris Océanide » sansc. tamara) , la reine des Mauagètcê ; Spot* Mhra (Feu du soleil ; de svar et de aithra» norr. aitar feu , cf. Syr-Uha dans Saxon Grammaticus) et Zarina (Dorée) originaire d'un pays arie et reine des Sakes; Amage^ veuve de Medo-Sakkas (cf. norr. Mipd» Sognir) et reine des Sarmates. Certaines peuplades scytbiqnes et sakes , surtout celles qui adoraient particulièrement la Lune nommée la déesse Ariimpasa (Noble-dame) et chez lesquelles, par conséquent, les femmes jouissaient d'une certaine prépondérance sur les hommes (cf. Hérod, iv» 26) se faisaient gouverner de préférence par des reines {Arrhiân Indica , 8). Les Grecs les appelaient , non sans quelque mé« pris, dominés par des femmes (gr. gunaiko-kraloumenoï) et les Hin- dous les nommdieni Strî-r^djâs (ayant une femme*roi). Chez les Scythe^, ceux qui étaient revêtus de la royauté étaient aussi les juives suprêmes et les pontifes de la nation , suivant les mœurs patriarchales d'après lesquelles le père de famille et par suite le père de la nation ou le roi était à la fois juge et prêtre.

Dans l'origine l'homme ne considérait comme 4es siens ou comme son sang que les membres de sa famille. Les membres de la famille , s'appartenant l'un à l'autre , se devaient aussi récipij)quement aide et protection. Lorsque dans la suite les familles formèrent des tribus et que ces tribus formèrent la nation , la protection était due également aux membres de la tribu et de la nation. Mais toujours cette protec- tion s'étend'ant sur les membres de la tribu et de la nation , était due en vertu de la communauté du sang et comme conséquence et exten- sion du droit de protection dans la famille. Aussi l'afléclion et Tamour du prochain se manifestant tout d'abord dans la famille et y trouvant sa raison d'être et sa sanction, on assimilait tous les autres rapporte d'affection qui pouvaient exister entre les hommes, aux rap-

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70 REVUE D'ALSACE.

ports de famille. Ainsi l'amitié n'était pas considérée comme Vaffec- lion mutaelle entre deax hommes quelle que soit leur famille ou leur race ; les amis passaient, au moins symboliquement, pour des bommes de la même famille , pour des firères , ayant par conséquent entre eux des droits et des devoirs de frères , de^ droits et des devoirs du ' sang. Cbez les Scythes guerriers les amis étaient*surtout considérés comme frères d'armes et alliés pour leur protection mutuelle.- Aussi pour contracter cette amitié ou cette alliance on pratiquait des céré- monies symboliques qui signifiaient que les amis devenaient entre eux frères ou bommes du même sang. Pour indiquer cette commu- nauté de sang en contractant alliance, les Scytbes buvaient ensemble du vin mêlé au sang qu'ils s'étaient tiré de leur, corps en se faisant nue légère blessure {Hérod. iv , 70). L'assistance , selon l'idée de ces peuples , ne pouvant être exigée que des parents auxquels seuls in- t^ombait le devoir de la protection , les Scythes ne prêtaient secours à un étranger que lorsque préalablement celui-ci se fut constitué symboliquement leur parent. Or comme la parenté se mani- festait principalement par le droit de prendre part aux sacrifices que le chef de la famille faisait pour sa famille seule, l'homme qui invoquait l'assistance d'un autre dut se faire d'abord passer pour le parent de celui-ci en plaçant le pied sur la peau d'un t^oeuf sacrifié; ce qui signi- fiait symboliquement qu'il venait de prendre par( à un sacrifice fait pour la famille et qu'il avait par conséquent les droits d'un parent ou d'un allié {Luci^ Toxaris) et , par suite , droit à la protection de la part des membres de cette famille. Plus tard, chez les Germains, cette peau de bœuf fut remplacée par un soulier fabriqué avec cette peau lequel , dans la suite , devint le symbole de la parenté et par conséquent de l'a- doption^ de l'alliance (cf. ail. Bnndschuh) et de la succession ; de sorte que chausser soulier de quelqu'un signifiait symboliquement lui succéder comme parent, comme fils adoptif ou comme héritier (cf. Grimm, Rechuallerihûmer ^ p. i5S, 463). Le devoir de l'hospi- talité était également rapporté au droit du sang ou de la famille. Aussi le passant jouissait-il de l'hospitalité, non en sa qualité d'étranger ou d'homme ayant besoin d'assistance , mais parce que s'étant assis au foyer il était considéré , momentanément du moins , comme faisant partie de la famille. Or le foyer (scyth. Taviti) étant inviolable , le voyageur qui était entré dans une demeure y jouissait des droits du foyer; on lui devait, comme aux autres membres de la famiHe,

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USB SCYTHES. 71

Aonrritâre, aide et protection. La jastice telle qu'elle était pratiquée chez les Scythes était encore une conséquence du droit du sang on de la proteaion due aux membres d'une famille. Comme les membres de la bmillet de la tribu et de la nation étaient censés s'appartenir l'un à l'autre par le sang , ils devaient aussi venger les injures qui étaient faites à quelqu'un des leurs par quelqu'un de leur nation. Si l'agresseur était un étranger ce n'était pas un coupable qu'on jugeait > c'était do ennemi auquel on courait sus. La justice comme revendication des droit» du sang était donc une vengeance (lat. vindicatio) exercée an nom de la famille et de la tribu pour demander réparation de l'injure ou du préjudice fait à un membre de cette famille ou de cette tribu , par un de ses frères parents ou compatriotes. Cette' justice ou vengeance bien qu'elle ne fut pas une guerre en avait cependant les apparences. C'était en quelque sorte un duel livré en conseil de famille entre les juges et l'accusé» et comme l'accusé était un honune du même sang que ses juges, on observait, au tribunal, les mêmes formes comme dans un duel régulier ; le jugement avait lieu en champ clos (norr. vêbonii » en plein air , à la (ace du Soleil (Targitavus) et de son ,sym- bole le bouclier ou la targe , sur la butte de l'assemblée (cf. Hirod.) , et en présence de l'Epée (scyth. (raizus) du signe symbolique de la divi- nité suprême.

•B Ës^éwjkT unruxBCTiTBii mkm scttum.

LeA Scythes ont prouvé qu'ils avaient de bonnes dispositions intellec% tiielles déjà par le besoin qu'ils sentaient de s'instruire auprès des peuples plus civilisés. Anaeharsii (scyth. Anak-hrâm Prompt à la course), fils du roi Scythe Gnourus (p. Crnavanu Eminent, cf. norr. gnœfr)^ vint à Athènes pour s'y instruire et il parvint par son génie philosophique à fai gloire de compter parmi les sept sages de la Grèce. A la même époque, du temps de Solon, un autre Scythe que les Athéniens Aommaient Toxarii (Archer) et qui était prêtre ou devin de TargUavut ou de Tchalmo-skais {Prince à la peau d'ours , gr. ZabnoxU) vint à Athènes il faisait , sous l'inspiration de^dn dieu , des cures telle- ment merveilleuses qu'à sa mort on érigea près de son tombeau une stèle avec un bas-relief représen^nt Targitavus ou l'Hercule scythe Oe Soldl), tenant de la main gauche son arc et de la main droite un rouleau de flèches, symbole des rayons bienfaisants du soleil. Le roi Skuks (scyth. SkuU Protecteur, norr. SkuU) aimait à jouir , tous les

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ans une fois dans la ville d'Olbie » des avantages et des plaise de la cîvilisalion grecqae» et ponr satisfaire ce goût il exposa son trône et jusqu'à sa vie (Hérod. iv, 80). Les Athéniens qui pouvaient choisir leurs esclaves parmi tant de peuples barbares préféraient à tous les esclaves scythes. Us avaient à leur service beaucoup de Scytbiennes de sorte que ScyiJdenne était à Athènes presque synonyme de iervante (SMidas y s. V. Skuihaina)^ Les Athéniens préféraient aussi les péda- gogues daAvet à tous les autres 9 non seulement pour leur fidélité mais aussi pour leur intelligence. Tout cela prouve que ces Scythes esclaves hommes ou femmes étaient renommés non seulement pour leurs qualités morales et inteUectuelles» mais aussi pour leurs qualités phy- siques , que c'étaient de véritables Scythes , et non pas de ces pré- tendus Scythes ou de ces Scythes abâtardis que Hippokratès représente comme une race laide de corps et faible de caractère et d'intelligence. Nous avons à faire voir maintenant jusqu'à quel point l'intelligence des Scythes s'est manifestée dansleur commerce, dans leur industrie, dans leurs connaissances et dans leurs traditions. Les principaux articles du commerce des Scythes européens étaient la pelleterie et l'ambre jaune. Dès le sixième siècle avant notre ère, les Scythes de la mer Noire faisaient concurrence aux Phéniciens en cherchant sur les bords de la mer Hyperboréenn%(Aa/it9ue) surtout à AbaUe le succin (lat. sucdnum tenant du suc) qu'ils nommaient , dans leur langue, «afciru (le suint; Pline, «acrium, sansc. kchtram, p. çaulùram sérosité» cf. gr. dakru, ail. zâhre, lat. lacryma). Si les Scythes ont pris le nom de Sakiru dans le sens propre de nitni , cela prouverait qu'ils considéraient le succin comme l'exsudation de quelque arbre résineux ; s'ils l'ont pris dans le sens figuré de larme , cela prouverait encore qu'ils connaissaient le mythe sur les Séliades (Ovin. Mita* tnorph. , 11 , 540) qui , à la mort de leur frère Phaéton , furent chan*^ gées en auhies et versèrent des larmes^ d'oii provenait l'ambre jaune. Les descendanu des Scythes sarmatiques , les Venèies (Vénitiens) delà mer 'Adriatique, s'ouvrirent» pour le commerce du succin, une route directe vers le midi de ^'Europe , en s'associant avec leurs frères les Venèies (Wendes) de la mer Baltique. .Vers le commencement de notre ère ce commerce qui avait déjà beaucoup perdu de son importance était entièrement entre les mains des peuples celtiques qui donnaient au succin le nom de glœs (lat. vitrum^ cf. Plin. 32, S, Pomponka Mêla. 6} et tiraient ce fossile principalement de File d'imeiand.

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LES SCYTHES. .73

appelée alors Auitravia (Ile orientale) pai les Bataves gemumiques et Ik au sucàn (lat. Gkssaria) par les Belges celtiques. Les Scythes nomades qai colportaient (cf. Alazones Forains) et troquaient simple- ment leurs marchandises Contre d'autres produits naturels , n'avaient pas besoin de monnaie. Mais les Scythes de la mer Noire qui étaient en rapport avec les Grecs , faisaient usage de la monnaie qu'ils faisaient battre à Olbie. Les marchands scythes n'avaient pas non plus besoin de l'écriture pour leur commerce , ils pouvaient s'en passer comme la plupart des peuples marchands de l'antiquité. L'industrie des Scythes n'était pas assez avancée pour fournir des articles au com- merce d'exportation ; ils exerçaient l'industrie seulement pour leurs besoins personnels et ils ne fabriquaient que des articles de pre- mière nécessité, tels que des objets d'habillement , d'armement » de logement, des chars » des charrues, des traîneaux , des ustensiles de cuisine et de sacrifice. En fait de métaux les Scythes, au dire d'J7éro- dote, ne connaissaient que For et l'airain. Gomme généralement Tai- rain (sansc. ajfûs , goih.ais^ Iat..a«<) était plus anciennement connu et en usage que le fer (cf. Thubal-kaïn , pers. tûpal-kaîn Qa\ forge l'airain) les Scythes suppléaient aussi par l'airain au fer qui leur manquait. L'invention de l'art de fondre et de façonner l'airain était attribuée par les Scythes à un de leurs compatriotes (Plin. 7, 57, 6.) qu'ils nommaient Lydus (goth. Ituds Artificieux) lequel était le typ^ et le prédécesseur de Vôlundr (ail. Wiehnd) le forgeron épico-mythique de la poésie germanique et Scandinave. Mis en rapport dès le sixième siècle av. J.-Gh. avec les Eelus-Kimméries tels que les Chalybes , les Tibarènei , etc. , qui excellaient déjà alors dans la métallurgie , les Scythes apprirent d'eux à connaître le fer qu'ils appelaient ais-am (sorte d'airain). Plus tard les Gètes qui sous le nom de Gothines vivaient dans les Karpathes, au milieu de populations celtiques, apprirent de ces populations la manière d'exploiter les mines de fer (cf. Tacite). Enfin ce fut principalement en Scandinavie que les descendants des Gètes furent complètement initiés dans la métallurgie par les popu- lations finnoises. Car les peuples de rac^ ouralienne et finno^tatare surpassaient toutes les nations de l'antiquité, même les Kimro-Keltes , dans l'exploitation des mines. L'art de foudre et de façonner les mé- taux était beaucoup en honneur chez eux , au point que dai^eur mythologie le dieu suprême Ilmarinen était représenté comme un fo^eron tellement habile qu'il s'était fabriqué d'or son épouse. Dans

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74 RBvra d'alsacs.

les langues finnoises le mot àe forgeron {seppSj était synonyme d'or* titie (cf. gr. DaidaUos habile » artiste ; malai pandei, forgeron , habile ^ artiste) et servait à exprimer toute espèce d'industrie ou d'art, même fart de la poésie (rum-seppâ forgeron de' chants » cf. norr. tioda^ smtdr). Chez ces peuples altaïques le nom de durchan (forgeron) de- vint également le titre honorifique d'un haut dignitaire de l'Etat, comme diez les Perses le tablier du forgeron kàveAeyiûi l'étendard royal. Les Scandinaves estimaient surtout les épées {vasJù, cf. basque) finnoises dont la trempe était si excellente que ces armes passaient pour féées.

Chez les Scythes les beaux-arts sont restés naturellement dans renfiince et ne se sont jamais élevés au-dessus du niveau des arts utiles et manuels. Aussi longtemps que les Scythes nomades n'avaient pas d'habitations fixes l'architecture ne pouvait pas même naître. Les Scythes n'ayant point d'images de leurs divjnités , à l'exception du glaive (scyth. gamis) le signe symbolique au di^ suprême Dmu (norr. Tyr), les arts plastiques ne pouvaient pas non plus se développer. Quant à la musique on trouve au quatrième siècle avant notre ère des prêtres citharistes chez les 4gc^hurses et les Gèus {Aihen. xiv , 24» Siephanut de Byz. s. v. Getia). La musique instrumenule servait aussi d'accompagnement aux danses guerrières dans lesquelles les Scythes se distinguaient au point que , encore plus tard à Consunti- nople» aux fêtes de la cour» deux bandes d'hommes » représentant deux peuples sarmates les Brames et les Yenètes et ayant à leur tête des chefs goths revêtus de leur marme, exécutaient les danses guer- rières traditionnelles dans leur nation. La poésie était encore à son état tout à fait primitif. Celui qui savait manier la parole était en même temps poète et orateur et comme tel il était choisi pour servir d'ambassadeur ou d'envoyé auprès des nations voisines. C'est ainsi , par exemple, que les citharistes àe& Agaihurses remplissaient à la fois les fonctions de musiciens , de poètes , de prêtres et d'ambassa- deurs. Encore plus tard la tradition épique des Goihs, des Germains tX ùe& Scandinaves nous parle de héros tels que YoUur, Horuni, Verbil» Svemlîn^ etc.-, qui maniaient aussi bien l'instrument de mu* sique 4ue l'épée et qui , en qualité de musiciens (fidlari) et de poètes- orat^rs, étaient aussi employés comme messagers et comme ambas- sadeurs. La tournure d'esprit des Scythes qui étaient généralement btdligentj» (Hérod. iv, 46) les portait à s'exprimer d'une manière laco-

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LES scrrass. 75

niqoe » énergique » sans ambages et sans précaoUons oratoires. Aussi les Grecs, surtout les Athéniens» qui étaient frappés de cette parti* eularité , appelaient-ils les expressions brusques le parler scythique {skttthân rêiii , Kte^e fragm. » Baekr, id. p. S^). Anacharsis avait la répartie prompte et juste. Lorsqu'un Grec lui reprocha sa nationalité de Scythe barbare il répondit : Tu dis que ma patrie me fait honte ; moi je dis que toi tu fais honte â ta patrie. Il avait à la fois de l'ori- ginalité et de la justesse dans l'esprit. Les lois de Solon il les compa- rait à des toiles d'araignée se prenaient les faibles et que déchi- raient les forts. Voyant que les Athéniens portaient les projets de loi d'abord devant les Prytanes pour ensuite les faire sanctionner par l'as- semblée du peuple il dit :*c'est faire délibérer aux sages et décider aux Ibus. L'huile avec laquelle se frottaient les athlètes il l'appelait l'onguent maniaque. II disait que la vigne portait trois espèces de raisins : le raisin de l'ivresse , le raisin de la volupté et le raisin du repentir. Les Scythes ayant beaucoup d'imagination aimaient les expressions métaphoriques et surtout le langage symbolique ; et l'expression de la j)ensée était quelquefois accompagnée d'une action emblématique. Ainsi , par exemple, pour faire savoir à Darius que s'il ne s'échappait pas aussi vite qu'un oiseau dans l'air, qu'une grenouille dlins l'eau et qu'une souris sous la terre , il périrait par les flèches, le roi des Scythes lui envoya par des ambassadeurs un oiseau , une grenouille » une souris et cinq flèches (Hirod. iv, 131). Pour énoncer et pourinculquer à ses cinquante fils cette vérité que l'union fait la force, le roi scythe SWourui (p. Skyldvarus Garde-bouclier) prit nu faisceau de flèches et leur montra que le faisceau uni ne pouvait être courbé mais que chaque flèche pouvait être brisée séparément (Pluiarque, Mor.). Plus tard chezJes Scandinaves , ces d^^scendants des Scythes, nous trouvons encore le même mode d'expression. Randver (Défenseur du bouclier) le flis du roi lârmunrek, au moment , par ordre son père , il devait être pendu, prit un faucon et lui ayant arraché les plume^etles pennes envoya dans cet état piteux l'oiseau à son père pour lui signi- fier que désoriflais ce roi , vieux et privé de son fils, ressemblerait à ce faucon rendu incapable de prendre son essor (Snorra-Edda^ p. 143). Lorsque les Scythes furent établis sur les bords de la mer Noire, ils apprirent à connaître l'écriture grecque qui était en usage chez leurs voisins les habitants d'OIbie et qui avait aussi été adoptée par les CtUei Kmmiries. Cette écriture grecque, dérivée de l'alphabet phéni-

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76 KBTUE A'ALSAGB.

cien et qui n'avait pas encore été complétée par Epicharme et Simo^ nide , était encore à son état primilif. Les traits des caractères étaient heurtés et -angulaires par suite des malières dures telles que la pierre, le bois (cf. sanides) et le plomb sur lesquelles on las gravait (gr. grafi graver , écrire). Les Scytho^Gètes adoptèrent ces caractères phénico- grecs non pour s'«n servir dans le commerce comme d'une écriture cursive ; mais pour les employer comme des signes stéganographiques, des signes mystérieux ou comme des mystères (runes, sausc. çravanA traditiQU , mystère) dans la divination , la rbabdomancie et la magie* La poésie n'étant pas encore écrite fut transmise oralement et devint ainsi l'organe pour toutes les traditions de la nation. Comme dans l'Antiquité toutes choses étaient ramenées êi rattachées à la religion » les traditions étaient aussi presque toutes plus ou moins religieuses et la poésie qui leur servait d'organe avait également un caractère plus ou moins mythologique.

La religion des Scythes étant la partie principale de leurs traditions, le tableau que nous allons en esquisser contribuera à nous faire encore mieux connaître l'état social moral et intellectuel de ce peuple remarquable.

F. G. Beegmann,

ProfMfeur dt Htténtora étnnfèro à U FMolté àm lottni cto Strasbourg.

(La suite à uns frùchaibH UoroîMMi).

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NOTICE HISTORIQUE

SUR L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE SAINTE-MÂRIE-AUX-MINES.

La Botice historique qui suit , doit son origine à la bienTeiltante conniunicatîoD que j'ai obtenue du livre consistorial de l'église^ réfor- mée de Sainte-Marie-auz^Mines et des documents, en petit nombre , que renferment ses archives.

Le livre consistorial se compose de deqx parties distinctes , reliées en an seul volume.

La première partie contient le récit de l'histoire Téglise réformée française, récit rédigé par le pasteur Louis Trolliard en 1772. Il ne 5'étend que jusqu'en l'année 1747 'et se termine par la copie d'une lettre écrite le 1 février 1793 parle pasteur français Testu, au consistoire allemand. Le récit du ministre Trolliard n'est , ainsi qu'il a soin de ' l'indiquer, (i) qu'un extrait des mémoires et livres consistoriaux. qu'il dit avoir été supprimés et anéantis. L'époque de cette suppression est incertaine , mais il faut regretter la perte de ces documents , car le récit de Trolliard rédigé par paragraphes isolés , sans suite et presque sans cohésion entre eux , est loin de fournir tous les rensei- gnemenu désirables ; il y existe même des erreurs qu'il importe de signaler.

La seconde partie contient la liste des pasteurs réformés allemands et commence en l'année 1666 par Nicolas Bischoff , premier pasteur

(*) Void le titre qu'il a mis en tète du livre : Extrait eofUenant ee fwt g'eit posté de plus intéreuant dans Vigliit réformée flrançaiêe de SoitUe^Marie^aïuB' MÊÙWM , depuis ga fondation jusqu'à présent , tiré des divers mémoires et autres monuments authentiques , mais surtout des Uvres consistoriauœ qid ont été sup- primés et anéantis parée qu'ils ne contenaient presque que des choses inutiles ou dangereuses ; U tout fidèlement recueilli , dressé et mis en ordre par François- Lomé TrolUard, pasteur de la dite église ^ÀTIf.

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78 RBVUB D'ALSàCB.

de cette langue. A la suite de chaque nom se trouve une courte nocke biographique. Le livre a été commencé en 1782 par le ministre Jean- Rodolphe Hertzog et a été continué par son successeur jusqu'à .Jean- Frédéric Fontaine élu le 4 août 1805. Il se termine par la transcrip- tion d'un certain nombre de documents concernant l'église et parmi lesquels Ton remarque surtout ceux qui ont trait aux difficultés sur- venues à plusieurs reprises entré les réformés et les luthériens de Sainte-Marie, ainsi qu'entre les réformés eux-mêmes.

Il m'a paru utile et intéressant de réunir et de classer les faits qui ressortent du livre » ainsi que les renseignements fournis parles docu*

' raents. Je les ai complétés aussi bien qu'il a été possible par des recherches faites au-debors » afin de reconstituer l'histoire de Time des plus intéressantes églises protestantes de l'Alsace.

L'histoire locale de la plus grande partie des églises protestantes de France est encore loin d'être complètement explorée. €e n'est que par elle , cependant, que l'on parviendra à connaître toute l'étendue et l'importance du mouvement réformateur qui a rempli ce pays au seizième siècle. De louables effons ont, toutefois » été faiu. Le Direc- toire du Consistoire supérieur de l'église de la confession d'Augs* bourg 9 répondant à l'initiative éprise par S. E. Monsieur le Ministre des cultes , provoque et encourage les travaux qui tendent vers ce

' but. Il faut espérer, que, dans un temps rapproché, l'on parviendra à réunir en un seul faisceau ces notices isolées qui permettront alors d'écrire une histoire véridique , basée sur des documents incontes* tables mais dont les éléments sont jusqu'ici restés enfouis dans les archives des églises , et que l'on parviendra ainsi à rectifier toutes les erreitfs et à remplir toutes les lacunes , que l'ignorance des détails locaux a pu introduire dans les récits publiés ju«|u'à ce jour.

I.

La ville de Sainte-Marie-aux-Hfaies , ai^eurd'hui l'un des centres importanu de l'industrie française , est située dans la vallée de la Lièpvre et traversée par la petite rivière de ce nom qui la séparé en deux parties distinctes dont l'une, la rive gauche , appartenait, au seizième siècle, aux ducs de Lorraine , et l'autre « la rive droite, ^ux nobles de Ribeaupierre, seigneurs relevant directement de la maison

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NOTIGS HI8X0IUQUB , BTC. 79

d'Aauiehe et reconnaissant» par conséquent» la snzeraineté da Saint-Empire romain.

A cette époque la population de Sainte-Marie se composait» en grande partie , d'ouvriers employés à l'extraction du minerai que Ton trouvait en grande quantité dans les montagnes qui dominent la vallée et qui fournissait annuellement près de 7000 marcs d'argent , sans compter le enivre et le plomb dont il y avait également abondance.

L'on comprend qu'une pareille industrie devait attirer de nombreux étrangers impatients de foire fertane» ou désireux de s'employer aux travaux divers que faisait naître une grande exploitation.

Cette affluence devait aussi» exceptionnellement» favoriser l'intro- •duction des doctrines de la réformation qui, dès la première moitié du seizième siècle » ont agité l'Allemagne » Suisse et la France.

Mais ces doctrines rencontraient un ennemi implacable dans le duc de Lorraine » seigneur de la partie gauche de Sainte-Marie-aux«^Mines» dont les victofres » remportées à Saveme et à Scherrwiller sur les paysans révoltés » avaient redoublé la haine qu'i^ portait au protes- tantisme » première cause » selon lui » d'une guerre qui avait compromis sa fortune et aurait pu menacer ses droits souverains.

Le supplice de Wolfgang Scbuh» pasteur à Saint-Eypolitbe, village situé à quelques lieues de Sainte-Marie» était» d'ailleurs» dénature à inspirer aux sujets du duc de Lorraine de justes craintes snr les conséquences que pourrait avoir pour eux fadbésion aux principes d'un culte nouveau repoussé par le prince comme contraire à ses convictions religieuses el comme compromettant ses intérêts tem- porels.

Une surveillance incessante (ut donc établie sur les habitants de la rive gauche et le catboUcisme ne cessa pas un instant d'y être pro^ ftssé par b population soumise au duc de Lorraine.

II.

Il n'en flit pas de même sur la rive droite.

Egenolf III » devenu seigneur de Ribeaupierre en i547 par la mort de son père , Guillaume ii» avait embrassé le protestantisme et en &vorisait secrètement la propagatioff dans ses domaines. U était obligé il'agir avec prudence et circonspection ; puisque » relevant de

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80 VSfïMMfÉJMCÊ.

rAatricbe caiholiqne , il était sooinis à la sorveillanoe de la Chambré de régence établie à Ensisbelm et qu'il ne poutait espérer que cette Chambre approuverait ou tolérerait seulement, des tentatives de réforme contraires à ses instructions et à ses propres tendances.

m.

Telle était la situation, lorsqu'on 4'année 4BS0« on environ, im nommé £Ite, maître mineur , (t) vint se fixer dans la partie de Sainte- Marie soumise à la seigneurie de Ribeaupierre. Nous ignorons le lieu et la date de sa naissance , mais nous devons présumer qu'il venait de l'intérieur de la France, ou qu'il appartenait aux cantons suisses qui parlent la langue française.

Maître Elle professait la religion réformée, mais il ne lui suffisait pM de la professer seul , il était impatient de communiquer ses con- victions , de réunir autour de lui ceux qui les partageaient , de consti- tuer, enfin, une communauté dont les prières s'élèveraient ensemble vers le Seigneur-Dieu qu'il adorait avec ferveur et conviction.

Jouissant, à ce qu'il parait, d'une certaine autorité et d'une cer- taine aisance, il réunit bientôt dans sa maison tous les fidèles qui, jusqu'alors n'avaient professé le culte nouveau qu'en secret et en l'absence de tout ministre consacré ; il les habitua à faire ensemble des exercices de prières et à entendre la lecture de l'Ecriture sainte. Enfin , il baptisa un enfant et administra la Sainte-Cèné à laquelle participèrent environ treize personnes , hommes et femmes.

Ce culte domestique fait en langue française , ne manqua pas d'at-

(*) Dans une lettre datée de Sainte-lfarie^iiu-MiDes le 12 mai 4645 et adressée par le pasteur le Bacbelle au pasteiir Ferry de Metz (voy. BuUeiin de l'hiitoire du FroUitamistM français^ tom. i^, p. 160) il est dit , que maître Elie avait été abb^ en pays de Hainault et avait, depuis, épousé à Strasbourg la veuve de Pierre Brùlly, brûlé à Toumay en 1545. Cette version qui , du reste, n'est appuyée par aucun document, est contredite par le livre consistorial de Sainte-Harie-aux- Mines il est dit textaellement que « M* Elie vint en ce val pour travailler aux n minei , lequel , en même temps , tenait en sa maison exercice de prières et de « lecture de l'Ecriture sainte , etc. » M. Rœhrich , BUtoire de la ritarmaiion m Àleaee , tom. ni , p. 182 , ne vmt, comme nous , en M* Elie, qu'un simple ouvrier mineur propagateur zélé et eotbousiaste des doctrines de la réformation.

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NOTICE BISTOBIQOE, ETC: 81

tirer en pea de temps tous les protestants disséminés dans la vallée et aax environs. Heureux de trouver un point de réunion » heureux surtout de n'avoir à craindre dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux ni les délateurs » ni les indifférents , se croyant plus forts du moment qu'ils n'étaient plus isolés , ces hommes s'attachèrent les uns aux autres par les liens d'une étroite fraternité, bienfaisant ré- sultat d'une croyance commune et d'une vie exemplaire constamment surveillée par la communauté qui s'avouait responsable envers Dieu dtt salut de chacun de ses membres.

IV.

Déjà en 1553 , trois années seulement après le commencement de ces exercices religieux» les réformés de Sainte-Marie-aux-Mines étaient devenus tellement nombreux que l'étroite maison de maître Elle n'ofli'ait plus assez d'espace pour les recevoir et qu'il leur parût indispensable d'obtenir pour eux et leurs familles les instructions spirituelles d'un ministre consacré.

A cet effet, ils s'adressèrent au seigneur de Ribeàupierre , quf» seul, pouvait autoriser l'introduction officielle du culte dissident. D'ailleurs , les circonstances étaient favorables » le seigneur lui-ipéme était entré dans la communion protestante et la régence autrichienne d'Ensisheim était trop faible pour contrarier la volonté d'un aussi puissant vassal.

Aussi l'autorisation fut*elle accordée sans difficulté et le seigneur de Ribeaupierre engagea les pétitionnaires à s'adresser à l'église française réformée de Strasbourg, alors florissante » pour la prier de leur prêter l'un de ses ministres. Elle y consentit en leur envoyant le pasteur Jean Locquet qui , pendant quelque temps, prêcha au temple des mineurs sur le pré hors de Sainte-Marie, temple qui, alors déjà, était affecté au culte de la confession d'Augsbourg.

Hais ce n'était qu'une concession temporaire. Le pasteur Locquet, ^ attaché à l'église française de Strasbourg , ne pouvait faire que de courtes apparitions à Sainte-Marie , il ne pouvait , surtout , venir s'y 6xer au milieu des fidèles et partager avec eux le bien et le mal qu'il plairait à la Providence d'envoyer à la jeune église.

Elle s'adressa donc au consistoire (^e Genève, sachant que se trouvait le foyer ardent de la foi et de la science réformée et qu'elle y rencontrerait ces hommes de dévouement et de conviction qui ne

S'Aime*. 6

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&i REVUE D'ALSACE.

sont pas rares dans les temps d'orage , mais qui disparaissent ou restent inaperçus dans les moments de calme.

V.

Son appel fut entendu et Genève lui envoya , en i555, maître FrançoiM Mord, neur de CoUonges^ gentilhomme français qui , ayant embrassé la doctrine de Calvin, avait été obligé de s'expatrier, s'était réfugié en Suisse pour y vivre en liberté de conscience et y avait été appelé au saint ministère.

Morel , après avoir été agréé par le seigneur de Ribeaupierre* se mit incontinent à l'œuvre. Il ne se contenta pas de prêcher à Sainte- Marie et d'y administrer les sacrements , il se rendit alternativement dans les communes d'Eschery et de Fertrupt résidaient beaucoup d'ouvriers mineurs et il leur procura ainsi les moyens de participer aux bienfaits de leur culte. Son activité fut grande , mais elle devait tourner au détriment momentané de l'église, car les catholiques qui paraissaient n'avoir vu qu'avec indifférence les exercices de religion suivis dans la maison de maitre Elle , commencèrent à s'émouvoir à la vue d'un pasteur protestant , résidant au milieu de son troupeau et stimulant son zèle religieux par sa présence ainsi que par ses exhortations incessantes.

VI.

Dès ce moment la vallée de la Lièpvre fut agitée par les dissensions religieuses ; il parait même que des troubles sérieux ont porté le désordre dans les familles. Il est , du moins, certain que le conseil de régence d'Ensisheim fut saisi de plaintes nombreuses contre le pasteur et les réformés de Sainte-Marie.

Ces plaintes , transformées en griefs contre le seigneur de Ribeau- pierre et contre la tolérance qu'il accordait dans ses domaines, furent portées jusqu'au trône de l'empereur Ferdinand , lequel , plus tard et le 5 mai i562, écrivit à Egénolf m : c Nous sommes informé par c la ohambre d'Ensisheim et notre bailli comte Philippe d'Eberstein , c que tu tolères dans les lieux de notre suzeraineté diverses sectes, c telles qu'Anabaptistes , Calvinistes et autres dont la présence est c défendue par nos mandats ; que tu as même opéré certaines réfor- c mations dans l'Eglise , ce qui est contraire à tes engagements et à < la célèbre confession d'Âugsbourg , puisque dans les lieux d'où

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NOTIdS HISTORIQUE , ETC.

c vient la oonfesaion d'Augsbourg l'on n'a touché ni aux images « ni c aux autels » ni aux baptistères. Pour ta justification , tu as invoqué c la paix de religion , mais sans aucun fondement, puisque tu n'es pas c prince souverain , mais soumis à notre suzeraineté. En conséquence c nous t'ordonnons» que, pour éviter des peines sévères » tu éloignes c les sectaires et les prédicants et que tu remette le tout dans l'an- c den état. Car quoique nous fussions en droit de te punir tant cor- c perellement que pécuniairement » nous voulons te prouver que c nous sommes un Empereur chrétien et nous te pardonnoiis cette c fois en te bisant jouir des services de t'es loyaux ancêtres. >

vn.

Egénolf n'avait pas attendu cette admonition sévère. Craignant pour lui et pour ses sm'ets réformés les suites de l'agitation croissante des catholiques , il s'adressa au duc de Wurtemberg» seigneur protes- tant de Riquevrihr , .pour l'engager à accorder asile au pasteur de S**-Marie-aux-Mines dans son village d'Aubure situé entre cette ville et Riquewihr » et à lui permettre d'y prêcher les dimanches. L'auto- risation fut gracieusement accordée et Morel s'y étant établi » ses prédications obtinrent un plein succès et attirèrent les fidèles de la vallée entière.

VIII.

Ce pasteur , toutefois » ne pût rester longtemps à la tête de son troupeau. Rappelé à Genève par le consistoire qui ne l'avait cédé qu'à regret à réglisé croissante de Sainte-Marie-aux-Mines » il dût être remplacé à Aubure. 0) Son successeur fut Pierre Marbœuf » protes- tant firançais qui , après s'être réfugié en Angleterre il avait com- mencé ses prédications , était venu se réfugier à Montbéliard, comté

C) De Genève 0 arriva le 2 JuiUet 1S57 , Morel partit en 155B poar Paris il remplaça le pasteur Macard ^ et , dn 25 an 28 mai i559 , il eut Thonneur de présider le premier synode national français , celui qui a rédigé la profession de foi connue sous le nom de Confetiion s<»llicanei Mais il avait reporté à Paris toute Taetivité , tout le zèle qui avait distingué son ministère à Sainte-Marie , aussi fbtril bientôt obligé de qxdiiej de nouveau la France et de retourner à Genève. Nous le retrouvons encore au fiîmeux colloque de Poissy il figure en qualité de ministre de Montargis attaché à Aéné de France , mais à partir de ce moment Thistoire et les mémoires du temps ne font plus mention de loi. (Voy. Haag , la France pr»- tmatUc 9 verbo François Morel).

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8i RBVUB D'ALSACB.

annexé an Wurtemberg. C'est cette circonstance , sans doute , qui le désigna au choix du seigneur de Riquewihr et ce choix fut des plus heureux.

En effet» Pierre Harbœuf continua d'abord avec succès les prédi- cations de Morel à Aubure et se fit estimer et aimer par les habitants protestants du val de la Lièpvre* Aussi , lorsque les temps furent redevenus meilleurs et que le seigneur de Ribeaupierre crut pouvoir de nouveau faire valoir ses droits, il y rétablit le service divin réformé en permettant à Marbœuf de prêcher alternativement à Eschery et à Fertrupt. C)

IX.

Ce zélé pasteur songea dès lors à organiser sa jeune église sur les bases les plus solides, la foi et la discipline. D'accord avec le seigneur du val , il reconnut que dans les temps de trouble au milieu desquels il vivait et dans un moment tant de sectes nouvelles étaient venues altérer les principes du christianisme épuré, il fallait, avant tout, proclamer hautement la doctrine qu'il enseignait et qui devait être reçue comme seule vraie par son troupeau. 11 rédigea donc en l'année i558 une confession de foi au nom de l'église réformée de S^'-Marie- anx-Mines et cette confession Ait approuvée par le Seigneur et les fidèles. (S)

Après avoir fixé la doctrine » il restait encore à pourvoir à la régle- mentation de la discipline dans l'église. Linfatigable Marbœuf ne recula pas devant une tâche si difficile et si nouvelle pour lui. Il com- mença par organiser son consistoire en créant des Anciens et des Diacres et en chargeant les premiers de visiter et consoler les malades, de reprendre et admonester ceux qui se conduiraient mal , et les seconds , de recueillir les aumônes pour les distribuer aux pauvres. Il rédigea ensuite un règlement sur la tenue des consistoires et sur la

(') Voy. ROEBRICH , MUthêilungm aus der Gesekichte der evangelischen Kirche des BUatses, Strasboarg et Paris , 1855 , tom. ii , 1. i04.

(') Il est probable que cette profession de foi fut basée sur celle, dite gallicane, adoptée par le premier synode national tenu à Paris en malade la mâme année 1558. Nous en avons vainement fait la recherche tant dans les archives de Téglise de St«-Marie que dans celles des églises de Strasbourg dont le bibliothécaire , Thono- rable professeur Sehmidtf a bien voulu se mettre à notre disposition avec la bien- veillance et rnrbanité qui , de nos jours , distinguent le véritable savant.

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NOTICE HISTORIQUE, ETC. 88

répression des scandales. Ce règlement qui fut adopté par la commu* nauté entière , est un monument de simplicité apostolique, de charité chrétienne et, en même temps; de prudence nfondaioe. C'est à ce triple titre que nous croyons devoir le transcrire ici :

f La discipline ecclésiastique qui s*ohserve et qui doit s'observer dans les c églises de Sainte-Marie et Eschery,

c Au NOM DB Dieu.

c L'ordre qui doit êstre observé au consistoire de l'église de S<«-Marie et c d'Eschery assemblé au nom de Dieu pour le gouvernement d'icelle.

f Le ministre qui doit présider durant toute l'action invoquera première- f ment le nom de Dieu , les Frères estant assemblez , pour luy demander f Tass'istance et la conduite de son Saint-Esprit.

c Et après se fera lecture par ordre d'une chacune chose qui aura esté f proposée et non vidée au coQsistoire précédent pour en connaître.

c Pour en faire , chacun des frères , en son rang et sans interrompre le c propos d'un autre, et sans acception de personne, dire librement et fran- c chement son avis regardant à Tédification de TEglise à effacer les scandales, f à corriger les moeurs et amener les personnes à repentance.

c Pour éviter prolixité et ne point perdre le temps , quand un avis aura c été donné bon et sain , celui qui parlera puis après ne le répétera point , c ains donnera seulement son consentement , toutefois sera-t-il permis d'a- f jouter ou de diminuer , ou donner ouverture ou éclaircissement plus grand c à la matière, moyennant que ce soit en peu de paroles £t succinctement.

c Celui qui préside et qui conduit Faction devra imposer silence à ceux c qui parleront hors leurs rangs et aussi devra réprimer les vaines redites et c la trop grande prolixité de paroles et ce avec jugement et discrétion.

c Celui qui donnera son avis adressera ses propos à celui qui est établi c pour recueillir les voix , afin qu'il en ait meilleure intelligence.

c Nul des frères ne se tiendra trop arrêté à son opinion à part , ains se f laissera conduire et enseigner par le Saint-Esprit qui se sert de tels instru- c ments qu*il lui plait.

c La conclusion des avis sera faite par la plus saine partie et par le plus f de voix.

f Ycelle conclusion aura autant d'autorité que la vérité le requiert et comme < ayant été conduite par le Saint-E|prit étant conforme à sa parole.

c Que si toutefois , après telle conclusion , il se trouve que l'Eglise a été ( mal informée , ou que quelques circonstances ou incidents se manifestent t à TEgllse qui lui auraient été inconnus, il sera libre d'ajouter ou diminuer c à la dite conclusion autant et si avant que la parole de Dieu le requiert à c Fédification de l'Eglise.

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86 REVUB D'ALSàCB.

Jk$pauwe$.

c Les choses du précédent consistoire ainsi parachevées , il sera avisé à f la subvention des pauvres et malades fiams chaque quartier, c Rappel deê seondfUes.

c Après ces choses , un chacun des frères en son rang fera rapport des c scandales qui auront été nouvellement commis.

c Nul des frères ne rapportera rien d'incertain ni douteux et dont hii- même n'ait la connaissance, ou bien qu'il en soit bien et duement infonné par gens véritables et bien entendus.

c De tous scandales privés et particuliers, connus entre un ou deux frères, c la réconciliation se fera par un ou les deux Anciens du quartier et fls c n'y pourront rien faire , ils prendront un ou deux frères avec eux ; que si c les parties , ou l'une d'icelles demeure irréconciliable , ils le rapporteront à l'assemblée.

c Pour ce que le lieu et le pays nous contraignent à supporter beaucoup de c choses entre nous que nous désirerions n'y être point du tout , s'il advient c qu'U semble à la contenance , au chemin , ou en la maison , qu'un frère c ait excédé au vin , n'ayant toutefois commis scandale en (ait ou en paroles, ff il sera repris seulement par les anciens de son quartier, et, b*û ne les c écoule , ils prendront un ou deux frères, et s'il rejette leurs remontrances, il sera ftialement appelé au consistoire.

c Celui gui «apporte un scandale public , ne fera récit ni discours de tout c le contenu d'ioejui de peur d'être trop prolixe , ains attendra que le scan- daleux comparoisse pour lui en (aiire la remontrance seldn les circonstances et qualités du (ait.

c D'autant que nous appeicevons que plusieurs des anciens négligent do se trouver au consistoire, l'Eglise a ordonné que nul, dorénavant , n'ait à c s'absenter sans occasion , ayant demandé premièrement congé ou averti un c des frères.

c Pareillement un chacun des Anciens fera devoir par chacune cène de c porter l'argent qu'il aura reçu en son quartier à celui qui est ordonné pour le débourser, et le rôle au Diacre.

. Afin, que ces choses demeurent en mémoire et soient mieux pratiquées c entre nous , la lecture sera iaite de toutes les mesures générales entre les frères.

c L'action ayant été ainsi bien conduite en la crainte de Dieu , celui qui c aura présidé rendra grâces à Dieu poui*^ les bénéfices reçus , le priant de c bénir le ministère de ceux qui ont la charge et gouvernement de son Eglise c pour servir à sa gloire et à l'édification d'icelle. •— Amen. §

Ch. Drion,

Président du Iribiinal civil de Schlestadt. (La 9uUc à la prockaino livraison).

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ARGENTOUARIA

STATION GALLO-ROMAINE DE L'ALSACE,

Une anDée s'est à peine écoulée depuis que la Revue d'Alsace a fait part à ses lecteurs de l'existence de nombreux tumtiU dans les environs de Schléstadt (i). Le hasard vient de faire faire , dans le courant de novembre dernier , une nouvelle découyerte entre Heidols- heim et Ohnenbeîm » près des tumuli et de la voie payenne qui longe le Rhin. Il s'agit , cette fois-ci , d'un établissement romain dont les traces incontestables ont été signalées , sur une étendue de plusieurs mètres, par M. Ringeisen, architecte de l'arrondissement de Schléstadt, qui avait été informé de la résistance que Ton venait d'éprouver en voulant déraciner un noyer.

Cet établissement ronrain pourrait être plus qu'un relai mutatio , et même amener à la découverte d'une ville , ou tout au moins d'un g!te d'étape d'une certaine étendue, d'une mansio. Examinons si cette découverte peut se rapporter à Argentouarta que Ton a communément placé jusqu'à présent à Horbourg près de Golmar.

Quelles sont les données historiques ou géographiques certaines que nous possédons sur Argentouaria ?

Elles sont au nombre de trois , savoir :

i^ Une mention de Ptolémée qui la place dans le pays des Rau- rafues (^), Comme ce géographe vivait au deuxième siècle de notre ère , c'est le document le plus ancien Argentouaria se trouve cité, puisque ni César ni aucun autre auteur contemporain de la conquête des Gaules ou antérieur à Ptolémée n'en a parlé. Quant à l'origine celtique du nom même , nous dirons que , jusqu'à ce jour^ elle n'a

(*) Aiticle de M. Vatin. (^) Livre u , chapitre 9«*

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88 REVUB D*ÀL8AGE.

été l'olyet d'aucune contestation . ce qui ferait remonter ce centre de population à la plus haute antiquité et nous permettrait , d'après ce qui va suivre» de lui attribuer la vaste nécropole qui a été en partie explorée dans le cours de Tannée 1857. *

S^" La seconde donnée géographique est la table Théodosienne Argenumaria se trouve mentionnée dans différents itinéraires (i). Schœpflin a reproduit un fragment de cette carte routière dans son AUaUa tUustrala et nous y voyons , relativement à Argenumaria » ce qui suit :

A. d'Argenu^atum (Strasbourg) à Helleium (Eli près de Benfeld)

XII lieues gauloises ou XVIII mille pas romains*

B. de HeUelum à Argenîouaria.

XII lieues gauloises ou XVIII mille pas romains* C'est-à-dire une distance égale entre Strasbourg et Eli d'une part et de EU à Argen- touaria , d'autre part. Or , si nous appliquons le compas sur carte après avoir mesuré l'espace qui sépare Eli de Strasbourg » et que suivant , comme de raison la voie romaine dont le tracé depuis EU jusqu'à Widensohlen , près de Neuf-Rrisach , est incontestable C) » nous arrivons entre Heidoisbeim et Ohnenbeim « c'est-à-dire sur l'emplacement des ruines découvertes au mois de novembre dernier.

Il est à remarquer que la donnée de la table , entre Argentouaria et Cambeu (Kembs) est évidemment fautive , car elle ne peut se rap- porter ni à Heidoisbeim ni à Horbourg.

S^" Il nous reste à citer l'itinéraire d'Antonin Argenumaria ne se trouve qu'une seule fois (route de Milan à Mayence par les Alpes Pennines); mais nous verrons plus loin que l'on ne peut en aucune façon s'en rapporter à cet itinéraire que nous ne citons que comme faisant mention à' Argentouaria.

(*) WALGKENyER , Géographie dês Gaules , tome ni passim. Table théodo- steone , segm. 5 et 2 , de Milan à Strasbourg. Idem , segm. 2 , d'Auguata Raoraoorum à Strasbourg. Idem , segm. 2 , de Vindonissa à Strasboujig. Idem , segm. 1 A B G et segm. 2 A B G , de Leyde à Vemania , et segm. 2 A , iiinéraire , de Leyde à Vemania (Immensudt).

(^ Pour rintelligence de ces explications , nous engageons le lecteur à suivre le tracé de la voie payenne sur la carte de Tétat-major publiée par le dépôt de la guerre ou sur les eartes réduites publiées par la librairie I^evrault : Départements des Haut- et Bas-Rbin.

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ARGENTOUARU, STATION GALLO-ROMAINE DE L'ALSACE. 89

Il résulte cependaot de reiamen de la Table théodosienne et même de ritinéraire d'Antoniu : i^ qn* Argentouaria doit se trouver eutre Siabula ou Cambele (Bautzenbeim ou Kembs et Bellelum , Eli) ; ^ que d'après la Table tbéodosienne » il y a même distance entre Strasbourg et Eli d'une part et entre Eli et Argenlouaria d'autre part , ce qui ne saurait en aucune façon correspondre avec Horbburg.

Les antiquités , aussi nombreuses qu'importantes , découvertes à Horbourg , ont fait penser , au seizième siècle . à Beatus Rbenanus (Lettre à Erb et Rerum et Germantcarum , lib. ili'') que devait être l'emplacement d'Argentouaria, Cet auteur trouve même dans le nom de Horbourg une assimilation qu'il établit au moyen des mots Arburg^ Harbwrg , comme , depuis , Ar^tzenhcim a élé pour d'Anville et pour Walckenaer un élément de conviction qui n'a pas plus de valeur.

L'opinion de Beatus Rbenanus a été suivie par Guillimann (Habs" burgiaca » page 72) , car il place de même et sans motif raisonnable Helveius à Scblestadt et Argentouaria à Horbourg. «

Scbœpfiin est venu , à son tour » donner Tappui de son puissant suffrage aux idées reçues concernant Argenlouaria , et s'il s'est rangé à cette opinion » c'est l'absence de ruines romaines dans les environs de Hàrckolsbeim opposée aux antiquités si nombreuses découvertes à Horbourg , qui l'a fait décider dans ce sens. Aussi voyons-nous , dès le commencement de la discussion savante à laquelle il se livre (t) sur Argentouaria » que la solution serait opposée à celle qu'il nous donne, si dans les environs d'Artzenbeim il s'était rencdtatré des traces d'un établissement romain ; dans ce cas , dit-il , Argentouaria devrait y être placé d'une manière définitive et l'opinion ayant cours depuis quelques siècles (c'est-à-dire depuis le commencement du seizième siècle) serait controuvée » erronée.

Schœp|[in , après avoir opté pour Horbourg » réfute l'opinion que d'Anville avait émise dans ses éclaircissements géographiques sur l'ancienne Gaule publiés en 1741. D'Anville trouvant Argentouaria sur hi voie qui longe le àbin depuis Augusta Rauracorum jusqu'à Argentoratum et au-delà , entre Strabula et Hellelum ou Helvetui , ou bien entre Mons Brisîacus et Helvetus , cherche en vain quelqu'ana- logie de noms vers Marckolsheim et , ignorant sans doute la langue allemande , Heidolsheim ne le frappe point , n'appelle [ as son attention

(<) Àlsat. illuit. , tom. 1'' folio , p. 193 , $ 125.

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90 lUSVCE d'alsacb.

tundifi qu'ArtzenbaiiD lui donne la première partie oo syllabe de son Argenumaria dont il ne retrouve pas remplacement , mais qui , d'après la table théodosienne , doit se trouver dans ces environs.

Grandîdier » dans son Hittoire SAUaee , a fait valoir les mêmes rai- sons que Schœpflin el réfuté d'Anville qui avait reproduit son système dans la géographie ancienne des Gaules et dans sa notice sur l'ancienne Gaule (page 79) , qui est restée pendant de longues années l'ouvrage le plus important que nous ayons possédé sur la géographie de h Gaule antérieure à l'établissement des Wisigoths , des Franks et des Bur*

Schœpflin et Grandîdier ont été , comme cela arrive aux maîtres de la science , suivis et copiés par tous les auteurs qui ont écrit sur TÂlsace. Argentauaria^ une fois fixée à Horbourg, est devenue, grâce à son cortège indispensable de statues , bas-reliefs» monnaies de l'importante cité A' Argenicuaria , une ville considérable.

L'opinion de d'Anville se fit néanmoins jour encore une fois en 1839 dans le remarquable travail géographique du baron Walkenaer sur les deux Gaules Cisalpine et Transalpine. Cet auteur, reprenant les données de son savant devancier , n'a point considéré Horbourg comme devant occuper infisiilliblement la place é^Argentouaria et, voici ce qu'il en pense , après avoir consulté Schœpflin , Grandîdier et M. de Golbéry dont nous allons bientôt faire connaître les judi- cieuses recherches.

c Les mesures de ritinéraire , dit Walckenser , pour la position ÔL Argenumaria , autre lieu mentionné par Ptolémée , sur les limites du diocèse de Strasbourg, au midi , ou sur les confins des Tribocd et des Raurad, portent à Artzenheim /près d'un lieu nommé Marckols- heim , dont le nom en langue tudesque joue en géographie le même rôle que celui de Fine^ en latin. Le grand nombre d'antiquiiés qu'on a trouvées à Horbourg démontrent que ce lieu a correspondre à une position antique qui nous est inconnue , mais ce n'est pas une raison suffisante pour déranger toutes les mesures des itinéraires anciens en y plaçant Mgemxoufxria {}) t

Celte opinion de Walckenser , on le voit , est fondée sur les distances de la table théodosienne que nous avons fait connaître et sur la position ù* Argentimaria entre Helvetus (EU) , el Cambeu (Kembs) , tandis que

(>} WALGUSlusa , Géographie du Gauht, i, p. î^21-22,

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AR6ENT0UAR1A , STATION GALLO-ROMAINE DE L'ALSAGB. 91

Horbooi^ 8e troote de côté, vers les Vosges, près de Golmar et ne semUe pas da tout répondre aux données des itinéraires.

La découverte que l'on vient de faire entre Ohnenheim et Heidols- beim a permis de constater sur ce point l'existence d'un établissement romain ce qui , d'après Schœpflin , fixerait , d'jine façon indubitable , la position à'Argemouaria en cet endroit. Bientôt de nouvelles fouilles seront exécutées dans les environs de ces villages , et il en sera , probablament , û^Argentouaria , ce qui est arrivé pour bien des positiiMis gallo-romaines et ce qui se présentera encore pour d'autres sur lesquelles la science n'a pu jusqu'à présent dire son dernier mot.

On sera peut-être étonné en consultant Schœpflin de trouver, outre la mention de Ptolémée , dont nous avons parlé , de nombreuses citations d'auteurs anciens ; mais , hâtons-nous de le dire , ces citations se réfèrent toutes à une autiy position qui est Argentaria et non Argeti" tmtaria»

Or , Argentaria oiî Gratien a remporté une victoire sur les Allemands et leur roi Priarius est ilr^en d'aujourd'hui près du lac de Constance. H. de Ring (i) , a démontré , avec une grande clarté d'exposition , que cette action ne saurait se rapporter à Horbourg et la lecture attentive d'Âmmien Marcellin, qui parle de la connaissance particulière du pays que possédaient les Lentiens et notamment celle des lieux de refuge , prouve surabondamment Terreur dans laquelle les historiens d'Alsace étaient tombés jusqh'à ce jour C).

Pour compléter ce que nous avons à dire sur les opinions des auteurs relativement à Argentauaria , il nous reste à faire conndtre les recherches spéciales de M. de Golbéry sur les voies romaines de la Haute-Alsace , consignées dans un mémoire de 1834 , puis dans ses AnîiquUéê d'AUaee publiées en 1828 avec celles de M. Sc&vreig-

M. de Golbéry , voulant parcourir la voie romaine qui menait ^Argentoratum (Strasbourg) à Augusta Rauracorum (Âugst près de Bâie), se place à Elsenheim, sur la limite actuelle des deux départements du Haut- et du Bas-Rhin , puis il parcourt la voie et ses embranche-

(*) De RniG, EtabUummU romoMU du Rhm et du Danube^ u , p. 205-204. n AuoEN Marcslu» , liv. xui, chsp. 10, coU«» Nissrd , p. 560-61,

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93 REVUE D'àLSàCE.

meoU jusqu'à Binningen en Suisse. Mais , avant de le suivre dans ses explorations} nous devons remonter jusqu'à Eli près de Benfeld (i).

Depvb EU jusqu'à Widensofalen (près de Neuf-Brisach) la voie romaine , plus ou moins bien conservée , est encore très-apparente et son tracé est incontestable. Entre Widensohlen et Heiteren cinq kilomètres au sud de Neiif-Brisacb) » il y a une lacune » une interrup- tion ; mais la position même de Widensoblen et Heiteren prouve qu'il y avait une voie directe que Ton pouvait suivre sans passer par le Yieux-Bricach (Moru Brisiacus) qui , jusqu'au x""" ou xi^" siècle., était situé en Alsace , sur la rive gauche du Rhin. De Heiteren un tronçon d'une belle conservation conduit jusqu'à la hauteur de Fessenheim et de f malgré de fréquentes interruptions , la voie se dirige sur Kembs se faisait un passage du Rhin vers Badenwiller et les Agri Decumates^ puis » elle continue vers le sud , en ligne directe , vers Binningen (AriaUnnnumJ. '

M. de Golbéry s'efforce d'établir dans le cours de son mémoire (^) qu* Argentouaria correspond à la position de HorJi>ourg qu'H relie à Kembs par une route directe traversant la Hardt il dit avoir reconnu des fragments d'une ancienne chaussée ; il signale ensuite , vers le nord , un embranchement qui , de Horbourg , va rejoindre la voie directe près de Jebsheim.

Quant à la communication du sud , c'est-à-dire de Horbourg avec Kembs , elle nous parait un peu aventurée , ou tout au moins dou- teuse relativement à son parcours. Nous ne pouvons admettre , avec plus de fondement . l'embranchement du nord , c'est-à-dire de Hor- bourg sur Jebsheim » et nous dirons que le fragment partant de la voie directe qui a tant frappé M. de Golbéry, par son identité avec cette voie , serait certes un argument très-puissant , si nous n'avions retrouvé ce même fragment sur la carte de Gassini (feuille 165) comme faisant partie ou portion d'une chaussée ancienne de Golmar ou Hor- bourg à Marckolsheim. Ge fragment s'identifie avec la voie romaine parce qu'une portion de la voie a été refaite , rehaussée » pour faire partie intégrante de cette chaussée qui abandonne ensuite la voie ,

(^) 11 est à regretter que M. de Golbéry , arrivant à Elsenbeim , se soit retourné vers le Haut-Rhio , sans partir d*Â! gentoratum ou EUelum pour déterminer avec précision , vers le nord , la position d'Argentouaria.

(^) I^hoepfun-Ra VENEZ, tome ii, pp. 48 sqq.

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AROEMTOCARU , STATION GALLO- ROMAINE DE L'ALSAGE. 93

pour se diriger sur la route de Schlestadt à Marckolsheim » ce que H. de Golbéry a oublié de mentionaer.

Il n'en est pas de même d'un autre embranchement qui , partant de la voie près de Grussenheim , se dirigeait vers le Vieux-Brisach. Laissons ici la parole au savant auteur du Mémoire :

« Il (l'enobrancbemeni) porte aussi le nom de Beydenweg (route païenne) : à partir du bois les cultivateurs le désignent ainsi. A sa gauche est un lumulus qui est placé moitié sur la banlieue d'Arizen- beim , moitié sur celle de Marckolsheim. Depuis le lumulus , la voie se dirigeant toujours sur le Vieux-Brisach , est coupée par le canal du RbAne au Rhin. Les prisonniers espagnols , attachés aux travaux de ce canal , ont trouvé beaucoup de médailles. Au-delà du canal , la route n'est plus visible que par un mouvement de terrain ; mais un canton qu'elle traverse dans la banlieue de Kuenheim s'appelle encore aujord'hui Rœmer. Elle arrive é la route du Rhin, sur le terrain même fut Edenburg (i) et se perd, pour se montrer encore près deBiesheim. >

c Le Vieux-Brisach n'est séparé de cette commune que par l'Ile- de-PallICt et le Rhin a fait ici, comme on le sait, de fréquents ravages. Ces lieux devaient être couverts d'habitations. > (')

Quant à rembranchement du Vieux-Brisach vers Heileren , nous croyons, sans pouvoir l'affirmer» le reconnaître dans l'ancienne route de poste qui part du sud de Biesheim pour aller se confondre , près, de la porte de Bâie à Neuf-Brisach , avec la route du Rhin de Bâie à

(*) Edenburg était un village qui a été détruit dans le cours du xvii« siècle et que Ton retrouve sur la carte d'Alsace de Speckle. L'Almanach d'Alsace pour 1789,