If ■mBm ;f('J.-<:-}i.?,(DANTS lOl'O — 7 mai LETTRE DE LOUIS XIII AU SIKUR DE CIIAMI'I.AIX Monsieur de (Jliiuiipluiii, Ayant sçu le comniandenient qne vous aviez reçu de mon cousin le Duc de Mont- morency, admirai de France et mon vice- roy en la Nouvelle-Francs, de vous ache- miner au dit pais, pour y estre son lieute- nant et avoir soing de ce qui se présentera pour le Lien de mon service, j'ay bien voulu vous escrive cette lettre pour vous assurer que j'aura)^ bien agréables les services que vous me rendrez en cette occasion, surtout si vous maintenez le dit païs en mon obéis- sance, faisant vivre les peuples qui y sont le plus oonformément aux loix de mon royaume que vous pourrez, et y ayant le soing qui est requis de la religion catho- lique, afin que vous attiriez par ce moyen la bénédiction divine sur vous, qui fera réussir vos entreprises et actions à la gloire de Dieu, que je prie, M. Champlain, vous avoir en sa saincte et digue garde. Escrit à Paris, le 7" jour de inay, 10:^0. Louis 10:j,S_ 10 février LETTRE DE LOUIS XIII AU SIEUR d'aUXAY ('[IARNI.SAV Monsieur d'Aunay Charnisay, Voulant ([u'il y ait bonne intelligence entre vous et le Sieur de la Tour, sans ([ue les limites des lieux où vous aurez à commander l'un et l'autre puissent donner sujet de controverse entre vous, j'ai jugé à propos de Vous faire entendre particulière- ment mou intention touchant l'étendue des dits lieux, qui est que, sous l'autorité que j'ai donnée à mon cousin le cardinal duc de Richeheu sur toutes les terres nouvelle- ment découvertes par le moyen de la uaviga- CCUMîKSrONDANCE DE I.OUIS XIII tion, «loiit il ost surinti'Uilaiit, vinis soyez iiiiiii lifUtiMiunt j"!.'!!!'!-!!! l'ii lu ivto dos Elclie- iiiins, :\ jin-mlro tlopuis le luilieii île lu tene leniie (le la baie Fnmeoise en tirant vere les Vin'inies et j^iinvernenr du IVntaji^iuel et que la eliarjje du Sieur de la Tour, mon lieutenant j,'énéral en la côte d'Acadie' soit dejaiis le milieu de la l«aie Fmneoise jusiiues au di'troil de Caneeaux. Ainsi vous ne ]x>niTez elian-ior aucun ordiv dans l'haliitation de la rivière Suiut-.Ie.ui, faite par le dit Sie\ir de la Tour, qui onlonnem de son économie et jieuiilade comme il jvigera à propos, et le dit Sieur de la Tour ne s'ingérera pas non plus de rien changer es habitations de la St- Caine et l'ort-Koyal ni îles ports de ce qui y est. Quant ii la Croque, l'on en usera comme l'on en a fait du vivant du commandeur de lîazilly. Vous continuerez au veste et redou- blerez vos soins en ce qui est de la conserva- tion des lieux qui sont dans l'étendue de votre charge et si)écialement de i>rendre ganle exactement qu'il ne s'établisse aucuns étran- gers dans les pays et côtes de la Nouvelle- France, dont les rois mes prédécesseurs ont fait j)rendre jiosscssion en leur nom. Vous me donnerez compte au plus tôt de Testât des affaires de delà et jiarticulierement sous quel prétexte et avec iiuels aveu et commis- sions quelques étrangers se sont introduits et ont fonné des habitations 6s dites côtes, afin que j'y fa.sse jiourvoir et vous envoie les ordres que je jugerai nécessaires sur ce sujet, par les premiers vaisseaux qui iront en vos quartiers. Sur ce je jirie Dieu rju'il vous ait. Monsieur d'Aunay L'hamisay, en sa sainte garde. Ecrit à St-Germain en Liye, le 10 février 1038. Louis liiJlllHLUilH liVJl — );! (Y.vrior i.KT TKi; i>i: i.or is xi ii AC SIKlIi n'.Vll.XAV niAUNISAY .•\ .^l-Conuniii en Ijiyi', le 13 fC'vricr UVIl Monsieur Dauliiay Charnisay, .T'envoye ordre au Sieur de la Tour, par lettre expresse, de s'embarquer et de me venir trouver aussy tost qu'il l'aura reçue. A quoy, s'il manque d'obéir, je vous ordonne de vous .saisir de sa personne et de faire fidelle inven- taire de tout ce i|ui luy appartient, copie duquel vous enverrez par deçà. Pour cet effet, vous vous servirez de tous les moyens et forces que vous pourrez et mettrez les forts qui sont entre ses mains en celles de personnes fidelles et affectionnées il mon service, qui en puissent respoudre. La présente n'est^mt à auctre fin, je jn-ie Dieu qu'il vous ait. Monsieur Dauuay de Char- nisay, en sa saincte garde. Louis lf)45 — 28 septembre LETTRE DE LOUIS XIV AU SIEUR d'aULXAY CHARNISAY Funtiiincbleau, 28 sept. IWô Jlonsieur D'Aulnay Charnisay, Estant bien informé de la passion que vous avez toujours eue pour conserver soubs mon obéissance les costes et forts et habita- tions de l'Acadie, mesme de la v^aleur et courage que vous avez faict paroistre pour ranger le Sieur de la Tour à son devoir et empescher les mauvais effets des pratiques qu'il teutoit avec quelques estrangers pour leur mettre es mains le fort qu'il commandoit, ce qui eust non seulement causé un notable préjudice à mon service par la perte do COÈUËSrONDANCE DE LOUIS XTV 3 toutes ces costes, mais encore celle de la pesche des molues, qui auroit été suivie de plusieurs aultres inconvénients très domma- geables i\ mon estât, je vous fais celle-cy, par l'advis de la reyne régente, Madame ma mère, pour vous faire cognoistre combien j'estime vostre fidélité à mon service, qui m'est si agréable, que je prendrai à plaisir de vous en tesmoigner le souvenir, non moins par les effets de ma protection que de mes bienfaits, pour preuve des(iuels je vous enverray au plus tost un vaisseau équipé de tous ses apparaux avec quelques raffraicliis- semens, afin de vous donner plus de sujet de me bien servir, vous assurant que les peynes et travaux que je sais que vous avez supportés vous tiendront lieu de mérite près de moy, qui prie Dieu, Monsieur D'Aulnay de Charnisay, vous avoir en sa saincte garde. Louis 1645 — 27 sei^tembre LETTRE DE LA REINE REGENTE AU SIEUR d'aUNAY CHARNISAY Monsieur D'Aunay Cluirnizay, La passion que vous avez fait paroistre pour la conservation des costes, forts et habi- tations de l'Acadie sous mon obéissance, en vous opposant aux mauvais desseins et intel- ligence que le Sieur de la Tour avait avec quelques étrangers au jiréjudice du service du Roy, Monsieur mon fils, me donne sujet d'es- timer votre faveur et fidélité. Je vous fais celle-cy pour vous tesmoigner le désir que j'ai d'avoir occasion de reconnoistre vos ser- vices par des effets de ma bonne volonté et cependant vous diray que pour vous donner toujours plus do moyens de servir le Eoy niun dit sieur et fils en ces quartiers, il a com- mandé qu'on vous fasse équiper un vaisseau pour vous l'envoyer au plus tost et ne doutant point que vous ne continuiez de faire tout votre possible pour bien cstablir l'autorité du Roy en toutes ces costes et pays, je ]irie Dieu vous avoir, Monsieur D'Aunay Cluir- nizay, en sa sainte garde. Escrit à Eontainelileau le vingt-sept sep- tembre 1G45. Anne 1640 — 6 avril LETTRE DE LOUIS XIV A M. LE COMTE DE DOIGNO\ Monsieur le Comte de Doignou, Voulant contribuer autant ([u'il m'est pos- sible au bien et à l'avantage de ceux du pays de la Nouvelle-France de Canada, à l'assister de moyens pour peupler le pays et y faire enseigner la foi de l'Evangile de Notre Sau- veur, j'ai résolu de prester l'un de mes vais- seaux pour faire un voyage au dit pays durant la présente année et sachant que celuy nommé La Marquise, qui est maintenant au port de La Rochelle, est plus propre qu'aucun autre pour ce dessein, je vous escris celle-ci par l'advis de la reine régente, Madame ma mère, pour vous dire que vous ayez à remet- tre le dit vaisseau La Marquise avec ses agrès, canons, munitions et apparaux entre les mains du Sieur de Repentigny, député pour les affaires concernant le dit pays, pour y faire son embarquement, ainsi qu'il a accous- tumé, en retirant de lui sa promesse de le rendre au meilleur état qu'il se pourra au retour de ce voyage. A quoy m'assurant que vous ne manquerez à satisfaire selon mon intention, je prieray Dieu vous avoir, Mon- sieur le Comte de Doignou, en .sa sainte garde. Escript à Paris le 6'' jour d'avril. Louis (•()i;i;i>;r(>N'i>A\rK i»k i.oris xiv 1(VV.)_14 mai LKTTKK m: LOTIS XIV Al' VIl'OMTK n'.vmiKNSON Monsit'tir ^^A^^•llSlln, ,Io vous ay ry-ili'vant csciit ]»mr vmis ordonner d'ainaiyer h- Sieiir Km-shik' ik- IVlriV i'» la fonction i']iis('(iiink', selon les iiou- voirs«iu'il en a obtenus île nostre Saint l'ère le rai>e, letiuel il ma prière l'a ordonné évesque. afin une sjins aucune opi'osilion il en pnst faire les fonctions en l'estendue de la Noti- velle-France. rrésentenicnt je vous escris, non senlenuiit jinur vous rec imnander de nouveau la personne du dit Sieur Evesqnc, mais ]M)ur vous ilire que si les vicaires du Sieur Arclievesar delà, (piand on de- ineureroit convaincu i|ue cela luy eiist ac(piis le droit, Xostre Sainct l'ère le l'ajie n'en est ]i«is j»ersuadé et ce seroit un scandale si dans une église naissante la jurisdiction de celuy (pie I »ieu a estaldi clicf de l'universelle venoist à estre contestée. Je scay liien (pi'on y veut cngîiger ninn autorité et (jue sous le jirétexte de la maintenir on essaye de donner atteinte à O'Ue du l'ajK', mais je feray c« (pie je dois en maintenant la miciuie sans toutefois lilesser l'autre. Ce «pie vous avez à faire se n'iluict à maintenir h- dit Sieur Eves(pie en la iileine fonction de sji charge, soitipi'on le con- sidère lioiioré du caractère épiscojml soit du vicariat aiu)stoli(pu" dont j'ay recherché Sa Sainteté; mais je désire (pie vous ménagiez eu sorte les choses (pie les vicaiivs du dit Sieur Arclieves(pic ayont sujet de se louer do vostrc conduite. Celle-cy n'estant à autre lin, je prie l>ieu qu'il vous ait, Monsieur d'Argenson, en sa sa sainte garde. Kscrit à l'uvis le 14" jour dr niay 1 (■)•">'.>. l.oris 1>K Ln.Mh:MK A ^lonsieur d'Argenson, Conseiller en mon Conseil d'Estat Gouverneur et mon lieutenant Général en la Nouvelle-France. M i: M 0 I I{ K i> r K 0 Y Ptiur servir ^rinslruction au .SicurTaltm. s'en allant intendant (le la juïtiee, police et liniinces dans la Xouvelk-Franec Sa Majesté ayant fait choix du dit Sieur Talon pour remi)lir cette charge, a considéré qu'il avait toutes les qualités nécessaires pour prendre une connaissance parfaite de l'état du dit pays, de la manière (pie la justice, police et finances y ont été administrées jiis- ques à ])résent, en réformer les abus et en ce faisant maintenir les peuples (pii compo- sent cette grande colonie dans la possession légitime de leurs biens et dans une union ])arlaite entre eux, ce qui pourra produire avec le temps une auginentation considé- rable de la dite colonie, qui est la fin priiici- jiale où sa dite Majesté désin? parvenir. Pour cet elïot le dit Sieur Talon sera infc )i iiié (pie ceux qui ont fait des relations les jilus fidèles et les plus désinterressées du dit pays ont toujours dit (pie les .I('suites (dont la ]iiét(' et le zèle ont beaucoup contribué à y attin-r les peuples (pli y sont à préMcnt) y ont jiris MÉMOIRE DU IIOY une autorité qui passe au delà des hoines de leur véiitable ]irofession,qui ue doit regarder que les consciences. Pour s'\" maintenir, ils entêté bien-aises de nommer le SieiU'Evêque de l'étrée pour y faire les fonctions épisco- pales, comme étant dans leur entière dépen- dance, et même jusques ici, où ils ont nommé les gouverneurs pour le Eoy en ce pays là, où ils se sont servi de tous les moyens pos- sibles pour faire révoquer ceux qui avaient été choisis pour cet emploi sans leur partici- pation, en sorte que comme il est absolument nécessaire de tenir en une juste balance l'au- torité temporelle, qui réside dans la jjersonne du Roy et en ceux qui le représentent, et la spirituelle, qui réside en la personne du dit Sieur Evcque et des Jésuites, de manière tou- tefois que celle-cy soit inférieure à l'autre, la première chose ([ue le dit Sieur Talon devra bien observer et dont il est bon qu'il ait en partant d'ici des notions presque entières, est de connaître parfaitement l'état auquel sont maintenant ces deux autorités dans le payf> et celui auquel elles doivent être naturelle- ment. Pour y parvenir', il faudra qu'il voye ici les Pères Jésuites qui ont été au dit pays et qui en ont toute la coiTespondance, ensem- ble le procureur général et le Sieur Villeray, qui sont les deux priuci]iaux du Conseil Sou- verain établi à Québec, qu'on dit être entière- ment dévoués aux dits Jésuites, desquels il en tirera ce qu'ils en peuvent scavoir sans néanmoins se découvrir de ses intentions. Il importe qu'il sache que le dit pays avait été concédé à une compagnie formée du temps du ministère de feu M. le cardinal de Riche- lieu en 1G28; que cette compagnie n'ayant pas assez de force pour soutenir le jinys, elle remit en 1644 entre les mains des habitants la traite de la pelleterie, qui est le seul avan- tage qu'elle en tirait, à condition seulement d'un millier de castors tous les ans, pour son droit de seigneurie, et en 16G2, la dite compa- gnie n'étant plus composée que de 45 parts, de 100 dont elle était composée dans son commencement, les intéressés en ces 45 parts l'ont remis purement entre les mains du Roy, n'étant pas en état de fournir à la grande dépense qu'il fallait faire, sans qu'ils en reti- rassent aucun profit. Depuis la dite année 16G2, Sa Majesté a joint le dit pays à la concession qu'elle a faite à la Compagnie des Indes Occidentales, dont il est nécessaire que le dit Sieur Talon voye les lettres de concession, par lesquelles la compagnie est en droit de nommer le gouver- neur et tous les autres officiers, et comme la compagnie connoit assez qu'elle ne pourroit pas trouver des personnes qui eussent assez de mérite et qui fussent assez autorisées pour occuper ces postes et les remplir digne- ment, elle ^ été bien-aise que le Roi fit cette nomination jusques à ce que par la continuation des bontés et de la protection de Sa Majesté cette colonie s'augmentant considérablement, la dite conijagnie puisse alors par elle-même trouver des sujets propres pour y envoyer. Il a été bon que le dit Sieur Talon sçeust toutes ces choses pour lui faire connoitre que l'intention et la volonté du Roi sont qu'il protège, appuyé et travaille, autant qu'il sera en son pouvoir, à bien établir l'autorité de la Compagnie dans le dit pays, dont pour lui donner les plus grandes lumières il pourra voir les instructions qui ont été données au dit Sieur de Tracy, l'édit portant établissement du Conseil Souverain, l'arrest du conseil donné sur le sujet de la concession et défrichement des teiTes et toutes les lettres qui ont été écrites depuis un an par le Sieur de Mezy, gouverneur, le dit Sieur Evêque de Pétrée et les officiers du dit Conseil Souverain, par lesquelles il sera amplement informé des démêlés qui sont survenus entr'eux. Pour lui en faire une déduction succincte. mi^:moire du i;ov il sera infonia^ que les .lésuites liieiit taul (le i>laintos, il y a ileux ans, contre le Siei;r baron ilu r>ois il'Avangour, qui tUait gouver- neur (lu jiays, et k.'(iuel depuis a hé tué en detlVndant avec beaucoup de valeur le fort de Si'rin contre les Turcs, sur la frontière de Croatie, que le lîoi, pour leur donner satis- faction, se résolût, non seulement de le rap- jieler, mais même de leur laisser le choix d'un autre gouverneur en 1GG3. Ils jetèrent (Umc les yeux sur le dit Sieur de Jlezy, major de la ville de Caen, qui faisait profession d'être dévot et qu'ils croyaient sans doute qui se conduirait parleurs sentiments ; mais ils se sont trouvés courts dans leurs mesures quand il a été en possession du commande- ment, ]>arce que non seulement diverses pas- sions de colère et d'avarice, (|u'il avait cachées dans les commencemens, ont éclaté, ii ce qu'ils dirent, au désavantage du Roi et de la colonie, en sorte qu'il a interdit et rétabli ii plusieurs fois, suivant ce qu'il lui a plu, les oÛiciers du Conseil Souverain ; mais ce qui paroit d'essentiel dans ce démêlé, c'est que de son autorité, en 24 heures de temps, il a fait embarquer et fait partir les Sieurs Bour- don, jirocureur général, et Yilleray, conseiller, de sorte que cette conduite violente ne pou- vant être ai)prouvée du Koi, Sa Majesté a fait expédier un pouvoir au dit Sieur de ïracy et au Sieur de Courcelles, qu'elle envoyé en la place du dit de Mezy, et Talon, pour faire informer par des personnes qui ne soient jHjint suspectes de partialité, de la vérité des plaintes ([ue l'on a formées contre lui ; et en cas qu'ils les trouvent bien fondées, il le fasse mettre enarrest pour lui faire et jiarfaire sou procès, jusques à jugement déliiiitif, exclu- sivement, et l'envoyer ensuite prisonnier en France, étant une satisfaction qu'il estime devoir à la justice et au repos de s(!S j)euples en ces quartiers là. Les Iro(iU(ii.si, (pii sont distingués en diverses nations et (jui sont tous enuouiis perpétuels et irréconciliables de la colonie, ayant par le massacre de quantité de Fraii- (jois et par les inliuuianités qu'ils exercent contre ceux qui lunibent en leur ixiuvoir, emjiêché (juc le jiays ne se soit peujilé plus qu'il l'est ù présent, et j)ar leurs surj)rises et leure courses inopinées tenant toujours le pays en échec, le Roy, ])our y ajjjiortt'v un remède convenable, a résolu de leur porter la guerre jusques dans leurs foyers, ])our les exterminer entièrement, n'ayant aucune sûreté dans leur jiarole et violant leur foi aussi souvent qu'ils trouvent les luibitans de la colonie à leur avantage, et pour cet efl'et, a ordonné au dit Sieur de Tracy d'y passer des Antilles, avec quatre compagnies d'infan- terie des troupes réglées, ixiur comniandcr en cette expédition ; et outre ce, envoyé mille bous hommes, sous la conduite du Sieur de Salière, ancien maréchal de camp d'in- fanterie, avec toutes les munitions de guerre et de bouche qui ont été estimées nécessaires pour cette entreprise, dont il a remis un amjde mémoire au dit Sieur de Talon, comme aussi des fonds qui ont l'té faits, tant à ce sujet que pour les autres dépenses qui pour- ront être à faire dans le pays, lequel fournira aussi 3 à 400 soldats, qui savent la manière de combattre ces peuples sauvages. Comme l'intention du Roy est qu'il assiste dans tous les conseils de guerre qui se tien- dront dans le cours de cette exiiédition et qu'ainsi il sera exactement informé des réso- lutions qui se prendront, sa princijiale appli- ' ciition devra êtri; en ce teuijis là à faire en sorte que toutes les choses dont l'on aura besoin pour le service et le soulagement des troupes ne manquent point et de pourvoir ]iar sa vigilance et par son industrie aux inci- dens imprévus. Et comme i)eut-être cette entreprise étant finie à la gloire des armes de MÉMOIRE DU ROY Sa Majesté et à la sûreté de la colonie ainsi qu'il y a lieu de l'espérer, les dits Sieurs de Tracy, de Courcelles, de Salière et les autres chefs estimeront à propos de construire quel- ques forts pour la conservation des lieux que l'on aura occupés, il faudi-a en ce cas qu'il donne pareillement tous ses soins pour les fournir des vi\Tes et munitions nécessaires pour leur défense et la substance des soldats que l'on y pourrait laisser. Avant que de partir de Québec pour cette expédition, il sera bon qu'il prenne, autant que le temps le lui permettra, toutes les con- noissances qu'il pourra tant de ce qui con- cerne l'administration de la justice que ce qui regarde l'état des familles, afin que s'il y avait quelque chose à redresser au premier point et qu'il pût travailler utilement au second, il le fit auparavant que d'entrepren- dre ce voyage ; mais au retour, comme il sera plus libre, étant déchargé des princi- pales affaires de la guerre, et que suivant le pouvoir qui lui est donné et aux dits Sieurs de Tracy et de Courcelles, ils auront, ou licencié le Conseil Souverain, pour le composer d'au- tres personnes, en cas qu'ils ayent remarqué qu'ils n'aj'ent pas fait leur devoir, ou se seront contentés d'en ôter quelques-uns, ou enfin les auront confirmés, si effectivement ils auront reconnu qu'ils ont de bonnes intentions et qu'ils n'envisagent que la bien de la justice, il importe qu'il ait perpétuellement dans l'esprit que cette même justice devant faire la félicité des peuples et remplir- la première intention du Roi, sa principale application doit être à la faire régner sans distinction de qui que ce soit, en prenant garde que le Con- seil Souverain la rende toujours avec inté- grité sans nulle cabale et sans frais. Et quoi- qu'il lui soit conféré l'autorité de juger seul, souverainement et en dernier ressort les causes civiles, il sera bon, néanmoins, qu'il ne s'en serve pas que dans une nécessité absolue, étant de conséquence de traiter les affaires dans leur ordre naturel et de n'en point sortir que par des occasions indispen- sables. Comme la colonie tirera un autre avantage très considérable de l'établissement d'une bonne police, tant pour ce qui regarde l'administration des deniers publics, la cul- ture des teiTcs, que dans les manufactures que l'on y pourra établir, le dit Sieur Talon con- certera avec les officiers qui coaiposeront le dit conseil et les principaux habitans du pays, les moyens de faire quelques règlemeus fixes sur ce sujet pour les faii-e observer inviolablement, les fondant, s'il se peut, sur l'exemple de ceux qui sont en %-igueur dans les villes du ro3^aume où l'ordre est mieux établi. Il lui est remis un état du revenu du pays et de l'emploi qui s'en est fait jus- ques ici, ensemble des debtes qui ont été contractées et des intérêts qui s'en payent annuellement ; mais, comme il pourra, étant sur les lieux, en tirer encore plus d'éclaircis- sement, l'intention du Roi est qu'il tâche d'entrer si avant dans cette matière qu'il connoisse avec certitude jusques au dernier sol, à quoi ce revenu monte efiectivement et même s'il s'y est commis quelques abus, qu'il en fasse informer pour punir les cou- pables, s'ils se trouvent prévenus de mal- versations considérables. L'une des choses qui a apporté le plus d'obs- tacles à la pleuplade du Canada, a été que les habitans qui s'y sont allés établir ont fondé leurs habitations où il leur a plu ; pour mieux s'entre-secourir les uns aux autres, au besoin, ils ont pris des concessions pour une espace de terre qu'ils n'ont jamais été en état de cultiver, par leur trop grande étendue, et étant ainsi espars, se sont trouvés exposés aux embûches des Iroquois qui, par leur vitesse, ont toujours fait les massacres avant que ceux qu'ils ont surpris ayent pu Ml'i.MttlKK Dr I.'OV ôiro secourus île leurs voisins, l'est aussi l>our eotto raison iiue le lîoi a fuit rendre il y a deux ans un ariest du euuseil dont il sera délivre^ une exiiéilitionau ilit Sieur Talon, par lequel, ]iour remédier à ees aecidens, Sa Majesté onloniiait qu'il ne serait plus fait, à l'avenir, aucun défrichement que de proche en proche, et que l'on réduirait les habita- tions en la forme de nos paroisses et nos bourgs, autant qu'il sera dans la possibilité, lequel néanmoins est demeuré sans effet sur ce que iiour réduire les iiabilans dans des corps de villages, il faudrait les assujettir ;\ faire de nouveaux défrieiiements et à aban- donner les leurs : toutefois, comme c'est un mal auquel il faut trouver quelque remède pour garantir les sujets du Koi des incur- sions des Sauvages (jui ne sont jias dans leur alliance. Sa dite Majesté laisse à la prudence du dit Sieur Talon d'aviser avec le dit Sieur de Courcelles et les olficiers du Conseil Sou- verain de Québec à tout ce qui sera prati- cable pour parveuir à un bien si nécessaire. JjH ditticulté (jui s'est rencontrée, ainsi qu'il est dit ci-dessus, à l'exécution de cet arrest pour n'unir les habitations en corps de paroisses, ayant empêché l'elfet d'une chose qui est tout-à-fait salutaire au pays, et laquelle peut le plus coutribtier à rendre cette colonie florissante, il sem im])ortaut que, sans s'am-ter à vouloir exécuter cet an est à la rigueur, le dit Sieur Talon travaille de concert avec les habitaus à l'exécuter en iwitie, s'il ne j)eut être exécuté entièrement ; et le tempérament (jue l'on y iiourrait ajijvirter seroit, jiar exemple, qu'un haliitant qui auroit une concession pour ôOO arjiens de terre, drtnt il n'auroit défriché que ôO arjiens, en abandnnneroit cent ar]iens aux nouveaux François, qui viendront s'habituer au i>ays ; à quoi, s'il s'i jiposait, on ponrroit uiémc menacer de lui ôler toutes celles qu'il n'auroit jias encore mises en culture, et elleetivenieul eu cas de besoin, il scia tx]ii'di(' une déclaration pour être enregistrée au dit Conseil Souverain de li)uébec, portant que les dits habitaus seront obligés de défricher toutes les terres t|ui leur ont été concédées, sinon, et à faute de ce faire, il leur en sera retranclu' eliaque année le dixième ou quin- zième jiour les donner à de nouveaux colons, et jiar ce miyen il y auroit lieu d'espérer que dans un jielit nombre d'années toutes les terres concédées seroient gi'uénile- ment mises en culture. 11 reste encore une chose à faire sur la même nuitière, qui servira beaucouji à l'aug- mentation de la colonie, qui est que le lloi désire que dans le cours de chacune ann/'C, le dit Sieur Talon fasse préparer 30 ou 40 habi- tations i)our y recevoir autant de nouvelles familles, en faisant abattre les bois et ■ense- mencer les terres i^ue l'on aura défrichées de Sa Majesté. Le lloi considérant tous ses sujets du Canada, depuis le premier jusques au dernier, comme s'ils étoient presque ses projtres enfants et désirant .satisfaire à l'obligation où il est de leur faire ressentir la douceur et la félicité de son règne, ainsi qu'à ceux (jui sont au milieu de la France, le dit Sieur Talon s'étiuliera uniquement à les soulager en toutes choses et à les exciter au travail et au com- merce, (jui seuls peuvent attirer l'abondance dans le pays et rendre les familles accommo- dées. Et d'autant que rien ne peut mieux y contribuer qu'en entrant dans le détail de leurs petites affaires et de leur domestique, il ne sera pas mal à propos qu'aj>rès s'être établi, il visite les habitaus les uns après les autres, pour en reconnoitrc le véritable état, et ensuite pour voir autant bien qu'il pourraaux nécessités qu'il y aura remaniuées, alin qu'en faisant les devoirs d'un bon père de famille, il puisse leur faciliter les moyens de faire quel()Ues prolits et d'entrejavudre :\if:Mori^E pu i;oy de labourer les terres incultes «[ui sont les ])lus prochaines de celles qu'ils ont déjà mises en culture. Il observera que l'un des plus grands besoins du Canada est d'y établir des manu- factures et d'y attirer des artisans pour les choses qui sont nécessaires à l'usage de la vie, car jusques ici il a fallu porter en ce pays-là des draps pour habiller les habitans, et même des souliers pour les chausser", soit qu'étant obligés de cultiver la terre pour leur substance et celle de leurs familles, ils en ayent fait leur seule et leur plus importante occupation, soit par le peu de zèle et d'indus- triii de ceux qui les ont gouvernés jusques à présent. C'est pourquoi il examinera tous les moyens que l'on pouira embrasser pour l'in- troduction d'une chose si utile au dit pays, à laquelle Sa Majesté contribuera par l'ouver- ture de ses coflVes, étant bien persuadée qu'elle ne saurait employer une bonne somme d'argent à un meilleur usage. L'éducation des enfans étant le premier devoir des pères à leur égard, le dit Sieur Talon les excitera à leur inspirer la piété et une gi'ande vénération pour les choses (^ui concernent notre religion ((luoique le Sieur évêque de Pétrée et les Jésuites s'y appli- quent avec beaucoup de fruit), et ensuite beaucoup d'amour et de re.spect pour la per- sonne royale de Sa Majesté et après à les accoutumer de bonne heure au travail. Car on a toujours fait une expérience certaine • pie la fainéantise des premières années de la vie est la véritable source de tous les désor- dres qui la traversent, au lieu que l'appHca- tion produit un effet contraire parmi ceux qui évitent l'oisiveté dans ces premiers temps. L'expédition contre les Iroquois étant ache- vée, le Roi désire que le dit Sieur Talon invite les soldats, tant du régiment de Carignau que des quatre compagnies d'infanterie, qui ont passé d'abord en Amérique, sous le comman- 2 dément du Sieur de Tracy, à demeurer dans le pays, en faisant à chacun d'eux une légère gratification au nom de Sa Majesté pour leur donner plus de moyen de s'y établir et leur procurer même des anciens habitans quelques terres défrichées, outre celles qu'il pourra leur accorder pour les mettre en culture. Par un aiTet du conseil que le Sieur évêque de Pétrée, qui travaille avec beaucoup de zèle et de ferveur à l'avancement ec la per- fection du cliristianisniî de la Xouvelle- France, emporta le dernier voyage qu'il fit à la cour, le Roi établit des dismes sur le fruit de la ten-e et lui permit et à son clergé de lever le 20' pour aider à la subsistance du séminaire et des eclésiastiques qui font les fonctions curiales à Québec, Montréal, Trois- Rivières et autres habitations de la colonie. Sa Majesté estimant alors que cette charge ne seroit pas grande aux dits habitans, attendu même que l'Eglise prenne le onzième pour la disme en la plupart des lieux du royaume, néanmoins son intention est que le dit Sieur Talon examine avec les dits Sieurs de Tracy et de Courcelles si effectivement cet établisse- ment est trop onéreux au paj's, parce qu'en ce cas, il faudroit voir le tempéiument que l'on y devroit api)orter, et que Sa dite Majesté coutribueroit plutôt d'ailleurs à l'entretien du dit séminaire et des prêtres qui le composent. Par tous les rapports qui ont été faits du Canada, il est constant qu'il s'y trouve une très grande quantité de bois propre à toute sorte d'usages, et même à la construction de toutes les parties d'un vaisseau, et qu'il y a des arbres de la grosseur et de la hauteur nécessaires pour master. Et comme c'est un trésor qu'il faut soigneusement conserver pour avec le temps dresser quelques ateliers pour y bâtir des navires pour le Roi, il seia bon, lorsqu'il se fera quelque nouveau défri- chement, d'empêcher l'abatis du bois qui sera de la plus belle venue et que l'on pouna 10 MÉMOIEE DU EOY employer à l'ouvrage susdit. Cependant le dit Sieur ïalon rendra un service an Eoi qui lui sera bien agi\'able et contribuera en même temps à rétablissement du commerce dans la colonie, s'il peut disposeras habitans les plus accommodés à entreprendre quelques bâti- mens pour eux, à quoi même ils trouveront d'autant plus de facilité, si l'on vient à ouvijr les mines de cuivre, de plomb et de fer, que l'on vérifie être très abondantes, pour les divers essays qui en ont été faits. Le dit Sieur Talon examinera de plus si les teiTes rapportent beaucoup de blé par leur fertilité, et par ce moyen si y en ayant dans le pays au delà de ce qui est nécessaii-e pour la nourriture de tous les habitans qui com- posent la colonie, et de le'urs familles, il ne seroit pas plus avantageux aux habitans de semer en quelques-unes des chanvres et des légumes, et en cas qu'il l'estime nécessaire il pourra, par la participation du gouverneur et du Conseil Souverain, en dresser un règle- ment pour le faire exécuter. Et comme les nonn-itures du bétail à quoi le pays est fort propre par la salubrité des eaux et la vaste étendue des prairies contribueront beaucoup à l'avantage de la colonie, il sera bon aussi que le dit Sieur Talon examine, avec la même ])articipation du dit Sieur gouverneur et du dit conseil, s'il ne seroit pas à propos de faire des défenses de tuer des boeufs, vaches, veaux, brebis, porcs, et généralement toute autre espèce de bétail, pendant un temps dont ils conviendront. Au surplus, le dit Sieur Talon doit être fort soigneux à informer le Eoi de tout ce qui se passera au dit pays et d'envoyer à Sa Majesté les observations qu'il aura faites sur la pré- sente instruction. Fait à Paris, le 27' jour de mars 1665. avril Louis De LioKXE MEMOIRE DU ROY l'oar servir d'instructions iiu Sieur Comte de Frontenac que .Su Majesté a clioisy pour liouverneur et Lieutenant Général pour Sa Majesté en Canada Le Sieur de Frontenac doit être première- ment informé que le repos et la tranquillité des colonies de la Nouvelle-France ayant été plusieurs fois troublés par les entreprises et les cruautés que les nations sauvages, et particulièrement les Iroquois, ont exercées j sur les habitans qui les composent, lorsque Sa Majesté a commencé de donner ses soins et son application au rétablissement du commerce et de la ^navigation dans son royaume, eUe prit la résolution de faire un fonds tous les ans pour estre employé aux besoins de ses sujets qui s'estoient habitués aux dits pais et quoy qu'il ayt été consommé des sommes eonsidérables pour parvenir à l'augmentation qu'elle s'estoit proposée des dites colonies, le fruit de ses peines et de cette dépense a esté longtemps retardé par le massacre que les dits Iroquois ont fait de temps en temps des dits habitant, en sorte que le soin de penser à la conservation de leur vie et de celle de leurs familles les a longtemps divertis de l'appUcation qu'ils devroient don- ner au défrichement et à la culture des terres. Mais, comme Sa Majesté donne à tous ses sujets une égale protection et qu'elle n'a rien plus fortement à cœur que de leur en fiiire ressentir les effets, le dit Sieur de Frontenac doit être informé que Sa Majesté voulant délivrer une fois pour toutes les habitans des dits pars de la cruauté des dits Iroquois, elle prit la résolution en 1665 de faire passer aux dts pais le régiment de Garignan Salières, composé de miUe hommes avec toutes les armes et munitions néces- .MKMOIIiE DU rîOY 11 Saii'cs pour faire la guerre aux dits Iromiois et les forcer à luy demander la paix. Cette entrejirise eut un lieureux succès et cette expéditiiiu ayant esti' faite ]iar les soins du Sieur de Tracy, lieutenant général en rAnieri(|ue, et du Sieur de Courcelles,gouver- neur et lieutenant général en la Nouvelle- France, elle eut la satisfaition d'apjirendre que la pluspart des dites nations sauvages estoient venues se soumettre à son obéissance; que les dits haliitans ne recevroieut plus la mortification de se voir troubler dans leurs établissemens par la cruauté et la barbarie des dits Iroquois, et comme Sa Majesté crut eu mesme temps q^ie le moyen le plus sûr d'augmenter considérablement ces colonies estoit de licencier aux dits pays les compa- gnies du dit régiment et de faire délivrer des concessions aux capitaines et soldats qui voudroient s'y habituer volontairement, cette pensée ayant réussy et la plus part des dits officiers et soldats ayant p>ris des habitations, les dites colonies en receurent une augmenta- tion telle, qu'elles sont à présent en estât non seulement de se soustenir par elles mesmes, mais aussi de fournir dans peu d'années une plus gi'ande quantité de mar- chandises au Royaume ([u'elles n'ont fait jusques à présent temps. Depuis Sa Majesté a fait passer tous les ans aiix dits pays un nombre considérable de personnes de l'un ou l'autre sexe, et en 1669 elle accepta la proposition qui luy fut faite par six capitaines d'infanterie d'y faire passer leurs compagnies complètes pour s'y habituer pareillement, ainsy il est facile de comprendre que les dites colonies estant remplyes d'un nombre considérable de gens aguerris.elles pourront donner assez de crainte aux dits Iroquois pour les contenir dans les b(jrnes de leur devoir et de l'obéissance qu'ils doivent à Sa Majesté. C'est pourquoi le dit Sieur de Frontenac doit prendre un soin par- ticulier d'entretenir les habitans du dit pais dans l'exercice et le maniement des armes et de leur faire faire de fréquentes revues, afin de les tenir, non seulement en estât de repousser des injures qui leur pourront estre faites par les dits Iroquois, mais mesmes de les attaquer toutes les fois qu'il importera au service de Sa Majesté et au repos des dites colonies. Après ce premier devoir, f[ui est indispen- sable pour la défense et le maintien des dites colonies, le dit Sieur de Frontenac doit s'appli- quer fortement à faire goûter à tous les habitans dont elles sont composées la même douceur et la mesme tranquillité dont jouis- sent les auties sujets de Sa Majesté, en faisant régner parmy eux sa justice, en sorte qu'un chacun jouisse du fruit de son travail et de ses peines. Il doit être informé aussy qu'il a esté esta- bly un conseil souverain à Québec, lequel est composé du lieutenant général, de l'éves- que de l'etrée, de l'intendant de la justice, police et finances au dit pars et d'un nombre de conseillers, et d'autant que cet establisse- ment n'a esté fait que dans la seule v'eue d'empescher l'oppression des pauvres par les plus puissans et les plus accommodés des dits habitans, le dit Sieur de Frontenac tiendra soigneusement la main à ce C[ue les bonnes intentions de Sa Majesté sur ce sujet soient ponctuellement exécutées, et en cas qu'il trouvast quelque défaut dans la conduite dos juges et personnes publiques, il sera néces- saire qu'il les en avertisse, mais s'il arrive quelque désordre considérable, il ne man- quera pas d'en donner avis au Eoy. Quoy qu'il n'y ait jwiut eu jusqu'à pré- sent aucune maladie populaire en la Nou- velle-France, en cas qu'il en survînt quel- qu'une, le dit Sieur de Frontenac en fera examiner les causes avec un grand soin pour y remédier promptement, estant fort impor- là MÉMOll^Ë DIT ROY tant ;ni scvxire dr Sa Majesté de persuader aux liabitans du dit pais que leur conser- vatiou est chère à Sa ]\Iajesté et utile et nécessaire au public. L'augmentation des dites colonies devant être la règle et la lin de toute la conduite du dit Sieur de Frontenac, il doit penser conti- nuellement aux moyens de conserver tous les habitaus, d'en attiier aux dits pais le plus grand nombre qu'il luy sera possible, et comme le bon traitement qu'il fera à ceux qui y sont desja établis conviera plusieurs autres François à passer au dit païs pour y faire de mesme leur établissement, il s'ap- pliquera fortement à appaiser tous les diffé- rends tant généraux que particuliers et à les gouverner avec cet esprit de douceur qui règne daus la conduite de Sa Majesté. Le dit Sieur de Frontenac doit exciter par tous moyens possibles les dits liabitans à la cultiire et au défrichement des teiTes ; et comme l'éloignement des habitations les unes des autres a considérablement retardé l'aug- meutation des colonies et a facilité autre- fois les moyens aux Ircquois de réussir dans lerirs fune&te_s entreprises, le dit Sieur de Frontenac examinera ce (j^ui est praticable pour a.ssujettir les dits habitaus à défricher de proche en proche, soit en obligeant les anciens colons à y travailler dans un ceitain temps, soit en faisant des concessions nouvelles aux François qui viendront s'establir au dit pays. Le Eoi ayant accuidé jilu.sieuis grâces par l'arrest de son conseil du 3 avril 1669, en considération de la fécondité îles familles et des garçons rjui se marieront à vingt ans et au-dessous, et les filles à quinze, il ne doute pas que le dit Sieur de Frontenac ne se serve avantageusement de ces moyens pour porter tous les habitans à se marier et que les colons n'en reçoivent une augmentation con- sidérable. L'établissement des pêches sédentaires dans la rivière de Saint-Laurent, ou dans les mers voisines, pouvant apporter beaucoup d'utilité aux dites habitations, tant par leur abondance que par la facilité du débit qu'ils en peuvent avoir, soit aux îles Antilles, soit en France, il les excitera fortement à s'y appliquer et leur fera connoistre en même temps que portant aux dites îles, avec leurs poissons, des viandes et du merrain, douves en chêne, ils pourroient en tirer \u\ double avantage par le retour des sucres qu'ils a])i)(>rteroient en Canada. Pour cet effect, comme il est nécessaire d'avoir des vaisseaux et que tous les bois propres aux constructions se trouvent abondamment aux dits païs, le dit Sieur de Frontenac profitera de cette disposition pour les porter à s'y appliquer, ces deux points estant très importants jiour l'augnuMitatiitii des colonies. 11 sçait as.sez combien la nourriture des bestiaux donne de commodités dans les familles, c'est pourquoi il excitera fortement tous les chefs d'en avoir le plus grand nombre qu'il leur sera possible, eu sorte que le pays ne soit point obligé d'avoir recours aux bestiaux du royaume, pour sa subsistance et pour la culture des terres et d'autant (ju'il y en a à présent à la coste de l'Acadie un nombre très considérable de toutes espèces et que le lîoy a cy-devant fait un fonds pour commencer le chemin nécessaire pour la communication de ce pays-là, à la Nouvelle France, le dit Sieur de Frontenac fera toutes les diligences qui dépendront de luy, eu pro- curant un avancement de ce travail, lequel produira un avantage réciproque par le débit et la cousonimation des denrées et marchandises qui se pourront transporter de l'un i\ l'autre pays. Le Sieur de Frontenac saura que Sa Majesté ayant donné au Sieur de Grandfontaiue le MÉMOIRE t)tJ EOY 13 gouveriK'iiient de la province de l'Acadie, qui est situé depuis la rivière Saint- Laurent jus(iu'à la Xouvelle-AngleteiTe, et celuy du fort Plaisance, eu l'île de Terreneuve, au Sieur de la l'oippe, il est nécessaire ([u'il se fasse rendre compte par eux de tout ce qu'ils feront chacun dans leur einploy, tant pour le service du lîoy que ]iour le gouverne- ment de ses sujets et qu'il leur recommande d'avoir un gi-and soin de l'augmentation de ses colonies, estant certain que Sa Majesté consi- dérera leur service à proportion de la multi- plication des habitans qu'ils auront procurée. Les PP. Jésuites, qui sont établis à Québec, estant les premiers qui ayent porté les lumières de la foy et de l'Evangile en la Nouvelle-France et qui par leur vertu et leur jjiété ayent contribué à l'établissement et à l'augmentation de cette colonie. Sa ■ Majesté désire (jue le dit Sieur de Frontenac ayt beaucoup de considération pour eux ; mais en cas qu'ils voulussent jiorter l'autorité ecclésiastique plus loin (qu'elle ne doit s'étendre, il est nécessaire qu'il leur fasse connoître avec douceur la conduite qu'ils doivent tenir, et en ce cas qu'ils ne se corrigent pas, il s'opposera à leurs desseins adroitement, sans qu'il paroisse ny ruptui'e ny partialité, et donnera avis de tout à Sa Majesté, afin qu'elle y puisse apporter le remède convenable. La colonie de Montréal, située au-dessus de celle de Québec, recevant beaucoup de soulagement et de consolation des ecclé- siastiques du Séminaire de St-Sulpice, qui y sont établis, il sera nécessaire que le Sieur de Frontenac leur donne toute la protection qui dépendra de luy comme aussy aux PP. Kécollets qui se sont establys en la dite ville de Québec ; ces deux corps ecclésiastiques I debvront être appuyez pour balancer l'auto- rité que les PP. Jésuites se pourroient donner au préjudice de celle de Sa Majesté. Comme la lin de toute^sa conduite et du service qu'il peut rendre à Sa Majesté dans cet employ, doit être l'augmentation et la multiplication des peuples en ce païs-là, il doit prendre soin tous les ans d'en faire faire un rôle exact dans toutes les paroisses, soit par les officiers establis en chacun canton pour rendre la justice, soit par les curés, lequel rôle sera divisé par les liommes, les femmes, les enfans de douze ans, et au-des- sous et au-dessu.s, et les servantes, et sera envoyé à Sa Majesté tous les ans, afin qu'Elle puisse connoistre de combien de personnes la dite colonie augmentera tous les ans. Comme il n'y a rien qui maintienne et augmente si certainement les peuples dans un i^ays, que de leur bien administrer la justice, qui employé toujours l'autorité de Sa Majesté pour conserver les droits d'un cha- cun, le dit Sieur de frontenac doit s'appli- quer plus particulièrement à ce que la jus- tice .soit bien administrée par les officiers ordinaii-es en première instance, et par le Conseil Souverain, eu cas d'appel, sans toute- fois s'en mesler qu'en qualité et dans la fonction de président, au dit Conseil, dans l'exercice duquel il se contiendra, laissant une entière liberté aux juges qui le compo- sent de dire leurs advis, et s'appliquera sur- tout à relever cette justice et à imprimer aux peuples le respect et l'obéissance qu'ils doivent aux jugemens qu'elle rendra et aux officiers qui la composent. Fait à Versailles, le 7° jour d'avril 1672. Louis CuLBERT 14 EXTEAIT D'UNE LETTRE DU ROY ]670 — 13 avril EXTIJAIT D'UNE LETTRE DU ROY A MOXSIECR DE FROXTEXAO A St-Gcnnain, le lô avril KiTC. Monsieur le Comte de Frontenac, Vous devez tenir la main à ce que l'ordre que je donne au Sieur Ducliesneau de faire un recensement général de tous les habitans de tous âges et sexes soit ponctuellement exécuté, ne pouvant pas me persuader qu'il y ait que 7,832 personnes, hommes, femmes, garçons et filles, dans tout le pays, en ayant fait passer un plus grand nombre depuis quinze ou seize ans que j'en prends soin. Il faut de nécessité qu'il j ait une partie consi- dérable des habitans qui ait été omise : c'est pourquoi je veux qu'il en soit fait im plus exact et que l'on m'infomie avec soin, tous les ans, du nombre d'enfans qui seront nés, jiendaut le cours de chacune année, et des garçons et filles nés dans le pays qui auront été mariés. A l'égard des nouvelles découvertes, vous ne devez point vous y appliquer sans une grande nécessité et un très grand avantage et vous devez tenir pour maxime qu'il vaut beaucoup mieux occuper moins de pays et le bien peupler que de s'étendre davantage et avoir- des colonies faibles, qui peuvent être facilement détruites par toute sortes d'acci- dens, etc. Sur le sujet du commerce et de la traite, je suis bien-aise de vous dire que vous ne devez point souffrir qu'aucune personne constituée en dignité, ecclésiastique ou sécu- lière, ou communauté, en fasse aucune sous quelque prétexte que ce soit, ny même aucune traite de pelleteries, et je ne crois pas nécessaire de vous dire que pour montrer l'exemple, vous ne devez point souflïir qu'au- cun de vos domestiques ny autre personne se serve de votre nom ou de votre autorité ]inur en faire aucun et même je vous défends de donner jamais aucun congé ny permission pour la traite. 1077— 2S avril EXTR.VIT D'UNE LETTRE DU ROY A .MONSIEUR DE FROXTEXAO A Dunkeriiuc, le iS avril 11™ Monsieur le Comte de Frontenac, Il n'y a qu'à approuver ce que vous avez fait dans votre voyage au fort de Frontenac pour remettre les esprits des cinq nations Iroquoises et vous éclaircir des soupçons qu'ils avaient pris et des raisons qui les pou- vaient exciter à faire la guerre. Vous devez tenir la paix et la bonne intelligence entre ce peuple et mes sujets, sans toutefois vous reposer si fort sur les précautions que vous prendrez pour cet effet, que vous ne soyez et ne mettiez les dits habitans en état de s'opposer vigoureusement à toutes les entre- prises que ces peuples pourraient faire et de les repousser entièrement. Au surplus, je veux que vous continuiez à bien vivre avec les Anglois, et que vous observiez de ne leur donner aucun sujet de se plaindre, sans toutefois en rien souffrir de contraire aux traités que j'ai faits avec le roy leur maître. Il ne reste qu'à vous réitérer les ordres que je vous ai donnés toutes les années pré- cédentes d'exciter toujours les habitans au commerce maritime, à l'établissement des manufactures et à la pêche, étant certain' que ces trois points sont des moyens très faciles de produire l'abondance dans le pays, et par conséquent la multiplication des habi- EXTRAIT D'UNE LETTRE DU ROY 15 tans. A quoi, ne doutant pas ([ue vous ne vous conformiez exactement, je prie Dieu qu'il vous ait, Monsieur le Comte de Fron- tenac, en sa sainte garde. Ecrit à Duukeniue le 28" jour d'avril 1677. Louis COLBEKT Ui78_ 12 mai EXTRAIT D'UXE LETTRE DU ROY A MOX.SIErK DE FKOXTE.NAC A ?t-Germaiii en Laye, VI uiai li3"8 Monsieur le Comte de Frontenac, Je suis bien-aise d'apprendre que vous ayez toujours maintenu moji autorité dans les différents traités que vous avez faits avec les Iroquois et autres nations des Sauvages ; et à l'égard de la prétention du général major anglois, mon intention est que vous contri- buiez toujours tout ce qui pourra dépendre de vous pour maintenir la paix entre les deux nations, sans toiitefois laisser entre- prendre aucune chose sur les pays qui sont de ma domination. Je suis pareillement bien- aise que l'édu- cation des enfans des Sauvages continue ; tenez la main à ce que le nombre eu soit augmenté et quoiqu'il soit bon de faire con- noistre à leurs parens que" l'on ne les retient pas par force, il est toujours avantageux d'en retenir le plus grand nombi-e qu'il sera jios- sible. J'approuAC fort que vous ayez donné les ordres au Sieur de Mar.san, commandant h. l'Acadie, de se ménager avec les Anglois, en sorte qu'il n'arrive point de rupture. 1679—25 aviil EXTR.VIT D'UXE LETTRE lU' ROY A MOX.SIECIÎ DE EUOXTKXAC i\Ionsieur le Comte de Frontenac, Ne manquez pas de me donner très sou- vent avis de ce (jui se passe entre les Sau- vages et les nations de l'Europe qui sont établies proche la Nouvelle-France, et des succès de la guerre qu'ils ont entr'eux. Je désire au surplus que vous mainteniez toujours la paix, l'amitié et bonne corres- pondance avec les Anglois et les HoUandois, sans toutefois vous relâcher de tous les droits et avantages qui appartiennent à ma cou- ronne en ce pays, aussy de tout ce qui peut appartenir à mes sujets, sur quoi je me remets à vous pour vous conduire avec la prudence nécessaire au bien du mon service et à celuy de mes sujets. Je vous recommande aussi toujours de maintenir mes sujets en repos et en union entr'eu.x autant qu'il sera en vous et sur la difficulté que vous y trouvez, appli(|uez-vous à les maintenir en sûreté à l'égard du dehors et à tenir toujours la main que la justice soit bien administrée à l'égard du dedans. Vous parviendrez à cette fin avec plus de facilité que vous ne croyez, et particulièrement si vous tenez la main à ce que les crimes seront sûrement punis et à empêcher les coureurs de bois et les chasseurs qui ne servent qu'à la destruction des colonies et non à leur augmentation, et que vous obligiez par ce moyen tous les hommes à s'appliquer à la culture de la terre et au défrichement et à l'établissement du commerce et des manu- factures. Escrit à St-Germain en Laye, le 25" jour d'avril 1679. Louis 16 EXTRAIT D'UXE LETTRE DU EOY 16X0 — 29 avi-il EXTRAIT irr>E LETTRE I> l ROY A MOXSIEl-R DE FRONTENAC A St-Geimain en Liiye, le Sil avril UISI) ^luiisieur le Comte de Frontenac, Vous avez appris deimis vos lettres écrites^ que l'avis qui vous avait été donné de la rupture entre moi et le roy d'Angleterre n'était pas véritable. Ainsi vous n'avez point de précautions à prendre sur ce sujet là, vous devez être assuré que dans toutes les occa- sions de cette conséquence, je voiis ferai ponctuellement avertir de ce que vous aurez à faire. Il est bien important que vous mainteniez toujours mes sujets, dans toute l'étendue du pays où vous commandez pour moi, dans l'exercice et le maniement des armes, en sorte qu'étant divisés par compagnies réglées, ils puissent être en état de se défendre et se procurer par eux-mêmes la liberté et le repos dont ils (mt besoin. Mais, sartout, bannissez de votre esprit toutes les difficultés que vous n'avez que trop facilement et troj) légèrement fait naître ; consiilérez bien le poste dans le(iuel je vous ai mis et l'honneur que vous avez de représenter ma personne, en ce pays là, qui doit vous élever infiniment au-dessus de tontes ces difficiûtés et vous obliger à souffrir beaucoup de choses de la part du corps et des particuliers qm sont habitués, qui ne sont d'aucune conséqiience ou égard à l'obéissance soumise qu'ils rendent à mes ordres, dont j'ai toujours sujet d'être satisfait. Et lorsque ce premier point de l'obéissance et de la sujétion est aussi bien établi qu'il l'est, vous devez agir avec toute modération à souffrir même les fautes de moindre consé- quence, pour parvenir à la fin q\ii doit être notre unique but, d'augmenter et de fortifier cette colonie et d'y attirer de nombreux habitans par la protection et les bons traite- mens que vous ferez aux anciens. Et vous voyez bien que vos maximes sont bien éloi- gnées de celles que vous avez observées jusques à présent, enchâssant des principaux habitans et en obligeant beaucoup d'autres personnes, par mécontentemens particxdiers, de repasser en France ; mais, surtout, pensez bien que pour parvenir à ces fins, il ne faut avoir ni intérêt ni passion pour personne, donner une très grande liberté à tous les mar- chands et à tous les vaisseaux qui y portent quelque trafic, exciter continuellement tous les habitants à la culture des terres, au trafic, manufactures, pêches et autres choses qui pevivent leur donner du profit et les contenir dans leur travail et dans leurs habitations et les empêcher de vacjuer par les bois dans l'espérance d'un profit qui tend à la ruine entière de la colonie et du peu de commerce qu'elle peut faire. En ce peu de mots consiste le fruit et la fin de toute votre apjJication et tout ce que vous pouiTez faire pour me rendre vos services agi'éables. 16.S2 — lUm.ù I > S T R r ( T I O > que le Ro.v veut être mise es mains du Sieur de la Barre , cboipy par Sa Majesté pour gouverneur et sou lieutenant en la Nouvelle-France A Versailles, le 10 mai 1682 Après lui avoir e.Kpliqué les intentions de Sa Majesté sur tout ce t^ui a rapport à la religion, il doit être informé de tout ce qui regarde la défense du pays par les armes, qui doit être sa fonction principale. Et premièrement, Sa ilajesté ne tloute pas qu'il ne .soit suffisamment informé de la situation du dit pays habité par les Fi-ançois, qui commence à l'embouchure de la riWère de St-Laurent et continue le long des bords TXSTlll'CTroNS A M. DE LA l'.ArJtE 17 de cette rivière jusques à la sortie du lac appelé de Frontenac. Il est pareillement informé que les Sau- vages les jJus voisins des habitations fran- çoises sont les Algonijnins et les Iroqnois, que ces derniers ont troublé plusieurs fois le repos et la tranquillité des colonies de la Nouvelle-France, jusqu'à ce que Sa Majesté leur ayant fait une forte gueiTe, ils furent enfin contraints de se soumettre et de vivre en repos, sans faire d'incursions sur les terres habitées par les François. Mais comme ces peuples inquiets et aguerris ne peuvent être contenus que par la crainte et que Sa Majesté a été même informée par les dernières lettres, que les Ounontaguez et Sonnautouans, peu- ples iroquois, ont tué un récollet et fait plusieurs autres violences, qii'il serait à craindre qu'ils ne poussassent plus loin leur audace, il est bien important que le Sieur de la Barre se mette en état le plus tôt qu'il .se pourra d'aller avec 5 ou 600 habitans, les plus en état de faire cette course, sur les bords du lac de Frontenac, à l'entrée du lac de Conty, pour se fiiire voir aux habitations iroquoises en état de les contenir dans leur devoir et de les attaquer même, s'ils faisaient quelque chose contre les François. En quoi il doit observer qu'il ne faut poiut rompre avec eux sans une nécessité très puissante et sans une certitude entière de finir prompte- ment et avec avantage la guerre i[u'il aura entreprise contre eux. II ne faut pas seulement s'appliquer à empêcher les violences des Iroquois contre les François ; il doit aussi s'appliquer à main- tenir en paix les Sauvages entre eux et empêcher par tous moyens les Iroquois de faire la gueiTe aux Illiuois et autres peuples leurs ^'oisins, étant très certain que si ces nations, desquelles les Anglois ont tiré des pelleteries qui font le principal commerce du Canada, se voyant à couvert de la violence 3 des Iroquois par la protection qu'elles rece- vront des François, elles .seront d'autant plus excitées à porter leurs marchandises et aug- menteront le commerce par ce moyen. Mais pour parvenir à des fins aussi avan- tageuses, il faut donner une grande applica- tion à aguerrir les habitans et en les divisant par compagnies dans chaque habitation, les exerçant au maniement des armes, leur fai- sant faire des fréquentes revues et observant qu'ils aient tous chez eux les armes néces- saires pour s'en servir, au cas de besoin, et les tenir enfin incessamment eu exercice pour les rendi'e capables de se bien défendre en cas qu'ils fussent attaqués. En quoi il pourra se servir utilement des officiers des troupes qui y passèrent il y a quelques années sous le commandement du Sieur de Tracy. Sa Majesté veut que peu de temps après son arrivée, il fasse travailler à un rolle exact de tous les habitans, divisés par habi- tations, dans lequel il distinguera ceux qtii sont en état de porter les armes, des vieil- lards et des enfans, fera mention du nombre des femmes et des filles de tous âges et s'appliquera à donner une conuoissance entière et véritable à Sa Majesté de l'état de la colonie ; surtout Sa Majesté lui recom- mande encore de la mettre en état de se défendre par elle-même, n'étant ni du service, ni des intentions de Sa Majesté d'envoyer des troupes réglées sur ces lieux. Outre l'établissement que les François ont le long de la côte de la rivière St-Laurent, partie de l'Acadie est encore occupée par les François, et comme il a été écrit que les Anglois se rendoient maîtres de plusieurs postes qui ont toujours été occupés par les FrançoLs, Sa Majesté veut qu'il s'informe de ce détail et envoyé même au gouverneur de Boston pour lui expliquer les lieux de l'étendue de la domination françoise et Im demander de se contenir dans les limites de 18 LOUIS XIV À M. DE LA BAERE ce qui appartient aux Anglois. Et comme il n'y a jioint eu de gouverneur depuis loug- tems en cet endroit et que le Sieur de Valiève en a fait les fonctions, sans commis- sion et depuis deux ans, Sa Majestij veut qu'il examine si le dit Sieur de la Yalière eu est capable, ou s'il y a quelque autre officier qui puisse dignement remplir cette place, afin d'informer Sa Majesté par le retour des premiers vaisseaux. Plusieurs particuliers, habitans du Canada, excités par l'espérance de proiît qu'ils trou- veroient dans le commerce des pelleteries avec les Sauvages, ont entrepris en différens temps des découvertes dans le pays des Nadous- sioux, la rivière de !Mississipy et autres endroits de l'Amérique Septentrionale ; mais comme Sa Majesté n'estime pas que ces découvertes soient avantageuses et qu'il vaut bien mieux s'appliquer à la culture de la terre, dans les habitations défrichées, Sa Majesté ne veut point qu'il continue à donner de ces permissions, mais seulement qu'il laisse achever celle commencée par le Sieur de la Salle, jusques à l'embouchure de la dite rivière Mississipy, en cas que par l'exa- men qu'il en fera avec l'Intendant, il estime que cette découverte puisse être de quelque utilité. 1683 — 5 iioût EXTRAIT D'UNE LETTRE DU ROY A M. DE LA BARRE A Fontainebleau, le 5 août 1683 Monsieur de la BaiTe, Je vous recommande d'empêcher autant qu'il vous sera possible que les Anglois ne s'établissent dans la baie d'Hudson, dont on a pris possession en mon nom, il y a plusieurs années; et comme le colonel d'Unguent ', nommé par le roy d'Angleterre pour être gouverneur de la Nouvelle- York, a eu ordre précis de la part du roy d'entretenir bonne correspondance avec vous et d'é\'iter avec soin tout ce qui pouiToit l'interrompre, je ne doute pas que les difficultés que vous avez eues de la part des Anglois ne cessent à l'avenir. Je suis persuadé comme vous que la décou- verte du Sieur la Salle est fort inutile, et il faut dans la suite empêcher de pareilles entreprises, qui ne vont qu'à débaucher les habitans par l'espérance du gain et à dimi- nuer la ferme des castors. Je vous recommande toujours de travailler conjointement avec l'Intendant à l'établisse- ment du commerce entre les Iles et le Canada, et je me remets sur ce sujet à ce qui est plus amplement porté par votre instruction. Svir ce je prie Dieu, etc. 1684 — 3 J juillet EXTRAIT D'UXE LETTRE DU ROT LOUIS XIT ADRESSÉE DE VERSAILLES A M. DE LA BARRE Versailles, 31 juillet 1684 Monsieur de la Ban-e, J'ai vu par vos lettres du 5 juin dernier, la résolution que vous avez prise d'attaquer les Iroquois et les raisons qui vous y ont porté ; et quoique ce soit un malheur consi- dérable pour la colonie de la NouveUe-France, qui va à interrompre le commerce de mes sujets, à les détourner de la cidture des terres et à les exposer à de fréquentes insultes de la part des sauvages iroquois, qui peuvent 1 — Donsçan. •LOIJIS XIV À jr. 1)K LA P.ARRPi 10 souvent les surprendre dans les lialiitations éloignées, sans même que vous soyez en état de leur donner du secours, je ne laisse pas d'approuver que vous ayez pris cette résolu- tion, puis(|ue par l'insulte qu'ils ont faite aux quinze François (ju'ils ont pillés et par l'atta- que du fort de Saint- Louis, vous avez eu lieu de croire qu'ils vouloient tout de bon déclarer la gueiTe. Et comme je veux vous mettre en état de la soutenir et de la terminer avec diligence, je donne ordre pour l'armement du vaisseau VEinerUlon, sur lequel je fais embarquer 300 soldats entretenus dans les ports de Brest et de Rochefort, avec le nombre d'officiers et de gardes de la marine contenus aux listes qxie vous trouverez ci-jointes ; et ce secoiu-s avec celui qui vous a été envoyé par les derniers vaisseaux partis de la Rochelle, et dont vous avez été informé par mes précé- dentes lettres, vous donnera moyen de com- battre avec avantage et de détruire entière- ment ces peuples ou au moins de les mettre en état, après avoir été punis de leur insc- ience, de recevoir la paix aux conditions que vous leur imposerez. Vous devez observer à l'égard de cette guerre, que quand même vous la feriez avec avantage, si vous ne trouvez moyeu de la faire promptement, elle ne causera pas moins la ruine de la colonie, dont les peuples ne peu- vent subsister dans les continuelles inquié- tudes qu'ils auront d'être attaqués par les Sauvages et dans l'impossibilité où ils se trouveront de s'appliquer à leur commerce et à la culture de leurs terres. Ainsi, ([uelque avantage que vous puissiez retirer, pour la gloire de mes armes et pour l'entière destruc- tion des Sauvages, de la continuation de cette guerre, vous devez préférer une paix qui, rendant le caluie à mes sujets, vous mettra en état d'augmenter la colonie par les moyens qui vous ont été marqués dans mes lettres précédentes. J'écris à mon ambassadeur d'Angleterre de retirer des ordres du duc d'York pour empê- cher que celui qui commande à Boston n'assiste pas les Sauvages de troupes, armes ou munitions, et j'ai lieu de croire que mes ordres s'expédieront aussitôt ([ue l'on en aura fait instance de ma part. Je suis bien-aise de vous dire que, par tout ce qui mt revient de ce qui s'est passé en Canada, la faute que vous avez faite de ne pas exécuter ponctuellement mes ordres sur le sujet du nombre des vingt-cinq passe- ports à accorder à mes sujets et le grand nombre que vous en avez envoyé de tous côté.s pour favoriser des gens qui nous appar- tiennent, me paroit avoir été la principale cause de ce qui est aravé de la part des Iroquois. J'espère que vous réparerez cette faute en donnant une fin ])rompte et glo- rieuse à cette guerre. Vous avez fait des dépenses pour le rétablis- sement du fort de Québec et pour plusieurs autres choses, san5 la participation du Sieur de Meules, que je n'ai point approuvées, cela n'étant point de votre fonction, mais de celle de l'Intendant, auquel vous devez faire counoitre la nécassité qu'il y a de faire ces sortes de dépenses, qui doivent être ordonnées et arrêtées par lui. Il m'a paru aussi qu'uuL^ des principales causes de guerre vient de ce qu3 le nommé Du L'Hut a fait tuer deux Iroquois qui avoient assassiné deux Franç.ois dans le lac Supérieur et vous voyez assez combien le vovage de cet homme, qui ne peut apporter aucun avantage à la colonie et qui n'a été permis que pour l'intérêt de quelques parti- ticuliers, a contribué à troubler le repos de cette colonie. Comme il importe au bien de mon service de diminuer autant qu'il se poun-a le nombre des Iroquois et que d'ail- leurs ces Sauvages, qui sont forts et robustes, • serviront utilement sur mes galères, je veux 20 LOUIS XIV A M. DE LA BAERÈ que vous fassiez tout ce qui sera possible pour en faire un grand nombre de prisonniers de guerre et que vous les fassiez embarc^uer par toutes les occasions qui se présenteront pour les faire passer en France. Je vous ai fait savoir par ma lettre du 14 a\Til dernier que je voulais que vous donnassiez toute sorte de prétection au Sieur de la Forest et que vous n'apportassiez aucun obstacle à son voyage. Je vous répète encore que mon intention est que vous lui laissiez exécuter les ordres qu'il a reçus et que vous lui donniez les moyens nécessaires pour passer sûrement au lieu oix il est destiné. Je veux aussi que vous laissiez la posses- sion du fort Frontenac au sieur de la Salle et aux gens qui y seront de sa part et que vous ne fassiez rien contre l'intérêt de cet homme, que je prends sous ma protection particulière. 1685 — 10 mars LETTRE DU ROY A M. DE LA BARRE A Versailles, le 10 mars 1GS5 Monsieur de la Barre, Ayant été informé que votre âge ne vous permet pas de continuer les fatigues qui sont inévitables aux fonctions de votre charge de gouverneur et mon lieutenant général en Canada, je vous fais cette lettre pour vous dire que j'ai choisy le Sieur Denonville pour servir en votre place, et que mon intention est qu'aussitôt qu'il y sera aiTivé et que vous lui aurez remis le commandement et les instructions de tout ce qui le regarde, vous vous embarquerez pour revenir en France. Sur ce, etc., etc., etc. 1685 — 10 mars EXTR.IIT D'UNE LETTRE DU ROY A M. DE MEOr.ES, IN'TEXDAXT, ETC A VersaiUes, 10 mars 1685 Je n'ai pas lieu d'être satisfait du traité fait entre le dit Sieur de la Barre et les Iro- quois. L'abandon qu'il a fait des Illinois m'a fort déplu et c'est ce qui m'a déterminé à le rappeler. J'ai choisi pour remplir sa place le Sieur de Denouville, qui connoitra par lui- même l'état des affaires, et je lui ai donné pouvoir de continuer la paix ou de faii'e la guerre, suivant qu'il l'estimera convenable à mon service et au bien du pays. Vous devez vous faire une application principale de le bien informer de ce qui peut être bon et de toutes les vues que vous pouvez avoir pour le bien de la colonie et pour remédier aux désordres qui s'y sont glissés. 1685 — . 10 mars INSTRUCTION que le Roy veut être remise entre les mains (lu Sieur marquis de Denonville, choisi par Sa Majesté pour gouverneur et son lieutenant général en la Nouvelle France A Versailles, le 10 mars 1685 Le Sieur de Denonville doit être informé que les divisions continuelles des précédents gouverneurs et intendants ont été si préju- diciables à son service et au bien de la colonie établie en Canada, que Sa Majesté estimant nécessaire de les envoyer et de mettre en leur place des gens dont la conduite plus sage et jilus modérée respondît mieux aux intentions de Sa Majesté, EUe fit choix du Sieur de la Barre pour la charge de gouver- neur, i^u'il a exercée depuis trois ans. Mais son âge fort avancé le mettant hors d'état INSTRUCTION À DENONVILLE 21 d'agir avec la vigueur nécessaire à l'exécution de ses ordres, Elle a jeté les yeux sur le dit Sieur de Denonville pour remplir sa place, étant persuadée par les services iju'il lui a rendus et par la sage conduite qu'il a tenue dans ses armées, qu'il continuera de la bien servir et qu'il s'appliquera à rétablir la tran- quillité et le repos pamii ceux de la colonie que les exemples et les partialités des chefs ont jusq^ies à présent divisés.... Sa Majesté lui a expliqué ses intentions sur la conduite qu'il doit tenir en arrivant au dit pays, et d sait que la principale vue qu'il doit avoir est d'établir par une paix ferme et solide le repos de la colonie. Mais pour faire que cette paix soit de durée, il faut abaisser l'orgueuil des Iroquois, soutenir les Illinois et les autres alliés que le Sieur de la I>ane a abandonnés et continuer jiar une conduite ferme et vigoureuse à faire connoitre aux dits Iroquois qu'ils auront tout à craindre peureux s'ils ne se soumettent aux conditions qu'il voudra bien imposer. Il doit donc leur déclarer d'abord qu'il veut protéger de toutes ses forces les alliés des François, faire sçavoir la même chose aux Illinois, Outaouais, Miamis et autres, et s'il estime à propos de soutenir cette déclara- tion par des troupes et par quelque entre- prise contre les Sonnontouans, Sa Majesté se remet à lui de prendre à cet égard les réso- lutions qu'il estimera le plus convenable, étant bien persuadé qu'il suivra les meilleurs partis et que son expérience à la guerre le mettra en état de terminer bientôt celle-là, s'il est obligé de l'entreprendre. Il doit être informé que le commandant de la Nouvelle- York a prétendu donner du secours aux Iroquois et étendre la domina- tion angloise jusqu'au bord de la rivière St-Laurent et dans toute l'étendue des terres habitées par ces Sauvages. Et quoique Sa Majesté ne doute pas que le roy d'Angle- terre, auprès du(iuel elle a fait faire instance par son ambassadeur, ne donne des ordres pour faire cesser les injustes prétentions de ce commandant, Elle estime pourtant néces- saire de lui expliquer qu'il doit faire toutes choses pour maintenir la bonne intelligence entre les François et les Anglois, mais que si, contre toute apparence, ces derniers soide- voient les Sauvages et leur donnoient du secours, il doit agir contre eux comme contre des ennemis, quand il les trouvera sur les terres des Sauvages, sans cependant rien tenter sur les terres de l'obéissance du roy d'Angleterre. Outre l'établissement que les François ont fait le long de la côte de la rivière de St- Laurent, ils occupent encore partie de l'Aca- die ; et comme il a été écrit que les Anglois se rendroient maistres de plusieurs postes qui ont toujours été occupés par les François, Sa Majesté veut que le dit Sieur de Denon- ville s'informe de ce détail et envoyé même au gouverneur de Boston pour lui expliquer les lieux de l'étendue de la domination fran- çoise et lui demander de se contenir dans les limites de ce qui appartient aux Anglois, suivant les ordres que le feu roy d'AngleteiTC lui en a donnés et dont Sa Majesté fera demander le renouvellement au Eoy à pré- sent régnant. Il sait que le commandement du dit pays de l'Acadie a été donné au Sieur Perrot, à qui Sa Majesté fera dire de s'y en aller au plus tôt, après avoir pris les ordres du dit Sieur de Denonville sur tout ce qu'il doit faire dans son gouvernement, dont EUe veut qu'il lui rende compte le plus souvent, qu'il tienne correspondance avec le dit Sieur de Denon- ville, à quoi il y a lieu d'espérer que contri- buera beaucoup la visite que le Sieur de Meules doit faire du dit pays, suivant les ordres qu'il recevra de Sa Majesté par les premiers vaisseaux qui iront en Canada. ây MÉMOIRE DU EOY À M. DENONVILLE 11 ne faut pas seulement s'appliquer à empêcher les violences des Iroquois contre les François ; il doit aussi prendre un soin particulier de maintenir en paix les Sauvages entr'eux et empêcher par tous moyens les Irt)quois de faire la guerre aux lUinois et autres peuples leurs voisins, étant très cer- tain que si ces nations, de qui on tire les pelleteries, qui est le principal commerce du Canada, se voyent à couvert de la violence des Iroquois, par la protection qu'elles rece- vront des François, elles seront d'autant plus excitées à porter leurs marchandises et augmenteront le commerce par ce moyen 1687 — 30 mars EXTRAIT D'I >' MEMOIRE I)U ROY AUX SIEURS MARQUIS DE DEMONVILLE ET DE CHAMPIGNY A Versailles, le 30 mars 16S7 Sa Majesté a approuvé la conduite que le dit Sieur de DenouviUe a tenue à l'égard des Iroquois et les mesures qu'il a commencé de prendre pour se mettre en état de leur faire la gueiTe avec avantage. Et après avoir bien examiné toutes les raisons portées par ces lettres. Elle a été convaincue de la nécessité de cette guen-e et pour cet effet Elle a donné depuis longtemps les ordres nécessaires pour la préparation des troupes, armes et muni- tions dont ils peuvent avoir besoin Sa Majesté a approuvé la convocation que le dit Sieur de Denon ville a faite des nations iro(pioises à Uatarakouy pour faire en sorte de retirer le père de Lamberville, et eu cas que cela n'ait pas réussi, il est nécessaire de prendre des mesures pour empescher qu'il ne reste exposé à la fureur de ces Sauvages. Elle a été surjjrise du procédé du colonel D'Unguent ^ et Elle donne ordre au Sieur de Barillon, son ambassadeur à Londres, d'en faire des plaintes au roy d'Angleterre. Cependant, comme depuis ce que ce colonel a fait, il a été conclu à Londres le traité de neutralité dont il lui a été envoyé copie, et que Sa Majesté Britannique a donné des ordres posi- tifs, dont ils trouveront copie ci-jointe, à tous les gouverneurs des pays de son obéissance en Amérique de s'y conformer exactement, EUe ne doute point que cela ne mette fin à toutes les entreprises que ce colonel aurait pu avoir commencées contre les intérêts des François au préjudice des intentions du roy son maître. Ainsi Elle n'estime pas qu'il soit à propos de faire aucune entreprise contre les Anglois. Elle veut néanmoins qu'il fasse savoir si ce colonel se conformera aux ordres qu'il recevra d'Angleterre en exécution du dit traité, afin que s'il y contrevient. Sa ilajesté puisse demander sa révocation au roy d'An- gleteiTe. A l'égard des prétentions des Anglois dans l'Amérique, Sa Majesté a approuvé que le dit Sieur de Denonville ait envoyé un mémoire des droits qu'EUe a sur la meilleure partie de ce pays et elle est bien-aise de leur faire savoir à cet égard qu'EUe doit nommer incessamment des commissaires, lesquels, avec d'autres que le roy d'Angleterre doit aussi nommer de sa part, travailleront, en exécution du dit traité de neutralité, à ter- miner toutes les contestations qu'il y peut avoir à présent entre les François et les Anglois, sur les pays qui appartiennent aux deux roy s en Amérique et Elle fera remettre ces mémoires à ces commissaires pour s'en servir dans les discussions qu'ils auront à faire avec ceux d'Angleterre sur ce sujet. A l'égard des entreprises pour empescher le commerce des François et pour l'attirer MÉMOIRE DU ROY À M. DEXOXVILLE 23 chez eux, il faut que les dits Sieurs de Denon\àlle et de Champigny s'attendent qu'il n'y aura que leur industrie et l'applica- tion qu'ils donneront à faire garder les pas- sages qui puissent maintenir les sujets de Sa Majesté dans le commerce qu'ils ont accoutumé de faire avec les Sauvages, étant certain qu'on aura toujours les Anglois con- traires et que ces Sauvages aimeroient mieux traiter avec eux qu'avec les François, par l'avantage qu'ils y trouvent en vendant leurs marchandises plus cher aux Anglois Sa Majesté n'a aucune connoissance de la , prétention du colonel Dongan sur les 25,000' livres qu'il prétend lui être dues en France : ainsi Elle n'a rien à lui dire là-dessus.... Sa Majesté a vu le mémoire que le Sieur de Denon\-ille a envoyé des mesures qu'il a prises et des ordres qu'il a donnés pour la campagne prochaine. Elle les approuve et Elle ne doute point que le succès n'}' réponde et qu'il ne soit aussi favorable qu'Elle le doit attendre, n'ayant affaire qu'à des Sauvages qui n'ont aucune expérience d'une guerre réglée, et qu'au contraire ceux qu'il pourra ramasser étant conduits par un homme aussi capable et aussi expérimenté que lui, seront d'une gi-ande utilité. Et enfin Elle s'attend d'apprendre dans la fin de cette année la ruine entière de la plus grande partie de ces Sauvages, et comme il en pourra faire plusieurs prisonniers et que Sa Majesté estime qu'Elle pouiTait s'en servir sur ses galères. Elle veut qu'il fasse en sorte de les garder jusqu'à ce qu'il y ait des vaisseaux qui repassent en France, et il pourra même envoyer par le retour des vaisseaux de Sa Majesté qui doivent porter les soldats, ceux qui auront été pris avant le départ de ces vaisseaux.... Elle a été bien-aise d'apprendre le voyage que le Sieur de Tonty a fait à l'embouchure du fleuve de Mississipy ; mais Elle am-ait souhaité qu'Elle eût pu y apprendre des nouvelles du Sieur de La Salle, ayant beau- coup d'inquiétude de savoir ce que son entreprise est devenue, et Elle veut que s'il revient, ils lui donnent toutes sortes de pro- tection. Elle se remet au Sieur de Denon- ^nlle de faire ce qu'il estimera convenable sur la demande qui lui a été faite de deux nègres déserteurs par un officier du colonel Dongan, et Elle trouve bon qu'il les rende, s'il l'estime à propos.... Pour ce qui est des femmes de mauvaise vie. Sa Majesté n'a pas approuvé la j)roposi- tion qu'il a faite de les renvoyer en France, vu que ce ne serait pas une punition assez grande pour empescher les suites de ce désordre ; mais EUe veut qu'il les fasse tra- vailler par force aux ouvrages publics, comme à tirer l'eau, à servir des maçons, à scier du bois et à d'autres ouvrages pénibles, afin que ce châtiment, se faisant à la vue de tout le monde, soit d'un plus grand exemple en ce pays. 1687— 17 juin LETTRE 1)1 ROT A M. LE MARQUIS DE DENOXVILLE A Versailles, le 17 juia 1637 Monsieur le Marquis de Denonville, Quoique je vous ai expliqué assez ample- ment mes intentions par ma dépêche du 5 du mois de février dernier, en vous envoyant le traité de neutralité conclu à Londres le 16 du mois de novembre de l'année dernière, entre mes sujets et ceux du roy d'Angleterre dans les îles et pays de terre ferme de l'Amérique, et que je vous aie, par mon" autre dépêche du 30 mars suivant, très expressément défendu de faire aucune entre- prise contre les Anglois, j'ai estimé à propos 24 LETTRE DE LOUIS XIV À M. DENONVILLE de vous t'erire cette lettre pour vous donner avis que j'ai donné plein pouvoir au Sieur de Ijiirilliiu, mon ambassadeur auprès du roy d'Angleterre, et au Sieur de Bonrepos, que j'ai envoyé pour cet effet à Londres pour terminer avec des commissaires que Sa Majesté Britannique a nommés de sa part, toutes les contraventions qui peuvent avoir été faites h ce traité, les différends qu'il y a actuellement entre les compagnies f'rançoises et angloises au sujet de la baie d'Hudson, et généralement tous ceux qui peuvent être arrivés entre les deux nations en ce pays : et comme les dits commissaires sont demeu- rés d'accord qu'il ne seroit rien innové de part ni d'autre pendant les négociations et que mon intention est que cela soit exécuté dans l'étendue des pays de mon obéissance, je suis bien-aise de vous dire que je désire que vous vous conformiez à ce qui est en cela mes intentions, et que je vous défends de faire aucune entreprise contre les Anglois et que je vous ordonne même d'empesuher qu'il leur soit fait aucun tort, ni en IcTirs per- sonnes, ni en leurs biens, pendant que les négociations qui se font à présent à Londres dureront, voulant au contraire i[ue vous entreteniez une bonne correspondance avec ceux qui commmdeut en ce pays, pour le dit roy d'Angleterre, et que vous fassiez en sorte que je ne reçoive aucune plainte de votre conduite sur ce sujet. Et la présente, etc., etc. 16,S8 — 8m.ars MEMOIRE Pour servir d'instruction au Sieur Marquis de Denonville, gouverneur et lieutenant général de la Nouvelle-France sur les éclaircissements à donner au sujet des contestations qui sont entre les François et les Anglois touchant la pro- priété des pays de l'Amérique Septentrionale (8 mars 1688). M. de Denonville a été informé par la copie du traité conclu à Londres le XI du mois de décembre dernier, qui lui a été envoyé, que les commissaires nommés par le Boy et le roy d'Angleterre, pour terminer les diffé- rends et contestations qui sont entre les Fran- çois et les Anglois en Amérique, doivent se rassembler au commencement du mois de janvier de l'année prochaine. Il doit estre adverty ([ue ces commissaires ont estimé à propos de prendre un délay aussy long pour pouvoir tirer des colonies des deux nations les éclaircissements nécessaires sur la propriété des terres et pays qui sont en con- testation, et l'intention de Sa Majesté est que le dit Sieur de Denonville donne ces éclair- cissements pour ce qui regarde l'Amérique Septentrionale. Les pays qui sont aujourd'huy en contes- tation entre les François et les Anglois sont la baye d'Hudson et les postes qui sont occupés par les deux nations dans cette baye, le pays des Iroquois et la partie méridionale de l'Acadie, depuis Pentagouët jusqu'à la rivière de Quinibiniquy. Il est nécessaire (jue le dit Sieur de Denonville fasse la plus exacte recherche qu'il pourra des titres qui servent à prouver la propriété que les Fran- çois ont sur les lieux et qu'il les envoyé par le retour des premiers vaisseaux. A l'égard des pays qui ne sont pas actuelle- ment occupés par aucune des nations de l'Europe, l'intention de Sa Majesté est de s'approprier ceux qui sont actuellement néces- saires pour le maintien du commerce et pour la conservation et l'augmentation de la colonie. Et pour éviter toute sorte de contestation à l'advenir, particulièrement avec les Anglois, les dits Commissaires ont estimé à propos, après qu'on sera convenu des limites des pays et teiTes qui appartiennent aux deux nations, de dresser une carte exacte sur laquelle on marquera de concert par des lignes et couleurs différente? ce qui doit appartenir à l'une et à MÉMUIKE À DENONVILLE ET CIÎAMl'lCNY 25 l'autre Dation et que cela soit distingué de manière qu'il n'y puisse plus avoir de difli- culté. Il est nécessaire que le dit Sieur de Denonville fasse faire cette carte le plus exactement qu'il se pourra. Qu'il y fasse marquer tous les endroits par où ces lignes devront passer et tous les forts, passages et lieux occupés par les sujets de Sa Majesté, ceux qui sont occupés ])ar personne, et qu'il y joigne un mémoire qui explique les raisons, soit de droit, soit de bienséance, (pii l'auront obligé de choisir les endroits qui devront être occupés par les François. Comme cette carte et ce mémoire seront nécessaires pour reprendre la négociation qui doit recommencer au commencement de jan- vier 1689, il faut que le dit Sieur de Denon- ville les envoyé au jdus tôt par les vaisseaux qui partiront de Québec au commencement du mois de novembre. A l'égard des pays qui ne sont occupés par aucune nation de l'Europe et qui ne seront marqués sur cette carte apjjarteuir à personne, comme il sera à propos de régler par le traité qui sera fait la manière dont la propriété s'en pourra acquérir, il faudra aussi (jue le dit Sieur de Denonville fasse sçavoir son advis et ceux des principaux du pays sur les formalités qui devront être observées pour establir un titre de propriété suffisant. 1680 — 1er mai MEMOIRE DU KOY AUX SIEUKS MARQUIS DE DENONVILLE ET DE CHAMPIGXr A Vcrsailk-s. le 1er mai 1039 ... La proposition que les dits sieurs de DonomiUe et de Cbampigny font de régler l'affaire des Iroquois en reprenant le traité commencé entre les François et les Anglois 4 n'est plus jnaticable depuis la révolution arrivée en Angleterre. Ils auront sceu que le Prince d'Orange s'est rendu maistre du royaume, et comme il y a apparence que les Anglois déclareront bientôt la guerre à la France, il n'y a pas lieu de s'attendre à aucune négociation en Europe, et au con- traire il faut que les dits Sieui-s de Denon- ville et de Cbampigny se trouvent sur leurs gardes pour empesclier d'être surpris par les Anglois qui pourraient avoir ordre de faire quelque surprise ou autre entreprise sur la colonie. D'ailleurs ce seroit reconnoître le roy d'Angleterre maistre de la nation iroq noise que de traiter avec lui sur le diffé- rend que les François ont avec cette nation ; et il ne convient point que cette affaire passe par ce canal, puisqu'en etlet il est certain que les François ont pris possession des ter les des Iroquois avant que les Anglois y ayent pu rien yirétendre ; et Sa ]\Iajesté veut que les dits Sieurs du Denonville et de Cbampigny n'oublient rien pour la maintenir dans cette possession ou pour empescber au moins que les Iroquois ne se joignent aux Anglois pour nuire à la colonie. Cependant, Sa Majesté est bien-aise de leur faire savoir que cette prétention des Anglois sur le pays des Iroquois ayant été mise en avant par les commissaires du roy d'Angleten-e, l'année dernière, ceux de Sa Majesté leur répon- dirent par le mémoire dont ils trouveront la copie cy-jointe, et cette contestation fut remise à être traitée dans la négociation qui devoit recommencer le 1" janvier 1689, dans laquelle les Anglois auroient sans doute reconnu le droit de Sa Majesté sur cette nation, n'ayant aucune bonne raison à oppo- ser à celle des François. QueUeque connoissance que Sa ilajesté ait des mauvaises intentions des Anglois, Elle ne veut pas cependant que le dit Sieur de Denonv-iUe commence aucune hostilité 26 MÉMOIIIE A II DE FIÎONTENAC contre eux, ni qu'il prenne occasion de rup- ture des secours qu'ils pourroieut donner aux Iro(iuois; et sou intention est qu'ils laissent à leur égard les choses en Testât qu'elles sont, à moins qu'ils ne leur déclarent la guerre et qu'ils fassent des hostilités les premiers. Sa Majesté convient avec eux que le moyen le j)lus sûr d'accabler tout d'un coup les Iroquois seroit d'avoir trois à quatre mille hommes de bonnes troupes ; mais ce n'est ]ias le temps d'y pensei\ Les forces de Sa IMajesté sont d'ailleurs trop occupées ; et il n'y a rien de plus important ny de plus nécessaire dans l'état présent des affaires que de conclure la paix directement avec les Iroqiiois, Sa Majesté n'étant pas de volonté de faire aucune dépense j^our la continuation de cette guerre ; et pour leur faciliter les moyens de parvenir à cette paix, Sa Majesté a envoyé à Marseilles les ordres nécessaires pour faire repasser à Rochefort les Iroquois qui avoient été envoyés aux galères ; et Elle a ordonné qu'ils soient habillés un peu pro- prement pour être renvoyés chez eux. ]\Iais en cas que toutes les mesures que le dit Sieur de Denonville pouiTa avoir prises pour parvenir à la paix viennent à manquer. Sa Majesté désire, pour ne pas donner occa- sion aux Iroquois de faire des entreprises contre la colonie et leur rendre les Erançois mépjrisables, que non seulement il se serve des forces qu'il a et du secours qu'il pourra tirer des habitaus pour défensive rigoureuse, mais même pour les attaquer et leur faire une forte guerre autant qu'il seroit possible en attendant que Sa Majesté puisse prendre d'autres résolutions. Il est aussi bien important que le dit Sieur de DenonvUle fasse tout ce qui conviendra pour mettre à couvert le commerce des Fran- çois dans les postes avancés, piarticuhèrement à Mis.sihmakinak, pour empescher l'exécution du dessein que les Auglois ont, il y a long- temps, de s'y établir. Comme il ne peut conserver ce poste que par le moyen des Sauvages alliés, il est important qu'il sou- tienne autant ([u'il pourra les espérances qu'ils doivent avoir de n'être point aban- donnés et qu'il entretienne par toutes sortes de moyens leur auimo.sité contre les Iroquois. 1689 — Tjuiii MEMOIRE Pour servir irin.' avancée pour sou retour en Canada pendant le reste de l'au- tomne, il y donnera avis de son expédition et de son séjour jusqu'au printems, et il s'emploiera pendant l'hiver à mettre sa con- quête en sûreté et à faire la guerre aux ennemis. De quelciue façon que ce soit, il doit par lui-même, .s'il est obligé de rester, ou par le Chevalier de Callières, si cela est convenable, profiter de l'état où seront les choses pour faire une paix solide et avantageuse avec les Iroquois, qu'il trouvera sans doute disposés à la demander, étant privés de secours et de la communication des Anglois. Tour ôter aux Anglois la facilité des entre- prises par terre contre la Nouvelle- York, du côté de la Nouvelle-Angleterre, Sa Majesté veut (pi'il détruise les habitation? des Anglois qui sont proches de Mauatte et le plus avant qu'il sera possible et mettre sous contribution les plus éloignées. Il enverra un mémoire exact de toutes les observations qu'il pourra faire pour le com- merce des nouveaux habitans de la Nouvelle- York, pour la sîireté de la navigation de là en France et pour la communication avec le Canada, afin que siu- cela. Sa Majesté puisse lui donner les ordres nécessaires pour tirer de cette conquête tous les avantages qu'on doit en espérer ; mais, en cas que contre toute apparence, et par des raisous que Sa Majesté ne peut prévoir, cette entreprise ne se pût exécuter, il enverra ses ordres au dit Sieur de la Coffiaière de faire la guerre aux Anglois et de ranger même les côtes de la Nouvelle- York pour y faire le plus de prises qu'il pourra et y demeurer jusqu'à ce qu'il ne lui reste de vivres que pour revenir eu France. 1869— 7 juin i]N!stkijc;tio]¥s Puur le Sieur Comte de Frontenac, gouverneur et lieutenant général pour le Roy dans le pays de la domination de Sa Majesté en l'Amériiiue Septentrionale Après lui avoir expliqué les intentions de Sa Majesté sur tout ce qui a rapport à la religion, il doit être informé de tout ce qui regarde la défense du pays par les armes, qui doit être sa fonction principale. Comme le dit Siem" de Frontenac a une parfaite connoissance de ce pays. Sa ilajesté ne lui parlera ni de sa situation ni des inté- rêts de la colonie, par rapport aux nations iNSTP.rcTioxs A :\r. dk fiioxtenac 31 voisines, soit de l'Emope, soit de rAmériqne, ou Elle se contentera de lui expliquer ce qui re.içarde l'état présent où elle se trouve par rapport à la guerre des Iroquois, et pour cela il doit être informé que le Sieur de Denon- ville ayant eu ordre de faire la guen-e aux nations iroquoises, entra dans le quartier des Sonnontouans en l'année 1687 avec un corps considéi'able des troupes, une partie des milices du pays et plusieurs Sauvages, alliés des François. Il ravagea toutes leurs cabanes, brûla leurs blés et les obligea de se réfugier chez les autres nations. Cet exploit, quoique considérable, n'ayant pu mettre les Sauvages à la raison, et le dit Sieur de Denonville voyant combien la guerre était nuisible à la colonie, trouva moyen de leur faire persuader de demander la paix. Pour cet effet, des députés de trois de ces nations le vinrent trouver à Monti'éal et lui promirent de venir incessamment avec ceux des deux autres et de la demander tous ensemble. Et, en effet, ces cinq nations dépu- tèrent peu après et la paix auroit été conclue sans qu'un parti des Hurons les ayant enlevés en chemin, la négociation ne put s'achever. En ce même temps, le chevalier Andros étant an-iv('; dans la Xouvelle-York pour relever le colonel Dunguent i, il fit savoir aux Iroquois qu'il les preuoit sous sa protection, leur défendit de faiie la paix sans sa j)artici- patiou et en écrivit en mêmes termes au Sieur de Denon^■ille. Les choses étoient en cet état lors du départ des dernières lettres, et comme la révolution arrivée depuis en Angleterre aura encore aigri les choses, Sa Majesté a résolu, pour terminer cette guerre si dommageable à la colonie, de faire attaquer la Nouvelle- York, ainsi qu'EUe a plus amplement expli- qué ses intentions sur ce sujet au dit Sieur 1 — Dougan. de Frontenac et Pille est persuadée que lorsque les troupes iroquoises ne recevront plus de secours des Anglois, elles seront obli- gées d'en passer par où Sa Majesté \oudra. Sa ilajesté ne s'étendra pas davantage sur la nécessité de procurer la paix à cette colonie, le dit sieur de Frontenac étant informé comme il est de la situation du pays, que toutes les habitations sont dispei-sées de manière à ne pouvoir s'entre-secourir et que l'occupation que la guerre donne aux habitans les empêche de vaquer à la culture des terres et au com- merce, ainsi il doit avoir en vue particulière- ment d'établir solidement la paix avec toutes les nations voisines et prendre tous les meil- leurs moyens qu'il pourra trouver pour la maintenir. Le sieur de Denon\iLle avait fait bâtir au commencement de cette guen-e un fort au pas- sage de Niagara, prétendant par là empêcher les Iroquois de passer au nord et donner envie aux Ilhuois et autres nations éloignées de venir faire la guerre, ayant une retraite assurée dans ce fort ; mais y étant mort un nombre de soldats, d'ailleurs le ravitaille- ment de ce fort étant d'une dépense immense et les nations ennemies n'ayant jusques à présent point profité de cette retraite, le Sieur de Denonville a trouvé à propos de le démohr et de ne conserver que Cataracouy. Sa ilajesté lui a fait savoh- qu'Elle avoit approuvé ce qvi'il a fait à l'égard du dit fort de Niagara et Elle lui a même permis d'aban- donner celui de Cataracouy, s'il le jugeait nécessaire. Elle donne au dit Sieur de Fron- tenac le même pouvoir sur ce sujet, et Elle est bien-aise de lui faire observer seulement qu'il ne doit prendre aucune résolution à cet égard qu'après un examen fait avec toute l'application nécessaire de l'utiïité ou inutihté de ce fort. Il est informé que les Anglois, par le moyen d'un nommé Radisson, françois fugi- 32 MÉMOIEE À rilOXTEXAC ET CHAMPIGNY tif, avoient envahi im fort et quelques habi- tations que la compagnie du Nord de Canada avoit établis dans la baie, sur les ruines nom- mées de Bourbon et de Sainte-Thérèse, les intéressés en cette compagnie envoyèrent cent hommes en 1G86, qui se rendirent maîties des trois forts que les Anglois avaient établis dans le fonds de cette baie. La nouvelle de cette invasion récijiroque donna lieu à une assemblée, qui se fit à Londres, de commissaii-es de la part de Sa Majesté et de celle du roy d'Angletene, dans laquelle ces commissaires n'ayant pu convenir des faits, ils demeurèrent d'accord de remettre la négociation au jn-emier du mois de janvier de cette année, ce qui n'a pu être exécuté, par la révolution airivée en Angleterre. Et comme dans la conjoncture présente des troubles de ce royaume, les Anglois n'auront apparemment pas pris de gi-andes précautions de ce côté, Sa Majesté désire qu'il donne à cette compagnie la ] rotei tion dont elle aura besoin, tant pour chasser les Anglois des ports qu'ils ont occupés sur Elle que pour la continuation de son commerce. Il fut traité dans cette mesme conférence d'une interruption faite par les Anglois à Pentagouet, qui appartenoit aux François, et remirent à faire raison de la violence qui avoit été faite lorsque la négociation seroit refusée. Sa Majesté veut que le dit Sieur de Frontenac prenne avec le Sieur de Mene- val, (|ui est à présent gouverneur de l'Acadie, les mesures nécessaires pour empescher de pareilles irruptions des ennemis, et pour les contenir dans leurs limites, en cas qu'on ne soit pas en estât de faire des entreprises sur eux. 1690— 14 juillet MEMOIRE DU ROY AUX SIEURS COMTE DE FRONTEXAC ET DE CHAMPIOXT A Versailles, le 14 juillet 1690 Les affaires considérables que Sa Majesté a à soutenir à présent, ne luy ayant pas per- mis d'envoyer en Canada de nouveaux secours de troupes, ny de penser à l'entre- prise qui avoit été proposée l'année dernière sur la Nouvelle- York, c'est pourquoi ayant examiné ce qui s'est passé pour le party qu'il y a à prendre ou de se tenir sur la deft'ensive ou d'attaquer les ennemis. Sa Majesté estime qu'une forte et vigoureuse deffeusive est plus couvenaljle présentement à son service et à la seureté de la colonie. Elle ne laisse pas d'es- pérer que si le dit Sieur de Frontenac peut attaquer les ennemis avec avantage, il ne perdra pas l'occasion de les réduire de vive force à la paix ; mais entre la nécessité d'estre sur lu deffensive et la négociation pour la paix. Sa Majesté veut Ijieu qu'il se serve pour la faire de la créance qu'il s'est acquise avec les Iroquois, en conservant l'honneur de ses armées par tous les ménagemens possibles. Les entreprises faites par les Iroquois obhgent Sa Majesté de recommander au dit sieur de Frontenac de prendre de plus justes mesures que par le passé pour les empescher et de tenir la main à ce que tous ceux qui occupent des postes soient toujours sur leurs gardes, mesme qu'ils envoyent des partys pour avoir connoissance de leur marche et par le moyen des batteaux armés, qu'il peut mettre dans les endroits où ils doivent passer, sous le commandement d'officiers vigilans et qui ayent l'expérience nécessaire pour pou- voir i^énétrer les précautions avec lesquelles ces Sauvages ont coutume de marcher, affin de les esloigner de la colonie et <|u'ils ne la puissent entamer. I MÉMOIIIE À FUONTEXAC ET CIIAMI-RINV 33 KJ'JO— UjiiilU't MEMOIRE l»r KOY AUX SlKlliS COMTE DK FIÎONTKXAC ET DE CMAMPlyN'Y Le lùiy a vu jiar les lettres et ]iar le rap- ])Oit qui a été fait à Sa Majesté iwr le Sieur Manjuis de Denonville et par celui du lieu- tenant envoyé jjar le dit Sieur de Frontenac, Testât des aflaires de Canada. Sa Majesté a été informée des irruptions que les Iroquois ont faites dans l'isle de Montréal et des soins du dit Sieur de Frontenac pour essayer de la j)aix avec ces Sauvages ]>ar le moyen de ceux ([ui ont été envoyés de France. Les affaires considérables que Sa Majesté a à sou- tenir à jirésent ne lui permettent pas d'en- voyer en Canada de nouveaux secours de troujies, ni de penser à l'entreprise qui avait été proposée l'année dernière sur la Xouvelle- York. Elle approuve le parti que le Sieur de Frontenac a pris de continuer la guerrre par une vigoureuse detfensive. Les entreprises faites par les Iroquois obligent Sa Majesté de recommander au dit Sieur de Frontenac de jjrendre de plus justes mesures que par le passé jiour les empescher et de tenir la main à ce que tons ceux qui occupent des postes soient toujours sur leurs gardes, mesme qu'ils euvoyent des partis pour avoir- connoissauce de leurs marches et par le moyen des batteaux armés, qu'il peut mettre dans les endroits où ils iieuveut pas- ser, sous le commandement d'ofliciers vigilans et qui puissent pénétrer les précautions avec lesquelles ces Sauvages ont de marcher, afin de les en éloigner, et qu'ils ne puissent enta- mer le corps de la colonie. Eien ne paroit plus nécessaire pour cet effet que d'exécuter les ordres qu'EUe a déjà donnés pour la réunion des habitations en villages, et particulièrement au-dessus des Trois-Rivières, afin que les haljitaus soient mieux en état de se défendre. Il faut même qu'il les oljlige à fermer ces villages de palis- sades et à se mettre par ce moyen hors d'in- sulte. 11 doit aussi appuyer h^s liabitaus dans le tems des semences et des récoltes par (quel- ques officiers et soldats aux endn^its où les ennemis pourroient venir, pour jirendre avan- tage de la nécessité où ils sont d'être jinur lors à la campagne. Quoiqu'il doive faire son capital de conser- ver le i)ays et d'y employer particulièrement les troui)es. Sa Majesté est aussi persuadée qu'il peut faire attac^uer les Anglois et les Iroquois par les Sauvages alliés, comme Elle api)rend qu'il a commencé. Il doit aussi donner du secours aux Sieurs de la Forêt et Tônti, auxquels Elle a accordé l'établissement qu'avoit le feu Sieur de la Salle aux Illinois, pour les mettre en état d'agir de leur j)art contre les Iroquois. Il pourra faire encore agir les Iroquois alliés, et pour cet eflet il paroit convenable à Sa Majesté d'envoyer au lieu nommé Le Sault ceux qui en avoieut été tiré.s pour les faire venir à Montréal et de leur donner toutes les assistances qui seront nécessaires, tant pour la subsistance que pour la garde de leurs familles et les engager à faire une forte guerre aux Iroquois ennemis. Il paroit à Sa Majesté que comme l'établis- sement des Cannibas est particulièrement du côté de l'Acadie et dans le voisinage des habi- tations de la Nouvelle-Angleterre, où ils ont enlevé le fort de Penkuit et plusieurs autres postes fortifiés, ils doivent être excités d'y continuer la gueri-e, et pour cet effet le cht Sieur de Frontenac entretiendra coiTcspon- dance avec le Sieur de Menneval, qui com- mande à l'Acadie, auquel ils ont beaucoup de confiance, et pour lui donner moyeu d'y con- courir, Sa Majesté lid ordonne de leur faire les mêmes présetis que l'année dernière. IMÉMOIRE À FEONTENAC ET CHAMriGNY Elle esiière que la négociation qu'il a coin- inenci'e avec les Outawas, sur l'avis de la paix qu'ils ont faite avec les Iroquois, aura eu le succès qu'il eu a attendu et qu'il les aura engagés à leur renouveler la, guerre, ce qu'il doit procurer par tous les moyens possibles, même en leur faisant faire quelques présens. Sa Majesté est Inen-aise de lui dire à cette occasion que n'étant i>lus obligée aux dépenses extraordinaires qu'il a follu faire pour atta- quer les Iroquois, il trouvera dans les fonds qui seront faits cette année de quoi assister tous ces Sauvages pour en tirer les services auxquels il trouvera à propos de les employer. Il doit profiter des dispositions des intéres- sés de la Compagnie du Nord pour le dessein qu'elle a de faire pour attaquer le fort de Nelson par le Sienr d'Iberville, et de les aider de son autorité dans les choses où ils en auront besoin pour les mettre eu état de chasser les Auglois de ce poste, qui est le seul qui leur reste dans la baie d'Hudson. Quelques vues que Sa Majesté donne au dit Sieur de Frontenac pour le maintien de la colonie 'et réduire les Iroquois à désirer la paix, cependant, par la confiance qu'EUe a en son zèle, en son application. Elle se remet à lui d'y ajouter et de faire en cette occasion ce qu'il estimera de plus convenable à son service, ne doutant jioint que par la conuois- sance qu'il a des choses, des manières des Sauvages, de ses forces et du i)ays, il ne soit en état de prendre le meilleur parti. Sa IMajesté ayant appris que les habitans de Québec ont fait préparer, pour fermer cette ville, des palissades, il faut qu'il les oblige à y travailler sans retardement et que s'ils ne pouvoient absolument se passer de quelques secours pour achever cet ouvrage, les dits Sieurs de Frontenac et de Champigny exa- mineront les moyens d'y pourvoir et de leur faire donner ce qui sera indispensable meut nécessaire. Le Sieur de Denonville ayant fait remar- quer que dans l'attaque de Cataracouy, celui qui y commandoit n'en avoit pas fait saper les fortifications, suivant ses ordres, et qu'ainsi si les Anglois ou les Iroquois occupoient à présent ce poste, ils y seroient bientôt en état de défense, il est très nécessaire que le dit Sieur de Frontenac y envoyé pour achever de le détruire, s'il ne l'a pas encore fait, et qu'il fasse aussi rechercher les deux canons de fonte qui ont été tirés de ce fort et laissés au lac Saint-François. La dépense faite pour les forts de Missili- makinak et du lac Erié devant être rembour- sée sur les premiers congés qui seront délivrés sur la traite, suivant l'ordre de Sa Majesté, du 8 mars 1688, Elle ne veut pas qu'il en soit donné aucun que cette dépense ne soit entiè- rement acquittée. Le dit Sieur de Denonville a représenté à Sa Majesté la nécessité qu'il y a d'occuper la jeunesse des familles nobles du Canada et a proposé de les faire passer en France pour servir dans les gardes du corps ou de les employer dans les troupes, à mesure qu'il vaquera des places, sur quoi Sa Majesté, avant de se déterminer, est bien-aise d'avoir l'avis des dits Sieurs de Frontenac et dé •Champigny, sur ce qui peut être de plus à propos pour son service. Quoique Sa Majesté ait expliqué aux Sieurs de Frontenac et de Champigny ses intentions sur ce qui regarde la guerre, Elle estime nécessaire de leur dire, sur ce qui regarde la paix, qu'Elle agrée que dit Sieur de Frontenac continue à se servir du moyen qu'il a commencé d'employer pour obhger les Iroquois à la paix, en observant de ne rien faire qui leur fass? connoitre qu'il la désire, par la crainte de la continuation de la gueiTc, I MÉMOIRE À FllONTEXAC ET CIIAMl'IGNY ni dcint ils puisseut jm-udie aucun avantage. Cependant Sa Majesté est persuadée que dans l'état où est ;\ jjrésent la colonie, il est impor- tant extièmeinent pour sa conservation qu'il puisse i^arvenir bientôt à conclure un traité avec les Sauvages et finir cette guerre dans huiuelle, par l'événenicnt, il se trouve qu'il y a beaucoup à perdre et rien à g-agner. L'affection de Sa Majasté pour l'avancement de la religion et le service de Dieu l'oblige à recommander encore fortement aux dits Siexu's de Frontenac et de Champigny de continuer leurs soins pour concourir au zèle du Sieur i Evêque de Québec et pour secourir les ecclé- siastiques dans les occasions où ils auront ' besoin de leur autorité, s'assurant que les dits ecclésiastiques de leur part feront tout œ qui dépendra d'eux pour contribuer dans cette conjoncture à maintenir les habitans dans une bonne union et dans la bonne volonté d'employer leurs biens et leur personne pour son ser\T.ce et pour leur propre conservation. Les Sieurs de Denonville et de Champigny ayant trouvé à propos de promettre six con- gés pour la traite aux Eeligieuses et à l'hô- pital de Montréal, Sa Majesté veut qu'elles en jouissent et que le dit Sieur de Frontenac donne les dits congés, afin qu'elles puissent subvenir à la subsistance des malades et à la réparation de leurs bâtimens. Sa Maje.sté a été bien-aise d'apprendre la facilité que ses. sujets ont trouvée l'année dernière pour leur traite avec les Outawas, ayant apporté pour huit cent mille livres de pelleteries. L'importance de ce commerce doit engager les dits Sieurs de Frontenac et de Champigny à ne rien oublier pour entre- tenir une bonne con-espondance avec ces Sauvages et pour assurer le retour des effets des François. Le Sieur de Denonville ayant rendu compte du progrès des entreprises du Sieur Riverin, pour la pêche des baleines et de la morue, les dits Sieurs de Frontenac et de Champigny doivent l'exciter à la continuer et à façonner les habitans à ces pêches, et l'assurer que Sa Majesté fera considération de ses soins, de ses dépenses, de ses pertes. Elle désire cependant qu'ils le fassent jouir des congés qu'elle lui a ci-devant accordés, (piand il y aura occasion, et qu'ils lui fassent savoir leur avis sur la demande qu'il fiiit du privilège de la traite avec les Sauvages du lac de Témiseaming. 1691— 7 avril MEMOIRE IH ROV AUX SIECRS COMTE DE FKONTEXAC ET DE CUAMMU.N'V 1 Au caïui) devant Mons, le . avrU V'M Sa ilajesté n'estant pas, quant à présent, 1 dans la disposition de faire faire l'entreprise qu'ils ont proposé* sur la Xouvelle-York et sur la Xouvelle-Augleterre, ils doivent tou- iours s'in-struire des moyens de l'exécuter et I l'en informer, mesme disposer ce qui est nécessaire pour attaquer par terre les colonies anglaises, en cas que cela convienne au ser- vice du Koy. Sa Majesté est bien-aise de leur recom- mander encore l'exécution de ce qui leur a esté ordonné pour la réunion des habitans en villages et pour assurer les semences et les récolte 5 des habitans, comme il a esté fait l'année dernière. Sa Majesté espérant qu'ils auront engagé les habitans de Québec et de Montréal à pré- parer les palissades et les matériaux néces- saires pour les fortifications. Elle a encore bien voulu ordonner l'envoi d'un fonds de 20,000 livres pour les faire achever aussy bien que les autres postes, avec le secoins que les habitans pourront douaar. Elle veut aussy que le dit Sieur de Fron- 36 IkIÉMOlEE À FRONTENAC ET CHAMPIGNY teiiac apporte mie particulière application aux ordres qui ont esté donnés pour empes- clier que les Iroquois ni les Anglois ne puis- sent profiter des ouvrages qu'on a laissé subsister au fort Frontenac, lorsqu'il a esté abandonné, et comme il paroist par ce qu'ils ont mandé à Sa Majesté qu'ils n'y avoient pas esté. Elle désire qu'ils lui rendent compte de ce que sont devenus les vivres, ustensiles, munitions et armes qui y avoient esté lais- sés, ce qui monte à une somme très considé- rable, estant obligée de leur dire à cette occasion qu'Elle a sujet d'être fort mal satis- fiiite de ceux (^ui ont fait l'aliandonnement de ce poste, qui auroient pu emporter les plus considéralîles effets, ou au moins les déposer dans les bois, où les ennemis n'au- roient pu s'en prévaloir. Les dits Sieurs de Frontenac et de Cham- pigny rendront compte à Sa Majesté de Testât (lu fort St-Louis, des Illinois, et de la con- duite du Sieur de la Forest, auquel la con- cession en a esté accordée pour luy et pour le Sieur Tonty et des mouvemens auxquels le dit Sieur de la Forest aura engagé les dits Illinois contre les ennemis communs. Quoique Sa Majesté ait expliqué aux dits Sieurs de Frontenac et de Champigny ses intentions sur ce qui regarde la guerre. Elle veut bien leur dire aussy qu'Elle agrée les moyens que le dit Sieur de Frontenac a commencé d'employer pour obliger les Iro- quois à la paix et pour les détacher des Anglois, en leur faisant toujours connoitre qu'il ne la désire pas par la crainte de la continuation de la guerre. Sa Majesté estant néanmoins persuadée que rien ne peut estre plus nécessaire à son service et à l'avantage de la colonie que de parvenir le plus tôt qu'il pourra à conclure un traité avec les Sauvages de la participation des Outawas et autres qui sont sous son obéissance. 1693 28 mars MEMOIRE DU ROY AUX SIEURS COMTE DE FRONTENAC ET DE CHAMPIGNY Le rapport fait, par ceux qui sont revenus de Boston, des préparatifs qui s'y faisoient pour tenter une nouvelle entreprise contre Québec et les avis qu'ils ont aussy donnés que les Anglois de la Nouvelle-York, avec les Iroquois, doivent, de leur côté, attaquer la colonie par le haut de la rivière, ont fait prendre au Roy la résolution d'y envoyer un puissant secours d'hommes, munitions, armes, vivres, argent et autres effets, et de faire partir présentement les vaisseaux qui les doivent porter et escorter, afin que le Sieur comte de Frontenac soit en estât de se pré- parer pour repousser les ennemis, s'ils vien- nent l'atta(iuer, ou leur faire la guerre, en cas qu'ils en soient demeurés aux menaces. ' La capacité et expérience du Sieur de Frontenac empesche Sa Majesté de lui don- ner des vues particulières de ce qu'il a à faire pour la défense de la colonie, contre les menaces des ennemis, pour les assaillir quand il le pourra faire. Elle veut bien s'en rap- porter à ce qu'il jugera à propos et lui dire seulement ([u'ayant fait examiner la proposi- tion faite par le Sieur de Lamothe Cadillac d'avoir des bâtimens de gueiTe légers et propres à garder les détroits des rivières et lacs sur la route ordinaire des Anglois et Sauvages, venant du côté d'Orange, Elle a donné ordre à Eochefort qu'on envoyé en Canada les proportions sur lesquelles ils doivent estre bâtis, et tout ce qu'il faut, à la réserve du bois pour leur construction. L'in- tention de Sa IMajesté est qu'aussitôt qu'ils auront reçu le mémoire de ces proportions, ils fassent faire ces bateaux, afin qu'ils puis- sent s'en servir dès cette année pour la défense du pays. Le dit Sieur de Frontenac iMKAIolh'K À FRONTKNAC ET CITAMriCîXY 37 )>rnt (Idiiiirr 11' ((iiimiaiiilfnii'Ul <\r ces lialeatix au dit Sieur du Lamulhc L'ai-Lillac; mais il faut te à son arrivé eu très mauvais estât. Il pré- tend que le fort étoit sans poudre, le Sieur Tonty, qui y comm.ini(5it, s'étant défait ds tout ce qu'il y en avoit avant de le quitter, que les terres de la compagnie de la colonie qui avoit ce poste avant luy, y estoient en friche et possédées par les Sauvages, les maisons toutes découvertes, point de grains, la plus grande partie des pelleteries pourries et gastées et le magasin de cette compagnie pillé et qu'il est en estât de prouver ces faits par plusieurs témoins. Sa Majesté veut qu'il vérifie luy-mesme tout ce qu'il avance et qu'il fasse en sorte de découvrir la vérité par des gens non suspectés. Il s'informera aussy de ce qui s'est passé dans l'action des Outaouas et de ce qui leur a donné lieu d'attaquer le fort du Détroit et de tuer trois François, le dit Sieur De la Motte voulant insinuer que cette action leur a esté inspirée pour faire manquer cet établis- sement, afin de rendre compte de tout ce qu'il apprendra et surtout de la conduite que ÎI^STRUCTIONS À M. D'ATOIîKMOXT 49 le yieunie Bourgiiuint, (|ui comiiiMii'ii)it dans ce fort, a tenue en cette occasion. Il paroit par les lettres de tous les oHiciers qui sont en garnison au Détroit qu'il n'y a pas un i>lus beau ny meilleur pays et que tout le bien qu'on eu a dit est véritable. Le dit Sieur De la Motte ajoute (ju'il n'y a pas à douter que ce poste ne soit incessamment la retraite de toutes les nations qui sont de ce costé, que ce poste est parfaitement bien situé, que les nations qui habitent les rives du lac y peuvent venir sans passer aucun rapide ny aucune chute d'eau et que les Sauvages (pii sont dans la profondeur des terres y viennent par des chemins très unis. Il aura pareillement soin de s'informer si tous ces avantages se rencontrent dans ce poste. Le dit Sieur De la Motte escrit aussy qu'il a fait porter plein deux canots de blé fran- çois pour semer les terres de ce poste, avec toutes sortes d'autres grains et des matériaux pour faire un grand moulin : il verra si tous ces grains ont réussi et si ce moulin est sur pied. Le dit Sieur De la Motte marque qu'il n'y a personne en ce poste pour prendre soin des malades et que c'est sa femme et sa fille qui en sont chargés ; il dit que le supérieur des Hospitaliers de Montréal se chargera volon- tiers de ces malades et que ces gens sont très propres pour une nouvelle colonie, parce- qu'ils montrent à travailler et qu'ils sont propres pour des manufactures : il aura soin, en passant à Montréal, de voir ce supérieur pour l'engager à suivre ce que le dit Sieur De la Motte propose et il rendra compte de la response qu'il luy fera. 11 trouvera ci-joint une copie du traité ermission d'acheter de l'eau-de-vi? pour s'en retourner et que le Sieur Bégon ait fait mettre en prison et condamné à l'amende le nommé Poitras, qui en avoit vendu à un sauvage. Elle leur commande de continuer d'en user de même... ni'4 — oOmai EXTRAIT ])*r> MEMOIRE IH ROY A MM. DE TAUDRECIL ET BÉGOX ci-devant goiiverncur-g(?n^ral et intendant en Canada Yei^ailles, 30 mai 1724 Sa Majesté a. vu ce que les Sieurs de Yan- dreuil et Bégon ont mandé au sujet de la guerre des Anglois contre les Abénaquis. EUe ajoutera à ce qui leur fut prescrit par sa dépêche du o juin de l'année dernière, qu'il ne convient point que les François paroissent dans cette guerre ; mais il convient en même teras (jue le Sieur de Vaudrenil inspire, sous main, aux autres nations, d'aider les Abéna- quis en leur faisant connoitre que la vue des Anglois est de se rendre maîtres de tout le continent, que la paix qui règne entre les princes d'Europe ne leur permettant pas de faire la guerre aux François du Canada, ils attaquent leurs alliés et cherchent à envahir leurs terres et à les détruire ; que lorsqu'ils y seront parvenus, ils chercheront à envahir les terres des autres nations qui sont près d'eux, du côté de la mer, et que s'emparant de toutes les côtes et des ports, ils veulent empêcher la navigation des François, afin de les obhger dans la suite, à force ouverte, d'abandonner tout le continent ; qu'alors, se trouvant les seuls maîtres, ils rendront esclaves toutes les nations sauvages, ne leur donneront plus ni poudres, ni baUes, ni fusils et qu'il ne sera plus tems de reconnoitre qu'ils ont été trompés ; que pour éviter ce malheur, ils doivent prendre des mesures de bonne heure. Il faut s'attacher à le faire sentir aux Iroquois, qui sont plus capables de l'entendre qu'aucune autre nation, et leur faire remarquer que si les Anglois cherchent à s'allier avec les Outawas, c'est dans- la vue de trouver chez eux des secours pour les détruire, leur expliquer le nombre considé- rable de monde qu'il y a dans les colonies angloises et le peu qu'il y a de François en Canada ; que c'est cependant ce jietit nombre de François qui maintient les Sauvages en liberté. 1725 — 5 septembre LETTRE DU ROY A M. DE VAUDRECIL, LUI ANNONÇANT SON MARIAGE ' Monsieur le marquis de Yaudreurl, L'empressement que mes sujets ont tou- jours témoigné de me voir assurer par un prompt mariage la tranquilité de l'Estat, étoit trop juste pour différer à répondre aux vœux de mes dits sujets par un choix propre à les remplir, et j'ay cru que nos communes espé- rances ne pourront estre mieux fondées que sur les vertus et la pieuse éducation de la princesse Marie. Le traité de notre mariage conclu avec le roy son père a esté accomply 1 — Eiiregistiée au Conseil Supérieur, le 2 sejj- teinbie 1720. ]\rft:\roTRE À i\r. de i'-eautiarnols dans ma ville de Strasbourg, où mon oncle, ]v. Duc (r(Jrk'ans, l'a épouscu eu num nom, le (luiiiziènie du mois dernier, et la cérémonie en ayant esté célébrée aujourd'liuy, il ne me reste qu'à demander à Dieu de me continuer sa protection. C'est ]iourquoy j'escris au Sieur Evesijue de Québec de faire chanter le Te Deuiii, en actions de grâces dans l'église cathédrale de (^hiébee. Et je vous fais cette lettre pour vous dire d'y assister et d'y faire aussy assister le Conseil Supérieur, que vous fassiez ensuite allumer des feux de joye, tirer le canon et donner en cette occasion les mar- ques de réjouissances accoutumées. Ce que me promettant de votre zèle et de votre affec- tion, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur le Marquis de Vaudreuil, en sa sainte garde. Ecrit à Fontainebleau, le cinquième jour de septembre mil sept cent vingt-cinq. Louis l'UKI.YFEAU.X; MEMOIRE DU ROY Puur servir d'instructions au Sieur marquis de Bcauharnois, gouverneur et lieutenant-général de la Nouvelle-France A Vei-sailles, le 7 mai 1720 Sa ilajesté est persuadée que le Sieur manpiis de Beauharnois, qu'Elle a choisy pour gouverneur et son lieutenant-général en la Nouvelle-France, a toutes les qualités nécessaires pour gouverner les A'astes païs et les peuples différons ipii sont confiés à ses soins. Les nations sauvages qui les habitent exigent de luy une prévoyance et une atten- tion continuelle, pour les faire vivre en paix et pour empescher les nations de l'Europe qui habitent dans le même continent de pénétrer chez elles et d'y faire un commerce (pli, jusi[u'à présent, a ajipartenu à la Fiance. Il lui faut de la fermeté pour maintenir les jiossessions de la France contre ses voisins, qui cherchent depuis longtems à empiéter. Il est nécessaire de joindre à cette fermeté de la douceur et de la justice et du désinté- ressement pour gouverner les François, habi- tans dans la colonie, lesquels sont ])lus enclins à aller courir dans les bois cl à vi\re comme les nations sauvages, que île cultiver leurs terres et d'y estre sédentaires. Pour réussir dans toutes ces différentes parties, il doit av(jir pmir premier objet — et c'est celuy que Sa Majesté désire qu'il rem- plisse avec plus d'approbation — - de satisfaire à ce qui regarde la religion, d'où dépend la bénédiction qu'on doit attendre du Ciel, sans laquelle rien ne peut avoir d'heureux succès. Sa Majesté veut que le Sieur marquis de Beauharnois employé particulièrement l'au- torité qui lui est commise, à contribuer autant qu'il sera en son pouvoir à ce que Dieu soit servi dans toute la colonie et que la religion chrétienne s'étende sur tous les Sauvages. Il doit, pour cet effet, donner toute sorte de secours aux missionnaires, aux Jésuites et aux religieux qui travaillent au salut des âmes, en se conduisant en cela de manière qu'il évite de faire naître entre eux aucune jalousie Ce qu'il y a eu jusqu'à présent de plus contraire à l'augmentation du commerce de la colonie, a esté celuy que les Anglois y ont fait depuis quelques années, la facilité que l'on a eue de les souffrir trop longtems à jMontréal et avec trop de liberté on leur a donné occasion d'y introduire des marchan- dises prohibées, et on leur a procuré les moyens de former des liaisons et de prendre des mesures ponr faire passer dans les colo- nies angloises la plus grande partie du castor, en sorte qu'ils ont profité d'un commerce et d'un bénéfice qui doit appartenir aux sujets 60 MÉMOIRE À M. DE BEAUHAENOIS de Sa Majestô et qui a causé un grand pré- judice contre les manufactures du royaume. Cette complaisance qu'on a eue pour eux peut encore causer un plus grand préjudice à la colonie que celuy du commerce, parce que les Anglois, très attentifs à ce qui peut augmenter leurs possessions, prennent des connoissauces du pays qui poun-oient en tems de guerre estre très préjudiciables. Sa Majesté a commandé au Sieur de Beau- harnois de concourir avec le Sieur Dupuis à tout ce qui pourra détruire le commerce des Anglois dans la colonie et de tenir sévère- ment la main à l'exécution des ordonnances coucernant ce commerce fraudideux et l'usage des marchandises étrangères et prohibées. Il doit aussy veiller avec attention que les Anglois, qui ne manquent jamais de prétexte pour aller à Montréal et dans les autres villes de la colonie, et dont la princij)ale vue est celle du commerce, ne puissent y rester plus de deux jours, pour quelle que cause et raison que ce soit, et que pendant leur séjour et leur retour, ils donnent de si bons ordres pour examiner leurs démarches, qu'ils ne puissent point eh abuser. Cette attention est d'une assez grande conséquence pour mériter qu'il y veille avec soin. 1726 — 14 mai MEMOIRE DU ROY AUX SIECES MARQUIS DE BEAUHARNOIS gouverneur de la Nouvelle-France, et Dupuy, intendant Versailles, 14 mai 1726 ...Le feu Sieur Marquis de Va udreuil et le Sieur Bégon rendirent compte, au mois de mai de l'année dernière, des avis qu'ils avoient eus, que les Anglois vouloient établir' un poste à l'entrée de la rivière Chouégen, sur les bords du lac Ontario, et assez près du poste que Sa Majesté a à Niagara. Cette entreprise des Anglois, qu'ils regardèrent avec raison d'une dangereuse conséquence pour la colonie et pour le commerce, les a déterminés de faire bâtir à Niagara une mai- sou de pierre et de faire construire deux barques au fort Frontenac, pour transporter les matériaux nécessaires et, pour le lac Ontario, empescher les Sauvages de porter leurs petleteries aux Anglois. Le Sieur de Vaudreuil envoya le Sieur de Longueuil aux Iroquois pour empescher l'établissement des Anglois et pour engager ces nations de con- sentir à la construction des deux barques et à la bâtisse de la maison de pierre à Niagara- Sa Majesté a appris par le compte que les Sieurs de Longueuil et Bégon ont rendu du succès de ce voyage, que le Sieur de Lon- gueuil a trouvé cent Anglois au portage de la rivière Chouégen, avec plus de 60 canots, à quatre lieues du lac Ontiirio, qu'ils lui firent exhiber le passeport qu'il avoit du Sieur de Vaudreuil, dont quelques chefs des Iro- quois, qui étoient présents, furent si choqués, qu'ils déclarèrent aux Anglois qu'ils ne les souffriroieut jJus dans cet endi'oit. Les cinq nations iroquoises, assemblées à Onontagué, consentirent à la bâtisse de la maison de pierre à Niagara et à la construction des deux barques et luy promirent qu'ils demeu- reroient neutres en cas qu'on fît la guerre aux Anglois. Les deux barques ont été cons- truites et les Sieurs de Vaudreuil et Bégon ont pris des mesures pour que la maison soit achevée au mois d'octobre. Le Sieur de Xon- gueuil a même envoyé cent soldats à Niagara, tant pour avancer l'ouvrage que poirr aiTester les canots des Anglois qui entreprendront de faire la traite sur le lac Ontario. Les François, depuis l'établissement de la colonie, ont toujours fait seuls le commerce avec les Sauvages des païs d'en haut qui LETTRE AU CONSEIL SUPÉRIEUR 61 font partie de la Nouvelle-Evance, et les Anglois ne se sont avisés d'y aller en traite que depuis le traité d'Utreclit. Leurs premières tentatives, auxquelles on ue s'est opp)osé que par des menaces, leur ont doinié lieu de croire qu'en les continuant à partager le commerce de ces pays avec les François et même à les en faire exclure par le moyen des Sauvages, ils mettront pour y parvenir tous les moyens en usage, soit en faisant des présens aux Sauvages, soit en leur donnant leurs marchandises à lion mar- ché et en leur fournissant de l'eau-de-vie, qui est leur boisson favorite. Sa Majesté connoissant de plus en pJus, par les entreprises et les démarches des Anglois, qu'ils cherchent à pénétrer dans toutes les nations sauvages et à se les attirer, dans l'idée où ils sont de se rendre maîtres par ce moyen de toute l'Amérique Septen- trionale, persuadés que la nation de l'Europe qui sera la maîtresse de cette partie le sera par la succession des tenis de toute l'Amé- rique, dans cette vue, ils travaillent à se préparer des alliances avec les Sauvages du continent pour les attirer sur les François à la première gueiTe, et se rendre maîtres de tout le païs, sentant bien que depuis que Sa Majesté fait fortifier l'Isle Royale, qu'ils ne peuvent s'y soutenir dans la plus grande partie que par ce moyeu. Comme il convient d'empêcher l'exécution de leurs projets et de remettre le commerce dans Testât où il estoit avant leurs entre- prises, Sa Majesté a jugé à propos de rétablir les vingt-cinq congés par an qui estoient donnés autrefois pour aller chez les nations sauvages faire la traite et que l'abus que Ton en fait en différens tems avoit obligé de deffendre d'en continuer la distribution. Sa Majesté s'est d'autant plus volontiers déter- minée à ce rétablissement, qu'outre qu'il poiuTa servir à traverser les idées des Anglois, Elle est persuadée que par le désintéresse- ment et l'attention d\i Sieur de Reauharnoi.s, il ne passera rien de contraire à ses intentions et qu'il n'en excédera pas le nombre qu'Elle prescrit. Elle lui défend très expressément de le faire sous quelque prétexte que ce soit. Elle luy recommande de distribuer ces congés, qui seront visés par le Sieur Dupuy, aux pauvres familles du pais qu'il jugera en avoir le plus grand besoin. Le Sieur de Beauharnois doit toujours avoir en vue de faire sortir les Anglois du poste qu'ils ont à la rivière de Chouéguen ; il doit pour cela se servir des Iroquois, aux- quels il doit faire entendre que l'intention des Anglois est de les assujettir en cherchant à leur couper la communication avec les François et ordonner aux commandans dans tous les postes, qu'en cas qu'ils apprennent qu'il y ait des traiteurs anglois dans le con- tinent, d'engager les Sauvages à les piller. Il y a lieu d'espérer que par ce moyen et celui des gens qui exploiteront les vingt-cinq con- gés par an, les Anglois ne risqueront point d'aller faire la traite dans les païs d'en haut, par la crainte d'y estre insultés ou piUés... 1726 — J4 juin LETTRE I)U ROY AU CONSEIL SUPÉKIEUR, ANXOXÇANT QU'lL PREND LE GOUVERNEMENT DU ROYAUME Ayant pris la résolution de gouverner par nous - même notre royaume, nous nous sommes proposé en même tems de suivre l'exemple du feu roy notre bisaïeul le plus exactement qu'il nous sera possible, et nous avons jugé à propos, eu conséquence, de sup- primer le titre de principal ministre de notre Estât. Nous avons bien voulu vous en donner avis, pour que voiis vous conformiez à cette 62 LETTRE À M. DE BEAUHAEXOIS disposition en ce qui nous concerne. Si ny faittes faute. Car tel est notre plaisir. Donné à Versailles, le quatorze juin 1726. Loris 1726 — ler août LETTRE DU ROY A M. LE MAUQIIS DE BEAUII.IKXOIS Au sujet du rétablissement de s.i santé Monsieur le mnnj^uis de lîeauliarnois, Je viens de recevoir de nouvelles marques de la protection de Dieu dans la maladie dont il a permis que je fusse attaqué. Mon premier soin est de l'en remercier et de luy demander en mesme tems, par les prières de tons mes sujets, des secours qui me sont nécessaires poiir employer les jours qu'il m'a conservés à sa gloire et à leur félicité. Je vous fais cette lettre i)our vous dire tjue j'écris au Sieur Evesque de Québec de faire chanter le Te Deum dans l'église c;ithédrale de cette ville. Mon intention est que vous y assistiez et que vous y fassiez assister le Conseil Supérieur, que vous fossiez ensuite allumer des feux de joj'e, tirer le canon et donner en cette occasion les marques de rejouissance accoutumées. Et la présente n'estant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le marquis de Beaiiharnois, en sa sainte garde. Escrit à Versailles le ler aoust 1726. Luuis PlIELYl'EAUX 1727 _ 29 avril MEMOIRE DU ROT AUX SIEURS MARQUIS DE BEAUUARXOIS gouverneur, et Dupuy, iiitemlant de la Xouvelle-Frauce ... Sa ]\Lijesté a esté satisfaite d'apprendre que la maison de Niagara et la construction des deux barques au fort Frontenac ayeut esté faites sans opposition de la part des Iroquois, quelques démarches que les Anglois ayent faites pour les porter à tri^verser cet établissement. Sa Majesté s'est fait rendre compte des raisons qui ont déterminé le Sieur de Chaussegros, ingénieur, de placer cette maison à l'emboucliure de la rivière de Niagara, dans le même endroit où il y avoit ci-devant nu fort, et Elle les a approuvées, parce qu'on sera en estât d'empescher les Anglois d'aller traiter dans les côtes du nord du lac Ontario et de s'emparer de cette rivière, qui est le passage des pays d'en haut. Cependant, comme cette maison ne com- mande pas le portage et qu'il est important de s'en assurer, de manière que les Anglois ne puissent pas y passer pour monter dans les païs d'en haut, Sa Majesté a approuvé la proposition que les Siexirs de Beauharnois et Dupuy ont faite de rétablir l'ancienne maison qui estoit au portage, suivant le plan qu'ils eu ont envoyé. Sa Majesté fera employer sur Testât du domaine d'Occident de l'an- née prochaine, la .somme de 20,430 livres, à laquelle monte la despense, suivant les devis estimatifs qu'ils ont envoyés et comme la principale maison à l'embouchure de la rivière doit avoir été entièrement achevée ce printems, l'intention de Sa Majesté est que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy prennent des mesures pour faire travailler l'automne prochain au rétabhssement de l'ancienne maison, ce qui leur sera d'autant plus aisé que les deux barques bâties au fort Frontenac MÉMOIRE À M. DE BEAUHAENOIS 63 serviront iitilcineiit pour le transport des iiiutériaux. Sa Majesté est persuadée, comme eux, que cela ne causera aucun ombrage aux Iroquois, parce qu'outre ([u'elle ne passera que pour le rétablissement de celle qui y est, elle ne servira au nu)ins pendant la paix que pour la traite. Ils prendront cependant auprès de ces Sauvages les précautions qu'ils jugeront nécessaires pour rendre inutiles les nouvelles impressions de défiance (|ue les Anglois ne manqueront pas de leur insinuer i\ cette occasion, ce qui doit les porter à y faire travailler avec le plus de diligence qn'il sera possible. Sa Majesté conuoit toute l'importance de la proposition qu'ils ont faite de bâtir un fort et une maison à l'emboucliure de la rivière de Chouégen, pour detfendre l'entrée et la sortie dans le lac Ontario. Les tentatives que les Anglois y ont faites pour y former un établissement, et la traite considérable qu'ils y ont faite les années dernières, au grand préjudice du commerce de la colonie et des traites de Niagara et du fojt Fron- tenac, doivent d'autant plus déterminer à les jirévenir que s'ils parvenoient une fois à s'y établir solidement, ils feroient avec supé- riorité la traite des pays d'en haut et que leur poste favoriseroit le commerce fraudu- leux que Sa Majesté veut empêcher autant qu'il sera possible. Toutes ces raisons l'au- roient déterminée. dès à présent d'ordonner la bâtisse de ce fort et maison, si EUe n'avoit cru qu'il ne convenoit point d'entreprendre tant de choses à la fois et (^u'il falloit aiqiara- vaut assurer le poste de Niagara par le réta- blissement de l'ancienne maison. Elle pourra ensuite ordonner celui de Chouégen, lorsque les Sieurs de Beauharnois et Dupuy auront envoyé le plan et le devis estimatif, à quoy ils pourront satisfaire cette année. Sou intention est, en attendant, qu'ils mettent tout eu usage pour empêcher que les Anglois s'y étal)lissent et qu'ils disposent les Iroquois à ne point s'o])poser à notre établissement, lorsqu'il sera ordonné, en leur faisant entendre que les démarches des Anglois n'ont d'autre but que d'assujettir toutes les nations et de se rendre maîtres du continent et de tout le commerce et que les vues de Sa Majesté ne tendent qu'au main- tien de la liberté et à la conservation d'un commerce qui ai>partient à la France et dont les Anglois cherchent à s'emparer. Cette affaire doit être traitée avec délicatesse et un grand secret et le Sieur de Beauharnois doit eu charger l'officier qu'il conuoit le plus pro- pre à la faire réussir. A l'égard des nouvelles que le Sieur mar- quis de Beauharnois a reçues du Sieur de la Corne, auquel un Sauvage revenant d'Orange a dit que les Iroquois avoient promis au gou- verneur anglois qu'ils raseroient la maison de Niagara, et qu'on devoit ajjoster des Iroquois pour se défaire du Sieur de Joucaire, qui y commande, quoi qu'il n'y ait aucun fond à faire sur les nouvelles des Sauvages, qui en débitent le plus souvent de fausses, Sa Majesté a approuvé que le Sieur de Beau- harnois ait donné ordre au Sieur de Lon- gueuil, gouverneur de Montréal, de faire avertir le Sieur de Joucaire pour savoir d'eux la vérité et les empêcher d'effectuer leurs desseins, en cas qu'ils fussent mauvais... 1727 — 14 août LETTRE DE LOUIS XV AU MARQCIS DE BEAUHAKXOIS A l'occasicin Je la naissance de denx princesses Monsieur le marquis de Beauharnois, Il a plu à Dieu de commencer à. bénir mon mariage par la naissance de deux fiUes, 64 MÉMOIRE À DE BEAUHAENOIS ET DUf UY dont la Reine, ma très clière épouse et com- pagne, a esté délivrée heureusement aujour- d'huy. J'espère de ses bontés l'entier accom- plissement de mes vœux et de ceux de mon peuple par la naissance d'un dauphin. C'est pour le luy demander et le remercier des gi-àces qu'il m'a desjà faites, que je vous fais cette lettre, pour vous dire que j'écris au Sieur Evesque de Québec de faire chanter le Te Deum dans l'église cathédrale de cette ville. Mon intention est que vous y assistiez, que vous y fas.siez assister le Conseil Supé- rieur, que vous fassiez ensuite allumer des feux, tirer le canon et donner en cette occa- sion les marques de réjouissance accoutumées. Et la présente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur le marquis de Beauharnois, en sa sainte garde. Escrit à Versailles, le quatorze aoust mil sept cent vingt-sept. PiiELYPEAUX. Louis. 1 727 — 29 avril MEMOIRE DU ROT A MM. DE BEAUHARNOIS, gouverneur, et Dupuy, intendant de la Nouvelle-France Sa Majesté a appris avec plaisir la disposi- tion où sont les Alx'naquis de Saint-François et de Bécancourt, de continuer la guerre contre les Anglois et de ne point écouter aucune proposition de paix que les Anglois n'ayent rasé les forts qu'ils ont construits sur les terres abénaquises. Cela est si important pour le Canada, que le Sieur de Beauharnois ne peut prendre de trop justes mesures pour fomenter cette guerre et empêcher tout accom- modement, sur quoi Sa Majesté n'a rien à ajouter à ce qu'EOe a prescrit par sa dépêche du 14 mai de l'auuée dernière. Le Sieur de Saint-Ovide, gouverneur de rtle Royale, auquel, sur l'avis donné par les Sieurs de Longueuil et Bégon, que le Sieur Gaulin, missionnaire, avoit engagé les Mic- macs et les Sauvages de la rivière Saint- Jean, à faire la paix avec les Anglois, Sa Majesté avoit fiiit écrire pour être éclaircie de la vérité et lui avoit fait donner ordre en même temps de faire ce qu'il pourroit dépendre de lui pour fomenter la guerre, à rendu compte que les Micmacs n'avoient point fait la paix et que bien loin que le Sieur Gaulin et les autres missionnaires eussent porté ces Sauvages à la faire, ils avoient au contraire encouru la disgrâce des Anglois sur ce qu'ils excitoient les Sauvages à continuer la gueiTC ; qu'il est vrai qu'au mois de juillet 1725, quelques sauvages micmacs et de la rivière Saint-Jean, invités à faire la paix, s'étoient rendus au Port- Royal, plutôt pour y être festinés que pour y traiter de paix, que le gouverneur leur avoit remis des proposi- tions, mais que leurs chefs les avoient retirées et avoient fait dire au Sieur de Saint-Ovide qu'ils les lui remettroient au printems, que depuis un parti de huit micmacs avoit pillé un bâtiment anglois, qu'il y avoit eu deux de ces sauvages de tués et deux autres faits prisonniers, et que cette affaire rallumerait la haine et la méfiance entre eux, que les Sau- vages l'ont assuré n'avoir voulu entendre au traité de paix proposé et qu'ils ont paru disposés à rejeter les propositions qu'on pourra leur faire. Le Père Duparc, supérieur des Jésuites en Canada, a écrit que quoique les Abéuaquis Panouaniské paroissent souhaiter la paix, ils ne tarderoient pas à se réunir aux autres Abénaquis pour marcher contre les Anglois et que ceux de Narantsouak se joiudroient à ceux de Bécancourt. Toutes ces nouvelles jointes à ce que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy ont mar- I RÉSUMÉ DES DÉPÊCHES DU CANADA qui', iloimcnt lieu ili' rvoire t[ue ces nations continueront la micnc, re qui est foi't à souhaiter. Sa Majesté a continué le fonds de 4000 livres sur le domaine d'Occident pour aider les familles Abénaquises. Elle a])iirouve que sur cette somme, il en soit pris jiartie pour construire le fortdejiieux quect'ux de Saint- François et P>écancourt ont dtunnndi' jiour rassurer les plus timides sur leur surêté particulière. Elle est persuatlée (jue lu Sieur de Beauharuois n'auroit pas permis l'établisse- ment de ce fort et que le Père de la Chasse ne l'auroit pas proposé, s'il en pou voit n'sulter quelque inconvénient. 172S_ 10 mars RÉSUMÉ «ES I)ÉPÉ( HES DU (VN.VDA Avec recomm.Tin,l;ition.* (lu ministre, .approuVL-es par le Roy ■ 20 octobre 1T27 Ils mar([uent que la paix que les Anglois ont faite avec les Abénaquis a beaucoup changé la disposition de ces nations à notre égard. Le Père de la Chasse, dont ils envoient le mémoire sur l'inexécution du fort dont ils avoient parlé, prétend qu'il n'y a que l'ennui de la guerre qui leur a fait prendre ce parti, que ceux d'entre eux qui ont des mission- naires ont toujours pour nous la même affection et seroient même disposés à aller en guerre, s'il se trouvoit à faire quelque expé- dition contre les Renards et les nations des pays d'en haut. On jugera mieux de la situa- tion où tout cela peut être, par l'exposé du Père de la Chasse, que par leurs simples conjonctures, qui est tout ce qu'ils pourroient y ajouter. Le mémoire du Père de la Chasse porte que les Abénaquis de St-François, village à onze lieues des Ïrois-Rivières et dans le 9 centre du CatiadM, avoieut deniand('' en 172(i ([ue puisqu'on souiuiitoit qu'ils continuassent la guerre contre l'Anglois, on leur fît bâtir un fort dont ils mamiuoicnt ; que Messiein's de Beauharuois i^t Dupuy, manipiant de fonds pour bâtir C(î fort, parce «lue les 2,000 livres ([ue le roy avoit accordées d'augmentation aux 22,0(1(1 li\res cpu' Sa Majesté donne jiar chaque aiiu('e \>n\\\ tous les Sauvages du continent, iie\iiient être employées en présens extraordinaires aux .\b('na<|uis, comme ils l'ont été effectivement à l'orrasinn de la mort du Père Rasle, dont on a couvert le corps. Le Père delà Chasse propose d'employer une partie des 4,000 livres ijui étoient destinées pour la subsistance des femmes et des enfans des deux villages de St-François et de Piécan- court, à la bâtisse de ce fort. Les Pères Anbery et Marcel, missionnaires de ces deux endroits, s'y accordèrent afin que ces sauvages, faute d'avoir un fort, n'eussent point d'excuse plausible de ne point conti- nuer la guerre ; mais au xommencement de novembre 172(3, incontinent après le départ des vaisseaux pour France, "deux députés du village Panouamské, abénaquis de l'Acadie, vinrent se plaindre à MM. de Beauharuois et Dupuy que les partis de St-François et de Bécaucourt, excités par les dits gouver- neur et intendant, avoient fait coup sur les Anglois, qu'ainsi ils les prioient d'arrêter la hache de leurs frères domiciliés du Canada pour de pas exposer toute la nation abéna- quise et surtout la voisine des Anglois, à sa perte, laquelle seule ne pouvoit résister aux forces et au grand nombre des Anglois. On tâcha d'encourager ceux de Panouamské à soutenir la guerre, ou du moins à ne pas empêcher ceux de St-François et de Bécan- cour de la continuer ; mais, nonobstant toutes les représentations sur leurs intérêts com- muns, ils répondirent qu'ils entendoieut mieux que personne de quelle conséquence 6B EÉSUMÉ DES DÉPÈCHES DU CAXADA il leur étoit Je ne point continuer la guerre I contre les Anglois, même d'entendre aux pro- positions de paix qui lexir étoient faites et d'arrêter la hache de leurs frères domiciliés de Canada, dont le contre-coup retomberoit iufailliblement sur eux, et qu'ils étoient réso- lus, quelques défenses qu'on pût leur faire, d'aller trouver leurs frères de St-François et de l>écancourt, pour leur représenter le dan- ger où ils les exposoient, s'ils coutiuuoient la guerre. A cela, on leur répondit que la démar- che qxt'ils vouloient faire étoit très contraire aux intérêts de la nation, que cependant on ne vouloit pas les gêner. Ils y allèrent en effet et firent si bien sentir leurs raisons aux villages de St-François et de Bécaucour, qu'ils ne continuoient la gueiTe que malgré eux, (^ue ces deux villages coururent pour aiTêter quelques partis qui étoient déjà en camjiagne. Le Père AubeiT, missionnaire de St-Frau- çois, n'entendant plus parler que de la paix et voyant que ces Sauvages ne [)en.soient qu'à aller ratifier' celle faite ])ar ceux de l'anouamské et ne demandant plus de fort, le projet s'est évanoui. 80 Sauvages de Saint-François de lîécau- court et de Narantsouak, domiciliés, ont été joindre ceux de Panouamské et de Saint- Jean et tous ensemble ont emj^loyé l'été à conclure une paix dont le Père Lauverjat a envoyé par écrit les conditions à il. de Eeauharnois. Les missionnaires tâchent toujours de ménager la nation abénaquise, qui même après la paix qu'elle vient de faire, où elle n'a renoncé ni à sa religion, ni à sa terre, ui à son union avec les François, sert toujours, du côté de l'Acadie, où elle est en partie, et avec des missionnaires fi'auçois, de ban-ière contre les entreprises des Anglois. A l'égard de ceux de Saint-François et de Bécancourt, outre qu'ils aident à empêcher que leurs frères de l'Acadie ne se détachent entièrement de nous et ne se laissent sédiure par les Anglois, ils pourront servir dans la guerre qu'on se croit obligé d'entreprendre contre les Eenards et autres nations. Ainsi le Père de la Chasse croit qu'il est bon de leur continuer la pension de 4,000 livres iwur ces deux villages, lesquelles distribuées par ces missionnaires, les tiendront toujours atta- chés aux François. 1727 — 2-5 septembre M. le Marquis de Beauharnois marque qu'en particulier, Monseigneur connoistra par la lecture de l'extrait qu'il envoya de la lettre du Père Lauvergeat, missionnaire de Panouamské, combien les fausses alarmes du Père Aubery sur la paix des Aliénaquis avec les Anglois, sont mal fondées. Elle porte que les chefs des Sauvages de Panouamské le prient de ne se point défier de leur fidélité et d'être persuadé que l'Anglois, par tous ses présens et }iar tous les artifices, ne pourra jamais les désunir d'avec les Fran- çois ni leur faire perdre leur religion ; que gi la nécessité ou l'impuissance où ils seroient de continuer la guerre contre lui les a con- traints de faii'e la paix, cela n'empêchera pas qu'aussitôt que les François déclareront la guerre, il ne se mettent de la partie, qu'il veiTa lui-même par le papier qu'ds lui envoyent combien l'Anglois est éloigné de son compte et quelle foi on doit avoir à ses l'apporta. Les papiers envoyés par le Père Ltiuverjeat sont : 1** un certificat signé de lui et du Sieur de Saint-Ca.stin, le 12 juillet 1727, portant qu'ils ont entendu l'interprétation des actes écrits en anglois où sont contenus les articles de la paix, prétendus stipulés à Boston et confirmés et mtifiés à Caskabay i 1 — Baie de Casco, aujourd'iiui Portlaud. •RÉSUMÉ DES DÉPÊCHES DU CANADA 67 entre les sauvages de ranonamské et AI. Dumnier, gouveiiieui-géiiénilde la Xouvelle- AngleteiTe, laiiuelle iutei'jjrétati(ju a été faite eu langue aliéuaquise eu présence des chefs députés du dit village de Panouamské ])ar deux des interprètes auglois qui avoient inter- Itrêté ces mêmes actes aux dits sauvages à Boston et à Caskabay, lestjuels ont sujjjuimé les aiticles couchés au commenoement de ces mêmes actes, où l'Anglois fait dire aux Sau- vages : Qu'ils vienueut se soumettre à lui; Qu'ils se reconuoissent les seids auteurs de la guerre qui a été entre eux pendant quatre ou cimi aus ; Qu'ils renouvellent les prétendus traités faits autrefois entre eux et les Anglois, par lesquels traités l'Anglois prétend que les Sauvages se sont donnés avec leurs terres au roi d'Angleterre, l'ont reconnu pour leiu' roi et se sont mis au nombre de ses sujets ; qu'ils embrassent les lois angloises, qu'ils font ligue offensive et défensive avec les Anglois. Les Anglois ont tourné les articles ci-des- sus dans les paroles suivantes : Que les Sauvages de Panouamské étoient venus saluer le gouverneur anglois, faire la paix avec lui et renouveller l'ancienne amitié qui étoit auparavant entre eux. A l'égard de l'acte d'amnistie et de pardon dcjnné de la ]iart du r(ji d'Angleten'e aux Sauvages par le dit gouverneur en consé- quence des prétendus traités ci-dessus rap- portés, les interprètes anglois u'en ont voulu faire aucune interprétation. Le l'ère Lauvergeat et le Sieur de St-Cas- tin attestent de plus cpie les Sauvages de Panouamské leur ont protesté en présence des interprètes anglois que ni eux. Sauvages, ni les interprètes ne leur avoient jamais parlé des susdits articles, sinon dans les temps postérieiu's ci-dessus rapportés et que les intequ'ètes anglois ne leur avoient jamais parlé (pie d'un traité de cessation d'armes, de l)aix, d'accommodement et d'amitié entre ces deux nations. Le deuxième est intitulé : " Traité de paix conclu à Caskebay entre les Sauvages du village, de l'anouamské et les Anglais le... août 1727. " 11 commence jiar ces termes : " Moi, Panouamskeyen, je t'informe ; toi qui es répandu par toute la terre, prends con- noissance de ce (jui s'est passé entre moi et l'Anglois dans la négociation de paix que je ^iens de conclure avec lui. C'est du profond de mon cœur que je t'informe et pour preuve que je ne te dis que la vérité, je veux te par- ler en ma langue jn-opre. " Le reste est conçu eu ces tei'uies, que la raison qui le porte à informer les François de cette vérité, c'est la coutrariété des interprétations qu'on fait des écrits Anglois, où sont contenus les articles de la paix, qu'ils viennent de traiter ensemble, lesquels écrits paroissent contenir des choses qui ne sont point, eu sorte qiie les Anglois mêmes les désavouent devant lui, quand il lui en fait la lecture lui-même et qu'il les lui interprète. Il déclare donc que c'est l'Anglois <|ui lui a parlé le premier de paix et qu'il ne lui a rendu réponse qu'à la troisième fois qu'il lui en a parlé; qu'il alla d'abord à la rivière St-George pour entendre les propositions et ensuite à Boston, où il l'appeloit pour le même sujet; qu'arrivant à Boston avec deux autres sauvages, il salua l'Anglois à la manière dont on le salue, mais qu'il ne lui parla pas le premier et qu'il ne fit que répon- dre à ses demandes dans cette entrevue ; que l'Anglois lui ayant demandé ([uel était le sujet qui l'anienoit à Boston, il répondit seu- lement qu'il venoit à l'invitation qu'il lui avoit faite pour entendre les propositions d'accommodement qu'il vouloit lui faire ; que sur la demande que lui fit l'Anglois pourquoi ils se tenoient les uns et les autres. 68 RÉSUMÉ DES DÉPÊCHES DU CANADA il lui répartit qu'il avoit raisou, mais il ne dit point qu'il se reconnoissoit l'auteur de la guerre et il ne désapprouva pas de l'avoir faite. Les Anglois lui ayant dit de proposer lui-même ce qu'il faudroit faire pour s'accor- der, il lui répondit que c'étoit plutôt à lui à ]iroposer, parce que lui ayant jiarlé le pre- mier d'accommodement, il ne doutoit point qu'il ne lui lit des propositions avantageuses. L'Anglois lui dit : " Tenons-nous au traité ([u'ont fait nos pères et renouvelons l'ancienne amitié," à quoi il ne fit aucune réponse. L'Anglois lui demanda encore s'il ne recon- noissoit pas le roi d'Angleterre, roi dans tous ses Etats. Il répondit: " Oui; mais je n'en- tends pas que je reconnoisse ton roi pour mon roi et roi de mes terres, " Dieu ayant voulu (pie lui, sauvage, n'eût i^oint de roi et (ju'il fût maître de ses terres en commun. 11 lui demanda aussi s'il ne connoissoit pas cpie l'Anglois fût du moins maître des terres qu'il avoit achetées, à quoi il répondit qu'il n'en convenoit point et qu'il ne .savoit de quoi il vouloit lui parler. L'Anglois lui demanda que si, désormais, quelqu'un vouloit troubler la négociation de paix qu'ils traitoient, ils ne se joindroient pas pour l'arrêter, sur quoi il s'accorda avec lui ; mais il ne comprit pas que c'étoit pour aller de compagnie l'attaquer ni qu'ils faisoient ensemble une ligue off'en- ' sive et défensive ou qu'ils joindroient leurs forces ensemble ; il comprit seulement que si quelqu'un vouloit troubler leur négociation de paix, ils tâcheroient tous deux de l'apaiser par de bonnes paroles. L'Anglois lui dit encore qu'atin que leur paix fût durable, s'il arrivoit quelque querelle particulière entre les Anglois et les Sauvages, ils ne .se feroient point justice eux-mêmes et s'en rappoiteroient à leurs chefs pour les juger, à quoi il consentit, mais il n'a pas entendu que l'Anglois seroit seul juge, mais que cha- cun jugeroit ceux de son parti. Qu'enfin l'Anglois lui dit : " Voilà donc notre paix faite." A quoi il répondit qu'il n'y avoit encore rien de fait, parce qu'il falloit que cela fût approuvé dans une assemblée générale et que c'en étoit assez pour le pré- sent d'une cegsatiou d'armes et qu'il alloit informer tous ses parents de ce qui s'étoit passé entre eux. Que c'étoit là tout ce qui s'étoit passé à son premier voyage à Boston et ([u'il n'a nulle- ment été question de giàce et d'amnistie don- née par l'Anglois, de la part de son roi ; que l'Anglois ne lui en a jamais parlé et qu'il ne l'a point demandé. Qu'à son second voyage de Boston, lui quatrième, il n'y a été uniquement que pour dire à l'^lnglois que toute sa nation approii- ^oit la cessation d'armes et qu'on parlât de paix et dès lors même on régla le temps et le lieu où ou s'assembleroit pour traiter. Ce lieu fut Caskebay, où il fut tenu deux con- férences, sans y rien décider de plus que d'ajiprouver et ratifier les choses dont les Sauvages étoient convenus et on conclut la paix à ces conditions. Il y fut seulement réglé de plus qu'il a été permis à l'Anglois de tenir un magasin à St-George, sans y bâtir aucune autre maison ni fort, ne lui ayant point donné la terre. Il finit en disant que ce qui est porté ci-dessus est la vérité et que si quelqu'un produisoit quelque écrit qui le fît parler autrement, on ne doit y avoir aucun égaixi, parce qu'il ne sait pas ce que l'on lui fait dire en une autre langue ; mais il sçait bien ce qu'il dit en la sienne et pour foi qu'il dit les choses comme elles sont, il a signé le présent acte, qu'il veut être authentique et demeurer à perpétuité. Le Père Lauverjeat a mandé au Père de la Chasse que les Abénaquis avoieut dit aux Anglois qu'ils ne faisoient la paix avec eux qu'à condition qu'ils n'empiéteroient point I RÉSUMÉ DES DÉPÊCHES DU CANADA 69 sur les terres des Abénaquis et qu'en cas de rupture eutre la France et l'Angleterre, ils se reserveroient la liberté de suivre toujours le parti des François. Mais ces deux conditions ne sont que verbales et n'ont point été insérées dans le ti'aité, c'est ce qui l'obligera cl avoir toujours des méuagemens jiour ces Sauvages et à ne Ii'ur jias refuser tout ce qu'il auroit été eu droit de ne leur pas accorder, surtout après avoir fait leur paix avec les Auglois, contre sou avis et sans le consulter là-dessus. Sur ce qui fut écrit à M. le marquis de Beauharnois le 13 mai 1727, que dans une lettre écrite par le Père A ubery, missionnaire des Abénaquis de Saint-François, au Père Davaugour, il ne parloit que de 2000 livres accordées par au à la nation abéuaquise pen- dant que le Roi en accordoit 6000, .savoir : 2000 li^Tes sur la marine, pour les présens, et 4000 employés sur l'état du domaine d'Occident, sous le nom des Jésuites, que ce secours devoit être suffisant pour faire vivi-e les famiUes de ces Sauvages. 1727 — 2.5 septembre Il répond qu'ayant communiqué cette lettre aux Jésuites, ils lui ont répondu que le Père Aubery n'a voit entendu parler que pour son village lorsqu'il avoit mandé que les 2000 livres que le Eoi donne par an étoient à peine suffisantes pour faire subsister les femmes et les enfaus, et ils ont ajouté des 6000 livres que Sa Majesté ordonne j)ar an pour les Sauvages abénaquis, il y en a environ 2000 pour la subsistance du village de Saint-François et autant pour celui de Bécaucourt, ce qui compose les 4000 Livres sous le nom des Jésuites, les autres 2000 livres étant employées aux présens que l'on a coutume de faire à ces Sauvages, lorsqu'ils vont en guerre. OBSEUVATIONS Originairement, il y avoit sur l'étal des dépenses de l'Acadie un fonds de 4,U00 livres pour les présens aux Sauvages de cette colo- nie ; l'état-major et les troupes ayant jiassé ensuite à l'Isle Royale, ce même fonds fut compris dans l'état des dépenses de cette isle ; mais M. de Vaudreuil et M. Bégou ayant représenté que l'Ile Royale, n'ayant point commerce avec la plus grande partie des Sauvages et de l'Acadie, qui étoient plus à portée de Québec, on supprima 2,000 livres de l'état de l'île Royale et on les a depuis employées dans celui de Canada pour pré.sens à faire aux Abénaquis, sans distinction de paix ou de guerre. Sur ce qui fut représenté que ces Sauvages se détermineroient plus volontiers à la guerre contre les Auglois, s'ils étoient assurés que leurs femmes et enfans pussent avoir leur subsistance pendant leurs courses, il fut déterminé en 1723 d'employer 2,000 livres par an sur l'état du domaine, sous le nom des Jésuites, pour cette dépense, afin de cacher aux Anglois d'où venoit cette dépense, et sur ce qui fut marqué que cette somme n'étoit pas suffi.sante, il fut réglé en 1725 qu'on eraployeroit 4,000 au lieu de 2,000 et l'emploi en a été fait sur les états de 1725, 1726 et 1727. Le motif qui a fait prendre le parti d'ac- corder cette somme ayant cessé par la paix qu'il paroit que ces Sauvages ont faite avec les Anglois, ou du moins qu'ils ne sont plus en guerre contre eux, sembleroit devoir opérer le retranchemeut de cette dépense, non pas pour 1728, parce que ces Sauvages auront peut-être marché à l'entreprise contre les Renards. Cette dépense pourroit être plus utilement employée daus la suite à l'enceinte de Montréal. 70 MÉMOIRE À DE BEAUHARNOIS ET DUrUY 1727 — 20 octobre MM. de Beauhamois et Dupuy exposent deux demandes que font les PI'. Jésuites : la première, que les Abénaquis de Xaraut- souak, voulant se rétablir dans leur ancien village, demandent un missionnaire qui les conserve dans la religion catholique ; qu'ils en donneront un si le Eoi, ayant égard aux pertes qu'ils ont faites à l'occasion du Père Easle, veut bien leur rétablir un calice, ciboire, soleil et autres ornements de l'Eglise avec des meubles pour la maison du inis- sionnaire, qu'ils ont perdus en cet endroit ; La seconde, que les Hurons du Détroit demandant un missionnaire, ce qui les atta- clieroit davantage aux Erançois, ils sont prêts d'en donner un, espérant que Sa Majesté voiidra bien fournir à son entretien. Nota. — Les Jésuites ont sur l'état des charges annuellement : Pour leurs missions en Canada 5,000 livres. Pour leurs missions des Iroquois et Aijénaquis ■ ■ 1,5(X) " Pour l'entretien d'un missionnaire .-leanras COO " Pour l'entretien d'un oe régent à QuL'bec 400 ** Pour celui de deux missionnaii-es aux Sioux 1,200 " Pour celui d'uu missionnaii-e à Tadousac COO " j Pour l'école d'hydrogra- ^ .. , . phic , à Québec 800 burlamanue-_ ,., • ,., ,. - I Pour 1 hospice qu ils ont a | l Jloulréal 500/ 1,300 10,600 Ils ont sçu par le Sieur 13rau, qui est venu cet été à Québec, que le Sieur Gaulin ne s'étoit point comporté ainsi qu'on l'a voit dit. Ces ecclésiastique sont nécessaires à l'Acadie, où il est resté un grand nombre de catho- liques. M. l'Evesque de Québec vient d'y envoyer un M. Desenclaves, qui est un homme qui brûle du zèle de la maison du Seigneur, dépouillé de tout soucy personel et tel qu'il le faut dans ces mis-sions, plus difficiles encore par le ménagement et la discrétion qu'il faut y avoir, que par tout autre endroit. EXTRAIT POUR LE ROI La paix des Abénaquis avec les Anglois est un inconvénient, mais il y a apparence que ces Sauvages n'ont pas pu mieux faii'e. Comme ils servoient de banière au bas de la colonie de Canada par ovi les Anglois pour- roient en tems de guerre causer plus de dommage, il paroit convenir de maintenir ces Sauvages dans l'intérêt des François, de leur continuer le fonds de 4000 hvres, mais au lieu d'eu faire la distribution aux seuls domiciliés à Bécaucourt ou Saint-François, il paroit plus convenable de les distribuer à ceux de cette nation (pii ont des mission- naires, ceux qui ne sont i)as domiciliés pou- vant servir la colonie aussi utilement parce qu'ils font la barrière avec les Anglois de l'Acadie. 16 mars 1728. Aiiiirouvé par 8u Majesté. 172S— 14 mai EXTRAIT l»l MEMOIKE IH KOY AUX SIEURS MAKQCIS DE BEAUHAKXOIS, gouverneur, et Dupuy, iutendaiit de la Nou\ellc-France ïvlle a ajiris avec suiprise (jue les Anglois soient parvenus à engager les Abénaquis de faire la paix avec eux. C'est un inconvénient auquel on ne devoitpas .s'attendre; mais il y a apparence que ces peuples y ont été forcés et (qu'ils n'ont pu faire autrement et qu'Us conserveront toujours le même attadiemeut qu'ds ont eu pour les François, ainsi qu'il paroit par leurs discours, qu'ils y sont bien déterminés et que les missionnaires qui sont aiqjrès d'eux en donnent des assurances. Il convient que les Sieurs de Beaubarnois et Dupuy mettent tout en usage pour les entre- tenir dans ces sentimens; c'est dans cette MÉMOIRE À DE BEAUHAENOIS ET DUPUY 71 vu(j (|iio Sa Miiju.sté, ((ui :iv(iil ilojiuis ([uel- ques années fait iiu iond.s annuel de t|uatro mille livres iiour laiic subsister les femmes et les enfans pondant que les hommes iroient à la guerre et c^u'Elle auroit pu supprimer, la paix étant faite, a bien voulu les continuer. Mais son intention est (jue cette somme, qui n'étoit distribuée qu'aux seuls Al)énaquis domiciliés à Becancourt et Saint-François, soit répartie à tous ceux de cette nation qui ont des missionnatres, ceux qui ne sont pas domiciliés pouvant servir aussi utilement que les autres, parce (pi'il fout la barrière avec les Anglois de l'Acadie et qu'il est, par conséquent, plus à proj^os de les ménager. Les Sieurs de Beauharnois et Dupuy se concerteront avec le Père de la Chasse pour cette répartition et observeront que les intentions de Sa Majesté à cet égard soient exécutées. Les Anglois pouvant, en cas de rupture, causer plus de dommages au Canada en l'attaquant par le bas de la colonie que par tout autre endroit, il seroit bien à souhaiter qu'on pût parvenir à peupler la colonie de ces côtés-là et cela contribuera bien plus à sa sûreté que tout ce qu'on peut faire au-dessus de Montréal, où la pluspart des habitans, attirés par l'avidité de la traite avec les Sau- vages des pays d'en haut, cherchent à faire des établissemens, sans reHexion qu'ils ne pourroient y être soutenus en tems de guerre et qu'ils seroient forcés de les abandonner. C'est ce qu'on aura de la peine à leur per- suader ; mais, quoiqu'il en soit. Sa Majesté souhaite que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy excitent ceux qui n'ont point d'établis- sement d'en faire dans le bas de la colonie, autant qu'il sera possible, et qu'ils marquent les mesures qu'il y auroit à prendre en cas qu'ils ayent de la peine à s'y déterminer. L'exécution de cotte vue est de la dernière conséquence. Sa Majosl,('; approuxit (pu; l(;s Jésuites euvoyeut un missionnaire à Narantsouak, afin de maintenir dans la religion catholique les Abéuaquis qui veulent se rétablir dans le village. Elle veut bien en même leur accor- der le remplacement d'un calice, d'un ciboire et d'un soleil et autres ornements d'église qui furent pillés lorsque le l'ère l'asle fut tué dans cette mission par les Anglois. Le Sieur Dupuy les fera faire à Québec avec toute récoaomie qui sera possible et fera remettre le tout au missionnaire qui y sera envoyé. A l'égard des meubles qu'ils demandent, comme on n'a pas eu soin d'en envoyer, l'état de Sa Majesté n'a pu rien statuer sur cela ; au sur- plus, comme il ne leur a été fait aucun retranchement pendant la vacance de cette mission, le revenant bon qu'il y a eu peut bien suppléer à la dépense de ces meubles qui doit être très modique. Si les Sieurs de Beauharnois et Dupuy, estiment nécessaire de donner un mission- naires aux Hurons du Détroit, comme ils le demandent, Sa Majesté trouvera bon que les Jésuites y en envoyent un ; mais Elle est bienaise de leur expliquer en même temps qu'Elle n'accordera point aucune augmenta- tion de dépense pour cela. Sa Majesté a été bien aise d'apprendre les témoignages qu'on leur a rendus que la conduite du Siem- Gaulin, missionnaire, n'avoit pas été telle qu'on l'avoit dit. Sa Majesté étoit bien persuadée du contraire, sachant "que c'est un ecclésiastique ferme et zélé. Comme il n'y a plus aucun Récollet à l'Acadie et que le gouverneixr s'est déclaré qu'il n'y souffrirait aucun religieux. Sa Majesté a approuvé que le Sieur Evêque de Québec y ait envoyé le Sieur Desenclaves, qui y sera très utile si, comme les Sieurs de Beauharnois et Dupuy l'ont écrit, c'est un ecclésiastique zélé, dépouillé de tout intérêt personnel, prudent et discret. Sa Majesté, MÉMOIRE À DE BEAUHARNOIS ET DUPUY (^ui avait compté de recevoir par le retour du vaisseau, l'année dernière, le plan et le devis estimatif du fort que les Sieurs de Beauhar- uois et Dupuy avoient proposé de faire à Choueguen, a été très surprise d'apprendre qu'Elle a été ju'évenue par les Anglois, qui se sont Ijâtis dans ce poste et y ont établi un fort et une garnison, ce qui est d'autant plus fàclieux que cela les met à portée de faire les traites des pays d'en haut concurremment avec le François et peut-être avec plus d'avantage. Sa ]\Iajesté a cependant approuvé le parti que le Sieur de Beauharnois a pris de ne rieu en- treprendre sur cet établissement, attendu les dispositions des Iroquois à cet égard et parce qu'il ne convenoit pas de le faire sans les ordres de Sa Majesté. Il y a tout lieu de croire que les Iroquois n'ont pas été fâchés d'attirer les Anglois dans cet endroit et qu'ils y ont contribué. Quoi qu'il en soit, l'intention de Sa Majesté est qu'il ne soit fait, quaut à pré- sent, aucun -mouvement à découvert contre cet établissement que les Sieurs de Beauhar- nois et Dupuy se renferment par les mesures qu'ils ont prises et celles qu'ils y poun-ont ajouter, à le rendre inutile au commerce des Anglois et qu'ils fassent en sorte d'engager les Iroquois d'y contribuer, en leur faisant entendre, comme il est vrai, que les Anglois ne cherchent qu'à empiéter sur le pays d'en haut et que s'ils y sont un jour supérieurs, ils les rendront leurs esclaves. Les Sieurs Beauharnois et Dupuy doivent mettre tout en usage pour leur faire connoitre leurs inté- rêts et les porter à prendre des mesures de bonne heure pour prévenir le sort qui les menace. Tout cela doit être ménagé avec dextérité. Sa Majesté n'a pas été surprise qu'on n'ait rien entrepris sur la maison de Niagara, tous les avis que les Anglois faisoient donner sur cela n'étant que pour couvrir les desseins qu'ils avoient formés de s'établir à Choueguen et en ôter la connoissance aux Sieurs de Beauharnois et Dupuy, en quoy ils n'ont que trop bien réussi. Puisque le rétablissement de la maison du portage, à Niagara, ne paroit plus nécessaire pour le présent, par le changement de dispo- sitions dans les affaires. Sa Majesté a approuvé qu'il n'y ayent pas fait travailler et ne fait pas remettre le fonds de vingt mille quatre cent livres qu'Elle y avoit destiné et que les Sieurs de Beauharnois et Dupuy proposent d'employer à un établissement à la Galette, où les barques du lac Ontario vien- droient charger et décharger. Sa Majesté ignore l'utilité dont pourroit être cet établisse- ment, pour lequel Elle n'est pas, d'ailleurs, en situation de fournh- les fonds nécessaires, qui excèdent toujours du double les projets qu'on envoyé de la colonie ; cependant. Elle souhaite qu'ils envoient le projet de cet établissement avec l'état de la dépense et un mémoire qui puisse faire juger de l'utilité dont il pourroit être à Sa Majesté, à la colonie et au commerce, siu- lequel Elle leur fera savoir ses intentions. Sa Majesté reconnoit de plus en plus que l'exploitation des postes par les officiers qu'on y envoyé, bien loin d'augmenter le commerce et l'attachement des nations sauvages, produit un effet tout contraire ; le commerce diminue dans le tems que celui de Anglois fait des progrès considérables, la confiance et l'attachement des Sauvages pour les François diminue journellement. Tout cela provient, indépen- damment du peu d'attention qu'on donne peut-être au choix des officiers qui sont envoyés dans ces postes, de ce que ces officiers, qui ne les briguent que dans la vue d'y faire leurs affaires, n'étant pas en état de faire par eux-mêmes les fonds nécessaires pour la traite, empruntent dans la colonie les marchandises à des prix excessifs, qu'ils augmentent encore lorsqu'ils les vendent MÉMOIEE 1)1-: À BEArHAItNOIS ET DUPUY 73 aux Savivages, afin d'y trouver un héui'fice. Cela aliène l'esprit îles Sauvages, favorise le commerce des Anglois qui, nétaut point chargés des mêmes frais ou excédants de prix, sont en état de donner à meilleur compte. Comme il n'est pas possible que les choses restent dans cet-état sans exjxiser la colonie à une prochaine destruction, jiar l'anéantisse- ment du commerce, Sa Majesté se seroit déterminée à ordonner cette année de rappeler les officiei-s et les soldats qui sont dans les pays d'eu haut et de faire affermer tous les postes, parce qu'Elle estime que ceux qui s'en rendront adjudicataires, étant en état par eux-mêmes de foire les fonds nécessaires poiu' les traites et ayant intérêt d'augmenter leur commerce, donneroient les marchandises à meilleur marché aux Sauvages et les main- tiendroient par la douceur et les bons traite- mens dans l'attachement pour les François, à ((uoi ils ont assez de dispositions, qui seroient encore cimentées par les soins des mission- naires et par la distribution des prt!'sens pour lesquels Sa Majest<î fait annuellement un fond-5 de vingt mille livres. Elle n'a rien voulu, cependant, ordonner de précis sur cela avant d'avoir fait part de ses vues aux Sieurs de Beauharnois et Dupuy ; Elle souhaite qu'ils les examinent sans prétention ni com- ]jlaisance, qu'ils euvoyent un mémoire bien circonstancié, (jui contienne les raLsons pour et contre et les moyens qu'il conviendrait de mettre en usage. Elle leur recommanile de ne se déterminer que par des motifs du ser- vice, des avantages du commerce et de la sûreté de la colonie. S'Us estiment qu'il convienne de mettre ces postes en ferme, Sa ^lajesté trouvera bon que .sans attendre «le nouveaux ordres, ils commencent par aftermer ceux de Xiagara et du Détroit, qui peuvent l'être fort avanta- geusement et qui, outre le bénéfice que Sa Majesté eu retirera, produiront une ('pargne 10 assez considérable par les retranche mens des dé^jeuses ({u'Elle y fait et ipii pourront être plus utilement employés à la sûreté de la colonie. Ils observeront qu'en affermant ces postes. Sa Majesté doit être déchargée de toutes les dépenses qui les c-oncerneront, même de l'en- tretien des deux barques .sur le lac Ontario, qu'il conviendra de céder aux fermiers. Ils observeront pareillement de n'accorder aucun congé pour aller en traite dans ces postes, toute celle qu'on y pourra faire devant être au profit de ceux qui en prendront la ferme. Suivant les nouvelles que Sa Majesté avoit reçues sur la négociation de paix entre les Sauvages illiuois et les Renards, Elle avoit lieu de croire qu'elle étoit sur le point de se conclure et Elle a été bien surprise d'appren- dre, non seulement qu'elle a\oit été rompue, mais encore que le Sieur de Beauharnois avait pris le parti de faire la guerre aux Eenards. Sa ilajesté est persuadée de la néces- sité de détruire cette nation, parce qu'elle ne peut point se contenir et que tant qu'elle subsistera elle causera du trouble et du désonU'e dans les pays d'eu haut ; mais Elle auroit souhaité qu'on eût attendu ses ordres avant de se déterminer à une pareille entre- prise, dont le succès peut être inceitain ; il est même à craindre que le projet n'ait pas été si secret que ces Sauvages n'en ayent été informés, auquel cas, s'ils ont prévu ne pa.s pouvoir résister à l'entreprise, ils auroient pris le pai'ti de se retirer chez les Sioux des Prairies, d'où ils causeront plus de désordres dans la colonie que si on les avoit laissés tranquilles dans leur village. Peut-être même que les autres nations qui ont paru animées contre les Renards seront touchées de leur destruction et deviendront plus insolentes, si on ne réussit, comme il y a apparence que l'armement est fait à présent. Sa Majesté a 74 MÊMOIEE À DE BEAUHARNOIS ET DUrUY bien voulu accorder les fonds de 60,000 li^Tes que les Sieurs Beauliarnois et Dupuy ont demandés pour la dépense de cette guerre, du succès de laijuelle Elle attendra des nou- velles avec inniatience. EUo a examiné les plans et les projets des fortiticiitions iiroposécs à Québec. EUe n'a point approuvé la proposition que les Sieius lieauliarnois et Dupuy ont faite d'y construire ime citadelle, parce que ces sortes de fortifi- cations ne conviennent point au génie des Canadiens, qui n'aiment pas à être enfermés, et qu'il n'y a pas assez de troupes réglé(!S pour pouvoir la défendre. D'ailleurs, Sa- Majesté n'est pas en état de faire la dépense de la somme de 325,290 livres, demandée pour l'exécution de ce projet. Il faut cher- cher les moyens de pourvoir à la sûreté de cette place avec moins de dépense. Les Sieurs Beauharnois et Dupuy n'ignorent point que l'entreprise que les Anglais pourroient former sur Québec leur coûteroit des dépenses consi- dérables pour le grand nombre des vaisseaux et des troupes qu'ils seroient obligés d'y employer ; les tentatives qu'ils ont faites pendant la dernière guciTe lui ont donné lieu de connoitre que le succès étoit bien incer- tain; mais en supposant qu'ils voulussent, en cas de guerre, faire une nouvelle entre- prise et qu'elle fiit assez favorisée pour les conduire devant Québec, il jiaroit difficile qu'ils pussent en faire le siège dans les formes et s'en rendre maistres. C'est ce qui doit estre mirrement examiné par les Sieurs Beauharnois et Dupuy, conjointement avec les ingénieurs, et an-êter un projet de fortifi- cations qui ne soit pas susceptible de chan- gement, comme l'ont été les précédens. Ils auront soin de l'envoyer à Sa Majesté afin qu'après qu'Elle l'aura ai)prouvé et (][ue l'état de ses finances i>ourra jiermettre d'eu faire la dépen.se. Elle puisse y destiner les fonds nécessaires pour l'exécution. Sa Majesté regarde la perfection de l'en- ceinte de Montréal comme très utile et néces- saire à la sûreté de la colonie ; Elle recom- mande aux Sieurs de Beauharnois et Dupuy (l'y faire travailler avec le j^lus de déligeuce que les fonds annuels de dix-sej>t mille deux cent cinquante livres qui y sont destinées le pourront permettre. Elle veut que l'ouvrage soit fait de suite, qu'il soit envoyé chaque année un plan de ce <[ui aura été fait et que le Sieur Dupuy y joigne l'état des fonds qui y aur(uit été employés. Elle lui défend de destiner ces fonds à d'autres déi)enses pour (luehiues causes ni soins ni quelque prétexte que ce puisse être. Elle est persuadée que les haliitaus payeront exactement ce qu'ils doi- vent de l'imposition faite pour partie de cette dépense, à quoi les Sieurs de Beauharnois et Dupuy veilleront avec soin et y tiendront la main. Sa Majesté a vu tout ce qu'ils ont écrit au sujet de la distribution de l'eau-de-vie aux Sauvages, sur laquelle il ne lui est revenu aucune plainte. Elle leur recommande de tenir la main qu'il ne se fasse point d'abus sur cela, parce que si Elle eu étoit informée. Elle prendroit le parti de deffendre cette traite avec la dernière sévérité. Elle est tou- jours persuadée que si les Sieurs de Beau- harnois et Dupuy s'aperçoivent que leur tolérance fût préjudiciable à la religion ou à la colonie, ils y mettroient d'eux-mêmes l'ordre convenable, en faisant e.xécuter à toute rigueur les anciennes défenses. C'est ce qu'elle ne peut trop leur recommander. Fait à Versailles, le 14 mai 1729. Louis. Phelypeaux. LErrRE À M. DE BEAUHARNOIS 75 172VI — 4 spp'emln'e LETTRE I)U ROY AU MARQUIS DE BEAUHARXOIS, GOrvi:i!\i:r l: Dr I.A XOUVEIXE-FRAXn-; A l'occasion de la nai.«ï!ance d'un fil< Monsieur le Marquis de Beanhamois, De toutes les grâces qu'il a plu à Dieu de répandre siu- moi depuis mon avènement à la couronne, celle qu'il m'accorde aujourd'liuy par la naissance d'un fils, dont la Eeiue, ma très chère épouse et compagne, vient d'estre heureusement déli\Tée, est la marque la plus sensible que j'aye encore reçue de sa protcc- tioi^. J'y suis d'autant plus sensible, qu'en comblant mes vœux et ceux de mes peuples, elle assure le bonheur de mon estât. C'est dans les sentimens de la plus juste leconnois- sance que j'ay d'un événement si avantageux, ([ue je crois ne pouvoir trop tost rendre à la divine Providence les actions de grâces qui luy en sont dues. J'ay donné ordre au Sieur Evesque de Québec de faire chanter le Te Deum dans l'église cathédrale et autres de son diocèse, et je vous écris en mesme tems cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous y assistiez ainsy qu'à la piroces- sion générale qui sera faite ; que vous y fas- siez assister les officiers du Conseil Supérieur, que vous fassiez allumer des feux, tirer le canon et donner en cette occasion les manques de réjouissances'accoutumées. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le ilart^uis de Beau- harnois, en sa .sainte garde. Escrit à Versailles, le quatre septembre mil sept cent vingt-neuf.. PHELYPE.vrx Louis IT.'JO— .'îOaoût LETTRE DE LOUIS XV AU MARQUIS DE BEAUHARXOIS, GOrVERXEUR ET I.IEU- TENAXTGÉXÉRAI. EX I,A XOUVEI.LE-FRANCE lui annonçant la naissance d'un deuxième fils Monsieur le Slarquis de Beauharnois, Les tendres témoignages que je reçois en toute occasion de l'amour et du zèle de mes sujets, me rendent encore plus sensible aux événemens de mon règne qui peuvent con- tribuer à leur bonhem-. Bien n'est plus capable d'en assurer la durée que la naissance d'un second fils, dont la Eeine, ma très chère épouse et compagne, vient d'estre heureuse- ment délivrée. Cet événement est une suite des bénédictions qu'il a plu à Dieu de répan- dre sur moy et sur mon estât ; il excite de plus eu plus ma juste reconnoissance envers la Providence divine et c'est pour luy rendre les actions de grâces qui luy en sont dues et obtenir de sa bonté, par les plus ferventes prières, la conservation de ses précieux dons, que je donne ordre au Sieur Evesque de Québec de faire chanter le Te Deum dans l'église cathédrale et je vous escris en même tems cette lettre pour vous dire que mon in- tention est que vous y assistiez et que vous y fassiez assister les officiel du Conseil Supé- rieui-, que vous fassiez allumer des feux, tirer le canon et donner en cette occasion les marques de réjouissances accoutumées. Sur ce, je prie Dieu, Monsieur le Marquis de Beauharnois, qu'il vous ait en sa sainte garde. Escrit à Versailles, le trente août mil sept cent trente. Phelypeaiîx Louis 7G MÉMOIIIK À j\LM. DE r.ËAtJHAÉXOlS ET HoCQUAllT KXTRAIT IJ'UX MEMOIRE DU ROY A MM. BEAUHARXOIS ET UOCQIAKT AMarly. IcSmailTSl. ... Sa Majesté est satisfaite de l'attention qu'a le Sieur Hocquart à ce que les ijostes de Frontenac et de Niagara soient bien fournis de maicbandises de traite. C'ela est si néces- saire pour faire tomber le poste que les Anglois ont établi à Cbouégen, que le Sieur Hocquart ne scauroit y veiller avec trop de soin . . . EUe a vu avec plaisir qu'il ne se commet point d'abus sur la tolérance qu'EUe veut bien avoir sur la distribution de l'eau-de-'S'ie aux Sauvages. Satisfaite de l'attention des Sieurs de Beaubarnois et Hocquart à cet égard, Elle leur recommande de ne point se relâcber et de faire exécuter à toutes rigueurs les deffences sur cette lettre, en cas qu'elle dégénérât en abus. Hs ne doivent se rebuter siu' les ibfficultés qu'ils trouvent à establir la colonie du costé du sud, en descehdant le fleuve St- Laurent. Sans doute que dans la suite, ils trouveront des dispositions plus favorables. Ainsy ils ne sauroient sui\Te ces vues avec trop d'appli- cation, ils en connoissent toute l'importance. Sa Majesté a vu ce que le Sieur de Beau- barnois a écrit par rapport à l'établissement qu'il a proposé de faire sur le lac Champlain, à la Pointe- Cbevelure. Cet établissement peut estre très avantageux, soit pour empes- cber les Anglois de venir sur les habitatioïis françoises, soit pour tomber sur eux, en cas de guerre. Ainsy l'intention de Sa Majesté est qu'il soit fait dans cet endroit un foi-t de ](ieux, en attendant qu'on puisse le faire plus solide, et que le Sieur de Beaubamois y envoyé telle garnison qu'il jugera conve- nable ; mais, pour augmenter les forces de ce côté-là, les Sieurs Beaubarnois et Hocquart doivent avoir attention d'y concéder des cboses ^ aux habitans qui en demandent. Sa Majesté leur recommande de suivi-e ses vues avec soin, de rendi-e compte de ce qui sera fait et d'envoyer l'état de la dépense de cet établissement. Elle a vu aiissy la proposition faite par le Sieur Hocfjuart de faire construire pour le compte de Sa Majesté une flûte de 500 ton- neaux et d'en faire une chaque année d'un plus grand port. Sa Majesté s'y détermine- roit volontiers ; mais, comme la main d'œuvre est trop chère, il convient de se borner, quant à présent, à soutenir et animer les disposi- tions où les gens du pays paroissent être de s'adonner eux-mêmes à cette construction. C'est dans cette vue que Sa Majesté veut bien accorder une gi-atification de 500 livres pour chaque vaisseau de 200 tonneaux qui y sera construit, 150 livres pour chaque bateau de 30 jusqu'à 60 tonneaux, et 200 Myres pour ceux de GO ju.çqu'à 100 tonneaiix, en rapportant par les propriétaires des certi- ficats de la vente de ces bâtimens, soit dans les ports de France, soit aux Isles. EUe a fixé cette gratification pour l'année prochiiine à deux vaisseaux et six bateaux et EUe augmentera par la suite le nombre des bâti- mens, suivant le progrès. Elle ordonne aux Sieurs de Beaubarnois et Hocquart de faire savoir ses intentions à cet égard aux habitans du pays et EUe leur recommande de redou- bler de soin et d'attention pour les exciter ;\ cette construction. Par ce moyen, on aura des bâtimens pour le commerce, on augmen- tera le nombre d'ouvriers dans la colonie et on par\"iendra enfin à y diminuer la main d'œuvre, au point qu'on pourra y faire cons- truire pour Sa Majesté. Elle recommande aux Sieurs de Beaiibarnois et Hocquart de 1 — Clioses ou terres? MÉMOlItE À M. J)K BKAUHAIlNOlS 11 lie point percb'e de vue cet objet impartant, de le suivre avec toute l'application dont ils s(jnt capables et de rendre compte ilu succès. Ils doivent estre informés que Sa Majesté a accejjté la rétrocession (pii lui a esté faite par la compagnie des Indes de la province de la Louisiane et du pays des sauvages Illinois, à commencer du premier juillet pro- chain. Ils trouveront cy-joint des exem- plaires de l'avrest rendu à ce sujet. Cette province sera à l'avenir dépendante du gouvernement général de la Nouvelle-France, comme elle l'étoit avant la concession faite à la compagnie des Indes de la province de la Louisiane et du pays des sauvages lUinois. Elle n'a point déterminé si les pays des Illinois resteroient dépendans du gouverne- ment de la Louisiane. Cela peut néanmoins convenir d'autant mieux, que le gouverneur général sera toujours également à portée d'y donner ses ordres et d'estre ini'ormé de ce qui s'y iiassera par rapport aux nations sauvages. Les Sieurs de Beauharnois et Hocquart examineront s'il convient de laisser ce pays au niesme état qu'il est actuellement ou de le distraire du gouvernement de la Louisiane, comme il estoit avant qu'il eût été accordé à la compagnie. Ils auront soin d'en rendre compte et de marquer les raisons pour ou contre, sur lesquelles Sa Majesté fera scavoir ses intentions. Elle recommande aux Sieurs de Beauharnois et Hocquart de contribuer en tout ce qui pourra dépendre d'eux au soiitien de la colonie de Louisiane et de se mettre en relation avec le Sieur Perrier, gouverneur, et le Sieur Salmon, commissaire ordonnateur, sur tout ce qui pourra procurer l'avantage réciproque des deux colonies... Fait à Miirlv, le huit iimy 1731. Louis. PUELVI'EAl'X. 17.32 — 22 avril MEMOIRE DU ROY AUX .SIEURS .M.iRQUIS IIE BKAUHARXOIS gouvwneiir, et lIoiTiii:iit. intendant de la Nouvelle-France A Versailles, 22 avril 1732 ... Elle a appris avec plaisir que les Cha- ouanons soient descendus l'été dernier à Montréal, pour demander au Sieur Marquis de Beauharnois le lieu où il désiroit les placer. EUe a approuvé que pour les rap- procher de la colonie et les détacher des Anglois, il ait envoyé le Sieur Joucaire avec eux pour les placer sur la rivière d'Oyo, du côté du nord. Elle luy recommande de ménager avec soin les dispositions favorables de cette nation, pour estre en état d'en tirer les avantages qu'on s'est proposé, en cas de rupture avec les Iroquois. Il est à souhaiter qu'ils persistent dans la résolution où ils ont paru être de ne pas souffrir les Anglois : c'est à quoy le Sieur de Beauharnois doit veiller avec soin.... Sa Majesté a été satisfaite de la diligence avec laquelle les Sieurs de Beauharnois et Hocquart ont fait travailler à l'établissement d'un fort de pieux sur le lac Champlain, à la Pointe-à-la-Chevelure. Elle a approuvé que le Sieur de Beauharnois ait destiné le Sieur de Montcourt avec le Sieur de Ptouville pour y commander vingt hommes qui ont dû composer la garnison cet hyver, et EUe approuvera aussy qu'il augmente de dix hommes la garnison de ce poste.... Sa Majesté a approuvé que sur les plaintes qui ont été faites par le gouverneur général de la Nouvelle- York, que les officiers com- mandant dans les postes de la Nouvelle- France avoient empêché quelques sujets du roi de la Grande-Bretagne, quoique munis de ses passeports, de passer jusqu'au Montréal, où ces particidiers avoient d'anciennes dettes rs INSTEUCÏION À M. DE BEAUHAIIXOIS à recouvrer, le Sieur de Beauharnois ait repondu à ce gouverneur que pourvu que les Anglois munis de ses passeports n'apportas- sent aucune sorte de marchandises, ou les laisseroit passer et qu'ils pourroient se faire payer de leurs vieilles dettes, à la charge de ne remporter aucunes pelleteries ny marchan- dises. L'intention de Sa Majesté est que les Sieurs de l^eauharnois et Hocqnart tiennent sévèrement la main à ce que ces conditions soient exactement remplies et que si les Anglois y manquent, ils eusent de tonte rigueur à leur égard, en faisant saisir toutes leurs marchandises... 1733—18 février INSTRUCTION A M. DE nEAUHAKXOIS AU SUJET DES DESSEINS DES AXOLOIS A Marly, 18 «vrifi- 1T.'«. Les Anglois, continuellement attentifs à augmenter leurs possessions en Amérique, profitent de la paix ' pour s'avancer dans le pays de Canada et mettent tout en usage pour gagner les Sauvages. Pour prévenir un établissement qu'ils projetoient de faire sur le lac Champlain, on a fait construire un fort de pieux à la Pointe-à-la-Chevelure, en attendant qu'on puisse y en faii'e un plus solide, et comme il y avoit lieu de craindre qu'ils ne tentassent d'en construire un de l'autre côté, sur le même lac, quoiqu'ils n'ayent aucun droit sur ce terrain, qui appar- tient incontestablement à la France, il fut ordonné l'année dernière à Monsieur le mar- quis de Beauharnois de prendre des mesures pour être averti de leurs démarches et de s'opposer aux entreprises qu'ils pourroient faire. Sur cela, il marque qu'il ne lui est point revenu qu'ils aient encore fait paroitre aucun dessein à ce sujet ; mais, afin d'être toujours sur ses gardes, il a donné djs ordres au commandant du poste de veiller à leurs démarches et il augmentera la garnison, si la nécessité le demandé. Il ne lui est pas non ])lus revenu (qu'ils aient entrepris de faire aucun établissement dans les environs de la rivière d'Ouabache et il pense que les ordres qu'il avoit donnés depuis quelques années, et qu'il a réitérés celle-ci, aux commaudans des postes voisins de cette rivière, les auront éloignés des vues (qu'ils avoient fait paroitre de s'y établir. Il paroit convenir d'approuver l'attention de M. de Bea\diarnois à veiUer sur les démar- ches des Anglois et de lui recommander de ne se point négliger sur ce point. Approuvé ^ 1737— 10 mai EXTRAIT D'IX MEIHOIRE DU ROT A MM. DE BEAUHARN'OIS ET HOCQUART ...Sa Majesté a approuvé que les deux barques du lac Ontario ayent navigué l'an- née dernière alternativement et Elle recom- mande au Sieur Hocquart d'en faire user de même chaque aimée, afin d'entretenir ces deux barques. Si l'on peut naviguer avec les bâtimensde cette espèce dans le lac Champlain, il pouira être utile d'y en faire construire un pour le transport des munitions de la Pointe-à-la- Chevelure ; mais, avant que de hasarder cette construction, il convient de faire sonder ce lac pour connoitre les écueils qui peuvent s'y rencontrer. Lorsque les Sieurs de Beau- harnois et Hocquai't auront pris des connois- sances certaines à cet égard, ils en rendront 1 — Ceci est de l'écriture du EoL MÉMOIRE À Ml\r. DE BEAUIIARNOIS ET HOCQUAET 79 compte et Sa Majesté leur fera savoir ses intentions. Sa Majesté a appris avee plaisir (jne l'entreprise que fit en 1735 le Sieur Des- noyelles, cai)itaiue, sur les sauvages lîeuards et Sakis, n'a poiut eu de mauvaises suites. Connue Elle fait expliquer particulièrement ses intentions au Sieur marquis de lîeau- luirnois par rapport à ces sauvages, Elle se contentera de luy recommander ici de s'y conformer. Elle souliailc d'apprcndic que les Clioua- nous auront tenu la parole (qu'ils ont donnée au Sieur Joncaire, qui commande chez eux, de descendre ce priutemjis à Montréal pour rece\ >ir la parole du Sieur Man^uis de Beau- liarnois sur leur transmigration. Il est à croire que s'ils font cette démarche, il lui sera aisé de les déterminer à s'établir au Détroit et cela est bien à désirer, afin de mettre la fidélité de ces Sauvages à l'abri des insinuations des Anglois. Mais le retarde- ment qu'ils apportent à cette opération fait craindre à Sa Majesté que le Sieur Marquis de Beauharnois ne trouve plus de difficultés qu'il n'avoit cru et que les Anglois, avec les- ([uels Sa Majesté est informée qu'ils sont en commerce, n'ayent fait assez de progrès chez eux pour les en détourner. Quoi qu'il en soit, le Sieur de Beauharnois ne doit rien négliger pour parvenir à cette transmigration, et cet objet mérite auj(jurd'huy d'autant plus d'attention, à cause de l'établissement (pii a été fait par un party de Chérakis et Chica- chas sur la rivière d'Oio, comme le Sieur de Beauharnois doit en être informé. Sa Majesté a été satisfaite des éclaircisse- ments qu'il a donnés sur le parti qu'il prit en 1734 de ne poiut pousser l'affaire qui s'étoit passée aux Ouiatanous et de se contenter du pardon que ces Sauvages luy demandèrent. La voie de la douceur et de la modération est toujours préférable, lorsque l'on peut la suivi-e sans intéresser l'honneur de la nation et la gloire des armes de Sa Majesté. Mais il y a des occasions où il peut être absolu- ment nécessaire de ne point s'y arrêter et où elle pourroit avoir des suites très fâcheuses. C'est au Sieur de Beauharnois à juger de la conduite qu'il doit tenir dans les occurrences où il peut se trouver, et Sa Majesté ne peut que s'en rapporter à son zèle et à sa prudence. A l'égard des Sioux, suivant ce que le com- mandant et le missionnaire de ce poste ont écrit au Sietu'de Beauharnois des dispositions de ces Sauvages, il paroit qu'il n'yauroit rien à désirer sur cela. Mais le retardement qu'ils apportent à descendre à Montréal, depuis le temps qu'ils le promettent, doit rendre leurs sentiraens un peu suspects, et il n'y a que les faits qui puissent faire connoitre si l'on peut absolument compter sur leur fidéhté. Mais ce qui doit encore augmenter les inquié- tudes qu'on peut avoir sur leur sujet, c'est le coup qui a été frappé sur le convoy du Sieur de la Véranderie, surtout si cet officier a pris le party, comme il l'avoit annoncé au Sieur Marquis de Beauhamois, d'entreprendre d'en tirer vengeance. Sa ilajesté attendra avec impatience que le Sieur de Beauharnois rende compte de ce qui sera passé à cet égard et Elle est cependant persuadée qu'il aura pris les mesures qui lui auront paru les plus con- venables pour le bien du service. Elle a été bien aise d'apprendre que dans le voyage que les Sonoutouaus ont fait l'été dernier à Montréal, ils ayent paru estre tou- jours dans de bonnes dispositions pour les François. Mais quoiqu'il paroisse qu'il n'y a rien à soupçonner sur leur fidélité, le Sieur de Beauharnois ne doit pas estre moins atten- tif à veiUer .sur la conduite qu'ils tiennent avec les Anglois. C'est ce que Sa Majesté luy recommande. La soumission avec laquelle la pluspart des chefs Aljcnakis, qui avoieut reçu des commissions des Anglois, ont rapporté ces 80 LETTRE AU CONSEIL SUPÉEIEUE comiiiissions au Sieur Marquis de Beauhar- nois, doit douuer uue bonne idée de leur fidélit<5, et il est à désirer que ceux qui ont encore de ces commissions prennent le même }iarty, ainsi (^u'ou l'a promis au Sieur de Beauharnois. Mais il ne doit pas tout à fait se reposer sur cette démarche et rester tou- jours attentif à prévenir qu'ils n'acceptent de nouvelles commissions. Car ces sortes de liaisons sont toujours dangereuses. Quant à la proposition que les Sieurs de Beauharnois et Hocquart ont faite de faire faire un voyage en France au.K chefs des Sauvages de St- François, qui l'ont demandé, il paroit inutile ;\ Sa Majesté d'en faire la dépense ; si, cepen- dant, les Sieurs de Beauharnois et Hocquart jugeoient qu'elle fût absolument nécessaire. Sa Majesté pourroit s'y déterminer. Mais Elle leur recomuiande d'entrer dans aucime espèce d'engagement avec eux sur cela, sans avoir auparavant reçu ses ordres. Elle fait écrire au Sieur Marquis de Beauharnois sur ce qui regarde les Sauvages Chicachas, pour l'informer des préparatifs qui se sont faits pour une nouvelle expédition du côté de la Louisiane, contre cette nation. Elle luy recommande de faire ce qui pounu dépendre de luy, du côté de Canada, jjour que l'on puisse eiihu parvenir à réduire ces Sauvages 1746 — 9 décembre LETTRE DU ROY AU CONSEIL SUPÉRIELE CONX'EK.NAXT LES EXKEGLS- TRE.MEXT.S Nos amés et féaux. Je vous ay desja fait stivoir que mou inten- tion est que vous ne procédiez à l'euregis- trement d'aucun de mes édits, déclarations, an-êts, oi-donnances, lettres de gi'âce, rémis- sion ou abohtion, lettres d'ennoblissement ou autres concernant la noblesse, lettres de natu- ralité ny autres expéditions de mon sceau et de mon Conseil d'Etat, qu'après que le Sieur Gouverneur Général, mou lieutenant, et le Sieur. intendant de la Nouvelle-France, vous auront expliqué que je le désire ou le trouve bon. Comme je suis informé que mes con- seils supérieurs de colonies sont encore plus exposés à être surpris, malgré toute l'atten- tion que je suis persuadé qu'ils y apportent, dans l'examen des titres qui leur sont pré- sentés par les particuliers qui veulent jouir des privilèges de la noblesse, attendu la difficulté et i)Oiu- aiu.sy dire l'impossibilité où peu^■ent se trouver les dits conseils de fiiire les vérifications nécessaires, dans uue matière si susceptible d'abus, je vous fais cette lettre jioiu' vous dire que je veux et entends que vous ne procédiez à l'enregistrement d'aucuns titres de cette espèce que lorsqu'il vous apparoitra d'une jiermission expresse de ma part, ([ue je n'accorderai que sur le compte qui me sera rendu des dits titres par mon secrétaire d'Etat ayant le département de la Marine et des colonies, auquel ils seront remis à cet effet par les particuliers qui vou- dront les faire enregistrer dans mon conseil supérieur de Québec, pour jouir des privi- lèges de la noblesse dans ma colonie de Canada. Vous vous conformerez à ce qui e.st de mes intentions à cet égard. Si ny faites faute, car tel est notre plaisir. Ecrit à Versailles, le neuf décembre mil sept cent quarante-six. Louis rilELVPE.VLX I-KTTKK À AI. DUQUESNE 81 1749 — 1er lévrier LETTRE m HO Y A M. DE l.A GALISSOXXIKRE ordonnrint un Tr JJeum Mousiiur lu AJaiijiUH de la (îali.-soiiiiière, Ailles avoir signé les articles préliminaires de lu i>aix avec le rny de la Grande-Bretagne et les Etats Généran.x des provinces nnies des Pays-Bas, je n'ai point perdu de temps à travailler à la conclure définitivement. Les conférences tenues à Ai.\-la-Cliaiielle, jionr cet effet, ont eu le snccès que je pouvois désirer. Mes ambassadeurs y ont signé le 18 octobre dernier, avec ceux du roy de la Grande-Bretagne et des Etats Généraux des Provinces-Unies, revêtus de leurs pouvoirs, un traité définitif de paix, auquel la reine d'Hongrie et de Bohême, impératrice, a depuis accédé. Les ratifications de ce traité ainsi que de l'accession de cette princesse, ayant été solennellement échangées, et l'ou- vrage de la i^aix étant par là entièrement consommé, mon intention est de rendre à Dieu de nouvelles actions de gi'âces de la tranquillité parfaite qu'il veut bien accorder à mes peuples et que je regarde comme l'un des plus précieux dons de sa miséricorde Divine. Je vous fais cette lettre pour vous dire que j'éciis au Sieur Evesque de Québec de faire chanter le Te Deum dans l'église cathédrale de cette ville, et que mon inten- tion est que vous y assistiez, que vous y fassiez assister le Conseil Supérieur, que vous fassiez ensuite allumer des feux, tirer le canon et donner en cette occasion les mar- ques de réjouissance accoutumées. Et la pré- sente n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, monsieur le mar(|uis de La Gahs- sounière, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le premier l'é\)iei 1749. Phelypealx. Louis. 1TÔ2 — :!1 août LETTRE IH ROY AU MARQUIS DIQIESXE Au sujet de la maladie de Dauphin Monsieur li; ilaifiuis Duquesne, Les alarmes (jue m'a causées la maladie de mon fils, le Dauphin, sont heureusement dis- sipées. J'ay craint d'essuyer le coup le plus sensible dont mon cu-ur piit t'dv frappé ; mais je ne ressens plus que la leconimissance que je dois au Seigneur, qui m'en a préservé. Quelle marque plus touchante pouvois-je recevoir de sa bonté, que la conservation d'un fils si digne de ma tendresse et de l'amour de mes sujets ! A la vue du péril, ils ont partagé mes inquiétudes ; maintenant ils donnent des marques éclatantes de leiu- joie. A ces traits, je reconnois cette fidélité inva- riable dans tous les événements qui m'intéres- sent. Des seutimens si conformes à ceux que j'ai pour eux, et qui tiendront toujours le pre- mier rang dans mon cœur, m'assurent qu'ils uniront avec empressement leurs prières aux miennes pour rendre grâces au Tout-Puissant d'avoir conservé des jours qui me sont aussy chers et qui sont si précieux à l'Etat. C'est dans la vue de m'acquitter de ce juste devoir, que je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous fassiez chanter le Te Bcum dans l'église de ma ville de Québec et autres de notre gouvernement de la Nouvelle-France, que vous assistiez à eeluy qui sera chanté dans le lieu où vous serez, que vous y fassiez assister le Conseil Supérieur ; que vous fiissiez allumer des feux, tirer le cancn et donner les autres mar- ques de réjouissances publiques et accoutu- mées en pareil cas. Sur ce, je prie Dieu qu'il vous ait. Monsieur le Marquis Duquesne, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 31 aoust 1752. KuciLLÉ. Louis. U INSTRUCTIONS À M. DE DIESKAU 1755 — lei- mai'd I > S T II IK T I 0 >' S 1) U KO Y POUR r.B BARON DE DIESKAU Miiréchnl decainp dcsai-mces de Sa Majesté L;i destination de ce corps de troupes estant de soustenir les colonies du Canada, conjoin- tement avec les troupes de la marine qui y sont employées, les ordres et instructions du dit Sieur Baron de Dieskau doivent rouler sur deux objets : l'un, sur ce qui concerne le commandement du dit corps de troupes de ten'e, son entretien, sa police, sa discipline et son service journalier ; l'autre, relativement à l'autorité que le dit Sieur Baron de Dieskau aura sur les troupes de la marine et aux opérations que les dites troupes, tant de terre que de marine, auront à exécuter pour la conservation des dites colonies. Comme cette dernière partie dépend du ministre de la marine, c'est par luy que le Sieur Baron de Dieskau sera informé des intentions du Roy à cet égard, et il ne sera fait mention dans la présente instruction que de ce qui a rapport au pi'emier objet. Le Baron de Dieskau trouvera cy joint le pouvoir que Sa Majesté luy a fait expédier pour commander le dit corps de troupes, sous l'autorité du gouver- neur-général du Canada ; la lettre de service du Sieur de Rostaing, qui sera employé sous luy, en sa qualité de colonel d'infanterie celle du chevalier de Montrexiil, aide-major général et celles des Sieurs capitaines parti- sans. Il y trouvera aussy l'état des bataillons qui composeront le dit corps de troupes et qui seront embarqués à Brest dans le commen- cement du mois d'avril prochain, à mesure que la revue en aura été faite par le Sieur de Crémille, inspecteur général d'infanterie. II sera aussy embarqué sur les mêmes bâti- mens deux commissaires de gueiTe, trois ingénieurs, un chirurgien-major et six autres chirurgiens. Les dites troupes devront être nourries par la marine, dans la traversée, chacune sur le bâtiment où elle se trouvera et n'auront aucun service à y faire, devant estre regardées uni(|uement comme passagers ainsy que les ofhciers qui les commanderont. Elles seront aussy nourries aux dépens du Roy sur les fonds de la marine, de même que les troupes des colonies pendant le tems qu'elles seront eu (Canada, tant en garnison qu'en détachement, excepté les officiers, qui vivront en garnison au moyen de leurs appoin- temens, et elles recevront, indépendamment de cette nourriture, la paye en argent comme il est expliqué plus en détail dans l'état ci-joint. Indépendamment de la paye et de la nour- riture, la marine fera encore fournir à ces troupes l'habillement et des ustensiles et fera recevoir et traiter les oiïiciers et soldats malades et blessés dans les hôpitaux du pays, conformément à ce qui a été anesté par le ministre de la marine, dans le mémoire dont on joint ici une copie. Tous les payemens et les distributions de vivres, d'habillemens et d'ustensiles ainsy que la manutention des hôpitaux, seront faits par les ordres de l'intendant de la marine, sur les extraits des services des commissaires des gueiTes, chargés de la police des dites troupes, lesquels s'adresseront à luy dans toutes les occasions où il s'agira de pourvoir aux besoins des dites troupes et luy seront subordonnés ei: tout ce qui aura rapport à la comptabilité. Le Baron de Dieskau aura ceitendant atteniion à ce que toutes ces fournitures se fassent en bonne règle et lorsqu'il s'apercevra de quelques abus, il chargera le plus ancien de ces commissaires d'en faire des représen- tations à l'intendant de la marine, ce qui n'empêchera pas (ju'il ne luy en parle luy- INSTRUCTIONS À M. DE DIESKAU 83 nu" nus lursipi'il le jugi'ia iiéuessiiire. Il en sera de même quand il s'agira de la distribu- tion des munitions de guerre et de demander au dit intendant des remplacemens d'armes, ou de luy ]iroposer quelque (l(']ien.se extra- ordinaire. Il aura soin (jue le jirest soit régulièrement fait aux soldats tous les cinq ou les dix jours, selon qu'il jugera à propos de l'ordonner. Sa Majesté le laisse aussy maître d'ordon- ner telle retenue qu'il voudra sur la solde du soldat, jusqu'à la concurrence d'un sol, tout au plus, y compris les six deniers que le Eoy accorde en France pour linge et chaussure, laquelle réserve sera employée à acheter au soldat les choses dont il pourroit manquer, indépendant de ce qui luy doit être fourny par la marine, a3'ant attention en ce cas que le soldat soit toujoui's informé de l'objet de la retenue et du temps où le décompte devra luy eu estre fait, afin de luvvenir autant qu'il est possible qu'il ne pense même pas qu'on veuille luy faire le moindre tort. Comme la règle qui s'observe en France, daus l'infanterie, que les officiers prennent rang eutr'eux suivant l'ancienneté de leurs corps, ne pouvoit s'exécuter en Canada dans le service meslé que les troupes qui y passent auront à faire journellement avec celles des colonies, Sa Majesté a rendu l'ordonnance cy-jointe, tant pour régler que les officiers y prendront rang suivant leur ancienneté que pour établir' la parité des grades entre les offi- ciers de terre et ceux des colonies ; mais l'in- tention de Sa Majesté est cjne le Sieur Baron de Dieskau ne la rende publique qu'à l'arri- vée des troupes en Canada. Cette même ordonnance lègle la manière dont les conseils de guerre devront estre tenus pour juger les délits militaires, soit dans les places ou en campagne et dans les détachemens, avec la distinction que l'on doit faire des cas où le délit aura été commis entre des officiers de terre et de ceux où les troupes de terre et celles des colonies seront également intéres- sées. Quant aux délits ([ui intéresseront les habi- tans des colonies, comme ils sont sans diffi- culté du ressort des juges ordinaires, le Baron de Dieskau et ceux qui commanderont les troupes de terre eu son absence, devront faire remettre au pouvoir des dits juges les officiers et soldats accusés, toutes les fois qu'ils en seront rec^uis de leur part. Comme il y a des délits de nature à n'exi- ger qu'une coiTection momentanée, qu'il est au pouvoir des commandans des corps de prononcer, le Baron de Dieskau aura soin, lorsqu'il lui sera porté des plaintes en pareils cas, soit par les officiers des colonies soit pai- les habitans, de tenir la main à ce qu'il leur en soit fait satisfaction sur le champ, après la vérification des faits. Il recommandera pareillement aux com- mandans des troupes de terre de s'adresser en pareille conjoncture aux commandans des troupes des colonies et aux magistrats des lieux et en cas de deny de justice de leur part, les susdits commandans devront en rendre compte au Baron de Dieskau, qui se pourvoira devant le gouverneur-général et l'intendant pour y mettre ord.c. Quoyque, dans la règle étroite, aucun offi- cier ne doive être mis au conseil de guerre sans une permission expresse de Sa Majesté, cependant, comme le gouverneur-général de Canada a le pouvoir d'y faire juger les officiers des troupes des colonies, Sa Majesté a bien voulu l'accorder de même au Baron de Dies- kau sur les officiers des troupes de terre qu'il commande, à condition, néanmoins, qu'il en communique auparavant avec le gouverneur- général pour avoir son aveu, ce party ne devant être pris que dans des cas très graves, où un exemple devient nécessaire pour le maintien de la subordination ; mais il ne luy 84 INSTRUCTIONS À M. DE DIESKAU sera libre, en auciui cas, de faire grâce aux officiers ny aux soldats qui auront été pro- noncés contre eux au Conseil de guerre, le gouverneur-général n'en aj'ant pas lui-même la liberté. Le Baron de Dieskau délivrera des ordres signés de luy aux officiers qu'il aura choisis, en attendant que sur le compte qu'il en ren- dra, ou puisse luy envoyer des commissions, ordres, lettres ou bre\ets du l'oy de même date. A l'égard des comniandaus de bataillons qui pourront manquer, il proposera à Sa Majesté ceux qu'il jugera convenable de revestir de ce grade et en attendant sa déci- sion, la bataillon vacant sera commandé par le plus ancien capitaine du su.sdit bataillon. Il proposera aussy les grâces qu'il estimera que les officiers qui sont à ses ordres auront méritées par leurs services, en envoyant au secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre, une note des motifs qui les luy feront denumder et le détail des actions où ces officiers se seront trouvés, afin qu'il puisse en rendre compte à Sa Majesté et lui faire savoir ce qu'EUe aura accordé. Sa Majesté compte que le Baron de Dies- kau tiendra la main à ce ([ue les bataillons qui sont à ses ordres S( lient exercés sur les principes qui ont été' a;loptés jiar Sa Majesté pour être suivis dans toute sou infanterie ; si, cependant, il juge à propos de lui faire faire quelques manceuvres particulières, rela- tivement au genre de guerre qu'ils auront à fairj en Canada et à la nature des ennemis qu'ils auront à y combattre, Elle luy laisse toute la liberté à cet égard. S'il arrivoit que ces bataillons souffrissent une diminution considérable, soit par les événemen-; de la guerre, par maladie, par désertion ou autrement. Sa JMajesté permet au Baron de Dieskau d'égaliser toutes les compagnies d'un même bataillon eutr'elles, en tirant des soldats des compagnies les plus fortes pour les faire passer dans les plus faibles. Elle tiouve bon aussy qu'en cas de besoin, il joigne ensemble deux bataillons faibles, pour faire le service d'un seul bataillon, sans cependant que les commandans des batail- lons ainsy louplés iierdent l'autorité qu'ils doivent toujours conserver sur leur troupe, cette réunion ne devant avoir lieu que pour fournir les détachemens et pour combattre. Dans le dit cas de jonction de deux batail- lons, le Baron de Dieskau pourra réduire le nombre de nos drajieaux et n'on conserver qu'un de chaque bataillon. A l'égard des compagnies de grenadiers, on les conservera toutes deux. Chaque Imtaillon entretiendra la sienne sur le jiied (pie le Baron de Dieskau jugera devoif régler relativement à la force de son bataillon, l'intention de Sa Majesté estant qu'on ne puisse en aucun cas faire passer des soldats d'un bataillon dans un autre. Quoique l'intention de Sa Majesté soit qu'on permette aux .soldats qui voudront défricher des terres de rester en Canada, Elle ne veut cejiendant iioint que sous ce prétexte, ou ([uehpie autre que ce .soit, on délivre aucun congé alisolu, jusqu'à ce que les motifs ]:our lesquels Elle a envoyé les dits bataillons étant cessés. Elle juge à propos de les faire repasser en France. Pour dédom- mager les soldats qui, à l'occasion de leur passage en Canada, se trouveront obligés de servir au delà du tems où ils auroient dû être congédiés s'ils estoieut re.stés en France, Sa Majesté a fait rendre l'ordonnance cy- jointe, suivant laquelle il sera donné une pistole à chacun de ceux qui se trouveront dans ce cas. Il reste à traiter la manière dont le Baron de Dieskau doit se conduire avec le gouver- nem'-général du Canada, auquel la nature de INSTRUCTIONS A M. DE DIESKAU 85 sa charge le loiul iiécf.s.saiivim-nt siilinnloiiiu'. Le gouverneur hiy laissera tout le détail thi CommaïKleineut, tle 1;'. disciiiliiie, de la police et du service intérieur des troupes de teiTe 1 mais le Baron de Dieskau ne devra pas moins luy eu rendre compte, pour que le gouverneur- général connoisse leur force, leur situation et généralement tout ce qui peut contribuer à le mettre au fait du party qu'il en pou n'a tirer i)our le succès des opérations qu'il aura i\ entreprendre. Il est donc indispensable que le Baron de Uieskau vive avec le gou- verneur-général dans la plus grande intelli- gence, agissant en tout de concert, et qu'il évite autant qu'il le pourra de se trouver séparé de luy, à moins que le gouverneur- général ne le charge de quelcpu' expédition qui exige sa présence. Dans le cas où le Baron de Dieskau se trouvei-a nécessairement séparé du gouver- neur-général, il fera en sorte que le Sieur de Eostaing reste avec ce gouverneur pour entre- tenir par son canal la correspondance qui doit toujours subsister entr'eux. Si le gouverneur-général juge à propos d'assembler un conseil de guen-e pour con- certer des opérations de campagne, il)' appel- lera sans ditficulté le Baron de Dieskau et le Sieur Eostaing, en son absence, et môme avec luy, s'il le désire ; mais, soit que le gouverneur-général prenne l'avis d'un conseil de gueiTe, soit qu'il se contente de conférer en particulier avec le Baron de Dieskau, ou qu'il se décide de son chef sans aucune com- munication préalable, le dit Sieur Baron sera tenu de se conformer aux ordres et instruc- tions qu'il luy donnera, soit pour faire mar- cher les détacbemens, soit pour conduire lui-même une expédition, et il ne pouiTa rien changer k ce i[ui aura été prescrit, qu'autant que le gouverneur-général luy en aura laissé k liberté ou dans les cas imprévus et urgens, en luy en rendant compte siu- le chaiu|). Le dit gouverneur-général pouria même envoyer de nouveaux ordres pendant le cours île l'expédition et s'il le veut, se rendre sur les lieux pour prendre le commandement sui)é- rieur et mettre à fin ce qui aura été coiu- meucé. Les gouverneurs particuliers de Montréal et des Trois-Rivières, ayant aussy le com- mandement, non seulement dans ces places, mais même sur les détachemens qui en sont sortis de leur autorité, dans les cas ])rossans, le Baron de IMeskau recommandera aux commandans des bataillons qui y seront eu garnison d'en user avec eux et les lieutenants du Roy et majors de ces plaças, de mênu> qu'il est réglé pour les états-majors des places de gueiTe en France, ce qui doit s'observer pareiUemeut à l'égard du lieutenant du Roy à Québec, qui y commande en l'absence du gouverneur-général. Il sera, d'autre part, recommandé aux dits gouverneurs particu- liers, lieutenants du Roy et majors d'en user avec le Baron de Dieskau, comme il se pra- tique en France dans les places, à l'égard des officiers supérieurs employés sur les frontières par lettres de service, sans cependant que ny le Sieur de Rostaing, ni même le Baron de Dieskau, puissent prétendre de faire marcher aucune troupe de garnison des dites places sans l'ordre du gouverneur-général ou l'agré- ment du gouverneur particulier de la place où il se trouvera. Lorsque les bataillons feront corps avec les compagnies franches des colonies, l'aide- major général fera le détail du tout au chef, sans difficulté. Le gouverneur-général aura attention, dans les distributions des détachemens, de feire en sorte que le commandement soit partagé pro- portionnellement entre les officiers de terre et ceux des colonies, et que lorsque les deux 86 INSTEUCTION À M. DE VAUDREUIL otticiers jiartisans iront vn dctaclieiuent, cm n'envoyé point avec eux d'oHieiers (jui puis- sent leur disputer le coinniaudement. Le Baron de Dieskau recommandera à tous les officiers détachés de l'instruire de ce qui se passera, soit qu'ils commandent les déta- cliemens ou non, et il fera part au gouverneur général des nouvelles qu'il recevra et des choses où il sera nécessaire que son autorité intervienne poiir y pourvoir. Il aura aussy l'atteutiou d'informer le secrétaire d'Etat ayant le département de la guerre, de la situation actuelle des choses, tou-tes les fois qu'on exjiédiera un bâtiment pour la France et de tout ce ((ui se sera passé d'intéressiint. ITôï — 1er avril I>STRr( TION PAUTICl'I.IÈKE rOlTv M. DE VArORKUIL Sur la comluite qu'il (luit tenir avec les Anglois Versailles, 1er avril 1755. Pour mettre le Sieur de Vaudreuil eu état de se conformer à ce que Sa Majesté a à lui prescrire sur la conduite qu'il doit tenir au sujet des mouvemens dont le Canada est- agité depuis quelque tems, il est nécessaire de lui expliquer tout ce qui a rapjiort aux prétentions que les Anglois ont formées sur les principales frontières de cette colonie et qui ont donné lieu à tous ces mouvemens. Par l'article 10 du traité d'Utrecht, il avait été convenu qu'il seroit nommé des commis- saires de part et d'autre pour régler les limites entre les colonies françoises et liritan- niques de l'Amérique. A l'occasion d'une entreprise que les Anglois firent en 1718 sur les établissemens de pêche que les François avoient daus les îles de Ganceau, les deux cours uomnièrent effectivement des commissaires pour décider de la propriété de ces îles. Ces commissaires s'assemblèrent à Paris. Dès la i^remière con- férence, ceux du roi d'AngleteiTe, qui préten- doient (|ue les îles de Canceau dépendoient de l'Acadie, cédée aux Anglois par le traité d'Utrecht, furent convaincus, à l'inspection de la carte qu'ils présentèrent eux-mêmes, que ces îles étoient au contraire comprises dans les réserves exprimées dans l'aiticle du traité d'Utrecht qui conte noit la cession de rA( adie, et que par conséquent la France en avoit conservé la propriété. Us se retirèrent en disant qu'ils avoient besoin de nouvelles instructions de leur cour et ne reparurent plus. Quoique, dans plusieurs occasions qui se sont présentées depuis, il ait été question de nommer d'autres commissaires en exécu- tion de ce traité, les Anglois l'avoient tou- jours éludé jusqu'à la dernière guerre et îe Sieur de Vaudreuil est mieux informé que personne de l'abus qu'ils ont fait de la modé- ration qui a toujours réglé les démarches et les vues de Sa Majesté, puisqu'il a été témoin des usurpations qu'ils n'ont cessé de faire sur les terres du Canada, durant la longue paix qui a suivi le traité d'Utrecht. Sa Majesté s'étoit flattée de parvenir enfin à mettre des bornes à leurs entreprises et à assurer la tranquillité à ses colonies par une fixation définitive des limites respectives. En conséquence du dernier traité d'Aix-la- Cha.pelle, qui a renouvelé celui d'Utrecht, des commissaires ont été nommés de part et d'autre et assemblés à Paris, pour régler toutes les contestations concernant les posses- sions françoises et britanniqxies. Mais quelque empressement et quelques facilités que Sa Majesté ait apportées à ce règlement, il s'en faut beaucoup que le succès du travail de ces commissaires ait répondu aux esjjérances qu'Elle en avoit conçues sur INSTRUCTION À M. I)f: VAUDREUIL 87 les ilispcisitidiis que Sa. Mcije.st(' l'>ritaiiiiii|uu avoit fait i)aroître à cet é^iml. Il n'a dté question encore, entre les com- missaires, par rapport anx limites du Canada, que de celles qui regardent l'Acadie. T.a demande que les commissaires britanniques ont faite sur cet objet a mis à découvert les vues amljitieuses et injustes de leur nation. Sous prétexte de la cession qui lui a été faite de l'Acadie par l'article 12 du traité d'Utrecht, ils ont prétendu non seulement que toute la péninsule dans laquelle l'Acadie se trouve située lui apparteuoit, mais encore que cette cession comprenoit d'un côté toutes les terres qui s'étendent jusqu'à la rive méridionale du fleuve St-Laurent et embrassoit d'un autre côté les terres qui vont joindre les frontières de la Nouvelle-Angleterre. Mais il n'a pas été difticile aux commissaires de Sa Majesté de détruire des idées si chimériques ; et ils ont fait voir que la cession de l'Acadie ne doit comprendre qu'une partie de la pénin- sule. Les Anglois ont cependant \-oulu soutenir par des voies de fait la prétention avancée par leurs commissaires ; car du côté de l'Acadie, ils ont d'abord établi un fort assez considé- rable à Beaubassiu, qui est à la vérité dans la péninsule, mais hors des hmites de l'Acadie. Il est même à croire que sans attendre la décision des commissaires, ils auroieut porté leurs établissemens dans le continent même, au delà de l'isthme qui en sépare la pénin- sule, si Sa Majesté n'avoit pas pris le parti de les arrêter en faisant construire un fort à Beauséjour et établir d'antres postes sur cette frontière ; et du côté de celles de la Nouvelle- Angleterre, ils ont entrepris l'année dernière de faire à main armée un fort à Narantsouak, qui est éloigné de Québec que de trente-cinq lieues ; mais le marquis Duquesne doit pren- dre des mesures pour détruire ce fort ; et peut-être cette expédition sera-t-elle faite lorsque le Sieur de Vaudreuil arrivera en Canada. II est iiifoi'iiu' de ce (pli s'est passé ilu côté de la Belle-Rivière, (pie les Anglois veulent aujourd'hui comprendre dans les dépendan- ces de la Virginie ; raiis il ignore (pic non contens de chercher à pénétrer par là dans les profondeurs des terres et à y couper la communication d'entre le Canada et la Louisiane, ils prétendent encore être en droit de fréquenter les lacs du Canada et (jue les terres qui sont au sud du lac Erié et du lac Ontario leur appartiennent. Ils ne se sont pas jusqu'à présent expliqués sur l'étendue qu'ils entendent donner à leurs limites de la baie d'Hudson ; mais il faut s'attendre qu'ils voudront encore les porter jusqu'au centre de la colonie du Canada pour les resserrer de toutes parts. Quoiqu'il en soites })ourra être employé dans cette colonie. Ces o]iérations doivent avoir pour principal objet la défense du Canada contre les entre- prises des Anglais. Sa Majesté a donné ses ordres au Sieur de Vaudreuil, gouverneur génér.al de la Xouvelle-Fiunce, sur l'usage (ju'il doit faire de toutes les troupes et milices qui se trouveront dans son gouveruomeut, tant jiour pourvoir à cette défense que pour les autres objets dont il pourra être question ; et ci)inme le sieur marquis de Montcalm ne peut exercer le commandement que Sa Majesté lui a confié que sous l'autorité de ce gouverneur auquel il doit être subordonné en tout, et que les dispositions qu'il pourra y avoir à faire, soit pour faire échouer les pro- jets des Anglois, soit pour faire réu.ssir ceux qui pourront être formés pour le bien du service de Sa Majesté et la gloire de ses armes, doivent déjjeudre des circonstances et être combinées avec toutes les forces de la colonie et avec la situation où elle pourra se trouver dans toutes les parties, le sieur mar- quis de Montcalm n'aura qu'à exécuter et à faire exécuter par les troupes qu'il aura sous son commandement tout ce qui lui sera ordonné par le gouverneur général; et c'est tout ce que Sa Majesté a à lui prescrire elle- même à cet égard. Lors(iu'il s'agira de quelque opération de campagne, le gouverneur général sera le maître ile les régler de sou chef, sans aucun conseil de guerre et sans aucune sorte de communication préalable. Mais, soit qu'il assemble un conseil de guerre pour la con- certer, soit qu'il se contente de conférer en particulier avec le sieur marquis de Mout^ calm, ou qu'il se décide de lui-même, dans tous les cas, le sieur de Montcalm se confor- mera aux ordres et instructions que ce gou- MÉMOIRE A M. r>E MONTCALM 95 verneuv lui donnera, soit pour faire uiarL-lier les di'UiclienuMits, soit pour conduire lui- même quelque exin'ditidu. Il neiiouira rien changer :\ ce qui lui aura été prescrit t[u'uu- tant que le gouverneur général lui en aura laissé la liberté, ou dans les cas ini]irévus et urgents, en lui rendant compte sur le champ et des changements (pie les cas auront exigés et des motifs qui l'aurouL lii'ti'nuiné. Le gouverneur général pourra nièuie envoyer de nouveaux ordres pendant le cours de l'exijédi- tion et, s'il le veut, se rendre sur les lieux pour prendre le commandement supérieur, et finir l'expédition ou en entreprendre d'autres. En un mot, ce sera au gouverneur général à tout régler et à tout ordonner pour les opérations militaires. Le sieur marquis de Montcalm sera tenu de les exécuter telles qu'il les aura ordonnées. Il pourra cepen- dant lui faire les représentations (pii lui paroîtront convenables sur les projets dont l'exécution sera ordonnée. Mais si le gou- verneur général croit avoir des raisons pour n'y pas déférer et pour jiorsister dans les dispositions, le siiur marquis de Montcalm s'y conforma sans diliiculté ni retardement. Quoique, suivant les ordres que Sa Majesté a donnés au sieur de Vaudreuil, on doit en nser avec le sieur marquis de Montcalm dans les places du Canada, comme il doit se pratiquer en France à l'égard des officiers généraux employés sur les frontières par lettres de service, couséquemment à ce qui est réglé par l'ordonnance de Sa Majesté du 25 juin 1750, aux titres de commandement, des partis et des honneurs, le sieur marquis de Montcalm ne pourra cependant, dans aucun cas, faire marcher aucune troupe des garnisons de ces places sans l'ordre du gou- verneur général ou la permission des gouver- nem-3 particuUers, et il sera tenu, ainsi que les autres commandants des troupes de ten-e, de les faire marcher en tel nombre et toutes les fois que les gouverneurs parlieuliers le jugeront à propos. Le sieur marquis de Montcalm et les com- mandants des bataillons (pii seront en garni- son dans ces mêmes places doivent en user ainsi avec les gouverneurs, lieutenants du roi et majors de ces ])laces, de même qu'il est réglé pour les ('tats-uiajors d(>s jilaces en France par la mènu! onlonuaneiî du 25 juin 1750. Supposé qu'il se pn'senle des dillicultés, soit sur l'exécution des ordres que Sa Majesté fait adresser aux sieurs de Vaudreuil et de Montcalm, soit sur les dispositions de l'or- donnance qu'elle a rendue pour régler le rang, la police et le service des troupes de terre et celles de la colonie, soit pour des choses qui n'auront pas été prévues, ce sera au sieur de Vaudreuil à les décider provisoirement, et le sieur de Montcalm exécutera et fera exécuter dans tous les cas les décisions qui seront aiusi rendues par ce gouverneur. Le sieur marquis de Mcuitcalm doit non seulement éviter avec soin tout ce qui pour- roit accasiouner la moindre altercation entre lui et le sieur de Vaudreuil, mais encore employer toute .son attention à établir et à maintenir la bonne intelligence, qui est si nécessaire entre eux pour le succès des opéra- tions, que le bien du service pourra exiger. Il doit être également attentif à mettre tout en usage pour que les troupes de terre vivent en bonne union avec les troupes de la colonie. Ces deux objets sont de la plus grande impor- tance. Sa Majesté les a pareillement recom- mandés au sieur de Vaudreuil, et elle espère qu'ils seront remplis de part et d'autre à sa satisfaction. Fait à Versailles, le 14 mars 1756. Louis. MACHA.ULT. 9G AMNISTIE ACCOUDÉE AUX SOLDATS DÉSERTEUES 1757 — 16 octolire ('OX(iE TEMPORAIRE Ar I.IEITTKXAXT t.EBI.ANC, DU nÉCIMKNT DE I.A SARRE Le Eoy, sachant le besoin qu'a le Sieur Leblanc, lieutenant dans le i\'giinent d'infan- terie de la Saire, d'aller vaciner à ses affaires, et voulant lui eu donner le moyen, Sa Majesté lui a donné et donne congé pendant cinq mois et demi à commencer de ce jour. Après lequel temps, elle veut et entend qu'il retourne à sa charge, et que cependant il soit passé, absent comme présent, aux montres et revues qui seront faites du dit bataillon, et payé de ses appointements en vertu de la présente. Fait à Versailles, le 16 octobre 1757. Louis. II. HE YOVER. ]7')7 — 29 décembre AMNISTIE EX FAVEUR DES SOLDATS DÉSERTEURS De par le Ro.v : Sur ce qui a été représenté à Sa Majesté en faveur des soldats qui ont déserté des troupes des colonies françoises de l'Amérique, que ce n'est que par légèreté et faute d'expérience qu'ils se sont laissés entraîner dans ce mau- vais parti, et qu'ils en sont d'autant plus repentants,qii'ils souffrent une misère extrême, soit dans les colonies étrangères où ils se sont retirés,soit aux colonies françoises même, oîi ils sont obligés de se tenir cachés dans des endroits écartés, en attendant que Sa Majesté veuille bien les faire re.ssentir des effets de sa clémence, Sa Majesté voulant bien leur en donner les moyens, quoique le crime dont ils se sont rendus coupables soit de l'espèce de ceux qui doivent être le moins pardonnes, elle a quitté, remis et pardonné, quitte, remet et pardonne le crime de déser- tion commis par les soldats des troupes qu'allé entretient dans les colonies et l'Amé- rique, soit qu'ils se soient retù'és dans quel- ques quartiers des dites colonies, soit qu'ils en soient sortis pour passer dans les colonies étrangères ; défendant Sa Majesté à tous ses officiers et ses autres sujets, de les inquiéter pour raison du dit crime de désertion, à condition que, dans un an du jour de la publi- cation de la présente ordonnance, ils se représenteront devant les gouverneurs et lieutenants généraux pour Sa Majesté aux dites colonies, pour être incorporés dans les troupes, et continuer d'y servir en leiu- qualité de soldats ; voulant et entendant Sa Majesté que ceux qui ne se présenteront pas dans le dit temps soient privés de la présente amnis- tie ; mande et ordonne Sa Majesté an sieur marquis de Vaudreuil, gouverneur et lieute- nant général de la Nouvelle - France ; au sieur Bigot, intendant au dit pays, et autres officiers qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution de la présente ordonnance, qui sera lue, publiée et affichée partout où besoin sera. Fait à Versailles, le 2iJ déc. 1757. Signé : Louis. l*ar monseigneur, PeIKENNE HE MORAS. Pour copie, MOXTCALM. Je certifie que la présente ordonnance a été lue aux gardes de l'armée assemblée à cet effet le 30 octobre 1758, à Carillon K Chevalier he Montreuil. 1 — Ce certificat est autographe. LETTRES DU ROY À M. DK MONTCALM 97 1750— 10 février LE ROY AU MARQUIS DE MOXT( ALM LETTRE DE SERVICE POUR MM. DB BOCRI.AMAQUE, DE SÉXEZERGCES ET DE BOUOAISVILLE Monsieur le marquis de Moutcalm, dési- rant employer sous vos ordres, ])rès celles de mes troupes qui sont en Canada, les sieurs de Bourlamaque et de Sénezergues, en qualité de brigadier, et le sieur de BougainviDe, en la charge de colonel dans mon infanterie, je vous fais cette lettre pour vous dire que mon intention est que vous vous serviez des dits Sieurs de Bourlamaque, de Sénezergues et de Bougainville, es dites qualités, selon et ainsi que vous le jugerez convenable "pour le bien de mon service. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le marquis de Montcalm, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 10 février 1759. Louis. Le makéchal duc de Beli,e-Isle. 17.50 — 13 février SOMISATION DU SIEUR NOLIX AU POSTE DE LIELTENAXT REFORME, AU REGIMENT DE LA SARRE Sa Majesté ayant jugé à propos d'accorder une lieutenance réformée d'infanterie au sieur Nolin, et voulant lui donner le moyen d'en faire les fonctions, elle lui ordonne de se ren - dre incessamment au second bataillon, régi- ment d'infanterie de la Sarre, pour y servir en qualité de lieutenant réformé et d'y être dorénavant entretenu et payé de ses a])poin- tements en cette qualité, sur le pied de douze cents livres par an, à raison de cert livres 13 par mois, en passant [irésent aux revues qui seront faites du dit bataillon. Fait à Versailles, le 13 février 1759. Louis. Le M.MifccHAL DUC DK BELLE-IsLE. 17.59 — 13 février XOMI\ATIO> DU SIEUR C ABANEL DESERMET COMME LIEL'TE.VANT REFORMÉ, AU RÉiJLMENT DE GUYENNE De p.TT le R<»y : Sa Majesté ayant jugé à propos d'accorder une lieutenance réformée d'infanterie au sieur Jean-Joseph de Cabanel de Sermet, et vou- lant lui donner moyen d'en faire les fonctions, elle lui ordonne de se rendre incessamment au second bataillon du régiment d'infanterie de Guyenne, pour y servir en qualité de lieutenant réformé et y être dorénavant entre- tenu et payé de ses appointements en cette qualité, siu' le pied de douze cents li\Tes par an, à raison de cent livres par mois, en pas- sant présent aux revues qui seront faites du dit bataillon. Fait à Versailles, le 13 février 1759. Louis. Le maréchal duc de Belle-Isle. 1750 — 17 février LE ROY AU MARQUIS DE MONTCALM LETTRES DE SERVICE POUR RECEVOIR DES CHEVALIERS DE SAINT-LOUIS M. le marquis de Moutcalm, I-a satisfaction que j'ai des services des officiers dénommés dans l'état ci-joint, m'ayant convié à les associer à l'ordre militaire de Saint-Louis, je vous ai choisi et commis pour 98 INSTRUCTION AU SUJET DES CHEVALIERS DE SAINT-LOUIS en mou nom, les recevoir et admettre à la dignité de chevalier du dit ordre, et je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que, conformément à l'instruc- tion qui est ci-jointe, vous ayez à procéder à leur réception. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le marquis de Montcalm, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 17 février 1759. BOYEU. Louis. 1760— 12 février LETTRE DU ROY AU SIEUK DE LA MARTINIE rinformant qu'il est uommé chevalier de Saint-Louis M. Jean-Baptiste Boischâtel de La Martinie, La satisfaction que j'ai de vos services ra'ayaut convié à vous associer à l'ordre militaire de Saint-Louis, je vous écris cette lettre pour vous dire que j'ai commis le sieur chevalier de Lévis, maréchal de camp en mes armées et chevalier du dit ordre, pour, en mon nom, vous recevoir et admettre à la dignité de chevalier de Saint-Louis, et mon intention est que vous vous adressiez à lui pour prêter en ses mains le serment que vous êtes tenu de faire en la dite qualité de che- valier du cUt ordre et recevoir de lui l'acco- lade et la croix que vous devez dorénavant porter sur l'estomac, attaché d'un petit ruban couleur de feu, voulant qu'après cette récep- tion faite, vous teniez rang entre les autres chevaliers du dit ordre et jouissiez des hon- neurs (pi y sont attachés. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. Jean-Baptiste Boischâtel de La Mar- tinie, eu sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 12 février 1760. 1760 — 12 février LETTRE DU ROY AU CHEVALIER DE LÉVIS rinform.int (lu'il le commet pour recevoir les chevaliers de Saint-Louis M. le chevalier de Lévis, La satisfaction que j'ai des services des officiers dénommés dans l'état ci-joint, m'ayant convié à les associer dans l'ordre militaire de Saint-Louis, je vous ai choisi et commis pour, en mon nom, les recevoir et admettre à la dignité de chevalier du dit ordre, et je vous écris cette lettre pour vous dire que mon intention est que, conformément à l'instruc- tion qui est ci-jointe, vous ayez à procéder à leur réception. Et la présente n'étant pour autre fin, je [me Dieu qu'il vous ait, M. le chevalier de Lévis, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 12 février 1760. Louis. BOYER. Louis. BOYER, INSTRUCTION POUR RECEVOIR DES CHEVALIERS DE l'oRDRE MILITAIRE DE SAINT-LOUIS Lorsque les officiers que M. le chevalier de Lévis, brigadier des armées du Roi, doit rece- voir chevaliers du dit ordre, se seront rendus près de lui pour être reçus conformément aux ordres du Roi, il les fera mettre à genoux, et, découverts, ayant les mains jointes, et lui debout et couvert, il fera lire à haute voix la fornude qui suit : " Vous jurez sur la foi que vous devez à Dieu, votre Créateur, que vous vivrez et mourrez dans la religion catholique, aposto- lique et romaine ; " Que vous serez fidèles au Roi, et ne vous départirez jamais de l'obéissance qui lui est LE CONSEIL D'ÉTAT ET M. DE LA TOUR 99 due, et il ceux qui commandent sous ses ordres ; " Que vous garderez, défendrez et soutien- drez de tout votre pouvoir, l'honneur, l'auto- rité et les droits de Sa Majesté et ceux de sa couronne, envers et contre tous ; " Que vous ne quitterez jamais sou service pour entrer dans celui d'un prince étranger sans la permission et agrément par écrit signé de Sa Majesté ; " Que vous lui révélerez tout ce qui viendra à votre connoissance contre sa personne et contre son état, et garderez exactement les statuts et règlements de l'ordre de Saint- Louis, auquel Sa Majesté vous a agrégé et vous a honoré d'une place de chevalier en icelui ; ■ " Que vous vous comporterez en tout, comme un bon, sage, vertueux et vaillant chevalier est obUgé de faire, auisi que vous le jurez et promettez." Le dit serment lu, et les chevaliers ayant promis de garder et observer ce qui y est contenu, M. le chevalier de Lévis tirera son épée du fourreau et leur en donnera un coup du plat sur chaque épaule, et les embrassant ensuite, leur dira ces mots : " Au nom de Sa Majesté et suivant le pouvoir qu'elle m'en a donné, de par Saint-Louis, je vous fais cheva- liers." Et, à l'instant il leur remettra à chacun une croix du dit ordre, avec le ruban couleur de feu, pour être les dites croix attachées et portées dorénavant par les dits chevahers sur l'estomac, comme font et sont obhgés de faire les autres chevaliers du dit ordre. Ensuite de quoi ils se retireront, et M. le chevalier de Lévis informera Sa Majesté de ce qu'il aura fait en exécution de la présente, et mar- quera le jour qu'il aura procédé à la réception des dits chevaliers. Fait à Versailles, le 12 mars 1756. M. DE Voter d'Akgexsox. 1701 — 22 mars LETTRE DU ROY AU CHEVALIER DE I.ÉVI3 M. le chevalier de Lévis, La satisfaction que j'ai des services du sieur Loius Preyssac de Bonneau, capitaine dans le régiment d'infanterie de Guyenne, m'ayant convié à l'associer à l'ordre mihtaire de Saint-Louis, je vous ai choisi et commis pour, en mon nom, le recevoir et admettre à la dignité de chevalier du dit ordre, et je \ous écris cette lettre pour vous dire que mon intention esc que, confonnément à l'ins- truction qui vous a été ci-devant adressée, vous ayez à procéder à sa réception. Et la présente n'étant pour autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait, M. le chevalier de Lévis, en sa sainte garde. Ecrit à Versailles, le 22 mars 1761. LOULS. Le duc de Choiseul. 1044 — 0 mars LETTRE DU (OXSEIL D'ETAT AC SUJET DU SrEUR DE LA TOUR Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y estant, la Reine Régente, sa mère, présente, tenu i Paris le 6e jour de mars lt>44 Vu au conseil du Eoy les charges et infor- mations du 14" juillet mil six cent quarante, faites à la requête de Germain Doriiet dit La Verdure, capitaine d'armes de Pemptegot, Isaac Pesseley et Guillaume Taham, tant en leui-s noms que comme faisans et represeu- tiins les autres habitans du port Royal, la Haive et Pemptegot, en la Kouvelle-France, et commis fondé de procuration d'iceulx, allencontre de Charles de St.-Etienne de La 100 LE CONSEIL D'ÉTAT ET M. DE LA TOUR Tour commis par sa ]Majest(5 pour commander en qualité de son lieutenant général aux pays d'Acadie, fort Louis, port de la Tour et lieux qui en dépendent en la Nouvelle-France, soubs l'autorité et la nomination du feu sieur Cardi- nal de Eichelieu, vivant grand maistre, chef et surintendant de la navigation et commerce de France. Interrogatoires faits par le dit Chapon aux nommés Pierre Chabron, matelot; Pierre Baudi, Pierre Marquis, Michel de Nougaret (?) Eobert Le Manseau, Moïse Gallot, autre matelot, et Damien Deverchau ? serviteurs du dit De la Tour du xbj. du dit mois et au ; autres information faites par addition de l'autorité du sieur D'aunay Char- nizay t\ l'encontve du dit de la Tour du 17 ? du mois de Juillet audit an; et autres infor- mations du xvi aoust 1641, sur la plainte de quelques particuKers habitans du Port-Royal, au dit Pays. An-est du Conseil jirivé du Roy du xxi (?) febvrier 1642, par lequel est ordonné que le dit Charles de St-Etienne, sieur de la Tour, sera pris au corps et constitué prisonnier pour estre ramené et conduit en France pour estre ouy et respondre sur les faits et cas à luy imposés, et tous ses biens saisis et arrester, avec très expresses inhibi- tions et deffenses à, toutes personnes d'obéir, ni rendre et prester aucune assistance au dit de la Tour sur peine de punition corporelle, selon l'exigence des cas, et enjoint au sieur D'aimay de faire exécuter le dit arrest et d'y donner main forte comme aussy de se saisir des forts et lieux occupés par le dit de la Tour et d'y estabhr personnes fidèles affectionnées au service de sa Majesté qui en jiuissent respondre ; commission adressée au dit sieur D'aunay pour l'exécution du dit arrest du dit jour, et autre arrest du dit conseil du dit jour portant décret de prise de corps à l'encontre du nommé Desjardins, commis.sionnaire du dit de la Tour, pour luy avoir envoyé des rafrai- chissemeuts et moyens de subsister au dit païs d'Acadie, et autres défenses àtousmaîs- tre de navires et toutes autres personnes, de quelque qualité et condition quelles soient, de porter, ny envoyer aucuns hommes, vivres, mrmitions, ny marchandise au dit de la Tour, ou par ses ordres et de ses complices et adhé- rans, sur peine de confiscation des navires et marchandises, où les dites choses seront trou- vées ou se vérifiera quelles aient été portées, d'amende et de punition corporelle selon l'exigence des cas, copies dont arrêt du dit Conseil du xxby (?) juillet 1643, portant que par les officiers de sa Majesté et l'admiraulté estably à la Rochelle, il sera informé des contraventions aux dits arrests, tant contre le dit Desjardins que tous autres contrevenans, et que tous navires, équipages d'iceux, vivres, munitions et marchandises qui seront trouvés aller en faveur du dit de la Tour ou en reve- nir, seront pris, arrestés et mis en seure garde, pour en esti'e par les dits officiers de l'admi- rauté, ou par Sa Majesté, ordonné ainsi qui de raison, et autres informations du Ix (?) aoust 1643, faictes de l'autorité du dit sieur D'Aunay, par le dit Chapon, sur la plainte des habitans du Port-Royal, au dit pays d'Acadie, et du séminaire des Garçons et filles sauvagesses establi au dit lieu, et autres infor- mations du xuy octobre au dit an faites par les lieutenant général et juge ordinaire de l'admiraulté de Guyenne, establie en la ville de La Rochelle, et la requeste du dit sieur D'Aunay, le procureur du Roy de la dite ad- miraulté joint, à l'encontre des dits de la Tour et Desjardins, Estienne Mouroy et autres sur la contravention, aussy arrests, autres infor- mations faites par le juge de l'admirante du xv du dit mois d'octobre, au dit au 1G43, à la requeste et sur la plainte du dit de la Tour à rencontre du dit sieur D'aunay, pour l'empes- chement par luy fait à Estienne de Mouroy, capitaine de marine conduisant le navire le Saint-Clément, chargé de vivres et munitions LE CONSEIL D'ÉTAT ET M. DE LA TOUR 101 nécessaires pour la subsistance du dit de la Tour et les François estans soubs sa cbarge, dans le port de la rivière Saint-Jean, suivant l'ordre du dit Mouron à hiy baillé par le sieur Grand prieur de France, ensemble le rapport du dit Mouron par devant le juge de l'ami- raulté du xu}' du dit mois d'octobre au dit an. Copie de la nomination faite par le sieur Car- dinal de Eiclielieu de la personne du dit sieur D'aunay pour commander au dit fort hors du port de la Tour et le long de la dite coste, pour le service de Sa Majesté, avec pouvoir d'establir soubs luy tels interests que bon luy semblera du xuy (?) febviier 1641. Coppie de la dite commission de Sa Majesté au dit sieur D'aunay, en conséquence de la dite nomination, pour exercer, pour commander en qualité de lieutenant gênerai de la dite Majesté au dit fort Louis, pour le service de Sa Majesté avec pouvoir d'establir soubs luy tels lieutenants que bon luy semblera du xxy. feb. 41. Coppie de la commission de Sa Majesté au dit sieur D'aunay, en conséquence de la nominatio.i, pour exercer, pour comman- der en qualité de lieutenant général de la dite Majesté au dit fort Louis et le long de la dite coste du XX. Cry (?) du dit mois de febvrier, au dit an. Coppie de la lettre détachée de la dite Majesté (?) envoyée au sieur D'Aunay pour se saisir de la personne du dit de la Tour, sur le refus qu'il fera de s'embarquer et venir trouver la dite Majesté, du 13 febvrier 1641. Coppie de de l'arest adressante au sieur delà Tour pour s'embarquer et venir trouver sa dite Majesté, pour l'informer de l'état du païs, du dit jour, attestation du nommé Lestang c} -devant lieutenant du dit de La Tour, des deportemens d'iceluy de la Tour au dit pays, du xciy (?) octobre au dit an 1643. Et la relation des pères capucins (effacé (sic) des violences et entreprises du dit de La Tour à rencontre du sieur D'Aunay, rapports des chirurgiens qui ont pansé et medicamenté les gens du sieur D'aunay blessés) avec jirière au Koy mettre quelque ordre au dit pays pour la conversion des sauvages. Articles et pro- positions du dit de la Tour envoyés au dit sieur D'aunay, à Jacques LeBœuf M"" du navire, pour conduire le vaisseau appelé de Notre Dame, du port de soixante et dix ton- neaux, au lieu (Menonne) par Ycelle du der- nier octobre 1637, et avec commission du dit sieur D'aunay au sieur Morot, capitaine de la marine, pour commander la barque nommé le sieur François, et Ycelle conduire et mener le long de la coste d'Acadie, du cinq juin 1638. Certificat du 4 septembre dernier 1643 que le dit sieur de la Tour n'a pu s'embarquer pour aller eu France, à cause de son indisposition et attestations des Recollets des violences exercées par le dit sieur D'aunay à l'encoutre du dit sieur de la Tour des xb avril 1642 et XX Janvier 1644, esjriptures et productions des parties et autres productions employées par le dit sieur D-3 la Tour d'une Instance et cy-devant pendante au dit conseil, entre le dit sieur D'aunay à l'encoutre de Marie d'Au- vergne, vefve de feu Jacques Jamin, vivant, capitaine de marine, en laquelle le dit sieur de la Tour estoit partie Intervenante, ensemble les charges et informations et autres procé- dures eerittes, faute par les juges de l'admi- rauté, pour raison de l'assassinat commis en la personne du dit Jamin, requeste du dit de la Tour et attendu que les associés et directeurs de la compagnie de la Nouvelle- France ont interest que le pais ne tombe soubs le pouvoir de personnes qui ne leur soient agréables. Il soit ordonné que les dits directeurs et associés seront assignés au dit conseil pour assister en la dite Instance, autre requeste des pères Recollects de la province de Guyenne, à ce que le sieur D'Aimay soit condamné à les indamniser des pertes qu'ils ont souffertes en la Nouvelle-France, par les violences de touts les genres, par les dites par- 102 LA COMPAGNIE DE LA NOUVELLE-FEANCE ties et estre et produit par iceux le sieur Bavilloii commissaire, les sieurs Lebiet, Faii- ger, Dormesson, Monoy et Dalligre, ouy son rapport (de Barillon). (Je lis en prière de la Reine liégonte. (Ce doit être en présence.) Le Eoy estant en son conseil. A ordonné et ordonne tiue dans trois mois après la signification du présent arrcst, le dit sieur de la Tour se représentera à la suite du conseil pour respondre sur les faits résultant des dites charges et informations, et à cette fin pour donner moyen au dit Latourde revenir, luy a permis et permet à la femme du dit Latour de luy envoyer nu vaisseau avec vivres nécessaires pour la place sans (?) aucune munition de guerre, en baillant bonne et suffisante caution de ramjner surrement le dit Latour en france autrement et au défaut de ce 11 sera fourny au dit de la Tour un vaisseau pour venir en france, et des vivres nécessaires, de deux mois en deux mois, pour la subsistance et autrement de ceux qui demeureront au fort de I^a Tour, dont il se remboursera svu' les pelleteries provenant des traites, et pour la garde et seureté de la place, le dit de la Tour pourra y laisser telle per- sonne que bon luy semblera pour y comman- der en son absence et jusques a ce que le dit De la Tour ayt obéit et se soit représenté, fait Sa Majesté Inhibition et défenses aux dits Desjardins, Moron, et à la femme du dit de la Tour, de passer es costes de l'Acadie, ny de sortir hors de france, à peine de la vie, ny a aucuns maistres de navires de les recevoirs en leurs vaisseaux, ny de mener ou envoyer aucuns vivres, munitions, ny marchandises au dit de la Tour, traffiquer avec luy, ny de rapporter du dit pays aucunes pelleteries appartenans au dit de la Tour, ses agens, ou par ses ordres soubs les mesmes peines de con- fiscation des dits navires et marchandises. Ordonne que tous navires, équipages, vivres et munitions qui se trouveront appartenir aux dits Desjardins Monon, et tous autres vaisseaux qui pourront aller au dit lieu de l'Acadie, en la faveur du dit de la Tour, seront arrestés aux ports, deffenses à tous gouverneurs et officiers de l'amiraulté de les laisser sortir des ports, si ce nestoit le dit vaisseau pour ramener le dit de la Tour, après qu'il sera apparu de la caution baillé et en cas qu'il soit contrevenu au présent arrest, et que le dit de la Tour n'ayt obéi et ne se soit représenté dans le temps porté par iceluy, enjoint Sa Majesté au sieur D'aunay de faire exécuter le dit arrest par toutes voyes, se saisir de la per- sonne du dit de la Tour pour le faire conduire soubs bonne et seure garde en france, pour- voir à la seureté du fort du dit de la Tour, et y establir telle personne qu'il jugera fidèle et affectionnée au service de Sa Majesté, qui eu puisse respondre — auquel cas très expresses inhibitions et défenses sont faites k ceux qui se trouveront dans le dit fort, pour tous autres, de vendre oxi prester aucune assistance au dit de la Tour, ny d'obéir à autre qu'à D'au- nay, à peine d'estre déclarés rebelles et crimi- nels de léze Majesté, et punis suivant la rigueur des ordonnances, lequel D'aunay sera aussi tenu les traiter favorablement et les assister de vivres et choses nécessaire.'!, et sera le présent arrest publié et affiché en tous lieux et endroicts où besoin sera, etfoy ajous- tée aux copies deuement collationnées (effacé) dont le dit D'aunay pourra avoir besoin. Gaston — Seguier — Barillon — Daligre — Lebret — Fauger — Lefebvre d'Ormesson — ■T. de Juyé (?) 1656 — 15 mars COMP.^GME DE LA NOUVELLE-FR.IXCE EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEIL D'ÉTAT Sur la requête présentée au Eoy en son Conseil par les directeurs et associez de la LA COMPAGNIE DE LA NOUVELLE-FRANGE 103 Compagnie de la Nouvelle Fiance : Conte- nant ([u'après avoir desjieiisé plus de quinze cent mille livres pour l'Eslablissement d'une colonie au dit pays, pour convertir les peuples sauvages à la Foy, et les r(5duire à une vie civile, soubs l'autliorité de Sa Majesté, lors- qu'ils estoient en quelque espérance de se dédommager de quelque partie de cette des- pense si excessive, par le bénéfice de la traite qui estoit bien establie au dit pays, ils auroient esté obligez, à l'instante prière des dits habi- tans, de leur remettre la dite traite, et ainsi se dépouiller en leur faveur de toute l'utilité qu'ils pouvoient espérer de si grandes avances, en retenant seidement une rente seigneuriale et foncière d'un millier de castor par chacun an, suivant le traité fait entre eux pour rai- son de ce— Depuis lequel délaissement, non seule- ment les dits associez n'auroient pas esté bien payés de la dite rente, en telle sorte qu'il leur est présentement deub trois années d'arréragé, mais comme le pays n'en auroit pas reçeu l'advantage et l'accroissement qu'on avoit fait proposer ; ce qui provient de ce qu'un conseil estably à Qiiebecq, à l'insçu des dits supplians, dispose à sa volonté des mar- chandises et du négoce d'icelle traite, sans aucune participation des habitans, ainsi qu'il paroissoit par la responce de Simon Dénis, leur procureur, syndic, à la sommation qui luy a esté faite en cette ville de Paris, de la part des dits associés, le 24 janvier dernier, en telle sorte que les habitans n'ont pas plus de liberté pour la dite traite qu'ils avoient avant qu'elle leur fut délaissée, et n'estant pas ainsi raisonnable que les dits associés soient ainsi frustes d'une rente qui leur couste si cher et d'une redevance qui leur appartient si légi- timement : Requeroient qu'il plust à Sa Majesté ordonner que les dits habitans paye- ront incessamment, et au retour des premiers vaisseaux, les trois années d'arrérages de la dite rente due avec le courant, et outre (lu'ils payeront tout ce qu'ils doivent d'ailleurs i\ la dite com])agnie pour effets ou argent prestes, continueront à l'advenir le payement de la dite rente et en donneront bonne et suffisante caution en cette ville de Paris, autrement déclarés descheus du bénéfice de la dite traite, et permis à la dite compagnie d'y rentrer pour l'exercice, ou autrement eu disposer ainsi qu'elle advisera bon estre, eu vertu du présent arrest, et sans qu'il soit besoin d'au- cun autre, et cependant pour faciliter d'avan- tage la dite traite et en empescher les abus, ordonne que par chacun au les dits habitans esliront dans une assemblée générale, à la pluralité des voix, quatre d'entre eux pour avoir l'entière direction et disposition de la dite traite, circonstance et dépendance, sans que le dit conseil en prit connoissance, si ce n'estoit pour examiner les comptes des receptes et despenses, ou pour terminer les contestations qui pourroient naistre pour raison de la dite traite. Comme aussi que le Procureur Fiscal de la dite compagnie sera admis au dict conseil et y aura entrée et voix délibérative, pour prendre garde à tout ce qui concernera l'intérest d'icelle. Et pour obvier aux fraudes qui se pour- ront faire au payement du quart des cas- tors et pelleteries qui doit estre porté aux magasins, pour satisfaire aux charges publi- ques, ordonner que les marchands et tous autres qui en apporteront, seront tenus de représenter les quittances du droit payé au dit magasin de Québec ou copies duement collationnées, signées et certifiées du dit pro- cureur fiscal, lorsque leurs vaisseaux aborde- ront en France, par devant ceux qui seront commis et préposés pour cet effect par la dicte compagnie — Vu la dite requeste des sup- plians au dit Denis, qualifié syndic des dits habitans, avec sa response. Ouys aussi aucuns des Pères Jésuites ayant soin des affaires de 104 LA COMPAGNIE DE LA NOUVELLE-FEANCE leur compagnie en la Nouvelle-France, venus exprès en l'assemblée des commissaires à ce députés, pour prier que leurs pères qui sont an dit pais fussent dispenser à l'advenir d'en- trer au dict conseil de Québecq, ainsi qu'ils y estoieut obligés par le dernier règlement fait au conseil de Sa Majesté, afin qu'estant des- chargés de ce soin, ils puissent vaquer avec plus de liberté à leurs missions et ■ à la con- version des sauvages. Ouy le rapport des Sieurs de Lamoygnon et Lallement, conseillers du Roy en ses conseils, maistres des requestes ordinaires de son hostel, ensemble des Sieurs de la Marguerie et de Vertamont, conseillers ortlinaires aux dits conseils, tous commissaires à ce députés, et tout considéré. Le lioy en son conseil a ordonné et ordonne que les dits habi- tans payeront aux dits associés de la Compa- gnie de la Nouvelle-France les trois années d'arrérages de la dite rente seigneuriale, dont est question, en trois années esgalement et consécutivement, avec le courant de la dite rente, à commencer en la présente année 1656, et continuant à l'advenir sans discontinuation. Autrement et à faute de ce faire sera fait droit sur la demande de's dits associés aux fins de rentrer dans la traite par eux délaissée aux dits habitans, comme aussi payeront incessam- ment tout ce qu'il doivent d'ailleurs à la dite compagnie pour deniers ou effets prestes, et pour régler le dict payment et en donner les assurances à la dite compagnie, ensemble pour toutes les autres affaires du commun du dit pays, jjouiTont les dits habitans députer un d'entre eux pour venir en France, au retour des premiers vaisseaux, lequel ne pourra estre arresté pour les debtes générales pendant le temps de son voyage et séjour, et pour obvier aux fraudes qui se peuvent faire au paiement du quart des castors et pelleteries qui doit estre porté au magasin, veut et ordonne Sa Majesté que les marchantls et tous autres qui en apporteront seront tenus de représenter les quittances du droit payé au dit mag-asin, ou coppies d'icelles deuement coUationnées, cer- tifiées et signées du dit procureur fiscal, lors- qu'ils seront abordés en France, par devant ceux qui seront commis et préposes pour cet effet par la dite compagnie et par les habitans du dit pays, si bon leur semble, et à faute de ce faire et d'avoir payé le dit droit de quart, seront les marchandises confisquées — Ordonne aussy Sa Majesté qu'il y aura deux clefs de la porte du dit magasin, l'une desquelles demeu- rera entre les mains du commis préposé par le dit conseil de Québec, en la manière accoustumée, et l'autre en celle d'un autre commis qui sera esleu tous les ans par le commun de tous les habitans du dit pays, lesquels pour cet effet seulement s'assemble- ront une fois l'année au dict Québec, en t«l lieu qu'ils adviseront bon estre, par devant le premier des conseillers du dict couseU sur ce requis, dans lequel magasins le procureur fiscal de la dite compagnie pourra entrer toutefois et quant que bon luy semblera. Veut et entend sa dite Majesté que le dit procureur fiscal ait entrée et séance au dit conseil de Québec et qu'il lui soit donné copie des comptes qui seront rendus tous les ans en sa présence, de la recepte et despense, afin que les charges soient deuement acquittées, pour estre les dictes coppies par luy envoyées chaque année aux associés de la dicte com- pagnie, et ayant esgard à la réquisition des dits Pères Jésuites, Sa Majesté les a des- chargés et descharge d'assister au dit conseil jusqu'à ce qu'autrement en ait été par elle ordonné. Fait au Conseil d'Estat du Eoy tenu à Paris le 15° jour de Mars 1656, ainsi signé Bossuet, coUationné et controUé. L'arrest dont est copie cy-dessus a été par mo}-, huissier es conseils du Eoy, signifié au LE COMMEllCE ET LA TEAITE DES PELLETERIES 105 (lit Denis, Syndic dos habitans de la Nouvelle- Er^nce, en parlant à sa personne, à ce qu'il n'en ignore, le jour de mars IG56, signi'. Collationiié à l'original parmoy, conseiller secrétaire du Koy, maison et couronne de Erance et de ses finances. Dk la Touii. In57 — 7 mars ARRET DU CONSEIL D'ETAT PORTANT RÈGI.KMEXT SUR I.E COMMERCE ET TRAITE DE CANADA Le IJoy étant informé par les remontrances des directeurs de la Compagnie généralle de la Nouvelle-Erance, qu'encore que par affection envers les habitans du dit pays elle se soit privée en leur faveur du profit de la traite des pelleteries, la leur ayant délaissée sur leurs instantes prières aux conditions portées par les articles accordés et convenus pour cet effet, approuvés et ratifiés par Sa Majesté, néanmoins les dits habitans n'en ont pas tiré tous les avantages qu'ils en avoient espérés, et s'étant d'abord engagés à plusieurs dépenses' pour le ménagement de la dite traite, dont ils n'avoient pas lors toute l'expérience requise, ils ont contracté plusieurs dettes qu'ils n'ont pu acquitter et même ont eu " peine a sub- " venir aux charges publiques et nécessaires " pour l'entretien de la colonie, particulière- " ment depuis quelques années que la dite " traite avec les sauvages a été indifterem- " ment permise à tous les habitans, d'autant " que les plus forts d'entr'eux s'attirant tout " le négoce et le faisant à l'envi les uns des autres." Les moins accommodés dont le nombre est gi'and n'en ont tiré aucun jirotit quoi qu'en ait pu prétendre le sieur de Lauzon, gouverneur du dit pays. Et le ptix 14 des marchandises de traite à l'égard des sau- vages est UiUement avili ([ue s'il n'y étoit ]iourvu, en remettant la traite dans les maga- sins de la communauté, au mcjins pour la plus grande partie, elle décherroit totalement en peu d'années, dont les habitans leur ont donné avis, offrant même de remettre la dite traite à la dite compagnie. Laquelle remise la dite compagnie n'a pas jugé à propos d'ac- cepter counaisaut par la suite les affaires du dit pays et les relations qui lui eu sont faites d'année en autre, que dorénavant les habitans étant fort instruits de tous les moyens de faire valoir la dite traite, la seule cause qui les prive maintenant de l'effet et de l'utilité que le pays en doit retirer est que la com- munauté ne traite plus dans les magasins iniblics et que quelques particuliers attirent le bénéfice a eux seuls et troublent l'établis- sement du prix au commerce avec les sau- vages, à quoi s'il plaisoit à Sa Majesté d'accorder un remède convenable pour le rétablissement des magasins publics, il eu reviendroit un profit suffisant avec le quart qui se paie par les habitans, non seulement pour supporter les charges ordinaires, mais encore pour acquitter les dettes du pays. Auxquelles remontrances et supplications de la dite compagnie Sa Majesté voulant pour- voir, a ordonné et ordonne que dorénavant, à commencer dès la présente année, toutes les marchandises propres pour la traite des pel- leteries avec les sauvages qui seront envoj'ées dans le dit pays de la Nouvelle-France, seroni portées dans les magasins publics et consignées par les marchands ou leurs fac- teurs entre les mains des commis des dits magasins qui seront élus par le conseil (pii sera établi pour la dite traite, ainsi qu'il sera expliqué ci-après, défendant très expressé- ment Sa Majesté à tous marchands, facteurs et autres qui feront porter les dites marchan- dises à traiter, d'en user autrement, à peine de 106 LE COMMERCE ET LA TEAITE DES PELLETERIES coafiscaiion d'icelles, révoquant à cette fia et annullant tous passeports qui peuvent avoir été délivrés pour porter au dit pays des mar- chandises en la présente année, sinon, à condi- tion que ceux qui s'en voudront servir, se soumettront d'exécuter le présent règlement sans que pour raison de ce ils puissent pré- tendre à des dépens, dommages et intérêts. 2. Aussitôt que les navires seront arrivés au dit pays les marchands ou facteurs seront tenus de porter au conseil de la dite traite la facture des marchandises qu'ils auront appor- tées de france pour être fait un tarif de la valeur d'yceUes, avec les frais et profits, et ensuite les marchandises propre pour la traite seront portées dans les magasins publics de Québec, des Trois-Rivières et de Montréal, selon l'opportunité des lieux où la dite traite pourra être plus facile et avantageuse, ainsi qu'il sera jugé par le dit conseil, et quant aux autres marchandises, comme draperie, mer- cerie, linge, cuirs, souliers, liqueurs et autres qui ne sont de traite, elles demeureront eu la disposition des marchands et facteurs pour les débiter aux habitams du dit pays, ainsi qu'il est accoutumé, faisant sa Majesté très expres- ses inhibitions et défenses aux habitans, mar- chands, facteur.-;, capitaines, matelots, passa- gers et à tous aiitres de traiter en quelque sorte et manière que ce soit, vin, ni eau-de-vie avec les sauvages, à peine de punition corpo- relle. 3. Le dit conseil fera distribuer aux habi- tans des marchandises de traite qui seront mi.ses dans les dits magasins pendant un mois après l'arrivée d'icelle, jusques à la moitié de ce qui sera estimé en pouvoir être traité par chacune année, lesquelles marchandises seront j)ayées par les dits habitans aux commis des dits magasins auparavant la délivrance d'iceUes, ou sera par eux donné assurance du paiement auparavant le partement des vais- seaux pour revenir en france. Et au cas que la moitié des marchandises destinée aux dits habitans ne soit pas entièrement distribuée, faute d'avoir par evix payé comptant ou donné assurance du paiement de ce qu'ils auront pu prendre pendant le dit mois, la dite moitié leur pourra être distribuée pendant un autre mois, si le dit conseil le juge à propos, et le total de la dite moitié n'étant distribué dans le ilit second mois, faute de paiement ou assurance, le restant demeurera au magasin sans que les dits habitans y puissent prétendre, et de ce qui aura été traité par les dits habitans, ils en paieront exactement le quart au profit du magasin, ainsi qu'il est accoutumé. 4. Le conseil de la dite traite sera composé du gouverneur du pays, d'un directeur qui sera triennaire, nommé par la dite compagme, et de quatre conseillers, deux desquels seront élus par la communauté des habitans de de Québec, à la pluralité des voix, avec liberté de suffrages, et les deux autres le seront pareillement par les communautés des habi- tans des Trois-Rivières et de Montréal, cha- cune à son égard, lesquels quatre auront entrée, séance et voix délibérative pendant deux années consécutives, après lesquelles expii'ées, seront seulement changés deux du dit conseil, savoir un de Québec, et im des Trois-Rivières et de Montréal alternative- ment, et lorsque ceux des Trois-Rivières et de Montréal ne poun-ont assister au dit conseil, à Québec, ils prendront soigneusement garde, chacun dans le magasin de son habitation, que ce qui aura été ordonné et réglé au dit conseil soit ponctuellement exécuté. 5. Le procureur fiscal de la dite compagnie aura entrée et séance au dit conseil, et soin que le présent règlement soit exactement observé, et que les charges ordinaires soient payées annuellement. 6. Toutes les matières concernant la dite traite, circonstances et dépendances d'icelles, mêmes pour ce qui peut être de l'emploie des M. DE BÉCANCOURT ET LE COMMERCE AU CANADA 107 deniers provenant du riiiait et du profit de la traite qui sera faite dans les magasins, tant pour le paiement des charges ordinaires que pour les dépenses extraordinaires, ne seront délibérées et décidées que dans le dit conseil) à la pluralité des voix, avec liberté de suffra- ges, excepté pour les dépenses pressantes et inopinées auxquelles le dit sieur gouverneur pourra pourvoir sur le champ, et s'il arrive qu'il y ait partage d'avis entre les personnes qui composent le dit conseil, en ce cas, l'avis duquel sera le gouverneur prévaudra, sans néanmoins qne ledit conseil puisse retrancher, ni diminuer des appoiutemens et charges réglés par les jirécédens réglemens, tant pour le gouverneur, communautés qu'autres per- sonnes. 7. 11 sera rendu compte au dit conseil par chacune année de la recepte et dépense qui aura été faite dans les dits magasins et délivré au procureur fiscal de la dite compagnie une copie signée de chacun compte qui y sera rendu auparavant le partemeut des vaisseaux, pour l'envoyer au secrétaire de la dite com- pagnie, et sera pareillement fait au dit conseil chacune année auparavant le partement des vaisseaux un pi'ojet de l'emploi des deniers revenans bons du dit quart et profit de ladite traite, lequel sera aussi délivré au dit procureur fiscal pour l'envoyer au secrétaire de la dite Compagnie afin qu'elle donne son avis et con- sentement sur la distribution et l'emploi des dit deniers, étant raisoimable que, puisqu'elle se prive volontairement du profit de la dite traite en faveur de la communauté des dits habitans, elle connoisse si les dits deniers seront employés selon son intention, pour le bien et avantage de la dite colonie. 8. Après les charges ordinaires et redevan- ces seigneuriales payées, et les dépenses plus pressantes et nécessaires pour le bien du pays, le surplus des dits deniers revenants bons sera employé au paiement des dettes de la communauté des dits habitans, le tout par provision, jusques à ce qu'autrement par Sa Majesté ait été ordonné sur les avis qui lui en seront donnés par le sieur vicomte d'Ar- genson, gouverneur du pays, et sans préju- dice des précédens règlemeus que Sa Majesté ordonne être exécutés selon leur forme et teneur, en ce qui n'y est dérogé par Afin que personne n'en ignore, ordonne être publié et affiché par tout qu'aux copies d'icelui coUationnées par et secré- taires, foi soit ajoutée comme à l'original — Fait au Conseil d'Etat du Roy tenu. Sa Majesté y étant, à Paris le 7ème jour de mars 1657. 1060 — 20 février POUR LE SIEUR DE BECAXCOURT EXTRAIT DES REGISTRES DU CONSEII, PRIVÉ DU ROV Sur la requête présentée au Roy en son conseil par René Robineau, sieur de Bécan- court, habitant de la Nouvelle-France, demeu- rant à Québec, et l'un des associés de la com- pagnie générale au dit pays, contenant que le conseil d'iceluy pays ayant reconnu les fraudes qui se sont faites en la distribution des marchandises aux habit.ius, causées par la nécessité des marchands qui y négocient, lesquelles fraudes il leur a esté impossible d'empescher jusques à présent, non plus que la diversion du quart qui se perçoit sur les castors pour fournir aux dépenses et charges nécessaires ; le dit conseil auroit le dix-huict octobre dernier donné pouvoir au suppliant de former en France une compagnie de mar- chands pour, à l'exclusion de tous autres, four- nir les provisions et marchandises nécessaires au dit pays. En exécution de quoi, le suppliant auroit, sous le bon plaisir de Sa Majesté, traité avec Toussaint Guenet et compagnie, 108 M. DE BÉCANCOURT ET LE COMMERCE AU CANADA iiiavchauds de la ville de Eoueii, le troisièuie du présent mois. Lequel traité le suppliant requeroit qu'il plut à Sa Majesté agréer et ordonner qu'il sera exécuté selon sa forme et teneur, et confoimément aiceluy, que le dit Guenet et comjjagnie fournira seul, pendant quatre années, toutes iiiarcliandises, provi- sions et autres choses nécessaires au dit pays, sons les conditions contenues au dit traité, avec défenses à tous marcliauds, cajiitaines de navires et autres, de quelque qualité et condition qu'ils soient, d'aller ou envoyer, en toute l'étendue du fleuve St.-l aurent dépen- dant du gcriveintment du dit pays, aucuns navires ou vaisseaux chargés de provi- sions et marchandises, ni d'en rapporter des marchandises de pelleteries, à peine d'amende et de confiscation d'icelles et des dits navi- res et vaisseaux dans lesquels il sera permis au dit Guenet et conijagnie, ses facteuis et procureurs et commis, d'y faire telles visites que besoin sera, et à cette fin enjoin- dre au gouverneur du dit (^hiebec ot tous autres de prester main forte et tenir la main à l'exécution de- l'arrest qui inttrvicndra. Vu la dite requeste communiquée de l'or- donnance du conseil aux directeurs de la Coni] agnie de la Nouvelle-Fraiice, ensemble les articles du dit traité, la réiionse des dits directeurs que Testât présent des colonies establies au dit pays ne pouvant encore souffrir le rétablissement de la traite des pelleteries, au profit coummun de tous les habitans, dans les magasins jiublics, ainsy qu'elle a esté autrefois à cause des Inva- sions fréquentes de la nation des Iroquois, à laquelle on ne peut plus différer de déclarer une guerre ouverte pendant laquelle il seroit difficile de pourvoir aux ordres nécessaires et contenir les habitans sous un règlement exact, tel qu'il seroit besoin pour remettre le dit traité des pelleteries dans sou ancienne forme avec un advantage égal à tous et pro- fitable au bien commun du dit pays, la dite compagnie consent, sous le bon plaisir de Sa Majesté, l'exécution du dit traité pendant le temps poité par iceluy, se reservant les dits directeurs à présenter à S. M., au temps con- venable, les moyens de restablir le commerce et la traite du dit pays avec plus d'utilité pour la conservation et accroissement des dites colonies, et sans que la dite compagnie et aux traités par elle faits avec les dits habitans. Vu aussi les articles du dit traita fait entre le suppliant et le dit Guenet, le troisième jour du présent moi, reconnu devant les notoires au châtelet de Paris Et ouy le rapport du sieur Boucherat, conseiller de S. M. en tons ses conseils, maîtres des requestes ordinaire de son hostel, commis- saire à ce député, et tout considéré. — Le Roy en son Conseil ayant égard à la dite reciuête et au consentement des dit directeurs de la compagnie générale de la Nouvelle- France, a ordonné et ordonne que les articles du dit traité fait entre le dit suppliant et les dit Guenet et compagnie, le troisième du pré- sent mois, seront exécutés selon leur forme et teneur, lesquels Sa Majesté a agréés, veut et entend qu'ils sortent leur plain et entier effet pendant les quatre années y contenues. Fait S. M. très expresses inhibitions et défenses à tous marchands, capitaines de navires et tous autres, de que^jne qualité et condition qu'ils soient, d'envoyer dans l'estendue du fleuve Saint-Laurent dépendant du gouvernement de la Nouvelle-France, aucunes marchandises ou jirovisions aux habitans du dit pays, ny d'en rapporter aucunes pelleteries, directe- ment ou indirectement, à peine de vingt mil livres d'amende, dépens, dommages et inté- rêts, confiscation des dites marchandises et provision.?, navires et vaisseaux dans lesquels le dit Guenet et compagTiie, leurs facteurs, pro- cureurs et conmiis,pourront faire toutes visites nécessaires quand bon leur semblera, et a M. DE LA SALLE ET LE FOET FRONTENAC 109 cette fin, eujoint Sa Majesté à tous gouver- neurs des pays et terres de sou obéissauce, gouverneurs du dit pays, leurs lieutenans, juges, m.agistrats et autres officiers qu'il appartiendra, de tenir la main ù l'exécution du présent arrest qui sera exécuté nonobstant oi>positions, apellations ou autres empêche- ments quelconques. Fait au conseil privé du Roy tenu à Paris le vingtième jour de février 16G0. Signe Démons. Louis par la givâce de Dieu Roy de France et de NavaiTe. Au premier des huissiers de nos conseils ou autre huissier ou sergent sur ce requis, nous mandons et commandons que l'arrest de notre conseil, dont l'extrait est cy-attaché, sous le contre scel de nostre chan- cellerie, cejourd'huy donné sur la requeste présentée par René Robiueau, sieur de Bécan- court, habitant de la Xouvelle-France demeu- rant à Québec, et l'im des associés de la com- pagnie générale au dit pays ; de signifier aux y dénommés et a tous autres qu'il appartien- dra, à ce qu'ils n'en prétendent cause d'igno- rance, leur faisant de par nous les défenses y contenues sur les peines y portées par nostre dit arrest, et, au surplus, pour son entière exécution, faire tous exploits et autres actes requis et nécessaires, sans pour ce demander autre permission ny Enjoignons à tous gouverneurs du dit pays, leurs lieute- nans, juges, magistrats et autres officiers qu'il appartiendra de tenir la main à l'exécution de notre dit arrest, lequel voulons estre exécuté nonobstant oppositions ou appella- tions et autres empêchements quelconques, et sera adjousté f'iy comme aux originaux aux copies du dit arrest et des présentes collation- nés par l'un des âmes et féaux conseillei"s et secrétaires. Car tel est notre plaisir. — Donné à Paris, le 20' jour de février l'an de grâce mil six cent soixante et de nostre règne le dix-septième. Signé. Par le Roy en son conseil. Démons. Collationné par moy, con- seiller escrétaire du roy, maison et couronne de France et de .ses finances. Dlîsnay (illisible). lOT.") — 13 mai .VRREST QUI ACCEPTE LES OFFRES FAITES PAR ROBRRT CAVE. LIER, SIEUR DE LA SALLE A CompiègDe, le 13 mai 1G75. Le Roy ayant fait examiner en son conseil les propositions' faites par Robert Cavelier, sieur de la Salle, contenant que s'il jjlai.soit à Sa Majesté lui accorder en pur don et à ses hoirs, successeurs et ayans cause, le fort appelle Frontenac, situé en la Nouvelle- France, avec 4 lieues de pays adjacent, les îles nommées Gauounkesnot et Kaouonesgo, et les îlots atljacents, avec les droits de chasse et de pêche sur les dites terres et dans le lac appelle Ontario ou Frontenac, et rivières cii'convcisines, le tout en droit de fief, seignevu'ie et justice, dont les appella- tions de juges resortiront par devant le lieu- tenant général de Québec, avec le gouver- nement du dit fort de Frontenac, et des lettres de noblesse, il ferait passer au dit pays de la Nouvelle-France plusieurs effets qu'il a en ce royaume pour y élever et cons- truire des habitations qui, dans la suite du temps,pourroieut beaucoup contribuera l'aug- mentation des colonies du dit pays, offre le dit de la Salle de rembourser la somme de dix mille livres, à laquelle monte la dépense qui a été faite pour construire le dit fort de Fron- tenac, d'entretenir le dit fort en bon état et la garnison nécessaire pour la défence d'icelui, laquelle ne pourra être moindre que celle du fort de Montréal, d'entretenir vingt hommes 110 LE CONSEIL D'ÉTAT AU SUJET DE LETTRES DE CHANGE pendant neuf années pour le défrichement des terres qui lui seront concédées, et en attendant qu'il ait fait bâtir une Eglise, d'en- tretenir un prêtre ou religieux pour faire le service divin et administrer les sacremens, lesquels entretiens et autres choses le dit de la Salle fera seul, à ses frais et dépens, jus- quesà ce qu'il se soit étabU au-dessus du Long- Sault nommé Garonouoy quelques particu- liers avec de semblables concessions que celles qu'il demande, auquel cas ceux qui auront obtenu les dites concessions seront tenus de contribuer aux dits entretiens à proportion des terres (^ui leur seront concédées, et ouy le rapport du sieur C'olbert, conseiller du Roy, et sou Cou' Royal et contrôileur général des finances, Sa Majesté en son conseil a accepté et accepte les offres du dit de la Salle, en conséquence lui a accordé la propriété du dit fort appelé de Frontenac et quatre lieues de pays adjacent, à compter deux mille toises pour chacune lieue le long des lacs et rivières, et au-dessus et au-dessous du dit fort, et d'une demi-lieue ou mille toises au dedans des terres, les îles nommées Ganounkouesnot et Kaouonesgo, et -les îles adjacentes, avec le droit de chasse et de pêche sur le dit lac Ontario et rivières circon voisines, le tout en titre de fief, et en toute seigneurie et justice, à condition de faire passer incessamment en Canada tous les eflets qu'il y a en ce Royaume qui ne peuvent être moins que de la somme de dix mille hvres en argent ou eti'ets, de rapporter certificat du sieur comte de Frontenac, lieutenant général pour Sa Majesté au dit pays, et rembourser la somme de dix mille livres pour la dépense faite pour la construction du dit fort, l'entre- tenir et le mettre en bon état de défense, payer et soudoyer la garnison nécessaire pour la garde et défense d'iceluy, 'laquelle sera au moins égale à celle de Mont- réal, comme aussi d'entretenir vingt hom- mes pendant deux ans pour le défrichement des terres, lesquels ne pourront être em- ployés à autres usages pendant le dit temps, de faire bâtir une Eglise dans les six pre- mières années de sa concession et, en atten- dant, d'entretenir un prêtre ou religieux pour administrer les sacrements, comme aussi d'y faire venir des sauvages, leur donner des habitations, et y former des \illages, ensemble des François, auxquels il donnera part des dites terres à défricher, toutes lesquelles seront défrichées et mise en valeur dans le temps et espace de vingt années, à compter de la prochaine, 1676, autrement le dit temps passé. Sa Majesté pourra disposer des terres qui n'auront pas été défrichées et mises en valeur. Veut Sa Majesté que les appella- tions des justices qui seront établies par le dit de la Salle, dans l'étendue des dits pays con- cédés par Sa ilajesté, resortissent par devant le lieutenant général de Québec, et à cette fin, veut Sa Majesté que toutes lettres de don et concessions sur ce nécessaires soient expé- diées au dit de la Salle, ensemble celle du gouvernement du dit fort de Frontenac, et lies lettres de noblesse pour lui et sa posté- rité. 1716— 12mai ARRET AU SUJET DE LETTRES DE CrtAXOE Sur la requête présentée au Roi par les sieurs Neret et Gayot, contenant que par acte passé par devant Delambon et son confrère, notaires à Paris, le sept juin de l'année der- nière, mil sept cent quinze, ils seroient obligés envers les sieurs Pascaud et Leclerc, mar- chands à la Rochelle, d'escompter à forfait toutes les lettres de change qui leur seraient remises du Canada sur les dits sieui-s Neret LE CONSEIL DE MAKINE ET LE l'OS'J'I-: DU DÉTltUlT et Gayot, provenant de la livraison des castors dont ils ont le commerce exclusif, (jui leur seroit faite dans leur bureau de Québec ])en- daut la dite année mil sept cent quinze, à raison de deux pour cent par mois, lequel escompte devoit commencer au mois de février dernier pour la somme de vingt mille livres, chaque mois, jusques au parfait paiement des dites lettres de change dont les dits sieurs Pascaud et Leclerc seroiant porteurs, que les suppliants avoient fait cette convention pour la sûreté et le bon ordre du commerce du cas- tor, mais que leurs agents eu Canada ayant fait monter la recette de mil sept cent quinze à cent vingt milliers de castor sec, quoique par leur traité avec la colonie cette recette ne dût être par année que de quatre vingt mil- liers, ce qui a donné lieu à tirer sur eux pour une bien plus grande somme de lettres de change qu'ils ne dévoient s'attendre et les a empêchés de pouvoir remplir l'engagement qu'ils avoient pris par le dit acte du sept juin mil sept cent quinze, ils auroient passé un nouvel acte le dix avril dernier avec le dit sieur Pascaud faisant tant pour lui que pour le dit sîeur Leclerc, par lequel tous les castors reçus dans les bureaux de Canada, pendant la dite année mil sept cent quinze, et ceux qui y seront reçus pendant la présente année, mil sept cent seize, et l'année prochaine, mil sept cent dix sept, seront remis et adressés audit sieur Pascaud pour être par lui ou ses commis vendus tant dans les villes du Koyaume que dans les pays étrangers et le produit employé au paiement des lettres de change tirées ou à tirer pendant les dites trois années. Lequel acte ils supplient Sa Majesté d'homologuer, à quoi ayant égard, vu le dit acte du sept juin mil sept cent quinze, celui du dix avril dernier. Oui le rapport et tout considéré, le Eoi étant en son conseil, de l'avis de Monsieur le duc d'Orléans, son oncle, régent, a liuniologué et homologue le dit aet passé le dix avril der- nier par devant Diisart et son confrère, notaires à Paris, entre les dits sieurs Neret et Gayot et le dit sieur Pascaud, faisant tant pour lui qiie pour le dit sieur Leclerc, vent et entend sa majesté que le dit acte dont copie collation- née demeurera annexée à la minute du pré- sent arrêt, sera exécuté selon sa forme et teneur. Fait au conseil d'Etat du Iloi, Sa Majesté y étant, tenu à Paris le douze mai mil sept cent seize. Si'Mlé : PlIELVl'EAUX. 1710 — 2 mars LETTRE DU CONSEIL «E MARINE ÉTABLISSEMENT DU DÉTROIT Le détroit est un poste à l'entrée du lac Erié où les sauvages hurons sont étabhs et quelques Outauois et Missisaguès. Les Mia- mis vont commencer à ce poste. Le premier établissement a été fait il y a 30 ans sous le gouvernement de monsieur Denonville. Il fut abandonné à cause de la guen-e des Iroquois et ensuite rétabli par M. de Callièrus. Le Pioi le céda à la compagnie de la colonie pour y faire la traite, elle donnoit deux mille cens par an aux pauvres familles du Canada. Les affaires de cette compagnie qui n'avoit fait aucun fond, étant devenues mauvaises, ce poste fut donné par le -Roi au sieur Dela- motte-Cadillac, avec le commerce exclusif. Lorsque cet officier fut nommé au gouverne- ment de la Louisiane, ce poste fut accordé au sieur Delaforest, capitaine, lequel étant mort en 1714, M. de Vaudreuil eut ordre d'y en- voyer le Sr. de Sabrevois, capitaine, qui y commande actuellement, MM. de Ramezay et 112 LE CONSEIL DE MARINE ET LE POSTE DU DÉTROIT Begon, pMV leur lettre du 7 novembre 1715, marquent : Que le (lit sieur de Raniezay n'accordera aucun congé pour le Détroit jiarce qu'il sera nécessaire de faire partir des François avec des marchandises, à cause de la guerre des Renards, et qu'il a cependant donné des per- missions pour six canots, sur la représentation que le sieur de Sabrevois lui a faite que sans ce secours ce poste se troiiveroit abandonné, il donnera ordre aux 25 François (pii sont montés dans ces canots de se joindre à M. de Louvigny et de suivre ses ordres. Ils ajoutent que ce poste étant trop impor- tant pour le laisser sans défense, le sieur de Ramezay y enverra 10 soldats, y compris 5 qui y sont déjà, et qu'on leur fournira les mêmes secours qu'à ceux des Micldlimakinac, et que par ce moyeu le sieur de Sabrevois n'étant obligé à aucune déjieuse, il di.it être content si le Roi veut bien lui accorder deux canots qui le mettront en état de subsister avec plus d'aisance qu'il ne faisoit à Montréal. L'avis de M. de Vaudreuil est de mettre une garnison de -15 à 20 soldats dans ce poste qu'il est de l'intérêt et du bien de la colonie de maintenir jiour établir la communication avec la Louisiane et pour einpêcher les Anglois de s'y placer ; (En marge est écrit, le conseil approuve l'avis de M. de Vaudreuil) d'accor- der au commandant de ce poste comme il l'a toujours eu, le commerce exclusif, seulement dans son poste, avec défense d'envoyer chez les nations et de l'obliger à faire porter ce qui seia nécessaire pour la garnison et d'y entre- tenir à ses dépens : un aumônier, un chirur- gien et un interprête, afin qu'il n'en coûte rien au Roi (en marge est écrit, le conseil approuve l'avis de M. de Vaudreuil). Par les lettres que M. de Vaudreuil a reçues du Canada on lui mande que le sieur de Sabrevois, quoique très galant homme, n'a pas le talent de se faire aimer des sauvages. ainsi il demande la permission d'y nommer un autre officier lorsqu'il sera en Canada. (En marge est écrit: il faut que monsieur de Vaudreuil propose un autre officier et explique quelle nouvelle destination il croit qu'on doive donner au sieur dé Sabrevois.) M. Begon, par le duplicata de sa lettre du 12 novembre 1714, marque que par les con- cessions qui ont été données au détroit par le sieur Delamotte à des particuliers au nom- bre de plus de 60, qui sont conformes à celle dont il envoie copie, il paroitqu'illesa faites en conséquence du pouvoir qu'il a eu du Roi, par les dépêches en date des 14, 17 et 19 juin 1706, de concéder les terres du détroit de la manière qu'il le jugeroit à propos, et qu'il les a feites de la même manière que s'il avait été seigneur propriétaire incommutable du Détroit ; (en marge est écrit : le conseil souhaite voir ses dépêches avant de statuer sur cet article,) qu'il n'y a cependant point d'appai-ence que Sa Majesté ait eu intention de lui eu accorder la propriété, auquel cas elle lui en auroit donné des lettres de concession qui auroieut été enregistrées au conseil supé- rieur de Québec, ce qui n'a pas été fait, ainsi il est à présumer que par le pouvoir que sa Majesté lui a donné. Elle a voulu seulement le mettre en état de concéder des terres au nom de Sa Majesté, pour y établir des halii- tauts, et, par conséquent, il ne devoit pas les avoir faites en son nom, où en tirer les ren- tes, à moins que Sa Majesté ne lui ait accordé la jouissance des dites rentes pendant le temps seulement qu'il y commanderoit et qu'il auroit le commerce du Détroit, ce qu'il ne sait [las, n'ayant vu aucun ordre de Sa Majesté à ce sujet. Le sieur de Lamotte ne peut avoir eu le poste du Délroit (jue pour l'exploiter au lieu etjdace de la compagnie qui n'en avoit pas le domaine. Cela fait juger que les concessions du sieur de Lamotte ne doivent plus avoir LES SAUVAGES ABî:XAKIS 113 lieu d'autant que ceux à qui elles ont été données ont été obligés de les abandonner par la crainte d'être tirés par les sauvages, et pour cette raison ou ne doit y faire d'autres établis- sements que celui d'y entretenir une garni" son pour maintenir les François et les Sauva- ges en bonne union. Que ceux qui ont ces concessions ne pré- tendent pas s'en servir pour s'établir au détroit, mais seulement pour y poiter des marchan- dises pour les traiter aux saiivages et en rap- porter les pelleteries, ce qui est vouloir par- tager avec le commandant de ce poste le com- merce que le Roi lui a accordé à l'exclusion de tous autres. Il ne lui paroit pas que les concessions qu'il a faites à deux de ses enfants doivent avoir plus d'effet que les autres. L'avis de M. de Vaudreuilest que ces con- cessions ne doivent point avoir lieu. Fait et arrêté par le conseil de marine tenu au Louvre le 28 Mars 1716. Signé : L.-A. T E BOUKBOX. Le Maréchal d'Estrkes. Par le conseil : Siçnié : L\ Chapelle. 1716 — 1er avril LE COXSEIL DE MARINE AU SUJET DES SAUV.^GES ABEXAKI3 Parles lettres de MM. de Eamezay et Begon on voit que les Anglois font tout ce qu'ils peuvent pour gagner les sauvages Abenakis. II y a 3 villages de ces sauvages établis à l'Acadie, fort voisin des Anglois, qui vont faire chez eux la traite des pelleteries autant qu'ils peuvent. Le bon marché que l'Anglois leur fait est un grand attrait poiu' eux. Ces sauvages ont des missionnaires qui les maintiennent autant 15 qu'ils le peuvent dans nos intérêts, il est de conséquence de les y conserver, et ce sont les sauvages qui conuoissent le mieux le Canada et la Nouvelle-Angleterre. Jusqu'à pi'ésent ils ont été très fidèles et ont rendu de bons ser\-ices. Ils sont tous baptisés. Il y en a aussi deux missions établies dans la colonie de Canada, dont l'une k Saint-Fran- çois et l'autre à Bécancoui-t. M. Begon, 25 septembre 1715, marque : Que la mission de ces sauvages étabhe à la Eivière S'-Jean, pays de l'Acadie, demande qu'on leur fasse bâtir une église. .Qu'il est persuadé, comme leur mission- naire, que ce seroit une forte raison pour les attacher à leur village, où tant qu'ils reste- ront, ils ne souffriront point q\ie les Anglois s'établissent dans cette rivière, ni même à son embouchure, oîi ils avoient déjà fait une ten- tative. 11 dit que les sauvages ont fait un fonds pour cette église, mais que pour exécu- ter le plan ci-joint, qui lui a été remis par leur missionnaire, il sera nécessaire d'une somme de 1200 li\Tes, qu'on demande en deux ans. La mission des Abenakis de Xorankouen, pays de l'Acadie, demande aussi qu'on lui bâtisse ime église, et les raisons sont pareilles que pour la première mission. M. Begon propose d'accorder, à compte de la construction de ces deux églises qu'il lui parait de conséquence de faire, un fonds de 1200 livres, (en marge est écrit : approuve l'avis de M. de Yaudreuil, et donne le fonds nécessaire, signé : L. A. B. L. M. D,, dont il rendra compte aussi bien que de ce qui sera nécessaire pour les achever. M. le marquis de Vaudreuil estime qu'il est très nécessaire d'accorder à ces sauvages ce qu'ils demandent en cette occasion (en marge est écrit : approuvé l'avis de M. De Vaudreuil, et donner le fonds nécessaire.) MM. de Eameza)- et Begon, 7 novembre 1715, 114 LES SAUVAGES ABENAKIS marquent que le père Aubry, jésuite-mis- sionnaire des Abenakis, les a informés que le nommé Athurnando, un des principaux chefs de cette nation, qui demeure depuis huit ans à S'-François, où M. de Vaudreuil et M. de Beauharnais l'avoient attiré avec tout son village au nombre de 60 gueiTiers, pour y rester au moins pendant le temps de la guerre, est revenu à St- François au mois d'août der- nier de Pegouaki,lieu de son ancien village, où il a été à la chasse pendant l'hiver, et où il a commencé à semer au printemps dernier, et qu'il lui a dit que son dessein étoit d'aller parler à M. de Vaudreuil, qu'il croyoit de retour de France, pour lui demander, en exé- cution de la parole qu'il lui avoit donnée, la permission de rétablir son ancien village, la paix étant faite, et d'y mener avec lui les sauvages de St-Francois et de Bécancourt, qui voudront le suivre, espérant que (juelques sauvages Loups d'Orange viendront se joindre à lui. Ce chef vouloit aussi demander que le père Aubry allât avec lui. Il vouloit parler au sieur de Eamezay en l'absence de 11. de Vaudreuil, mais ayant appris qu'il étoit à Québec, pressé de 's'en retourner, il a remis au retour de M. de Vaudreuil l'L'xéeution de son dessein. Comme il seroit très désavantageux que ce village se rétablit, parce que cela ne pour- roit se fiiire sans diminuer le nombre des Abenakis qui sont établis dans la colonie, ils sont convenus avec le père Aubry que le sieur île Eamezay enverra incessamment un collier au chef des Abenakis pour lui repré- senter que par ce rétablissement il seroit exposé à la merci des Anglois au ]iremier soupçon de guerre, n'étant qu'à environ deux ou trois journées des villes angloises, et la communication des chemins fort facile, et très difficile au contraire aux Français, pour les aller secourir si l'Auglois entre])renoit quelque chose contre eux. Que continuant à demeurer à_St-François, il tirera de son ancienne terre les mêmes avantages que s'il rétablissoit son village, pouvant y aller à la chasse presqvie aussi facilement que s'il y demeuroit. Qu'il lui seroit impossible d'y faire un vil- lage aussi nombreux qu'il étoit auparavant et qu'il devoitêtre, pour pouvoir s'y soutenir par lui-même, parce que plusieurs gens de son ancien village sont dispersés dans diffé- rentes missions, et qu'il en est mort un grand nombre. En effet, la proposition de ce clief a fait impression sur l'esprit de quelques sauvages qui le suivroient s'il prenoit ce parti, ce qui seroit fâcheux parce que ces terres sont censées angloises de quelque manière que les limites soient réglées, l'expérience des sau- vages de Narantcouak qui souffrent que les Anglois établissent des forts au bas de leur rivière, dont quelques-uns paroissent déjà gagnés par les Anglois, donne un juste sujet de craindre qu'il n'en arrive de même à ceux qui formeroient ce village de Pecouaki, aussi les dits sieurs de Eamezay et Begon com- mencent à arrêter le cours de ce dessein par le collier qu'on envoie à ce chef, et on espère de le gagner lorsqu'il sera à Québec, en lui faisant quelques présents. Que le père Aubry croit qu'il seroit à propos de faire réunir les deux villages de ces sauvages de St-François et de Bécancourt au premier endroit qui est le poste le plus avantageux de la colonie par rapport aux Iroquois, en temps de guerre, et très conve- nable pour faire un établissement solide, y ayant une grande étendue de terre qui est bonne et propre pour les sauvages. Que ces mêmes avantages ne ne se trou- vent pas à Bécancourt, où les sauvages sont en très petit nombre et ne peuvent pas s'y soutenir longtemps sans y attirer les sauvages de St-François. LE CONSKIL DE MAKIXE ET LES COUlîEniS DES BOLS ns M. de Vamlreuil dit que (iiiand il sera sur les lieux, il verra daus quelles tlispositious sont les sauvages, qu'il fera ce (ju'il pourra pour les retenir, et, s'ils s'opiniatreut à vouloir s'en aller à leur ancien village, il les laissera faire, parce qu'il n'est pas possible de pouvoir l'empêcher, mais aujiaravant de partir, il tirera parole d'eux pour qu'ils reviennent habiter leur village dans la colonie, en cas que la guerre recommence avec les Anglois. En marge est écrit : Le conseil se rapporte à l'avis de M. de Vaudreuil. Fait et arrêté par le conseil de uuirine tenu au Louvre le 1er avril 1716. Signé L.-A. DE Bourbon. Le Maréchal d'Estuées. Par le conseil : Signé La Chapelle. 1716—28 avril GUERRE OONTRK LES KENARDS ET AMXISrlE POUR LES COU REURS DE.S BOIS. Les sauvages Renards ont tué, en différentes occasions, les François, et mériteroieut d'être punis de tous les coups qu'ils ont faits sur nous, cependant, comme la guerre ne convient point dans la colonie du Canada, et que celle qu'on fera à ces sauvages ne produira d'autre bien que celui de les obliger de rester en paix, le conseil estime qu'il convient de donner des ordres en Canada de faire la paix avec ces sauvages, cependant sans compro- mettre l'honneur de la nation, et en même temps d'agir comme si l'on "se préparoit à la guerre, de rassembler jiour cet effet les cou- reurs des bois à Michilimakinac, et d'y faire monter des habitants (en marge est écrit. accordé). Il a été accordé par le feu Koi une amnistie à ces coureurs des bois à condition de servir dans cette guerre si elle étoit résolue. Le conseil est d'avis de la renouveler. Et comme il ne convient point au bien de la colonie qu'il reste à l'avenir des habitants dans les bois, et qu'il y monte .sans permission le conseil estime qu'il est nécessaire d'ajouter le peine du fouet à celle des galères, imposée contre ces coureurs des bois par la déclaration de 1696. D'attribuer la connoissance de leur deso- béissance au gouverneur général, à l'inten- dant, au gouverneur particulier de la viUe où s'instruira le procè.s, au lieutenant de Koi, au major, aux deux plus anciens capitaines et au procureur du Roi de la juridiction ordi- naire, qui y fera fonction de procureur géné- ral, avec pouvoir déjuger au nombre de .sept. Il parait nécessaire de tirer ces sortes d'alfaires des juridictions ordmaires où elles traînent en longueur et d'où l'on ne peut espérer que peu de justice contre ces sortes de gens, à cause de leurs alliances ou de leur commerce avec ceux qui la rendent. Le conseil estime aussi qu'il convient d'obliger les habitants qui monteront dans le bois de faire enregistrer leurs ^permissions au greffe de la juridiction de Montréal, et à leur retour, le certificat du commandaut du poste où ils auront été. Par ce moyen le procureur du roi sera instruit de tous ceux qui monteront dans les boi.-i et qui en descendront, et pourra pour- suivre ceux qui ne reviendront point. Il parait, en outre, nécessaire au Conseil de défendre sous peine de mille livres d'amende et de confiscation des marchandises et pelleteries au retour ; aux marchands du Canada d'équiper de marchandises propres pour la traite aucunes personnes qui vont dans les bois, à UKjins qu'ils n'aient permission d'y monter, et d'en fournir sous pareille peine à 116 CONGÉ roUK ALLEU CHEZ LES SAUVAGES ceux qui serout restés daus les bois sans per- mission. Dëcision du Conseil de Régence : accordé. Fait et aiTêté par le Conseil de Marine tenu au Louvre le 28 avril 1716. Signé: L.-A. VF. Bouiasox. Le Maréchal u'EsiiifeE?;. l'ar le conseil : Signé : La Chapelle. 1716 — 28 avril (0X0 ES Les congés sont des permissions d'aller en traite avec les sauvages dans les bois qui après avoir été ^'isés par l'Intendant étoient distribués autrefois au nombre de 25 par le gouverneur général aux pauvres familles du Canada. L'abondance du castor qui fut causée par la quantité de François qui montoient en haut, en vertu de ces congés, ou sur d'autres prétextes jointes aux débauches de ces mêmes François avec les sauvages, déterminèrent le feu Eoi de supprimer ces congés et de défen- dre, par une déclaration en 1696, à toutes personnes d'aller faù-e la traite dans les bois. On représente depuis 6 ans au Canada la nécessité de rétabhr ces congés pour pouvoir entretenir dans nos intérêts les sauvages d'en haut, qui, peu à peu, s'en détachent, et afin de donner de l'occujiation à ceux des Canadiens qui n'ont d'autre profession que celle de courir les bois, et d'empêcher en même temps qu'il n'y en monte un aussi grand nombre qu'il y en a à présent, étant certain que ceux qui monteront avec ces permissions empê- cheront ceux qui n'en auront point de faire la traite, et lorsqu'ils ne pouiTont point l'em- pêcher ils les dénonceront, Ces raisons déterminèrent l'aimée dernière le feu Eoi de permettre qu'il fut donné quinze congés pour aller en traite au Détroit ou Illinois, Michilimakinac et aux Scioux, s'il étoit jugé convenable, sans pouvoir sorth- de ces postes, et aller en ti'aite chez les autres nations pour empêcher et prévenir les désor- dres qui sont arrivés par le passé quand les François se sont répandus chez toutes les nations indifféremment. Il fut ordonné en mêmç temps que ces congés seroient vendus au profit de Sa Majesté. M. le Marquis de Yaudreuil a représenté que 15 congés ne suffisoieut pas pour fournir de marchandises aux nations d'en haut et a demandé qu'il lui fut permis, comme par le passé, de les distribuer aux pauvres familles du Canada qui y sont en très grand nombre. Le Conseil de Marine qui a examiné tout ce qui s'est passé au sujet des congés, et ce qui a été écrit et représenté sur ce sujet, est d'avis, par rapport à la situation des affaires du pays, d'abroger, par une nouvelle décla- ration, celle du 21 mai 1696, en consé- quence de permettre qu'il soit donné par an 25 congés pour aller faire la traite avec les sauvages dans les postes qui seront marqués par ces permissions. Que ces permissions ne seront plus ven- dues au -profit du Roi et qu'à cet effet il soit fait très expresses inhibitions et défenses aux gouverneurs, commandants, intendants et autres, d'en recevoir aucune rétribution, sous quelque prétexte que ce soit. Que ces pei-missions seront données aux pauvres familles que le gouverneur jugera en avoir le plus de besoin, qu'elles seront visées par l'intendant, que néanmoins s'il se trouve des famiUes à qui il )• en ait eu d'ac- coKlées, et qui, par leur trop grande misère, ne seront jwint en état d'en faire usage par elles mêmes, ceux à qui elles auront été accordées ENCEINTE DE MONTJMvM. 117 pourront les vendre à des voyageurs de la nation, mais qu'ils ne le pourront faire sans l'agrément du gouverneur visé par l'inten- dant, lesquels enverront tous les ans au con- seil un état signé d'eux, de ceux (jui auront eu des congés et des voyageurs à qui ils auront été vendus. Ceux qui seront employés à ces traites ue pourront porter que 4 pots d'eau-de-vie par homme pour leur usage, sans en pouvoir ven- dre aux sauvages. Ils seront obligés de piorter gratis les muni- tions que le gouverneur jugera à propos d'envoyer dans différents postes. Nota. — Il paraitroit nécessaire d'ordonner que ces congés seroient enregistrés au greffe de la juridiction de Montréal, et d'obliger ceux qui monteroieut de prendre des certificats des officiers des postes où ils auroient été, qu'ils seroient enregistrés au même greffe à leur retour, par ce moyen le procureur du Eoi de la juridiction de Montréal, informé de ceux qui monteront avec congé, et qui reviendront! pourra poursuivre ceux qui resteront dans les bois ou qui sortiront de la colonie sans congé. 1716 — 5 mai ENCEINTE DE MONTREAL La ville de Montréal est entourée de pieux de cèdre qui sont fournis par les habitants de la ville, le Eoi payant seulement la main- d'œuvre de cet ouvrage, et comme cette sorte d'enceinte est sujette à de grosses réparations parce que tous les pieux deviennent absolu- ment mauvais, et qu'il faut renouveler, le feu Eoi ordonna en 1713, à messieurs de Vau- dreuil et Begon, de faire faire cette enceinte de muraille, et d'en faire fournir la dépense aux habitants, l'état de ses finances ne lui permettant jias de les aider dans cette occa- sion. Pour y parvenir ou pro[iose au Canada d'imposer pour cette dépen.se une sonrme de GOOO livres sur les habitants de Montréal, dont le tiers sera payé par messieurs du Séminaire (pli sont Seigneurs censiers de la vilU; et de toute l'île de Montréal. Le conseil, quia examiné tout ce qui a été marqué sur ce sujet, est d'avis qu'il soit rendu un arrêt pour faire lever chaijue année une im- position de 6000 livres, dont 2000 livres payées par le séminaire, et les 4000 livres restant par les habitants de Montréal, pour être employée à faire une clôture de maçonnerie à cette ville, au lieu de celle de pieux qui y est à présent, et que cette imposition soit continuée jusqu'au parachè"vement des dits ouvrages, et qu'il assistera un député des habitants de Montréal, et un du séminaire, au marché et reddition de comptes qui seront faits des dits ouvrages. En marge est écrit : approuvé l'arrêt prd- posé. Ajouter dans l'arrêt : conformément au plan qui sera arrêté. 1V16- 12mai MONNAIE I)E CARTE M. Begon n'a fait tirer l'année dernière des lettres de change, pour l'extinction des cartes, que pour la somme de 61 mille livres sur celle de 160 milles livres payables au mois de mars 1717 ; parceque les négociants n'ont pas voulu en prendre davantage à cause que celles de 17 lô et 1716 n'a voient pas été acquittées. Comme on a commencé d'acquitter partie des lettres de 1715 et que l'on a promis des fonds dans le courant de cette année pour le paiement total des dites lettres tirées sur 17 Lô et 1716 ; il est à croire qu'on en pren- dra voLinciers à présent. 118 LE CONSEIL DE MARINE ET L'ÉVÊQUE DE QUÉBEC Savoir si le conseil souhaite douiiei' ordre à M. Begon de faire tirer cette année pour \)d mille livres de lettres de change, restant des 160 mille livres jjayables en 1717, et pareillement pour la même somme payable en 1718, et s'il continuera successivement chaque année jusqu'à l'extinction des cartes, en observant de retirer le double de cette monnaie pour les dites lettres de change et de les faire brider à mesure, suivant le pre- mier projet. Fait et arrêté par le conseil de marine tenu au Louvre le 12 mai 1716. Signé ; L.-A. DE Bourbon. Le Maréchal d'Esïrées. Par le conseil : Signé : Lachapelle. En marge est écrit : Il n'a qu'à suivre les ordres qui ont été donnés sur cela, le conseil n'y voulant rien changer. 1716— 12 mai LE CONS.EIL DE MARINE AU SUJET d'une lettre DE l'ÉVÊQUE DE QUÉBEC Représente que Messieurs de Mezeret et Glandelet, directeurs et supérieurs du sémi- naii'e, sont fort vieux, que le premier qui est seul capable de gouverner a plus de quatre- vingts ans. Qu'il y a quelques raisons d'exclusion contre M. Glandelet qui, d'ailleurs, n'a d'attrait que pour les missions. Qu'on pourra proposer M. Thibout, qui est actuellement en France, qui s'est acquitté des fonctions de curé avec assez de capacité, mais qu'il est fort haut sur la doctrine et la con- duite, au sujet de quoi il a eu des affaires avec lui et avec les Jésuites pour la doctrine, et il croit qu'il est bon de le retenir encore un an en France et d'en demander un autre à messieurs du séminaire des missions étran- gères à Paris. Que M. de Montigny lui paroit convenir à tout le monde, ayant été autrefois en Canada où il a fait les fonctions de grand vicaire en son absence, qu'il est très propre pour con- server la paix entre les communautés. Il prie qu'on n'envoie point M. Tremblay, ni autre de son caractère. En marge est écrit : Le conseil ayant ordonné de communiquer cela aux supérieurs des missions étrangères et avoir leur réponse. Ces messieurs répondent : Que M. de Mezeret étant, selon que M. l'Evêque de Québec le dit, capable de gou- \'erner le séminaire, peut encore quelques années en être le supérieur, car, quoique fort âgé, il est de bonne constitution et est bien rétabli d'une grande maladie qu'il a eue. Qu'on ne connoit en M. Glandelet nulle raison d'exclusion, qu'il a ce qu'il faut pour remplir dignement cette place et quelque attrait qu'il ait pour les missions de la cam- pagne, dès qu'ils le nommeront supérieur sui- vant le droit qu'ils en ont, il quittera tout par vertu, pour s'attacher au séminaire. Qu'ils ne pensent point encore à charger M. Thibout de cette supériorité, mais qu'étant curé de Québec en titre, et son séjour à Paris n'étant plus nécessaii'e, il est obligé en cons- cience de retourner à Québec faire ses fonc- tions, qu'au reste il n'est suspect ni dans sa doctrine, ni dans sa conduite, et il vivra tou- jours de manière avec les jésuites qu'il ne leur donnera nul juste sujet de plainte. Que M. de Montigny est depuis près de deux ans à Rome, en qualité de procureur général de leurs missions orientales et occiden- tales, qu'il y fait fort bien, qu'il y est agréable au pape, qu'il y est estimé des cardinaux et qu'ainsi on ne peut prudemment l'en retirer pour l'envoyer dans sa mission particulière. LA GUEERE DES RENARDS 119 Qu'ils u'out nul dessein de renvoyer en Canada M. Tremblay dont on est content en France. En marge est écrit : Le conseil ne juge point à propos d'entrer dans tout ce détail, mander à l'évêque qu'il n'a qu'à se concerter avec messieurs des missions étrangères. Fait et arrêté par le conseil de ilarine tenu au Louvre le 12 mai 1716. Simé : L.-A. DE BoUKBON. Par le conseil Le M.^rêchal d'Esthées. La Chapelle. 1716 — 14 octobre GUERRE DES RE>ARDS Le détachement des sauvages du Sault St- Louis, envoyé par Monsieur de Ramezay, les Hurons du Détroit et un détachement des Poutoatamis, au désespoir de ce que les mesures prises pour attaquer les Renards en 1715 et le rendez- vous donné aux Nations du Nord à Chikagou.a valent manqué, allèrent au Rocher, un des ^-illages des Illinois, croyant y trouver les deux fils de Monsieur de Ramezay et de Monsieur de Longue uil, qui étoient tous deux extraordinairement malades aux Caskacias, de sorte que ne pouvant ni marcher ni écrire, le fils de Monsieur de Ramezay ordonna au nommé Bizaillon, qui étoit aux llhnois, d'engager le plus qu'il pourroit de sauvages de cette nation de se joindre à l'autre parti pour tous ensemble aller attaquer 70 cabanes de Maskoutins et Quikapous, alliés des Renards, qui étoient en chasse à une certaine rivière. Ils les joigni- rent effectivement le 20 novembre 1715 et après un combat très opiniâtre, ils les for- cèrent sur un rocher escarjé où ils s'étoient retranchés, en tuèrent plus de 100 et emme- nèrent 47 prisonniers, sans compter les femmes et les enfants. Après cette défaite, nos sauvages pour cou- vrir leur marche descenchrent en canot jiar la même rivière près de 25 lieues, mais, malgré cette j)récaution, ils furent joints la onzième journée par 400 hommes de l'éUte des Renards, et quoique nos gens ne fussent qu'au nombre de 80 hommes, y en ayant 30 à la garde d'un réduit qu'ils faisoient tous les soirs où étoient les blessés et les prisonniers, ife se défendirent avec tant de vigueur depuis la pointe du jour jiisqu'à trois heures après- midi, qu'ils forcèrent les ennemis à se retirer, après une perte très considérable ; nos gens ont eu sept de leurs têtes et vu des marques d'un très grand carnage dans la poursuite qu'ils en ont faite pendant quelques heures. Nos gens ont eu dans ces deux actions diffé- rentes 26 hommes de tués et 18 blessés de toutes nations ; ces deux actions différentes ont produit des effets très avantageux dans l'esprit de nos sauvages et leur ont remis le cœur et abattu celui des Renards. M. de Ramezay a été informé que le chef des Quikapous est venu pour déclarer aux premiers François qu'il rencontreroit, que tant sa nation que celle des Mascoutins se jetoient entre les bras de M. de Vaudreuil, leur père, se déclarant ses esclaves pour les disperser dans quelle nation il jugeroit à propos, qu'au surplus si les Renards ne vouloient point entrer dans de pareils sentiments, ils les li%Te- roient à la chaudière. Le sieur Pachot, canadien, cadet dans les troupes, ci - devant interprête en langue huronne au détroit, fils de la D" de La Forest, et le nommé Bizaillon, sont les deux seuls François qui se sont trouvés dans ces actions ; ils y ont parfaitement bien fait leur devoir et principalement le sieur Pachot qui s'est fort distingué et (jui mérite que le con- 120 LA GrEERE DES EEXAEDS seil veuille bien y avoir quelqii 'attention pour lui accorder une enseigne dans les troupes. (En marge est écrit : S. A. R. accorde au Sr. Pachot une enseigne dans les troupes de sa Majesté, au Canada). M. de Louvigny partit de Montréal le 1er mai 1716 avec 225 François, 200 autres devant les joindre au Détroit et à Michilli- makinak. Les munitions de guerre, les pré- sents et les vivres nécessaires ont été menés par ces François à leurs dépens et sans qu'il en ait rien coûté au Roi. Le sieur De Louvigny est revenu à Québec le 12 octobre après avoir forcé la nation orgueilleuse des Renards à demander la paix ; il les réduisit à cette nécessité après avoir ouvert la tranchée à 35 toises de leur fort. La première nuit il la poussa à 10 toises, la seconde 16, et enfin les ennemis, voyant qu'il s'attachoit au corps de la place pour le miner et les faire sauter, joint à deux pièces de canon et un mortier à grenade qui, jour et nuit, firent un grand feu ; ils se résolurent d'implorer la clémence des François, et on ne les écouta qu'après avoir pris l'avis et recueilli les sentiments de toutes les nations qui accompagnoient le sieur De Louvigny, qui leur proposa des articles si forts que toutes ces nations crurent qu'ils n'y consentiroient point. Ces .articles sont ; Qu'ils feront la paix avec toutes les nations qui dépendent du Roi et avec lesquelles les François commercent. Qu'ils engageront par force ou amitié les Kikapous et les Mascoutin.s, leurs alliés, et nos ennemis, à faire la paix comme eux avec toutes les nations en général. Qu'ils rendront ou feront rendre tous les prisonniers qu'ils ont de toutes les nations, ce qu'ils ont exécuté. Qu'ils iront en guerre dans les pays éloi- gnés pour faire des esclaves, afin de remplacer tous les morts qui avoient été tués dans le cours de la guerre. Qu'ils chasseront pour payer les frais de l'armement- fait pour cette guerre, et que pour assurance de l'exécution de tous ces arlicles, ils donneroient au sieur de Louvigny six chefs ou fils de chefs pour être menés au Marquis de Vaudreuil, afin d'être garants des conditions du traité, ce qui a été eifectué, le dit sieur De Louvigny ayant amené avec lui à Québec ces otages. Cette orgueilleuse nation qui faisoit trem- bler et désoloit tous les paj's d'en haut, a été réduite à suivre toutes ces conditions, quoi- qu'ils fussent 500 hommes de guerre et 3000 femmes qui se battent en désespérées dans ces occasions, et que leur fort fut fortifié par trois rangs de pieux avec un fossé d'un pied et demi ou de deux pieds par derrière pour soutenir l'assaut. Cette nation a été poussée très vivement et les ofliciers qui y étoient ont donné des marques de leur vigilance et de leur activité, en travaillant aux ti-anchées comme le der- nier des soldats pour donner l'exemple et exciter le petit nombre de ceux qui accom- pagnoient le sieur de Louvigny, qui n'éloit que 800 hommes, à presser une action qui étoit importante et dont le retardement auroit pu en causer la perte par la proximité des alliés des Renards, qu'ils avoient fait avertir et leur avoient demandé du secoiirs. Le sieur de Louvigny quoiqu'un peu incommodé de la vue, après un si long voyage, espère avant le départ des derniers vaisseaux être en état de faire une relation de ce qui s'est passé dans cette expédition qui est la première action de guerre qui se soit passée sous le règne du Roi, glorieuse aux armes de Sa Majesté et très utile pour la colonie. M. De Louvigny marque la même chose et ajoute qu'il a de plus réuni les autres \ ÉTABLISSEMENT D'UN POSTE À NTACAIîA 121 nations qui étoient divisées entr'elles, et a laissé tout le pays dans une entière paix. Eeprésente que ce voyage a été très long, très pénible, qu'il a porté les armes du Eoi victorieuses à i)lus de 500 lieues, ce qui ne s'est pas exécuté sans beaucoup de fatigues et de dépenses, à laquelle il supplie le conseil de faire attention et de lui accorder telle gi'atifi cation qu'il jugera h propos. Il n'a fait aucun commerce et il a, au con- traire, donné aux nations qui l'acconipa- gnoient le peu de castor que les Renards lui avoient présenté, afin de leur marquer que ce n'étoit point l'intérêt qui faisoit faire cette démarche de guerre aux François, (en marge est écrit S. A. R. accorde au sieur de Louvi- gny une gratification de 3000 livres). Fait et arrêté par le conseil de Marine, le 28 fG 1716. L-A. Dk Boukiîon, Le Mauéchal D'EsTiitES. Par le conseil : Siiiué : Lachapelle. 1716 — 7 novembre ETABLISSEMENT PROPOSE A NIAGARA MM. DE RAMEZAY ET BcGON, A liUKBEC, LE 7 NOVEMBRE 1716. Ils marquent que M. de Longueuil (1) les a informé à son letour des Iroquois ([u'il seroit nécessaire d'avoir un petit établissement au Nord de Niagara, sur le Lac Ontario, à environ 1 — M. de Longueuil est lieutenant du Roy à Motitréal,i'ort accrédité parmi les Iroquois, où il est envoyé ordinairement tous les ans pour ménager cette nation. It) 100 lieues du Foit de Frontenac (1), d'où on pourroit y aller en 7 ou 8 jours en canot. Que ce poste détourneroit les sauvages Missisaqués et Amicoues d'aller commercer avec les Ii'oquois à leur passage, lorsqu'ils viennent de la chasse qu'ils font aux environs du lac Erié. Mais si ce poste est approuvé, il est néces- saire que la traite s'y fasse pour le compte du Roy. Le sieur de Longueuil leur a jiropusé aussy de faire une barque j)Our faire le transport d'un poste à l'autre, et croit que ce seroit un moyen sûr de concilier les Iro(iuois et d'avoir la plus grande partie des pelleteries qui vont aux Anglois, dont on reçoit, au profit de Sa Majesté, un grand avantage. Ce poste étably, on seroit en état d'empes- cher les coureurs de bois d'aller faire la traite dan-! le lac Ontario, en les pillant ou en les arrêtant, la traite qu'ils font étant très désa- vantageuse à celle qui se fait au fort Fron- tenac. L'utilité de l'établissement de differens postes paroit par l'attention que les Anglois ont d'en faire dans tous les lieux où ils veu- lent étendre leur commerce. Note. — M. le Marquis de Vaudreuil dit qu'il ne convient point d'établir ce poste sans que les Iroquois le demandent et que, quand il sera sur les lieux, il verra ce qu'il con- viendra de faire sur ce sujet, et demande au conseil la liberté de fiiire cet étalilissement» si r Iroquois le souhaite. 1 _ C'est un fort de pierre qui est baty à l'en- trée du Lac Ontario, du côté du Noirl. Il fut abandonné pendant un ternies et ensuite retably à la paix générale qui fut faite en 1703 par M. de Calliéres. L'Iroquois demanda qu'il fut toujours conservé, et qu'on y établit une traite de mar- chandises pour qu'ils y pussent trouver leurs nécessités, en allant et revenant de la chasse, ce qui leur fut promis ; la traitte s'y fait pour le compte lUi Roy. 122 LE COMMERCE DU CASTOR Le Conseil approuve ce que propose M. de Vaudreuil et s'en remet à luy. L. B. Fait et arresté par le Conseil de Marine tenu au Lou\Te le 28e Mars 1716. L.-A. DE Bourbon. Le Maeéchal d'Estkées. Par le Conseil, Lachapelle. 1716—- 14 décembre LE CONSEIL 1)E MARINE AU SUJET DU CASTOE Sur la requête présentée au Roi étant en sou conseil par les sieurs Pascaud et Cadet, com- mis par Sa Majesté à la régie du commerce des castors du Canada, et les intéressés au traité du dit commerce, disant qu'il a plu à sa Majesté d'homologuer par ses arrêts des 14 mars 1714 et 12 mai 1716 les traités faits par les intéressés du dit commerce du castor avec les dits Pascaud et Cadet, par lesquels il est nomément stipulé que tous les castors, tant ceux qui sont en nature en France, que ceux qui seront reçus en Canada jusqu'à la fin de l'année prochaine, 1717, qui est la fin du dit traité, seront affectés par privilège au paiement des lettres de change, tirées de Canada pour le prix des castors livrés au Bureau de la compagnie, sans que les deniers provenant de la dite vente puissent être employés à aucun autre usage tel qu'il puisse être, que l'exécution de ses actes ayant rétabli la confiance des canadiens, ils ont continué de livrer leurs castors au bureau à Québec, ce qu'ils avoient commencé d'interrompre au préjudice de la Compagnie, de ses créanciers et de la chapellerie du Royaume, qu'il n'est plus question présentement que d'entretenir cet arrangement fondé sur les arrêts de sa Majesté, mais que les nommés Jean JoUin, marchand établi à la Rochelle, et Nicolas DeviUier, marchand à Paris, se prétendant créanciers particuliers de Jean-Joseph Gayot, l'un des intéressés au commerce dont est question, ayant fait saisir les castors en nature à la Rochelle et les sommes diies à la compagnie par les chapelliers de Paris, pour la sûreté des endossements à eux donnés par le dit Gayot, sur les billets du nommé Legen- dre, saisies empêchant le commerce du castor sans pouvoir produire aucune utilité aux sai- sissants, puisque les canadiens seroient pré- férés sur leur castors, s'ils entroient en instance contre les dits saisissants et qu'ils liassent avec eux rme instance de préférence sur les choses saisies. A ces causes requièrent les dits commis à la régie et intéressés au commerce du castor du Canada, qu'il plaise à sa Majesté faire mainlevée des saisies faites par les dits Jollin et Devillier, même de toutes celles faites ou à faire sur les castors en peau et en poil ou sur le prix d'iceux, si ce n'est pour lettres de^ change du Canada, valeur en castor. Les dites saisies tenant ès-mains de la régie sans aucune diminution des droits des saisissants contre leurs débiteurs qu'ils pourroient exercer dès à présent, ainsi qu'ils aviseroient bon être sur telles autres marchandises ou effets qu'ils trouveroient leur appartenir autres que les castors en peau et en poil et le prix de la vente d'iceux, et aux conditions portées par les dits arrêts d'homologation de rendre compte par les dits commis à la régie aux dits saisissants des effets de la dite compagnie, enfin du dit traité. Vu la dite requête, les traités passés devant notaires ti Paris les 6 janvier 1716 et 10 avril au dit an par les intéressés au commerce des castors de Canada et les nommés Cadet et Pascaud, admis à la régie du dit commerce, LETTRES DE NOBLESSE POUR M. DE SENNENILLE 12.3 ensemble les arrêts du conseil qui ont homo- logué les dits traités en date des 14 mars 1714 et 12 mai 1716. Et la saisie faite à la requête du nommé De Villier, le 20 janvier 1716, entre les mains du nommé Laubry, Mtre. chapelier à Paris, pour sûreté de la somme de 4500 livres a lui adjugée par sentence des conseils obtenue le 18 Xb 1715 contre le dit Jean- Joseph Gayot, en qualité d'intéressé en la Cie de St- Domingue. Oui le rapport et tout considéré. Le Roi étant en son conseil, de l'avis de M. le Duc d'Orléans, régent, a ordonné et ordonne que les traités et actes faits entre les intéressés au commerce des castors et les sieurs Pascaud et Cadet, et les arrêts du con- seil des 14 mars 1714 et 12 mai 1716, seront exécutés selon leur forme et teneur ; ce faisant, sans s'arrêter aux saisies des nommés Jean Jollain, marchand ét(JE Il rojjix'suiite (jii'il est d'uiiu extivuiu con- sufjuence jwiir le Canada que les lettres de change tirées sur M. Gaudion, trésorier géné- ral de la marine, soient payées à leur échéance, et, en attendant, acceptées par lui, afin ([ue les propriétaires puissent s'en aider eu les négo- ciant ou en les escomptant, sans quoi cette colonie sera entièrement ruinée, parce que les besoins qu'elle avoit de faire des remises en France l'ont obligé de prendre de ces lettres, tant pour le mois de mars prochain (juc pour le mois de mars 171 8 ; elle a déjà perdu moitié sur ces lettres, ayant fourni au trésorier de Québec le double de leur valeur en cartes, et si celles qui tombent au mois de mars pro- chain ne sont ]ias jiayées à leur échéance, et que les autres ne soient jias acceptées, les porteurs les garderont pour le compte des pro])iiétaires auxquels ils u'enverrout rien, et leur feront payer des demeures qui absor- beront une bonne partie de ces lettres, C3 qui ruinera entièrement le commerce de la colonie. En marge est écrit : Il faut que M. Eaudot en confère avec M. Gaudion, et qu'ensuite, il en rende compte par une observation jointe à cet extrait. Fait et arrêté par le conseil de marine le 26 février 1717. Signé : L.-A. de Bourbon. Le MARtciiAL d'Estrèes. Par le conseil : Sicrné ; LachM'ELLE. 17 LE ( O.XSEIL l)E MARINE AU SIUKT ni'.a l'UKTKES DU CANADA (JIII NF SONT l'i.rs KS ÉTAT l>K SKIJVIR Il a été employé jusqu'en l'année 1098, sur l'état des dépenses de Canada, une somme de 2000 livres sous le nom du supérieur du sémi- naire de Québec, pour l'entreLien des prêtres qui ne sont plus en état de servir, et, depuis ce temps, pareille somme a été employée sous le nom de ce même sufiérieur sur l'état des charges payables par le fermier du domaine d'occident, juscju'en l'année 1714, et elle a été payée à ce supérieur. Elle lui fut disputée en 1692 par M. l'évoque de Québec, et cette contestation, aussi bien que plusieurs autres qui étoient faites à ce séminaire, fut réglée par un avis jdonné par feu M. l'archevêque de Paris et le jsère de la Chaise, qui fut accepté par M. l'évêque de Québec et le sieur Brizacier, au nom du séminaire, et dont le feu Roi ordonna l'exécu- tion par arrêt et lettres patentes qui ont été enregistrés au conseil supérieur de Québec. La demande de M. l'Evêque de Québec étoit que cette article de 2000 livres qui sont sur le nouvel état soient employées à l'entre- tien de 5 missionnaires, sur lequel nombre les invalides seront préférés. La décision fut en ses ternies. Cet article rapporté an roi avec les raisons de ])art et d'autre. Sa Majesté a ordonné que conformément aux paroles contenues dans l'état nouveau, cette somme sera eini)loyée à l'entretien de tous les invalides missionnaires, et autres prêtres invalides, soit en plus grand nombre, soit en moindre nombre que cinq, et que les mauvaises années seront récompen- sées par les bonnes. Les paroles de l'état nouveau sont : au supérieur du séminaire de Québec pour l'en- 130 LES rEÊTRES INCAPABLES DE SERVIR tretien des prêtves qui ne sont plus en état de servir, la somme de 2000 livres. Quoique cette contestation parut être déci- dée entièrement, M. L'évêque de Québec la renouvela encore, avec plusieurs autres, l'an- née suivante, et, sur le rapport qui fut fait au Roi par feu M. l'archevêque de Paris et le père de la Chaise, de ce qui avoit été déjà décidé sur ce sujet, Sa Majesté ordonna en ces termes par un avis qui est seulement signé de ces deux commissaires. M. de Québec aura seul la nomination des cinq à l'avenir, auquel nombre de cinq on réduit les invalides dont le séminaire seul sera chargé, sans qu'ils aient la liberté d'aller ailleurs, pour éviter les inconvénients, sans que le séminaire soit obligé de fournir aux frais des voyages que les dits prêtres vou- droient faire. Il est marqué sur cet avis par un nota qu'à l'égard des prêtres invalides, ils seront obligés, quand ils pourront, de dire leurs mes- ses à la décharge du séminaire, si les ecclésias- tiques viennent à mourir sans avoir disposé de leurs biens, ceux qu'ils auront dans ce pays là demeureront au séminaire, sauf et sans préjudice au droit des héritiers, si le séminaire est mécontent de quelques-uns des dits prêtres, il pourra les renvoyer avec sa pension de 400 livres au séminaire de Mont- réal, du consentement de M. l'évêque, avec l'agi'ément du dit séminaire. En conformité de ces règlements et de l'emploi qui a été fait de cette soilime de deux mille livres sous le nom du supérieur du séminaire de Québec, U a touché cette somme jusqu'en l'année 1714, temps auquel il fut seulement mis sur l'état. Pour l'entretien des prêtres qui ne sont plus en état de servir, la somme de 2000 livres. Ce qui a cau.sé des contestations entre ce supérieur et l'évêque, lesquelles ils ont termi- nées pour les années échues, en partageant cette somme. Le supérieur du séminaire se plaint de ce que sous prétexte d'une lettre du ministre. Monsieur l'évêque veut s'approprier cette somme, qu'il distribue aux prêtres qui servent dans les cures, ce qui est contraire aux inten- tions du Roi qui ne l'a accordée que pour les prêtres invalides. Et il demande l'exécution des règlements ci-devant expliqués, et de toucher cette somme comme il a fait jusqu'en 1714. M. l'évêque de Québec dit que si ce supé- rieur touche cette somme, qu'il a obtenue du Roi, en sortant de son service d'aumouier, les curés usés n'en profiteront point, ayant connu par expérience de 30 années d'épiscopat qu'il n'y a que deux seuls curés usés du diocèse qui, ayant voulu se retirer au séminaire, ce qu'ayant représenté au feu Roi il y a trois ans. Sa Majesté ordonna que cette somme seroit employée sous le nom des prêtres qui ne seroient pas en état de servir. Il représente que la rareté des prêtres est si grande en Canada, que si on oblige les curés usés de sortir de leurs cures et d'entrer au séminaire pour jouir de la gi'âce du Roi, les plus grandes paroisses resteront vacantes et abandonnées, et qu'il seroit fort utile que ces prêtres y pussent rester pour aider leurs successeurs. Il représente aussi que si le séminaire de Québec touche cette somme, celui de Mont- réal, qui fournit aussi des sujets pour les cures de cette colonie, s'en trouvera privé, n'étant pas naturel que ses ecclésiastiques qui devien- dront invalides, aillent résider au séminaire de Québec. M. le Marquis de Vaudreuil qui eut ordre, l'année dernière, de rende compte de cette affaire, marque qu'il ne convient pas que M.- l'Evêque, ni le séminaire, aient la disposition de ce fonds, M. l'évêque parce qu'il le parta- PROCÉDURES JUDICIAIRES AU CANADA 131 géra toujours, comme il a fait jusqu'à présent, en petites portions qu'il destribuera indiffé- remment aux curés usés, et à ceux qui ne le sont pas, le séminaire, parce qu'il s'appro- priera ce fonds, comme il a toujours fait, en sorte que les curés usés n'en pourront tirer aucun secours, à moins qu'il ue soient de cette communauté, ou qu'ils ne prennent le parti de s'y retirer. Il ajoute qu'il est du bien public que ces 2000 livres soient partagées en 5 pensions de 400 livres cliacune pour 5 curés qui en jouiront pendant leur vie, les rece^Tont, et en donneront leur quittance, ils seront choisis et nommés par l'évêque, le gouverneur et l'iu- tendant, eu observant dans cette nomination que ceux qui prendront le parti de servir le public dans leurs paroisses soient préférés à ceux qui, se trouvant pourvus de quelques bénéfices dans la cathédrale, ou unis à quel- que communauté, voudraient s'y retirer, parce que' ces anciens curés, en restant dans leurs paroisses, y maintiendi'ont le bon ordre qu'ils y auront établi, et arriveront à aider leurs successeur, et à les redresser lorsqu'ils feront des fautes. Les curés usés demandent la même chose que ce que M. de Vaudreuil propose et qu il leur soit permis de demeurer ou bon leur sem- blera. Us ajoutent que lorsqu'il ne se trouvera poiut le nombre de cinq curés usés, et qu'il restera un revenant bon sur ce fonds de 2000 livres, on ne peut en faire un meilleur emploi que de le donner au séminaire de Québec, pour lui aider à la dépense qu'il fait en rece- vant les curés qui viennent faire leur retraite annuelle. En marge est écrit : Décision du conseil de régence. M. l'évêque de Québec sera maître de la distribtion des 2000 livres portées sur l'état du domaine, pour l'entretien des prêtres et missionnaires invalides de la colonie, sans qu'il puisse employer ce fonds à aucune autre dépense quelle qu'elle puisse être, et à con- dition que les dites deux mille livres seront divisées en six pen.sions de 300 li\Tes chacune et une de 200 livres ; les curés usés et inva- lides qui voudront demeurer dans leurs cures, préférés aux autres, et sans obliger aucun prêtre, à qui cette pension sera accordée, de résider au séminaire de Québec, et quand il n'aura pas assez de curés usés ou de prêtres invalides pour consommer cette somme de deux mille livres, l'excédant restera entre les mains de monsieur l'évêque, j'our être employé, l'année suivante, conformément à cette disposition. 1717—9 avril LE CONSEIL DE MARINE AU SFJET d'une LETTRE DE MM. DE VAl'DREUIL ET BEQON, LE 12 9bre 1716. Marquent que lors de l'établissement du conseil supérieur en Canada, il n'a point été crée de procureiir pour y postuler. Les par- ties étoient reçues à y plaider elles-mêmes, comme elles le font encore, et pendant un fort longtemps il n'y a eu d'autres praticiens que les huissiers et les notaires, qui même étoient peu versés dans leur profession. Tout s'y faisoit de bonne foi, sans s'attacher aux formalités des ordonnances, ni de la cou- tume ; mais, depuis quelques années,plusieurs de ces huissiers et notaires se sont ingérés de travailler comme procureurs, d'entreprendre des procès, de donner conseil aux parties et de faire leurs écritures. Pour se procurer plus d'affaires, ils s'in- gèrent de rechercher les défauts de formalités qui se peuvent trouver dans les décrets ou dans les donations et les défauts d'ensaisine- ment des contrats d'acquisition, ou d'inféoda- 132 LA MONNAIE DE CAETES tion, pour pouvoir intenter des retraits soit lignagers soit féodaux. Comme ces recherches sont très onéreuses dans une colonie, non seulement parce qu'elles troublent le repos des familles, les consom- ment eu frais, mais encore parce qu'elles détournent les habitants de la culture des terres et les négociants de leur commerce, il seroit nécessaire, pour le repos des familles, que le Eoi voulût bien rendre une déclaration par laquelle Sa Majesté valideroit tous les décrets, donations et acquisitions, jusques en l'année 1710 inclusivement, sans que qui que ce soit pût être- reçu à les attaquer par les défauts de formalités qui pourroient s'y trouver, ni à intenter aucune action en retrait lignager, ni féodal, sous prétexte que le contrat d'acquisi- tion n'auroit pas été ensaisiné, ni inféodé. Fait et arrêté par le conseil de marine, le 9 avril 1717. Signé, Par le conseil, Sioné : I .-A. DE BoUEIiON. Le MAKKCHAL D'EaTRtES. Lachapelle. En marge est écrit : Le conseil n'approuve pas ce qu'ils pro- posent, à cause des conséquences, mais il faut que MM de Vaudreiiil et Begon assistent aux conseils le plus souvent qu'ils pourront, pour empêcher les abus que ces huissiirs et notaires veulent introduire. L.-A. b. Le MAj;f:cnAL h'Esteées. ni 7 — 12 avril MONNAIE I)E (ARTES HISTORIQUE DE CE QUI s'eST PASSÉ A CE SU.rET Le conseil de marine, avant que d'expliquer son avis sur ce qu'il y a à faire jaiur remé- dier aux inconvénients qiie l'introduction de la monnaie de cartes a produit en Ganadav croit qu'il est à propos de rappeler tout ce qui s'est passé à ce sujet. Il faut d'abord savoir que le feu Eoi, par déclaration du 19 février 1670, ordonna une fabrication de menue monnoie d'argent et de cuivre, pour l'Américpie, de la valeur depuis 15' jusqu'à 2 deniers. La compagnie des Indes Occidentales qui subsistoit encore, elle a été révoquée par édit du mois de décembre 1674, obtint le 18 novembre 1672 un arrêt par lequel la valeur de cette monnoie fut augmentée d'un tiers en sus. Par le même arrêt il fut ordonné que toutes les espèces de monnoie de France qui passeroient en Amérique, y auroient pareille- ment cours pour le tiers en sus de leur valeur, et que les stipulations, contrats, achats et jiaiements y seroient faits en argent sur le même pied du tiers eu sus. Le motif de cet anêt fut de faire rester en Amérique les espèces qui y passeroient de France. D'ailleurs, cet arrêt étoit très avan- tageux à la compagnie des Indes Occiden- tales. Elle payoit ses officiers avec cette monnoie sur le pied de l'augmentation. Elle achetoit les marchandises et denrées des habi- tants avec cette même monnoie, et eUe trou- voit, dans l'un et l'autre cas, un bénéfice du tiers en sus. Elle ne faisoit pas un moindre profit sur les marcliandises de France qu'elle ^■endoit en Amérique,ijarcequ'elle eu augmeu- toit le prix à proportion de l'augmentation des espèces. De là est venue la distinction des deux sortes de monnoie dans les colonies. On appelle l'une monnoie de France, en la pre- nant sur le pieds de la A'aleur qu'elle a en France. Ou aj.pelle l'autre monnoie du pays, en la regardant sur le pied qu'elle a dans le pays. Suivant cette idée, une pièce de 10', mounoie de France, a cours en Canada pour LA MONNAIE DE CAETES 133 13' 4'', un sol lie IS*" de Franco y a cours pour 20'', el les autres esi)èees à proportion. Mais aujourd'hui cette augmentation ilc nionnoie n'a rien de réel, et ne réside propre- ment que dans l'imagination, car il est cer- tain que toutes les marchandises se vendent dans tous les pays suivant la proportion qu'il y a entre la monnoie avec laquelle elles sont achetées, et celle qu'on reçoit en les vendant. Et comme tout ce qui se porte eu Canada s'achette en France, et que tous les retours s'y font, on suit dans tous les achats et ventes la proportion qu'il y a entre la différente valeur des espèces, suivant le cours qu'elles ont en France et en Canada, cela est si vrai que l'on aura en Canada pour 3 livres en monnaie de France ce qui y coîitera 4 livres en nionnoie dite du pays. - On a cessé de connoître aux Iles de l'Amé- rique l'augmentation de la monnoie de France lorsque la compagnie des Indes Occidentales a cess(', et on n'y a plus parlé de la monnoie du pays, personne n'ayant intérêt de la sou- tenir. Il n'en a pas. été de même en Canada, où le castor et les équipements qu'on faisoit po;u' coureurs de hois, pour en aller faire la traite, ont donné lieti de continuer l'augmentation de cette monnoie. Ces coureurs de bois sont des Canadiens qui vont dans les profondeurs des terres traiter le castor avec les sauvages. On leur avançoit dans la colonie une somme, mon- noie du pays, qui leur étoit donnée en mar- chandises dont ils avoient besoin pour cette traite, et ils s'obligeoient de faire, à leur retour, le paymont en castor de la même somme, monnoie de France. Par exemple, on donnoit à des coureurs de bois pour bOOO livres de marchandises, monnoie du pays, lesquelles ne valoient que 2250 livres, nion- noie de France, et ils rendoient 3000 livres en castor, monnoie de France, ce qui donnoit un prolit de 7ôO livres à celui qui ('quipoit, jiour l'avance et les risques, pendunl dix-huit mois ou deux ans (jue durait ordinairenirnt le voyage de ces coureurs de bois. Quoique la traite du castor dans les bois ait cessée en partie, par la défense qu'il y a eue d'y aller, la distinction de la monnoie du pays et de celle de F'rance a toujours conti- nué, et subsiste encore aujourd'hui,de manière (pie la somme dont on convient dans les achats et ventes est censée du jjays, à moins que l'on ne spécifie que c'est monnoie de France. Mais, outre que cette différence n'est à jirésent d'aucune utilité et qu'elle ne réside que dans l'imagination, comme on vient de l'expliquer, parceque les marchan- dises et effets se vendent en Canada plus cher d'un tiers en sus en monnoie dite (hi pays que s'ils étoient achetés en monntjii; de France, le moyen qu'il paroît qu'on a vouhi employer pour faire rester ces espècees dans les colonies, en y augmentant leur valeur, n'a pas eu l'effet qu'on s'étoit proposé, et on sait d'ailleurs par expérience que l'augmentation des espèces dans un pays n'est pas un moyen sûr pour les y faire rester. C'est pourquoi le conseil proposera dans la suite de ce mémoire d'abroger cette différence de monnoie et d'ordonner que les espèces auront cours à l'avenir en Canada pour la même valeur qu'elles ont en France. Mais auparavant il faut expliquer tout ce qui s'est passé à l'égard de la monnoie de carte, et le rapport qu'elle a avec les deux différentes valeurs de monnoie dont il vient d'être parlé. Dans les premiers temps, le Roi envoyoit chaque année en Canada, sur un de ses vais- seaux, tous les fonds nécessaires pour les dépenses de l'année suivante. En sorte qu'il y avoit toujours chez le commis du trésorier général de la marine en Canada, des fonds suffisants pour jjayer les dépenses de l'année 134 LA MONNAIE DE CARTES courante, jusqu'à l'arrivée du vaisseau qui apportait de nouveau fonds. Dans la suite, les fonds n'ayant pu être remis d'avance, on se contenta d'envoyer ceux de l'année courante, mais, comme le vaisseau qui les portoit n'arrivoit ordinairement en Canada qu'au mois de septembre ou d'octobre, et qu'alors presques toutes les dépenses de l'année étoient faites, M. de Champigny, qui y étoit intendant, fut obligé de faire de la monnoie de carte, pour satisfaire au courant des dépenses de l'année. Les espèces de France ayant cours eu Canada, ainsi qu'il a déjà été dit pour le'tiei's en sus de leur valeur, on a donné à la mon- noie de carte la même valeur du tiers en sus, afin de lui conserver une juste proportion avec la monnoie dite du pays, ainsi une carte de 20 ^ monnoie du pays, ne vaut que 15 ', monnoie de France, et les autres cartes de différentes valeurs à proportion. Cette monnoie fut faite sur des cartes à jouer, coupées de différentes façons, suivant la différente valeur qu'on leur donna. La valeur étoit écrite sur chaque côté, de la main du commis du trésorier, et toutes les cartes étoient signées par le gouverneur général, par l'intendant et par le commis du trésorier. On y frappoit les armes du Eoi et celles du gou- verneur général et de l'intendant, on faisoit des procès- verbaux de la fabrication de ces cartes et, en même temps, le gouverneur général et l'intendant rendoieut une ordon- nance pour leur donner cours dans le pays. On a continué d'user de même à chaque fiibrication de nouvelles cartes. On les don- noit au commis du trésorier pom' lui tenir lieu des fonds qui auroient dû. lui être remis de France, et il en donnoit son récépissé. On en faisoit alors chaque année précisé- ment pour la même somme qui devoit an-iver de France parle vaisseau du Eoi, et, à l'arrivée du vaisseau, l'intendant faisoit retirer exacte- ment toute la monnoie qui avoit été faite au moyen des fonds qu'il recevoit et des lettres de change qu'il faisoit tirer sm' les trésoriers généraux de la marine, pour la facilité du commerce. Toutes les cartes qu'on retiroit étoient rapportées par le commis du trésorier au gouverneur général, à l'intendant et au contrôleur de la marine, lesquels, après les avoir comptées et examinées, les ^faisoient brûler en leur présence et en dressoient un procès-verbal pour la décharge du commis du trésorier, à qui elles avoient été données pour fonds. Le même ordre s'adresse encore aujourd'hui pour les cartes qui sont brûlées. Pour entendre ce que c'est que les lettres de change qu'on vient de dire que l'on tiroit sur les trésoriers généraux, il est à propos d'expliquer comment et pourquoi elles étoient données. Les officiers qui sont payés par le roi, ayant, de même que les habitants, moins besoin d'agent que des eff"ets et marchandises qui leur sont nécessaires, aiment mieux être payés en France que dans la colonie. Ils donnent leurs quittances d'appointe- ment au commis du trésorier qui leur fournit des lettres de change sur le trésorier général, et ils les adressent à leurs correspondants en France, qui en reçoivent le paiement et leur envoient ensuite ce dont ils ont besoin. Ceux qui veulent faire remettre de l'argent en France le portent de même au commis du trésorier qui leur donne pareillement des let- tres de change sur le trésorier général. Cet usage est établi pour la facilité du commerce. Les intendants qui ont succédé à M. de Champigny ont continué de faire, chaque année, de la monnoie de carte pour satisfaire au courant des dépenses, et ils ont toujours retiré exactement toute celle qui étoit faite à l'arrivée du vaisseau qui apportoit les fonds de l'année. Cela n'a causé aucun inconvénient jus- qu'en 1709, que les fonds ont cessé d'être LA MONNAIE DE CARTES 135 remis totalement, et les lettres de ehaiige d'être acquittées, ce qui a fait repasser en France le peu d'argent monuoyé qui pouvoit rester dans la colonie, si bien qu'on n'y a vu depuis ce temps que de la mouuoie de carte. Cette cessation d'envoi de fonds a donné lieu à la multiplication de cette monnaie, parce que, n'étant fait aucune remise de fonds pour la retirer, on a été obligé d'en fabriquer chaque année pour îa somme qui auroit dû être envoyée do France. Le montant en devint si considérable qu'on commença à douter dans le ])ays qu'elle fut jamais remboursée, ce qui la tit tomber dans un si grand diserédit.et augmenter à tel point le prix des marchandises, que le pays en souffrit infiniment et que le commerce en fut inten'ompu. Cet inconvénient ayant fait faire prendre la résolution de l'éteindre entièrement, on supputa en 1714 qu'il y en avoit pour envi- ron 1600000 livres, monnoie de France, et M. Begon, intendant en Canada, ayant marqué que les habitants se trouveroient heureux d'en être remboursés, en y perdant nioitié, on détermina de retirer toute cette monnoie de carte sur le pied de la moitié de perte, à quoi les habitants cousentoient, mais les 800000 li\Tes qu'il falloit remettre étant une somme trop considérable pour en faire la remise en une seule fois, on résolut de la payer en cinq ans et de faire à cet efiet chaque année un fond de 160000 li\Tes eu argent qui absorbe- roit pour 320000 livres de monnoie de carte. Les ordres furent donnés en conséquence et depuis il a été tiré sur le trésorier général pour- 577,600 livres de lettres de change qui ont dû éteindre pour 1,155,380 livres de monnoie de carte, de sorte qu'il n'en devroit plus rester à présent que pour environ 450,000 Kvres. NoT.4. : De ces 577600 livres de lettres de change, il en reste à payer pour 257690 livres, savoir : en mars 1717, pour 160000 livres, et en mars 1718, pour 97600 livres. Mais les fonds de 1714 et de 1715 n'ayant pu être remis, on a été dans l'obligation, pour payer les dépenses de ces deux années, de conserver partie de la mouuoie de carte qui auroit dû être brûlée, tn sorte qu'il y en a encore actuellement pour environ 1,300,000 livi-es, monnoie de France, et elle est si décriée» que les habitants, dans leur propre commerce, ne la prennent au plus que pour la moitié de sa valeur. Comme les mêmes raisons qui avoient fait prendre la résolutions de la supprimer subsistent plus que jamais, il est évident que le plus gi'and bien qu'on puisse faire à la colonie est de prendre des mesures pour en bannir à jamais cette espèce de monnoie. Ou propose à cet effet de continuer à en retirer chaque année pour 160,000 livres sur le même pied de la moitié de perte, et pour empêcher qu'on en fasse de nouvelle, à l'ave- nir, il sera indispensablement nécessaire d'envoyer dorénavant les fonds par avance, suivant qu'il se pratiquoit avant l'introduction de cette sorte de monnoie. Cependant, comme il n'est pas possible de faire un pareil envoi cette année, on sera obHgé de fabriquer, pour la dernière fois, de la nouvelle monnoie de carte, pour la dépense d'une année, et d'envoyer en même temps le fonds en argent d'une autre année, au moyen de quoi ce qui sera fait de carte paiera les dépenses de l'année courante 1717, qui .seront déjà dues, pour la plus grande partie, à l'ar- rivée du vaisseau, et le fonds qu'on enverra en argent se trouvera porté d'avance, comme cela se faisoit autrefois, pour l'année 1718, ce qui se continuera dans la suite au moyen du même fonds qui sera porté tous les ans. Les dépenses ordinaires de cette colonie sont de 315,000 livres payées sur les fonds de la marine et de 95000 li\Tes sur la ferme 136 LA MONNAIE DE CAETES du iloiuaiue d'occiiU'ut, il n'est question ici que de ce qui est payé sur les fonds de la marine, parce que ceux assignés sur la ferme du domaine ont toujours été acquittés sur les lieux, chaque année, parle fermier, sans inter- ruption. On peut lireudre deiix partis à l'égard de la fabrication de la monnoie de carte qu'on pro- pose de faire encore pour une année, l'un de la faire différente de celle qui existe actuelle- ment, et d'ordonner que cette nouvelle mon- noie aura cours en Canada pour la même valeur que la monnoie de France. L'autre parti est de la faire semLlalAe à celle qui existe à présent. Si l'on suit ce dernier parti, il faudra en ce cas faire fabri- quer de cette monnoie pour une fois autant que la somme qui devroit être remise en argent pour la dépense d'une année, en sorte (jue la dépense d'une année étant de 315,000 livres, il faudra faire de la monnoie de carte pour 630,000 livres, parce que, comme le Roi ue rembom'sera toute la monnoie de carte que sur le pied de la moitié de sa valeur, il ne seroit pas juste de la donner en paiement pour sa valeur entière. On a ci-devant fait observer c^u'il est absolu- ment nécessaire d'envoyer d'avance les fonds d'une année, suivant l'usage qui se pratiquoit autrefois, parce qu'il ne va qu'un vaisseau du Eoi, chaque année, dans la colonie, où il faut que les officiers et soldats soient payés chaque mois, comme partout ailleurs, ce qui ne se peut, à moins que le vaisseau d'une année ne porte tous les fonds qu'il faut jusqu'à l'arrivée de celui qui doit aller l'année siiivante. Si on voulait se dispenser d'envoyer les fonds d'avance, il n'y auroit d'autre moyen que celui de rétablir l'usage de faire de la monnoie de carte pour les dépenses d'une année, et de la retirer, comme on faisait par le i)assé, à l'ari-i- vée des fonds, qui seroient portés par les vais- seaux du Eoi, mais quoique on ait dit que cela n'a produit aucun préjudice dans les com- mencements, on ne pourroit rétablir aujour- d'hui cet usage sans beaucoup d'inconvénients, parce que cette monnoie étant décriée au point qu'elle l'est, les habitants du pays craiu- droient que si après la suppression on en fabriquoit encore de nouvelles, on en voulut rétablir un usage dont ou est si mécontent, ainsi l'envoi des fonds par avance est le seul expédient qui puisse remédier à tous les in- convénients. 11 reste à établir un ordre pour faire acquitter tout le monde, y compris celle qu'oui fera encore pour la dépense d'une année. On a supputé que ce remboursement sur le pied de 160,000 livres par an durera jus- qu'en 1724 inclusivement. Comme il ne seroit pas juste (ju'd dé[ien- dit de personne de faire payer les uns préfé- rablement aux autres, il est à propos d'ordon- ner à l'intendant de faire un rôle exact de tous ceux qui lui remettront des cartes pour avoir des lettres de change. S'il ne lui en étoit remis que pour les 160,000 livres de lettres de change à tirer chaque année, il n'y auroit point de difficultés, mais comme vrai- semblablement il lui eu sera apporté les pre- mières années pour des sommes beaucoup plus considérables, il faudra qu'il fasse tirer les lettres de change au sol la livre, c'est-à- dire iju'il fasse une juste répartition des lettres de change à proportion de ce que chacun lui aura remis en monnoie de carte, de sorte qu'en ne tirant que pour 160,000 livres de lettres de change par an, chacun y ait une part proportionnée au montant de la monnoie de carte qui aura été apportée à l'intendant. Pour empêcher qu'on ne se serve des cartes qui auront été retirées chaque année au moyen des lettres de change qu'on tirera sur le trésorier général, il sera ordonné au gouverneur oénéral et à l'intendant de brider LA MONNAIE DE CARTES 137 cxacteiueut, comme il s'est i>ratiiiué par le liasse, toutes les cartes pour les(iuellcs il aura été lionne des lettres de cliange, et il sera aussi défendu au commis du trésorier en Canada, de ]iayer à l'avenir autrement qu'en argent lorsqu'il aura une fois payé les dépenses de cette année avec la monnaie de carte qui doit être fait à cet effet. A l'égard du fonds de 100,000 livres qu'il faudra cliaque année, pour acquitter les lettres de change tjui seront tirées jusqu'en 1724, il est à propos d'expliquer ce qui a été fait sur cela jlîir le passé. M. de Toutcbartain et M. des Maretz jugè- rent à projios de ne point faire tirer ces lettres sur les trésoriers généraux, chacun pour ce qu'ils dévoient des années de leurs exercices, afin d'ôter de l'esp.it des liabitauts que ces lettres pourroient avoir le même sort que celles (jui a\- nient été tirées dans les derniers tenijjs pour le courant des dépenses, les- quelles ils ont été obligés d'employer en rentes. Ils cuu\iiirrut de faii-e tirer ces lettres sur M. Gaudion seul, afin do iier.suader aux habi- tants que c'étoit une affaire nouvelle et qu'il seroit fait de nouveaux fonds pour cela. Ils convinrent effectivement d'en faire le fonds au trésor royal sur ce qui restoit dû à ce trésorier de ses exercices de 1710 et 1713. Il fut aussi convenu qu'il se chargeroit en recette extraordinaire au profit du Eoi du bénéfice de la moitié de la valeur de la mon- noie de carte et que les autres trésoriers lui fourniroient des récéjùssés coinptalih s pour ce qui regarderoit leurs exeïcices. En conséquence, les ordres furent donnés à Québec, et il a été tiré des lettres de change pour les années 1715, 1716, 1717, et partie de 1718. Les fonds des deux premières années ont été faits et les lettres sont acquittées. 11 reste à faire ceux pour l'acquittement 18 de celles de 1717 qui sont échues, et, dans la suite, il faudra continuer le fonds de IGOOOO livres par année jusqu'en 1724 inclusivement. Il reste encore à examiner ce qu'il convient de faire jiar rapport à la valeur que la mon- noie de carte a dans la colonie. On a expliqué (lue cette monuoie a cours dans le pays pour son entière valeur pendant que le Eoi ne là retire que sur le pied de la moitié de perte. Cette différente de la valeur des cartes ne peut produire aucune utilité parce que les négociants ne pouvant plus s'en servir ])our faire leurs retom's en France qu'à moitié de perte, augmentent le piix de leurs marchandises au moins de la moitié et par une suite uécesaire, les habitants, leurs denn'es et les oiivriers, leur travail à pro- portion. Mais, bien que cette différence de la valeur des cartes soit d'aucune utilité, elle cause un grand désordre dans la colonie, parce que- comme ces cartes y ont cours pour leur entière valeur, en vertu des ordonnances ren- dues par le gouverneur général et l'intendant, lors de leur fabrication, le créancier ne peut refuser de sou débiteur le jjaiement de ce qui lui est dû en cette sorte de monuoie sur le pied de sa .valeur entière, et comme .souvent le débiteur l'a eue jjar son commerce pour la moitié de sa valeur, il trouve moyen de jtayer, avec la moitié de ce qu'il doit, son créancier (jui ne devant rien à personne, ne peut s'en défaire qu'à moitié de perte. Ceux qui ont des rentes donc le fonds leur est remboursé en cette sorte de monnoie, ceux qui ont fait des prêts et les autres cré- anciei's de cette espèce, perdent au.ssi moitié sur les remboursements qu'on leur fait, ce qui donne lieu à beaucoup d'inju.stices et cause, en général, un grand dérangement dans le commerce. Il y a même actuellement des ja-ocès sur ces sortes de remboursements de rentes et de prêts faits, dont le conseil su2)é_ 138 M. DE TONNANCOURT ET SES LETTRES DE NOBLESSE rieur éloigne le jugement, voyant qu'il ne peut décider sans faire injustice. Pour remédier à ce désordre, le seul expé- dient est de ne donner cours à cette mon- noie que pour la moitié de sa valeur, comme le Eoi ne la retire que sur ce pied-là et qu'elle ne vaut pas davantage dans le com- merce, personne n'y sera lésé, à l'exception des débiteurs usuraires dont l'espèce vient d'être expliquée et dont la cause n'étant pas favorable, ne doit pas anêter. Sur tout ce qui est exposé par ce mémoire l'avis du conseil de marine est qu'il est nécessaire que le Eoi rende une déclaration par laquelle il soit ordonné : 1" Qu'il ne sera plus fait de monnoie de carte en Canada que pour les dépenses de cette année courante seulement, et que> pour éteindre entièrement toute cette monnoie, Sa Majesté en remboursera, chaque année, pour 160,000 livres, dont il sera tiré des lettres de change sur le trésorier général de la marine, en la manière expiUquée ci-dessus, lesquelles seront exactement acquittées à leur échéance. 2° Que jusqu'à l'entière extention de cette monnoie, elle n'aura plus cours dans le pays que pour la moitié de la valeur qu'elle y a actuellement, et que le commis du trésorier la recevra sur ce même pied pour les lettres de change pu'il fournira. 3" Pour abolir la monnoie imaginaù'e du pays, il sera ordonné par la même déclaration (|ue les espèces de France qui ont cours dans les colonies sur le pied du tiers en sus de leur valeur, n'y auront jjIus cours que pour la même valeur qu'elles ont en France, et que toutes les stipulations, contrats, billets, achats et paiements s'y feront sur le pied de la valeur des espèces suivant le cours qu'elles ont en France. En marge est écrit : Pour être porté au Conseil de Régence. Signé : L.-A. B. L. M. D. DÉCISION DU CONSEIL DE RÉGENCE. Approuvé l'avis du conseil, et si on ne peut pas trouver des expédients pour payer présefitement toutes les monuoies de carte en argent, on en fera encore pour payer les dépenses de l'année mil sej^t cent dix-sept et les fonds d'une année seront aussi envoyés en argent qui serviront pour l'année suivante. Signé : L.-A. B. L. M. D. A la suite du dit mémoire est écrit: Fait et arrêté par le conseil de marine le 12 avril 1717. Signé : Par le conseil, S igné : L.-A. DE BODEliON. Le maréchal d'Esteées. Lachapelle. 1717 — 11 mai LE CONSEIL DE MARISE LETTRE DE NOBLESSE DE M. DE TONNANCOUKT Le sieur Godefroy de Tonnaucourt, lieute- nant général de la juridiction des Trois- Eivières, représente que son aieiil, Jean Gode- froy, a travaillé un des premiers à former cette colonie et a dépensé beaucoup de bien, tant à défricher des terres qu'au service du Eoi con- tre les Iroquois qui faisoient, pour lors, une cruelle guerre aux François, il étoit journelle- ment aux mains avec ces sauvages, étant accompagné d'un de ses frères et de dix de ses enfants, dont cinq furent tués, et son frère brûlé par ces barbares ; Sa Majesté, en con- sidération de ses services, lui accorda des lettres de noblesse en 1668, qui lui furent remises par M. Talon, intendant de Canada, ce qui se justifie par les lettres qu'il lui écrivit les 16 septembre et 10 novembre de la même année, mais ces lettres de noblesse étant M. DE TONNANCOUET ET SES LETTRES DE NOBLESSE 139 adresst'es au parlement de Paris, ne purent être enregistrées au conseil supérieur du pays, et furent remises à M. Duchesneau, pour lors intendant, qui en envoya copie à M. Colbert. Ce ministre répondit en 1677 qu'il avoit besoin de l'original pour le mettre sous le con- tre scel des lettres de changement d'adresse, cet original lui fut envoyé ; mais soit qu'il ait péri en chemin ou qu'il ait été égaré dans son bureau, il n'a jamais pu être retrouvé quelque diligence qu'on ait pu faire. Il est hors de doute que M. Colbert sa voit parfaitement que ces lettres avoient été accor- dées puisqu'il envoya l'année 1678 un ordre du roi (cet ordre n'est point rapporté) portant injonction au dit conseil supérieur de procé- der à leur enregistrement nonobstant que l'adresse en fut faite au Parlement de Paris. Cet ordre qui est au gi'effe du conseil n'a pu être exécuté, ces lettres étant perdues, cepen- dant cela n'a pas enij êché M. Duchesneau de rendre une ordonnance, le 8 juillet 1681, par laquelle il maintient le dit Godefroy dans son état d'anobli, et défend de l'inquiéter, à peine de 150 livres d'amende. M. de MeuUes, autre intendant de Canada, qui avoit ordre de faire rechercher les faux nobles, l'a pareillement maintenu par son ordonnance du 8 juin 1685. Il rapporte copie collationnée des lettres et ordonnances. 11 supplie le conseil de le faire jouir de ce titre et marque d'honneur, accordés à son aieiil, en lui procurant la ratification et con- firmation de ces lettres de noblesse. Ce mémoire a été envoyé par MM. de Vaudreuil et Begon qui marquent qu'il y a de la justice que le conseil accorde des lettres qui maintiennent le sieur de Tonnancourt, et les descendants de son aieiil, dans leur noblesse, le dit siem- de Tonnancourt étant un très bon sujet dont le père et le grand père ont toujours bien servi le Eoi, et leur famille étant une des plus considérables du pays. OnSERVATION Ces lettres de noblesse ont été recherchées au dépôt et n'y ont pas été trouvées, n'y ayant point de registres de ce temps-là. Comme M. de Lionne avoit la marine eu 1668, on a recherché au bureau des affaires étrangères, ou y trouve seulement sur un inventaire de pièces, qu'au mois de mars de la dite année, il a été expédié quatre lettres de noblesse pour gens de Canada dont les noms ne sont point marqués. Il y a apparence que celles du susdit Gode- froy étoient du nombre, cependant comme on ne retrouve point ses lettres, il ne paroit pas possible d'en accorder la confirmation. Si le conseil veut avoir égard à la demande de cette famille, il sera nécessaire d'accorder de nouvelles lettres d'anoblissement aux des- cendants du dit Jean Godefroy. En ce cas, il conviendroit d'écrire à MM. de Vaudreuil et Begon d'envoyer les noms de ses descendants, avec des mémoires des ser- vices qu'ils ont rendus, afin qu'on pût dresser ces lettres, et d'envoyer aussi copie collation- née de l'ordre du roi au conseil supérieur de Québec, de procéder à l'enregistrement des lettres de feu Jean Godefroy, nonobstant que l'adresse en fut faite au parlement de Paris, pièce que le sieur de Tonnancourt a citée et qui n'a point été remise. En suite est écrit : Pour être porté à Mon- seigneur le Duc d'Orléans. Décision de S. A. E. Lui expédier des lettres de confirmation de noblesse, en énonçant que les premières ont été perdues. Fait et arrêté par le conseil de marine tenu le 11 mai 1717. Sigué : L.-A. DE Bourbon. Le maréchal d'Estrées. Par le Conseil, Signé : La Chapelle. 140 LETTEE À M. DE VAUDEEUIL 1717 — ISjiiin LE CONSEIL DE MARINE AU SIJET DE PROCÉDUKES JUDICIAIRES Le sieur Collet, ayaut représenté au Con- seil qxi'il croit du làen public défaire rassem- bler dans une ordonnance, toutes les dispo- sitions qui doivent être observées, soit de l'ordonnance de 16i.7, soit du règlement de 1G78, ou des édits de 1679 et 1685, et de retrancher les appointements iiour abréger les procès, ayant offert de faii'e ce travail qui poun-a servir pour toiites les colonies, le con- seil a ordonné de savoir de lui si c'est en Fiance ou eu Canada qu'il compte faii'e ce travail, quel temps il compte y employer, quelle dépense ce seroit pour le Eoi. Le sieur Collet croit qu'il sera ]ilus à pro- pos qu'il fasse ce travail ici, pour éviter la quantité d'écriture qu'il seroit obligé de faire pour rendre raison de chaque article, ce qu'il fera aisément de bouche à celui que le Con- seil voudra bien nommer pour examiner son ouvrage à mesure qu'il l'avancera. A l'égard de la dépense il demauderoit au Conseil une somme de 1000 Hvtcs pour pouvoir subsister ici, outre les appointements qu'il a, il compte que cet ouvrage sera fini bien avant le départ des vaisseaux de l'année prochaine. 11 y aura, outre cela, les frais de l'impres- sion, il observe que si cette ordonnance est rendue générale pour toutes les colonies, il pourra se trouver des libraires qxii eu feront l'impression pour la débiter aux particulieis. En marge est écrit : Le conseil ne juge pas à piropos qu'il y travaille. U fera mieux de repasser en Canada où sa présence sera plus utile à la colonie. Fait et aiTêté par le Conseil de Marine le 18 juin 1717. Siyiié : L.-A. dk BorEnoN. Le MAUÉLiiAi, ii'EsTi;f-,i;s. Par le Conseil : Signé : L.\cilArELLF,. 1717 — 26 juin LE CONSEIL DE MARINE EX'TRAIT d'L'XE LETTRE A M. DE VAUDREUH. Monsieur, Le Conseil a reçeu les lettres que vous avez écrites en octobre et 13 novembre de l'aimée dernière. Il a aprouvé que vous ayez permis aux sieurs de la Morandière et de la LongueviUe, oSiciei-s destinés pour la Louisiane, d'emme- ner avec eux les hommes qui leur sont nécessaires pour les conduire à leur destina- tion, et il est nécessaire que ces officiers s'y rendent cette année. Le Conseil aprouve que vous viviez bien extérieurement avec les gouverneui-s des colonies angloises, et vous recommande d'avoir toujours la même attention sur les pratiques que ces gouverneurs pouiToient faire avec les Nations, afin de pouvoir empêcher ce qui seroit préjudiciable à l'intérêt de la colonie. Il a vu avec ^Jaisir que le sieur Hunter, gouverneur de la Nouvelle-York, est dans le sentiment de croire que le commerce des Fnuiçois et des Auglois ne soit pas utile aux deux nations, vous devez l'entretenir dans ces sentimens et l'engager à le défendre sévè- rement dans son gouvernement, le conseil vous recommande d'y donner tous vos soins pour l'empêcher de votre côté, et le Eoy veut que les François qui le feront, soient sévère- ment punis, et que toutes les marchandises du cru et de fabrique étrangère, soient brus- lées conformément à l'ordonnance qui a esté rendue l'année dernière. Le Conseil est satis- fîiit de ce que vous avez_ renvoyé plusieurs Anglois venus à Montréal, avec passeport, et vous avez bien fait de les faire garder à vue pendant le peu de séjour qu'ils y ont fait, pour les empêcher de s'aboucher, ny de com- mercer avec aucun François, ny sauvage. I PROJET D'ÉTABLISSEMENT D'UNE MANUFACTURE 141 Il vous recommande de continuer d'agir avec les mêmes précautions par rapport à ceux qui pourront venir par la suite, pour qu'ils se dégoûtent de ces tirages qui ne convien- nent point au bien de la colonie, ny àravau- tage du royaume Vous verrez par le mémoire du roy que Sa Majesté est très contente de la manière dont cette guerre a esté finie. Elle vous recommande de faire tout ce qu'il faut pour que la paix soit durable et pour que toutes les nations d'en haut vivent en bonne intel- ligence. La guerre ne convient point dans une colonie, et on doit l'éviter autant qu'il est possible, à moins que l'on y soit absolu- ment obligé Il y a lieu de croire, parce que vous mar- quez, que le fils de M. de Ramezay, et celui de M. de Longueuil, n'ont point été tués en revenant des Illinois, comme on la dit dans la colonie, et il y a apparence que les Kas- kasias les auront livrés aux Anglois, le Conseil a trouvé bon que pour les retirer de leurs mains vous envoyiez à la Nouvelle- York, que vous en escriviez au gouverneur et à celuy de la Caroline, et en cas que voxis ne puisiez les ravoir, et que vous appreniez qu'ils y soient, vous en donnerez avis au Conseil, afin qu'il puisse les faire réclamer en Angleterre 1717 — 27 juillet LE CONSEIL DE MARIXE POUR LE SIEUR DAUTEUIL Le sieur Dauteuil, 13 juillet 1717, n'ayant point fixé les affaires qu'il a en France, il n'a pu profiter du passage qui lui avait été accordé pour retourner en Canada avec sept engagés. En marge est écrit : A la bonne heure, le Conseil y consent. Comme il connoit par- faitement l'état de la colonie, et ce qui peut lui être de plus avantageux, il offre tout c(i (^u'il sait sur cela et d'en conférer avec telle personne que le Conseil voudra lui prescrire. En marge est écrit : le Conseil n'a rien à lui communiquer. Fait et arrêté par le Conseil de jMariue le 27 juillet 1717. Signé : L.-A. DE BoURBON. Le Maréchal d'Estréks. Par le Conseil, Siwné : Laciiapelle. 1717 — 3 août LE CONSEIL DE MARIiVE AU SUJET d'une manufacture DE CHAPEAUX La l-ande, maistre chapelier de Paris, pro- pose d'établir en Canada une manufacture de chapeaux de pur castor, laquelle seroit très avantageuse à la colonie par le commerce considérable qu'on feroit de ces chapeaux, tant pour la France que pour les pays étran- gers, en payant à S. M. les droits qui seront réglés. Il supplie le conseil de lui accorder pour cet établissement un privilège exclusif pendant 12 années. La liberté d'acheter eu tels lieux qu'il voudra les peaux et les autres choses qui lui seront nécessaires. Et la permission d'emmener, en une ou plu- sieurs fois, le nombre d'ouvriers qu'il jugera à propos, et de les engager pour les 12 années, avec défense à eux de quitter leur travail, en les payant, à peine d'être punis suivant que les juges des lieux l'ordonneront. En marge est écrit : Néant. La compagnie 142 M. DUCHESNAY DEMANDE DES TEEEAINS du Mississipi ayant le jaivilége exclusif du castor. Fait et arrêté par le conseil de marine, le 3 août 1717. Signé : L.-A. de Bourbon. Le MAKÉciiAL d'Estkées. Par le conseil, SlLÏIlé : LACIL^rELLE. 1717 — 18 août LE (OSSEIL DE MAKI>E AU SUJET DE TEKRAIXS POIR M. DUCHE.SNAY Le sienr Duchesnay représente que ses ancêtres ont le plus contribué à l'établisse- ment de la Nouvelle-France, où ils se trans- portèrent aussitôt que la découverte en fut fiiite, et y jiortèrent des biens considérables. Ils obtiurent,en cette considération, des ter- rains à titre noble qu'ils ont si bien établis, qu'ils sont d'un secours et d'un ornement con- sidérable à la ville de Québec, mais comme leurs familles se sont augmentées, et que le suppliant se trouve l'aîné de onze enfants vivants, ces teiTains qui ne peuvent être augmentés en circonférence, se trouvent trop petits, et il est obligé d'en demander d'autres pour les établir et les laisser pareillement à ses descendants. En marge est écrit : Envoyer à MM. de Vaudreuil et Begon pour avoir leur avis ; néant absolument sur le titre noble. Il s'est appliqué dès sa jeunesse à la navi- gation et à connaître le pays par ses différents voyages, il a contribué à la défense du Port- Eoyal de l'Acadie, la première fois qu'il fut attaqué par les Anglois, il y mena 60 cana- diens à travers le bois et les neiges et y fut blessé. Il a aussi employé ses connoissances pour le bien du Canada, par im commerce avanta- geux au pays, par la construction d'un moulin à scie et de plusieurs navires. C'est dans les mêmes vues qu'il supplie le Conseil de lui accorder la concession en titre de fief, et avec les mêmes droits que les autres terres concédées à ses ancêtres, et à d'autres particuliers, de quelques petites îles situées au dehors de la rivière de St. Laurent, entre l'île de Terre-Neuve et l'île Eoyale, nommées îles de la Madeleine, île Brion, îles Eamées et îles aux oiseaux, avec leur dépendances, sur lesquelles il pourra établir la chasse des renards, et une tuerie de vaches marines et de loups marins. OBSERVATION. Les iles que demande le sieur du Chesnay sont peu connues. Le sieur Aubert a été du Canada faire la tuerie des loups marins et des vaches marines aux îles de la de la Madeleine, on prétend qu'il y a une pêche de morue à l'ile blanche, qui est la plus grande de ces îles, le terrain en est mauvais. Les îles Brion et les îles Eamées sont très peu connues. Pour les îles aux oiseaux, il n'y a aucun bois dessus et elles sont blanches de plumes d'oi.seaux, et toutes pleines de nids pendant l'été. Il peut y avoir quelques pelleteries dans toutes ces îles. On ne croit pas qu'on puisse y faire d'autres établissements que pour la pêche et la chasse, eu cela elles sont conformes au terrain qui se trouve au bas du fleuve St. -Laurent, où il y a deux concessions aux sieurs de Courtemanche et Constantin (Les brevets sont ci-joints) sans aucun titre et seulement à vie, et tant qu'on les fera valoir par les pêches et par la chasse. Il demande aussi une terre dans le gou- vernement de Montréal, située au nord de la grande rivière, au bout de la concession qui a LA MISSION DU SAULT SAINT-LOUIS 143 ëtû accordée à MM. du Sûniiiiaire de St-Sul- pice, de dix lieux en montant lu long de la dite grande ri^•ière, sur dix lieues de profondeur, il projette d'y faire des établissements, exploi- tations et manufactures considérables. Il s'oblige de faire passer sur ces terrains, à ses frais, jusqu'à 200 hommes, dans l'espace de cinq années, et de leur faire les avances néces- saires en la manière ordinaire, pour leur éta- Wissement, et d'en rapporter certificat des gouverneur et intendant, au bout de ce terme, à peine d'être privé des dites concessions. Il attend la réponse du Conseil suivant laquelle il pourra faire embarquer sur son navire, qu'il fait passer de St.-Malo à la Kochelle, les hommes et les choses nécessaires pour les établissements. Fait et arrêté par le Conseil de marine le 18 août 1717. Signé : L.-A. DE Bourbon. Le MAiîÉcHAL d'Estrées. Par le Conseil, Signé: Lachapelle. 1717 — 7 décembre LE CONSEIL DE MARIXE CHANGEMENT DE LA MISSION DU SAULT ST.-LOCIS Le sieur Begon a informé de la nécessité qu'il y avoit de changer le village des Sau- vages de la mission du Sault St. -Louis, et de le transporter plus haut, parce que les ten-es où sont présentement ces sauvages, sont usées. Sa Majesté approuve ce changement, et à ordonné un fonds de 2000 livres à compte de la dépense qu'il conviendra de faire pour déserter deux arpents en carré et y faire une enceinte de pieux, avec rm nouveau fort et une église, et elle charge ledit sieur de Vau- dreuil de faire en sorte que cette somme suf- fise pour mettre en état tous ces ouvrages, en engageant les sauvages de contribuer parleur.s travaux à la construction de ce fort. En marge est écrit : Le Conseil croit qu'il faut pas de nouvelles lettres de patentes accordé,? aux jésuites, conjointement avec les iroquois, les terres du Sault St. Louis, qu'ils viennent de quitter, celles où ils s'établissent de nou- veau actuellement, la lieue et demie d'aug- mentation concédée par M. de Frontenac — (ou les point assujétir à la construction du fort) — (on croit qu'il conviendroit d'envoyer un fonds de 1000 livres pour bâtir le fort) — Déci- sion de S. A. E. approuvé l'avis du Conseil et ne point accorder ces ten-es à perpétuité. EXTRAIT DU MÉMOIRE DU ROI, DU 26 JUIN 1717. Le procureur des Jésuites du Canada a exposé que les terres de cette mission leur ont été accordées, et à ses sauvages, il y a 40 ans, qu'ils ne les quittent que pour un temps, et que les missionnaires les feront cultiver pour subvenir à leurs besoins, et les aider à bâtir une église qui puisse contenir le grand nombre de sauvages de cette mission, et il a demandé la confirmation de ces terres, pour empêcher que les autres ne vinssent les occu- per, comme ces religieux n'ont point repré- senté les titres de la première concession qui en a été faite. Sa Majesté n'a rien pu statuer à cet égaid, et elle souhaite que les sieurs de Vaudreuil et Begon les envoyent et marquent en même temps leur avis. Us auront soin que le fonds de 2000 livres, ordoimé pour la changement de cette mission, suffise pour cette dépense, à laquelle le sieur de Vaudreuil doit exciter les sauvages de contribuer de leur part. Le 20 octobre 1717, MM. de Vaudreuil et Begon marquent qu'ils ont averti les jésuites que Sa Majesté souhaitoit ([ue ces 2000 livres suffisent, et que les sauvages y contribuent de leur part. U4 LA MISSION DU SAULT SAINT-LOUIS lis ont représeuté que cette somme ne suffi- soit pas à beaucoup près, pour la dépense à faire, tant pour la bâtisse de l'église et de leur maison, que pour le fort de pieux, et qu'ils sont déjà fort chargés par l'obligation où ils sont de fournir aux besoins des sauvages de cette mission, qui est composée de 8 à 9000 personnes, tout compris, le Roi ne leur don- nant que 500 livres pour cette mission, ce qui est très peu de chose. Us ont déjà bâti leur uuiisou dans un nou- vel endroit qui a été choisi pour y transpor- ter cette mission, le terrain destiné pour y faire le fort est défriché, et une partie des sauvages s'y sont déjà venus établir avec un missionnaire qui y réside, et ils comptent de fah-e les bois nécessaires pendant l'hiver, pour la bâtisse de l'éghse. MM. de Yaudreuil et Begon estiment que si Sa Majesté n'est pas dans le dessein de rien donner de plus que la somme de 2000 livres pour cette bâtisse, et qui ne sont payées qu'en monnoie de cartes, il y auroit de la justice que pour indemniser les jésuites de la dépense qu'ils ont faite et de celle qu'ils aurcmt à faire dans la suite, il plut à Sa Majesté de leur accorder à perpétuité les 2 lieues de front sur pareille profondeur qui leur ont été concédés au Sault St- Louis, sui- vant les lettres patentes du 29 juin 1680, à condition que lorque les Iroquois les aban- donneront elles appartiendront toutes défri- chées à Sa Majesté, ensemble un restant de terre d'une lieue et demie de longueur à prendre depuis la dite terre du Sault en montant vers la seigneurie de Chateaugué, sur deux lieues de profondeur, qui leur a été accordé aux mêmes couditious par concession de MM. de Frontenac et Duchesneau, du 31 Octobre 1680. Il leur paroit qu'il y a d'autant plus de justice de leur accorder cette terre, avec l'aug- loentation, que depuis 37 aos qu'ils l'ont, ils n'en ont retiré aucun profit, et qu'après que le village sera transporté où il doit être placé, les jésuites ne pourront profiter des terres des sauvages qui comptent d'y retourner, après que les terres qu'ils quittent seront reposées et qu'ils ne pourront placer de Fran- çois, dont le voisinage ne peut compatir avec les sauvages. OBSERVATION. Les Jésuites, par leur mémoire donné en 1715, ont demandé la confirmation de ces terres, exposent que les Sauvages, ne les (piittent que pour un temps, que les mission- naires les feront cultiver pour subvenir à leurs besoins et les aider à bâtir une égUse qui puisse contenir le grand nombre des sau- vages de cette mission. Par les concessions de ces terres, elles doivent revenir au Eoi toutes défrichées, quand ces sauvages les quitteront. On ne peut point dire qu'ils les quittent à présent, puisqu'ils ne font que s'éloigner de l'endroit qu'ils ont cidtivé, à cause que les terres sont usées, pour en habiter- une autre au-dessus, voilà l'état des choses. MM. \'audi-euil et Bégon proposent d'ac- corder à perpétuité ces terres aux Jésuites pour les indemniser des dépenses qu'ils ont faites pour cette mission, et de celles qu'ils auront à faire, et on proposeroit d'accorder seidement un arrêt ou un brevet par lequel il seroit dit que ces terres resteroient pour cette mission et que les missionnaires de ces sauvages pourront faii'e ensemencer les terres défrichées, pour les aider à bâtier l'éghse et fournir à leurs besoins. Fait et arrêté par le Conseil de Marine, le 7 Décembre 1717. Signé : L.-A. De Bourbon. Le M.u'.échal u'Esteées. Pur le Conseil, Siorné : LACH.4.PELLE. LE CONSEIL DE MARINE ET MM. DE VAUDREUIL ET BEGON 145 1717 — 7 décembre LE CONSEIL DE MARINE AU Sl'JET d'une lettre DE MM. DE VAUDREUIL ET BEGON, DU 120 OCTOISItE 1717. Il y a été envoyé de l'eau-de-vie au fort Frontenac pour empêchei que les Sauvages n'y en apportent d'Orange, et elle y a été distribuée avec tant de précaution qu'elle y a produit tout le bon effet qu'on pouvoit désirer, sans qu'il y soit arrivé le moindre désordre. Nota. — La traite se fait dans ce poste pour le compte du Roy, et il a été permis d'y traiter de l'eau-de-vie avec modération. M. de Vaudreuil ménage les sauvages du continent de manière qu'il n'y a pas lieu de craindre qu'ils se séparent des intérêts de la colonie, et il est fort attentif sur toutes les démarches que fout les Anglois pour pénétrer dans les endroits oii ils n'ont pas encore porté leur commerce, s'il s'aperçoit qu'ils se mettent en état d'y faire quelque établissement, il ne manquera pas de s'y opposer par toute sorte de voyes, après en avoir néantmoius averty les gouverneurs anglois. En conformité des ordres du Roy, ils ont obligé le sieur de Touty, commandant et ayant l'exploitation du poste du détroit, d'y entretenir à ses dépens un aumônier, un chirurgien et un interprète, et d'y faire porter tout ce qui est nécessaire pour la garnison, et lui ont déclaré que Sa Majesté ne vouloit faire aucune dépense pour ce poste, M. de Vaudreuil lui a aussi défendu d'envoyer faire la traite chez les autres Nations. Le dit sieur de Tonty l'a infonné que le printemps dernier, lorsqu'il montoit au détroit, il rencontra près de Niagara 17 canots sau- vages du détroit, qui alloient à Orange pour y porter Jeurs pelleteries, et en rapporter de 19 l'eau-de-vie de canne de sucre, il en engagea une partie à retourner avec lui au détroit, tous ayant promis de leur donner les mar- chandises à meilleur marché que le passé, et l'autre partie à Montréal, en leur promet- tant que l'on leur feroit donner de l'eau-de- vie et les marchandises à bon marché. Ces sauvages étant arrivez ii Montréal, M. de Vaudreuil eng igea les marchands à leur donner des marchandises à des pri.x dont ils ont été fort contens, et luy ayant déclaré que s'il ne leur permettoit pas d'emporter de l'eau-de-vie, ils en iroient chercher à Orange, il n'a pu se dispenser de leur permettre d'en emporter une petite quantité. Le dit sieur de Tonty l'a aussy informé qu'il a été porté, cette année, au Détroit, plus de 200 pots d'eau-de-vie par un Iroquois et un Miamis, envoyé par les Anglois, et pareille quantité par un canot des sauvages du détroit qui a été à Orange, que le dit sieur de Tonty luy a représenté que pour empêcher la conti- nuation de ce commerce il n'y a point d'autre moyen que celuy de luy permettre d'en faire porter au détroit pour être distri- bué avec la même précaution qu'où fait au fort Frontenac, M. de Vaudreuil assure que le dit sieur de Tonty en fera un très bon usage et que c'est l'unique moyen pour em- pêcher que les sauvages du détroit n'en aillent chercher chez les Anglois. (En marge est écrit : le conseil veut bien le permettre, en observant les mêmes précautions qu'au fort Frontenac.) Nota. — Sur les l'eprésputations de M. de Vaudreuil, le con.seil à accordé en 1716 la permission de porter de l'eau-de-vie au fort Frontenac, avec médiocrité, et,en 1717, il leur a été marqué de tenir la main qu'elle soit distribuée en petite quantité et avec précau- tion. Il n'est pas permis d'en porter dans les autres postes. L'égKse de la mission Medoctée, 146 LE CONSEIL DE MARINE ET MM. DE VAUDEEUIL ET BEGON à la rivière St.-Jean, est fort avancée par les soins du missionnaire et ce i^ue ces sauvages y ont contribué de leur part, cependant comme ce missionnaire est entré dans des eng-agements au delà de la somme de 600 f. que le Eoi a accordée eu 1716, pour cette dépense, qui n'a été payée qu'en mon- noie de carte, et de ce qu'il a pu avoir des sauvages, ils croient qu'il seroit à propos que Sa Majesté eut la bonté d'accorder encore un fonds de pareille somme de 600 f., pour mettre le missionnaire en état de finir entière- ment cet édifice. (En marge est écrit : en faire une note pour y avoir égard quand on ordonnera des fonds.) Cette mission mérite d'autant plus cette grâce que les sauvages qui la composent ont toujours trouvé moyen jusqu'à présent d'em- pêcher les Auglois de faire des sorties au bas de cette rivière, et d'y établir une seule habi- tation, quelque tentative qu'ils aient toujours fait. Il seroit aussi nécessaire que Sa Majesté eût la bonté d'accorder une pareille somme de 600 f. pour l'.église de la mission de Nauraut-Souak, les sauvages de ces deux missions se sont si bien conduits dans le der- nier pourparler qu'ils ont eu avec le gouver- neur de Baston, lequel n'a rien oublié pour les détacher des François et pour les engager à souffrir que les Anglois établipsent desfoits, ce qu'il n'a jamais pu obtenir, les sauvages ayant tous refusé avec beaucoup de hauteur et de fermeté, ainsi qu'il paroit par la lettre que le père Easle a écrit à M. de Vaudreuil, dont il envoie copie, ainsi il est du ser\-ice du Eoy de mettre en Etat ces missionnaires d'achever leur Eglise, le plus puissant motif d'empêcher les sauvages d'écouter les propo- sitions des Auglois, étant celui de la prière. (En marge est écrit : et ci-joint en faire une note.) Ils auront une attention particuUère que les deux mille livres que le Eoi accorde chaque année pour les présens à faire aux sauvages Abénakis des 3 missions de TAca- die, leur soient distribués de manière que cette somme seule suffira pour les détacher entièrement des Anglois. (En marge est écrit : bon.) La recrue de 150 hommes qui a été envoyée cette année, mettra M. de Vaudreuil en état d'accorder des congés à tous les soldats qui voudront s'établir, ce qui sera im très grand bien pour la colonie. (Eu marge est écrit: bon.) Comme dans tous les postes qui sont éta- blis dans les pays d'en haut, il. de Vaudreuil est obligé d'y faire monter les meilleurs sol- dats, la plupart de ceux qui restent dans les compagnies ne sont que des jeunes gens dont on ne peut tirer, dans le tems présent, que peu de service, il supplie d'envoyer l'année prochaine une recrue de 150 bons hommes pour former la tête de ces compagnies. (En marge est écrit : y avoir attention lorsqu'on ordonnera des recrues.) Ils envoient la revue des 28 compagnies par laquelle il paroit qu'il y manque 101 hommes. Ils envoient aussi le rôle de 10 soldats invalides qui sont dans le cas d'avoir la demi- solde et qui sont porteurs de leurs certificats de service et d'individualité, ils les ont fait embarquer sur les deux frégates du Eoi pour passi?r en France. (En marge est écrit : en donner une note à M. Argoud.) Ils ont fort à cœur de faciliter la sortie des farines dont le commerce hors la colonie est très avantageux, et ils ne l'arrêteront que lorsqu'ils auront des raisons essentielles de le faire. (En marge est écrit : bon.) Ils ont permis d'en porter le printemps à l'Ile Eoyale sur les avis qu'ils auroient eu LES JÉSUITES ET LA MISSION DU SAULT SAINT-LOUIS 147 qu'il y auroit nue disette, mais la récolte de cette année n'ayant pas été abondante, à cause de la grande sécheresse, ils en ont depuis défendu la sortie, et, comme le pays est pré- sentement peu fourni de blé, ils croient (ju'il couviendroit, jusqu'à ce qu'on ait eu une récolte abondante, que le Roi continuât d'en- voyer des farines à l'Ile Eoyale. (En marge est écrit : approuvé.) Nota. — L'intention du Conseil n'a point été de fournir à la sub.sistance des troupes de l'Ile Eoyale par le moyen du Canada, où les farines depuis quelques années ont été plus chères qu'en France. Ils ont écrit à MM. de Costebelle et Sou- bras d'engager les Haâus de l'Ile Eoyale, qui ont des établissements de pêche con.sidérable, de faire venir leur farine de France, dans la crainte où ils sont d'être obligés, l'année pro- chaine, d'en défendre la sortie en Canada. Fait et arrêté par le Conseil de Marine, le 7 décembre 1717. Signé : L-A. DE BouRDON. Le Mai!Èciial h'Estisèes. Par le Conseil, Silie le Conseil de le faire payer des dépenses c^u'il paroîtra qu'il a été obligé de faire pendant les deux années qu'il a commandé au Détroit. Sur cette demande, le Conseil décida, le 18 janvier 1718, de renvoyer à M. de Vaudreuil LE POSTK DU DÉTJJOIT 161 en lui explùiuant ijue le lloy ne doit rien payer sur cela et qu'il voit s'il est juste que le sieur de Tonty donne quelques dédoninia- gements au sieur de Sabrcvois, au(|uel cas qu'il tâche de le régler à l'aniiable eonime il le jugera pour le mieux. M. de Vaudreuil rriiond par sa lettre du 15 8bre 1719. Qu'il a examiné le mémoire contenant les prétentions du sieur de >Sabrevois, pour le temps qu'il a commandé au Détroit, mais il n'y trouve rien pour raison de quoi le sieur de Touty p)uisse être tenu de lui donner un dédommagement, la non jouissance du privi- lège du commerce exclusif du Détroit, pen- dant les années 1715 et 1716, allégée par le sieur de Sabrevois, est un fat dont il n'a pu avoir aucune connaissance, étant en France en ce temps là, et pour lequel, supposé qu'il soit tel qu'il est exposé, il ne peut avoir rien à prétendre centre le sieur de Touty, puisque ce dernier n'a jjas coutriljué au trouble dont le dit sieur de Sabrevois se plaint, n'ayant passé au Détroit qu'en 1717, et que depuis qu'il jouit de ce privilège, il a fait toutes les dépenses dont le dit sieur de Sabrevois étoit chargé ; outre qu'il engagea le dit sieur de Tonty, dans le temps qu'il alloit partir pour le Détroit, au mois de mai 1717, de donner deux permissions pour deux canots que le procureur du dit sieur de Sabrevoi-s y envoya, et (jui eurent la liberté d'y faire leur com- merce, quoi([u'il préjudicioit à celui du sieur de Tonty, moyennant 1800 livres de France, en monnaies de cartes, que ceux (^ui les exploitoient {layèrent au dit sieur de Sabre- vois, auquel le dit sieur de Touty fut bien aise de faire cette gi'acieuseté, à sa sollicita- tion, à l'égard des réparations de la clôture du fort, il est certain ; il est convenu ([lui le dit sieur de Sabrevois n'en a fait aucunes, puis- que suivant le rapport de M. de Louvigny, ce 21 fort étoit en très mauvais état quand il a ])assé en allant contre les Renard en 17 IG, et ([ue le sieur de Touly le trou va si délabré, (ui y allant en 1717, qu'il a été obligé de le refaire tout à neuf, la jireuve du mauvais état de ce fort et que le sieur de Sabrevois n'y a jamais fait aucune dépense, se trouve dans un article de la lettre que le sieur de Sabrevois lui écrivit du Détroit le 8 avril 1717, et dont il envoie l'extrait, par lequel il paroit que ce n'est qu'eu ce temps là qu'il se mit eu devoir de faire réparer cette clôture, et que c'étoieut les voyageurs qui fournis- soient les pieux nécessaires jwur cette répa- ration, dont il n'y en avoit que 150 de faits suivant son propre aveu, et ar les chefs Outavois du Saguinan et )iar (■■ux des Pou- tavatainis du Détroit, ([ui vinrent à Montréal en 1717, et dont il envoie les paroles, il s'en faut beaucoup que le dit sieur de Sabrevois n'ait été aussi libéral à l'égard des sauvages (px'il l'a voulu faire entendre au Conseil. Il sera facile de connaître par les plaintes que lui firent alors ces sauvages, et dont il ne crût pas devoir informer le Conseil, pour épar- gner le dit sieur de Sabrevois, et par un second extrait de la lettre de cet officier du 8 avril 1717, combien il étoil pyu capable de les gouverner avec les ménagements convenables pour ne les pas aliéner, et (quelle foi ou doit ajouter aux certificats qu'il a mandés ci-joints au mémoire qu'il a préseuté au Conseil, ce ipi'il y a de certain .est que la plupart des habitans ipi en ont signé uu, étoient des gens contre lesquels le sieur de Sabrevois lui avoit fait de grandes plaintes, en plusieurs occasions, et qui, de leur côté, se j)laignoient fort de lui en l'écrivant à leurs [larents et à leurs amis, aux(iuels il mandoit (pie tout leur crim.e ne consistoit (pie dans le ivhi!^ qu'ils faisoient de se soumettre aux vexations du dit sieur de Sabrevois. qui s'est racommodé avec eux, quand il a été prêt de partir du Détroit, pour les engager à signer ce certificat. Nota. — Par les paroles des chefs des sau- vages qui sont ci-jointes, il se plaignent beau- coup de la dureté du sieur de Sabrevois, et de son avarice qui les avoit déterminés d'aller au nombre de 17 canots à Orange, lorscpi'ils rencontrèrent le sieur de Tonty (jui les fit changer de dessin, Par le second extrait de la lettre du sieur de Sabrevois, il nianjue qu'il a fait dire à uu sauvage ([ui en avoit excité d'autres d'aller à Orange, que, s'il y retouruoit, il lui feroit casser la tête, et qu'il lui tiendra parcjle. Quoique par sa réponse aux paroles des sauvag(!S, il convienne que c'est lui qui a envoyé au Détroit le sieur de Sabrevois, il n'a cependant eu aucune part à sa nomina- tion au commandement de ce poste, M. de Pontchartrain, qui l'avait nommé, lui adressa l'ordre du lioy pour l'y envoyer, il s'y con- forma, mais il se seroit fort gardé de le pro- jioser, le counoissant pour un homme fort intéressé, il ne croit pas qu'il ait fait de gros profits au Détroit, mais il est certain qu'il n'y a pas perdu, puisque après avoir payé toutes les avances que les marchands lui avoient faites et ce qu'il pouvoit devoir à ceux qui étoient à ses gages, il s'en trouve avoir plus de 80 paquets de pelleterie de reste. Le fort du Détroit fut achevé et mis dans sa perfection en 1718, et, suivant le rapport des voyageurs et des officiers qui en sont revenus, est le meilleur fort de palissades qu'il y ait en ce pays, comme le .sieur de Tonty n'a rien épargné pour le rendre solide et s'y mettre à l'abri de toute insulte et qu'il lui coûte plus de en argent de France, il estime ([u'il y a de la justice que le Conseil accorde une gratifica- tion au sieur de Tonty. Sur tout cela, le Conseil a décidé, le 5 mars 1720, ne rien accorder, ni au sieur de Sabre- vois, ni au sieur de Tonty. Depuis cette décision le sieur de Sabrevois a pris deux placets. Par le premier, il convient que lorsque le sieur de Tonty partit de Montréal, pour l'aller relevé au Détroit, il lui fit présent des deux permissions dont parle M. de Vaudreuil, que sou procureur vendit 1800 livres en carte, qui n'ont produit que 900 livres. LE FOUT DE FKONTENAC 103 Il n'a poiut paild de ce ]irL'seiit lors de ses demandes, c'est ])aice ([u'il a cni ([Ue cela ne lui devoit point st'i\ir de remboursement. Par le second, il supplie de le faire rem- bourser de dites dépenses montant 4779 li^Tes, sur laquelle somme le Conseil a eu la bonté de lui faire donner, l'année dernière, 1000 livres à compte, lorsqu'on le débarqua malade, pour aider au rétablissement de sa santé, et lui donner moyen de vivre, les 3779 livres qui lui restent dues le mettoieut en état de payer ses dettes et de se ]ii)iirvoir des choses nécessaires à sa famille. 1721 — janvier LE (ONSEIL I)E M.VRIXE Approbation des mesures de MM. de Vaudreuil et Bégon au sujet des dispositions pour le Fort de Niagara Envoyent un mémoire de l'établissement qui a été fait cette année à Niagara, qui est nécessaire tant pour empêcher les Anglois de s'introduire dans les ] ays d'en haut, que pour augmenter la traite du fnrt Frontenac. Ce mémoire contient que ce pjoste est situé environ 4 lieues de l'entrée du Lac Erié, c'est le seul passage des sauvages qui vien- nent de tous les pays d'en haut par les lacs, le portage (ju'on est obligé de faire par terre est de 4 lieues pendant lesquelles ils sont obligés de porter sur leur dos leurs canots et marchandises. Les Anglois avoient proposé à un chef Iro- quois établi à Niagara, d'y envoyer d'Orange, qui en est éloigné de 1 30 lieues, des chevaux pour servir au transport des marchandises, et d'y faire un établissement sédentaire, et lui avoient offert de partager avec lui les profits qu'ils y feroient. Par ce moyen, les Anglois aur(}ient pu s'attirer la plus grande partie des pelleteries qui descendent ]iiir les la.'^ des pays d'en haut, ils auroieut pu y occujjer non seule- ment les sauvages qui y montent et ([ui en reviennent, mais aussi les F>ançois, ils y ont un magasin bien fourni de marchandi.ses de traite, et y ont fait jusipi'à jn'ésent et depuis jilusieurs années, par le moyen des sauvage.«, une traite considérable de pelleteries en troc de marchandises et d'eau-de-vie de grains. Cet établissement les auroient mis en état de traiter la jilujiart des pelleteries, tant des François, que des sauvages (|ui sont dans les pays d'eu haut. Le sieur Joneaire, connoissant l'hnjjfirtance de ce po.ste, par la quantité des marchandises qu'on pouiToit y traiter, en y faisant un établissement sédentaire, y fit faire, ]iar les sauvages, le printemps dernier, par ordre de MM. de Vaudreuil et Begon, une maison de pieux, à ([Uoi ils s'engagèrent volontiers, par le crédit (^u'il a sur eux, étant fils ado])tif des nations ii(i(juoises. Les Anglois en ayant eu avis ont fait tous leurs efforts pour faire démolir cette maison, et envoyèrent à cet effet le commandant d'Orange dans le village des Sounontouans pour engager ces sauvages à s'y opposer, il envoya même un Anglois avec un Sauvage au sieur de la Corne, que M. 15 'gon y a établi pour la traite, pour lui dire de se retirer et qu'ils alloient démolir cette mai-son, La Corne leur répondit qu'il ne le souffriroit pas sans l'ordre du sieur de Joneaire, qui, en ayant été averti par un sauvage, alla trouver les Sounontouans pour les empêcher de con- sentir à cette démolition ; il y trouva beau- coup de difficulté parce (ju'ils avoient été gagnés par les présens des Anglois. Cepen- dant, il les fit changer de sentiments, et les a entièrement déterminés à soutenir cet établis- sement, en leur faisant conuoitre l'avantage qu'ils en retireroient. Ainsi, quand les Anglois feroient de nouvelles tentatives, le 164 LA CULTURE DU CHANVRE sieur Joneaire se fait fort que les sauvages soutiendront cet établissement. Cela a déterminé MM. de Yaudreuil et Begon d'y envoyer le dit sieur Joneaire avec des marchandises de traite, il est parti à la fin de septembre et doit y rester jusqu'au mois de juin prochain, personne n'est ])lus propre que lui pour commencer cet établisse- ment qui rendra le commerce du fort de Frontenac plus considérable et plus utile qu'il n'a jamais été. C'est un très bon officier, interprète des cinq nations Iroquoises et qui sert le pays depuis 35 ans, tous les gouver- neurs généraux l'ayant employé avec succès, il lui ont fait espérer que le conseil voudroit bien avoir égard aux services qu'il pourra rendre en cette occasion. L'avis du conseil est d'approver le tout. Approuvé. 1721 — 14 janvier LE CONSEIL DE MARINE Lettre de M. Begon. — La culture du chiinvre. — Eneourage- iiients qu'il fautlrait donner h cette oulture. M. Begon envoi un mémoiie sur ci' qu'il conviendroit de faire {)our engager les habi- tants de s'attacher à la culture du chanvre. Les moyens d'y parvenir seroient de suivre ce qui s'est pratiqué dans les colonies angloises de Bo.ston et de la Nouvelle- York, lorsqu'on a voulu les engager à faire des chanvres et du goudron. On l'a assuré que tous les chanvres étoient reçus aux magasins du roi d'Angleterre et payés aux habitans jusqu'à 100 livres le quintal, et que, lorsqu'on a été dans l'usage d'en faire, le ]mx à diminué peu ;\ ])eu, de sorte qu'ils les fouruiss:'iit à jiivsent à aussi bon marché (pi'un les vend en Norvège et en Suède, Il en a été de même du goudron qui se vendoit dans le commencement 50 livres le quintal et qui est à présent réduit au prix qu'il se vend dans le Nord. Par ce moyen, les habitans de ces colonies angloises se sont tellement attachés à faire du chanvi'e et du goudron, que, quoique il se construise tous les ans environ 150 bâtiments de mer, ils n'ont besoin ni de cordage, ni de goudron d'ailleurs, et ils en envoient même en Angleterre. Si les chanvres étoient reçus en Canada dans les magasins du Roi et payés ii un haut prix dans le commencement, tous les habitans s'attacheroient à en cultiver, et lors]u'ils seroient dans cet usage, ils continuroient nonobstant la diminution du prix, mais cette culture ne peut se faire que lorsqu'il y aura des nègres. Il a cru ne pouvoir mieux exciter les habi- tans à commencer cette culture qu'en écri- vant une lettre circulaire à tous les curés pour informer les habitans qu'il fera payer le chanvre qui sera fourni dans les magasins du Roi, à Québec, à Montréal et à Trois- Rivières, à raison de GO livres le quiutal. Cette offrj qui est nécessaire pour les y engager, n'est point un objet pour le Roi, parce qu'il n'y a pas dans la colonie de graine pour semer vin arpent de terre, ainsi il en seroit fourni au plus quatre quintaux qui, i\ raison de 60 livres.ne feroientque 240 livres. Il a depuis été informé par les curés du gouvernement de Montréal que les habitants sont dans la disposition de sem 3r du chanvre lorsqu'ils eu auro'it de la graiue.il en d ■iniude 30 barriques, lui paroissant que cette quantité pourra être di.stribuée. Le Conseil croit que, quoique le prix de 60 livres por.iisse exce.ssif, il ne faut pas se plaindre par rapport à l'utilité de l'établisse- ment de cette Colonie, on poui-ra deminuer le MADAME DE LAFOEEST ET LE FOltT DE FRONTENAC 165 prix à proportion du iirogrès de cet établisse- ment, le Conseil croit aussi qu'il faut envoyer de Eochefort les graines qui sont demandées. Ensuite est écrit : Bon. 1721— 4 mars LE CONSEIL DE MARINE Au sujet des Jésuites missionuaires. — Leur entrepôt h Montréal. Le Jésuites missionnaires de la Nouvelle- France ayant représenté, l'année dernière, que le collège de Québec a fait et soutient depuis 30 ans, à ses frais, un établissement à Mont- réal, pour servir d'entrepôt aux missionnaires, que n'étant plus en état de le soutenir par la diminution de ses revenus, ils demandoient que la gratification annuelle de 150 livres, qu'ils ont pour cet établissement, fut aug- mentée, et que la somme à laquelle ils sont taxés pour l'enceinte de ilontréal fût mo- dérée. Il en fut éc'.it à MM. de Vaudreuil et Be- gon pour avoir leur avis. Ils répondent que cet établis-sement leur est nécessaire parce que Montréal est le passage des missionnaires qui montent dans les pays d'en haut, et qui en reviennent, qu'en cette considération on leur a fait payer tous les ans à Québec cette gra- tification de 150 livres. Que le nombre des religieux occupés à ces missions est de 45 et de 22 domestiques, dont la dépense est considérable. Que pour les aider à y subvenir, ils croient qu'il conviendroit dj leur accorder 500 li^'res de gratification annuelle au lieu de 150 livresi pour cet établissement. Et qu'à l'égard de la modération de la taxe pour l'enceinte de Montréal, leur demande ne mérite point d'attention, attendu que l'impo- sition a été faite h ]iro]jortion du teriain (lue les particuliers y possèdent. Le Con.seil croit qu'il faut suivre l'avis de MM. de Vaudreuil et Begon. En marge est écrit : A])],rouvé. 1721 — 18 mars LE CONSEIL DE MARINE La veuve du sieur Lafcrcst — Le fort Frontenac. La Dame de la Fore-st, 1721, représente que quoiqu'il ait été décidé que le fort de Frontenac et l'île de la Forêt appartiennent au Eoi, elle espère néanmoins que le Con.seil voudra bien écouter les justes piétentions du feu sieur de la l'orest sur le fort de Frontenac non seulement parce qu'U est subrogé aux droits du feu sieur de la SaUe, mais encore par le prêt d'argent qu'il lui a fait en 1684, de 5200 livres et 7170 livres que le sieur Caveber, frè:e du dit sieur de la Salle, prêt de dernier de dit sieur de la Forest (.sic), en 1688, en passant au bas du Misisissipi, aux Illinois, par le voyage qu'il vouloit faire en France, et de celle de 8000 livres, dues jiar le feu sieur de Tonty, et de jilusieurs autres sommes, c'est même du premier prêt fait au dit sieur de la Salle par le dit sieur de la Fore.^t, que le fort de Frontenac a été bâti, et il n'y a qu'à prendr.' lecture du billet qui est entre les inains de M. le rapporteur, pour voir la qua- lité du prêt. Pour l'île de la Forest, il n'y a eu que les défenses réitérées des gouverneurs d'habiter les terres au-dessus de Montréiil, ou qui approchoieut des ennemis de l'Etat, qui l'ont empêché de l'habiter, quoiqu'elle ait, c'est toutes ses prétentions, au sieur Cavelier de la Forest (sic). Elis a cependant conservé à ses eiifans leur droit et surtout à son fils qui est le seul ipii lui reste à établir, elle a 106 LE CONSEIL DE MAEINE ET L'ÉVÊQUE DE QUÉBEC 1.1 preuve de ce qu'elle avance, n'ayant jamais fait aucune démarche contre l'équité, surtout en ce t^ui regarde les enfants ilu sieur Pachot, son premier mari. (Rn marge est écrit : rien à changer à la décision du Conseil.) Elle se plaint de ce que le sieur lîigoville, son gendre, enseigne deiniis vingt-cinq ans dans les troupes de la marine, et fils d'un capitaine de Canada, nioit major des ïiois- lîivières, a été oublié dans la dernière pro- motion, et qu'à son préjudice beaucoup de ces cadets out été avancés, elle s'en prend au malheur qu'elle a eu de déplaire à MM. de Vaudreuil et Raudot, et surtout M. de Vau- dreuil qui veut du mai à tonte sa famille. (Eu marge est écrit : rien à répondre sur cet article.) Elle supjilie le conseil de lui accorder un congé p.our son tils ]iour venir en France vaquer à ses affaires, M. de Vaudreuil lui ayant refusé la permission d'y venir, elle sou- hoiteroit lui envoyer un Suisse qu'elle a à son service pour l'accompagner en venant, et elle demande son jjassage pour l'aller et retour (En marge est écrit : C'est M. de Vau- dreuil, à qui le Conseil laisse le choix des othciers qui doivent passer en France, suivant le nombre permis. Néant sur le passage.) Elle ajoute que la dame de St-Martin, sa sœur, éprouve ausoi les ressentiments de M. de Vaudreuil, et elle raj^porte une lettre que la dite dame de St-Martin lui écrit, contenant que M. de Vaudreuil l'accuse faussement d'avoir écrit en cour contre lui, que c'est la raison pour laquelle il refuse le congé du sieur de St-Martin et celui du fils de la dame de la F^oiest, qu'elle seroit passé en France, sans le défaut d'argent, pour faire counoîtie à S. A. S., la tyrannie que M. de Vaudreuil exerce continuellement snr leur famille, jus- qu'à vouloir leur ôter une maison qu'il avoit louée, pour la donner au sieur D'Egly, il a même écrit contre la fille de la dame de St-Martin, pour empêcher un mariage qu'on lui proposoit. (En marge est écrit : rien à répondre sur cet article.) Fait et arrêté le 18 mars 1721. Signé : L.-A. De Bourbon. l'ar le Conseil, Sicile : La Chapelle. 1721 — 24 mars LE CONSEIL DE MARIXE Au sujet d'une lettre de l'évcque de (luéhec, relativement aux congés. — Nécessité de les rétablir. — Familles pauvres. — Coureurs des bois. — Hôpital général de Québec. Sur la révocation des congés qui étoieut accordés aux pauvres et plus considérables familles du pays, il représente qu'elles ne peuvent se soutenir sans ce secours, n'y ayant personne dans le pays en état de faire du bien aux autres, l'Evêque, auquel seul ces familles s'adressent, ne peut les soulager à cause de son petit revenu et qu'il est chargé de l'hôijital généi'al de Québec et de l'Hôtel Dieu des Trois-Eivières (jui ne se soutien- nent que par ses bienfaits. En marge est écrit : rapporter les raisons qui ont déterminé à défendre dî donner des congés. Supjilie de rétablir ces congés ou au moins une partie pour le soulagement et charité absolument nécessaire. S'ils ont été révoqués sous prétexte ((u'ils étoient mal distribués ou pour empêcher qu'il ne monte tro)) de monde dans le pays d'en haut, il assure de la fausseté du premier, les fiimUles auxquelles ils ont été distribués, en ayant véritablement besoin, M. de Vaudreuil, consentant de ne distribuer ceux qui seront LE CON.SEJL DE MAKLXE ET LES .SL'LI'ICIEN.S 1(57 uuconlé (jiie de concert avec révêijue et l'intendant. A l'égard dn second, rexpérience du j)a.ssé leur ayant fait connaître que lorscj^u'on n'ac- corde pas aux Canadiens la permission de monter dans le pays d'en haut par congé, ils y vont en plus grande foule sans congé. Pour soutenir les religieuse î (^ui desser- vent l'hôpital général de Québec, qui ont perdu toutes leurs rentes, il a acheté une terre dont il supi)lie le conseil de lui faire accorder l'indemnité par la compagnie des Indes et de lui faire accorder aussi l'amortis- sement. En marge est écrit : En parle à la signa- ture et rendre compte des raisons que peut avoir l'Evêque de Québec. Il remercie de la gratification annuelle de 1000 livres accordée à cet hôpital, il a exécuté d'avance les intentions du conseil d'y rece- voir les vieux soldats invalides, M. de Vau- ilrenil a donné un ordre pour y en mettre 5 qu'Q a fait recevoir, en mettant dehors quel- ques pauvres, parce que l'hôpital était plein. En marge e.st écrit : Approuvé. Les religieuses administratrices de cet hôpital, 2)our profiter de la grâce que le con- seil leur a faite, en leur accordant une partie des défrichements (pi'elles f.n'ont faire dans la terre des pauvres, et à leur profit, vont incessamment faire travailler à défricher une partie des dites terres. En marge est écrit : Approuvé. Fait et arrêté le 2-J: mars 1721. Signé : l'ar le conseil : L.-A. DE BuUIÎLON". Signé, Laciiapelle. IT2I — U4 ui;irs LE (ONSKIl, 1)K .M AKINE Au sujet d'une réclame de MM. les eccli!siasliice, relativement à la taxe des fortifica- tions. — Diminutions de leurs revenus. — Missions du Sault aux Kécolets transportées sur la terre du lac des Deux-Montagnes. Les ecclésiastiques du séminaire de St-Sul- pice, établis à Montréal, refirésentent qu'ayant été taxés à 2000 livres par an, pour leur cote-part de la somme de 6000 livres, iraptj- .sée en 1716 sur les habitans de l'Ile de Montréal et des environs, pour la clôture de la dite ville, ils se sont efforcés de payer cette taxe quoiqu'exhorbitante durant les trois pre- mières années, en représentant néanmoins au gouverneur général et àl'intendaut qu'il leur étoit absolument imijossible d'en continuer le paiement et de fournir en même temps aux autres dépenses indispensables qu'ils se sont obligés de faire pour l'entretien d'un nombre considér.tble de prêtres missionnaires dont ils sont chargés en Canada, et il leur seroit facile de justifier qu'iudépendament de cette taxe, ils ne pourroient même, à beaucoup près, fournir à toutes ces dépenses qu'ils font pour le bien de la religion et de la colonie, sans les secours qu'ils tirent des biens de patii- monie de plusieurs d'entre eu.x, et surtout de la pension de 6000 livres qu'ils ont sur l'état des charges à payer par le domaine d'occident, pour contribuer aux frais tles missions et à la subsistance des enfans des sauvages, ce qu'ils peuvent encore beaucoup moins à pré- sent par la diminution extraordinaire des revenus qu'a voient en France tant le dit Séminaire que les particuliers qui y tra- vaillent. C'est ce qui les obligea de demander, l'année dernière, à être déchargés de la dite taxe de 2000 livres qu'ils avoient cru avoir obtenu parce qu'ils apprirent que le Koi destinoit des fonds considérables pour cette clôtuie, ils ont cependant été avertis qu'on 1G8 LE CONSEIL DE MARINE ET LES SULI'ICIENS jirétendiiil uou seuleiuent continuer à lever la même impusition, mais encore les con- traindre au paiement des arrérages des deux dernières années, quoique pendant icelles, on n'ait point travaillé aux dites fortifications, et que même une jiartie des matériaux qui y étoient destinés ont été employés à d'autres ouvrages. Ils supplient qu'en cas que le Eoy ne juge pas à ]iropos de faire cesser l'imposition géné- rale de 6000 livres par au sur les liabitaus, S. M. ait la bonté de réduire et modérer la taxe et cote-part du Séminaire à une somme modique et proportionnée aux taxes des autres contribuables, tant pour l'avenir, que pour les deux dernières années qui restent à payer. Qu'ils ue pourront être contreints au paie- ment d'une année de leur taxe, qu'après que l'imposition de l'année qui aura précédé, aura été payée par tous les autres contribuables, et lors seulement qu'on travaillei'a etfectivement aux dites fortifications, autrement il arrivera que les habitants ne payant point leur cote- part, les ouvrages se feroient presque des seuls deniers du séminaire, dont la taxe de- viendroiten quelque façon perpétuelle, par le grand nombre d'années qu'il faudroit employer à cet ouvrage avec un si petit secours. Nota. — La taxe de 6000 livres par an pour la clôture de la ville de Montréal, a été faite par arrêt du 5 mai 1716, le même arrêt a réglé que le séminaire de St. Sulpice payerait pour sa cote-part 2000 livies, et tout cela fut convenu alors avec MM. du Séminaire. MM. de Vaudreuil et Begon ayant écrit le 26 octobre 1720, qu'ils dévoient 2000 livres pour 1719, et pareille somme pour 1720; ils ont demandé si le Couseil approuveroit ([ue la retenue eu fut faite sur la gratification de COOO livres qu'ils ont sur l'Etat du domaine, sur quoi le Conseil a décidé, le 15 février der- nier, qu'il faut sans difficulté en faire la rete- nue sur la gratification annuelle de 6000 livres. L'effort (pi'ils ont fait de payer les trois premières années de la taxe de 2000 livres, joint misère et rareté d'argent en Canada, les a mis hors d'état d'entreprendre la dépense du transport de la mission des sauvages du Sault aux Récolets sur la ten-e du lac des deux Montagnes, et d'y faire construire l'église et le fort que le Séminaire est chargé de faire à ses frais dans l'espace de 7 années, quoi- qu'on reconnaisse de plus en plus l'utilité et les avantages de ce transport pour le bien de la rehgiou, l'augmentation et la sûreté de la colonie. Ils supplient de leur donner communica- tion des plans de cette église et du fort en- voyés par MM. de Vaudreuil et Begon. Nota. — Sur h demande faite par le sémi- naire, le changement de cette mission ayant été résolu en 1716, il fut ordonné à MM. de Vaudreuil et Begon de placer ces sauvages moyennant que la dépense de ce changement se feroit par le séminaire qui en seroit dédom- magé par les terres que ces sauvages occu- poient alors et dont il pourroit disposer. Il leur fut ordonné de concéder au sémi- naire, pour placer cette mission, trois lieues de terrain en carré joignant les terres concé- dées à M. du Guay et eu remontant dans le? lacs des deux Montagnes, et un demi lieue de terrain, sur trois lieues de profondeur, pour les missionnaires, à condition que quand ces terres seroieut abandonnées par ces sauvages, elle reviendroient à Sa Majesté. M. de Vaudreuil marqua eu réponse ([ue^ le supérieure du séminaire de Montréal lui a représenté que le changement de cette mis- sion coûteroit plus de 20 mille livres, parcc- qu 'outre la uiaison des ecclésiastiques, il falloit y bâtir une église et un fort de pierre, et qu'ils ne pourroient jamais être dédom- LE CONSKIT. DE MAIÎINE ET LES SULl'ICIENS 169 inagé (le ces liépenses que pur la propriété de cette terre et seigneurie, à perpétuité, et qu'il lui paraissoit de la justice de leur accor- der cette grâce, le chaugenieut de cette mis- sion étant très avantageux k la colonie, parce ([u'il mettra à couvert des courses des autres sauvages le côté du nord ^[ln u'étuit point défendu, cette affaire ayant été portée à M. le llégent, le 4 février 1717, S. A. lî. décida qu'il falloit accorder à ce séminaire cette cou- cession a perpétuité en seigneurie à condition tien qu'il bâtiroit de pierre l'église et le fort, suivant les plans qui lui eu seront rerais et approuvés par MM. de Vaudreuil et Begon, et que les dits bâtiments seronts finis dans l'espace de deux ans. En con.-iéquence le brevet de concession fut expédié par MM. de Vaudreuil et Begon, le 17 8"" 1717, et confirmé par le Roi, le 27 avril 1718, à condition de faire faire l'église et le fort de pierre en sept ans. Ils ont appris que dans le .dessein de les chagriner on leur demandoit de justifier du titre en vertu duquel ils reçoivent la pension de 6000 livres employée annuellement sur l'état des charges, (]^uoi(iu'on ne puisse pas ignorer ij^ue le seul titre est les états du Eoi sur lesquels on leur a payé cette pension depuis un grand nombre d'années. Supplient d'ordonner (qu'ils seront déchar- gés de justifier des titres qu'on leur demande à ce sujet. N'' Ces ecclésiastiques doivent expli(iuer qui leur demande ce titre, ce ne peut être qu'une menace de MM. de Vaudreuil et Bégon, parcequ'ils ne payent point l'imposi- tion pour la clôture de Montréal. Cette somme est employée sur l'état du domaine de citte manière. Au supérieur du séminaire de St-Sulpice, établi à Montréal, pour la subsistance îles enfans des sauvages, six mille livres. 22 On sait qu'ils font beaucoup de charités aux sauvages et même aux François de l'Ile de Montréal, qu'il leur en coûte pour les mis- sionnaires (ju'ils entretiennent. C'est à quoi ils appli(|uent cette somme ; M. De Belle- mont, ([ui est supérieur du séminaire et qui a au moins 7 à 8 milles livres de rente en France, y joint aussi tout .son revenu pour emjiloyer un aumônier. Ou croit qu'ils [leuvent fort bien jiayer la somme de 2000 livres. Fait et iirrêté, le 24 mars 1721. Signé: L.-A. DE Boukbon. Par le Conseil : Signé : Lachapelle. En marge est écrit : Il n'est pas possible de les décharger de la taxe de deux milles livres convenue avec eux quand l'arrêt qui en ordonne la levée fut expédié, ils ne doivent point craindre de supporter seul la charge attendu, les ordres positifs que l'on donne de fah'e payer exactement les autres, s'il y a eu quelques années où l'on n'ait point travailler, cela peut venir ou du défaut de paiement de leur part ou de ce qu'on a amassé des maté- riaux avant que de commencer l'ouvrage. Il faut leur remettre le plan du fort qu'ils deman- dent et qu'ils sont obligés de construire aux termes de leur concession, à l'égard de la demande qui leur est faite de rapporter les titres eu vertu desquels ils jouissent de la gratification, le Conseil n'en a point eu con- naissance. 11 ne faudra leur retenir sur leur gratification que 2000 livres pour l'année courante et 1000 livres à compte des arré- rages échus. Donné avis de cette décision à MM. de Vaudreuil et Begon. 170 LA MISSION DU SAULT SAINT-LOUIS 1721 — 24 mai LE CONSEIL DE MARISE Au sujet dune lettre des Missionnaires du Sault Sl-Louis. — Le Commandant militaire de eette place, et la garnison. Les Missionuaires du Sault Saint-Louis deiuaudent que l'ordi'e du Eoi expédié eu 1720, pour établir le sieur de Coutrecœur commandant au Sault St-Loiiis, soit révoqué. Ils représentent qu'en 1720, M. De Eame- zay, gouverneur de Montréal, obtint un ordre pour faire établir un commandant dans la mission du Sault St-Louis, et y fit nommer le sieur De Coutrecœur, parent de son épouse. M. De Vaudreuil a suspendu l'exécution de cet ordre, sur les représeutations des mission- naires, jusqu'à ce que le Conseil fut plus amplement informé. N° Il n'y a point eu ordre d'y mettre un commandant, il faut que ce soit M. De Eame- zay qui ait obtenu cette place de M. De Vau- dreuil pour le sieur De Contrecœur. Maisons des Missionnaires. 1° C'est pour aiusi dire une nouveauté, la cour n'y en ayaut jamais nommé d'officier, et elle a peut être ignorée qu'il y en eût eu. 2" Cet établissement est contraire aux intérêts du Roi, en ce qu'on sera obligé d'y bâtir une maison pour l'officier et un corps de garde pour les soldats, et d'y entretenir une garnison sans aucune utilité que celle du commandant. 3" Il est contraire au bien du service, car il arrivera, ainsi que cela s'est pratiqué par le passé, lorsqu'il y a eu garnison au Sault. que l'officier, à qui ces soldats sont inutiles, n'en retenant qu'un seul pour son service particu- Iier,donnera aux autres des permissions de tra- vailler, d'autant plus volontiers qu'il gagnera leur prêt, et les .soldats étant répandus chez les Labitaus, oublient l'exercice militaire et sont quelque fois un an sans se représenter. 4*^ Il est contraire aux biens des Sauvages, on a toujours expérimenté que la présence des Europiéens a été un scandale pour les sauvages, car quoique le gouverneur général leur ait toujours donné pour officier une per- sonne au choix des missionnaires, cependant il est arrivé souvent que les soldats oisifs et les officiers mêmes débauchent les sauvages, et d'autres portent de l'eau-de-vie aux sau- vages, d'où il est aiTivé souvent de grands désordres ; on est d'ailleurs exposé à des querelles continuelles entre les soldats et les sauvages, et à des discussions entre l'officier et les sauvages, au sujet de leiu- commerce qui, n'étant par toujours selon les lois de l'équité, commet les missionnaù-es avec les uns et les autres. Cet établissement ne peut être fondé sur la nécessité d'y étabbr une garnison, puisque 7 ou 8 soldats qu'on y peut envoyer, n'ont jamais été capables ni de contenir un village de plus de 200 guerriers, ni de les défendie contre les surprises des ennemis, et bien loin qu'on ait été' en état,dans les dernières guen-es des iroquois, de mettre une garnison capable de défendre le Saidt, on a été obligé de faire venir à Montréal, qui n'en est qu'à 3 lieues, tous les sauvages de cette mission, pour défendie la ville. L'origine d'une garnison au Sault n'a eu ci-devant d'autre motif que la demande que firent quelques missionnaires de 2 ou 3 sol- dats qui hivernissent dans leur mission pour aider à éteindre le feu en cas qu'il prit au village pendant que les sauvages étoient à la chasse, n'y restant que quelques vieilles femmes qui seroient hors d'état de l'éteindre. Cette demande lenr fût accordée et peu après on leur fit agréer un officier, mais les missionnaires ne tardèrent point longtemps à se réjientir d'une gi'âce qui leur servent (sic) onéreuse. Les autres missions de Lorette, du Sault LES SULl'ICIEKS DE TARIS ET DE MONTIIÉAL 171 ail KécoUet, de Ijécancoiirt et de St. Erançois, ont prt'vu ces incouvéuients et n'en ont jamais eus quoiqu'elles fussent dans le cas d'eu avoir jilutôt que le Sault St-Louis, étant éloigné des villes. Le vrai motif qui a porté M. De Eamezay à faire accorder ce commandement à son parent a été de le gratifier et de lui faciliter un commerce avec les sauvages ([ui puisse l'enrichir. Il a cependant pu prétexter deux choses, la première qu'il est bien aise d'être averti de ce qui se passe en ce quartier par un homme de confiance, les missionnaires répondent à cela que cette raison est égale pour toutes les autres missions oîi il n'y en a point, d'ailleurs les Jésuites de tout temps ont été très atten- tifs à avertir de tout, un officier n'a servi jus- qu'à présent qu'à entretenir la défiance,souvent pour se rendre nécessaire, et faute d'entendre la langue, il a donné de faux avis et on a rejeté sur les Jésuites les fautes qu'il avoit faites lui-même, ce qui n'a abouti qu'à les dis- créditer parmi les sauvages. Enfin le gouver- neur de Montréal peut indépendanunent des Jésuites et de l'officier même savoir des sau- vages, et leur faire savoir tout ce qu'il veut ; il n'y a tous les jours que trop de sauvages ivres à Montréal et il fait appeler quand il le juge à propos les anciens sauvages qui ne refusent point d'obéir à ses ordres. La 2' est qu'uue garnison est uécessaireau Sault pour empêcher le commerce d'Oiauge. Ils répondent à cela que l'officier et les soldats, bien loin de l'empêcher, l'ont favo- risé, et quelques-uns l'ont fait eux-mêmes. Depuis qu'il n'y a point de garnison au Sault, la mission n'a été que mieux, et le service du Eoi n'en a point souffert. Loi'squ'en temps de guerre on aura Heu d'appréhender une iiTuption, on pourra, comme autrefois, envoyer une garnison forte, dont les ofiBciers seront logés chez les mission- naires et les soldats bariqués ou dispersés dans les cabanes, mais ces cas-là ne sont plus à craindre et ne peuvent fonder de nécessité d'établir une garnison fixe en pleine paix dans un lieu où elle est inutile et encore plus nuisible. Fait et arrêté le 24 mai 1721. Signé: L.-A. De Boukbox. Par le Conseil, Signé : La Chapelle. (En marge est écrit : envoyer à Mil. de Vaudreuil et Begon, en marquant qu'il paroît inutile de tenir une garnison en cet endroit, et qu'ainsi il faut cesser à moins qu'ils ne la jugent absolument nécessaire, le Conseil s'en remettant à il. de Vaudreuil.) 1721 —8 jum LE COXSEIL DE MARINE Au sujet d'une lettre de MM. de St-Sulpice, de Paris, appuyant la réclamation de leurs confrères de Mont- réal,— Taxe des fortifications. Les ecclésiastiques du Séminaire de St- Sulpice, à Paris, marquent qu'ils n'ont aucune idée qu'ils soient convenus que Lnir séminaire de Montréal paieroit 2000 livres par an pour l'imposition des fortifications de cette ville, ils savent au contraire que cette taxe ne fut réglée que sur des avis donnés par des per- sonnes de Canada qui n'a voient point en vue les intérêts du séminaire qui a toujours réclamé contre cette taxe exliorbitante.laquelle ils ne pourront payer, comme le Conseil l'a réglé, sans retrancher une partie des autres dépenses qu'ils faisoient pour le bien de la ReUgion et de la colonie du Canada. Nota. —Avant de rendre l'arrêt qui règle cotte imposition, il fût communiqué à Mes- sieurs J-i M. DE LYONNE À M. DE TJSACY particulièrement des usages observés daus le pays. Il eonviendroit peut-être de faire un règle- Hieut général, et pour cela, il seroit nécessaire que la matière fut plus éclaircie. Il ne laisse pas d'être fort extraordinaire i|ue l'on Cixsse, sur simple requête du pro- cureur général, un arrêt contradictoire rendu trois ans auparavant, sans entendre aucune partie. Nota. — Il a été écrit à MM. de ^'audreuil et Begon d'envoyer copie de l'arrêt du 2 mai 1718, avec un mémoire instructif des usages observés dans le pays, avec leur avis. Fait et arrêté le 6 juillet. Signé : L.-A. DE BociiBON. Par le Conseil. Signé : De la Cuapelle. (En marge est écrit : garder pour mémoire jusqu'à ce qu'on ait eu une réponse de Canada.) 1604 — 15 novembre LETTRE DE M. DE LYO>>E A M. DE TRACy C'est un plan général de conduite, que lui donne le ministre au nom du Roi. M. de Lyonne (Hugues), ministre des affaires étrangères, était alors chargé du département de la Marine, depuis 16 et que Sa Majesté a fait les réflexions néces- saires sur tous vos raisonnements, elle m'a commandé de vous expliquer ses intentions sur toutes les affaires du Canada, en la manière qui suit : Le Roi ne peut convenir de tout le raison- nement que vous faites sur les moyens de former du Canada un grand et puissant état, y trouvant divers obstacles qui ne sauroient être surmontés que par un très long espace de temps, parce que quand même il n'auroit pas d'auti'e affaire et qu'il pourroit employer, et son application et sa puissance, à celle-là, il ne seroit pas de la prudence de dépeupler son royaume, comme il faudroit faire, pour peupler le Canada ; outre celte considération qui vous paraîtra essentielle, il y en a encore une autre à faire qui est que, si Sa Majesié y faisoit passer un plus grand nombre d'hommes que celui que le pays, qui est à présent défriché, pourroit nourrir, il est certain que s'ils ne périssoii.'nt tous d'abord, au moins souffriroient-ilsde grandes extrémités, qui les réduisant en des langueurs continuelles, ils s'affaibliroient petit ;\ petit, et qu'outre les incommodités qu'ils endureroient eux-mêmes, ils emporteroient aux anciens habitans, qui, sans cette augmentation de colons, vivroient de leur travail et de la culture de leurs terres ; vous conuoîtrez assez par ce discours, que le véritable moyen de fortifier cette colonie est d'y faire régner la justice, d'y étabUr un bonne police, de bien conserver les habitants, de leur procurer la paix, le repos et l'abondance, et de les aguerrir contre toutes sortes d'ennemis, parce que toutes ces choses, qui sont les bases et les fondemens de tous . les établissemens, étant bien observés, le pays se peuplera insensiblement, et avec la succes- sion d'un temps raisonnable, pourra devenir fort considérable, d'autant plus qu'à propor- tion que Sa ilajesté aura plus ou moins d'affaires au-dedans de son royaume, elle lu donnera les assistances qui seront en son pouvoir. Vous devez toujours avoir dans "esprit le plan que je vous fais en peu de mots, qui est conforme à ce qui est plus au long con- tenu dans vos instructions, et aux entretiens que j'ai eu ici avec vous, et ne vous eu départir jamais, parce qu'il est notoirement impossible que toutes ces pensées de former de grands et puissants Etats, puissent réussir, si l'on a des peuples inutiles à faire passer dans les lieux oîi l'on veut les établir. L'autre raisonnement que vous faites sur l'abandonnement que le Roi a fait du pays à la Compagnie des Indes Occidentales, et les inconvénients que vous en appréhendez, jjeut être aussi combattu par une raison qui est capable, elle seule, de détruire toutes les autres que vous apportez au contraire, c'e.st que nous avons vu, par expérience, que cette colonie n'est tombée dans l'état lauguissant où elle a été ju.sques ici, que parce que l'an- cienne compagnie étoit trop foible, et parc3 196 GOLBEET 1 M. TALON que cette même compagnie l'a ensuite aban- domiée entre les mains des habitants, et si vous étudiez bien ce qui s'est passé sur ce fait-là, vous demeurerez d'accord que ces deux causes ont produit la désertion des anciens colons, et empêché que d'autres ne s'y soient allés établir, comme ils auroieut faits assurément, si une compagnie puissante comme celle-ci les avoit soutenus. Il est constant que vous aurez trouvé de grandes difficultés dans les commencemens et par l'inexpérience, et peut-être par l'acidité des agens et commis de la compagnie ; mais vous en serez bientôt sorti par les remèdes que la compagnie même y aura apportés et par les soins qu'elle prendra de révoquer ceux de ses agens et commis qui auront quelque emportement, pour en substituer d'autres plus modérés en leur place. Ce n'est pas dans ces seules précautions que le lîoi veut borner les moyens de faire subsister les habitaus du Canada, Sa Majesté a fait condescendre la compagnie à se relâcher en leur faveur de la traite avec les sauvages, quoiqu'elle pût le prétendre aux termes de sa concession, et qu'il auroit été même plus avan- tageux de la lui laisser, parce qu'il est à crain- dre que par le moyen de la traite, les habi- tans ne demeurent une bonne partie de l'année dans l'oisiveté, au lieu que s'ils u'avoient pas la liberté de la faire, ils seroient nécessités de s'appliquer à bien cultiver leurs terres. Tout ce que vous alléguez pour faire con- naître qu'il seroit plus avantageux de laisser le commerce en la tlisposition de tous les habitans, que de le renfermer ès-mains de la seule compagnie, étant particulièrement fondé sur la mauvaise administration des agens et commis, il sembleroit que lus précautions que l'on prendra à l'avenir d'en faire de bons choix suffiroient pour vous persuader du contraire; mais pour vous donner heu d'en juger encore avec plus de ceititude, la com- pagnie, sur les instances que je lui en ai faites, en a accordé la liberté, pour cette année, indistinctement à toutes sortes de personnes, quoiqu'il soit fort à craindre que ces particu- liers n'enverront de France que les marchan- dises et denrées sur lesquelles ils trouveront du bénéfice et laisseront manquer le pays de celles qui lui seront peut-être les plus néces- saires, outre que par ce moyen, les castorp, étant en différentes mains, il est certain que le débit s'en fera à vil prix. Quant à la joidsssnce du droit du quart sur les castors, et du dixième sur les orignaux, dont la compagnie a été mise en possession, le Eoi lui ayant concédé le Canada, ainsi que tous les autres pays de sa concession, en toute seigneurie et propriété, ne s'en étant réservé que la souveraineté, Sa Majesté n'a pas lieu de former aucune prétention sur ces deux droits, non pas même sur les mines qui ne peuvent regarder que la compagnie ou la communauté du pays, comme les ayant éta- blis sur elle, pour satisfaire aux charges dont elle étoit tenue en vertu du traité fait avec l'ancienne compagnie de la NouveUe-France. Vous observerez de plus que la dite com- pagnie de la Nouvelle-France, aux droits de laquelle celle des Indes Occidentales a été subrogée, avoit à elle seule la traite des pelle- teries moyennant laquelle elle payoit les charges du pays comme il lui plaisoit et que les habitants, ne pouvant s'obstenir défaire la traite, la communauté des dits habitants eu traita avec elle qui la leur céda aux condi- tions qu'ils seroient obligés d'acquitter toutes les charges et de lui donner annuellement un millier de castors, livré en France, ou une somme dont l'ont convint pour le payement desquelles charges et de cette redevance annuelle la communauté imjiosa le droit du quart sur les castors et deux sols pour livre sur les orignaux, à payer en espèces, de sorte que la compagnie des Indes Occidentales COLBERT À M. TALON 197 ayant les droits du ranciciiiie roinpai^nie de la Nouvelle-France, peut prétendre légitime- ntent de faire seule la traite des pelleteries, ou du moins, en exécutant la cession qui en a été faite aux habit ans, prétendre la rede- vance annuelle d'un milliei- de castors. Sur quoi il échéoit néanmoins à considérer que, comme par les nouveaux établisseniens qui sont faits, et par l'augmentation du nom- bre des colons, la traite augmentera aussi de valeur, il est juste que non seulement elle acquitte avec régularité les charges ordinaires, mais qu'elle supplée de quelque chose aux extraordinaires, convenant déjà de faire un fonds annuel de deux mille livres pour sub- venir aux parties inopinées, et même que si le Eoi forme quelque entreprise dans laquelle son propre avantage et celui du pays se ren- contrent également, de fournir aux frais qu'il sera nécessaire de faire. La même raison qui fait conserver à la compagnie le di-oit du quart .sur les castors qui est, qu'ayant remis la traite aux habitans, qui étoit le droit seigneurial, ce droit de traite lui en doit tenir lieu à présent, vous obligera à vous déterminer sru' l'incertitude ou vous étiez de faire toutes les inféodations au nom de la compagnie et de procéder k la confec- tion du Papier Tenier, sur la requête de son agent général. Les divers essais qui ont été faits par les soins des directeurs de la même compagnie, des marcassites extraits des mines, que vous avez envoyés ici, n'ayant produit rien de certain, et l'épreuve du sable n'ayant pas aussi réussi, parcequ'il étoit en trop petite quantité, ils ne laissent pas de vous envoyer le fondeur Allemand qui était repassé en France avec les outils nécessaires pour faire toutes sortes d'essais sur les lieux et particu- lièrement de la mine de Gaspé. Le Roi a approuvé que vous ayez fait poser ses armes aux extrémités de l'étendue du Canada et ([ue vous vous iirépariez en même temj)S de dresser aussi des procès- verbaux de prise de possession, parce que c'est toujours étendre sa souveraineté, ne doutant pas que vous n'ayez en cette occa- sion foit réflexion avec M. de Tracy et les autres oificiers qu'il vaudroit mieux se rcstraindre k une espace de terre que la colonie sera elle-même en état de maintenir, que d'en embrasser une trop vaste quantité dont peut être on seroit un jour obligé d'aban- donner une partie, avec quelque diminution de la réputation de Sa Majesté et de cette couronne. Puisque toutes les choses nécessaires à la vie viennent en Canada avec la même faci- lité qu'en France et que d'aucunes, comme le blé, y rendent même beaucoup pJus, il est à souhaiter que les habitans du pays profitent d'une si heureuse disposition pour leur sub- sistence, en cultivant toutes leurs terres et augmentant leur défrichements, les resser- rant près des habitations et ne les faisant que de proche eu proche ; les moyens d'y établir des manufactures consiste plutôt dans leur industrie et leur travail que dans les secours que le Roi y peut donner, qui dans la con- joncture présente où Sa Majesté s'est engagée à soutenir une grande guerre contre . les Anglais, qu'aucun de ces prédécesseurs n'a voit pas encore attaqués par mer, les forces de cette nation ayant toujours para formidables sur cet élément, à toutes les autres, ne seroit pas aussi considérables que si elle étoit dans une parfaite tranquillité au dehors, comme elle est au dedans de ses états, de sorte qu'il vous faut réduire et compter principalement sur ce que vous pourrez faire pour les denrées et les matières que le pays fournit main- tenant avec assez d'abondance, comme en empêchant de tuer les agneaux, par un arrêt du conseil souverain, ou par uue ordonnance émanée de vous seul, et même les femelles 198 COLBERT À M. TALON de chaque espèce d'animaux, pour les miilti- plier eu moins de temps, parce qu'il est cer- tain que quand le Canada sera rempli d'une gi-ande quantité de bêtes à laine et à cornes, on pourra, par le moyen de leur dépouille et de leur peau, manufacturer des draps et autres étoffes et des cuii-s que l'on convertira eu divers usages, à la commodité et à l'avantage des habitans. Les blés étant souvent à vil prix en Canada, on pourra ensemencer une partie des nou- veaux défrichemens, eu chanvre, et, au bout de quelques années, y établir une manufac- ture de toiles qui par la qualité du chanvre deviendra peut être aussi florissante que celle de la Basse-Bretagne, et comme c'est un point auquel le Roi vous a recommandé par vos instructions de vous appliquer fortement, je ne fais point de doute que vous n'ayez à pré- sent disposé les habitans à y préparer quel- ques-unes de leur ten-es. L'espérance que vous me duunez que l'on trouvera des bois en très grande quantité, propres à la construction des vaisseaiix, a fort réjoui le Roi, et pour, en pouvoir faire un fon- dement assuré, Sa Majesté ordonne à M. Culbert de Perron, de faire passer en Canada deux ou trois charpentiers pour bien recon- naître la qualité du bois, et si l'on y rencon- trera en abondance, pour chaque membre et partie d'un navire, parce que sur leur rela- tion, ou Sa Majesté pourroit bien faiie bâtir pour son compte dans le pays, ou au moins fera tailler et préparer le plus grand nombre de ces membres et pièces qu'il sera possible pour les apporter dans ses ateliers de marine en France, pour les employer au bâtiment de ses vaisseaux, je vous dirai de plus à ce sujet qu'il me semble qu'eu faisant une grande quantité de merrain en Canada l'habitant y trouverait bien son compte, parce que le Roi faisant réserver tous les bois propres à la construction des vaisseaux qui sont dans son royaume, sans permettre que l'on en fasse du merrain, les parties sont obligés d'eu aller chercher en Norvège et partout le Nord, d'où le transport est pour le moins aussi long et aussi difficile qu'il seroit du Canada, et ou, sans doute, ils l'achètent bien plus chèrement qu'ils ne feroieut dans cette colonie. En faisant du menain le pays en tirera un double avantage, l'un que l'on augmentera les défrichemens, et l'autre que l'on fera du profit d'une chose dont jusqu'ici on ne s'étoit pas avisé d'en recueillir, ainsi je suis per- suadé que vous ne sauriez mieux employer vos soins, pour l'utilité des habitans, qu'en les excitant et les encourageant à ce travail, dont le gain étant sûr et prochain, leur doit être beaucoup plus agréable que les autres desquels ils n'ont sur le champ qu'une espé- rance tardive et reculée. Vous savez que l'étabhssement des lettres de maîtrise a été fait dans l'esprit d'exclure tous les mauvais ouvrages et de donner sim- plement le cours aux bons, et sur ce principe je crois que dans une colonie qui est encore naissante, comme le Canada, il s'agit plutôt d'y attirer toutes sortes d'ouvriers indistinc- tement que de s'attacher dans les commen- cemens à ne recevoir que ceux qui réus- sissent dans chaque art, ce n'est pas que votre proposition ne soit bonne dans un sens qui est que, quand vous en aurez ci-après nombre suffisant de chaque métier, vous ne puissiez conférer ces lettres de concert avec les officiers du conseil souverain et les prin- cipaux habitans du pays, car il importe que ces sortes de choses se fassent toujours, autant qu'il est possible, avec l'agrément et le con- sentement universel du pays. Il seroit bien difficile de vous envoyer un si grand nombre de brebis que celui que vous me marquez, parce qu'en outre la difficulté du trajet, il faudroit fréter divers vaisseaux pour leur transport seulement, et vous trou- COLl'.KllT À M. TAI.(_)N 199 veroz lioii (j^uo je vous dise, sur celte jji'oposi- tion, ([ue les Espaguols, daus les conquêtes qu'ils out faites des empires du Mexique et du Pt5rou et des autres pays qu'ils possèdent dans l'Amérique, se sont contentés de porter, dans les divers flottes iqu'ils y ont fait passer de l'Europe, quelques animaux des espèces qui multiplient avec plus de facilité, lesquels, par le grand soin qu'Qs ont eu de conserver, et la succession de quelque temps, y sont devenus aussi communs que dans les lieux d'où ils avoient été transportés, de sorte que le véritable moyen de faire multiplier les brebis, les bêtes à cornes et autres animaux domestiques, c'est d'empêcher de tuer les femelles et même ime bonne partie des mâles, jusqu'à ce que chaque espèce, s'étant tort multiplié, on puisse le permettre. On apportera toutes les précautions qui seront possibles dans le choix des nouveaux colons qui vous seront ci-après envoyés et particulièrement daus celui des filles, mais il ne faut guère espéier, tant que la guerre d'Angleterre durera, de le pouvoir faire eu Normandie, parce que la ]\Ianclie étant occu- pée par les forces maritimes du Roi de cette nation et par celles des Hollandais, il n'y auroit pas apjjaremment beaucoup de sûreté pour le voyage. J'attendrai le procès- verbal que vous me faites espérer, concernant les particuliers qui prétendent être créanciers de la communauté du Canada, afin d'en faire mon rapport au Roi, et cependant, j'avertirai MM. les com- missaires du conseil qui ont été nommés pour faire cette liquidation, de ue se charger d'au- cune requête de leur part, que par ordre de Sa Majesté, ne doutant pas qu'en me l'en- voyant vous n'y joigniez un rôle exact de tous les habitans de la colonie, étant une chose essentielle qui fera counaîcre clairement au Roi la force du jiays, et lui donnera le moyeu de mieux juger la résistance qu'il pourroit faire, en cas de nécessité, ou ce qu'il pourroit entreprendre dans l'occasion. Pour augmenter la colonie, dans l'esprit avec lequel vous travaillez à réduire les habi- tations qui sont éparses on corps de paroisses, il me semble (jue sans s'attendre à ftiire capi- tal sur les nouveaux colons que l'on peut envoyer de France, il n'y auroit rien qui y contribuât d'avantage, que de tâcher à civili- ser les Algonquins, les Hurons et les autres sauvages qui out embrassé le christianisme et les disposer à se venir établir en commu- nauté avec les François, pous y vivre avec eux, et élever leurs enfants dans nos mœurs et dans nos coutumes. Je suis surpris de l'erreur qui s'est trouvé dans les munitions de guerre et de bouche, et dans les vivres qui ont été envoyés par les soins de M. Colbjrt de Ferron, vu l'exacti- tude qu'il aijporte en toutes chDses ; mais comme il ne sauroit y avoir guère de remède eu celles de cette nature, je me contente de lui écrire d'examiner jiar qui elles ont été embarquées, et si l'on y auroit manqué de bonne foi, et du se mieux précautiouner à l'égard de ce (jui vous sera envoyé ci-après. J'ai fait payer au sieur de Lamotte, la somme de treize mille cinq cents livres, suivant une lettre particulière dont il étoit porteur, sur le fonds qui a été fait pour la subsistance des troupes qm sont en Canada, jusqu'à la fin de l'année courante, dont vous trouverez un mé- moire ci-joint, pour vous servir d'éclaircisse- ment sur cette matière. Le Roi a été très aise de voir dans les dépêches de M. de Tracy, et jjar les vôtres, que la plupart des soldats qui composent les quatre compagnies qui ont d'abord passé en Amérique, sans le commandement du dit sieur de Tracy, et le régiment de Carignan- SaUères, témoignent beaucoup de disposition de s'habituer dans le pays, pour peu qu'on les aide à s'y établir, car Sa Majesté le juge si 200 EXTRAITS D'UX MÉMOIRE DE COLBERT important au bien de son service et de cette colonie, qu'elle désireroit qu'ils demeurassent tous en Canada. Le Roi a fait le fonds pour les appoiute- mens de M. de Tracy, pour les vivres, et ceux de M. de Courcelles, jusqu'à la fin de cette année, et de plus il a accordé douze cents écus au sieur chevalier de Chaumont, qui sert d'aide-de-camp; douze cents livres au sieur Berthier, capitaine au régiment de Sallières, et autant à votre secrétaire, et de plus, a fait une gratification considérale au sieur de Tracy, en considération de la perte qu'il a faite d'une barque chargée de vivres et denrées qu'il faisoit venir de France qui a fait naufrage dans la rivière St-Laurent. Sa Majesté écrit à M. de Tracy dans le sens que vous avez estimé nécessaire, afin dû l'obliger de demeurer en Canada jusqu'à l'année prochaine, à moins que sa santé ne le lui puisse permettre, et, au surplus, est fort contente d'apprendre, et par lui et par vous, ([ue M. l'évêque de Pétrée et les Pères Jésuites n'ont pour but de leur dessein que l'avance- ment du Christianisme dans le pays, de maintenir les habitans dans la pureté de la foi et des mœurs, et de bien élever les enfans dans la crainte de Dieu, eu leur inspirant l'envia de travailler et de fuir l'oisiveté, elle a jugé aussi que vous avez fait prudemment d'ensevelir la faute de feu sieur de Mézy avec sa mémoire, en vous réservant de faire faire justice aux parties auxquels il sera demeuré redevable de quelque chose, avec uu légitime fondement, sur les effets qu'il peut y avoir laissé par sa mort, et je dois vous assurer que la précaution que vous prenez jjour me faire connaître que vous ne ferez aucun commerce pour votre compte, est fort inutile, parce qu'elle est bien persuadée que vous n'en- visagez dans votre emploi que l'augmenta- tion de la colonie et les moyens de lui plaire, et que vous n'êtes pas allé en Canada dans la vue et la pensée de profiter des occ^xsious qui seroient en votre pouvoir, pour y ménager quelques légers intérêts qui vous fussent per- sonnels. Je suis. Monsieur, Votre très huniUe et très affectionné serviteur, CoLBERT. Versailles, ô avril IGiJG. 1667 — 6 avril EXTRAITS d'un' mémoire sigmé de COr.BERT, Sl'R l'êtabms SEMENT DE LA COLONIE, ADRESSÉ A M. TALON. A Saint-Germain en Laye. 1" Le Roi ordonne une nouvelle guerre contre les Iroquois pour les effrayer si on ne peut les détruire. La satisfiiction du Roi est entière sur les soins que vous avez pris pour faire fournir les choses nécessaires aux troupes, afin de les bien faire agir dans les expéditions différentes qu'elles ont faites contre les Iroquois, du succès des([uelles Sa Majesté a été bien aise d'être informée. Mais comme l'effet des armes du Roi contre eux, quoique considé- rable, n'est pas suffisant pour assurer la colonie contre leurs invasions, n'étant pas détruits, et étant d'ailleurs à craindre (pi'ils ne reviennent avec plus de férocité que jamais, faire leurs massacres accoutumés dans les habitations éparses et qui ne peuvent être secourues par leur éloignement. Sa Majesté s'attend que vous engagerez, et par voa con- seils et par tous les moyens que vous aurez en main, M. de Courcelles à faire une nou- velle euti'eprise sur eux pendant l'été pro- chain, soit pour les détruire entièrement, s'ij \l ■ EXTRAITS D'UN MÉMOIRE DE COLBERT 201 est possible, soit au innins pour augiuuuter la terreur qu'ils ont des forces de Sa Majesté, et les mettre moins en ëtat de troubler le pays, quelque envie qu'ils en puissent avoir. 2° Du traité fait avec les hxKjuois et de la conduite à tenir avec eux. J'ai vu le traité que vous avez fait avec M. de Tracy et de Courcelles, avec quelques- unes de ces nations Iroquoises qui, n'ayant point de liaisons et s'étant détachées de celles qii'elles avoient avec les Aniez, sont venue^ volontairement demander la paix et se sou- mettre à l'obéissance du Roi, ayant fort bien remarqué que vous avez eu principalement en viie d'acquérir une possession contre les prétentions présentes, ou de l'avenir, des nations de l'Europe. Aussi, Sa Majesté y a donné son entière approbation. Comme la plupart de ces peuples sont proprement des sauvages, n'ayant quasi rien d'humain que la figure de l'homme, je crois que, quand ils s'aviseront d'envoyer ci-après des ambassadeurs, il ne faudra constituer le Roi ni ses principaux officiers, ni le pays, qu'à une très légère dépense, étant certain que pour les tenir en bride il importe de les traiter haut la main, la considération qu'on a pu avoir pour eux ayant contribué à les rendre plus insolents. Quant au produit de la ferme du droit qui se lève sur les castors, et du dixième des orignaux, je comprends bien que par l'action des troupes et l'occasion de la guerre que l'on a portée jusques aux habitations des Iroquois) il vous a été impossible de vous dispenser de le consommer entièrement, mais comme il est bien juste que la compagnie qui fait beaucoup de frais pour soutenir la Nouvelle-France, tire quelque avantage de la concession que le Roi lui en a faite, il est de conséquence, et c'est l'intention de Sa Majesté,que vous réduisiez ci- après toute la dépense qui s'est jusqu'ici prise 26 sur cette ferme, à la somme de trente six mille livrespar chacun an,.sans vous arrêter au règle- ment qui a été ci-devant fait par le sieur du Pont Gandais, hors des nécessités pressantes et indispensables, comme dans la rencontre d'une nouvelle entreprise pour la destruction des Iroquois, bien entendu que vous pren- drez gi'and soin d'eu faire faire l'emploi avec une exacte économie, d'autant plus qu'avant cette concession ces charges du pays qui étoient prises sur le même fonds ne montoient pas à vingt mille francs, et depuis la conces- son, à vingt mille livres, étant la seule utilité que cette compagnie peut tirer de la colonie pour compenser tous les frais différens qu'elle est obligée de faire. 3" Fortifications de Québec et de la colonie. Il est de grande importance, pour la sûreté de la colonie, d'aviser aux expédiens qui peu- vent être pratiqués pour mettre, principale- ment le fort de Québec, en état de défense, en y faisant une fortification régulière, et le gar- nissant d'une bonne artillerie et de toutes sortes de munitions de guerre, en sorte que non seulement il ne puisse être insulté, mais même qu'il puisse faire un rigoureuse défense, quand même les nations de l'Europe les plus aguerries y feroieiit un siège formel. On doit aussi avoir la même application à l'égard des autres forts nouvellement bâtis, et penser toujours aux moyens de les rendre meilleurs ; et comme ce seroit un très grand avantage pour la conservation du pays, si l'on pouvoit y faire faire de la poudre, faites rechercher si l'on n'y trouvera pas de selpêtre. 4° Recommande de façonner les sauvages établis auprès de nous, à nos mœurs et à notre langage. Je vous avoue cpie j'ai jugé comme vous que l'on s'est fort peu soucié jusques ici de la police et de la vie civile en la Nouvelle- France, envers les Algonquins et les Hurons, 202 COLBEET A M. DE COURCELLES qui sont, il y a loiigteins, soumis à la domi- nation du Eoi, en faisant peu d'eftbrts poul- ies détacher de leurs coutumes sauvages et les obliger à prendre les nôtres, et surtout à s'instruire dans notre langue, au lieu que pour avoir quelque commerce avec eux, nos François ont été nécessités d'attirer ces peu- ples, surtout ceux qui ont embrassé le chris- tianisme, dans le voisinage de nos habitations, et s'il se peut les y mêler, afin que par la suc- cession du tems, n'ayant qu'une même loi et un même maître, ils ne fassent plus ainsi qu'un même peuple et un même sang. Votre très humble et très affectionné serviteur, COLBEKT. 166'J — 15 mai LETTRE DE COLBERT A M. DE 00DRCELLE3 Monsieur, Vous a])prendi'ez, par le retour du dit sieur Talon, que Sa Majesté a rendu la liberté du commerce au dit pays, (Canada), en sorte qu'à présent il pourra recevoir avec plus de facilité des vivres et denrées qui lui seront nécessaires, mais aussi est-il nécessaire que vous excitiez les habitans à chercher des marchandises qui puissent convier les Fran- çois à leur porter les dites vivres et denrées, pour les prendre en échange. Et cela est d'autant plus nécessaire qu'y ayant à présent uue très grande quantité de pelleteries dans le royaume, s'ils n'avoient d'autres marchan- dises à donner par échange, peut être que les François se dégoûteroient bientôt de leur porter leurs besoins. Pour ce qui concerne M. Boutterotie, comme Sa Majesté a résolu de renvoyer M. Talon et qu'il vous porte lui-même cette dépêche, je n'ai rien à vous dire sur son sujet, mais peut- être qu'avec le temps vous auriez reconnu en lui de meilleurs qualités que vous n'avez fait en si peu de temps que vous l'aviez pratiqué lors de la datte de vos lettres, au moins vous puis-je assurer que c'est un homme qui est ici en très bonne estime et qui auroit, avec le temps, dignement rempli les fonctions de son emploi, et quoique je suis persuadé qu'il n'ait pas été avec le temps si absolument dépen- dant de M. l'Evêque et des PP. Jésuites, je crois néanmoins qu'il est fort à estimer d'avoir eu de l'estime et de la déférence pour eux. Vous verrez que la résolution (|ue vous avez prise de paraître quelques fois à Mont- réal, est bien conforme aux intentions de Sa Majesté, mais elle désire que vous portiez plus loin cette pensée, c'est-à-dire, que vous paraissiez, s'il est possible, jusque dans le pays des Iroquois, avec toutes les forces que vous pourrez rassembler de deux ans en deux ans, ou plus souvent, si vous l'estimez à propos, étant certain qu'il faut établir dans l'esprit de ces nations une grande opinion de la nôtre, pour les contenir dans leur dev'oir, et cette grande opinion ne pourra jamais être jamais assez fortement établi jusq.ues à ce qu'ils ayent vu 3 ou 4 et peut-être 5 ou 6 fois toutes les forces françoises dans leur pays, et quand cette réputation sera une fois bien établie, non seulement les habitans de cette colonie enrecevront les avantages de ne pouvoir jamais être troublés, dans leur travail et leur commerce, mais même que ces avan- tages étant connus dans le royaume convi- ront un nombre considérable de François d'y passer tous les ans, eu sorte que ce pays se peuplera et s'augmentera sans aucune peine. Quoique vous deviez apprendre par M. Talon tout ce que le Eoi fait pour le dit pays, cette année, je ne laisserai pas de vous dire COLBEET À M. DE COURCELLES 203 en trois mots (lue Sa Majesté a employé plus de 200" livres pour toutes les choses qu'elle a estimé nécessaires d'y faire, qu'il passe cent cinquante filles pour y être mariées, six com- pagnies effectives de cinquante hommes chacune, avec plus de treiite officiers ou gen- tilhommes, pour s'y établir tous, et plus de 200 autres personnes qui passent pareille- ment dans cette vue. Vous voyez bien qu'un effort si considérable marque bien l'estime que Sa Majesté fait de ce pays-là, et qu'elle considérera bien les services qui lui seront rendus pour l'augmenter. M. Talon a ordre du Roi de témoigner à M. l'Evêque de Petrée et à l'abbé de Queylus, qu'ils ne peuvent rien faire qui lui soit plus agréable que de continuer à travailler, comme ils ont commencé, à l'instruction des enfants des sauvages, et à les civiliser, pour les rendre capables de se joindre au.K François, et sous l'obéissance de ceux qui ont l'autorité légitime de Sa Majesté, et j'estime qu'en cela même vous pouvez beaucoup contribuer par vos soins. Sur le sujet de la trop grande autorité que vous trouvez que l'Evêque de Pétrée et les Jésuites, ou pour mieux dire, ces derniers sous le nom du premier, se donnent, je dois vous dire qu'il est nécessaire que vous agis- siez avec beaucoup de prudence et de cir- conspection sur cette matière, vu qu'elle est de telle nature que lorsque le pays augmen- tera en habitans, assurément l'autorité royale surmontera l'ecclésiastique et reprendra la véritable étendue qu'elle doit avoir. En atten- dant, vous pouvez toujours empêcher adroite- ment, sans qu'il paroisse ni rupture entre vous, ni partialité de votre part, les trop grandes entreprises qu'ils pourroieut faire, sur quoi vous pourrez consulter M. Talon et agir de concert avec lui. 1670 — 9 avril LETTRE DE COLBERT A M. DE COURCELI.ES A St-Germain. le 9 avril 1670. J'ai reçu les lettres que vous m'avez écrites le 10 juillet, 1er septembre et 11 novembre de l'année dernière. Sa Majesté a été bien aise d'apprendre par vos lettres que les Iroquois ont continué de prendre avec nous le parti de la paix et du commerce, et de quitter toutes les pensées de la guerre ; votre application à maintenir les peuples dans le maniement des armes et des exercices, et même à leur faire faire quelques fois des voyages au dedans du pays, contri- buera assurément beaucoup à appeler toutes ces nations dans l'obéissance du Roi, et, par conséquent, à fortifier la colonie et lui donner les moyens de se multiplier, c'est à quoi Sa Majesté désire que vous donniez toute votre application. Sa Majesté m'ordonne de vous dire en peu de mots que vous devez vous employer tou- jours à maintenir les peuples en paix et les garantir de toutes les violences des ennemis, les porter au travail et à la culture des terres, et encore plus au commerce de mer, par tous les moyens que vous estimiez les meilleurs, tenir soigneusement la main que la justice leur soit bien administrée, en sorte que chacune conserve son bien et que les foibles ne soient point opprimés par les puissans. Que vous preniez grand soin de les porter tous au mariage de bonne heure, afin que, par la multiplication des enfaus, la colonie se puisse multiplier d'elle-même. Que vous les portiez aussi, avec grand soin, aux pêcheries et au commerce de mer, et que vous assistiez de toute l'autorité que le Roi vous a commise, les recherches que le dit sieru- .Talon doit faire des mines de fer et de 204 COLBERT À M. TALOX cuivre, ensemble des bois nécessaires pour la construction des vaisseaux de Sa Majesté, et tous les autres établissemens qui vont à l'avantage du paj's, dont je ne vous expli- querai pas davantage le détail, me remettant à ce que le dit sieur Talon vous en dira. 1671 — février EXTRAIT.^ D'UNE LETTRE DE COLBERT A M. TALOX. Le Eoi a entièrement approuvé la propo- sition que vous faites de lier une bonne et étroite correspondance avec les Anglois de Baston, et d'entrer même en quelque com- merce avec eux, pour les choses qui vous seront mutuellement nécessaires, mais à l'égard des pèches qu'ils feront à la vue des terres de l'obéissance du Roi, Sa Majesté désire qu'il leur soit fait le même traitement que ses sujets reçoivent d'eux en pareille occasion, et cette conduite doit être observée aussi bien dans la traite qu'ils peuvent faire avec les sauvages des environs de Pentagouet que dans celle que les sujets du Roi pourront faire avec les sauvages des environs de Baston, c'est-à-dire qu'il est nécessaire tjue vous établissiez un traitement réciproque entre les deux nations. La résolution que vous avez prise d'en- voyer le sieur de la Salle du côté du sud, et le sieur de St-Lusson du côté de nord, pour découvrir le pas.tige de la Mer du Sud, est fort bonne ; mais la principale chose à laquele vous djvez vous appliquer dans ces sortes de découvertes est de faire rechercher la mine de cuivre, ce qui seroit un moyeu assuré pour pour attirer plusieurs François de l'ancienne dans la Nouvelle-France, si une fois cette mine auroit été trouvée et que l'utilité en fut sensible. 1671 — 11 mars EXTRAITS D'UXE LETTRE DE COLBERT A M. DE COCRCEI.LES. A Paris, le U mars 1671. Monsieur, Puisque vous ne trouvez pas à propos de faire le voyage dans le pays des Iroquois, d')nt le Roi s'étoit remis à vous, et qu'il n'y a rien qui vous y oblige, vous pouvez vous en dispenser. Mais Sa Majesté estime qu'il n'y a rien de si important au repos de ses sujets de la Xouvelle-France, que de tenir toujours en craiâte toutes les nations sauvages qui le pourroient troubler, étant certain qu'il n'y aura que l'appréhension qu'ils concevront d'une punition sévère, qui les puisse empêcher de faire quelque irruption à la paix que Sa Majesté leur a accordée. Quant à la proposition que vous faites d'en- voyer quelques compagnies d'ici pour se porter à l'entrée du Lac Ontario, et empêcher les courses ijue les Iroquois pourroient faire sur les autres nations sauvages qui sont sous la protection du Roi, Sa Majesté n'a pas estimé que cela fut nécessaire pour le bien de son service, mais elle se remet néanmoins à vous et à M. Talon d'examiner ce -c^ui y sera de plus convenable, étant bien persuadé que vous exécuterez avec votre fermeté ordinaire la résolutien que vous prendrez de concert Il ne se peut rien 'e plus avantageux pour le bien de cette coloni que de tenir soigneuse- ment la main à ce que les habitans s'ex- ercent dans les temps qui leur sont les plus commodes, au maniement des armes, et Sa Majesté m'ordonne de vous dire sur ce sujet, qu'il n'est pas moins important à son service de faire des revues de teins en tems, des dits habitans, et de les porter, par la distribution de quelques prix, à cet exercise, que de les exciter au défrichement et à la culture de la COLBERT À M. TALON 205 terre, et k entrej)rendre de construire dea vaisseaux pour profiter des avantages du com- merce maritime. 1672—4 juin. EXTRAIT D'UNE LETTRE DE COLBERT A M. TALOX A Saint trermain, 4 juin 1(572. Monsieur, Le Roy a vu avant son départ toutes les lettres et mémoires qui ont esté apportez par votre secrétaire, sur lesquels Sa Majesté m'a ordonné de vous faire sçavoir ses intentions, etc., etc., etc. Comme après l'augmentation de la colonie du Canada, il n'y a rien de plus important pour ce pais-là et pour le service de Sa Majesté, que la descouverte du passage dans la mer du Sud, Sa Majesté veut que vous assuriez une bonne récompense à ceux qui feront cette découverte, mais il semble qu'elle peut cstre difficile aux habitansde ce païs-là, vu qu'elle ne se peut faire qu'avec des vais- seaux et qu'il y eu a un fort petit nombre. A l'égard des mines de cuivre, de plomb, de fer, charbon de terre, goudron, et toute sorte de manufactures, comme vous estes bien informé des intentions de Sa Majesté sur l'advantage de ce pais-là, et qu'il n'y a rien qui puisse estre plus profitable aux habi- tans, elle se remet entièrement à vous sur tout ce qui est à faire pour la descouverte des mines, et pour l'établissement de toute sorte de manufactures. Sa Majesté ne veut pas que l'on y sème du tabac, d'autant que cela n'apporteroit aucun advantage au païs, qui a beaucoup plus besoin de tout ce qui peut porter les habitans au commerce et à la navigation, aux pèches sédentaires et aux manufactures, et la culture de cette herbe seroit préjudi- ciable aux Isles de l'Amérique. Sa Majesté veut toujours que vous tra- vailliez à la multiplication des bestiaux, et, pour cet effect, jusques à ce qu'il y en ait une quantité suffisante, elle veut que le Conseil souverain en empêche par ses arrests la con- sommation. Elle a esté bien aise d'apprendre qu'il y ayt eu 700 enfans baptisés, l'année dernière, et mesme de l'advis que M. L'Evê- que de Pétrée luy a donné, qu'il y en auroit 1100 cette année, mais elle auroit désiré d'estre informé du nombre de mariages qui se sont faits pendant la dite année dernière, des garçons et filles nés dans le pays. Il ne faut pas s'étonner si le commerce des pelleteries a diminué les années dernières, vu que tout commerce, de quelque nature qu'il puisse estre, à ses augmentations et ses diminutions causées par divers accidens, mais il arrive toujours qu'après qu'un commerce est diminué considérablement pendant quel- ques années, il reprend force les suivantes, et c'est ce qu'il faut laisser à l'indufstrie et aux nécessités des hommes, d'autant plus que si le Canada se trouvoit privé de ce commerce, les habitans seroient portés à s'apphquer aux pêches sédentaires et autres, à la recherche des mines, et aux manufactures qui leur pro- duiroieut beaucoup plus d'avantages. Sa Majesté fera reflexion particulière sur la proposition de faire fabriquer une mon- noye par ■■' pour les dits pais du Canada, et comme il l'estime bonne et avantageuse aux dits païs, elle donnera ses ordres pour la faire fabriquer, et pour en envoyer l'année pro- chaine. Sa Majesté envoyé les appointements des ouvriers de marine entretenus en Canada. Elle désire que vous mettiez promptement le vaisseau qui a esté commencé, en état d'estre mis en mer, et elle seroit bien aise 206 COLBERT À M. DE FRONTENAC que vous vous eu puissiez servir pour repas- ser en France avec M. de Courcelles. Comme vous voyez que rien n'est plus advantageux à ces pais qne le commerce de mer, Sa Majesté veut que vous vous serviez de tous les moyens qui sont en votre pouvoir, et de toute vostre industrie, pour porter les habitants à continuer à bastir des vaisseaux et à porter eux-mêmes leurs marchandises dans les Isles francoises de l'Amérique. A l'égard des François qui repassent en France tous les ans, Sa Majesté estime que c'est un désordre considérable, auquel il faut tâcher de remédier, et pour cet eftet elle écrit à M. de Frontenac pour luy défendre de permettre à aucun François de repasser en ce Royaume, si ceux qui luy demanderont cette permission n'ont femme et enfans, et un établissement considérable en ce pais-là. Sa Majesté se remettant toutefois à sa pru- dence d'user de cet ordre, ainsi qu'il l'esti- mera à propos de le faire, pour le bien et l'avantage de cette colonie, estant important que les François ne croyent pas estre retenus par force aux dits pais, parce que cela einpê- cheroit peut- être un grand nombre d'y passer, et n'estant pas à propos d'avoir recours à la force que lorsque tous les autres moyens manquent, etc. Après avoh' répondu à tous les points de vos dépesches, suivant l'ordre que le Roy m'en a donné, il ne me reste qu'à vous asseurer que je suis. 1673 — 13 juin EXTRAITS D'UNE LETTRE 1)E COLBERT A M. DE FRONTENAC. A Paris, 13 juin lfi73. Monsieur, A l'égard des Iroquois, comme la colonie est fort nombreuse. Sa Majesté ne doute pas que vous les conteniez facilement dans leur devoir et dans les termes de l'obéissance qu'ils ont juré et promise à Sa Majesté, mais vous ne devez pas vous attendre que Sa Majesty puisse vous envoyer des troupes d'ici, vu quelle n'a pas jugé que cela fut nécessaire, et qu'elle désire que vous exécu- tiez ponctuellement ce qui est contenu dans votre instruction, pour aguerrir les habitans de ce pays-là, en les rangeant sous des compa- gnies et leur faisant faire l'exercise le plus souvent qu'il se pourra, en sorte que vous puissiez vous en servir dans toutes les occa- sion ou vous pourrez en avoir besoin. L'assemblée et la division que vous avez faite de tous les habitans du pays en trois ordres ou Etats, pour leur faire prêter le serment de fidélité, pouvoit produire un bon effet dans ce moment-là, mais il est bon que vous observiez que, comme vous devez tou- jours suivre dans le gouvernement et la conduite de ce pays-là, les formes qui se pratiquent ici, et que nos Rois ont estimé du bieu de leur service depuis longtemps de ne point assembler les Etats Généraux de leur Royaume, pour peut-être anéantir insensi- blement cette forme ancienne, vous ne devez aussi donner que très rarement, et pour mieux dire, jamais, cette forme au corps des habi- tans du lîit pays, et il faudra même avec un peu de temps, et lorsque la Colonie sera encore plus forte qu'elle n'est, supprimer insensiblement le syndic qui présente des requêtes au nom de tous les habitants, étant bon que chacun parle pour soi, et que per- sonne ne parle pour tous, etc. Le Provincial des Récollets a fait partir depuis huit jours deux Religieux pour se rendre dans leur couvent de Canada, qui doivent s'embarquer. Et pour en augmenter toujours le nombre je fais dire aujourd'hui au même Provincial, qu'il en fasse partir deux autres, des plus forts, pour s'y rendre. COLBERT À M. DE FRONTENAC 207 et je tiendrai la main à ce que l'on en fasse passer tous les ans quelqu'un, afin de pauvoir balancer par ce moyen la trop grande auto- rité que les Jésuites se sont donnés en ce pays-là. 1674 — 17 mai EXTRAIT D'UNE LETTRE DE COLBERT A M. DE FRONTENAC Monsieur, Vostre principale application doit être à augmenter le nombre des habitans de ce pays-là, sur quoi Sa Majesté a été surprise de voir, par les tables que vous m'avez envoyées, qu'il n'y a que 6705 Lommes, femmes ou enfans, dans toute l'étendue du Canada, sur quoi elle est persuadée que celui qui a fait ces tables, par vos ordres, s'est trompé consi- dérablement, vu qu'il y a plus de dix ans qu'il y avoit plus d'habitans qu'elles n'en contiennent; les années prochaines, Sa Ma- jesté veut que vous vous appliquiez à faire faire ces tables plus véritables afin qu'elle puisse être mieux informé du nombre des habitans de cette colonie. Sa Majesté veut de plus que vous conti- tinuez à vous appliquer à les aguerrir en les accoutumant toujours au maniement des armes, et les divisant par compagnies, ainsi qu'il est porté par l'instruction qu'elle vous fît donner avant votre départ. Sur la demande que les jésuites vous font de continuer leurs missions dans les pays éloignés. Sa Majesté estime qu'il seroit beau- coup plus avantageux pour le bien de la religion et pour celui de son service, de s'appliquer à ce qui est proche, et en même temps qu'ils convertiront les sauvages, les attirer dans une société civile, à quitter leur forme de vie avec laquelle ils ne peuvent jamais devenir bons chrétiens, Sa Majesté n'estime pas toutefois que ces bons Pères doivent estres gehennez (gênés) dans leurs fonctions. Elle désire seulement que vous leur fassiez connoître et que vous les exci- tiez doucement à ce qui est en cela des sen- timents de Sa Majesté. Vous connoistrez facilement, par ce que je viens de vous dire, et encore plus par l'état des affaires de l'Europe, que je vous ai expli- qué au commencement de cette lettre, que l'intention de Sa Majesté n'est pas que vous fassiez des grands voyages en remontant le fleuve St-Laurent, ni même qu'à l'avenir les habitans s'étendent autant qu'ils ont fait par le passé, au contraire, elle veut que vous travailliez incessamment et pendant tout le temps que vous demeurez en ce pays-là, à les resserrer et à les assembler, et en composer des villes et des villages, pour les mettre avec d'autant plus de facilité en état de se bien défendre, en sorte que quand même l'état des affaires de l'Europe seroit changé par une bonne et heureuse paix à la gloire et à la satisfaction de Sa Majesté, Elle estime bien plus convenable au bien de son service de vous appliquer à bien faire défricher et bien habiter les endroits les plus fertiles, les plus proches des côtes de la Mer et de la commu- nication avec la France, que non pas de pousser au loin des découvertes au dedans des terres des pays si éloignés qu'ils ne peuvent jamais être habités n'y possédés par des François. Cette règle générale peut avoir ses excep- tions en deux cas, l'un, si les pays dont vous prendriez possession sont nécessaires au com- merce et aux traites des François, et s'ils pouvoient être découverts et possédés par quelqu'autre nation qui peut troubler le com- merce et les traites des François, mais comme il n'y en a point de cette qualité. Sa Majesté estime toujours que vous pouvez et deraez laisser les sauvages dans leur hberté de vous 208 COLBERT À M. DE FRONTENAC apporter leurs pelleteries, sans vous mettre en peine de les aller chercher si loin. L'autre cas est que les pays que vous découvTiez vous pussent approcher de la France par la communication avec quelque Mer, qui fust plus méridienne que l'entrée du Fleuve de St - Laurent, comme seroit L'Aciidie. La raison est que vous connaissez parfaite- ment que ce qu'il y a de plus mauvais dans le Canada, est l'entrée de cette rivière qui étant fort septentrionale ne permet pas aux vaisseaux d'y entrer, que quatre, cinq ou six mois dans l'année, etc. Sa Majesté veut aussi que vous continuez à exciter les Jésuites, les Récollets, le Sémi- naire de Montréal, de prendre de jeunes sau- vages pour les nourrir, les instruire à la Foi et les rendre sociables avec les François. Elle veut aussi que vous teniez la main à ce que le vaisseau qui a été commencé soit achevé le plutôt qu'il se pourra et soit mis en état de pouvoir être chargé pour être en- voyé en France, et elle veut que l'exemple de ce bâtiment vous ^erve pour porter les habitans à en faire bâtir quelque autre pour leur propre commerce. A l'égard du sieur de Villeray, Sa Majesté a toujours reconnu que c'étoit celui de tous les habitans du Canada qui étoit le plus accommodé, et qui s'appliquoit le plus au com- merce, et même qui avoit déjà des vaisseaux en mer, qui avoient donné commencement au commerce avec les Isles de L'Amérique. Et comme Sa Majesté vous a toujours fait con- noître qu'il y avait rien de plus important et de plus nécessaire que ces sortes d'établisse- mens, aussi ceux qui s'y portent devroient assurément avoir le plus de part en votre confidence et en vos bonnes grâces, afin que par le favorable traitement qu'ils recevroient de vous, ils fussent conviés à augmenter ce commerce et que leur exemple excitoit les autres à s'y porter. C'est assurément l'ordre et la règle que vous de^'l•iez tenir, et quoique vous trouviez quelques défauts en ces sortes de gens, il faut les dissimuler et les souffrir, parceque le bien qu'ils peuvent faire excède infiniment le mal, et puisque la compagnie avoit donné au dit Villeray la commission de recevoir les droits de dix pour cent, vous ne pouviez et ne deviez pas donner cette recepte à un autre, sous prétexte que le dit Villeray est attaché aux Jésuites. 1674 — 17 mai EXTRAITS D'UNE LETTRE DE COLBERT AU COMTE DE FRONTEX.iO Sa Majesté a donné ordre au Provincial des Récollectz d'y en envoyer encore quatre. Pour M. l'Evesque de Petrée et les Jésuites, Elles s'en remet à ce qu'elle vous a expliqué de ses intentions avant vostre départ. 1675 — 15 mai. EXTRAIT D'USE LETTRE DE COLBERT Monsieur, A M. DE PRONTEXAC A St. -Germain en Laye. Je commencerai la réponse à la lettre que vous m'avez écrite le 14 novembre dernier en vous avertissant que à l'avenir il est néces- saire que vous écriviez directement au Roi, et non pas à moi, ainsi que vous faites, et que vous rendiez compte exact et en détail à Sa Majesté, non .seulement de tout ce qui se passe dans la Nouvelle-France ; mais même de tout ce que vous estimerez nécessaire d'y faire pour le bien de son service, en ce qui concerne la guerre, la justice, la police et RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE LA P.ARRE 209 raugmentatiomle la Colonie, et vous recevrez en rs^'ponse des lettres et onlres de Sa Majesté. Je vous dirai de plus, qu'étant lieutenant général des armées du Roi, et commandant en chef dans un pays, vous ne devez point me traiter de Monnelyneur, mais seulement de Monsietir, ce que j'ai omis jusques à pré- sent de vous faire savoir. Vous ne pouvez rien faii-e qui puisse être plus agréable à Sa Majesté ([ue de travailler continuellement à l'augmentatiqn des dits habitans, ce que vous vous procurerez facile- ment eu vous appliquant à les maintenir en paix avec les Iroi[Uois et autres nations sau- vages du dit pays. Le poste que vous avez pris au Lac Onta- rio praduira sans doute cet effet, et Sa Majesté a été fort aise d'ajiprendre que les Iroquois vous ayent remis huit de leurs enfans pour les ostages de la paix qu'ils veu- lent entretenir, et qu'il soit descendu l'année dernière, à Montréal, plus de huit cents sau- vages. Elle est bien persuadée qu'en leur faisant un bon traitement, et leur faisant connottre qu'elle fera punir sévèrement ceux qui contreviendront à la paix qu'elle leur a accordée, non seulement ils seront dispo.sés à .s'habituer avec ses sujets, mais même ils augmenteront la traite des pelleteries qui est le seul moyen de fortifier et enrichir la Colo- nie. Sa Majesté .s'assure aussi (jue l'exemple que vous donnez aux Jésuites et au Sémi- naire de Montréal, en vous chargeant de quelques petits sauvages, les conduira à en élever et à les instruire de nos mceurs et des principes du christiani.sme, et Sa Maje.--té m'ordonne de vous dire sur ce point qu'il est bon d'exciter ces ecclésiastiques à se charger volontairement de ces petits sauvages, mais C|u'il n'est pas praticable de les y contraindre. 27 1677 — 28avi-il EXTR.VIT D'UNE LETTRE UE COLBERT A M. DL'L'IIES.VE.\U Refus fait il Joliet de sY'tuljlii Sa Majesté ne veut point accorder au sieur Joliet la permission qu'il demande de .s'aller establir avec vingt hommes dans le pays des Islinois. Il faut multiplier les habitans du Canada avant que de penser à d'autres terres, et c'est ce que vous devez avoir pour maxime à l'égard des nouvelles découvertes qui sont faites. 16S2— 112 novembre EXTR.4ITS, PAR COLBERT, DU RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE LA BARRE. Commandement des armes. — Pouvoirs des gouverneurs. — Troupes et fortifications. Il croit ([ue les Iroquois n'attendent que l'occasion d'attaquer les François après qu'ils auront défait nos alliés, contre lesquels ils marchent. Avec un peu d'aide il croit en venir à bout. Travaille à la préparation de vivres, et for- tifié du secours qu'il demande, il marchera dans leur pays avec douze cents habitans au printems 1684, et y attirera tous les sauvages leurs ennemis pour les détruire. Ils sont 2600 soldats aguerris, mais un peu de canon lui donnera un grand avantage. S'ils voient qu'on lui envoie des secours, il croit qu'ils feront la paix. Les Nepisseriniens lui ont demandé du secours contre la fureur des Iroquois qui marchent contre les Hurons, et un lieu de retraite, ce qu'il leur a accordé, après quoi ils sont arrivés trois cents à Montréal. 210 EÉSUMÊ DES LETTRES DE M. DE LA BAEEE Il faut quelques fonds pour faire bâtir un magasin au débarquement, pour mettre les ustencils de guerre que l'on fera passer plus loin. Le sieur de Frontenac travailloit à son arrivée à empêcher la guerre avec les Iro- quois, ainsi (jue l'on verra par les mémoires qu'il envoie avec le double d'une délibération des principaux du pays. Les Hollandais leur ont donné des fusils à moitié meilleur marché que les nôtres, et de la poudre et du plomb de même. Ils sont à présent plus de 2500 guerriers. Il faut les compter 1400 en marche. Il ne peut aller contre eux avec un petit corps ni avec un grand, sans un magasin de vivres. En a ordonné un de blé à Québec et à Montréal qui ne coûtera rien aii Roi. Il fait saler des porcs, sur quoi il y aura de la perte. Fera tirer 150 fusils de magasin pour aider à payer ces salaisons. Ne peut tirer 600 ou 1000 hommes du paye sans diminuer la culture des terres de moitié et voir la famine, mais songe à l'amas de blés. Demande avec empressement 200 engagés pour réparer ce mal, 4 compagnies de marine, les commissions en blanc pour garnir les têtes et escorter les convois du fonds iiour un magasin de vivres et pour bâtir deux barques et deux chaloupes. Propose d'équiper un vaisseau nu une flûte pour apporter des hommes et d'en don- ner le commandement à M. de Hombourg, fils du feu procureur général, bon navigateur, auquel on pouiToit donner un brevet de capi- taine de brulôt ou de frégate avec deux cents hommes entretenus, et trois barques, sur les lacs de Frontenac et Erié, on tiendra les Iro- quois de si près qu'on rompra toute leur chasse ou on les obligera de quitter leurs postes et de craindre les alliés. Il faut qu'il ait ce secours à la fiu d'août. Demande aussi les armes et munitions contenues au mémoire qu'il envoie, sans quoi le pays est perdu. A envoyé un canot exprès aux Iroquois pour leur faire savoir son arrivée avec des présens pour les obliger de le venir trouver à Montréal. Ce canot coi.t>_u-a 400 francs. Ne doute pas que les dits Iroquois n'at- t iquent les François au printemps. Supplie d'envoyer promptement les secours possibles. A besoin d'un interprète das langues sau- vages. Propose Vieuxpont qui est en Canada et de lui donner l'entretien de capitaine réformé. A dépêché une barque exprès pour avertir qu'il ne peut éviter la guerre avec les Iroquois et qu'il faut qu'il les attaque l'année pro- chaine en cas qu'ils ne le fassent pas eux- mêmes, cette année. Les Onuontagués avoient) promis d'avertir les 4 autres nations de mettre la hache bas contre nos alliés, mais il a eu avis, par un envoyé exprès, qu'ils avoient changé de senti- ments et qu'ils avoient marché sept à huit cents contre les Kiskapous, Hurons, Outawas et Miamis. Les Onuontagués qui avoient promis de le venir trouver au mois de juin avec les dépu- tés des cinq nations ne se souvenoient quasi plus de leur parole disant qu'ils tàcheroient de venir à la mi-juillet avec les députés des Aniez et Onneious ne croyant pas pouvoir ammener ceux des Sonnantouans et Goyo- gouius. A eu avis que les Sonnontouans se dis- posoient a attaquer les François, sur la fin de RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE LA lîARRE 211 l'été avec les Goyogouins poussés par les Anglois qui veulent couper entièrement le commerce des Outawas. Mais le sieur Leuioyne alloit de sa part vers eux pour tâcher de détourner cet orage. Les Anglois ont débauché une grosse troupe de François déserteurs dont ils se ser- vent pour aller eu leur nom découvrir le chemin des canots et commencer la traite avec ces j^euples. Si ces déserteurs retombent entre ses mains, il les fera passer par le conseil de guerre. Il venoit de visiter tous les postes avan- cés jjour les mettre en état de défense et rassurer le pays qui est fort alarmé. Il envoyoit le sieur d'Orvilliers au Fort de Frontenac avec quelques soldats outre ceux qu'il avoit déjà envoyés. Si les Sonnontouans attaquent les premiers les François, ils mettront le pays à deux doigts de sa ruine. Il se fera quelque dépense pour faire mon- ter de la farine, du canou et de la poudre pour garnir les postes. Il faut absolument attaquer les dits Son- nontouans qui sont au nombre de 2000, ou abandonner le pays. Outre les 200 hommes ci-dessus, il en demande encore quatre cents et quelques officiers d'expérience, braves et sages. L'on met sur les chantiers la b.irque qu'il fait faire au Fort Frontenac. Il fait faire des canots d'écorce de toutes parts. Prie d'envoyer, avec les troupes, des lards, des habits pour les soldats et des couvertures pour chacun d'eux. Demande aussi des fonds. Le pays du haut de la rivière est bon et s'il le maintient l'on sera satisfait de cette colonie. Propose d'écrire à M. le Duc d'York sur ce que les villes de Manatte et d'Orange secourent et excitent davantage les Iroquois contre les François. Propose d'accorder quelque titre au sieur d'Orvilliers. Le .sieur de BariUon envoie l'extrait d'une lettre du sieur de la Barre qui se plaint que les Anglois fournis.sent des armes aux Iroquois ennemis des François, avec la réponse que le sieur Tankuni y a fait. FIX.iXCES ET COMMERCE. La colonie bornée jiar les Anglois qui ne visent qu'à enlever le commerce et le poste d'Orange leur en donne les moyens. Ils ont vendu quantité de marchandises à perte aux Iroquois. Ce lieu et le fort de Manatte, quoique de la domination des Anglois, sont peuplés par les Hollandais qui donnent aux sauvages à meilleur marché ce dont ils ont besoin que nous et prennent les castors pour leur valeur entière. Ils disent que ce n'étoit pas un commerce que les Francoisfaisoieut avec eux, mais une volerie. Le premier dessein des Iroquois a été d'en- lever le commerce en détruisant nos alliés et ceu.K qui nous débitent les castors. Us ont commencé, l'année passée, contre L'Illinois, contre lequel retourne celle-ci, et veulent détruire toutes les nacions qui habi- tent la baie des Puans. Enlever les Kiskapous qui occupent Mis- silimakinak, ôter toute communication avec les p.iys du Sud-Ouest et priver les François de la moitié et plus de leur commerce. Les Outawas, saisis de frayeur, ont avec les Miainis député au sieur de Frontenac, ainsi que l'on verra par les actes qu'il envoie. On a tiré du castor que par les congés, et il n'y a eu que les Kiskapous qui en aient apporté cette année. 212 MÉMOIEE AU SUJET DE M. DE LA SALLE Quant à la Baie d'Hudson, la compagnie de la \ieille Angleterre a poussé quelques petites habitations le long d'une rivière qui sort du lac Supérieur. Empêchera la continuation de ce désordre. Il faut donner des congés à gens sûrs de ce côté-là. Perrot a fait quelque commerce qui a donné de la jalousie. Les congés empêcheront les Anglois de détourner le castor des mains des François. Ne fait pas grand cas de la découverte que la Salle a faite de l'embouchure de la rivière de Mississipi, et ce que l'on en dit ne paroît pas de grande utilité et est accompagné de beaucoup de mensonges. N'a point l'esprit de découverte, mais de faire valoh- celle qui est faite, d'empêcher que les Anglois ne ruinent le commerce et de sou- mettre les Iroquois. Commandement des armes, pouvoirs des gouverneurs, troupes et fortifications. Les Iroquois veulent faire la guerre aux Ilinois, et ont envoyé un ambassadeur au sieur de Frontenac, lui assurer qu'ils dési- roient maintenir la jraix avec les François, mais ce n'est qu'un espoir. Il sera facile à ces premiers de détruire successivement tous ceux qui pourront s'op- poser au dessein qu'ils ont de se rendre maîtres de l'Amérique septentrionale, et obli- ger les François de quitter la Colonie par le secours des Anglois et HoUandois. Nécessité de se mettre en état de lui résis- ter et d'empêcher qu'ils n'attaquent les Ilinois, sans quoi la ferme du castor périroit. En faisant bâtir quelques {letits forts du côté des Iroquois, on pourroit empêcher que les sauvages ne portassent leur castor à Bas- ton et à Orange. En conformité de M. de la Barre, sur la guerre à faire aux Iroquois, demande 1000 fusils à bon marché, et autant d'épées pour les donner aux habitaus au même prix de France. FIX.iNCE ET COMMERCE On pourroit se servir de la maison nom- mée des Ilets, poiu- en faire une manufacture, où les filles sauvages pourroient apprendre à vivre à la façon des villageoises de France, au lieu qu'aiix Ursulines, elles n'apprennent qu'à prier Dieu et parler ft-ançois. Elles insinueroient à leurs maris cette manière de vie qui pourroit les }iorter à se nourrir et entretenir. Eu les mariant, ou leur donneroit une vache, un cochon, du bled et un peu de grains de chan\Te dont ils pourroient subsister. On ne laisseroit pas de leur apprendre à On ne laisseroit pas de leur apprendre à lire, écrire et leur créance. Demande ce que l'on veut faire pour ceux qui ont plus de douze enfants. M. l'Evêque de Québec, 12 novembre. Il est important de ne point donner d'at- teinte à l'édit qui défend aux Huguenots de s'étabUr en Canada et surtout de ne les point souffrir en Acadie. 1684 — 23 mars MEMOIRE DE CE QCI A ÉTÉ -iCCORDÉ An SIECR DE LA SALLE Le sieur de La Salle demande : 1" Un bon vaisseau de trente pièces de canon ; attendu que le voyage est long, il faut qu'il soit bon voilier, que l'artillerie en soit bonne ; Toute l'autorité au sieur de La SaUe ; Dit qu'il sufiiroit d'un bon officier subal- terne ou deux avec deux bons pilotes pour ramener le vaisseau. " Le Joly, de trente pièces, pourra estre MÉMOIEE AU SUJET DE M. DE LA SALLE 213 navigué par soixante matelots, capitaiiie Piu- gault, capitaine de frûgate. " 2" La nourriture et les gages des ofliciers et matelots du vaisseau pendant le voyage qu'on suppose de six mois. " Le Eoy donnera la solde ordinaire. " o" De quoi lever cent hommes aux despens du Eoy et leurs gages pour un an, à raison de 120 livres chacun, la levée et les gages mon- tant à 12,000 livres. " Accordé 10,000 livres à raison de 100 livres chacun. " 4° Les appointements de quatre capitaiue.«, quatre lieutenans, et quatre sous-lieutenans, ou de deux de chacun de ces officiers pour un an. " Qu'il examine à Eochefort avec l'inten- dant ceux qui sont les meilleurs. " 5" Leur noun'iture pendant le voyage et l'expédition, qu'on suppose de six mois. " On donnera de quoi les nourrir six mois ; savoir si c'est du biscuit ou de la farine. " 6" Les gages d'autres cent hommes pen- dant six mois à raison de 100 Kvres par an, 5,000 hvres. " Le Eoy veut donner un vaisseau de six vingts hommes d'équipage. " 7° La nouniture de ces deux cents hommes pendant six mois, à raison de huit sols par jour, à cause des rafraichissemens dont ils peuvent avoir besoin, 14,400 livres. " S'il y a un vaisseau, le Eoy nourrira deux cens soixante hommes. " 8" 20,000 livres de poudre à fusil, à 7 sols la livre, 7,000 Uvres. " En escrire à Eochefort; 100,000 livres de poudre de chasse. " 9" 30,000 livres de balles de calibre de mousquet. 10" 600 fusils. " 400, scavoir : 50 au port et 350 au ma- 11" 150 épées et autant de sabres. 12" 12 pièces de canon pour les deux for- teresses, savoir: huit de 10 à 12 livres de balles, qui pourroient estre de fer, et quatre de quatre livres de fonte pour les pouvoir faire suivre. 13" Deux cents boulets pour chaque pièce de canon, de la poudre à proportion, six pétards des plus petits. Trois ou quatre cens gi'enade.s, vingt-cinq pertuisanes et autant de hallebardes. 14" Cent paires de pistolets à cinq livres la paire. 15" 600 livres de fer plat et carré et 2,000 livres de fer en verge, à 100 livres le millier, 800 livres. 16" 600 hvres d'acier, à 40 sols le cent, 240 hvres. 17" Une forge et son équipage, 300 hvres. 18" Pour 5 à 600 Hvres d'outils de char- pentiers, menuisiers, charrons, armuriers, mas- sons et cordiers. 19" 400 livres pesant de fer ouvré, employé en pinces, masses de fer, coings, à 20 sols le cent, 80 livres. 20" Pour 500 livres de haches, pelles, hoyaux, pics, besches et autres outils, 500 h^Tes. 21" Deux coffres de chirurgiens, 600 livres. 22" Une barque de 40 à 50 tonneaux, gréée ou en bottes avec ses agrès, 1,200 livres. 23" Eafraichissements pour les malades, 500 livres. 24" Deux chapelles et les ornements néces- saires. 25" La nourriture et l'entretien de quatre missionnaires. " Observer que tout ce qui est compris depuis le dixième article jusqu'à la fin se prend dans les magasins du Eoy ; " Que les armes, la poudre, le plomb seront 214 LE MARQUIS DE SEIGNELAY À M. DE LA BAEEE payez par les sauvages. Ainsi, il n'y a que la nourriture des hommes qui pourra aller à 35'". ou 40'"." 1684— 10 avril EXTRAIT D'UNE LETTRE DE HL DE SEIGNELAY A M. DB LA BAERE Mauvaise administration de ce gouverneur. — Avide de l'autorité, plus encore de gain. — Keproches du Roi et du ministre. A Versailles, le 10 avril 1684. Je ne puis assez vous dire à quel jiointSa Majesté a été surprise de la conduite que vous avez tenue à l'égard d'un habitant qui avoit voulu passer chezlesAnglois, que vous vouliez faire pendre de votre autorité et qui, s'étant sauvé, a été pendu en effigie à Montréal. Elle n'a pu comprendre qu'un homme comme vous, qui connoissez les lois du Eoyaume, ait voulu se donner un pouvoir de vie et de mort dans des faits non militaires, et sur les- quels Sa Majesté n'a point encore prononcé. Et quoiqu'Elle vous envoie une ordonnance jiortant que les habitans qui voudront déser- ter et qui ne seront point domiciliés, seront jugés par le conseil de guerre où l'Intendant devi'a toujours assister, Elle veut que vous examiniez encore avec lui cette matière, parce qu'il est à craindre que la contrainte n'augmente parmi les habitans l'envie de passer chez les Anglais et Hollandais où ils auront plus de liberté. 2" On ne sauroit s'imaginer ce que vous avez prétendu lorsque, de votre autorité, sans appeler l'Intendant, et sans porter l'affaire au Conseil Souverain, vous avez fait rendre au nommé Guillin un bâtiment pris par les nommés Radisson et des Grozeliers, et en vérité, vous devez éviter que ces sortes de procédures dans lesquelles il n'y a point de raisons, paroissent devant les yeux de Sa Majesté. Vous avez même fait en cela une chose dont les Anglois sauront bien se pré- valoir, puisque vous avez fait rendre, en vertu de votre ordonnance, un vaisseau qui, dans la règle, devoit être regardé comme forban, n'ayant point de commission, et les Anglois ne manqueront pas de dire que vous avez si bien reconnu que le vaisseau étoit muni des expéditions nécessaires, que vous l'avez fait rendre au propriétaire et préten- dront par ce moyen faire connaître qu'ils ont pi'is une possession légitime de la rivière de Nelson, avant que les dits Radisson et des Grozeliers y eussent été. 1684 — 10 avril EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE SEIGNELAY A M. DE MEDLLES. A Versailles, le 10 avril 1684. Je lui (à M. de la Barre) écris pareillement que Sa Majesté n'a point approuvé la con- duite qu'il a tenue à l'égard d'un habitant qui auroit voulu passer chez les Anglois, qu'il vouloit fiiire pendre de son autorité, et qui, s'étant sauvé, a été pendu en effigie, à Mont- réal, n'aj^ant pas pouvoir de vie et de mort sur des faits non militaires et sur lesquels elle n'a point encore prononcé. Et quoique Sa Majesté vous envoyé une ordonnance portant que les habitans qui voudront déserter, et qui ne seront point domicihés, seront jugés par le conseil de guerre, où vous assisterez toujours. Elle veut que vous examiniez encore, avec le dit sieur de la Barre, cette matière, parce qu'il est à craindre que la contrainte n'augmente parmi les habitans l'envie de passer chez les Anglois et HoUandois, chez qui ils troveront plus de liberté. LE MAEQVIS DE SEIGNELAY À M. DE MEULES 215 Vous trouverez aussi ey-joint un édit pour la punition des François qui se retireront à Manatte et Orange, et autres lieux apparte- nant aux Anglois et Hollandois, que vous ferez enregistrer au Conseil Souverain, après l'avoir communiqué à M. de la Ban-e. ]6S4_ lU avril EXTRAIT D'DXE LETTRE DE M. DE SEIGNELAY A M. DE MEULLES. A Versailles, le 10 avril IGM. 1" Vous ne sauriez trop exciter MM. du Séminaire de Montréal à s'appliquer à aug- menter l'établissement des villages des sau- vages qui sont aux environs de leurs habita- tions. Sa Majesté continue de leur accorder la gratification de mille li\Tes qu'elle leur donne tous les ans. Elle a accordé aussi ôOO livres pour les sauvagesses de Montréal, à la Montagne ; elle ne veut pas qu'elles soient mises aux Ursu- lines, et elle a donné ordre pour faire passer trois femmes pour leur apprendre à tricoter et trois autres pour leur apprendre à filer et à faire de la dentelle, afin de pouvoir intro- duire ces manufactures dans le pays qui seront avantageuses à la colonie. La colonie de la Xouvelle-France ayant besoin de se fortifier et augmenter par la paix et par les facilités et avantages que les habitans trouveront dans leur commerce et la culture de leurs terres. Sa Majesté écrit à M. de la Barre que son intention n'e.st pas de faire la guerre, s'il peut s'en dispenser ; cependant, comme dans un pays .si éloigné que le Canada, il pourroit arriver des con- jonctures qui obligeroient à la faire, elle donne pouvoir au dit sieur de la Barre de la com- mencer, pourvu qu'il se trouve certainement en état de la terminer avec avantage dans une année de temps. A l'égard de la dépense qu'il famlroit faire pour cette guerre, l'intention de Sa Majesté est qu'elle soit extrêmement ménagée, et elle a trouvé même que celle qui a été faite l'an- née passée par le dit sieur de la BaiTe est faite entièrement contre les formes, puisque c'est par vos ordres que doivent passer ces dépenses pour lesquelles cependant vous ne devez point apporter de difficultés quand le gouver- neur les demande dans l'intérêt du service de Sa Majesté. Elle veut bien accorder, pour les dépenses à faii'e pendant cette année, et ju.sques à l'ex- pédition des vaisseaux de l'année prochaine, une somme de 15,000 li\Tes. Appliquez vous soigneusement aies ménager, et envoyez moi un compte exact des dépenses que vous ferez, et toutes pièces pour les justifier. 2" Elle a accordé le gouvernement de iloutréal au sieur de Callières, et comme il a servi longtemps dans l'infanterie et qu'il est intelligent, il pourra soulager M. de la Barre en cas qu'il fallut faire la guerre aux Iro- quois. 3" Je vous recommande d'avoir un soin particulier de l'eiitretenement des dits soldats, d'en faire de fi-équentes revues, de tenir la main à ce que les capitaines leur fasse faire soigneusement l'exercise et de m'informer ponctuellement tant de leur conduite que de celle de leurs lieutenaus. Sa Majesté ne veut pas qu'il soit passé, ni aux uns ni aux autres, aucun valet dans les compagnies. 4" Vous êtes mal fondé dans la prétention de faire des ordonnances pour obliger les habi- tans d'avoir des armes chez eux, et quand le dit sieur de la Barre a bien voulu que vous signassiez avec lui l'ordonnance qu'il a don- née à cet égard, il a eu une déférence pour vous qu'il n'étoit point obligé d'avoir, puisque 216 LE MAEQUIS DE SEIGNELAY AU SIEUE DU MONT cette ordonnance est une dépendance de sa fonction principale qui regarde la défense du pays et le commandement des armes, et la vôtre à cet égard doit être de faire exécuter ses ordonnances et de condamner à l'amende ceux qui y manqueroient. 5" Sa Majesté a été informé que le dit sieur de la Barre s'est mis en possession du Fort de Frontenac, qui appartient en propre au sieur de la Salle, et que les hommes et bestiaux qui lui appartiennent en ont été chassés, en sorte que les terres qui en dépen- dent, sont demeurées incultes, et quoiqu'il n'y ait guères d'apparence que ces avis soient bien fondés, s'il y avoit en cela quelque chose de véritable, j'écris au sieur de la Barre que Sa Majesté veut qu'il s'applique à réparer le tort qu'il aiu'oit fait au dit sieur de la Salle, et pour cet effet qu'il fasse remettre tous les effets qui lui appartiennent, au sieur de la Forest, qui repasse jiar ordre de Sa Majesté au dit pays; ne manquez pas de lui donner toute l'assistance dout il aura besoin pour maintenir l'établissement que le dit de la Salle a fait ait dit Fort.. A l'égard des murailles que vous proposez pour faire bâtir la Tour, Sa Majesté n'estime pas que cette dépense soit nécessaire. 6" Vous trouverez ci-jointes trois ordon- nances ; la première, portant défenses à tous marchands et habitants de la Nouvelle-France de transporter aucuns orignaux, castors et autres pelleteries chez les étrangers. La seconde, pour défendre aux étrangers de faire aucun commerce des dites pelleteries au dit pays, et pour obliger les François q\ii iront négocier, de prendre des passeports et de donner caution de leur retour dans les ports du Eoyaume. Et la troisième, pour obliger ceux qui trai- teront des pelleteries dans la Baie d'Hudson, Ile Percée, et autres lieux de la Nouvelle- France, à l'exception de l'Acadie, de les porter à Québec, pour leur être payées et le quart retenu par les fermiers, ainsi qu'il est accoutumé, à l'exécution desquelles il est bien important que vous teniez aussi soi- gneusement la main. Vous trouverez ci-joint un édit pour la punition des François qui se retireront à Manatte, Orange et aux lieux appartenant aux Anglois, HoUandois, que vous ferez enregistrer au Conseil Souverain, après l'avoir communiqué à M. de la Barre. 1684— 14 avril LE MARQUIS DE SEIGNELAY AU SIEUE DUMOXT. A Versiiilles, le 14 avril 1684. Le Eoy ayant accordé au sieur de LaSallo le vaisseau le Joly, 'pour passer en Canada, avec deux cents hommes, dont cent seront levez à ses despens et cent autres aux despens de Sa Majesté, elle veut que vous fassiez pré- parer incessamment ce vaisseau, qui pourra estre navigué par soixante ou soixante-dix matelots, attendu le nombre d'ouvriers ou soldats qui seront employez aux grosses manœuvres. Sa Majesté a nommé le sieur Pingault pour commander ce vaisseau sous les ordres et de concert avec M. de LaSalle, qui se rendra incessamment à Eochefort. Ne manquez pas de choisir parmi les anciens gardes de la marine huit des plus sages et qui ont la meilleure réputation de courage, pour s'embarquer sur ce vaisseau. Vous trouvères cv-joints copie de l'ordre qui a esté donné au munitionnaire général des armées navales, de fournir pour six mois de vivres aux hommes qui seront embarquez sur ce vaisseau, et au trésorier de fournir le fonds nécessaire pour la levée des soixante- dix matelots. LE MARQUIS DE SEIGNELAY AU SIEUR ARNOUL 217 Vous trouverez aussy cy-joint un estât des marchaudises et munitions ijui doivent estre embarquées sur ce vaisseau. Ne manqui5s pas de les préparer et de me faire sçavnir si le tout est il présent dans les magasins de Rocliefort. 1684— 17 juin EXTRAIT D'UNE LETTRE DE M. DE SEIGNELAY AU SIEUR ARNOUL. A Versailles, le 17 juin lfi84. Le Roy a reçu, avec les lettres du sieur Arnoul, des 11 et 30 may et 5 juin 1684. Et Testât des personnes pour lesquelles le sieur de La Salle demande la table dans le vaisseau le Joly. Il faut qu'il presse le sieur de La Salle de partir le plus prompteinent qu'il se pourra, et, sur ce qu'il représente qu'il n'a de vivres que pour six mois et qu'ils ne peuvent suf- fire, Sa Majesté veut que le dit sieur Arnoul en fasse foiu'nir pour neuf mois par le muni- tiouuaiie général des armées navales ; et comme son intention n'est pas d'augmenter le nombre des bastiments, au lieu de porter des deurées pour les rations que l'on a cons- tume de donner aux matelots, elle estime qu'il vaut mieux des farines et des eaux-de- vie, qui sont de peu d'encombrement et qui ne laisseront pas que de pouvoir servir à la subsistance des équipages au moins pour les trois derniers mois. Sa Majesté veut qu'il fasse fournir par le dit munitionnaire deux rations pour chacun des P. RecoUect, pareille quantité pour les volontaires et autant pour le commis et secré- taire. Ainsi, il n'y aura que deux cajjitaines, trois lieutenans et le sieur Minet qui mange- 28 ront avec le sieur de Beaujeu. Il doit liiy dire qu'il ne se mette point en peine et que Sa Majesté donnera une gi-atification extra- ordinaire à son retour pour les frais qu'il aura faits pour cela. Elle est fort surprise de l'extrême retarde- ment qui a esté apporté aux levées de soldats qu'il a eu ordre de faire. Il doit les faire achever prompteinent, surtout finir celles qui regardent le sieur de LaSalle et le Canada, et ensuite il pourra continuer celles qui sont pour le port. La proposition qu'il fait de faire servir d'engagez pour le Canada ceux qui se trou- veront trop petits, est bonne, et il doit tenir la main à ce qu'elle soit exécutée. 1684 — 17 juin LE MARQUIS DE SEIGNELAY AU SIEUR DE DEAUJEU. Versailles, le 17 juin 1684. J'ay veu par vostre lettre du 30 may ce que vous m'escrivez au sujet du commande- ment. 11 faut ([ue vous n'ayez pas bien com- pris les ordres que je vous ay donnez, n'y ayant aucun rapport de ce qui vous regarde avec ce qui .se doit paisser à terre, et vous ne devez point vous estonner de ce que le sieur de La Salle ayt le commandement de tout ce qui se doit faire en ce voyage, et principale- ment de ce qui regarde la terre, puisque c'est luy qui a fait la descouverte et qu'il est accoustumé avec les sauvages du pays. Ce commandement ne doit vous faire aucune peine, puisqu'il ne diminue eu rien la consi- dération que le Roy a pour vos services ; et, au contraire, c'est un moyen pour l'augmen- ter d'un nouveau mérite auprès de Sa Majesté pourveu que vous vous mettiez dans la teste d'apporter toutes les facilitez qui dépendront 218 LE MARQriS DE SEIGNELAY AU SIEUR DE LA SALLE de vous et de n'avoir aucuii chagrin sur ce qui regarde le commandement, parcequ'au- trement il n'y aurait rien qui peust faire eschouer si certainement cette entreprise. A l'esgaixi du sieur Tonty, c'est la mesme chose que ce qui regarde le dit sieur de La Salle, et il u'y a que la nécessité du service qui oblige de l'employer, et pour ce qui est du commandement à terre, vous n'y devez pas penser, parceque vous ne devez jamais quitter vostre vaisseau. 1084 17 juin LE MARQUIS DE SEIGXELAY AU SIECK DE I,A SALLE. A Versailles, le 17 juin 1684. Pour response à la lettre que vous m'avez escrite le 30 du mois passé, je suis estonné que vous ayez esté si longtemps à vous rendre à Eochefort. Il est bien important que vous vous mettiez en estât de partir promptement pour l'exécution des choses dont je suis convenu ayec vous. Je donne ordre au sieur Arnoul de faire fournir par le munitionnaire général des armées navales pour neuf mois de vivres à l'équipage du vaisseau le Jobj ; et comme le Eoy ne veut point augmenter les deux basti- mens, au lieu de la ration que l'on a coutume de donner aux matelots, Sa Majesté veut que le dit sieur Arnoul fasse embarquer des farines et eaux-de-vie, qui sont des choses de jjeu d'encombrement et qui ne laisseront pas de servir à la subsistance des équipages au moins pendant les trois derniers mois. A l'esgard des hommes dont vous avez besoin pour l'entreprise dont vous estes chargé, c'est à vous de faire vos diligences pour en a^oir le nombre nécessaire ; surtout il faut que vous vous mettiez en estât de partir' incessamment. 1684 — 23 juin LE MARQUIS DE SEIGNELAY AU SIBUK ARNOUL. A Versailles, le 2.3 juin 1684. Le Roy a reçu, avec les lettres du sieur Arnoul, des 11 et 13 juin 1684: ... L'état des rations nécessaires pour l'ar- mement du Joly. Sa Maj '.îté attend avec impatience des nouvelles du départ de ce vaisseau, estant important qu'il mette promptement à la voile. Elle trouve que les ordi-es qu'elle a donnez sur ce sujet n'ont pas esté exécutez avec la diligence nécessaire, principalement ce qui regarde la levée des soldats, qu'on luy escrit n'estre que des enfanst ou des gens peu pro- pres à servir. A l'esgard des 5000 livres restant des 10 promis au sieur de La Salle, il peut assurer les marchands et ceux av&c qui il traitera qu'ils seront payez au commencement de l'année 1685. Il ven-a, par la copie de l'ordre qui a esté donné le 23 mars dernier au munitionnaire général des armées navales, le nombre de rations qu'il doit fournir pour la subsistance de l'équipage du dit vaisseau, et, parla lettre qu'elle luy a escrit le dernier ordinaire, le sieur Arnoul a eu ordre d'en faire fournir pour neuf mois. Il doit tenir la main à ce que cela soit ponctuellement exécuté, et, outre cette quantité de vi\res. Sa Majesté veut qu'il en fasse fournir pour trois mois, outre les six que le dit munitionnaire de voit livrer aux cent soldats que le dit sieur de La Salle a fait lever en son particulier ; surtout elle luy recommande de faire partir ce vaisseau le plus promptement possible. LE MAEQUIS DE SEIGNELAY ET LES LETTRES DU CANADA 219 1684— 30 juin LE MARQUIS DE !SEHJ>'ELAY AT SIEUIÎ AltNOlI.. A Versailles, le :in juin ltiS4. Le Eoy a reçu, avec la lettre du sieur Arnoul, du 20 juin 1684 Sa Majesté ue doute point que le vaisseau le Joly ne soit prest de mettre à la voile à présent, et comme elle apprend qu'il a fourny tous les vivres qui estoient nécessaires pour le départ de ce vaisseau, il a prévenu seule- ment ce qui luy a esté ordonné sur ce sujet par ses dernières lettres. Sa Majesté a apjrtis avec peine que les soldats qui ont esté levez pour le sieur de La Salle estoient fiirt mauvais et peu en estât de servir. Il doit bien prendre garde que ceux qui sont destinez pour le Canada ne soient de mesme, et comme ils doivent estre employez dans un service difficile, dans lequel il faut des gens vigoureux ei hardis, il est à craindre que le service de Sa Majesté reçoive beaucoup de préjudice du mauvais choix qui en a esté fait. Cependant, il doit faire scavoir s'il n'y auroit point de tromperie dans la levée que l'on fait de ces soldats, et si on leur explique, suivant les ordres qui ont cy-devant esté donnez, les lieux pour lesquels ils sont destinez. 16S4 — 31 juillet LETTRE DU MARQUIS DE SEI(i>'ELAY A M. BARILLOX, A.MBASSADEUR A LON'DRES. Versailles, le 31 juillet 1684. Monsieur, Le Roy a été informé que M. de la Barre, Gouverneur et Lieutenant Général pour le Roy, en la Nouvelle France, a été obligé de déclarer la guerre aux Iroquois, et comme il n'y a rien qui pust empescher de terminer promp- tement cette guerre à l'advantage de la Colo- nie Françoise que les secours d'hommes, d'armes et de munitions qui pourroit être donnés à ces Sauvages par le commandant Anglois à Baston, le Roy m'ordonne de vous écrire que son intention est que vous fassiez des instances à M. le Duc d'York pour obte- nir des défenses précises à ce Gouverneur de donner aucuns secours à ces Sauvages, mais au contraire d'agir de concert et avec une entière correspondance avec le dit sieur de la Barre dans tout ce qui sera du commun advantage des deux nations. Il sera bon que vous retiriez un duplicata de ces ordres, afin que je puisse l'envoyer par un vaisseau qui doit partir incessamment de la Rochelle. Je suis, etc., etc. 1684_13 et 14 novembre LE MARQUIS DE SEIGNELAY EXTRAITS DU RÉSU.MÉ DES LETTRES DE CANADA. M. de la Barre, Envoie un procès-verbal de ce qui s'est passé dans le voyage fait contre les Iroquois. N'a point voulu engager les choses qu'à coup sûr. S'est servi de l'avantage de sa marche pour faire une paix qu'il croit durable. On ne peut réduire les Iroquois, si le Roi d'Angleterre n'envoie des ordres précis à ses gouverneurs de la Nouvelle-York de ne les point secourir, ni recevoir, ou si le Roi n'ordonne de porter la guerre dans son pays. Cette guerre ne peut se terminer qu'en plusieurs années, les Anglois ayant un corps très grand de troupes et de sauvages et non de milice. Le gouverneur Anglois a offert aux Son- nontouans 400 chevaux et 400 fantassins. A fait planter les armes du duc d'Yorck dans les bourgs. 220 LE MARQUIS DE SEIGNELAY ET LES LETTRES DU CANADA A défendu d'entrer en aucune conférence avec lui, LaBarre. Cela a servi à presser les Sauvages de con- clure. Il prétend aussi que tout le pays de la rivière de Saint-Laurent au sud, sud-ouest, appartint à son maître. Comprend en cela tout le pays des Iroquois, celui des Lacs Ontario, Erié, Huron et Michi- gan. La colonie a besoin de repos pour retirer les pelleteries retenues par la guerre chez les Outawas. Pour entreprendre la guerre ii faut amasser beaucoup de vivres au Fort de Frontenac et bien du tems pour les y porter. N'estime point qu'on y puisse penser pour l'année 1685. A résolu de monter au dit fort ce prin- tems, d'aller par le Lac Outaiio reconnaître les Iroquois et disposer toutes choses pour l'exécution des ordres que le Roi enveiTa. Pour faire la guerre avec succès il faut décider ce qui regarde les Anglois, envoyer de bous soldats et des officiers expérimentés. Sur les préseus des Iroquois. Ils ont été achetés et faits en présence de l'Intendant et il a suivi en cela l'usage qui est que celui qui passe pour chef fasse manuellement ces pré- sens. Est peu satisfait des levées faites à Roche- fort. — 2" Fort de Frontenac. N'a point dépouillé de la S. die du Fort de Frontenac. Sur son placet et à sa prière il y a rais un sergent de la garnison de Québec qui a fait inventaire de tout. Le dit fort étoit alors tout ouvert et a été rendu à la Forêt en bon état avec deux redoutes revêtues et trois courtines, deux barques qui ont coûté 10 raille livres et grand nombre de bestiaux. Envoie pour le prouver un acte écrit par un jésuite de la mission du Sault. Si la découverte du dit LaSalle réussit, le Canada et la ferme du Castor seront ruinés avant trois ans. Le chevalier de Baugy a bien défendu le fort St-Louis des lUinois, doit le remettre à Tonty et revenir à Quebeck sans traitter. Les Iroquois ont levé le siège après avoir perdu beaucoup de monde. 168.T— 18 février LE MARQUIS DE SEIGNELAY EXTRAITS DU RÉSUMÉ DES LETTRES REÇUES DU CAXADA A Versailles, le 18 février 1685. A M. de la Barre, Le Roi ayai)t nommé M. de DenonviUe en sa place, Sa Majesté veut qu'il s'embarque pour revenir en France. Au sieur de Meules, ■Je lui donne avis du choix du sieur de Denonville qui est un officier très estimé. Que Sa Majesté a beaucoup de confiance en lui. Qu'il y a beaucoup lieu d'espérer qu'il remettra les affaires que le sieur de la Barre a comme abandonnées dans la paix honteuse qu'il vient de faire. Que l'abandon des Illinois a fort déplu à Majesté, et c'est ce qui l'a déterminé à rappeler le dit sieur de la BaiTe. Le dit Denonville counaitra par lui-même l'état des affaires et il aura pouvoir de con- firmer la paix ou de faire la guerre, suivant qu'il l'estimera convenable au service de Sa Majesté et au bien du pays. Elle veut que le dit DeMeiile se fasse une application prin- cipale de l'informer exactement de tout ce qui peut être bon pour la Colonie. Je lui fais remarquer le tort qu'il a eu de ne pas suivre le sieur de la Barre dans son expédition. LE MARQUIS DE SEIGNELAY À M. BARILLON 221 Qu'il ne doit pas manquer daus de pareils occasions d'aller lui-même donner ordre à tout ce qui regarde la subsistance des troupes et la facilité des entreprises. Qu'il remettre un mémoire au dit sieur de Denonville des désordres du Canada et des moyens d'y remédier. Le dit sieur de Denonville fera savoir au Roi ses sentiments sur le mérite des offi- ciers. Sa Majesté veut qu'il rende justice à M. de LaSalle à l'égard du Fort de Frontenac sur ce qui pourra lui appartenir en cas qu'on le prenne pour son service. Les présens qui se font aux Sauvages dans les occasions doivent être faits par les ordres du Commandant et avec la participation de l'intendant. Je lui renvoi la requête des liobitans de Montréal et lui écrit d'expédier une ordon- nance pour empêcher le commerce qui se fait an bout de l'Isle et pour rétablir la foire à Montréal. Je lui demande la liste des gentilhomraes de Canada et le mémoire sur lequel ils fondent leur noblesse. Je lui envoie un arrêt pour leur f)ermettre de faire commerce, même en détail, sans déroger. Sa Majesté veut bien faire recevoir tous les ans deux fils des dits gentilhommes dans les gardes de la marine. Sa Majesté a accordé 1000 livres aux ouvriers qui montreront à travailler aux filles des sauvages. Je l'excite à perfectionner cet établissement et faire en sorte d'établir l'usage des mariages entre elles et les François. M. BARILLOX Le Roy a appris que le gouverneur de la Nouvelle- Yorck au lieu d'entretenir avec le sieur de la Barre, gouverneur de Canada, une bonne correspondance, suivant les ordres du roy d'Angleterre, a fait ce qu'il a jiu pour empêcher les Iroquois de s'occommoder avec lui.. Qu'il leur a offert des troupes contre les François et qu'il a foit planter des étendards dans leurs bourgs, quoiqu'ils aient été soumis à la France depiris que leurs terres ont été découvertes par les François sans que les Anglois s'y soient opposés. Sa Majesté veut qu'il en porte ses plaintes au dit Roy et qu'il lui demande des ordres précis pour obliger ce gouverneur à tenir une autre conduite avec M. de Denonville choisi par Sa Majesté pour succéder au dit sieur de la Barre. 1685 — 10 mars LETTRE DU MARQUIS DE SEIGXELAY A M. BARILLON, AMB.ISSADECR A LONDRES. A Versailles, le 10 mars 1685. Monsieur, Le Roy a appris que le gouverneur de la Nouvelle-Yorck, au lieu d'entretenir une bonne correspondance avec le sieur de la Barre, gouverneur de Canada, suivant les ordres du feu Roy d'Angleterre, a fait ce qu'il a pu pour empêcher les Iroquois de traiter avec lui, qu'il leur a offert des troupes pour servir contre les François, et qu'il a fait planter des estendarts dans leurs bourgs, quoique ces nations ayent toujours été sou- mises à la France depuis que leurs ten-es ont été découvertes par les François, sans que les Anglois s'y soient opposés. Sa Majesté veut que vous en portiez .ses plaintes au Roi d'An- gleterre et que vous lui demandiez des ordres précis poiu- obliger ce gouverneur a se con- tenir daas les limites de son gouvernement et à tenir uue autre conduite avec le sieur de Denonville choisi par Sa Majesté pour succé- der au dit sieur de la Barre. 222 EÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE 1685 — 12 novembre. NOTES DU MINISTRE AU SUJET DE PLUSIEURS LETTRES DE M. DE DENOXVILLE Je commencerai ma lettre en réponse à la sienne par les assurances que je lui donne de l'extrême satisfaction que le Eoi a de sa con- duite dans le commencement de l'établisse- ment. Je l'exhorte à continuer, et je suis persuadé que, continuant à agir avec d'aussi bonnes intentions et autant de sagesse, il mettra cette colonie sur un pied bien diffé- rent du passé et fera une chose agréable au Eoi et très utile a l'Estat. Bon. Il est bien important de conserver ce poste qui seroit très considérable en cas de guerre avec les Iroquois, mais il doit observer de ne rien faire contre les intérêts du sieur de la Salle qui eu est propriétaire et gouverneur, et qui d'ailleurs est employé pour le service du Eoy à la découverte des terres du côté du Mexique. Qu'il lui donne donc toute sorte de protection eu l'obligeant cependant d'obéir à ses ordres comme les autres gouverneurs. J'ai vu ce plan et ce qu'il m'écrit sur ce fort. Je ne puis assez m'étonner de l'ignorance de ceux qui l'ont brûlé puisqu'ils pouvoient en se retirant de quelques toises occuper tout l'espace qui est entre les deux parties du Lac, faire passer devant eux une branche de ce lac et empêcher qu'on ne put les attaquer par le derrière qui ne me paroit pas hors d'insulte. Il sera très bon avec le tems de fortifier ce poste sans cependant y rien faire autre chose que le mettre hors d'insul- tes et en état de protéger l'endroit du mouil- lage des barques, n'y ayant rien à craindre de la part des Iroquois quand on sera à cou- vert du coup de main. Une autre fois il pourra voir cette Ile, cependant la difficulté de l'aborder à cause A fait un voyage à Cataraquoi. Le sieur de la Forrest qui y commande de la part du sieur de la Salle lui ayant demandé permis- sion d'aller chez les Illinois pour les affaires du dit sieur de la Salle, il a mis à sa place sieur d'Orvilliers avec sa compagnie, ce poste lui paraissant de très grande importance. L'on verra par le plan qu'il envoyé le méchant état où est le fort comme il (pour- roit) être mieux situé ; et ce qu'il y auroit à faire pour mettre les barques que l'on envoie à l'abri du feu ennemi. On l'a assuré que l'île de la Forêt qui est voisine d'une lieue de ce fort dans le lac RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE 223 des vents dont il écrit, doit faire préférer le poste de Catarac^uoi, bien que le terrain soit moins fertile que celui de l'Ile. Ce sera apparemment de ce poste qu'il com- mencera la guerre aux Iroquois, en cas qu'il ne puisse se dispenser de leur faire, et ce sera une grande facilité pour la terminer bientôt, que ce qu'il dit que la plupart des Iroquois passent à portée de ce Fort au retour de leur chasse, parce qu'il sera aisé de prendre une conjonctuie favorable pour les attaques au dépourvu ainsi qu'ils ont fait plusieurs fois à l'égard des François. Cependant Sa Majesté se remet à lui de faire à cet égard ce qu'il jugera plus convenable, et tenant toujours dans le principe qui lui a été expliqué qu'il faut, par rapport au bien de la colonie, éviter la guerre autant qu'il sera possible avec sûreté et en maintenant la crainte que les Iroquois doivent avoir des François, mais s'il faut la faire, il est nécessaire de prendre de bonnes mesures pour exterminer promptement les Iroquois et éviterer de tirer la guerre en longeur. Bon. Le Roi se remet à sa prudence pour la con- duite qu'il tiendra à cet égard. Ontario est plus fertile et qu'il y a une anse où les barques pourroient être k couvert des vents qui sont effroyables. Il n'a pu voir cette île à cause des vents qui avoient agité leur lac, mais il ira à la première occasion. Le poste de Cataraquoi est de très grande importance comme l'on pourra voir dans le mémoire de l'état présent du Canada qu'il envoie. Trois des villages Iroquois passent à portée de ce fort pour aller et retourner de leurs chasses. Il n'y a rien de jilus important que de soutenir les alliés des François que les Iro- quois n'insultent ces nations, et si j»our leur L'on doit s'attendre à la guerre avec les Iroquois, et si on ne leur déclare pas, ils la déclareront après qu'ils auront fait leurs efforts pour se défaire des sauvages amis des François. Quoiqu'ils soient d'une grande insolence, il se ménagera avec eux en attendant une occasion fa^•orable pour se déclarer. Un nommé Acoutache qui est d'entre les Outawas leur a dit que lui DenonviUe se pré- paroit à les attaquer, ce qui les a alarmés. Les Onontagués lui ont promis de les venir trouver au mois de juillet et il tachera d'y attirer cet Acoutache pour le faire an-êter et en faire un exemple. Il recevoit des lettres du Père Lamberville, missionnaire, portant que les dits Iroquois sont rassurés, de manière qu'il ne croit pas qu'ils songent à déclarer les premiers. Ce père lui marque qu'ils ont envoyé quel- ques gens en guerre contre les Illinois et autres nations alliées des François. L'on ne manquera point de raison pour rompre avec eux quand on voudra, et il est même impossible de se dispenser de leur 224 RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE défense ils falloit faire la guerre aux Iroquois, ils vaudroit mieux s'y engager que de laisser détruire des Xations qui sont celles avec les- quelles on peut contenir le commerce. Il est très important d'empêcher ce com- merce, étant certain que la colonie du Canada périra entièrement si on n'empêche pas les mauvaises intentions des Anglois et des Hol- landois qui la serrent de tous côtés et ont une attention continuelle à s'emparer de son commerce. Il a très bien fait d'envoyer ces canots pour empêcher le passage des Anglois, mais s'il pouvoit arrêter quelqu'un de ces déserteurs françois, il seroit bien important d'en faire une prompte et exemplaire justice. Le Roy se remet à lui de faire ce qu'il estimera plus convenable, mais qu'il observe de ne s'engager pas en grande dépense, et d'envoyer, autant qu'il pourra, la description du pays et les plans des lieux. Il aura dessein d'établir des postes à l'avenir, qu'il observe aussi qu'il ne faut point dans une colonie nouvelle avoir tant de postes à garder parce que cela sépare les forces du pays et qu'ainsi il faut précisément s'en tenir à ce ■qui est nécessaire pour le maintien et aug- mentation du commerce et pour la sûreté des habitants. Bon. Il donne l'ordre de l'envoie de ces 300. Je donne ordre pour le paiement, mais comme il marque que ce n'est qu'en avance, ils seront donnés à compte de l'argent qui doit être remis en Canada, sauf à en recou- faire la guerre, vu qu'ils sont trop tiers et qu'ils ne tiennent à rien de ce qu'ils ont pro- mis par leur dernier traité. Us doivent venir le trouver cette été. Envoie un mémoire des choses nécessaires pour faire la guerre, et un autre de ce qui est dans les magasins. Le sieur d'Orvilliers lui a écrit qu'un de ses soldats revenant des Onontagués, y con- duire un jésuite, a vu onze canots anglois, chargés de marchandises, pour aller en traite aux Sonuontouans, conduits par des déser- teure françois. Comme il est nécessaire d'empêcher ce commerce, il doit envoyer au dit sieur d'Orvilliers quelques canots dont il se servira avec ses barques pour courir sur le lac, et tâeljer de saisir les dits François et Anglois. Si on ne remédioit promptemeut à cela, le commerce de Canada seroit perdu. Il faudra établir ini bon poste à Niagara, après avoir battu les Sonuontouans, et un autre fort sur le lac Erié, pour la sûreté des barques qu'il y faudra faire construire, et ainsi l'on tiendra les Iroquois en bride. Il a trouvé des anciennes troupes sur un assez méchant pied, mais il y remédiera. La plupart des compagnies sont sans armes. II leur a distribué les 600 fusils qu'il a apporté. Les 300 qui doivent être envoyés cette année seront distribués aux habitants. Il prie de les envoyer incessamment. Il seroit à propos de donner des armes aux Illinois, le sieur Tonty les paieroit, ainsi le Roi en feroit que l'avance. A fait marché avec le nommé Azur (Hazeur) pour la fourniture des dits fusils. Il s'oblige de les rendre à Québec à 10 li\Tes pièce, monnoie de France, suivant le EÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENON VILLE 221 vrer les avances pour einploviT le fond à ce à quoi ils seroient destinas suivant l'Etat. Képond-u. En écrire précisément à M. de Tonty. Cette une prétention ridicule du dit Tonty et je lui en écris fortement, l'intention de Sa Majesté étant de conserver aux François la liberté d'aller trafiquer chez les Illinois. II ne faut point penser à obliger les peu- ples à ces transports par corvées, et il vaut mieux qu'il en coûte un peu davantage au Roy que de fatiguer et de dégoûter les habi- tans en les éloignant de leur travail et de leur commerce. Le Roi ne veut point donner de comman- dement général du pays, et d'ailleurs il faut que M. de CaUières mérite cette distinc- tion par des plus longs services. C'est à lui à y mettre ordre et c'est une des choses en quoi sa sagesse et son applica- tion pourront être plus utiles à cette colonie. 29 modèle qu'il en a. Comme ce n'est qrt'une avance, supplie d'en ordonnei' le paiement à LaRochelle entre les mains du sieur Grognon, marchand. On l'a averti que le sieur de Lasalle ne prétend pas que le commandant de son fort reçoive les ordres de lui Denon ville. Demande les intentions là-dessus. De quelque manière que l'on décide, il est de service d'ordonner au ilit sieur de Tonty de marcher avec le dit sieur de La Forest à la tête des Sauvages où il lui ordonnera. Tâchera de faire revenir les François qui disent avoir ordre de M. De La Barre d'aller aux Outaoua.s-. Le dit sieur de Tonty ne veut pas permettre aux François d'aller en traite du côté des Illinois. Demande si le Roi a donné tout ce pays à M. de Lasalle. 11 se loue extrêmement de la conduite du chevaher de CaUières. Il a cherché avec le sieur de CaUières les moyens de diminuer les dépenses de la voiture des vi\res à Catara- quoy, mais il n'y en a point que celui de com- mander le peuple ce qui le fatigueroit extrê- mement et le ruineroit. Il a augmenté le gouvernement du dit sieur de CaUières et il lui a donné un ordre pour commander aux troupes et habitans suivant le mémoire qu'il envoie. Propose de donner le commandement général du pays sous lui au dit sieur de Cal- lières, vu que s'il venoit à manquer il y aurait bien du désordre et de la confusion jusqu'à ce qu'il y eut un nouveau gouverneur. Al'TRE EXTRAIT Les jeunes gens du Canada sont si mal élevés que dès le moment qu'ils peuvent porter un fusil leurs pères n'osent plus rien leur dire. Comme ils ne sont pas accoutumés au travail et qu'ils sont pauvres, ils n'ont d'autres ressources pour vivre que de courir le bois où ils font une infinité de désordres. Il se servira de toute son autorité pour les 226 RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE Il n'y a rien de plus important que d'atti- rer les sauvages à vivre parmi les François, mais il faut que ce soit pour les instruire à la religion, pour les porter à prendre nos manières et non pas corrompre la jeunesse de France et la faire vivre comme les sauvages. Je suis persuadé que lui qui a des sentiments si droits sur la religion fera tout ce qu'il pourra pour empêcher ce désordre. 11 ne faut point l'augmenter. Il n'y a rien de pins important que de les obliger a travailler et il faut faire en sorte d'établir les manufactures qui conviendront au pays. J'en ferai parler au sieur Brunet, mais il faudroit que je susse à quel prix les Anglois châtier et n'exercera à cet égard qu'une jus- tice militaire. Il tâchera surtout de suppri- mer un abus qui se pratique dans la débauche qui est de se mettre tout nus à la manière des Sauvages. La vie de ces sauvages a beau- coup d'attroit pour ces jeunes gens qui suivent tous leurs mouvements. Il a remarqué que bien loin que les sauvages s'instruisent de la religion et des bonnes mn'urs, il ne s'attache qu'à ce qu'il y a de mauvais parmi les François et qu'à moins de les assembler dans des bourgs l'on ne peut les faire vivre dans l'ordre. Il est beaudoup édifié de ceux qui sont établis dans les bourgs de Sillery, Lorette, du Sault, La Prairie et de la Montagne de Montréal. Il examinera les moyens d'occuper la jeunesse du dit pays dans son bas âge. La noblesse de Canada est ce qu'il y a de plus gueux et en augmentant le nombre c'est multiplier le nombre de fainéans. Les fils de conseillers ne sont pas plus laborieux que les autres jeunes gens. 3' Extrait. Les Canadiens sont tous grands, bienfaits, robuste et vigoureux et accoutumés à vivre de peu. Les femmes et filles y sout assez paresseuses faute de menus ouvrages. 4' Extrait. Donnera toute sa protection à l'agent des fermiers. Cet agent prétend obliger tous les marchands et les canoteurs de porter leurs pelleteries au bureau à leur arrivée sans les garder chez eux afin d'éviter qu'on ne les fasse passer en France ou chez les Anglois. Les dits marchands disent que si cela a lieu l'on ruinera le commerce en ce que leurs pelleteries allant au bureau passent par plu- sieurs mains et sont sujettes à être diverties. Les anglois donnent leur poudre à meilleure marché que les Français, ce qui fait que les EÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE 227 donne leur poudre, afin d'examiner avec le dit sieur Brunet s'il peut les donner au même prix, lui écrire de venir me parler sur ce sujet. Bon. Qu'il y tienne la main. Il n'y a d'inconvénient à permettre ce commerce que celui qui poun'oit arriver de la communication avec les étrangers qui leur donneroit peut-être moyen de tirer du cas- tor et d'autres pelleteries sous prétexte du commerce du blé, mais en tenant exactement la main à ce que cela n'arrive pas, le Eoy veut bien peimettre pendant un an cette traite du blé, sauf à l'interdire dans la suite si on reconnaissoit que cela ne fut pas avan- tageux à la colonie. Bon pour le gouverneur, non pour l'Inten- dant. sauvages les vont chercher chez les Anglois et leur portent les castors qu'ils ont. Si M, Brunet vouloit se relâcher sur cet article ce seroit un bien pour le pays. A trouvé à Montréal à son retour de Cata- raquoï des marchands anglois qui croyoient enlever le castor comme par le passé, mais ils s'en sont retournés comme ils étoient venus. A tait connaître à tous les marchands les intentions du Eoy sur ce sujet. Des marchands anglois lui ont proposé de venir chercher des gi-ains à Québec et quoique le pays en désire le débit pour les enchérir, il n'a pas cru devoir accorder cette permi.ssion sans ordre. Il y aura beaucoup à gagner, car les mar- chandi.9€s des Anglois sont à meilleur marché qu'en France. 5' Extrait. Tiré des lettres de Mgr de St-Vallier. Demande si dans les Prônes le curé doit traiter le curé et intendant de Monseigneur, et si dans les lettres que les ecclésiastiques leur écrivent, ils en doivent user ainsi. Représente aussi M. de Denonville que la plupart de la jeunesse du Canada est entière- ment corrompue ; qu'il y a des hommes mariés qui ont avec leurs femmes des Sau- vagesses dont ils abusent publiquement et qu'il se commet par les jeunes gens et autres François qui se réfugient dans les bois des crimes épouvantables. S'il croyait que ses lettres ne fussent vues de personne, il écriroit les choses dans un plus grand détail. Pour remédier à ce mal il seroit nécessaire de mettre tous les sauvages en des missions réglées. Cela le regarde, mais il doit être secouru pour faire une pareille entreprise. 228 RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE Se remettre à ce que lui et M. de Denon- ville estimeront nécessaire pour empêcher les désordres et l'assurer pour cela de la protec- tion du Roy. Il faut remettre le fonds pour le mariage de ces 6 sauvagesses à 50 livres chacune. Cela est très bon. 1686 BÉFONSES Sa Majesté a été bien aise d'apprendre qu'il n'y ait aucun religionnaire en Canada et qu'il ait converti les soldats qui étaient encore de la R. P. R. Quelques crimes que les Sauvages com- mettent ils demeurent impunis, et puisqu'ils vivent parmi les françois ils doivent être sujet aux mêmes lois. Il est aisé de les mettre sur ce pied là et ils ne se détruiroient point les uns les autres, s'ils voyoient qu'on punit leurs crimes. Ils viendroient même parmi les françois en plus grand nombre. Cinq ou six sauvagesses qui sont sorties depuis quelques années de pensions chez les Ursulines n'ayant pas de quoi se marier. On avoit autrefois destiné un fonds de mdle écus pour les mariages si on en a changé d'emploi à l'égard des françoises, il ne croit jias qu'on l'ait conservé pour les sauvagesses. Il pourroit aussi faire un établissement de maistres d'écoles qui coûtent trop à faire venir de France. Des pau^Tes l'accaljlent et lui demandent de quoi se couvrir. Les suites de cette pauvreté sont fâcheuses, les enfants étant obligés de coucher ensemble, dont il arrive des desordres épouvantables. Comme ils n'osent pas paroître en cet état les enfants ne sortent pas de leurs maisons surtout pendant l'iùver, et de cette manière ils demeurent sans instruction. M. de Denonuille croit ne pouvoir pas mieux employer quelques congés qu'en don- nant le moyeu à ces pauvres pour s'habiller. RÉSUMÉ DES LETTRES ÉCRITES EX 1686 M. DE DENONVILLE Reliijion Il n'y a aucun habitant de la religion pré- tendue réformée. Il y avoit quelques soldats seulement dont la plupart ont fait abjuration. Si on leur donnoit quelque petite gratification, cela feroit bon effet. EÉSUMÉ DES LETTKES DE M. DE DENON VILLE 229 Sa Majesté, après avoir bien examiné les raisons portées par ses lettres, convient avec lui de la nécessité de faire la guerre aux Iroquois, et pour cet effet elle a donné depuis longtemps des ordres nécessaires pour la pré- paration des troupes, armes et munitions et autres choses dont il aura besoin pour la faire avec avantage ; Elle attend de sa bonne con- duite et de sa valeur un succès heureux de cette entreprise et lui recommande seulement de ménager avec une telle économie les fonds qu'EUe a fait et dont je lui donne part, qu'ils puissent suffire pour mettre fin à cette guerre. Sa Majesté a approuvé ce qu'il a fait en cette occasion, mais il doit prendre garde que les soldats connaissent la facilité avec laquelle on leur pardonne un pareil crime et ne pren- nent plus facilemaut la liberté de déserter. J'écris à M. de Barillon de faire des plaintes du procédé du Colonel Dongan, et j'en donne avis à M. de Denonville. Je lui fais part aussi du traité de neutralité et des ordres que le Roi d'Angleterre a donnés pour le faire exécuter dans les pays de son obéissance, en Amérique, et je lui marque que ce traité étant connu par le colonel Dongan, Sa Majesté est persuadé que cela mettra fin à toutes les entreprises qu'il auroit pu avoir. Il s'est réfugié h Manatte 50 ou 60 reli- gionnaires des îles de St. Chri.stophe et de la Martinique. Il en est aussi arrivé à Baaton quelques-uns de France. Nous sommes tombés dans un si grand décri parmi les sauvages non alliés que nous ne saurions plus nous en relever que i)ar quel- que avantage considérable contre les Iroquois qui travaillent à les débaucher. Un Huron nommé Escoutache, sous ombre de négociation, leur a livré 70 hommes de sa nation et 36 Outaouas dans la pensée de pro- poser ensuite la paix entre les Iroquois et ces 2 nations et y parvenir en rendant ces prison- niers. Les Pères Jésuites ont rompu ce pré- tendu traité ayant même porté ceux du village des Onnontagués, l'un des cinq Iroquois à dé.savouer cette action. Ces Onnontagués ont eux-mêmes ramené au fort de Catarakouy 5 soldats du dit fort qui avoient déserté et ont demandé grâce pour eux, ce qu'il n'a pas cru devoir refuser dans la conjoncture présente, et il a jugé à propos de dissimuler ce crime pour se conserver leur bonne volonté. Toutes les mauvaises intentions des Iroquoi.s viennent par les Anglois qui les font agir dans la pensée de nous détruire et de se rendre maître du pays. Le colonel Dongan les a assemblé à Manatte et leur a promis toute sorte de protection contre les François. Il leur a fait des présents pour les exciter à nous faire la guerre. II envoie même chez les sauvages nos alliés pour les unir aux Iroquois. On l'a assuré que ce colonel doit faire partir 150 Anglois dans le dessein d'attaquer le détroit du lac Erié qui est gardé par les François. Si cela an-ive il ne croit plus avoir à lien ménager avec eux et son sentiment 230 EÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE Je lui donne avis que Sa Majesté doit nommer incessamment des commissaires qui, avec d'autres que le Koy d'Angleterre doit aussi nommer de sa part, travailleront en exécution du dit traité de neutralité à termi- ner toutes les contestations qu'il peut y avoir entre les François et les Anglois sur les pays qui appartiennent aux deux Roys, dans l'Amé- rique. Sa Majesté ne sait pas en quoi consiste les prétentions de ce colonel, mais il est néces- saire qu'il fasse observer sa conduite parce que s'il contrevient aux ordres qu'il a reçus et qu'il recevra dans la suite pour maintenir la bonne intelligence entre les deux nations, Sa Majesté priera le Koy d'Angleterre de lui vou- loir ôter son gouvernement. Sa Majesté est persuadée de la nécessité qu'il y a de ne point tirer cette guerre en longueur et elle espère que par les bonnes mesures qu'il a prises, il la terminera dans le cours de l'année. Il lui marque qu'il sera en état de lui faire faire, avec le secours que Sa Majesté lui donne, savoir 800 soldats qu'il y a actuellement en Canada, et un pareil nombre qu'EUe lui envoie présentement, sans compter les habi- tans du pays et avec les armes et munitions nécessaires que Sa Majesté fait passer à Québec. A l'égard de l'argent je lui explique que des 168000 livres qu'il demande, j'en ferai employer en France 30000 à l'achat d'une partie des choses dont il a besoin. Et quant aux autres 138000 livres, monnoie de Canada, qui se réduisent à 103000, monnaie de France, je lui marque qu'il eu a été envoyé 50000 livTcs l'année dernière et que je lui fais remettre les 5800£) livres restantes. seroit d'aller droit à Orange les forcer dans leur fort et tout brûler. Les Iroquois sont eu parfaite union avec les Anglois depuis que M. de la Barre fut chez eux. Ils se mirent en ce temps sous leur protec- tion et les Anglois firent dresser des poteaux dans leur pays avec les armes d'Angleterre, quoique les François y aient eu des mission- naires les premiers et qu'ils ayent une infinité de titres incontestables des droits qu'ils ont sur ce pays. Le colonel Dongan a éciit au supérieur des Jésuites qu'il lui donneroit toutes sortes de protection pourvu qu'il ne se mêlât que des affaires de la religion. Et à lui que Sa Majesté lui devait 25000 Uvres, et comme c'est un homme fort intéressé, il croit qu'on pourroit l'attirer, si on vouloit, avec de l'argent. Il n'y a rien de plus important que de ne point tirer la guerre 'en longueur et de la terminer s'il se peut cette année. Il lui faudroit pour cela 1500 hommes de troupes réglées avec les munitions et l'argent qu'il demande montant à 168,000 livres. En cas qu'on ne puisse pas terminer la guerre en une année. Il seroit à désirer au moins qu'il put attaquer dans la première campagne les 2 plus gros villages des Iro- quois et hiverner dans leur pays, pour les empêcher de venir rétablir pendant l'hiver ce qu'on auroit détruit en été. Cela est aussi nécessaire pour empêcher qu'ils ne viennent attaquer les habitations de la Colonie qui sont extrêmement éloignées les unes des autres et hors d'état de s'entre secourir. RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENONVILLE POSTE DE NIAGARA 231 Sa Majesté approuve qu'il fortifie ce j)oste, mais elle est bien aise de lui faire observer, à l'égard de tous les forts qu'il propose de faire, qu'il est nécessaire qu'il prenne garde de ne pas trop se charger de dépenses en même temps. Et pour cela je lui fais remarquer deux choses essentielles auxquelles il doit être attentif. La première de ne faire qu'un fort toutes les années à commencer par les plus pressés, et la deuxième de n'y faire que des fortifications légères pour parer un coup de main, n'ayant à faire à aucune puissance qui soit capable de faire un siège, de sorte qu'une simple muraille percée de créneaux avec un fossé médiocre et des palissades au dehors sont les seules fortifications qu'il doit admettre en ce pays-là. A l'égard des ouvriers, il s'en trouvera plusieurs parmi les soldats, mais il ne doit pas faire de difficultés de faire tra- vailler ceux du pays en leur fournissant ce qui est nécessaire pour leur subsistance, n'étant pas à propos dans une conjonc- ture comme celle-ci de souffrir qu'ils se prévalent du besoin qu'on peut avoir d'eux. Cependant j'écris au sieur de Mauclaire de chercher 4 ou 5 maçons et 20 manœuvres pour les envoyer eu ce pays et je lui manj^ue de faire en sorte de leur faire prendre partie dans les troupes. Sa Majesté approuve les mesures qu'il a prises pour la campagne prochaine, et elle n'a rien à ajouter si ce n'est que dans la suite de cette guerre, il pourra faire plusieurs Iroquois prisonniers. Elle veut qu'il fasse en sorte de les garder jusqu'à ce qu'il puisse les faire passer en France, estimant qu'Elle pourra s'en servir sur ses galères, et il pourra même envoyer, par le retour des vaisseaux qui por- teront les soldats, ceux qui auront été pris avant le départ de ces vaisseaux. Aussitôt que la guerre sera déclarée, son intention est de fortifier le mieux qu'il pourra le poste de Niagara qui est d'une extrême conséquence, tant pour faciliter aux habitans les moyens de retirer leurs pelleteries des Outaouas et des autres lieux éloigné.s, que pour assurer une retraite aux Illinois en cas qu'ils fussent poussé par les Iroquois, mais il .seroit à propos d'envoyer des maçons de France, vu que ceux du pays coûtent 3'.3.10' par jour, encore sont-ils mal habiles. Il est d'autant plus nécessaire de fortifier ce poste qu'il est à craindre que les Anglois ne s'en emparent si on ne les ])révient. Il pro- pose aussi de bâtir un fort à Chambly dans la prairie de la Magdeleine pour empêcher que les Iroquois n'y viennent. Et il représente que le Roi ne sera jamais maître de ce pays que Sa Majesté n'ait des barques sur tous les lacs. Il fait état de se rendre dans la fin de juin au lac Ontario avec les troupes qu'il aura. Il donne ordre aux Pères Jésuites et à quelques officiers de confiance de ramasser tous les François qui sont en traite, et le plus de sauvages alliés qu'il pourront et de les amener au rendez- vous qu'il leur a donné, et il a ordonné au sieur de Tonty de venir avec 232 EÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENOÎs^VILLE Sa Majesté a approuvé qu'il ait donné cet ordre, et je lui envoie une ordonnance pour défendre aux François sans congé chez les nations voisines à peine de la vie. Il est important de faire un exemple de cet homme s'il se trouve coupable de ce crime. Sa Majesté n'est pas persuadée que le grand nombre de ses sauvages soient à crain- dre, vu qu'ils n'ont aucune expérience de la guerre ; et au contraire elle espère que ceux qu'il ramassera dans le nombre de nos alliés, étant conduits par un homme qui a autant d'expérience que lui, seront d'une grande utilité. Je lui donne avis que Sa Majesté envoie 300 fusils pour être distribués en dons aux sauvages qui serviront avec lui. Sa Majesté a beaucoup d'impatience du sieur de La Salle. Qu'il fasse savoir ce qu'il en apprendra, et, s'il re%àent, qu'il lui donne toute la protection dont il aura besoin. Je lui donne avis que le Eoi a fait choix du sieur pour commander sous lui toutes les troupes qui sont en Canada. A l'égard de la conduite de la guerre et du commande- ment du pays ils appartiendroient de droit à ce commandant. Cependant comme il assure que M. de Callières en est fort capable. Sa Majesté lui envoie des Patentes, le nom en blanc, pour les remplir, en cas qu'il se dit hors d'état de pouvoir agir, du nom de celui de ces deux ofiBciers qu'il eu estimera le plus capable, mais il doit observer de ne se .servir les Illinois prendre les Iroquois en guerre en même teçips qu'il leur tombera dessus d'un autre côté. Il a envoyé à l'otficier qui commande le poste du lac Erié l'ordre de faire passer par les armes tous les François qu'il prendra avec les Anglois. Le sieur chevalier de Callières a, depuis peu, fait arrêter un habitant du Canada qui vouloit débaucher les jeunes gens du pays pour les engager à passer chez les dits Anglois. Les Iroquois peuvent mettre 2000 hommes sous les armes, et ils ont fait alliance avec les nations du Loup qui leur doit fournir jusqu'à 1500 hommes pour nous faire la gueiTe sans compter un grand nombre d'autres peuples qui sont leurs allié«. Il a fait partir- le sieur de Tonty pour aller assembler les Illinois, et lui a remis 150 fusils pour en armer une partie. Cet officier a été jusqu'à l'embouchure du Mississipi pour chercher le sieur de la Salle sans en avoir aucune nouvelle. Il y a seulement appris en revenant que des sauvages l'avoient vu à la rivière des Mouilla qui est à 40 lieues au nord de l'em- bouchure du fleuve de Mississipi, et qu'il en étoit parti pour aller du côté du sud. Le dit Tonty a i-amené avec lui 2 chefs minois qui ont promis que leur nation feroit son devoir contre les Iroquois. Comme il n'y a point officier général dans le pays pour commander sous lui, et que s'il tomboit malade toute la guerre rouleroit sur quelques enseignes de marine qui comman- dent les premières compagnies et qui ne sont pas capables d'une aussi grande entreprise, il demande un ordre pour un des gouverneurs particuliers pour commander en son absence et sous son autorité en sa présence et il pro- pose le sieur chevalier de Callières, gouver- neur de Moncréal, qu'il assure avoir toutes les qualités requises pour s'en bien acquitter. RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DEN0N\'1LLE 233 de ce droit ({ue dans cette occasion seule. Sa Majesté approuve qu'il mène avec lui le dit chevalier de Gallières pour le faire agir comme il l'estimera à ]iroi)os pour le service. JUSTICE ET ETAT PRÉSENT DU PAV.S Sa Majesté n'a pas trouvé que l'augmenta- tion des habitans soit assez considérable et surtout à l'égard des sauvages dont il doit tâcher d'accroitre le nombre par toutes sortes de moyens. Rien n'étant plus convenable pour cette colonie que d'y ac(piéiir de nouveaux sujets à Sa Majesté sans qu'il en coûte rien au royaume, outre que ces sauvages seront d'une grande utUité pour rétablir le Christianisme dans le pays. Sa Majesté a été aussi surprise qu'il y ait moins de terre en labour en 1686 qu'en 1685. Elle veut qu'à l'avance il fasse en sorte que cela augmente eu donnant des terres à défri- cher à ceux qui pourront en prendre. Sa Majesté approuve les mesures qu'il prend de peupler l'île de Montréal. Sa Majesté lui commande toujours de faire exécuter sévèrement les ordonnances rendues centre les coureurs de bois. Elle approuve le règlement qu'il a fait sur ce sujet. Elle approuve aussi la proposition qu'il fait d'en former des compagnies réglées, mais il fau- droit qu'il fit en sorte qu'elles ne contassent pas plus que celles que Sa Majesté entretient actuellement, et elle lui jiermet d'en établir dès à présent une sur ce pied-là, je lui expli- que que des 6 sols par jour que le Roi leur donnera, comme aux soldats, il en sera envoyé ■i sols 6 deniers en argent dans le pays et il sera retenu eu France 1' 8'' pour employer à l'achat des habits qui leur seront envoyés tous les ans. 30 Il envoie le recencement du Canada qui se trouve augmenté depuis l'année passée de 110 pei'sonnes, y en ayant à présent 12,373. Les prêtres du Séminaire de ^Montréal pro tégent beaucoup les établissements qu'il ont en cet île et comme c'est un pays qui est important de peuple, il ^jortera les soldats qui se marieront à s'y habituer par préférence. Il n'y a rien de plus important que de reprimer les désordres qui se commettent dans les bois, et il a fait des règlements pour y remédier, mais il sera mal aisé de les faire observer si on ne trouve quelque moyen d'occuper les enfans de la noblesse et de ceux qui vivent comme tels. 11 propose pour cet effet d'engager ces jeunes gens dans des compagnies réglées et de donner 8 sols de France par jour aux plus raisonnables et 6 sols aux autres. Il est a craindre que si on ne les retient par là que les Anglois ne les débauchent. 234 RÉSUMÉ DES LETTRES DE M. DE DENON VILLE Il jouna faire choix pour commander cette oorupagnie de quelqu'un des anciens capi- taines qui sont établis en Canada qui aura plus d'autorité et de crédit sur l'esprit de ces jeunes gens qu'un autre officier qu'on pour- roit envoyer. Sa Majesté a accordé 100 écus d'aumône à chacune de ces familles, et je lui fais observer que la misère dans laquelle elles sont vient d'avoir voulu vivre en gens de qualité et sans travaille)', tt qu'ainsi il est bien à propos d'em- pêcher à l'avenir cetix qui ne seront pas gen- tilhomme de prendre cette qualité qui les réduit à la mendicité. A l'égard des lettres de noblesse, Sa Majesté n'estime pas qu'il faille en donner d'avantage aux habitans du Canada. Et pour soulager le jays d'une paitie des enfans de ceux qui sont véritablement nobles, je lui envoie 6 lettres de gardes de la marine et je lui recom- mande de prendre garde de ne pas les remplir d'aucun qui ne soit bien gentilhomme. Sa Majesté pourra retirer dans la suite le fort de Cataraquoy, mais il n'y a rien qui presse à présent. Il représente qu'il y a jilusieurs familles de gentilhommcs, très honnêtes gens, qui sont dans la dernière nécessité, n'ayant pas de pain et il demande quelque charité pour elles. Il ne croit pas à propos de faire dans un temps de guerre comme celle-ci, recherches des faux nobles, d'autant plus que ceux qui en ont pris la qualité mal à propos ne devien- dront pas pins laborieux. Il est d'avis seule- ment de n'accorder des lettres de noblesse qu'à ceux qui seront riches et qui entreront en quelque commmerce. Le poste de Cataraquoy est dans une situa- tion avantageuse pour le commerce et il seroit à propos d'y attirer les habitans, mais pour y parvenir il faut que Sa Majesté l'achète du sieur de Lasalle et qu'elle en laisse le com- merce libre à tout le monde. I.E SIEIR PARAT, GOUVEENECR DE Pr.AISAXCE Il peut sans difficulté faire ariêter ces mate- lots et les envoyer en France, mais qu'il prenne garde de ne faire aucime entreprise à cet égard qui ne soit assuiée du succès. Il demande s'il doit arrêter les matelots français de la E. P. E. (religion prétendue réformée) qui viennent dans les ports de son gouvernement sur les vaisseaux anglois. TABLE DES MATIERES Paobs. Lettre de Louis XIII à Champlain, au sujet du commandement en la Xouvelle- France 7 mai 1020 1 Du même à d'Auna^' de Charnisay, au sujet de son commandement et celui de M. de Latour 10 février 1638 1 Du même au même, au sujet de la capture de M. de Latour, s'il lefuse de revenir en France 13 février 1641 2 Lettre de Louis XIV à d'Aunay de Charnisay, au sujet des services qu'il rend à Sa Majesté 28 septembre 1645 2 Lettre de la reine régente au même, sur le même sujet 27 septembre 164J 3 Lettre d» Louis XIV au comte de Doignon, au sujet ilii voyage du vaisseau " La Mar- quise."— 6 avril 1646 3 Lettre de Louis XIV à M. D'Argenson, au sujet de l'appui qu'il doit donner à l'évêque de Pétrée 14 mai 1659 4 Mémoire du roi pour servir d'instruction à M. Talon, nommé intendant au Canada 27 mars 1665 4 Mémoire du roi pour servir d'instruction à M. de Frontenac, nommé gouverneur et lieutenant général au Canada 7 avril 1672 , 10 Extrait d'une lettre du roi à M. de Frontenac, au sujet du recensement que doit faire M. du Chesneau, des nouvelles découvertes, du commerce et de la traite 13 avril 1676 14 Extrait d'une lettre du roi à M. de Frontenac, au sujet du voyage que ce dernier à fait au fort de Frontenac, pour calmer les Iroquois Sa Majesté veut que l'on continue à vivre en bonne intelligence avec les Anglais et que l'on favorise le commerce maritime, l'établissement des manufactures et la pêche 28 avril 1667 14 Extrait d'une lettre du même au même, au sujet des traités faits avec les sauvages, de l'éducation des enfants de ces derniers, et des ordres donnés au sieur de Marsan, commandant en Acadie 12 mai 1678 15 Extrait d'une lettre du même au même, au sujet de ce qui se passe entre les sauvages et les nations de l'Europe qui sont établies près de la Nouvelle-France Sa Majesté désire maintenir la paix avec les Anglais et les Hollandais, et recommande l'union entre les habitants du Canada 25 avril 1079 15 236 TABLE DES MATIÈKES Pages. Extrait d'une lettre du même au même, au sujet de la prétendue rupture entre la France et l'Angleterre il. de Frontenac doit cependant maintenir les habitants du Canada dans l'exercice et le maniement des armes, et doit bannir do son esprit les difficultés qu'il a pu faire trop légèremeut naître dans le pays 29 avril 1680.... 16 Instruction que le roi veut être mise entre les mains du sieur Le conseil de marine et la veuve Laforest — Le fort de Frontenac — 18 mars 1721 165 Le conseil de marine au sujet d'une lettre de l'évéque de Québec, relativement aux congés — Nécessité de les rétablir Familles pauvres — Coureurs des bois — Hôpital général de Québec 24 mars 1721 166 242 TABLE DES MATIÈRES Pages. Le conseil de marine au sujet d'une réclame du Séminaire de St-Sulpice, relativement à la taxe des fortifications Diminution de leurs revenus Missions du Sault aux Bécollets transportées sur la terre du lac des deux Montagnes. — 24 mars 1721 167 Le conseil de marine au sujet d'une lettre des missionnaires du Sault St-Louis Le commandant militaire de cette place, et la garnison. — 24 mai 1721 170 Le conseil de marine au sujet d'une lettre des MM. de St-Sulpice, de Paris, appuyant la réclamation de leurs confrères de Montréal. — Taxe des fortifications 8 juin 1 721 . 171 Délibérations du conseil de marine au sujet d'uue lettre de MM. Vaudreuil et Begon Districts des paroisses — Dots des religieux Hôpital général pour les fous. — Soldats invalides — Maîtres d'écoles.^ — Turcq deCastlevejre Eau-de-vie Sault St-Louis Trouj es Concessions. — Commerce de grains. — Sarrasin. — Rats musqués ^Etablis- sements Niagara Rivalité anglaise 19 octobre 1721 172 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de MM. Vaudreuil et Begon Manière de composer rAlkern.ès 2 décembre 1721 178 Le conseil de marine au sujet d'une lettre de M. Chaussegros de Léry Bâtiments publics aux Trois-Eiviéres et à Montréal Nécessité de couvrir les magasins du roi en ardoises — Le corps de garde et magasins du roi, à Montréal, compris dans l'in- cendie, ont été rétablis — 17 décembre 172! 178 Le conseil de marine au sujet d'une lettre de M. de Vaudreuil — Mariage des officiers. — Missionnaires — Nouveaux coups des Renards Etablissement de la rivière Saint- Josej^h, etc 23 décembre 1721 179 Délibéiations du conseil de marine au sujet d'uue lettre de l'évêque de Québec Gou- vernement des couvents.— Destruction proposé de l'hôpital de Montréal Hôpital de Québec 23 décembre 1721 183 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de MM. Begon et Vaudreuil. — Commerce de la colonie Importations et exportations Anes 19 janvier 1722. 185 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de MM. Begon et Vaudreuil Religieuses hospitalières de Montréal Hôpital général de Québec Lettres de noblesse Crevier 19 janvier 1722 187 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de MM. Vaudreuil et Begon. — Moulins et bateaux devant Québec Lanouillier 21 janvier 1722 188 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de M. Vaudreuil Traite de l'eau-de vie — Témoignages des sauvages en justice. Incendie de Montréal. — Marché de cette ville — Place d'Armes, à Montréal 21 janvier 1722 189 Le conseil de marine au sujet d'une lettre de M. de Ramesay Incendie de l'hôpital de Montréal._Hôpital Charron — Plaintes contre les hospitaliers 21 janvier 1722 190 Délibérations du conseil de marine au sujet d'une lettre de MM. Bégon et Vaudreuil Population — Pèche aux marsouins. — 24 mai 1722 192 Arrêt du conseil de marine au sujet de 400 livres à être payées à Madeleine Bouchette, sage-femme 1er juin 1722 192 Délibérations du conseil de marine au sujet des criées des bancs d'églises. 6 juillet 1722. 192 TABLE DES MATIÈRES 243 Pages. Lettre de M. de Lyonne :'i M. de Tracy — C'est un plan j^énéral de i^onduite que luidoiino le ministre au nom ilu roi l:"i no\cnil)io lfj(J4 194 Lettre de Colbert à M. Talon, intendant de la Nouvelled<'rance.— 5 avril KJOO jy5 Extraits d'un mémoire signé de Colbert, sur l'établissement de la colonie, adressé à M. Talon 6 avril 16()7 200 Lettre de Colbert à M. de Courcelles, au sujet du commerce du Canada, de M. do Boutterouë, et des Iroquois L'évêque de Pétrée et les Jésuites, etc 15 mai 1669. 202 Lettre du même au même, au sujet de la paix avec les Iroquois, des mariages dans la colonie, des pêcheries et du commerce de la mer 9 avril 1670 203 Extrait d'une lettre de Colbert à M. Talon, au sujet de la bonne corresiiondance que l'on doit établir avec les Anglais de Boston La découverte du passage de la mer du Sud.— Février 1671 204 Extrait d'une lettre de Colbert à M. de Courcelles, au sujet des Iroquois et du manie- ment des armes dans la colonie 1 1 mars 1671 204 Extrait d'une lettre de Colbert à M. Talon, au sujet du passage de la mer du sud, des mines, du tabac, de la multiplication des bestiaux, du commerce des pelleteries, d'une monnaie pour le Canada, et des Français qui repassenten France 4juin 1672. 205 Extrait d'une lettre de Colbert à M. de Frontenac, au sujet des Iroquois, de la division des habitants du pays en trois ordres ou états, pour leur faire prêter le serment de fidélité, et de certains Récollets qui se sont embarqués pour le Canada ISjuin 1673. 206 Extrait d'une lettre du même au même, au sujet du recensement fait au Canada, du maniement des armes par les habitants, des missions des Jésuites dans les Jjays éloignés, et des affaires en général 17 mai 1674 207 Extrait d'une lettre du même au même, au sujet des Récollets, de l'évêque de Pétrée et des Jésuites 17 mai 1674 208 Extrait d'une lettre du même au même, au sujet de la manièi'e dont la correspondance du gouverneur doit être adressée, du poste du lac Ontario, et de l'instruction des petits Sauvages 15 mai 1675 , 208 Extrait d'une lettre de Colbert à M. Duchesneau Refus fait à .Joliet de s'établir aux Illinois 28 avril 1677 209 Extraits, par Colbert, du résumé des lettres de M. de Lu Barre Commandement des armes Pouvoirs des gouverneurs ^Troupes et fortifications 12 novembre 1682.. 209 Mémoire de ce qui a été accordé au sieur de la Salle 23 mars 1684 212 Extraits d'une lettre de M. de Seignelay à M. de La Barre Mauvaise administration de ce gouverneur .\vide de l'autorité, plus encore de gain .Reproche du roi et du ministre 10 avril 1684 214 Extraits d'une lettre de M. de Seignelay à M. de Meules, au sujet d'un habitant qui aurait voulu passer chez les Anglais et que l'intendant voulait faire pendre, et d'un édit pour la punition des Français qui se retireront à Manatte et à Orange 10 avril 1684 214 244 TABLE DES MATIÈEES Pages. Extrait d'une lettre du inêuie au même, au sujet de l'auginentatiou îles villages des sauvages qui sont aux environs des habitations du Séminaiie de Montiéal, des sauvagesses de la Montagne, et des affaires de la colonie en général 10 avril 1684. 21.5 Lettre du marquis de Seignelay au sieur Duniont, au sujet du vaisseau " Le ,Toly ". et du sieur de Lasalle 14 avril 1084 216 Extrait d'une lettre de M. de Seignelay au sieur .\riioul, ai: sujet du voyage du sieur de Lasalle.— 17 juin 1684 217 Lettre du même au sieur de Beaujeu, au sujet du oomniandem«nt pendant ledit voyage. — 17 juin 1684 217 Lettre du même au sieur de Lasalle sur le nié. ne sujet — 17 juin 16S4 218 Lettre du n:éuie au sietu- Arnoul sur le mé.ne sujet — 23 juin 1684 218 Lettre du même au même sur le même sujet — .30 juin 1684 219 Lettre du même à M. Barillon, ambassaileur à Londres, au sujet de la guerre contre les Iroquois et des instances qui doivent être laites pour obtenir du duc d'York la défense au gouverneur de Boston de fournir des armes et munitions à ces sauvages. _31 juillet 1684 219 Extraits du résumé des lettres reçues du Canada 13 et 14 novembre 1684 219 Idem 18 février 168.5 220 Lettre du marquis de Seignelay à M. Barillon, ambassadeur à Londi'es, au sujet des rela- tions qui existent entre M. de LaBarre et le gouverneur de la Nouvelle- York 10 mars 1685 221 Notes du ministre au sujet de plusieurs lettres de M. de Deuouville. — 12 novembre 1085. 222 n PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY HCC Nouvelle-Frajice, documents N9343 historiques v.l é6 ■■■-■ 1'4'3st