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MYSTERES

INÉDITS.

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MYSTERES

INÉDITS

DU OUINZIÉME SIÉCLE,

3Dct f/tutDiitotian kc JH. le 0iiii«i[t bt CSnMiudJDn pnhtiqut,

ACHILLE JUBINAL,

LE MS3. USIQDB DE

BIBLIOTHÉQUR STE.-CEHUIé™.

TOME

PREMIER.

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PARIS,

TÉCHENER, PLACE DU LOUVRE, 12

ET HOB DE SEINE, SS, AU BUHEAU DES AMCIENNES

H DCCC XXXVII.

7

St.

IMPRIMERIE DE BÉTHUNE ET PLOW , 36 , Ruc de Yaugirard.

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\

PREFACE.

Dans la préfeoe cl'une de mes publications intitulée : La Complainte et le Jeu de Pierre de la Brosse , cJiambellan de Philippe-le-Hardi , qui fut pendu le Zo juin 1278 (Paris, Téchener, i835; d'aprés le manuscrit unique de la Bibliothéque du Roi), je me suis énoncé ainsi, pages iget 20 : « Selon moi^ lanais- sance de notre théåtre ne date^ ni des mystéresrepré- sentés pour la premiére fois , en 1 402 , dans 1'hötel de la Trinité par les confréres de la Passion ; ni des ré- jouissances qui eurent lieu, en iSSg, ä l'entrée de la reine Isabeau de Baviére dans Paris; ni méme des di- vertissemens mimiques donnés, en i3i3, aux fetes de la Pentecöte par ordre de Philippe-le-Bel , en présence d'Édouard II , roi d'Angleterre , pour célébrer la re- ception, comme chevalier, du jeune Louis, alors roi de Navarre ^ et depuis roi de France sous le nom de le Hutin.

Je me trompe fort , ou , quelle qu'ait été sa forme ,

VI PRfcFACE.

queiles que soient les modifications qu'il ait subies, Té- lément dramatique n'a jamais cessé d'exister ; il n'y a jamais pu avoir solution de continuitc compictc dans la marchedc rintelligencehumaine, etc. (i).»

La véritc de cette opinion , que le peu d'espace ac-

(1) Les fréres Parfait, qui attribueiit [Ilistoire du Thcalrt fran-

cais, vol. i, p. 32) rintroduction des mystéres, diez iious, « aux

pélerins qui, reveiiaiit de la Terre-Saiiilc et autres lieux de

piété , coinposaieiit des c<mtiques sur leurs voyages, et y mélaient

le récit de la vie et de la mört du fils de Dieu , » ajoutent ce-

pendant ce qui suit : »Quoique ce soit ici la véritable origine de

res spectacles pieux , on ne laissait pourtaut pas d'eo avoir quel-

qu'idée bien avaut le régne de Charles M. En voici la preuve

tirée du Hvre II de VJhstoire de la viiie de Paris , p. 525 :

M En Tannée iS15, le roi Philippe-le-Bel donna dans Paris une fétc

tf.des plus somptueuses que Ton edi vue depuis long-temps en

« France. Le roi d'Angleterre Édouard IL, qu'il y avait invite, passa

«( la mer exprés avcc la reine sa (emme, Isabeau de France, et un

X grand cortége de noblesse. Tout y brilla par la magnificence des

M habits, la varieté des divertisscmens et la somptuosité des festins.

u Pendaut huit jours enliers les seigneurs et les princes cbangeaient

M jusqu^å trois fois d'babits dans un seuljour; et le peuple de son cöle

« représenlait divers spectacles , tantöt la gloire des bienheureux et

« tantöt la peine des damnés; et puis diverses sortes d^animaux, et

« ce dernier spectacle fut appelé la procession du rcnard,»

Godefroy de Paris , riinear contemporain , nous a conservé dan» sa chronique , impriniée par M. Buchou , le dctail en vers de cette soleiinité. L'abbé Yelly, dans son Histoire de France, t. vii, p. 477, édtt. in-12 , a traduit le récit de Godefroy en langage du quinziéme siécle; et M. Monmerqué, dans les observations préliminaires de son excellente edition du Jeu de Robin et Marion, faite pour la Sociétc des bibliophiles , a donné le texte méme du poéte chroniqueur *, je Tai également rcproduit dans mes notes du Jeu de Pierre de in Brosse, et M. Chabaille ena parlé dans son avant-propos du Mjrs- tére de sainl Crepin, (Paris , Sylvestre , 1856.)

PRÉPACE. VII

cordé k ma publication m^empécha de développer , a été trés-bien démontrée , a partir de l^cre chrétienne jusqu'au dix-dcptiéme siécle , dans une serie de le^ODs professées k la Sorbonne, en 1 834 et 1 835^ par Pun des plus érudits archéologucs de ce temps , M. Charles Magnin , k la scicnce et å Tamitié duquel je me plais å rendre hommage (i).

Je n'y reviendrai donc pas, laissant au savant et spe- cial historien du théåtre möderne en Europé , le soin de prouver la justesse de mon assertion , qui est aussi la sienne. Je dirai seulement avec lui que les repre- sentations théåtrales se rattachent immédiatement pour nous , par une chaine non interrompue , ä la civilisation romaine. Dés le premier siécle de Fére chrétienne , nous voyons en efTet paraitre dans l'É- glise les jigapes^ qui plus tärd se convertiront en fétes hiératiques, et produiront les fetes dos fouset autres célébrations boufTonnes. L'époque qui suit nous of- frirait^ d^Ezéchiel le tragique , un drame qui est en méme temps une espéce de chronique sans bomes de temps ni de lieu ( la vie de Moise) , et le Christ seuffrant de saint Jean-Chrysostöme, composition plus érudite. Postérieurement nous trouverons le Querolus^ sorte de mysanthrope taillé sur le patron de VAululaire de Téren^ , et le Ludus septemsa- i^l^nt^

(i) Ces le^^oiM, revues avec soin par M. Magnin, vont étre tres- procbaineineDt publiées : elles formeront quatre volumes in-S», froit de quioze années de recherches et de travaux, que nous croyonsdes- tinés å Diodifier beaucoup (fidées regues rclativenient å rhistoire (hi^AtraU.

VIII PUéFACE.

pientium d'Au3one. Le ciiiquiéme siécle se présente, lui, avec son cortége de fetes religieuses durant les- queiles on mime, on figure dans 1'église l'adoration des mages, les noces de Cana, ia mört du Sauveur , etc, avec ses processions ou Ton proniéne des gargouilles , des anioiauxfabuieux, des monstres de toiiles formes. Dans la période qui vicnt apres, c'est>å-dire du sixiéme siécle a la fin du neuviéme, nous rencontrons VOcipuSj comédie allégorique dont les acteurs sont : la Goutte, un médecin, la Douleur et un chccur de goutteux ; le Jugement de Vulcain qu'on a rangé k tort, durant long-temps, parmi les églogues ; quelques fragmens d'une tragédie de Clytemneslre ; un dialogue inter Terentium et delusorem; un autre composé pour les funérailles d'Hathumolda , abbesse de Gander- saen, entré Corbie de France et Corbie de Saxe, etc. Enfin, au dixiéme siécle, un fait unique, anormal, dont 1'ensemble conslituii un véritable monument lit- téraire^ se produit subitement : c'est le Thédtre de Hroswita (littéralement Rose blanche)^ abbesse du méme monastére de Gandersaen dont nous venons de parler (i). Ge tbéåtre, qui se compose de six comédies, savoir: la Conversion de Gallicaruts^Dulcitius^ Cal limaque^ Abraham^ Paphnuce et un petit drame allé- ^^%^%iS g^^*4"® intitulé la Foiy VEspérance et la Charité ^

(i) On pourrait aussi comprcndre dans les compositions dramati- ques de ce siécle, le dialogue ou coUoquium de Théodulus, entrc AlittUa^ representant le christianisme, et Pseustis, qui défend le pa- ganisme. Cest une églogue fort rcoiarquablc qui dut étre lue ou chantce dans quelque repas de grand seigneur ou d'évéquc.

PREFACE. IX

forme, a dit M. Magnin dans une notice sur Hroswita et sur la comédie å^ Abraham insérée daus le Tfiédtre Européerij deuxiéme livraison, « fundeschaiiions, le plus brillant, peut-étre, et le plus pur de cette serie non interrompue d'ceuvres dramatiques , jusqu'ici trop peu étudiées, qui lien t le théåtre pålen, expirant vers le cin- quiénnie siécle , au théåtre möderne , renaissant dans prcsque toutes les contrées de PEurope vers la fin du treiziéme siécle (i). »

Le onziéme siécle ouvre une route nouvelle pour Fart dramatique, ou mieux, pour Tesprit humain. A cette époque, en eflfet, les langues vulgaires se montrent å 1'horizon. Ce n'est d^abord qu'un fant6me qui appa- rait, qu'un enfant qui bégaie et cherche å échapper aux långes dont Tenveloppe le latin ; mais bient6t elles progressent au détriment de 1'art hiératique, elles font invasion dans l'Église qu'elles doivent détréner deux

*

siécles plus tärd, et donnent naissance aux Epitres farcies (JEpistolce farsitce) , ou chants alternatifs du peuple et du clergé, lesquels s'exprimaient Tun en la- tin, l'autre en langue vulgaire (3).

(1) Hroswitha a laissé aussiun poétnesur les Ollions, dontM. St- Marc^Girardin, dans son coars sur rAllemagne, a fort bien fait sen- tir rimportance å la fois polilique et littérairc.

(2) Les épltres farcies les plus nombreuses qui nous soient restées, sontcellesqui ont pour objella passion de saintÉtienne. Celatient ä ce qa*aa neuviéme siécle Charlemagneayantintroduit le rite romain qui défend, pendant la messe, d'autres lectures que celle des passages de rÉcritnre sainte, on n'exécuta pas cette interdiction å Fégard de tfaiatÉtienne, dont le martyre se truuvant rapporté dans les Actcs

PREFACE.

Le onziéme siécle nous fournit plusieurs monumens

des apötres, mettait par cela méme les épitres ((ui y étaient relatives hors de la prescriptiou du rice roinaiii.

Don Marlene {Z^c antiquls ecclcsice ritibus , t. I, p. 281), cite, d^aprés un mauuscrit de St-Gratiea de Tour , le fragment suivant d'un planctus sancti Stephani, ou épilre farcic de saint Estéve :

Por amor Deii, vos pri sai^os barun, Se ce vos duit escoter la le^iin De saiot Esteuve le glorieus barriin, £scotet-le par bonc entcntion, Qui a ce jor rccu la passion, etc.

M. Raynouard a publié unc autre épttre farcie de saint Étienne , dans son Choix de poésies des Troubadours, t. II, p. 144; le ma- nuscrit de U Bibliothéque royale , cöté R , 7595 {bis) , ancien ma- uuscrit de fonds de Bigot, contient au fol. 121, v* et suivants , une épttre farcie de Saint-Étienne , ou Tauteur se nomme lui-méme dans ce vers :

Cil qui Tescript Lucas out iion ;

enfin , nous-mémes en avons inséré une 5" dans les notes du pre- sent volume. En voici une tirée du Mss. 6987, fol 555 v°, oCi elle est notée en musique.

DE SAINT ESTEVENE.

Entendés tot a cesl scrmoii , Et clerc et lai tot environ : Conter volons la passion De saint Estevene le baron ; Couinent et par qael mesproisoii Le lapidérent Ii félon Pour Jhésucrist et pour son nom J*alorres dire en la le^oo.

Lee tio actuumapostoiorum.

Ccstc Icron c'on ci voui» liät, Sains Lus Tapelc que la iist :

1>BKPAGB. XI

dramatiques importans : c'est d'abor(l un mystére des

Fals des apostles Jhésucrist : Sains Espérités Ii aprist.

In diebus illis.

Ce fu és jours de pieté £1 tans de (j^rasse et de iN)nlé, Que Dieu par sa grant carité Rc^ut mört pour crestieulé. £ii itel tans ])on euré Li apostle Ii Dieu amé Otat saint Estevcne ordené Pour prééciei foi et verté.

StephoFius plenus gracid et fortitudinc^faciebat prodigia et signa

magna in populo,

Saint Estevene dont je votis ^ant, Plains de grasse et de vertu grant, ' Faisoit el pule mescreant Grans miracles Dieu prééchant , Et crestienlé es8au9ant.

Surrexerunt {uttern quideun de Synagoga qui appellabantur liberä^ norum et Cyrenentiorum et Aiexandrinorum, tt eorum guiä Ci- iicid etAsiåy (sous-entendu : venerant)disputantes cum Stephano.

Li pharisien Dieu renoiié Qui åfi la loi sont plus prisié Vers le martyr sont adrecié : A lui deputent tot irié.

£i non poterant resistere saptentias et spiritui qui loquebantur ,

Sains Estevenes point ne doutoil , Car li fieus Dieu le confortoit, Et Sains-Espirs en lui parloit, Qui con qu'il dist li ensignoit.

XII PREFAGE.

vierges folies et des vierges sages, écrit entrois bn-

Al grant sens k*en liii espiroit Nus d'els contrester nel' pooit.

ndentes autem hoc dissecrabantur cordibus suis , ei siridcbant

dentibus in cum,

Quant che voient les putes gens De duel en ont les cuers sanglans : Tant les sourportoit maltalens, Qu'ensanle croissoient lor dens.

Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancio, intendcris in

cceium, vidit gloriam Dei^ et ail ••

Qr entendés del* saint martir Cum il fu plains del' Saint Espir. Regarde en haut et voit partir Les cieuls sour lui et aouvrir \ Et la gloire Dieu avenir Dont a parlé, ne pot taisir.

nEcce video ccelos apertoSy etjilium homirUs slantcm a dextris Dei. »

« La gloire voi nostre Signour Et Jhésucrist mon Salveour A la destre mon Créatour, Or ai grant joie sans dolour ; Car je voi ce quc jou aour, Qui est loiiers de ma labour. »

Exclamantes autem voce mogna continuerunt aures suas^ et impetumfccerunt unanimiter in eum.

Quant del fil' Dieu oent parler Dont commencent å foursener, Leurs orelles a estouper Car mais nel' puéent escolter. En tals Ii font pour lui tuer. Ii les atent com gentix ber;

PRÉFACE. XIII

gues, en latin, en fran^ais et en proven^al (Mst. ii 39

Bien puet sofriretendurer

Qu'il voit Dieu qui le veut sauver.

Et ejicUntes eum extra cwitatem lapidabant.

Debon les mun de la cité Ont le martir trait et jeté. U rönt Ii félon lapidé Conques n'en eurent piété.

Et testes deposuerunl vestimenta sua secus pedes adoleseeniis qui

uocabatur Saidus.

Pour miex férir délivrement Ont despouillié lor vestiment As piés d*un vallet innocent. Ce fut Saulus qui tant tourment Fist puiB å chrestiene gent. Dieus le rapela docement , Puis fut sains Paus tout vraiement.

Ei lapidabant Stephanum innocenlem et dicentem t

Defor Ii font mult grant assaut. Il le lapident , lui n'en caut , Tentses mains et ses iez en haut , Proie k Dieu qui as siens ne faut.

R Domine Jhesucristt , suscipe spiritum meum. »

« Sire Jhesucrist , mon désir , Qui m*a8 fait les tormens sofrir » Des or re^ois le mien espir ; Car je voel å toi parvenir. »

Positis autem genibus, clamavit voce ma^nå dicens t

Lués saint de grant amistié , Ses anemis fait semblant lié. Ses genous ploie par pitié

XIV PREPACE

de la Bibliothéque du roi ; fonds Saint-Martuil, deLi- moges) (i), et dont M. Raynouard a dit au lome ii de son Choix depoésies originales des troubadours '

Et pour cls tous å Dieu proiié.

« Domine , ne statuas illis hoc peccatum. «

« Sire, fait*il en qui main sont Li juste et tout cil qui mesfont , Pardone leur, pére del mont , Cas il ne sevent que il font. »

Elcum lioc dixissctf obdormivit in Domino.

Quant il a dit tot son plaisir, Samblant fait qu'il voelle dormir, Clot ses iex, si rent son espir , Dieu le rechut é lui servir. Or prions tout le saint martir Qu'il nous puist salver et garir . K'enssi puissons-nous tuit morir, Et al regne Dieu parvenir. Amen.

(1) M. Émile Morice,daii8 son Histoire de la inise en scéne de- pois les Mystéres jusqa'au Cid^ insérée dans la Revue de Paris , a commis, a Pégard de ce manuscrit , de singuUéres méprises. « Vers le milieu du méme siécle, dit-il, parurent un certain nombre de tragédies en rimes latines. Dans Tune d'elles, dont le héros est sainr Martial de Limoges, Virgile, associé aux prophétes, vient avec eu\ åTadoration du Messie, etc.» D'abord, saint Martial n'est pas le moins du monde le héros de la piéce. Il n'y est pas méme qucstion de lui. LeMss. provient tout simplement de TAbbaye qui portait ä Limoges le nom de ce saint, d*oi!i Terreur de M. Charles Morice ; ensuite ce Mss. n'est pas du douziéme siécle, mais du onziéme; enfin, il ne fallait pas mettre cette piéce au nombre des tragédies écrites en la- tin , d^abord parce que le mot tragédie , emprunté ä Tabbe Lebeuf, est impropre pour designer les mystéres de Saint -Benolt-sur-Loire, dont je crois qu'on a voulu parler ; ensuite, parce que le mystérc des Vierges folies est écrit plutöt en proven^l qu'en latin.

pniaACE XV

<( Cet ouvrage présentc Ics élémens et la marcbe d^undrame, c'est-a^irc, qu'il a une exposition, un Dceud et un dénouement ; » ensuite un mystére de la Nativité tiré du méme manuscrit ; et , enfin , quatre mystéres latins, conserves dans un manuscrit de Saint- Benoit-sur-Loire, qui en contient six autres dont noiis parierons tout a l'heure. De ces quatre mystéres, deux (oelui des Trois Mages et celui du Massacre des Inno- cens) paraissent avoir été composés pour les fetes de Noél , les deux autres (celui de la Résurrection et ce- lui de TApparition de Jesus ä ses disciples, a Emmaus) semblent avoir été écrits pour les fetes de Päques. Ces dix mystéres ont été édités avec le plus grand toin par M. Monmerqué, pour la société des bibliophiles.

Le dotkziéme siécle n'est pas moins riche, que celui qui le précéde , en monumens dramatiques. L^Orient Dous odre, en effet, dans cette période, deux drames, le premier (V jimitié bannie du monde), a Théodore Prodrome, le second du ä Plochyre. Quant a l'Occident, nous y assistons a la naissance des fetes des änes et des fous, et nous y trouvons d'abord les six Mystéres du Mss. de Saint-Bcnoir-sur-Loire, puls troIs drames hié- ratiquesen languevulgaire. L'un, qui est allégorique,a pour auteur Guillaume Hermann, poéte anglo-normand qui vivait de 112'^ a i f^/o; Tautre est dA a Étienne de Langton, cvéque de Cantorbéry, et le3%quiconsiste en un fragment du Mjrstere de la Résurrection que j'ai moi-méme publié^ avec une traduction en regard (Pa- ris, Técbener, i834), est anonyme (i). Enfin, Bernard

(1) M. Chabaille , pag. 7 de rAvant-Propos du Mystérc de wiut

XVI PREFACE.

Péze, dans son Thesaurus anecdotorum novissimus, tome II, troisiéinepartie,p. 1 86, a publié un Luduspas- chaliSj intitulé : De adventu et interitu Antechristiy composé pour l'einpereur Frédéric Barberousse, el joué probablement devant lui, oii le pape se trouve désigné sous le nom de PAntechrist, et ou paraissaient 1'einpereur, les rois de Francc, d'Allcmagne, etc. Ma- thieu Paris, danssa Yie des vingt-trois abbés de Saint- Alban, fait mention aussi d'un jeu de sainte Catherine, composé å Dunstaple, parGeftVoy, qui devint plus tärd abbé de Saint-AIban, et mouruten 1 147. Ce jeu offrit ceci de remarquable qu'il fut joucpardes séculiers,et qu'on emprunta pour sa representation , au sacristain de Saint-Alban , les chapes et les autrcs ornemens de l'abbaye. De å la dépossession des clercs par les laics il n'y avaitqu'un pas : il s'opcra au siécle suivant (1). Le treiziéme siécle, en eftet, nous montre le génie dramatique complétement éinancipé de Tinfluence ec-

Grépin , avance , contrairement å notre opinion , que ce fragment est da treiziéme siécle. Nous nous rendrions avec piaisir äux fort bonnes raisons qu'il allégue , si Técriture du manuscrit qui contient le mys- tére de la Bésurrection ne dénotait évidemment le douziéme siécle. (1) M. Roquefort fait remonter Tärt dramatique parmi nous jus- qu^aa douziéme siécle. Il cousidére le fabliau d'Aucassin et de Nico- lette comme le premier essai de ce genre. Nous croyons cependant impossible de placer ce joli fabliau au nombre des piéces de théåtre. Il consiste dans unc narration toucliante faite par un roéiiestrel qui la suspend par intervalles , tandis que son compagnon chante sur un luth des morceaux de poésie. On n'y trouve ni dialogue, ni action , ni mise en scéue , rien de ce qui constitue Tébauche la plus impar- faite d*une piécc dramatique. On peut en dire nutant des jeux partis et par conséquent du fabliau des deux Bordeors ribmuls que M.Ko*

PRKFACE. Wll

clésiastique. Des piéccs qui nous sont parvcnues de cette époque , aucune^ si ce n'est le Miracle de Theo- phile , n'a trait aux choses religieuses ; encore ce Mi- tncle fut-il composé par un laic , et par un laic passa- blement incrédule^ dont le plus grand plaisir était de semoquer du clergé; (Voy. ma Notice sur Rutebeuf^ son auteur; Paris, 1 834, Téchener.)Maisiciy du moins, tout 06 que nous possédons est en langue vulgaire , ä Texception d'un inystcre latin indiquc a l'année 1398, dans une chronique du Frioul, citée par Muratori (dis- sertation 39*) , et intitulé : a Representatio ludi Ckristij videlicet Resurrectionis , adventus Spiri- tus Sancti et ad ventus Christi ad judicium.n Co mystére, si Ton s'en rapporte au chroniqucur , auratt élé repi'ésenté uvec succés par des clercs dans la cour du patriarche. Les autres piéces qui nous restent de cette époque sont toutes de la seconde moitié du siécle,

quefort regarde aussr comme une esquisse théåtrale. Ges piéces n'of- freut point de dialogue : ce sont deux discours , et , pour ainsi dire , deux plaidoyers qui se succédent Tun å l^autre.

(Observ.prél. dujeu de Robin et Marion, par M. Monmerqué.)

TaTOiie que cesconclusions, pour justes qu^elles soient ä i^éganl des deux Bordeors ribauds , me paraisscnt bien sévéres relative- nient au febliau d^Aucassin et de Nicolette. Ne serait-il donc pas pos- sible de regarder cette gracieuse com position comme le type de To- péra-coroique chez nous ? I^ roanque d^action qu'on remarque en élle ne ferait, en ce cas, que la rapprocher du genre auquel elle ap- partieiidrait , car depuis cette fameuseparole de Beaumarchais : « i.> qo*oii ne peot parler , on le chante , » qui est-ce qui s'est jamais inflémé s'il y avait dans nn opéra-comiqne un» action . un n(riid , une |iéripétii*:^

XVIII PRIiFACL.

etdurent étre rcpréscntces par des séculiers (i). Elles sont au nombre de cinq, savoir : lejeu du Pélerin et lejeu de Robin et de Marion y donnés, en 1822, par M. Monmerqué pour la société des bibliophi- les; le jeu du Mariage ou de la Feuillée\ lejeu de S. Nicolas , et cclui de Pierre de la Broce qui dispute ä Fortune par-devant Raison, Je ne com- prends pas , dans les oeuvres théåtrales de cette épo-

(1) En Espagne, la representation des Mystéres remonte peut-étre au-delå du treiziéme siécle , puisqiril en est parlé dans la loi 54 , tit. VI, de la partida prima, Cette loi défend aux clercs de faire des representations scéniques dans les églises, et méme d'y assister quand d*autres les font. «« Pourtant , ajoute In loi , il est telle repre- sentation qui est permise aux clercs, comme celle de la Naissance de notre Seigneur annoncéeaux pasteurs par un ange, on quand on ex- posé TAdoration des rois mages , le Crucifiement du Sauveur et la Ré- sarrection au troisiéme jour , etc. De telsspectacles excitent rhomme k bien faire et rafferroissent sa foi. »» (Origen^ epocas y progrcsos del teatro tspanol^ etc. , par Manuel Garcia de Yillanueva Hugaldo y Perra , en Madrid , 1802. ) De ces cxpressions de la loi, Thistorien dnthéåtre espagnol conclut: que, des le milieu du treiziéme siécle, il existait, en Espagne, des piéces religieuses; 2<> qu'elles avaient lieu dans les églises et ailleurs; que les acteurs étaient des Xvit^ oa des clercs å volonté , etc.

(Råynouard, Journal des Savans^ 1856, p. 56f .)

Il est ä croire qu'au treiziéme siécle les Mystéres étaient austi re- présentés depnis long-tcmps en Italie, puisque Villani, lib. ¥iii, ch. 70, rapporte qu'eii 1504 il arriva å Florence un accident funeste ä propos d'un théåtre qui, ayaiit été élevé sur un pont ,* s'écroala sous la multilude des spectateurs, dont un grand nombre périt. 11 faut enoutre rcmarquer qnc Yiil.uii ne raconte pas cet accident pour indiquer Texistcnce des Mystéres, en Italie, å Tépoque dont il ptrie (fait qu'avec son exactitnde ordinaire il eOt cependant mentiooné $*il edi été récent alors), ma is seulement pour faire conoattre le malheur arrivé en cette occasion.

PEKFACE. XIX

que, la disputoison du croisé et du descroisé par BuUåeufj qu'y range Legrand dCAussy, parce qu'il n\ a dans octte piéce aucun jeu de scéne, qu'elle n^est qu'un dialogue entré deux personnages, une églogue aur UD sqjet con temporam, et que, si l'on admettait Topinion du savant traducteur de nos fabliaux , il fiiu- drait ranger aussi dans la catégorie des oeuvres dra- matiques la Disputoison de Charlot et du barbitr dt Melon , celle de Sjrnagogue et de Sainte Église; les fabliaux intitulés la Chasse du Cerf ^ Margutt convertie^ etc. Je préférerais de beaucoup y compren- dre FHerberie Butebeuf^ spirituelle parade de foires et detréteaux que je ne puis mieux comparerqu'aux chan- sons bouflfonnes de Plantade , et qui serait alors une composition beaucoup plus incontestablementdramati- que, bien qu'ellen'ait ni dialogue, ni action,etqu'ellc soitrécitéepar un seul homme. Tel est, d'aprés toutes les découvertes faites jusqu^ä nos jours, Tinventaire ri* goureusement exact des productions dramatiques chez nous, au xni'siécle. On a doutc long-temps qu'aucune d'eUes e6t été jamais représentée , et peut-étre a-t-on eu raison, si Ton a voulii entendre ce mot dans le sens despectacle public, sedonuantdans les villeså certains jourset å certaines heures, ainsi que cela se pratiqueau- jourd^hui; mais, comme, d'aprés leur contexturc, leur jeu de scéne, leur prologue méme(Voy. surtout celui du jeu de S. Nicolas)^ ces piéces étaient évidem- ment destinéesåune representation quelconque^ il fau- dra bien en conclure que , si les villes n^étaient point assez richespour entreteiiir des troupes de ménétriers,

b.

XX PREFACE.

pour avoir des lieux propres aux representations et sub- venir aux dépenses qu'eiles nécessitaient, tout porte ä croireque les princes et les grands seigneurs, qui avaient, eux , des ménestrels attachés ä leurs person- nes, que les abbés, qui disposaient des vastes salles des cloitres, en usérent pour faire represen ter des mi- racles ou des jeuoc (i). Cest ainsi que nous pouvons supposer que la charmante et fraiche pastorale de Ka- bin et Marioriy dxie au trouvére Adam de la Halle, qui avait suivi Charles d'Anjou en Italie, fut représentée å Naples devant ia cour de ce prince, qui était toute frän- ^aise ; que le miracle de Théophile et \ejeu de S. Nicolas étaient réservés aux clercs, et que \cjeu de Pierre de la Broce ful représenté dans la demeure de quelque famille seigneuriale ennemie de ce ministre et satisfaite de sa chute.

Mais, si nous avons quelques rcnseignemcnts sur le fonds et si la conservation des monura;.-nts nous auto- rise a prononcer affirmativement sur le fait de la re- presentation , nous sommes loin d'étre aussi avancés sur lesdétails. Comment répondre, en effet, aux ques-

(1) Sur ces dénominations de jeu on de miracU , voici ce qae je pense. L' esprit du temps avait fait imagiuer et écrire beaucoup de Yies de Saints en vers. Ces ouvrages étaient faits pour étre décla- més, et on leur avait donné le beau nom de iragedies. Pcu ä peu Tärt se perfectionnant par Tinstinct , on resserra ce cadre trop väste. On s^astreignit å un fait particulier (ordinairement c^était un miracle)-^ on le mit en action , et , comme ces nouvelles piéces furent jouees^ et qu^elles étaient failes pour Tétre , on les nomma jeux , afin de les distinguer des iragedies qui n'étaient que déclamées. ( Legrand d'Aussy, Contes et Fabliaux, t. II, p. 174 , édit. Reno|iard.)

PRKFACC. XM

tioos qu^on nous pourrait faire sur le théåtre et sa pa- rure , sur les costumes , les décorations , les acteurs , les machines , les apparitions diaboliques, etc, etc.? Nous avouons qu'ici tout nousmanqueä la fbis, et que Dous ne pouvons méme raisonner de Paccessoire théÅ- tral du XIII' siécle que nous ne connaissons pas , par analogie aveccelui du xv* que nous connaissons ; car la difTérence entré ces deux époques fut si grande queceserait nousexposer k tirer de faussesinductions.

Une chose qu il faut bien remarquer au xiii* siécle, c'est que le théåtre, qui, chez nous aux époques précé- dentes, avait été presqu'exclusivement religieux , de- Yient tout-å-coup profane avec le jeu de Robin et Ma- rion , celui de Pierre de la Broce , etc. Gette circon- stance qui tient å une transformation sociale impor- tante, mérite qu'on s'y arréte. La féodalité, cet Age de fer qui s'était allié si intimement au sacerdoce , avait cédé une partiede sa puissance au clergé. Les barons, a i'aide de leurs cuirasses ^ de leurs gantelets d'acier et de leurs hommes d 'armes, étaient en possession de la force; TÉglise, avec son glaive spirituel, avec ses in- timidations religieuses , son long usage et sa culture de tout ce qui avait trait h Fintelligence, était la reine des idées. La noblesse et le clergé marchaient donc en s'appuyant l'un sur l'autre : c'étaicht deux fréres juroeaux dont la vie, commencéeau méme instant, de- vait se terminer ä la méme heure.

Gette derniére conformité de destince ne leur faillit pas.

Le systcme feodal, si puissant durant plus de deux

Wll PRÉFAGb.

siécles, tut miné sourdement vers la fin du xii% par

UD pouvoir, humble d'abo^d, rival ensuite et bientöt

dominateur , qui , en politique y devint le fondement

d'une organisation nouvelle , la commune , et fit pas-

ser, pour ce qui a rapport å Tärt dramatique, la puis-

sance cléricale aux mains des confréres laJcs : ce nou-

veau pouvoir^qui devaitådaterdecetteépoque devenir

envahisseur et puis inaUi*e, étai t tout simplement le </e/*,f-

eta/yc'e8t*å-dire le peuple, qui avait jusqu'alorsrelevé

de toutyCt duquel, au contraire, tout releva plus tärd.

Au XII' siécle , les confréries composées de laics fu-

rent établies dans un but de piété et de charité. EUes

étaient sérieuses, sévéres, et ne songeaient pas å åtta*

quer TÉglise. Au xiii', elles la dépossédérent en parlie

de son influence , malgré la résistance du clergé , qui

chercha ä les combattre par Tétablissement des ordres

mendiants, et au xiv' elles la remplacérent compléte-

ment. Aipsi en 1^43 on joue un mystére en plein air

ä Padouehors de Téglise, et en 1364 il se forme dans

cette ville une société qui represen te la passion durant

la semaine sainte. Presqu'en méme temps nait cbez

nous (en 1^85 selon les uns , en i3o3 selon les au-

tres) la confrérie bouflonne de la Basoche^ et d'aprés

lerécitde Geoflroy de Paris, nous voyons en i3i3,

lors de la célébration des fetes données par Philippe-

le-Bely les tisserands représenter :

Adam et Éve,

Et Pilate qiii ses mains leve , etc.

tandis que les corroyeurs contrefont la vie de Renard, qu'ils montrent aux spectateurs habillé en évéque et

PREFACE. XXIfl

en archevéque. En i38o apparait la corporation des EnFants sans-souci; en i38i celle de la Mére folie de Dijon et la société des Fous de Cléves, etc, qui toutes se livrentavec iUreur aux amusements du théåtre (i). Cest ici le lieu de placer une observation d'un grand intérét pour notre histoire littéraire. Le xiv* siécle , qui en proseconipte plusieurs ccrivains remarquables, est cbez nous en poésie d'une extreme pauvreté. Se- rait-ce qu 'apres le siécle de Saint-Louis, qui fut pour la langue romane ce que fut celui de l^ouis XIV pour la langue frau^aise , la facuité poétique se serait éteinte subitement ? Est-ce donc comme Fa écrit un critique du siécle dernier, u qu'inépuisable, et toujours la méme dans ses productions physiques, la nature serait bor- née dans son énergie morale , et n'aurait en ce genre qu'une fécondité passagére qui la condamnerait ensuite ä une longue stérilité?» Loin de lä; mais les évé- nements qui semérent la France a cette époque de désolation et de ruines, savoir : les revers et la cap- tivité du roi Jean, la conquéte d'une partie du royaume par les Anglais, la folie de Charles VI, etc., restreigni- rent de beaucoup le sentiment poétique et durent je ter dans toutes les åmes une profonde tristesse. La langue- romane, en outre, entrait alors, quoique d^une

(1) Selon M. Tabbe de La Rue [Essais historiques sur les bardesy iesjongUurs et les trouvéres normands et anglo- normands) , des représentatious de Myste res auraient eu lieu chez les Normands et les Aiiglo-Noniiands, long temps avant qu'elles eussent lieu å Pa- ris. U cite ä Tappui de cette opinion le Mystére de la Peniecoie , joué, selon lui, å Ghester en 1527, et celui de la Naissanct de Jesus- Chrisiy représenté i Bayeux en IMO.

XXIV PHEFACE,

maniére pcu sensible, dans sa premiére période de dé- cadence. Ce serait donc une chosc étonnanle que nous eussions conservé un assez grand nombre de morceaux draaiatiques remontant ä cette époque, s'ils ne se trou- vaient lous compris dans le méme recueil, et s'ils n'a- vaiont été probablement coniposés pour la méme com- frérie, peut-étre par le méme auteur. Ce recueil, coté parmi les Mss. de la Bibliothéque du roi sous le n" 7208, gr. in-4**, est intituléil//rac/e^ de Notre-Dame. L'écriturc en est, ainsi que les vignettes , de la fin du

m

xiv*ou ducommencement du xv'siéclc; il se composc de deux voluraes contenant, le premier v ingt-deux mi- racles, et le sccond dix-huit(i).

(1) Un de ces miracUs, celui de Rober t-U-Diable^ a été imprimé å Roaen en 1856 , chez M. Édouard Frére, libraire de la Bibliothé- que et de la ville, auquel les amateurs de uotre vieille langue sont déjå redevables de Timpression du Roman du Rou , du Roman du Brut , etc. Depuis^ , j^ai fait copier pour Thonorable M. Langlois, directenr de TAcadémie de peinture de la méme ville , un autre de ces miracles, celui de la Reine Bautheuch , qu'il se propose de pu- blier. Cette derniére circonstance m'engage a donner ici le catalogue exact de tous ceux que contient le manuscrit. Peut-étre , dans cette longue serie de monuments, s'en trouvera-t-il qui auront trait, pour plusiéurs de nos érudits, ä des sujets de prédilection. Puisse, dans ce cas, cette mentiou engager queiqu'un d'eux a les mettre au jour!

TABLE DES MIRACLES DU 1'^ VOL. MSS. DE LA BIBLIOTHisQUEDUROI, COTÉ 7308 A, ET ACHETÉ 100 FR. PAR CANGÉ.

Fol. 1. Miracle de N. D. au sujet d'ua enfant qui fut donné au diable quant il fut engendré. Fol. 14. Cement N. D. délivra une abesse qui estoit grosse.de son

clerc.

Fol. S4. DeTévesque que Tarchediacre ametrit pour estre évesque aprte sa mört.

Fol. 34. La fame du roy de Portugal tua le séneschal du roy et sa

PREFACE. X\V

MatDtenant , ces miracles étaient-ils joués par des coofréres? Tout portek le croire; mais il est possible.

propre cousine; elle fut condamiiée k ardoir, et N. D. Ten guarantit.

Fol. 46. Salomié qui ne croioitpas que IS. D. eut eojTanté virgina- lemeDt sans oeavre d'home perdi les mains pour ce qu'elle le voulut esprouver ; elle se repentit , mit ses maiDS sur N. S. , et elles luy forent rendaes.

Fol. 56. Un roy fit couper les poinls å sainct Jean ChrisosUioines, et N. D. lay refit une nouvellc main.

Fol. 69. D*une none qui laissa son abaye pour s'en aler avec uu clievalier qui Téponsa , et depuis qu'ils orent eus de biaus enfans , N. D. s'aparat a elle , dont elle retouma dans son abaye , et le che- ▼alier se rendit moyne.

Fol. 79. D'un pape qui , par sa convoitise , vendit le basme dont servoit deux lampes dans la cbapelle St-Pierre ; sainct Pierre s*apa- nit å luy et luy dit qu'ii seroit damné, et depuis , par sa bone rcpen- tence, N. D. le fit absoudre.

Fol. 90. De sainct Guillaume-du-Désert , duc d'Aquitaine , que les diables batirent tant qu'ils le cuidérent laisser mört , pource qu'il ne vouloit retoumer au monde, dont N. D. le vint reconforter et le guérir(l).

Fol. 101 . D'un évesque ä qui N. D. aparut et lui dona un jouel d'or auquel avoit du lait de ses mamelles.

Fol. 109. Coment M. D. guarantit de mört un marcbant (qui longtcmps Tavoit servie decbapiaux) d'un larron qui Tespioit, et conment elle s'aparut au larron et au marcbant , et puis de vint le larron hermite.

Fol. 1 1 6. La marquise de la Gaudine , par Taccusement de Toncle de son mary , fu condamnée å ardoir. Antbenoy , par le comande- ment de K. D. , s*en combatit a Toncle et le déconfit en cbamp.

Fol. 127. De Tempereur Julien que sainct Mercure tua par le co- mandement ^. D., et Libanius, son sénescbal, qui cela vit en vision, se åt baptiserå St-Basile, et devint hermite, et pour voir N. D. en sa biauté , soufrit qu*on luy crevast les yeux , et le renlumina N. D.

(1) M. Thomassy» ancien éléve de Vécole des Cbartes , qui se pro- pose de publier prochainement le roman å*Aytneri dt Narbonne^ va noosdonnerbientdt ce Miracie^ qui se lie accessoirement au sujet du poéme.

XXVI PRBFACE.

comme ces mystéres sont sérieux, que des ecclésiasti- ques aient pris part ä leur representation en méme

Fol. 139. N. D. , å la requeste de salnt Prist , délivre un prévost du purgatoire.

Fol. 151. Commenl un enfant resuscita entré les brås de sa mére que Ton vouloil ardoir , pource qu'e]le Favoit noyé.

Fol. 165. De la mére d'un pape qui tant 8*enorgueilli pour son fils pape et ses deux autres fils cardinaux, qu'elle se reputa greigneur que N. D.

Fol. 179. D'uii paroissien cxcomenié que N. D. absolu sur la re- queste du bon fol d' Alexandrie.

Fol. 197. Une femme, nomée Théodora, pour son péchié se met en habit d'home , vi pour sa penance faire devint moyne et fu tenu pour homme jusqu'aprés sa mört.

Fol. 211. D*un chanoine qui , par Tennortement de ses amis , se maria , puls laissa sa fame servir N. D.

Fol. 223. De sainct Sevestre et de Tempereur Constantin qu*il converti.

Fol. 235. De Barlaam, maistre d'hostel du roy Avennir, qui con- vertit Josaphat, le fils duroy, et depuis*, Josaphat convertit son pére et tous ses gens.

Fol. 250. De sainct Panthaléon que un empereur fit décoler avcc Hermolaiis et ses deux compaignons qui Tavoient baptisé.

DBUXIEME VOLUME, COTÉ 7208, B.

Fol. 1 . Gy commence un miracle de Notre-Dame, d'Anii8 et d'A- mille, lequel Amille tua ses .ui. enfantspour garir Amis» soacom- paignon , qui estoit mesel , et depuis les resuscita Notre-Dame.

Fol. 15. Cy commence un miracle de sainct Ignace.

Fol. 28. Cy commence un miracle de sainct Valentin que un em- pereur fist décoler devant sa tablc , et lantost s'étrangla Tempereur d*nn os qui lui traversa la gorge , et dyables l*emportérent.

Fol. 39. Cy commence un miracle de Motre-Dame, commeat elle gärda une femme d*estre arse.

Fol. 53. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de Temperear de Rome que le frére de Tempereur accusa pour la fére destruire, pour ce qu'elle n*avoit volu faire sa vonlente, et depuis devint mesel , et la dame le garit quant il ot regehy son mesfait.

Fol. 69. Cy commence un miracle de Notre-Dame, comment Östes, roy d*t)spaingne, perdi sa terrc par gagier contre Bérengier

PREPAGE. XXVII

temps que des séculiers : nous retrouvona plus tärd des exeinples de ce iiiélange.

qui le tray et Ii fist faux entendre de sa femme , en la bonté de la- quelle Ostcs se fioit , et depuis le dcstruit Östes en chimp de ba« taiUc.

Fol. 84. Cy commence un miracle de Notre-Dame , comment la fiUe du roi de Uongrie se copa la main pour ce que son frére la vou* loit espouser, et un esturgon la gärda .vii. ans en sa molette.

Fol. 103. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de sainct. Jchan le Paulu , hermite , qui , par temptacion d'ennemi « occist la ftlle d'iin roy et la jetta en un puiz , et depuis , par sa penance , la resuscita Notre-Dame.

Fol. 117. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de Berthe, feme du roy Pepin , et qui ly fu changée , et puis la retrouva.

Fol. 1 39. Cy commence un miracle de Notre-Dame » du roy Thierry å qui sa mére iist entendant que Osane , sa femme , avoit eu .m. chiens, et eile avoit eu .iii. iils , dont il la condampna å mört, et cciii qui la durent pugnir la mirent en mer , et depuis troura le roy, set enfants et sa femme.

Fol. 167. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de Robert-lc- Dyable, fils du duc de Normendie , h qui il fu enjoint, pour ses mes- CutSy que il feist le fol sans parler ; et depuis ot notre Seigneur mercy de ly , et eqpousa la Alle de Tempereur.

Fol. 173. Cy commence un miracle de Notre-Dame et de saincte Bantheuch , femme du roy Clodoveus , qui , pour la rébellion de ses dem eaianf , leur fist cuire les jambes , dont depuis se revertirent et devinrent religieux.

Fol. 192. Cy commence un miracle de Notre-Dame, comment N. S. icsaMigna que un marchant , qui avoit emprunté argent d'un Juif k paier å jour nommé , Tavoit bien et deuement paié , combien qtie le Juif lui reniast , et pour ce se fist le Juif crestienner.

Fol. 306. Cy commence un miracle de Notre-Dame, d'un marchaot nommé Pierre^le-Changeur , qui , par lonc temps , avoit vesqui de mauvaise vie, qui fu si målade que il cuidoit morir ; et en sa makdie, vit CD avision les dyables qui le vouloient emporter, et N. D. Ten farentiä la priére d'un ange qui le gardoit , et depuis vint å santé et ist tantde bien qa*il converti un Sarrasin.

Fol. 221. Cy commence un miracle de Notre-Dame, de la filled'un roy qui ic parti d'avec son pere pour ce que il la vouloit espouser , e(

XXVIII PRÉFACE.

Le xiv! aiéde nous fournit encore , mais en Italie et écrites en latin, par un homme (Albertino Mussato) qui fut ä la fois ambassadeur , grand politique , grand poete, vaiilant soldat , bon ciloyen , et honoré å Pa- doue, sa patrie, du méme triomphe et de la méme couronne littéraire que d'autres villes décernérent plus tärd ä Pétrarque et au Tasse, deux tragédies publiéesen i636, äVenise, par Villani, et qui n'ont jamais été traduites en fran^ais. Ges productions dra- matiques ont cela d'extraordinairectd'anorinal qu'elles sont empruntées, Tune (^Ui Mört d^Achille)\i Homére, dont la mythologie sommeiliait depuis plusieurs sié- cles, l'autre (Eccelino lyran de Padoue ) å Tun de ces sujets contemporalns, si lugubres, si sombres^ qu'ils ont flatté de nos jours Timagination d'un grand poéte et lui ont fourni le type d^Angelo.

Le XIV* siécle offre encore quelque cliose de fort remarquable et du plus grand intérét pour l'histoire dramatique. Je veux parler de Pétablissement des Coh-

laifisa habit de femme , et se mainteint com chevalier et fu sodoierde Fempereur de Constantinoble , et depuis fu sa femme.

Fol. 246. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de sainct Lorens quc Dacien fist morir , et Philippe Tempereur fist-ii morir pour estre emperiére.

Fol. 262. Gy commence un miracle de Notre-Dame , coment le roy Glovit ae fist crestienner a la requeste de Clotilde , sa fen^me , pour une batailie que il avoit contre Alemans et Seves , dont il ot la victoire; et en le crestiennant envoia Dieu la saincte Ämpole.

Fol. 280. Cy commence un miracle de Notre-Dame , de sainct Alexis qui laissa sa femme le jour qu il Tot espousée, pour aler estre povre par le pais , pour Tamour de Dieu , et gärder sa virginité. Et depuis revint chiez son pére , et morut soubz un degré et ne le cognut i*en devant qu'il fu mört.

PREFACE. XXIX

/réres de la Passion. Tout le monde sait que leur premierc résidence fut ä Saint-Maur-des-Fossés , prés VinceDnes, alors lieu favori de pélerinage et de plai- sir pour les Parisiens, et que se fit, en 1 398, le pre- mier essai de leurs representations, imitées des chants et descantiques que psalmodiaient oumimaient, en llioniieur des saints et des martyrs, les pélerins qui se trouvaient rassemblés en ce lieu. Le prévdt de Paris s'étant imaginé d'y apporter obstacle , å cause , discDt les fréres Parfait , (( de la liberté que ces bour- geois prenaient de jouer dans un lieu renfermé, ou peat- étre ils exigérent de Pargent des spectateurs, » ces pieut acteurs érigérent leur société en confrérie, sous le titre de la Passion de Notre-Seigneur , et se pourvurent devaot lacour. Charles VI, ayant assisté ä quelques-unes de leurs representations, en fut sisatisfaitqu'ilaccorda auz confréres, le 4 décembre 1402, des lettres palentes, proToquées par une requéte de Jehan Aubry , Jeban Diipin et Pierre d^Oisemont , maistres et gouverneurs de la confrairie de la Passion et Résurrection de Nostre-SeigneuPyfondée en Véglise de la Trinité y par lesquelles il les autorisait ä transférer leur théåtrc ä Paris, a jouer dans cette ville des comédies pieuses, dites Moralités et Mystéres,* et ä se montrer dans les mes vétus de leur costume théåtral. (Ord. du Louvre, t. VIII, p. 555; Rec. gén. des anc. lois frang., t. vii, p. 4^5 Hist. du Tbéåtre frän?., t. 1.) (i).

(1) Peut-étre faudrait-il aussi attribuer rétablissement des Con- frires de la Passion , non å rimitation des chants ou des jeux de Pélerins , qne Boilean, sans rapporter aucunc autorité , fait , daiis

XXX PREFACE.

Mais Ik j en ce siécle , ne s^étaient pas bornées les innovations dramatiques. Il y avait eu le drame muet, c'est-ii-dire les divertissementsnon dialoguésque nous retrouvons fort usités et en grande faveur jusqu'au XVI' siécle inclusivement , ä Pentrée des rois et des reines ; puis les entremetSy espéces d'actions théåtrales qui avaient lieu dans les festins , la plupart du temps å l'aide de machines.

On avait oiéme eu un exemple de ces derniers dés le siécle précédent. En 1237 , au rapport d'Albéric* des-trois-Fontaines , lors du mariagc de Mahaut de Brabant , fiUe ainée du duc Henri II , avec Robert , comte d^ArtoiSy frére de saint Louis , des gens montés sur des boeufs vétus d'écarlate firent combattre ces aniinaux entré chaque service , et un autre Bt courir un chevai en l'air sur la corde (i).

son Art poetigue, ch. in, monter eux - mémes sur le théåtre ; mais , linsi que Ta remarqué avec raison M. Taillandiet dans nnc excellente notice sur les Confréres- de la Passion insérée dans la Bevue rtlrosptctive^ n^ 12 , « å une association d'un tout autiT genre et pureinent profane , qul se forma vers la fin du régne de saint Louis, quand des jongleurs et des jonglcresses de profession se retirérent dans une rue qui prit d'abord leur nom , et qui depuis , en 1351 y fut appelée rue de St-Julien<des-Ménétriers, apres que Té- glise de St-Julien eut été fondée par deux jongleurs, Jacques Grure etHugues-lc-Lorrain.» Les Confréres de ta Passion n'auraient été que les suecesseurs immédiats et perfectionnés de ces jongleurs qui se contentaient de chanter les Mystéres, tandis que les confréres cherchaient ä les transformer en actions mimiques plus propres å frapper Fattention du public.» (Yoyez aussi sur ce sujet, i'Hist. litt. de la France, t. xvi, p. 243.)

(1) Ibi) sicut dicinitur, usque ad ccnlum quadraginta milites, et

PREFACE. X\XI

Ce genre de drame, si i'on peut parlerainsi, ne s^ar- réta point h cet essai ^ et fut accueilli avec la plus grande faveur. En iS^S, Charles V,ayant donné au Pa- lats de justice un grand festin a i'enipereur Charles IV, son oncle,y fit représenter un en^reme^^endeux parties. Lesujetétait la conquéte de Jerusalem par Godefroy de Bouillon. Au premier acte on vit un vaisseau peint de mille couleurs , ajant Chatel des^ant et derriére , representant la flotte des croisés» å la tete desquels on remarquait Pierre Fhermite en habit de moine. A l'aidede machines cachées dans Tintérieur, oe vaisseau parvint ä se mouvoir et ä passer du coté droit de la salle au c6té gauche , ou était figurée Jerusalem , ayant ses tours , son temple et ses murailles garnis de Sarrasins que les chrétiens assaillirent. On pense bien que la victoire ne demeura pas aux premiers.

Quant aux dramcs qui se jouérent aux entrées des rois, voici ce que nous savons. En i38o, Charles VI, a son entrée dans Paris, trouva (Voy . VHist. de la ville de Paris , liv. XIV, p. 687 et 688) les rues omées de ricbcs tapisseries , de chceurs de musique, de fontaines qui jetaient du lait, du vin , etc.; il y eut aussi sur son passage des representations pieusesäpersonnages.

En 1385, lors de Fentrée dlsabeau deBaviére, femme de Charles VI, dans la capitale, il y eut de gran- des réjouissances. (( Dessoubs le monstier de la Trinité,

Uti qui dicuolur ministelli in spectaculis vanitatis multa ibi fece- niot, sicut ill6 qui in equo super clKirdam iu aere equilavit, et sicut iUi qoi duos bo?et de scarlata vestitos eqnitabant , ooniieantes ad MngaUfercola qac apponebanUir .

XXXil PREFACE.

dit Froissard , sur la rue, avoit ung eschafault , et sur l'escha&ult ung chastel , et lä, au long de rcschafault estoit ordonné le pas du rov Salhadin , et tous fais de personnages , les Chrestiens d'une part et les Sarrazins de Tautre , et estoient par personnages tous les sei- gneurs de nom qui jadis au pas Salhadin furent , etc. Et quant la roync de France fut amenée ci-avant en sa lictiére que devant PeschaFault ces ordonnances estoient , le roy Ricbart se départit de ses compaignons et s'en vint au roy de France et demanda congié pour aller assaillir les Sarrazins et le roy lui donna. Ce congié prins, le roy Richart s'en retourna devers ses XII. compaignons, et alors se mirent en ordonnances, et allérent incontinen t assaillir au roy Salhadin et ses Sarrazins, et la y eut par esbatement grant bataille* et dura une bonne espace , et tout fut veu moull voulentiers '. »

(1) n existe dans le Mss. de la Bibliothéque du roi, n^ 198 {Olim^ ai-5, N. D.)t une piéce intitulée .- « Cy commence le pas Salhadin,» qni est le récit en vers du xiiret peutétre m(>me du xir siécle , du fait raconté par Froissard. Gette piéce a été publiéepar M. G. S. Tré- butien (Paris, Sylvestre, 1856, in-S^). En voici le commencement -.

Del recorder est grans solas De cheaus qui gardérent le pas Contre le roy Salehadin , Des douzes princes Palasin Qui tant furent de grant renon. En mainte sale les point-on , etc.

M. Trébutien fait rcmarquer avec raison que ce dernier vers , qui nous apprend que le pas Salhadin était peint dans les salles des vieux chåteaax , prouve que Taction qui y avait donné lieu jouissait « an moyen ågc , d'uno grando célébrité.

PRÉFAGE. XXXIIT

En outre ^ 1'histoire nous apprend que, pour cette méme entrée^ les rues étaient tendues de tapisscries ; que le vin ^ ainsi que d'autres liqueurs^ coulaient des fontaines; que sur diflerens théåtres on avait placé des choeurs de musique, des orgues, etc.^ et que des jeuoes gens j représentaient (voyez les fréres Parfait) diverses histoires de V jincien-Testament^ etc, etc. Au siécle suivant , les spectacles qu'on donnait aux entrées des princes et les entremets prirent un déve- loppement prodigieux, qui dans certains cas tient pres- que de la fable. Monstrelet, dans ses Chroniques (t. II, p. 77 et 78 , édit. deMétayer), ä proposde Tentrée å Paris de Henri VI d'Angleterre , alors ågé de dix ans, qui occupait au préjudice de Charles VI une partie du royaume , rapporte ce qui suit : ((Si avoit au poncelet St.-Denys ung eschafl&ut sur lequel estoit comme unemaniére debois, ou estoient trois bommes sauvageset une femme qui ne cesserent decombattre Fun contre Tautre 'y tant que le roy et les seigneurs fussent passez, et avoit dessoubz le dit eschail&ult une fontaine jettant hypocras et trois seraines dedans... Et depuis le poncelet en tirant vers la seconde por te de la rue St.-Denys , avoit personnages sans parter^ de la JVatmté N. D.y de sonmariage et de radoration des trois rojrs , des innocens y et du bonhomme qui semoit son bledy et furent ces personnages tres bien jouez. Et sur la porte St. Deny3 fut jouée la légende de S. DenySy qui fut volontiers véue des Anglois. En outre devant les Innocens y y avoit un cerf vif , etquand le roy passa devant , on feit courre ledit cerf et des

XXXIV PnEFACF..

chiens et veneurs. Apres fut graod piéce chasaé å force et se vint rendre emprés les pieds du cheval du roy , Icquel roy luy feit sauver la vie. »

Nousvoyons également dans unefestin donné le 17 décembre de la méme année pour le sacre du méone roi au Palais : « Que quatre entremets fuvent pré- senlez åeyznl la table ; c' est a savoir le premier d'une image de N.D.etunpetitrof couronnée emprés; le second d'unejleur de Ijs couronnée d'or tenue par deux anges ; le tiers d'une dame et un paon; le quart d'une dame et un singe.,. Et pareille- mentfutjoué de plusieurs instrumens de musique ; et le lendemain en suivant furen t faites de beles joustes en rhötel St. Pol. »

Olivier de la Marche, dans ses Mémoires toucliant les souveraines maisons pour la plupart d*'Au' tric/ie , Bourgogne , Prance , etc. , a consigné les détails d'un grand nombre d^entremets. Cest ainsi qu^en i453 , le duc de Bourgogne byant donné ä Lille un banquet pour y faire prononcer des voeux de croi- sade contre les Tures, on vit paraitre dansce festin les divertissements quisuivent, qu'on pourraitappelerdes enivemeis monstreSj et que le chroniqueur dit ayec rai- son étre å^un outrageux excés. (( En ceste salle , écrit Olivier de la Marche , avoit trois tables couvertes, Tune moyenne , Fautre grande , et Tautre petite. £t sur la moyenne avoit une église croisée, verrée et &icte de gente fa^on , ou il y avoit une cloche sonnante et qua- tre chantres. Il y avoit une au tre entremetz d'un petit cnfnnt tout nu , suruneroche, qui pissoit eaue rose

PREFAGE. XXXV

continuellement. Uo autre entremetz y avoit,d'une caraque ancrée, garnie de toute marchandise et de per- sonnages de mariniers. . . Un autre d'une moult belle, fontabe , dont une partie estoit de verre et Tautre de plomb de tres nouvel ouvrage... La seconde table, qui estoit la plus longue, avoit premiérement un pasté, dedans lequel avoit vingt huit personnages jouans de divers instrumens , chacun quand leur tour ve- noit , etc., etc. Quand chacun (ut assis en Téglise (qui fut le premier entremets), sur la principale table, sonna une cloche tres haut , et apres la cloche cessée trois petits enfans chantérent une tres douce chan- son; et lorsquUlz l'eurent accomplie, au pasté (qui estoit le premier entremetz de la longue table comme dessus) y un berger joua d'une musette moult nou- vellement. Apres ce, ne demoura guéres que par la porte de Pentrée de la salle entra un cheval å reculons, richement couvert de soye vermeille sur lequel avoit deux trompettes , assis dos contre dos , et sans selle, vestudejournades de soye grise et noire, chapeau en leur teste et faux visages nus. Et les mena et les remmena ledict cheval tout au long de la sale k reculons, et tandisilz jouérent une batture de leurs trompettes, et y avoit å conduire cest entremetz, seize chevaliers. Cest entremetz acompli, en Téglise fut jooé des orgues, et au pasté (ut joué d'un cometd'Ale- maigne moult estrangement ; et lors entra en la sale un luyton, ou un monstre tres defiguré.... Il avoit estrange barbe et visage ; il portoit en ses mains deux dards et nne targe , il avoit sur la teste un homme , les

c.

XXXVl PRÉFACE.

piés dessus , qui se soustenoit ^r ses deux mains sur les espaules du monstre, et le diet monstre estoit montc sur un sanglier , couvert richement de soye verde , et quand il eust faict son tour parmy la sale , il s'en retourna par ou il estoit venu, et cessa ce misthre pour ceste fois. Apres ce mistere furent joué des or- gues de Féglise. . . . , ot cntra dans la salie un art mer- veilleusement grand et beau, lequel estoit tout blanc. Tels furent les entremetz mondains do cette feste.

Le méme siécle vit encore quelques spcctacles d^en* trées non moins singuliers. La chroniquescandaleuse, par exemple, racontequ'å Tcntrée de Louis XI, il y avoit ä la porte St*Denys, ((une moult bellenef en figure d'ar- gent... dedans laquelle estoient les trois estats;etanx chåteaux de devant et derriére d'icelle nef , estoient Justice et Équi té, qui avoient personnages pour cea eux ordonnez , et ä la hune du mast de la neF, qui estoit en fagon d^un lis , yssoit un roy habilié en habit royal , que deux anges conduisoient. »

L'allégorie, comme on voit, était flatteuse; mais ce qui suit n'élait pas ti*op honnéte. Au rapport, en effet , de Jean de Troyes , greffier de Thétel- de-ville : « Un peu avant dans ladite ville, estoient ä U foDtaine du Ponceau, hemmes et femmes sau- vages, qui se combattoient et faisoient plusieurs contenaoces, et si y avoit encore trois belles filles falsans personnages de seraines toutes nues , et kw^ s^oit^ 09h le beau tétin , droit y sépiiré , rond et duf\ qui estoit chose bien plaisante , et disoient de petits mötets et bergerettes.... et un peu au-dessous dudit

PREFACE. XXXVII

EH>noeau, å rendroitde la Trinilé,^ avoit une pas- sion par personnages et sans parter ^ Dteu estendu en la croix et les deux larrons ä dexlre et å senestre. Et plus avant å la porte aux peintres avoit autres person- nages moult richement habillez ; et a la fontaine Saint- Innocent y avoit aussi personnages de chasseurs qui accueillirent une bische illec estant, qui iaisoient moult grant bruit de chiens et de trompes de chasses, et ä la boucherie de Paris y avoit eschadaut figurez ä la bas- tille de Dieppe; et quand le roy passa , il se livra illec uierveilleux assaut degensduroy ä l'entour des Anglois estans dedans ladite bastide, qui furent pris et gan- gniez, et eurent tous Les gorges coupées. Et contre la porte du chastellet y avoit de moult beaux person- nages y etc. »

Quelquefois ces personnages reprcsentaient une bis* toire suivie. Äinsi Alain Charlier nous apprend dans son Histoirede Charles VII, qu'ä Tentrée de ce prince, u tout au long de la grande rue St.-Denys, auprés d'an jet de pierre Tun de l'autre, estoient faits eschauf- faubc bien et richement tendus , ou estoient faicts par personnages, l'Annonciation N. D. , la Nativité de N. S., la Résurrection et Pentecoste, et lejugement. »

Mais comme souvent l'action n'ctait pas facilc å dc- méler, au milieu de cette succession d'événemens, on crut devoir y ajouter un personnagc chargé de donner rexfdication du sujet. Cest ce que Ton vit ä Teiitrée d'Anne de Bretagne, ou il y eut unjeit des trois JRois, des cinq Annes de Técriturc, et aultres mjrstei^es faicts par les frippkvs .

XXXVIII PREFACE.

Laissant . maintenant ce genre de tableaux^qui n'a rien de littéraire et ne ticnt au drame qu'acces- soirement, nous compléterons le coup-d'c£iI que nous ▼enons de jeter sur notre ancien théätre en poursui- vant rapidement l'histoire des confréres de la passion et celle des sociétés rivales qui ne tardérent pas ä ele- ver un autel contre le leur.

La premiére qui s'ofTre å nous est celle des Clercs de la Basoche^ confrério antérieure ä celle de la Pas- sion, puisqu'elle date de Philippe-le-Bel, mais qui ne de vint une association drama tique que plus tärd. On la trouve pourtant déjä en 1 44^ ^^ possession de jouer des Moralitez, des Farces et des Sotties ; mais cela seulement trois fois l'an. Gette société, dont les piéoes étaient la plupart du temps de virulentes satires dirigées contre des personnages du temps, vit ses productions accueillies avec la plus grande iaveur par tout le monde, jusqu^au mois de mai 1 476 , qu'un arrét du parlement défendit ä chacun de ses membres de donner des re- presentations , sous peine de bannissement et d'étre battus de verges. Gette suspension dura jusqu'en i497-

Louis XII , (( a(in que la vérité pCit parvenir jusqu'å lui » , dit Guillaume Bouchet dans ses Sérées, permtt aux Basochiens de rouvrir leur théåtre, et de le dres- ser, lorsqu'ils joueraient, sur la fameuse table de marbre du Palais. Leurs representations ne cessérent que sous Fran^ois T', qui les avait d'abord permises.

Les seconds concurrens des Confréres de la Pas- sion dans la charge d^amuser et d'intéresser nos péres iuvcnl\c^ Enfaus soiis-souci. Gette confrcrie, for-

PREFAGE. XXXIX

mée au commenoement du régne de Charles VI , se composait de quelquesjeunesgens de famille, qui, sup- posant un royaume établi sur les défauts et les Tices du genre humain , le nommérent Royaume de la Sot- tise, et élurent un chef qu'ils nommérent Prince des Sois. Plus tärd , les Enfans-sans-souci se réunirent aux Confréres de la Passion , dont le public commen- fait ä se lasser , et Louis XII, qui assistait quelquefois sous les piliers des hålles a leurs representations , fit pour eux, de son régne, une époque briliante.

Il y eut bien encore quelques sociétés qui se rap- procbérentde celles dont nous venons de parler , telles, par exemple , que la sociétc ou Confrérie des Cor- nords ou Connards d'Évreux , dont un vieux re- gistre du présidial de cette ville dit, vers 14^0, « que c^est une confrérie de gens de justice et autres , qui , le jour de la Saint-Barnabé , commettent plusieurs ex- oés et mal fasons au déshonneur et a irrévérence de Dieu notre créaleur , de saint Barnabé et de saintc Église; » cellc de la Mere Folie de Dijorij des Fous de Cléi^eSy etc. ; mais, en general , elles furent plutdt des associations bachiques et joyeuses que des confré- ries dramatiques. Voilå pourquoi nous ne nous en oc- cuperons point.

Nous ne rappellerons de méme que pour mémoire les processions bouflbnnes, instituées dans un grand nombre de villcs^ et qui n'étaient qu^une dérivation des ancienncs fetes des j4nes et des Fous.

Tout le XV' siéclc »'ccoula dans ce mélangc de gro- tcsque, de profane el <lc sacré. On öcnl que los tenips

XL PREFACE.

plastique5 et sérieux sont passés pour le théåtre , et qu'une nouvelle ére va poindre. En effet, l'åpre et sa- tirique époque de Luther et de Mélanchton approche. La réforme , avant d'attaquer le dogme religieux et de le miner dans sa base, jette sa licence d^expression et de pensée dans les arts et dans les moeurs : la sculpture moqueuse de ce temps séme de caricatures les belles boiseries en chéne de nos cathédrales(i); la peinture devient railleuse ; le théåtre au lieu de con- tinuer a étre une chronique, devient une satire , sinon personnelle, du moins générale ; bi*eF, Rabelais et la satire Ménippée , ces Nuées de la ligue , percent déjä. Parvenus a ce point ou fart dramatique, quittant les sentiers qu'il avait suivis jusqu'alors , va se régulariscr désormais^ et se prendre, avec la renaissance, ä Pimita- tion de la forme antique,jetons un dernier coup-d'oeil, non point sur la valeur des monumens laissés par lui, et quiy appartenant ä un autre ordre social que lendtre, ä une période artistique non encore perfectionnée, å des croyances et a des idées tout-ä-fait opposées aux idées et aux croyances actuelles, seraient peut-étre d'une appréciation plus dilBcilc qu^on ne le pense , mais sim- plement sur la disposition matérielle et thédtnUe. D'abord, avant Pétablissement des théätres fcr-

(1) Le chceur de Téglise St.-SerDin de Toulouse , par exemple, oou- tient sculpté sur une des maguiflques ställes qui le décoreut, un gros porc , recouvert d^une robe de moine, et qiii préche en rase cam- |iagne. Au-dessous est écrit en gothique : « Caivin-le^Porc pres- chant. » Ceci pourrait passer pour une réponse å cette faneuse épi- gramme de Luther, qui s*en allait crayonnant avec un chaii>on sur les murailles de Worms : Le pnpc est un ane, le pape est un äne.

PRÉFAGE. XLl

mes, de quoi était composée la scéne? La plupart du temps, elle se formait de västes échafauds, dressés au milieu d'une place publiquc, ou d'une colline qui s^élerait a l'extréinité d'une piaine. Quelquefois la chose se présentait d'une fa^on encore plus pittoresque. Lassay (Histoire duBerrj) nousapprend qu'å Bourges, par exemple, en i436, on fit, pour représenter le M ystére des Actes des Apötres , sur le circuit de Tan* cien amphithéåtre ou fossé des vieiltes arénes ro- maioes, a un amphithéåtre å deux etages, surpassant la sommtté des degres, couvert et voilé par-dessus, pour gärder les spectateurs de Tintempérie et ardeur du soleil. » Quant a la disposition de la scéne, comme il D'y avait pas de changemens å vue , on divisait cc théätre en etages, dont chacun représentait une ville, uneprovinoe, etc ; et cesétablies , en se subdivisant, re- présentaient ä leur tour diverses localités. L'ensemble de la scéne se nommait I' Eschafaulty le Jeu ou le Par- loir. On pla^ait au sommetlc paradis, au bas rcnfer, au milieu le purgatoire , et pour simulcr la colére ou la joie divine, on avait soin de poser dans le paradis une orgue , qui servait en méme temps ä accompagner le cboeur des anges. Au bas des écha&uds, et non sur le théåtre, on voyait s'ouvrir et se refermer successi- vement la gueule d'un dragon , qui donnait entrée aux diables sur la scéne ou les recevaitå leur sortie. Cela figurait l'infernal abimc. A la rigueur^ on e6t pu s'y tromper et prendre ce lieu pour un arsenal , car on y trouvait des cöulevrines, des arbalétcs et méme des csLnons^pour/aire not se et iempeste.

\LII PREFACE

Quant au purgatoire, voici ce que nous en a trans- mis le mystere de la résurrection : a Notez que le limbe dött estre... en une habitation en la fasson d'unc grosse tour quarrée, environnée de retz et de filetz ou d^autre chose cicre, afin que panni les assistans on puisse voir los ämes qui y seront; etderriére la dicte tour, en ung entretien, doit avoir plusieurs gens crians et gullans horriblement tous å une voix ensemble , et Tung d^eux qui aura bonne voix et grosse parlera pour lui et les austres åmes damp- nées de sa compaignie. » Quelquefois les diverses lo- calitésdont nous venons de parler, ainsi que toutes celles dont on pouvait avoir besoin , étaient désignées pardesécriteaux sur lesquels leursnoms étaient plaoés.

11 est probable que les Confréres de la Passion ne donnatent pas leurs representations tous les jours, mais seulement les jours de fete. Comme leur théätre était térmé , peu leur importait le temps et la saison ; mais dans les villes de province , comme la scéne avait lieu en plein vcnt , on n^exécutait les Mystéres que durant Vété. La representation d'un Mystere était toujours précédée d'un cr/y qui avait lieu en grande pompe, dans le but d'annoncer et de trouver des acteurs de bonne volönté ; car,dans ces representations ou la moitié d'une ville amusait Pautre, tout se faisait gra- tuitement, et pour la plus grande gloire de Dieu.

Les fonctions des acteurs n*étaient quelquefois pas sans danger. Comme dans les mystéres Dieu ou le diable 'intcrviennent a cliaque instant, il fallait fré- (|ucmmcnl , selon le v6\v qiroii jouait , élre précipité

PREFACE. XLIll

en enFer ou enlevé au ciel. Or, Tärt du niachiniste D^était point poussé a un si haut point que ces difTé- rentes evolutions n^entrainassent avec elles quelque péril. Ces t ainst que la chronique de Metz rapporte que le curé de Saint-Yictor de cette ville faillit périr en croix , dans un mystére de la Passion , ou il repré- sentait Jésus-Christ , et que l'acteur qui rcprésentait Judas s'étrangla presque en se pendant.

Les mystéres duraient souvent plusieurs jours, et étaient, a cause de cela, divisés enjournées. Ils com- menfaient souvent par une symphonie, et finissaient presque toujours par un Te Deum ou un rondcL Quel- quefois il y avait un épilogue , dans lequel on annon^ait la representation du lendemain. Les Mystéres, en pro- vince , avaient lieu trés-probablement aux frais de la Confrérie qui les montait, molns le produit des quétes, qu'on ne manquait pas de faire pour les couvrir. Quel- quefois aussi on payait a Tentrée , et il est probable qu'å Paris cela avait toujours lieu.

Du reste , nous trouvons parmi les acteurs des Mys- téres des gens de condition relevée et des artisans , des laics et des séculiers. La piéce suivante, qui se trouve dans le manuscrit de la bibliothéque du roi , n"* 5i , fonds de Lavalliére, et qui n'a jamais été pu- bliée, confirmera la plupart des assertions précé- dentes :

A la louenge, gloire, honneur et exaltacion de Oieu , de la Yierge >larie et du trés-glorieux patron de ceste ville de Seure (i), Mon-

fl; Aiicicnnc ville de la pro\iiice de l3ourgof;nc , celebre par se»

XLIV PREFACE.

Migneor saint Martin, Tan mil quatre cens quatre-vingts et seize , le oeufiesme jour du moys de maj ^ avant-veille de rAsceneion , se assemblérent en la chambre maistre Andrieu dilaVigxe (i)f'natif de La Rochelle , facteur du roy, vénérable et discréle pertooBe , Messiee Oudet Gobillon, vicquaire de l'égUse Saint-Martm du- dit Seure , honorables persoimes Aubert Dcplys, Pierre Loise- LEUR , Pierre Goillot , George Tasote , Pierre Gravieixe, dit Bdtevilfe, bourgeois, et inaistre Pierre Masoye, recteur desee- colles pour lorsdiidit Seurre, lesquelz marchandérent deleur faire et compoier ung registre, ouquelseroit couchée etdeclairéepar person- naiges, lavieMonseigneur saint Martin, en fa^on que a la voirjouer, le commun peuplc pour rott voirel entcndrtfacUlemtnlcomnunt le noble patron dudit Seurre^ en son vivant, a vescu saintement et de- vostemeni (2) i lequel registre fut fait et composé ainsi qu*U appert einq eepmaynes apres ledit jour ; et eust esté jouée la dicte vie å la saint Martin ensuivant , se n*eust esté le bruyt de guerre et Taboa- dancede gendarmes qui survindrent audit Seurre , dont fut la chose prolongée jusqucs au temps ; et y donc pour ce faire si furent faitz et louez par ledit maistre Andrieu les parsonnages. Et pour iceolx bailler et livrer å gens suffisans de les jouer, furent commis honnou- rables personnes, sire Guyot Berbis pour lors maire de Seurre; sire GuÉRiN Druet, Robin Jouqueur et Pierre Loiseleor, bourgeoia dudit Seurre, lesquelz par bonne et raehwé délibératipn furent délivrez les ditz parsonnages ä cliacun selon Texigence du (»s , prcnant et recevant le sermeut desdits joueurs en tel oas requis pour estre déliberez de jouer si tost que le temps viendroit k propos. Depuis ce fait , chacun en droit soy mist payne d^estudier son par- sonnaige, et de se rendrc au moustier mondit sieur saint Martin ou å saint Michiel quand besoing en estoit pour aller voir cérymonyet , et fasons de faire lorsqu'ilz joueroient publiquement. Laquelle chose ue fust possible de faire pour l'cmpeschement defant dit , si tost qu*ilz eussent bieii volu ; mais quand ilz eurent tant actendo qae

foires. F.Ue est comprise anjourd'hui dans le departement de k Gdte* d*Or, et n'a pas m(^mc unc sous-préfccture.

(i) André ou Andrieu de la Vigne, poéie du rot, comme on disait alors, noiis a laissé le Fergier dhonneur. Il fut coUaborateur de St- Gelais. Anne de Bretagne le nomma son sccrétaire. U moiinit ver& I&S7.

(2) On voit par ce passage que les Mystércs étaient joués grave- ment, m^me å cctte époque, et dans un biitde piétc.

PRÉFAGE. XLV

plm ne poroient, féant le temps pour ce fiire passer, conclurent et déliberércDt les dessusditz qirils joueroient le dymanche prochain aprét la foire de Sur, dont chacun fit ses préparatifi. Touteffois de rediicf pour aulcones malles nouvelles de guerre couram en icelle foire ne ftil possible de jouer le dit jour; et la sepmaioe ensuivant se oommancérent vendanges de tous costez, pourquoy force fut d'ac- tendre ipi^tUes fussent faictes, aultrement il 7 eust heu peu de gens. Aprtt tootes ces choses pour parfaire le dit mistöre ne fut le bon pUiir dcsditz joueurs perdu ; mals s^assemblérent lesdits maistres goureraeuTS et joueurs en ladite église, et conclurent entiérement qnUlz féroient lenrs monstres le mardi .iiir jour dumoys d'octobre, eC joueroient le dymandie ensuivaut, jour desaint Denys. La qnelle conclDsion ainsi prise , lesdits joueurs Arent leordebvoir de quérir acouttrement et habillemens honnestcs. Mon dit sieur le maire eust la cliarge de faire achever les eschaffaulx qu'il aroit fait encommen- cer ådreeerdés devant ladite foire de Sur, le quel y print une nier- ▼eilleiMe sollicitude et grand deligence. Le maistre des secretz nommé maistre Germain Jacquet, fut envoyé quérir å Ostun, et loy Tenn par le devant dit Pierre Goillot , receveur des denyers dndit mistöre, luy fut délivré toutes choses å luy nécessaires pour tare let ydoiles , secretz et autres choses. Quand ledit jour pour fltire les monstres fut Tenu, on fit crier å son de trompete que loaCet gens ayans parsonnages du dit mistére s^assemblassent å Feure de mydi en Lombardie (i) chacun acoustré selon son parson- nage. Apres lequel cry fait se rendirent les ditz joueurs au dit lieu, et ftirent mys en ordre Tun apres Tautre, monstré, acooitré, arme el appoincté si tré»-bien, qu'il estoit impossible de mieulx. Et est asnmr qu*ilz estoient si grand train que quant Dieu et ses angrs sortirent du dit lieu cheraulchant apres les autres, les déables es- toient desjå onltre la tour de la prison , prés la porte du chevaut bknc, prenant leur tour par devers chelz Perrenet db Poirroux, an kmg du marché aox chevaulx, devant ä la maison Moiisikur i.e Marqois par auprés des murailles, et de tout le long de la grant me jusqnes au lieu que dit est, et n'y avoit de distance de cheval ä aoltre deux pielz et demy, et se montoyent bien å cnviron neuf vingts chevanlx. La ditte monstre faicte, chacun pensa de soy et fu-

(1) Gette exprcssion désigne probohlcmcnt une espéce de balle 011 deqoarlierde marché dans leqiiel se tcnaicnt les marchandslomlMirds, qui tiors oceupaient , dans le commerce des viou\ vétemens , le rdle det Juifs aujonrd'hui.

XLVI PRÉFACE.

rcntbaillées les loges levenrendi ensuivant aux joueura pour les Tour- nir de tapisserie et celles des villes prochaynes de Seurrc. Pouripioy le samedi tout le monde par le beau temps qu'il faisoit mist payne d*acoii8trer les ditz eschaffaulx. La quelle cbose faicte n^estoit en inémoire d*oinine d*aToir jainais veu plus beaux eschafEaulx mieolx compassez , acoustrez en tapisserie ne mieulx propordonnez qaHlz estoient. Le lendemain qui fut dyinanche matin qoant on cayda aller jouer, la pluye vint si habondamment qu'il ne fat possible de rien foire; et dura sans cesser depuis trois heures du matin justfues å trois heures le disgner, sans faillir, qui fut chose fort griesve aux joueurs et aux autres. Et de fait , ceux qui estoient venus des villes circun- voisines se déliberérent d'eulx en aller, quant ils virent le dit temps ainsi changé. Gecy venu ä la cognoissance de mondit sieur le maire et autres^ fiit conclud quant on vit venir le beau temps, qn^on yroit jQuer une farce sur le parc pour les contenter et aprester. Pourqncn la trompecte ilt le cry que tous joueurs se rendissent incontinant hfr- billez de leurs habitz, en la maison Monsieur le Marquis» et tous les aultres allassent sur les eschaffaulx.

Le dit cry fait d'une part et d^aultre, chacuu fit son debvoir. Lon 00 mist les joueurs en ordre, et yssirent de chelz mondit sieor le marquis les ungs apres les aultres, si honnorablement que quant ib ftirent sur le parc, tout le monde en fut fort esbahy ; ils firent leor tour comme il appartient, et se retira cbacun en sa loge, et ne dt- meura sur ce dit parc que les personnages dt la Faret du Munyiar^ ^i devant écripte. Laquelle fut si bien jooée que cfaacuns^en oontentit entiérement et ne (tit fait anltre chose pour celuy joor. Au partir dn du parc, Umh les dits joueurs se myreut en arroy chacun sekMi ordre, et åaons de trompetet, cJerons, roénestriers, haolxet baéi tnimens, s^en vindrent en la dicte église Monsieur sainct Martin devant notre Dame, chanter un salut moult dévostement, affin qoe le bean tenpavtnt pour exécuter leur bonne et dévoste entencion,el Tentre* prise du dit mystcre. La quelle chose Dieu leor octroya ; car le lende- main qoi fUt londi, le beau temps se mist dessos, dont commande- ment (iit fait å son de trompete par mes dessosdits sieors let maire et eechevins du dit Seurre, que tout le monde cloyst bon, et que nol oe Aist si osé ne hardy de faire ouvre moequamque eo la dite vilk, Tfspace de troys jours ensuivant, és queb on debvoit joutf le mistére

(:^) La Faret du Mtumer, ainsi qne la Motalitt dt fm^ettfiie ti dm Mitux^ se Iroovent en efftt dans le mannscrit que det ralHret nonbreuaes porlcnt a regardcr conunc aiito^^npbe.

PREFACE. XLVIl

de la vit Monstigneur saint Martin^ et que tons joueurs se rendis- sent ao moustier do dit Seurre. Incontinent le moode se retira aux eacfaafbulx, les dits joueurs aussi ou ils debvoient, et puis fiirent mys en ordre par le dit maistre Andrieu selon le registre, et mar choient avant å sons de trompetes, clerons, busslnes, orgues, harpes, tabourins et aultres bas et hanix instruioens, jouans de tous costez, juMiiMS sur le dit parc, faisant leur teur comme en tel cas est requis, qui esåoil tme si gorrine et si tres sumptueuse besongne , quil n'est pa% passibie ' ä entendement domme de le savoir eseripre , tant estoiC la chose belle et magniffique. Ce falct chacun se retira å son emeigne ; et commancérent les deux messagiers å ouTrir le jeu ainsi qoeau derant de ce present registre est escript ; pois apres commen^a k parter Luciffer^ pendant lequel parlement celuy qui jonoit le penKmnaige de Sathan ainsi quUl volut sortir de son secret par des- soubi terre, U feu se prist a son habit autour desfesses, tellement qa'il ftit fort bnislé ; mais il fut si soubdaynement secouru, deTestu et rabillé, que sans faire semblant de rien, vint jouer son person- naige ; puis se retira en sa inaison. De ccste chosc furent moult fort csporentez les dits joueurs ; car ils pensoyent que puisque au com- mepcement incontinent les assailloit, que la fin s'en ensuivroit. Tou- tefob moyennant Tayde de mondit seigneur saint Martin, qui prist la ooDdayte de la matiére en ses mains , tes choses allérent trpp ndeiilx cent foys que Ton ne pensoit. Apres ces choses le pére , la mére saint Martin avecques leurs gens marchérent oudit parc, et fi- rent ang commancement si tres veyf, que tout le nionde tant les joueurs que les assistans furent moult esbahis et defait. £n abolissant U cremeur devant dicte, lesdit joueurs prindrent une telle hardiesse el audasse en eulx, quonques Ijron en sa tajrnyére ne meurtrier en IM boy* ne furent jamats plus fiers ne mieulx atsurez quUls es- toieni quanl ilz jouoient.

Oo commen^ ceste matinée entré sept et huit heuresdu matin, et fiuisl-oa entré nnze et douze. Pour le comniencement de Taprés dis- née» qui fut å une benre, le dit Sathan revint jouer son personnage, et pour son excuse dist ä Luciffer :

Malle mört te puisse avortcr, Paillart, fils de putain coqqvl, Pour il mal faire fen ortf r Je me suis tout brålé le cul .

et puis parfist son parsonnage pour celle clause et les autres joueurs, fn<iii?ant chascun selon son ofBce. Puis firent pau-e pour aller

XLVm PREFACE.

souper tntre ciaq et six heures , tousjours jouaos et exploitant le tempt aa mieulx qu*ilz pouvoient. Et puis å Fissue du parc, lesdits jouears te mirent en ordre comme dit est en venant jusqaes å la dite église monseigneiir lainct Martin dire etchanter dévoatement en ren dant graces å Dieu ung Salvt regina. Le landemaiu qui fut mardy et mercredy en suivant entrérent et yssirent oudit parc és benres de- vant dictes. Ainsi doncques comme ^y-devant est escript ftit joué ledit mistére du glorieux amy de Dieu monseigneur sainct Martin, patron de Seurre, si irynmphaument^ auUtntiquemtnt^ tt mofpuffi'- guemeni, sansfaulte qucUc qiCtllcfusi au monde qu'il n'est poinct en la poisibillite d'homme vivant sur la ter re le scavoyr si bien rediger par escript quil fut rxtcuié par effect le .xii*. jour du iDoys d*octobre , Tan de nostre Seigneur mil quatre cens quatre vingts et teize.

Ce procés- verbal, signé cfAisDRiEu de la Vigne, est suivi dans le manuscrit de la liste des personnes qui ont joué le myste re. Il n'y en a pas moins de deuac- cents et quelques^ sans compter les figurans. La plu- part , ä en juger par ieurs noms, étaient probablement des artisans ou de bons bourgeois , transformés en acteurs pour cette soiennité. Åinsi, Jean Loiseleur, remplit un personnage de messager ; Messire Oudet GoRiLLON, en sa quaiité de vicaire, figure le pére de saint Martin ; Jean de Pouthoux est chargé de re- presenter le saint lui-méme, etc. Quant aux autres personnages^ Ieurs r6ies sont joués, savoir : celui de l'empereur, par Pierre l'Oiseleur ; du prince d^Antioche, par Pierre Goillot; du connétable, par Jean Reullier ; du duc de Falaise , par Jac- ques Perrestot ; du duc de Yilleboreau, par Jehan Beuffart ; du comte de Carnelles, par Jehan Pielltbr ; du marquis d'0strie5 par Philibert Gon ; de saint Mi- chel, par Jehan Bbrtrand fils; de Rapliaél , par Gi-

PnÉFACE. XLI\

RARD DupiN le nis; de Dieu, par Philibebt Ber-

TIIELLET.

La Di\BLERiE, comme dit l'auteur du procés-ver- bal, n^est guére niieux traitce. Pierre Druot repre- senle le Grand-Ture; Gu\ot Mouciibt , le roi de Bar- barie; Jehan-le-Gueux , un tyran; Amye Oudot, Lucifer ; Symphorien Poincenot , Satan ; Pierre Bel- LEviLLE , Burgibus; Messire Ponsot , Proserpine; Robert Tordis , Bérith, etc. , etc.

Un fait remarquabie , dans cette liste , c'est qu'on y trouve la preuve que le théålre, qui d'abord avait cté exclusivement entré les mains du clergé, lorsqu^on jouait les noystéres dans les nefs et sur le jubé des ca- thédralcs, avait passé non-seulement presque tout en- tieraux hucs; mais encore que \esclercs en étaient réduitsä yenir se joindre ä ces derniers. Ainsi, noiis voyons dans le mystere de saint Martin , Frére Pierre Gaillot, Frére Jehan Vexanel, Frére Guenighot , Frére Claude , Frére Guienot de la Faye, remplir , le premier , le r6le de Tév^que des Ariens ; les autres , ceux de maäres et de sécrétain (sacristain).

En réfléchissant un peu a ce singulier théåtre, a cette singuliérc composition , a ces étranges acteurs , ä ces personnagcs plus éti*anges encore , quelles reflexions n'est-on pas porté a faire ? Comment une société qui poussait la foi jusque-Iå en est-elle arrivée, en moins d'an siécle, au protestantisme? Comment , enfin , de töus ces gar^ons bouchers ou corrojeurs qui , au mi* lieudes ténébresdu moyen-äge, composaient et jouaient cliez nous des, f^^ies de Saints , ou représentaient eii

d

L VREtACb.

actioii le Roman du Refiard , n'est-il pas sorä quel- que William Schakspeare, dont le génie, ou du moins les écbirs de génie pussent arréter un moment , a rhorizon^ l'oeil du spectateur , avant que le Grand CoRNEiLLE apparat comme un foyer lumineux^ au-de»- sus de la coUine dramatique? Cest , nous Tavouöns , ce quUI nous est ditTicile de comprcndre.

Quoi qu^il en soit, nous arréterons ici notre examen. Avec la renaissance , apparait dans Tärt dramatique une forme nouvelle. Larivey , Hardy i Jodelie , Gar- nier remettent le théåtre sur les voies qu'il avait déja parcourues dans 1'antiquité, et celui-ci , une fois remis dans ses antiques sentiers , s'éloignant coinme d Vn seul bond des souvenirs du moyeu-äge , parvient si proraptement ä son apogée qu'aprés moins de deux siécles de durée , il clot chez nous sa carriére pour lopg-temps, nous le craignons du moins, par Tapparr- tion de ces deux modéics si pleins d'une inimitablc pcrfection : Phédre et le Misantbrope.

Je terminerai cette préface en donnant quelques renseignemens bibliographiques sur les mystéres qui en ont étc Toccasion. On lit a la page 36 du r^ vol. de la BibliotbéqueduThéåtrefrancais, impri- aDrcsde, chez Michel Groell, M. DGC. LXVIII , sans nom d'auteur (on sait que nous devou&cet ou- vrage au duc de la Valliére) , la liste des mystéres qui seront contenus dans notre recueil. A cette uomencia* ture, le duc de la Valliére a joint les réilexions que voici : ■■ « Ces neuf invsleres, inconnus a messieurs Parfail et. do Bcauchamps, sunt ccrits sur papicr , et de la

PRKFACE. Ll

mémc maiii, vers le miiieu du xv' siécle^ Ilssootvrai- sembiablement du méme auteur , et soiit rassemblés dans un seul volume in-folio. Ce manuserit unique est Fun des plus précietuc que Von piusse voir. Je ne donnerai point d'extraits des cinq premiers, en ayant déjä parlé, ou devant en parler; je me conteo terai de donner celui des quatre demiers , qui ne sont connlis que dans oe manuserit: »

Le duc de la Valliére entré alors dans un examen de ciaeun de ces mjstéres, dont il Édt quelques cltatiönsi et doht il ezplique le sujet, mais aans donner sonavts sur la valeur littéraire d'aucun d'eux.

Cetle riiention , imprimée ^ est la aoule que nous trouvionsdu manuserit qui contient nosmysteres. Elle a été ,en partie, reproduite sur le feuillet de garde du raanusmty le 119 jnin 1791 , par l'abbé Merder^ abbé de Saint-L^r , de Soissons, qui a ajooté, en parlant de ce recueil : « Ce volume est un des cinq qui avaisnl reste hng-Umps (fÅc) chez le duc de la Valliére, et qui y apres sa mört , ont été rendus , ä ma sollicitation , par madame la duchesse de Cbåtillon , sa fille , pour étre replacés dans la bibliothéque Sainte-Geneviéve. »

A la fin du manuserit, on lit sur le dernier feuillet les paroles suivantes, dont j'ai cru devoir donner un fac-simile : a Aimoul Le docte, demourant a Con- penreez^confesse (woir regu cestujr present Iwre de messire Jehan Le docte , relligieux de Vabaye 1 1 cfnis^ent de Saincte-Genneviefve de Paris ^ son oncUj dont le dit Arnoul requier que se d^aucune nventiire le dit livré estoit pardu ou prins pm^ lar-

r.ll PREFACE.

recirtj éjfiic ie premier qui le tt^oitvera ou qui sura le ditnon et led i t sfillage^ sy lui plait de le rapportéy ^olentiers et de bon cuer lui domiera le vin. Fait le mardjr, wx'' jour dejuilletmilcinq cens et deux ; tesmoing nion seing manuel cjr mis I' un et jour desstis dit. »

Ii ne me reste plus maintenant qu'å remercier M. Guizot d'avoir bien voulu, en saqualitédeMini$D*e de iTnstruction piibiique, m'autoriser ä emporter chez inoi ie Mss. de nos Mystéres, pour en prendre copie , et å remercier MM. les Conservaleurs de la biblio- ttiéque 8 te. -G ene v 16 ve, el spécialement M. Robert, d^avoir bien vouiu prolonger, aussi iong-temps que besoin en a été , le temps de prét fixé par M. le Mi- nistre. Cest avec un vit* plaisir que je témoigne ici å ces Messieurs ma gralitude pour ces actes de bienveil- iance qui les lionorcnt et qui ont de t)eaucoup facilito mon travaii.

Achille JuBiN\L.

Cg gant Uff KtQvégtnUietans

l^f6 maxtxxtB eatnt (tstxtnne^ Mint phe et

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LaudaU Dominum in santis (i) ejus.

Dieu Pére et Filz et Saint Esperit (2) Sauve et gart ceste compaignie ! Vous savez qu'onques ne périt Qui servist la vierge Marie ; Gar grant joye a et grant délit Quant de bon cuer on la déprie. Sy pry que chascun s^umiiit En disant une Avs Marie.

(1) Si c au Mst.

[%) n paratt qu'å Fépoquc oii ces mystéres ont été composés on ne tiisait pas scntir Ve de Esperit ; autrcment tous Ics vers ce mot se tnmre auraient uno syllabe de trop.

I. «

%

LE MARTYRE DE S. ETIEN?IE.

Cy dicl ä genous : Ave Maria. Ltoudate Dominum in snrUis ejiis (ubi supra).

Doulces gens (i), un pou escoutez PesiUefnent sans noise (aire : MaiDS de paine arez y nedoubtez, S'ii Tous plaist k .i. pou tous taire Que se tous l'un l'autre boutez Ou &icte5 ennuy et contraire; Or vous sées et acoutez Et oiez sen que vueil retraire. Je suppose que bien croiez Les .XII. artides de la foy Et que bien entroduis soiez £s coouoandenaens de la loy : Sy ne &ult fors que guerroiez Contre pechié par bon conroy Et que votre temps cnploiez En bonnes euvres sans desroy. La maniére de guerroier La char, le monde et ies diables Et de son temps bien emploier En bonnes cBuvres proufitables , Nous ont monstré sans forvoier , Par exemplaires convenables , Les sainz qui des cieulx le loier Ont aquis par meurs honourables ;

(i) Le mot gtnt est sauté dans le Mst.

LE MARTYRE DE S. ITIBNNE.

Et pouT ce 8eul-€n réciter (i)

Les vies des sainz et des saintes

Pour les boDiies gens inciter

A bonnes euvres non pas faintcB ,

Et pour leurs cuers habiliter

Envers Dieu pair douloes complaintes^

Afin qui (2) les daigne habiter

Par quoy sauTez sont mains et maintcs.

Vous savez la créacion

Et comment les Anges périrent;

Vous savez la tranagression

D'Éve et d'Adam comme ilz chéirent,

Dont eub et leur succes»oln

Fussent péris, tant se forfirent,

Se ne fust l'incarnation

Da filz Dieu par qui revesquirent.

XII. apostres quist quant 1\ pleut

Qui avecques lui conversérent

Et d'autres disciples esleut

Qui sa sainte loy annoncérent.

Des quielx . vii. diacres y eut

Que les Apostres ordenérent.

Saint Estiene le premier fut

Que les faulx Juifz lapidérent.

Apres ce le doulz Jhesucrist

Gonvertit monseigneur saint Pol

(i) Seul-en. A^t-on cofrtome ; de toUrt. (2) Qui, pour qu*il.

1.

LE MARTYRE DE S. ÉTIBNNE.

Qui tant prescha et tant escrivist (i) Qu'on le tenoit por .i. vray fol. En Grece ala et conquist Saint Denis qu'il fist cIquIz et mol : A Romme vint, Néron le quist, Néron ly fist couper le col. Néron fist en crois par grant yre Crucefier saint Pierre å tort ; Néron sa mére fist occire, Néron mourut de male mört ; Néron apres son grant empire A perdurable desconfort : Les Apostres par grief martire Ont perdurable reconfort.

Qui voura fioer aus Apostres, vois€ de cy å cdc danse qni

ensuit : La Sovcraine. (2)

Saint Denis qui moult désiroit Sa vie avecques eulz fenir Le sceut, sy dist qu'ä Bomme yroit Por martire et morl soustenir Avecques eulz s'ä Dieu plaisoit , Mais il ne peut ä temps venir. Lieutenant lessa qui faisoit La loy de Dieu croire et tenir;

(i) Od remarquera que dans re vei*s il y a une élision entré le mot pfcscha et le mot et.

(2) Ces deux möts förment le cemroeucement d'un vers qii'on trou- vera plus loin.

LB MABTYUE DE S. ÉTIEBINE.

Puis vint å Romme el apostole Trouva monseigneur saint Clénniefit Qui le retint de sod esöole, Et ly pria moult doulcement Que par son sen et sa parole Vousist enseigner saintement Les gens Fran^ois qui maint ydole Aouroient lors folement. A sa requeste, k sa priérc Monseigneur saint Denis en Prance Avecques Rustjque et Eletithére Et plusieurs de son alliance Vint pour la gent ä Dieu attrarrc, Et Dieu ly donna tel puissance Que le peuple d'erreur retfaii-e Fist et tenir vraye créance. L'emperére Domicien Le sceut, tantoä y eavoya Fescennin .i. prevostpaien Qui volentiers tout s'emploia A tourmenter roaint crestien. Mercy Dieu niil ne desvoia : Il eurent tourment terrien Et Dieu ses.biens leur octroia. Sus tous Monseigneur saint Denis Fust desrompu et tourmenté , En four chaut mis, sus greil rostis y Au bestes sauvages jeté, Crucefié, en cbartre mis. fut il de Dieu visitc;

LE MiiaTYRB I>B S. ÉTIENNB.

Voiaiit melsmes ses anemis A converchié et conforté. Illec ly donna Dieu le don Que quiconques le requerroit ,

Fust de pechié avoir pardon Ou d'angoisse qu'il soufferroit j Se par bonne dévocion En son propos pecsévéroit y Sa juste supplicacion Nostre seigneur essanceroit. Apres iut mis hors des prisons , Batus fut, la teste ot coupée! Aussy eurent ses compaignons: Sa teste porta k Letrée : En mélodieuses chan^ons Ont les anges joye menée. Larcie les tirans félons Reprenoit , sy iut decolée. Le prevost Fescednin manda Qu'en les alast geter en Saine. Catulle tendis vianda Les menistres å pance plaine. Et la yérite leur demanda(i); n Ii distrent k quelque paine. Lors k ses varlés commanda Qu'on les portast en son demaine.

(1) La ve'rite. Au quinziéme siécle on nepronon^ait probablement pas Vt final de ce mot, sans quoi notre vers actuel el tous eeox od il se rencontre seraient faux.

LE MARTYRE BE S. ÉTlENttEj

Bien tost la persécudon

Des félons et mauvés paieoa

Cessa et la dévocion

Moutepliades crestiens.

Lors fisl des corps sainz uflion

Catulle avec ses adhérens

Et leur r^réseotacion

En tombeau bel et reverens.

Depuis y fut faicte ä l'instance

Madame sainte Geneviéve

Ou temps Childéric roy de France

Une église en espace briéve.

Combien que por la défaillance

De chaux la chose fu moult gricve;

Mais Dieu Fen fist noble chevance

Qui tout bien comence et achieve.

La souveraine majesté (i)

De Dieu loer ne cesse nulz

Qui tel grace aus sains a presté

Qu'en vraie foy se sont tenuz.

Loer devons sa poesté

Et hault et bas, et sus et jus.

Pour ce vous ay dit : Laudate

Dominum in sant is ejus.

Je ne vous vueil plus sarmonner.

Benoist soit-il qui se tera

Et je pry Dieu que pardonner

(I) Yoyezla noted, p. 4.

8 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE.

Vueilie ä coliuy qui pais &ira Ses péchiez , et grace donner Tant comme en ce monde sera , £t paradis abandonner Quant de cest siécle finera!

Amen! Ainssjr soit-ifl etc.

CY COMMENCE

LE MARTIRE S. ESTIENE

!■>■ m

S. Pierre die å S. Estiene.

Doulces gens, un pou de silence!

Vous qui cy estes en présence

Savez comment nostre Seigneur

De tous les plus grans le greigneur (i)

Nou8 a esleus et envoiez

Pour ayoier les desvoiez ,

Pour prescher la foy catholique

Et par escriptur^ ententique

La prouver et par yrais miracles ,

En garissant démoniacles

Et quelconque autre maladie^

Et en rendan t aus mors la vie.

Par nostre labeur et estude

Croist chascun jour la multitude

(i) Grandior , et daiis ce cas* ci maximus.

lO LE MARTYBE DE S. ÉTIENNE.

Des croians; mercy nostre sire, Sy ayons fait au pucple cslire VII. diacres pour nous aidier.

Gy parle é S. Estiene.

Esticne vous estes premier. Par divine ordinacion Nous approuTons rélection : Sy vouions que soiés de nous Bénéis; alez ä genous Dicu le vcult, frére, obéissez.

S. ESTIENE.

Saintpére dont me bénéissez.

Lors voise 6. Estiene å genous, et S. Pere ti mete la main sus la

testc en disant :

Le Saint Esperit vueille descendre En ton åme , par quoy entendre Puisses å faire ton oflice Saintement , såna mal et sans vice!

In Nomint Patris, et Filii^ et Spiritus sancti.

S. ESTIl^NE.

Amen! Dieu doiot qu'ii soit aiossy

Lors se lieve et voise an Juife en disant:

Doulz Jhesucrist puis qu'ainssy est Qu'å vous, Sire, et au pueple il plaist Que je soye .i. de vos diacres, A vous rens loenges et graces Eo vous suppiiant humbiemcn(

LK MABTYRfc DE 8. ÉTIBNNB. 11

Que ne me ieasiez nulement Cheoir en péchié n'en négtigenoe; Mais TueiUics qu'ä grant diligence Face m'offioe aans erreur A nostre bien^ å rostre honneur.

Lon die aus Pharisiens.

Seigneurs, salut en Jfaésucrist Qui le monde forma et fist Comme vray pieu et filz de Dieu , Qui par vous en ce present lieu Mourut selonc l'umanité Que prinse aroit par charité En la douice vierge Marie ^ Puis reyint-il de mört ä vie, Et au tiers jour resuscita, Et hors d'enfer les siens geta. Apres monta voians nos jeulz Au quarentieme jour au cteuls, Et en tel (brme proprement S'en va au jour du jugement Rendre k ehascun juste loier!

ANNAS» évesque.

Tés toy, c'0D te puisse noier!

Ce sont trestoutes tromperies

Et erreurs et forsseneries.

Dy moy, oix treuve tu que Dieu

Puisse estre comprins en .i. lieu ?

Comment pourras tu soustenir :f.

12 LE MARTYRE S, ÉTIENNE.

Que Dieu peust homme devenir ? Et se horn Alt, par quel maniére (i) Le peut eoEinter vierge entiére Sans avoir d'omine compaignie?

S. ESTIENE.

Sire, le prophete Ysaye Respont de plain sans fiction A vostre tripie question.

Ysaye (vir* capitalo) : EcceFirgo concipiet etpariet Filiuniy et vocqbitur nomen ejus Emmanuel.

Ycy povez veoir clérement

Qu'il dit qu'il sera vrayemcnt

Une vierge qui concevra

1. filz et vierge enfantera

Qui sera vray Dieu et vrai home.

ANNAS.

Qui me tientque je ne t'assoinine) % Meschant trubert, coquin moquart?

Or me respon ä cc broquart ! Dy, ne fu pas Joseph le pére A ton Dieu Jhésus, etsa mére Marie la Rousse nommée?

S. ESTIENE.

Vous portez lai>gue enveuimée^ Et l'anemy (3) sy vous estraint

(i) J'ai rectifié ce vers , qui est ainsi au manuscrit :

Et se homme fu par quelque maniére,

(2) Le demon, expression tres commune dans les treiziéme et qua- torziéme siécbs.

LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE. 1 3

Que vraye foy en vous estaint. Marie saintement conceut N'oneque8 homme ne la cogneut, Car le St.-Esperit la ombra Qui du pur sang d'elle fourma [. corps précieux, digne et tendre Que ly filz Dieu voult en soy prendre Avesques Påme précieuse. Sy fti par euvre merveillieuse Et Dieu et homnne une personne ; Sy (iit sers cil qui tout bien donne Et qui partout a seigneurie. Sy fut mortel qui donne vie , Sy fut contenu qui contient Et soustenu qui tout sousdent Et qui sans temps est temporel.

CAIPUAS.

Mengier te puist chevau morel! Ou as tu ce sy bourbeté? Cest .1. cas de nouvelleté: Oncques mais u'oy tel merveille.

S. ESTIENE.

Voir c'est merveille sans pareille, Merveille trestoute nouvelle A merveilles et bonne et belle. En Jérémie la quérez Et tantost vous Vy trouverez.

JéRÉMiE (xxxi« aiio capitulo) : Creavit Dominus hominem super Urram. ^-Malier circondabiivirum. (sic)

1 4 LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE.

GAIPHAS.

Tu veulz nagier sans aviron: Preuve ä droit sans nous encbanter Comme elle puet vierge enfanter Et non pas par vaine logique Ne par argument sophistique, Mais par les dis de nostre loy !

S. ESTIENE.

Je le vous preuve sans délay. Moyses sy vit .i. buisson Tout emfranbé sans nulie arssure : Tout aussy nous regéisson Que Marie out filz sans lédure. La vierge Aaron sans contineure Fleury, foilly, et fruit porta : Nostre vierge sans entameure Conceut, porta et enfanta ; Et ausst comme Dieu fourma Adam de terre nete et pure y Aussy quand il nous refourma Print corps bumain sans nulle ordure.

ALEXANDER.

Or regardez comme il applique Trestout ä sa foy catholique ! Ne 1'aron point par dysputer; Mais s'il y a qui imputer L'y vueille aucun crime ou bla&rde Lieve soy sus et plus ne tärde Et nous orrons qu'il vourra dire I

LE PREMIER FAULX TESMOING.

LE HARTYRE DE S. ÉTIBNNE; 1 5

J'ay trop de cas contre ly, sire ; Il a dit, c'est chose notoire, De Moyse et Dieu de gloire iDJures granz et vilenies Et ranposnes et flafemies (i) Qui est cbo6e laide et horrible; Et.TOus sayez selonc la Bible Que tout homme qui est blaflféme Doit morir de mört dure et pesme : Par quoy il est digne de mört.

ANNAS.

Vecy .1. point qui bien te mört : Respon tosl sans faire lonc songe.

8. BSTIENB.

Tout quant qu'il a dit est mensonge : De Dieu n'ay dit nulle blafTarde. Cest cil qui tout fist et tout garde, Dieu de gloire .i. en trinité Et triple en une déité , Qui aparut å nos sains péres En leur révélant ses mistéres. Moyses fut son saint prophete Qui sa gent qui estoit subjecte Au roy d'Egipte délivra : Diex une yérge Ii livra Dont la roage mer fist cesser Et le pueple ä pié cec passer. Par le désert les conduisoit ,

(1) Sic; probwUemcnt p^ur blafémies.

1 6 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE.

Riens fors péchié ne leur nuisoit. Dieu tout puissant, Adonav, En la montaigne Synay Les commandeicens de la lov

•i

Ly batlla escriptz de son doy, Et moult de signes par Moyse Fist Dieu, comme Tescript devise, De quoy je me tés ä present. Sy puet veoir qui vérité sent Que je n'ay dit ne ne diz mie De Dieu ne des siens vilenie, Ne de chose qu'ait ordenée.

LE SECOND TESMOIMG.

Certes sy &is, hergne pelée! Faulz apostat, ytel cs tu; Sire, ce maleureus testu A dit que Jhésus son beau Dieu Nostre temple, nostre saint lieu, Nos sacrefices destruiroit ; De la loy Moyse osteroit Tous les poins cérimoniauls.

caIphas. Par foy ce sont cas criminauls Et par raison doit mal fenir Qui telz erreurs veult soustenir : C'est droite diablie, c'est råge.

ANNAS.

Or, avant Dammasque le sagel Cy ne sarez vous que remordre? Responnez a ces poins par ordre

LB MAKTYRE DB S. ÉTIBNEtB. 1 7

Et nous donnez response bonneste.

S. ESTIBNB.

Gens felons, gens de dure teste.

Gens de dur cuer et obstiné , >

Tous jors avez vous mastiné

Les saintes gens et contredit

Et resisté au Saint Esperit.

Refusé avez benéisson ,

Sy venra sus vous maleicon :

Vous mesmes vous y commandastes

Quant Jhésus ä mört condampnastes (i)

Dont le péchié sus vous prensistes

Et vous et vos en&ns maudistes.

Ii mourut) mais vueilliez ou non^

II vit ; sy responsen son nom

Que faussement vous m'acusez

Et de mes dis trop mésusez.

Dieu fist, pas ne dis le contraire,

Et temple et tabemacle &ire;

Mais le temple et le Jtabemacle

Figure furent et synacle

Que de Jhésu Tumanité

Fut temple de la déité ,

Le quel temple vous destruisistes

Quant mauvaisement 1'occisistes;

Mais Dieu qui dedens habita

(1) Voici le yers tei qall est au Mst. :

Quant Jhésucrist å inort y condampnastes. I. . 2

I B LB MÅRTYRE »E S. ÉtlENNB.

Au tiers jour le re^scita. Sy fut le temple lors retatt Qu'avie2 maisement deiFait. De la loy dont fiiictes querelie Je dy qu'elle fii bonne et bello ;. Mais mout y a oérimonies Qui sont ou temps present fénie». De uostre loy (urent figure Et par toute yostre escripturo Est la loy Jhésucrist trouirée Des sains prophetes approuTée^ De Moyse et de Daniel , De David et d'Ézéchiel , D'Abacuc, d'Amos^ d'Isaye, De Baruc et de Jérémie, Et de moult d'autres ä foison , És quels en plusieurs liex lison Le mistére de nostre loy

ALEXANDER.

II yst hors du seqs; liez Foy. Faulx renoiez, &ulx apostat, Nous te mestrons en tel estat Que ly diables t^enporteront.

S. BSTIENE.

Non feront, tirant, non feront, Mais ainfois les anges des cielx, Car je voy jä, loé soit Diex , Le ciel ouvert å veue clére Et ä la destre Dieu le pére Jhésucrist le sauteur du monde.

Llr HARTTRE DV ÉtlEm^B. l^

▲N MAS, en gregnant les dens ét flii estoupant ses oreilles.

Ahay, glouton^ Dieu te confonde! Seigneurs, estoupez tos oréilies, Ge forilkult dtt fines merveiUeft. Lcvez sus, Juifz, levez sus , Liez, ferez, (rapez dessus, Froissez la teste el la cervete, Rompez les os et la boueie | Hors de la ville ä grosses pierres Me lapidez ce sanglant Herres : Il nous veult pervertir trestous.

LES .II. TESMOINS ET .II. AUTRES.

Par le grant Dieu, sy ferons nous.

LE MUMIBB, enférantdapokig.

Passé ävant, brigant forssené; Ly diables t^i ont amené : Or, tien , ronge moy ce lopin !

LE SECOND, en férant.

Truant puant , tire lopin , Passé avant en male estraine.

LE TIÉRS, en férant.

Meschant, tu as puante aléine; Avale mOy ceste ciboule :

LE QUART , en férant.

Li as tu donné une boule?

Tu Ii as Éut venir la boee.

Tien , vibio , tien ceste beU)cc

Afin que le cuer ne le iaille.

a.

20 LE MARTYRE DE S. ETIENNB.

SAULUS.

Que faictes-vous &usse merdaille ? Pour quoy le servez vous de lobes? Despouilliez moy toutes voz robes ; Sy fraperez miex au ddlivre.

LE PREMIER.

Par le grant Dieu , tu n'es pas yvre! Or sus, despoullons nous tous .iiii.

LES AUTRES III.

Volentiers, sire, por miex batre. Lon se despouillent et baillent leurs vestemens å Saaliti, en disant Saulet, garde nos vestemens.

SAULUS.

Avant, avant , feulx garnemens;

Ne l^espargniez plus qu'un viez chien.

LE PREMIER.

Il ara assez tost du mien Ou de Fautruy, que je ne mente. Sa , ribaut, tu as fiévre lente; Lie ce brief dessus ta testo.

En férant d'ane pelote emplie ou toullier de sanc.

Tu es seigm^ ä jour de feste.

Le second , en frapant oömme Fautre, die en férant :

Tien , mengeue ceste chaste loigne.

LE TIERS , en férant Pren ceste aumone de Bourgoigne.

LE PREMIER ■, m férant. Met en ton sac, por te ä ton Dieu.

LE MARTYRE DC S. ETIENNE. 21

LE QUART.

Tu Tas féru en mauvais lieu. Regarde comme il £ut la lipe ! Il Ii fault .1. morsael de tripc : Por ce fait-il sv maise chiérc. Ca, vilain, ten ta gibcciére.

En férant.

Tien, roinge cl ne gruméle mie.

s. £STiEME,.ågenoux. Doulz Jhésucrist, de I^larie, Pour ceuU qui ainssy me tourmentent, Qui ne scevent p^s ne ne sen ten t Qu'il font, vous supplie humblement Que leur donnez avisement, Et tout leur vueilliez pardonner, £t mon espérit couronner Lassus en la gloire des cielx. A vous le rend , beau sire Diex , Et en vos mains le recommande. Lors 86 lesBe chéoir å terre.

LE PRI^MIER.

Je vueit vestir ma houpelande ; Alon en , qu'il en est sué. S'il n'est inort sy est il tué : Lesspns le cy aus chiens menger. Cy 86 reY68tent.

SAULUS.

Son Jhésus qui si bicn venger Le dcvoit, oii est il alc ?

22 I^E MIRTYRE DE 8. ÉTIBIiH^.

LE SECOND.

Il n'est CDCore pas deyalé Des nués ou U est , ce dit,

LB TlEItS.

Espoir qu'il est entredit , Sy n'03e aler ne 9a, ne \h.

LB <^ART.

Je cuide quand ii Tappela Qu'il faisoit 011 ven ou corbeille.

PREMIER;

Voire , ou il fist la sourde oreille ^ Car il ne se peut remuer. Alons en , iessons le suer .

m

Lors 8'en voiseut tous ensemble, GIMALIEL.

Helas, chétis! com deschiré

Et desrompu et martiré

Est cel preudomroes S, Estiepe^.

Encore par droite malice

L'ont-il lessié comme une biche

Aus oiseaulx , aus chiens et aux chiennes }

Mais Die?^ qui seult gärder les siens

A garde d'oisiaux et de chiens

Sa char que point ne Font atainte*.

Sy vous pry pour Famor de Dieu

Mes amis qu'alons sus le lieu

Sy Penterrons en terrc sainte.

ABIBAS) åGamaliel. Mon chier seigneur et mon doulz pére ,

^

LS M^RTYRE DE 9. iS^TtfiNNE. ^3

Depuis la mört ma douké mérö Je n'eu au cuer doaleof gréiglieuf ; Mes puisque Dieu Ta ordené Soit ensevelis et mené En voslre ville mon Seigneur.

NIGH0DEMU5.

Gamaliei , mon oncle chier, Lcs maistres tous vis despechier Nous feront si le vont savant; Sy alons tant com la nuit durc Et le mettons en sépulture Ain^ois qu'il soit jour Diex avant.

GAMALIEL.

Mon filz, et vous Nichodemus, Pater nosUr et oremus Disons k Dieu por la siene äme. Alons nous trois tout coiement L'enterrer en mon monument. Or alon de par Nostre Dame.

Lon le portent hors du champ.

Qui lejeu S. Estiene s^ourraycjfiner Com sy prks est escript le por ra terminer

La fin du jeu.

NICHODEMUS.

Sire, (ait-il å martir injure Qui d'onner por martir préntcure; Gar Tame vole és ciex lassus Sy que partie est du corps.

24 I^E MARTYRE DE S. ÉTIENNE,

Sy chantona tous foibles et fors En hault : Te Deum laudamus.

Qui lejeu cy ne finera Ceste clause sy laissera.

' CoDtiaue ainssy.

LA

CONVERCION S. POL

SAULUS ET SES GOMPAIGNONS.

Dieu gart les maistrcs de la loy !

LES PHARISIEN3.

Bien veigniez, amis, par fby.

SAULUS.

Mes seigneurs , sachiez que Damasce De folz crestiens a grant masse Qui nostre loy du tout confondent Et une loy nouvele fondent Qui nostre loy confondra toute Qui tost n'y pourverra sans doubte. Nous avons .i. de leurs prescherrea Tué et lapidé ä pierres. Les autres plus en doubteront : S'en les tiont court ilz cesseront« .

26 LA CONVERSION DE S. PAUL.

«

Sy me bailliez s'il vous plaist lettre Que je lier les puisse et mectre En vos prisons sans conlredit.

ANNAS, CAIPIIAS, ALEXANDER.

Benoist soit-il qui a ce dit !

ANNAS.

Sau|et, Saulety mon 6ls, 9a vien! Tu es taillé ä faire bien.

£n baillant une lettre.

Je te donne commission D'aler par ceste region En cerchier ces faulz crestiens. Tien, va les metre en fors liens Et les amaine en nos prisons.

SAULUS.

Sire, sll y a prins boms

A ran9on que je ne le face

Lier ou mourir en la placc,

Je prie k Dieu qu'oD me puist pendre.

ANNAS.

Va, le grant Dieo te ptrist deflfendre! Lors Saulus monteå cheval en disant :

A cheval, k cbeval toot homme! N0U8 ne valofis pa» une pomme SMl y a nulz qur nona eschape. Se je ne les vous met aoulz trape Sy me cporonnez d^un trepié.

hk COMYERSION DB S. PAUL, 2^

SES GOMPAIGNONS.

Cbevauchiez , nous jrom de pié.

Lors voisent en passant ptr deasoalz Paradis.

SAULU8, en alant. Alon en ä Damas bon eire. Le cuer d'ire ou ventre me serre De oe que ces Taulz crestiens, Ces &ulz bougres, cez ruRiens, Sy vont nostre loy defttruisant. Certes je leur seray nuysant Dore-en-avant quenque porray; Ou ilz mourront ou je morray. Brief et court n'en faut plus parler.

SES GOMPAIGNONS.

Or to^, t08t^ penssons de Paler.

Ijotb ay oömme Saulna passera par dessoulx Paradis , Jbésus prengne .1. hraadon ardant , et gete ras ly, et lors il se lesMohéoiriterre.

JHÉSUS die :

Saulé, Saulé, tropt es testu. Dy pour quoy me guerroies tu?

SAULUS.

Qui es tu qui es cy venus?

JHESUS.

Je suis Jhesus Nazarethus Que tu poursuisy quant guerroiani Vas ceAJlz qui en moy voot croiant. Tu fais que fol et que félon Pe regibercontreaguillon.

2S LA GONVERSION DE S. PAUL.

SAULUS.

Sire , que veult tu que je fece ?

JHESUS.

Lieve sus , va t'en å Damasce ; Sy orras que tu de vrås &ire.

Lon Saulus se hére comme aveogle et die å ses eompaignons

Mes chiers amis, vueillez moy traire Par la main, car je ne voy goute; Et sy veulz qu^en vostre route A Damas bientost me menez.

SES COMP41GNONS.

Sa , la main y sire , car venez. Lors le meinent aveugle å Damas qui soit en costé Paradis.

JHESUS 9 sans soy bougier , die : Ananie, plus ne sommeille. Lieve sus, tost sy t'apareille. Va en en la rue qu'on dit Recle. trouveras de nostre secte En oraison Saulet de Tharsse. Toutd malice est en lui arsse , En ly n'a que bien et doctrine : Va et les yeulz ly renlumine Et le baptise en nostre nom.

ANANIAS.

Ah'doulz Dieux! Il a le renon D'estre .i. félon mauvéstirant Qui va vostre gen t martirant En tous Ics lieus ou il la treuve.

hk GONYERSION DE S. PAUL. 2^

JHESUS.

Va seurement, va si espreuve Comme il est doulz et débonnaire. Je Tai esleu å tout bien &ire, Et ly monstreray que por moy Souffrir devra et por ma lov. Devant roys et princes yra Et plusieurs en convertira; Partout aus champs et k la ville Preschera la sainte Évangile Qu'en8eigné je ly ay toute Par ces .111. jours qu^il n'a veu goute. Va tost ä ly, car ii me plaist.

ANANIAS.

Monseigneur je suis tout prest. Lors voise ä S. Pol et die :

Saulé, frére, Dieu te benéie!

Jhésus qui fu de Marie ,

Qui t'a aparu en la voye

Tout maintenant h toy m'envoye

Le sainl baptesme te donner

Et ta véue renluminer.

Ou nom de Dieu triple en personne ,

Baptesme et la véue te donne ,

In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti.

Amen,

En le baptisant. Frére, vousesles crestien.

3o LA. GONVBRSION DE S. PAUL.

Dieu vous a osté du lien De pechié et sa grace avez. La sainte Escripture savez : Honnourez Dieu , sa loj preschiez , Le peuple d^erreur dépeschiez. Pol vostre propre nom sera : Faites bien , Dieu vous aidera.

Lors se voise séoir S. Pol en alant å Damas.

Loé soit Dieu qui m^a geté Hors d'erreur et de feusseté , Qui m^a ä sa grace apellé^ Qui m'a ses secrez revelé , Qui en moy a tout mal sechié j Qui m'a k tout bien alechté , Qui m'a en doulz aignel changié De lou sauvasge et enragié , Qui m^a de persécucion Esleu ä prédicacion , Qui m'a mis i salvacion De voie de dampnation! Je n'aray pas sa grace en vain. Je vueil tout metre soubz sa main , Je vueil avant huy que demain Sa loj preschier h mon prochain.

Lon voise aus Juils de Damas, et die :

Seigneurs , ä vous pren mon prologue Que je voy en la sinagogue. A vous doit on premiérensent

hk GONVEKSION DE S. PJlUL. 3 1

Preschier le nouvcl testament. Vous savQs oömme Dieu permist Que Mesyas , c*est (Jhésucrist), Nestroit de lignée royal. Du roy David saint et loyah, Qui sus le fust mortsouflerroit Et son pueple déliverroit , Qui les gens de diversse loy Ausneroit å une foy ; Ceste promesse est acomplie : Nez est de la vierge Marie, En la crois mört et tormenlé , Resuscité , aus cteulz monté. Croiez en ly , perseverez En s'aiiior et sauvez seréz.

LE PREMIKR JUIP DE DAMAS.

Qui estce fbl qui parole ? £s-ce ore histoire ou parabole Dont il va ainssy sermonnant?

LE SECOND.

Sachiez c'est .i. fol christicote Qui a pr ios le9on å Tescole DoDt il va ainssy gergonnant.

LE TIERS.

Sire, la dmr de moy soit arsse Se ce n'est Saulotin de Tharsse Qui est yssu hors de son sens Ou il est espoir eodaatnté ; Gar il c'estoit trop fort ranté De tourmenter les crestiens.

32 LA CONYERSION DB S. P4UL.

LE PREMIER.

le grant Dieu ! ce crucefix Met le pére contre le filz Et la inére contre la fille. Il nous destruit, il nous essille , Il pert, il confont nostre loy. * Ne metton la chose en délay. S'en lesse croistre le meSchief, Nous ne porrons venir ä chief. Il est homme de grant courage; Puis qu'il commance il fera råge : Alons le monstrer au prévost.

LES AUTRES.

Trop demourons, alons y tost. Lors voisent au prévost de Damas :

LE PREMIER.

Monseigneur, pour Dieu mercy Il est venu depuis hier cy .1. jeune homme de male part, Plus fier, plus félon qu'un liépart, Qui vostre loy, sire, et la nostre Veult destruii^ et ce iait apostre D'un fol que nostre gent fist pendre. Plaise vous, sire, k y entendre ! Tous ensemble vous en pripns.

LE PREVOST.

Je voy bien vos péticions. Prenez le moy sans plus tarder Et faites les portes gärder. S'en ly trouvons nul maléfice.

LA CONVERSION DE S. PAUL. 33

Nous vous ferons tantost justice. Alez le prendre sans plus dire.

LES JUIFZ.

Le grant Dieu, Sire, le vous mire!

Lors voisent ils yourront.

ANANIAS.

Frére Pol, Dieu vous croisse honneur! Les faulz Juifz grant et meneur Qui demeurent en ceste ville De vous tuer ont prins concile : Por Dieu alez-en , n'y tardez !

S. POL.

Se vous dictes bien , resgardcz Qu'au premier assault je m'enruie, Qui ne doy doubter vent ne pluie , Roys ne princes , ne duc ne conte : Sire, ce seroit trop grant honte Et estande pour les enfermes.

ANANrAS.

Bien scay , frére , qu'estes sy fermes Que vous ne doubtez point mourir ; Mais, pour Dieu , vueilliez secourir Au monde qui est en erreur! Ce n'est estande ne horreur S'un pou vostre mört diiférez; Més grant bien et grant sen ferez Por mielx en la fov labourer. Et Jhésucrist plus honnourer Qui a en vous sa grace mise I. 3

Nous TOe hr[^ a

Alez k [nwrc ^

Ii- -

Le gmK Ikrs- "^

:ivoir joye i bacheler •ov et en voye it renouveler.

MATIIIEU.

IV tre ce puet céler :

34 l-A CONVERSION DE S. PAUL.

Et vous a fait de sainte Églisc Noble docteur et son apostre.

S. POL.

Dites donc voslre Pater noslrc Por moy et a Dieu soiez vous.

1.ors voise .i. pou avant, puis se sicc å terre.

ANANUS.

A Dieu , frére , priez pour nous.

s. BAn?iABÉ, aus Apostres. Or entendez-vous , mes seigneurs , Que nostre sire a voulu fairc? Saulet qui tant maulz et douleurs Et engoisse nous a fait traire, Jhésucrist Ta vouiu attraire Et apeller å son servise. Sy est aus faulz Juifz contraire Et vray docteur de sainte Égiise.

S. PIERRE.

Doulz Dieu, vous soiez mercic De sy noble con version ! Vostre nom soit glorefic D'ayoir esleu tel champion !

S. ANDRIEU.

Cest .1, vessel de éleccion. J'en regracie Dieu le pérc Qui tous a en dileccion : Por ce est fol qui se désespere.

S. JAQUES LE GRANT.

Hc! sainte Eglise, nostre mcrc,

L^ CONVERSION DE S. PAUL. 35

Bien dois grant joye clémener Quant celuy presche ton mistére Qui te souIcMt sy mal mener !

S. JEHAK.

Bien scet Jhésucrist asener Quant d^anemy feit amy chicr; Por ce se doit chascun pener De son cuer en Dieu tant fichier.

S. THOMAS.

Or, a Dieu .i. bon chevalier : Il n'a pas (ail\j a eslire. Celuy fait traire a son colier Qui ne le fesoit que despire.

S. JAQUES LE MfiNDRE.

Jhésucrist scct bien sa gent duire, Qui d'un lou a fait .i. aignel , Quant &it å luy servir déduire Son tres grant anemy mortel.

S. PHELIPPE.

Nostre sire fait son chastel;

Il ne chaut de quelque monnoye

Quant son anemy fait a tel

Qu'å luy servir du lout s'employe.

S. BARTUOLOMEU.

Bien doit sainte Église avoir joye Quant voit son nouveau bacheler Se mettre en convoy et en voye Du monde tout renouveler.

S. MATHIEU.

Vraye amour ne ce puet céler :

3.

36 LA C0>V£RSI03( DE S. PAUL.

Sy ardans est en cbarité Que le dos se fait marteler Souvent pour soustenir vérité.

S. SYMON.

llé Diex, benoiste Trinité ! Tant est ceste euvre glorieuse Bicn est vostre bénignité A tout le monde gråcieuse.

S. JUDE.

Voslre sagesce vertueuse, Doulz Dieu , vostre bénivolence , . En ceste euvre sy merveilleuse Se monstrent bien par exellencc.

S. MATHIAS.

Loons k Dieu a grant révérance Qui nulle åme ne veult périr. Volentiers le veisse en présence S^aucune åme Falast quérir.

S. BARNABÉ.

En l'eure le feray venir,

Enclinaht.

Congié et bénéi^ron, Saint Pére.

S. PIERRE , en le seignant. Bien aler et bien revenir Vous doitit , nostre beau frére !

Cy voise S. Baraabé ä S. Pol. Frére Pol, Dieu vous doint s'amour !

S. POL.

Sire, Dieu vous doint benoist jour !

LA GONVERSION DE S. PAUL. 87

S. BARNABÉ.

Frére , mes seigneurs et les vostres , Saint Pére et les autres apostres, Ont de vos fais oy conter : Tel joye ont que nul raconter Nel'saroit en nulle maniére. A cuer joieus, k liée chiére Vous verroient volentiers, Sirc.

S. POL.

Helas! c'est queoque je désire, Sire 5 pour Dieu car m'y menez.

S. BA^NABl^.

Je le vueil , biau frére, venez.

Lors voisent et S. Bamabé die : Vecy Pol que je vous ameine.

S. POL.

Jbésus qui pour nous souffirit paine , Mes seigneurs, vous doint bonne vie!'

LES APOSTRES.

Bien veigne celle conpaignie !

S. PIERRE.

Mon frére et mon amy loyal , Mon conpaignon espécial , Mon confort^ m^amour, mon soulas. Por vous avons estc tous las; Mais Jhésucrist nostre tristesce Nous a muée en grant léesce Quant mué a vostre courage Et vostre fol propos en sage .

38 LA CONVERSION DE S. PAUL;

Quant vous a sy enluminé Que par vous sera doctriné En vraye foy trestout le monde , Quant noblement sa grace abonde Ou abondoit iniquité. Gloire a la Sainte Trinité! Venez besier moy et mez fréres.

S. POL.

Volentiers et de cuer, sains péres.

Lors les baise tons.

Qui voudra joindre ceste convercion avec le jeuS. Estiene, pourra finer ici endroit tout ensemble, en ceste forme qui ensuit:

S. PIERRE.

Fréres, ceste convercion

Est des anges solennisée;

Gar par divine éleccion

A esté £iilte et ordenée.

Sy vouloDs qu'etle soit célébrée

Dignement par dévocion

En sainte Église longue et lée;

Et pour ce chantons : Te Deum.

Gette ciause ne soit point diete ou oas qu'on ne voudroit fairc åu icy endroit. Le jeu dessus dit Gontinue ainssy.

S. Pére die quant S. Pol les ara besiez :

Mes chiers fréres et mes amis , Nos tre Sauveur sy nous a mis En son lieu pour sa loy preschicr , Pour convertir el baptister

L\ CONVERSION DE S. PAUL. lic)

Le pueple et pour l'eiidcx:triner. Sy nous (ault trestous chemtner ; Mais alons ain^ois , je vous prie , Savoir h la Yicrge Marie SePnous vourra rions commander.

LBS AP06TRES.

Nous nous voulons recommaDder , Sire , en sa grace, c'est raison : Alons la veoir en sa maison.

Lon Yoisent å Nostre Dame qui soit prez d^illecqiies, et $ve agenoulleiit

et dient :

yls^e, Dame de grace plaine.

S. PIEBRE.

Dame 9 frérc Pol vous amaiuc Le vostre nouvel serviteur, Que nostre sire a fait docteur , Et son apostre comme nous. A jointes matns et a genous Vous voulons, Dame, déprier Que Dieu vneilliez por nous prier ; Car ii nous iauk de cy par tir Pour* le pueple aler oonvertir. Vostre filz, le doixh JhétMicrist , Quant éft cielx moiita Le nous dist, Doulce dame, bien le aavez.

I90STKE DAME.

Frére Pierre , bien dit avoz

Et bien veigniez ore trcslous.

Frére Pol , mon amy tres douU , ^

*

i.

4o LA CONVERSION Dli S. PAIJL.

Jhésucrist, monseigncur mon filz, Yous a osté de grans périlz Et grant grace vous a donnéc- Qui est en vous bien assignée; Gar ly et moy honnourerez Et la foy moult essaucerez. J'en mercie nostre Seigneur Qui vous fera honneur greigneur Quant és cieulz vous couronnera Et sa gloire vous donnera. Mes fréres, moult me soulaciez ; Nient meins je vueil que cc faciez Que Diex le pére vous manda, Que DIeu le filz vous commanda, Qui vous gart en corps et en åme.

LES APOSTRES5 ensoylevant.

Amen, et a Dieu soiez, Dame!

s. PIERRE 5 ausApostres.

Chiers fréres, par nous convient Et départir , car de Dieu vicnt. Le doulz Jhcsucrist nostre maistre Qui de pure vierge voult nestre Vueille par nous tout mal destruirc Et le pueple en sa loy instruire , Sa grace sy mouteplier Que par tout puist fructefier A sa loenge et a sa gloire ! Aions Tun de Taulre mémoire : Dieu nous maintiegne en charilr

hk CONYERSIO?! DE S. PAUL. 4^

Et en vraye fraternité ! A Dieu soiez et ä sa mére.

LES APOSTRES , fors S. Pol.

A Dieu vous commandons S. Pére.

Lors YoLse S. Pére ä Romme et S. Pul ä Atliiénes , et les antres oii ils vouiTOiit ; mais qui Toura faire de S. Pére et de S. Pol , et laissier S. Denis , sy voisent S. Pére et S. Pol å Romme et parlent anx Roamains en la maniére qu'il est convenu apres la oonversion S. Denis en la rubrique qui se commence :

Seigneurs Roumains, etc.

Qni tout voura faire par ordre sy continue le jcu sy comme il est

escriipt cy dessoubz.

CY ENSUIT

LA CON VERSION S. DENIS

s. POL, aus pliilosophes. Seigneurs, Jhésucrist vous amant Qui fist et teirc et firmamenl, Qui pour noslre rédempcion Printhumaine incarnacion, Nasquy, mouru, resuscita EtDiex et homme és cielx monta Puis venra-il en sa majestc Juger toiiz ceulz qui ont esté Et ceulz qui sont et qui seront !

LE PREMIER PHILOSOPHE.

Les morsdont resusciteront?

S. POL.

Resusciteront voirement.

LE PREMIER.

En åmc ou en corps, ou commcnl

7

hk CONVERS10N DE S. DRNIS 4^

S. POL.

En åme et en corps ne doubtez.

LE fiHEMIER.

Escoutez, seigneurs, escoutez Que dit ce semeur de frivoles ; Vecy nouvelles paraboles ! Gest anole cy nous entroingne Que depuis que nostre charoigne Sera aniente et pourrie, Et que de vers sera mengie Tout en Festat qu'il est ou miex , Son crucefix , son noavel Diex La fera de mört retourner. Il veult natare bestoumer; Cest forssennerie, c'est råge. Tous ly diables Tönt fait sy sage Plus qu^Aristx>te ne que Platon , Que Socrates ne que Chaton. Il est yvre; sy dit tempeste. Par nos Diet il seroit bien bestc Qu'il nul arguement feroit oire Contre fausseté sy notoire ; Et pour ce je m'en vueil aler. De male mört puisse-il baler Qui en Gréce Ta attroté I

Lors se trestourne.

PUBLIL*S le second phUosopbe , ä S. Pol. Iloms, boms, vous estes assotc. Dictes, seront vaches et vcaulz,

44 LA CONVERSION DE S. DENIS.

Brebis, chevaulz, truies, pourciaulz, Bestes, oysiaulx , resuscitez?

S. POL.

Bien quérez grans absurditez ! Doit-on faire comparaison De beste qui est sans raison A homme qui a sentement Et raison et entendement ? L'åme de beste est sensitive : L^åme d'omme est intellective. L'ånie de beste, sans ressort, Est morte quant ie corps est morl ; Mais Tame d'omme desseurée Du corps ne sera finée Combien qu'ait encommancement; Et quant vendra au jugement, Nostre Seigneur qui la créa Dedens son corps la remetra , Qui fist homme pour ly servir Et pour> sa gloire desservir Par euvres bonnes et honnestes. Il ne fist pas les mues bestes Pour tel félicité avoir.

s. DEN IS, le tiers philosophe.

Biau sire, vous devez savoir Qu'il ne souffist pas entré elers Dire : mez diz sont vrays et elers ; Aincois il les convient prouvcr

LA CONVERSION DE S. DENIS. 4^

Par vive raison pour trouver Saine et vraye conclusion. Pour ce la résurreccion Que vous prcschiez sy haultement , Prouvez par raison ; autrcment Jamais ne la pourrions croire.

S. POL.

Maistre Denis , le roy de gloire Qui créa toute créature Et ordena toute iiature, De quant que fist , fait et fera, A son plaisir ordenera Par-sus entendement humain ; Car il est seur tout souverain. Ce doncques qu'il a de néant fait Puet refeire quant est défait. Sy est folie ä bomme en terre Des secrez de Dieu trop enquerre Et ä la loy Dieu fait injure Qui la veult soubzmetre ä nature. Ne mérite aussy n'y aroit Qui par sen humain la saroit. Simplement sy fault assentir, Car celuy qui ne puet mcntir La nous a bailliée et monstrée Et par plusieurs vertus prouvée Ou iliailloit nature taire. Doncques ä tout sen qui veult faire Quant il le puet et il le dit Doit-on croire sans contredit.

46 LA CONVKRSION DE S. DfiMS.

Car il est puissance et vérité,

Et sy est justice et bonté

Qu'il nul bien ne lesse périr

Ne nul mal aussy sans punir.

Por ce honnoure-il ceulz qui le servent

Et punist ceulz qui le déservent.

Or voit-on souvent que les bons

Sont des mauvaizet des félons,

Grevez, troublez et tourmentez.

Les mauvaiz font leur volentcz

Et en ce monde cy florissent

Et les bonnes gens y languissent.

Les maulz n'y sont pas tous punis,

Les biens n'y sont pas tous méris ,

Or fault-il de nécessité

Qu'ilz le soient par équité;

Gar Dieu sy feroit injustice

S'il ne £aisoit partout justice.

Injustice faire ne puet :

Pour ce raison contraint et muet

A mettre autre vie et espace

Ou Dieu a tous justice &ce

Et quant å Tame et quant au corps.

La résurreccion des mors

Convient doncques croire par droit,

Ou åme et corps comme orendroit

Sans plus mourir rassembleront

Et ensemble jugiez seront.

Les bons yront en beneurté

Et les mauvaiz en maleurté.

hk GONYERSION DE $. DENIS. 4?

En paine horrible et en misere.

8. DENIS.

Moult est plaine de grant mistére, Sire Pol , vostre loy nouvele.

8. POL.

Maistre Denis, la loy est tele Que sans elle n'a nul remédc ; Mais avant que oultre procéde Qui son t ces auteis que je voy?

En moDslraiit da doy.

S. DENIS.

Sire, il sont aulz Diex de la loy Que nos ancestres concivoient. En cest autel cy aouroient

En monstrant les auteis.

Joves , Mercure et Priapus Et en cestuy Mars et Venus Et Hercules en cestuy-^k.

S. POL.

Et qui edt ore cest auteMä

Qui est ainssy Ik reculé

Que vous avez intitulé

L'autél de Dieu non pas congneu ?

S. DENIS.

Il est d'un Dieu qu'on n'a point veu.

S. POL.

L'avez-vous ou songy ou leu ?

4b i^A omv££i»iaK u: h. iioo^.

6. UESIS.

Sii*e. ovta cammeot je Tar soeu. ^^uaut fu tsD Egipte å I^ssoole^ En b cité Eliopole, Le bcrfdil exnriroD midr ÉdipfiSi a .J. veodredj. ^^uatorzieme estcMt lors la lune : St oe p(n oit par voje Dtille Öster du cK>ldl b lumiére. L^édipse fut toute plénlére : Earirou .iii. heuresdura : Nature se desnaUira. Sy conclusysiDes par aoort Que le Dieu de nature , å tort , Souffroit mortele passion. Sy en eurent compassion Ijf» ellemens trestous ensemble.

S. POL.

Maistre Denis, que tous en semble? Est-ce bomme, ou espérit, on quoy?

S. DENIS.

Sire Pol , jc tien ferme et croy Qu'il est et vrais bons et vrais Diex ; Mais sa demeure est sus les cielx. Il n'a mestier de biens mondains Ne de sacreBces bumains ; Ne requiert que dévocions Et bumbles supplicacions. Le monde renouvelera, Partout en tout temps régnera ;

LA CO.WLRblOM Dli S. DE.NIS. 49

Mais (le sa sagece el puissanca N'a pas fait encor démonstrance ; Or ne scay-je voir qui Tenpesche.

S. POL.

Maistre , c'est le Dieu que je presche, Le gréateur de toutjle mondc Qui de une Vierge pure et monde, Comme soléil parmy ^oirriére Passé et adés demeure entiére , Nasquit sans peine en Béthléem, Puis mourut lez Jhérusalem. S'åme descendit en enfer Pour les siens d'illecques öster, Et au tiers jour son corps reprint Et de raort k vie revint. A ses desciples se mönstra , Pories closes k eulz entra, Puis sy monta voians leurs yeulz Sur toute créature és cieuis, Et leur dist que ainssy revenroit Quant le monde jugier venrroit. Puis le- Saint-Esperit leur tramist En langues de fea qui les fist Preus et hardis et forset sages, Et bien parlans en tous langages. Ceste loy preschonset disons, Et ceulz qui croient baptisons ; Car par nuUe voye autrement Ne puentnul avöir sauvement. Par Socrates et par Platon , I. ^

5o L\ CON VERSION DE S. DBNIS.

Par Sébiile, Ovic(e et Varron, Par philosophes, par prophétes Et par pluseurs de vos poétes Trouverez ces choses escriptes.

S. DENIS.

Sire Pol , gardez que vous dites. Par voz dis nature divine Ne commence ne ne termine : Diex est inpassible , inmortel. Pour quoy et comment fut or tel Qu'ilnasquit, souflrit, tei*mina, Qui commencement fin n'a? Je ne le puis veoir bonnement.

s. VOh,

Maistre, quant au commencement

Le créateur créa les anges

Aus queiz donna volentez franches

En leor eslre espirituel

Sans avoir corps pesant, charnel,

Ne anemy ne enconbrier

Qui les enclinast h pechief ,

Pour ce, quant contre Dieu péchérent ,

A tousjours mais ilz trébuchércnt ;

Mais afin que tout fast parfait

Le nombre que Diex avoit falt,

Nostre Seigneur fist homme et fa me

Qui franche vdeti ä Fåme

Donna afin qu'il peust eslire

Le bonchemin, lessier le pire.

Sy avint qu'ilz furent temptez :

hk GONVLHSION DE S. DENfS. 5 1

Lors de leur propres volerlt^z

Le commandement Dieu enfraindrent

Et grace et bien en eulz estaindrent,

Et par eulz toute leur llgnée

Fut å mört d'6Tifer obligéc ,

Nod pas itréparablement;

Mais homme de soy nullement

Satefier sy n^eti povoit

Et nul autre ne le devoit.

DoDcques failloil:-il qui y eust

Et qui le péust et qui le deust;

Et pMf ce Dieu par sa pitié

Nous mODStm si grant amistié

Qu'il voulut homme devenir

Et nos miséres soustenir ,

Pour satefier par droiture

De la susdicte forfaiture,

Par droiture voire voluntaire ,

Car autrement Teust peu bion faire^

Mais maniére plus convenable ^

Plus chéritaUe et resonnable

Ne saroit nalz ymaginer.

S. DENIS.

Il me &ult par force endiner

A sy exelleiite raison.

Je voiz ^i. loQr en ma maison :

Sy pensseray å oes artides;

Priez Dieu q'uD de ses deséipks

Il me fatce par sa bonté

Se vous m'aves( dit et conté

4

52 LA G05TEBSI05 DE S. DEMS.

La Térité pure sans fidace. Lori Toue aa logot n En^e et le feeond plulosophe areeqncs luy.

S. POL.

Maistrc Denis, Dieu par sa gräoe Vous doint choisir le droit sentier Et bon propos sain et entier, Sy vrayement comme le voir Je Yous ay dit sans decevoir.

l'avbugle. Au povre homme qui ne voit goute Faictes bien, pour Dieu, car sans doobtc Il est trop povres qui ne voit. Las! se .c. soubz on ly devoit Sy ly porroit-en baillier blans En lieu de moutons ou de frans. Pour Dieu, donnez-moy cuisse ou elle. Vecy bien dure kiriele : Je croy que les bonnes gens dorroent Ou que les oreilles leur cornent , Car de moi ne tiennent-il contel Trut! trut I povre bomme n'a que lionle, Male meschance et maise chiére : Cest sa droite rente fonssiére ; Toutes heures la liéve ek prent^ Nuit et jor nul ne Ten reprent Ne nulz, sMl devoit enragier, Ne la puet vendre n^engagier, Tant a povre boms de prévilége I Helas! bonne3 gens, que feray-je?

L\ CONVfcRSION DE S. DENIS. 53

■«■■

DoDDCz-moy pour Dieu quelque cbose

Parlez bas^ madame repose,

Au moins me tendez vostre matn.

Oil , oil , c'est å demain :^ Il sera jeilme samedy .

S. POL.

Bon bomnie , veulz-tu cen médy Avoir veue fresche et nou velie.

lVveugle. Halas! vou&la me bail|iez bellb, Sire; il &it mal cfui me ramposne. Donez-moy pounDieu .i. aumosne; . Car certes il ne pourroit estre Que jamais veiteeJiuis ne fenestre Ne par art nul, ne par nature.

S. POL.

Bons boms, tu as dit vérité pure; Mais ä Dieu est tout ce possible- Qui ä nature est impossible. Aiez en Jbésucrist fiance. Et en sa loy vFaye créancer Jbésucrist qui Diex est et bomme^ Qui de mére vierge qu'on nomme Marie nasquit sans douleur, Et qui jeta de tbénébreur Celuy qui fut aveugle ^ Et qui en la crois (u pené , Resuscita, monta és cieuls, Te vueille enluminer les yeulz! In nomine Patrts^ et Filii , et Spiritus snncti

54 L^ CONVERSION DE S. DBNIS.

l'aveugle. Amen! sire, Di«x le vous rende! De moy-mesmes vous foiz oflrende Prest et appareillié de croire En Jbésucrist le roy de gloire Par qui je voy aler ma voye, Qui me donne veoir ä grand joye A mes yeulz le ciel et la terre.

s. POt.

Or, me va maistre Denis querre Et ly dy qui ne tärde mie Accroire en Dieu le filz Marie Et qu'å moy veigne sans demeure.

L^AVEUGLfi.

Sirc , j'y vols trestout en l'eure.

Sy voise å S. Denis et die :

Maistre, monsetgneur Pol vous mande.

S. DM^IS.

Es-tu celuy , je te demande ,

Qui oncques noais n'avoit veu goute?

L^AVEUGLE.

Mon chier seigneur, oil sans doubte.

S, UENIS.

Dy-moy, et comment as-tu veu?

l'aveuglb. Monseigneur et maistre, il a pleu A sire Pol son Dieu ourer, Et en Teure, sans demourer, Jc receu veue belle cl cléi^e.

LA COISVERSION DE S. DBNIS. 55

S. DENI6. ,

o le vray Dieux! quel mistére! Tel chose oncques mais ne fut veue Qu'oDs aveugle réust sa yeue. Il est Dieu, pour voir, qui ce £iit, Qui les def&iz ainssy refl^t. En parlant å sa.fenune..

Rcsgardes, ma suer Damaris, Commant cest aveugle est gari$; Est-ce biau miracle et apert? DAMARis , fame S. Denb. Monseigneur, clérement apert Que cil a puissancc dhrine Qui les areigles enlumine. Oncques mez ne vy tel merveille : Alons ä luy, je le conseille, Et y menons nostre mesgniée Pour estre en la foy enseignée Et baptisiez avecques nous.

.II. ENFAIHS.

Volentiers yrons avec vous.

Lors Yoisent ä S. Pol S. Denis et sa fåme et sa famdille et k seoond phUofloplie et Taveugle ; et tons ensemble dieat :

TOUS ENSEMRLE.

Sire, JDiex vous doint bonne vie!

S. POL.

Bien veigne ceste conpaignie !

Me voulez-vous riens commander?

S. DENIS.

11 vous a pleu å nous mander

/

56 LA CONVKnSIOX DE S, ORMS.

Et véez-nous cy tous prés , chier sirc , De &ire quanque vourrez dire Sans vous contredire en riens. €y voisent ä genous.

S. POL.

Loé soit Diex de tous cez biens!

Mez amis , croiez fermement

Qu'il n'est q'un Dieu tant seulement ,

Triple personne en unité,

Une substance en trinité ,

Pére et Fiiz et Saint-Espérts,

Qui doit estre amez et chéris

Sur tout teinps et en tout lieu ;

Non pas .iii. Diex, mais .i. seul Dieu

Sans comniancement et sans fin,

Qui homme ama tant de cuer fin

Qu'å s'yniage propre le fist ;

Mez pour ce que homme se forfist

Et que mortelemen t ofTendit,

Le filz Dieu vray Dieu descendit

Qui print nostre nature humaine

En Marie de gräce plaine

Qui fut et vierge et fille et mére,

Et il fut son filz et son pére.

Le créateur fut créature :

Ce fut euvre par sus nature;

Ainssy le voulut peut et sceul.

Depuis, le baptesme receut,

Non pas pour ces péchicz moiiclcr ,

Mais pour le saci ement fonder

CONVERSION DE S. DE!fIS. 5j

Du baptesme de sainte Églisc.

Apostres quist å sa devise

Les quielz ä sa grace apella

Et ses secrez leur révéla.

Les mors de mört resuscitoit

Et touz målades garissoit,

Et moult de grans merveilles fist

Que pur homme jamais ne feist ;

Puis fust en crois mört et fénis ,

Et Tous mönstra maistre Denis ,

Par sa grace , la grant durté

Qu'ä tort souRroit, en Tobscurté

Que l'air et la terre soustindrent,

Et és miracles qui avindrei^ t ^

Son åme en enfer dévala

Qui les siens délivrer ala.

Le corps en sépulcre se tint ;

Mais au tiers jour y revint

Et resuscita noblemen t

Vray Dicu, vray homme, vrayomeul;

Puis monta és cieulz å grant joye

En disant que par aulel voye

Vendroit bons et mauvais juger

Et rendre ä chascun son loyer.

Le croiez-YOUS corde mondo ?

Dites cliascun : Credo.

TOUS.

Credo.

S. POL.

Que rcquérez, dictes ? baptésme ?

58 LA CONVEnSION DE S. DENIS.

TOUZ ENSEMBLE.

Baptesme et unction de cresme.

S. POL.

Le Youlez-Yous sine dolo ? Responnez-moy volo.

TOUZ.

Volo.

S. POL.

Doncques : Ego vos baptiso In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti

TOUS.

AmenX

$. POL.

Denis, vous estes crestien Et sage théologien , Prcmierain en pbilosophie, Souverain en toutc ciergie. La grace Dieu avez en main : Ne prenez pas sa grace en vain. Preschiez la foy et amitiez Et le pueple convertissiez. Je vous en donne auctorité , Évesque de ceste cité, Et en Gréce dés maintenant Vous ordeirie mon lieutenant.

En ly baillant.

Tenez anel et croce et mllre; Faictes euvre de bon menistre : Tout lo pais vous baille en garde.

hk CONVBRSION DE S. DENIS. 5cf

Lors die ä Damaris. Et Yous, belle suer et amie , En estat de samctimonie Vivez desormés chastement.

DAMARIS.

Dieu le m'octroit sy vraycment Comme du cuer je le désire! Cy se met oömme bégaine.

S. DENU.

S'il vous plaisoit , chier maistre et sire , Que avecques vous je in'en alassc Et ma Yie avec vous finasse , Moult Teusse chier et agrcable.

S. POL.

Mieulx sera et plus proQtable ,

Biau frére, que vous demoui ez

Et diligaument labourez

A convertir les non crcans;

Car vous y cstes bien seans.

En pluseurs contrées yrez ,

Et plusieurs gens convertirez

Et retrairez d'ydolatrie ,

Par example de bonne vie

Et par doctrine bonne et saine.

Moult arez d'ennuy et de paine ,

Mais Jhésucrist vous aidera

Qui touz jours vous confortera.

Je vous commande ä Dieu trestous.

TOUS.

Biau pére, et a Dieu soyez-vous!

6o L\ COXVEr.STON DE S. DENIS.

s. D^Nis, äsafame. AJez-en k Dieu , belle suer : Åmez Dieu de tout vostre cuer , Gouvernez bien vostre (amille ; Preschier me convient Teuvangiie Et la loy du doulz Jhésucrist. Celuy qui vous forma et fist Vous doint å tous grace et honneur !

SA FABIE , L^AYEUGLE, LES ENFANS.

jimen! et ä vou8, monseigneur.

Lores^en voisent;

S. DENIS.

Graces te rend , Diex^ humblemenl

Qui m'as par gråcé purement

A ta sainte loy appelé

Et tes grans secrés révélé.

Dieu , donne-moy ce bénéfice

Que dignement face m'office.

Maintenant k ton honneur, sire,

Dieter vueil .i. livré et escriprc ,

Nommé de triple ihérarchie ,

Et autres de théologie ,

Pour lon saint nom gloreder,

Et mon prochain édifier.

Lors se siée et fait sanblant de escripre.

Qui 8c ieu vourra continuer sans faire le martire des Apostics, tourne .v. fueilles et voise å la dause oA S. Ricule parte å S. Denis qui se commence :

CmER SIRB, JHÉSUCRIST, VOUS, CtC.

Qui tout voudra faire par ordre sy continue comme cy-aprés est

escript :

CY ENSUTT COMM£NT

S. PÉRE ET S. POL

ALERENT A ROMMB

ET COMMENT ILZ FURENT MARTIREZ.

s. l^ÉRE, ans Ilommains. Seigneurs Rommains, qui de noblesce. De sen , d'onneur et de prouesce Estes nommez puissaument En tous pais généraument , Bien déussiez celuy aourer Et concivoir et honnourer Plus que nuUe autre nascion , Qui sur tous dominacion Vous a donoée et grant puissance^ Et tenir du tout sa créance. Cest Dieu du oiel dont bien vient, Qui tout goutverne et tout soustient^

02 LE MARTYRE

Qui de néent le monde créa,

Qui homme ä s^ymage fourma

Le quel ä Dieu désobéit,

Par quoy en misére chéit

Ly et ses hoirs , et quant morroient

Trostuit en enfer descendoirat ;

Mais Dieu en out pitié , sy print

Corps humain et la mört soustint

Pour les siéns hoirs d'enfer jecter ,

Resuscita et voult monter

En paradis, vray Dieu, vray home.

MARCEL, bourgoys:

Bons horns, plus a de bien a Romme Que tout le remenant du monde; Tout sen, tout bien ä Romme habondc Sy iaictes que trop fol, vilains, D'ensengnier les sages Rommains. Les Rommains ne sont pas sv nices Que les diex qui leur sont propices Ilz ne sachent bien aourer.

S. PIERRE.

Frére, les Rommains labourer Scevent trop bien en vanité. Leur bien est plain d^iniquité Et leur sen est plain de folie. Qui est plus grant forssennerie Que d'aouTer ces ymagetes Que Toas faites ou faire feltes Qui ne parlent ne ne cheminent?.

DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 63

LE SEGOND BOURGOYS.

ISauf vostre grace, ain^ois devinent

Tout quen qu'en iait, comixient qoe soit.^

S. PIERRE.

Cest l^anemy qui vous de^oit Qui en vos ydoles se boute Pour estaindre en vos cuers trestoute La lumiére de vraye foy Et sain entendemen t , par quoy II vous hit sans cesser péchier Et vostre créateur leissier, Et ymages de créatures Plaines de pécfaiez et d^ordure Aourer comme fu Venus, Joves, Mercure et Priapus, Et en plusieurs ydolatryes Par diverses mélencolies Fait chéoir le monde auques ä bout Pour le mectre ä dampnement lout. Pour pe Jhéaus qui est lumiére Du monde, aporta la maniére De pourchacier son sauvement , Laquelle y mönstra dérement Par sainte vie et par signades, Par escriptiiré et par miracles , * En suscitant les trespassez Et en férant vertus assez ; Car il le povoitct savoit.

8. CLÉHEHT y escoUer. Or, est tout nient; car s'il avoit

64 l^E MARTYRS

Celie puissance qu'avez dite Il eust esté de la mört quite ; Car, par quelle voye mourroit Qui Dieu seroit, qui tout pourroit? Voir, sMl mourut et trespassa , La mört sa déité quassa , Et son povoir ly fu tollu.

S. PIERRE.

Mon bel amy , s'il eust voullu Bieri se feust garde de mourir ; Mais a nostre mört secourir Nostre sire usa par sagesce De merveillieuse soutillesce Gon tre la cruele malice De Tanemy plain d^injustice ; Gar il voult homme devenir Et nos miséres soustenir , A celle fin que 1'anemis Qui homme avoit souz le pié mis Sy fust par homme sourmonté , Et sa mauvestié par bonté, Et mört par mört ä mört livrée ; Et se Påme fu desseurée Du corps selonc Tumanité, Nient mains avoit la déité ; Tout povoit inmutablement Qui les rassembla dignement Et resuscita home et Dieux , Puis monta puissaument au cieux. Lä, en åmc et en corps yront

DB S, PIBRRB ET DE S. PAUL. 65

Ceulz qui de cuer le serviront En joye, en doulceur, en seurté, En pardurable béneurté ; Mais ceulz qui en ly ne croiront Ou qui son vouloir ne feroiit Yront en tourmcnt pardurable.

SYHON l'£NCHANTEUR.

Seigneurs Rommains , c'est bourde et fable Quant que ce vilain va disant. Croirez-vous q'un povre paisant Qui fut pendu puisse estre Diex? En vous devroit crever les yeulz. Moy^ iBoy , par qui honneur avez, Qui &!& Yertus , vous le savez, Devez aourer et in'obéir.

S. PI9RRE.

SymOD , mais on te doit héir Qui fals injure et vilénie A celuy qui te donna vie ; Mais tu es tout plain de péchié : Sy n^ist de toy fors mauvestié. Tes diz sont envenimemens , Tes £iis ne sont que enchantemens. Ta vie actrait la maise mört.

MÄRGEL.

Seigneur, vecy .i. honune mört. Resuscités-le, sy verrons Lequel dit voir; sy croirons Que celuy soit Diex en vérité Par qui sera resuscité ;

66 LE MARTYEE

Se non tous .11. le conparrez.

SYMOlf.

Tout en Feure vif le venrez.

Lon die anemie nen ao mört en roreiHe et le inort renitie la tes^e

sans soy bougier.

LE 5EC01ID BOURGOYS.

Esgar, il remue la teste;

Pierres, vous mourez comme beste.

N0U8 vouliez-YOus déceYoir?

S. PIERRE.

Attendez , yous sarez de voir Se le mört ara mört ou Yie.

SYM ON .

Sanglant Yilain y fol plain d'enYie, Ne Tas- tu pas veu rcmuer ?

S. PIERRE. .

II ne fault plus contrarguer :

S^il vit, boive et menjusse et Yoise.

SYMON.

Pierres, tu quiers tousjours la noyse;

Tu t'en pourras bien repentir :

Chascun puet et veoir et sentir

Que homme mört ne se puet bougier.

S'il ne puet boire ne mengier

Puis qu*il se muet qu'en ay-je k falre?

s. PIERRE, aubourgoys. Seigneurs, faictes lay en sus traire; Sy verra-on s'il yra point.

S. CLÉMENT.

Or vient bien cet débat å point.

DE S. PIBRRB ET DE S. PAUL. 67

' ' -

Maistre Symon, traieab-vous arriére : N0U8 coQcluoDS par tel maniére Que s^ilne va, Pierres, sachiez II convient qu^aler le £aiciez Ou autrement vous y mourez.

S. PISKRE.

Et se aler puet que me donrez? Vous ne me prometés que paine. ^

8. GLÉMSNT.

Vostre créance toute plaine Tout pleinement, sire, croirons Et maistre Symon punirons Ainssy qu'il veult qu'en tous punisse.

S. PIERRE.

Lemort boug-il janbe ne cuisse? Regardez comment il se porte.

MÄRCEL y en le tastant. Par Mahoounet, sa teste est morte ; II n'ot, il ne muit n'il ne rit.

S. PIERRE.

Or pert-il bien que malvez espérit Vous a &it une illusion. Ainssy meine ä confiision , Ainssy detient, ainssy enlace Ceulz ä qui Dieu soutrait sa grace Par leur péchié et desmérites.

LE SECOMD BOURGOYS.

S'il est ainssy comme vous dites Faictes tost revivre ce mört.

5.

ti8 L.E MARTYRS

s. Pi£RRE, å genous. Doulz Dieu qui de l'ainére mört D'enfer geslåtes homme et feme ; Vueilliez remeltre en ce corps Tame, A la gloire de vostre dom Et k la loenge et renpm De vostre espouse sainfe Église.

LE MORT TiERS BOURGOis, en soy levant.

Dieu qui m'avez 1-äme remise

Au corps par vostre grant pulssance^

Vostre lov et vostre créance

Doit tout homme croire et tenir

S'il ne veult ses jours mal fenir;

D'ore en avant vueil en vous croire.

MARCEL.

Vecy beau miracle et notoire : Regardez, le mört parle et vit. Qui oncques mais tel chose vit? Maistre Symons, maistre Symons , Plus n'irez en terres n'en lymons. Avant, avant, suz ly , Rommains!

Cy mettent la main ä ly.

S. PIERRE.

Pour Dieu, seigneurs, ostezvos mains: On ne doit pas mal pour mal rendre.

MÄRGEL.

Il vous eust volentiers fait pendre Sire, sire, lessiez-nous faire.

DB S. PIERRE BT DE S. PAUL. 69

S. PIERRE.

Diex le sära bien å chief traire. Lessiez-le; pacience est bonne, Pacience victoire donne , Pacience donne tous biens.

SYMON.

En despit de toy et des tiens , A ton grant ineschief, frére Pierre , Je ne demouray plus en terre : Maintenant monteray és cieulz ; Sy verrez se je seray Dieulz.

Lors monte un pou hault et appelle les Diablas en dkant

Béthagon, Bérith , Astaroth, Baal , Baalum , Béhémoth , Béelézebub, Léviathan, Béeléphégor, Moloch , Sathan !

LE PREMIER DYABLE.

Os-tu , dy , maistre Symon braire ?

LE SECOND DYABLE.

Je l^os bien ly re le grammaire : Alons ä ly; il nous appelle.

LE PREMIER.

Romp-ly la teste ä une pellc Tant Gomme il est en mais cstat.

LE SECOND.

Mais lessons-le vivre en restat Pour nuire plus au crestiens.

LE PREMIER.

Et s'il yst hors de nos liens

^O LB MARTYRE

Nous serons trompés lourdement.

LE SEGOND.

N'en doubte , il mourra maisement; Car il est maudit du Saint Pére.

LE PREMIER.

Cest bien fait; alons-en, compére.

Gy Toisent å Symon et dient *. Que voulas-YOus, maistre S3rinons?

SYMOK.

Sans limonnier et sans lymons, Pour crestiens faire afoler Haut en 1'air me fiiites Yoler. Or y perra que vous ferez.

LES DIABLBS.

Montez sus nous, sy volerez. Lon moDte suz eulz et ib le portent bellement sur leum espaules.

LB SBCOND BOURGOYS.

Ha hayl regardez quel merveille! Oncques mais ne vit sa pareille Homme yiyant, ne Jhésucrist Oncques tel merveille ne fist. Vez-vous comme il vole par Pair !

MÄRGEL.

De tel fait n'oy-je oncques parler !

S. PIERRE.

Pol, mon cher firére, regardez.

S. POL.

Sire, pour Dieu, plus ne tardcz^ Mettez le pueple hors d'erreur.

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'J i

s. PIERRE , å genous. Doulz Jhésucrist qui en l'orreur Et en la thénébrcur dfénfer Féistes trébuchier Lucifer Pour son orgueil et s^ourcuidancc , Cestuy qui tant a d^arrpgance VueiUiez que vistz trébuche et chie En recognoissant sa folie.

Lon se lidve el die en seignant les anemis :

Ennemis , trop fetictes d'escande , Lessiez-le chéoir , Dieu le commande Par moy qui suis son apostole.

Lois le leaent efaeoir en disant -. Or va, Symon, va, vole, vole !

SYMON.

Ahay, Jhésucrist! trop es fort; Gontre toy ne vault nul efibrt. Tu in'as trop lourdement coyssy : Je suis tout ronps et tout froyssy. Je ne puls aler ne courir, De male mört me &ult mourir , Ou feu d^enfer m'en fault aler.

Gy CBkcelemort.

LE PRBMliSR DIABLB.

Ha ha! Symon, or du baler, Maistre Symon , sire Symon , Yostre corps qui est de limon Vouloit voler lassus au ciel !

73 LE MARTYRE

Il desplaisoit k dan Michiel.

Sy estes trebuchié k honte ;

Car bas doit chéoir qui trop hault monte.

Ou puis d'enfer vous porteron.

LE SECOND.

Ta, ta! Symon , Tamy Néron, Ton orgueil , ton enchanterie , Ta mauvestié y ta simonie, Te seront bien tost chier vendus ! Passé ! tu es nostre rendus.

Gy Temportent bon du champ en uslant.

S. CLÉMENT.

Chier sires, or véons-nous bien Que nostre loy sy ne vault rien. Sy la voulons du tout lessier .

S. PIERRE.

Il vous fault doncques baptisier.

S. CLÉMENT.

Et que vault tel baptisement ?

S. PIERRE.

' Beau frére , par Parousement Qu'en feit d'yaue par dehors En la getant desus le corps , De tout péchié soit véniel , Ou mortel, ou originel , Dieu par dedens Påme netoye Et grace ly donne et octroie, En tant que se Tomnie mouroit En tel estat s'åme en iroit

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'jZ

Sans painc et sans (aire séjour, Plus clére et plus belle que jour, En la joye de Paradis.

S. CLÉMENT ET LBS AUTRES.

Ne soyez, sire, plus tardis;

En Dieu croions, baptisiez-nous.

S. PIERRE.

Or alez trestous ii genous.

Cy voisent å genous. Lors les baptise ai disant :

En la fourroe de sainte Église, Mes bons amis j je vous baptise ,

In nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sfincti.

Amen.

s. PIERRE , k S. element element, nostre chier filz en Dieu , Vous tendrez apres moy mon lieu. Dés maintenant vous y ordene, Et pour Dieu , chier filz, metez paine , De faire ä Dieu plaisant servise. Preschiez la loy de sainte Église, Les non croians convertissiéz Et les non sages enseigniez , Aux saintes gens honneur portez Et les imparfais supportcz ; Soiez de tout bien examplaire.

S. CLÉMENT.

Saint Pére, je suis prest de faire

74 ^^ MARTYRE

La Dieu volenté et la vostre. s. PIERRE , en ly metant la main sus la teste. Et du poYoir Dieu et du nostre Vous donnoDs papal dignité Et nostre plaine auctorité. Le Saint Espérit sy vous parface En tout bien et en toute grace.

In nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti.

Amen>

Lors se siéent å terre S. Pierre et S. Pol. Titus et Lucas et S. Glément et les bourgois voisent en leur logeis.

L^EHPERIÉRE NÉRON.

Princes, barons, ducs, chevaliers,

Il est venu .11. gondaliers

En la noble cité de Romme

Qui ne prisent pas une pomme

Nos sacrefices ne nos dieux,

Et sy ont £iit voler les yeux

A nostre amy , maistre Symon.

Par eulz est ä confusion

Et la divine poesté

Et nostre royal majesté;

Ilz devisent péres et méres ,

Filz et fiUes et suers et fréres ,

Seigneurs , varlés , pucelles , dames ,

Et les mariz d'avec leurs fames.

Il font entré eulz Dieu d'un bri&ult :

Nostre auctorité point n'y fault,

Ce vont-il preschant en leur prone.

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 7 5

Foy que nous devons nostre thröne , Il nous en desplaist grandement.

PAULIN9 sénateur. Sire emperiére, isnelement ^

Leur rendez selon leur mérites.

DOMICIEN.

Telz bougres, sire^ et teiz hérites, Par mon conseil vous destruirez.

NÉROIf.

Prévost Agrippe, que direz? Seroit-ce bien? que vous en semble ?

AGRIPPE.

Selon coustume et droit ensemble ,

Sire, gens de cuer desloyal

Qui ä la majesté ropl

Et ä la foy désobéissent ^

Qui le proufBtconunun honnissent,

Perdre doivent et corps et biens.

NÉRON.

Alez , tuez , jetez auls chiens , Délivrez-nous de tel merdaille.

PAULm BT AGRIPPE.

Nous le ferons, sire , sans £aille.

TITUS.

Chier seigneur et maistre S. Pére, Sachiez que N&ron 1'emperiére A prins consel de vous tuer : Sire, vueilliez vous remuer Et vous trestourner de sa voye. Nous arions soulas et joye

76 LE MAKTYRB

Perduz, se perdus estiez.

S. LUC.

Las ! sire , se vouz mouriez Que pourroit faire sainte Église?

S. PIERRE.

Fréres, ce n'esl pas nostre guise De fuir pour mört ne pour paine'^ Car la turbacion mondaine Donne le repos pardurable. Sy seroit chose profitable A vous et ä moy que mourusse , Et qu'avecques Jhésucrist fusse Qui sans moy bien vous garderoit Et plus grant povoir me donrroit En 1'autre monde qu'en cestuy.

S. GLÉMENT.

Nous savons bien n'i a celuy Sire j que paradis arez ; Mais nous serons tous esgarez Se sy tost ainssy nous lessiez. Sire j pour Dieu, obéissiez Un pou ä nostre infirmité. Gest fuite est de charité , Non pas de doubte de la mqrt.

S. PIERRE.

Je voy bien ce seroit trop fort Que de légier fust dépecie Corde de trois cordons bastie : Je suis seul et vous estes trois.

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL.

77

PuisquMI vous plaist donc je m'en vois. Lon 8'en voise et Jhésus ly veigne å l'encoiitre.

Pierres, bien soies-tii venu!

s. PIERRE ägenoulz. Sire JhésDS , et oii vas-tu?

JHÉSUS.

Pierres, Pierres, ä Rommc vois Pour mourir de rechief en crois.

Lore s'en retourne Jhésus sans plus dire.

s. PIERRE ägenoulz. Je in'en revois ; pardon , chier sire , J'aper;ois bien que voulez dire.

Lors 8'eD revoist å ses conpaignons et die :

Chiers firéres , quant je m'en aloie Jhésucrist trouvé en ma voye A qui demandé ou aloit ; II me dit qu'ä Romme venoit Pour estre encore en crois pendu. A ces mos ay bien entendu Qu'il vouloit que je retournasse Et que ma vie en crois finasse : Sy ne l'osay oncques desdire.

TITUS, LUCAS, CLÉMENS.

Sa volonté soit faicte , sire ! Lors se siéent å terre.

AGRIPPE.

Masquebignet , Hapelopin

•yS LE MARTYRE

Humebrouet, Menjumatin, Maubué , Gastenin , RifHars , Alez nous querre ces viellars , Qu'on appelle Pierres et Pol.

MASQUEBIGNET.

Sire , on me pende parmy le col A corde de chanvre ou de lin, Se toutaussi comme .i. helin Ne les vous amaine en présence !

PAULIN.

S'il se metent ä la deffence Faites que la force soit vostre.

LES SERGENS.

Penssez des corps, la robe est nostre.

Lon les voisent querre, et en les regardant de loing le

premier die :

MASQUEBIGNET.

Esgar! Mahon les puist confondre ! Or resgardez, ilz veulent pondre : Véez comme ilz sent ä croupetons.

RAPELOPIN.

Ge sont, ce croy, sages Bretons Qui font illec leur caquehan.

HUMEBROUET.

Foy que doy mon Dieu Tervagan y Je croy qu'ils euvrent de maiz art.

MENJUMATIN, å S. Pierre. Or suz , or sus, sanglant vieillart Qui tenez illec vostre escole ! Mez regardez quel apostole!

DE 8. PTEBBB ET DB S. PAUL. 79

II est tondu comme a. foI.

MAOBUÉ.

Levez sus aussi, maistre Pol, Qui estes sy enlengagié. Vous estes fol ou enragié, Foy que je doy Mars et Venus.

S. POL.

Seigneurs, vous soyez bien venus : Jhésucrist vous gart de mal faire!

GASTBNIN.

Le dyable ait part en cest aflaire : Cetuy-cy veult sermonner.

S. PIBBBE.

Seigneurs , Jhésucrist pardonner Vous vucille trestous voz mef&is!

BIFFLABS.

Hen! Pierre, je soye defEatis

Se vous n^avez .i. tien sans mouHle.

En ie frapant

Mais regardez de cest escouffle Comme il nous veult prendre ä ses griz.

MASQUEBIGNBT , en le férant. Il convient quMl soit amesgriz : Il a trop grace la ventraillc.

LES AUTBES, en férant. Passez avant, passez , merdaille.

Lon les mainnent å Néron.

MASQUEBIGNBT.

Vive Temperiére Nérons ,

80 LE MARTYBB

Les sénateurs et les barons! Vécy les .11. grans ruiBens, Capitaines des chrestiens. Faites leur véoir dedans la pance Quel foy, quel loy, queile créance Ilz maintiennent , et quel estat!

NERON.

Tu es Pierre ly apostat Qui fortrais ceulz que nous amon , Qui nos tre amy , maistre Symon ^ As fait mourir de maise mört, Et qui nous &is d'un home mört, D'un pendu en crois .1. Dieu sains. Sans Tauctorité des Rommains Tu sépares les mariages, Tu iais merveilles, tu fais råges ^ Tu es tout plain de maléficeft* Sy fault faire de toy justice ; Raison, les drois, les loys le veulent.

S. PIERRE.

Raison ^ ne drois ne loys ne veulent Que ceulz qui tehir vérité seulent , En cuer , en bouche , en meurs , en vie, Aient ne mal ne vilénie ; Mais ceulz qui aiment fausseté Doivent avoir meschanceté , Comme Symon , vostre enchanteur, Faulz , renoié et fol vanteur , Qui Dieu tout puissans se fesoit , Qui és cieulx voloit, ce disoit ,

DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 8 1

Mais non feM>it ; pour voir estoient Dyables d^enfer qui le portoient Qui malgré eulz cbeoir le lessérent Tout vif) et les os Ij froissérent Quant il pleust k Dieu qui tout puet, Qui tout gouverne , qui tout muet , Qui n'eut oncques commencemerit Ne ja u'ara définement. Bien est voir qu'en temps et en lieu Par sa grant doulceur , le vray Dteu Pour sauver home.devint homme, Et en la crois laide et honteuse SouHrit mört dure et engoisseuse Toute vois bonne et profitable.

NÉRON.

Tés-toy, yilain, ce n'est que fablé. Et toy, Pol , que vas-tu lisant?

S. POL.

Sirc , je vois tout ce disant Que saint Pére a cy récité , Et sy dy que Tauctorité Des Rommains n'est point néoessaire Pour auctoriser ne pour faire Appreuvement que Jhésucrist Soit Dieu , car il est et tout fist ; Vueilliez ou non , et nous et vous Le devons servir a genous, Sur tout amer et obéir, Et pour ly en fuiant héir Parens et amis quelz quUlz^oient I. 6

3^ LE MARTYBB

Qui de ly servir nous retraient. II nous a et fait et re&tt Et pour no$tre fait fut deffait; Il mourut home et remaint Diex. Or régne et home et Dieu és cielx Qui tous nous resuscitera Et tout au siens se donnera En joyeuse fr uctition , Quaut metra a destruction Tput le monde par feu ardant.

NÉRON.

Pol 9 bien nous vas enquocardant. Ton Dieu fera-il les mors revivre? Pol , tu es fol ou tu es yvre. Par nos Diex , Pol, tu y mourras. Sy verrons lors se tu pourras Revivre et ester ^us tes piez.

S. POL.

Tu nous verras joyeulz et liez Apres la mört , tirant Néron , Tous .It. en vie^ et parieron Tout platement ä ton visage.

NÉRON.

Ostez-moy ce fol; il enrage. Gardez ^us l'ueil que plus ne vivQ : Par senienoe diffinitive Ardez-moi tous ces christicoles , Fors ces .II. grans maistres d^escole Les queiz faites prendre et lier; Et sy £uctes crucifier

DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 83

Ce pceoheurqui eattH. vilaini ! \.: ) A Pol, qui est notde Rotfimaiti Me &icte8 téste coaper«

AGRIPPB.

Par ma teste, ain&qu'il sött souper Sera &it, Sice, ce que dites. Avant prenez ces .n. bermites; RouUiez , ferez , (rapez , Uez , Ce bertondu enicifiez , Et å oe Pol coupez le ooL

Eq férant.

MA^SQWBIGNET, HAPELQPIN. ,

Passez^(ä;|Ki»sez, maistre Pol| Veoez lire d^ nigromence.

HUMEBROUET , 611 férant.

Avance-togf » pescbéur , avafice. Va pescber ^nmy c^U^ vigne^

ifEimjMi^':^iN, en If mcMBitnuit ime oorde. Delivre-toy, vecy ta ligne.

s. POL I å 5.; Pi^rr^. , wi départir. . , Adieu, saint Pére, dcfula^ pasteur. Des otiailles fiostre^igpeur, , De sainte Église fondementl

8. PIERRE, å S.Pd.

Adieu, frére Pol, vray docteur. Noble et certain prédicateur De la vbye de sauvement !

S. POL , passantpar deyant PaiitOle , die ' Suer, prestejmoy ton cuevrechief ,

6.

:t'

84 MARTVRE

Poar bänder les y^ux de mon chief. Ja assez tost le te cendray.

PAUTILLE, en ly bäillant. Sire Pol , je le vous baadray , Et fu meillieur å bonne chiére.

MASQUEBIGNET.

Sanglanle passion te fiére , . Meschante fame! Que fez-tu ? Il n'a pas vaillant i. festu; De quoy te reudrå-il ton drapel?

HAPELOPIN.

Elle a perdu, c^est sans rapel, Nous devons avoir la drapaille (i).

HUnÉBROUET, MENJUMAtlX.

II est nostre , vatlle que vallie. '

MAUBUÉ.

Pol , or me dictes pié estant Polir quoy vostre Dieu amez tant Que vous souffres pour ly martire ?

S. POL.

Frére, il ti'est main qut peust escripre , Cuer d'onime ile pöurroit pensser , Oreille oiir, langue parler ,

(1) Ceei est une alliuion å ccrtakis privUéges dont jouissaient au quinziéiiiesiécle les exécuteurs des hautes-ceuvres. Ainsi, non-seoie- ment le dernier Tétement du condamné appartenait au bourreau de Parb, mais il avait encore plusieursidroits sur les denréés étalées aux hålles et aux marchés. De méme, la tete de tous les pourceaux quUl trouvait vaguants dans les rues et qu'il conduisait a THötel-Dieu , lui appartenait ; cet établissement s*emparait du reste du corps.

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 85

1 .

Les grans aises ou ceulz seront Qui Dieu de bon cucr ameront Sur toutes choses sans fiimtise.

GASTÉNIN.

Par quel point, sire, et en quel guise Y poucrions-nous advenir ?

S. POL.

Frére, il vousiauU sa loy tenir Se vous voulez teiz biens avoir.

BIPPLARS. ' . '

Et qui la noo» iera saToir? . »* |

8. POL,

DemaiD å.nx>n tomi^lveprez : .11. saina homes y tron yerez Qui la loy vous enseigneront Et baptesme vous donneront. Sy sei*ez de vos péchiez quites.

MASQUPBIGNET.

Pol , tu les sers d^ merdes ff ites. Je puisse estre ars en une forge Se je ne te coupe la gorgé Et puis le te iais amender. .

S. POL.

I

Or me lesse les yeulz bender

Et ourer aius que me décoles

•• '.

MASQUEBIGNET.

Délivres-töy, Pol, tu m^afoles.

Loi^ S. ?d1 iMnde sm yeulz et dk å gwouB V Agyos, o Ihcös^^agyos ykirros agyös

86 LE MåBTYRG

Atbanatos Jhesu Elcyson ymas.

HAPELOPIN.

Or , regarde de ce primas Comment il deschante et gringote.

MASQUEBIGNET.

II lit bien et chante sans uote; Sy le vueil faire cardinal.

. Cy ly coupe le «ol.

UAPELOPIN.

Alops-ly querre .i. orinal ; Il pisse trop malement rouge.

MASQUBBIGMET.

Lessons-le, puiz qu'il ne se bouge* Lon Toisent cradller S. Pierre.

AGRIPPE.

Pierres , qui vous tenez sy cpy , Or me dites pär vostre foy, Voulez-vous estre ainssy lié Et ainssy droit crucifié Comme vostre Dieu (ut pendu ?

S. PIERRE.

Prévost, d'estre ainssy droit tendu Comme il fut ne suis-je pas digne. Jhésucristmouruttlroit, en signe QuMl descendit du ciel a terre Pour nous sauver et pour nous querro; Mez moy qui doy aler au ciel Et m'åme rendre å Saint Michicl , Doy mourii* en crois bestournée ,

\

DE .S. PIERRE ET DE 8. PAUL. 87

■^■^— ^■^— ^■~" ii^.^»<i»^i^— »

La &ce ven le ciel tournée,

£d hault \es piez , en bas les mains.

AGRIPPE.

Pierre, vous n'en arez pas mains. Sus, peodez se irére prescheur.

HUMBBROUET.

Or 9a, 9a, dan povre pescbeur, Despouile-toy en ta chemise ; Sy pescheras å la menuise : II y bit bon , il a guilet.

MElUDMATIlf.

Fay tost , j^aqpreste ton filet.

Gy 96 detpoullé S. Pierre et å gemmg die :

Jhésucrist ^ vray Dieu, vray seigneur^ Qui pour nous , k grant déshonneur , Fustes en crois crucefié , Vostre nom soit glorefié. De cuer, de bouche et de puissance Confesse et lien Vostre créance. A vous m'en vois sans plus tardei'. ' Sire > vueilliez m*åme gärder Et tout Testat de sainte Église Que m'aviez piefa commise ! Seigneurs , taites quenque vourrez.

UUMEBROUET , MENJUMATIN.

Frére Pierre, vou» y mourrez. Cy le cnicefient å rebours.

MAAGEL, bourgoys. 1

Pourquoy fait-en mourir saint Pérc

88 LE MAETYBE

De mort sy dure et sy ainéro

Contre justice et équilé?

En quoy a-il greve la cité?

C 'est grant meschief, c'est grand ibleur

Qu'on iait mourir a tel douleur

Home de sy trés-sainte vie !

LE SECOND BOURGOYS.

II ne puet voir qu'il ne meschio De metre ä niort sy trés-pénible , Sy trés-doulz home et sy paisible, Sy bon , sy saint , sy profitable , Sans nulle cause raisonnable , Contre justicc et contre droit.

LE TIERS.

Se vous me croiez^ orendroit Tout droit ä remperiére yron ; Luy et son palais destruiron SMl ne rapelle sa sentence.

S. PIERRE.

Ghiersfréres, iaictes-moy silencen S'å moy av^z nulle amitié Je vous supply que par pitié Vous ne donnez occasion De retarder ma passion. Ma passion sy est victoire : Cest .1. pont pour sqillir en gloirc. Jhésucrist m^atent , roy des roys , A Dieu soiezy ä ly m'en vois. In numtis tuas commendo spiritum meuni et me^

Domine Deus veritaiis.

DE 8. PIBEBE ET DB S. PAUL. 89

MARCEL 9 homgOJ».

Alas, dolens, alas^chétisi Halas, saini Pérel or estes mört ' A trés^grant tort et dCaspre mört. ToutmainteoaDt vous despendray; autre congté n'y prendray : Sy vous mectrons en sépuiture.

LB SBCOND BOUBGOYS.

Halas I sy ä dure aventure! Halas, chélb 1 et que feroo Quaot ce malvaiz tirant Néron A fait inourir le meilleur bomme Qui fust en Tempire de Romme ? Or est orphelin tout le monde.

LE TIERS BOURGOYS.

Hen » hen , Néron ! Diea te confonde. Le monde chiemment compére La mört qu^as fait trére ä saint Pére ; Mais maugré tien est précieuse. Son åme est és cieub gloriease ; Sy mettroD son corps en sépulcre Qui souef flaire et n^est pas mucre.

Lors se metent ateeques S. Pol soubs .1. couTertenr.

GASTB«UI.

Sces-tu qu'il sera, Maubué? Saches mon courage est mué. Je cuide que nostre créance N'est que ^tosme et décevance, Eft pour ce je la vueil lessier.

90

LE MARTYRE

MAUBUé.

Vous dites bien, amy trés-cbiei^

Le Dieu saint Pol sy est vray Dieu,

N'autre n'est. Sr alons au lieu

QuMl nous dist hier, ce bon vous sembLc.

RIFFLARS.

Alons-y nous .ni. tous ensemble. Le Dieu saint Pol sy est le mien.

GASTEIfiN ET MAUBUÉ.

Loé soit Dieu, vous dietas bien. Cy voisent au tumbei S. Pol , et lå'soient Titus, Lucas^ en oroison

TITUS.

Lucas , je voy sergens venir.

LUCAS.

Cest pour nous prendre et dél)enir ; Fuions-nous^^n ysneile pas.

RIFFLARS.

Seigneurs , pour Dieu ne fuiez pas. La vostre créance est la nostre : Nous venons cy de par l'apostre Qui nous dist bier se huv venions Ycy que nous trouverions Qui la foy nous enseigneroit Et baptesme nous donberoit. Sy vous plaise a nous baptister.

L13GAS.

Celui qui tant nous voult prisier Que pour nous tant se desprisa Que mört soustinl, par quoy prisa

DE 8. PIERRB ET DB 5. PAUL. 9I

".

Home qui estoit déspriåé ,

Soit loé , chéry et prisé!

Nos amis tenez fermement

Quil D'e8t qu'un seul Dieu aeuleinent

Qui terre et ciel créa et fist;

Mais pour ce que bome se defläst

Par péchié d^inobédiaoce ,

Jhésucrist par obédience

A Dieu le pére Tacorda

Dont par péchié se deacorda.

En ce croiant vous voulez estre

Ou nom de Dieu, par main de prestra

És fons de baptesme ondoiez.

LES .III. SBRGBMS.

Voire, sire.

LUC4S.

Et vous le soiez.

In nomine Patris y et Filii , et Spiräus ituicti.

Eq les aroiisant.

Ges .lu. sergeos voisent aveoques Marcel et les boargoys; Tilus et

Loeas avecS. Gltaent.

» I

MÄRGEL 9 bourgoys. Seigneurs bourgoys, trop enduron De cest emperiére Néron. Qncques , plus maise créature Ne fut formée de nalure ; Car son maistre et sa propre mérc A (alt mourii* de mört amére. Le pcuplc ocdst, Romme a gastéc.

9^ t'E M4RTYRE

Par ly est Romme difTaihée : II confont droit et équité, En ly est toute iniquité. Vueillone$-y biefitost secourir , Ou il nous fera tous mourir Et bonnifa toute Fempire.

LE SEGOllD BOURGOYS.

Cest bon conseti et bien dit, sire ;

Gar certes soubz le firmament

N'a plus mais horns se Diex m'ament.

Rendons-Iy selonc sa desserte ;

Gar teiz boms perdre n'est pas perte

Qui n'est bon ne jeunc ne viex.

LE TfERS ROURGOYS.

G 'est sy bien dit qu'on ne puet miex ; Mais périllieuse est la demeure. Sy nous alons armer en Teure A^ant qu'il assemble point d^ost.

GASTENIN, HA^BUé, BIFPLARS.

Vous dictes bien, alons-v tost.

•■'■".. Cy voisent hors da chvnp sans plus taire , puis reveignent qua^t

Néron sera toé ayecques S. Glément. JHÉsns.

Tu Gabriel , et toy Michiel , Levez sus, déscendez du ciel. Alez-moy bonne aleure querre Mes .11. apostres Pol et Pierre Et léiir )k>rtez ces .11. chapiaals Et ces vestemens bons et biauls ; Puis sy les monistrez k Néron.

DE S. PIEBRE ET DE S. P4UL. 9^

LES AKGES.

Lon preignent .11. dalmatiqaes roages et .n. chapiaut de fleurs, et Totsent chantanl: Extdtei ceium lauäibuSj pnis diem tus apostres:

Amis de Dieu, tenez ä joye Que nostre sire vous envoyé.

Lors se Uévent les apostres san» parler et vestent les dalnatiques, et metent les chapiaas sor lenrs testes et voisent å Néron et les anges avecques enlz, et S. Pol , en passant , baille ä Pautille son cuevre- cbief sans riens dire.

PAUTILLE.

Diex ! j'ai veu monseigneur saint Pol Que les timans tindrent pourfol. Lasse, lasse! il ne Testoit mie; Bien a sa promesse acomplie. Il m'a geté desus le cbief, Sain et entier, mon cuevrechief. Foi n'estoit pas y mals fol estoit Qui son Dieu et ly despitott. En sa foy vueil mourir et vivre ; Dieu me vueille escripre en son livre !

S. PIEREE ET S. POL.

Néron, nous vivons ä honneur, Mais tu mourras ä déshonneur.

Lors s'en voisent avee les anges en paradis.

NÉRON.

Ha Mahominet! dor-je ou je vueille? Pierre et Pol , dont j'ay grant merveiile , Son venus ä inoy par grant yre.

N

96 LE MARTYRE

MASQUEBIGNET, MBNJUMATlPi, HIJMBBRODET^ ttAPELOPIN.

Sire, nuUy ne s'en descorde.

AGRIPPB.

Domicien , levez la main. Yous jurez Tempire Rommain Gärder, deffendre et soustenir , Les loys et libertez tenir Que les sages seigneurs ont mises.

DOMICIEN y en levant la main. G'y mectray paine en toutes guises.

PAULIN, enly baillant. Tcnez la couronne royal Comme seigneur bon et loyal, Tenez le mantel et 1'espée. En vostre empire longue et lée Justice faictes å tout bomme.

LES ROMMAINS PAIENS.

Vive remperiére de Rommc. s. LUC , ä S. Clément. Sire , vous savez que S. Pierre , Quant il vivoit encore en terre Vous ordena son sucesseur. L^église ne puet sans pasteur , Le pueple å vous du tout s'atent. De par le roy omnipotent Tenez, sans plus grant procés faire. Sus vostre teste ce tbiaire.

£n ly baillant la cocuche. Recevez papal dignité

DE S. PIERRE ET DE S. PAUL.

97

Et general auctorité Sur tout l'estat de sainte Églisc * Qui de par Dieu vous est commise , Åfin que vous édifiez , Plantez, esrachiez, destruiez, Plantez vertus, esrachiez viccs, Destruiez erreurs et malices, Edéfiez sus la foy temples De sainteté par bons examples Et par saine et vraye doctrinc!

S. CLÉMKXT.

Sire, la voulenlc divine

Soit faictc par tout plaincmcnt !

TITUS, MARCEL ET LES GRESTIENS.

Vive, vive pape Clément!

L\ FIN DU GEU S. PERE ET S. POL.

Qai le gea S. Denis voura continuer avecques cestny, sy die apres ceste clause comment S. Rieule jiarle å S. Denis , et tout ce qiii vicnt apres ; et qiii le geu S. Pére et S. Pol voura cy fincr , sy die ainssy :

S. CLÉMENT.

Mes chiers amisen Dieu et frércs, Vous savez comment nos sains pércs Mes seigneurs S, Pol et S. Pierre, Vindrent cy nostre salut quorre, Et comment furent desprisiez , Tourmentez et martirisiez , Pour la loy du doulz Jbésucrist ,

98 LE MARTYRE

Et pour l'Église qu'il aquist

Par son »anc digne et précieulx.

Or, sont és hauls ciclx glorieulx

En léesce perpétuelle,

En feste noble et solennellc.

Sy ordenons en cestconcile

Qu'en face d'eulz feste ä vigile

Qui soit dcvotement jeunée,

Et la feste soit bien gardée,

Enlre personnes crestiennej^

D'euvres serves et terrienncs,

Espéciaument de péchié ;

Et s'aucun en est entechié

Sy s'en purge légiérennent

Pour la gärder plus saintemenC.

En cessant d'euvres corporcles^

Facent les espirilueles.

Viegnent deuennent a réglise

Pour oir le divin servisc,

Les sermons , les connmandemens ,

Pour recevoir les sacremens

En pais, en amour, en concorde;

Des euvres de miscricordc

Facent pour Dieu cen qu'il pourront,

Afin que quant en corps mourront

II soicnt mis en grant honneur

A la destre nostre Seigneur.

Qui nos dis despiter vourra

Sache de voir qu'il encourra

Apostolique maléi^on;

DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99

Mez tous ceulz aront bénéi(^on Qui nos statuts honnoreront Et ä leur povoir les feront. La quel cbose, par charité., Vous doint la sainte Trinité

Pour l'amour des bénois Apostres. Vous, lats, dictes vos patrenostres , Et vous, elers, qui cstre devez Example de bien, sus, levez; En publiant nos estatus Chantez Te Deum laudamus.

9^ LE MARTYRE

Et pour l'Église qu'il aquist

Par son sanc digne et précieulx.

Or, sont és haulsciclx glorieuk

En léesce perpétuelle,

En feste noble et solennelte.

Sy ordenons en cest conciie

Qu'en face d^eulz feste ä vigile

Qui soit dévotement jeunée ,

Et la feste soit bien gardée,

Entré personnes crcstiennes

D'euvres senes et temenncs ,

Espéciaument de péchié ;

Et s^aucun en est entechié

Sy s'en purge légiérement

Pour la gärder plus saintemenc.

En cessant d^euvres corporeles^

Facent les espiritueles.

Viegnent deuement a Téglise

Pour oir le divin servisc,

Les sermons , les commandemens ,

Pour recevoir les sacremens

En pais, en amour, en concorde;

Des euvres de miscricorde

Faceut pour Dieu cen qu^il pourrout,

ABn que quant en corps mourront

II soicnt mis en grant honneur

A la destre nostre Seigneur.

Qui nos dis despiter vourra

Sache de voir qu'il encourra

Apostolique nialéi9on;

DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99

Mez tous ceulz aront bénéi(^on Qui oos statuts honnoreront Et ä leur povoir les feront. La quel chose , par charite ,, Vous doiDt la sainte Trinité Pour l'amour des bénois Apostres. Vous, lats, dictes vos patrenostres , Et Y0US9 elers, qui cstre devez Example de bien, sus, levez; En publiant uos estatus Chantez Te Deum laudamus.

LE

GEU SAmT DENIS

CONTINUE AINSSY.

s. RIEULE, åS. Denis. Cbier sire, Jhésucrit vous gart!

S. DENIS.

Frére, bien vegniez. De quel part? Voulez chose que puisse faire ?

S. RIEULE.

Mon tres cbier seigneur débonnaire» L'empereur Domicien Sy a bany le Dieu menistre Saint Jeban ly euvangéliste , Dont je suy moult desconforté. Sy me fut dit et raporté Que baptesme aviez receu, Et en l'eure que je le sceu

LE HARTYRE DE S. DENIS ET DE SES COMPAGNONS. lOI

Je vins ä vous, sire , ä refuge.

5. DENIS.

En tel Umpcste , en tel déluge , Doulz Jbésucrist ^ gardez les vostres. Biau frére, et ou son t les apostre^ Mes seigneurs saint Pol et sainl Pierre ?

S. RtEULE.

On m'a dit, sire, en ccste terre, Que grant temps a qu^å Romme sont.

6. DENIS.

Dieux! je voy bien qu'ilz soufreront A Romme leur derrain martire. A eulz m'en voiz, carmoultdésirc Avecques eulz finer ma vie.

S. RIEULE.

Et je vous tendray compaignic. Lors die S. Denis å PnbliUs le second phiiosophe.

Je entens que nos péres en Dieu, Saint Pére et saint Pol, sont ä Romme. Frére, vous screz en mon lieu, Gar vous me dembiez .i. preudommc. Prenez-vous bien du peuple garde : Le Saint-Esperit vous vueiile aidier Qui vous et eulz ait en sa garde. A Dieu vous dy sans plus plaidier.

PUBLIUS.

Moult nous venist ä plaisir Que demourissiez avec nous; Mez puisqu^avez sy grant dcsir

103 LE MARTYRE DE S. DENIS

D'y aler, ä Dieu soiez-vous! Lors voisent S. DenisetS. Rieule ä Romme.

s. DENIS , ä genous, en besant S. Clément en la main. Diex vous croisse honneur, tres saint Pére ! Bicn suis eureus quant ä vous touche.

s. CLÉMENT , en levant S. Denis. Bien vegniez , Denis nostre frére ! Venez nous besier en la bouciie.

Cy le baise et puis die :

Denis, nospéres ont la gloire Des cielx aquise par martire. Graces å Dieu , je voy bien oirc Qu'amené vous a nostre sire. Denis, nous avons grant seinence^ Mez il y a trop pou qui euvre. Grant sen avez et gigant sciencc; Or metez piez et mains en euvrc. Denis, alez-vous-en en France Et menez ceste grant compaignic.

£n monstrant ses oonpaignons.

Preschiez la foy et la créance; N'i ait celluy qui point se taigne. Denis, ne doubtez ceste enprise, Nostre Seigneur vous aidera : Par vous scra France conquise Et Jhésucrist y regnera. Denis, alez-en liément. De par la Sainte Trinitc

ET Dli SES CO.MPAGNONS. Io3

Nostre povoir tout plainemcnt Vous donnons et auctorité. Alez avecques ly, biaus frércs,

Cy die å S. Rustique el aus autres -.

Et pensaez chascun de bien faire.

LES CONPAIGNONS, åS. DéniS.

Voleiitiers, tres reverens péres, Quel paine que nous doious traire.

S. DENIS.

Sire, cest euvre est mouit grevable; Nient iiiains je suis prest d'obéir. Par vous nous sera Diex aidable; Vueillez nous, sire, bénéir.

* s. ci^ÉMENT , en levant la main. Ainssy com fu nostre Sauveur Avecques nos péres par grace', Ainssy vous soit ä tous aideur En tout temps et en toute place.

In fiomine Patris et Filii^ et S pir i tus Sancti.

Amen,

Lors voisent en France.

$. DENiS, åses conpaignons. De France aprochons , merci Dieu ; Cheminer nous fault en maint lieu Pour preschier la foy crestienne ; Saturnin ira en Guienne, Et en Espaigne Marcelin , Lucicn et frérc Quentin

i

Io4 LE M ARTYRE DE S. DENIS

A Beauvais et ä Amiens.

trouveroht foyson pålens ;

Et Rieule k Arle demourra :

Bien est voir qu'ä Senliz mourra.

A Meauizyrez, frére Sentin,

Et avecqucs vous frére Antonin.

Quant les tirans me feront prendre

Venez ä tnoy sans plus altendre ;

La maniére de mon martire

Diligemment failes escripre

Et l^escript portez au Saint Pére.

Moy 5 Rustique et frére Eleuthére

En yrons taut droit a Paris.

Je pry ä Dieu de paradis

Qu'il vous veuille en tout bien conduire.

SES CONPAIGNONS.

Amen^ et ä Dieu soiez, sire!

Cy 86 départent et voisent oi!i ilz vourront.

COMMENT S. DENK VIENT A PARIS.

Dieu , Pére et fiiz et Sains Espéris y Gart les habitans de Parisl Bien fut raison et équité Quc sy bonne et bclle cité

ET DE «ES GOMPAGffONS. loS

Fust du tout ä celluy sacrée Qui sy noblement Pa créé : Cest Jhésucrist , le roy des roys.

LE PREMIER PARISIEN.

Quel roy? de la féve ou du pois?

S. DENIS.

Le roy pour voir, de qui le régne N'ara fin , qui sur tout régne , Vray homme, vray Diex et seul Diex.

LE PREMIER.

Esgar 5 nous crevera-il lex yeulz ? Ou sontnos Diex? ne sont-ilz riens?

S. DENIS.

Yos Diex ne sont Diex plus que chiens. II n'est Dieu, sachiez, fors le nostre.

LE SECOND PARISIEN.

Beau maistre, ce Dieu qui est vostre Est-il ore nouvel ou vieulx?

S. DENIS.

Amy , hostre Dieu est vray Diex Et vray horns, et vielx et nouvel.

LE SECOND.

Nouvel est donc^t non nouvel ? Cest pure contradiction.

S. DENIS.

Vraiement et sans fiction , Nouvel est- il et non nouvel.

LE SEGOND.

Cest doncques Hart et fauvel Qui vont ensemble a la charuc.

lo6 LE MARTYRE DB S. DRNIS

LE TIERS.

Non pas , mez quant il va la rue Il a de vielx dräp robe neuve; Et par cela ce vieiUart preuve Qu'il est nouvel et ancien.

LE PREMIER.

Il est donc maez logicien. S'en$uit-il que .i« jeune poulain Soit vielx et jeune , se demain On ly baille une vieille bride ? Nennil voir j et pour ce je cuide Qu'il s'est alé baignier souvent En la fontaine de Jouvent. Ainssy c'est le vieillart pelé , Rajony et renouvelé. Qu'en dites-vous, sire Lisbie?

LISBIE, le plus noble boargois. Toute vostre sophisterie Sy ne fait nulle chose au fait. Maistre Denis, c'est trop maufait De dire ä Paris telz mensonges. Je ne sfay s'en Gréce telz songes Vont songent les Athéniens.

S. OENIS.

Entendez-moy, Parisiens; Vérité diray sans songier Ne n'y seray mensongier. Nostre Dieu est vielx sans viellcscc Et sy est jeune sans jeunesce, Commencement et (inement,

ET DE SES COMPAGNONS. I07

Sans fin et sans commenoeinent , Etcréateur et créature; Gar il n'est que .i. Dieu par nature, Pére et filz et Saint-Espérit ; Maispour ce que homme s'y périt, Dieu le filz vray home devint, Nasquit de vierge et mört soustint , Et au tiers jour resuscita, Vray Dieu, vray home és cielz monta. Ycelluy est Dieu et non autre. Vos ymages qui sont de peautre , Debois^ oud^argent, ou de pierre, N'ont pouvoir n'en ciel ne en terre. Il ont yeulz et ne voient goute, Ne se bougeut s^en ne lez boute , Gärder deussent et gardez sont : Vous ies faictes, pas ne vous font. Nostre Dieu fist tout et tout garde; De luy n'est nul faiseur ne garde. Voirs est quant print nostre nature Cil qui tout fist devint faicture Et fut ensemble et home et Diex , Nouvel, non nouvel , joenne et vielx , Perpétucl et lemporcl, Corporel et incorporel.

LISBIE.

Et mortel qui mourir ne puet. Dictes-moy, sire, et qui le muet, Qu'il est tout seul et scul vout estre?

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ET DE SE3 GOMPAGNONS.

109

£t qui de soy trestout a thit Et ä soy trestout ordené.

LISBIE.

Puis qu'ä ce point m'avez mené Qu'il n'e$t Dieu fors ie Dieu des cielx , Dont viennent doncques tant de Dieux Comme en aoure par le monde?

S. DENIS.

La question , frére , est proiönde ; Et tröp de temps avöir fauroit Qui a point soudre la vourroit; .Mez h present je vous dy bien Que quant pur home qui n'a rien , Fors de Dieu sa volenté france , Ne soubzmet toute a l'ordenancQ Et a la volenté divine, N'est merveille se mal chemine ; Car Dieu sa grace ly soustrait. Et Fanemy ä soy le trait Qui le de^oit en inainte guise , Et ä mal faire adez 1'atise. Ainssy fait Tun apostatcr Et ly autres ydolåtrer, Instituer mahommeries, Selonc diversses fantasies , Dont ly uns aourent ligures De pécheresses créatures, Lez autres bestes ou serpens , Et lez autres les i^lémens, Les autres faintes vanitez

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BT DE SES COMPAGNOMS. I I I

I

Vueille , par sa présumpcion , Dieu qui tout sen et tout sourmonte, Qui tout fist par pois et par compte, Coroprendre par son sen humain , Qui ne scet s'ii vivra demain , Ne s^ii gaignera ou perdra, Ne qui ses souleurs ly terdra , Ne quantes goutcs chiet de pluye Nient plusque feroit une truye; Et pour ce, Dieu teiz gens lessoit , Et lors l'anemy ne cessoit De les mectre en erreurs diversses Et en opinions perversses. Sv fault son cuer humilier Qui bien droit y vcult charier; Car Dieu lez humbles enlumine

Par grace et par vraye doctrine ,

Et lez essauce et glorefie ,

Et les orguelliex humilie

Qui veulent sans eiles voler;

Car orgueil sy fait afToler

Ceulz qui cuident avoir sagecc :

Mez humiiité s'y adrece

Et donne der cntendement.

Or entendcz donc sainement :

Sachiez la Sainte Trinité

N'est que une seule déité

Qui de néant créa tout et fist ,

Qui és^créatures reluist

Et aucunemenl y ripört;

113 LE MAllTYRE DB S. DEN16

Comme vous voiez en apert

Que le soleil a grant valeur

Et grant lumiére et grant chaleur ,

Et tout ce sy n'est q'un soleil :

Par tout aussy en cas pareil

Et resgardez par bonne estude

La fa^on et la magnitude

Du nionde, et 1'ordinacion

Et la grant gurbemacion

Comme il fut puissamment créc

Et tres sagement ordené ,

Gouvemé par bénivolence ;

Vous trouverez tantost en ce

Que cil a souTerain povoir j

Pariait savoir, tres bon vouloir,

Qui tel Ta iait et limité,

Et c'est la Sainte Trinité,

Pére et Filz et Saint-Espérit ,

.1. Dieu, seul Dieu, comme j'ay dit,

Une substance , .iii. personnes.

LISBIE.

A Diex! tant sont ces raisons bonnes,

Soutilles, profondes et haultes ;

Sire j trop ay fait de défaultes ,

Car]'ay usé toute ma vie

En mal et en vdolåtrie :

Sera, sire, m'åme dempnée.

Cy descende d'eii hault et TOise devant S. Denis.

S. DENIS. ^

Nennil , que par l'yaue sacréc

ET DE SES COMPAGNONS. 1 l3

Du baptesme que recevrcz Grace et bonté en l'åme aurez Et serez de vos péchiez quites.

LISBIE , å genous. Sire, je croy quenque me dites : Pour Dieu vueilliez-raoy baplisier.

S. DENIS.

Et je vous baptise, amy chier ,

In nomine Patris ^ et Filii et Spi ritas sancti .

j4men.

I^rs se assiéent å terre.

LE PREMIER PARISIEN.

Biaus seigneurs, se viellart gréjois Nos sacrefices et nos lovs Destruit, confont et anichile. Il honnira toutc la ville Se nous n'y metons tost rennéde.

LE SEGOND.

Sire, a vant que oultre procéde, L'alons prendre ä force et tuer; Gar nullement pararguer Ne Tarions, je vous dy bien.

LE TIERS.

Vostre opinion est le mien. Parisiens, alarme! alarme ! Or tost å ly , tost; car, par m'arme, S'il n'est hapé droit en sourssault, Il nousbastira .t. tel sautt Que nous ne le verrons meshuit. I. 8

1 l6 .LE MARTYKE DE S. DICMS

-

Je croy qii'il 1'envoira en Seine Mez qu'il sache ses kiriéles.

LE TIERS.

Alons, cc sont bonncs nouvelés. Cy voisent i Tencontre.

LES BOURGOIS.

Cliier sire , bien soiez venus.

FESCENNIN.

Dites-moy , qu'est or devenus .1. fauls viellart estrait de Gréce , Qui est cy venus ä Lutéce Pour envenimer le pais ?

LE PREMIER.

Sire, il presche .i. Dieu å Paris Qui &it tous les monls et les vauls. Il va ä cheval sans chevauls, II fsAtf il défait tout ensemble , II vit, il muert, il sue, il tremble, II pleure, il rit, il vueille et dort, Il est jeune et viex, foible et fort , II fait d'un coq une poulete, II jeue des ars de Toulete Ou je ne sfay que ce puet estre.

LE SEGOND.

Sire , oiez que &it ce fol prestre ! II prent de l'yaue en une escuelc Et gete aus gens sus la cervele , Et dit que par tant sont sauvez.

KT DK SES COMPAGNOISS.

117

TIERS.

Trop pis falt ce lierre mauvez : Nos Diex, ce dit, ne valent riens, Mez de son Dieu viennent tous biens; Son Dieu tout gouverne et tout tist.

FESCENNIN.

Ålons ä Paris; il soufTist. Lors voisent å Paris, et Fescennin soit ou plus liauU ciége.

FESCENNIN , en séant. Huoiebrouet, Menjumatin, Masquebignet , Hapelopin , Querez-nous ce popélican!

HUMEBROUET.

S'il voloit comme .1. pélican Sy heurtera-il ä nos tälons.

FESCENNIN.

Alez tost.

LES SERGENS.

Sire , nous alons. . Lors voisent querre S. Denis.

IICMEBROUET.

Or ca y viellart de pute afaire , Vien jargoullier au comnnissairc. Tu yras a pierre late.

S.. DENIS.

Jhésucrisl qui fut ä Pilate

Mené pour nous, seigneurs , vous sauve !

MENJUMATIN.

Tez dis ne prison unc mauve; Va sermonner oii lu vourras.

I l4 LE MARTYIIE DE S. DBN1S

LES AUTRES .II.

Or y alons ains qu^il soit nuit.

Lors voisent ä ty lezdagues traites. LE PREMIER , en monstrant S. Denis de loing. Vez-le cy; sus! frapez, tuez. Qu'est-ce? vous ne vous remuez ? N'en ferez-vous huy autre chose?

LE SECOND.

Pur ina cure, sire, je n'ose

Ne je n'ay tnain qui bien me vueille.

LE TIERS.

Je n'ay membre qui ne me dueille. Je n'y suis pas, ce croy dcmy.

LES AUTRES .TT.

Alons-en, c'est .1. anemy.

Lors se retournent en fuiant.

l'emperté:re domicien. Seigneurs Rommain^, j^ay entendu Que d'un crucefix, d'un pendu , On fait .1. Dieu par nostre empire Sans ce qu'on le nous daigne dire. Sy commandons k justiciers, A tous baillis el officiers, Et ä tous seigneurs terriens, Qu'en tous les lieus oii crestiens Hz trouveront, prenent et lien t, Båten t, tourmentent et occient: Par espécial ,1. viellart Qui est plain de nwis et viei art

BT DE SES COMPAGNONS. I 1 5

Et d^ennemy dés son en&nce, Qui envenime toute France Et maine une grande conpaignie. Je vueil qu^on le tuc ou mebaigne Plus cruelement qu'un viex mastin. Alez-y j prévost Fescennin ; Faictes tant que vous Ic trouvez, Et sus ly sy bien vous prouvcz Que lez autres aient fi*éeur.

FESCENWnf.

N^en doobtez, sire emperéeur, J'en saray bien venir ä chief. Je le metray ä grant meschief Et Teust juré son Dieu Jhésus. Or tost, tost, sergens, levez dus; Menjumatin , Humebrouet , Hapelopin^ Masquebignet , Adoubez-vous ; aloQS cercbier, Se trouverons cel adverssier ; Sy ly ferons rongnier la teste.

LES SERGENS.

Sire^ alons, car il fait tempeste. Cf Toiaeiit i Paris.

LE PREMIER BOURG016 DE PARIS.

Seigneui*s, on m^a dit derriére r Que Domicien P^mperiérc Envoyé .i. coromissaire en France.

LE SECOND.

Or ly aloDS compter la dance

Que ce gréjois ä Paris maine.

8.

1 l8 LE MARTYRE DE S. DENIS

M ASQUEBIGNET j en teoant S. Denis. Vieilart sånglant, tu y mourras, Par Mahon , puisque je iq tien.

HAPELOPIN.

Avant, prenon chascun lesieri. Lors les mainent au prévost.

HUMEBROUET.

Sire prévost,