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Dans la préfeoe cl'une de mes publications intitulée : La Complainte et le Jeu de Pierre de la Brosse , cJiambellan de Philippe-le-Hardi , qui fut pendu le Zo juin 1278 (Paris, Téchener, i835; d'aprés le manuscrit unique de la Bibliothéque du Roi), je me suis énoncé ainsi, pages iget 20 : « Selon moi^ lanais- sance de notre théåtre ne date^ ni des mystéresrepré- sentés pour la premiére fois , en 1 402 , dans 1'hötel de la Trinité par les confréres de la Passion ; ni des ré- jouissances qui eurent lieu, en iSSg, ä l'entrée de la reine Isabeau de Baviére dans Paris; ni méme des di- vertissemens mimiques donnés, en i3i3, aux fetes de la Pentecöte par ordre de Philippe-le-Bel , en présence d'Édouard II , roi d'Angleterre , pour célébrer la re- ception, comme chevalier, du jeune Louis, alors roi de Navarre ^ et depuis roi de France sous le nom de le Hutin. Je me trompe fort , ou , quelle qu'ait été sa forme , VI PRfcFACE. queiles que soient les modifications qu'il ait subies, Té- lément dramatique n'a jamais cessé d'exister ; il n'y a jamais pu avoir solution de continuitc compictc dans la marchedc rintelligencehumaine, etc. (i).» La véritc de cette opinion , que le peu d'espace ac- (1) Les fréres Parfait, qui attribueiit [Ilistoire du Thcalrt fran- cais, vol. i, p. 32) rintroduction des mystéres, diez iious, « aux pélerins qui, reveiiaiit de la Terre-Saiiilc et autres lieux de piété , coinposaieiit des cå-dire du sixiéme siécle a la fin du neuviéme, nous rencontrons VOcipuSj comédie allégorique dont les acteurs sont : la Goutte, un médecin, la Douleur et un chccur de goutteux ; le Jugement de Vulcain qu'on a rangé k tort, durant long-temps, parmi les églogues ; quelques fragmens d'une tragédie de Clytemneslre ; un dialogue inter Terentium et delusorem; un autre composé pour les funérailles d'Hathumolda , abbesse de Gander- saen, entré Corbie de France et Corbie de Saxe, etc. Enfin, au dixiéme siécle, un fait unique, anormal, dont 1'ensemble conslituii un véritable monument lit- téraire^ se produit subitement : c'est le Thédtre de Hroswita (littéralement Rose blanche)^ abbesse du méme monastére de Gandersaen dont nous venons de parler (i). Ge tbéåtre, qui se compose de six comédies, savoir: la Conversion de Gallicaruts^Dulcitius^ Cal limaque^ Abraham^ Paphnuce et un petit drame allé- ^^%^%iS g^^*4"® intitulé la Foiy VEspérance et la Charité ^ (i) On pourrait aussi comprcndre dans les compositions dramati- ques de ce siécle, le dialogue ou coUoquium de Théodulus, entrc AlittUa^ representant le christianisme, et Pseustis, qui défend le pa- ganisme. Cest une églogue fort rcoiarquablc qui dut étre lue ou chantce dans quelque repas de grand seigneur ou d'évéquc. PREFACE. IX forme, a dit M. Magnin dans une notice sur Hroswita et sur la comédie å^ Abraham insérée daus le Tfiédtre Européerij deuxiéme livraison, « fundeschaiiions, le plus brillant, peut-étre, et le plus pur de cette serie non interrompue d'ceuvres dramatiques , jusqu'ici trop peu étudiées, qui lien t le théåtre pålen, expirant vers le cin- quiénnie siécle , au théåtre möderne , renaissant dans prcsque toutes les contrées de PEurope vers la fin du treiziéme siécle (i). » Le onziéme siécle ouvre une route nouvelle pour Fart dramatique, ou mieux, pour Tesprit humain. A cette époque, en eflfet, les langues vulgaires se montrent å 1'horizon. Ce n'est d^abord qu'un fant6me qui appa- rait, qu'un enfant qui bégaie et cherche å échapper aux långes dont Tenveloppe le latin ; mais bient6t elles progressent au détriment de 1'art hiératique, elles font invasion dans l'Église qu'elles doivent détréner deux * siécles plus tärd, et donnent naissance aux Epitres farcies (JEpistolce farsitce) , ou chants alternatifs du peuple et du clergé, lesquels s'exprimaient Tun en la- tin, l'autre en langue vulgaire (3). (1) Hroswitha a laissé aussiun poétnesur les Ollions, dontM. St- Marc^Girardin, dans son coars sur rAllemagne, a fort bien fait sen- tir rimportance å la fois polilique et littérairc. (2) Les épltres farcies les plus nombreuses qui nous soient restées, sontcellesqui ont pour objella passion de saintÉtienne. Celatient ä ce qa*aa neuviéme siécle Charlemagneayantintroduit le rite romain qui défend, pendant la messe, d'autres lectures que celle des passages de rÉcritnre sainte, on n'exécuta pas cette interdiction å Fégard de tfaiatÉtienne, dont le martyre se truuvant rapporté dans les Actcs PREFACE. Le onziéme siécle nous fournit plusieurs monumens des apötres, mettait par cela méme les épitres ((ui y étaient relatives hors de la prescriptiou du rice roinaiii. Don Marlene {Z^c antiquls ecclcsice ritibus , t. I, p. 281), cite, d^aprés un mauuscrit de St-Gratiea de Tour , le fragment suivant d'un planctus sancti Stephani, ou épilre farcic de saint Estéve : Por amor Deii, vos pri sai^os barun, Se ce vos duit escoter la le^iin De saiot Esteuve le glorieus barriin, £scotet-le par bonc entcntion, Qui a ce jor rccu la passion, etc. M. Raynouard a publié unc autre épttre farcie de saint Étienne , dans son Choix de poésies des Troubadours, t. II, p. 144; le ma- nuscrit de U Bibliothéque royale , cöté R , 7595 {bis) , ancien ma- uuscrit de fonds de Bigot, contient au fol. 121, v* et suivants , une épttre farcie de Saint-Étienne , ou Tauteur se nomme lui-méme dans ce vers : Cil qui Tescript Lucas out iion ; enfin , nous-mémes en avons inséré une 5" dans les notes du pre- sent volume. En voici une 4« tirée du Mss. 6987, fol 555 v°, oCi elle est notée en musique. DE SAINT ESTEVENE. Entendés tot a cesl scrmoii , Et clerc et lai tot environ : Conter volons la passion De saint Estevene le baron ; Couinent et par qael mesproisoii Le lapidérent Ii félon Pour Jhésucrist et pour son nom J*alorres dire en la le^oo. Lee tio actuumapostoiorum. Ccstc Icron c'on ci voui» liät, Sains Lus Tapelc que la iist : 1>BKPAGB. XI dramatiques importans : c'est d'abor(l un mystére des Fals des apostles Jhésucrist : Sains Espérités Ii aprist. In diebus illis. Ce fu és jours de pieté £1 tans de (j^rasse et de iN)nlé, Que Dieu par sa grant carité Rc^ut mört pour crestieulé. £ii itel tans ])on euré Li apostle Ii Dieu amé Otat saint Estevcne ordené Pour prééciei foi et verté. StephoFius plenus gracid et fortitudinc^faciebat prodigia et signa magna in populo, Saint Estevene dont je votis ^ant, Plains de grasse et de vertu grant, ' Faisoit el pule mescreant Grans miracles Dieu prééchant , Et crestienlé es8au9ant. Surrexerunt {uttern quideun de Synagoga qui appellabantur liberä^ norum et Cyrenentiorum et Aiexandrinorum, tt eorum guiä Ci- iicid etAsiåy (sous-entendu : venerant)disputantes cum Stephano. Li pharisien Dieu renoiié Qui åfi la loi sont plus prisié Vers le martyr sont adrecié : A lui deputent tot irié. £i non poterant resistere saptentias et spiritui qui loquebantur , Sains Estevenes point ne doutoil , Car li fieus Dieu le confortoit, Et Sains-Espirs en lui parloit, Qui con qu'il dist li ensignoit. XII PREFAGE. vierges folies et des vierges sages, écrit entrois bn- Al grant sens k*en liii espiroit Nus d'els contrester nel' pooit. ndentes autem hoc dissecrabantur cordibus suis , ei siridcbant dentibus in cum, Quant che voient les putes gens De duel en ont les cuers sanglans : Tant les sourportoit maltalens, Qu'ensanle croissoient lor dens. Cum autem esset Stephanus plenus Spiritu Sancio, intendcris in cceium, vidit gloriam Dei^ et ail •• Qr entendés del* saint martir Cum il fu plains del' Saint Espir. Regarde en haut et voit partir Les cieuls sour lui et aouvrir \ Et la gloire Dieu avenir Dont a parlé, ne pot taisir. nEcce video ccelos apertoSy etjilium homirUs slantcm a dextris Dei. » « La gloire voi nostre Signour Et Jhésucrist mon Salveour A la destre mon Créatour, Or ai grant joie sans dolour ; Car je voi ce quc jou aour, Qui est loiiers de ma labour. » Exclamantes autem voce mogna continuerunt aures suas^ et impetumfccerunt unanimiter in eum. Quant del fil' Dieu oent parler Dont commencent å foursener, Leurs orelles a estouper Car mais nel' puéent escolter. En tals Ii font pour lui tuer. Ii les atent com gentix ber; PRÉFACE. XIII gues, en latin, en fran^ais et en proven^al (Mst. ii 39 Bien puet sofriretendurer Qu'il voit Dieu qui le veut sauver. Et ejicUntes eum extra cwitatem lapidabant. Debon les mun de la cité Ont le martir trait et jeté. U rönt Ii félon lapidé Conques n'en eurent piété. Et testes deposuerunl vestimenta sua secus pedes adoleseeniis qui uocabatur Saidus. Pour miex férir délivrement Ont despouillié lor vestiment As piés d*un vallet innocent. Ce fut Saulus qui tant tourment Fist puiB å chrestiene gent. Dieus le rapela docement , Puis fut sains Paus tout vraiement. Ei lapidabant Stephanum innocenlem et dicentem t Defor Ii font mult grant assaut. Il le lapident , lui n'en caut , Tentses mains et ses iez en haut , Proie k Dieu qui as siens ne faut. R Domine Jhesucristt , suscipe spiritum meum. » « Sire Jhesucrist , mon désir , Qui m*a8 fait les tormens sofrir » Des or re^ois le mien espir ; Car je voel å toi parvenir. » Positis autem genibus, clamavit voce ma^nå dicens t Lués saint de grant amistié , Ses anemis fait semblant lié. Ses genous ploie par pitié XIV PREPACE de la Bibliothéque du roi ; fonds Saint-Martuil, deLi- moges) (i), et dont M. Raynouard a dit au lome ii de son Choix depoésies originales des troubadours ' Et pour cls tous å Dieu proiié. « Domine , ne statuas illis hoc peccatum. « « Sire, fait*il en qui main sont Li juste et tout cil qui mesfont , Pardone leur, pére del mont , Cas il ne sevent que il font. » Elcum lioc dixissctf obdormivit in Domino. Quant il a dit tot son plaisir, Samblant fait qu'il voelle dormir, Clot ses iex, si rent son espir , Dieu le rechut é lui servir. Or prions tout le saint martir Qu'il nous puist salver et garir . K'enssi puissons-nous tuit morir, Et al regne Dieu parvenir. Amen. (1) M. Émile Morice,daii8 son Histoire de la inise en scéne de- pois les Mystéres jusqa'au Cid^ insérée dans la Revue de Paris , a commis, a Pégard de ce manuscrit , de singuUéres méprises. « Vers le milieu du méme siécle, dit-il, parurent un certain nombre de tragédies en rimes latines. Dans Tune d'elles, dont le héros est sainr Martial de Limoges, Virgile, associé aux prophétes, vient avec eu\ åTadoration du Messie, etc.» D'abord, saint Martial n'est pas le moins du monde le héros de la piéce. Il n'y est pas méme qucstion de lui. LeMss. provient tout simplement de TAbbaye qui portait ä Limoges le nom de ce saint, d*oi!i Terreur de M. Charles Morice ; ensuite ce Mss. n'est pas du douziéme siécle, mais du onziéme; enfin, il ne fallait pas mettre cette piéce au nombre des tragédies écrites en la- tin , d^abord parce que le mot tragédie , emprunté ä Tabbe Lebeuf, est impropre pour designer les mystéres de Saint -Benolt-sur-Loire, dont je crois qu'on a voulu parler ; ensuite, parce que le mystérc des Vierges folies est écrit plutöt en proven^l qu'en latin. pniaACE XV <( Cet ouvrage présentc Ics élémens et la marcbe d^undrame, c'est-a^irc, qu'il a une exposition, un Dceud et un dénouement ; » ensuite un mystére de la Nativité tiré du méme manuscrit ; et , enfin , quatre mystéres latins, conserves dans un manuscrit de Saint- Benoit-sur-Loire, qui en contient six autres dont noiis parierons tout a l'heure. De ces quatre mystéres, deux (oelui des Trois Mages et celui du Massacre des Inno- cens) paraissent avoir été composés pour les fetes de Noél , les deux autres (celui de la Résurrection et ce- lui de TApparition de Jesus ä ses disciples, a Emmaus) semblent avoir été écrits pour les fetes de Päques. Ces dix mystéres ont été édités avec le plus grand toin par M. Monmerqué, pour la société des bibliophiles. Le dotkziéme siécle n'est pas moins riche, que celui qui le précéde , en monumens dramatiques. L^Orient Dous odre, en effet, dans cette période, deux drames, le premier (V jimitié bannie du monde), dö a Théodore Prodrome, le second du ä Plochyre. Quant a l'Occident, nous y assistons a la naissance des fetes des änes et des fous, et nous y trouvons d'abord les six Mystéres du Mss. de Saint-Bcnoir-sur-Loire, puls troIs drames hié- ratiquesen languevulgaire. L'un, qui est allégorique,a pour auteur Guillaume Hermann, poéte anglo-normand qui vivait de 112'^ a i f^/o; Tautre est dA a Étienne de Langton, cvéque de Cantorbéry, et le3%quiconsiste en un fragment du Mjrstere de la Résurrection que j'ai moi-méme publié^ avec une traduction en regard (Pa- ris, Técbener, i834), est anonyme (i). Enfin, Bernard (1) M. Chabaille , pag. 7 de rAvant-Propos du Mystérc de wiut XVI PREFACE. Péze, dans son Thesaurus anecdotorum novissimus, tome II, troisiéinepartie,p. 1 86, a publié un Luduspas- chaliSj intitulé : De adventu et interitu Antechristiy composé pour l'einpereur Frédéric Barberousse, el joué probablement devant lui, oii le pape se trouve désigné sous le nom de PAntechrist, et ou paraissaient 1'einpereur, les rois de Francc, d'Allcmagne, etc. Ma- thieu Paris, danssa Yie des vingt-trois abbés de Saint- Alban, fait mention aussi d'un jeu de sainte Catherine, composé å Dunstaple, parGeftVoy, qui devint plus tärd abbé de Saint-AIban, et mouruten 1 147. Ce jeu offrit ceci de remarquable qu'il fut joucpardes séculiers,et qu'on emprunta pour sa representation , au sacristain de Saint-Alban , les chapes et les autrcs ornemens de l'abbaye. De lä å la dépossession des clercs par les laics il n'y avaitqu'un pas : il s'opcra au siécle suivant (1). Le treiziéme siécle, en eftet, nous montre le génie dramatique complétement éinancipé de Tinfluence ec- Grépin , avance , contrairement å notre opinion , que ce fragment est da treiziéme siécle. Nous nous rendrions avec piaisir äux fort bonnes raisons qu'il allégue , si Técriture du manuscrit qui contient le mys- tére de la Bésurrection ne dénotait évidemment le douziéme siécle. (1) M. Roquefort fait remonter Tärt dramatique parmi nous jus- qu^aa douziéme siécle. Il cousidére le fabliau d'Aucassin et de Nico- lette comme le premier essai de ce genre. Nous croyons cependant impossible de placer ce joli fabliau au nombre des piéces de théåtre. Il consiste dans unc narration toucliante faite par un roéiiestrel qui la suspend par intervalles , tandis que son compagnon chante sur un luth des morceaux de poésie. On n'y trouve ni dialogue, ni action , ni mise en scéue , rien de ce qui constitue Tébauche la plus impar- faite d*une piécc dramatique. On peut en dire nutant des jeux partis et par conséquent du fabliau des deux Bordeors ribmuls que M.Ko* PRKFACE. Wll clésiastique. Des piéccs qui nous sont parvcnues de cette époque , aucune^ si ce n'est le Miracle de Theo- phile , n'a trait aux choses religieuses ; encore ce Mi- tncle fut-il composé par un laic , et par un laic passa- blement incrédule^ dont le plus grand plaisir était de semoquer du clergé; (Voy. ma Notice sur Rutebeuf^ son auteur; Paris, 1 834, Téchener.)Maisiciy du moins, tout 06 que nous possédons est en langue vulgaire , ä Texception d'un inystcre latin indiquc a l'année 1398, dans une chronique du Frioul, citée par Muratori (dis- sertation 39*) , et intitulé : a Representatio ludi Ckristij videlicet Resurrectionis , adventus Spiri- tus Sancti et ad ventus Christi ad judicium.n Co mystére, si Ton s'en rapporte au chroniqucur , auratt élé repi'ésenté uvec succés par des clercs dans la cour du patriarche. Les autres piéces qui nous restent de cette époque sont toutes de la seconde moitié du siécle, quefort regarde aussr comme une esquisse théåtrale. Ges piéces n'of- freut point de dialogue : ce sont deux discours , et , pour ainsi dire , deux plaidoyers qui se succédent Tun å l^autre. (Observ.prél. dujeu de Robin et Marion, par M. Monmerqué.) TaTOiie que cesconclusions, pour justes qu^elles soient ä i^éganl des deux Bordeors ribauds , me paraisscnt bien sévéres relative- nient au febliau d^Aucassin et de Nicolette. Ne serait-il donc pas pos- sible de regarder cette gracieuse com position comme le type de To- péra-coroique chez nous ? — I^ roanque d^action qu'on remarque en élle ne ferait, en ce cas, que la rapprocher du genre auquel elle ap- partieiidrait , car depuis cette fameuseparole de Beaumarchais : « i.> qo*oii ne peot parler , on le chante , » qui est-ce qui s'est jamais inflémé s'il y avait dans nn opéra-comiqne un» action . un n(riid , une |iéripétii*:^ XVIII PRIiFACL. etdurent étre rcpréscntces par des séculiers (i). Elles sont au nombre de cinq, savoir : lejeu du Pélerin et lejeu de Robin et de Marion y donnés, en 1822, par M. Monmerqué pour la société des bibliophi- les; le jeu du Mariage ou de la Feuillée\ lejeu de S. Nicolas , et cclui de Pierre de la Broce qui dispute ä Fortune par-devant Raison, Je ne com- prends pas , dans les oeuvres théåtrales de cette épo- (1) En Espagne, la representation des Mystéres remonte peut-étre au-delå du treiziéme siécle , puisqiril en est parlé dans la loi 54 , tit. VI, de la partida prima, Cette loi défend aux clercs de faire des representations scéniques dans les églises, et méme d'y assister quand d*autres les font. «« Pourtant , ajoute In loi , il est telle repre- sentation qui est permise aux clercs, comme celle de la Naissance de notre Seigneur annoncéeaux pasteurs par un ange, on quand on ex- posé TAdoration des rois mages , le Crucifiement du Sauveur et la Ré- sarrection au troisiéme jour , etc. De telsspectacles excitent rhomme k bien faire et rafferroissent sa foi. »» (Origen^ epocas y progrcsos del teatro tspanol^ etc. , par Manuel Garcia de Yillanueva Hugaldo y Perra , en Madrid , 1802. ) De ces cxpressions de la loi, Thistorien dnthéåtre espagnol conclut: 1» que, des le milieu du treiziéme siécle, il existait, en Espagne, des piéces religieuses; 2<> qu'elles avaient lieu dans les églises et ailleurs; 5» que les acteurs étaient des Xvit^ oa des clercs å volonté , etc. (Råynouard, Journal des Savans^ 1856, p. 56f .) Il est ä croire qu'au treiziéme siécle les Mystéres étaient austi re- présentés depnis long-tcmps en Italie, puisque Villani, lib. ¥iii, ch. 70, rapporte qu'eii 1504 il arriva å Florence un accident funeste ä propos d'un théåtre qui, ayaiit été élevé sur un pont ,* s'écroala sous la multilude des spectateurs, dont un grand nombre périt. 11 faut enoutre rcmarquer qnc Yiil.uii ne raconte pas cet accident pour indiquer Texistcnce des Mystéres, en Italie, å Tépoque dont il ptrie (fait qu'avec son exactitnde ordinaire il eOt cependant mentiooné $*il edi été récent alors), ma is seulement pour faire conoattre le malheur arrivé en cette occasion. PEKFACE. XIX que, la disputoison du croisé et du descroisé par BuUåeufj qu'y range Legrand dCAussy, parce qu'il n\ a dans octte piéce aucun jeu de scéne, qu'elle n^est qu'un dialogue entré deux personnages, une églogue aur UD sqjet con temporam, et que, si l'on admettait Topinion du savant traducteur de nos fabliaux , il fiiu- drait ranger aussi dans la catégorie des oeuvres dra- matiques la Disputoison de Charlot et du barbitr dt Melon , celle de Sjrnagogue et de Sainte Église; les fabliaux intitulés la Chasse du Cerf ^ Margutt convertie^ etc. Je préférerais de beaucoup y compren- dre FHerberie Butebeuf^ spirituelle parade de foires et detréteaux que je ne puis mieux comparerqu'aux chan- sons bouflfonnes de Plantade , et qui serait alors une composition beaucoup plus incontestablementdramati- que, bien qu'ellen'ait ni dialogue, ni action,etqu'ellc soitrécitéepar un seul homme. Tel est, d'aprés toutes les découvertes faites jusqu^ä nos jours, Tinventaire ri* goureusement exact des productions dramatiques chez nous, au xni'siécle. On a doutc long-temps qu'aucune d'eUes e6t été jamais représentée , et peut-étre a-t-on eu raison, si Ton a voulii entendre ce mot dans le sens despectacle public, sedonuantdans les villeså certains jourset å certaines heures, ainsi que cela se pratiqueau- jourd^hui; mais, comme, d'aprés leur contexturc, leur jeu de scéne, leur prologue méme(Voy. surtout celui du jeu de S. Nicolas)^ ces piéces étaient évidem- ment destinéesåune representation quelconque^ il fau- dra bien en conclure que , si les villes n^étaient point assez richespour entreteiiir des troupes de ménétriers, b. XX PREFACE. pour avoir des lieux propres aux representations et sub- venir aux dépenses qu'eiles nécessitaient, tout porte ä croireque les princes et les grands seigneurs, qui avaient, eux , des ménestrels attachés ä leurs person- nes, que les abbés, qui disposaient des vastes salles des cloitres, en usérent pour faire represen ter des mi- racles ou des jeuoc (i). Cest ainsi que nous pouvons supposer que la charmante et fraiche pastorale de Ka- bin et Marioriy dxie au trouvére Adam de la Halle, qui avait suivi Charles d'Anjou en Italie, fut représentée å Naples devant ia cour de ce prince, qui était toute frän- ^aise ; que le miracle de Théophile et \ejeu de S. Nicolas étaient réservés aux clercs, et que \cjeu de Pierre de la Broce ful représenté dans la demeure de quelque famille seigneuriale ennemie de ce ministre et satisfaite de sa chute. Mais, si nous avons quelques rcnseignemcnts sur le fonds et si la conservation des monura;.-nts nous auto- rise a prononcer affirmativement sur le fait de la re- presentation , nous sommes loin d'étre aussi avancés sur lesdétails. Comment répondre, en effet, aux ques- (1) Sur ces dénominations de jeu on de miracU , voici ce qae je pense. L' esprit du temps avait fait imagiuer et écrire beaucoup de Yies de Saints en vers. Ces ouvrages étaient faits pour étre décla- més, et on leur avait donné le beau nom de iragedies. Pcu ä peu Tärt se perfectionnant par Tinstinct , on resserra ce cadre trop väste. On s^astreignit å un fait particulier (ordinairement c^était un miracle)-^ on le mit en action , et , comme ces nouvelles piéces furent jouees^ et qu^elles étaient failes pour Tétre , on les nomma jeux , afin de les distinguer des iragedies qui n'étaient que déclamées. ( Legrand d'Aussy, Contes et Fabliaux, t. II, p. 174 , édit. Reno|iard.) PRKFACC. XM tioos qu^on nous pourrait faire sur le théåtre et sa pa- rure , sur les costumes , les décorations , les acteurs , les machines , les apparitions diaboliques, etc, etc.? Nous avouons qu'ici tout nousmanqueä la fbis, et que Dous ne pouvons méme raisonner de Paccessoire théÅ- tral du XIII' siécle que nous ne connaissons pas , par analogie aveccelui du xv* que nous connaissons ; car la difTérence entré ces deux époques fut si grande queceserait nousexposer k tirer de faussesinductions. Une chose qu il faut bien remarquer au xiii* siécle, c'est que le théåtre, qui, chez nous aux époques précé- dentes, avait été presqu'exclusivement religieux , de- Yient tout-å-coup profane avec le jeu de Robin et Ma- rion , celui de Pierre de la Broce , etc. Gette circon- stance qui tient å une transformation sociale impor- tante, mérite qu'on s'y arréte. La féodalité, cet Age de fer qui s'était allié si intimement au sacerdoce , avait cédé une partiede sa puissance au clergé. Les barons, a i'aide de leurs cuirasses ^ de leurs gantelets d'acier et de leurs hommes d 'armes, étaient en possession de la force; TÉglise, avec son glaive spirituel, avec ses in- timidations religieuses , son long usage et sa culture de tout ce qui avait trait h Fintelligence, était la reine des idées. La noblesse et le clergé marchaient donc en s'appuyant l'un sur l'autre : c'étaicht deux fréres juroeaux dont la vie, commencéeau méme instant, de- vait se terminer ä la méme heure. Gette derniére conformité de destince ne leur faillit pas. Le systcme feodal, si puissant durant plus de deux Wll PRÉFAGb. siécles, tut miné sourdement vers la fin du xii% par UD pouvoir, humble d'abo^d, rival ensuite et bientöt dominateur , qui , en politique y devint le fondement d'une organisation nouvelle , la commune , et fit pas- ser, pour ce qui a rapport å Tärt dramatique, la puis- sance cléricale aux mains des confréres laJcs : ce nou- veau pouvoir^qui devaitådaterdecetteépoque devenir envahisseur et puis inaUi*e, étai t tout simplement le me du xir siécle , du fait raconté par Froissard. Gette piéce a été publiéepar M. G. S. Tré- butien (Paris, Sylvestre, 1856, in-S^). En voici le commencement -. Del recorder est grans solas De cheaus qui gardérent le pas Contre le roy Salehadin , Des douzes princes Palasin Qui tant furent de grant renon. En mainte sale les point-on , etc. M. Trébutien fait rcmarquer avec raison que ce dernier vers , qui nous apprend que le pas Salhadin était peint dans les salles des vieux chåteaax , prouve que Taction qui y avait donné lieu jouissait « an moyen ågc , d'uno grando célébrité. PRÉFAGE. XXXIIT En outre ^ 1'histoire nous apprend que, pour cette méme entrée^ les rues étaient tendues de tapisscries ; que le vin ^ ainsi que d'autres liqueurs^ coulaient des fontaines; que sur diflerens théåtres on avait placé des choeurs de musique, des orgues, etc.^ et que des jeuoes gens j représentaient (voyez les fréres Parfait) diverses histoires de V jincien-Testament^ etc, etc. Au siécle suivant , les spectacles qu'on donnait aux entrées des princes et les entremets prirent un déve- loppement prodigieux, qui dans certains cas tient pres- que de la fable. Monstrelet, dans ses Chroniques (t. II, p. 77 et 78 , édit. deMétayer), ä proposde Tentrée å Paris de Henri VI d'Angleterre , alors ågé de dix ans, qui occupait au préjudice de Charles VI une partie du royaume , rapporte ce qui suit : — ((Si avoit au poncelet St.-Denys ung eschafl&ut sur lequel estoit comme unemaniére debois, ou estoient trois bommes sauvageset une femme qui ne cesserent decombattre Fun contre Tautre 'y tant que le roy et les seigneurs fussent passez, et avoit dessoubz le dit eschail&ult une fontaine jettant hypocras et trois seraines dedans... Et depuis le poncelet en tirant vers la seconde por te de la rue St.-Denys , avoit personnages sans parter^ de la JVatmté N. D.y de sonmariage et de radoration des trois rojrs , des innocens y et du bonhomme qui semoit son bledy et furent ces personnages tres bien jouez. Et sur la porte St. Deny3 fut jouée la légende de S. DenySy qui fut volontiers véue des Anglois. En outre devant les Innocens y y avoit un cerf vif , etquand le roy passa devant , on feit courre ledit cerf et des XXXIV PnEFACF.. chiens et veneurs. Apres fut graod piéce chasaé å force et se vint rendre emprés les pieds du cheval du roy , Icquel roy luy feit sauver la vie. » Nousvoyons également dans unefestin donné le 17 décembre de la méme année pour le sacre du méone roi au Palais : « Que quatre entremets fuvent pré- senlez åeyznl la table ; c' est a savoir le premier d'une image de N.D.etunpetitrof couronnée emprés; — le second d'unejleur de Ijs couronnée d'or tenue par deux anges ; — le tiers d'une dame et un paon; — le quart d'une dame et un singe.,. Et pareille- mentfutjoué de plusieurs instrumens de musique ; et le lendemain en suivant furen t faites de beles joustes en rhötel St. Pol. » Olivier de la Marche, dans ses Mémoires toucliant les souveraines maisons pour la plupart d*'Au' tric/ie , Bourgogne , Prance , etc. , a consigné les détails d'un grand nombre d^entremets. Cest ainsi qu^en i453 , le duc de Bourgogne byant donné ä Lille un banquet pour y faire prononcer des voeux de croi- sade contre les Tures, on vit paraitre dansce festin les divertissements quisuivent, qu'on pourraitappelerdes enivemeis monstreSj et que le chroniqueur dit ayec rai- son étre å^un outrageux excés. (( En ceste salle , écrit Olivier de la Marche , avoit trois tables couvertes, Tune moyenne , Fautre grande , et Tautre petite. £t sur la moyenne avoit une église croisée, verrée et &icte de gente fa^on , ou il y avoit une cloche sonnante et qua- tre chantres. Il y avoit une au tre entremetz d'un petit cnfnnt tout nu , suruneroche, qui pissoit eaue rose PREFAGE. XXXV continuellement. Uo autre entremetz y avoit,d'une caraque ancrée, garnie de toute marchandise et de per- sonnages de mariniers. . . Un autre d'une moult belle, fontabe , dont une partie estoit de verre et Tautre de plomb de tres nouvel ouvrage... La seconde table, qui estoit la plus longue, avoit premiérement un pasté, dedans lequel avoit vingt huit personnages jouans de divers instrumens , chacun quand leur tour ve- noit , etc., etc. Quand chacun (ut assis en Téglise (qui fut le premier entremets), sur la principale table, sonna une cloche tres haut , et apres la cloche cessée trois petits enfans chantérent une tres douce chan- son; et lorsquUlz l'eurent accomplie, au pasté (qui estoit le premier entremetz de la longue table comme dessus) y un berger joua d'une musette moult nou- vellement. Apres ce, ne demoura guéres que par la porte de Pentrée de la salle entra un cheval å reculons, richement couvert de soye vermeille sur lequel avoit deux trompettes , assis dos contre dos , et sans selle, vestudejournades de soye grise et noire, chapeau en leur teste et faux visages nus. Et les mena et les remmena ledict cheval tout au long de la sale k reculons, et tandisilz jouérent une batture de leurs trompettes, et y avoit å conduire cest entremetz, seize chevaliers. Cest entremetz acompli, en Téglise fut jooé des orgues, et au pasté (ut joué d'un cometd'Ale- maigne moult estrangement ; et lors entra en la sale un luyton, ou un monstre tres defiguré.... Il avoit estrange barbe et visage ; il portoit en ses mains deux dards et nne targe , il avoit sur la teste un homme , les c. XXXVl PRÉFACE. piés dessus , qui se soustenoit ^r ses deux mains sur les espaules du monstre, et le diet monstre estoit montc sur un sanglier , couvert richement de soye verde , et quand il eust faict son tour parmy la sale , il s'en retourna par ou il estoit venu, et cessa ce misthre pour ceste fois. Apres ce mistere furent joué des or- gues de Féglise. . . . , ot cntra dans la salie un art mer- veilleusement grand et beau, lequel estoit tout blanc. Tels furent les entremetz mondains do cette feste. Le méme siécle vit encore quelques spcctacles d^en* trées non moins singuliers. La chroniquescandaleuse, par exemple, racontequ'å Tcntrée de Louis XI, il y avoit ä la porte St*Denys, ((une moult bellenef en figure d'ar- gent... dedans laquelle estoient les trois estats;etanx chåteaux de devant et derriére d'icelle nef , estoient Justice et Équi té, qui avoient personnages pour cea eux ordonnez , et ä la hune du mast de la neF, qui estoit en fagon d^un lis , yssoit un roy habilié en habit royal , que deux anges conduisoient. » L'allégorie, comme on voit, était flatteuse; mais ce qui suit n'élait pas ti*op honnéte. Au rapport, en effet , de Jean de Troyes , greffier de Thétel- de-ville : « Un peu avant dans ladite ville, estoient ä U foDtaine du Ponceau, hemmes et femmes sau- vages, qui se combattoient et faisoient plusieurs contenaoces, et si y avoit encore trois belles filles falsans personnages de seraines toutes nues , et kw^ s^oit^ 09h le beau tétin , droit y sépiiré , rond et duf\ qui estoit chose bien plaisante , et disoient de petits mötets et bergerettes.... et un peu au-dessous dudit PREFACE. XXXVII EH>noeau, å rendroitde la Trinilé,^ avoit une pas- sion par personnages et sans parter ^ Dteu estendu en la croix et les deux larrons ä dexlre et å senestre. Et plus avant å la porte aux peintres avoit autres person- nages moult richement habillez ; et a la fontaine Saint- Innocent y avoit aussi personnages de chasseurs qui accueillirent une bische illec estant, qui iaisoient moult grant bruit de chiens et de trompes de chasses, et ä la boucherie de Paris y avoit eschadaut figurez ä la bas- tille de Dieppe; et quand le roy passa , il se livra illec uierveilleux assaut degensduroy ä l'entour des Anglois estans dedans ladite bastide, qui furent pris et gan- gniez, et eurent tous Les gorges coupées. Et contre la porte du chastellet y avoit de moult beaux person- nages y etc. » Quelquefois ces personnages reprcsentaient une bis* toire suivie. Äinsi Alain Charlier nous apprend dans son Histoirede Charles VII, qu'ä Tentrée de ce prince, u tout au long de la grande rue St.-Denys, auprés d'an jet de pierre Tun de l'autre, estoient faits eschauf- faubc bien et richement tendus , ou estoient faicts par personnages, l'Annonciation N. D. , la Nativité de N. S., la Résurrection et Pentecoste, et lejugement. » Mais comme souvent l'action n'ctait pas facilc å dc- méler, au milieu de cette succession d'événemens, on crut devoir y ajouter un personnagc chargé de donner rexfdication du sujet. Cest ce que Ton vit ä Teiitrée d'Anne de Bretagne, ou il y eut unjeit des trois JRois, des cinq Annes de Técriturc, et aultres mjrstei^es faicts par les frippkvs . XXXVIII PREFACE. Laissant lå . maintenant ce genre de tableaux^qui n'a rien de littéraire et ne ticnt au drame qu'acces- soirement, nous compléterons le coup-d'c£iI que nous ▼enons de jeter sur notre ancien théätre en poursui- vant rapidement l'histoire des confréres de la passion et celle des sociétés rivales qui ne tardérent pas ä ele- ver un autel contre le leur. La premiére qui s'ofTre å nous est celle des Clercs de la Basoche^ confrério antérieure ä celle de la Pas- sion, puisqu'elle date de Philippe-le-Bel, mais qui ne de vint une association drama tique que plus tärd. On la trouve pourtant déjä en 1 44^ ^^ possession de jouer des Moralitez, des Farces et des Sotties ; mais cela seulement trois fois l'an. Gette société, dont les piéoes étaient la plupart du temps de virulentes satires dirigées contre des personnages du temps, vit ses productions accueillies avec la plus grande iaveur par tout le monde, jusqu^au mois de mai 1 476 , qu'un arrét du parlement défendit ä chacun de ses membres de donner des re- presentations , sous peine de bannissement et d'étre battus de verges. Gette suspension dura jusqu'en i497- Louis XII , (( a(in que la vérité pCit parvenir jusqu'å lui » , dit Guillaume Bouchet dans ses Sérées, permtt aux Basochiens de rouvrir leur théåtre, et de le dres- ser, lorsqu'ils joueraient, sur la fameuse table de marbre du Palais. Leurs representations ne cessérent que sous Fran^ois T', qui les avait d'abord permises. Les seconds concurrens des Confréres de la Pas- sion dans la charge d^amuser et d'intéresser nos péres iuvcnl\c^ Enfaus soiis-souci. Gette confrcrie, for- PREFAGE. XXXIX mée au commenoement du régne de Charles VI , se composait de quelquesjeunesgens de famille, qui, sup- posant un royaume établi sur les défauts et les Tices du genre humain , le nommérent Royaume de la Sot- tise, et élurent un chef qu'ils nommérent Prince des Sois. Plus tärd , les Enfans-sans-souci se réunirent aux Confréres de la Passion , dont le public commen- fait ä se lasser , et Louis XII, qui assistait quelquefois sous les piliers des hålles a leurs representations , fit pour eux, de son régne, une époque briliante. Il y eut bien encore quelques sociétés qui se rap- procbérentde celles dont nous venons de parler , telles, par exemple , que la sociétc ou Confrérie des Cor- nords ou Connards d'Évreux , dont un vieux re- gistre du présidial de cette ville dit, vers 14^0, « que c^est une confrérie de gens de justice et autres , qui , le jour de la Saint-Barnabé , commettent plusieurs ex- oés et mal fasons au déshonneur et a irrévérence de Dieu notre créaleur , de saint Barnabé et de saintc Église; » cellc de la Mere Folie de Dijorij des Fous de Cléi^eSy etc. ; mais, en general , elles furent plutdt des associations bachiques et joyeuses que des confré- ries dramatiques. Voilå pourquoi nous ne nous en oc- cuperons point. Nous ne rappellerons de méme que pour mémoire les processions bouflbnnes, instituées dans un grand nombre de villcs^ et qui n'étaient qu^une dérivation des ancienncs fetes des j4nes et des Fous. Tout le XV' siéclc »'ccoula dans ce mélangc de gro- tcsque, de profane el on sur les murailles de Worms : Le pnpc est un ane, le pape est un äne. PRÉFAGE. XLl mes, de quoi était composée la scéne? La plupart du temps, elle se formait de västes échafauds, dressés au milieu d'une place publiquc, ou d'une colline qui s^élerait a l'extréinité d'une piaine. Quelquefois la chose se présentait d'une fa^on encore plus pittoresque. Lassay (Histoire duBerrj) nousapprend qu'å Bourges, par exemple, en i436, on fit, pour représenter le M ystére des Actes des Apötres , sur le circuit de Tan* cien amphithéåtre ou fossé des vieiltes arénes ro- maioes, a un amphithéåtre å deux etages, surpassant la sommtté des degres, couvert et voilé par-dessus, pour gärder les spectateurs de Tintempérie et ardeur du soleil. » Quant a la disposition de la scéne, comme il D'y avait pas de changemens å vue , on divisait cc théätre en etages, dont chacun représentait une ville, uneprovinoe, etc ; et cesétablies , en se subdivisant, re- présentaient ä leur tour diverses localités. L'ensemble de la scéne se nommait I' Eschafaulty le Jeu ou le Par- loir. On pla^ait au sommetlc paradis, au bas rcnfer, au milieu le purgatoire , et pour simulcr la colére ou la joie divine, on avait soin de poser dans le paradis une orgue , qui servait en méme temps ä accompagner le cboeur des anges. Au bas des écha&uds, et non sur le théåtre, on voyait s'ouvrir et se refermer successi- vement la gueule d'un dragon , qui donnait entrée aux diables sur la scéne ou les recevaitå leur sortie. Cela figurait l'infernal abimc. A la rigueur^ on e6t pu s'y tromper et prendre ce lieu pour un arsenal , car on y trouvait des cöulevrines, des arbalétcs et méme des csLnons^pour/aire not se et iempeste. \LII PREFACE Quant au purgatoire, voici ce que nous en a trans- mis le mystere de la résurrection : a Notez que le limbe dött estre... en une habitation en la fasson d'unc grosse tour quarrée, environnée de retz et de filetz ou d^autre chose cicre, afin que panni les assistans on puisse voir los ämes qui y seront; etderriére la dicte tour, en ung entretien, doit avoir plusieurs gens crians et gullans horriblement tous å une voix ensemble , et Tung d^eux qui aura bonne voix et grosse parlera pour lui et les austres åmes damp- nées de sa compaignie. » Quelquefois les diverses lo- calitésdont nous venons de parler, ainsi que toutes celles dont on pouvait avoir besoin , étaient désignées pardesécriteaux sur lesquels leursnoms étaient plaoés. 11 est probable que les Confréres de la Passion ne donnatent pas leurs representations tous les jours, mais seulement les jours de fete. Comme leur théätre était térmé , peu leur importait le temps et la saison ; mais dans les villes de province , comme la scéne avait lieu en plein vcnt , on n^exécutait les Mystéres que durant Vété. La representation d'un Mystere était toujours précédée d'un cr/y qui avait lieu en grande pompe, dans le but d'annoncer et de trouver des acteurs de bonne volönté ; car,dans ces representations ou la moitié d'une ville amusait Pautre, tout se faisait gra- tuitement, et pour la plus grande gloire de Dieu. Les fonctions des acteurs n*étaient quelquefois pas sans danger. Comme dans les mystéres Dieu ou le diable 'intcrviennent a cliaque instant, il fallait fré- (|ucmmcnl , selon le v6\v qiroii jouait , élre précipité PREFACE. XLIll en enFer ou enlevé au ciel. Or, Tärt du niachiniste D^était point poussé a un si haut point que ces difTé- rentes evolutions n^entrainassent avec elles quelque péril. Ces t ainst que la chronique de Metz rapporte que le curé de Saint-Yictor de cette ville faillit périr en croix , dans un mystére de la Passion , ou il repré- sentait Jésus-Christ , et que l'acteur qui rcprésentait Judas s'étrangla presque en se pendant. Les mystéres duraient souvent plusieurs jours, et étaient, a cause de cela, divisés enjournées. Ils com- menfaient souvent par une symphonie, et finissaient presque toujours par un Te Deum ou un rondcL Quel- quefois il y avait un épilogue , dans lequel on annon^ait la representation du lendemain. Les Mystéres, en pro- vince , avaient lieu trés-probablement aux frais de la Confrérie qui les montait, molns le produit des quétes, qu'on ne manquait pas de faire pour les couvrir. Quel- quefois aussi on payait a Tentrée , et il est probable qu'å Paris cela avait toujours lieu. Du reste , nous trouvons parmi les acteurs des Mys- téres des gens de condition relevée et des artisans , des laics et des séculiers. La piéce suivante, qui se trouve dans le manuscrit de la bibliothéque du roi , n"* 5i , fonds de Lavalliére, et qui n'a jamais été pu- bliée, confirmera la plupart des assertions précé- dentes : A la louenge, gloire, honneur et exaltacion de Oieu , de la Yierge >larie et du trés-glorieux patron de ceste ville de Seure (i), Mon- fl; Aiicicnnc ville de la pro\iiice de l3ourgof;nc , celebre par se» XLIV PREFACE. Migneor saint Martin, Tan mil quatre cens quatre-vingts et seize , le oeufiesme jour du moys de maj ^ avant-veille de rAsceneion , se assemblérent en la chambre maistre Andrieu dilaVigxe (i)f'natif de La Rochelle , facteur du roy, vénérable et discréle pertooBe , Messiee Oudet Gobillon, vicquaire de l'égUse Saint-Martm du- dit Seure , honorables persoimes Aubert Dcplys, Pierre Loise- LEUR , Pierre Goillot , George Tasote , Pierre Gravieixe, dit Bdtevilfe, bourgeois, et inaistre Pierre Masoye, recteur desee- colles pour lorsdiidit Seurre, lesquelz marchandérent deleur faire et compoier ung registre, ouquelseroit couchée etdeclairéepar person- naiges, lavieMonseigneur saint Martin, en fa^on que a la voirjouer, le commun peuplc pour rott voirel entcndrtfacUlemtnlcomnunt le noble patron dudit Seurre^ en son vivant, a vescu saintement et de- vostemeni (2) i lequel registre fut fait et composé ainsi qu*U appert einq eepmaynes apres ledit jour ; et eust esté jouée la dicte vie å la saint Martin ensuivant , se n*eust esté le bruyt de guerre et Taboa- dancede gendarmes qui survindrent audit Seurre , dont fut la chose prolongée jusqucs au temps ; et y donc pour ce faire si furent faitz et louez par ledit maistre Andrieu les parsonnages. Et pour iceolx bailler et livrer å gens suffisans de les jouer, furent commis honnou- rables personnes, sire Guyot Berbis pour lors maire de Seurre; sire GuÉRiN Druet, Robin Jouqueur et Pierre Loiseleor, bourgeoia dudit Seurre, lesquelz par bonne et raehwé délibératipn furent délivrez les ditz parsonnages ä cliacun selon Texigence du (»s , prcnant et recevant le sermeut desdits joueurs en tel oas requis pour estre déliberez de jouer si tost que le temps viendroit k propos. Depuis ce fait , chacun en droit soy mist payne d^estudier son par- sonnaige, et de se rendrc au moustier mondit sieur saint Martin ou å saint Michiel quand besoing en estoit pour aller voir cérymonyet , et fasons de faire lorsqu'ilz joueroient publiquement. Laquelle chose ue fust possible de faire pour l'cmpeschement defant dit , si tost qu*ilz eussent bieii volu ; mais quand ilz eurent tant actendo qae foires. F.Ue est comprise anjourd'hui dans le departement de k Gdte* d*Or, et n'a pas m(^mc unc sous-préfccture. (i) André ou Andrieu de la Vigne, poéie du rot, comme on disait alors, noiis a laissé le Fergier dhonneur. Il fut coUaborateur de St- Gelais. Anne de Bretagne le nomma son sccrétaire. U moiinit ver& I&S7. (2) On voit par ce passage que les Mystércs étaient joués grave- ment, m^me å cctte époque, et dans un biitde piétc. PRÉFAGE. XLV plm ne poroient, féant le temps pour ce fiire passer, conclurent et déliberércDt les dessusditz qirils joueroient le dymanche prochain aprét la foire de Sur, dont chacun fit ses préparatifi. Touteffois de rediicf pour aulcones malles nouvelles de guerre couram en icelle foire ne ftil possible de jouer le dit jour; et la sepmaioe ensuivant se oommancérent vendanges de tous costez, pourquoy force fut d'ac- tendre ipi^tUes fussent faictes, aultrement il 7 eust heu peu de gens. Aprtt tootes ces choses pour parfaire le dit mistöre ne fut le bon pUiir dcsditz joueurs perdu ; mals s^assemblérent lesdits maistres goureraeuTS et joueurs en ladite église, et conclurent entiérement qnUlz féroient lenrs monstres le mardi .iiir jour dumoys d'octobre, eC joueroient le dymandie ensuivaut, jour desaint Denys. La qnelle conclDsion ainsi prise , lesdits joueurs Arent leordebvoir de quérir acouttrement et habillemens honnestcs. Mon dit sieur le maire eust la cliarge de faire achever les eschaffaulx qu'il aroit fait encommen- cer ådreeerdés devant ladite foire de Sur, le quel y print une nier- ▼eilleiMe sollicitude et grand deligence. Le maistre des secretz nommé maistre Germain Jacquet, fut envoyé quérir å Ostun, et loy Tenn par le devant dit Pierre Goillot , receveur des denyers dndit mistöre, luy fut délivré toutes choses å luy nécessaires pour tare let ydoiles , secretz et autres choses. Quand ledit jour pour fltire les monstres fut Tenu, on fit crier å son de trompete que loaCet gens ayans parsonnages du dit mistére s^assemblassent å Feure de mydi en Lombardie (i) chacun acoustré selon son parson- nage. Apres lequel cry fait se rendirent les ditz joueurs au dit lieu, et ftirent mys en ordre Tun apres Tautre, monstré, acooitré, arme el appoincté si tré»-bien, qu'il estoit impossible de mieulx. Et est asnmr qu*ilz estoient si grand train que quant Dieu et ses angrs sortirent du dit lieu cheraulchant apres les autres, les déables es- toient desjå onltre la tour de la prison , prés la porte du chevaut bknc, prenant leur tour par devers chelz Perrenet db Poirroux, an kmg du marché aox chevaulx, devant ä la maison Moiisikur i.e Marqois par auprés des murailles, et de lå tout le long de la grant me jusqnes au lieu que dit est, et n'y avoit de distance de cheval ä aoltre deux pielz et demy, et se montoyent bien å cnviron neuf vingts chevanlx. La ditte monstre faicte, chacun pensa de soy et fu- (1) Gette exprcssion désigne probohlcmcnt une espéce de balle 011 deqoarlierde marché dans leqiiel se tcnaicnt les marchandslomlMirds, qui tiors oceupaient , dans le commerce des viou\ vétemens , le rdle det Juifs aujonrd'hui. XLVI PRÉFACE. rcntbaillées les loges levenrendi ensuivant aux joueura pour les Tour- nir de tapisserie et celles des villes prochaynes de Seurrc. Pouripioy le samedi tout le monde par le beau temps qu'il faisoit mist payne d*acoii8trer les ditz eschaffaulx. La quelle cbose faicte n^estoit en inémoire d*oinine d*aToir jainais veu plus beaux eschafEaulx mieolx compassez , acoustrez en tapisserie ne mieulx propordonnez qaHlz estoient. Le lendemain qui fut dyinanche matin qoant on cayda aller jouer, la pluye vint si habondamment qu'il ne fat possible de rien foire; et dura sans cesser depuis trois heures du matin justfues å trois heures le disgner, sans faillir, qui fut chose fort griesve aux joueurs et aux autres. Et de fait , ceux qui estoient venus des villes circun- voisines se déliberérent d'eulx en aller, quant ils virent le dit temps ainsi changé. Gecy venu ä la cognoissance de mondit sieur le maire et autres^ fiit conclud quant on vit venir le beau temps, qn^on yroit jQuer une farce sur le parc pour les contenter et aprester. Pourqncn la trompecte ilt le cry que tous joueurs se rendissent incontinant hfr- billez de leurs habitz, en la maison Monsieur le Marquis» et tous les aultres allassent sur les eschaffaulx. Le dit cry fait d'une part et d^aultre, chacuu fit son debvoir. Lon 00 mist les joueurs en ordre, et yssirent de chelz mondit sieor le marquis les ungs apres les aultres, si honnorablement que quant ib ftirent sur le parc, tout le monde en fut fort esbahy ; ils firent leor tour comme il appartient, et se retira cbacun en sa loge, et ne dt- meura sur ce dit parc que les personnages dt la Faret du Munyiar^ ^i devant écripte. Laquelle fut si bien jooée que cfaacuns^en oontentit entiérement et ne (tit fait anltre chose pour celuy joor. Au partir dn du parc, Umh les dits joueurs se myreut en arroy chacun sekMi ordre, et åaons de trompetet, cJerons, roénestriers, haolxet baéi tnimens, s^en vindrent en la dicte église Monsieur sainct Martin devant notre Dame, chanter un salut moult dévostement, affin qoe le bean tenpavtnt pour exécuter leur bonne et dévoste entencion,el Tentre* prise du dit mystcre. La quelle chose Dieu leor octroya ; car le lende- main qoi fUt londi, le beau temps se mist dessos, dont commande- ment (iit fait å son de trompete par mes dessosdits sieors let maire et eechevins du dit Seurre, que tout le monde cloyst bon, et que nol oe Aist si osé ne hardy de faire ouvre moequamque eo la dite vilk, Tfspace de troys jours ensuivant, és queb on debvoit joutf le mistére (:^) La Faret du Mtumer, ainsi qne la Motalitt dt fm^ettfiie ti dm Mitux^ se Iroovent en efftt dans le mannscrit que det ralHret nonbreuaes porlcnt a regardcr conunc aiito^^npbe. PREFACE. XLVIl de la vit Monstigneur saint Martin^ et que tons joueurs se rendis- sent ao moustier do dit Seurre. Incontinent le moode se retira aux eacfaafbulx, les dits joueurs aussi ou ils debvoient, et puis fiirent mys en ordre par le dit maistre Andrieu selon le registre, et mar • choient avant å sons de trompetes, clerons, busslnes, orgues, harpes, tabourins et aultres bas et hanix instruioens, jouans de tous costez, juMiiMS sur le dit parc, faisant leur teur comme en tel cas est requis, qui esåoil tme si gorrine et si tres sumptueuse besongne , quil n'est pa% passibie ' ä entendement domme de le savoir eseripre , tant estoiC la chose belle et magniffique. Ce falct chacun se retira å son emeigne ; et commancérent les deux messagiers å ouTrir le jeu ainsi qoeau derant de ce present registre est escript ; pois apres commen^a k parter Luciffer^ pendant lequel parlement celuy qui jonoit le penKmnaige de Sathan ainsi quUl volut sortir de son secret par des- soubi terre, U feu se prist a son habit autour desfesses, tellement qa'il ftit fort bnislé ; mais il fut si soubdaynement secouru, deTestu et rabillé, que sans faire semblant de rien, vint jouer son person- naige ; puis se retira en sa inaison. De ccste chosc furent moult fort csporentez les dits joueurs ; car ils pensoyent que puisque au com- mepcement incontinent les assailloit, que la fin s'en ensuivroit. Tou- tefob moyennant Tayde de mondit seigneur saint Martin, qui prist la ooDdayte de la matiére en ses mains , tes choses allérent trpp ndeiilx cent foys que Ton ne pensoit. Apres ces choses le pére , la mére saint Martin avecques leurs gens marchérent oudit parc, et fi- rent ang commancement si tres veyf, que tout le nionde tant les joueurs que les assistans furent moult esbahis et defait. £n abolissant U cremeur devant dicte, lesdit joueurs prindrent une telle hardiesse el audasse en eulx, quonques Ijron en sa tajrnyére ne meurtrier en IM boy* ne furent jamats plus fiers ne mieulx atsurez quUls es- toieni quanl ilz jouoient. Oo commen^ ceste matinée entré sept et huit heuresdu matin, et fiuisl-oa entré nnze et douze. Pour le comniencement de Taprés dis- née» qui fut å une benre, le dit Sathan revint jouer son personnage, et pour son excuse dist ä Luciffer : Malle mört te puisse avortcr, Paillart, fils de putain coqqvl, Pour il mal faire fen ortf r Je me suis tout brålé le cul . et puis parfist son parsonnage pour celle clause et les autres joueurs, fn(^ ttanAattt^ proprnnnjt tt urainnent Ire latin m fran(oi0 rinu^ ä la jglmrr rt l)onnnir Ire SKeit et dr ere 6atn6 ^ doit rt an pronfit Irr no^ åmf0; rtr- LaudaU Dominum in santis (i) ejus. Dieu Pére et Filz et Saint Esperit (2) Sauve et gart ceste compaignie ! Vous savez qu'onques ne périt Qui servist la vierge Marie ; Gar grant joye a et grant délit Quant de bon cuer on la déprie. Sy pry que chascun s^umiiit En disant une Avs Marie. (1) Si c au Mst. [%) n paratt qu'å Fépoquc oii ces mystéres ont été composés on ne tiisait pas scntir Ve de Esperit ; autrcment tous Ics vers oÄ ce mot se tnmre auraient uno syllabe de trop. I. « % LE MARTYRE DE S. ETIEN?IE. Cy dicl ä genous : Ave Maria. Ltoudate Dominum in snrUis ejiis (ubi supra). Doulces gens (i), un pou escoutez PesiUefnent sans noise (aire : MaiDS de paine arez y nedoubtez, S'ii Tous plaist k .i. pou tous taire Que se tous l'un l'autre boutez Ou &icte5 ennuy et contraire; Or vous sées et acoutez Et oiez sen que vueil retraire. Je suppose que bien croiez Les .XII. artides de la foy Et que bien entroduis soiez £s coouoandenaens de la loy : Sy ne &ult fors que guerroiez Contre pechié par bon conroy Et que votre temps cnploiez En bonnes euvres sans desroy. La maniére de guerroier La char, le monde et ies diables Et de son temps bien emploier En bonnes cBuvres proufitables , Nous ont monstré sans forvoier , Par exemplaires convenables , Les sainz qui des cieulx le loier Ont aquis par meurs honourables ; (i) Le mot gtnt est sauté dans le Mst. LE MARTYRE DE S. ITIBNNE. Et pouT ce 8eul-€n réciter (i) Les vies des sainz et des saintes Pour les boDiies gens inciter A bonnes euvres non pas faintcB , Et pour leurs cuers habiliter Envers Dieu pair douloes complaintes^ Afin qui (2) les daigne habiter Par quoy sauTez sont mains et maintcs. Vous savez la créacion Et comment les Anges périrent; Vous savez la tranagression D'Éve et d'Adam comme ilz chéirent, Dont eub et leur succes»oln Fussent péris, tant se forfirent, Se ne fust l'incarnation Da filz Dieu par qui revesquirent. XII. apostres quist quant 1\ pleut Qui avecques lui conversérent Et d'autres disciples esleut Qui sa sainte loy annoncérent. Des quielx . vii. diacres y eut Que les Apostres ordenérent. Saint Estiene le premier fut Que les faulx Juifz lapidérent. Apres ce le doulz Jhesucrist Gonvertit monseigneur saint Pol (i) Seul-en. A^t-on cofrtome ; de toUrt. (2) Qui, pour qu*il. 1. LE MARTYRE DE S. ÉTIBNNE. Qui tant prescha et tant escrivist (i) Qu'on le tenoit por .i. vray fol. En Grece ala et lä conquist Saint Denis qu'il fist cIquIz et mol : A Romme vint, Néron le quist, Néron ly fist couper le col. Néron fist en crois par grant yre Crucefier saint Pierre å tort ; Néron sa mére fist occire, Néron mourut de male mört ; Néron apres son grant empire A perdurable desconfort : Les Apostres par grief martire Ont perdurable reconfort. Qui voura fioer aus Apostres, vois€ de cy å cdc danse qni ensuit : La Sovcraine. (2) Saint Denis qui moult désiroit Sa vie avecques eulz fenir Le sceut, sy dist qu'ä Bomme yroit Por martire et morl soustenir Avecques eulz s'ä Dieu plaisoit , Mais il ne peut ä temps venir. Lieutenant lessa qui faisoit La loy de Dieu croire et tenir; (i) Od remarquera que dans re vei*s il y a une élision entré le mot pfcscha et le mot et. (2) Ces deux möts förment le cemroeucement d'un vers qii'on trou- vera plus loin. LB MABTYUE DE S. ÉTIEBINE. Puis vint å Romme el apostole Trouva monseigneur saint Clénniefit Qui le retint de sod esöole, Et ly pria moult doulcement Que par son sen et sa parole Vousist enseigner saintement Les gens Fran^ois qui maint ydole Aouroient lors folement. A sa requeste, k sa priérc Monseigneur saint Denis en Prance Avecques Rustjque et Eletithére Et plusieurs de son alliance Vint pour la gent ä Dieu attrarrc, Et Dieu ly donna tel puissance Que le peuple d'erreur retfaii-e Fist et tenir vraye créance. L'emperére Domicien Le sceut, tantoä y eavoya Fescennin .i. prevostpaien Qui volentiers tout s'emploia A tourmenter roaint crestien. Mercy Dieu niil ne desvoia : Il eurent tourment terrien Et Dieu ses.biens leur octroia. Sus tous Monseigneur saint Denis Fust desrompu et tourmenté , En four chaut mis, sus greil rostis y Au bestes sauvages jeté, Crucefié, en cbartre mis. Lä fut il de Dieu visitc; LE MiiaTYRB I>B S. ÉTIENNB. Voiaiit melsmes ses anemis A converchié et conforté. Illec ly donna Dieu le don Que quiconques le requerroit , • Fust de pechié avoir pardon Ou d'angoisse qu'il soufferroit j Se par bonne dévocion En son propos pecsévéroit y Sa juste supplicacion Nostre seigneur essanceroit. Apres iut mis hors des prisons , Batus fut, la teste ot coupée! Aussy eurent ses compaignons: Sa teste porta k Letrée : En mélodieuses chan^ons Ont les anges joye menée. Larcie les tirans félons Reprenoit , sy iut decolée. Le prevost Fescednin manda Qu'en les alast geter en Saine. Catulle tendis vianda Les menistres å pance plaine. Et la yérite leur demanda(i); n Ii distrent k quelque paine. Lors k ses varlés commanda Qu'on les portast en son demaine. (1) La ve'rite. Au quinziéme siécle on nepronon^ait probablement pas Vt final de ce mot, sans quoi notre vers actuel el tous eeox od il se rencontre seraient faux. LE MARTYRE BE S. ÉTlENttEj Bien tost la persécudon Des félons et mauvés paieoa Cessa et la dévocion Moutepliades crestiens. Lors fisl des corps sainz uflion Catulle avec ses adhérens Et leur r^réseotacion En tombeau bel et reverens. Depuis y fut faicte ä l'instance Madame sainte Geneviéve Ou temps Childéric roy de France Une église en espace briéve. Combien que por la défaillance De chaux la chose fu moult gricve; Mais Dieu Fen fist noble chevance Qui tout bien comence et achieve. La souveraine majesté (i) De Dieu loer ne cesse nulz Qui tel grace aus sains a presté Qu'en vraie foy se sont tenuz. Loer devons sa poesté Et hault et bas, et sus et jus. Pour ce vous ay dit : — Laudate Dominum in sant is ejus. Je ne vous vueil plus sarmonner. Benoist soit-il qui se tera Et je pry Dieu que pardonner (I) Yoyezla noted, p. 4. 8 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE. Vueilie ä coliuy qui pais &ira Ses péchiez , et grace donner Tant comme en ce monde sera , £t paradis abandonner Quant de cest siécle finera! Amen! Ainssjr soit-ifl etc. CY COMMENCE LE MARTIRE S. ESTIENE !■>■ • m S. Pierre die å S. Estiene. Doulces gens, un pou de silence! Vous qui cy estes en présence Savez comment nostre Seigneur De tous les plus grans le greigneur (i) Nou8 a esleus et envoiez Pour ayoier les desvoiez , Pour prescher la foy catholique Et par escriptur^ ententique La prouver et par yrais miracles , En garissant démoniacles Et quelconque autre maladie^ Et en rendan t aus mors la vie. Par nostre labeur et estude Croist chascun jour la multitude (i) Grandior , et daiis ce cas* ci maximus. lO LE MARTYBE DE S. ÉTIENNE. Des croians; mercy nostre sire, Sy ayons fait au pucple cslire VII. diacres pour nous aidier. Gy parle é S. Estiene. Esticne vous estes premier. Par divine ordinacion Nous approuTons rélection : Sy vouions que soiés de nous Bénéis; alez ä genous Dicu le vcult, frére, obéissez. S. ESTIENE. Saintpére dont me bénéissez. Lors voise 6. Estiene å genous, et S. Pere ti mete la main sus la testc en disant : Le Saint Esperit vueille descendre En ton åme , par quoy entendre Puisses å faire ton oflice Saintement , såna mal et sans vice! In Nomint Patris, et Filii^ et Spiritus sancti. S. ESTIl^NE. Amen! — Dieu doiot qu'ii soit aiossy Lors se lieve et voise an Juife en disant: Doulz Jhesucrist puis qu'ainssy est Qu'å vous, Sire, et au pueple il plaist Que je soye .i. de vos diacres, A vous rens loenges et graces Eo vous suppiiant humbiemcn( LK MABTYRfc DE 8. ÉTIBNNB. 11 Que ne me ieasiez nulement Cheoir en péchié n'en négtigenoe; Mais TueiUics qu'ä grant diligence Face m'offioe aans erreur A nostre bien^ å rostre honneur. Lon die aus Pharisiens. Seigneurs, salut en Jfaésucrist Qui le monde forma et fist Comme vray pieu et filz de Dieu , Qui par vous en ce present lieu Mourut selonc l'umanité Que prinse aroit par charité En la douice vierge Marie ^ Puis reyint-il de mört ä vie, Et au tiers jour resuscita, Et hors d'enfer les siens geta. Apres monta voians nos jeulz Au quarentieme jour au cteuls, Et en tel (brme proprement S'en va au jour du jugement Rendre k ehascun juste loier! ANNAS» évesque. Tés toy, c'0D te puisse noier! Ce sont trestoutes tromperies Et erreurs et forsseneries. Dy moy, oix treuve tu que Dieu Puisse estre comprins en .i. lieu ? Comment pourras tu soustenir :f. 12 LE MARTYRE D£ S, ÉTIENNE. Que Dieu peust homme devenir ? Et se horn Alt, par quel maniére (i) Le peut eoEinter vierge entiére Sans avoir d'omine compaignie? S. ESTIENE. Sire, le prophete Ysaye Respont de plain sans fiction A vostre tripie question. Ysaye (vir* capitalo) : EcceFirgo concipiet etpariet Filiuniy et vocqbitur nomen ejus Emmanuel. Ycy povez veoir clérement Qu'il dit qu'il sera vrayemcnt Une vierge qui concevra 1. filz et vierge enfantera Qui sera vray Dieu et vrai home. ANNAS. Qui me tientque je ne t'assoinine) % Meschant trubert, coquin moquart? Or me respon ä cc broquart ! Dy, ne fu pas Joseph le pére A ton Dieu Jhésus, etsa mére Marie la Rousse nommée? S. ESTIENE. Vous portez lai>gue enveuimée^ Et l'anemy (3) sy vous estraint (i) J'ai rectifié ce vers , qui est ainsi au manuscrit : Et se homme fu par quelque maniére, (2) Le demon, expression tres commune dans les treiziéme et qua- torziéme siécbs. LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE. 1 3 Que vraye foy en vous estaint. Marie saintement conceut N'oneque8 homme ne la cogneut, Car le St.-Esperit la ombra Qui du pur sang d'elle fourma [. corps précieux, digne et tendre Que ly filz Dieu voult en soy prendre Avesques Påme précieuse. Sy fti par euvre merveillieuse Et Dieu et homnne une personne ; Sy (iit sers cil qui tout bien donne Et qui partout a seigneurie. Sy fut mortel qui donne vie , Sy fut contenu qui contient Et soustenu qui tout sousdent Et qui sans temps est temporel. CAIPUAS. Mengier te puist chevau morel! Ou as tu ce sy bourbeté? Cest .1. cas de nouvelleté: Oncques mais u'oy tel merveille. S. ESTIENE. Voir c'est merveille sans pareille, Merveille trestoute nouvelle A merveilles et bonne et belle. En Jérémie la quérez Et tantost vous Vy trouverez. JéRÉMiE (xxxi« aiio capitulo) : Creavit Dominus hominem super Urram. ^-Malier circondabiivirum. (sic) 1 4 LB MARTYRE DE S. ÉTIENNE. GAIPHAS. Tu veulz nagier sans aviron: Preuve ä droit sans nous encbanter Comme elle puet vierge enfanter Et non pas par vaine logique Ne par argument sophistique, Mais par les dis de nostre loy ! S. ESTIENE. Je le vous preuve sans délay. Moyses sy vit .i. buisson Tout emfranbé sans nulie arssure : Tout aussy nous regéisson Que Marie out filz sans lédure. La vierge Aaron sans contineure Fleury, foilly, et fruit porta : Nostre vierge sans entameure Conceut, porta et enfanta ; Et ausst comme Dieu fourma Adam de terre nete et pure y Aussy quand il nous refourma Print corps bumain sans nulle ordure. ALEXANDER. Or regardez comme il applique Trestout ä sa foy catholique ! Ne 1'aron point par dysputer; Mais s'il y a qui imputer L'y vueille aucun crime ou bla&rde Lieve soy sus et plus ne tärde Et nous orrons qu'il vourra dire I LE PREMIER FAULX TESMOING. LE HARTYRE DE S. ÉTIBNNE; 1 5 J'ay trop de cas contre ly, sire ; Il a dit, c'est chose notoire, De Moyse et Dieu de gloire iDJures granz et vilenies Et ranposnes et flafemies (i) Qui est cbo6e laide et horrible; Et.TOus sayez selonc la Bible Que tout homme qui est blaflféme Doit morir de mört dure et pesme : Par quoy il est digne de mört. ANNAS. Vecy .1. point qui bien te mört : Respon tosl sans faire lonc songe. 8. BSTIENB. Tout quant qu'il a dit est mensonge : De Dieu n'ay dit nulle blafTarde. Cest cil qui tout fist et tout garde, Dieu de gloire .i. en trinité Et triple en une déité , Qui aparut å nos sains péres En leur révélant ses mistéres. Moyses fut son saint prophete Qui sa gent qui estoit subjecte Au roy d'Egipte délivra : Diex une yérge Ii livra Dont la roage mer fist cesser Et le pueple ä pié cec passer. Par le désert les conduisoit , (1) Sic; probwUemcnt p^ur blafémies. 1 6 LE MARTYRE DE S. ÉTIENNE. Riens fors péchié ne leur nuisoit. Dieu tout puissant, Adonav, En la montaigne Synay Les commandeicens de la lov •i Ly batlla escriptz de son doy, Et moult de signes par Moyse Fist Dieu, comme Tescript devise, De quoy je me tés ä present. Sy puet veoir qui vérité sent Que je n'ay dit ne ne diz mie De Dieu ne des siens vilenie, Ne de chose qu'ait ordenée. LE SECOND TESMOIMG. Certes sy &is, hergne pelée! Faulz apostat, ytel cs tu; Sire, ce maleureus testu A dit que Jhésus son beau Dieu Nostre temple, nostre saint lieu, Nos sacrefices destruiroit ; De la loy Moyse osteroit Tous les poins cérimoniauls. caIphas. Par foy ce sont cas criminauls Et par raison doit mal fenir Qui telz erreurs veult soustenir : C'est droite diablie, c'est råge. ANNAS. Or, avant Dammasque le sagel Cy ne sarez vous que remordre? Responnez a ces poins par ordre LB MAKTYRE DB S. ÉTIBNEtB. 1 7 Et nous donnez response bonneste. S. ESTIBNB. Gens felons, gens de dure teste. Gens de dur cuer et obstiné , > Tous jors avez vous mastiné Les saintes gens et contredit Et resisté au Saint Esperit. Refusé avez benéisson , Sy venra sus vous maleicon : Vous mesmes vous y commandastes Quant Jhésus ä mört condampnastes (i) Dont le péchié sus vous prensistes Et vous et vos en&ns maudistes. Ii mourut) mais vueilliez ou non^ II vit ; sy responsen son nom Que faussement vous m'acusez Et de mes dis trop mésusez. Dieu fist, pas ne dis le contraire, Et temple et tabemacle &ire; Mais le temple et le Jtabemacle Figure furent et synacle Que de Jhésu Tumanité Fut temple de la déité , Le quel temple vous destruisistes Quant mauvaisement 1'occisistes; Mais Dieu qui dedens habita (1) Voici le yers tei qall est au Mst. : Quant Jhésucrist å inort y condampnastes. I. . 2 I B LB MÅRTYRE »E S. ÉtlENNB. Au tiers jour le re^scita. Sy fut le temple lors retatt Qu'avie2 maisement deiFait. De la loy dont fiiictes querelie Je dy qu'elle fii bonne et bello ;. Mais mout y a oérimonies Qui sont ou temps present fénie». De uostre loy (urent figure Et par toute yostre escripturo Est la loy Jhésucrist trouirée Des sains prophetes approuTée^ De Moyse et de Daniel , De David et d'Ézéchiel , D'Abacuc, d'Amos^ d'Isaye, De Baruc et de Jérémie, Et de moult d'autres ä foison , És quels en plusieurs liex lison Le mistére de nostre loy ALEXANDER. II yst hors du seqs; liez Foy. Faulx renoiez, &ulx apostat, Nous te mestrons en tel estat Que ly diables t^enporteront. S. BSTIENE. Non feront, tirant, non feront, Mais ainfois les anges des cielx, Car je voy jä, loé soit Diex , Le ciel ouvert å veue clére Et ä la destre Dieu le pére Jhésucrist le sauteur du monde. Llr HARTTRE DV S« ÉtlEm^B. l^ ▲N MAS, en gregnant les dens ét flii estoupant ses oreilles. Ahay, glouton^ Dieu te confonde! Seigneurs, estoupez tos oréilies, Ge forilkult dtt fines merveiUeft. Lcvez sus, Juifz, levez sus , Liez, ferez, (rapez dessus, Froissez la teste el la cervete, Rompez les os et la boueie | Hors de la ville ä grosses pierres Me lapidez ce sanglant Herres : Il nous veult pervertir trestous. LES .II. TESMOINS ET .II. AUTRES. Par le grant Dieu, sy ferons nous. LE MUMIBB, enférantdapokig. Passé ävant, brigant forssené; Ly diables t^i ont amené : Or, tien , ronge moy ce lopin ! LE SECOND, en férant. Truant puant , tire lopin , Passé avant en male estraine. LE TIÉRS, en férant. Meschant, tu as puante aléine; Avale mOy ceste ciboule : LE QUART , en férant. Li as tu donné une boule? Tu Ii as Éut venir la boee. Tien , vibio , tien ceste beU)cc Afin que le cuer ne le iaille. a. 20 LE MARTYRE DE S. ETIENNB. SAULUS. Que faictes-vous &usse merdaille ? Pour quoy le servez vous de lobes? Despouilliez moy toutes voz robes ; Sy fraperez miex au ddlivre. LE PREMIER. Par le grant Dieu , tu n'es pas yvre! Or sus, despoullons nous tous .iiii. LES AUTRES III. Volentiers, sire, por miex batre. Lon se despouillent et baillent leurs vestemens å Saaliti, en disant Saulet, garde nos vestemens. SAULUS. Avant, avant , feulx garnemens; Ne l^espargniez plus qu'un viez chien. LE PREMIER. Il ara assez tost du mien Ou de Fautruy, que je ne mente. Sa , ribaut, tu as fiévre lente; Lie ce brief dessus ta testo. En férant d'ane pelote emplie ou toullier de sanc. Tu es seigm^ ä jour de feste. Le second , en frapant oömme Fautre, die en férant : Tien , mengeue ceste chaste loigne. LE TIERS , en férant Pren ceste aumone de Bourgoigne. LE PREMIER ■, m férant. Met en ton sac, por te ä ton Dieu. LE MARTYRE DC S. ETIENNE. 21 LE QUART. Tu Tas féru en mauvais lieu. Regarde comme il £ut la lipe ! Il Ii fault .1. morsael de tripc : Por ce fait-il sv maise chiérc. Ca, vilain, ten ta gibcciére. En férant. Tien, roinge cl ne gruméle mie. s. £STiEME,.ågenoux. Doulz Jhésucrist, né de I^larie, Pour ceuU qui ainssy me tourmentent, Qui ne scevent p^s ne ne sen ten t Qu'il font, vous supplie humblement Que leur donnez avisement, Et tout leur vueilliez pardonner, £t mon espérit couronner Lassus en la gloire des cielx. A vous le rend , beau sire Diex , Et en vos mains le recommande. Lors 86 lesBe chéoir å terre. LE PRI^MIER. Je vueit vestir ma houpelande ; Alon en , qu'il en est sué. S'il n'est inort sy est il tué : Lesspns le cy aus chiens menger. Cy 86 reY68tent. SAULUS. Son Jhésus qui si bicn venger Le dcvoit, oii est il alc ? 22 I^E MIRTYRE DE 8. ÉTIBIiH^. LE SECOND. Il n'est CDCore pas deyalé Des nués ou U est , ce dit, LB TlEItS. Espoir qu'il est entredit , Sy n'03e aler ne 9a, ne \h. LB <^ART. Je cuide quand ii Tappela Qu'il faisoit 011 ven ou corbeille. LÉ PREMIER; Voire , ou il fist la sourde oreille ^ Car il ne se peut remuer. Alons en , iessons le suer . m Lors 8'en voiseut tous ensemble, GIMALIEL. Helas, chétis! com deschiré Et desrompu et martiré Est cel preudomroes S, Estiepe^. Encore par droite malice L'ont-il lessié comme une biche Aus oiseaulx , aus chiens et aux chiennes } Mais Die?^ qui seult gärder les siens A garde d'oisiaux et de chiens Sa char que point ne Font atainte*. Sy vous pry pour Famor de Dieu Mes amis qu'alons sus le lieu Sy Penterrons en terrc sainte. ABIBAS) åGamaliel. Mon chier seigneur et mon doulz pére , ^ LS M^RTYRE DE 9. iS^TtfiNNE. ^3 Depuis la mört ma douké mérö Je n'eu au cuer doaleof gréiglieuf ; Mes puisque Dieu Ta ordené Soit ensevelis et mené En voslre ville mon Seigneur. NIGH0DEMU5. Gamaliei , mon oncle chier, Lcs maistres tous vis despechier Nous feront si le vont savant; Sy alons tant com la nuit durc Et le mettons en sépulture Ain^ois qu'il soit jour Diex avant. GAMALIEL. Mon filz, et vous Nichodemus, Pater nosUr et oremus Disons k Dieu por la siene äme. Alons nous trois tout coiement L'enterrer en mon monument. Or alon de par Nostre Dame. Lon le portent hors du champ. Qui lejeu S. Estiene s^ourraycjfiner Com sy prks est escript le por ra terminer La fin du jeu. NICHODEMUS. Sire, (ait-il å martir injure Qui d'onner por martir préntcure; Gar Tame vole és ciex lassus Sy que partie est du corps. 24 I^E MARTYRE DE S. ÉTIENNE, Sy chantona tous foibles et fors En hault : Te Deum laudamus. Qui lejeu cy ne finera Ceste clause sy laissera. ' CoDtiaue ainssy. LA CONVERCION S. POL SAULUS ET SES GOMPAIGNONS. Dieu gart les maistrcs de la loy ! LES PHARISIEN3. Bien veigniez, amis, par fby. SAULUS. Mes seigneurs , sachiez que Damasce De folz crestiens a grant masse Qui nostre loy du tout confondent Et une loy nouvele fondent Qui nostre loy confondra toute Qui tost n'y pourverra sans doubte. Nous avons .i. de leurs prescherrea Tué et lapidé ä pierres. Les autres plus en doubteront : S'en les tiont court ilz cesseront« . 26 LA CONVERSION DE S. PAUL. « ■ ■ ■ Sy me bailliez s'il vous plaist lettre Que je lier les puisse et mectre En vos prisons sans conlredit. ANNAS, CAIPIIAS, ALEXANDER. Benoist soit-il qui a ce dit ! ANNAS. Sau|et, Saulety mon 6ls, 9a vien! Tu es taillé ä faire bien. £n baillant une lettre. Je te donne commission D'aler par ceste region En cerchier ces faulz crestiens. Tien, va les metre en fors liens Et les amaine en nos prisons. SAULUS. Sire, sll y a jä prins boms A ran9on que je ne le face Lier ou mourir en la placc, Je prie k Dieu qu'oD me puist pendre. ANNAS. Va, le grant Dieo te ptrist deflfendre! Lors Saulus monteå cheval en disant : A cheval, k cbeval toot homme! N0U8 ne valofis pa» une pomme SMl y a nulz qur nona eschape. Se je ne les vous met aoulz trape Sy me cporonnez d^un trepié. hk COMYERSION DB S. PAUL, 2^ SES GOMPAIGNONS. Cbevauchiez , nous jrom de pié. Lors voisent en passant ptr deasoalz Paradis. SAULU8, en alant. Alon en ä Damas bon eire. Le cuer d'ire ou ventre me serre De oe que ces Taulz crestiens, Ces &ulz bougres, cez ruRiens, Sy vont nostre loy defttruisant. Certes je leur seray nuysant Dore-en-avant quenque porray; Ou ilz mourront ou je morray. Brief et court n'en faut plus parler. SES GOMPAIGNONS. Or to^, t08t^ penssons de Paler. Ijotb ay oömme Saulna passera par dessoulx Paradis , Jbésus prengne .1. hraadon ardant , et gete ras ly, et lors il se lesMohéoiriterre. JHÉSUS die : Saulé, Saulé, tropt es testu. Dy pour quoy me guerroies tu? SAULUS. Qui es tu qui es cy venus? JHESUS. Je suis Jhesus Nazarethus Que tu poursuisy quant guerroiani Vas ceAJlz qui en moy voot croiant. Tu fais que fol et que félon Pe regibercontreaguillon. 2S LA GONVERSION DE S. PAUL. SAULUS. Sire , que veult tu que je fece ? JHESUS. Lieve sus , va t'en å Damasce ; Sy orras que tu de vrås &ire. Lon Saulus se hére comme aveogle et die å ses eompaignons Mes chiers amis, vueillez moy traire Par la main, car je ne voy goute; Et sy veulz qu^en vostre route A Damas bientost me menez. SES COMP41GNONS. Sa , la main y sire , car venez. Lors le meinent aveugle å Damas qui soit en costé Paradis. JHESUS 9 sans soy bougier , die : Ananie, plus ne sommeille. Lieve sus, tost sy t'apareille. Va en en la rue qu'on dit Recle. Lä trouveras de nostre secte En oraison Saulet de Tharsse. Toutd malice est en lui arsse , En ly n'a que bien et doctrine : Va et les yeulz ly renlumine Et le baptise en nostre nom. ANANIAS. Ah'doulz Dieux! Il a le renon D'estre .i. félon mauvéstirant Qui va vostre gen t martirant En tous Ics lieus ou il la treuve. hk GONYERSION DE S. PAUL. 2^ JHESUS. Va seurement, va si espreuve Comme il est doulz et débonnaire. Je Tai esleu å tout bien &ire, Et ly monstreray que por moy Souffrir devra et por ma lov. Devant roys et princes yra Et plusieurs en convertira; Partout aus champs et k la ville Preschera la sainte Évangile Qu'en8eigné je ly ay toute Par ces .111. jours qu^il n'a veu goute. Va tost ä ly, car ii me plaist. ANANIAS. Monseigneur je suis tout prest. Lors voise ä S. Pol et die : Saulé, frére, Dieu te benéie! Jhésus qui fu né de Marie , Qui t'a aparu en la voye Tout maintenant h toy m'envoye Le sainl baptesme te donner Et ta véue renluminer. Ou nom de Dieu triple en personne , Baptesme et la véue te donne , In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti. Amen, En le baptisant. Frére, vousesles crestien. 3o LA. GONVBRSION DE S. PAUL. Dieu vous a osté du lien De pechié et sa grace avez. La sainte Escripture savez : Honnourez Dieu , sa loj preschiez , Le peuple d^erreur dépeschiez. Pol vostre propre nom sera : Faites bien , Dieu vous aidera. Lors se voise séoir S. Pol en alant å Damas. Loé soit Dieu qui m^a geté Hors d'erreur et de feusseté , Qui m^a ä sa grace apellé^ Qui m'a ses secrez revelé , Qui en moy a tout mal sechié j Qui m'a k tout bien alechté , Qui m'a en doulz aignel changié De lou sauvasge et enragié , Qui m^a de persécucion Esleu ä prédicacion , Qui m'a mis i salvacion De voie de dampnation! Je n'aray pas sa grace en vain. Je vueil tout metre soubz sa main , Je vueil avant huy que demain Sa loj preschier h mon prochain. Lon voise aus Juils de Damas, et die : Seigneurs , ä vous pren mon prologue Que je voy en la sinagogue. A vous doit on premiérensent hk GONVEKSION DE S. PJlUL. 3 1 Preschier le nouvcl testament. Vous savQs oömme Dieu permist Que Mesyas , c*est (Jhésucrist), Nestroit de lignée royal. Du roy David saint et loyah, Qui sus le fust mortsouflerroit Et son pueple déliverroit , Qui les gens de diversse loy Ausneroit å une foy ; Ceste promesse est acomplie : Nez est de la vierge Marie, En la crois mört et tormenlé , Resuscité , aus cteulz monté. Croiez en ly , perseverez En s'aiiior et sauvez seréz. LE PREMIKR JUIP DE DAMAS. Qui estce fbl qui lä parole ? £s-ce ore histoire ou parabole Dont il va ainssy sermonnant? LE SECOND. Sachiez c'est .i. fol christicote Qui a pr ios le9on å Tescole DoDt il va ainssy gergonnant. LE TIERS. Sire, la dmr de moy soit arsse Se ce n'est Saulotin de Tharsse Qui est yssu hors de son sens Ou il est espoir eodaatnté ; Gar il c'estoit trop fort ranté De tourmenter les crestiens. 32 LA CONYERSION DB S. P4UL. LE PREMIER. Hé le grant Dieu ! ce crucefix Met le pére contre le filz Et la inére contre la fille. Il nous destruit, il nous essille , Il pert, il confont nostre loy. * Ne metton la chose en délay. S'en lesse croistre le meSchief, Nous ne porrons venir ä chief. Il est homme de grant courage; Puis qu'il commance il fera råge : Alons le monstrer au prévost. LES AUTRES. Trop demourons, alons y tost. Lors voisent au prévost de Damas : LE PREMIER. Monseigneur, pour Dieu mercy Il est venu depuis hier cy .1. jeune homme de male part, Plus fier, plus félon qu'un liépart, Qui vostre loy, sire, et la nostre Veult destruii^ et ce iait apostre D'un fol que nostre gent fist pendre. Plaise vous, sire, k y entendre ! Tous ensemble vous en pripns. LE PREVOST. Je voy bien vos péticions. Prenez le moy sans plus tarder Et faites les portes gärder. S'en ly trouvons nul maléfice. LA CONVERSION DE S. PAUL. 33 Nous vous ferons tantost justice. Alez le prendre sans plus dire. LES JUIFZ. Le grant Dieu, Sire, le vous mire! Lors voisent oä ils yourront. ANANIAS. Frére Pol, Dieu vous croisse honneur! Les faulz Juifz grant et meneur Qui demeurent en ceste ville De vous tuer ont prins concile : Por Dieu alez-en , n'y tardez ! S. POL. Se vous dictes bien , resgardcz Qu'au premier assault je m'enruie, Qui ne doy doubter vent ne pluie , Roys ne princes , ne duc ne conte : Sire, ce seroit trop grant honte Et estande pour les enfermes. ANANrAS. Bien scay , frére , qu'estes sy fermes Que vous ne doubtez point mourir ; Mais, pour Dieu , vueilliez secourir Au monde qui est en erreur! Ce n'est estande ne horreur S'un pou vostre mört diiférez; Més grant bien et grant sen ferez Por mielx en la fov labourer. Et Jhésucrist plus honnourer Qui a en vous sa grace mise I. 3 Nous TOe hr[^ a Alez k [nwrc ^ Ii- - Le gmK Ikrs- "^ :ivoir joye i bacheler •ov et en voye it renouveler. MATIIIEU. IV tre ce puet céler : 34 l-A CONVERSION DE S. PAUL. Et vous a fait de sainte Églisc Noble docteur et son apostre. S. POL. Dites donc voslre Pater noslrc Por moy et a Dieu soiez vous. 1.ors voise .i. pou avant, puis se sicc å terre. ANANUS. A Dieu , frére , priez pour nous. s. BAn?iABÉ, aus Apostres. Or entendez-vous , mes seigneurs , Que nostre sire a voulu fairc? Saulet qui tant maulz et douleurs Et engoisse nous a fait traire, Jhésucrist Ta vouiu attraire Et apeller å son servise. Sy est aus faulz Juifz contraire Et vray docteur de sainte Égiise. S. PIERRE. Doulz Dieu, vous soiez mercic De sy noble con version ! Vostre nom soit glorefic D'ayoir esleu tel champion ! S. ANDRIEU. Cest .1, vessel de éleccion. J'en regracie Dieu le pérc Qui tous a en dileccion : Por ce est fol qui se désespere. S. JAQUES LE GRANT. Hc! sainte Eglise, nostre mcrc, L^ CONVERSION DE S. PAUL. 35 Bien dois grant joye clémener Quant celuy presche ton mistére Qui te souIcMt sy mal mener ! S. JEHAK. • Bien scet Jhésucrist asener Quant d^anemy feit amy chicr; Por ce se doit chascun pener De son cuer en Dieu tant fichier. S. THOMAS. Or, a Dieu .i. bon chevalier : Il n'a pas (ail\j a eslire. Celuy fait traire a son colier Qui ne le fesoit que despire. S. JAQUES LE MfiNDRE. Jhésucrist scct bien sa gent duire, Qui d'un lou a fait .i. aignel , Quant &it å luy servir déduire Son tres grant anemy mortel. S. PHELIPPE. Nostre sire fait son chastel; Il ne chaut de quelque monnoye Quant son anemy fait a tel Qu'å luy servir du lout s'employe. S. BARTUOLOMEU. Bien doit sainte Église avoir joye Quant voit son nouveau bacheler Se mettre en convoy et en voye Du monde tout renouveler. S. MATHIEU. Vraye amour ne ce puet céler : 3. 36 LA C0>V£RSI03( DE S. PAUL. Sy ardans est en cbarité Que le dos se fait marteler Souvent pour soustenir vérité. S. SYMON. llé Diex, benoiste Trinité ! Tant est ceste euvre glorieuse Bicn est vostre bénignité A tout le monde gråcieuse. S. JUDE. Voslre sagesce vertueuse, Doulz Dieu , vostre bénivolence , . En ceste euvre sy merveilleuse Se monstrent bien par exellencc. S. MATHIAS. Loons k Dieu a grant révérance Qui nulle åme ne veult périr. Volentiers le veisse en présence S^aucune åme Falast quérir. S. BARNABÉ. En l'eure le feray venir, Enclinaht. Congié et bénéi^ron, Saint Pére. S. PIERRE , en le seignant. Bien aler et bien revenir Vous doitit , nostre beau frére ! Cy voise S. Baraabé ä S. Pol. Frére Pol, Dieu vous doint s'amour ! S. POL. Sire, Dieu vous doint benoist jour ! LA GONVERSION DE S. PAUL. 87 S. BARNABÉ. Frére , mes seigneurs et les vostres , Saint Pére et les autres apostres, Ont de vos fais oy conter : Tel joye ont que nul raconter Nel'saroit en nulle maniére. A cuer joieus, k liée chiére Vous verroient volentiers, Sirc. S. POL. Helas! c'est queoque je désire, Sire 5 pour Dieu car m'y menez. S. BA^NABl^. Je le vueil , biau frére, venez. Lors voisent et S. Bamabé die : Vecy Pol que je vous ameine. S. POL. Jbésus qui pour nous souffirit paine , Mes seigneurs, vous doint bonne vie!' LES APOSTRES. Bien veigne celle conpaignie ! S. PIERRE. Mon frére et mon amy loyal , Mon conpaignon espécial , Mon confort^ m^amour, mon soulas. Por vous avons estc tous las; Mais Jhésucrist nostre tristesce Nous a muée en grant léesce Quant mué a vostre courage Et vostre fol propos en sage . 38 LA CONVERSION DE S. PAUL; Quant vous a sy enluminé Que par vous sera doctriné En vraye foy trestout le monde , Quant noblement sa grace abonde Ou abondoit iniquité. Gloire a la Sainte Trinité! Venez besier moy et mez fréres. S. POL. Volentiers et de cuer, sains péres. Lors les baise tons. Qui voudra joindre ceste convercion avec le jeuS. Estiene, pourra finer ici endroit tout ensemble, en ceste forme qui ensuit: S. PIERRE. Fréres, ceste convercion Est des anges solennisée; Gar par divine éleccion A esté £iilte et ordenée. Sy vouloDs qu'etle soit célébrée Dignement par dévocion En sainte Église longue et lée; Et pour ce chantons : Te Deum. Gette ciause ne soit point diete ou oas qu'on ne voudroit fairc åu icy endroit. Le jeu dessus dit Gontinue ainssy. S. Pére die quant S. Pol les ara besiez : Mes chiers fréres et mes amis , Nos tre Sauveur sy nous a mis En son lieu pour sa loy preschicr , Pour convertir el baptister L\ CONVERSION DE S. PAUL. lic) Le pueple et pour l'eiidcx:triner. Sy nous (ault trestous chemtner ; Mais alons ain^ois , je vous prie , Savoir h la Yicrge Marie SePnous vourra rions commander. LBS AP06TRES. Nous nous voulons recommaDder , Sire , en sa grace, c'est raison : Alons la veoir en sa maison. Lon Yoisent å Nostre Dame qui soit prez d^illecqiies, et $ve agenoulleiit et dient : yls^e, Dame de grace plaine. S. PIEBRE. Dame 9 frérc Pol vous amaiuc Le vostre nouvel serviteur, Que nostre sire a fait docteur , Et son apostre comme nous. A jointes matns et a genous Vous voulons, Dame, déprier Que Dieu vneilliez por nous prier ; Car ii nous iauk de cy par tir Pour* le pueple aler oonvertir. Vostre filz, le doixh JhétMicrist , Quant éft cielx moiita Le nous dist, Doulce dame, bien le aavez. I90STKE DAME. Frére Pierre , bien dit avoz Et bien veigniez ore trcslous. Frére Pol , mon amy tres douU , ^ * i. 4o LA CONVERSION Dli S. PAIJL. Jhésucrist, monseigncur mon filz, Yous a osté de grans périlz Et grant grace vous a donnéc- Qui est en vous bien assignée; Gar ly et moy honnourerez Et la foy moult essaucerez. J'en mercie nostre Seigneur Qui vous fera honneur greigneur Quant és cieulz vous couronnera Et sa gloire vous donnera. Mes fréres, moult me soulaciez ; Nient meins je vueil que cc faciez Que Diex le pére vous manda, Que DIeu le filz vous commanda, Qui vous gart en corps et en åme. LES APOSTRES5 ensoylevant. Amen, et a Dieu soiez, Dame! s. PIERRE 5 ausApostres. Chiers fréres, par nous convient Et départir , car de Dieu vicnt. Le doulz Jhcsucrist nostre maistre Qui de pure vierge voult nestre Vueille par nous tout mal destruirc Et le pueple en sa loy instruire , Sa grace sy mouteplier Que par tout puist fructefier A sa loenge et a sa gloire ! Aions Tun de Taulre mémoire : Dieu nous maintiegne en charilr hk CONYERSIO?! DE S. PAUL. 4^ Et en vraye fraternité ! A Dieu soiez et ä sa mére. LES APOSTRES , fors S. Pol. A Dieu vous commandons S. Pére. Lors YoLse S. Pére ä Romme et S. Pul ä Atliiénes , et les antres oii ils vouiTOiit ; mais qui Toura faire de S. Pére et de S. Pol , et laissier S. Denis , sy voisent S. Pére et S. Pol å Romme et parlent anx Roamains en la maniére qu'il est convenu apres la oonversion S. Denis en la rubrique qui se commence : Seigneurs Roumains, etc. Qni tout voura faire par ordre sy continue le jcu sy comme il est escriipt cy dessoubz. CY ENSUIT LA CON VERSION S. DENIS s. POL, aus pliilosophes. Seigneurs, Jhésucrist vous amant Qui fist et teirc et firmamenl, Qui pour noslre rédempcion Printhumaine incarnacion, Nasquy, mouru, resuscita EtDiex et homme és cielx monta Puis venra-il en sa majestc Juger toiiz ceulz qui ont esté Et ceulz qui sont et qui seront ! LE PREMIER PHILOSOPHE. Les morsdont resusciteront? S. POL. Resusciteront voirement. LE PREMIER. En åmc ou en corps, ou commcnl 7 hk CONVERS10N DE S. DRNIS 4^ S. POL. En åme et en corps ne doubtez. LE fiHEMIER. Escoutez, seigneurs, escoutez Que dit ce semeur de frivoles ; Vecy nouvelles paraboles ! Gest anole cy nous entroingne Que depuis que nostre charoigne Sera aniente et pourrie, Et que de vers sera mengie Tout en Festat qu'il est ou miex , Son crucefix , son noavel Diex La fera de mört retourner. Il veult natare bestoumer; Cest forssennerie, c'est råge. Tous ly diables Tönt fait sy sage Plus qu^Aristx>te ne que Platon , Que Socrates ne que Chaton. Il est yvre; sy dit tempeste. Par nos Diet il seroit bien bestc Qu'il nul arguement feroit oire Contre fausseté sy notoire ; Et pour ce je m'en vueil aler. De male mört puisse-il baler Qui en Gréce Ta attroté I Lors se trestourne. PUBLIL*S le second phUosopbe , ä S. Pol. Iloms, boms, vous estes assotc. Dictes, seront vaches et vcaulz, 44 LA CONVERSION DE S. DENIS. Brebis, chevaulz, truies, pourciaulz, Bestes, oysiaulx , resuscitez? S. POL. Bien quérez grans absurditez ! Doit-on faire comparaison De beste qui est sans raison A homme qui a sentement Et raison et entendement ? L'åme de beste est sensitive : L^åme d'omme est intellective. L'ånie de beste, sans ressort, Est morte quant ie corps est morl ; Mais Tame d'omme desseurée Du corps ne sera jå finée Combien qu'ait encommancement; Et quant vendra au jugement, Nostre Seigneur qui la créa Dedens son corps la remetra , Qui fist homme pour ly servir Et pour> sa gloire desservir Par euvres bonnes et honnestes. Il ne fist pas les mues bestes Pour tel félicité avoir. s. DEN IS, le tiers philosophe. Biau sire, vous devez savoir Qu'il ne souffist pas entré elers Dire : mez diz sont vrays et elers ; Aincois il les convient prouvcr LA CONVERSION DE S. DENIS. 4^ Par vive raison pour trouver Saine et vraye conclusion. Pour ce la résurreccion Que vous prcschiez sy haultement , Prouvez par raison ; autrcment Jamais ne la pourrions croire. S. POL. Maistre Denis , le roy de gloire Qui créa toute créature Et ordena toute iiature, De quant que fist , fait et fera, A son plaisir ordenera Par-sus entendement humain ; Car il est seur tout souverain. Ce doncques qu'il a de néant fait Puet refeire quant est défait. Sy est folie ä bomme en terre Des secrez de Dieu trop enquerre Et ä la loy Dieu fait injure Qui la veult soubzmetre ä nature. Ne mérite aussy n'y aroit Qui par sen humain la saroit. Simplement sy fault assentir, Car celuy qui ne puet mcntir La nous a bailliée et monstrée Et par plusieurs vertus prouvée Ou iliailloit nature taire. Doncques ä tout sen qui veult faire Quant il le puet et il le dit Doit-on croire sans contredit. 46 LA CONVKRSION DE S. DfiMS. Car il est puissance et vérité, Et sy est justice et bonté Qu'il nul bien ne lesse périr Ne nul mal aussy sans punir. Por ce honnoure-il ceulz qui le servent Et punist ceulz qui le déservent. Or voit-on souvent que les bons Sont des mauvaizet des félons, Grevez, troublez et tourmentez. Les mauvaiz font leur volentcz Et en ce monde cy florissent Et les bonnes gens y languissent. Les maulz n'y sont pas tous punis, Les biens n'y sont pas tous méris , Or fault-il de nécessité Qu'ilz le soient par équité; Gar Dieu sy feroit injustice S'il ne £aisoit partout justice. Injustice faire ne puet : Pour ce raison contraint et muet A mettre autre vie et espace Ou Dieu a tous justice &ce Et quant å Tame et quant au corps. La résurreccion des mors Convient doncques croire par droit, Ou åme et corps comme orendroit Sans plus mourir rassembleront Et ensemble jugiez seront. Les bons yront en beneurté Et les mauvaiz en maleurté. hk GONYERSION DE $. DENIS. 4? En paine horrible et en misere. 8. DENIS. Moult est plaine de grant mistére, Sire Pol , vostre loy nouvele. 8. POL. Maistre Denis, la loy est tele Que sans elle n'a nul remédc ; Mais avant que oultre procéde Qui son t ces auteis que je voy? En moDslraiit da doy. S. DENIS. Sire, il sont aulz Diex de la loy Que nos ancestres concivoient. En cest autel cy aouroient En monstrant les auteis. Joves , Mercure et Priapus Et en cestuy Mars et Venus Et Hercules en cestuy-^k. S. POL. Et qui edt ore cest auteMä Qui est ainssy Ik reculé Que vous avez intitulé L'autél de Dieu non pas congneu ? S. DENIS. Il est d'un Dieu qu'on n'a point veu. S. POL. L'avez-vous ou songy ou leu ? 4b i^A omv££i»iaK u: h. iioo^. 6. UESIS. Sii*e. ovta cammeot je Tar soeu. ^^uaut fu tsD Egipte å I^ssoole^ En b cité Eliopole, Le bcrfdil exnriroD midr ÉdipfiSi a .J. veodredj. ^^uatorzieme estcMt lors la lune : St oe p(n oit par voje Dtille Öster du cK>ldl b lumiére. L^édipse fut toute plénlére : Earirou .iii. heuresdura : Nature se desnaUira. Sy conclusysiDes par aoort Que le Dieu de nature , å tort , Souffroit mortele passion. Sy en eurent compassion Ijf» ellemens trestous ensemble. S. POL. Maistre Denis, que tous en semble? Est-ce bomme, ou espérit, on quoy? S. DENIS. Sire Pol , jc tien ferme et croy Qu'il est et vrais bons et vrais Diex ; Mais sa demeure est sus les cielx. Il n'a mestier de biens mondains Ne de sacreBces bumains ; Ne requiert que dévocions Et bumbles supplicacions. Le monde renouvelera, Partout en tout temps régnera ; LA CO.WLRblOM Dli S. DE.NIS. 49 Mais (le sa sagece el puissanca N'a pas fait encor démonstrance ; Or ne scay-je voir qui Tenpesche. S. POL. Maistre , c'est le Dieu que je presche, Le gréateur de toutjle mondc Qui de une Vierge pure et monde, Comme soléil parmy ^oirriére Passé et adés demeure entiére , Nasquit sans peine en Béthléem, Puis mourut lez Jhérusalem. S'åme descendit en enfer Pour les siens d'illecques öster, Et au tiers jour son corps reprint Et de raort k vie revint. A ses desciples se mönstra , Pories closes k eulz entra, Puis sy monta voians leurs yeulz Sur toute créature és cieuis, Et leur dist que ainssy revenroit Quant le monde jugier venrroit. Puis le- Saint-Esperit leur tramist En langues de fea qui les fist Preus et hardis et forset sages, Et bien parlans en tous langages. Ceste loy preschonset disons, Et ceulz qui croient baptisons ; Car par nuUe voye autrement Ne puentnul avöir sauvement. Par Socrates et par Platon , I. ^ 5o L\ CON VERSION DE S. DBNIS. Par Sébiile, Ovic(e et Varron, Par philosophes, par prophétes Et par pluseurs de vos poétes Trouverez ces choses escriptes. S. DENIS. Sire Pol , gardez que vous dites. Par voz dis nature divine Ne commence ne ne termine : Diex est inpassible , inmortel. Pour quoy et comment fut or tel Qu'ilnasquit, souflrit, tei*mina, Qui commencement né fin n'a? Je ne le puis veoir bonnement. s. VOh, Maistre, quant au commencement Le créateur créa les anges Aus queiz donna volentez franches En leor eslre espirituel Sans avoir corps pesant, charnel, Ne anemy ne enconbrier Qui les enclinast h pechief , Pour ce, quant contre Dieu péchérent , A tousjours mais ilz trébuchércnt ; Mais afin que tout fast parfait Le nombre que Diex avoit falt, Nostre Seigneur fist homme et fa me Qui franche vdeti té ä Fåme Donna afin qu'il peust eslire Le bonchemin, lessier le pire. Sy avint qu'ilz furent temptez : hk GONVLHSION DE S. DENfS. 5 1 Lors de leur propres volerlt^z Le commandement Dieu enfraindrent Et grace et bien en eulz estaindrent, Et par eulz toute leur llgnée Fut å mört d'6Tifer obligéc , Nod pas itréparablement; Mais homme de soy nullement Satefier sy n^eti povoit Et nul autre ne le devoit. DoDcques failloil:-il qui y eust Et qui le péust et qui le deust; Et pMf ce Dieu par sa pitié Nous mODStm si grant amistié Qu'il voulut homme devenir Et nos miséres soustenir , Pour satefier par droiture De la susdicte forfaiture, Par droiture voire voluntaire , Car autrement Teust peu bion faire^ Mais maniére plus convenable ^ Plus chéritaUe et resonnable Ne saroit nalz ymaginer. S. DENIS. Il me &ult par force endiner A sy exelleiite raison. Je voiz ^i. loQr en ma maison : Sy pensseray å oes artides; Priez Dieu q'uD de ses deséipks Il me fatce par sa bonté Se vous m'aves( dit et conté 4 52 LA G05TEBSI05 DE S. DEMS. La Térité pure sans fidace. Lori Toue aa logot n En^e et le feeond plulosophe areeqncs luy. S. POL. Maistrc Denis, Dieu par sa gräoe Vous doint choisir le droit sentier Et bon propos sain et entier, Sy vrayement comme le voir Je Yous ay dit sans decevoir. l'avbugle. Au povre homme qui ne voit goute Faictes bien, pour Dieu, car sans doobtc Il est trop povres qui ne voit. Las! se .c. soubz on ly devoit Sy ly porroit-en baillier blans En lieu de moutons ou de frans. Pour Dieu, donnez-moy cuisse ou elle. Vecy bien dure kiriele : Je croy que les bonnes gens dorroent Ou que les oreilles leur cornent , Car de moi ne tiennent-il contel Trut! trut I povre bomme n'a que lionle, Male meschance et maise chiére : Cest sa droite rente fonssiére ; Toutes heures la liéve ek prent^ Nuit et jor nul ne Ten reprent Ne nulz, sMl devoit enragier, Ne la puet vendre n^engagier, Tant a povre boms de prévilége I Helas! bonne3 gens, que feray-je? L\ CONVfcRSION DE S. DENIS. 53 ■«■■ DoDDCz-moy pour Dieu quelque cbose — Parlez bas^ madame repose, — Au moins me tendez vostre matn. — Oil , oil , c'est å demain :^ Il sera jeilme samedy . S. POL. Bon bomnie , veulz-tu cen médy Avoir veue fresche et nou velie. lVveugle. Halas! vou&la me bail|iez bellb, Sire; il &it mal cfui me ramposne. Donez-moy pounDieu .i. aumosne; . Car certes il ne pourroit estre Que jamais veiteeJiuis ne fenestre Ne par art nul, ne par nature. S. POL. Bons boms, tu as dit vérité pure; Mais ä Dieu est tout ce possible- Qui ä nature est impossible. Aiez en Jbésucrist fiance. Et en sa loy vFaye créancer Jbésucrist qui Diex est et bomme^ Qui de mére vierge qu'on nomme Marie nasquit sans douleur, Et qui jeta de tbénébreur Celuy qui fut aveugle né ^ Et qui en la crois (u pené , Resuscita, monta és cieuls, Te vueille enluminer les yeulz! In nomine Patrts^ et Filii , et Spiritus snncti 54 L^ CONVERSION DE S. DBNIS. l'aveugle. Amen! sire, Di«x le vous rende! De moy-mesmes vous foiz oflrende Prest et appareillié de croire En Jbésucrist le roy de gloire Par qui je voy aler ma voye, Qui me donne veoir ä grand joye A mes yeulz le ciel et la terre. s. POt. Or, me va maistre Denis querre Et ly dy qui ne tärde mie Accroire en Dieu le filz Marie Et qu'å moy veigne sans demeure. L^AVEUGLfi. Sirc , j'y vols trestout en l'eure. Sy voise å S. Denis et die : Maistre, monsetgneur Pol vous mande. S. DM^IS. Es-tu celuy , je te demande , Qui oncques noais n'avoit veu goute? L^AVEUGLE. Mon chier seigneur, oil sans doubte. S, UENIS. Dy-moy, et comment as-tu veu? l'aveuglb. Monseigneur et maistre, il a pleu A sire Pol son Dieu ourer, Et en Teure, sans demourer, Jc receu veue belle cl cléi^e. LA COISVERSION DE S. DBNIS. 55 S. DENI6. , o le vray Dieux! quel mistére! Tel chose oncques mais ne fut veue Qu'oDs né aveugle réust sa yeue. Il est Dieu, pour voir, qui ce £iit, Qui les def&iz ainssy refl^t. En parlant å sa.fenune.. Rcsgardes, ma suer Damaris, Commant cest aveugle est gari$; Est-ce biau miracle et apert? DAMARis , fame S. Denb. Monseigneur, clérement apert Que cil a puissancc dhrine Qui les areigles enlumine. Oncques mez ne vy tel merveille : Alons ä luy, je le conseille, Et y menons nostre mesgniée Pour estre en la foy enseignée Et baptisiez avecques nous. .II. ENFAIHS. Volentiers yrons avec vous. Lors Yoisent ä S. Pol S. Denis et sa fåme et sa famdille et k seoond phUofloplie et Taveugle ; et tons ensemble dieat : TOUS ENSEMRLE. Sire, JDiex vous doint bonne vie! S. POL. Bien veigne ceste conpaignie ! Me voulez-vous riens commander? S. DENIS. 11 vous a pleu å nous mander / 56 LA CONVKnSIOX DE S, ORMS. Et véez-nous cy tous prés , chier sirc , De &ire quanque vourrez dire Sans vous jå contredire en riens. €y voisent ä genous. S. POL. Loé soit Diex de tous cez biens! Mez amis , croiez fermement Qu'il n'est q'un Dieu tant seulement , Triple personne en unité, Une substance en trinité , Pére et Fiiz et Saint-Espérts, Qui doit estre amez et chéris Sur tout teinps et en tout lieu ; Non pas .iii. Diex, mais .i. seul Dieu Sans comniancement et sans fin, Qui homme ama tant de cuer fin Qu'å s'yniage propre le fist ; Mez pour ce que homme se forfist Et que mortelemen t ofTendit, Le filz Dieu vray Dieu descendit Qui print nostre nature humaine En Marie de gräce plaine Qui fut et vierge et fille et mére, Et il fut son filz et son pére. Le créateur fut créature : Ce fut euvre par sus nature; Ainssy le voulut peut et sceul. Depuis, le baptesme receut, Non pas pour ces péchicz moiiclcr , Mais pour le saci ement fonder Lå CONVERSION DE S. DE!fIS. 5j Du baptesme de sainte Églisc. Apostres quist å sa devise Les quielz ä sa grace apella Et ses secrez leur révéla. Les mors de mört resuscitoit Et touz målades garissoit, Et moult de grans merveilles fist Que pur homme jamais ne feist ; Puis fust en crois mört et fénis , Et Tous mönstra maistre Denis , Par sa grace , la grant durté Qu'ä tort souRroit, en Tobscurté Que l'air et la terre soustindrent, Et és miracles qui avindrei^ t ^ Son åme en enfer dévala Qui les siens délivrer ala. Le corps en sépulcre se tint ; Mais au tiers jour lä y revint Et resuscita noblemen t Vray Dicu, vray homme, vrayomeul; Puis monta és cieulz å grant joye En disant que par aulel voye Vendroit bons et mauvais juger Et rendre ä chascun son loyer. Le croiez-YOUS corde mondo ? Dites cliascun : Credo. TOUS. Credo. S. POL. Que rcquérez, dictes ? baptésme ? 58 LA CONVEnSION DE S. DENIS. TOUZ ENSEMBLE. Baptesme et unction de cresme. S. POL. Le Youlez-Yous sine dolo ? Responnez-moy volo. TOUZ. Volo. S. POL. Doncques : Ego vos baptiso In nomine Patris et Filii et Spiritus sancti TOUS. AmenX $. POL. Denis, vous estes crestien Et sage théologien , Prcmierain en pbilosophie, Souverain en toutc ciergie. La grace Dieu avez en main : Ne prenez pas sa grace en vain. Preschiez la foy et amitiez Et le pueple convertissiez. Je vous en donne auctorité , Évesque de ceste cité, Et en Gréce dés maintenant Vous ordeirie mon lieutenant. En ly baillant. Tenez anel et croce et mllre; Faictes euvre de bon menistre : Tout lo pais vous baille en garde. hk CONVBRSION DE S. DENIS. 5cf Lors die ä Damaris. Et Yous, belle suer et amie , En estat de samctimonie Vivez desormés chastement. DAMARIS. Dieu le m'octroit sy vraycment Comme du cuer je le désire! Cy se met oömme bégaine. S. DENU. S'il vous plaisoit , chier maistre et sire , Que avecques vous je in'en alassc Et ma Yie avec vous finasse , Moult Teusse chier et agrcable. S. POL. Mieulx sera et plus proQtable , Biau frére, que vous demoui ez Et diligaument labourez A convertir les non crcans; Car vous y cstes bien seans. En pluseurs contrées yrez , Et plusieurs gens convertirez Et retrairez d'ydolatrie , Par example de bonne vie Et par doctrine bonne et saine. Moult arez d'ennuy et de paine , Mais Jhésucrist vous aidera Qui touz jours vous confortera. Je vous commande ä Dieu trestous. TOUS. Biau pére, et a Dieu soyez-vous! 6o L\ COXVEr.STON DE S. DENIS. s. D^Nis, äsafame. AJez-en k Dieu , belle suer : Åmez Dieu de tout vostre cuer , Gouvernez bien vostre (amille ; Preschier me convient Teuvangiie Et la loy du doulz Jhésucrist. Celuy qui vous forma et fist Vous doint å tous grace et honneur ! SA FABIE , L^AYEUGLE, LES ENFANS. jimen! et ä vou8, monseigneur. Lores^en voisent; S. DENIS. Graces te rend , Diex^ humblemenl Qui m'as par gråcé purement A ta sainte loy appelé Et tes grans secrés révélé. Dieu , donne-moy ce bénéfice Que dignement face m'office. Maintenant k ton honneur, sire, Dieter vueil .i. livré et escriprc , Nommé de triple ihérarchie , Et autres de théologie , Pour lon saint nom gloreder, Et mon prochain édifier. Lors se siée et fait sanblant de escripre. Qui 8c ieu vourra continuer sans faire le martire des Apostics, tourne .v. fueilles et voise å la dause oA S. Ricule parte å S. Denis qui se commence : CmER SIRB, JHÉSUCRIST, VOUS, CtC. Qui tout voudra faire par ordre sy continue comme cy-aprés est escript : CY ENSUTT COMM£NT S. PÉRE ET S. POL ALERENT A ROMMB ET COMMENT ILZ FURENT MARTIREZ. s. l^ÉRE, ans Ilommains. Seigneurs Rommains, qui de noblesce. De sen , d'onneur et de prouesce Estes nommez puissaument En tous pais généraument , Bien déussiez celuy aourer Et concivoir et honnourer Plus que nuUe autre nascion , Qui sur tous dominacion Vous a donoée et grant puissance^ Et tenir du tout sa créance. Cest Dieu du oiel dont bien vient, Qui tout goutverne et tout soustient^ 02 LE MARTYRE Qui de néent le monde créa, Qui homme ä s^ymage fourma Le quel ä Dieu désobéit, Par quoy en misére chéit Ly et ses hoirs , et quant morroient Trostuit en enfer descendoirat ; Mais Dieu en out pitié , sy print Corps humain et la mört soustint Pour les siéns hoirs d'enfer jecter , Resuscita et voult monter En paradis, vray Dieu, vray home. MARCEL, bourgoys: Bons horns, plus a de bien a Romme Que tout le remenant du monde; Tout sen, tout bien ä Romme habondc Sy iaictes que trop fol, vilains, D'ensengnier les sages Rommains. Les Rommains ne sont pas sv nices Que les diex qui leur sont propices Ilz ne sachent bien aourer. S. PIERRE. Frére, les Rommains labourer Scevent trop bien en vanité. Leur bien est plain d^iniquité Et leur sen est plain de folie. Qui est plus grant forssennerie Que d'aouTer ces ymagetes Que Toas faites ou faire feltes Qui ne parlent ne ne cheminent?. DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 63 LE SEGOND BOURGOYS. ISauf vostre grace, ain^ois devinent Tout quen qu'en iait, comixient qoe soit.^ S. PIERRE. Cest l^anemy qui vous de^oit Qui en vos ydoles se boute Pour estaindre en vos cuers trestoute La lumiére de vraye foy Et sain entendemen t , par quoy II vous hit sans cesser péchier Et vostre créateur leissier, Et ymages de créatures Plaines de pécfaiez et d^ordure Aourer comme fu Venus, Joves, Mercure et Priapus, Et en plusieurs ydolatryes Par diverses mélencolies Fait chéoir le monde auques ä bout Pour le mectre ä dampnement lout. Pour pe Jhéaus qui est lumiére Du monde, aporta la maniére De pourchacier son sauvement , Laquelle y mönstra dérement Par sainte vie et par signades, Par escriptiiré et par miracles , * En suscitant les trespassez Et en férant vertus assez ; Car il le povoitct savoit. 8. CLÉHEHT y escoUer. Or, est tout nient; car s'il avoit 64 l^E MARTYRS Celie puissance qu'avez dite Il eust esté de la mört quite ; Car, par quelle voye mourroit Qui Dieu seroit, qui tout pourroit? Voir, sMl mourut et trespassa , La mört sa déité quassa , Et son povoir ly fu tollu. S. PIERRE. Mon bel amy , s'il eust voullu Bieri se feust garde de mourir ; Mais a nostre mört secourir Nostre sire usa par sagesce De merveillieuse soutillesce Gon tre la cruele malice De Tanemy plain d^injustice ; Gar il voult homme devenir Et nos miséres soustenir , A celle fin que 1'anemis Qui homme avoit souz le pié mis Sy fust par homme sourmonté , Et sa mauvestié par bonté, Et mört par mört ä mört livrée ; Et se Påme fu desseurée Du corps selonc Tumanité, Nient mains avoit la déité ; Tout povoit inmutablement Qui les rassembla dignement Et resuscita home et Dieux , Puis monta puissaument au cieux. Lä, en åmc et en corps yront DB S, PIBRRB ET DE S. PAUL. 65 Ceulz qui de cuer le serviront En joye, en doulceur, en seurté, En pardurable béneurté ; Mais ceulz qui en ly ne croiront Ou qui son vouloir ne feroiit Yront en tourmcnt pardurable. SYHON l'£NCHANTEUR. Seigneurs Rommains , c'est bourde et fable Quant que ce vilain va disant. Croirez-vous q'un povre paisant Qui fut pendu puisse estre Diex? En vous devroit crever les yeulz. Moy^ iBoy , par qui honneur avez, Qui &!& Yertus , vous le savez, Devez aourer et in'obéir. S. PI9RRE. SymOD , mais on te doit héir Qui fals injure et vilénie A celuy qui te donna vie ; Mais tu es tout plain de péchié : Sy n^ist de toy fors mauvestié. Tes diz sont envenimemens , Tes £iis ne sont que enchantemens. Ta vie actrait la maise mört. MÄRGEL. Seigneur, vecy .i. honune mört. Resuscités-le, sy verrons Lequel dit voir; sy croirons Que celuy soit Diex en vérité Par qui sera resuscité ; 66 LE MARTYEE Se non tous .11. le conparrez. SYMOlf. Tout en Feure vif le venrez. Lon die anemie nen ao mört en roreiHe et le inort renitie la tes^e sans soy bougier. LE 5EC01ID BOURGOYS. Esgar, il remue la teste; Pierres, vous mourez comme beste. N0U8 vouliez-YOus déceYoir? S. PIERRE. Attendez , yous sarez de voir Se le mört ara mört ou Yie. SYM ON . Sanglant Yilain y fol plain d'enYie, Ne Tas- tu pas veu rcmuer ? S. PIERRE. . II ne fault plus contrarguer : S^il vit, boive et menjusse et Yoise. SYMON. Pierres, tu quiers tousjours la noyse; Tu t'en pourras bien repentir : Chascun puet et veoir et sentir Que homme mört ne se puet bougier. S'il ne puet boire ne mengier Puis qu*il se muet qu'en ay-je k falre? s. PIERRE, aubourgoys. Seigneurs, faictes lay en sus traire; Sy verra-on s'il yra point. S. CLÉMENT. Or vient bien cet débat å point. DE S. PIBRRB ET DE S. PAUL. 67 ■ ' ' ■ ■ ■ - ■ ■ Maistre Symon, traieab-vous arriére : N0U8 coQcluoDS par tel maniére Que s^ilne va, Pierres, sachiez II convient qu^aler le £aiciez Ou autrement vous y mourez. S. PISKRE. Et se aler puet que me donrez? Vous ne me prometés que paine. ^ 8. GLÉMSNT. Vostre créance toute plaine Tout pleinement, sire, croirons Et maistre Symon punirons Ainssy qu'il veult qu'en tous punisse. S. PIERRE. Lemort boug-il janbe ne cuisse? Regardez comment il se porte. MÄRCEL y en le tastant. Par Mahoounet, sa teste est morte ; II n'ot, il ne muit n'il ne rit. S. PIERRE. Or pert-il bien que malvez espérit Vous a &it une illusion. Ainssy meine ä confiision , Ainssy detient, ainssy enlace Ceulz ä qui Dieu soutrait sa grace Par leur péchié et desmérites. LE SECOMD BOURGOYS. S'il est ainssy comme vous dites Faictes tost revivre ce mört. 5. ti8 L.E MARTYRS s. Pi£RRE, å genous. Doulz Dieu qui de l'ainére mört D'enfer geslåtes homme et feme ; Vueilliez remeltre en ce corps Tame, A la gloire de vostre dom Et k la loenge et renpm De vostre espouse sainfe Église. LE MORT TiERS BOURGOis, en soy levant. Dieu qui m'avez 1-äme remise Au corps par vostre grant pulssance^ Vostre lov et vostre créance Doit tout homme croire et tenir S'il ne veult ses jours mal fenir; D'ore en avant vueil en vous croire. MARCEL. Vecy beau miracle et notoire : Regardez, le mört parle et vit. Qui oncques mais tel chose vit? Maistre Symons, maistre Symons , Plus n'irez en terres n'en lymons. Avant, avant, suz ly , Rommains! Cy mettent la main ä ly. S. PIERRE. Pour Dieu, seigneurs, ostezvos mains: On ne doit pas mal pour mal rendre. MÄRGEL. Il vous eust volentiers fait pendre Sire, sire, lessiez-nous faire. DB S. PIERRE BT DE S. PAUL. 69 S. PIERRE. Diex le sära bien å chief traire. Lessiez-le; pacience est bonne, Pacience victoire donne , Pacience donne tous biens. SYMON. En despit de toy et des tiens , A ton grant ineschief, frére Pierre , Je ne demouray plus en terre : Maintenant monteray és cieulz ; Sy verrez se je seray Dieulz. Lors monte un pou hault et appelle les Diablas en dkant Béthagon, Bérith , Astaroth, Baal , Baalum , Béhémoth , Béelézebub, Léviathan, Béeléphégor, Moloch , Sathan ! LE PREMIER DYABLE. Os-tu , dy , maistre Symon braire ? LE SECOND DYABLE. Je l^os bien ly re le grammaire : Alons ä ly; il nous appelle. LE PREMIER. Romp-ly la teste ä une pellc Tant Gomme il est en mais cstat. LE SECOND. Mais lessons-le vivre en restat Pour nuire plus au crestiens. LE PREMIER. Et s'il yst hors de nos liens ^O LB MARTYRE Nous serons trompés lourdement. LE SEGOND. N'en doubte , il mourra maisement; Car il est maudit du Saint Pére. LE PREMIER. Cest bien fait; alons-en, compére. Gy Toisent å Symon et dient *. Que voulas-YOus, maistre S3rinons? SYMOK. Sans limonnier et sans lymons, Pour crestiens faire afoler Haut en 1'air me fiiites Yoler. Or y perra que vous ferez. LES DIABLBS. Montez sus nous, sy volerez. Lon moDte suz eulz et ib le portent bellement sur leum espaules. LB SBCOND BOURGOYS. Ha hayl regardez quel merveille! Oncques mais ne vit sa pareille Homme yiyant, ne Jhésucrist Oncques tel merveille ne fist. Vez-vous comme il vole par Pair ! MÄRGEL. De tel fait n'oy-je oncques parler ! S. PIERRE. Pol, mon cher firére, regardez. S. POL. Sire, pour Dieu, plus ne tardcz^ Mettez le pueple hors d'erreur. DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'J i s. PIERRE , å genous. Doulz Jhésucrist qui en l'orreur Et en la thénébrcur dfénfer Féistes trébuchier Lucifer Pour son orgueil et s^ourcuidancc , Cestuy qui tant a d^arrpgance VueiUiez que vistz trébuche et chie En recognoissant sa folie. Lon se lidve el die en seignant les anemis : Ennemis , trop fetictes d'escande , Lessiez-le chéoir , Dieu le commande Par moy qui suis son apostole. Lois le leaent efaeoir en disant -. Or va, Symon, va, vole, vole ! SYMON. Ahay, Jhésucrist! trop es fort; Gontre toy ne vault nul efibrt. Tu in'as trop lourdement coyssy : Je suis tout ronps et tout froyssy. Je ne puls aler ne courir, De male mört me &ult mourir , Ou feu d^enfer m'en fault aler. Gy CBkcelemort. LE PRBMliSR DIABLB. Ha ha! Symon, or du baler, Maistre Symon , sire Symon , Yostre corps qui est de limon Vouloit voler lassus au ciel ! 73 LE MARTYRE Il desplaisoit k dan Michiel. Sy estes trebuchié k honte ; Car bas doit chéoir qui trop hault monte. Ou puis d'enfer vous porteron. LE SECOND. Ta, ta! Symon , Tamy Néron, Ton orgueil , ton enchanterie , Ta mauvestié y ta simonie, Te seront bien tost chier vendus ! Passé ! tu es nostre rendus. Gy Temportent bon du champ en uslant. S. CLÉMENT. Chier sires, or véons-nous bien Que nostre loy sy ne vault rien. Sy la voulons du tout lessier . S. PIERRE. Il vous fault doncques baptisier. S. CLÉMENT. Et que vault tel baptisement ? S. PIERRE. ' Beau frére , par Parousement Qu'en feit d'yaue par dehors En la getant desus le corps , De tout péchié soit véniel , Ou mortel, ou originel , Dieu par dedens Påme netoye Et grace ly donne et octroie, En tant que se Tomnie mouroit En tel estat s'åme en iroit DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 'jZ Sans painc et sans (aire séjour, Plus clére et plus belle que jour, En la joye de Paradis. S. CLÉMENT ET LBS AUTRES. Ne soyez, sire, plus tardis; En Dieu croions, baptisiez-nous. S. PIERRE. Or alez trestous ii genous. Cy voisent å genous. Lors les baptise ai disant : En la fourroe de sainte Église, Mes bons amis j je vous baptise , In nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sfincti. Amen. s. PIERRE , k S. element element, nostre chier filz en Dieu , Vous tendrez apres moy mon lieu. Dés maintenant vous y ordene, Et pour Dieu , chier filz, metez paine , De faire ä Dieu plaisant servise. Preschiez la loy de sainte Église, Les non croians convertissiéz Et les non sages enseigniez , Aux saintes gens honneur portez Et les imparfais supportcz ; Soiez de tout bien examplaire. S. CLÉMENT. Saint Pére, je suis prest de faire 74 ^^ MARTYRE La Dieu volenté et la vostre. s. PIERRE , en ly metant la main sus la teste. Et du poYoir Dieu et du nostre Vous donnoDs papal dignité Et nostre plaine auctorité. Le Saint Espérit sy vous parface En tout bien et en toute grace. In nomine Patris, et Filii et Spiritus sancti. Amen> Lors se siéent å terre S. Pierre et S. Pol. Titus et Lucas et S. Glément et les bourgois voisent en leur logeis. L^EHPERIÉRE NÉRON. Princes, barons, ducs, chevaliers, Il est venu .11. gondaliers En la noble cité de Romme Qui ne prisent pas une pomme Nos sacrefices ne nos dieux, Et sy ont £iit voler les yeux A nostre amy , maistre Symon. Par eulz est ä confusion Et la divine poesté Et nostre royal majesté; Ilz devisent péres et méres , Filz et fiUes et suers et fréres , Seigneurs , varlés , pucelles , dames , Et les mariz d'avec leurs fames. Il font entré eulz Dieu d'un bri&ult : Nostre auctorité point n'y fault, Ce vont-il preschant en leur prone. DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 7 5 Foy que nous devons nostre thröne , Il nous en desplaist grandement. PAULIN9 sénateur. Sire emperiére, isnelement ^ Leur rendez selon leur mérites. DOMICIEN. Telz bougres, sire^ et teiz hérites, Par mon conseil vous destruirez. NÉROIf. Prévost Agrippe, que direz? Seroit-ce bien? que vous en semble ? AGRIPPE. Selon coustume et droit ensemble , Sire, gens de cuer desloyal Qui ä la majesté ropl Et ä la foy désobéissent ^ Qui le proufBtconunun honnissent, Perdre doivent et corps et biens. NÉRON. Alez , tuez , jetez auls chiens , Délivrez-nous de tel merdaille. PAULm BT AGRIPPE. Nous le ferons, sire , sans £aille. TITUS. Chier seigneur et maistre S. Pére, Sachiez que N&ron 1'emperiére A prins consel de vous tuer : Sire, vueilliez vous remuer Et vous trestourner de sa voye. Nous arions soulas et joye 76 LE MAKTYRB Perduz, se perdus estiez. S. LUC. Las ! sire , se vouz mouriez Que pourroit faire sainte Église? S. PIERRE. Fréres, ce n'esl pas nostre guise De fuir pour mört ne pour paine'^ Car la turbacion mondaine Donne le repos pardurable. Sy seroit chose profitable A vous et ä moy que mourusse , Et qu'avecques Jhésucrist fusse Qui sans moy bien vous garderoit Et plus grant povoir me donrroit En 1'autre monde qu'en cestuy. S. GLÉMENT. Nous savons bien n'i a celuy Sire j que paradis arez ; Mais nous serons tous esgarez Se sy tost ainssy nous lessiez. Sire j pour Dieu, obéissiez Un pou ä nostre infirmité. Gest fuite est de charité , Non pas de doubte de la mqrt. S. PIERRE. Je voy bien ce seroit trop fort Que de légier fust dépecie Corde de trois cordons bastie : Je suis seul et vous estes trois. DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 77 PuisquMI vous plaist donc je m'en vois. Lon 8'en voise et Jhésus ly veigne å l'encoiitre. Pierres, bien soies-tii venu! s. PIERRE ägenoulz. Sire JhésDS , et oii vas-tu? JHÉSUS. Pierres, Pierres, ä Rommc vois Pour mourir de rechief en crois. Lore s'en retourne Jhésus sans plus dire. s. PIERRE ägenoulz. Je in'en revois ; pardon , chier sire , J'aper;ois bien que voulez dire. Lors 8'eD revoist å ses conpaignons et die : Chiers firéres , quant je m'en aloie Jhésucrist trouvé en ma voye A qui demandé ou aloit ; II me dit qu'ä Romme venoit Pour estre encore en crois pendu. A ces mos ay bien entendu Qu'il vouloit que je retournasse Et que ma vie en crois finasse : Sy ne l'osay oncques desdire. TITUS, LUCAS, CLÉMENS. Sa volonté soit faicte , sire ! Lors se siéent å terre. AGRIPPE. Masquebignet , Hapelopin •yS LE MARTYRE Humebrouet, Menjumatin, Maubué , Gastenin , RifHars , Alez nous querre ces viellars , Qu'on appelle Pierres et Pol. MASQUEBIGNET. Sire , on me pende parmy le col A corde de chanvre ou de lin, Se toutaussi comme .i. helin Ne les vous amaine en présence ! PAULIN. S'il se metent ä la deffence Faites que la force soit vostre. LES SERGENS. Penssez des corps, la robe est nostre. Lon les voisent querre, et en les regardant de loing le premier die : MASQUEBIGNET. Esgar! Mahon les puist confondre ! Or resgardez, ilz veulent pondre : Véez comme ilz sent ä croupetons. RAPELOPIN. Ge sont, ce croy, sages Bretons Qui font illec leur caquehan. HUMEBROUET. Foy que doy mon Dieu Tervagan y Je croy qu'ils euvrent de maiz art. MENJUMATIN, å S. Pierre. Or suz , or sus, sanglant vieillart Qui tenez illec vostre escole ! Mez regardez quel apostole! DE 8. PTEBBB ET DB S. PAUL. 79 II est tondu comme a. foI. MAOBUÉ. Levez sus aussi, maistre Pol, Qui estes sy enlengagié. Vous estes fol ou enragié, Foy que je doy Mars et Venus. S. POL. Seigneurs, vous soyez bien venus : Jhésucrist vous gart de mal faire! GASTBNIN. Le dyable ait part en cest aflaire : Cetuy-cy veult jä sermonner. S. PIBBBE. Seigneurs , Jhésucrist pardonner Vous vucille trestous voz mef&is! BIFFLABS. Hen! Pierre, je soye defEatis Se vous n^avez .i. tien sans mouHle. En ie frapant Mais regardez de cest escouffle Comme il nous veult prendre ä ses griz. MASQUEBIGNBT , en le férant. Il convient quMl soit amesgriz : Il a trop grace la ventraillc. LES AUTBES, en férant. Passez avant, passez , merdaille. Lon les mainnent å Néron. MASQUEBIGNBT. Vive Temperiére Nérons , 80 LE MARTYBB Les sénateurs et les barons! Vécy les .11. grans ruiBens, Capitaines des chrestiens. Faites leur véoir dedans la pance Quel foy, quel loy, queile créance Ilz maintiennent , et quel estat! NERON. Tu es Pierre ly apostat Qui fortrais ceulz que nous amon , Qui nos tre amy , maistre Symon ^ As fait mourir de maise mört, Et qui nous &is d'un home mört, D'un pendu en crois .1. Dieu sains. Sans Tauctorité des Rommains Tu sépares les mariages, Tu iais merveilles, tu fais råges ^ Tu es tout plain de maléficeft* Sy fault faire de toy justice ; Raison, les drois, les loys le veulent. S. PIERRE. Raison ^ ne drois ne loys ne veulent Que ceulz qui tehir vérité seulent , En cuer , en bouche , en meurs , en vie, Aient ne mal ne vilénie ; Mais ceulz qui aiment fausseté Doivent avoir meschanceté , Comme Symon , vostre enchanteur, Faulz , renoié et fol vanteur , Qui Dieu tout puissans se fesoit , Qui és cieulx voloit, ce disoit , DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 8 1 Mais non feM>it ; pour voir estoient Dyables d^enfer qui le portoient Qui malgré eulz cbeoir le lessérent Tout vif) et les os Ij froissérent Quant il pleust k Dieu qui tout puet, Qui tout gouverne , qui tout muet , Qui n'eut oncques commencemerit Ne ja u'ara définement. Bien est voir qu'en temps et en lieu Par sa grant doulceur , le vray Dteu Pour sauver home.devint homme, Et en la crois laide et honteuse SouHrit mört dure et engoisseuse Toute vois bonne et profitable. NÉRON. Tés-toy, yilain, ce n'est que fablé. Et toy, Pol , que vas-tu lisant? S. POL. Sirc , je vois tout ce disant Que saint Pére a cy récité , Et sy dy que Tauctorité Des Rommains n'est point néoessaire Pour auctoriser ne pour faire Appreuvement que Jhésucrist Soit Dieu , car il est et tout fist ; Vueilliez ou non , et nous et vous Le devons servir a genous, Sur tout amer et obéir, Et pour ly en fuiant héir Parens et amis quelz quUlz^oient I. 6 3^ LE MARTYBB Qui de ly servir nous retraient. II nous a et fait et re&tt Et pour no$tre fait fut deffait; Il mourut home et remaint Diex. Or régne et home et Dieu és cielx Qui tous nous resuscitera Et tout au siens se donnera En joyeuse fr uctition , Quaut metra a destruction Tput le monde par feu ardant. NÉRON. Pol 9 bien nous vas enquocardant. Ton Dieu fera-il les mors revivre? Pol , tu es fol ou tu es yvre. Par nos Diex , Pol, tu y mourras. Sy verrons lors se tu pourras Revivre et ester ^us tes piez. S. POL. Tu nous verras joyeulz et liez Apres la mört , tirant Néron , Tous .It. en vie^ et parieron Tout platement ä ton visage. NÉRON. Ostez-moy ce fol; il enrage. Gardez ^us l'ueil que plus ne vivQ : Par senienoe diffinitive Ardez-moi tous ces christicoles , Fors ces .II. grans maistres d^escole Les queiz faites prendre et lier; Et sy £uctes crucifier • DE S. PIBRRE ET DE S. PAUL. 83 Ce pceoheurqui eattH. vilaini ! \.: ) A Pol, qui est notde Rotfimaiti Me &icte8 lä téste coaper« AGRIPPB. Par ma teste, ain&qu'il sött souper Sera &it, Sice, ce que dites. Avant prenez ces .n. bermites; RouUiez , ferez , (rapez , Uez , Ce bertondu enicifiez , Et å oe Pol coupez le ooL Eq férant. MA^SQWBIGNET, HAPELQPIN. , Passez^(ä;|Ki»sez, maistre Pol| Veoez lire d^ nigromence. HUMEBROUET , 611 férant. Avance-togf » pescbéur , avafice. Va pescber ^nmy c^U^ vigne^ ifEimjMi^':^iN, en If mcMBitnuit ime oorde. Delivre-toy, vecy ta ligne. s. POL I å 5.; Pi^rr^. , wi départir. . , Adieu, saint Pére, dcfula^ pasteur. Des otiailles fiostre^igpeur, , De sainte Église fondementl 8. PIERRE, å S.Pd. Adieu, frére Pol, vray docteur. Noble et certain prédicateur De la vbye de sauvement ! S. POL , passantpar deyant PaiitOle , die ' Suer, prestejmoy ton cuevrechief , 6. :t' 84 L£ MARTVRE Poar bänder les y^ux de mon chief. Ja assez tost le te cendray. PAUTILLE, en ly bäillant. Sire Pol , je le vous baadray , Et fu meillieur å bonne chiére. MASQUEBIGNET. Sanglanle passion te fiére , . Meschante fame! Que fez-tu ? Il n'a pas vaillant i. festu; De quoy te reudrå-il ton drapel? HAPELOPIN. Elle a perdu, c^est sans rapel, Nous devons avoir la drapaille (i). HUnÉBROUET, MENJUMAtlX. II est nostre , vatlle que vallie. ' MAUBUÉ. Pol , or me dictes pié estant Polir quoy vostre Dieu amez tant Que vous souffres pour ly martire ? S. POL. Frére, il ti'est main qut peust escripre , Cuer d'onime ile pöurroit pensser , Oreille oiir, langue parler , (1) Ceei est une alliuion å ccrtakis privUéges dont jouissaient au quinziéiiiesiécle les exécuteurs des hautes-ceuvres. Ainsi, non-seoie- ment le dernier Tétement du condamné appartenait au bourreau de Parb, mais il avait encore plusieursidroits sur les denréés étalées aux hålles et aux marchés. De méme, la tete de tous les pourceaux quUl trouvait vaguants dans les rues et qu'il conduisait a THötel-Dieu , lui appartenait ; cet établissement s*emparait du reste du corps. DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 85 1 . Les grans aises ou ceulz seront Qui Dieu de bon cucr ameront Sur toutes choses sans fiimtise. GASTÉNIN. Par quel point, sire, et en quel guise Y poucrions-nous advenir ? S. POL. Frére, il vousiauU sa loy tenir Se vous voulez teiz biens avoir. BIPPLARS. ' . ' Et qui la noo» iera saToir? . »* | 8. POL, DemaiD å.nx>n tomi^lveprez : .11. saina homes y tron yerez Qui la loy vous enseigneront Et baptesme vous donneront. Sy sei*ez de vos péchiez quites. MASQUPBIGNET. Pol , tu les sers d^ merdes ff ites. Je puisse estre ars en une forge Se je ne te coupe la gorgé Et puis le te iais amender. . S. POL. I Or me lesse les yeulz bender Et ourer aius que me décoles •• • '. MASQUEBIGNET. Délivres-töy, Pol, tu m^afoles. Loi^ S. ?d1 iMnde sm yeulz et dk å gwouB V Agyos, o Ihcös^^agyos ykirros agyös 86 LE MåBTYRG Atbanatos Jhesu Elcyson ymas. HAPELOPIN. Or , regarde de ce primas Comment il deschante et gringote. MASQUEBIGNET. II lit bien et chante sans uote; Sy le vueil faire cardinal. . Cy ly coupe le «ol. UAPELOPIN. Alops-ly querre .i. orinal ; Il pisse trop malement rouge. MASQUBBIGMET. Lessons-le, puiz qu'il ne se bouge* Lon Toisent cradller S. Pierre. AGRIPPE. Pierres , qui vous tenez sy cpy , Or me dites pär vostre foy, Voulez-vous estre ainssy lié Et ainssy droit crucifié Comme vostre Dieu (ut pendu ? S. PIERRE. Prévost, d'estre ainssy droit tendu Comme il fut ne suis-je pas digne. Jhésucristmouruttlroit, en signe QuMl descendit du ciel a terre Pour nous sauver et pour nous querro; Mez moy qui doy aler au ciel Et m'åme rendre å Saint Michicl , Doy mourii* en crois bestournée , \ DE .S. PIERRE ET DE 8. PAUL. 87 ■^■^— ^■^— ^■~" ■ ■ ■ ■ ii^.^» vueilliez m*åme gärder Et tout Testat de sainte Église Que m'aviez piefa commise ! Seigneurs , taites quenque vourrez. UUMEBROUET , MENJUMATIN. Frére Pierre, vou» y mourrez. Cy le cnicefient å rebours. MAAGEL, bourgoys. 1 Pourquoy fait-en mourir saint Pérc -« 88 LE MAETYBE De mort sy dure et sy ainéro Contre justice et équilé? En quoy a-il greve la cité? C 'est grant meschief, c'est grand ibleur Qu'on iait mourir a tel douleur Home de sy trés-sainte vie ! LE SECOND BOURGOYS. II ne puet voir qu'il ne meschio De metre ä niort sy trés-pénible , Sy trés-doulz home et sy paisible, Sy bon , sy saint , sy profitable , Sans nulle cause raisonnable , Contre justicc et contre droit. LE TIERS. Se vous me croiez^ orendroit Tout droit ä remperiére yron ; Luy et son palais destruiron SMl ne rapelle sa sentence. S. PIERRE. Ghiersfréres, iaictes-moy silencen S'å moy av^z nulle amitié Je vous supply que par pitié Vous ne donnez occasion De retarder ma passion. Ma passion sy est victoire : Cest .1. pont pour sqillir en gloirc. Jhésucrist m^atent , roy des roys , A Dieu soiezy ä ly m'en vois. In numtis tuas commendo spiritum meuni et me^ Domine Deus veritaiis. DE 8. PIBEBE ET DB S. PAUL. 89 MARCEL 9 homgOJ». Alas, dolens, alas^chétisi Halas, saini Pérel or estes mört ' • A trés^grant tort et dCaspre mört. ToutmainteoaDt vous despendray; Jä autre congté n'y prendray : Sy vous mectrons en sépuiture. LB SBCOND BOUBGOYS. Halas I sy ä dure aventure! Halas, chélb 1 et que feroo Quaot ce malvaiz tirant Néron A fait inourir le meilleur bomme Qui fust en Tempire de Romme ? Or est orphelin tout le monde. LE TIERS BOURGOYS. Hen » hen , Néron ! Diea te confonde. Le monde chiemment compére La mört qu^as fait trére ä saint Pére ; Mais maugré tien est précieuse. Son åme est és cieub gloriease ; Sy mettroD son corps en sépulcre Qui souef flaire et n^est pas mucre. Lors se metent ateeques S. Pol soubs .1. couTertenr. GASTB«UI. Sces-tu qu'il sera, Maubué? Saches mon courage est mué. Je cuide que nostre créance N'est que ^tosme et décevance, Eft pour ce je la vueil lessier. 90 LE MARTYRE MAUBUé. Vous dites bien, amy trés-cbiei^ Le Dieu saint Pol sy est vray Dieu, N'autre n'est. Sr alons au lieu QuMl nous dist hier, ce bon vous sembLc. RIFFLARS. Alons-y nous .ni. tous ensemble. Le Dieu saint Pol sy est le mien. GASTEIfiN ET MAUBUÉ. Loé soit Dieu, vous dietas bien. Cy voisent au tumbei S. Pol , et lå'soient Titus, Lucas^ en oroison TITUS. Lucas , je voy sergens venir. LUCAS. Cest pour nous prendre et dél)enir ; Fuions-nous^^n ysneile pas. RIFFLARS. Seigneurs , pour Dieu ne fuiez pas. La vostre créance est la nostre : Nous venons cy de par l'apostre Qui nous dist bier se huv venions Ycy que nous trouverions Qui la foy nous enseigneroit Et baptesme nous donberoit. Sy vous plaise a nous baptister. L13GAS. Celui qui tant nous voult prisier Que pour nous tant se desprisa Que mört soustinl, par quoy prisa DE 8. PIERRB ET DB 5. PAUL. 9I ■ ■ ". Home qui estoit déspriåé , Soit loé , chéry et prisé! Nos amis tenez fermement Quil D'e8t qu'un seul Dieu aeuleinent Qui terre et ciel créa et fist; Mais pour ce que bome se defläst Par péchié d^inobédiaoce , Jhésucrist par obédience A Dieu le pére Tacorda Dont par péchié se deacorda. En ce croiant vous voulez estre Ou nom de Dieu, par main de prestra És fons de baptesme ondoiez. LES .III. SBRGBMS. Voire, sire. LUC4S. Et vous le soiez. In nomine Patris y et Filii , et Spiräus ituicti. Eq les aroiisant. Ges .lu. sergeos voisent aveoques Marcel et les boargoys; Tilus et Loeas avecS. Gltaent. » I MÄRGEL 9 bourgoys. Seigneurs bourgoys, trop enduron De cest emperiére Néron. Qncques , plus maise créature Ne fut formée de nalure ; Car son maistre et sa propre mérc A (alt mourii* de mört amére. Le pcuplc ocdst, Romme a gastéc. 9^ t'E M4RTYRE Par ly est Romme difTaihée : II confont droit et équité, En ly est toute iniquité. Vueillone$-y biefitost secourir , Ou il nous fera tous mourir Et bonnifa toute Fempire. LE SEGOllD BOURGOYS. Cest bon conseti et bien dit, sire ; Gar certes soubz le firmament N'a plus mais horns se Diex m'ament. Rendons-Iy selonc sa desserte ; Gar teiz boms perdre n'est pas perte Qui n'est bon ne jeunc ne viex. LE TfERS ROURGOYS. G 'est sy bien dit qu'on ne puet miex ; Mais périllieuse est la demeure. Sy nous alons armer en Teure A^ant qu'il assemble point d^ost. GASTENIN, HA^BUé, BIFPLARS. Vous dictes bien, alons-v tost. •■'■".. Cy voisent hors da chvnp sans plus taire , puis reveignent qua^t Néron sera toé ayecques S. Glément. JHÉsns. Tu Gabriel , et toy Michiel , Levez sus, déscendez du ciel. Alez-moy bonne aleure querre Mes .11. apostres Pol et Pierre Et léiir )k>rtez ces .11. chapiaals Et ces vestemens bons et biauls ; Puis sy les monistrez k Néron. DE S. PIEBRE ET DE S. P4UL. 9^ LES AKGES. Lon preignent .11. dalmatiqaes roages et .n. chapiaut de fleurs, et Totsent chantanl: Extdtei ceium lauäibuSj pnis diem tus apostres: Amis de Dieu, tenez ä joye Que nostre sire vous envoyé. Lors se Uévent les apostres san» parler et vestent les dalnatiques, et metent les chapiaas sor lenrs testes et voisent å Néron et les anges avecques enlz, et S. Pol , en passant , baille ä Pautille son cuevre- cbief sans riens dire. PAUTILLE. Diex ! j'ai veu monseigneur saint Pol Que les timans tindrent pourfol. Lasse, lasse! il ne Testoit mie; Bien a sa promesse acomplie. Il m'a geté desus le cbief, Sain et entier, mon cuevrechief. Foi n'estoit pas y mals fol estoit Qui son Dieu et ly despitott. En sa foy vueil mourir et vivre ; Dieu me vueille escripre en son livre ! S. PIEREE ET S. POL. Néron, nous vivons ä honneur, Mais tu mourras ä déshonneur. Lors s'en voisent avee les anges en paradis. NÉRON. Ha Mahominet! dor-je ou je vueille? Pierre et Pol , dont j'ay grant merveiile , Son venus ä inoy par grant yre. N 96 LE MARTYRE MASQUEBIGNET, MBNJUMATlPi, HIJMBBRODET^ ttAPELOPIN. Sire, nuUy ne s'en descorde. AGRIPPB. Domicien , levez la main. Yous jurez Tempire Rommain Gärder, deffendre et soustenir , Les loys et libertez tenir Que les sages seigneurs ont mises. DOMICIEN y en levant la main. G'y mectray paine en toutes guises. PAULIN, enly baillant. Tcnez la couronne royal Comme seigneur bon et loyal, Tenez le mantel et 1'espée. En vostre empire longue et lée Justice faictes å tout bomme. LES ROMMAINS PAIENS. Vive remperiére de Rommc. s. LUC , ä S. Clément. Sire , vous savez que S. Pierre , Quant il vivoit encore en terre Vous ordena son sucesseur. L^église ne puet sans pasteur , Le pueple å vous du tout s'atent. De par le roy omnipotent Tenez, sans plus grant procés faire. Sus vostre teste ce tbiaire. £n ly baillant la cocuche. Recevez papal dignité DE S. PIERRE ET DE S. PAUL. 97 Et general auctorité Sur tout l'estat de sainte Églisc * Qui de par Dieu vous est commise , Åfin que vous édifiez , Plantez, esrachiez, destruiez, Plantez vertus, esrachiez viccs, Destruiez erreurs et malices, Edéfiez sus la foy temples De sainteté par bons examples Et par saine et vraye doctrinc! S. CLÉMKXT. Sire, la voulenlc divine Soit faictc par tout plaincmcnt ! TITUS, MARCEL ET LES GRESTIENS. Vive, vive pape Clément! L\ FIN DU GEU S. PERE ET S. POL. Qai le gea S. Denis voura continuer avecques cestny, sy die apres ceste clause comment S. Rieule jiarle å S. Denis , et tout ce qiii vicnt apres ; et qiii le geu S. Pére et S. Pol voura cy fincr , sy die ainssy : S. CLÉMENT. Mes chiers amisen Dieu et frércs, Vous savez comment nos sains pércs Mes seigneurs S, Pol et S. Pierre, Vindrent cy nostre salut quorre, Et comment furent desprisiez , Tourmentez et martirisiez , Pour la loy du doulz Jbésucrist , 98 LE MARTYRE Et pour l'Église qu'il aquist Par son »anc digne et précieulx. Or, sont és hauls ciclx glorieulx En léesce perpétuelle, En feste noble et solennellc. Sy ordenons en cestconcile Qu'en face d'eulz feste ä vigile Qui soit dcvotement jeunée, Et la feste soit bien gardée, Enlre personnes crestiennej^ D'euvres serves et terrienncs, Espéciaument de péchié ; Et s'aucun en est entechié Sy s'en purge légiérennent Pour la gärder plus saintemenC. En cessant d'euvres corporcles^ Facent les espirilueles. Viegnent deuennent a réglise Pour oir le divin servisc, Les sermons , les connmandemens , Pour recevoir les sacremens En pais, en amour, en concorde; Des euvres de miscricordc Facent pour Dieu cen qu'il pourront, Afin que quant en corps mourront II soicnt mis en grant honneur A la destre nostre Seigneur. Qui nos dis despiter vourra Sache de voir qu'il encourra Apostolique maléi^on; DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99 Mez tous ceulz aront bénéi(^on Qui nos statuts honnoreront Et ä leur povoir les feront. La quel cbose, par charité., Vous doint la sainte Trinité • Pour l'amour des bénois Apostres. Vous, lats, dictes vos patrenostres , Et vous, elers, qui cstre devez Example de bien, sus, levez; En publiant nos estatus Chantez Te Deum laudamus. 9^ LE MARTYRE Et pour l'Église qu'il aquist Par son sanc digne et précieulx. Or, sont és haulsciclx glorieuk En léesce perpétuelle, En feste noble et solennelte. Sy ordenons en cest conciie Qu'en face d^eulz feste ä vigile Qui soit dévotement jeunée , Et la feste soit bien gardée, Entré personnes crcstiennes D'euvres senes et temenncs , Espéciaument de péchié ; Et s^aucun en est entechié Sy s'en purge légiérement Pour la gärder plus saintemenc. En cessant d^euvres corporeles^ Facent les espiritueles. Viegnent deuement a Téglise Pour oir le divin servisc, Les sermons , les commandemens , Pour recevoir les sacremens En pais, en amour, en concorde; Des euvres de miscricorde Faceut pour Dieu cen qu^il pourrout, ABn que quant en corps mourront II soicnt mis en grant honneur A la destre nostre Seigneur. Qui nos dis despiter vourra Sache de voir qu'il encourra Apostolique nialéi9on; DE S. PIEBRE ET OE S. PAUL. 99 Mez tous ceulz aront bénéi(^on Qui oos statuts honnoreront Et ä leur povoir les feront. La quel chose , par charite ,, Vous doiDt la sainte Trinité Pour l'amour des bénois Apostres. Vous, lats, dictes vos patrenostres , Et Y0US9 elers, qui cstre devez Example de bien, sus, levez; En publiant uos estatus Chantez Te Deum laudamus. LE GEU SAmT DENIS CONTINUE AINSSY. s. RIEULE, åS. Denis. Cbier sire, Jhésucrit vous gart! S. DENIS. Frére, bien vegniez. De quel part? Voulez chose que puisse faire ? S. RIEULE. Mon tres cbier seigneur débonnaire» L'empereur Domicien Sy a bany le Dieu menistre Saint Jeban ly euvangéliste , Dont je suy moult desconforté. Sy me fut dit et raporté Que baptesme aviez receu, Et en l'eure que je le sceu LE HARTYRE DE S. DENIS ET DE SES COMPAGNONS. lOI Je vins ä vous, sire , ä refuge. 5. DENIS. En tel Umpcste , en tel déluge , Doulz Jbésucrist ^ gardez les vostres. Biau frére, et ou son t les apostre^ Mes seigneurs saint Pol et sainl Pierre ? S. RtEULE. On m'a dit, sire, en ccste terre, Que grant temps a qu^å Romme sont. 6. DENIS. Dieux! je voy bien qu'ilz soufreront A Romme leur derrain martire. A eulz m'en voiz, carmoultdésirc Avecques eulz finer ma vie. S. RIEULE. Et je vous tendray compaignic. Lors die S. Denis å PnbliUs le second phiiosophe. • Je entens que nos péres en Dieu, Saint Pére et saint Pol, sont ä Romme. Frére, vous screz en mon lieu, Gar vous me dembiez .i. preudommc. Prenez-vous bien du peuple garde : Le Saint-Esperit vous vueiile aidier Qui vous et eulz ait en sa garde. A Dieu vous dy sans plus plaidier. PUBLIUS. Moult nous venist ä plaisir Que demourissiez avec nous; Mez puisqu^avez sy grant dcsir 103 LE MARTYRE DE S. DENIS D'y aler, ä Dieu soiez-vous! Lors voisent S. DenisetS. Rieule ä Romme. s. DENIS , ä genous, en besant S. Clément en la main. Diex vous croisse honneur, tres saint Pére ! Bicn suis eureus quant ä vous touche. s. CLÉMENT , en levant S. Denis. Bien vegniez , Denis nostre frére ! Venez nous besier en la bouciie. Cy le baise et puis die : Denis, nospéres ont la gloire Des cielx aquise par martire. Graces å Dieu , je voy bien oirc Qu'amené vous a nostre sire. Denis, nous avons grant seinence^ Mez il y a trop pou qui euvre. Grant sen avez et gigant sciencc; Or metez piez et mains en euvrc. Denis, alez-vous-en en France Et menez ceste grant compaignic. £n monstrant ses oonpaignons. Preschiez la foy et la créance; N'i ait celluy qui point se taigne. Denis, ne doubtez ceste enprise, Nostre Seigneur vous aidera : Par vous scra France conquise Et Jhésucrist y regnera. Denis, alez-en liément. De par la Sainte Trinitc ET Dli SES CO.MPAGNONS. Io3 Nostre povoir tout plainemcnt Vous donnons et auctorité. Alez avecques ly, biaus frércs, Cy die å S. Rustique el aus autres -. Et pensaez chascun de bien faire. LES CONPAIGNONS, åS. DéniS. Voleiitiers, tres reverens péres, Quel paine que nous doious traire. S. DENIS. Sire, cest euvre est mouit grevable; Nient iiiains je suis prest d'obéir. Par vous nous sera Diex aidable; Vueillez nous, sire, bénéir. * s. ci^ÉMENT , en levant la main. Ainssy com fu nostre Sauveur Avecques nos péres par grace', Ainssy vous soit ä tous aideur En tout temps et en toute place. In fiomine Patris et Filii^ et S pir i tus Sancti. Amen, Lors voisent en France. $. DENiS, åses conpaignons. De France aprochons , merci Dieu ; Cheminer nous fault en maint lieu Pour preschier la foy crestienne ; Saturnin ira en Guienne, Et en Espaigne Marcelin , Lucicn et frérc Quentin i Io4 LE M ARTYRE DE S. DENIS A Beauvais et ä Amiens. Lå trouveroht foyson pålens ; Et Rieule k Arle demourra : Bien est voir qu'ä Senliz mourra. A Meauizyrez, frére Sentin, Et avecqucs vous frére Antonin. Quant les tirans me feront prendre Venez ä tnoy sans plus altendre ; La maniére de mon martire Diligemment failes escripre Et l^escript portez au Saint Pére. Moy 5 Rustique et frére Eleuthére En yrons taut droit a Paris. Je pry ä Dieu de paradis Qu'il vous veuille en tout bien conduire. SES CONPAIGNONS. Amen^ et ä Dieu soiez, sire! Cy 86 départent et voisent oi!i ilz vourront. COMMENT S. DENK VIENT A PARIS. Dieu , Pére et fiiz et Sains Espéris y Gart les habitans de Parisl Bien fut raison et équité Quc sy bonne et bclle cité ET DE «ES GOMPAGffONS. loS Fust du tout ä celluy sacrée Qui sy noblement Pa créé : Cest Jhésucrist , le roy des roys. LE PREMIER PARISIEN. Quel roy? de la féve ou du pois? S. DENIS. Le roy pour voir, de qui le régne N'ara jä fin , qui sur tout régne , Vray homme, vray Diex et seul Diex. LE PREMIER. Esgar 5 nous crevera-il lex yeulz ? Ou sontnos Diex? ne sont-ilz riens? S. DENIS. Yos Diex ne sont Diex plus que chiens. II n'est Dieu, sachiez, fors le nostre. LE SECOND PARISIEN. Beau maistre, ce Dieu qui est vostre Est-il ore nouvel ou vieulx? S. DENIS. Amy , hostre Dieu est vray Diex Et vray horns, et vielx et nouvel. LE SECOND. Nouvel est donc^t non nouvel ? Cest pure contradiction. S. DENIS. Vraiement et sans fiction , Nouvel est- il et non nouvel. LE SEGOND. Cest doncques Hart et fauvel Qui vont ensemble a la charuc. lo6 LE MARTYRE DB S. DRNIS LE TIERS. Non pas , mez quant il va la rue Il a de vielx dräp robe neuve; Et par cela ce vieiUart preuve Qu'il est nouvel et ancien. LE PREMIER. Il est donc maez logicien. S'en$uit-il que .i« jeune poulain Soit vielx et jeune , se demain On ly baille une vieille bride ? Nennil voir j et pour ce je cuide Qu'il s'est alé baignier souvent En la fontaine de Jouvent. Ainssy c'est le vieillart pelé , Rajony et renouvelé. Qu'en dites-vous, sire Lisbie? LISBIE, le plus noble boargois. Toute vostre sophisterie Sy ne fait nulle chose au fait. Maistre Denis, c'est trop maufait De dire ä Paris telz mensonges. Je ne sfay s'en Gréce telz songes Vont songent les Athéniens. S. OENIS. Entendez-moy, Parisiens; Vérité diray sans songier Ne jå n'y seray mensongier. Nostre Dieu est vielx sans viellcscc Et sy est jeune sans jeunesce, Commencement et (inement, ET DE SES COMPAGNONS. I07 Sans fin et sans commenoeinent , Etcréateur et créature; Gar il n'est que .i. Dieu par nature, Pére et filz et Saint-Espérit ; Maispour ce que homme s'y périt, Dieu le filz vray home devint, Nasquit de vierge et mört soustint , Et au tiers jour resuscita, Vray Dieu, vray home és cielz monta. Ycelluy est Dieu et non autre. Vos ymages qui sont de peautre , Debois^ oud^argent, ou de pierre, N'ont pouvoir n'en ciel ne en terre. Il ont yeulz et ne voient goute, Ne se bougeut s^en ne lez boute , Gärder deussent et gardez sont : Vous ies faictes, pas ne vous font. Nostre Dieu fist tout et tout garde; De luy n'est nul faiseur ne garde. Voirs est quant print nostre nature Cil qui tout fist devint faicture Et fut ensemble et home et Diex , Nouvel, non nouvel , joenne et vielx , Perpétucl et lemporcl, Corporel et incorporel. LISBIE. Et mortel qui mourir ne puet. Dictes-moy, sire, et qui le muet, Qu'il est tout seul et scul vout estre? l.t. 1A Kt^^^^"" t*e i>st»^* « t*»**- A' e»tt« «:ew dte •att* QoiV«» iS«*' eut»*» dve ' \us cVer 6U' quo^ 1 l>e rt»uev ovg*- ^ p^^ts teoei -v»»» -»C» co:i • f rfcf« ' est ^"^e** °*^'^ T)\W!»' 3» lout 8éuV^> et» ,X«cW«^'lat.eot Qtt ,oet > V pai sON ET DE SE3 GOMPAGNONS. 109 £t qui de soy trestout a thit Et ä soy trestout ordené. LISBIE. Puis qu'ä ce point m'avez mené Qu'il n'e$t Dieu fors ie Dieu des cielx , Dont viennent doncques tant de Dieux Comme en aoure par le monde? S. DENIS. La question , frére , est proiönde ; Et tröp de temps avöir fauroit Qui a point soudre la vourroit; .Mez h present je vous dy bien Que quant pur home qui n'a rien , Fors de Dieu sa volenté france , Ne soubzmet toute a l'ordenancQ Et a la volenté divine, N'est merveille se mal chemine ; Car Dieu sa grace ly soustrait. Et Fanemy ä soy le trait Qui le de^oit en inainte guise , Et ä mal faire adez 1'atise. Ainssy fait Tun apostatcr Et ly autres ydolåtrer, Instituer mahommeries, Selonc diversses fantasies , Dont ly uns aourent ligures De pécheresses créatures, Lez autres bestes ou serpens , Et lez autres les i^lémens, Les autres faintes vanitez lO i \» ItKft ,-tH«* tJR t*»^* itl\q»' iW» ;tt»i X\s \oo* cow traJgo' et 9°' Et eose^g»' ASB* il«^ ant? Aéaeoce ^ö »\t <06 tro? dTOl» fiaJson ,ot<\«' ON tft ^etV°"7 ;.6U, A.?« feve! tic\c ^^' ^;'\e cuev ot^ \\\\cus- K q»»' ^*' 'te c«tVe««^^ ^„^«dve »«t\«^<^^ -««et»e ti kSSftÄ®*' CaT äWke ^ottdve uoeV° ,^te EMS Pour vostre loy , sire , honnourer Ceste fois encore m^aidiez. FESGENNIN. Que faites-YOus lä? vous plaicliez? HAPELOPIN. Ccst ce fol qui chante et déchantc , Qui cez bestes sy fort enchante QuHI n^ont cure de sa charoigne. FESCBNNIN. Vecy bien sanglante besoigne : Comment a-il sy fort enchantées Ges bestes toutes afiamées? Mahon ly doint male meschance ! II euvre d'ar8 de nigromance; Mais, par mon chief, rien n'y vauront, Ou sens et povoir me fauront : Jetez-le en .i. four bien chault; Et s'il sue y ne vous en chault, Gardez suz Pueil qui ne refroide. HUBIEBROUET. S'il avoit toute l'yaue iroide Qui passé au pont de Charenton , Sy n'a-il gorgeron ne men ton Qui jamais boive yaue ne vin. BfBNJUMATIN. Passé avant, passé, dan devin; Va enchanter celle fournaise. S. DBNIS. Doulz Diex, qui en joye et en aise, Les enfans qu^en nomme Ananie ET 0£ SES COMPAGNOiNS. l33 £t Misaél et A^rie , Gardbstes en fresche couleur, En la fournaisé, et sans douleur, Vueilliez que point Tardeur ne sente De ce tbur chault qui représente L*orreur d'enfer aucunement^ ''. Ou ly mauvaiz homblenfient Sot) t enclos en ardant pueur , En puante ardeur sans lueur. Sire Diex , soiez de moy garde ! Lors entré on four en soy seignant. MASQVEBIGNET. Denis, garde que ton cul n'arde. Pnis die en estoupant le four. Es-tu lä, Denis ? or t'y tion. HAPELOPIN. Lesse-Ie, lesse, il est trop bion. FESCENNIN. Que fait Denis? HUMEBROUET. Sire, ilestuve. Faites aportcr une cuve , Sy le Ferons un pou baignier. FESCENNIN. Nous le ferons avant saignier. Regardez qu'il fait lå dedens. MENJUMATIN. Chier sire, on mc traie les dens S'il n'est en ce four embely. l34 l^B M ARTYRE DE S. DENIS FESGENNIN. Ha, Jupiter I qu'est-<:e de ly ? Que puet-ce estre? ho! je m'avise : Il conyient qu'il muire en la guise Que son Dieu mourut , ce sachiez. Pour ce hors d^ilec le sachiez Et en crois le cruceBez , Et fort et ferme le liez , Autrement n'en vanrons ä chtef. LE8 SERGENS. Il le sera de pié en chief. MASQUEBIGNET. Is hors, is hors, sanglant vilain! Ton cuir sera mis en pelain Pour mielx jouer de Pentreipeite. S. DBNIS. La volenté de Dieu soit faite. ' FBSCENMN. Crucelicz-moy ce liépart. HAPELOPIN. Or y ait le grand dyable part Ne moulra meshuit dan Denis. HtlKEBROUET. Par Jupiter, c'est .1. fénis; Quant il est tué il revit. BIENJUMATIN. Or ly coupons doncques le v** : Sy ne pourra jamais revivre. MASQUEBIGNET. Je vous prie qu'en s'cn délivre , ET Dfi SES COMPAGNOXS. I 35 J'ay tel taiu aus dens que j^cnrage. HAPBLOPm. Or 9^, pendons cel onrs sauvage ; De trez mal en soit-il renté ! LES AUTBES. ArMUy et toul son paren té ! Cy le cruoeOenty et quant il le aera ty die Humebrouet : Que voii« semble de cet apostre ? MRHJUIIATIM. Il reoorde sa patrenostre Pour célébrer la messe au oous. MASQUEBIGNST, en féraat G'y offerré plain poiog de cou? ; Sy seray de la confrarie. S. DB1I18. Doulz Jhésucrist qui en Marie Preinstes corps humain sans péchié ; Qui ä la crois (ut atachié, Par quoy d'enrer nous rachetastes Et gr&ce et gloire nous donnastes, Donc la crois dévons chier tenir, Pour la crois tous maulz soustenir ; Gar, qui pour la crois sucfire peine > £s cielx ara léece plaine. En crois suis mis^ et pour la crois, Sy vous pry qu'encor ceste foys Ne me vueilliez, sire, faillir. HAPELOPIN. Fuiez, ftiiez , il veult saillir^ - »' l36 LE M ART YRE DE S. DENIS FESGENMIN. Cel entrejeteur nous fait pestre. Par mez Diex! il est meiiiieur maistre Que ne fut son crucefetart : Dyables ly ont aprins cest art. Avant, ostez4e de la crois Et le me remetez tous trois En chartre obcure, léde et orde. HUMEBROUET, en le despendant. Or 9J1, vieillart de male corde, Puissiez-vous huy estre estranglé ! Esgar comme il est enjanglé : Tous jours parle de son croysy. MENJUMATIN. Car il seroit tantost moysy S'il ne Tesvantoit bien souvent. MASQUEBIGNET. Qä, Denis, vien k ton couvent Qui t^atent pour avoir pitence. HAPBLOPIN. Frapent soy dez poing en la pance : Leur abbé a tout despendu. S. DBNis , en descendant. Doulz Jbésus qui fus despendu De la crois et mis ou sépulcre , Sire , qui es plus doulz que sucre, Ton saint nom soit glorefié. • LBS SEBGENS. Oiez, il nous a deffié ; Prévost, donncz-nous sauve-garde, ET DE SBS COMPAGNONS. l3'J FESCENniN. Metez Ten sauf qu'il ne vous arde. Quant fl MM deftpendu sy le raeiiieiit en priMm. HTIMEBROUET. Passez avant en pute estraine ; Alez dancier k la poleine En celle orde prison puante. S. DENfS. Diex est iumiére eniuminante Qui thénébres mue en iueur, En douice ondeur , orde pueur , Pieurs en ris , labeur en repos. MENJUMATIN. Tien cy, jauliier, met en dépos Dan Denis et ses compaignons. LE JA13LLIER. En vous pende par iez chaignons ; Les ramenez-vous en prison ? MASQUEBIGNET. Ilz seront léens en garnison; Fay bonne chiére et ne t'en cbaille. LE JAULLIER. J'eusse pluschier plain sac de paille, Foy que doy Cerberon mon Dieu. HAPBLOPIN. Escoule, mez-Iez en.tél lieu QuMlz te paient ou tite ou mite (i). LE JAULLIER. Ain^ois les metray en soubite. — — — — — ^— ^— • ■ — ■■ t ■ " • •* — ' ' (i) Moimaies de Flandre. 1 38 LE MARTYRE DB 8. DBNIS £n lez meCant 6a prison. Par mon chief , or 9a entrez cy. Dyables y ail part; il ODt jk vecy. Leur venuc me doit bien plaire. UAPELOPIN. Pren ä bon gré , c'est ton salaire. 9r En la chartre soieat fertement pouc preatre, ponr dyaere et soodiacre, aatd et calice et du pain; et Lärde soit bien préa. s. DBNIS, en la chartre. Vous savez bien , mez trez chiers fréres , Comment és maulz et és miséres Qu'ayon8 sonfTertes ponr vérité Dieu par sa grant bénignité Nous a gardez et soupportez , Et soustenuz et confortez. Or est teonps que ce monde lesse; Sy vueil célébrer une messe Pour Dieu de ses biens mercier , Pour vous et moy comoiunicr ; Moultpius saintement en serons. EUSTIQUB ET BLEUTHBRE. Commenciez , nous vous aiderons. Gy 86 rerestent. JHÉSUS. Alons véoir nostre amy De«is Qui assez tost sera fenis. II est mon cbtvalicr loyal ; Sy ly vueil &ire honneur royal . De ma main racommicheray ; BT DE SES COMI'AG1!fONS. f 39 Comme apostre fessauceray : De ce monde Testuet partir Noble cfocteur et vray martir , Pour ce honneur et roial couroune En ciel et en terre ly donne Et félicité pardurable. S. MIGHtBL. Diex tout puissans et véritable. Il est digne de tout honneur , Car vassaament, sanz déshonneur Vous a honnouré et ser vy. * S. GABRIEL. Sire Diex , ii a deservy Repos, soulas, gloire et léesce; Car mouls douleurs, hon te et tristece A pour Yostre amöur soustenues. ^ S. RAPRAEL. Volentiers descendrons des nues , Doulz Diex , et le visiteron , Et solennement chanteron. Lon foiae Jhésos et ses anges en chantant : Sanlomm menUs,^.^ et qnant ilz seront venm, praigne Jhésos Toiste sosraatel et dic : JHÉsus, en iy baillant Toiste. Denis, paix soit avecques toy ! Re9oif le propre corps de moy Dont tu as fait le sacrement. Persévérc constantement , Bientost verras la Trinité Faoe k fäce en félicité , Et tout quant que tu requerras l40 LE MARTTRE DE S. DENIS .^ Legiércment enpetreras. Lores^enretournent sans plus dire. s. DENIS, ågenous. Doulz Jhésucrist , vray Dieu bénigne , Monstré in^as de grant amour signe En ccste visitacion. La noble récréacion Que m'åme a , ne saroie-je dire : Loenge, honneur et gloire, sire, Soit ä ton nom signe fine. S. RUSTIQUE ET S. ELEUTHÉRE. Amen! Diex y bien siemmes disne, Quant vous a pleu qu'ä veue ciére Åvons veu sy noble mistére, Vostre puissance soit benoiste. LARCIE. Ha lasse! or suis-je bien maloiste. Et enragie et forsenée , Et de male heure fu-je née , Se celuy n'a de moy mercy Oui s'a Youlu démonstrer ev A moy sy merveillieusement, Qui i'ay lonc temps sy faussement Eu en contempt et en despit; Perdue fusse sans respit S'il ne fust doulz et pacient; Mais.je voy bien ä escient, Qu'il ne veult pas que tantost muire Le péchieur, ain^ois il désire ET DB SES COMP4GNONS. l4l De tous poins sa convercion Pour ly donner salvacion . Or Yueille Dieu que je m^amende Et que jamais plus ne TofTende. En ly mes toute m'espéraiice , M'amour ly donne et ma créance. Il est mon Dieu et mon seigneur : A ly soit et gloire et hohneur. FESGENnm. Amenez-moy cez garncmens : Il est temps qu'ilz perdent la vie. HUMEBROLET. Sire, ilz tiennent leur pai jemens; Chascun d'eulz sy advocacie. MENJUMATIN. Mais ont leve une establie Pour refaire leur vestemens. ^ MASQUEBIGNET. Foy que doy bonne conpaignie Ain^ois euvrent d'enchantemens. • • HAPELOPIN. Avant, yssiez hors, truendaitle, Le commissaire vous demande. s. DENis ET SES GOMPAIGNOMS, en ystaat. Liez et joieus irons sans faiUe; Ne demandons autre viande. FESGENNIN. Or 9a, ne me faictes plus livré : Eslisiez ou mourir ou vivre. Aourez nos Diex , vivre pourrcz , l43 LE MARTYRB DB S. DBNIS Se non mauvaisement mourrez Pis encore que vos meschans Donc les charoigoes sont éz chans, Que vous avez sy perverris Qu'il n'ontpeu estre conrertis. Alez lez véoir et vous mirez , Et véiez se vous eslirez Mourir avec eulz mescbaument Ou vivre avec nous puissaument. S. DENIS. Tirant, tous jours vivre eslisons; Car ceulz tous jours vivre disons Qui par mört ou paine passable Åcquiérent vie pennanable , Comme ont &it cez sains preudez bommes Que tu , mescbant, mescbans sornommes ; Maiz ceulz disons tous jours mourir Qui tous jours sans mört encourir Paine de mört endureront, Comment ceulz et celles feront Qui aourent sez faulz ydoics ; Pour ce entré nous déicoles Aourons celuy qui tout fist, Cest nostre Sauveur Jbésucrist Qui nous donnera sans fin vivre : En ce disant ne suis pas yvre. FBSCENNIN. Yvre par fby doncques es-tu , Tout enragié et fol testu. ET DE HES COMPAGNON8. 1 43 Eq parlant aus conpaignons S. Denis. Et vouSy dictes ce qu'il vous semble. S. DENIS ET SEZ CONPAIGNONS. De cuer, de bouche cL d'euvre ensemble, Nous troiz , la sainte Trinité Confessons une déité. FESCENNIN. Ceste responsse est conclusive : Sentence arez diffinitive. Humebrouet, Menjumatin, Masquebignet, Hapelopin , Coupez-Ieur lez cols ä coDgnies Rebouchiez et maulz fourbies Pour avoir plus engoisse et poine; Mez ä la coustume romaine Les me batez premiérement De vergez tous nulz durement, Et nous et noz Diex en vengiez. HUMEBROUET. Sire, de mau soit mengiez Qui s'en feindra. Amen, ameii ! LES AUTRES. Amen , amen , amen , en hen ! HUMEBROUET. Vilain , despoulle ton cbasubte Qui ta grant renardie atuble; Il te fault un pou espoullicr. s. DElfls, en soy despcmllaiit. II me plaist bien h despoullier ; Gar quant ia char est pour Dieu nue 1 44 ^^ M\RTYRE DB S. DENIS -i_ Lors est Tame de Dieu vestue; Lors esl-elle cointe et parée. MENJUMATIN. Rustique, songez-tu porée? Oste-moy tost ta dalmatique. MASQUEBiGNET, å Éleuthére. Et toy, despoulle ta tunique, Nous Yous ja [bien] troterons. s. RUSTIQUE ET ÉLEUTHÉRE, en soy despoallant. Volentiers nous despoulierons : Diex est pour nous, tourmentez fort. HAPELOPIN. Denis anieine son efTort ; Rengiez-vous, il se veult conbatre. HUMEBROUET. Åu férir verrons et au batre Lequei ara mengié le lärt. Lors die ä S. Denis. Dy-moy, tendis, faulx papelart, Est ceste prune dure ou mole? MENJUMATIN , å Rustique. Vécy véez, dan chie en escole Qui scet trop bien gens escorchier , Je vueil son cul breneus torchier £n férant. Åvec se poisson de fiondis. MLASQUEBIGNET, åÉleuthére. Cetuy n'a ne bons iais ne bons dis, Je le voy trop bien ä sa coefe : BT DE SES COMPAGVONS. 1 45 Sa teste en sera trop plus cointe. HAPELOPIN. Denis, revez ta couste pointe, A 8ez conpaignons. Et ¥Ous aussy heraudies. II est temps que perdez lez vies. Vous ferez tantost (in d^oison. S. DENIS. Lesse-moy före une oraison , El puis fay ce que tu vourras. LES SERGENS. Or fay du pis que tu pourras. Cy se rerestent. JHÉSUS. Mez anges, en France volez. Quant Denis sera décolez Le corps conduisiez h Létrée ; (LéCrée est .i. liea å S. Denis, eo France.) Car je vueil qu'en celle contrée Le peuple le voise honnourer. .11. ANGES. Nous alons , sans plus demourer. Lon sans dianter voisent et atendent que S. Denis soit déeolé. Quant S. Denis sera revestu , sy die ä genous. Doulz Jhésucrist qui m'as fourmé, Qui par grace m'as refourmé Qui estoie tout deformé , Qui en ti loy m'as enformé, I. lO l46 le m\rtyre de s. dems Qui m'a8 tousjours réconforté , Qui m'as en tous maulx suporté , Qui m'as, par ta bénignité , Donné don de grant dignitc, Qui m'as ton corps amenistré, Et en ton livré enregistré; Sire , quant de ce monde ystre Re^ois m'åme par ta bonté , Qui par ta grace a sourmonté Péchié, par bonne volentc, Avec inez fréres que tanté A Tanemy et tourmenté Par sez menistres et par soy , Pour toy , pour ton nom , pour ta loy , Et garde et tien en ferme foy Ceulz que tu as aquis par moy. Honneur et gloire soit a toy! Per secula secutorum. HUMEBROUET , en levant la cogni^e. Or avant , maistre Aliborum ; Tendez le col , bessiez la teste. MENJUMATIN. Tien-te coy ; vecy songe-feste Que je vueil avant délivrer. Lon ooiipe ie col å S. Riutique. M ASQUEBIGNET , en coupant le col å S. Éleuthére. Et je vuell celuy enyvrer Qui est sy jolis et sy baus. HAPELOPIN, énmonstrant S. Denis. Et vecy le roy des ribaus ET DE SES COMPAGNONS. 1 47 Å quy il Fault rouge couronne. HUMEBROUET , en ly coupant le col. Tien cy, Denis; je la te donne. Lors S. Denis prengne sa teste entré sez manis, et lez anges le mei- nent un pou avant en chantant : Gloria tibi Domine , pois le met- tentsous .i. coaverteur et s^en revoisent. LARGIE , fame Lisbie, aos sergens. Maiivais tirans^ mauvais paiens, Pour quoy tuez les crestiens Qui ont bonne ioy vraie et saine ? Mais la vostre est mauvaise et vaine , FaussC) desloyal ^t dampnable. HUMEBROUET. Est-ce bien euvre de dyable? Dame, sanglante makerele, Par vostre sanglante querele Fut vostre mary décolé. Or vous ont dyabics flajolc Et tant fait la tournebouele , Que vous preschicz la Ioy nouvele D'un crucefix , d'un advolé : Je soye occis ou afTolé Se je ne t'espan la cervele ! Lors ly coupe le col en disant : Tien, avale ceste pynele! Ainssy feis-tu &ire a Lisbie ; MEMJUMATIN. Regardez , quel enchanterie i Denis s'en fuit parmy ces champs, 9 lO. l48 LE MARTYRB DE S. DENIS Et ot-en et chans et descbans Avecques ly sans åme véoir. MASQUEBIGNET , comme esbihi . Il me fauit ou fuir oil séoir ; Car lez chans et lez braieries Que j'ay environ ly oies M'e8poventent et desconfortent. HAPELOPIN. Fuions-nous-en , dyables Temportent Tout droit ä la foire au lendit. MASQUEBIGNET. Ålons-nous-en , c'est trop bien dit. Lore 8'en ftiient å Fescennin et dient : Sire> vous estes börs de paine. FBSGENMIN. Ålez, sy les jetez en Saine, Afin que sez folz crestiens, Ces apostates , cez rufiens Qui nos Diex von t contrariant , Ne lez Yoisent saintefiant : Gardez que plus parler n'en oye. LES SBRGENS. Ilz buront , ja quérez qui poie. lM% Toiient et patsent par devant Gatulle , une boargoyse. CATULLE j howrgqyse. Seigneurs , ou alez sy grant erre? HUMEBROUET. Daone , nous alons cez folz querre Qui sont décolez ä Montmartre. ET DE SES COMPAGNOKS. 1 49 CATIJLLE. Or venez , mengiez de une tarte Que je yiens trestout droit de cuji^e. LES SERGENS. Dame , Mahommet le vous mire ! CATULLE. Or (^ , séez-vous , vez cy bon pain , Vin de Beaune et de Saint-Poursaio, Et sy arez la tarte entiére. Mengiez et faites bonne cbiére. Je voiz pensser de la mesgnie. LEZ SERGENS , en 8oy asséant å la tahle. Dame , alez; Mahon vous conduie! Lors YoUe å sez varlez et ilz se assiéent å mengier. nUMEBROUET. (^å, donne-moy de ce mouton. MENJUMATIN. Mouton ? c'est tarte ; tien , glouton, Boute en ta pance; mal feu Tärde ! UUMEBROUET, enmeiigent. II me fausist de la moustarde. MENJUMATIN. Moustarde ä tarte ; tu es y vre ? Tu pensses trop bien de ton vivrc , Je vueil pensser aussy du mien. MASQUEBIGNET. Foy que je doy Hustin mon cbien , Vous monstrez bien qu'el n'est pas arso Bailliez-moy ca et croste et farce : •■ j l50 LE MARTYRE DE S. DENIS Je Yueil .1. pou fourrer ma pance. HAPELOPUI. Å qu^l pié déa va oelle dance ? Seroy-je mis en oubliete? HUMBBROUBT. Mahommet en mal an te mete ! Fauit-il qu'en te quiere nourice? HAPELOPIN. Mais es-tu bien et glout et nice Qui menjus tarte sans m'entendre? MENJUMATIN. Escoute 9 el est choiste en la cendre : N'en pren point se je ne t'en prie. HAPELOPIN. Est-el de fourmage de Brie? En prenant. Monstre^ j'aroy tantost vise. MASQDEBIGNET. Esgardez , il c'est ravisé. HAPELOPIN. Que deable est-ce cy? c'est tout sel. Je suis mört au premier morsel Se je ne bois, c'est ma coustume. HUMEBROCET, en ly baillant plain godet de Tin. Tu buras .i. estront; tien, hume. HAPELOPIN. Je humeray le mielx du monde. Vecy vez comment a Vau-profonde l^% nonnains boivent en couvent. Cy hohc. ET DE SES COMPAGNONS. l5l HUMEBROLET. Je croy que tu y vas souvent; Tu as trop bien retenu Tordrc. MENJUMATIN. Tu sces trop bien humer el morcire. Met 9a se godet, sy bcray. UAPELOPIN. Or tien, ten t et je verseray. Lors mete du vin au godet. MENJUMATIM. Je vucil Iremper inaconscicnco. Cy boive. MASQUEBIGNET. Tu es maistre en celle science. Je croy que tu viens de Rouen. MENJUM ATIN , en ly donnant ä boire. Vendenges sunt belles ouen : Tent et boy d'autant et d'autel. MBSQUEBIGNET. Preste-moy .1. buletel Pour le couler par my ma gorge. MENJUMATIN. N'as-tu pas veu comnnent jc lorgc? Fay aussy, tu ne pues faillir. MASQUEBIGNET. En Teurc le verras saillir Par mau pertuis en 1'orde granche. Boive. MENJUMATIN. L'as-tu boulc dedcns ta manche ? l53 LE M ARTYRE DE S. DENIS Que dyables est-il devenu ? Tu n'as mestier de sel menu Pour aguisier ton appétit; Je vueil boire ou grant ou petit. A-il rieus, dy? Monstre-moy celle pinte. En tendant le godet. MESQUEBIGNET. Tu entreras en fiévre quinte Se tu bois, ou seras éthique. MENJUMATIN. Esgar, me lis-tu de phisique ? Met cy, met, tu me veulz tromper. MASQUEBIGNET. Oncques mais je ne vy ton per ; Tien, sy boy male palesin. En ly venant. MBMJUMATIN. Je buray ce jus de roysin; Tu buras se tu veulz ton offire. Boive. MASQUEBIGNET. Tire, tire, met en ton coffre. IfENJUMATIN. Voy cy bon vin sans mais remors : ' Or sus alons noier ces mors ; Sy les mengeront Icz goujons. HUMEBR013ET. Trout, au gibet ne nous boujoqs, BT DE SES GOMPAGNONS. 1 53 Les loups en venron t bien å chief. MENJUMATIN. J'auray la goute crampe ou chief Se je ne dors trcstout mon saoul. MASQUEBIGNET. Foy que je doy mon gris chat Raoul , Et je Yueil dormir ä mon aise. HAPELOPIN. Attendre fault nostre bourgoise Pour la mercier, c'est raison. HUMEBROUET. Cest bien dit; or nous reposon. C y 86 aooubtent sar la table comme se ilz dormiflsent. CATDLLE , å sez varlez. Varlez, je vous pri chiérement Que vous alez secrétement Enterrer ces .11. bons corps sains En ung de mes champs bien loingtains , Et gardez que Dave ne vous voye. LE PREMIER VARLET. Dame, se Joves me doint joye Nous le feron trés-volentiers. GATULLE. Alez-moy doncques les sentiers Et iaissiez iez chemins royauiz. LB SEGOND VARLET. Dame ^ voz sers bons et loyaulz Sommes tousjours , vous le savez. En .1. des chåmps que dit avez I 54 l^E MARTYRE DE S. DENIS Les vous logcroDs en ixiu lieu. CATDLLE. Alez ; k Mercure mon Dieu , Se Dieu est, se non, je supplie Cy voise å genous. Au Dieu qui m'a donné la vie Que se nos Diex ne aont pas Diex , Et seul Dieu est le Dieu des ciex , Pour que ces .iii. bonnes personnes Ont eu tranchiées leurs couronnes , Par sa pitié , par sa puissance , D'erreur et de fole créance II vueille m'åme délivrer, Et embraser et enyvrer De son amour et de sa grace Gy s*en retoume tantost aus sergeiis. LES VARLES CATULLE. Amen , Dame, et aussy nous face. Cy portent S. Rustique et S. Éleuthére en brouette ou civiére apres S. Denis. Retoumée , die CatuUe aus sergens. Comment da , mes bons chanpions ? HUMERROUET. Dame, nous vous attendions Pour vous mercier de vos biens. MENJUMATIN. Ne nous espargniez, Dame, en riens; Pour vous sommesappareilliez. MASQUEBt^NET. Ja ne serons sy traveilliez BT DE SES COMPAGNOiNS. 1 55 -t- Qu^ä vous ne solons tost et tärt. HAPELOPIN. Dame, le Dieu de Mont Fétart Vous gart les reins et le talon ! Yoysent ou ilz voulront. CATULLE. Et il vous meint au grant galon. LE PREMIER VARLET. Fouons cy, sy lez enterron , Et mettonssur eulz .i. perron Afin que on sache \h ou ilz son t. LE SECOND VARLET. Tu diz bien ; fouons en perfont. Cy facent semblant de fouir et les cuevrent d*uii dräp. LE PREMIER VARLET. Compains, alon-m^cn; il sont bien. II ne sera ne lou ne chien, Qui mal leur face de sepmainne. LE SECOND VARLET. Trop duy esbahy de la painne, Des maulz , des douleurs et des pertes Qu'en corps et en biens ont souffértes A cuer joyeux et esveillé. LE PREMIER. Encor suy-je plus merveillé De ce bon preudomme Denys , Que quant il fu mört et fénis II prist entré ses mains sa teste Et 1'apporta cy ä grant feste 1 56 LE MARTYRE DE S. DENIS Que les engeiz du ciel Ihisuieiit, Qui Ic preudomme conduisoient, Qui ä grant lumiére et doulz chans L'admenérent ycy aus champs, Pourquoy je cuide quMl soit saint. LE SECOND VARLET. De bouche et de cuer vray|, non faint , Doit e^tre loez celly sire, Qui apres tourment et martire , Apres angoisse et desconfort , Donne repos, joye et confort. A luy me rens, en luy je croy, Vivre et mourir vueil en sa fov. II est temps de nous retourner. LE PREMIER VARLET. Alon-m'en sans plus séjourner. Cy voisent å CatuUe. LE SEGOND VARLET. Vostre vouloir , dame , avons feit. CAT13LLE. Paixl il soufBst ; c'est ung bon tait : Loez en soit Dieu et sa mére! Gy 86 assient ou il s^ewroysent. S. SENGTIN. Vous savez, Anthonin , cher frére, Que Saint Denis , nostre cher pére , Nous encharja, vivant, qu'escripre La maniére de son martire Diligemment nous voulsissions, ET DE SES COMPAGNONS. I 5"] Et au pape le portissions. Diligemfaient l'avons descript : Portons au pape nostre escript Et nous mettons tost au chcmin. ANTHONIN. Vous dictes bien, frére Senctin . Alons- en , de par nostre sire, Qui par tout nous vueille conduire. Gy voisent un pou avant. s. SENCTIN , å un hostellier. Seigny, Diou vous dont bona vite. l'ostellier. Bien syas vingut , fraire hermite. S. SENCTIN. Seigny, vouras nous hébergier? l'ostellier. Fraire, pour famour dan denier, Par uion cap , vous herbergueray , Et sy vous admenistreray Tout aquo que votz commendar. S. SENCTIN. Chambre vous voulons demandar Pour nostre recréacion. l'ostellier. Cy aurés habitacion. En monstrant lit et table. Le lit et prest, la table et mise ; Pain et vin aurcz ä devise , Char et poisson , ceufs et fourmage , 1 58 LE MARTYRE DE S. DENIS Tripes, flaounez ^ fruis , gras potaige ; N'ayez soing quc de bien pågar. S. SENCTIN. Ne vous en laut point esmaiar : Nous avons bonne bourse aussy. En prenant sa iiiain. Bon hoste , bon touchar , amy. l'ostellier , en Ii frapant sur Tespaule. Fraire , je vous tendray lout alse. S. ANTHONIN, en se couchant sur le lit. Helas! je suys trop en malaise. Je n'cn puis plus, Senctin, biau fraire. S. SENCTIN. Frére Anthoniu , Dieu qui est pére De toute consolacion, De ceste tribulacion Vous doint confort et alléjance ! 8. ANTHONIN. Amen ; mais, pour Dieu , rordenance . De saint Denys adcomplissiez. Se Dieu vuelt que viegne sur piez Je vous suivray quant je pourray. Se je ne puis, cy demourray; Céans orrez de moy parler. S. SENCTIN. Je m'en vueil donc, beau frére, aler, Puis qu'il vous plaist , tout droit ä Rommc. Gy die å Tostellier : Seigny , vous me semblés preudomme : ET DE SES COMPAGNONS. 1 69 Mon frére et en grief maladie, Laissier me le faut ; sy vous prie Que Ii vueilliez baillier et faire Ce qui lui sera nécessaire : Voy cy du linge en ce paquct. En ly monstrant. D'or et dvärgen t en un saquct Qui est cy dedens a grant masse. Se Diex ordeine qu'il trespasse, Si l'enterrez en révérance, Et s'il vient en convalesccnce , Premier, loyaument vous paiez Et le demourant luy bailliez Entiérement et loyalment. l'ostellier. Par queste arme ! diligemment Feray faire ce que digas. S. SENCTIN. > Fbrés , Seigny ? l'ostellier. Hot n^en doubtas. S. SENCTIN. A Dieu soyez ! L^OSTELLIER. Adiou syas ! Cy totee un pou avant S. Senctin , et puis se assiée å terre , et Tos- teilier emnre le paquet et preigne un saichet plain de caillouz et le monstre aus gens en disant : Ventre bcu, ont tirelopins De florinaz tant grans lopins! l6o LE M ARTYRE DE S. DENIS Par questa gorge ! aquel hardel Ne verra jamais son fardel , Et face du puis qu'il poura , En aquel quignet demourra. Gy le mette å part et puis die au målade : Fraire, digas, comment le faiz ? S. ANTHON (N , les maiiis joiutes. Tous mes péchiez , tous mes mefTaiz Me vueilliez, vray Dieu , pardonner , Vostre grace et gloire donner, Par les priéres précieuses Et les méritcs glorieuses De saint Denys vostre martir ! De ce monde me faut partir ; En voz mains m'åme recommande. Gy croise les mains et face le mört. l'ostellier. Or ay-je ce que je demande : Linge et argent et robe aray £n le despoillant d*aii de ces vestemens , die : Ne jå ce corps n'enterreray; Mais le plain vol senz prendre corde Le trénerav en la fosse orde Ou deacent le fiens et Tordure Du bestail de ma noureture. Gy le trayne en une fossette prés d^ilec , en dysant : Or 9äi, voise se halerel, ET DE SES COMPAGZVONS. 1 6 1 En la fossc de marderel. ■ £u le jectant en la dicte fosse en laquelle S. Anlhonin si toille son ▼isaigc de boe. Cy Ii mette un hoys deBsus, puis die : Fraire , dors-toy en celle bourbe, Tu n'as åme qui te destourbe : Quant dormy auras, sy t'esveillc. jHisus. Mjchiel y va sus, plus ne sommeilic. Di a Senctin la madvestié De son hoste, hommc senz pitié , Et hiy dy (Jue tantost rctourne Et ä la fosse droit s^en tournc Ou frére Anthonin est jecté. Je vueil qu'il soit resuscitc Pour Tonneur et dilection Du bon Denys, mon champion, Qui pour moy (ut martirisié. Par quoy je vueil autorisié Soit son martirc en saincte Église. Va tost, et le fait Ii devise De son faulz hoste et la maniére. S. MIGHIEL. Vray Dieu , je y voys a bonne chiére. Cy voise i S. Senctin qui face semblant de dormir , et quant il scra venuz, die : Frére Senctin , dors-tu ou vueilles ? Or entens bien lourdes merveilles. Saichies de vray que ce feulz Iraytrc, Ton hoste, comme faulz menistre f. 1 1 1 62 LE MARTYRB DE S. DENIS Si t^a feilli de convenent; Car bien asiicbes que maintenant Par son ardente convoitise Qui pour le tien avoir l'atise, Ton saint compadgnom Anthonin , Qui est feny de bonne fin, A trayné nu et despoillic, Jette en la bourbe et broillié De la puante fossc ou vont Les orines puans que font Ses bestes ä poil et a leine. Va tost; sy Ven öste et l'ordcinc : Dieu le fera suz piez ester. Lors vous deuz , senz point arreslcr y Parfaictcs vostre bon voiagc. Cy s'en revoise scoz chanter. s. SENGTIN, ågenous. Dieu , qui créas homme ii t^ymage Pour luy donner ta vision , De ccste visitacion Tant com je puis te regracie , Et de la trés-grant courtoisie Qu'i moy et mon frére feras Quant de mört le susci teras. A luy m'cn voiz; gloire et honneur ! Cy voise å Toste et luy du; duretnenr : Ou est, di, mon frére Anthonin? l'0STE, en Aoiispirant. Helas , chetiz ! seigny Senclin, ET DE SES COMPAGNONS. I 63 II est mouruz ^ le fin preudomme , Tandis qu'estes alez a Romme, Enseveliz en vostre tel le L'ay, la piéce la plus bellc, Et enterrez honnestement. S. SENCTIN. Tu mens, tu mens , faulz garnemenl ; Filz de dyable, tu Tas jecté, Le bon corps plain de saincteté , En la privée h tes chevaulz, \ tes vaches, ä tes dievreaulz ; En celle bourbc , en cclle ordurc Lui as baillié sa sépulture. Ours affamé , lou enragé , Ta fausseté, ta mauvaistié Te monstayré, vaz, passé avant. £n le boutant. l'ostellier , en allant. Seigny , je voiz , en vaz devant. s. SENGTIN, åFostellier. Öste celle ars d'illec dessus. l'ostellier , en ostant Fays. Volentiers. Cy öste Taez. s. SENCTIN, ä S. Anthonin. Frére , levez sus , Vous avez trop orde liclicre. En le trayant hora. En la main tailes bonne chiérc, 1 1. I 64 LE MARTYRE DE S. DENIS ^-^— ^— ^— »^— ^ ^1^— — ^— ^»^— ^»i^— ^■^— ^— ^^ .^»^i^p^—i.^— — «— Dicu vuelt qu'enscmble parfacions Ce qu'ensemble empris avions Par Tordenance saint Denys. S. ANTHONIN. Le cloubz Jhésucrist soit bénis Qui par sa grace nous parface! S. SENCTIN. /fmeriy frere ; il faut vostre face Fourbir et nettement lavcr. En l'essnyant. l'ostellier. Trop convoiteuz el Irop avcr, Trop fclon et trop oultrageuz, Fotz hors du scns, fel courageu/, Ay trop estc, je le voys bien. Du vostre ne reticndray rien ; Voy cy tout, beaulz seignies, tencz. En leur baillant le paquet. A vo plaisir du mien prerlez ; En meflFait ne gist que Tamende. J'ay forfait vers vous, je 1'amende; Quant en la fosse le rucy, Mört estoit , pas ne le tuey ; Mais trop horriblement mespris Quant fu tant d'avarice espris QuMionnestement en séputture Ne le mis; mais je , faulz parjurc , Conlre ce qu^avoye promis , En punaisie ordc le mis; ET DE SES COMI> AGNOMS. l65 Ce mc poisc , pardon rcquier. s. SENCTiN y å Anthoniii , en Ii baillant son vestcment. Revcstez-vous, mon frcrc cliier , Sy irons en noslrc voyaigc. Cy die å Tostellier : Seigny, b\l avez fol oultraigc. Cest trop outrageusc traison Contre Dieu et contrc raison, Quant hostellicr griévc son hoslc Qu'il doit gärder comme sa coste De tout mal et de tout obprobre , Le sien gärder com le sien propre, Luy admenistrer loyalment , Prestement et diligemment , A son.povoir ses nécessaires. Or avez fait iaiz touz contraires , Qui est grant et horrible ofTense, Que Dieu, qui scet tout quan(iu'on pcrise , Quanqu'on fait, qu'on dit, qu'on dira , Que qu'ii attende punira Se vous meismes n^es punissiez , Et vous ne vous convertissiez A tout bien avecques sa grace. Tant donc coqi; vous avez espacc De repen tir et de bien faire, Vueillez vous, beaulz amis , rctlrairc De convoitise et d'avarice , Qui est, ce sachiez bien , un vice Qui csl racinc de louz niaulz , I 66 LE MARTVRE DE S. OEiNiS Qui les gens fait tray tres et faulz , Desloyaulz, félons^ scnz pitié , Senz charité, senz amistié, Ydolatres com sont paiens. La cause assignent elers seiens , Gar ramouf et raffection Qu^iiz deussent par dévocion En Dieu leur créateur avoir , A tout leur povoir et savoir , Hz la mectent en leur pécune Ou en créature autre aucune Qui ne leur puet en riens aydier, Quant il eussent d'ayde mestier; Pour ce, Dieu , dont ilz n^ont nul soing Les laisse aussi a leur besoing, Si s'en vont en enfer chargiez De leurs maulz et de leurs péchiez. Mon bon ailiy, prenezcy garde : Qui feu nourrist, il feut qu'il ardc. De rnal faire du tout cessez , Et puremen t vous cönfessez; Soyez loyai et véritable , Surtout amez Dieu primerain, Et apres Dieu , vostre prochain. Ainsy pourrez-vous sainncment Pourchacier vostre sauveiiaen t. M'entendcz-vous ? L'05TELt-IEU. Hoc ben , scigny ; Moult trés-bicn in'avez enscigny : ET DE SES GOMPAGNONS. 167 Trés-grans mcrcis,* Dieu le vous mire ! S. SENGTIN. Grant grace a fait uostre Sire Quant vous deuz a viviiiez Qui estiez mortifiez, L'un par moi^t esperilueie Et (Pautre) par mört corporcle. Folz est qui en lui ne vuelt croire : A lui soit tout honneur et gioirc ! ^FIN DU JEU SAINT DENYS. On poet cy iaire fin en la maniérc qui cnsuit Maintenant trop bien mc souvicnt D^un biau dit qui bien a point vicnL Qui est bon ä mettre en mcmoire. N'cst pas digne , dit saint Grégoirc, Personne nuUe ä qui on donne, Se grc n'en rent, qu^on Ii redonno. Cest tout vray j car ingratitude Est un ven t si froid et si rude , Ce dit monseigncur saint Mernarl , Qui gcle et seiche, et brulle et art, Dirc vuelt que c'est un i>cchic Qui gielle Feaue de pitic , Seicliie la roscc de gråcc , Brulle et adnichilc et eilacc l68 LE MARTYRE DE S. DENIS ET DE SES COMPAGNONS La doulceur de dévocion Et l'uneur de compunction , Et art et destruit charité ; Si est raison et équif4^ Qu'au jour d^uy gr&oe ä Dieu rendons Par qui grace au jour de huy avons ; Pqis donc qu'ä ce sommes tenuz , Cbantons : Te Deum Laudamus. Lurs s'en voisent chantans. CY Fl.NE LA VIE S. DENIS ET DE SES COMPAIGNONS. CEST LE MIRAGLE COMMENT LES ANGES FIRENT JOYE QUANT MADAME S" GENEVIÉVE FUT i\EE. SA MÉREy en cstant die , etc. Doulz Jhcsucrist , jc suis encointc Et toute prcste de gcsir; Oicz en pitié ma complainte En aconplinssant mon dcsir : Cest^que lignier aic sy sainte Qu'ellc fece voslre plaisir ; Sire, gardez-moy d'estre estainlc Et ma porteure de périr. Puis dic en soy lessant chcoir ä terro : Aide, aidc, Vicrgc Marie! Le cucr mc fault, jc n'en puis plus 170 LES MIRACLES SA GliAMBERiÉRE , en 8oy seignant- Diex! que Madame a grant haschicr ! Benedicite D ominus Bien fut sotc la druerie De quoy sy gryés maulz sont vcnus. Or me gart Diex de puerie Dont mon corps soit ainsy tenus. Lon se aée enprés la mére. Cy chantant les anges : Yirginis prolet , ou .1. autrc, sanz soy bougfier de Paradis; puis se Kéve la chamberiére et tetaanC i. en- fant enmallioté, et die : Madame, oiez bonne nouvele, Faites bonne chiére et joyeusc, Vous avez une fille beiic, Grace å Vierge glorieuse , En Ii monstrant. Regardez, se semble une estcllc Tant est plaisant et gracieusc ; Or 9^1, donnez-ly la mamclie, Sy en sera plus vcrlueuse. LA MÉRE , en prenant Tenfant. Doulz Jhésucrist, qui de penance M'avez ostée et de douleur. De bouche, de cuer, de puissance , Vous rend graces, gloirc et honncur. VueilHés mon enfant de grcvancc A des gärder et de folcnr, El Ii donnez persévcrancc DE SA INTE GEKEVIÉVE. 1'yi En tout bicn sanz nul déshonncur. Lon face semblant de Talleitier .i. pou, puis se siet avecques son mari , tendys qiie lez évesques parleront, et GeneTiére soit avec- ques ealz en cote eC en diaperon. ConuKent monseigneur saint Germain d^Aucerre t^fereeut par le Saint^Eiperit la Saincte yierge en mf le peuple^ en disant que eUeestoitde Dieu eslite; S, Remjr^ arcet^sqiie de Heinsj die a S, Germain, éuesque étAucerre, et ä S. Lou^ ci^sque de Trots: Révérans péres, vous savez, Et de nouvel oy avez De rérésie qui méhaigne Ly pluseurs de la grant Beriaigne, Qui dient que lez cnfans nez De pére et de mére renez , Ou saint sacrement de batesmc Wont mestier d'yaue ne de cresme, Ne potnt n'ont nécessitc d'estrc Plus baptisiez de main de prestige. Vous savcz c^est erreur perverse Qui contrairc est et adverse A nostre sauveur Jhésucrist, Lequel ä Nichodemus dist, Que tout homme de mére né , Se vrayement n'estoit rene Du Saint-Espérit de yaue, S'åme ne pourroit estre sauvc. Cecy est tiexte d'Euvangile ; Et pour ce, general concile Par le papal commandeinent l'J2 LES MIRACLES Åvons tenu solennement^ De prélas du royaume de France, Lez quelz par commune acordance Vous ont esleuz ä cest négocc Pour lez diz Bretons, prez d'Escocc, Ramener ä foy catholique , Et par escripture ententiquc Adnichilcr leurs hérésies. S. G£RA|AIN. Chier sire, les prclaz leurs vies Et leurs biens doivent exposcr Sans soy excuser ou gloscr, Pour la foy, pour le bien publiqiie Et pour FÉglise apostolique; Et pour ce, puisqu'ä nos seigneurs Il a pieu, tant grans que meneurs , Nous eslire pour cest aiairc, Nous sommes prés de nous y iraire , Et de labourer et pener, De ceulz ä la foy ramener Qui sontnon croyansou bcrites. S. REMY. Evesque de Troye, que dites? S. LOU. Volentiers, sire, y labourré A tout le mieulx que je pourré. Combien que le fait soit grevable, Nienb mcins il est moull charilablc, El mouil digne chose fcroit Qui hors d*erreur lez jctcroil- DE SATNTE GENEVlfeVE. I »^S Nous sommcs tous prés de mouvoir Selonc vostrc papal povoir : Nous donnez, sire, bénei^on. s. REMY) en levant la main. Jhésus qui, pour la malei^on Ostcr d^original péchié De quoy chascun nest cntechié, Inslitua le sacrement De saint balesme saintement, Vous vueille sauver et conduire! S. GERMAIN ET S. LOU. Amen^ et a Dieu soiez, sire. Cy voisent un pou avant , et S. Germain, en regardant saincte Geneviéve , die : Je voy lä une damoiselle Saincte et dévote, et bonne et belle , Remplie de la grace Dieu. S. LOU. Sire, je vous pri, en quel lieu? s. GERMAIN, enlamonstrant. Yllecques enmy celle gent. S. LOU. Cest .1. vessel et bel et gent, Pour voir, plain de bien et de grace. Nostre sire Diex la parFace! s. GERMAlN, ä pére et å mére. Mes bonnes gens de ceslc ville, Dites-nous qui est ccstc fille. 174 ^^^ MIRACLES SENE I le pére saincle Geneviéve. Mon chier åeigneur , vecy la mére De Tenfant, et je suis le pére. S. GERMAIN. BonHes gens , bien estes ereus D'ayoir enfant sy piantureUs, De grace de Dieu tant amée Que dez Veure qu'elle fut néc Les anges en firent grant fesle. Conversation trés-honneste Et saincte yic minera. Mainte personne bien fera Par son bien et par sa doctrine, Et maint pécheur qui mal chemine Sera sauvé par ses mérites. Qä , ma belle fille , or me dites , Voulez vivre en virginité? SAINCTE GENEVIÉVE. Mon tré-schier seigneur, en vérité, Vous demandez sen que désire. N'y fault p\uÉy fors de nostre siro Vueille acomplir å son plaisir Par vos priéres mon désir. S. GERMAIN. Ma fille , riens ne vault le dit Se le dit au dit contredit. Pour cen , acomplissiez de &it Cen que dictcs; car qui ne fait Quant (airc puet ne fait quant veult , Et Dieu plus de bien donner scuit DE SAINTE GEIfEVlEVE. 1*^5 A celui qui le miclx l'employe. Lors prengne .i. getå terre en disant: Diex ! doDt vient or cestc monnoic? Ma fille , prcnez cc dcnier ; Dieu Pa voulu pour vous forgicr. A vostre col le porterez, En Signe que bien gardcrez La chastetc qu'avez promise \ Fuiez joyaus , Fuiez cointise , Or, argent, pierres, paremens, Caroles , jeus , esbatemens ; Gar s'ua pou vous y dclitiez Et lez biens mondains convoiliez, Tantost perdriez les biens du ciel : Je vous commende ä saint Michiel. S. LOU. Fille , Tajiemy hape et pille En tou8 temps et en toutes places , Par blandicemens , par menaoes, Par prosperités , par doulceurs , Par adversitez , par douleurs , Ou en apert ou en couvert. Sy doit Tueil du cuer estre ouvert Por gärder Fåme de périr , Et Taide de Dieu requorir • Sans lequel nul n'y a victoirc. Beilc (iilc , aiez en mémoire Qu^en aise périst chasteté Et en honneur hunnilité^ 176 LES M1RAGLES El pitié souvent en richeses. Ét pour ce , prenez tes adreces Qui meinent ä Dieu seurement; Yivez povrement, humblcment , Suivez les sermons et TÉglise: Que qui en vous sa grace a mise En tout bien vous vucille par&ire! SAINCTE GENEVIÉVE. Mez seigneurs, or vous vucille plaire A prier Dieu pour vostre ancclle! S. GERMAIN ET S. LOU. A Dieu soicz, bonne pucelle ! Lors voisent mi ilz vourront. Commeni la mére saincle Gene^iéve {devint) avengle pour ce quelle U donna une huft , ei commeni Dieu fy rendit la t^ue par Icz priéres ei mérites de ladite vierge sa filk* CÉRONCE, mére saiucte Generiévd. Ma fille, je vois au moustier. SAINGTE GENBVIEVE. Az Madame I je vous requier Qu'avecques vous au moustier voise. LA MÉRE. Or le lez, et ne me fay noise ; Garde Tostel, atten-moy cy. SAINCTE GENEVIÉVE. Ha , Madame ! pour Dieu mercy , Se je ne vois souvent au messcs Commcnt tendray-jc lez promcssos DE SAINTE GENEVIÉVE. 177 Que j'ay promis å saint GermaiD ? LA MÉRE , en la bufetant. Je te donneray de ma main , Garsse , fault-il que me responnes ? Ne passé de nostre hiiis les bornes j Va-t-en tost. S\1NTE GENEVIÉVE. Volenlicrs, ma mére. Cy se retoume en disant : Doulz Jhesucrist , espous et pére Des vicrges, volentiers alasse A vostre saint temple ; méz lasse , Je ne puis, vous le savez , sire ; J'en av ma mcre esmeue ä vre Dont il mc poise amérement. Sy vous supply premiérement Que ie me pardonnez , et, puis Qu'aler ä 1'église ne puis , Mon vouloir reputez pour iait. Cy se siée. LA MÉ R E , en touchant sez yeulz . Diex , Diex ! qui m'a ce tour fait? Diex , qu'ay-je és yeulz ? est-ce ore goute? Certes, nennil : je n'y voy goute. Hareu ! dont vient ceste aventure? A ! lasse aventure bien dure Qui durement me desconfortc ! Lasse , je n'y voy buis ne porte , Lasse, perdue ay ma lumiére! I. 13 178 LES BURACLES Lasse, pour quoy, par quel maniére? Diex! je croy qu'ainssy Pay perdue, Car j'ay ma (illc ä tor t ferue Qiiant au moustier venir voiiioit. Je ne voulu, sy s'en douloit : Je la féris, sy fis que foie; Car trop bien du bien me recole Que saint Germain d'elle disoit. Le roy du ciel doint qu'il y soit Qui mon pechié et ma folie Me pardoint, au quel je suppiie Que se ma fille il a esleue, Pour-s^amour me rende la veue. Ma belle fille , 9a , venez : A 1'yaue alez, .1. pot prenez , Sy m'aportez de nostre puis. ' SAINTE GENEVIÉVE. Tantost y Madame , se je puis. Cy preigDe .1. pot et voise prez d'illecques ou iine quciie soit 011 pierres comme la gueule de .1. puis. Lä s'acoute dessus et pleure, et essuie scz yeulz et die i Hé! doulz Jhesucrist! que ma mére Trait de paine et d'angoisse amére Quant point ne voit des yeulz du chief! Cest par moy, c^est par mon meschief. Cause a voit de soy courroucier Quant je ly prins å repliquier; Sy vous pry que m'en punissiez Et que ma mére guarissiez. Ijon essuie sez yeulz et puise de ]'yaue et s'en revoisc, puis die : DE SA INTE GENEVIEVE. »79 Vecy de l'pue belle et clére. LA MÉRE. (^a , ma BUe. SAliNTE GENEVIEVE. Tenez, ma mére, De par Nostre Seigneur, bevez. La mére prengne le hanap et die : Belle fille, la main levez; Sy feltes une crois dessus. SAINTE GENEVIEVE. Benedicite. LA MÉRE. Dominus. SAINTE GENEVIEVE. Le roy du ciel qui nous créa , Qui en la crois nous recréa , Qui les muez faisoit parler , Aveugles veoir, contrais aler, Qui espandit et yaue et sanc Pour faire humain lignage franc De la general maléi^on , Envoyé cy sa bénéi9on Par quoy puissiez ravoir la veue Que pour moy , mére, avez perdue. In nomine Patris, et Filuret Spiritus sancti , LA MÉRE , å jointes mains. jimen ! Diex doint qu'il soit ainssy ! Lon motiUe ses dois en l'yaue et touche sez yex et die : Je voy .1. pou; loé soit Diex! 12. l8o LES MIRACLES Item face seconde^ent comme devant, et die : Mercy Dieu! encor voy-je micix. Item tiercement et die : Gråce ä Dieu, or ay-je grant joye,. Gar je voy comment je souloye. I.ors die ä sa fille : Bellc fiilc, alez au moustier Et aus sermons, (je Tay bien chier,) Toutes les Ibys que vous vourrez. Servez Dieu au mielx quc pourrez : Nostrc Seigneur m'en face lie! Cy chantent les anges SAINTE GENEVIÉVE. Madame et je vous en mercie. Lors veste son mantel, ohief et cuevrechief å diadéme, et puis voise å Paris demoiirer. Cy apres ensuit partie des miracles que Nostre^Seigneur fisi par les mérites madame sainte Gene^ét^ deptiis gfi'eile vint ä Paris. Comment madame sainte Geneviéve apres la mört de son pére et de sa mére ala demourer å Paris. Dieu benoist , benoiste Trinité , A ta pucelle , ä ta meschine , Par ta doulceur, par charitc , T'oreiHc de pitié encline ; Ne seufTre pas que je décline DE SAINTE GENEVIÉVK. l8l N'en pécbié, n^en iniquité, Mais par gråce m'åme enlumine Et. me tien en vii*ginité. O tres doulce vierge Marie! Pour mon salut vueilliez ourc*i* Que l'aneiny par tricherie Ne puisse m'åine devourer ! Dame, pour vous niielx bonnouror Et servir en saintimonie A Paris m'en voies demourer: A vous oomiuans corps, åme et vic , O sains anges de Paradis ! Vueilliez moy dcffendre et conduire , O sains prophetes de jadis , O les apostres nostre Sire! Et vous qui receustes martirc , Confez , vierges , lez Dieu amis , Priez h Dieu pour moy , que nuire Ne me puissent ly anemis! Lon 96 tiengne devant Paris iin pou avaot ou chainp , et illecques 8oit un potic autel suz le quel sött Tiinage Nostre-Dame, et devani Tautel une fourmete pour soy mottre å oroiaon, et bien. prés soit son lit fait de une tablc en hault et un povre couverteur dessuz et .1. oreillier de bois. Comment sainte Céline de Mtaulx iacompaigna ä matlame sainte Geneuiéve^ et comment sainte Geneuiéi^e guarit la chambericre de la dite sainte Céline y qui auoit esté .u. ans målade, SAINTE CKLINK, å sainle Geueviéve. Madanioyselle , s'il vous plenst . 1 83 LES MIRAGLES Et Dieu me donnast, qu'estre peust Qu'avecques vous je demourasse , Liée en fusse et mielx m'en acnasse, Car bien S9ay que mieix en vauroye. SAINTB GBNEVIEVE. Belle suer, quelle que je soye, Vous me monstrez grant amistié. Le rov du ciel par sa pitié Sy vous vueille en tout bien parfaire! Moult me piaist et moult me doit plaire Vostre devote compagnie. SAINTE CÉLINE. Dame, je vous en rcgracie. Le mirack de la ctiamäenere. SAINTE CÉLINE. Madame, j'ay une pucelle De bonne contenance et belie Qui m'a servie longucment; Mais .11. ans a que nuUement Ne se puet de son lit lever : Le mal ne ly fait qué agrever; Prengne-vous en pitié, pour Dieu ! SAINTE GENEVIÉVE. Ma suer douice, alons suz le lieu. Lors voise un pou avant et la soit une joene målade couchiv. SAINTE GENEVIBVE. Chiore amic, comment vous csi? DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 83 MARGOT. Il in'est, Dame , comme a Dicu plaist. Jc suis malaclc et av esté Par Jouble v ver et double esté, Et tousjours va de mal en pis. SAINTE GErSEVlÉVE. IVramie, se .ix. ans ou dis, Voire par toute vostrc vie Dieu vous tenoit en maladie, Vous Ten devriez mercier ; Cai* Dieu seult lez siens chasticr Pour lez esprouver ou purgier, Ou pour lez gärder de pcchier, Ou pour leur donner plus grant gloire y Car Dieu la paine transitoire Mue en pardurable léesce Aucune fois , pour sa haultesce Et sa grace ^u peuplc monstrer. Celui qui la voult demonstrer En pluseurs ipaladies griéves, Vueille que maintenant te liéves Toute saine de corps et d'äme. MARGOT. Jinen\ ainssy soit-il, Madame! SAINTE GENEViÉVE, (m U seiguaiit et en prciiant sa inaii>. Or ^-a la main, ma doulcc sucr. MARGOT , en soy levanf . Doulz Dicu, el de bouche et de cucr Vous rend graces a raon povoir. Dame , je vonsissc voijoi 1 84 ^^^ MIRACLES Virginité, qu*en dites-vous ? SAINTE GENEVIÉVE. Vous demourrez avecqnes nous, Et se Dieu vous donne constance, Ferme et humble persévérance Ou saint propos de chasteté En la gardant par aspreté, Lors pour avoir plus grant mérile Et qu'en vous plus tost soit destruite La pointure de mariage , És mains d'un prelat bon et sage Pourrez fäire en humilité Le saint veu de virginité, Sauf meilleur conseil que le mien. MARGOT. Ccrtes, Madarae, vous dites bien, Ce me semble, et bien m'y acorde, Et Dieu par sa miséricorde Vous rende lez biens que me faictes. SAINTE GENEVIÉVE. Tous biens, toutes euvres partaictes , Belle suer, descendent des ciclx : Encore nous fera Diex mielx Se de bon cuer nous le servons. Faisons que s'amour desservons ; Sy ne pourrons mal cbeminer, Ne mal vivre, ne mal liner : Retournons qnant temps en sera. DE SAINTE GENEVIRVE. 1 85 SAINTE CÉLINE ET MARGOT. Alons, Damc, ou il vous plaira. Cy retournent ä lear hostel et sainte Geneviéye se mete å oroison en son oratoire. Camnunt par sez priéres Nostre-Seigneur gärda (a cité de Paris que lez Hondres venoient destruire. TROTEMENU , mesugier, en alant i Paris. Mes bonnes gens du plåt pais, Fuiez, vecy lez anemis ; Fuiez-vous-en par les adreces, Porlez V08 biens ans fortereces, Vecy lez Hondres qui afuient, Qui pillent, ardent et destruient VilleSy chastiaus, citez et forts, Qui vont tuant Hoibles et fors. Alarme , alarme , bons Fran^ois. Entendez-moy , seigneurs bourgois, Sachiez de vray, le roi Attile Gaste France et destruit et pille, Et est s'entente, sans taillir, De venir Paris assaillir : Sy regardez qu'il est ä faire. LE PREMIER BOURGOIS. Cest .1. lirantde mat afaire Qui maine gens plains de dyablie : Je ne s^ay certes que j'en die. Qu'en dites-vous , sire Gobers t 1 86 LES MIRACLES LE SEGOND BOURGOYS. Foy que dov vous, sirc Robers, Ce son t gens plus cruels que chiens; Sy conseille que de nos biens , Fames et enfans envoion Ou ä Meaulx ou a Noion , Ou en autres cités plus fortes ; Car nos muraiiles et noz portes Sy son t de trop petit estofle. LE TIERS. Cest bon conseil par saint Christofle , Car mesmes ce sont larronnailles Tous duiz d'armes et de batailles » Et nous ne savons guerroier. Trop mielx savons monteplier Nos bions, muebles et héritages. LE PREMIER. Vous pariez tous .11. comme sagcs, Et pour ce , sans plus séjourner , Je vueil de mez biens trestourner Et lez envoicr a Loon. LES AUTRES. II. Cest bon propos , nous le loon. SAINTE GENEVIÉVE , å genous, lez mains jointes. O tres doulz roy de Paradis, Vueilliez la cité de Paris Prendre en voslre protection Et gärder de confusion! Diex ! gardez que mal ne nous faccnt Os Hondrcs qui tant nous menacent, DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 87 Et se avoir devons pestilence, Sire, donnez-nous pacience! Douice Vierge , mére de grace , Priez Dieu que grace il nous face. Saint Pére , saint Pol, saint Dcnis, Sains , saintes , tous lez Dieu amys, Vueilliez Dieu pour nous déprier Et sa juste yre adoucier. Gy se liéve saint Pierre qui ait vestu aube et dalmatique et dessus chape merveille .1. cocuche sus la teste ; apres, saint Pol soit vestu aube, tunique, chape ou mantel vermeil jetépardessoulz Tespaule, tenant une espée ; apres soit saint Jehan vestu aube et dalmatique blaoche ou vert , et tenant r. rain de palme ; apres soit saint De- nisvestuaube et dalmatique, et chasuble vermeille, tenant .1. texte. Ges .nu. desoendent et se metent a genons , et 8*y tiennent bonne piéce. SAINT PIERRE , ä Nostre-Dame. jiifCj dame de tout bien plaine, Sur toutes autres souveraine , Advocate en vers Dieu pour hommc! Une saiote vierge qu'on nommo Geneviéve , sans nui séjour Ne cesse d'ourer nuit et jour, De nous pricr et supplier Que Dieu et vous vueillions prier, Pour le pais du royaume de France Auquel donne paine et grevance Le roy Attile et sez complices , Gens plains de péchicz et de vices , De tirannie et mauvcstié. Dame , prengn<»-vous en pitié! I 88 LES MIRACLES Par espéciai el requiert Que Paris que ce tiranl quiert Pour le metrc k destrucion N'ait ne mal ne confusion. Douice dame, oiez la pucelle Qui devant Dieu est bonne et kel le, Par laquclle. i. roy qui sera .1. biau moustier faire fera, Sy com Dieu le m'a revelé, Suz le mont qui est appelé Mont Parloeir en 1'onneur de noiis, Ou Dieu seraservy et vous. Dame, Festat de sainte Église Qui de par Dieu nous est commise , Qui maintenant n'a que meschiet* Du fons du pié jusques au chief, Vous recommandons Pol et moy. s. POL, ä genous. Haulte roine , mére du roy Qui suz tous roys et princes ré^ne , Damc sainte Église et le régnc De Francc par espéciai , .1. fel tirantet desloyal Qu'on appelc le roy Attile, Despitant Dieu et TEuvangile Destruit, gaste , pille et confont. Lv et sez os tant de mal fönt Que Icz gens ne scevent que faire , Fors s'en fuir, crier et braire. Gcnevote, nne pncelole, DE SAINTE GENEVIÉVE. 1 89 Belie et gracieusc et devote , Ne cesse d'ourer vous et nous A nus coutes, å iius genous, En disant maint himne et maiiit peauiiie, Pour le roy et pour le royauinc; Et principaument pour Paris , Que le gardez (J'estrc péris. Glorieuse vierge Marie , La Vierge est digne d'estrc oye Mesmement; ca ren la cité Flourira Puniversité D'estudiaiis et d'escoliers Tant réguliers que séculiers, Qui la foy monteplieront, Prescheront et enseigneront , Essauceront lez bien créans Et confondront les mescréans; Nos épitres et euvangiles Exposeront en maintes viles. Ce don deservit saint Denis Qui lä fut occis et fenis Par son bien , par sa revérance , En lemonstrant. Que vous vcez cy en présence. Chiére Dame, ainssv com saint Pérc ' »I Que Dieu le filz , dont estes mérc , Esleut et (ist chief et pasteur De sainte Église et moy docteur Vous a Testiit de sainte Église 190 LGS MIRACLES RecommanJéy par autel guise Je vous recommande et de cuer , Et par sur tout, que nostre siier Geneviéve, la Dieu ancellc, Vostre vierge, vostre pucelle, Vueiiliez en sa requeste oir , Et son cuer bientost resjoir De Paris dont est en malaise. S. DEN IS , å genous. Mére de Dieu , ne vous desplaise , Se je vien ä vous a refuge ! La grant tempeste et le déluge, Le mal , la douleur , la grevance Qui est ou royaume de France Me contraint a vous requérir Qui est suz le point de périr Se bientost n^y metez reméde Ains que le mal oultre procédc. Vous savez , Dame débonnaire, Que saint Clément le Dieu vicairc Me fist en France cheminer Pour les Fran^ois cndoctrincr. Lå tins-je de la foy escole Comme pastron et apostole De France et de tout le pais, Premier évesque de Paris. Ylec exposé ä martire Mon corps pour la loy nostre Sire; Maiz que vault tout quant que j'ay Tait Se le pueple est ainssy dcflaiti' DE SMNTE GEKEVIÉVE. I91 Que leur vauit toute ma doctrine Se France ainssy mal se dccline, • Que vault de mori corps la présencc S'il n'est sequeure en pestilence? Pour quoy fist Dieu de vous sa mére/ Ce ne fust pour estre amcre AupécheurSy mez phisicienne En leur maulz et douice moieniie Entré eulz et Dieu qui vint jadis Pour eulz en vous de paradis A leur bien et a leur salut. Hé! douice Dame ! que valut Sa venue et sa passion S'il n'avoit d'eulz compassion ? Dame, je parie durement, Car je suis dolens grandement Quant ona setnence bonne et §ainte Est sy tost au premier estainte. Dame, ä vous vieng, ä vous ref uy, Qui estes en tous maulx refuy. Je vous supplye el vous requier Pour le pueple que moull ay chier , Pour qui vourroye encor mourir S'estre peust pour le secourir, Et pour Paris qu'on dit Lutéce Ou Dieu sy amena de Gréce^ Et mesmement , car vostre amie Geneviéve sy en supplie A Dieu, ä vous, å sains, a saintes, En plcurs, en lermes, en complaintes, 192 LEST HIRACLES Et tant fait qu'eHe est trop bien digne Que ly soiez douice et bénigne , Et je vous en pry , chiére Daoie. NOSTRE DAME. Je cognois bien la sainte fame, Je Paime bien et i'ay bien chiére. Sy a mon fllz par tel raaniére Que volenticrs chose feroit Qui bonne et plaisans ly seroit. Et je de cuer aussy feroie Son plaisir tant com je pourroie; Mais véons se nostre requeste Seroit bonne, juste et honneste. Vous savez que malignité Régne ou monde et iniquité : Or, faut-il par droit de justice Punir tout raal, pechié et vice. Combien Dieu soit pitéable Aussy juste est et non muable ; S'il a donc sentence jetée Que France soit par tout gastée Nous perdrions nostre langage. s. JEHAN, ågenous. Noble Dame , courtoise et sage , Voz dis sont beaulz et gracieulz, Sains et vrays et substancieulz: E( ce n'e8t mie de merveille , Car vous n^avez point de pareille. Pour Dieu y ne tenez ä offence Se je vous dy cen que je pance. DE SAINT£ GENEVIÉVE I gS Ma chiére Damc, quant jaclis Dismes au rov de Paradis,. Que le feu du ciel fist desccndrc Pour les Samarins ardre en cendre Qui nous et noz dis despitoicnt, Respondit qu'en ce temps estoient .XII. heurcs en .1. jour ouvrable.. La response fut nioult notable, Car Dieu en pon de temps labeure; Tel est grant p(?cheur en nne heure Qui en I'autre a Dieu se retournc Et a bicn iaire tout s'atourne Commentnos .1111. freres cy firent Quant ilz a Dieu se convertirent. Dame, s'yniquilé abonde Lä dessoubz en ce meschant monde , ' La grace Dieu n'est pas estainte Ne la largesce sy estrainte Qu'il punisse sans pitoier Qui voult plourer et lermoier, Jeuner, vueillier, mortendurer Pour lez pécheurs de mal curer. Non , non , Dame , il n'cst pas sy nice , Mais par grant sen il vaint malice , Car sa doulce miséricorde De justice atrempe la corde Afin que trop griement ne fiére , Et sa justice droituriére Miséricorde meine droit Afin qu'el n'erre contre droit. 1. i3 194 L^S MIRACLES Par ce punist en garissant Et sygarist en punissant; Ainssy gouverne-il et ordeine , Sans soussy, sans ahan, sans paine, Par son der sen et inmutable, Toute chose qui est muable. Comhien que humain entendement N'y voie pas bien clérement , Quant dout punir ou martirer II veult lor doit-on respirer En sa doulce miséricorde, Et quant ä doulceur il s'acorde On doit sa justice doubter. Or véons nous lez feus bouler, Lez gens murdrir, pillier et batre. Villes, cbastiaus, citez abatre, Qui est Signe que nostre sire Punist son pueple par juste yre; Et pour ce iez gens de raisori Se tiennent fort en oroison Et ne cessent de crier ev Afin que Diex ait d'eulz mercy ; Et sur tous vostre damoysele, Geneviéve , en vostre chapele Est en si grans afflicions Pour cez grans tribulacions , Que c'est pitié ä resgarder ! Par suz tout prye que gärder Dieu vueille Paris la cité. Dame, oiez-lå, c'est équitc, DE SAINTE GENBYIÉVE. igS Et je vous en prie et requier. .NOSTRE-DAME Jehan , mon tres doulz amy chier , Et vous, mes bons loyaulz amis, S. Pierre, S. Pol, S. Denis, PuisquMl vous plaist et bon vous senible , Venez avec mov tous ensemble. Je me metray a l'avcnture. LES APOSTHES ET S. DENIS. Tres grans mercis , Vierge tres pure. Cy descende å eulz ä conpaignie d'anges , puis ^ mete å genous , le« apostres derriére elle, et die : NOSTRE-DAME. Mon Créateur et mon Seigneur , Qui m'avez fait sy grant honneur Que vous m'avez esleuea mére, Nul honneur ne s'y acompére. Vous voiez lez turbacions Et lez grans persécucions, La tirannie et la grant guerrc Que sainte Église sueffrc en terre , Et par espécial en France Tourne le fort de la meschance. Lä sont lez bonnes gens destruis , Pillez , tuezy ars et bruis, Vierges a force defflorées , Nonnes sacrées violées, Et mainte fame grosse ouverte : Tout va a essil el a perte. i3. 196 LES MIRACLES Doulz roy de paix et de concorde , Du pueple aiez miséricorde , Vostre ire oslez , faites leur grace. JHÉSUS , en séant. Dame , que voulez que je face ? Pour lez metre hors de misére Souffry griefz maulx et mört amére , Vous le savez, et ilz le scevent. Bien cognoissent que (aire doivent, Car jadis Denis noslre amy , Et mainteuant sire Remv, Germain TAuceiToies , Lou de Troies, Et autres, leur ont dit lez voves Par ou ilz doivcnt cheminer; Mais leur maulz ne veuicnt finer , Ain^ois pluseurs ne croient mie \'en moy, iren vous, mére Mnrie; Non pas le rov ne lez seigneurs Qu'avons levez ez grans honneurs , Neiz de ceulz qui sont baptisiez, Ne sommes anicz ne prisiez. En leur mauvestiez persevércnt. . En nous ne pou ne grant n'espoircnt; En leurs trésors et fbrteresces Se fient et en leur sagesces. Sy lez triboulous pour savoir En qui doivent iiance avoir: Vueilicnt ou non lors le voerrönt. Quant leur bobans et fors cherront . Ne leur sen ricn ne leur vaurra DE SAINTE GENEVIEVE. igj Ne leurs efFors, lors sy faurra Qu'ils viegnent a nous ä recours, S'ilz veulentavoir iiul secours N'en biens, ri'en gens, n'cn corps, n^eu åme. Sy vous cessez, ma chiére Dame, Lessiez-leur boire leur folies. ?IOSTRE-DAME. Tres (loulz Jhesus, leurs biens, leur viez De vous dépendeiit et desceiident; Sire , s'encore ilz ne s'amendent >}'alez pas voye de rigueur. Sans vous n'ont ne sen ne viguenr , Et qui se pourra soustenir Se vous voulez rigueur tenir? L'escript dit que ne voulez mie La oiort du pécheur, mez la vie. En vous nomiiie par bons amis Filz de Marie et de David, Chier filz , c'est pour vous reprouchier Que n'avez pas cuer de bouchier , Mais d'aignel doulz et débonnaire , Qui ne :icet a nully mal faire. Sy vous pry filz amoureulz Que ne soyez pas rigoureux En vers eulz , mez doulz et bénigne. JHESUS. Danie, pou v a qui soit digne Qu'en ly face grace neiz une. Leur mauvestié est trop conimune. Sy requiert par droile desserte igd LES MIRACLES Qu'elz et leurs biens voisent ä perte. Je s^ay bien que plusieurs y sont Qui pou de mal, moult de bien font : A ceulz-la vueil-je bien entendre A lez guarentir et deffendre , Et délivrer de tout péril. NOSTRE-DAME , å jointe^s mains. Ha , mon Seigneur , ha , mon doulz iilz , Ha, doulz Jhésus, plus doulz que miel, Pour qui descendistes du ciel , Pour qui vray homme devenistes, Pour qui en mes flans vous tenistes, Pour qui , tres doulz filz , m'allestastes , En monstrant sez mamelles. Pour qui ces mamelles succhastes, Pour qui fustes prins et lié , Pour qui fustes crucefié Et mis a mört entré deulz lierres, Ne fusse pas pour lez péchierres? Oil , doulz filz , oil , doulz Sire, Sy ne les vueilliez pas destruire Ou de tout me metez a nient. Cy se lesse chéoir suz lez coutes adciis. SAIMT JEHAN , ä jointes mains. Tres doulz Jliésucrist, et dont vient Qu'ä vostrc mére glorieuse Suz sains et saintes précieuse , Sy tres durcmcnt responncz , Sy ti*és-grans courrous ly donnez DE S.\INTE GENEVIÉVE. 1 99 Qui vous nourrit, qui vous porta , Qui doulcur et desconrort a Du pueple qui ainssy pérille, Dont Tun Tauti^c tuc et essille, Pour qui vostre sanc espandistes Quant en la crois pour eulz pendistes? Lh , Sire , lä me recommandastcs Et moy pour vous ly assignastes. Brief, Sire , durer ne pourroye S'en douleur longuement vcoie Ma chiére Dame, vostre Mére. Cy chiée adens et taiitost se reliéve å geiious. JUÉSIJS. Jehan, la cause est trop auiére Et trop pesans, dont me desplaist; Mez puisqu'ä ly et ii vous plaist Je me cesseray en partie. Mérc, ne vous desconfortez mie, II n'apartient pas, levez sus, Venez seoir lez moy , ca < Jessus. Vostre vouloir sy est le mien, (-lar vous ne voulez que tout l>ien ; Sy ne vous vueil pas escondire. NOSTRE-DAME , en aourant. Voslre plaisir soil fait, cliier Sire. Lors se lieve et voise devaiit Dieu Icz soii ciege et lä se legiie en cstant, et lez sains ileiTiére vWe. JIlÉSliS. ^ Méro, pour vostre amour (eray 200 LES MIUACLIiS Que lez amez je garderay, Et leur seray doulz et propice, Mais je troubleray par justice Lez fors, lez viiles, lez cités, Ou ilz font leur iniquitez. Belle-mére, a tant vous souHise. NOSTRE-DAME, å genous, €t lez sains se metent aussy ä genous derriére el le. Sire, faites å voslre guise Dez fors, dez villes et des biens Puisque lez espcris sont miens; Mais toutevoies je vous supplie Que de une viergc , moy amie, Qui est aussy la vostre aniée Avant qu'elle fu oncques nce, Que lez gens nomment Geneviéve, Qui nuit et jour se peine et grieve De faire tout vostre plaisir , Vueilliez aconiplir le dcsir. Sa priere est et sa requeste Qu'il vous plaise en ceste tenipeste Gärder et deffendre Paris. Kn inonstraiit Ics sains. 'Et vcez icv vos bons amvs Auqueiz la dite sainte vierge A offert maint tuertis et cierge Qui vous en prient Fuimblement. S. PIERRE, S. V»OL , S. JEUVN, S. DKMS. Doulz Jhrsucrist, dévoteuient DE $A1INT£ GENEVIEVE. 201 Vous en prions et supplions. JHÉSUS. f^evez suz, nous ly octroions Cen qu'å present veult demander, £t ly entendons a mander Par noslre archange Gabriel. NOSTRE-DAME ET LES SAiNS , å coutes et ä genous. Gloire ä vous, doulz Emmanuel! Lors se liévent et voisent soer. JHÉSLS. Tu Gabriel, liéve sus, lieve. Va tost, sv diz h Geneviévc Que j'aY oyc sa reqneste. S. GABRIEL. Sire Diex , g'y voiz a grant feste. Cy voise et quant il sera venu sy die : Geneviéve, en Dieute conforle; Par toy salut au pueple aporte. Enorte lez de Dieu ourer Et de leurs grans péchiez ployrer Par quoy Dieu a tourment les livré ; Désormez prenent a bien vivre. Dy-leur qu'ilz ne bougent leurs biens, Gar Paris n'ara mal en riens , Maiz lez lieuz ou ilz ont fiancc Seront par péchié a nieschance: \ Dieu soiez, je m'en revoiz. Lors sans revoise sans chanter. 202 LES MIRACLES SAINTE GENEVIÉVE , å jointes mains et å genous. Tres doulz Dieu, de cuer et de voiz Graces vous rend tant com je puis Dez biens que me faites , et puis Qu'ä cest fait vous plaistcy m'esiire, Vueilliez-moy gärder et conduire. Lors se liéve en estant et die au pueple d'environ. Doulces gens, oyies avez Les tribulacions du monde , Et la cause est, vous le savez , L'iniquité qui y abonde. Pour Dieu, chascun nétoie et monde Sez meurs, s^åmc, sa conscience, Sy par vie nete et munde Puisse eschivoir tel pestilence. Par espécial vous, mcz dames, Gontre ceste turbacion , Gontre ccs hontes et diffames , En jci^nes, en anilctions , En lermes et en oroison Espandez devant Dieu voz åtnes , Gomme firent en leur saison Judith, Hester, .11. saintes Tames, Et sy dites ä vos maris Qu'ilz ne muent point domicilc Nequ'il ne bougent de Paris Leur richcces ne leur famille, Gar Dieu sy gardera la ville; Mais loy. fors seront nmcniiz , DE SAiNTE GENEVIÉVE. 2o3 Prins et åbandonnez ä pillc , Ou cuident estre garentis. LE PREBIIER BOURGOYS. Biaulz seigneurs, nous sommes trais. II est venu en cest pais Une sorciére, une béguinc, Qiii prophétise, qui devine, Qui dit que Paris n'ara garde. LE SEGOND. Et qui est ore ceste oustardc Qui dist les choses a venir? Ysaye ne puet tenir Que nulz les sache nullement Fors le devin entendement, Se Dieu par inspiracion N'en fait édificalion. De quoy se va-elle cntremetre Qui de clergie ne scet letre , Ou se lez letres lit et conte Sy ne scet-elle a quoy ce monte? S'un frcre cordier ly a dite La vie sainte Marguerite , Scet-elle pourtant toute science; Je vous en diray ma sentence : Soit jetée et noiée en Saine ! LE TIERS. Ce seroit trop legiére paine : Soit lapidée k grosses pierres , Gar, par la foy que estes pardurablesi Qu'en enfer sueffrent les pécheurs Larrons, murdricrs, traistes, pilleurs, Juifz, paiens, bougres, hérites, Orguillieurs , heineus , ypocrites , Faulz ouvrier^ et f9ulz baretierros, Entrejeteurs et enchanterre9 , Charmeurs, devins, sorciers, sorcieres, Gloutons, ribaus, hputiers, houlliérés, Usuriers, avaricieus, Meoteurs, parjures, envieus, Félons , maugréeurs, mesdisans, Faulz tesmoing ^ lez autry nuisans j Faulz peseurs et iiaula m^sureurs , Faulz avocas ^ faulz prooureurs , Faulz laboureurS| faulz conratiers , Faulz marchéans et faulz regratiers ^ Fames qui se paignent ou färden t, Ceulz qui lez festes pas ne gardent , Ceulz qui leur mari^ge ^firaigoeot^ Ou jeune om v^u pwlz qi|i w daigqent DE SAINTC GENfiVlKVE. 21 I Porter honeur ä pére et a mére , Personne qui se dcsespére , Ceulz qui Dieu et sez sains bla&rdent, S'ainMy muirent il fault qu^il ardent La en enfer sans iinemcut; Mez les bons qui dévotement Serviront Dieu el ameront Et sez commandemens ferout y Et ceuiz aussy de sainte église , De cuer et de fait sans faintise , Aron t pardurable léece Lk en paradis sans tristece y Sans fain, sans soif et sansdouleur, Sans ennuy, sans froit, sans chaleur , Lä ver ron t en félicité Vray Dieu, bénoisle Trinité. Ren tre en ton corps, Dieu le te mande. Je m'en voiz , a Dieu te commande. Cy 8'en revoiae sans chanter. SAINTE GBNETIÉVE , en toy levaiit et en séanl siiz son lit. Doulz Jhésucrist, jo vous mercie Qui en cest grief maladie M'avez doulcement visitée. SAIIITB CÉLINE. Hé ! la mére Dieu soit loée, Chiére datne, et comnoanr vous est ? SAINTE GENEV1ÉVB. ' Loé soit Dieu puis qu'il iy piatst. J'ay eu assez douleur et paine; Mais ore me sans toute saine '4 312 LK8 MIKACLES Et en bonne prospérité. MARGOT. Madame , en cest aciverssité Qu'avez par .iii. jours soustenue, Qu'estez-vous ore devenue? II sembloit que vous fussiez morU*. SAmTE GENEVIÉVE. Mercy Dieu, je suis saine et forte, Belle-suer; il vous doit sonffire. MARGOT. Madame, mez vueilliez nous dire Pour 1'amour de Nostre-Seigneur , A sa gloire et å son honeur Et ä nostre ediBcacion Se vous avez veu vision Que puissiez dire bonnenoenl? SAiriTE GENEVIÉVE. On doit tenir secrétement, Belle suer, lez secrez de Dieu, Jusqu'å tant qu'en teoips et en lieii. . Et pour cause bonne cogente A personne de bonne en ten te On lez puisse bien reyéler; Maisä plusieurs lez fautcéicr Qui du bien ne font qu^enpirier; Car ilz ne s'en font que naoquier, Que pis est bonté et vérité Impugnent par malignité , Et ceulz qui bien et vérité aiment, Persécutent et folz le^ daiment. DE SAINTE GE>EVIÉVE. 21 3 Pour eulz dist Diex que lez sains bieiis On ne doit point jeter aus chiens , N'au porciaus pierres précieuses. Mez suers doulces et gracieuses Förment vous merveilleriez Se iez grans tourmens saviex Que telz gens seufTrent en enter. En ardent acier ne en Ter Ne seroit nulz sy en malaise Com sont en l'inrernnl iburnaise. Lez peines y sont pardnrablcs, Horribles et intolérables, Mez doulces suers, je le/ av veues. Las ! qu'il y a de ämes perdues ! Je me tez , dez juifz paiens, D'apostas, de faulz crestiens , Qui font pubiiquement leur vices Et prennent gioire en leur malices, Qui tourmentez y sont sans nonibrc; Mais autres y a qui soulz umbre De bonté et de sainteté, Font maint grant meschancetc ; Et puis quant il vont k confesse L'anemy sy fort lez empresse Par ypocrise faintive Ou par fole honte et creintive , Que ja il ne diront vérité. Sy double leur iniquité , Caril menlcnl an Sainl-Esperil Comuie Ananie qui pcrisU 4 21 4 LES MIRACLES Puis le saint sacrement re^oiyent, Et euiz ef le monde dé^öivent ; Car on lez tient bonnes personnes; Mais certes ilz ne sont pas bonnes Sy fy teiz gens ne valent rien , Et trop pou en revient ä bten Car ä tousjours niez'8ont liez Se par Dieu ne sont desliez ^ Qui het feintises et ordores Las que penssant teIz créatures, Ilz cuident , ce seoibie, que Diex Soit sourt et qu^ait crcvé les yex, Et qu'il soit sy fol et sy nice QuMI n'ait en lui point de justice. Cest erreur, c^est forsenerie, Cest horreur, c^est grant déablye. Certes tout å clerté vendra, Et Dieu juste ioier remlra A tous selonc ce qu^ilz desservent. Ha lasse \ ceulz qui k Dieu servent A ieur povoir souvent avient Que par .i. mescbief qui ledr vient De vaine gloire ou de vantance Ou d^aucune ^lesordenance, Perdent la grace qu'rlz avcnent, Et aucune fois tant desvoient Qu'ilz vonl å perte et å exil, Donc se ceulz-cy sont en péril Lez autres doivent bien doubter. Pour ce doit-on ipoull rcdonblcr DE SAINTE GEIfEVlÉYE. 21 5 Lez jugemens Nostre Seigneur , Ét vhnre cfi paour et en crelmeur, Cäcöntré inal tousjburs vueilier, örer et son corps traveillier, Bien £siire adez de mai cesser, Quant en péchie soy confesser Sans riens celer et sanz mentir Et de tout son cuer repentir, Au plus tost qu'on puet sans soogier. Plus lesae-on le mal prolongier Et plus est pénible ä guérir. Paresce fait maint bien périr, Mez belles sueurs^ prenez cy garde, N'y ait celle qui point fétarde A bien &ire ii tout son povoir. Laissiez 1^ rire et le juouer : Joiaus, chan^ons^ dances, kai^oles, Diex n'a cure de telz frivoles ; Plourer iauit qui veult avoir joye. Cil qui vous fist vous tiengne en voye De vostre salut par sa gräoe I SÅlNTB CÉLIME BT MARGOT. Ameny dame, et Diex vous parface. Lors ysfie de son Ut et se siée snz b fauitne qui est eu costé. 2l6 LES MIRXCLES Cf apres est de une nonnain de Bourges qui vini voir madame sainte Geneviéi^e^ ä laquelle sainte Geneviéi^e demanda en guel estat elle vivoit ; et eile Ii respondi que en saintemonie vwoii comme yierge sccrée^ Lots la sainte remplie du Saint-Espérii fy nomma celuf qui favoit dejjiorée^ et quant et oä cefulfaii* LA NONNAIN. Daine, Diex vous doint bonne vle! SAINTE GENBVIÉVE , en soy levant. Bien vegniez-voiis , ma douice amie! LA NONNAIN. Dame, j'avoie grant désir De vou^ véoir tout par loisir; Gar j'ay oy tant de bien dire , De VOUS , loé soit nostre Sire , Que , pour voir , durer ne povoye Se de prés ä vous ne parloye Pour moy ä vous recommander. SAINTE GENEyiÉVE. Belie suer , Dieu vueille amander Mez défautes queiles qu'eiles soient, £ts'aucuns biensen moy estoieut Celluy qui tout bien donne et garde Lez monteplie et en soit garde. On loe maintes gens sanz cause, Sy vous pry que cy faisons pause. Et trop mielx vient tenir scilencc Qu'åine ioer en sa présence ; flår (]ni loe il semblc qui ilate, Qui est loé a i>oiuc lualc, UE SAINTE GENBYIÉYE. af] Veine gloire qui tors le tente. LA NONNAIM. Je ne scay mez selonc m^ent^fite Vous f US tes de bonne lieure née, Quant avez sy gran I renommée Que c'est une droite biauté. SAINTE GENEVIÉVB. Suer, lessons ; dites en iéauté, Esteck^vous nonne ou mariée? LA NONNAIN. Je ne tu ohcquesespousée, Chiére dame, en jour de ma vie; N'oncques a moy n'eut conp^iignie Homme vivant dessoubz ie cicl. SAIMTE GENEVIÉVE. Que^ites-vouSy saiut Michiel? Gardez å vostre conscience. Men ti r de certaine science Kst pécbié trop grant et trop grief. LA NONNAIN. Bieu puet estre, dame, mez brief Je ne vueil plus de cest langage. SAINTE GENEYIÉVB. Comnoent, parler de puoeiage Et de cbastée est-ce ofibnce ? LA NONNAIN. Je vous ay dit ce que je pense , Dame ^ pariez d'autre doctrine. SAIMTE GENEVIÉVE. So vous aviez une espiiic 21 8 LBS MIRACLES Ou dos dolit mourir pourriez , Dites-mOY se vous vourriez Que je ('ostace sans périi ? LA nONNAIN. Lasse, qooy donc? certes oii. SAINTtt GRNEVIÉVB. Or soutFrez donc que je vous öste .1. maion qu^avez soubi la ooste ; Mez vous döuk^z, espoir la péine. LA NONNMN. Dame , je me sans toufe saine, Pourquoy parlez-vous de td chose 7 SAINTB GENEVIÉVB. fielie suer, et dire vous ose Que vous estes förment matade , Et de van t Dieu lede et malsade - Qui scet bien vostve iniquité Que couvrez de virginité , Et vous tenez ponr vie^ satnte Et non estes^ mez vierge fainte; Non pas vierge, non, mais tibaude ^ Qui fijBtea en avril sy baude y ' Le tiers jour ^ entré cbien et lou, Qu'ou jardin Gautier Chanteiow Vous souiiristes qpe son berefaier Vous defflourast scMjb^ .i. peschier. Ha lasse ! pouvre créature , Pour .i; po LES MIRACLES Prenez bon propos de bien faire , £t Yous vueilliez de mal retraire Dore en a vant sans diflTérer, En Taide de Dieu espérer, El Diex ara de vous pitié. Lå NONBiAIN. Je recongnois ma mauvestié. De ma le heure fii onoques née; Mez c'e8t, ce eroy, ma destinée. 11 convenoit que je pécbasse. SAINTE GBNEVIÉVB. Or est pis que devant, hal lasse, Vostre péchié et vostre erreur. Metez suz b Dieu c^est horreur. Dieu ne destine ne ne fait Péchié, mez vostre cuer defait Quant il fu de péchié tente Esteut de franche volenté Le mal et refusa le bien. Pour le corps aisier comme .1. chieo/ Jeta hors creinte et bonne honte;, D'onneur , de raison ne tint conte A Dieu du tout désobéir. Dieu sa grace östa , sy chéit Par sa coupe en péchié mortel. LA IfONNAIN. 11 faloit que te cas fust tel , Gar Dieu savoit que pécheroye. Comment gärder donc m'eii povoye <^>uant il le savoit sanz (aillir? DE SAINTE GENEVIÉVE. 231 SAINTE GENEVIÉVE. S'en .1. lieu je vous voy sailllr Dont vous ne vous puissiez r avoir, Dites, mon voir et mon savoir Vous contraignent-il ä ce faire? LA NONNAIN. Nennil voir, dame déborin^ire. SAINTE GENEVIÉVE. Tout aussy vous dy-je en vérilé Que contrainte ou nécessité Ne fait ä nul ie Dieu re^rt. Pour ce homme on fame bien se gart , A qui Dieu clerentendement Par pure grace purement A donné pour savoir eslire ; Car au choisir s'il prent du pire , N'est merveilles s'il s'en repeiU. Quant de Dieu donc tout despent Qui tout sen et tout bien sounnopte , Le pécheur mescbant ne tient conteV Ainfois de certaine science Contre remors de conscience , Con^me que soit du tout eslit Son vouloir faire et son.délit. SMi le dampne ly faitrii tort. ' LA NONNAIN. Or suis-je arrivée å mau port : M'a Faite Dieu pour moy dampner, SAINTE GENEVIÉVE. Mez pour vous és cielx couronnor. - 332 LES MIRAGLBS LA NONNAIN. Vos dis ne s*v acordent rnie. SAINTE GEtfEVlÉVE.. Sy fonty SJ (ont; mez vostre vie N'a voulu k ce grant bien tendrc. LA NONMAIN. Dame , feites-le-moy entendne. SATFTTE GENBVIÉVE. Pour quoy suelt en vigne planter? LA NONNAIN. Pour fruit déiectable porter. SAINTE GENEVIÉVE. Ce n'e8t pas donc pour l*ardre ? LA NONIfAIN. Non. SAINTE GENEVIÉVE. fielle soer , cy garde prenon. Quant elle est fouie et (iieubrée. Et tailliée et bien coultivée , S'en nul temps ne porte bon fruit, Qu'en faiten ? LA NONNAIN. En l'art et destruit. SAINTE GBNEVIÉVB. Ma mie, ainsy par autel guise Vous a plantée en sainte Eglise Nostre Seigqeur, et coultivée. Par grftce et doctrine ordenée» Non pas pour vous perdre et dampner, Ain^ois oertes pour vous donner DE SAlNTfi GENEV1É;VE. d!l3 Sa gloire^ se diligaument L'eiissiez servy et loyaulment , Porté fleur d'incorruption , Fueilles d'édification Et fait iruit doulz et déiictables De bonnes euvres prouffitabl^s. Or avez fail tout le contrairé. . Par quoy Dieu vous fera hors traire , De la compaignie des siens, Et donra aus infernaulz cbiens En arsure perpéluele. LA NONNAIN. Harö ! auray-^ paine tele Pour ung délit qui sy tost passé ? SAIUTB GENEVIÉVB. Qui l'estatut du roy trespasse Qui est coi^mandé sur la hävt Ou qui péche par mauvais art Gontre la magesté royal , Pert ses bieos comme desloyal, Son corps mesmos senz^ grace avoir On cas que on puet de vray savoir Qu'il est obstiné en malice. Puis que homme est dopc sy fol, sy nice Que sa voulenté a plus chier , Faire que la Dieu , et péchi^ Gontre raison et contre droit Et toujours faire le vouldroit Sanz fin , se senz fin povoit Tivre , N'est mervoille se Dieu le lif*re 224 ^^^ M1RACLEA A perpétuel dampnement. LA NONNAIN. Ha lasse ! or voy-je clérement Que je suy perdue et dampnée! SAINTE GENEYIÉVE. Ne soiez pas desesperée, M'amie , aiez en Dieu fiance. Qui péche par désespérance Péche contrele Saiiit-Esperit^ Comme fist Judas qui pértt. Repenlez-vous et confessez Entiérement , et no cessez Dorénavant de bien ouvrer. Ainssy pourrez-vous recouvrer L^amour de Dieu, n'en doubtez pas. LA NONNAIN. Je m'en vois donc ysnel le pas , Moy confesser, ma chiére dame; Pour Dieu , souveigne-vous de m^ånie Qui feust, se ne feussiez, périe. SAINTE GENEYIÉVE. Nostre-Seigneur, suer, vousconduie! LA NONNAIN^ en 8'en alanl. Lasse ! chetive , et que feray ? Et comment me coufesseray ? On cuide que je soye bonne Et oncques plus maise personne Ne nasqui de ventre de mére!. Hareu I et que dira beau pére Quant orra ma desconvenue? DE SAINTE CENEVlfeVE. 325 Qui me tient que je ne me tue? Je me tuasse volentiers; Mais c'est d'enfer ly drois sentiers. Diex, gardez-moy de désespoir. Edcof feray-je tant espoir Que vous aurez mercv de mov ! Sire, je tien la vostre lov. Pour pécheurs homme devenistes , Pour pécheurs dure mört soufTristes : Je suy une grant pécherresse , Plus vite que une vieille asnesse ; Mais Tostre bonté, doulz Seigneur, Sanz comparaison est greigneur. Lasse! meschante , je cuidoye Tropt plus valoir que ne valoie. Sy chéuz par orgueil en luxure Qui me donne honte et laidure , Laquele honte me euvre Tueil A cognoistre mon grant orgueil Par le doulz regart de pitié , Que m'auvez fait en amistié. A ia doctrine de la vierge Qui m'a reprise, or vous requier-je , Que me donnez , Sire , la grace Que du tout vostre vouloir face, Et que pour mes iniquitez, Hontes y paines, adversitez, Puisse endurer ä lie couraige; Et de renchéoir en aulel raige Me gardez par vostre plaisir. I. i5 . ' _. 336 LES MIR\CLES J'ay de vous servir grant désir , Du quel désir vous regracie. Glorieuse vierge Marie, De la meschante vous souveigne! Je diray tout, que qu'en avieigne : Mieulz vault une honte que miiie. Je voiz a beaupére er> la ville Quant volenté m'en est venue ; Gar c'est chose tantost perdne Qui bon propos ne met å euvre , Ou point ou ä paine y recueuvre. Je me doubte que tropt ne tärde ! Le Saint-Espérit soit de moy garde. Cy voyse ä Tévesque et die ä genoub: : Trés-chier seigneur et révérenl, Soubz Dieu du tout ä vous me rent. Ayez pitié de ma povre åme. l'évesqi)e. Or dictes , de par Nostre-Damc , Quanques vous voulrez , belle suer^ Je oy bien volentiers et de cuer Toute personne qui s'amende. LA NONNAIN. * Mon cher seigneur, Dieu le vous rende? A Dieu et k vous me confesse Comme la plus grant pécherresse Qui feust oncques de mére née. Je me suv sv bien demenée Que puis que vouey chasteté, DE SAINTE GENEVIEVE. 327 Obédience et povreté, Je n'ay tenu n^obédience Ne povreté , voir ne silence , Ne poiiit nul de religion , Se n'est par simulacion En contrefaisant vie saincte , Comme faulse, ypocrite et faincte. Ha lasse! jen'ose plus dire. Cy se lusse chéoir å terre. l'évesqle. N^osez-vous dire ä nastre Sire Ce qu'il scet, qui a sy grant joyc De tout pcchcur qui se ravoye Que penser ne sauroit cuer d'omnie? Seurement donc de celle somme Qui vous griéve vous deschargiez. Ne laissiez pour moy; car sachiez Que pécheur suy tout le premier : De la grace Dieu ay mestier. D'autre part bonte et desplaisance Sont grant part de la pénitance; Mais ne doivenl pas sy grans estro Qu'on doye riens céler au prestre, Qui en terre est le Dieu vicaire. LA NONNAIN, en soy levant å genoulz. Mon trés-chier seigneur débonnaire , Brief etcourt, å dire vérité, J'ay perdu ma virginité : J'en requier absoulte et pardon. i5 223 LES MIRACLES L ÉVESQUE. Bclle Olle , un point rcgardon ; Virginitc avez perdue : Vous ful-elle a force tollue? LA NONNAIN. Ncnnin , certes. l'évesque. C^est mal alé ; Trop est vostre estat devalé. Royne estiez trés gracicusc, Du roy des roys temple et espeuse, Or estes de l'ennemy teniplc Qui vostre åme de péchié emplc ; Et de condicion pire estes Assez assez que mues bestes Se de cuer ne vous repenlcZ". LA NOIfNAIN. Je m'en repens. l'évesque. Et promettcz Amendement de vostre vie? LA NONNAIN. Oil voir. l'évesqi)e. La Vierge Marie Vous vueille å son Filz rapaisier. I^e corps avez fait trop aisicr, Sy est raison qu'il ait mésaise; Car nulz ne puet du toul son aise En ce nionde et en l^autre avoir : DE SAINTB GENBVIKVK. 229 ,1 Ce nous font nos docteurs savoir. Sy mettez soubz pié la cbaroingne Afin que péchié s'en csloingne, Tericz-vous sainttement en cloistre ; Lå mette/ paine a vous congnoistre. N'en bougiez, car le villoter Fait mains et luaintes assoter; Tenez voz veuz et voz proniesses», Oyez dévotenient les messes En abstinence, en continence^ En silence, en obédience, Et en povreté volentaire. Servez Dieu se ly voulez plaire, Soyez et humble et paciente Envcrs voz suers par bonne entenle; EtForciez-vous de plus orcr , De plus veillier^ jeuner, plorer Que lez autres tant com pourrez. Penssez adés que vous mourrez, Et ne savez en quel estat. Doubtez-vous toujours du rcstal. Dieu vous doint sy bien maintenir Qu'ä bonne fin puissiez venir. Lez faiz de la religion Vous baille en sattisfacion De voz péchiez , et mettez paine De dire un psautier la sepmaine , Senz voz heures canoniaulz Et voz services moniaulz. Je pry au trcs-doulz Jhésucrisl 230 LES MIRACLES Qui du doit en la terre escripst Quant volt la femme delivrer Que lez Juifz k mört livrer Vouloient pour ce quMI 1'avoient Prise en péchié sy com disoient, Qu'il vous absoille et vous pardoint, Sa grace et sa gloire vous doint , Et je sy faiz tant com je puis , Ou nom du Pére, ou nom du Filz Et ou nom du Saint-Espérit, Amen. Pricz pour moy a Dieu! LA NONNAIN , en soy tevant. Celluy de qui tenez le lieu , Mon chier seigneur , en sainte Eglise, Sy vous maintiegne en son servise ! Cy se acline et s^en voise disant : Mercy Dieu, j'ay le cuer plus aise ; Certes , corps, tu auras mesaise. En batant son pis. Jamais ne me mestrieras. Jk sy fort ne me tempteras Se Dieu plaist et la glorieuse Qui vie sy religieuse Me doint mener que je m'acordc A sa douice miséricorde. Amen , a vous, benoitte dame , Recommande mon coi*ps et m'åme , Et k mon seigneur saintMichicl . Et a toute la court du ciel. Voyse ou elle voulra. DE $\1NT1<: G£>iEVIKVE. ^3 Cj apres est comment .i. enfani noiez fut resuscitez par les priéres madame sairUe Gencviéve. Soit .1. enfaot d*environ .iiii. ans suz aucune chose faite comme la gaeale d'uD puis en regardaut dedens ; puis viegnent lez dya- blea qui le ietent ou puis en la maniére t|ui ensuit : LÉVIATHAN , le premier dyable. Coinpaiiis, un pou iioiis avancon , Mcz voiz-tu lä cel ei)(an90i) Dessus la gueule de ce puis i Jc le vueil noicr se je puis. <^)u'en dis-tu? sera-cc mau lail? SA Til AN , le sccond. Mau fait! cesera .1. biau fait, Car il sera de tous poins noslrc. LÉVlATHAiS. t) t se Michiel ou Pol l'apostre Y viennenl pour le nous iccourre? SATIIAM. Trout! je ii'y donne .1. briii de bourri'. 11 u'est crestien plus que .i. oliien. LÉVIATIIAN. Vien 5a ; aide-moy ; tu diz bien. Cy le jetent ou puis doulcement , puis die : LÉVIATIIAN. Ha ha, ha ha! il boit, il boit. SATHAN. Il sera nostre qui qu^en poit. c:y se traient arriérc piiis regardenl ou puis, «.'l dic iialliaii II a trop l)0!i, liii|x^ son anic. 23a LES MfRACLES LÉYIATHAN , en prenant une ymagete et en baillant å Sathan : Ve-la-cy ; apren ly la game. Puis dient ensemble. Ha ha, ha ha, ha ha, ha ha! RISOUART ET MAUF£RAS,en conrantå eulz. Ha ha, qu'est-ce lä ? qu'cst-ce lä? Est-ce Tåmc d'un crestien? LÉYIATHAN. Nennil, mez d'un enfant paieii Qui c'est tout en l'eure noié. MAUFERAS. A-il parjuré iic maugroié? Sces tu ? LÉYIATHAN. Je ne 89ay, regardon ; Et s'il a men ty sy 1'ardon. SATHAN. Cest trop bien dit. Or nous séons Et dedens nos papiers Yéons. Lors se siéent et regardent en leurs roulez et soient jusques å tant que les anges viegnent. La mére de l'enfant die en soy complaignant. Oiiest mon enfant, trés-doulzDiex? Ou est mon filz, doulz roys des cielx ? Ha lasse ! qu'est-il deYcnu ? S'il ly estoit mal avenu , Perdue et gastée seroie ! Cerlaincment mielx ameroie Estre enfouie toute vive. Cy regarde ou puis et die en tirant sez chevex et en soy bateut. I DE SAIMT£ GENEVIÉVE. 233 Je le vois lä, lasse chétive! Lasse il est mort , point ne l'os braire. A grant douleur le me fault traire. Cy le traie da puis et le couche å terre puis die en tuertant sez mains. Hareu! lasse! Blz, tues mort De léde et angoisseuse mort. Ha! tres douice Vierge Marie, Mon enfant a perdu la vie. Ha lasse ! il est mort sans baptesme. J'atendoie que la karesme Venist a la Pasque pour estre Lors baptisié de mnin de prestre. Or est perdu, or suis perdue. Vien , mort, vien, sy m'estrangle et luc. Cy se lesse chéoir ä terre. SA VOISINE. Ma douice voisine et amie, Pour Dieu ne desconfortez mie. Alez ä dame Geneviéve Qui du lit maint målade liéve, Sacbiez, el vous confortera. LA MÉRE, ensoylevant. Ha m'amie! pour Dieu fera? SA VOISINE. Oil voir, alez seurement. LA MÉRE. G'y voiz doncques hastivement. Lors preigne Tenfant entré sez brås, et die en alant : ^34 LES M1RACLES Ha, filzl tu es perdu par moy, Et je suis perdue pour toy. Tu 68 mört, sy aroy mal vivre Se Dieu loy et moy ne délivre. Lors jete son fliz devant sainte Geneviéve, et å genous et å jointes mains die : Maclouice dame et gracieuse, Ceste meschante douloureuse Vueilliez aidier et secourir. Besoing m'a &it sy acourir, Car mon enfaDt s'y est noié Qui ne (ut oncques baptisié. Pour Dieu, rendez-le moy en vie. SAINTE GENEVIÉYE. Lasse! que dites-vous m'amie? Sy grans euvres ne sont pas nostres ; Mais aus martirs et aus apostres. M'amie, en Dieu vous confor^ez , Et ce fait doulcement portez. Ne penssez pas que Diex soufFrist Que vostre enfant ainssy perist Se ce ne fust pour aucun bien , Pour le vostre espoir, ou le sien. Sy soufTrez puis qu'il plaist a Dieu. LA MÉRE. Abay, dame! ce n'est pasgieu. S'il est dampnc, bien fust mau né. SAINTE GENEVIÉVE. II est bien vray qu'il est danipné ; DE SAI?iTE GENEVli!;VE. ^35 Mez non pas sy tres cruelement Comme sont ceuiz qui mortelment Péchcnt chascun jour par malioe; Car Dieu fait tant de bénéfice A ces petits enfan^onnés Qui de pechié muirent tous nez , Fors du pechié qu'il ont d'Adam, Qu'il nlont ne paine ne ahan Combien qu'en enfer tout droit voisent. Bien est voir quc Dieu point ne voient, N'avoir lez biens jå ne pourront Qu'ont ceulz qui baptisiez mourront, S'il muirent sans pechié mortel. LA MÉRb. Et se mon enfant est or tel Que jamais ne sentira rien , Ne cbault , ne (roit , ne mal ne bien , Ne Dieu ne voirra jä en face , Que donroie-je de telle gr&ce? Bonnement j'aroye aussy chier QuHl fust une ileur de pcschier, Mais s'il vesquit trop niielx venist. SAINTE GENEVIÉVE. Et que savez s'il convenist Que par vie desordenée S'åme fust a tourmens menée? Lez jugemens et lez sentences De Dieu ont sy grans excelences Que humaine teste ymagiher N'cs pourroit ne déterminer. 236 LES MIRACLES Belle suer, aiez pacience, Et se par vostre négligence L^enfant a perdu åme et corps, Nostre Sire est miséricors ; Il ne vous fault fors a luv traire Et a 1'évesque son vicaire Qui vous donnera alléjance De ce fbrfait et pénitence. M'amic, pour Dieu endurez; Contre Dieu point ne murmurez Qui fait ou souilre justemen t Quant qu'on (ait ef non autrement, Combien qne nostre engin entendre Ne le puisse pas, ne comprendre. Et c'est bien raison et droiture, Car le Créateur créature Seurmonte sans comparaison. LA MÉRE. Voir, dame, de vostre maison Janiais a jour ne bougeray, Ain^ois, certes, me tueray Devant vous se vous ne m'aidiez. SAINTE GENEVIÉVE. Bele amie , or vous apaisiez : Nostre Seigneur vous aidera Quant il voerra que temps sera. Pour Dieu ne vous désesperez. Dieu et sa mére prierez Et sains et saintes autre ev Que de vous ilz aient mercy , DE SAINTE GENEVIEVE. 287 Et je oureray avecqnes vous. Alez par dela a gcnous , Et je seray de ceste pari. Cy se mete tost å genous et die ■ Doutz Jhesucrist, le cuer me purt Du dueil qu'a ceste bonne dame. Et de cen aussy , Sirc , quc Tame De son filz est ainssy dampnée , Par ce que du ciécle est alée Sans recevoir crestienté. Doulz Sire, en vostre volenté N'a que bonté et amistié : Je vous requier par la pitié Que de vostre mcre digne éustes Quant en le crois mört vous rcceustes, Et que eustes de la pauvre mére Qui estoit en tristece amére Quant on portoit son filz en biére Enterrer en .i. cymetiére, Que ceste cy qui tant se deult Que de douleur tuer se veult , Reconfortez et soulaciez Et remetez son filz suz picz. Par quoy soiez glorefic Et vostre pueple édefic. Cest chose avanture impossible. Nient mains vous faites tout possible A ceulz qui ont droite créancc. Gloire a vous! j'ay fermc fiance Que vous ne m'escondii'ez mie , a38 LES MIRACLES Qui maintes fois m'avez oie. Cy se tiégne ä coutes et å genous jasques å tant que les anges aient remise Tame ou corps NOSTRB-DAME , en paradis, ä genous. Doulz Jhésus, vela Geneviéve Qui de prier se peine et griéve, Que vueilliez oster de niisére L'enfhnt et la dolente mére. Je Yous supply que vous i'oiez. JHÉSUS. Volentiers, Damc ; or vous soiez. Lors voise soir. JHÉSUS. Gabriel, Raphael, Michiel , Levez suz, descendez du ciel. L'espérit que sez anemis Tiennent , prenez et soit remis Dedens son corps, vueillent ou non ; Gar Geneviéve, qui mon nom Essauce et loe et glorefie, De bouche et de cuer m'en siipplie. Je ne la vueil pas escondire. LEZ ANGES. Nous le ferons, tres puissans Sire. Cy descendent en chantanl : Conditor , etc., et voisent aiis ennemis. s. MICHIEL, au dyables. Or avant, avant, garnemens , Qui tenez lå vos pariemens , DE SAINT£ GENEYIÉVE. sSg Baillez 9a celle åme, ixiiHiez. LEZ DYABLES. Alez k Tautre huis; vous failliez^ Maistre Michiel ; ricns n'y avez. S. MICHIEL. Sy avoDs, janglcurs embavcz ; Car Dieu le veult. RISOUART. J^os bien que dites. S. MICHIEL. Renart, renart, tu quiers tes fuites. RISOUART. Vous me injuriez, c'est mau fait. S. MICHIEL. Tez toy , tez, va de plain au fait, Et lesse l'interlocutoire; Car c'est chosc vrave et notoire Que pire es qu'on ne pounroit dire. RISOUART. Je dissimule ; or oiez, Sire, Qui a pechié originei Et fut Renouart au tinel Pose qu'ii n'ait autre malice , Est dampné s'il muert en ce vico; Cest sentence diiTinitive. S. MICHIEL. Risouart, Diex veult qu'il revive, A qui toute loy est subjete. RISOUART. Vous m'en jurcz de jus de bote. 24o LES MIRAGLES Tiengnc la ioy qu'il meisme a mise. S. MIGHIEL. II en fera tout en sa guise Sans faire tortå åme nulle. MAUFERAS. Pour lez mamelles de une mulle, Dites-vous que Diex soit menterres. S. MIGHIEL. Dieu ne puet mentir, malvaiz lierres. MAUFERAS. Pourquoy ne tient-il doncques sa Ioy ? S. MIGHIEL. Vessel forgic de mais aloy , Convient-il que Dieu te responne ? MAUFERAS. Ou el est fausse ou el le est bonne : S'el est bonne Tenfant est nostre. S. GARRIEL. Par quel raison est-il or vostre, Qui n'estes fors meschans bourreaus , Varlez, bedeaus, sergentereaus, Exécuteurs dez sentences De Dieu suz ceulz qui font oflences^ Que Diex envoie en vos prisons Pour leur fautes et mesprisons ? Sy ne povez dire : a II sont nostres : » Gar vous-meismes n'esles pas vostres ; Tout est k celui qui tout fist. LÉVIATHAN. II soufTi^t, maislres; il souflist DE SAINTE GENEVIÉYE. 2^1 Au mains par vos dis doit-il estre En nostre garde et en nostre estre! S. GABRIEL. Pour quoy ? LÉVIATUAN. Pour la loy dessus dite. S. GABRIEL. Qui est ä mört ou a soubite Comdampnez , puet-il avoir grace? LÉVIATHAN. 011, mez que prince ly face. S. GABRIEL. Bien est; tu dis que vrayement Horns condapné par jugenient Puet en son estat premerain Retourner par son souverain : Pour quoy , dy , ne puet doncques Diex Qui (ist enler et terre et cielx , A son subjet tel grace faire , Et hors de sez prisons le iraire Pour juste cause et raisonnable ? LÉVIATHAN. . Gabriel , ce n'est pas semblable D'oiDme et de Dieu ; es-tu bien viidef S. GABRIEL. Entens bonne similitude ; Aussy com prince teniporel Grace faitå mört temporele, Aussy puet le perpétuel En cas de mört perpétuele. I. 1 6 24^ LES MIUACLES SATU\N. Vous faites la tourne bouele. A qucl pic dea va celle dance? Comment est mört perpétucle, Quant ens en a bien délivrance? S. GABRIEL. Feu (j'enfer t'arde la cervcle , Et teste et piez et cuer et pance ! Comnient est mört mört temporele , Quant horns ne muert ne n'a grevance ? Enténs, lourdin, je ne dy mie Que mört nulle puisse cstre vie; Mais qui ä mört est obligiez En puet bien estre respitiez, Sy comaie fu jadis le lardre Qui puis beut en hanap de madrc. Aussy veult Jhésucrist ce mört Respiter d'infernale mört; Qa donc, bailliez-le-nous tantost. SATHAN. Se VOUS n'estes plus grant ost, Jamez ne nous eschapera. S. RAPHAEL. Mau gré lien, Sathan, sy fera. SATHAN. Fera ! RAPHAEL. Oil. SATHAN. l>e quel aconte? DE SA1NTE GENEVlfeVE. a 4^ S. RAPHABL. Que Dieu t'envoit la male honte! II plaist å Dieu. SATUAN. Etj'on appelle. S. RAPHAEL. En nom de Dieu, tu la baiiles belle! De qui appelles-tu ? SATllAN. De Dieu. S. RAPHAEL. Devant qui? pour quoy ? en qucl lieu ? SATHAN. Biau sire, soit juge et partic. S. RAPHAEL. Faulx Sathan, je te segnefie Sa vo.lenté et sa sentence : Tu es en son obédiance, Bailie-nous l'åme, il le commande. SATHAN. Le dyable y ait part : celle truande Geneviéve a tant flajolé Qu'el a Dieu du toul aflblé. LES ANGES , en prenant Tymage. Trut, trut, baille 5a. SATHAN , en tenant fort Tymage. Non ferav. A Taide, h Taidel ha hay, ha hay! LES AUTRES DYABLES , en ly aidant. Michault,Michault, pas ne Taras! 16. :2t44 ^^^ MIBAGLCS s. MiciilEL, aus autres anges. Ferez, ferez sus ces håras! LEZ ANGES, enfrapant. En sus, en sus ! LEZ DYABLES. Lessiez le nostre. S. MICHIEL, en 1y ostant råmc, et les autres en (hipant. Nous Tarons, arons inau gré vostre; Fuiez, fuiez! RISOUAUT. Fuion-nou8-cn. LEZ ALTRES DYABLES. Fuions, ilz sonl tous hors du sen. Cy s'en fiiient. Lors emporte Fåme saint Michiel, et die å sainte Geneviéve : Gencviéve la Dieu amée , Ceste äme qui estoit dampnée Te donne Dieu que tant reclaimes, Quc tu honneures, sers et aimes; Dedens son corps je la reboute. En la remetant. Liéve-le, car il vit sans doute, Et le fay tantost baptisier. Cy mete l'ymage soulz Tenfant et s'en rctournent sans chanter. s AiNTE GENEViÉ VE, lå, liéve la teste et die ' Doulz Dieu, nul ne saroit prisier La doulceur, l'ainour souveraine Qu^avez ä créature humaine. Bien ni'avez eue en mémoire, Je vous en rend loenge et gloire. DE SAliNTK GUNEVIÉVE. '2^5 Cy se liévc sainte Geneviéve et preigiie l'eiifaiit en disaiit : Suz, mon enfant, venez ä moy; Le roy du ciel, en qui je croy, Vous face encore .1. bon preudoinme. l'enfant. Danie, donnez-moy une poninie. SAINTE GENEVIRVE, en baillant renfant. M'amie, vostre enfant tenez; A sainte Eglise le menez Et faictes qu'il soit baptisié. LA MÉRE. Dame, de bouche et de cuer lié Vous regracie de vos biens. SAINTE GENEVIÉVE. Je vous prie, n'en dites riens, Tant comme je vive, a nul åme. LA MÉRE. De par Dieu , soit, ma chiére dame! Gy 8'en voise avecques son fils en disaut : Hc Diex, lic Diex, quc j'ay ^rant joye! Et comment, doulz Diex, me lendroye De sy grans vertus réciter ? El fait lez mors resusciter, Ei garist Ics démoniacles; Par ly fait Dieu tant de miracles Que c'est une grande merveille : En ce monde n'a sa pareille. Teiz täiz ne se doivent celer ; On lez doit a lous revéler. S'elle veull qui soient cclcz , 2^6 LES MIRACLES Que point ne soient revclez , Ce ly fait faire humilité Pour fuire toute vanité. Doit-on pourtant Icssier a dirc Lez beles vertus nostre Sire ? Nennil voir, ce seroit mau fait; Pour ce doncques de ce biau iait Dieu et la Vierge honnoureray Et partout ie publieray. Lors preigne Fenfant entré sez brås en disant Alons a la Vierge Marie; Nostre Seigneur m'en fece lie. Cy voise ou elle vourra. Comment madame sainie Geneyiéfe pria ung bourgois étOrUens quil pardonnast ä son variei son mejffaii; ie nen voull riens fcdre, EUe pria Dieu; il ful målades et lendemain ving ä la P^ierge pardon demander, Ainsj furent en acouri. LE VARLET , å genous et mains jointcs. Madame, aide pour Dieu mercy ! SMNTE GENEVIÉVE. Amis, qu'avez a crier cy? LE VAULET. Ma chiére dame, j'ay .i. maistre, .1. grand bourgois sy mal chevestre, Que je ne puis a luy durer. Tuer mc veult ou enmurer. Uier d'avcnlure .1. pou m'esprins ; Dli SAINTE GENEVlÉVe. 347 Sy esl d'irc sy fort esprins QuMl dist qui me méhaignera . SAINTE GENEVIÄVE. Sc Diex plaist, biau fils, non fera. Tenez-vous cy en oroison : JMrav ä luy en sa maison. Gy voise au boargois et die. Charité, mon seigneur tres doulz, Me contraint ä venir ä vous; Guillot , vostre varlet petit , A vers vous mesprins .i. pelit: II s-en repent amérement. Vueilliez ly, sire, doulcement, Pour Tamour de Dieu pardonner. LE BOURGOIS. Seur , alez aillieurs sermonner , Gar ycy ne ferez-vous riens Autant com de Pabay des chiens , De vous et de vos janglcries : Quidyable ce son t tromperies. En se prenant par lez costez. Wa ce garsson baillié ce tour; Par le clochier de celle tour! Je ly monslreray qui je suis. Fuiez de cy, vuidez mes huis, Gardez que plus ne m'ennuiez. SAINTE GENEVIÉVE. Vaillant seigneur, adoucicz Pour Tamoiir de Dicu voslrc colo. I^S LES MIRACLILS Selonc la divinc parolc, Qui saDz pitié tourmentera, Sanspitié tourmentc sera. Miséricorde trouveront Qui miséricorde feront. Doncques pardon et grace face , Qui venit avoir pardon et grace. Sy ly soiez donc gracieus, En l'onneur du roi glorieus Qui vous créa et Tun et l'autre. LE BOURGOIS. Dame , a vos ymages de peautre, Qui ne scevent contrarguer, Alez vos mos miraulz ruer^ Non pas aus bourgois d'Orléens. SMNTE GENEVIÉVE. Sire, nul bien, ne hors ne ens, Ne pourriez en heyne avoir. Heyne trouble sens et savoir, Heyne est pareille a homicide, Heyne Tame de tout bien vuide, Heyne est contraire a charité , Heyne par sa malignitc Paix et amour de cuer esracbe. LE BOURGOIS. Gardez-vous de la chiche face, El vous mordra s'el vous encontre. Par tous lez sains cie ev encontre , Vous n'amendez point sa bcsoigne. Alez-cn (|uc je ne vous coignc; DB SAINT£ GE.NEVIÉVE. ^49 De vos preschemcns n'ay-je cure. SAINTE GENEVIÉVE. Se ma parole vous est dure , Ce me poise; mez j'ay fiance Qu'ä Dieu n'est point en desplaisance : Dieu vous vueilleen bien maintenir. LE BOURGOIS. Alez tousjours sans revenir. S.UNTE GENEVIÉVE, ä genousensoD oratoire. Doulz Jhesu qui du ciel venistes En terre, et homme dcvenistes Pour p^ix metre entro Dieu et homme , Getuy qui ne prise une pomme Bien nul que je ly sachc dire Vueilliez osler de heine et d'ire, Et sy par grace visiter Que son varlet puisse habiter Avecques ly par bon acort, Et lez jetés de désacort. LE BOURGOIS, en soi complaignant. J'ars trestout vif, Vierge Marie, J'ars tout , hors las je pers la vie. I-As! j'csloyc huy frez et ronden t Comme une pomme de Jouvent, Or suis en sv ardant cbaleur, Que je n'ay force ne valeur ; Je n'ay pié nul qui me soustiegne. Ccrtes, je croy que ce mc viegne De droite vangance divine; (^r j'ay celle sainte meschine , 25o LES MiaACLES Geneviéve , sy ravalée , Qu'elle s'en est bien triste alée. Las! conscience m'en remort; Certes je suis digne de mört. La saintc fame ne faisoit, Ne ne penssoit , ne ne disoit Fors doulceur et miséricordc Pour nous metre en paix et conoorde; Et je, eomme .i. lou enragié, Plain d'ennemy, plain de péchié , Celle doulce aignelle mordoie, Et quant que disoit despitoie. Pour voir, Dieu fait bien ce qu^or fait. J'ay lourdement vers ly fortait. Brief je Tiray crier mercy, Mez je vueil ains reposer cy. Lore se couche pour dormir et tantost se liéve et die. Cest nient, je ne puis prcndre somme. A elle yray , et fust a Romme. Cy voise Asainte Geneviéve et ly chiée au piez en disant. A Dame! aicz mercy de moy! SMNTE GENEVIÉVE, en le relevant. Sire, pour Dieu, lencz-vous coy; Lcvez, de par Nostre-Seigneur : A moy n'aficrt pas tel honneur. Sire, vous pardonncz de fait A vostre varlet son mefFait, Sanz ly plus faire grief ne paine? LE BOURr.OIS. Chicre damc , soiez certainr UL SAINTB GENEVIÉVE. 25l Quc jamez ne le grcveray , Aincois moult de biens ly feray Pour ramonr de vostre personne , Et déz maintenant ly pardonne Forfais et quant que me devoit. SA INTE GENEVIEVE. Et Dieu, qui puet, scet et voit, SMl est ainsi santé vous doint, Et tous Yos péchiez vous pnrdoint! In nomine Patris, et Filiiet S pir i tus sancti. LE BOLRGOIS. Amen^ Dame, Diex le vous rendc. SAINTE GENEVIÉVE, au varlet. Biau filz, mal vit qui ne s'amcndc! Avec vostre maistrc en yrez Et loyaument le servirez. Soiez prest et obédiant, Doulz et courtois et pacient^ Ne soiez fel , ne orgueillieus, Ne rechinant, ne pareceus ; Parlez pou, mez bonnes paroles; Fuiez garssons et garsses foles ; Honnestcment vous contenez Et sagement voiis demenez. Honnourcz et maistrc et niaistressc, Oiez Ics scrmons et la messe Quant vous pourrez par Icur licencc ; Dieu vousoctroit grace et sciencc Entoutbicn. Adieu, mezamis. ^53 L£S MIRACLES LE BOURGOIS. Dieu , qui paix CDtrc nous a mis Par vous , en sa grace vous tiegne. LE V\RLET. Le doulz Jhesucrist vous mainliegne En loute bonté sans taillir, Gar vous ni'avez fait hors siiillir De fort pas et de grant misére. LE BOURGOIS ET LE VARLET. Dame, äDieu. SAINTE GENEVIÉVE. Alezä sa mcre. Gy voisent ou ils vourront. Cy apres est commeni madame sainte Gene^ie^^ fist fairc unc église ä Lectrée, suz lez corps sains de mon seigneur saint De» nys etsez compaignons ; et dez miracles de la chatix et du vin que Nostre-Seigneur y fist par lez pricres de la dicte Vitrge , et par lez mérites des diz glorieus martyrs» SAINTE GENEVIÉVE , å genous , les inains tendues. Tres doulz Jhesucrit, roy de gloire, Uien dcvons avoir en mémoire Lez honneurs et lez courtoisies Que vous feistes en sez parties Quant sainct Denis y envoiastes ; Par qui d'errcur nous délivrastes , Donc le corps repose ä Lectrée Dessus une pierre lettrée, Sans avoir moustier ne tnaison Comme il deust avoir par raison. Habs! grans manoirs ont et cointes DE SAINTE GENEVlfeVE. !l53 Ceulx qui pas ne sont vos acointes, Et lez corps sains de vos amis Sont ou dit iieu long-temps a mis Petitemcnt logiez. A lasse! Volentiers y édcQasse .1. moustierse j'eusse finance! Doulz Dieu, en qui est ma (iance, Donne]&-moy bon confort et aide Par quoy puisse trouver qui m\iide A faire ledit oratoire A vostre honneur, Ipenge et gloire! Cy voise parler å .11. prestres et die : Mes reverens péres en Dieu , Mout est ä honnourer le Iieu Ou lez sains sont, qui la créance Jadis apportérent en France. Ce Fut monseigncur sainct Denis, Et ses .11. autres bons amis Sainct Eleuthére et sainct Rustique, I.58 LES MIRVCLKS FOIJCALLT. Oil bicn, iriez qu^clz soiciil teles Que nion venlre brcncus s'cii seiilc. TltBAULT. Je le dy que liier par une seiUc Menay mez pourceaul/ et mez truies Mains ile l'errereure de .11. Iiiies En pasture enmy .1. larris, Ne trop joieus, ne trop niarris, Teste nue, lez piez deschaux : Sy trouvay .1. foiirncl de cliaiix D'aveiiture en .1. reculet. foi;cal'lt. Pour la teste d'un sour mulet, Je croy que tu resves, Ticbauh. TIÉBADLT. Non faiz, non faiz, maistre Foucault; J'ay beu, je s^ay bien que je dy. FOLCAULT. Foy que tu dois le mecredy , Mejoues-tu de la trompete? TlÉBAULT. Vilaine hon te tesoitfaite! Ne suis-je pas bon crestien ? FOUCAULT. Par monseigneur saint Julien, Tiébault, je ne s^ay, je m'en doubto. TlÉBAULT. Je t^ostasse hors de la doubte Se nous fussiens dessous Montinartre. DE SALNTfi GENEVIKVE. I^Sq FOUCAULT. Comment? me donroies-tu tartre Ou ciboules en porions? TlÉDAULT. Par saint Lou, mez bons horions De ma macuc suz ton chief. FOUCAULT. Je seroie ä trop grant meschief, Se tu ne r^avoiesdu mien. TIÉBAULT. Du tien? FOUCAULT. Du mien. TIÉBAULT. Ahay du tien. Et qu'a.s-tu? FOUCAULT. J'ay assez pour toy. TIÉBAULT. Hé, pour Dieu, mon amy , tour toy ! Tu as le cul tourné au pronc, Foy que je doy saint Grisogone. Se tant ne quant tu m'atouchoies, Jamaiz ne heurtebilleroies Fame qui soit desuz la lune. FOUCAULT. Jamaiz homme ne fraperoies Qui soit vivant dessouz la lune. Cest chose qui est trop commune, Dan Tiébault, que de soy vanter; »7 260 LES MIRACLKS Mez lu scez bien que fort venter Chiet souvcnt par une pluictc, Et aussy une cogniele • Abat bien souvent .1. grant arbre. TIÉBAULT. Tien-te la pique comme .1. niarbre : Je ne suis pas tel com lu pcnsses, FOUCAULT. Je te pardonne tez offensses; Tu dis vray comme patre nostre. TIÉBAULT. Dan Foucault, le pardon soit vostrc : Je n'ay cure de vos raserdcs. FOUCAULT. Cest guisc de merdeurs et mcrdch De soy sans raison courroucier, Que vas-tu grondir ne groucier Contre moy pår espécial , Qui suis ton droit compains loyal)^ Ety par Dieu, il n'est nul avoir Qu'il vaille bon amy avoir; Par Dieu, c'est mal fait, Tiébauz. . TIÉBAULT. Foy que doy le roy des ribauls, Foucault, biau compains, ce taiz-tu? Mais scez-tu quoy? maistre Festu, Sy a engendré une lille Qui maint porteur de ieustre essille. Alons-y , nous serons trop aise. DK SAI.NTIi C.KNEVIKVE. 'j6 1 FOUCAULT. Qiii esl-cl , Ticbault? TIKBAULT. Cest ccrvaivse . FOUCAULT. Ålas! jc n'cn fu pas nourrv. TIKBAULT. Foucault, tu ircz [ms champ pourry : Tu as plus chier jus de roisin. FOUCAULT. Par lov, tu dis voir, biau voisin. TIKBAULT. Sy a Tiébault, le tilz mon pere. FOUC\ULT. Or uc mens pas, mon bon coni|)cre ; As-tu trouvc le dit iburnel? TIKBAILT. As-tu bien testc d'estourncl , Ventre Imju! ne me croiz-tu mie? FOUCAULT. Tu m'as mis en mélencolie. Jc ne s^ay ce s'est droit fantosme Ou tout ccrtain^ car, par saint Cosnie , Tiébauit, trestout autel te cliante : Ou bois ou tu scez que je hante, Trouvé la veille de la feste .1. arbre chest par la tcmpeste, El droitement soubz les laciues \voil de cliaux plus de .c. mines En .1. fournel;cVsl grant nicrvcillc. 264 LES MIRACLES Sire , je vueil estre batu S'ii n^est ainssy , et lez quérez. DAN BESSUS. Cest bien dit, compaing; vous bérez , Unc autre fois. LES PRESTRES, ensemble. Adieii, adieu. LES PORCIIIERS. Alez a Saint-Bartelemeu. Lors voisent oii ils vourront. Cy retouraent les prestres ä sainte Geneviéve. DAN GENÉSE. Damc, sachiez que .11. porchiers, .11. fourneaulx de chaux tousentiers Nous ont ensegniez d'aventure. SAINTE GENEVIÉVE, åjointesmains Doulz Dieu , qui a ta créature Es larges et abandonné , Honiieur te soit sanz fin donné. Or suis-je bien reconfortée. Cy die å dan Genése : Nous yrons nous .11. å Lettrée Et y menerons des ouvriers. Puis die å dan Bessus : Et vous prendrez dez charetiers Sy lez menerez ä la chaux. DAN BESSUS. Tost en arez, se je uc faux. Cy voisc dan Hessns avee revestiue de Paris pour ly (enir coni>aignie. DE S\INTE GENEVlkVE. 265 SAINTE GENEVIÉVE, aus OUYliers. Seigneurs, venrez-vous avec nous? LES OUVRIERS. Dame , pour la crois et pour vous Sommes nous tous apparcilliez. SAINTE GENEVIÉVE. Venez, vous serez bien paiez. Lon voisent ä Lectrée, et illecques soit .i. autel et Ty mage mni Denys dessus. SAINTE GENEVIÉVE. Or 9a , de par la mérc Dieu , Mez bons amis, en ce saint licu .1. biau moustier me commenciez , Et pour Jhésucrist vous songnicz De faire chose qui ly plaise. OGIER , le mathon. Dame, ne soiez en malaise Fors de nous querre assez deniers, Car loyaument, comme monniers, Ouvrerons cest euvrc d'église. Huet, pren celle pierre bise, Sy l'esboche ä ton grant martel. UUET, magon. Maistre Ogier, je say un art tel Que sans touchier et sans failiir La vous feray en hault saillir , Mez qu'el oie le coq chanter. OGIER. Or du bäver , or du venter; Parle mains et fay bien besoignc. 206 LES MIRACLKS HLET, Par la grant dame de Bouloigiie, Je vueil faire une orde preslresse Qui chevauchera une asnesse, En cesle pierre de quarrci. LE GUARPENTiER, eu tenant .1. barton Et jc vueil cy faire .1. barrel Pour une fcncstrele englesche. OGTER. Va tendrc ta ligne, sy pesche. Ahay, es-tu jä au fenestres, lluet? HLET. Maistre? OUIER. Visens nos eslres. UUET. Maistre, visez. OGIER. Nos .11. pignons Avecques leur .1111. quignons Seront bien Tun cy, Taulre ca. HUET Maislrc, j'ay grant sueFdc piccii. OGIER. Tez-toy. HUET. Or sus. OGIER. A mon aviz Bien sera ev la tour a \i/., DE SAINTE GENEVIÉVE. 367 A archéres et ä dégrez De pierre de taille ou de grez ; Et bon est que l'esglise toule Soit ä boi) pilliers et a voute. Le cuer sera vers Orient, El la nef devers Ocoident. Le maconnement fait entier, Lors mete sus le charpenticr Sy veull sez trés et ses r lic v rons. HUET. Beau sire Diex, et qiiant bevrons? II fait Irop grant harie en cost ostre. A boire, ä boire, sire preslre; J*ay le gorgeron escorchié. LE CIIARPENTIER. Et mon gosier est sy torchié Qu'il est sec comme den t de chien. OGIER. Foy que dov vous, sy est le mien. A boire, prestre, ou nous mourrons. DAN GENESE. Vons en arez quant nous pourrons. Lors die ä sainte Geneviéve : Dame, lez ouvriers n'ont que boire; Seriuonnez-leur d'aucune histoire. Tandiz que j'iray å Paris Faire emplir .i. ou .11. baris, Un pou lez faites déporter. SAINTE GENEVIÉVE. Diex nous vueille reconfortcr 268 LES M1R\CLE$ Qui sez biens ou il veut départ ! Or vous traiez .i. pou a part, Et priez Dieu de cucr et d'äme Qu'il nous aide. D\N GENÉSE. Volentiers, damc. Lors se inelent å oroisoii . SAINTE GENEVIÉVE, ä genoUS. Dieu , qui muastes Tiaue en vin , És nopces chiez Archedeclin, Vucilliezcy vostre grace estandre Afin que lez ouvriers entendre Puissent mielx , et sauz murmurer , A faire cuvre qui puist durer A Tonneur de vos bons amis Qui cy Furent lonc temps a mis. Lors se liéve et die sus le pol -. Emple , de par Nostre-Seigneur , A sa gloire et son honneur : In nomine Patris, et Filii^ et Spiritus sancti. Amen, Cy baille le pot ä dan Genése en disant : Donnez, sire, ä boire aus ouvriers. Puis se remete en oroison, et assez tost revoise ä Paris. DAN GENÉSE, en prenant le pot. Sansfaille, Danic, volentiers. Qa, beaus seigneurs , l(5z chiez levez^ DE SAINTE GENEVIÉVE. 369 Vecy bon vin, tenez, bevez, Moulliez .1. pou vos conscienccs. OGIER , en hochant la teste. Foy que doy saint Lou de Cerenccs, Ce ne sont pas froides nouveles. HUET. Je croy que c'e8t vin de pruneles. Oix a-il esté sy tost forgy ! DAN GENÉSE. Quant tu en äras en gorgy , Sy en juge lors, s'il te plaist. HUET , en prenant le godet. Or 9a , je vueil savoir que c'est. Cy tende et die : Metez bien, monseigncur , metez. DAN GENÉSE. Sy feray-je; tien, or te tez. Porte cela en quiqu^en muce. HUET Sy feray-je, par sainte Luce. Cy boive et puls die : Sainte Marie , mére de Dieu , En quel pais et en quel lieu A ope creu se noble vin? OGIER. Es-tu enchanteur ou devin? Tu joues des ars de toulete. HUET , en baillant le godet. Tenez, maistre, enoplez 1'ainulete; 370 LES MIRACLES Sy sarez se je vous dy bourde. OGIER, eo tenant le godet. Prestre, emplez ceste coquelourde , Que Diex vous liengne en son sen ise. DA?! GENESE, en vereant. Vous avez pissé contre bise ; Sv vous est prins le mal roulant. OGIER. Sire, c'est voir; pour ce en roulant Tumberay cecy en rna forge. DArS (.ENÉSE. Cest bon oignement pour la gorge, Maistre Ogier, quant le temps est sec. OGiER, en monstrant le godet ?uit. Otuv est mat: eschel, eschet ! Huet , voir , tu n^ez pas béjaune : II n'est Garladon ne Béaune, Par Dieu, qui vaille ce vin cy. LE CHARPENTIER. Ha ! ha! c'est rape de Quincy. Je cognoiz tropt bien vos bäras. OGiER , en ly baillant le godet. Tens la main au pot , sy säras. Guides-tu que nous t'entroignon? LE CHARPENTIER, en monstrant le vin. Pour lez bions cheveux, maistre oignon, Dont vient ore se pélerin ? DAN GENbSE. De Couloigne dessus le Rin. Qu'as-tu ä fairc dont il viengne? DE sviNTt (;t.\EVu;vK. 271 LE CUARPENTIER. Cesl bien dit; mez Gevre me licngnc , Se VOU8 me servez de 1'cntroigne, Se jamais en cesto besoignc Je frnpe cop de bcsague. HUET. Tu es bienlost en tiévre ague : Pren le gode t et sy essaye. LE CUARPENTIER, en preuniU logodet. . Je le vueil , 9a quérez qui paie : Dan Genoiz, emplez ceste lampe. DAN GENÉSE. Or lien , boif pour la goutc crampe. LE CUARPENTIER. Metez , metez, je vueil bien traire. DAN GENÉSE. Tien , tien^ mal bien te puist-il faire! LE CUARPENTIER. Je vueil oindi^ mon gavion. OGIER et UUET. Boif, boif, 8anglante passion. OGIER, qiiant le charpentier ara ben. Que dites-vous, maistre Rogier? LE CUARPENTIER. Cest vin de bouche , maistre Ogier ; Sainte mérc Dicu, vecy råge. Qui oncques mez vit tel bevrage ? • Emplez , pour Dieu , encoi' ma coupe. DAN GENÉSE. Tu cs plus yvre que unc soupe ; 272 t^ES MIR\GLES Gommen t pourras-tu ja doulcr ? LE CIIARPENTIER. Je feray les asncs voler , Mez que je boive une foys seule. DAN GENÉSE. Or tien, mal feu t^ardc la gueule! LE CHARPENTIER , sanz boire. Mére Dieu, c'est une fontaine; Nous avons beu ä pance plaine , Et sy semble qu'åme n'y touche. Folz est qui de cuer et de bouche , ?Je veult Dieu loer et amer. OGIER. Doulz Dieu en qui n'a point d'amer , Bien a cy miracle notable. HUET. Moult est ore a Dieu agréable Nostre maistresse Geneviéve. LE CHARPENTIER. Beaus seigneurs, ce fessel me griéve ; Je le vueil metre soubz ma chape. Cy boWe. OGIER et IIUET. Or garde bien qu'il ne t'eschape. LE CHARPENTIER. Cest fail, ie péril en est hors. Lors baille le godet å Ogier en disant : Tenez-moy ce godet , bon corps , Je le vous rens sain et entier. DE SAINTE GENEVIÉTE. 21^3 OGIEK I en prenant. Par foy, tu cs droit charpentier; En ton euvre nVil que remordre. Monssour Gcnoiz , selonc vostre ord re II me fault faire comme ly. DAN GENÉSB. Que fiist-il ore ensevely Et toi aussy. Que veult cc dire? OGIER. Ne vous courrouciez mie, sire, Cest au lundy nostre coustume. DAN GENÉSE, en verssant. Tien donc, en male estraine hume. OGIER. Prestre. DAN GENÉSE. Dy. OGIER. Voulez que je dye? A la guise de Normendie Je bef ä vous de chipe en chope. DAN GBNÉSE. II a trop froity sy Tenvelope. OGIER , qtint il ara beu. Cetuy est mien, l'autre soit vostre. DAN GEN&SB. Tu sces plus que ta patre nostre. OGIER. Vecy belle chose, Huel. I. lö 2^4 ''^ XIRACLCS HLET 9 en preoana k godec 3k ne sera riche ouiet. Prestre, faites cy vostre aumosne. DAN GE?IÉSE. Esgar, cc garssoD me ranposne. Or sus, rJe par Dieu , besongncz. HL£T. Metez cy et ne vous feigniez. Vous voirrez bien que nous fcron da:v genése. Tien donc, fourre ton chaperou. HUET. J^en Tourreray avant ma pance. OGIER ET LE CIIARPEVTIER. Ainssy, Huet, empte ta granche. nUET , quant ara beu. Par ma teste, moqnin moquarr, II seroit bien quoquin quoquart Qui en cest euvre loyaumcnt N'ouvreroit et diligemment A tout son povoir et savoir. LE ClIARtvENTIER. Par ma foy, Huet dit h voir, Et en verité, sanz tnomperie , Je feray tel charpenteric Que nal fors que bien n'en dira ; £t sachiez qu'ii me souflira r>'avoir le fuerce a la viele. OGlER. Miracle apcrt et vcrtu l>elle DE SAINTE GBNEVIÉVE. 3^5 Nous inonstre Dicu devant noz yex : Naturc il fealt, il vient des cieuls. Loé soil Dieu et Nostre-Dame , Et ceste sainte preude fame Qui plus doulce est que .i. coulumbel, . Et lez corps saios de ce tumbcl ! Voir se Dieu veuit que solons sains Huet et moy, sus sez bons sains Sy noUement ma^onnerons, Que grant honneur y gaignerons. Je los que nous ak>ns couchier Chiez inon pére le bouchier ; Demain ä matin revendrons, Et å bien onvrer entendrons. N'est pas homme qui ne prent somme. HUET ET LE ClIARPETfTIER. Alon-en ; c'est dit de preudomme. Voisent ou il Tourront et dan Genese som tenir conpaignir å saint Remy. Qoi le jeu vourra cy finer , Ainssy le ponrra définer. Biaus seigneurs, pour ce biau miraclq Que Diex a fait sanz nul obstacle , Chantons, tant bc^us que camus, Bien hault : Te Deum, laudqmus. De eeste elaase n*å que foire Qui le jeu ne veult a fin tmire. i8 ^']6 LES MIRACUES BIAU MIRACLE Comment madame stunie Genepiet^ aloit untfois la nuit de Pas^ ques veillier au tumbel saint Denjrs ä Letrée^ et k cierge qme une de sez pucéUes portoii eslaint. Lors stunie Genepiet^ le print et tantost il raktma, et dwra arJant jusques å Saint-Denjrs de Letrée. SAINTE GENEViÉVEy å sez conpaignes. Mes suers , j'ay en dévocion En oeste résurection, Du doulz Jhesu vray hom, vray Dieo^ D'aler visiter en leur licu Saint Denis et ses conpaignons. Alons, suers, et ne noua faignons De leur bonne aide requérir; Car nul quMI ailde puet périr. Ains qu^il soit jour, se bon vous scmble, Y alons toutes .iii. ensemble : Demain ains prime retournerons. SAINTE CÉLINE. Avec vous vivrons et mourrons. Dame, ou vous plaira nous mcnez. SAINTE GÉNEVIÉVE. Margot y ce tuertis tne prenez ; Ardant le portez en la main Pour nous esclairier jusqu'å main. Suer, dy-je bien? MARGOT, en prenant le cierge. Madame, oil. de 8a1nte geneviéve. ^'jj såintb getceviéve. Alon y Dicu nous gart de péril. Cy voisent belement. LfiVIATHAN. Salhan, qui est colle viellottc Qui tousjours en alant barbotc : jii^ Ma/*as y Patres Jiostrues , Comme »'el dcust voler aux nucs ; Et se defripe et fait la lipe , Et me portc fueitles de tripe Comme .i. livré soubz sez csseles? Åvec ly mainc .11. pucelics Qu'el encliante trop fort cntant, Que se tant ne quant vont sentant Que je leur eschaufe lez rains. Lors me prendront branches et rains De boul y d^osiéres ou d'orties , Ou chardops, ou bonnes coogies, Batront espaulez ou culiére^ N'y remaindra jk pel cntiére. Dessus leur pis dez poing tabeurent , Et eurenty pleurent, veillent, labeurent, Cengnent cprdes, vestent la haire. Je ne lez puis ä péchié traire : Jk taut n'es aroy cschav/ées^ Tant lez a leur dame enchantées. Ou vont-il? qui est-el ? sccz-lu? SATUÅN. Cest , malotru , cornart , testa , 278 LFc liéyreni lez lolz et dicnt : Sirc Diex, graces vous rendons. DE SAINTE GEMEVIÉVE. 281 MadamCy ä Dieu vous commandons; Dicu vous maintiegne en sainte foy ! SAINTE GENBVIÅVE. AIcz ; a Dieu priez pour moy. Cy se remete ä oraison et se tiegne ä Letrée jusques å tant que les målades aient finé. Qui le jeu saint Denis ? oodroit cy terminer Gomme cy est escript le pourroit définer. Seigneurs, Dieu nous a fait grant grace : Par sabct Denis cl Gencviéve, Sy commen90n8 dés ceste place. Cest chose qui nuUy ne griéve , Ne elers, ne laiz, ne bigamus : Por ce en estant chascun se liéve, Chantant : Te Deum laudamus. Mindes de plusieurs maUdes En farses pour cstre mains fades. UNG BIAU MIRACLE. Cy apres sont atUres miracl$s de madame sainte Genci^ieue. San ctuez que chascun emporte plusieurs personnages de plusieurs målades pour cause de hrietéf et a parmy farsses cntées^ afin que le jeu soii mains fade et plus plaisans. LE MESEL. Au målade, Diex, au målade ! .1. tentet de viande sade. Ilalas, chétis, je suis gaste Se je n'ay d'un pctit pastc, 282 LES MIRACLES Et plaine escuelc de boschet, Ou au mains de vin de bufTct! Ceste greveuse maladie Me maine doulercuse vie ; Je me descbire, je gratigoe , Je me défripe, je recbigne, Elle me runge, et point, et mört ; Mielx venist que je fusse mört , S'U pleust a Dieu, et mielx Tamasse, Car c'est .1. mal qui point ne passé, Fors au mourir tant seulemeni. II n'est mire^ne oignement Qui en sacbe ou puisse garir, Fors Dieu qui me gart de périr, Qui la me doint pour purgatoire. Cy se sié. LE BROUETIER. Pour 1'amour du doulz roy de gloirc, Donnez ou denier, ou mallete Au povre enfaut de la brouete. Mielx ne le povez cmploicr, Car par m'äme il ne puet ploicr Membre nul qu^il ait, ne cstendre. J'eusse plus chier qu'il fust en cendre Il n'ot, ne ne voit, ne ne parlc, N'a plus meschant de cy en Arle. Donnez-ly, pour Dieu, crote ou mie : Vous fercz aumosne flourie. Par ccst amc, je dy veritc. Cy se sic apré» l*autrc. DE SMNTE GENEVIÉVE. a83 L YDROPIQUE. Diex, voslrc aidc par charité! Je ne sens qii'eDgoisse et meschiet' Du fons du pié jusques au chief. Helas , j'ay goute miseraigne, J'ai riflc et rafle, et roigne et taigne, J'ay fiévre lente et suis podagre, J'ars trestout du mal saint Piacrc, J'ay ou cul lez esmoroides ; Sy ne puis chter, c'est grant hides ; Je chie souvcnt du mal saint Lou, J'ay cors, j'ay le fil, j'ay le lou, Je suis roupt, j'ay maise fourcetle, J'ay la pierre, j'ay la gravelie, Je suis enflez et ydropique, Et d^un costc paralitique ; J'ay Talaine puante et forte; Mört, qu'astens-tu ? vicn, sy m'emporte : Je ne me puis plus soustenir. Cy se assié apres lez autres. LE Bogu. An Diex, quc pourray devcnir ? Diex, de quelle heure fu-je né! Halas, je suis trop mal menc. Je suis lx>^u et contrefait : Le fcu saint Fremi pis me fait Qui m^art tout ; or ay de la goute La destre jambe enflé toute. Le chancre m'a rongié le menbrc. a84 LBS MIRACLBS Las doulanl! quant je mc remenbre Du dueil que ma &me en demaioc, C*est mal suz mal, peioe suz paioc. Et que feray-je, bonne gent ? J'ay despendu tout mon argent En merdeffines et en mires. Je croy qu^ou monde n^a gent pircs, Soit torty soit droit, hapenl, ravissent, Et trestout quant qu'il sont honnissent Lez uns pour öster une espinc, Les autres pour veoir une orine Vourroient le monde essillier. On ne puet mielx lez gens pillier; Lez ycux crevez puissent avoir Ceulx qui ne font bien leur devoir. Je me doubte plus que de tous Que je ne lez maudisse tous. Poulx Diex, qui estes le vray mire, Délivrez-moy de cest martire Et me donnez mört ou confort. Cy se siée apres Tautrc. LE FIÉVREUS. Ha, Nostre-Dame de Monfort I Je tremble dent ä dent ; hareu ! Se j'estoye .i. droit leu gareu Sy ay-je assez have couleur. An Diex, que je sens de douleur ! Or ay le bout et double quarte, Et sy mc semble qu'on mc parte DE SAINTE GENBVIÉVE. 285 Lez ventrailles affroiz contraus, Et qu'on me tranche lez boiaus. Lez dens me refont enragier ; Je ne puis boire ne mengier , Tant sueffire d^angoisse et de råge. Je crie comme .i< oiirs saiivage, N'endurer ne puis doulcement Mes maulz qui sont durs durement, Hé, mére Dieu ! mére de gråoe ! Et que puet-ce estre, et que seracc De sez dureces infernales Qui sont sy dures et sy mal ? Comment les pourroie endurcr Qui pour si pou ne puis durer ? Et toute voiz endurer &ult Ou cy, ou lä; mez en défault Vient mielx durer temporelement , Qu'endurer perpétuelement Ne qu'endurer neiz purgatoirc ; Car sy n'a durlé transitoire Qui soit k endurer sy dure : Cest doncques du mielx que ]'endure. Or doint Diex qu'en ceste durccc Dure sy que m'äme ne blece, Et Yueille que toute durté Puisse endurer ä ma purté ; Sanz sa grace ne senz sez bions Ne puis durer n'endurer riens. Sy mc face sy endurcy S'il ly plaist tant com je dur cy , a88 LES BflRACLES Pour .1. fol, pour .i. burelure; Il n'y a ne grant ne petit Qui de moy voir ait appétit. Diex! qu'il est povre qui ne voit! S'il va, s'il vient| s^il dort, s'il poit, Autant de Tun comme de Tautre, 0'est .1. droit ymage de peautre. Helas! men filsHanequinet) Meino-moy en ce matinet A celle bonne et sainte dame Qui de meschief öste maint äme , Quo lez gens nomment Geneviéve. LE VARLET. Sire,j'ay tel dueil quc je criéve De oe que je suis sy goutcus Que dez .11. hanches suis boisteus. Et ay la tous, maise poitrine , ClouSy pousy cirons, lentes, vermine. J'ay la rougole et la vérole , J'ay chascun jour la feinterole , J'ay le jaunice et suis éthique, . Ne guérir n'en puis par phisique. Merdefins et ciurgiens M'ont eu long-temps en leur liens : Maintenant, quant je n'ay que frire, Que riens n'a en ma tirelire , Par m'åine il n'ont cure de moy. l'avbugle. Par mon serement , je t'cn croy. Aussy, Hanequin^ sy m'aist Dicx, DE SAINTE GENEVIEVE. 289 II in'ont du tout crevé lez yeulz. Mengier puissent-il leurboiausl Je dy ceulx qui ne sont loyaus Selon leur po^oir et savoir. Alons ou j'ay dit ; car lä, voir, Nous trouverons miséricorde. L£ YARLET, en baillant la corde. Alons donc; tenez bien la corde. Cy voisent aus autres målades , et lors die le variet: Qu'atendez vous cy, tnez amis? .1. DEZ MÅLADES. Besoing, frére, cy nous a mis, Pour avoir de la sainte fame Qui doit vcnir a Nostre-Dame, Aucun aide et aucune grace. l'aveugle. Le doulz Jhésucrlst la nous face ! Nous l'atendron avecques vous. LEZ MÅLADES, Or 5a, venez socr avec nous. SAINTE GENEViEVE , en passaut. Mez amis, Jhésucrist vousgart! LE BROUTIER. Vaitlant dame, .1. piteusregart Vueilliez faire suz ceste gent ! SAINTE GENEVIEVE. Je n'ay sur moy n'or ne argent; Mais je prie au doulz Jhésucrist Qui vous et nrioy forncia et fist, !39<> LES MIRACLBS Qui touB målades poet guérir Sans autre médccine quérir Que de son simple et bon vouloir , Que des maulz qui vous font douloir II vous vudlle öster y et suz piea Vous rende tous joieus et liez. in nomine Patris^ et l^lii^ et Spiritus sancti. LB MESCL, en sailUnt sut, die : Järnen! Diex^ vous soiez aouré! Je n'ay plus ma meselerie. L^DKOPIQUE. Vecv noblement labouré : Loez en soit le Filz Marie ! LE CONTRAIT. De tout mon coeur Dieu regracie, Car sain suis com poisson de mer. LE BROUTIER. Suz, mon filz ; va, sy la mercie. Bien la devons de cuer amer. l'enpant, en saillant hors. Je doy bien de joye baler, Car plus n'ay mestier d'échiniére. l'aveuglb. Grace k Dieu je voy bien alcr, Dieu m'a donné belle lumiére. LE VARLET. Et j'ay santé plaine et entiére ; J'en mercie Dieu et sez sains. LB FIÉVKEUS. Bien devotis feire bonne chiére DE SAINTE GEf(EVlÉVE. 29 1 Quant Dieu nous a iait liez et saios. TOUS ENSEMBLE. N0U8 voua commandons ä Dieu , dame. SAINTE G£NEVl6VK. A Dieu qui vous gart corps et äme. Sainte GeneriéTe Toiae en son oratoire et lå se tiegne en oraison et les autres oä ils vonrront. Cy apres est de une/ame ä qui modame sainte Genef^Uue nndtl ta veue que eUe atnni perdue pour ce que elk atwt emUé les squ» iers de la dicte yierge, LA VIBLLE. Pour iez boiaus sainte Géline, Vela dame Genevetine En la monstrant. Qui ne iait que pseaumes brouHier, Sez yeulx essuier et mouilleri Qui a trop bien la main oii metre ; Et je puis bien foDu'il ait des ciex la joie belle Qui tout temps dure. DIEU. I3icn m'y octroie, c'est droilurc. (jabricl , fay sy; Ii va dire ar celle plairie La pucelle qui a désir Qu'avec Ii voisegésir; Mais n'av taicnt de mov sonllier. • k' Icy mc vois agcnouillier Pour pricr Dieii dévotement. Vray Dieu , sy vray qiie ierniemcnl Croy quc nasquites cic la tielle Qui cnlanta Viergc pucelle Votre saint corps sanz soulfrir painc, Et c^onques, franche ne villaine, Ne pot dire par vérité QuVntantasI en virginilé, Fors elle, ne donnez puissance A telle qui a espérance De moy trouver, qu'en nulle guise Me recognoisse ne ravise ; Gar se de luy oonnus estoic De Ii trestont semons seroie. Espoir qu'encluier me feroit A fait de quoy pis me seroit Et grant domage. LA PUCELLE. Je croy quc c'est la 1'eitnitage. A .11. lieucs (le Miaulx en Brie DE SAINT FlÅCKE. 325 Est ainsinques le Jevisoit Le mcssagier quaiit il disoit Oultrc la mer dont sui venue. Alar in'y lault sanz alenduc, Suer déboiiiiairc. LA CIIAMBERIÉRE. Ne soinines pas loing du rcpairc. Alous-y ; quanl vous atalentc Melons ä Ii trouver entente. Quant avez fairi de Ii trouver Nous nous en devons esprouver Sanz tenne prcndre. LA PUCELLÉ. Alcr ury convient sanz atendre; J'enlcrray ens. Qy eiitre. Dieu nolre pére, Soit seans et sa doulce mérc! lev endroil venue estoie Pour la cause que je euidoie Trouver ce que ne trouve niic. Je me sui en vain U*aveillie Se vous ne n^^enseigniez .1. home Que le commun Fiacre nomme. A .u. lieues de Miaulx demeui*e : En hermitage Ih aeure Le Roy des Roys. S. FIACKE. Danic , bon laii touir dcsi*uis, 3^6 LA VIE Mais se Dieu me gart de dommaige, N'a en ce pais hermitage Fors que cestui ; fob serez Se nul autr^ plus enquerez , Qu'il n'y est goute. LA PUCELLE. J'ay perdu ma paine toute, Car 5 volr , Fiacre n'estez mie. Il nous en faifU aler, amie^ Fiacre n'a pas tel visage Comme Fomme de rermitage, Je sui scéure. S. FIACRE. Hé! glorieuse Vierge pure, Louer vous doy et mercier : Pas ne me voulez oublier. Or S9ay-je bien ccrtainement Que demourer scéurement Puis bien ycy toute ma vie. Bien s^ay la pucelle polie Plus ne vendra pour inoy trouver. Dorénavant me doy prouver De faire le salut de m'åme; Car je pensse que bome ne &mo N'y mettra plus empescheinent. Plus ne revandra vraiement La damoiselle. DIEU , en parlant å sa mere Mére, förment vie cruellc, Maine Fiacre pour m'amour. DE SAINT FIACRE. 32' Il ne fera pas grant demour LÅ jus en la vie mortelle : Il ara la cellesticlle ; Quar il a assez deservie. Oncques ne vosjt iiser sa vie La jus, fors en afflicion. Bonne rémunération En doit avoir. LA MÉRB DIEU. II a esté plain de savoir Et est encore sanz iaulz vioe; A esté en votre service Et ou inien ; pur bonne penssée M'a dévolement saluée Plusieurs fois de bon courago. Pour tant vous pri que du $ervag(^ A Pennemv soit deflfenduz, Car du tout c'est ä vous renduz Scinz nui moien. DIEU. Ja ne charra ou faulx loien Du félon Sathan ennemy Qui n'a bon sergent ne demy. Guiéres ne demourra en vie : Pharon Paime, jc n'en doubt mie, Sanz tricherie. S. FIACRE. Soupris me sent de inaladie, II faut que jc soie couchiez. Jc vouspry, vray Dicu, que touchie/ 338 LA VIB Ne soit mon corps de famme née , Ne que nulle ne soit entrée Ou lieu ou je reposeray. Ycy endroit me coucheray : Las corps raoult poises. DIEU. Michiel, il convient que tu voises Toy et Gabriel å Pharon , Et ly dy que briefment aron De Fiacre bicn briement la vie. De Ii savoir ne veult difTanie Qu^il Ti port le saint sacreinent Et soit ä son trespassement , Et qu'il Ii face son service Bien et a point sans nes .i. vice : Mieux en vaura. S. MICHIEL. Alons^ compainSy pas ne faura A nous que nous ne voison dire. Cy parie ä Pharon Michiel et Gabriel. Pharon, saches que notre sirc Veult que de toy soit visité Fiacre; car, en vérité, Fas longuement ne vivra. De par toy portc Ii sera Le saint sacrement , c'est raison , Et ne te part de la maison Dcvantqu'il sera en tcrre. Il a le cuer de mal serre : Va le véoir. DE SAINT FIACRE. 3^9 S. PUARON. Il me devroit bien meschéoir Se le plaisir Dieu refusoie. Tantost yray ; se je targoie Je feroye haulte folie. J'ay la voiz dez anges oie. Cy parie ä son chapelaiii. Chapelain avec moy venez , Et notre clerc y anienez Par compaignie. LE CHAPELAIK. Haston nous; se il perdoit vie, Ains que nous y fussions venu/ Pour iaulz en serions tenuz. Gy parie au clerc. Clerc, vien avec nous sanz atendre; L'iaue bénoiste te fault prendre, Sanz respil faire. LE CLERC. Et je le feray sanz conlraire. Certes moult volentiers feray, Tout ce a quoy tenu seray. Avan^ons-nous d'aler au lieu, Puisque c^est le vouloir de Dieu Qui nous pourvoie. S. PH ARON. Ne iineray tant que gM suie. A lons par cc chemin ferré: J'aroie t rop le cuer sern^ Se raon dcvoir t]c Ii fesoie 33o LA YIE Je le voy ; Jhésus le poiirvoie ! Il le me fauit araisonner. Cy parle å S. Fiacre et die : Frére , Dieu qui puct pardonner Touz meftaiz par sa courtoisie , Veult que soiez de sa partie. Venu sui pour vous visiter ; Dévostement sans respiter Feray Tafaire. S. FIACRE. Mon tréz chier seigneur débonnaiiM), Ctiargié sui de grant malladie. Estre ne puis longues en vie Trespasser me fauU tempretaent. Bailliez-moy le saint sacrement : J'en fineray plus asseur Contre Tanemy qui peur M'a fait souveut. $. PHAKON. Vous Tarez, je vous en conveut. Volentiers et ä boarie chiére Vous créez en bonne maniére , Que c'esi cil, ne n'^ doubtcz mie , Le filz de la Vierge Marie Qui pour faire rédempcion Aulx humains soulTry passion , Puis au tiers jour r^suscita El quant il voult és cielx monti Et siet h la destre son pcre , DE SAINT PIACRE. 33 Et reveora, c'est cbo66 dére, Quant tomps sera, par bon avis, Pour juger trestous mors et vis Au jugement. S. PIACRE. Ainssy lecröy-je fcrmement, Sanz nulle faille. S. PH ARON. Mon chier amy, je le vous bailie. II estbien tempsque le pregniez. Uses-le bien, ne vous feigniez , Mon trés-chier frére. S. FIACRE. J'ai de joie &ire matére , Car ]'ay les anges prévéuz Dont oion esperit iert recéuz: Finer veul le chief encliné. In manus tuaSy Domine, Commendo spiritum meum . S. MICHIEL. Gabriel , quant s'ame véon Sy la porton iasus en gloire. Tous jors a éu en mémoire De Jhésucrist la paesion. Ne faison plus ii oHrc. Mcttre le convicnt en cc coflre , Puis de ccdrap le couverron : Apres cy entor nous serron , Ne vous desplaise. CY EST INTEPiPOSÉ UNE FARSSE LE BRIGANT. Biau preudom , je ne sui pas aise. J'ay perdue ma compaignie. Ensaigne-raoY , ne ment mie , Le droit chemin ä Saint-Omer. Par Dieu que chacun doil amer, De forvoier sui en doubtancc; Car oncques mais ne fu en Frauce N'en Picardie. LE VILA IN. Je mengeray de la boulie Ja quant je vendray ä m^uson ; Mais j'ay perdue ma saison De tous poins ceste matinée ; Car le prestre sy ä cliantée Ilui au matin trop longue mosM\ Ne prisc le cry d'une asnesse, DE SAlNT FIACRE. 333 Tout quanqu'ii porroit scrmonner. Il ne pciissc qu'ä organcr Pour trairc notre argent de l>our»fte. Aussy tost aroit .i. pel d^oursse, Qu'att riens du micn par sOfi abet, Tant sache chanter au fäusset N'a haulte alaine. LE BRIGANT. Bons boins, dy-moy , ne te soit paine, Par ou son t lez brigans passez : Je sui destrier tout lassez. Knsaigne-moy, que Dieu te voie, De Saint-Omer la droite voic. Le vilain ne daigne rcspondre. £n mon cuer en ay grant engaigne; Sourt esl , jc croy. LE VILAIN. ■ Qu'es-tu apres .i. palcfroy? Tu as robe bien escourtée. N'aiez doubte qu'clle soit crotée. Tu sembles inult en plain d'oultrage. Je ne s^ay se tu as courage De moy terir en nulle guise, Mais en vcrité le devise Que se de toy feru estoie, De mon houel t'abatroie Le hasterel. LE BRIGANT. Se félon vilain boterel 334 hK VIB Me tient bien ; ne me veult mot dire : Voir me iait au cuer grant yre. Enoore l'araisonneray : Bons homs, dy, par ou passeraj Pour mez oompaignons retrouver. Je le te vouldroie rouver Par courtoisie. LE VlLAIIf. Ma fame mainne grant mestrie ^ Suz mov s'en sera tourmentée. Quant je veul pois n'ay que poirée * Trop medespriae malement. Sy en ara grief paiement En brief termine. LE BRIGANT. Faulx vilain , la male corrine Te puist tenir, et le lampas ! Pour quoy m'ensaignes-tu pas Mon chemin, chose que dye? Par foy ne tieng qu'å moquerie, Je te feray ains que m'en aille En fourme de vilain sanz Riillc. Es bieh tatilié. LE YILAIN. Se mon pain t^avoie baillié Moult mal asseuréep seroie; Gar ataindre ne te pourroie, J'en sui sceur. LB BRIOANT. Par foy, se n'éusse peur, DE SAINT FIACRE. 335 Que de justice repris fusse, Je te tranchasse la capusse De ma coustille de Randoii ; Mais j'en porteray a bandon Se chapon eras sanz demourrcc. Mengié sera ä la vesprée Quant Tay trouvé. LE SERGENT. Tu sembles bien laron privé : Pas le cbapOD n^enporteras. Ja gorge n'cn passeras. Fay ! met le jus ribault porry : A ceulz sera qui Tönt nourfy. Entré vous briganz, n'eh dout mie , Ne vivez que de roberie. Lessez le chapon sans attendre, Con te puist par la gorge prendn^, Garson puant. LE BRIGANT. En me devroit aler huant Se le chapon pour toi lessoie; Je le mettray enmy la voie Tant que me soie combatu . Se ton orgueil n'est abatu Par moy, chétif sergenterel, Je ne me prise .1. viex merel Se n'as du pire. LE SEBGENT. Tien ! jamais sanz conseil de mire, 336 LA VIE De cc coup n'auras garison. Ta coustille petit prison ; Le chapon n'en porleras mie. Petit priseroic ma vie Se ev endroit tort me feroiez. En ton pais hien le feroiez Ouanl vev endroit le veulz faire Pourtant en äras tel conlraire Que tu mourras. LB BarCANT. Ja defTendrc ne te pourras Gon tre moy se saingne .i. pctil. Tant ay-je plus grant apetit. De moy veiigier bien dire Tose. Se m'as prisié aucune chose Mult bien m'cn saray aquiter : Il te convient a moy luitier. Puisque je te tiens tu charras ; Plus d'espée ne me ferras. Petit te prise. L£ SERGENT. Je S9ay bien de luitier la guise ; Quant je te tiens petit te doubte. II lault que le chapon te couste Vilainement. LE BRIGANT. Garde loy bien; prochainement Te ver ras vcrssé contre ter re. Tu ne sces mie mult de guerre. Tien sela et sy te deporle ; DE SAINT FIACRE. 337 Mais je te dy bien et enorte Que de droit doiz paier ton lit. Je in'en yray sy t^enbellit. Et se il ne t'enbellit mie S'en porteray de ma partie , Le chappon eras. LE SERGENT. Harö ! il m'a rompu le brås; De luitier a lui fiz folie : Le chappon a par sa mestrie. S'en pais Ii éusse Icssié , De miex me fust ; car abessié Mon nom grandement en sera. Bien S9ay con m'en desprisera. Pourfol le cuidoie tenir; Meschief m'en devoit bien venir. Il est huy, tant me suy prisié , Qu'en ay éu le brås brisié. Véez comme scet bien fouir: Je ne le pourroie suir. Voit au diable ! LA FAME AU VILAIN. Doulce commére n'est pas fable, Vostre mary est mahengnié. Il cuidoit avoir gaangnié Contre .1. brigant, par sa foleur, .1. eras chappon, mez grant douleur L'en est forssé pas n'en doubton. Sy n'i a conquis .1. bouton Mais grant contraire. I. '22 338 LK VIE LA FAME AU SERGBNT. Dieu vculle qu'il puist tel fait faire Que en le pencle par la gorge. Le glorieux martir saint George Et la (Jouice Vierge Marie Veullent qii'il (acent tel folie Que mourir puist vilainement Bientost et bien appertement, Qu'il me maisne tropdure vie Pour une garsse qui n'est mie Sy belle comme moy d'assez. Il a plus de .iii. ans passé/ Qui la gouverne. LA FAME AU VILAIX. Ma suer, je s^ay une taverne Ou il a un moult sy friant , Qu'ä touz corps fait le cuer riant Qui en avalle. LA FAME AU SERGENT. Voir j'ay de duel la couleur palle, Gar essoir fu trop bien batue. Pourtant loue Dieu et salue. Quant mon mary a grief fondée Je ne seray meshuy irapée De Ii puis qu'a le brås brisié. Du moult que tant avez prisié Veul aler boire LA FAME AU VILAIN. • Gommére , c'est vers saint Magloii*e. Alons tosl, car c'est le Filz Dieu: DE SAINT FIACRE. SSg Fain ay que soie sus le lieu. Ne dout point que batue soie ; Pour moii marv riens ne feroie, Ne me fiert goute. LA FAME AU SERGENT. Entrons ens; trop le mien redoubte, Trop me bat, ne s'en puct tenir. Male hon te Ii puist venir Et au brigant soit ajourné Bon jour qui sy l'a atourné, Car j'en ay a mon cuer grant joie. Cy parle å la taverniére. Taverniére , se Diex vous voie , En .1. lieu privé nous metez , Puis ä boire nous aportez A bonne chiére. LA TAVERNIÉRE. En ceste chambre ev dcrriére Vous séez; lieu'y a privé. Ja å vous n'ara estrivé ; En Teure servies serez De ce que vous demenderez, Sanz demourer. LA FAME AU VILAIN. Faites que nous soit aportée IJne pinlc de moult vermeil. Je ne béu ouan son pareil En ceste ville. 23 34o LA VIE LA TAVERNIÉRE. Volenliers Tarez , c'est sanz guille. Je vois qucrrc la pintc plaine. Cy voise quérir du vin , et puis die : Tenez , buvez a bonne estraine Paisiblement. LA FAME AU SERGENT. Vous buvrez tout premiérement, Commére , vous estes l'aince. Aussy m'avez aportce La nouvellc premiérement De mon mary qui malemenl Est atourné ; j'en ay grant IcMe. Je vouldroie qu'éust la teste Parmy brisiée. LA FAME AU VILAIN. Buvez bien , commére priscc ; Que Dieu confonde nos maris! Emplons de ce moult nos baris, Car il est fin. LA FAMEf AU SERGENT. J'en empliray sy mon coflin , Que seray ivre bien le [lensse. Se mon marv me fait ofTense Ou vcult estrivier de riens nce Puis qu'il a braclie brisiée , Contre terrc leboutcray. Jamais ne le deporleray , Se me gart Diex. DE SAINT FIACRE. 34 1 LA FAME AU VILAIM. Mon tnary fuet en nos tortiex. Oncques ne fu de moy amé. II vendra tout afTamé ^ Mais ne m'en chault. LA FAME AU SERGENT. Buvon se moull friant et chault. Mal ait qui bien ne buivra! Je croy que grant bien nous sera ; Quant je l'avale, j'en ay feste. 11 m'est ja monlé en la teste: A paine me piiis sonstcnir, Et sy voy mon mary venir Tout droit dedans ceste taverne. Assez fiérement se gouverne ; Ne semblc pas qu'ait brås quassé. ■ Il ne semble pas trop lassé : Jo sui perdue. LA FAME AU VILAIN. Aussy voi-je sanz atendue Le mien droit sy ä nous venir. Chaude fiévre le puist tenir! 11 m'a mult bien aparcéue. Je croy que je seray batue : Il vient des chans. LE VILAIM. Par foy, je suis bien meschéans ! Aulx chans me tue chacun jour Et roa fanie prcnt son scjour És lijverncs , c^est chosc voire.. 342 LA VIE Je la voy lÄ en present boire. Le fort moult mez s'el n'est latrée , Riens ne vail. Hé! gloute prouvée, II te convient mon poing »entir. Cy bate sa lame. Je pourroie consentir ta lécherie (sic), LA FAME AU VILAIN. Lasse! je suis toute estourdic Et afolée. LE SERGENT. Fame, qui t'a sy amenée? Voir de toy sui petit prisié. Combien qu^iie le brås brisié En frapant et en Ii osUnt sa coiffe. S'aras-tu de moi se merel. N'i ara coife ne boutel , Que ne dcspiesse. LA FAME AU SERGENT. Så, commére, qui vous meschesse? Quant vous m'avez ^y amenée Je n'avoic mie penssée Que mon mary me péust batre. Ii me convient ä vous combatre : Au tel qui m'a fait vous feray ; Car a mez mains vous pigneray Vos nerfz cheveux. LA FAME AU VILAIN. Foy que je doy tous mes neveux ! La bonté vous sera rendue. DE SAINT FIACRE. 343 Par terre serez abatue Se le puis taii^e. LA FAMB Kl) SERGENT. Doulce commcre debonuaire , Apaisons-nous et sens sera. Mal ait qui plus estrivera , Et cbantons com desconfortces. Mauvaises coifles dessirées Avons par lez mous. <:Y FINE LA FARSSE. DIEU. Le corps Fiacre qui fut doulz Fault honnourer de bonoe guise. Yous .II. arclianges que je prise , Alex ä Pharon réciter Que il liéve sanz rcspiter , Le corps saint Fiacre briément. Por ce qu'a usée griément Sa char la jus, aval en terre, Veul que Ten voit soii corps requerre Et con ronncure. GABRIEL. Volentiers yrons, sanz denieurc , A Tévesque votre gré dire. Bien s^^ay qu'il n'en ara pas yre : Alons-y droit sanz plus atendrc. Cy parltut a Pharon. 344 LA VIE Pharon pour voir te fas entendre Que Jhésucrist veult vraicmcnt Que saint Fiacre soit briément Hors du lieu ou il gist levez. Corps qui seront de mal grevez Par le plaisir Dieu garira. Personne qui de cuer yra , De bon cuer le bon saint requeri*e , Ystra de meschief et de guerre Au Dieu vouloir. S. PHARON. Je le feray sanz moy douloir Volentiers, car il est droiture; Seigneurs , ä la bonne aventure , Saint Fiacre translaterou ; Du lieu ou il est Tosteron. En cesle chace sera mis ; Car, voir , il est de Dieu amis. Or tost aidiez-moy sanz défault; Sus cel autel mestre le fault. Avan^ons que Dieu vous voie. Des målades par mainte voie Le vendrons cy endroit requerre ; Car bien usa son temps en terre , Bien le savon. LE CIIAPELAIN. Monseigneur, moult bien mis Tavon Bon fait bien ouvrer en sa vie. Lassuz est s'ame hébergie Et le corps sera honnoui*é. DE SAINT PIAGRE. 345 Voir touz ceulz sont bicn éuré Qui a Dieu servir vcullent tendre. Noble loier leur en scet rendre Et agréablc. LE CLERG. Cest bien parole véritable: Quiconques fait bien il le treuvc. Dieu veulle que fasson tel euvre Qui au doulz Jhésucrist puist plaire! Devers le corps saint verrons traire Des målades grant quantité. .1. mesel qui a cliqueté Voy venir par celle sentelle : Saint Fiacre de cuerapclle; II vient grant errc. LE MÉSEL. Saint Fiacre , por vous requerre Sui venus en ceste partie. Chargié sui de méselerie Multa lonc temps qui mult griéve. Dieu par qui le cicr soleil liéve, Et vous me veulliez alégier. Je soloie estre moult légier En ma jouvance. S. PUAROiN. Metez au saint prier cntcnte Et je croy qu'il vous aidcra. Ja votre mal tel ne sera Qu'en aiez alégement. Offrez au saint scurcment 346 L.V VIE D'entente fine. LE MESEL. Sy voir que je le tieng ä digne De cire ma longueur It baille A celle fin que il me vaille. Sy voir que c'est de bon courage Avis m'est que de mon visage Chiet la rafHe, Dieu soit loez. Bonnes gens véez et ouez Le miracle que Dieu a fait. Pour saint Fiacre tout-å-lait De bonne heure sui sa venuz Que tout sain y sui devenuz. Cy preigne congiez , s'en voist un pou avant , et puis die : Adieu , je m'en voiz ä grant chiére ; Aulx gens conteray la maniére Parton t lä ou je passeray. Bonnes gens voir vous conteray : Saint Fiacre m'a envoié Garison de ma maladic Vilaine qui tant m'a tenue. Se nul grieté vous argue , Alez-y et garis serez Se de bon cuer le requérez, Sachiez sanz doubte. l'aveugle. Lone tenips a que je ne vy goule: Qui ni'v mcnast la droitc voie Ccrtcs nuilt volenliers yroic DE SAINT FIACRE. 347 Pour clarté prendre. LE POTENCIER. Voir je ty merray sans atendre : Met dessus m'espaule ta main. N'aresteray ne soir ne main Jusqu'ä tant qu'en son moustier soie, Savoir u non se j'en garriroie Du mal qu'endure. l'aveugle. Ce soit h la bonne aventure! A lons doulz frére débonnaire, Dieu nous doint tel voiage faire Qui nous pourfite! LE POTENCIER. Biau lieu a 9y, mult me délite. Bien sommes venuz sanz demeure ; Agenoillier nous fault en Tcure. Devant le saint sommes venuz; A Ii prier sommes tenuz, Et saint Fiacre qui jadis Féistes tant qu'en Paradis Est l'åmc de vous hostelée , Priez Dieu que santc donnce Me soit briement. L'AVEtIGLE. Sii*e, sy voir comme griement Ay lonc temps usée ma vie , Au filz de la Vierge Marie Priez tant pour moy que jc voie. Bien ay enploier ma voie, 348 L\ yiE Car je voy bien et clérement. Loez soit Dieu qui point ne ment De cest ouvrage. LE POTENCIER. Aussy doy-je de bon courage Dieu et saint Fiacre prisier. Plus ne me faudra débrisier Sus potences ; n'en av que faire. Dieu dov louer de cest afaire Bien fermement. L\ BOURGOISE DE LANGNY. A Langny ay mult ionguement Hanté et prise demourée; Mais oncques crcature née , N'y vint de quoy poit miex vasisse. Ne truis qui ma jambe garisse Du mal qui est let et äcre. A ler me fault a saint Fiacre ; Ne fincray tant que g'i soie. Doulz saint , je vous pry que ma voie Aie 9y endroit emploier Tant que ma jambe soit garie. Dieu a fait vertu bien pléniére: Ma jambe sanz toute légére. A Dieu et au bon saint doit rendre Grans graces de cuer sanz m'esprendre Quant la voy saine. LA DAME CHEVALERESSB. Chamberiére, ne te soit paine! A saint Fiacie droitc voie DE SAINT PIACRE. 349 Vcul aler; volentiers saroie, Par la foy que doy Notre-Dame , Qu'il avendroit k iinc famme Qui enterroit en sa chapelle ! Gy bousteray madamoiselle , N'y fauldray mie. LA GHAMBERIÉBE. Je vous porteray compaignie Moult volentiers, se Diex me voic; Saint Fiacre de cuer verroie. II faut plenté de vertus belles, Gar fienscs grans et méselles Garit; contrais fait droit aler, Et aussy lez muez parler , Et lez aveugles enlumine ; Plain est de la grace divine Se Dieu me voie. LA CHEVALERESSE. Alons-y droit par ceste voie ; Voir assez briement y seron. Je te diray que nous feron. Va-t-en a l'uis de la chapelle: Sv attaché ceste chandelle Sans destrier. LA CHAMBERIÉRE. Il ne mc convient pas prier ; Moult dévostement le feray. Ycy orendroit meteray La chandelle qui est bien belle; N'enterray pas en la chapelle 350 LK VIE Qui ne me coustc. LA DAME GHBVALEKESSE , en la bontam. Sy fcras; il (ault que t'i boute; Moiilt sui légiére. LA GI1AMBER1ÉRE. Jc in'en reslournera\ arriére: Sai)% raison m^avez boutée J'av esté förment eflVaiée Ponr cest ataire. LA CIIEVALERESSE. Ilaro, lasse ! ne scay que faii-e : A bicn |H*tst que jc ne raige. J'ay entrepris trop grant haussage; Par droit me doit lasse clamer. (^Jiacun me doit bien diAamer, Et a^^eler fole musarde : Tant av mal que l'eure ne garde Que jx^rde vie. LE CHAPELAIN. .\rrestoz-\ou8 issv, mamie; Ne bnVz plus, ne ne criez. A gonoux le bon saint priez ; II vous lera alégemeDt. l^uvn^ avez muU folenient Par e^xHilie. LA OHEVALERESSE. DoliU s^iint Fiacre^ je vous prie Qu\)lé4!eiuent me veuUiez laire. Ft je \ ous promet sanz contraire VHrotVraikie vous ;iportera} DE SAINT FIACRE. 35 1 Et votre feste garderay Dévostement chascune année Tant com pourray avoir durée. Je me repent de ma foleur : Alégée de ma douleur M'a saint Fiacre grandcment. Je le doy louer bonnement Et mercier. LA FAME qui prie son mury. Monseigneur, je vous veul prier Que je voise, mais qui vous plaise, A saint Fiacre; grant raésaise De son mal en mon corps endure. Je pensse se d'entent/s pure Le requier que seray garie. Lone temps a queje sui saisie, J'en suis certaine. LE MARY. Or vous souffrez en pute estrainne. En saint Fiacre ne me fie Ne qu'en une chienneenragie. De moy n'est amc ne prisic. S'il avoit .1. godet brisié. En Paradis banis en Teure En seroit fol ; fol est qui Tonneure. II n'est requis que de mardaille, Et ä la fin sachiez sans faille Mie n'irez. LA FAME. Sy vous plaist autrement direz, 35:2 LA VIE Monseigneur ; fol est qui desprise Des sains que le roy des roys prisc Par son vouloir. LE MARY. Le cuer me prent fort a doloir; II meTenra griefetdoumaclie. II m'est avis que en nf esrache Le cuer; ne scay que devenir. La male mört me puist tenir Hastivement ! LA FAME. Sire, parlez plus sagemerit Et ne vous désespérez mie : Le saint vous fera courtoisie Se le priez. LE MARY. Ciray, sanz estre detriez, Moy et vous en portant oflrende Au saint ; n'ay méz douleur si grande Ne tel conlraire. LE CUANOINE. .1. livré voy en celle aumoire; Il convient que je le deslie. Voir c'est d'un meschant la vie, Quiestoit .i. foueur de chans. De certain ceulx sont bien raeschans Qui le prisent. Lå voit son livré. Las! a paine seray délivrc DE SV!NT FIACRE. 353 Dc la douleur qui me tormcntc, Aler veul dc loval en ten te Oii saint Fiacre prieray , Et son livré sv baiserav. En son monstier vois droite voie : Biaulx seigneurs, Dieu vous ortroit joie! Je vous veul dire verifé. J 'a voie le saint despitc De siens trop vilainement : Sy in'eschéi malement; Mals tantost que nren repenty, Alégence du mal sen ty. Dieu soit loez! S. PilAROiX. Biaulx seigneurs qui cez mos ouez , Chantons et ne soions pas muz, Decuer : Te Deum laudamus. tXPlJCll. iS NOTES Page 9. CY COMMENCB le MARTIIIE S. ESTIEfVE. Saint Étieniic, l*uii dvs soixantc doiizc disciples de Jesus -Clirist, fut égalementrnndcä sept chrélieiisehoisHparlestldéles ponrndiiii- uistrerles biens de la commiiiiauté.Oii ne petil douter qtrilait étéjiiif. Lorsque les apötres enrent iiommé diacres ces sept administratenrs, il fat considéré comme le premier d^entreeiix ; inais le succés de ses prédications anima les .luifs contre lui , et ils résolurent de le per- dre. N'ayant pu résister å ses raisous, ils snbornérent de faux té- moins pour Faccuser de blasphéme coiitre Muise et contre Dieti , or on Tobligea de comparaitre devant le sanliédrin. Le fond de Taccusatioii intentée rontre lui se réduisaitå dirc qu^il assurait que le temple serait détruit ; que les sacrifices prescrits par Motse n*étaient que des ombres et des types ; que les observances de la loi n^étaient plus agréables h Dieu , et qu>lles avaient cté abo lies par Jesus de Nazaretli Saint Étienne , profitant de la permission du grand-prétre , fit sa propre apologie, de maniére LIT LEVDEMAIN DE .NOEL. Se vous voulcz tiiil cy eotcndre y DUS y pourrez mouU bicn aprcodrc : NOTES. 357 Maisquc \nii.s vueillcKiiioctrc peiue A la passion saiiit Estiennc. Oyex , qiii Dieu voulez ser\'ir : La passion pourres oir De saint Ksticnnc le marlir, Commcnt il voult pour Diou niuiirir. Leclio Acluum nposlolonim. L} apustrc cestc li>(;on Firent pur bonc eulenrioti De saint Estiennc le baron ^ i)m moult aynia Dieu el son nom. Tn (ii e hus ////>. A])rcs le jour (|iie Dieu fu nez Fut saint Kslicnne tournieutez. Ly Juyfs (le picrrcs h tjranl foison \.e lapiderenl sans raison. Siephanus pienus i^ractd el foriitiuline facicbal sif^na et prodipa maf^na in popnio. Saint Esli'Mine plain de bonté Et de la (]^råcc damc Dé, Oncques ne inaintint fauceté ; Mais a le peuple doctriné Et par SOS sinnes démonstré Coniment il puet estre sanv^. Surexeruiii autem quidam de sinago^å quas nppelabalur liberti- norum et Cyrenensium, et Alexandj-inonim et corum qui erant a Siiicid et A,siå disputanles curn Stephano. De pluseurs terrcs son t venu Ly fi^lons Juifs mescreu Qui Ont ony et entendu Que saint Eslienne a grant verlu. De dcspiter ne sont pas mu : De Icur loy ont grant plait tcuu ; Mais saint Eslienne a tout vaincu Cc que tuit l'ont apparceu. 358 NOTilS Et non polerant rcsis/rrc mpifncite et spiritui qui hqucbatur. Qiii adoncqucs les véist forrener Frémir , rechignier et dever Que il u*y pciiriMit plus demourcr. Sus faillriit pour Ii tnurmenter. Andirntc.^ au tern han- differahantur vnrdihu^ suis et stridebant dan ti bus in eum. ^ Saint Estiennc ful plains dr (;ri«c<> : Eutrc Ics J uiis en la place (^hascuii le rechainfpie et mcnace. (Jon tre niont a tourné sa face : Vit du cicl oiivrir unc espace. Hien regarda enimy la face. Cion atilcm esset Stephanus plcnws Spiritu Sancto intendcns in ca*lum vidit ghriam Dc.i et Jhesumstaniem a dexlris virtutis Det. l.ors sVscria nioult douccmenl : Je vois ouvrir le ftrmament Kt Jliésucrist en son semblant , Avecquesses anges qui m*aten(. Exctame.ntes nuicm voce mas^nå , eontinuerunt aure.y suos et impetumjeceruni unanimifer in eum. i^ors conimancerent a criei*. Leurs oreilles ä (*stouper , Puis le liérent a Testaiche , Et lui crachiércnt ou visaige. Etejicientes eum extra civitatem lapidabant. Hors de la cité letrainérent Et pierres apres lui jectérent. I.e sanc yssoit de ses costez , Tout contreval jusques aux piez. Et tcstcs dejffnuerunt vextimcnta sua secus prdes atlolcscenti^ qui vocabatur Saulus. Ses %eslenicus Uii ont osler.; Tng jouvcoccau Ics a gai'dez NOTES. 359 Qui Saulus cstoit appeUez : Saint Pol Tapostrc fut damez. > Ei lapidabant SUp/tanum invocanUm et dictniem : «« Domint Jhesunty suscipe spiritum meum.n Quant lapidoient Ii félon Saint Estienne le bon baron, Jhesucrist appelloit par son nom , Qfie de sa mört leur féist pardon. Positis autem genibtis clamavit voce moffnd dicens : DommCy ne statuas illis hoc peccatum, Beaux sircs Dicux, plain de pitié , Qui pour nous fust crucefié, Pardonnés leur cils péchies Que ilz ne savent que ils font : Les ennemis dcceups Ics ont. Et cum hne dir is set ^ obdormivit in Domino. Sus terrc ses genoui a mis. Graces rendist å Jhesucrist; Puis doulcement s'endormy *. Le espérit de luy issy. Droit en paradis l'emportérent Les an{];es qui le coronnérent £t å Dieu puis le préscntérent Et moult grant joyc en demenérent. Or prions Jhesucrist le pere Qui nasqui de la Vierge Mcre, Et puis prions ^ saint Estienne Qu'il nous otroit par son plaisir Que vrais confés puissons morir Et en Paradis parvenir. Amon. 36o NOTES. Page 19 y nvant-deroier vers : Tien , yilain , lien ceste beloce. BeUfce, Gette expression désigne une espéce de pnine; il fa sans dire qu'elle est prise ici au figuré pour le mot coup de poing, Page 21, vers 23 : AloD-en qa'il en est sné. Le dernier mot de ce vers qu'on dolt entendrc ici dans le sens de taer, est reste dans la langiie des malfaiteurs. Ils disent encore sii^r un chene, pour ftter un /wmme. Page 25: La contersion s. pol. Saint Paul , nommé d^abord Saul , naquit deux ans avant Tére vulgaire, å Tarse, en Gilicie. Ses parents, qui étaient juifs, Télevérent dans ienr croyance , et il fut instruit dans la loi de Moise par le docteurGamaliel. Lors dumartyrede saint Étienne, Saul, ågé alors de trente-deux ans, gärda les manteaux des lapidateurs, et se rendit ainsi leur complice. Saint Étienne n'en pria pas moins pour lui. Apres la mört de ce saint , Saul dcvint un des plus ardents per- sécuteurs des chrétiens , quMI alla chcrcher jusqu'en Syrie pour les conduire å Jerusalem ; mais avant d^arrivcr å Damas, une vision cé- leste lui apparut, et une voix lui ena : « Saul, Saul, pourquoimc perstcutes-tu? » II aperQut en möme temps Jesus -Ghrist qui lui montrait sa lumiére et Tappelait ä la foi. Arrivé ä Damas , il fut baptisé par Ananie , et préclia sa nouvelle croyance jusque dans la synagogue. Les Juifs tentérent de le faire arréter, mais on le descen- dit durant la nuit dans une corbeille , par-dessus les murs de la ville, et il s*évada. Apres de nombrcux voyages qiii valurent beau- coup de prosélytes å la foi chrétienne , saint Paul qui, déjä une fois, était venu a Rome , ne craignit pas d'y rcparattre. Néron Ty Qt arréter. L'auteur de notre Mystere, conformément au rapport de quelques péres de TÉglisc , attribue sa mört au resultat de sa querelle avec Simon le magicien , qui , ayant voulu s^élcvcr en Tair, fut précipité par terre, grace anx priéres du saint, qne Néron fit martyriser dans sa colérc. NOTES. 36 1 Page 42 : Cy ensuit la conyersion s. denis. Saint DeniSy un des missionuaires envoyés de Rome dans les Gau- les » 8'avanca plus avant dans le pays que ses compagnons, et fixa son fliége ä Paris. Cest ä lui ou ä ses disciples que la religion chrétienne fut redeYable de la fondation dos églises de Chartres , de Senlis, de Meain , et peu apres de celle de Gologne, ainsi que de quelques au- trea qui étaicnt florissantes au iv* siécle. Nous lisons dans les actes de saint Denis , que cet évéque fit båtir uoe église å Paris , et convcrtit un grand noinbre d'idolätres å la foi. Les travaux de son apostolat furent couronnés par iemartyre; Topi- nion la plus probable est qu'il le souffrit dniant la pcrsécution de Valenen, en 272. Quelques auteurs mödernes ontcependant dilTéré sa mört jusqu''au commcneement du régue de Maximilien Hercule, qui fit sa principale résidence dans les (laulcs, depuis Tan 28(> jusqu^å Tan 292. Adon appclle Fescenninus le juge qui le condamna. Selon les actes de son martyre , que suivent saint Grégoire de Tours , Fortu- nat et les martyrologistos d'Occident , il fut cmprisonné long-temps ponr la foi, et termina sa vie par le glaive, avec Ruslique, prétre , et Eleutbére , diacrc. L'auteur des mémes actes ajoute que les trois martyrs farent jetés dans la Seine , mais qu'une femme chrétienne , nommée GatuUa, trouva le moyen de les en retirer, et de les enter- rer honorablement prés du lien ou ils avaient été décapités , et qui tat nommé depuis saint Denis de Letrtc ou saint Denis du grand diemin. Des fidéles bdtirent une chapelle sur leur tombeaa. En 469, les pieuses exhortations de sainteGeneviéve firent elever une église sur les ruines de cette chapelle , et les chrétiens venaient de toutes parts la visiter avec beaucoup de- dévotion , comme nous le Yoyons en plusieurs endroits des ouvrages de Grégoire de Tours. n résulte de ces mémes passages que Téglisc dont il 8'agit était hors des mors de la ville , quoiqu^elle n'en fOt pas éloignée. Dagobert , qui mourut en 658 , fonda la celebre abbaye de St-De- nis ; Pepiii et Charlemagne furent les principaux bienfaiteurs de cc monastére , que Tabbe Suger fit rebatir avec une grande magnifi- cence. On y gardait les reliqucs de saint Denis , de saint Rustique et de saint Eleuthérc , dans trois chAsscs d*argrnt. La Bibliothéque royale rcnfcimc dans le fonds Cangé, n» 141, sous le n» actuel 7552, un vol. in-4", sur papier, du 16* siécle, qui renferme un mytitére de siinl Denis signalé par les fréres Parfail , 3()2 NOTES. ct divisé en plusieurs joumées. Il irest poiiit complet malgré sa lon- gueur. Voici les noms des personnages : « Dieii le pére, Dieu le fils, saint Michiel , saint Gabriel , saint Raphaél , saint Criel , saint De- nis , Panopages , Apolopfanes , trois mattres de la loi , Tayeugle et son varlet, le geaulier, Caiphas, Alexander, trois pharisiens, Paulus , Notrc-Dame , saint Pierre , saint Jehan , saint Jacqoes-le- Mineur, saint Barthélemy, saint Simon , saint Thomas , saint An- dré, saint Jacques-ie-Grand, saint Phelippe, saint Mathieu , saint Jude , saint Mathias , saint Bernabé , saint Estienne , saint Marcel , saint Phelippe, diaere, saint Lucas, saint Nicholas, saint Nichanor, etc, plusieurs tyrans, et la diablerie en enfer. »> Le manuscrit 2555 ( 1671 , fonds Saint-Germain) , sur papier , et du 16«siécle, contient une Fie en britfde mon seigneur saint Denis, En foici le premier quatrain : Monseigneur saint Denis, trésor de sapience , M'dmc et mon corps commcnde en votre providence ; Mod corps vucilliés gärder de toute pestillence, M'åme cmplir de vertus, de mcurs et de science. Un autre manuscrit de la Bibliothéque royale , supplement frän- (;ai8 , rfi 2(K)7 , olTre une Histoirt de saint Denis , commtncani å sa conversion par les prcdications de saint Pol dans la ville dA* thénes , et finissant ä la mört du roi Dagobert , qui fil InUir son cglise. — Ge manuscrit est omé de 54 miniatures. — L^histoire de saint Denis est suivie d'un petit poéme sur la conversiou de PladdaB, <|ui fut nommé saint Eustache. Un autre manuscrit de la méroe Bibliothéque , fonds Saint-Ger- main , n* 1859 , contient également la vie de saint Denis , en prose fran^.aiae , et le poéme de saint Eustache. Enfin , deux autres ma* uuscrits, Tun sous le n« 7137, Tautre sous le n« 7955, contiennent chacun la vie et passion de saint Denis , présentée ä Philippe V par (^^illes de Pontoise , abbé de saint Denis. Page 61 : Ci ensuit comment s. pbre et s. pol ALKnsHrr A KOMME ET COMMENT ILZ FURENT MARTIREZ. Saint Pierre, frére de saint André, premier disciple de Jésus- Christ , est assez coimu pour que nous nous dispensions de parler de lui longuemcut. Apres avoir plusieurs fois visité Romc , il y revint de nouvcau en lan kVö, et se réuuit a sainl Paul pour combattrc I NOTES. 363 la dectriae de Simon le magicieii. Apré$ la mört de celui-ci, Néroii, irrité oontre Jes deux apötres , les fit arréter tous ies deux, et marty- riser. Selon fiiuébe , Prudence et Astérc , saint Pierre aurait été cmdflé la téle en bas, au lien méme et å la méme heure oä l'on faisait périr saint Paul. Page 78, ligne 22 : Ge sonty ce croy , sages Bretons Qui font illec leur caquehan. Caguehan, rabale , conspiration Page 85, dernicr vers , et premier de la page 86 : Agyos , o Theos , agyos ykirros agyos Athaoatos Jhesu eleyson ymas. [sic.) Ces paroles peuvent se traduire ainsi en fran^aif : « O Dieu saint, « ö saint fort, 6 saint immortel, Jesus, aie pitié de nous.» Elles sont extraites de rOfflce du Vendredi saint. Page 103, ligne 26 : SATURPfiif ira en Guiennc Säint Satnmin on Semin dcvint évéque de Toulouse , ou il fut marfyrisé lors de la persécution de Dioclétien ; son nom fut donné , apres sa mört , a la principale église de cettc ville, qui le porte en- i*ore aujourd^hui. Page 103, ligne 28 et 29 : Lucien et frére Quentin A Beauvais et ä Amiens. Saint Quentin était Komain de naissance et descendait d*une fa- mille sénatorienne. Sonzéle pour le service de TÉglise Tengagea A qiiitter Rome et ä partir pour les Gaules avec saint Lucien, qui fixa sa résldence å Beauvais, ou il fut martyrisé, tandis que saint Quentin se rendit å Amiens, ou il périt en 987, lors de la persécution suscitée par Rictius Varus. Page 104, ligne 3 : El Rieule å Arle demourra : Bien est voir qu'å Senlis mourra. Nolre Mysterc rnnfond ici deux saints tout ä falt dillérons. Saini Rieule ou HépuhisdWiios, doni on nr salt qiio Ir^s-pou de choso. M)/^ .\uii:s. nest pas du tout ie méme que saint Rieule premier évéque de SeDlts, et il est probable que si saint Rieule d* Arles vint dans les Gaoles , il n'2(lla pasjus(]u*äla seconde des villes dont nous venons de parlér. Page 104, ligoe 5 et 6 : A Meaulx yrez frére Seolin , Et avecques yous frére Antonin. i^'histoire de la vie de saint Sentin ou Saintin est fortobscure. On ue sait sMl occupa le siége de Verdun avant celui de Meaux. En ad- mettant raffinnalive , il aurait vécu dans le quatriéme siécle et ne pourrait compter au nombre des disciples de saint Denis , comme notre Mystére le rapporte ; mais cela est fortdouteux. Ge qu*on sait positiveinent^ c^est qn'au neuviéme siécle il y avait å Meaux une ab- baye de son nom et sous son invocation. Page 105, avant-dernier vers : Cest doncques Liart et Fauvel Qui vont ensemble åla cbarrue. Le roman de Fauvel est un poéme satiriipie dans le genre d^ celui du Renard; seulement, le héros ou plutöt Théroine de ce poéme est la mule Fauvcy Fauvain ou Faiwel^ qui, montée par dame Guiile(i)^ jouc un röle dans le roman du Renard. Les personuages que le poéle mct en scéne, sont : Flatterie, Avaiice, Vilenie, Varieté, Envie,Lå- rlielé, dont les initiales composent le nom de Fauvel. (Voy.Chabatlle, Avertissement du supplement au roman du Renard.) La Biblio- théque royale posséde plusieurs cxemplaires du roman de Fauvel , (1) Dame Guite, c'cst-ä-dire Dame Tromperie.Vn poéte dulrei- ziéme siécle , nommé Sauvage , a composé une petite piéce intitnléc de Dame Guiie , que j'ai insérée dans mon choix de saluts^ dpilres^ reveries (Jongleurs et Trouvércs , p. 63) , oii il s^amuse å faire le portrait de ce personna{;e allégoriquc , dont il dit que la puissance vsi yrande en Artois ,en Flandre^ en France, en Romanie et autre- iner. Quant å sa personnc , ellc est fort allégoriquement habiUée. Sauvage don ne a Dame Guile un cfiapcau de laschete\ une coiffe de fausseic, un crepc de melancoiie, une robc defausse convoitise fti Ic reste a lavcnant. I .NOTES. 365 doDt un entré autrcs, décrit par M. Paulin Paris sons le n^ 681S de son Catalogue des Manuscrits fran^ais de cettc méme bibliothéque, est fort bean et fort complet. Yoici comment l*aiiteur du poeme donne lui-méme (a déflnition de Tallégorie de Fauvel : Or est ii Icmps que Jc iiiiKt*. re De Fauvel plus » plaiii aperr Pour savoir l'e\posicioii De lui et la description. Fauvel est beste apropitW' , Par similitudc ordciiée A seneAcr chose vaine, Barat et fausseté niundaiiic. Aiissi par ethimologie Pues savoir cc qu*il sénefie. Fauvel est de faus et de vel Compost, car il a son revel Astis sus fausseté voilée Et sus tacherie niielée. Flaterie si s*en dérivc Qui de nul bien ira fons ne rivc. De Fauvel descent Flaterie Qui du monde a la seifpieuric ; £t puis en desceut Avarice Qui de torchier Fauvel n'est nicr , YiUnie et Varieté, Et puls Envie et Lascheté. Cei .VI. damesque j'ai nommées Sont par Fauvel senefiées. Se ton entendement veus mettre Pren un mot de chascune lettre IV Fauvel qui si réf]^ne en terre, etc. Du reste , le noro de Fauvel est pris tout simplement dans notre Mystére, comme synoiiyiiie de ruule, de méme qne celui de l.iart, qui signifie un cheval de conleur café, y est pris comme synonyme de cheval. Page 108, ligne 9<^ : Dites, cstDieii omiiipolont. II faadrait , apré** cc deriiier mot , un point d'interrogation. 36(i NOTKS. Pagel16,lignc 22: Il joue des ars de Toulete. Ce dicton est assez dirficile å expliqiiiT. J<> vois hicn qu^il siguifio que Dieii (car tel est le personnage doiit oii parle) est un habile esca- tnoteury puisqu*il est jeune et vieiix å la fois, qu'il vit, quil meurt, 41u*ilötcou doDiie la vie, et peut commettre d'aiitres actions égale- iiient surnaturclles; mais |)oiirquoi dire qu*il joue des ars de Toléde plutöt que des ars d*uiie autre ville ? Si fosais hasarder une expli- cation, je dirais que rcla teiiait peut-étre ä cc cpie Toléde, qui était renommée au moyen-äge pour ses iiombreuses et excellentes fabri- quesd*annes, devait avoir, plus que loutc autie oité, de ces bateleurs dont le talent consiste å avaler des iustrumens guerhers , å les faire sauter en Tair, etc , etc; et que cesl probablement de cette circonstance que naquit le dicton jouer dcA ars de Toléde. Page 120 , ligne 21 : Menez-les , sire , å Toinbeleine ; llz ne voient goute des yeulz. Tombeleine est une pelitc ile ou rocher sur la ci^te de JNorniaiiditi, entré Avrancheset St-Malo. On y allait en [H^lerinage å une chapelle basse qu'y avaient fait bdtir les abbés du Mont-St-Michel, dout eWv dépendait. M. Maximilien Raoul, dans son Hisioire du Moni-Sf- Michel, a inséré sur cct endroit des détails intéressans , et M. Le- roux de Lincy lui a communiqué , pour le méme ouvrage , un frag- ment épisodique fort curicux du poeme du Brui^ et dans lequel Ut poéte fait vcnir le nom de Tombeleine de ce que le lieu qui le portv aurait autrefois servi de tombe a Heleine, niecc dWrtus, qu'un géant aurait transtM)rté d^Espagne , ou il s^étail cm{)aré d*elle , au Mont-St-Michel , oii elle termina ses jours. Artiis vengea cette mört par celle du géant, auqucl il fil sauter la ciTvellc d'un coup de sa bonne lame Escalibur -, apres quoi : Fist faire cl mont une capi>l(' Que ore tombe Hélainc a|K*lr. Del tombel ii Hélaine jut Tombe Hélaine son nom reciil. Del tombe ii Ii cors fu iiiis, A tombe Hélainc cest noii pris >1. Francisque Michel va publier, a la suile de la rhrouique df Benolt de SteMore, roiiipri^ie daiiä la Collectioii de dociiineus re- latib ä rhistoire de Fraiire , imprirnée par ordre de M. Guizot , le roman du Mont-St- Michel, dO å (Tiiillanme de St-Pair, inoiiiedu Mont , écrit sous Tabbe Robert de 1'horigny , au douziéme siécle , etciré des manuscrits du Musee brilaiuiique. Page 137 , avant-dernier vers : Qu'ilz te paieut ou tite ou mile. Oa appelait aiui*i de petites moiinaies de cuivre fort usilées en Flandre. Page 144, vers antépénultiéme : le vudl son cul breneus torchier Avec ce poisson de Bondis. (H/e/rappe.) Il fallait qu'au moyen-äge les gens de Bondi fussent fort renommés å.cause deleur bnitalité, pour avoir d(mné naissancc ä^ce dicton. Peut-étre aussi vient-il du voisinage daugercux de leur forét , dour la réputation fuuestc sVst perpétuée jus^fu^å nous , sans qu'ou y puisse pourtant trouver Pexplifation de cette figure de rhctorique qui a fait donner le nom de poisson å un coup de poing ou å un coup de bAton Page 149, Hgne 9 : Vin de Beäune et de St-Poursain. Gesdeux espéces de vins se Irouvent citcs au nombre des vins ce- lebres dans la Bataille des vins, petit poéme du treiziéme siécle diV å Henri d* Andeli, et qn'a publié Méon. Ou les trouve aussi men- tumnés dans Ténumération suivante des divers cnls qui furcnt ser- vil darant le grand festiii qui eut lien , lors du mariage de Fauvcl avec Yaine-Gloire (voyez le roman de Fatt%*ei) -. Vins i ot bons et pn^cieus, A boire rooult délicieus , Citouandés, rosés, florés. Vins de Gascoignc colorés , l)e MontpelJier et de Rochele , Et de Garnache et de Costele , Vins de Beaune et de Saint-Pourruin Que riche fjcnt tiennent pour sain , De Saint-Jangon et de Navarre , Du vinou que i'on dit Labarre , 'Mj6 .noti:s. iVEspaig^ne, d'Anjou, d*Orlenois, IVAuceurc et de Laonnois, Et de Saint-Jehan, de Hiauvoisio , IJu vin fraD(;Ois d'iUuec voisin, etc. Page 150y avant-dernier vers : Vecy comment ä Vauprofonde Les nonnains boivent en couvent. Il y avait une abbayc de Vauprofon(ie (vailis profunda) dans le diocéfMi d^Auxerrc , pies de Joigny ; mais je crois qu'ici , etc'est éga- lement Topinion de nion savant professeur a l*École des Charles , M. Guérard , ce mot désignerait plut6t un lieu situé ä trois lieoes de Paris y ä Biévre-le-Cbastel , et dans lequel la GalUa christiana , t. VII, col. 574 , nous apprend quMl y avait déjä au onziéme siécle une abbaye de femmes de Fordre de Saint-BenoU. Ce fut å Anne de Bretagne , qui voulut entreprendre sa réforme , que cette abbaye dot de changer son nom de f^aupmfonde coiitre celui de Notre-Dame- du-Yal-de Grace. Cependant elle est encore appelée Vauparfond dans des lettres de Fran^ois I'' qui sont de 1315, ainsi que dans une délibération du Parlement en date du 22 juin 1575. Elle fot träns- férée en 1621 au faubourg St Jacques, ä Paris, dans unemaison nomméc le flcf de Valois ou ie Petit-Bourbon , pour laquelle Anne d'Autridic , en se i>oriant fondatrice , paya la somme de trenle-six .rollie livrés. L'opinion que jc vieus d*é(ionccr , ifuc le Vauprofonde de notre Mystére était Tabbaye située ä Bicvre-le-Chastrl, est encore conftr- roéc par les vers (pii ont donné lieu «i la uote suivante , laquelle dé- montre que notre Mystére est tout parisien. Une chose reroarqoable, c'est que ju8(|u'ä Tabbe LelxBuf , on avait ontassé erreur sur errenr ä propos de Tabbaye de Val Profondr. Page 155, vers 2: Dame , le Dieu de Mont-Fétard Vous gart les reius et le talon. Ou lit dans le Diclionnaire ty]K>graphiquc, ctymologique et liis- lorique des rues de Paris, par J. de la Tyuua (Paris, 1812), å Par- ticle Riic Mouffetard^ Texplication qui suit : «< Cette rue a été batie sur un terraiu qiii . nu treizl^mo siecle, se nonimair Mans Cetarius ^ ou Möns Ceianiiix, :\lnnt Ccfard , d ou vieiuient par altération son NOTES. 36' .NOTES. 07 1 cfaflor dd chevet St-Jacques lui aidera å chanter sa messe, et espou- scffontencroissant qui est en la me aux Granchers, å la chapelle au carrelour du Temple , devaut rymaige d(i i\otre-Damc , en la rue de laHadiette;et Tange devaut St-Gervais tcndra le cicrge de la rue au Feorre devant St-Iiuioceut. Or couvient que avant qui soient espou- •ez, qne on face faire sermeut de cc inariage 8*il est bon et valable. Il sera (ait present le dieu d^amours de devant le Palais, et celluy de laPierre-au-Lait, en jurant par la teste-Dicu du bout de la grande Troanderie/par St-Antoint-des-Halles , par le couronnement de la Stmierie , par le Yau de Lucqucs (1] de la rue aux Lombars, que en ce mariaige n*a ee bien nou ! et qui dira le contraire, Ics champions de devant la croix 'Hémon s*en combatront k tout homme. Or nous Ci«t-il .1. saige homme discret et clervoiaiit qui fera et ordonnera le Cut et la dépance de noz no|>ces. Pour ce faire , nous prendrons romme ä deux testes de la rue St -Martin qui voit devant et derriére, . el lui bailierons assez monnoie. Cest assavoir, le gros toumois de la cave de Pontis, et le gros toumois dn Petit-Pont. Et pour savoir se ilz tönt de poix , nous Ics poyserons aux balances de la croix du Ti- roir (^ , et les mectrous en la llucherie en la mc St-Martin qui sera fermée de la clef du cymctiére St-Jehan, et de la clcf de la me aux (1) Ilvolio santo. Cétait un crucifix dont la face fut, dit-on, mi- racalensement achevéc par ud ange, sur le portrait que Nicodémc , disciple de Notre-Seigneur, en avait fait. Le saint You (visage, volto) était dans Téglise St-Michel å Lucqucs. On trouvCf \*. 168 de mon recneil intitulé Jongleurs et Trouvéres , åma la piécc des Tnbou- iseors (joueurs de tamboursj, les vers qui suivcnt : Unsjouglerrcschantoit, por la gcnt dcportnr, Ne cortoiB, ne vilains ite Ii vaut rims doncr, Et II saint You de Luques Ii dona son S(»ler. (3) La croix duTiroir, ou Trahoir , ou Tiroaer, consistait en uno grande croix ronde de pierre de taille placée au milicu de la rue de l'Arbre-Sec, et que Francois I" ht refaire en 1520 , ainsi qu'une footaine qui en dépendait. On a voulu fiiirc venir ce nom de Croii du Tirouer ou Trahoir, de cc que ce lieu aurait été cdui du supplicc de Brunehaut, qui fut tiréca quatre chevaux. Par malheur, Frédc- gaire, Addon et Aymoin rapportcnt que cettc princesse icrmina sa vie en Bourgognc , prés de Cliålons. 24. 3^2 NOTES. EfG0ufl*9(l).Etquant il?ouldraprendre les ganusoili8(s),y Im és bources de la porte Baudet , et prendra ses garnisons en U grm* che åPetitPont: c*eBt assavoir, buche, charbon, foin etaToine. Et metrons notre blé en grant et petit cul-ds-sac en Beauboure ; et m> ront criblez a la cribie de la me an Roy-de-Sécile. Et ponr le port«r au molin nous le mettrons sur Tasne royé devant la SaTeterie, pour aler moudre au molinet en la Verrerie , et au molinet d'emprö8 Str Gosme et St-Damien. Or, nousconvient-il prendre nostre tui anzbo- tuilles, devant le Palaw, et au barrillct, devant Ste-Opportont. Et buront les roys et les roynes å la coupe d*or et d*argent, en la nw de Marcbé-Palu (5). Et les autres gens buront au grand godet de la me de la Cossonnerie, et aux Gobeletsen Greve, et au Ymrre en la me de Joy. Et pour fairc cuire notre pain , tartes, pastés et flansy nous prendrons le four Ganquelin en la rue de TArbre^c , et pren- drons nostre queux en Galendre , au bout de la me aux Engbus ; et pour cuire nostre viande nous prendrons le cbauderon en la viei Monnaie, les paellcs au bout de la me aux Parcbeminiers, le pot de cuivre ou parvis Nostre-Dame , le gril en la Mortelerie, le banet en Sac-å-Lie (4), la cuillier au carrefour Guillory (5), le trepiéau carre- (1) Escoufle , milan , oiseau de proie. Gette rue n'est pas mention- iiée dans le Dit des rues de Paris , par Guyot. (2) Le mot garnison veut dire tout simplement ici défense. Le . trouvére Rutebe«jf s*en est servi dans sa complainic on PlanetuM (e»- péce d*ondson funöbre pcM^tique) de Thibaut V, roi de Navanre, fiU de Thibaut-le-Chansonnier , en disant a propos de la généronté de ce prince : Ne preaolt pas garde au dcniers , N'auz garnizons qu'il despendoit. f3) La rae du Marché-Palu , dit Sauval , se nomme ainsi parce qu'il 8*y tenait un marché , et qu'une partie des ruisseaux et des imoMin- dicesde la Cité passaient par la , ce qui en formait comme un narats ou pnlus. (4) Le hanap en la rue Sac-ä-Lie, donton changea plus tärd le bo« en celui de Sac-a-Ut, et enfin Zacharie , que cette rue porte a pié- scnt. Elle estmentionnde dans le Dit de Guyot. (6) Ce carrefour ctait aussi appelé Gui^nc-oreilh , parce qu*oii y coupait les oreilles aui inalfaiteurs. NOTES. 373 four dnTemple, l« soufflet å la bastille St-Denis, le Mortier St-Jo»e €n la roa Aubry-le-Bouchier, le peteil (1) devant le Palais , et Feau pav fiure lea potaigea ä la Fontaine de Jouvent , en la rue de la gnaat Truanderie , et Teaue pour laver nos escuelles et noz Taiaseaux, MM lea GoUette qui fait les bonnes saucices, en la me des Anii ; et pour metre en ctqript noz vaiaseaulx tant de cuivre comme d^eatain qnenoiii ne perdions riens, nous prendrons leatableaux en me Nenve-St-Marry , et prendrons nostre vaisaelle d'estain et les plaz en Tirechappe, et en la grant me St-Honoré, les .1111. escuelles en la dicta me St-Honoré, devant la Tonnelerie, les poz d^estain au siége des déchargenrs en la me Frogier-fAsnier (fi). Or fault viandes pour les roys et pour les roynes et pour le commun. Premiérement nous prendrons le liévre devant le sépulcre , le veaul de? ant St- Harry , le toreau devant St-Bon (5), les deux moutons en Harron- dele (4), le chappon devant St-Anthoine , le coq et la galline en la (1} Le pilen oabattant d'un mortier. (2) Cest probablement la ruelle qu'on appelle actuellemcnt dans lacité, derriére FHötel-de- Ville, rue Geoffroy-rAsnier, etquimine k la rtviére. Elle est nommée par Guyot rue Fro^ier-V Asnier- , et cOe a snscité au deraier éditeur du Dit des rues de Paris la sin(pi- liére remarquc qui suit : « On ne voit pas que le prénom de Forgier « ou Frogier, qui est donné au sieur TAsnier par notre poéte, att pu n åtre cbangé cu GcfTroy ou Geoffroy.» Je crois que Tautenr de eette ttiplication a pris tout simplement ici le Pirée pour un nom d'homine, en ce que Irés-probablement le nom de TAtnier fut donné au sieur Geoffiroy k cause de sa profession , mais qu'il n'était pas da tout un nom de famille. /3) Ruella sancti B:>mti. Ellc est ainsi nommée dans un accord fait en 1213 entré Pkilippe-le-Hardi et le chapitre de St-Merry. En 1300 et 1400 on la nommait ruclle St-Bon^ c'c8t aujourd'hui la rua de la Lanteme. (4) Il n'y a pas de rue dans Paris pour laquelle il y ait en autant de discusiions entré les sa vans que pour celie-ci, ni qui ait porlé plus de noms. £n 1222 on Tappelait rue d'AroDdéle, en 1204 rue de THyrondalle, eu 1300 rue de Hérondale , en 1307 me d^Ar- rondelle , et en fin , selon les autcurs mödernes , il faudrait la aommer rue de la Uondelle, parce que , discnt-ib, clle élait habitée 374 NOTES. rue aux Lavendiéres , les connins (1) en viez Jurie (2) , les ooalong devant la Teste-Noire en la rue St-Martin. Et pour faire entremös nous avons le paon å la pointe Ste-Eustasse, les .ni. cignes de k porte Baudet, le faisant au bout de Tlrechappe , et les turterelfs la rue du Four. Et tous ceulx qui suivront les roys et les roynety rönt vestus de dräps qui seront faiz aux polies en la rue des Blancs-t Manteaulx ; et trancheront devant eux des couteaulx qui sont deftiit Glatigny, et mectrons le relief és trois corbeillons au bout de la Tannorie, pour donuer aux XV-XX en la rue de Mandestour. Et prendront la table Rolent en la Saunerie, les tréteauxen la grant rue St-Jacques , la chaiére å Petit-Ponl ; et prendrons nostre linge ao Fardel de la grant rue St-Denis, et les chandeliers en la rue St-An- drieu-des-Ars pour mectre les chandelles de la rue de Mauconaeil. Et ceulx qui ne mangeront point de char auront les deux saumons de la porte Montmartre, le gournaut (5) du bout de la Tannerie , le turbot de la rue St-Julien-le-Povre, le bac au bout de la rue Fro- gier-PAsnier, la rue (4) en la rue Gcfroy-rAiigevin, les lamproyes en la rue du Temple et és hålles , soubz les pilliers od on fait la servoise, laquele sera pourceux qui ne boivent point le vin. Or nous fault yssur pour le disner. Nous aurons le cerf devant Baillehue (3) , le sanglier devant St-Julien-le-Povre, en la rue St-Martin. La pomme devant le Sépulcre, le peirez au bout de la rue du Temple , le figuier au bout de la rue au Nonnains-dlerre ( >] , et i)our gärder oostre par des faisenrs de rondelles ou de rondaches. Peut-étre son aom ne vient-il tout simplement que d'unc enscigne oii était peinte une hirondelle. « (1) Lapins. (2) Probablemcnt rue de la vieille Juivcrie^ (I) Espéce de poissoii de mer. (4) La raie. (5) Plus tärd rue Brisemichc. (6) Gette rue, dans le Dit de Guyot de Paris, est également appe- lée me des Nonnains éCIcrre^ ce qui forme sa véritable ortliographe, son nom venant des religieuses d*Ierre (abbaye située prés de Vil* leueuve-St-Georges), lesqueiles eurent une maison dans cette rue , tandis que le nom actuel que nous liii donnons , JSonandiéirs , ne Kiguifie rien. NOTES. 375 fåle cans débat, bous preiidrons Ysore et Guillaume au cort uez , en b place Maubert ; et aurons 1 uis de fer de la Sauuerie , et celluy de lanie Aubry-le-Bouchier ; et seroiit armé du baubergeoo de dc- vant St-Michiel, des deux beauuies de la porte Baudet , le grant et le petit, des gautelez du carrefour St-Severio, de Tépée de devant le paUis, de Tescu de Frauce en la Yanuerie ou de celluy de la porte de Paris. £t tendrout en Icurs uiains la massue du bout de Tyron. Or nous Cault .1. eutremés ou millieu du disner. Nous le ferons de römme sauvaige de larue Pain-Molet, qui fera esbatementde Tours et du Hon de la rue MicheMe-Gomtc, des sluges de la Peleterie, et de la Truye qui filé des hålles (1). Et apres disner on puet aler es- balre de Teschequite (2) d'eniprés la Magdalaiue , ou jouer aux dez de la rue Thibaut-aux-Déz dVinprés les Estuves. Et qui vouldra aler en gibier, il puet avoir le cheval blanc de la Cité, et le roge de la rue RegnauIt-le-Feure et celui de Thirechappe , la selle en la rue de la Täbletterie, les brides et frains en la rue St-Dcnis au bout du Pcrrin Ganelin (5), la beuse (4) en la rue St-Bon , et Fautre emprés la fon- taine Maubue en la rue St-Martin, des esperons en la me Jehan-le- Conte. Et si plaist , ilz auront la housse Gillet de la rue St-Jaques , le diaperon rouge du bout de la Ilarangcrie , les nioufles(5) aupont Perrin pour porter le faucon de devant le petit St-Antoine ponr al- ler prendre les trois CancUes de devant les moulins du Temple. Et les roynes et les daines qui vouldront aler esbatre auront le charriot ff emprés la porte St-Honoré, et le papcgault devant Fabreuvoir de Måcon. Et celles qui vouldront aler par eaue auront la nef d^argent au bout de la rue aux Polies , devant Fostel Monsieur d*Orléans, pour véoir peschier de la nasse de la grant rue St-Denis de devant St- (I) La Truie qui lile des lialles est probableincnt la inéme que cellc qu'on voyaity selou Sauvai, ä une niaisondu marché aux Poirces, et ^114 étaii fameuse, dit^il, par les Julies quc les ^arco/is de boutique des environs yjoni ä la mi-caremc, comine c tant satis doute un reste du paganismc. '(3) Echiquicr. {i) Aujourd'hui rue du Chcvaiicr-du-Gucl. (4) La botte, la cbaussurc. (h) Espéce de parcmctil iliiabit cii ciiii sm* Icquci. 011 pU(,::ail Foi- scaude proie. ^76 NOTKS. Jaquesde TOspital , poar prendrc les .111. beques delez St-Magloire, et les .III. poissons de la Saulncrie. Et les gens du comnran perent aler Toir le jeu de la paulme en la me Garnier-St-Ladre , 00 prendre les bllles et billart en la rue Ste-Croix de la Bretonnerie , et pevent aler biller aux champs et aler souper au Palais , å la Pierre de mar- bre, de?ant le beau rov Philippe (i). Et prendrons nostre Ut å Pa- breoToir Panpain, c'est assavoir la coustc et le coussin, les dräpa et les quevrechiez au fardeau dessus dit^ et couvcrrons nostre Ut de la penne vaire d*cmpré3 St-Severin , et nous yrons conchier quant la docbe de devant Saincte-Katherine sonnera.» Page 169 : Cest le miracle comment les anges FimBirr JOYB QUAIIT MADAME SAINTE GENETIÉVE FOT IfÉS. Le village de Nanterre , situé ä deux lieues de Paris , eut la gloire de produire sainte Geneviéve. Elle y naquit vers Tan 422. Son pére se nommait Sévére et sa mére Géronce. Elle avait sept ans lorsque saint Gennain d^Auxerrc et saint Lou de Troyes , qui allaient com- liattre lliérésie de Pélage dans laGrande-Bretagne, vinrent coucher åNanterre. A peine arrivés, ils se virent envirounés d*une grande multitude de peuple qui demandait leur bénédiclion. Geneviéve se trouva dans la foulc avec ses parens ; saint Gennain Tayant fiut approcher, lui prédit sa sainteté fulure; il ajouta qu^elle effectuerait la resolution qu'elle avait prise de scrvir Dieu, et que son exemple con- tribuerait a la sanctification des autres. Il lui donna ensuite sa bé- nédiction pour la consacrer ä Dieu dés ce moment , puls il la mena å Téglise du lieu , accompagné d'une grande multitude. Lorsqu*elle fut plus avancée en Age, Geneviéve se livra å des actes de piété et se soumit ä la vie la plus sévére. La retraite dans laquelle (1) On ne trouve pusdans les historiens de la ville de Paris, qu'il y ait eu un portratt ou unc statue de Philippc-le-Bel devant la Tablede marbrc, mais cela n*a ricn d'invrai8Cinblable,piiisque ce f ut ce roi qui fit constniire le dcssus de la grande sal le du Palais, sous la con- duite d'Enguerrand de Marigny. Nous savons également que ce fut dans la cour du méme palais qu'en 1314 ce princc, ayant fait elever imdais, dcmanda aui députés des principales villes qu*il avait fail venir h ccttc conférence, de lui préler, pour faire la guerre, une somnie considérahlc. NOTES. 377 dia mait n*empécha pas la calomnie , inais aaint Gennain d^Auxerre eonfondit les eDnemis de la sainte. nus tärd, lors de Tapparition d'Attila, les mémes pertéGution» reoommencérent plus menagaiiles cncorc, contre tainte Gene- ▼iére. On voulut la tuer comme fausse prophétesse, et sans Tarrivée d*un archidiacre envoyé par saint Germain pour lui apporter dea marques de son estime, ellc eOt couru les plus grands dangers. Selen tous les actes ecclésiastiques, sainte Geneviove eut le don des miracles pendant sa vie comme apres samort. Elte mournt le 5 jan- vier 9i% å Tdge de 89 ans. La bibliothéqae de Ste-Geneviéve, ä Paris , posséde one Tie de cette sainte écrite en latin , et qui a servi de fondement å la plopart de celles qui nons sont parvenues en prose frangaise. Le manuscrit qai la contient remonterait , selon Baluze , å environ 1000 années avant Tépoque ä laquelle cot crudit écrivait. Je ne connais qu'une aeule vie de sainte Gcneviéve écrite en vers. Elle est do treiziéme siecle, et Tbonorable IVL Robert, auquel nous devons dé)å un fort bon recueil de fables du moyen-åge , la publiera prochainement d*apré8 deux manuscrits , !'un du quatorziémiB siéde environ , ap- partenantå la bibliothéque Ste-Geneviéve , Tautre du quinziéme, fanant partie de la Bibliothéque du roi, oii il est coté sous le n<* 5667. Gette vie, qu^on doit au frére^Renaut, qui se nomme lui-méme dans les vers suivans: RiRAOT qui ceste vie dit, Ne puet trover plus en escrit ; Sachiez bien qu*il vous a conté De rhistoire la vérilé, etc; celte vie, disons-nous, est dédiée å uiadame Élconore de Valois , Alle de Raoul-le- Vaillant et de Pétronille ou Adélaide d'Aquilaine» inorte en 1814, dans un åge fortavancé. Voici la dédicace : La dame de Valois me prie Qne en romanz mete la vie D'ane sainte qu'e]e mult prie, etc. Page 181 , ligne 24 : Coniment Sainie Céline de AUaux^ eU\ Selon Baillet (Vie des Saints) et Toussaint Dupleasis (Hittoire de rÉglise de Meanx, t. 1, p. 9), sainte Céline naquit ä Meaox. Au mo- ment ou sainie Geueviéve y arriva elle était sur le point de se roa- 3^8 NOTES. rier, Iiiai8aas8it6t qu*elle eut appris la venue de la sainte die alla la prier de liii donner Thabit religieux , cc qiie Gene? iéve fit. Elle guérit méme d'une maladie dangereuse la servante de Céline. II y eut å Meaux un prieuré dédié å sainte Céline, qui dépendait de Tabbaye de Marmoutier. Page 1 96 , ligne 1 1 : Et maintenant sires Remj , Germain T Aucerroies, Lou de Troies. L'histoire de saint Remy, TapOtre de notre nation , et celle desaint Germain d'Auxerre, sont trop conuucs pour que nous nous ^tendioiis ä ce sujet. Nous dirons seulement, å propos de sainl Loup de Troyes, qu*il mourut en 478. Page 196 , ligne 27 : Sy les iriboulous. Il faudrait : Sy les triboulons. Page 239 , ligne 22 : Et Alt Renouart au tinel. Renonart au tinel ou tynel (båton , trique) est Tun des personna- ges du roman d'Aymeri de Narbonne et de Guillaume au conrt nes , qui fait partie des épopées du cycle carlovingien. Son histoire y com- mence vers le milieu de la branche qui a pour titre la bataiUe dA- leschans. En voici Tanalyse , accompagnée de citations que j*eiii- prunte au manuscrit 2754 (oiim, fonds Lavalliérc , 25 (1)]. (1) Yivien d'Alescbans fut ainsi appelé du nom de rendroit ou il re^ut la mört. On lit dans Touvrage plein de recherches et de sciende publié par M. Rcynaud (auquel nous devoiis déjå les extraiU des historiens arabes qui ont parlé des croisades), et qui est intitvlé Invasions des Sarrasinsen Francc, que Roderic Ximenés» dans sa Chronique, parle d*un combat qui fat livré, vers Tannée 730, sur les bords du Rhdne, entré les chevalicrschrctiens, dont un grand nombre y perdirent la vie, el les troupes sarrasines qui vcnaientattaquer Ar- les. « Plusieurs cadavres des guerriers clirétieus, dit M. Reyuaud» fu- « rent cmportés par les eaux du Rhonc; ics autres f orent recueilUs res- « pectueusement et enterrés dans VAHscampy nom de Tantique ci- n metiére d'Arlcs, oii cucorc du temps do Roderic, c*est-a-dire aa « commenccment du trcizicmc siéclr, les fulcJe» allaicnl visiter dé- NOTES. 379 liöus sonmies apres la mört de Vivien d^ Aleschans , fils de Garin d'Aii8eaiHDé, taé par les Sarrasios, qai ont forcé le marquisaQ coart nez, Galllaume (saint Guitlaume de Gellone), å la foite, et ont emmené bon nombre de prisonniers , savoir : le palazin Ber- trant, Gaielyn , Guichart-le-vaillant, Gyrart de Blaives , Gauthier- « votement leurB tombeaux.» Peut-étre est-ce le louvenir de cette ancienne défaite, modifié par rimagination de not contears , qui a foumi le lujet de la Bataillt d'Alcscfians. Aujourd'hui VAliscamp exiflte encore, raais dépouillé de la plupari de ses anciens monumens, qai éUient preaque tous des tombeaux. {\oycz Slatistigue du depar- Utmentdes Bouches-du-Bfione, t. 11, p. 436.) Les babitans d*Arle8 appcllent maintenant ce lieu ies Champs-Eljrsees, , Si Ton en croyait la chroniquc attribuée a Turpin, ce fait dont parle Roderic se serait passé sous Charlemag^e, et ce qui est dit des chrétiens enterrés dans rAllscamp se rapporterait k une partie des guerriers firan^ais tués å Koncevaux. (Yoyez Tédition de cette cbro- niqiie. par M. Ciampi, p. 83.) Philippes Mouskes, qui dans sa Cbronique riméc a suivi le récit de Tnrpin» dit : A eel Uds estoicnt contö Dol clmentfére en dignlté. L'anB lert a Arle en Aliscans , Et Ii antres si fu moult grans A BoardiauB que Dieux bénci Par .VII. cvesques li'il saintt. .... Docestegent si com il durcm, En ces .11. cimentlércs furenl Une grant partie cnfoui .... Tot droit a Arle én Aliscans El clmentére ki fa grans, Fu enfouis Estous 11 slrc Ki de Lcngres tenolt Tempire. Si furent enfouis Saleroons, Et Auberis Ii Botirguignons, Et Sansc ii dus de Bourgogne Ki moult fu preus en la besognc, etc. (Voyex la belle edition de Philippe Mouskes donnée par M. de Reiffenberg, p. 351, 352, 357, et comprise dans la collcction de cbroniques pidilice par ordre du fj^iivernement beige.) 38o NOTES. le-Toulousain , Huon de Saintes » et Gaudin-le-Puissant. £d outre , Guibourc , femme de Guiliaume au court nez , est assiégée dani Orange par cent mille mécréans que commandent quinze rois et quatorze amiranf^. Dans ces fåcheuses circonstances , GoiUauiiie rencontra Loeys deFrance (Louis-le-Débonnaire), quil a contribué ä remettre sur le tröne d'oä ses propres sujets Tavaient chassé , et lui demande des secours ; celui-ci , poussé par sa femme , qui est cependant sceur de Goillaume , re^oit fort mal la demande et la personne. Le marqois au court nez se met alors en col^. 11 re- proche å sa sceur d*étre une pute lisse prouvée , d*a?oir ea poor amant Thiébaut d^Arrable , et dans son courroux il Ini arrache sa couronne et veut méme la tuer. Heurcusement il en est empéehé par son pére Aymeri de Narbonne, qui vient d*arriver aocompagné de sa femme Ermenjart et de quelques-uns de ses autres enfms , fréres de Guiliaume, qui sont : I» Ernaut-le-Preux , 8" Buevon de Commerchis , 5«Gibcrt, et 4» Bemart-le-Gentil. Un peu plus tärd, grace å lapriére d*Aalis, niéce d^Aymeri et fille de Louis, GuiU laume pardonne ä ^ soeur , fait sa paix avec le roi Louis , et prend place å un festin que donnc celui-ci. Ici le poéte trace en quelque sorte le sommaire de Phistoire de Rcnouart au Tjrnel , dont il n*a pas été jusqu'alors question dans Thistoire , et ceta ä propos d*Aalis. Apres nous avoir dit que Teau une fois cornce et les mains lafées, tout le monde s'est mis a table, Tauteur nous apprend i cöté de qui chacun est placé : Aymeri sist par de lä sa moillier; Au mestre dois en Testage premier. Li emperiöre qucFrance ot å baillier Sist de lez lui , mult le doi essaucier , £t la royne å son flanc sénestrier; £t le marchis dant Guiliaume au vis ficr Sist o ses fréres qii'il aime et tient chier: Lez lui sa mérc qui mult fet aproisier Cest Aalis la bele au cors léQier, Il n'et si belc dusques k Monpellier. Apres la pris Rbhouart k moullier. Et ot la terre dusqu'å régne Truphier. A son tynd occist puis Ancybier, En Aleschans el grant «stour plénier » Et délivra dant Rertrant le guerrier , Et .VI. des aulresmuU vaiiliint chcvalier NOTES. 38 1 Qai iérent prés de la gcnt TavértBier. Hui més commence chancon a enforcier, Tele ne fu puis le temps Desiier (I) Que vous orres ainz que soit Tanuiticr , De Kenouart com occist Loquifier , Le greignor homc qiii fust desouzle ciel. La conquUt-il uoe loque d'ac]cr Qu*ilne donastpor .m. livrés d*onnier. Mil Sarrazins en fistpiiis baaillier, De Loquifcrnc fist la tour trébuchier Que Sarrazins avoieot fait drecicr Et pristde Turs je crois plus d*uii miUier, Et la grant salc et le palés plenier ; Puis cstabli .1. si noble moustier Qu'å jce temps n'en y ot nul plus cbier. JuBqu'en Égypte ne lessa qu*essilier Por U loy Dieu lever et essaucier. Maint paien fist levier et baptizier , Diex Ten rend moult giorieus lonier Qu'en Paradis fist s'åme herbergier, etc. Gela dit, Tauteur reprend son récit; puis il nous montre Gnil- lamne parcourant le palais. Renouart vit en la cnisine ester ; Grant ot le cors et rcgart de sengler. En toute France n'ot plus bel bachcler , Ne miex péust unc pierre geter. Si grans fais porte sans men^onge conter , Une charrette en pourroit-on trousser. £1 mondc n*a son ]»cr , Preusct hardis quant vient a Vascmbler. Le mestre queux le fist la nuit touser, Et U paele , noircir et pacler . Trestout le vis Ii ot marmitez. (I) DisiiiR, Didier, general d'AstoIphe, roi des Lombards, de- venu roi par le secours de Pépin. Philippe Mouskcs ne le nomme jamais autrement que Desiier : Desiier jura sour sains Jamais n'aroit guerrc ik St-Piorre. rVoyez r edition de M. deReiffemberg.) 382 NOTES. Ccs escuiers k prennent ^ gaber. De granz torchaz Ii prenent a geter Et Tun sus l'autrc et cpaindrc et bouter. Dist Renouart : n Quar mc Icssicz ester , « Ou par la foy que a Dieu doi porter , « Se vous me fetes envcn vous airer , « Au qjiel que soit le ferai comperer. c( Sui-je ore folquc Ten doie assoter? K Vilainement voulez vosgensmener?...» Malgré ces avertisseinens on continue å se moqner de lui , et luii de ses compagnons Usse la paumc a/er. Alors , Dist Renouart : « Or puis trop endurer if Quant cis me font ici por fol clamer , n £t si me batent dont il font k blasmer. K Mes g^en veull .1. maintenant afolér.» Panni les brås counit celui combier. .11. tours le toume , au tierz le let aler ; Tant lourdement le hurtc a .i. piler , Rönt Ii la teste , le cucr Ii fet crever , Et la cervelc espandrc et rcversser » Dont oissiez ces escuiers crier. Plus de .L. courent pour lui tuer; De grans macues le voudrcnt afronter. Li quens Guillaume vet au roy demander : (C Sire , dist-il , qui est ce bacheler K Que j'ai véu as escuiers meller. « A ce pilier en a fet un muter , fc Si que les membres li a tous fet froer. (C Par saint Denis , mult par fet å loer.>' Dist Loeys : « Je Tachctai sus mer , « De marcheans , .c. mars en fis doner. « Enssemble o moi le iis ci amencr, ■ « Et il me distrent fils iertå .1. esder, a Assez souvent li ai fet demander «Quel est son pére, més il nel' vcut nommer.. n En ma cuisine l'ai fet toui dis ester : 'C Autre mestier ne li voill onc donner. ti Si ne Tos fére baptisier ne lever : Et avoec ce , vous di-ge saoz douter ^ Que ce se vient as ruistcs cops donner Mult saurai bien paiens agravcnter Si irai-ge, cuiqu'en doi peser, Enlabataille en Aleschans sus iner.» Ni porterai ne chauce ne söuler , Ne arméure, ce vous di sanz fausser , Fors .1. tynel que ge ferai fcrrer. Tantm'en verrés de Sarrazins tuer, Nel' porriez véoir neendurcr. Oit ce Guillaume ; sel' prist å acoler , ' Puis Ii otroic le congié de Tåler Et Renouart Ten prist a mei^cier. D'iluec s'en toume , ni vout plus demourer. Voici maintenant commeat il choisit son tynel. En .1. jardin vet .i. arbre coper : Cil cui il fu ne 11 osa véer. Gros f u et grant , ce vous vcull afremer. 1. cbarpenticr Ta fet mult bien doler A .VII. costiéres ouvrer et eschapler , Et puis le prist, n*i vout plus arrester. Vint a .1. feure , si le fist bien fcrrer Et de bon fer tout environ bender. Et si Ii fist un grand anel souder , Par quoi le pot et sachier et lever. 384 3IOTEh. _ . , — . ^|'e le péiusent .VII. vflains reaiuer La muele au feure trouva å Fencontrcr : Desus ala du tynel si fraper Qu'cn .c. piéces la list esquartcler. Voit-le le feure , du sens cuida des ver , Més n'eu osa .1. tout seul mot sonner Fors que basset quant il Ten vit toumer Qu'a .0. déables le prist a commander. Et Renouart prist son fust k locr , Et d'unc main en Tautre å dé^cter : Touz ceus s*en seignent qui Ii voient porter. Quant le tynel Renoart fu ferrez Mist s'ä la voie , si s*en est retoumez ,.••• Et Renoart est cl palés montez. Dist Tun h. Tautre : *t Oii ira cest mauffez : (C Voir bien doit estre Renouart apelez, « Gros tynel porte et pesantet quarrez.» One puis cele heure que vous dire m'oez. Icelui nom ne lui fti remucz : Toute sa vie fu Renouart clamez. J'avoue que je ne comprends pas trop bien ce passage. Qa^on eAt appelé notrc héros Renouart au tynel , paree qu^il portait un båton ({yntl), je le con^ois ; inais qii'on Tait , å cause de cette der- niére circonstance , appelé Renouart , je n'en vois pas la raison , et jc ne trouve , entrp ces deux rapprochemens d*idées , aucune ana- logie. Quoi qu'il en soit, Renouart excite Guillaume å partir pour Orange, et celui-ci s*y décide pour le lendemain. Dans sa joie, Re- nouart 8'enivre ä la cuisine, et s'endort par terre a cöté de son ty- nel. Quatrc écuyers, pour se moquer de lui, attachent leurs cheTaiu au fameux båton, et le trainent dans une étable, ot ils le ca- chent sous du fumier. Le lendemain , quand Renouart se réreille au son des instrumens guerriers, il ne pense pas d^abord å son tynel, car il estencore un peu ivre; mais peu apres ne le trouvant pas , il acGUse les quatre écuyers, qui se moquent de lui, de le lui avoir de- robé. Alors il Ics jette par terre ä moitié mörts ; puis, les pla^t sur son épaule , comme des råts, il se fait par cux conduire å Té- table en les frappant. Lä , il retrouve son tynel , et tue , non pas les quatre écuyers , auxquels , dans sa joie , il ne pense plus pour NOTES. 385 rinsUnt, mais le maitre queu qui veut le forcer å abandonner son båton. Apres cet exploit , il rejoint Guillaume , qui lui propose, afin d'éviter la latigue, de faire porter son tyncl ; Renonart refuse , marche en avant, et, jetant son arme en Tair avec une main, la rat- trape de Tautre avec beaucoup d*adressc. A cette vue , Aalis de- vient amoareuse de lui. Cependant Gnillaume arrive dcvant Orange , oii Guibourc » qui a pris la cuirasse, se défend avec courage. Il tombe sur les Sarra- sins et les disperse , grace å la valeur et ä la force de Renouart. Tout deux entrent ensuite dans Orange, ou ils sont bientöt rejoints parlesfréres et lepére de Guillaume, qui Tavaient quitté pouraller rassembler des troupcs. La force et la taille de Renouart remplis- sent tout le monde d'étonnement ; mais chacun se moque de lui a cause de son tynel ; tellcment que dans un souper , ou Aymeri Ta fait asseoir auprés de lui, on Tcnivre et on le frappe ä grands coups de torchaz. Renouart , furicux, prend son tynel , et le brandit sur la tete de Tnn des rieurs. Celui-ci évite le coup, dont la force fait Toler nn bloc de marbre en éclats. . . . Aymeri dit alors å Guillaume : « Emmenez cet bomme en Aleschamp, il sera votre sauveur. » Apres diverses autres aventures , telles par exemple que celle d*un queUf que Renouart jette dans le feu , parce que celui-ci lui a brAlé la barbe durant son sommeil , aventure qui effraie beaucoup les Fran^ais, Renouart regoit de sa soeur Guibourc, qui Tareconnu, mats sans se découvrirå lui, un haubert, un öranc dormUry etc, puis U accompagne Guillaume en Aleschamp , oii il lui demande de le laisaer commander un bataillon de poltrons qu*effraie la multitude det Sarrasins , disant quHl les rendra courageux comme des lions. En eflfet , Renouart et les siens font merveille , grace surtout å la promesse que le premier fait aux autres, å'estrumeler de son tynel le premier qui parlera de fuir. Le poéte dit ensuite du massacre des Sarrasins que fait notre héros : Si les abat le vassa! adurez Gom Ii fauchierres le fcin a val les prez. ApréscelaRenouartdélivreBertran, Guyelin, Guichart,Gaudin-le- Brun, Hemaux-lc-Sage, Gautier de Termes, etc, qui étaientretenus pnsonniers dans un chålan ( espéce de bateau dont le nom s^est coDsenré jusqu'å nous) , tue plus de dix mille paiens, et, dit le poéte : 1. 25 386 NOTES. A son tynel fist de tors tel lietiére Quc sus la terre queurt le sanc com riviére. Malheurensement , du méme coup doiit il tue le roi Aiicybien, il brise son tynel. Lcs \mens s'en aperf^oivent, et, le voyant désarmé , accourent en foule Tattaquer. Alors Renoiiart les frappe å coups d^ poings ; puis , tout-ä-coup se souveiiaiit de Tépcc que lui a donné Guibonrc, il la tire et en tue Golias. Bientöt d^ailleurs Guillaume ar- rive ä son secours, et le dégage. Cependant, au milieu de la mélée, Renouart se trouvc en face du roi Dcsramez. II IVntend nommer et reconnaf t son i>érc ; mais excitcs par la difTérence de religioa, ilg 8'élancent Tun sur Tautre et le combat commence. Heureusemeot ils sont séparés par Jamba , aulre fils de Desramcz, qui se prédpite entré eux, et qui est tué par Renouart. Apres la victoire, on revient å Orange. Lcs chevaliers se rendent chacunä leur palais; mais Guillaume, dans sa joie, oublie Renouart, et le laisse hors de la ville. Cclui-ci devient furieux ; il dit qu*il se vengera du marquis , qu'il fera couper la tiHe au roi Louis , qu*il deviendra roi d'Aix-la-Cliapelle , et fera sa volonté d*Aali8. Pois ii retoume en Aleschamp. Mais Guillaume, qui vient d'apprendre sa colére par des clievaliers, court apres lui avec Guibourc et Tapalae. De retour a Orange , Renouart avoue å Guillaume qu'il est fils da roi Desramez, et raconte å Guibourc quc , jouant un jour avec un de ses fréres sur Ic bord de la mer, il Ta tue dans on moment de colére \ qu*alors il prit la fuite par crainte de son pére , et que , re- cuelllt par des marchands, il fut par eux emmené ä Salerne , et vendu au roi de Francc. II ajoute cncorc : Une suer ai , ne sai en quel regné ; Orable a non; multcstdc grant biauté. Roy Tiébaut l'ot a moillier et a per. Orenge tint jadis en hérité ; Més un Fran^ois Ten ot dcshérité. Ma serour prist par son ruistc banii* Lever la fist et ot crcstienté, Le cuer me dist et Tai souvent ponsé Que c'cstc8 vous , etc. Guibourc se jette alors an cou de son frére, et Guillaume et Ay- meri se réjouissent de cette parenté. Peu apres, Renouart fot bap- tM et armé chevalier. On lui flt present de la Tille de Tortonle, mot NOTES. 387 qui probablement désigne la cité espagnole de Tortose, de celle de Pompaillart, qui siei sus mer Betee, et dont le revenu était de mille marcsd^or et de cent muids de |K)ivre; puii^ il épousa Aalis, dom il eut Maillefer, Le plus fort horn qui fust de mére nez ; M és k sa mére en fu ie cuer crevez : Trait fu du cors tres parmi les costez. Pour ce qu'au fer fu de mére^getez Fu Maillefer en baptesme nommez . La aveotures de Renouart se continaent encore dans la cbansoii suivante, qui est intituléa : Comment Renouart paroie ä ctls de la 9^f, Lea Sarrasins vienneiit attaquer Pompaillart, sons la conduite de Loquifer. Renouart livré å celui-ci un coinbat singulier qui dure loDg-temps \ car le Sarrazin posséde un baume qui guérit ^e% blessii- res , et des anges descendent du cicl pour cicatriser celles de Re- nouart. Ce demier reste vainqueur; mais les Sarrasins s^emparent de Guibourc, qui est délivrée par Guillaume, lequel tue en outre le roi Desramez. Cependant Maillefer a été enlevé par les Sarrasins, et Renouart le cherche. Soudain, pendant qu'il est endormi , des fées le transportent a Avalous ou demeure leur reine Morgane» et Ty laiasent en compagnie dVVrtus , de Gau?ain , de Roland , etc. Peu apres Morgane fait conduire Renouart å Loquifeme , oä son fils est retenu *, mais, chemin faisant, il fait naufrage , et est sauvé par des sirénes , qui le raménent å Pompaillart. Peu apres , il s^en échappe et se fait par chagrin moine de Saint-Julien. Je ne parlerai pas des aventures qui lui arriveiit durant son moinage ; elles sont beaucoup trop communes. Je dirai seulement que, pendant ce temps, Maille- fer , qui de Pompaillart a été transporté h Loquifeme, y est élevé , apres avoir failli étre de'trancfie , et sert le roi sarrasin Tiébaut. Apprenant qu'un chrétien (c'est Renouart) pille les vaisseaiix paiens qui débarquent au-delå de la mer, et quHl a envoyé an roi Tiébaut tine galée pleine de mörts, Maillefer jure qu'il passera la mer, Et fera assaillie A dantGuillaumc qui tant les atenuie, Et Ii toudra Oreng^e la garnie , Et Pompaillart oii claime avoueric. 11 se fait faire alors aussi un tynel, et part avec cent mille Tures, que lui donne le roi Tiébaut. Maillefer débarque, prend Pompail- 25. l.o'''' I Oi«a*'' Fr" NOTES. 3ft9 iHMUt en jiui* l«!i paieiiscnveiilrr, un coutiaui nu f ont pas ä loer. il qu'cs fi«t, ne n'esi |)our juiii copiT , •ntre forcenc iK-vciitrndurtT, - ti ot le cuer riuII iraicu ; v mel le liTanc il'acicr mo jIii , el prenl qiii {lar iklvz liii fii. •iUefer leu vieiit ciip esteiiilu. ni ur l'en a tel cop féru efpmllel, sus le cuir <[ui dur hi. ipin vkillaut il ,i. Tcslu, rtiel rebondist par vertu , il eiut .t. jMirruii cuiisjtéu. et prUt .1. dun d'ai'ier niouiu , Migna par niult ruiste vertu 1 forrel qii'ä suu eol ut pendu , irt Gert oi wnl. Ii baron apretlé: iqntert Tautre par vive pocBti:. GopsH donent u leurs liniai quurrc: ntien Mnibletit qui sojcnl ncupé , etc. rt retiverec Alaillefur, <'t va lui coui)er U läte »yec cdui-ci prouiet de ic Taire fltretien. Reiiuiiari lui ni*prÉs recouiialt eii lui inUh quil a laiil pleuré. Hnméue, le Tail t)aptiser, et , |)ar le couseil du Guil- ibieutdlpourfemmeFlureline, Alle de Grcbedues, u mer. Apres cela Reiiouart retoiinie rise tellementson ad?ersaire, tpiHl ne veut pas se lever de terre ou il est assis, pour combattre Re- nouart , et qu'il engage celui-ci a aller chercher vingt de ses plus forts Gompagnons. Renouard outré frappe Maillefer au visage avec son épée. Celui-ci alors se leve iriez comc sangUer , et le oombat commence. En voici le récit : (Maillefer} . . - Vet Renoart frapper Desus son heaiune rpi'il Ii fist cmbarrer : Les bones pierres en a fet jiis aler; En resachant fet le tynel coulcr. Si vet bruiant comme vent fet en mer : L'un bout en fet dedcnz la terre entrer , Et puis commence hautenient ä erier. « Fil a putain , or vous convient Aner. ■■> Renouart Tot, adont ruida clesver : Seure Ii queurt , grand cop Ii va doner. Parmi son hiaume qirot fet envcloper D'un qiiapadoce pour la pierre gärder ; Mes tant icrt dur ne le pot entanier. En Renouart n'ot adont qu*aircr. Le brant qu'il tint prist förment å blasmer : " Brant, qui te fist Diex Ii puist mal douner, <( Quar tu ne vaus le montant d'un soler. ' Miex vauluionfust , certcf que toid'assez. NOTES. 389 « Trop iiiiei eii puis Ics paiciis craveutor , (t Quar tiex coutiaus ne fniit pas k loer. « Mal ail qu*cs fist, se n'csl pour pain coper, « Quar autre force ne pevent endurcr.'> Renouart ot le cuer niuit irascu : Elfuerrc met le branc d^acicr moulii , Son tynel prent qiii par delez lui fii, Vers MaiUefer s'en vicnt cop cstcndu. Par grant air Ten a tel cop féru Par les espaullcs, sus le cuir qui dur fu, IVe Tempira vaillant ii .1. festu, Et le tynel rebondist par vertu , Com s'il eust .1. perron cunsséu. iVlaillcfer prist .1. durl d'urier moulu , II Tempoigna par mull ruiste vertu Hors du forrel qu'ä sou col ot pendu y Renouart tkrt Ambcdoi son I, Ii baron aprestr: L*un requiert Tautre par vive poesté. Granz cops se doneut a Icurs tiniax quarré : Charpcntiers seniblent qui soient acopé, etc. Enfin Renouart renvcrse Maillefer, et va lui couper la tete aver son épée, quaud celui-ci promet de se faire chréticn. Renouart lui laissela vie,etpcuaprés reconnait en lui le fils quil a tant pleuré. 11 Tembrasse, remméiie, le fait baptiser, et , par le conseil de (>uil- lauine, lui donne bientot pour femme Florctine, fille de Grebedues, roi des illes desus nier. Apres ccla Renouart retourne dans son ab- baye, en disant que, si jauiais les Sarrasins passent la mer, on n'a «|u'ä venir le cherclier. Le roman ne nous dit pas si on ful forcé plus tärd de recourir å lui. II iious apprend seulement que Renouart resta moine vingt ans. Page 248, ligne 26^ : Gardez-vous de la chicheface , Elle vous mordra s'el vous encontre. Le sens rigoureux de cette expression , chiclwface , qui littérale- ment veut dire visage fäclieux, visage chagrin, scrait aujourd'hui assez difticiie ä doimer si le petit poeme suivant, reste inédit jusqu'å present, et tpii se trouve au Tolio ^'25 du nianuscrit 7218 appartenant Sgo NOTIiS. a ]a Bibliothéque royale , ne venait en déterminer la significatioii d*une maniére precise. Dt: LA CHlNCHEFACHE(l). Oicz coinmunenient , oiez Et de parler vous amoiez. Si vous dirai teles nouvelcs Qiii aus males fames sont bclcs Et aiis preudcs fames pesanz. Il n'a mie passé .11. aiiz Que chevauchoie en Lokeraioo Parmi iinc forest soutaine {"i), lluecqucs trovai une beste : Ainc 11 US horn ne vit si rubeste. Laide estoit de cors et de fachej L'en Tapeloit la chinchefaclie. Lez denz a lons conimc broqucrie\, Et si vous di qu*ele a les iei Aussi gros comme uns corbisous Et elers ardanz comme uns tisous ; £t s'a bien de lonc une toisc. Cele beste n'est pas cortoise Ne debonére por jouer. Chascun jor Ii voit-on muer Son poil par force d*anemi ; Uns paisanz le dist k mi Qui mult savoit de son usage. La beste paresl si sauvagc Concques nul horn tele ne vit. Or vous dirai dont cle vit : Des preudes fames dévorer Qui sagement savent parler, N'oncques ne sont en itel point (1) Une main plus möderne que celle qui a tracé le manuscrit le- quel est du quatorziéme siécle , a mis pour titre : /a Chrachefache^ mais lecorps de la piéce et rexplicit rectifient cette erreur. (S) Peut-étre faudrait il lointaine. NOTES. 391 Que por cc se coroucent point Vers lor sei)pior por rien qu'il face, De celes vit la chinchcfache. Quant la fanie a tant de bonté Que de tout fet la volenté De son sei.^nor sanz contredit, Cclc ne puet avoir respict Que tantost ne soit dcvorée. N'en i a nule demorée Cn Toecauc n'eD Lombardie; Meismement en JNormandic Ne cuit-je pas qu'il eii oit .ku. La ehinchcfache est orguillouse , ^iis une fame ne diportc Qui son seignor fruté portc . Si com d'amcr de cuer entir En bone foi sanz repentir. Par foi dont n*a ma fame {j^rde , Je voi soTent quant me regarde Que Vel avoit un seul souhait , A foi mes nez ait mal dehait , Se je n'estoie ain^ois pendus Que de Borgoignc fusse dus Sachiez qu clc a des compaignesses Qui bien sont autretels barnesscs : S'en sui duremcnt esbahis La beste vicnt en cest pais : Por Dieu, dames, soiez garnies De grans orguex et d'aaties. Se vo sirc parole ä vous Respondez-li tout h rcbors. Se il veut pois qu'il ait gruel ; Gardez de rien qui Ii soit bel Ja nule de vous ne H face : De fain morra la chinchefache. Se Dieu plest cest commandement Vous le ferez si bonement Que n'aurez garde de la beste S'ele cstoit .c. tans plus rnbestc. Explicil (k la Clunchejaclu. 392 NOTES. Page 263, ligne 5< : n fat né å Chasliau-Landon. .. Jamais il ne dormiroit aise S'il ne moquoit ; c'est sa natnre. Les habitans de Cliåteau-Landon passaient, en effet, pourétre tres- satiriques. On retrouve ce proverbe, la moquerie de Chåtean-Lan- don, panni ceux qui composent la piéce intitulée : Dt tApostoUtytt qu*apubliés M. Crapelet (Paris, grand in-S^, 1851). On Ut encore dans une picce d'un poéte dont je vais éditer les oeuvres (le celebre trouvére Rutebeuf) , å propos du fameux professeur de théologie Gnillaume de St-Amour, rival de saint Thomas-d'Aquin : Fet TaveK de Chastel-Landon La moquerie. Enfin , M. Richard, bibliothécaire de Remiremont , dans son petit recueil de conies populaires, traditions^ croyancts supersiitieuses ^ praverbes et dictons populaires applicablcs ä des villes de la Lor- raine^ a rapporté celui-ci : « Cliåtcau-Landon , petite ville mais de grand renom ; personne n'y passé qui n'ait son lardon.» II est pro- bable qu*aujourd'hui ce proverbe na plus d'historique que son an- cienneté. Page 206, ligne 2« : Par la grant dame de Bouloigne. Gette grande dame de Boulogne est la Sainte-Vierge , qui était protectrice de la cathédrale de cette ville , et å laquelle en 1478 Louis XI inféoda le comté de Boulogne. Les lettrcs-pateutes don- nées å ce sujet portent que lui et ses successeurs ticndront å Tavenir le comté de Boulogne immédiatement de la Sainte-Vierge par un hommage d'un coeur d'or å leur avénement. Page 270, ligne 17' : Il n'e8t Garladon ne Béaune, Par Bieu , qui vaille ce vin cy. Ha! ha! c* est rapé de Quercy. Le rApé est une cspéce de liqueiir fermentée fal te avec du marc de raisjuj on s'en sert encore dans beaucoup de provinces. Quant å ia NOTES. SgS ▼ille de Galardon ou Gallardon , en Beaucc , elle n'est plus renommée aojoiird*hui par son vin , mais par ses haricots et ses lentilles. Paf e 283 , ligne 5* : Helas ! j'ay goute miséraigDe , J'ai rafle , rifle , et roigne et taigne , etc. On retrouve une énumération de maux de ce genredans les .xxui. maniéres devilains, petit poéme du treiziémesiécle. (Yoy. Tédition quefenaidonnée en coUaboration avec M. Eloi-Johaoneau, p. 14. Paris, Téchener, 1854.) Page 298, ligne 23* : Mais por le venin de sa claase , 11 baille la fin saint Liénart , A Ysengrin et ä Renart. Slint Liénard ou Leonard de Vandreuve ou de Gorbigny naquit dans le pays de Tongres. Aidé par saint Innocent, évéque du Mans , il båtit un monastére ä Yandreuve et y rassembla beaucoup de dis- ciples. Leur nombre effraya Clotaire I*% qui resolut de chasser le saint dn royaame ; mais les soldats envoyés pour le saisir furent tellement toachés de ses discours , qu'ils vinrent détromper le roi , lequel com- bla par la suite saint Leonard de bontés. G'est å cette aventure que Cait allusion le vers de notreMystére. Page 304 : Ct commeiice la vis MONSsiGirEUR a. fiacrb. Saint Fiacre, anciennement appelé saint Féfrc, sortait d'une noble tamille irlandaise et fut élevé sous la conduite de Gonan , évéque de Söder, n passa en France pour s'y livrer au service de Dieu dans la aolitude, et alla trouver saint Faron, quilui assignapoursa demeure un lien écarté dans la forét de Breuil. Saint Fiacre y båtit un ora- toire oili ii fut enterré apres sa uiort, advenue le 30 aoOt 670. La Bi- bUotbéque royale contient, sous le n^ 8190 du fonds general , une vie du glorioix ami de Dieu , monseigneur saini Fiacre , qui est inédite , et dont la marche est exactenient celle de notre Mystére. En voici quelques fragmens : 394 NOTES. s'ENSL'IT la VIE du GLORIEUX AMY DE DIEU MOlfSIEOR SAINCT FIACRE. » Tout ainssy comme Taigle instniict ses petits poussins å voller å Tencontre du soleil , aiiissy debvons-nous appeler et invocqaer Tayde des bénoytz sainctz, et ensuy vre leurs vertueuses caavrei , si nous voulons aller en paradis. Pourtant est décent cmignoistrtt leor sainete vie å causc de quoy me suis entremys å llionueur de Dieu déclarer cellc de monsieur sainct Fiacre , qui est uog sainct de grand mérite et auctorité , trcs-glorieux confesseur et dévost her- mite. Premiércmentestå véoirde quelle lignée il fut, et la vertneuse vie qu*il mena. Le benoist sainct Fiaere fut filz d'ung contte tenant soubz luy la seigneurie d'Iberuye , qui depois fut moult ennoblye par la sainete vie Monsieur sainct Fiacre, lequel selen droict devoit estre successeur de la seigneurie de son pére ; mais pour avoir la gloire étemelle renonsa ä tous bicns, honneurs et faveursda monde. et se rendit en ung hermytaige. Il fut en sa jeunesse trét-bien ins- tniict en doctrine ; mais Dieu, qui ne laisse jamais ses amys , par son inspiration divine imprima en luy la racine de vraye science » en telle maniére que le bénoist sainct ce donna ä luy de Urat son cuer, sa pancée et son entendcment ; et eroissoit de vertus en ver- tus Si pensa son pére luy donner en mariage la fi11ed*inig contte ; mais Tenfant qui estoit saige ne si Toulut accorder. Toutes foysy la Glle fut admenée devant luy pour le prier, disaot : « Mon- » sieur mon amy, si\ vous plaist de votre grace recevez-moy pour » votre ancelle , et que vous soyez mon époux combien que n*eu » soys pas digne. Je vous requiers que å ceste heure le tratcté soit » faict entré nous deux. v Saint Fiacre luy respondit : « Je toos » diray ma voullante qui est telle : jamés ne me mariray , mais en D pureté et chasteté je veux toujours servir å mon Dieu. Je vot» » prie de ainssy le faire, car virginallc intégrité est une fleur mook » belle , fort agréable å Dieu, et de grand mérite å ceux qui la gar- » dent. » Ce oyant la pucelle , moult triste et honteuse 8'en re- touma, et le bénoist Fiacre, touche de Tamour de Dieu, se mist en chemin pour passer la mer affin de s'en aller rendrehennitte au pay» de Brye prés Meaulx. Et ce adressa vers sainct Faron, luy donnant å congnoistre sa >oullante. » NOTES. SgS Soifeiit alors lesmémes érénemenB que dans le mystére, c*est-å- dire Tairivée de la denioiselle qne saint Fiacre avait ad épouser, et qai pmsse la mer pour aller ä sa recherche , la dénonciation qoe fok å saint Faron la femme siu*prise de voir les arbres tomber tout seuk devant saini Fiacre, etc, etc. Seulement voici un mirade dont il n^est question que dans le manuscrit 8190. Quand saint Faron ac- oDortpour foir si le rapport qu^on lui a fait est exact, il troove saint Fiacre aasis sur une pierre, qui « par la vertn divine fut phis amol- lye qoe phine. Eucore est-elle dedans Féglise, non pas qu*elle soit moUe oömme elle fat soubz sainct Fiacre. Incontinant apres, devint dure , et pour démonstrer le myracle demoura cavée comree ung oreiller, oä on ce seroit assiz. » On retronye ensuite la plupart des miracles et des guérisons de målades qui se lisent dans notre mystére. Page 314 , ligoe 26*" : Se révesque Pharon trouvoie. Saint Pbaron, appelé primitivement Burgondofaro , cequi signifie qii'il iortait d'une racebourguignonne , fut le quatorziéme évéquede Meaux. Il passa les premiéres années de sa vie å la cour de Théode- bertn, roi d'Austrasie; apres la mört de ce prince et cellc de Thierri son successeur, il se rendit å la cour de Clotaire II, qui réunit toute la monarchie dans sa personne. Il remplit auprés de ce roi les foDctions de référendaire ou de chancelier ; inais il ne tärda pas a re- noncer åcette position pour embrasscr la vie monastique. Il devint évéque de Meaux vers Tan 626, et mourut le 36 octobre67S, ä Tage d'environ 80 ans. Page 335, llgne 2« : Je te tranchasse la capusse De ma coustiUe de Randon. La capusse , la tete. Quant ä la ville ou au village de Randon , peut- étre est-ce le Randan actuel en Auvergne , pays pauvre et ou proba- blemenl ä cause de cela on fabriquait beaucoup de i)etits couteaux , probablement ce que nous appelons des eustaches. Parmi les prover- bes du moycn-age ipii nous sont parvenus je n*en ai trouvé qu'uu seul qui soit rclatif A la coutellcric. II concemcles couteaux de Pc- rigueux , coutcax de Pierregort. jfjff .NOTES. I« ne fioini p» nm» ameoder un« opinion que j*ai enoneée å la |ia^« M4 rk gm nr>t«ft , a propo» du dicton : joutr des ars de Tou- lr,u. y»unin ä(i ajoul«r en effet qiia sa réputation de jooglerie, Tol^Je ajofjtait c<;lle d'étre iine école de magie. Cest lä que Ics légen^iet roinaiie«<|ue<$ fontapprendre le :fdrrd:i/KM# åCharlemagne. rVoy. 1). Howfuet, V.29r>. c. et Philippe Mouskes, t. 5S90.) D*apré9 itujautt mrrveilleux dt f^ir^ilie f Paris, GuilJ. Ny vert) , ce poéte vint aiiMi dant cette viJle pour apprendre les ars de yifgrofmence. l/ku»tf>ire de Garin de Moiitglave et de Maugis d^Vigremont (Paris, Michel I^iioir, 1SI8), y amene au»si ce dernier poar le méme motif. Kufiii, au dixiéine siéde, Gerbert» depuis papesous le nom deSyl- ventre II , apn>M avoir étudié dans le monastére d*Aurillac , voulant ^teudre »es couiiaissauces et s'initier aux mystéres de TOrient, se reiiditå 'J'olédc, oii pendaiit trois ans il étudia les mathématiqueSf TaHtrologur jiidiciaire et lainagie sous les docteurs arabes ; ontrouve auHM , dans li?» notes de rédition du roman dEustache-le-Moine . faitepar M. FranciK(|uc Michel, plusieurs citations emprantées au fabliau de sainte Léocade , di) ä Gauthier de Coinsy, an roman du Hmiart cl å celiii de la Rosc, oii il est question dn renom qu^avait obteiiu Toléde dans Tärt de Nigromence. KIN DKS ISOTES. TABLE DES MATIERES. IWTRODUCTION PagC V Le Mystcre de saint Étieniie 3 La Conversioii de saiut Paul 25 La Conversion de saint Dcnis 4S La Gonversion de saint Pierre et de saint Paul 6i Le Martyre de saint Dcnis et de ses compagnons 100 Les Miracles de sainte Gencvitrvc 169 La Vie de saint Fiacre 50* Notes 555 FIN DU PREMIER VOLIIME, PfTBLIGATIONS DU MÉME ÉDITEUR QUI SE TROUVENT CHEZ LE MÉME LIBItAfRE Lt Fablel du Dieu tTAmour, avec une préface et quelques notes (Airologiqiies (presqiie époisé). Les f^ingi' Trois maniéres de FUains , piéce satirique du treiziéino siécle , accompagnée d'une traduction en rcgard , et suivic d*im commentaire , par M. Éloi-Johanneau. La Complainte d'outre'mer et celle de Constantinople ^ parRute- beufy accompagnée d'une notice sur la vie et les ceuvres de ce ^Trouvére. Le Mystlre de la Rcsurrection du Satweur , fragment dramatique du douziémc siécle, avec une traduction en regard. Un Sermon en vers , piéce du treiziéme siécle , publiée pour cor> roborer Fopinion qu*au moycn-åge on précha quelquefois en vers, émise par un érudit anonyme , en tétc de la préface d'une edition rirée ä 125 exemplaires , et en caractéres gothiques , d'un Ser- mon de Guichard de Bcaulicu. La Complainte et le Jeu de Pierre de la Broce , cliambellan de Philippe-le-Hardi , pendu le 50 juin 1278 , piéces du treiziéme siécle, dont la derniére est fort importante pour nos origines dra- matiques. La Legende de Saint Brandaincs , publiée , pour la premiére fois , en prose latine d^aprés un manuscrit du onziéme siécle , en prose frangaise d'aprés un texte du douziéme, et en poésie romane d'aprés VImage du Monde ^ poeme du treiziéme siécle. Jongleurset Trouvcres, ou choix de Saluts , Épltres , Réveries, et autres piéces légércs des treiziéme et quatorziéme siécles. — Prix : 8 fr., sur papier ordinaire; (velin fort); — 20 fr. sur papier de Hollande; — 30 fr. sur papier de Chine. La Tapisscrie de. Nancy ^ ou Fac-Simile et explication en neuf feuilles, grand in-folio, avec une couverture papier grand-aigle, de la tapisserie qui formait la tentc de Charles-le-Téméraire , au sugt de Naoqi' , en 1477 ; dessios grarés ao trail, sur coiTre, par M . Victor Sanaonetti, texte de M. Achille Jubinal , rree im beau portrait, graTésor bois, de Charles-4e-Téiiiéraire ; prix : 15 fr., sur papier ordinaire ; — Åt) fr. sur papier de Chine ; — 60 fr. avec coloriage d*apres les tons aclueLs de la tapisserie. Sous presie : OEui^res compUUs de Ruttbeuf^ trouvére du treiziéme siéde, com- prenant plus de soLxante piéces en vers , la plu][)art historiques et inédites, relatifes aux fréres de S. Louis, au roi de Na värre, aux chevaliers celebres du teinps, aux croisades, aux querelles de Tu- niversité et des ordres religieux, plus une piéce de théåtre, h Mi- rade de ThtophiU, complétement inédile; deux volumes in-S^, avec plusieurs fac-simile , une autobiographie de Rutebeuf , un glossaire et des additions. MYSTERES INÉDITS. Å MYSTERES INÉDITS DU QUINZIÉME SIÉCLE. PUBLIKS POUR l.i PBEMIERE FOlS, 3orc rautoridatton ht ifl. le illintdtrr br rinetrurtlon.publiqur, PAR ACHILLE JUBINAL, DAPRÉS LE MSS. INIQUE DE LA RIBLIOTIIÉQUE STE. CENEVIÉVE. TOME DEUXIEMC. ■■»HMiH' PARIS, TÉCHENER, PLACE DU LOUVRE, 12, ET RUE DE SEINE. 25. AU DUREAU DE.S ANCIE.NNES TAPISSERIES- M DCCC XXXVII. MYSTERES I N É D 1 T S DU QUINZIÉME SIÉCLE, PUBLIKS POIR I.A PBEMIERK FOJS, 3i9t( l'autori)»atio)i ht ifl. le illtntdtrr be rinetrurtion.publiqut; PAR ACHILLE JUBINAL, DAPRÉS LE MSS. INIQUE DE LA BIBL10TII£;QUE STE. GENEVIÉVE. TOME DEUXIEMC. •mmmi^^t^^.- PAIIIS9 TÉCHENER, PLAGE DU LOUVRE, 12, ET RUE DE SEIWE, 25. AU BUREAU DES ANCIENNES TAPISSEBIES M DCCC XXWIl. PREFACE *^i En tete du premier voiume de ce recueil }'ai donnc quelqucs renseignements bibliographiques kiir les Hfyuéres que mon livrc devait reproduire, mäis peut- étre ai-je trop peu parlé du manuscrit d'ou je l^tims^ Je vaiift tåcher de compléter ici les détails dans^ Jesqueia je suis entré, en disant qu'apfés le Mjrsthre de Ui Passiouy qui commence au folio 71 et 6e tern^jinc £(Vi folk) 1 16, ou trouve dans le Mss. de la bibliothéque Ste-GeneviéVe , 'noais sans titre, une priérequt com- mence ainsi : Royne de pitié^ Marie, £q qui déité pure et clére A mortalité se marie, Tn es vierge et fille et mére , . Et mére vierge enfaQtas Tu ea suer, espouse et amie Au Roy qui toudis fut et ére ; Ta es vierge seiche et flouiie, Doulx reméde de mon aniére f • VI PREFACE. Ta es Hester qai s^umilie, Tu 68 Judit qui beau se pére ; Amen {Aman) en pert sa seignorie, * Et Oloforoes le compére, etc. Gette piécc, qui est environ quinze fbis aussi longuc, sans que le reste en soit plus remarquable , est suivie immédiatement (folio 1 18, r"") du portrait h la plume que Dous avons fait gräver sur bois, et qui est placé en tete de ce volume. On trouve ensuitc les lignes sui- vantes^ qui ne manquent pas d'importance, å cause des aveux qu'ellcs contiennent, cc qui fait que nous les re- produisons : «« A tönt crestien cpii Jhésucrist et ses sains- reqniert et lioiiiieure est grant hien et bonneur et pronfit de savoir aacane chose des ver- tnSy mirades et boutés que Notre-Seigneur ( a ) en eulz et par eulz, ponr Dienamer plus parfaictement, pour les sains honnourer plns deroeteinent et potir prendre exemple et doctrine de saotemeDt. Healtde gens requiérent madame saincte Geneviefve^qni de* e^ vit et de ses tertus sc^vent pou ou nient. Sa vie avons en latin mult proprement et en fran^ois rimée moultgentement ; mais fy ptusieurs n^entekäeni pas latins fy autrts n^ont cure de riMerie pour ce fut on y ådMSt ajoustår, öster et nrner autrement que ii n^esi nm i€9t€< sy est e^cripte cy ^rés en prose sans rime, estraite da latin.en Fran- cis yeritablement et loyaulment, ä la gloire de Dieu soit^ å ton- neur de la F^ierge et au proufit du pueple. Amen ! » En cet endroit comraence' alors la vte de sainte Ge- neviéve, sans rime; ellesepoursuitdansPördre ä peu présconservé parleMystére, etsctermine au folio i36, v**, par ces möts : « Les rairacles que Notre-Seigneur a « fait etfaitcontinuement pour l'amourde elle en plu- (( sicurs licus par le monde, ne saroit nulz certes réci- « ter ne escripre. II souilit de ce pou.qu'il ne tourne ä • t « "I . PBéFACB. WC ! ennuy. Glorefie soit ie Pére et k Fila otie Saipt-Es- périt, qui par ies mériles de madame sainte' Gen^ • viévc nous vueiUe noz pediiez pardonner ef sa gråoe donnefi et å sa benoiste vision meDer.' Amenl* » "' Apres celte vie de ^linte Geneviévojvienoent idtés roisons qui commencent ainsi : Geneviéve, foataine l>e Tyaue pkine -: : -i Qui Paradis arrouse, Arrouse nCåme vaine . . ^' ' Quiséche est et mal saine, etls. Quelques-unes de ces oraisons sont en låtan; 3s autres en franfais rimé ou å peu prés. Elles aoot uiyies immédiateraent des Representations des nuuh ires S^ Estierme , S. Pére et S. Pol ^ S* Defus^ et ■e,f Miracles madame sainte Genei^iéi^e^ qui tprmt- ept le Tolume au folip 217, : .i? a . T^Is.sont ies détailsqueje désirais^'outei: ä mufge-. (uere .descriplion du Mst. qui coniieotnos My^t^refiif Makitenant je prie le lectcur de me permetlre de épar$r humblement ici quelques erreurs ou owAflions [ue, j^ai rencontréesdansmpn précédwi voluipede*^ ijiis sa publication. La premi^e cppsia^ eo -unj /!e^r' US, qui y dans la pi éfacc , p. yii , ip'a, ^. attinj>iy4r.it i. ,Jean-Chrysostume le drame da Cfiri^^ SjSH^nVtllk XipOTO( TT^coxciiy), don t on ne.connait pas l'au|:eur. E#: iRet, M. Eichstadt, daus sa dissertation sur ce <}rani0 léna, 1 81 6), rapporte a ce sujet plusieurs opinions. ^es unsattribuent le Christ souffrant k Grégoire de fezianze; d 'autres le déclarent indigne de lui et veu- VIII PRBPACB. leni qu'ii soit (l'Apollinaire ; une troisiéme opinion en bÅt l'ouvrage d'un moine ignorant (pro/ectum ab in- doUo monacho putant)\ le plus certain, c'e5t qu'il est fort h^ardeux d'affirmer quelque chose å ce sojet. J'Åi donc eu tort d^ citer S. Jean-Chrvsostöme la ou son nom n'avait que faire : cet admirable orateur, ce pére des Péres de 1'Église a bien assez des bcUcs bo- mélies don t mon ami M. de Sinner nous donne en ce moment une si magnifique edition, sans qu'il soit besoin de lui atlribuer une ocuvrc qui ne pcut rien pour sa gloire, et qui, en déBnitive, ne lui appartient certaine- inent pas. Par contre-coup de ce qui se trouve ainsi å rctran- cHer dans mapréface, j^auraispeut-étredii, page xlvhi et xLix, au licu d'une courte et rapide énnmération de» perawnages qui jouérent le Mystére de S. Mar- tin dans la ville de Seurre, en i496> donnor la liste conopléte qui contient les noms des acteurs. Cette Ijste, qui ne manque pas d'intérét en ce qu'elle noos montre que ies röles de femmes étaient remplis par des hommes, et que c'était exclusivement le ticrs état, joint ä quélques-uns des membres de la cléricature, qui représentait alors pieusement les Mjrsthres\, est malbeureusement un peu longue ; mais , comme eilc me m'a pas paru ennuyeuse^ j'ose espérer qu'å la lec- töre , 1'inconvénient de son étendue disparaiträ. La voici : PREPACE. IX S'ENSUIVENT LES NOMS DK CIULX QUI ONT JOUK LA PRÉSENTE VIE Mgr. SAINCT MARTIN , Selon les (»rsonnaiges å eulz atribuez et l'ordoDiiaiice du registre. Premiértmtnt les conducieurs : MONSIEUR LE MAIRE DE SEURKE, Guyot fisRBis. SIRE GUENIN DRUTT , contre registreor. SmE ROBIN JOLYCCEUR. PIERRE GOILLOT. PIERRE LOISELLEUR. MAISTRE ANDRIEU DE LAVIGNE, portant le registre. S^ensuwent les parsonnaiges du lundi au malin, premier jour, selon le registre. Le premier metsagier, Geoege Fallot. Le eecond messagier, Jehan Loiseleur. Luciifer, Amye Oudot. Sathan, Stmphorien Poincenot. Bwrgibiis, Pierre Bellevillk. Proserpine, Messire Ponsot. Astaroth, Jeiian Bonfilz. Agrapart, Béritb, Robert Tordis. Le pére S. Martin, Messire Oudot Gojboxon. La mére, Estienne Bossuet. Sainct Martin, Jehan de Portboux. Franeequin, premier escuyer, Maistre Pierre Masovir. Second et tiers escuyer, Pierre Guillier le jeiiiBe. La premiére demoiselle, Jehan Morandet. La seconde et la lierce demoiseile, Le filz Maulprest. PRÉFACE. Le premier chapellain, Le seoond prestre, L'ei|ipereur, Le-connestable, Le firmce d*Anthiocbe, Le conte de Lislede, Le duc de Fälaize, La trompete, Le measagier. Le portier, Le duc de Yilleboreau,, Le comte de Caruelles, Le marquis d^Ostrie, Le povre S. Martin, Messire Pierre Rebillirt, Messire Jagques Bossuet. Pierre Loiseleur. Jehån Reullier le jeuue. Pierre Goillot. Jehan Lequeox. Jaques Perressot. puilibert bourdin. Le filz Pierre Loiseleur. Broutechou. Jeuan Bbuffabt. Jehan Piellier. PiiiLiBERT Gon. Messire Jehan Cbevrel. L'08teS. Martin, Jehan Gruyer. Son valet, Claude Ouvier. Dieu, Phillebert Bertiielet. GabrieJ, Fran^ois Gruybr. Sainct Michiel^ Le filz Jehan Bertran . Raphael, Le filz Girard Dupin. Uriel, Philibert, filz de Pier seleur. S*ensuiv€nt Its parsonnaiges dudit lundi apres le disntr. Premiéremeut toute la deablerie. Le roy de Barbarie, Le grant Ture, Le grand Sonbdan, Le capitayne, Le baron, he connestable, Le mcssagier, guyot moughet. Pierre Druet. Phillibert Gon. NiCOLAS. Maislre Pierre Masoybi ESTIENNE PeRRENIN. Claude Ponsot. PREFACE. XI Le portier de la ville, Le maire de U Tille, Le bourgois, Le premier chevalier, Le secoDd chevalier. Le tiers chevalier, Broutechou. TiERSON. Perrenot le Barhier. Pierre Lartilleub. Jehan Buffart. GuENIN GUILLIER. Sainet Hillaire, Son chapellain, Le pére S. Martin, La mére, Messire Pierre Druet. Messire Pierre Rebillart. Messire Oudot Gobillopt. ESTIENNE BoSSCET. Tout-li-fault, 8oul-d'ouvrer, Coarte-oreille, Sote-trongne, Premier marcbant, Second marchant, ffrigans. Le Roy Fallot. PlERROT BeLLEVILLE. Messire Jousse. Enguerrant. Claude Bouchart. Jehan Buffart. S*€nsuit les parsonnaiges du mardi au matin. Le Prevost des mareschaux, Le premier sergent, Second sergent, Tiers sergent, Quart sergent, Le boorreau, Son talet, L^eyesque des Arriens. Le premier maistre. Le second maistre. Le tiers maistre, Le secrétaire, Le premier tirant, Claude Guillier. DONA. Pierre Babbier. Jehan Chenevey. Robin Valot. Martin More. Jacot Roubert. Frére Pierre Caillot. Frére Jehan Yexanel. Frére Guenighaut. Frére Claude. Frére Guienot de la Fayb. Pierre Druet. XII PRÉFACB. Le second tirant, Le tiers tirant, Le quart tirant, Paradis et EnfTer. Sainct Hiilaire. Sainct Martin. Le chappellain. L'abbé. Lepriear. Le soub-prieur. Le moyne chantre. Le cellerier. Le cathecumynaire. Le procureur. Sainct Sevére. Sainct Galle. La garde du målade. Phillebert Gon. ESTIENNE PERMSFnr. Jeiian-le-Gueux. S^ensuit ceulx du mardi apres le disner. Paradis et enffer et toute Tabbaye. Le boiirgois, La bourgeoise, Hannequin-le-Hazardeur, Le doyen de Tours, L^official, L'arcediacre, Le trésorier. Le chantre, Le premier chanoyne et le second, Le derc de chapitre, Le baillif deToors, Lemaire, Le premier eschevin, Le second eschevin, Georges Casote. Messire Jousse. Pierre Dellbville. Maistre Pierre Perrenin. Messire Jacques Bossuet. Messire Pierre Languet. Messire Pierre Druet. Messire Jehan Taconot. Messire Pierre Rebillart. FRANgOIS LOYS. Christofle Berthelet« Jehan Gruyer. AnTHOYNE GlBAULT. Pierre Breullic^. PRÉFACE. XIII Le commim de Poitien, Le nistauU de tille, Jacqpes Poirresot. Maistre Pierre Måsoyer. Le premier presbtre payen, Le second presbtre payen, Le tiers presbtre payen, Le larron ressmeité. Claude du MOlfD. Claude Grant Died. Jacques Grusset. Jehan Allart. Le princc du temple antique, Le premier Gentil, Le second Gentil, Le tiers Gentil, Le qnart Gentil, Le prestre payen, Jehan Reullier le jeiine. Le Cordelier. JehAN PlCAROT. Pierre Guillier. DONA. Jehan Guillemot. S'ensuit ceuix du mcrcrcdi au matin. Paradis et enffer. Le premier ydolåtre, Claude Bouchart. Le second, Pierre Tiellier. Le tiers, Bastien Droguet. Lepére, Liévart de Moncognys. La mére, MiGHAELIS. Lafiile, Tacot. Laseur, Le filz MiCHELIN. Le desmonyacle, • Le Roy Fallot. Le premier tétradi, ESTIENNE BOSSUET. Premier serviteur, Jehan Thibart. Le second, Jehan Barbier. Leladre, Messire Jehan CiiEVREk. Lepére, Georges Tasote. La mére, Messire Josse. La fille målade des flévres. Le Clerg du Bel Hostb. • La femmc vcsvo. Jehan Tasote^ XIV p[\i:facb. Laseur, Le nepveu, La cosine, L'enffant ressuscité, Le premier payeii, Le second, Le tiers, Le quart, L*empei'eur, Le premier conseillier, Le second, Le portier, L'usurier, Le juge, Le premier sergeut, Claude la Gente, Son filz, Le mori ressuscitc, Sainct Martin. Sainct Sévére. Sainct Galle. Le petit Morajhdet. Iehan Falot. Jeuan Manghot. Chevreli. Anguearan de Ciioisy. Le Roy Fallot. Le serviteur Charmajllb. Jehan Gcjillemot. Pierre Loiseleur. Jeuan Buffart. Jacques Goijsset. GUILLAUME CarRÉ. Pierre Goillot. GwTUN Taconot. Grosber. Jeuan Picart. George Fallot. Messire Jehan Cuevrel. S*ensutt les parsonnaigcs dudit mercredi apres le disner. Paradis et Enffer. Claude la Geute. Son filz. L^osurier. Le juge. Le premier sergeiit. Le secoud. Le povre^ Messire Jehan Cuevrel. Le fHpier, Gi rardin Coctier . Tous les chanoynes et tous les moyiies. Sainct Brice. Le premier disciple S. Martin, Le Cordelier. Le second disciple, Brouteghou. PREFACE. XV U est encore unc addilion que jc désire faire k Vone des notes de mon premior voiume. Cette ad- dilion est d^autant plus imporlante qu^eUe concerae uDe tradition peu connue, mais'qui n'en a pas moins excité , ä plusicurs repriscs, le zéle des érudits. A la page 38g de mes notes (t. i"), j'ai rapporté un petit poéme qui demontre que la Chicheface^ dont il est qucstion dans le Mystére de Sainte Geneviéve^ était un animal fabuleux du genre des loups-garous mödernes, animal qui se nourrissait exclusivement des femmes qui étaient bonnes , d'ou Ton pourrait conclure qu^il ne devait point Faire de fréquents ni de copieux repas. II parait que la croyance å cette bete fantastique n'avait pas toujours cté le partage des simples ou des mauvais plaisants y et qu'avant d'exister dans Fimagi* nation satirique des jongleurs, la Chicheface Sivaii fait partie sinon du monde réel, du moins d'un monde un peu plus materiel que celui de i'intelligcncc. En ef- fet^ je trouve p. 2^7 d'un excellent voiume intitulé: Description des monuments des différenis dges ob- servis dans le departement de la Haute-f^ienne^ et åik å mon estimable confrére, M. Allou, membre de la Société royale des Antiquaires de France^ une mention intéressante de la Chicheface ou Chiche. La voici dans son intégralité : (( Un monument non moins cu- rieux que les précédents (1'auteur vient de parler de lions sculptés), se voyait autrefois dans une niche pratiquée sur le mur méridional de Téglise de 6t-Martial ; il étail désigné par le peuple sous le nom de Chiche^ dont on n'a pas encore donné d'éty- XVI PBÉFACE. mologie raisonnable (i). Cétait un bas-relief assez saiilant, d'€iiTiron 3 p. de large, sur an peu plus de hauteur, d'un granit semblabie å celui du Hon, et d'un dessin extrémement grossier. Tout, dansce monu- ment y d^ailleurs trés-fruste , semblait annoncer une haute antiquité. Ce bas-relief, respecté jusqu'^ Tépo- que de la révolutioD| fut déplacé lorsqu'on commen^ k démolir l'église de St-Martial ( 1794) 9 M. Juge St- Martin en fit racquisition^ et lo mit dans sa pépiniére. II fut cédé, en i8o4) ä un particulicr, qui Tenvoya k M. Choiseul-Gouffier. Du cabinet de ce savant, il passa au Musée des Antiquités nationales. On ignore ce que sera devenue la cbiche, apres la dispersion des objets qui composaient ce bel établissement, mais on doit regretter qu'elle n'ait pas été conservée par la Tille de Limogesy pour qui sculeelieavaitencore, outre soo mérite particulier, celui d'un rnonument national. » Autant qu'on pcut en juger par les dessins que nous avons sous les yeux , et qui ne sqnt méme pas touträ-fait identiques, ce bas-relief, dont 1'explicatioii a donné lieu k une foule d^hypothéses plus ou moins bizarres, représentait, sous un fronton assez aigu et La plupart des érudits qui ont parlé de ce monu- ment curieux s'accordent k en reporter l'origine au tempsdeLouis-Ie-Débonnaire, qui, apres avoir édifié^ souB le nom de Saint-Sauveur, la basilique dédiée de- puis å S. Martial, voulut consacrer le souvenir des yictoires de son aieul Pépin sur le duc Waifer. Mais ici les opinions commencent k diverger d'une maniére sensible; quelques écrivains ont prétendu qu'au-des- soos dela chiche devait se trouver la sépulture de Wai- fer, et que ce prince lui-méme était représenté par la fi- gure qui surmonle la lionne, embléme ordinatre de XVIII PREFACE. TAquttaine. On peut expliquer ainsi le second vers (Opprintity etc); mais que signifient alors leslion- oeaux et le premier vers de la mémc inscription ? Sttfc- vänt quelques personnes , il v aurait ici une doubie ullégorié, et le duc serait indiqué, ä la fots, par ie Honceau qni se dispose h Trapper sa mére, et par la fi<* gure appuyée sur la lionne. L'épitliéte de scevos ( on a lu mal ä propos sanos et sahos) convient d^ailieurs trés-bien, suivant Ics histonens dii lemps, au duc Waifer et aux princes de sa famiile. »Le P. St-Åmable, toujours occupé de la gloire de säint Martial et de son église , ne veut voir, dans le bas-relief dont il slagit, qu'une allusion au couronne- ment des ducs d'Aquitaine , dans la basilique de St- Martial. Suivant lui, la lionne serait cette église méme, tn possession de créer et de nonrrir des ducs et des rois (parit atque coronat) et le lionceau qui semble la ipehacer représenterait le duc de Waifer. » Je terminerai en disant qu'il serait bon qu'on exhu- m&l encore quelques-uns de nos anciens Mysteres ; d^bord parce qu'ils nous montrenc a son origine un art quiest devcnu trés-influent dans les sociétés nio* dem^ ) ensuite, parce que le théåtre, apres nos vieux fabliäux^ est peut-étre, parmi les diverses branches de la littérature du moyen-age , cello qui est appelée k ftous réyéler le plus de traditions locales, å nous doo- ncr la clef du plus grand nombre de locutions obscu* res et d'usages stnguliers. C^est ce qui m'a engagé å metire en nnémc tcmps sous presse un nouveau Re^ eueil de Contes et de Fabliaux des xii, xiii, xiv «t PRÉFACE. XIX XV* siécles, auqucl je tr«ivaillc dcpuis long-tcmps , ainsi quc deux nouveaux volumes d'essais dramatiques empruntés cetlc fois, non plus au xv*, mais au xiv* siécle. ACHILLE JUBINAL. CY COMMANCE LA NATIVITÉ N. S. JHÉSUGRIST. M»»04 principio creavit Deus celum et terram^ etc. Benois soit-il qui se tera Et fera paix pour mieulx oyr Chose dont tout cuer resjoir Se doit qui a entendement. Sy requerrons dévoctemeot Tous et toutes au primerain , La mére au Roy souverain , Cest Marie plaine de grace , Qu'elle me doint temps et espace Que tel chose je puisse dire Qui soit au plaisir nostre Sire, Et de toute la court des cieulx Dont ä nos ämes soit de mieulx Et h Tanemv confusion : ■Ji LA NATIVITK * ■— * Sy vous pric que nous en dison Åinssy com Tangle dit ly a En disant : jive Maria, In principio^ etc. En Genesié, ou premier livré , Peutvéoir tout a delivre Comoient le vray glorieulx Diex Créa premier et terre et cienlx , Et sy avoit sy grant povoir Que seulement par son vouloir Trestout fut fait h sa devise , Sy com nous lesmoygne l'Église : Ce scevent ceulx qui oy Tönt , Mandavit et creata sont. Puis fist le soleit et la lune, Les planeotes, et nomma Vune Mars et Venus, Pautre Mercöre, Et puis sy voult mestre sa cure A faire oyseaulx, poissons et bestes Qui vers terre pendent lez testes , Et puis du lymon composa Adam , qu'en Paradis pösa , Et luy inspira ou corps l'åme; Quant il dormoit luy fist sa fame De sii coste, c'cst chose voire. Et puis le doulx Roy de gloire Saigna Adam et ie leva , Et dist : « Adam, v6ez-cy Eva ; DE N. S. JESUS-CHRIST. (( Pour conpaigoe je la te donne (( Et trestout le fruit t'ahandoniic « Qui est en Paradis terrestre, « Et en soiez sires et maistre, (( Fors seulement dii fruit de vie « Garde bicn quc n'y touches mie.» Mais certes Adanx tropt mal cassa, Le commandcment Dieu trespassa, Gar l'anemy qui le de^ut Don t ä douleur la mors re^ut, Et par cc tout Tumain lignage Fut mis en doulereulx servaage En enfer grant piece de temps Par Fespasse de .v. .m. ans. Mais Diex, qui tant est débonnairc, Voulut les siens ä soy atraire , Eslut pour nous salvacion, En la Vierge prist incamacion Et demoura et vierge et purc Oultre le terme de nature , Vierge con^eut, vierge enfanta. La mére qui tel enfant a Sans corrupcion , sans détresse Enfanta son Hlz en la cresce ; Lä soubmist la déité En figure d'umilité. Doulces gens , or ne vous esnuit; Ge Dieu plaist , vous verrez ennuit Au plaisir de la Trinilé, De la haiiltc Nativitc I. j LK NATIVITK Du doulz Jhésucrist ie misterc; Sy requerrons luy et sa mére Que ie puissions si bien entendre Que en nos cuers veille descendre. Et qu'eslirc puissions la voie De Paradis , la noble joie A laquelle nous doint venir La Trinité qui sans fenir Fut et est et tousjours scra In seinpitermi secula, uimen. DIEU LE PÉr.E. Or ay-je fait; par mon couvant, Le ciel sera touzjours mouvant , Ne cessera pointde tourner Nuit et jour sanz point sejourner; La lunc y est et le soleil Qui donront clarté non pareil , Et si fera la nuit fenir Quant sa clarté devra venir; Ainssv av fait la terrc rondc Et la mer sy sera sy monde , Et sy ay fait a grant foison Bestes et oysiaux et poisson. Or vueil former ä mon vmage Ilomme qui aura avantage Par mon plaisir et seignoric Sur toutes choses qui ont vie, Pour recovrer de Paradis Les siéges dont j'ay (jeté) jadis DR N. S. JÉSUS-CtlRIST. i> Luciter, par son grant orgueil. Cy preingiie Dieu du limon et face semblantde fau*e Adam; et Adam et Éve soient couvert d'uii convertour, et Dieu die : Adam , va sus, que je le vucil ; Vien-t'en en Paradis ter rest re, Car il y fait bon et bel estre, Et moult est délitable lieu. ADAM, å genOUii. A tres glorieux puissant Dieu, Toy doy-je bien regracier Et de vray cuer mercy pricr, Bien pert que tu ez mes amis Quant en ce biau lieu tu ui'a niis Ou est la joie sanz finer. Un poy me vueil sy acliner Et repos prendre. Gy face semblant de dormir de costé Éve. DIEU. Puisqu'Adam dort, je vueil entendre : Une fame je luy vueil faire De ce costé et lui atrairc, Et partant sera sa pareille. Or sus, Adam, sy te raveille. Dieu preingne Adam et Éve par la main et die : Éve ta conpaigne sera, En touz licux son povoir fera De tov servir et honnörer. Vous avez ev biau demourcr , Multiplicamini ^ crescitCj LA NATIVITE Et ne soufirez nécessité De touz les fruiz que vous véez , Mez cestuy-cy vous est devéez ; De touz les autres povez prendre, Més cestuy-cy vous vueil dcHendre. S'en mengiez grant mal en vendra : Touz Ii mondes l'achetera. Je m'en voiz, ycy deinourez. ADAM. Sirc , tu soiez aourez Quant tu m'as faitc ceste famme. Je la garderay sanz difTamme y Sans contredire. ÉVE. Je te regracie, trez vraiz Sire, Tout-puissant Dieu glorieux , Qui tant es grans et vertueux Que par ta volenté purc Tu nous a crée ä ta figure. ' Certaine suy et sy say bien De vray que nous n'estion rien. A touzjours mais vous sei*viray. ADAM. Éve, in^amie, je te diray Je vueil de tout mon cuer entendre A moy bien gärder de mesprendre Et tenir vraye obédiance. ÉVE. J'eusse volentiers cognoissance , . Ne say se Tavez entendu, DE N. S. JESUSCHRIST. Pouf(|uoy a ce fruit den*endu; Mez trop volentiers eii niengasse, ' Soiez-en certain, cc j^osasse, Ne say qu'en die. ADAM. Éve, doulcc seur et amie, Je ne say pas certainement Pourquoy il l'a fait ne cofnmciit , Mais ä tout ce j'obairay. EVE. Et raoy aussy je le feray ; Mez moult voientiers en mengasse Pour certain, se je ne cuidassc Faire offcnce. Soit I. diable de costé Tarbre et face semblant de templer Eve BELGIBUS. Le Maistre si a fait deirencc Par trop grant mauvestié h l'ouiui(^ Qai ne raengusse de la pomme. Sy savoit du fruit la puissancc II en mengeroit sanz doubtence; Sy tost que mengié en aroit Tout au tant comnac Dieu saroit De toutes choses bien et rnal ; A son maistre serbit ygal , Et le povre homine pas ne pence Por quoy Ii a tait la detfence; Et sy en penroit sanz dcngicr Se il vouloit asscz mengicr, 8 LA NATIVITÉ Et saroit tout mal et tout bien : Sy n'en verroit le Mestre rien Qui cy Ta mis. ÉVE. Adam , chier compains et amis, Pour certain te fais assavoir Que tu ne puez science avoir Ne a grant digneté vénir Se tu te veuls ainssy tenir De ce fruit mengier, bien le say. Mengus-en, je ferai Pessay Et je t'en prie. ADAM. Éve, je ne le feray mie : Au fruit la main ja ne mestray, Mez de mon povoir j'entendray A gärder le commandcment. Decevoir me vuels laidement Se te vueil croire. EVE. Je te dy, pour parole voire , N'as garde que je te de^oive , Ne aussy que Diex s^aper^oive Se toy et moy nous en mengions. ADAM. Eve, förment nous mesprendrions Se, contre le plaisir de Dieu, En mengions, cerlain en sieu. A tärt seroit le repenlir. DE N. S. JÉSUS-CHRIST. C) ÉVE. Adam, je vous dy, sanz mentir, Que grant profit nous en vendra. Plain de science vous rendra ; Je vous prie , or essaiez. Adam prengne la pomme et morde et se prengne parmy la gorge et die : Ha hay! je suy mal avoiez: Ce morcel ne puis avaler. Las douiereux! qu'il est amcr! En la gorge la mört me lien t. Helas ! trop å tärt me souvient De la parole que me dist Nostre Seigneur quant il fist A poy que de couroux n'enrage. Las, dont m'est avenu se couragef J'ay ofTencé a mon Seigneur, Sy en moray a grant langueur. En enfer est ma placc eslite, Autrement n'en puis estre quitc ; Aler me fault ä dampnement. Desnué suts de vestement ; Mon mefTait puet bien aparoir. Helas! devant luy comparoir N'oserai-ge : las! que feray? Quelle responsse ly diray ? Excusacion riens n'y vault. En grant langueur morir mc iault. Éve, tu m'a8 tbrment de^eu ; Je m'cn suis Irop lurt apper^cu ; I o LA XATIVITE De cc p dcslovaulx, DC N. S. JESUS-CHRIST. I 1 Quc son commeDs n'as retetiu. Malement t'est desavenu De courroucier ton Creatour. Va-t-an! en terre de labour De tes mains te faudra ouvrer Se ta vie vuels recouvrer. Touz ceulx qui apres toy vendronl Par ton grant meffait se tendront De Paradis déshérité. ADAM. J'ay fait trop grant iniquité, Je le cognois bien, monseigneur, L'an ne pourroit faire greigneur. Et quant ne povons plus cy estre, Or nous enseignés tres cbicr mestre Qiie nous ferons. DIEU. Moult avez eu lez cuers félons Quant ainssy avez désobay ; Trop malement vous meschay. Sy tost qu'au fruit la main tandis. Te souvicnt-il que je te dis : Tu désobays, tout en Peure En enfer en feras demeure ; Puis .1. horns en la croiz mourra. Au tremen t estre ne pourra ; Et par sa mört 1'umain lignage Sera osté de gricf servage. Or prens a .11. mains une bescho Et la terre fouiz et beschc, I 1> LA NATIVITE Et te vest de robe de honte. Ton pccliic tout autrc sunnonte : Tu peuz assez gémir et plourer. AD\M. En tcrre me &ult iabourer Sanz plus atendre. Cy preigne une bescbe et laboiirc. EVE. II me convient aussy entendrc Sanz delay å faire besoigne, Et (iller tantost ma queloigne Pour £siire dräps et era vechicz , Näppes, touailles et oreilliez. Faire le fault quant le convient, Car tel ovraige m'apartient. Cy parlent les .11. prophéics. AMOS. Hélie, entendez, amiz : J\iy en mon cuer ja pie^ä mis Une merveille que vous diray. Vous savez bien, et c'est tout vray, Et hoc scio ita esse , De la ligniée de Jessé, Une vierge sy doit issir; Et cellc vierge doit flourir, Et apres tel Iruit portera Qui le |)euple confortera : De 1'ulle de miséricorde Dont puisse avoir pais et conocrde. A Cep l'enfant tu t'en yras Et de par moy ta Ii diras Quant son pére sera feniz Et il sera en terre tnis, Quc tantost de plan ter s^ayence Dessus sa fosse ceste branche. Ce rain tant montepliera Que une crois faicle en sera Ou la vie recovrer» mofl -» // Qui aus åmes donra cohIdM ; ^ > Or ly va dire. RAPHAEL. t II est bien raison , trez-doulz sire , Quc je soie prest d'obéir , De faire tout vostre piaisir. Cy voise Raphael å Cep et ly baille la branche , et die : Cep, beaiis amis , emens ä moj : ' ' Dieu le pére m'envoieå toy Et par moy t'enToie ce rain Qui est du ponunter , poiir certam, • . Dont ton pére menga la ponorne» *:: / Va-t-an de cy ^ coagié te donne, > i : Et quant ton pére sera mors , Dedans sa fösse, suz son corps ' . ' ' 'A Le planteras 9 Dieu le coinaÉandé^ ; .ly-y A present plus ne Ii demende ,< ' . r/ . n '-^ Gar de luy plus n'enportcrafiuo! ur '>J a. c ,™Aeoft eotio»^ .aisW® Sere*««^^„««*ttoV^«*:„„^cove. aeq»* noVt »^^^^ toe«*®*> ^*^*'* ' ^n'^V*^'*'* Vart-»*' . ^^CO ^.. fau\t <^* ,g^Ta ^^ Xf^MOO^ -«Äta ^** Wxca^^^^^i- \\st \fi te^**^ Ii DE N. 8. JÉSUS-CHRIST. 21 (Se met Genesis en son livré) , Aiez pitié dCAdam, moQ pére Et de £ve ma lasse mére Dont je doy faire marrement , Qui tant de paine et de tourment Ont en enfer et nuit et jour , Sanz repos prendre et sanz séjour. Suz eulz la branche planteray Et aprez oroison feray Dont il leur puist estre de miex . Cy plante la branche , €t å genous die : Nostre Pére , qui es és cicx , Ton non sy soit saintefiez Ton royaume aviegne, si re Diex ; Ton Youloir saint et ardefiez Soit fait en la terre et és ciex. Nostre pain chascun jour nous donnez , Touz noz péchiez nouveaux et viex Tout en la forme nous pardonnez Comme nous pardonnons , et miex Qui mal nous ont fait et triboulez. Ne seuflfipe que temptacion *"' Ne nous surmonte n^enviex Mais å nostre salvacion Nous veulle estre graciex Et de noz péchiez rémission . ADAM , en enfer , die : Vray Dieu , veulle nous secourir ! (Cy ne faisons quc lengourir) Et nous délivre de ccst tourmehlS 22 LA NATIVITÉ Que souffirons sy crueusement. Hé ! glorieux péres, roys Jhésus , Se par toy ne sommes secoaruz Touz sommes å perdicion Paroe que tis transgression Du commandement nostre Sire. Éve mie fist le mal eslire > Le bien laissier. KVE. Je vous tis a péchié plaissier , Ce poise moy, je m'cii repen; Je ne cuidoie pas le aliam Jamats ne pourroie recovrcr. L'anemy me fist mal ovrcr. Trestout est avenu par moy Et le lourment et Tennoy Que nouz et touz ceulz souflrerout Qui de nostre Ugniée ystront. Vrays Dieus, donnez-nous aligence. YSAiE , premier prophéte. Dieux qui sur touz as la puissance , Secours-nous , Sii^e , sy te plaist ; Tourment nous font, dont nouz desplaist^ Les anemiz qui ycy son t; D'aligement point ne nous font. De nous maji faire tuit se painent Et de ce faire joie mainent. Sy voi^z prionSy doulz roys de gloire, Veulliez nouz avoir en mémoire^ Car nouz somn^es en grant miséfc. / DE N. S. JÉSUS-CURIST. !k3 DANiBL, secofK prophéte. Moult est cents grant le misljére De toy^ Dieu et Roy de tout le monde; En paine sommes qui surabonde. Sy ne me pourroie tenir De förment pUindre et géfnir De la paine quenous sentoos. . Et lonc temps prophétisié avons Que tu devoies sa jus descendre Char et sanc en la Vierge prendre, Pour nou5 öster de cest oaartirc. YSAIE. Hal vrais Jhésus et vrais sires! Par ta moseuse amistié , . Aiez, sy te plaist, de nous pitié. Et nous met hors de cesl tourment Que tant souflVons certainement. Puisque tu dois venir en terre • Pour nous öster de ceste guerre , . Vien bien tost, sy nous en délivrea. DANIEL. Vrais Dieux , bien trouvasmes eiinto Jivres Qu^encoire serions^nous rach^. Monstre-nous ta grant charité t . i ; ^ Que tu nous fis a ton ymage^^ Gar nous met hors de oest servage^) ; Sébile bien Je prophéUfla r . Et expressemen t devisa , Sy comme est escript en son livré , Que nous devons estre^délivre a4 I^A NATIVITÉ Par Tenfant qui vendra sur terre Pour nous öster de ceste guerre Et ou sommes en prisonnées. BELGIBUZ. Harou , je suis tout forsonnez. Bellias, compains, os- tu point Comme celuy-lä se complaint. Il dient qu'il eschaperont Lone temps approphétizié l'ont. £ncoire seront rachetc £t pour ce ont tant quaqucté. Et rampLlront lez liex des ciex Dez quiex nous tist trabucher Diex. J'en av en mon cuer grant envie. BBLLIAS. Encoire, ne nous eschapent-il mie^ Se seroit trop estrange guise. Se sy orde chose esloit assise Sur lez ciéges scélestiens. Comme ly boms est tcrricns Qui sont fait de limon , de boe , A Dieu en feroie la moe. Sy remplissoit son Paradis Oä nous fiimes assis jadis. Fais nous avoit par son plaisir Pour luy obair et servir. Chascun de nous plus cler estoit , Plus cler que le soleil ne soit , Et nosirc mestre Lucifer ^ Cesloit de nous .ix. (bis plus cler DB N. S. JÉSUS-CHRIST. a5 ■ ■ >■ ' ■ Par orgueil et entencion De mettre siége en aquillon , Et estre semblables k Dieu. Sy consentismes touz ce lieu , Et pour ce Dieu le trabucha. Ou font dCabisme 1'aficha Et nous aussi qui rensuismes ^ Gar ä iuy nous meflféismes. S'en trabucha .ix. legions Qui de sa partie estions Lucifer , qui sy trez-cler feu , Est nommé menistre de feu^ Et tuit sommes sy compaignon. Commission avons et renon De Dieu qui est nos souverains Et qui tout tient ii sez .11. mains De tempter toute créaturei L'un d^orgueil , Tautre de luxure , De convoitise , de d(^sespoir; Sur seulz nous a donné povoir De lez mener en noz prisons Dont jå n^auront rédcmpcion . Lucifer ne (ist qu^un péchié Dont il (ut sv mal atechié. (^ommcnt cuident donc cilz séoir Et noz nobles ciéges ravcMr Qui bien en font nuUe le jour, Et riens ne cresment leur Seiguour? Enclins sont a leur pourrilure. Je cuidc quc Dicux n en ait cure 26 La nativité D'eulx avoir en sa compaignie. N'a que faire de tel mesnie. A nous ne feroit pas raisoa Sy lez mestoit en sa maison : Regarde , compaing, se il puet estre. BELGIBCZ. Ha, Béliasl Dieu nostre mestre Est plains de grant oruåuté ; Point ne nous fera loiauté, Et pour nous faire plus de despit Donra ä ceste geni respit. Et afin que plus nous esnoie , Leurdfmra la parfaite jote; Et piecä Pont dit cilz prophete Qui en ont jk grant joie £aite , Qui ou limbe d'enfer se séent : De mal talent ibrment nous héent Et dient que Dieux descendra En une vierge et char prendra Qui disposa avant que nous, Et veul bien que ce sachiez vous, Que saint Jei^ian , qui est con9eu , Sy sera devant Dieu véu Et s'en entrera és desers. Il est sains, ne puet estne sers. A péchiéy en enfer vendra ; Pas longuement n'y demourra Gar åprez lui vendra son meistre Qui despouUera tout nostre estre , El t oeulx qtii se^sont contenu ,4. DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 27 CoDtre péchié et oflfendu , Et qui ä leur povoir Pont servy. BÉLIAS. N0U8 a donc Dieu sy aservy Pour le propos que consentismes. BELGIBUZ. Oil y car trop nous meiTéismes : Abatre volions sa grandeur. BÉLIAS. Usurierset termineiirs, Désespérans envieux Et iez remplis de convoitise, Ceulz que luxure art et atise , Et cez fauz gloutons rechiniez, Ne Iez avons-nous pas gaignez? Puis qui meurent sanz repentance , Sanz avoir de Dieu cognoissance , Ne Iez justicerons-nous mie? BELGIBUZ. Adez seroiit de noz mesnie; Ardant ou plus grant feu d^enfer Avec noz mestre Lucifer Nous Iez mettrons trestous ensemble. BÉLIAS. Compaing, c'est bien cc me semblc : Nous leur ferons assez tourment. YSAIE. O trez doulz roys du firmament , Aide-nous par ton plaisir , Car il nousFault ycy gésir LA NATIVITÉ En grant tourHaent et k martire. Il n'a langue qui le peut dire. Vien bien tost, sy nous boute hors; Vrais Dieu ! qui es miséricors Et tout gouvernes par ta main y : Et qui partout es souverain Hault et bas tout k la raonde , De ceste paine qui surhabonde Nous vueille bien tost délivrés Qu'a grant honte sommes livrés. . dieC. Michiel, entens que je veuU dire : De ce ne me fay contredire. Je te fiz tel pour moy servir^ Pour tant doiz &ire mon pbisir: Quant le monde je composay ' i Je (is .1. faomme et le posay En mon paradis de délices , Mais il fut outrageux et nices Et mänga du fruit devée Dont il fu trop mal nvé^tftf b En enfer est ä grant dofilciiirx, Or t'en va, saoz faire séjour. En Nazareth , et de par moy Dy k Tévesque de la loy Que je ly aiande que il marie La fille Joachin sanz détrie, Et face devant luy venir Et k chascun face tenir I. baston tout a descouvert DE N. S. JÉSUS-GHRIST. 29 Qui soit tout blanc et non pas vert. Cilz en quel main il florira Marie au cler vis aura. Et sera fait le mariage En gardant la loy et Tusage : Ainssy le vueil et sy doit estre. MICHIEL. Dieu tout-puifisant et Roy céle&tre , Je y vois tantost appertement Sanz point faire d'arestement. l'emperiére césab. Je vueit aler sacrefier. Touzjours doit 1'en satiffier Et visiter trestous mez Dieux y Et lez nouvcaux &is et lez viex . Maistre Sartan, se estes sage V0U8 vendrez aourer Tymage De Jupiter avecque nouz. SARTAN. Sire, g'iray avecque vous Puisqu'il vous pJaist que cnssy est. Jupiter acomplir vous laist Tout ce que vous ty requerrez! CéSAR. Maistre Sartan, tantost verrez. Regardez-onoy celle escripture . Qui est en ceste pierre dure Dessus Jupiter le grant Dieu Qui lez a mises en ce lieu. Or lez lisicz; je vueil savoir 3o Lk fiATlYITÉ Pour certain qui 1 y puet avoir. Je croy qu'il yeult miracleiairQ, . Ou aucun Dieu ly est contrsiiv, De quoy c'est app^oeu. » SARTAN. Jamais nul jour je n'araie ieu - Tout pour certain ceste escripture. Sy metez ailietirs voetre cure Gar ce n^est chose qui vous: touche. GÉSAR. Vous lez lisez de vostre bouche , Ou le chief tranchier tous ferafy. SARTAH. Si re, volentiers lez liray^ Avant que f aie tel domage. II est escript dessos rimage En latin, (quant bien l'entetidrez, Pour deceu bien vous tendrez : ) Diim virgo mäter paritt istajrmago corruet. Cest ce qu'il Ii a beau douz «sirc. CÉSAR. Sartan, il lez vous convient lire Et lez exposer en romant. 6 ART AN. Je obairay k vous oommant^i Mon entente y vueii bien melre. Or entendez que dit la letre : (( Quant viergc mére enfantera^ « Gest ymage trabucbcra.^) T- DE N. S. JÉSUS-GHRIST. 3l Autrement ne lez say espondre. GÉSAR. Faites ont esté pour confondre Nostre loy et mestre audessoubt. t Mettons-nous tous .u. ä geoouz; Sy faisons ä noz Diex priéres Qui soient saines et entiéres P;ir quoy il« la puiseent deffendrei SARTAN. En cela vueil-je bien entendre De lez prier; faire le doy A genous me mettray cy enooy. • SAINT MICHIBL. Évesque, entcios ma parole Et ne la tiens pas ä favole : N'aiez doubte, mais fay grant joie. .1. angie suis que Diex t'envoie: De par luy t'aporte message ; Obéis , cy feras que sage , Au mandement de Nostre Sire^ Je te vien anuncier et dire Que Diex sy te mande par moy Que selonc Testat et la loy, Lequel tu doiz assez savoir , Tu faces . i. mary avoir A Marie , (ille Joachin, Qui a cuer noble et fin , Et par elleccioaJa marie . ' Et face tost 3anz mal detrie ; Sy te diray que tu feras : , ' •/ 33 LA NÅTIVITÉ Touz les bacbcliers manderas Et chascuD une verge tendra Sanz escorce ; ce t'aprendra , Ccluy te fera asavoir Qui Marie deyra avoir ; Et quant verras la verge séche En la main florir, lä t'adresclie ; Soit jeune ou viex , tout en present De Marie ly fay present Et lez espouse sanz délay. L^EVESQUB. Au plaisir de Dieu je feray De ceste chose mon devoir, Car je say trestout de voir Que Marie est prédestinée , Saintefiée avant que née. Et Dieu pour luy la veult gärder. Or ne vueil-je plus retarder : Marie convient aler querre , Et lez homes de oeste terre Qui sont de Marie habile. Crier feray en ceste ville Et publicr tout maintenant Que chascun viegne ä moy tenant La verge pelée en son poing. Légier , va crier prez et loing Que chascun viengne såna délay Devers Tévesque de la loy , Et que chascun en sa main porte Verge pelée ^ séche et mor te. DE N. S. JéSUS-GHRlST. 33 Et aussy va dire ä Marie , Fille Joacbin, Dieuainie, En luy faisant commandement Qu'elie viengne au mendement ; Or t'avence de retourncr. LÉGIER, mesagier. Je n'ay talant de séjourner; Se Dieu me puisse seconrir Je ne sesseray de courir. Et sanz arrester en nul lieu Au cbemin me met de par Dieu . CÉSAR, emperiére. Jupiter y Dieu trez-souverain , Qui tout faites par vostre mairi , Celui qui vous forga et fist A vous forgier grant cure mist, A6n que fussiez bien polie, Belle 8ur toutes et jolie. . Or estes-vous le plus beau diex Conques je veisse ä mes .11. yex. Faire vous feis du plus fin or Qu'en pot trouver en mon trésor. Sire^ par vostre grant puissanoe, Gardez-moy mon corps de meschanoe, Car bien en avez le povoir. .c. mille mars de mon avok Donray pour vous faire essaucier. Veulliez nostre loy surhaucier; Mains jointes le vien requérir. II. 3 34 L4 NATIVITt S ARTAN. Jupiter, qui tost secourir Povez, car me failessecours. Maintenant, pour honneur de vous, Veul-je mettre toute ma cure A dcfTacier ceste escripture. Cy face semblant de deffacier, et die, en soy désespérant Et qui pot faire tel ouvragc? A pou' que de despit n'enrage Quant ces lettres ne puis despecier , Ne planier^ ne lez efthcier; ^ Ne say commenl lez puisse defTaire. césar. Qa, voz coustel , lessiez-moy faire; Cerles, je lez despeceray, NejJi letre n'y lesseray. Jupiter, de vous av grant yre Quant ne puis cez Ictres desti*uirc * S'en suis courrouciez malennent. 1.ÉGIER, messagier. J'ay tant erré certainement Que je suis venuz de bonne heuré Ou lien on Marie demeure Qui tant est däxwnaire et sage. Je ly vueii dire mon mesage : Marie, Dieu sy vous doint joie. Nostre évesque a vous m'envoie Qui vous iait .1. commendemenl Que vous ne lessiez nullement Que tantost k luy ne soiez ; k 4 ■■j:» DE N. S. JÉSCS-CHUIST. 35 Pour ce suy k vous envoicz. Adicu, je na 'en vois autrc part. NOSTRE-DAMB. Alez donc ä Dieu qui vous gart Et vous deflende de contraire. Vers Tévesque je me vucil traire; La longue attente riens n'y vault; Cy voise å Tévesque et die : Sire, qui tout puet vous saut Et veulle croJtre vostre honnour! l'évesque. Marie, Dieu vous doint benoist jour Entendez cy, ma douice amie : Dieu vuelt que je vous marie ; ' II ne vous doit mie desplairc. NOSTRE-DAME. Sire, je suis preste de faire Le doulz commendement de Dieu Que c'est raison en louz lieu: A luy touzjoursobairay. LE MESAGJER. ' ' Pour certain plus avant n'iray. ' : Je ne me veul plus détrier ; En ce quarrefour veul crier Le commendement de mon sire. Or entendez que je veul dire : Le grant évesque de la loy A tous et ä chascun par' soy Vous mande par letre patenle Que devant luy, sanz faire atenté 1 1 o — 'uTTw""' — - De »»""irie «»* ■ p«eJ»chmle ^^^. »*"\; L »e m-, a»»' Jute «»»«"""?, Hle est be«e, c» iue; •I X ma voVeuvé V ^'esipucettequ^^^ ^^^^^V>\e, S« ovroDS I é>'e'*H DB N. S. JÉSUS-CHRIST. 3'] JOSBPH. Avec lez autrez vueil aler Au temple regarder Tafaire Du mariage que doit fhire Nostre évesque de la pucelle Qui tant est gracieuse et belle; Ciray bellemeut saoz courir. Se Diex me puisse secourir Au temple monteray a paine. LE MESAGIBB. Mon chier Seigneur^ je vous amaine Tant de gens et groz et menuz; Trestous sont volentiers venuz A vous quant mande iez avez. L^ÉVESQUB. (^By beaus seigneurs, vous ne savc? Pourquoy vous ay envoié querre Et asamblez en ceste terre? Pour ce le voua vueil bite enteadre ; Marie me faut sanz attendre Marier par ceste ordonnance. Que vous^ qui estez en présenoe, Prengne une Vierge sanz vordure , Et priez Dieu d'entente pure : En quelle maia elle florira , Soit jeune ou viez, Marie ara, S'en est la somaie. JOSBPli. Onque mais nul jour sy fol homnM Ne lut, ce croy , comme je suy , 38 • LA NXTIVITÉ De comparoir en ce lieu-cy Avec ceulz qiii sont cy venuz. Touz sont jeunes, je suis cheouz ; De moy se devroient bien moquier Et moy appeller dam Riquier : Honteux suy d'y estre venu. LE MESAGIER. Regardez ce villain chenu : Tout pour certain l'en luy donra Marie, qui miex ne pourra ; Il en puet bien estre ^sseur : .XX. ans a qu'il est tout meur Et qui comman9a k florir. II atent trop a soy mourir, Cest grant domaige. l'évesque. Compaing, tu ne dis pas que saige : De l'omme ancien escharnii*, Nul bien ne t'en pourroit vcnir. Or 9a, seigneurs, sanz plus atend^e, Chascun veuille sa verge prcndre En faisant å Dieu oroison. TOUZ ENSAMBLE. Volentiers, sire, le Feron. . ■ Que Dieu nous puisse secourir!> » LE MESAGfBR. < ^> Se ceste verge puet flourif r- Oix il n'a de verdure point, Mariez serez bien å point, i< i'- L'évesque sy le vous octroie. . • . i { DE N. S. JÉSUS-CURIST. 3g Mcz n^cn estes pas ä .11. doie' Que la pucelle ä vous atoucbe ; Vous n'avcz mais dens en la bouche: Elle arait beau mary en voue!» ' * l'évesque. Mettons-nous tre^ous a genous Et requérons dévotement Dieu, qui créa le firmament, > Sy luy plaist nous face savoir Qui la pucelle doil avoir, Et^ par sa trez-saintime grace, Ly plaise envoier sanz espace En present sanz aucun démoui De sez sains ciex la digne flour A celui qui mary doit estrc A la pucelle. Roy céicslrc, Car bien en avez le povoir. , Cy face pose et puis die : Je voy la merveille apparoir^- ., Car je voy la verge florie A Josepb; il aura Marie. Joseph , Diex veult que vous l'aiez : Ja de ce nevous esmaiez, . • . Vous, puisque Dieu le veult. * « JOSBPU. Puisqu^autrement estre ne puet ^ Sire, je ne la refuse ouQ : De moy sera adea servie. Quant Dieu le veult je,la ptcndray i Et a luy gärder entendray , 4o tftOl "c^:»-""' aeta cooc' r., »»«i°»" •vesctt en cba» xe<^ Ga* dé «ftO» OOT?» eo touW lie ja tnés ne ^.,<*et)a«^*' ^arf >,oo* Josep ,\i et je 'vons doio» ^ane A-B^** S\te,l«'^ \eve«Vtie^® '^*>«^^^'trer^c^^'!> por ^"""'^ Et DE N. S. JÉSUS-CHRIST. 4' Les nopces nous conveodra faire. J06EPH. Douice compaigne débonnaire Jä de riois ne soiez en doubta ; Vostre volenlé feray toute : Je voiz quérir nostre iignage. Or vous maintenez comme sage En Dien servant. NOSTRE-DAME. Joseph , sire ; a Dieu vous comment Qui vous remaint sain et hétié. LE PKBMIER BAGHELER. Beaux seigneurs , véez cy grant pitié. Diex a fait k Joseph grant grace : Tout maintenant en cestc place Sa verge porte ileur vermeille! LE SEGONO. Onques ne vy sy grant merveille. Au dire voir c'est noble chose,, Et pour tant certain je suppose Que c'est grace et euvre de Dieu. LE TIERS. Seigneurs, oncques mez en nul lien Je ne vy telles nierveiiles j Oncques horns ne vit lez pareiiies D'un baton sec qui est floris. LE PREMIER. Ralons-nous en nospaio, Car ycy ne taisons-nous rien De • treSaf^^' "rd'etvno^• Q«® ' 'T' "» eswe ne ,ett»öree' •,e \o«* ^*'"** , »nrroVc v^ -^f-^^tllV ^rM. c'oo ne P«^' V>- ^^n^te .os c-*« té. ^c* J® re Satta» ^a\éa»**^ ferall ' Voasi«^^t.«„evou« DVw* »otce ceq»® eavei- S\ve, ne saN ^'-^""'TSc.cS^'^'' ^o\^s ivou voo^ eo"«* DE iN. S. JÉStiS-CliUIST. ^Z Qui moult noussont aspres et durcs, Dez sains prophétes andens Qui furent homes terriens Et devisérent moult de choses, Et exposérent en leur gloses, Dont nous trouvonsen Ysaie, Qui disoit en sa prophécie : Ecce f^irgo concipiet jitquejillum pariet. Véez-cy, la Vierge conccvra .1. filz et sy le.pourtera, Celuy sära le bien eslire, Et le bien du mal contredire. Enmanuel nommé sera , Lez bonz et mauvaiz jugera. En .1. au tre lieu est escript, Et ne le tenez pas en despit , Que de Tarbre Jessé vendra Une verge quiilorira; Et sy nous dist au86y Sébile, Qui fut royne de Sezile , Que uns boms nestroit d'uue famme Sanz corrupcion de diflamme. Balaham aussy propbétiza Quant son asne a luy pärla , Que une estoille ystroit de Jacob. Ce devroit estre a ce qob Que Vierge mére entantera, Et cest ymage trabucliei a ; Et sur ce le povons bien pi^endre. 44 L4 NATIVITÉ l'£MPEBIÉR£. Sartan, or vous vueil defTendre Que ne lez lisiez å nul homme; Morir vous feroie, c'est la somme. Gest example y soiez certain , Sy est doumagable et villain Pour nous et pour nostre loy. J'en ay en mon cuer grant esnoy. Ha, Jupiter! Dieu souverain , Qui tout avez en vostre main , Viieilliez monstrer vostre puissance. SARTAN. Sire , je tien ä grant ofTence Vostre gémir et vostre plaindre; II convient oez lelres remaihdre , Je le vous dy certainement , Puisqui ne puet estre autrcment. YSAlB, prophéte d^enfer. Vray Dieu puissantet roy céiestre, Cy nous lessiez longuement estre ; Nous soufTrons cy tant de doulour! Enten8,'sy te plaist^ ma ciamour Et nous ostez de ceste paine. DANIBL, proyhéte. Crier devons ä haulte aiaine De la doulour que nous sentotis : Ha , roy Jhésus , toy demandons. Dessens tost , sy nous vien hors traire. BBLGIBUZ. Ja pour vosrre crier ne braire tih N. S. JÉSUS-GHR1ST. 4^ N'istrez encor de not prisons ; Vous y serez longues saisons Pour réparer la forFaiture Que Adam fist en la morsseure En la pbmme que il menga. £ve de lui bien se venga Comme conseillié iuy avoie. Elle ensuy tantost la voie De faire mon commendement. Ainssy pluseurs oommunenient S'aclina bientost envers moy , Et sy dé^ut äutry que soy. Fay, Bélias, &y bon feu de lä , Et j'en feray aussy de sk. Nous en veorons trop bien k chief Et leur ferons assez ntieschief A vant que soient eschapez. BiUAS. II sont ore bien atrapez Ceulz que tenons en noz prisons; De crapaux aront venoisons , Rost de serpens et de couleuvres. On lez sert touz selonc ieurs 4MiTres ; Puls entremez d'escorpions, De chesnes ardens lez lions ; ' Ainssy servons-nous noz subgiez. YSAIE. Hé, vrai Dieu, sommes-nous Jugié A touzjours sanz rédempcion ? Accomplissiez , nous vous prion ^ 46 LA NATIVITK Car förment sommes engaigié. BELGIBUZ. Je croy que cilz sont enragié, Qui tant braient ore förment. BRLIAS. Belgibuz, il ont sentemcnt De ce que Diex Icur a promis, Et pour ce le te diz, amis , Une vierge est mariée Que Dieu a partant honnourée Par laquelle au monde vendra. Vierge devant , apres sera , Et sy sera EllEUR. Juppiter te puist gärder I Or me diz bientost cez nouvelles. LE MESAGIER. .Volentiers, mez ne sont pas belles Pour vous, sire, ne doubtez mie. L'autruy passay par Romcnie : Lä viz touz vos diex trabuchiez , Et sy est Tescript deffaciez ; Ainssy est-il certainement. l'£MPERLUR. Ha hay, Sartan! véez-cy lourment; Se mesagier me dit la råge. Ha hay , que ferai-ge ? Juppiter sy est trabuchiez Et sy est Tescript deffaciez; Bien me doit le cuer fondre d'ire. SARTAN. Or alons lä hors véoir , sire , Se celle est elie point appert Don t Balaam par le en appert. Cy voisent hors de leur eschaufault et regardeDt le del , et puis die : SARTAN. Sire, véez-la, elle est apparué. Certes , ce est bien chose sceuö Que vierge mére a en fante. DE N. S. JÉSUS-CIIRIST. »7 1 l'empereur. Sartan, je voy la grant clarté De restoille qui resplandist Ainssy comme Baiaam le dist. De ce ne veull pas contredire : De moy est nez .r. plus grant sirs. DIEU LE PÉRE. Gabriel, en tens que je vueil dire , De ce ne me fay contredire ; Va-t-en nuncier auls pastoreaux Qui lä jus gardcnt les aigneaux , Que le filz Dieu est nez de mére, En Bethléem , c'cst chose clérc , £t a couvert ma déité , Par puissanced'u mani té : Au peuple le facent savoir. GABRIEL. Sire , g'i vois sans remanoir Vostre naissance anuncier : Auls pastoreaux vas prononcicr , Gommen t estes nez de Marie. Je m'y en vois sans faire eslrie. Cy voise auls pastoreaulx et die : GOBELIN , premier bergier. Riflart, es-tu lä, je te prie? R1FLA.RT, second bergier. G'y suis voir ou je n*y suis mie. GOBELIM. Be déa, Kiilart, di-moy, es-tu ce? ^2 LA 3fiTITlTE Rf FL ART. Or 3sAu bien teste d^aotroce : Ce suis-je ou oe ne sois-je pas ? GOBELIN. Vas-Ui ou le tröt oo le pas? Ne me re^)ODt poiot de trarers. RTFLART. Je vois OU adant ou envers , Ou droit oe je ne me repose. GOBEL1N. Eli non Dieu Tecy bonne diose : Tu me tiens bien pour .t. fol quoquart. RIFLART. Or escoute , moquin moquart , Donne-moy pinie au matinet. G0BELn«. Mais sus ta teste .i. bacinet, Je tedonray ou .111. foisou .un. RIFLART. Mais tu auras la fiévre quarte > .XX. acezou .xl. ou .xxx. GOBELIN. J'ay plus chier que ceste rente T'aviengne, car je n'en ay cure. RIFLART. Va 9 donne-moy d'une froissure Ou la mulete d'un mouton. GOBELIN. mais .1. estron t. DE N. S. JÉSUS-CURIST. ^3 HIFLART. boif. GOBELIN. Je n'ay pas soif , Il me fanxh ou fleute ou flaioil. RIFLART. Va vendre .1. fassel de glaioil , Sy achete ou musetes ou pipes. GOBELIN. Donne-moy denrrée de tripe» Et je te donray de mon poin. RIFLART. Le veul-tu ? GOBELIN. Oil. RIFLART. Ten ta main. Cy crochc. GOBELIN. Grant male meschaiice t^aviegne ! RIFLART. Mais au plus mauvaiz de Compi^ne y Ou au pire de Harecourt. GOBELIN. Je vueil desjeuner brief et court , Il me lault aler sur grant pont. RIFLART. Atens Toef , ma geline pont. GOBELIN. Ou dca, cest acertes, Ritlart. 74 LA NATIVITÉ RIFLART. Par saint mört , tu diz voir guimart , Fay aussy sv t'en pren envic. GOBELIN. Je te vueil tenir compaignie. Cy se séent et mengussent jusques Tange parle å euls. GABRIEL. Åmis, ne soiez en eflroy Et vous metez en bon aroy, Car Diex ly péres Jr vous m'envoie Pour anuncier une grant joie Qui est venue par tout le monde. Diex a son fliz envoié au monde, Qui vrayment est nez de mére Et sy soufirera mört amcre. En Bcthléem le trouverez, Puis au peuple Tanuncerez; De riens esbahis n'en soiez. GOBEUN. Ha ! hav! que je suis effroié, Onques ne vis sy grant clarté Et say lonc-temps bergier esté. D'une voiz ay-je oy le son, Dv-nous comment tu as ä non 90 Qui as parlé ä nous sy fort. GABRIEL. Point ne soiez en desconfort : Je suis anges de paradis Que Diex m'a sy a vous tramis DE N. S. JÉSUS-CHRIST. ^5 Pour vous anuncier ces nouvelles, Et qui tant sont bonnes et belles ^ De par luy le vous fais savoir. • RIFLART. Amis, or nous fais asavoif ^ Se Diex est nez de paradis. Ne soiez du dtre tardis Des Douvelles telles qui sont. GABRIEL. Moult grant joie ensamble Tönt Touz les angez du paradis. Si vous diray, biauz doulz amis. En Bethléem est nez nouveaulx Ly Roy des roys célestiaux. Je le vous dy certainement; Alez-y tost ysnellement Et sy le denunciez au peuple^ Grant joie en sera pour le peuple i Je m'en vois, plus ne demorray, Certes plus ne vous en diray* A Dieu; soiez mes bons amis, Qui vous doint paix et paradis. GOBELIN. Riflart, entens-tu ces nouvelles? Oncques mez n'oy les pareilles Ne les merveilles que cilz nous a Contées qui ä nous cy parlé a. Il dit^ je Tay bien enlendu, / Qu'en Bcthiccm est ilescendu 76 LA NATIVITÉ .1. bel enfant sy povrcment Qui est sires du firmament Et roi du monde et roi des cieux. RIFLART. Certes, je l'ay entendu mieux Que tu n'as &it biau Gobelin. Mon amy es et mon voisin, Véoir l^alons et je t'en pric , Et sy disons une estampie De noz .11. bons instrumens. GOBELIN. Alons, tu es bons garnemens Et chalumelons touz .11. ensamble. RIFLART. Je le vueil , monstre moy examplc Et apres toy, g'iray trop bien. GOBELIN. . , .Or vien . Cy voisent å Nostre-Dame» et de loignet die. GOBELIN. Il me samble certainement Que Tenfant voy sy povrement Entré ces bestes la gésir ; Ailleurs ne le vueil-jeplus querir. Dy moy beau conpaing, le voy-lu? RIFLART. Malotru, quoquart, testu, Je le voy mieux que tu ne iais. GOBELIN. Tu as inenty, voir tu n^onfais. DE N. S. JES13S-CI1RIST. 77 Tu n'en fais mio lo samblant. RIPLART. Tu diz voir c'est .1. bel enfant; Je le voy bien avec sa mére. Jc te prie, faisons bonne chiére Et iouons Dieu bien hauUement. Quant Tavons veu certainement, Au peuple bien tost Fanun^ons. GOBELIN. Ccst trop bien dit ; or y alons, Et en detnenons trés-grant joie. Or nous metons tost a la voie Et je feray une estampie Pour Marion, ma douice amie. GR\TEMAUVAIZ. En mon dorment hier, je songoie Qu'en la ta ver ne joliz estoie Et demenoie moult grant feste ; Mais chanler nne covient de jeste Une chan^on tropt merveilleuse Qui au cuer me fut angoisseuse; Car quant j'oy mengié et beu, Je me trouvay tropt bien dé^eu ; Car a paier il me covint. Ne s^ay que mon argent devint, En ma bource n'en trouvay point Ce meschief me vint mal h point, Car gaige mc covint lessier, Qui me fist mon jeu abessier. !.« i^r^^^Ti lE f T. -i=.-^=-»Dmi5Fr. 'T*' jm Dia -ai- Mvnit; sseruicc "^ 'nan&inft iåst::i& ts. 3inu& L . ±X?^i VT CY COMMENCE LE GEU DES TROIS ROYS QUI ALÉRENT AOURER N. S. JHÉSUSCRIST. PREMIEREMENT LE SERMQN yidimus stellam ejus in Oriante et venimus cum muneribus adorare Dominum, Trés-doulces gens , or entendez El diligaument regardez : Noble chose voirrez relraire Qui ä l^ennemy est contraire, Que ce soit voir la vraie mére Du monde , qui sans tache amére Porta le juste crucefix Et cell e de quoy estre filx Doit chascun corps de créature; 8o LB GBU DES TROIS ROIS. Car sur fortune et sur nature Est royne et mére clamée, Des anges servie et amée Comme non pareil de valae. Sy est droit c' on la salue Du salut qui nous conforta Quant Gabriel ly apporta Du vouloir Dieu en révélant. Sy disoBS en luy appelaoc Agenous: a j^^fe Maria. f^idimus stellam eJuSy etc, » Diex ly doint bien qui se tera Et en paix jouer nous lera ! Or vous prie trestous ensamble Que regardez ce bon vous samble. Retraire verrez noble chose Qui au cuer nous doint estre enclose. Et sera k tous profitabie Sy plaist a Dieu l'espéritable. Chascun de nous sy doit savoir Que nous devons le cuer avoir K Dieu qui nous fist et forma Et qui doulcement nous ama , Que nestre voult de vierge mére Pour nous 06ter de mört amére. Sy entendons diligemment A luy «mer pariaitement, Et en ces euvres voulions entendre Que meillieurs ne povons aprendre. Or vueil retourner ä matiére LE GEU DBS TROIS ROYS. 8 1 Qui sera boDne, ferme et eotiére , Sy en prie Dieu de cuer fin Que venir m'en doint ä bonne fin. Quant le vray Dieu fut nez de mére En Bethléem, c'est cbose dére, Diex ly péres certainement Envoia tost isnellement L'ange nunder aulx pastoureaub: Que nez estoit ly roy nouveaulx, Qui seroit roys de toul le nionde Et qui tout tendroit å la ronde , Et qu'au peuple le denun9assent Que nuit et jour point ne oessassent. * Trestout cecy verrez retraire S'un pou de temps vous voulez taire ; Puis sy verrez sans faire aloigiie Gomment lez .iii. roys de Golc^gne Virent Testoille en oriant Qui leur aloit segnefiant Que nez estoit ly roys des roys Et qu'aourer ly soient touz trois^ Sy com Balaham profétiza Ainssy le dist et devisa Qu^esloille ystroit de Jacob Et sy naistroit lors ä ce cob .1. enfant des flans d^une famme Sans santir natureil difiamme* Ainssy se mistrent ai:| chemin Ges .111. roys comme :pelerin« L'un de Tautre rien» jie savoit u. t 82 LE GBU DES TROIS ROYS. Que Diex ainssy lés gouvernoit, Et puis apres sV s'asaTnblérent; Pas longuement ne demorérent Et ce mistrent en une route : Leur chemin tindrent par Hérode , Et tant qu'avcc löy furent Oncques l'estoille n'apper9urent. Sy ly oontérent leur afaire Les .111, roys de noble afTaire Qui h Hérode förment desplut, Més son courroux riens n'y valut. Sy dist aulx roys qui retoufnassent Par luy quant ils repassassent ; Ainssy les .iii. roy oe partirent: Tantost leur estoille revirent ; Dieu en loérent haultement Quant it leur fistdetnonstrement. L^estoille d'aler s'dpresta En Bethléem ; Ik s^aresta Ou nez estoit le vråy roy Et \k se mistrent en aroy. Les .111. roys de grant noblesce Acomplir vouldrent leur promesse Devant Tenfant le roy Jhésus : La ce sont lez roys aparus. Sy ly oflFrirent léurs présans Or, rairre avec encens Que Diex re^ut et prit en gné Dont ilz viiidréiA en hault degréV Quant lez roys öl^cnt acömply LE GEU DES TROIS ROYS. 83 Que Diex ne mist pas en obly, Isnellement se départirent ; D^eulz r'ennaler sy entendirent. Par Hérode tindrent 1'adresce, Car tenir youldrent leur promesce ; Mais de dormy» leur prist talant. Sy s'endormirent incontinent Et tantost Diex leur envoia Son ange qui les avoia Et leur dist que pas ne r'alassent, Par Hérode, mez s'en alassent Par autre voie , car morir ^ Lez feroit sans point alentir. 1 Quant l'ange ot fak son message Lez .111. roys de noble parage Se esveillérent isnellement. Oy avoient en leur dorment Ce que Tange leur avoit dit. Pas n'alérent au contredit, Mais une autre voie espiérent. Droit en leur pais s'en alérent Dont Hérode fut moult déceulz. Sy s'avisa comme confus Dez .111. roys qui pas ne venoient Sy comme promis.ly avoient. Cez sergens inanda par grant yre : Apertement leur ala dire Isnellement sans plus tarder Ålassent lez portes gärder Que les .ui. roys pas ne passassent, 6. ^ * I u tii«eie iM fi0r^m^/ «t4iMC iift JutUm ia Et sy me het le roy d'Arrable. Or m'en gart Diex 1^3spéritable ' Qui fist la mer et toutez gens : LE GEU DES TROIS ROYa. 87 Ceste bouite plaine d'enQens Ly porleray pour sacrefice. Chose ly face qui ly souffise Et me ramoint ä sauveté. JASPAR, tiers roy. ' Grant joie ay de la clarté Que je voy lä qui cy resplant, Qui luit plus cler qu^un oriflaal Dont Balaham fist le trestement. Ainssy est-il certainement Q'une estoille ystroit de Jacob, Et s'y nestroit hors a ce cob .1. enfant dez flans d'une famme Sans sentir naturel diffamme. Or voy bien qu^ cilz est nez : J'en puis bien estre assignez Par ce cler signe que je lä voy. Or vueil je prendre errant Taroy De le servir sans plus d'arrest. Tant que saray ou Teniant est Ne doubleray ne roy ne conte Tant me hée de quoy tace conte Gar ne leroie pour morir Gesle clcrc estoille ä suir S'aray trouyay ce doulz condliit En la quel main nous somme^ tuit, Et pour ce qu'a pris corps mortel Ly porteray oflrende tel Gommc de mirre plaine boii^t ^ . : Oigncnicnt est qui ce lient mpilo : j 88 LE GEU DES TROIS ROYS. S'afiert bien ä la sépulture D'oaime mortel et ä nature. A celuy m'en yray droite voie ; Or ly prie-je que je le voie: Ge ray suivray sans arestance. BALTAZAR. Sans faire longue demorance Sy me sarray pour esprouver Comment conpaignie trouver Pouray qui s'en voit ceste voie. MELCHION. II me samble que séoir voie .1. roy en my ce chemin Tout seul comme .1. péierin * Baltazar est, ce m'est avis, Roy d'Arable k tous plevis; Espié m'a si com je croy. A luy yray sanz désaroy, Mercy et pardon ly requerray ; Sy m'asault ne me defTendray Qu'å luy n'a aultruy ne vueil mal, Ains pardon tout de cuer royal Et vueil com vrais martir morir. BALTAZAR. Il me semble vers moy venir Que je voy Meicbion de Sezile. Ne s^ay sy scet par nulle guille Que je doie passer par cy . A luy yray crier mercy De tout ce que mefTait ly ay, LE GBU DES TBOIS ROY^. 89 Car moult lonc temps guerroié l'ay : Ne scay si m'en fera pardon. MELGHION. A roy Baltazar, ou saint nom De celui qui sa jus nous maine, Vous cry mercy de la grief paine Que vous ay fait en guerroient. Ce voulez, jetie suis néant, Prenez mon branc, copez mon cbief ; Bien en povez venir å chief : Vers vous point ne me deflendray. BALTAZAR. A roy Melchion, non feray, Ains me met en voz volentez. De moy faictes vo?^ talantez : Copez mon chief, ce povez faire ; Faites hardiement sanz meftaire Car pardon vous fais bonnement. MELGHION. Sy fais-je å vous certainement. Baltazar, qui vous amaine cy ? Ne pour quoy estez venuz cy Tout seul ainssy sans conpaigoie ? B ALT AZ AR. Celle estoille de ray gai^nie Dont Balaham fist le trestemei^t^ MELGHION. Certes sy vicn-ge prestement Apres lui tant que soie assigné A l^enfant petit nouvel né go LE GEU DES TROIS ROYS. Et pour oe sui&-je venuz cy. Or nous seons .i. pou icy. Venir me semblc le roi de Tarce : Vers nou5 s'en vient sanz fairo espasse ; Le plus qui puet vers nous s^adresse. Vrais Diex que j'ay grant léesse ! Baltazar voy et Melchion Parler ensamble sanz tancoa. Je cuit qui soientt acordez, Point ne lez voy désacordez. Je me tiens en pbédiance, Vrais Diex, qu'avez grant puissance^ Ces .11. ai guerroiez lonc temps. Ne scay si spnt de moy cQntemps. De tout ce que leur ay n^efiait ' Ne scay s'il yront au deAait : J'irai ä eulz crier mercy Puisque trouvez le^? ay ycy. Cy voi&e présd*eulz, pois die : Seigneurs .11. poysqui este^ lå, Aiez mercy de moy qui a Mespris vers vous en toutes guises. Toutes vengences soient prises ; A vous me rens tout ä bandon Et de ma moit vous fait pardon : De moy faictes touz voz plaisir. B\LTAZ4R. Nous voulons faire voz plaisir ' En l'onncur de celui qui cc ray LE GEU DES TR0I9 ROYS. 9 1 Nous envoie par conduit vray. Ou alez vous ? or le nous dites. J ASP AB. Les choses sont ainsy escriptes Qui sont prophétiziés de pie-' .„ ;rc; 8»^* ""^'^ *a Car sachiez, je suis désirant De aourer le roy puissant, Et me sachiez dire au retour. A luy yray sanz nul séjour, Gardez qu'en cela n'ait defTaulte. MELCUIOM. Sy ferons nous sanz nulle faulte; Tantost retournerons par vous, Car certes n^i a nul de nous loa LB GEO ^2__— ^ , ne f aictes du contralre Gardex ne wi Etpenssextostdurev Nnstre estoiVle pw» J" SrTsuis förment esbah.. Gettes mes cuers ^^^^^^ «n'entre nous SJ ^^^^^ T,cehau\tcondmt Xious avons taii h . ^dUquaecondua^^^„,,,engne. 5«-^'°"'ronrW.etenir7 l^asl ou pourrons ,svvousv\entäp\ai«^ Seigneurs, sy ^ g^„ous , Metons-nousto«*^.^^^^^„ous sy P"°"t^^'^me nous renvole ^^ ^"^ ^"^Sotement ^^^^^"aonncondmsement Quc ne savuii LE GCU DES TROIS ROYS. Io3 JASPAR, ågenous. Vrais Diex en qui n*a point d'amer, Vueilles nous secourir sy te plaist. Perdu avons dont nous desplaist L^estoille qui nous conduisoit, £t en Oriant nous menoit : Sy ne savons qu'avons meftait. Vers toy quant vais au delTait Si le prions doulz roys dez ciex Qui es vrais si res et vrais Diex Que Testoille tu nous renvoiez Que envoié tu nous avoiez, Par quoy nous le puissons trouver Et tout noslre fait achever. Gar moult grant désir en avons ; Méz plus aler nous ne savons, Perdu avons nostre lumiére. BALTAZAR. Seigneurs, or faisons bonne chiérc ; Je voy l'esloille raparoir. Or la povez-vous bien véoir. Gar cilz veult que nous la véons, Seigneurs, qu'enlre nous sy quérons; Gar point ne nous a oubliez. MELCmON. Il nous a moult bien desliez: Louez soit-il de cest atfaire ! Sy ne voulons demeure faire, Et penssons fort de Tåler. Io4 hl& GEU DES TR0I9 ROYS. J ASP AR. S'ä mon souhet povet aler, Nuit et jour d'aler ne feroie. BALTAZAR. Gertainement aussy vouldroie. MELCHION. Cheminons; que Diex nous conduise ! J ASPAR. > Ålons et ja riens ne nous nuise ! Et ne cessons tant que nous soions, £t que Tenfant trouvé aions ! Cy voisent .i. tour ou .11. enmy le cbamp et puis die Baltazar. RALTAZAR. Beaulx seigneurs, entendez ä nioy, Et arestez .1. poy en quoy. Laissiez me dire mon désir A celuy que lä voy gésir Comme enfant és brås d'une famme Qui pain d'ange a homme samme. Sur luy est Testoille arestée Qui de nous a faicte la menée. Puis s'agenoille devant Nostre-Dame, et puis die : Sires, enfés en humanité, Roys des roys en divinité, Nez sä jus de mére sanz pére, Mais lassus de pére sanz mére ; De mére nez temporelment, De pére perpétuelment, A roy dez roys, mercy vous cry. Mon cuer vous doin, ainssy le dy -4 LE GEU DES TROIS ROYS. Io5 De bouche et sy vous fais homaige. Et en Signe de ce vous ai-ge Du plus bel de tout mon trésor Qui voir est ; j'aporte de l'or, Car or sy apartient ä roy. D*une part, je voy sy Taroy Ou vostre amour vous fait descendre Qui fait votre mére almomie prendrc Pour pi^ester vous necessitez, Car vosenterimes povretez Avez espousée et enprise. Dame qui messire tant prise Qui ne puet plus, prenez cest offre. Et sy le metez en voz coflre : Bien fut nez cilz de qui vous prenez, Car ä .c. doubles le rendez. A vierge mére et du ciel dame, A vous me rens et corps et äme Comme ma dame souveraine Et de toute doulceur fontaine Et porte de miséricorde, NOSTRE-DAME. Mon filz vous doint paix et concorde Et iy plaise en gré recevoir Le don que ly avez. fait de voir! Regardez, mes enfés Jhesus, Cez -III. roys qui sont venuz, Vous véoir de longucs contrées. Seigneurs, or nous soient nommées Lez terres dont venistes ev. Io6 LE GEU DES TROIS ROYS. BALT\ZÄR. Dame, dame, pour voir vous dy Pålens sommes de longue terre Qui voslre filz venoDS requerre. Je suis Baltazar, roy d'Arrable, Et sy Jaspar, roy imparablc, Et Melchion roy de Sezille Qui maint bourc tient et mainte ville : Ainssy est-il certainement. MELCHION. Hé ! trez-doulz roys du firmamant, De tout mon cuer servir vous vueil y. Amer, doubter, plus que ne suel ; Gar je voy tout pour certain Que vous estes roys souverain^ Sire, enfés en humanité, Roys des roys en divinité , Grant fin et grant désir avoie De vous véoir, plus ne désiroie. Or suis-je venuz a m'entente Tant suis alé par bois, par sente. Offrende vous fais d'encens, Cest une oudeur qui tres-bon sent. Geste boite sy toute plaine Vous offre a vost^e demaine : A vous appart len t bien tel ofTre. Dame, metez-le en voz coffre, Et ly prieZy Vierge pucelle^ Dame, royne, humble encclle ' (1) Encelle, anciiia , servantc. LE GÉU DES TROIS ROYS. IO7 Car il Ii plaise par sa grace Que de mez maulx pardon me face Et que sains et saulz nous conduise, Et que nulle riens ne nous nuise. Vierge raére et du ciel dame, A vous me rens et corps et åme El ä vostre filz que vous tenez. NOSTRE-DAME. Roys, cilz ä qui le donnez A cent doubles le vous puist rendre ! Filz, or vueuUez en bon gré prendre Lez dons que cilz vous ont ofTert. Cilz n'est mie fol qui vous sert Ain^ois a bon entendement. J ASPAR. Gloriex roys du firmamen t, Ne pourroie plus tenir Que ne disisse mon plaisir, A vous sire, qui couchiez estes Sy povrement entré ces bestcs. Premier estes sans commandement, Darrain sans point de finement, Vie sanz mört et jour sanz nuit, Vole ä droit port, vrais en conduit. Je confesse voz déité Et la vraie humanité De vous, sire, mez grant désir Avoie moult de vous véir. Or ay tant alé et venu Que a vray port je suis venu. I08 LE GEU DES TROIS ROYS. Sy vous présente en vos demaine Ceste boite de mirre plaine : GraDt vertu a cest oignement. Je le V9US dy certainement. Si vous prie, dame débonnaire Qui ä nulluy n'estez contraire Que retenez cest present cil Que j'ay oflert ä vostre filz. Et ly priez, vierge Marie, Que vers iui point je ne varie^ Et nous remaint ä sauveté. MOSTRE-PAME. Seigneurs, sachiez pour vérité Que vostre plaisir je feray Et mon chier filz je prieray Pour vous en Iui requérant Qu'entre tous malx vous soit garent. Doulz Diex, doulz roys, doulz filz de gloire^ Vous vueilliez avoir en ipémoire Cez .111. roys qui cy son t venuz De loing pais entretenuz. Beaulz dons vous ont cy aportez ; Assez ont eu de povretez Pour vous, biaulz filz, en vous quérant. Or leur veulliez estre garant, Filz dont délivre fu sanz paine Et com Vierge pure et saine. En nom de vous prendray cest oftre Que bien doit estre mis en coffire, Et vous prie Irés-doulx biaulz fiex^ kAj LB GEU DES TROIS ROYS. IO9 Qui estes péres et vrais Diex Que cez predommes qui cy sont Qui leurs priéres ä vous font Que lez gardiez d^encombrement De mal, d'en8nuy d'enpeschement : R'aler veulient en leur pais. JOSKPH. Seigneurs, ne soiez esbahis, Car cilz pour qui cy venuz estes Que cy véez entré cez bestes Vous donrra dez biens a plenté Et vous remenrra ä santé En Yoz päls certainement Que sires est du firniainent. Sy ly prierons moy et Marie Qu'å touz .III. vous söit en aie Et vous remaint ä sauveté. NOSTRE-DAME. Mon filz leur donrra a plenté De ce qu'il y vont requérant; De touz maulx leur sera garant, Car moult bien deservy Pont Que de loing pais venuz sont : Cilz s'en veulient tantost r'aler. JOSEPH. Traveillez sont de tant aler; Sy prie Dieu dévotement Qui lez conduise å sauvement, Car ilz n'ont mie estez avers. Certes beaus dons ly ont offers ; 110 * LE GEU DES TROIS ROYS. Sy leur sera bien guerdonné. NOSTRE-DAME. Cilz å qui il ont le don donné Leur rendra bien quant temps sera» De leurs maulx lez alégera Car mon filz est miséricors. BALTAZÄR. A vous me rens d'åme et de corps, Saine royne de tout le monde, Yierge en qui tout bien abonde ; Å vostre filz nous commandons Et en sa grace nous metons : Dame, prenez a vous Tottroy. MELGHION. A Yous prenons congié tout troy ; Priez vostre 6Iz qui soit garde De nous, car certes moult nous tärde Qu'en noz pais nous en aillons. J ASPAR. A Dieu, dame vous comniandons j Congié prenons de vous, Marie ; Sy vous requier Vierge et déprie Quc nous veuliiez avoir en garde, Car vravment förment nous tärde Que nous soions en noz pais. NOSTRE-DAME. Seigneurs ne soiez esbahis, Car cilz qui tout tient en ces maios Vous conduie et sauls et sains En voz pais sans vilénie. LE GEU DES TROIS KOYS. III JOSEPH. Certes ilz n'y fauidront mie ; Car il a re^u a voulenté Le don qu'ilz ont cy présenlé. Cy prierons noz filz et noz pére Qui lez garde de mört amérc Et lez remaint saulz et senez És pais dont ilz furent nez Et leur doint la joie parfaite. Cy s^en voysent les .ffi. roys. NOSTRE-DAME. Joseph ce que dictes me hete ; Pour quoy je prie mön chier fliz Que ces .iii. roys veulHcz conduire Que riens qui aoit ne leur puist nuire. BALTAZAR. Seigneurs, entendez mon plaisir : Acomply avons noz désir Que tant a veoir covetasmes Et moult de cuer ly en priasmes. Sy vous diray que nous ferons : Par Hérodc nous en yrons, Car ainssy nous ly promismes Quant de luy nous départismes Et ly conlerons nostre affaire; Car certes moult ly devra plaire, Et pour certain grant joie aura Quant retourner il nous verra Que Tenfant a veoir convetc. De Taourer förment ly hete. 112 LE GEU I>ES TROIS ROYS. Si vous diray que nous ferons : .1. pou ycy nous dorniiron s Et certes ainssy je Poctroy, Gar traveiliiez sommes touz troy : Piega ne finasmes d'aier. MELCHION. Baltazar, bien ferons de l'aler Par Hérode la droicte voie, Mais avant que plus nous esnoie Je lou que dormions .i. pctit; Gar certes, j'en ay appeltt. Förment nous sommes traveiliiez, Puis quant nous serons raveilliez Tout droit nous metlons au chemin. Et Dieu en louerons de cuer fin. Et apres a Hérode conterons Tout ce que trouvé nous arons, Gar tenir devons nos promesses. J ASPAR . Tenir nous fauldra lez adresces, Mais reposer nous fault avant, Gar nous sommes touz récréant. De cy dormir suis bien d'acorty Gar nous avons fait le plus fort Et puis s^irons en nostre afaire Qui bien a Hérode devra plaire. Cy facent saroblant de dormir jusqoes Tange ait parlé. DIEU LE PÉRE. Gabriel, entens a moy ; Dire te vueil sanz plus d'esnoy LE GEU DES TROIS ROYS» Il3 J'ay bien entendu ma mére De moy prier n'est pas amére, Et m'a requis pour .iii. predommes Dez quielz servy esté nous sommes Et sont venuz de loing pais De riens n'ont esté esbahis Et n'oDt mie esté avors^ Ain^ois ont leurs trésors overs. OfTrende ont fait å mon fiiz Que j'ay transmis ou monde essis. Cez roys sy Ii ont fait presens Or, mirre avec encens, Et viendrent par le roy Hérode Qui a le cuer félon et rode. Cilz leur pria qui retournassent Par luy quant il repassassent ; S'ilz y vont morir lez fera, Aultre vengence n'en penrra. SUras ä eulx et leur diras Et de par moy leur deflendras Que par Hérode ne se revoisent, Mais par aultre lieu sy s'en voisent. Ma mére m'en a bien proié ; Por ce vueil qui soient avoié Par aultre lieu , car obair Doy a ma mére; ä son plaisir Faire comme filzel sy ferai-ge : Ja de riens encontre n'irai-ge De nulle riens qu'elle me prie; Et ce veul bien que chascun m'oie : II. 8 Il4 LB OEV DES TROIS ROYS. . Qui pére et mére ne honorera Il soit certains de mört morra Et sy vendra a maisc fin. Cest la conclusion et ia fin : Qui deshonoure pére et mére Il est raison qui le conpére. Sy te diray que tu feras : A cez .111. roys tu t'en yras Et leur nunceras de par moy Que du tout obaissent k moy : Sy t'en va tost sanz plus d'arrest. GABRIEL. Certes, Sire, je suis tout prest Å faire voz commandement. Au roys m'en voys appertement Eulz anuncier ce qu'avez dit : Point je n'iray au contredit. Cy voise au .iii. roys et die : Seigneurs .in. roys de grant bontez, N'aiez voz cuers espoventez , Car Diex ly péres a vous m'envoie. Cest cilz qui de touz malx nestoie, Commetez-Yous en sa puissance : D'erreur en vraie cognoissance Vous avez son filz aouré, Sy en devez estie honnouré. Il ne veult pas que périssiez Ne que point d'enconbrier aiez ; Sy vous diray sanz parabole, Entendez bien k ma parole, LE GEU DES TROIS ROYS. I 1 5 L'aultruy quant vintes par Hérode Qui a le cuer félon et rode , Vous ly demandastes le roy Nouvel néy que en bonne foy Le quériez pour luy aourer. Grant fin aviez de ly honorer. Il vous dist que retournissiez Par luy et faulte n'y fissiez , Et qui le vendroit aourer ; Il ment, méz murtrir et tuer. Etsavez tant qu'avec luy fustes Oncques i'estoille n'aparceustes. Sy vous mende Diex nostre Sire Qui est bon phisicien et bon mire, (Cest cilz qui de touz malx nestoie, G'est celui qui touz biens envoie), A touz .III. vous mende salut. Sy vous anunce qu'au retour Vous en ailliez par aultre tour ; Certes point ne se forvoie Qui va bon chemin et bonne voie. Or avez-vous commancié bien A son vouloir sur toute rien , Méz apres bon commancement Faut-il bien bon définement. Percéverez touz jours en bien, Et amez Dieu sur toute rien. Qui Dieu amera de cuer fin Dieu aura et gloire sanz fin. Icy ne feray plus d'arre8t : 8. il6 LB GEU DES TROIS ROYS. De Dieu servir soiez toul prest ; A Dieu soiez, mez bons amis, Tout droit in'en vois en paradis. Cy 8*en voise et Baltazar se lieve et die • BALTAZAR. Ha hay ! seigneurs, véez cy merveilles; Oncques mais n'oy lez pareilles. Je vous dv bien certainement J'av entendu en mon dormanl .1. angie qui est descenduz Du ciel et nous a defTenduz Que par Hérode ne retournons Que malvaiz loier en arons. Cest .1. tiraht de nnaise vie Il nous feroit perdre la vie : Tourner nous fault par aultre voie. MELGHION. En mondormant bien Tenlendoie; Sy loons Dieu de cest alTaire Qui bien nous doit a touz .m. plaire : Il ne veult pas que périssons Ne que par ce traistre nous aillons, Car tous .111. morir nous feroit. JASPAR. Gertes bien faire le pourroit, Gar c'est.i. roy de grant emprise ; Faire en pouroit tout ä sa guise. L'ange nous a bien deffendu, En mon dormant Pay entendu ; Si obaissons du tout å Dieu. LE GEU DES TROIS ROYS. II7 Et en allons par nultrc iieu, Gar bicn devons demener joie. Loez soit ciiz qui tout avoie Sy ne faisons plus cy d'arresl. BAXTAZAR. Alons nous en, je suis tout prest. Que le vray Dieu nous conduise ! MELCUION. Nulle riens qui soit ne nous nuise Et aler puissions å droit port ! JASPAR. Le vray Dieu nous soit conforl. Cy voisent ou ils vourrout. LE SEMBUR. Grant tenips a que je oy dire .1. proverbe ä .i. grant sire, Et sy disoit, bien m'en souvient : Qui veult menger guvrer convient Sy n'a rentes qui le soustiegne Dont blé et vin souvant ly viengne, Il n'est roy, duc ne empcriére . Tant soit sage de grand maniére Qui sanz peine povist avoir : Pour ce fault faire son devoir. Qui touz jours en quoy se tendroit Oiseure, sy Tafammeroit. Diex dit : a aide toy, je te aideray, Ou se senou je te fäuldray ; Gar cilz qui aidier ne se veult En grand poverté de fin se treult , ^ 1 8 LE GEU DES TROIS ROYS. Poar ce doit l'en grant paine mectre En labourer et entremectre. Pour ce me fault-il labourer Et ina chevance recouvrer. Du blé feray en ceste terre : Åucune chose me fault aquerre. Commencier veul tout maintenant, ^uis semeray incontinant. Cy face semblant de labourer. HÉRODE . Maistres Uermés, entendez 9a : !^^ous avons atendu pie^a Cez .111. roys qui par cy vindrent. Certainement pour fol me tindrent Quand avec eulz je n'envoiay ; Certes ne s^ay que j'en feray. Troublez en suis certainement : Or me dictes appertement Que j'en feray, conseilliez m'en. IiERMES* Se Diex me met en tres l>on an, Sire, ne scay que ce puet estre ; Je croy qui n'ont pas trouvé l'eslre Encoire ou ly enfés est nez. HÉRODE. Certes j'en suis touz forsonnez. Je vous diray que nous ferons : Lez passages gärder ferons Et la ville sera gardée De bonnes gens et bien armée. \ LE GEU DES TROIS ROYS. VI 9 Sy ne nous pourront eschaper: Ainssy seront-ils atraper. Qa, gens d'arnries, venez a van t ; Aler vous fault incontinant Gärder lez pors et la cité, Et se .111. roys d'iniquité Passent, par aucune mescliance Arestcz iez sanz destriance, Amenez lez appertement , Sanz y laire arrcstement : Gardez qu'en ceia n'ait deffaulte. Humebroaet et Hapelopin ensamble dient, et soient arm«z bi«n : Tantost yronssans faire faulte Et tout vostre plaisir ferons Que moult grand désir en avons. Cy facent semblant de aler gärder jusques le semeur ait parlé. LE SEMEUR. Des ors inez ne vueil plus attendre : Mon champ vouldray ycy coraprendre , Semer le vouldray maintenant Sans y faire arresteinent. J'ay oy dire en .1. proverbe, Chascuu le scct bien par le verbe : Qui non laboras iion menduces. Plus ne vouldray faire pereces , Semer le vueil sans alentir. HUMEBROUET. Jc me vueil de cy partir; Hapelopin, en tens a nioy. h^ GBt3 DES T»01S f^OtS' ao >\Dt je ne voy \ or en ^^^^»^ "^^vblo^^^" ^'*^ t passen ^o^^^^^^^lesout, ^e scay c« V ^^ ,etra\re e cy feta- j. rov» a® 8^ Aoubwoce '^ Cex^^^^^.opfortno'**^:. poot certe» «op ,ove , *.npx »ont p»* , , w^osö- ^''° nus ont faU faire b tn ne orde Tose • LB GEU DES TROIS BOYS. 131 De ces .iii. roysque j'ay perdus. Longuement lez ay attenduz, Sy ne s^ay que j'en doie faire. De ce fait cy ne mc puis taire : Conseiilez m'en isneilement. HEKMÉS. Je vous diray certainement Et bon conseil je vous donrray Tout le meillieur que je pourray. Vos gens d'armes prenez errant ; ]Envoiez lez incontinant pn Bethléem,celle contrée Lk ou sera la renommée ; Ou seront trouvez petiz enians En soubz Taage de .11. ans Soient tuez et mis å mört Et qu'å nulz ne iacent acort ; Car ce cilz enfcz vit et régne Ii vous destruira vostre régne : Sy conseille que tuez tout. HÉRODE. Par Mahon, je feray trestout Occire sanz nulz esparnier. Sä, Humebrouet le premier, Et Hapelopin touz ensamble, Dire vous vueil ce que me scmble Alez vous en sanz plus d'arrest En Bethléem et soiez prest, £t me tuez touz lez cnfans Pessoubs !'aage de .11. ans. 133 LE GEU DES TEOIS EOYS. Et gardez bien sanz faire acort Que il soient touz mift ä mört ; Et ce l^enfant povez trouver Que Icz roys aloient aourer Que tantost et ysnellement Le m^aportiez haslivement, Ou que j'en aie ou brås ou elles Que plus ne regnera soubz mez elles. Alez y tost sanz faire arrest. HUMEBHOUET et HAPELOPIN ensambU. Certes, sire, nous sommes prest A faire voz commandement : Tantost yrons apperrement. DiEu le pére. Raphael, vien sä tost ä moy ; Va-t-en bien tost sanz nul desnoy A Joseph et ly va nuncier Qui s'en voise sanz plus targier En Égipte^ lui et Marie, Gar Hérode a grand envie De faire mon fils mectre k mört ; Mez je Ii donray bien confort. Il a commandé lez entans Dessoubz Taage de .11. ans A mettre ä mört sanz demorée Tout contreval celle contrée, Gar courreciez est duremen t De ces .111. rovs certainement Qui retournez ne sont par luy : Sy en morra a grand esnuy. LE GEU DES TROIS ROYS. I2l3 Or t'en va tost hastivement. RAPHAEL. G'i vois, sire ; appertement Tantost votre mésaige feray, A Joseph tout raconteray. Cy facent semblant d'aler jusques lez diables aient parlé. BELGIBUS , premier diable. Bélias, mon beau compaignion, Entends mon sens et ma raison. Alons en noz raaisons guestier, Car il en est trop grand mestier, Et trop bien nous la defFendrons Ou aultrement nous la perdrons. ^élias, allons y erraument. BÉLiASy second diable. Tu te doubtez trop malement ; N'i ay qui nous face tortz. BELGIBUS. Oil, voir bien m'en recors. Cil enfés qui devoit venir Est venuz, bien devons gémir ; Car certes mört souPFrera Et puis sy resuscitera, Puis vuidera nostre maison. Certes nez est de Marion, Et Hérode le fait quérir ^^our le tuer et pour murtrir : Sy ne s^y pas qu'il en sera. BÉLIAS. t^y enfez ly eschapera. I2l4 ^^ Q^^ DBS TROIS ClOYS. Je le s^ay bien certainement. A Joseph mande bastivement Par son angle que ti s'en voise En Egipte (trop fort m'en poise), Et qu'il remmainc isnellement Dame Marion et son en fan t Et des mains Hérode sera quite. BELGIBUS. Sil enlés est de grant mérite Et son pére le sauvera Que maintenant pas ne morra. Devant cé il vendra son point Et que trestout mettra a point Ce que son pére a ordené Que trestout ly est abandonné j Méz une cliose me desconforte De quoy souvant il me recorde Que nostre enfer.il vuidera Quant de mört ressuscitera. Sy en suis trestout forsonncz BCLIAS. Nous serons trop bien assinez, Et assez arons conpaignie. Hérode fait une mesnie De petiz enfans décoler Qu'en enter ferons droit aler. Sy iez tourmenterons apprement ; Jä n'y aront aligement Puisqu il seront en nostre garde. LB GEU DES TROIS ROYS. ia5 BELGIBUS. Bélias förment me tärde; Assez leur feray de mescbief Que bien en venrons ä bon chief. RAPHAEL. Joseph, amis, entens ä moy, De riens ne soiez en effrov. Diex ly j>éres å toy m'envoie Et veult que de riens ne l'esmoie Sy pren ta fame et ton enfant, En Egipte t'en va fuiant, Gar Hérode sy läit quérir Touz lez enfans et fait morir Dessoubz i'aage de .11. ans Qui sont vrais, purs et ignocens; Quar ii est plain de grant desroy Et cuide tuer le vray roy. Sy t'en va tost isneliement Et plus n'y fay arrestement : De par Dieu le t'ai-je conté. JOSEPH. J'ay tout mon cuer espoventé De ce que j'ay cy entendu ; Certes j'en suis touz esperdu. Entendez qa ä moy, Marie^ Et ne soiez point esbahie. De cy nous en convient aler, Gar Hérode fait décoler Sy aval lez petiz enfans Dessoubz Taage de .11. ans : 136 LE GEU DES TROIS BOTS. Nulz n'en demeure en ce pais. Touz cez sergens y a cominis Et Diex le in'a mendé ainssy. Sy nous fault tost partir de cy Et en Égipte nous en yrons. NOSTRB-DAME. Puis qu'il l'y plaist^ nous le ferons ; Sy nous mettons tost en la Toie. Le vray Jhesus sy nous convoie Et nous doint venir ä bon port Que nul ne nous puist faire tort;. Devant moy mon enfant porteray. JOSEPH. Mon troucelet tantost feray Et vous monteray sus ia mule Qui pas Yolontiers ne recuteé Sy nous metrons tost au chemuiy Tantost avant huy que demain. Gy voisent Joseph et Marie töat belleiMBt. BiÉTRiSy iamme* J'ay .1. enfant de bel a&ire, Biaus est de corps et de yiaire^ De tous enfés est ly plus biaus ; Bien iy feray touz cez aniauz. Cest tout mon soulas et ma joie : Certes moult bien son temps enplo Qui ainssy fait telle porture* YSABEL. Bien ay fait noble noriture, Touz jour tenir je le vouldroie. LE GBU DES TROIS ROYS. 12 Certainement miex ameroic A morir que il fut mort ; Cest ma joie et mon confort : Besier le vueil trestout en l'eure. BIÉTRIS. Je prie å Dieu que la bonne heure. Soit au mien donné maintenant : Besier le vueil incontinant, Cest tout mon soulas et m'amour. YSABEL. Du mien ne s^ay faire clamour; Regardez con belle toilette ! Besier le vueil en la bouchete. Hé Diex! bélasi qui se téndroit De le amer n'en ne pourroit, En luv n'aroit sanz ne raison : Chanter ly vueil de Marion. JOSEPH. Dame je vueil .i. pou aier A se semeur å luy parler ; Demander luy vueil nostre voie. NOSTWa-DAME. Alez, Joseph; Diex vous doint joie! Cy voise Joseph parler au semenr et die : JOSEPH. Amis prodoms, en tens a moy Et point ne soiez en desnoy ; Parie a nous .i. pou sy te plaist. LE SEMEUR. Certes pas ne me desplaist : / iSifV» *' *^ „'aft >cO *«" . LE GEU DES TROIS ROYS. lag Tous lez enfans que trouveroos Que ja nulz n'en cspargnerons Tant qu'arons tué le hardel Qui tant de paine et de duel Nous fait : avant, ne lessons rien. HUMEBROUET. Avant, compainSi vecy le mien ; De moy sera tost décolez. BIÉTRI8. Ha! hay! faulz murtiicrs^ que volez? Voulez vous tuer mon enfant? Sanglans truans, larrons puant, Je vous estrangleray en Teure HAPELOPIN. Certez, maintenant sanz demeure Je descoleray cestuy cy : James ne partira de cy. S'ara la teste copée ; Je ly donrrai telle acolée. Avant, putain, laissiez aler ^ Tantost vous seray si baler^ Or 9a bientost en male estraine. YSABEL. Diex vous met en male sepmaine Larrons murtriers ; las 1 mon enfant A faulz malvaiz tristes puant. Hay! vrais Diex! las! que feray? Jamais au cuer joie n'auray. A mon enfant, las! que ferai -ge? Bien doy avoir au cuer la raige : l3o LE GEU'DE5 TROIS ROTS. Merveilles est que ne me toe. BfÉTRIS. Lasse ! le mien förment m^ai^e Lasse meschante mal aheurée ! De quelle heure Ai-ge oncques née? A! murtriersy on vouspuist pendre! Or ne sai-^e quel conseil prendre Puisqu'enssy voy mon entant morf . De laide et angoisseuse mört Morir m'en fault certainoment. YSABEL. Je ne puis vivre longuement En tel cmujy en tel tristesse ; Jamais au cuer n'arav léesse Quant j'ay perdue toute ma joie. Certes plus vivre ne pourroie : Il me faut morir tout en Teure. HUMEBROUET. Sans faire ycy plus de demeure, Hapelopin, mon compaignon, Je te prie que riens n'espargnon Tant que nous aiens mis ä'mort Ce garsson qui nous fait grant tort. Tant yrons que le trouverons Et la teste ly osterons, Anssy qu'au aultres avons fait, Sans y faire noiae ne plait : Or en a lons hastivement HAt»ELOPm. Je le Vueil bien certainement, LE GKU DES TROIS ROYS. l3l % Car certes j'ay grant désir Que puisse ce hardel tcnir : M'espée ou corps ly bouteray : Autre vengence n'en prendray Que plus ne vivra, sanz doubtence. LE SEMEUR. Vray Diex que tu as grant puissance ! Semé ay ce blé, maintenant, Cuillir le fault incontinant, Car je voy bien qu'il en est temps. HUMEBROUET. Sk beau prodoms, å nous entens Et ne Yueilliez de riens mentir : Tu t'en pourroies bien repentir. Passa-il hui par cy nul åme Homme n'cnfant, varlet ne dame Qui portassent petiz enfans? LE SEMEUR. Cerlez, seigneurs, je vous convant Conques puis que mon blé semay Personne vu venir n'aler n'ay, Ne créature petit ne grant. Or vueil saier mon bié errant, Certainement plus n'atendray. HAPELOPfN. Certes arriére retonmeray, Humebrouety mon compaignon ; Faisons bien, tost sy retoumon, Car plus ne savons ou aler. Piessa ne finåsmes d'aler : 9 1 33 LE GEU DES TKOIS ROYS. Le hardel trouver ne povons. HUMEBROUET Hapelopin, nous ne savons Ce tuez est certainement. Alons nous en hastivement Et å Hérode conterons Tout ce que fatt nous arons. HÉRODE Entendez a moy, maistrez Hermés; Je voy retourner noz gens d'armes. Bien croy qu'il ont fait leur devoir : Tout maintenant le vueil savoir. Devant moy venir lez feray Et puis sy leur demenderay Ce tué ont ce ribaudel. HERMÉS. Se trouvé ont le baltardel , N'en doubtezy il ont mis k mort : A lui n'aront point fait d'acort. Huchier les vueil incontinant; Så, gens d'armes, venez avant : Dictez au roy ce qu'avez feit. HAPELOPIN. Certes, sire, sans plus de plait Le vous dironsysnellement. Tué avons certainement Dez enfans assez å planté, Que bien aviens la volenté. Cent et .xliiii. milliers Avons occis de noz aciers. LE GEU DES TROIS ROYS. 1 33 Esse blen fait ^ qu'GQ dictes-vous ? HÉRODE. ^i. beau fait avez fait pour nous: Mez que vous aiez tué l'enfant Que cez .lu. roysalient quérant Dictez-moy ce riens en savez. HUMEBR013ET. Nanil, Sire ; savoir devez Que point trouvé nous ne Tavons Et grant paine mis y avons. Jå du pais estoit partis Quant de vous fusmes déparlis Tres donc que lez blez on semoit. Bons ä soier sont orendroit y Je vous en dy tout mon avis. HÉRODE. Hay! je doiz bien enragier vis, Du sans yssir et forsonner Et mon corps tout abandonncr. Fuiez de cy, touz vous lueray, Ne point ne vous espargneray ; Car yriez suis durcment De cez .111. roys certainennent Qui ainssy me sont eschapés, Que ne lez ay point atrapés. Morir m'en fault ä grant tristresse Du grant courroux et de détrece De Tenfant que n'avez tué. Certes förment suis argué , Morir m'en fault sanz plus atcndre. l34 ^^ <^EU DES TROIS R0Y8. HERMÉS. Vueilliez en vous bon confort prendre , De riens ne vous desconfortez. Solaciez-vous et déportez Puisqu'il ne puet estre autrement. HÉRODE. Mestres Hermés, certainement Mez biens sont trestouz passez , Gar je ne fiis oncques lassez De mal faire toute ma vie. Sy ne s^ay méz que je die : Morir me fault å grant doulour. RELGIBUS. Béliasi buy nous croist honour , Nous arons noble compaignie. A Hérode ne fauldrons mie Que j'ay tant fait pour mon angin Qu'il vendra tantost ä sa fin. Il ce veult touz viz enragier. BBLIAS. A luy alons sans estargier, Et faisons tost^ sy nous bastons. De ce tuer fort Tenortons , Sy l'enporterons tout en l'eure. RELGIBUS. Or y alons en la bonne heure. Cy Toisent parler å H^^de, et die : RELGIBUS. Hérode , en tens tost a moy Que diables suis qui viens ä toy. LE GEU DBS TEOIS ROYS. 1 35 Bien s^ay qu'ä nous tu ez rendus Et en noz lieux est atenduz Fay hardiementy et sy te tue. Gar tu seras en nostre mue. D'un bon coustel te fier tantost : Je t'aideray ; or fay bien tost, Gar vivre ne puez longuement. Murtrir me fault tout maintenant , Ha hay 1 aias ! que feray ? .1. coutel vueil, sy me tueray : plus ne vivray certainement. BÉLIAS. Nulz ne te voit, fier hardiement , Boute fort car je ly ay mis. UÉRODE. Certez plus ne vueil estre vis ; Droit en mon cuer en senz la pointe. Or est ma vie toute estainte : Ha bay ! ha hay ! le cuer me (ault. BELGIB13S. Béiias, sa vien a Tasault; Vien tost, Béliaz^ compains, Cilz c'est tuez ä cez .n. mains. Voy-le te; cy il est tous mors, Prenons son åme et son corps : Oncques ne fut plus malvaiz hons. Portons le tost en noz maisons , Car il tid sa famme murtrir Et ccz .111. tilz aussv morir j 36 LE GEU DES THOIS ROYS. £t son pére trcstout vivant Fist-il boulir en pion boullant. II cuida lez .iii. roys tuer, Mais contre eulz ne pot arguer. Puis sy a fait par sa malice Dez eiifans une grant justice , .xLiii. mille ä grant tort Décoler et tout mectre ä mört. Or l'enportons ysnellement Sanz luy faire aligement Que certez bien l'a deservy. RÉLIAS. Avec nous sera servi D'entremés de gros bätons , Et la sauce d'escorpions, De coleuvres et de serpens : Ly ferons-nous touz cez despens. En .1. beau feu Ven metrons : Autre aligence ne ly ferons, Or I'enportons sanz faire arest. BELGIBUS. Or 9a, certez , je suis tout prest Sy pren de 9a et moy de lä. Or ^a, de par le diable, qh. Cy FemporleBt en enfer. DIEU LE PÉRE. Raphaely amis, entens a moy , A Joseph va, dy ly par moy Qui s'en revoit, sanz faire arrcst, En la cité de Nazareth , LE GEU DES TR0I5 ROYS. 187 Et que de riens ne s'ébaie ; Qui s'en revoit iui et Marie, Que de Hérode pas ne se doubte , Car il est niort sanz nulle doubte : Or t'en va tost isnellement. RAPHAEL. Sire, g'i vois certainement Et plus d*arrest je n'y feray : Å Joseph bien tost m'en yray. Gy voise å Joseph, et die : En tens ä moy, Joseph , beau-frére, A toy m'envoie Dieu le pére ; Son angle suis qui viens ä toy Et sy te mande de par moy Que t'en voise sanz faire arrest En la cité de Nazareth, Et pren ta femme et ton enlant, Sy t'en va tost incontinant , Et prens en toy bon reconfort Que le rov Hérode sy est mört. Je m'en vois, plus ne t'en diray. JOSEPH. Amis, tantost je m'en yray Puis qu'enssy Diex le me mande; Je teray ce qui me commande Que c^est raison certainement. Alons-en tost hastivement , Marie^ ma trés-doulce aniie ; De Hérode ne doubtoos mie. Sy retournons en Nazarelh 38 LE GEU DES TROIS ROYS. Et n'y faisoDs séjour n'arrest. Or montés, tréz-doulce Marie ; Ly trés-doulz Diex sy nous conduie , Car en sa garde nous metons! NOSTRE-DAME. Cest bien dit, Joseph; or montons. De nous aler förment désire : Loons haultement nostre Sire ; Devant moy mestray mon enGatnt. JOSEPH . Loer devons le Roy puissant ; Marie, demenons grant joie. Or, alons bien tost nostre voie Que Diex, qui touz nous a formé, Qui doulcement nous a amé, Nous vueille donner par sa grace Qu'en paradis nous aions place. Sy chantons tant bécus que camus, Chascun TeDeum laudamus. EXPLICIT. GY S'ENSUIT LA PASSION NOSTRE SEIGNEUR. Deus in adjutorium : Entré nous tuit déprion S'il ly plaist qu*il me doint 8a grace Que tel chose je die et (ace Qui nous soit pourBtable a l'åme. Sy prierons la doulce Da me De Paradis qui est sa mére, Qui ot au cuer douleur amére Quand elle vit son Blz ofTrir Aus fauls Juifz pour mört souffrir. Ly Juifz sans nuUe déserte Firent k Dieu grant honte aperte. Cil qui la bonne créance a Gy die le j^ve Maria. /Jeus in adjutorium meum : l40 LX PASSION Aicz tretuit dévocion Vers Dieu le Roy de tout le monde, De qui tout bien partout habonde; Priez-ly que gärder nous vueille Que 1'anemy ne nous acueille. Le sage a propos nous amaine Une parole bien certaine : Qui bon maistre sers bon loier atcnt. Le doulz Jliésucrist ama tant Son puepie qu'il se mist k mört, Pour nous en crois souffrit la mört. Le souverain roy de pitié Moult nous mönstra grant amitié Quant pour nous voult char et sanc prendrc En la pucelie Vierge tendre, Et ly pieut å nestre de fame Sainte Marie Nostre-Dame; Et sachiez tuit communement Diex n'ot oncques commencement Ne jamais ne déBnera. Diex est et tousjours Diex sera, Més en ce temps que vint en terrc Par tout avoir douieur etguerre, Et tristesce et mortalité. Savez pourquoy ce mot dit é : Ou temps de lors cil qui oiouroient, En enfer tout droit avalloient ; Tuit y alloient, c'en est ia somme, Et ii mauvaiset ii prcud'ommc. Cy ol glorieusc ncssancc DE NOTRE SEIGNEUR. l4l Quant cil qui a toutc-puissance Vint entrc nous par sa francbise, Puis soufTrit que sa char fust mise Pour nous au plus cruel martire Que nulz puisse conter ne dire. Or veul venir å naa mémoire : Du hault seigneur pére de gloire^ S'il vous plesoit .i. pou entendre, S'il vous pleist je vous veul aprehdre Comment Dieu fut mal demencz , Vendu, batu, en croispenez. Les Juifz premier, le menérent Chiez Anne ou il le liérent ; Puis chiez Caiphas sanz demeure Le menérent en icelle heure. Ly Juifz félon plain d'oultrage Lä ly crachérent ou visage , En le détranchant se déduirent, Puis chiez Pilatc le conduirent^ Car tuit vouloienti communement Que Pilate feist jugement De Jhésucrist le débonnaire, Mes Pilate neV vouloit faire, Car pas n'estoit de sa contrée. A Hérodes de Galilce Le fist Pilate droit mener^ ^ Mez Herodes tost ramener Le fist , car il ne treve mie Que il doie perdre la vie ; Et Ii vestit Ten robbes blanches , 1^2 LA PASSION Grant mauvestié larges par manches. Chiez Pilatc fut ramenez : La fut son corps moult malmenez. Quant lez Juifz yllec le tiendrent; De leurs mauvez gens Ii aprindrent. Tantost tout nu le despouUiérent, A une estache le liérent , Couronne d'aubespine firent Qu'amis sus son chief Ii niirent^ D'escourgées tranchans et dures Firent sur lui maintes romptures , Tant le batirent sanz refraindre De son sanc font la terre taindre Que contreval son corps couUoit, Des grans cous sa char se douUoit. Apres droit ou mont de Calvaire Le menérent ly desputaire. De clous tranchans gros et quarrez , Fut Diex pour nous en crois barrez ; Quant il Tören t bien ^ttacbié Ou visage Ii ont crachié; D'une lance trancbant ague Fut sa char ou costé rompue ; Tant d^angoisse soufTrir ii firent Que toutes ses vaines ronpirent. Pou^nousJbesucrist trop de honte Ot plus assez que je ne conte. Ce devcz-vous trestuit bien croire En crois ot-il venim ä boire. Ly faulz Juifz tant le menérent DE NOTRE SEIGNEUR. 1 43 Qu'en la crois tout mort le lessérent. La Vierge pucelle sa mére Au cuer en ot angoisse amére. Pour son filz qu'elle tant aofioit^ Par grant angoisse se pasmoit En Ii humblement regarder. Lors la commanda å gärder Diex k saint Jeban en tel maniérc : (( Jeban, garde-la com ta mére.» Et quant il fut a mort livré, És mains Joseph fu délivré, Car Dieu ou cuer Ii enorta. Ou sépulcre Dieu enporta En une digne sépulture; Lä fut de Dieu mis la figure. D'cnfer ses bons amis jetta Et au tiers jour résuscita , Et se mönstra , cbose est certaine , Premier a Marie-Magdelaine , Et puis a\jls autres tuit ensamble. Pour ce je vous dy qu'il me samble Que tel Seigneur fait bon servir. Qui sy bien le scet desei^vir, Qui a le servir veult entendre, Il Ii scet bien bon loier rendre. Or 1 y prions tous sanz Faintize Qu'il nous doint faire tel servize, Par confesse et par pénitance, Et par vraie répantence , Par quov nous puissions trestuit estre 1 44 ^^ PASSION T^ SUS en la gloire celestre Fidelium defunctorum Per secula seculorunij Ameji. DIEU. Je Yucil aler en Béthanie. Judas, vien en ma compaignie. Jehan, Jacque, je vous ensaigne Que chascun de vous en veigne Avecques nous isnellement.^ S. JEHAN. Sire, a vostre commandement Tout maintenant obairons ; Avec vous volentiers yrons Et ferons vostre volenté. JACQUES. Sire, se Dieu me doint santé Je ne seray ja traveilliez De vous servir, mez esveilliez. Aions-y, car bien m'y acorde. JUDAS. Maistre plain de miséricorde , Trestout vostre vouloir feray, Car je vous aime de cuer vray, Sire, car je y suis bien tenu. SYMON. Sire, vous soiez bien venu ! DE NOTRE SEIGNEUR. 1 45 Mesiau ay esté , se savez ; Vostre mercy guéry m'avez. Cbascun vous Joit de cuer servir, Gar bien le sevez deservir Que vous estes piain de pitié. Je vous pry par grant amitié , Et de tout mon cuer vous supplie, Que vous et vostre compaignie Veigniez reposer en nia maison. DIBU. Symon ^ tu dis bonne raison , Et je y voiz sanz plus demourer, MAGDALAINB. . Las, mescbante, bien doy plorer Coinme pécherresse chétive La plus qui en ce monde vive. Plaine suis de péchié d'ordure ; En punézie de luxure J'ay vescu toute ma jouvente; De péchier ne fu oncques lente Mais en ay esté tousjours preste. Vilain , bourgois^ cierc ou prestre , Las, trop ay esté fole fame , Dont j'ay moult enconbrée in'åiiie. Je ay deservy paine et hontage , Lasse chétive, que feray-je ? Dés or est ma vie eunuieuse : Lasse, tropt suis malheureuse. Se aincy péusse venir Je voulsisse bien defTenir, II. 10 1 46 LA PASSION Mais que je bien cODfessée feusse Et pardon de mes péchiez eusse, Dieu sy le me vueil ottroier. Vers Jhesus vois pour Ven prier , De péchié me vueille getter Et par pénitance aquitter De mes péchiez, dont j'ay grant somroe. En Tostel Symon le preudomme Lä est Jhesu , je n^en dout mie , Etavec luy sa conpaignie; Pardon requerray doulcement , Et de cest tres digne oignement Le corps, lez piez ly en oindray : Certes, jamais ne me faindray De servir le doulz debonnaire. Dy, Malquin, pourroies*tu faire Que .1. peu parlasse ä ton maistre. MALQUIN. Par le grant Dieu qui me fist nestre Je y vois tout maintenant savoir. Cil Dieu qui fail tout bien savoir Vous sauve gar t et bénéie, Doulz Maistre y et vostve conpaigiiie! Lä bort vous demande une fame. SYMON. Je voiså lui tantost par m'åme Pour savoir ce qu'elle veult dii*e. MAGDALAINB. Symon, bien veignies-vous, (leau sire; A vous demander je vouloie DB NOTAl SEIGNEUR. 1 47 Se ver vous tant £iire pQurroie • Que je peusse Jbésu véotr. SYMON. Cil que vous véez lä séoir, Dame , c'e9t cil que demandez. MLAGPALålNB» . Beau doulz pére^ cara)'«nteiides, Je vien ä vous mercy crier De mez pécbiez , et déprier Donnez m'eD. veilliez pénitence, Car j'ay bien bonne repen tanee. Le fez de mez pécbiez m'esmaie , Sire y combieu que mefiiat aie>y Pardon demant dévotement De cest précieux oignement , Le cbef , le corpeje.voua veil oindrc. De bonne volanté^ sans faindre , De moy toute vous faiz hommaige. Sjmon, véez-Youfi cy grant outraige De cet oignenpent respaodu : Miex le vaulsiat avoir vendu Et pris de Fai^nt pour repestre Lez povres que oindre le maistre. Il valoit bien^ se Diex me voie, .ccc. .D. de lamODnoie, Et jamais riens ne puet valoir. DIEU. Qui lez povres en noncbaloir Laissera pas bien ne lera lO 1 48 LA PASSION Et cil qui bien lez amera Il ne perdra mie sa paine : Pour vérité le vous tesmoigne. Touzjours en nostre conpaignie Seront, mez ycy ne seray mie, Sachiez le tout certainement. Symon, enten-moy sagement , Je t'ay aucune chose ä dire. SYMON. Dictes vostre volenté, Sire, Et je bien vous escouteray. DIEU. Et tantost le te conteray. Qui ambeduy deniei*s devoient A .1. fort usurier riche homme, Et .1. en devoit en sa somme .v. cens deniers pour sa partie. Ly autre quitte n'estoit mie. I. denier en devoit Mez ensensons trop Ics grevoit Et lez faisoit moult esmaier, Car il n'avoient de quoy paier. Ly usurier lez clamaquicte Celle somme que je t'ay dicte ; Quant se virent quitte damer , Lequel dut celuy plus amer, Respon-nioy a ceste demande. SYMON. Se Dieu de grant mal me defTcnde DE NOTRE SEIGNEUR. l49 Cil å qui donna plu8 grant somnne. ' DIEU. G'est droit jugemcnt de preudomme. Symon, vois-tu cy ceste feme Qui est triste de cuer pour s'äme? Ei a droit et sy a.raison. Entré sui en* ceste maison , Les piez lavez tu ne m'as mie» Ceste de dueil remplie N'ez fina de laverdéz Teure Que vint cy de l'eau qu'el pleure Et de sez cheveux lez essuie. Son service point qe nf^'eunuie Car je sul c^rtain qu'elle m'aime Et qu'en son cuer pitié réclaime : En moy ferinement elie croit, De mez piez baisier ne recroit, Maint mal pas a pour moy passc\ Or en droit me si iassé , De son préciex oignement M*a oing le corps dévotement. La meilleur part a esleue Qui ne Ii sera pas tolue. Fame, je te truis vers moy bonne : Xouz^tez péchiez je tepardonne ; Ta foi te fait pardon avoir. MAGOALAINE. fieau sire, sy a grant avoir Que vout ni'avcz ycy don ne, Quant me/, pcchicz sont pardonoé l5o LA PASSION Jc vous rend graces humblement Que autre richesse ne demant. Lots chante chonis vaium. Dieu le tout puissans, De tout bien cognoissans M'a pour .i. petit don Rendu grant guerredon Bien me doy louer de luy. Doublement desert ii celluy Qui le sert et qui Tonneure : Je me levay huy de bonne heure. Quant j'ay tout mon peiché conté Au prophéte plain de bonté, Quant ma confesse ly o dicte De mez péchiez me ctama quicte : Je n'ay pas perdue ma paine. MARTHE. Tu as bien faite ta besotgne Méz une chose trop me grieve : Ladre mon frére point ne lieve. Par maladie est si grieve Trois jours a qu'il ne lut leve ; Je n'y scay quel consel mectre. MAGDALAINE. Sy mandons par bouche ou par iettre Quérir Jbesu ou je tant é Trouvé de bien ; s'aura sancté. Aussy peut it santté donner Comme il sait péchiez pardonnor , Car plain est de miséricorde. DE iNOTRB SEIGNEUR. l5l MARTHB. Ma suer ä ton dit bien m^acorde. Vallet, Diex te gart depérir ! Va-t'en tantost Jbesu quérir ; Di Ii je Ii pry séens veigne Je cuide estre toute certatne. M4LQU1N. Dame, se diex me veult conduirc Bien ferav ce coromaiidement. Martbe vous sakie bien douloenaent, De par moy, et sa suer Marie. Chascune des .ii. sy vous prie Que le ladre véoir Tenez Qui de grief mal est sy pene% Qu'elles cuident qo^il se muire. DIEU. Vallety Diex te veille conduire : Va-t'en, car je yray sans mentir Pour le gärder et garentir, Car du ladre bien me souvient. Seigneurs, aler il nous convient Véoir le ladre que tant aime : Marthe pour hii moult me réclaiuie; II dort, or Talons esveiller. S. JA8QUE. De ce ne vous fault conseiUier : Alez devcint et nous apres. MALQUIN- Marlhe, Jbesu, sy est ja préz De cy; va Ii ton meschief dire. iSa LA PASSION MARTHE. Bien veignez vous, Jhesu, beau sire ! Se eussiez sy esté beau-pére, Pas ne fut mört ladre mon firére : Pour iy vous envoiaie querre. Or^ est-il mört et mis en terre : Jamez nul bien ne vous fera. DIEU. Marthe, suefTre toy qu'il sera Encor tout vif , dont tu äras Grant joie quant tu le säras. Tu le verras prochainement MARTHE. Voire au jour du jugement : Jusqu'ä lors ne puet-ce pas eslre. DIEU. Marthe, j'ay la vertu célestre , De ce ne soiez en doubtance. Touz ceulx qui mourront en ma créance En pou de beure se je vouloie Resusciter je lez feroie , Et ceulx qui en moy croient et vivent Et le mal pour m'amour eschivent, Ils aront joie pardurable : Hors seront de la main au déable. Marthe, crois-tu ce que je conpte ? BtARTUE. Oil , se Diex me gart de honte , Je croy et suis toute certainc Qu'en vous est vertu souveraine. • i DE NOTRE SEIGNELR. 1 53 Marie, ma suer, doulce amie, Vien véoir Jhesu, le (ilz Marie, Qui nous est venus conforter. MAGDALAINE. Jhesu, je ne me puis porter, Trop me destraint courroux et ire. Se eusses sy esté, beau sire^ Encore fust le ladre en sancté. DIEU. Faitez tantost ma volenté Et allons ä la sépulture. MARTHE. Beau sire, sy gist la figure Du ladre qui tant \ous amoit, Qui tous jours, seigneur, vous clainoit. En vous s^espéranoe estoit toute. DIEU. Martbe, sueflfre toy , sy escoute Sa sépulture me descuevre Et je te monsterray hel euvre : Resusciter je veil ton frére. MARTHB. Lessez ester, Jhesu beau pére : Quatre jours a trestous passez Que mez fréres est trespassez. II put trop fort certainement. DIEU. Marthe, se tu crois termement Tu verras miracle divine. Pére, qui vcrlu enlumine , 1 54 LA PASSION Je te doy bien mercy prier Servir, louer et grader, Gar tu faiz tout ce que je commande. Ladre, vien hors : je te commande Que tu monstres k tous ta face. LADRE. Jbesu, beau pére plain de grace, Fous sont tous ceulx et toutez celles Qui ne croient voz yertuz belles : En vous croist vertu et babonde, Povoir avez suz tout le monde, Vertus faites en petit de heure, Sire, quel chiére. DIEU. Je pkure, Par ce que je scay bien de voir Qu'encor te convient recevoir La mört que tu as jä soufferte ; Sy äras peine sanz déserte. De soufFrir mört c'e8t dure cbose. LABRE. Pére, en qui vertu repose, Puisque m'avez resusdté Je vous prie par bumilité, Du déable me veilliez deffendre. DIEU. Pierre, Jasque, sanz plus attendrc, Alez ou chastel contre vous Qui est en la voie contre nwis. La une ancssc Irouverez L4 k^ DE NOTRE SEIGNEUR. 1 55 Liée, vous la desUerez Et la m'amarrez maintenant. Se nul la vous treuve amenant, Qui de riens b vous destorbesse y Dictes ly que il la vous lesse, Car le maistre veult sus monter. S. JASQUE. Bien sarons cé dire et conter, Sire, se Diex nous gart d'essoigne, Tout ä vostre commandement. S. PÉRE. Nostre maistre, mie, ne mänt : Vcci Tånesse que quérons. Jasque, savez que nous ferons , Ceste ånesse deslierous. S. JASQUE. Bien dictes; je l'enmeneray Saqz arrester a nostre maistre. S. PÉRE. Et je vueil avecques vous estre, Conpaignie je vous feray. DIEU. Bien veigniez, dessus monteray, En Jherusalem en venrez. A moy conpaignie tenrrez Que tendis que je suis en vie, Je accompliray la prophécie : Venez en trestoussanz plus dire. S. JEHAN. Volenliers vous suivron, beau sirc, l56 LA PASSION Puisque la besoigne est sy prestc. Dessus le dos de ceste anesse Å mettre nos robes i vous plaise, Gar plus en cheminerez aise. Aussy point de celle n'avons. Le premier enfant de Ysrael chante sus : Gloria laus. Tu viens cy en nom de Dieu , se savons : Tu soiez le bien venuz. Nul ne puet estre maintenus Sanz loy, sire; sauve nous. LE SECONT. Jhesu, tu dois bien de nous Estre servis et honnourez. Seigneurs, touz Dicu adorez, C'est-il sus ceste anesse lä. LE TIERS. Frére, esten ce mantel de lä, Pour Jhesu, par dessus monter, Gar il vient paier et conpter Pour trestout le mondc. LE QUART. Sire ou bien abonde, Filz David, toy servent les angles ; Å toy soit bonneur et louenges, Roy d'Israel, tu nous sauvcras. LE QUINT. Jhesu^ tu nous racheteras, ^ Ge nous recipte l'escripture ; De mal, de pechié ne d'ordure ]N'eus oncqucs curc en ton vivanl. DE NOTRE SEIGNEUR. I $7 MALQUIN. Dieu sauve et gart sire Vivant Et en bien le vueille tenir. VI VANT. Marquin, bien puissez tu venir! Que te fault ? me veulz tu riens dire ! MALQUIN. Jc viens parler ä vous^ beau sire : Nostre (ioy) sera partans morte, ^ Jbesu novelle Ioy aporte Et va preschant par ceste terre Pour nos gens a sa Ioy conquerre : Converty en a grant partie. VIVANT. Ceste cbose ne me plaist mie : J'en vourroie conseil avoir. MALQUIN. Sire, faites .i. grant savoir. A Anne maintenant vrez Et å Caiphesy et leur direz Qu'en ceste chose mettent peine^ VIVANT. Se le grant Dieu me gart d^essoine Je leur voiz compter ceste aflaire. MALQUIN. Et je ne me vueil pas retraire ; Alons, je vous y vueil conduire. VIVANT. Seigneurs, de nostre Ioy destruire Ne cesse Jbesu le trahistez i58 LA rjksoooi Poor Ukmnkx qoe il a dides Et du dire potnt ne recroit. Da pueple en loi assex se croi!, Deoevoir dous venit et trahir. De TOs gens tous fen hair; Cecj ne doit-on pas eder Qoe filz Dieu se &it apeler. A nostre grant il falt entendre Qnll Tolt de sa gloire descendre Poar prendre et cbar et sanc en fame A Dostre k>T fett grant difl&iiie. Arec Iny ra .xii. gaignOns Qae il tient pour sez conpaignons ; Tonz jours conpaignie ly tiennent, Avec luy psrtout vont et viennent. Ly fol croient et ly meschant La &ulce loy qu^il va preschant. Par son enchantement getter Fist le ladre et resusciter; Ce prescbérres que je toqs conpte Ne se saint de Vous faire lionte Et sus nostre loy met defTence Poor feire tenir sa créance ; Vous qui devez la loy gärder, Faictez le prendre sanz tarder. Sy le faictez tenir de rire. ANNES. Vivant, je vous ose bien dire Se longuement regne Tout convertira nostre regne. DE NOTRB SEIGNEUR. iSg Se le poons ä mains tenir A mercy le ferons venir : Je m'acorde bien que on le preigné. CAIPHAS. Seigneurs, male bonte ly veigiie Par qui la cbose demourra, Et qui Jbesu tenir pourra, Qui ne ly fera bonte apperte, Car contre nous l'a bien deserCc. Il est escript pour vérité Qu'il convient de nescessité Que uns boms muire pour la gent toute , Jä de ce ne soiez en doubte : Mez parlons bas ; ne véez vous mie Judas qu'est de sa compaignie ? Il nous vient je croy escouter. judås. Jä ne vous fault de moy doubter; Vers vous ne veil estre trabistes ^ Méz tout seurement me diotes Dont est ce parlement tenu. Puisque je sais sus seurvenus, Je vous ose bien fiancer Se la chose puis avancer Jä ne me voirrez arrier traire. VIVANT. Judas, de ce que Tolons faire Åvons .1. pou en toy de doubte. JUDAS. Par ma créance vous jur toute l60 LA PAS6I0N Que courroucié sui ä mon sire, Par quoy vous me povcz bien dire Vostre conseil seurement. Diclez le moy appertement, Tantost vostre vouloir ferav. CAIPHAS. Judas, plus ne te celeray^ Cest de Jbesu qui tout fausse Nostre loy et la seue eseauce Et fait k nostre pueple croire Qu'il est filz au pére de gloire : A le bonnir voulons entendre. JUDAS. Seigneurs , se vous me voulez rendre Argent de ly, je le vendré A vous et plus n'y attendré : Achetez le et me paiez. VIVANT. Judas ne soiez esmaiez : Se ceste cbose puet faire Que nous aiens le depputaire De 1'argent auras bonne somme. JUDAS. Je croy que vous estez prodomme, A vostre gré m'en paierez ; Méz escoutez que vous ferez. De voz meillieurs sergens mandez Et asprement leur commandez, Que chascun ait espée bonne : Cil venoit aucunc personne DB NOTRR SEIGNEUR. l6l Qui Jhesu voulsist revancbier Que on le puist tout detranchier : De loing me Quivez sanz mot diré Et je yray droit baisier mon Mre^ Voians touz eulz en aon viaäge. VIVANt. Judas, sy a parole sage. Je te pry que vueillöz entendre A ton maistre en noz mains rendre. .xxx« piéces d'argentpar conpte Te don, pren lez, n'en aiez hön te Judas, beau frére, or lez estuie. JUDAS. Et je lez prenz point ne m'enni]ie : Sy lez pendray ä ma couroie. Seigneurs sachiez que je vourfoie Que voz sergens ycy fusseiit Et leurs armeures eusses : Sy entendroie ä cecy faire. La monnoie me doit bieo plaire, De quoy mon maistre est venduz; Or m'est le disme bien renduz De Toignement dont on Pongny. Trop grant dueil au cuer mWpoigny Quan 1 1'oignement je vy respandre Sur ly, qui l'eut porté vendre. Trois cens deniers monlt bien valoit) Bien savoie que mal alloit Quant MagdaUine le dprnia. • U. II l63 LA PASSION VI VANT. '^ Judas, en toy vallet bon a : Chevaliers envoieray querre Touz Icz plus fors de ceste terre. Valiet va dire appertemcnt Pinceguerre que le dement Pour son profit et pour s'onneur. MALQUIN. Se Dieu me gart de deshonneur, Volentiers feray ceste voie. Pinceguerre, Vivant vous prie Qu'k ly vegniez méz qu'il vous plaise. PINCEGUERRE. Commant ? est-il dont ä malaise ? Je y voiz ; se nul Ta deffié, Je le rendray pris et lie; Commant qu'il aille en sa maison Vous a nulz bons fait trahison, Quel qui soit ou monde vivant, Dictez le moy, sire Vivant j Maintenant vencbiez en serez. VIVANT. Or y parra que vous ferez Åppertement ce que vous dictez : Jhesus le maulvaiz faulz trabistez A, foy que je doy ma santé, Trestout ce pais enchanté. Qui plus vivre le le8sera< Nostre loy pardue sera, \ i > Gar je vous dy pour véritéi • I Il ^.- DE NOTRE SEIGNEUR. 1 63 Que le ladre a resusctté. Il a trop fait de mauvestiez, Je vueil que pris soit et gucstiez. Sy vous dy que riens ne me pris Se .II. bons chevaliers de pris Avecques vous ne me bailliez. PINCEGI3ERRE. Je ne doubte pas qu'i failliez. Je m'en voiz; quant je revenrrai Bons chevaliers vous amerray. Or, auz armez, Baudin, Mosse, Chascun de vous ait endossé Son habert et s'espéo pregne ; Chascun de vous avec moy vegne : Gardez que plus n'y attendez. BAUDIN. Cest fait; puisque le commandcz, Nous .II. ferons vostrc plabir. MOSSÉ. Je vueil ce bon boucler cesir Qui pour coups ne puet desmentir. PINCBGUERRB. Jä Dieu ne vueillc consentir Que nous reveignons sanz bataille. VI VANT. Pinceguerre, Dieu ne te faille De chose que tu ly requicres, Ains te doint toutes tez priéres. Tu me faiz au cuer grant léesse Quant je voy apres toy la presset v • 1 1 1 64 L^ PASSION Qui te suit de chevalerie. PINGEGUERRE. Par ma loy vous ne boudez mie ; Or povez bien commant qu'il aiile Hardiment hive bataille, Tuit en sommes entalenté. ANNE. Je pry Dieu qu'il vous doint santé Et vous doint grant honneur avoir. PINGEGUERRE. Beau sire, nous voulons savoir Que nous ferons puisque cy sonames. VIVANT. Droit esty bien resanblez prodomme Et je vous vueil la chose dire : Judas nous a vendu son sire. Avecquez lui vous menera ; A celly que il baisera Tout maintenant sy ly prenez. Quant pris sera sy le menez Droit sus Anne, car moult ly tärde Qu'on le pende, ou tut, ou arde, Ou chiez Caiphes nostre maistre Allez ; Dieu doint que prist puis estre Et que se soit prochainement ! BAUDIN. Nous le ferons bardiement Et maintenant sanz délaier : De ce ne vous fault esmaier ; Mais, Judas, fay sy ta besoigne k DE NOTRS SEIGNEUR. 1 65 Que pour toy n'aion poiot d'esaoigoey Car se nul !e veult revencher Je le vourav tout detrancher : Or en alons, Judas, beau frére. JUD4S. Foy que je doy Tarme mon pére, Bien feray la chose sanz doubte : Vous me suivrez de loin par route. Par trahison le beseray Et .1. faulz ris ly getteray, Et puis tantdst le venes prendre Et au maistres de la Idy rendre. Quant pris Taurez je seray quitte» * MOSSE. Tu as bonnes parolles dictez, Judas, sachez que c 'est aflaire Car plus fort vour^ion bien &ire, Et nous deust on dévorer. Malquin veulz tu demourer? Vien-t-en veoir .prendre le glouton. MALQUIN. Je voiz ne le prise un bouton Et de moult puts jeus ly feray, . , Et cesle cqrde porteray^ Et ma lance en ma«main tenray ; Gar se je puis je l'amenrray A noz maistres pour le destruire. Sachez qui nous y venrroit nuire Ne qui requerre le vourroit De la mört venter se pourroit : 1 66 LA PASSION \ Couper ly vourroie la teste JUDAS. Encore n'est pas la cbose preste De le maintenant aler penrre. / CA\PHAS. Quant dont? JUDAS. Ce vous veil apenre : Pour la cbose estre plus seure Yous le penrrez par nuit obscure Quant gent seront k se grisé. Ét pour estre miex avisé De lanternez garniz serez Qu^avecquez vous aporterez Par quoy pourrez miex aviser Celui que voulez justiser. ^ Il est bien temps que je m'en aille, Pour ce que son juger ne faille. Sy m'atendrez quant revendréj . Avecquez moy vouz amenrray : Je ne teray pas grant demeure. CAVPHAS. Or va, Judas, en la bonne heure £t garde bien qu'il ne s'en Aiie, Gar s^ vie förment m'ennuie. A^ez vous bien Judas oy ? Vous devrcz bien estre esjoy, Se assener povez ccste prise Que la char du glouton soit prise. Attendez le sy quMI vous Iruisse DE NOTRE SEIGNEUR. 167 Par quoy excufter ne se puisse De rien qu'il soit en nuile guise. Et sacbez que vostre servise. Chascun de deniers tout ara, Que tous jours bon gré m'en sära, Je le vous promet et convence. PINCEGUERRE. Sire évesques, et jé me vente De quelque heure que. Judas veigne, Ne trouverons riens qui nous teigne Que n'y ailliens san^plus.atendre Penrre son maistre pour vous rendre : Ce vous promet -je tout de voir. SYMONv' ..:■.' ": Malquin ! . / MALQUXN* ) Sire? SYMOli. Dy me voir A-il point d\yaue ou pot de terre? MALQUIN.. Ncnuy, voir. SYMON. Or en va querre £1 garde que tantost revcgne'4 Que de Umies putes estrain^z , Soiez tu au jour qui estrenez. ' * MALQUIN. • Sire, trop mal me demencz. .( r Se avez ä .1. pou d'yaue failiy l68 LA PASSION M^avez ore sy mal bailly. Certes oncquez méz n^ failiistez : Je croy que her soir la respandistez Quant vous vous allastes couchier, Car je vous vy aupot touchier ! Dictez, voulez-vous que je y voise? SYMON. 011 va et lesse ta noise : Je vourroie ja qu en eusse. MALQUIN. Et jc vourroie jk que j'eo feusse^ Foy que je tous doy , revenu . DIEU. Mcz disciplezy je suis tenu A vous gärder et garantir : Or sacbiez trestous sauz mentir La samte Pasque aproche mout (i), Vous devez estre tous semons A ma céne n'y failliez mie Que ne m'y teignez coupaignie. En Jherusalem vostre voye Sera ; allez, que Dieu vous voye i (1) Mont pour moui ou nundt (maitam). On trouve un exemple de cette modification faite pour la rime dans ccs yere de ia Chansan des ordres^ salire tré»-piquante contre les rdigieux, doe au trou- vére Rulebeuf .* Béguines a on moni; (poi|r on a mouli) Qai larges robés ont ; Desious les robes font Ce que pas ne vous di , elc DE NOTRB SEIGNEUR. 1^9 Entré vous .11. Jehac et Pierre , Mez la maison n'e8t pas de Pierre Ou vousverrcz entrer .i.Jiomme Qui pourte d'yaue une somme. Apréz yrez; quant lä serez, Le seigneur me salurez : Dictez que tost sus ly venrré Et que ma Pasque je y penrré, Et vous m'y ferez conpaignie. S. PÉRE. Beau maislre, nous n'y faudrons m\e A faire ce que devisez. Jehan, .1. pouYOUs avisez Se vous savez cognoistre fonanie Que nostre maistre nous dit comme Nous nous parlismes de luy. S. JEUAN. Foy que doy , vous vela celuy Que nous quérons Ijiuy toute jour. Ne faisons mie lonc sejour Allons apréz ly sanz Lirder. S. PÉRE. Allons, Dieu noys vueille gärder! Celuy qui nous Hst du limon De la terre, vous gart, Simon ! Enlendez ä nous, beau doulz sire ; Nous vous somes cy venuz dire : Le maistre veult cy reciner Et nous avec sanz deviner Somes trcstous de luy scmons. 170 LA PASSIOX k SYMOX. Beaus seignears, oe prisé^je moult Se Diex me doint bonne santé : De le vcoir grant talent é, Car je sui tout en son servise. S. PÉBE. Faictes que la table 5oit mise, Aportcz le pain et le vin. SYMOX. Vollentiers, parle roydivin Et avec ce bonne viande. DIEU. Symon, Dieu de péril defTende Ton corps , et ton åme veille amer. SYMON. Sire, ou il n'a ne sel n'amer Yous soiez bien venuz soiens : Yous ralumez lez non voiens Et lez målades garissez. Se souvent seans venissiez^ .ren éusse joie amiable. DIEU. Mez disciples, misc est la table, Séez-vous tuit, sy mcngerons. Apréa^ autre chosc ferons, Car la viande est belle et bonne Que nostre hoste Symon nous don ne. SYMON. Se Diex te doint en bien uscr Ladre, car nous conpte la peine DE NOTRB SEIGNEUR. I7I D'enfer et commant on domåine Lez åmes et quel douleur sentent. LADRE. -Lez diables d^enfer lez tourmentent : On n'y treuve nully doroiant; Ainz seuftrent trop cruel tourmant; Elles ne sont point asséjour Mais seuflfrent de uuit et de jour Les åmcs painez angoisseuses Qui n'en sont nulles foys oyseuses. Et sont, se piez me doint saucté, De .IX. ! tourmens tuil tournrientc. Le premier est de feu ardant Qui tout le corps leur va lardanC, Et tuitcil demennent ce vise Qui Qnt pechié par convoitise. Ou secont n'a-il point de grace : Il sont en feu et puis en glace. Lä sont cil qui ont fait le vice Ou péchié de froide mallice. Le tiers tourmant esl de vermine ; Cil qui ont péchié par heine Ont conpaignie de couleuvres, Et cil qui ont taites les euvres D'envie, je vous en convent, Le dragon lez runge souvent Les cuers et toutes léz cntrailles; Le crapout leur pent aus oreilles. Ou quart il ont trop grand lueur : 11 n'y oiil clarlc ne lucur, 1^2 LA. PASSION Et cbascun malgrc aoy l'endure : Cest pour le pechié de luxure. Ou quint mil dyables lez batent Et entré ieurs piez lez abatent; Cil ont passé obédiance. Lä seufTrent moult grant pénitence. Ou.sixte n'a poiqt de seurté; Il sont tous jours eq obscurté. Cil qui le bien pour le mal laissent En celle obscurté tuit abnissent. Ou .VII*, tourment il lisent : Lez pécbiez Tun Tautre devi^ent ; Il s'entre dient plusieurs ledengez. Sachiez ce n'est vie d'engez : Cest pource qu'il ne confi^sérent Leurs pécbiez et que Dieu n'aio9ére|it, Ne oncques en Dieu il ne crurent Parfaitement sy commc il durent. En le .viii\ voient lez diables Et les^dragons espoventables. Et sacbiez nul ne s\ envoyse Méz il demainent trop grand npysc. Ne vont pas au moustier orer Ain^ois ne cessent de plorer. Je le dy ä vous qui cy estez^ Le .ix\ n'est mie honestez. En vérité je le tesmoigne, Gar tourmenté sont de la poigne De tous lez maulz qu'en enfer sonl Ou touz jours en malvaiz bair sont. DE NOTRB SBIONEUR. Iji Enccnrejmt-il plus tournieDté Et de dyabies sont sy tempté. Jc le tesmoing, car bien in'en membre, Qu'il n'y a celui qai ait membre Ne soit lié de feu ardant. Leur péchié ne Va point tardant : Le dyable sanz demourance Leur (ait faire trop laide dance. Lez piez leur tienten contre mont. De dur aguillon les semont ^ Souvente foys il fait le prestre, En lieu de pain feu leur fait pestre. Icy sont pris ä mal aaiors, Quanqu'il meinnent c^est la mprs. Chascun est de (eu tout lécbiez Pour ce qu'il ont tous lez péchiez. Encore y a une autre estage Qui est dessus celui ombrage^ Lä est le feu du purgatoire. Ceulz qui attendent la Dieu gloire Font en ce lieu leur pénitance Dez pécbiez qu'ont fait dés Tenfancc Dont confession onl eu. Pour ce ne sont il pas chéu En la fosse d'enfer paribnde ; Méz seront tost.de pecbié monde. En Tautre estage on ne voit goute : Je y fu^ pour ce le dy sanz doubte. Et nV a celui qui n'atende Cely qui paiera 1'amende 174 ^^ PASSION Pour le péchié du premier homme, Qa'il fist par le mors de la pomme. Ou quart ly enfant mört ne sont : En tel point ycy pose sont Nul bien ne nul mal ne sentent, Mez entré eulz de dueil se démentent De ce que pardu ont la grace De véoir Dieu en sa doulce face. D'enfer vous ay le voir conpté : Je pry Dieu par sa grant bonté De tel lieu nous veille gärder. DIEU. My disciple sanz plus tarder Levez vous de cy ; sy venez Séoir de ^a et retenez Lez commandemens que je conpte. Du retenir n^aiez pas honte, Car qui loyalement lez tenra A bonne fin s'åme venra. Voz piez maintenant laveray Et puis sy lez essuiray De ce ne me devez desdire. Malquin! MA.LQUIN. Que vous plaist, beau sire? Å vous du tout je m^abandonne. DIEU. De Pyaue et un bacin me donne Et .1. linseul, fait ce poqr moy ; Car je vueil sceindre entour moy; DB NOTRE SEIGNEUR. I>j5 Fay maintenant, poiot nV arreste. MALQUIN. Sire, ia chose est toute preste. Vecy Tacin et l'iaue clére : Foi que je doy 1'åme mon pére, La ou vous voudrez la mettray. DIEU. Met le cy, Judas; 9a te tray. Laver te vueil lez piez sanz faiUe. JUDAS. Or faites donc, vaille que vaille, Vostre bonne volonté, sire ; Oncquez de vous mal ne vous dire • Non fei'ay-je dorénavant. DIEU. Jehan, tray 9a tez piez avant; Laver lez vueill et essuier. S. JEHAN. Ce ne me doit pas ennuier, Mais je le vous deusse faire. DIEU. Jasque prés de moy te fault traire, Car je te vueil laver lez piez. S. . JASQUE. Jå ue me laverez lez piez : Cil vous plaisty lavez moy la teste. Encore n'est-ce pas chose hoDoeste Qui ä vous ä faire aparteigne. DIEU. Jasque, de ce bien te souveigne, ' 176 LA. PA88I0H .) Je le vuetl et il fait sera. S. JASQCB. Certes moult m'eD enmiira. Or faites, maiz ce poise moy. DIBO. Pierre, tray te qa prés de mor ; II me plaist tez piez nectoiesse. S. PÉRE. Beau doulz pere plain de haultesse, Yous dictes mez piez laverez : Se Dieu me doint joye non ferez. Jä ne me sera reprouchié Que YOUS aiez mez piez touchié Souffrez yous en pour Dieu, beau sire. DlEU. Pierre, Pierre, ne me desdire. Tu ne sces pour quoy faiz cecy ; Mez ains que me parte de cy Et tu tez piez laYez auras, Je te proumet tu le sauras Le la Yemen t point ne me griéYe. Et se je tez piez ne te laYe Jk partn'auras aYecquez moy. S. PBRB. Puist que ainssy estdont, laYez^moy Nod fas lez piea tant seullemen^, Mez mains et cbief entiéremeiit : Je le YOUS pry en guerredon. OIBU. Pierre Symon, en ten moy don ; ^ DE NOTRE SEIGNEUR.* fJJ Et Yous trestoust, se vous in'aniez^ Se Yostre maistre me clamez, Yostre maistre suis voirement, Sy vous dy tout communement* De rien desciple ne doit est re Souverain pardessus son maistre. Je vueil que pais soit entré vous^ Car tantost partiray de vous y L'eure aproche bien, se me samble : Pour ce vous amonueste ensamble Que mez euvres vous essaussez Et ma créance partout haussez. A tous vous ay voz piez iavez ; Pourquoy Tay fait vous ne savez : Cest .1. example que vous donne. Yivez ensamble sanz ramponne ; Ly .1. a l'autre ainssy le face Se vous voulez avoir ma grace ; Car vous estes de peché monde Puisque vous ay lavé de Fonde. Judas, non pas je vous convent Tous ceulz qui sont en ce convent : Ce que je vous dy n'est pas fable. Or retournons touz å la table : Mez discipleSy je suis hais , De Viin de vous seray träbis ; Par ly mon corps est ja vendu, Par ly seray en crois pendu. Bon ly fust qu^encore fust k nestre ; Sy ne peust trahir son maistre. II. 12 178 -LA PASSION Je V0U8 dy pure vérité. S. JEHAN. Je vous pry par humilité S'il Yous plaist que vous me dictes Qui pourroit estre le trahistes Qui vers vous penseroit tel chose. DIEU. Jehan, bel amy, bien di re t'ose Le trahistes n'est pas cachiez Par qui mon corps est dommachiez Il est cy en ma conpaignie. JUDAS. Sui-je ce ? ne me celez mie ; Maistre, le dictes vous pour moy ? DlEU. Tu le dis certes ; entour moy Boit et mengue et repaire Qui a pourpencé cest afTaire. JudaS) mengue cette soupe Et boy du vin en ceste coupe : Establir vous vueil loy nouvelle, Qui sera aveuant et belle , Que ceulz qui bien la garderont En mon régne avec moy seront ; Et sy vous vueil touz ordener A Prestres et vous vueil donner Le saint Sacrement de l'autely Et chascun iace ä Dieu autel, Comme vous voierrez que feray. DE NOTRE SEIGNEUR. 1 79 S. JEHAN. Du fére tost apris seray, Mez que vous le nous enseignez. DIEU. Gardez que bien le reteignez, Lors de tous maulz serez gardez. Benoist soit ce pain de par Dé, Mon doulz Pére qui est en gloire! Mengez-en en bonne mémoire ; Cest ma char qui est en fort justice. Sera par tamps pour vous tous mise. De Dieu soit benoist ce vin cy ; Pour autre cbose ne vins cy Que pour vous donner tel viande Qui contre péchié vous deffende. Yenez tous que Diex vous ament ; Ce est du nouvel testament Mon*sanc qui pour vous tous sera Espanduy et qui m'aimera * Sy l'enpeigne seurement : Cest tout pour vostre sauvement. Ce vueil-je que sacbiez de voir: Pour chascun vueil mört recevoir ; Maiz une cbose pour vous vueil dire : Yous aurez ennuit honte et ire, Car ly juifs ont grant envie De ce que mon corps est en vie ; Rien plus de moy ne puent faair. Quant cil venra qui doit trahir Mon corpS| beau semblant me fera ; 12. l8o LA PASSION Par Irabison me baisera En la bouche, lors me penront Li faulz juifet m'en menront. Soufirir me feront grand douleur, J'en perdré toute ma couleur ; L^eure approche que je vous conptc. Tous en aurez paour et honte, Vous sy espoventez serez, Que tous ennuit me lesserez, Quant vous voerrez lez faulz trahistez. S. PÉRE. ' Beau sire, tel chose ne dictes, Gar de ceci point ne m'esaiaie Que jä paour ne honte aie De rien qui ne puisse avenir. DIEU. Pierre, quand tu verras venir Lez mauvaiz qui m'en maincront * Paour et bonte te feront, Et en auras au cuer tristesse ; Et ain9ois que li coq cbantesse .II. foys en tel point tu seras Que ^ III. foys me renieras : Cest vérilé que j'ay compté. S. PÉRE. Beau doulz pére, plain de bonté, De ce sanz raison me blasmez ; Gar de moy estez mput amez» Ge li aultre s'en vouiloient fuire Sy vueii-je partout conduire. DE NOTRE SEIGNEUR. l8l Pour ricn tel lour ne vous feroye, Pour vous niourir miex ameroie ; Je vQus suivray partout sanz faille. DIEU. Pierre, Simon, comment qu'il aille Contre raqy ne te dov deffendre ; Levez sus graces nous fault rendre. Beau doulz pére toy graclons Pour tez biens fais et te prions Qu^en telles euvres nous maintiegnes Que nos åmes ä la (in preignez Lassus en ta gloire celestre. Touz les apostres dieiit : Amen, DlEU. Ainssy puisse-t-il estrel Séez-vous cy, je vaiz Taourer. Pierre, vien t'en sanz démorer; Jasque, Jehan, sus vous levez : My cousin estez, moy debvez Suivre et gärder ; in*åme est triste Jusques ä mört et par mört quitte Trestuit celles et cil seront Qui mez commandemens feront. Plus avant de cy ne venez. Tuit .111. ycy vous soustenez Et gardez que ne sommeilliez, Mez ourez de cuer et veilliez, Aiez en Dieu dévocion Que n'entriezen tcmptacion. l82 LA PASSION Cy prie Dieu premier ä genous. Doulz pére, å toy, roy célestrc, Pour ce c'est chose qui puist estre Que je n'aie pas ceste mört, Qui ja ducques au cuer mc mört, Que toute fait ma char douloir ; Et non porquant Ic mien vouloir, Ne facez mie, mez le tien, Qu'å ton plaisir du tout me tien. Tout prest est le mien espris De mört soufTrir pour i'esperis, Mais ma char sy ce deult förment, Gar elle actent cruel tourment. Cy retoume aux apostres et die ä saint Pére : Pierre, tien toy de sommeillier. Ne puez-tu une heure veillier? Avecques moy veilliez proier Qu'en temptacion ne soiez ; L'eure de mon tourment aproche. S. PÉRE. Grant doulour prés du cuer vous touche ; Je le voy moplt tréz bien a ce Que tout contreval vostre face Le cler sanc de sueur dégoute. Tainte en est vostre face toute : Aval chéent lez goutes cléres. DIEU, å genous. Encor te prie, beaulz doulz péres, Se le tourment que sy m'esmaie DE NOTRB SEIGNEUR. 1 83 Ne puis eschapper que ne l'aie Que tu faces ta volenté. Cy retourae aaz apostres et die i De dormir moult entalenté Estez quant veillier déussiez. Se vous en sacion eussiez Nulle foys ne vous truys levez. S. JASQUE. Nous avons tous lez yeulz grevez De trop veillier ; s'avon mesaise Se nous dormons ne vous déplaise ; Car moult grant piécc avons veillié. DIEU. Vous n'estez pas trop travaillié. Veilliez et de Dieu vous souvegne, Que mauvaise erreur ne vous pregne : Trop estez endormi förment. DiEU, arriére å genous, die : Beau pére, de ce grief lourment Moult volentiers eschapperoie, Se ta volenté s'v octroie, Car la mört förment m'espoente ; Et s'ainssy est qui t'a talen te Que muire, je le doie vouloir ; Conbien que m'en doie doloir, Le fez de la mört vueil por ter. Un ange chante sus : Eiernt. Filz de Dieu, je te vien conforter : Ton pére dit que par ta mört 1 84 ^^ PASSION Seront racheté de la mört D'enfer luit cil qui bien ferpnt. Pour toy faire mourir seront Par tant juif en paine grant. Rien doubte ne petit ne grant, Va k la mört ton corps souffrir. DIEU. Beau pére, je vueil bien souflFrir Puisqu'il vous plaist ce grief martire. JUDAS. Pinceguerre, je vous vien dirc Alon, car il en est point. PINGEGUERRE. Or voy-je bien que il n'a point Sy voir disant en ceste terrc Comme est Judas. BAIJDIS. Nous vicnt-il querre ? II nous a bien convent tenu. MOSSÉ. Un prophéte mal avenu Sera se le poons tenir. Malquin, Haquin, tantost ven ir Avec nous vous enconvient MALQUIN. Alons donc, mais bien me souvientt Noz lanternes en porleron . HAQUIN. Maintenant lez alumeron, Je vueil aler pour vous aidier. DB NOTRE SEIGNEUR. 1 85 JUDAS. . Seigneur, laissiez vostre plaidier. Tantost avecquez moy venez. Et gardez qu'autre ne prenez Que celui que je baiseray. Ja moull beau semblant Ii feray : De ce sui-je bien enformez. DIEU. Reposez vous et vous dormez : De mon tourment approche Teure Que ly pécheurs me courront seure. L^amour que j*ay vers mez amis En ceste détresse in'a mis. En croisme fera estachez Et ou visage decrachez ; La mört que foufTrir me faurra A mez adversaires Vaura Se il se vuellent repentir. S. JEHAN. Beau pére, sanz la mortsentir, Ceci bien amender sariez Que nulle paine n*en ariez, Ce devons nous croire et savoir. DIEU. Jehan, bien vueil la mört avoir : Levez sus que dormi assez Åvez ; vela ceulz amassez Qui me quiérent, je lesvous montre. Ne fuion pas mais å l'encontre Leur alon ; veci qui m'aproche, 1 86 LA PASSION Qui me baisera en la bouche Pour me trahir; lors me penront. Cil homrae armé et m'cnmarront Que quérez vous que ne celez? PINCEG13ERRB. .1. Homme qui est appelez Jhesu de Nazareth. DIEU. Ce sui-je. BAUDIN. Encbanté av estc ; ce puis-je Bien dire, plu ne fu oncques. MOSSÉ. Par ma loy tout ainssy doncques Ay-je eslc et pis encore. DIEU. Biau seigneurs, que querez vous orc Qu'å ceste heure eslez ensamblé ? . PINGBGUERRE. De paour ma la char tramblé Don t j'ay förment le cuer iré. Ce que nous quérons te diré : Jhésu de Nazareth quérons. DIEU. Véez me cy. BAUDIN. JudaSy que ferons ? As tu rien oy qui te plaise. JUDAS. Dieu te gart, miaistre, car me baise DE ISOTRE SEIGNEUR. 1 87 Et je toy en foy en la bouche. DIEU. Ce baisier prés du cuer me touche , Amis, en baisant m'as trahy. MALQUIN. Jhésu, moult te voy esbahy : Pris es, te veulz tu pas deffendre ? MOUSSÉ. Meillieur gage que la foy rendre Lui fault sy veult se délivrer. HAQUIN. Je croy qu'i se vient d'enyvrer Hui toute jour de la taverne. MALQUIN. Haquin i lieve hault ta lanterne Si le verron tuit ou visage. HAQUIN. Foy que je doy tout mon lignage Je sui tout lié de cette proie. Malquin, beau-frére, je te proie Que maintenant soit menez. DIEU. Beauls seigneurs, pour quoy me tenez Sy honteusement sanz raison ? Sy ne sui-je pas mauvais bom Ne dez gens en bois essautiéres , Et sy ne sui murdrier ne lerres. Oncques je ne fiz mauvestié , Et vous m'avez si agaistié Painuit obscure pris m'avez. 1 88 LA PASSION Maintez fois de jour bien savez Vous in'avez oy sermonner Et de bons exemples donncr Au lemple Psalmon monté A vous mains bons sermons conpté ; Mez vecy sens de inoy tenir M'avez veu aler et venir Et de nuit m'avez detenu. MALQUIN. Encore tout ä tamps venu Somes a ta mal le meschance. Pren, Jhésu; c'est tien a la chancc As^z de ceulz en soustenras. S. PERE. Lcsse-le, point ne Ten menras: Garde toy (l'ui maiz a toucher ; Ne te doiz de lui approcher. De toucher a lui n'ez pas digne Qui est filz Dieu sur tous le guine. Tu Tas feru par ton oultrage, Tien ce cop pour ton vasselage. Il te vaulsist miex aillicurs estre Que tu n'a pas t'oreille destre : Ör te taste c'elle tesaine. DIEU. Pierre, s'oreille n'e3t pas saine, Mais tu Ii as raison faite > Quant sus luy as l^espée traite. Remet la tost en sa gaine, (lar tout pour voir je le doctrinc DE NOTKE SEIGNEUR. 189 Qui de glaive nully ferra Par glaive defenir verra Sa vie, c'est bien chose voire. Pierre, de ce me dois tu croirre. Se je vouloie a ceulz nuire Qui ont grant fain de moy destruire Et d'eulz vouloir faire omicide, .XII. legions enaide D^anges, d'arcanges sanz cesser Auroie tout pour eulx prisser. L'oreille que tu ly as roupte Saine ly refTeray sanz doubte. Vallet, monstre ta blesseure. MALQUIN. Se Diex me doint bonne aventure. Se tu me donnes garison, Jamais jour nulle mesprison Ne pourchaceray conire toy. DIEU. Je la te rendray sueffre toy Telle come elle cstoit devant. MALQUIN. Jamais jour ne t'iray grevant Se tu la me puez rendre entiére. DIEU. Or tray sa pfés de moy ta chére. Oreilles, je vueil que tu soies Åinsi saine comme tu estoies Devant ce que tu fusses ronpue. Or taste se je t'ay rendue 192 hk PASSION S PÉRE. , Par cellui Dieu qui me fist nestre, Ne cognoiz celuy que me dictes. JUDAS. Sire Annez, je ne viens pas tristez, Gar j'ay bien faite la besongne. Véez vous cy Jhésu que j'amaine : Le corps de luy vous ay vendu, Vivant m'en a 1'argent rendu. Je le VOUS baiile ce le prenezai A vostre plaisir Tammenez : Ce c'est bien fait, dictes le mov. ANNE. Foy que je doy Tame de moy Ton argent as bien deservy. Judas, tu m'as a gré servy. Va-t-en, moult bien m'en cheviray. JUDAS. Et de vous me départiray. A Dieu qui vous est en sa garde. ANNE. . Jhesu, vien så que trop me tärde Que tu me dies ton affaire. Veulz aler contre Césaire : Dy-le moy puisque tu cs pris. Tu seras se tu as mespris De nos tre loy apetisez. DIEU. Ains que me faces justiser Je te diray que tu feras : DE NOTRE SBIGNEUR. igZ Ceulz qui m'ont oy manderas. Quant Venuz seront n'at6i]de;Zy ' Mais aprement l^-daoiazidez» S'it sevent que je aie conpté . < Åutre chose fors que bqkité : Lors par conseil en ouvreras. MiLQUIN. Demain en tel jour enterras. Garde a qui tu diz ces parotes Qui sont assez niasez et foles. Par fierté vas respondre trufes : Cy me garderas ces .11. bufes ^ -i •,■.' Que t'ay trouvé tant te quéru. DIBU. Tu in'as sanz deserte féru Vilainement en mon Tisage. S'il te samble que die oultrage Hardiement sy le teamoigne. HAQUIN. Vassaux, se Diex santé te doigne Sers tu pas Jhesu le glouton ? 8. PERS. Pour lui ne feroie .1. bouton : Je ne S9ay que tu me deoiandes. Se tu aus fourches ne me pendes One ne le seryy en mon^ aage. Jhesu tu paieras ton paiage, Méz se cera moult chéremedt. Liez ly Uen estroitement ir. i3 1^ L\ PASSIOIf Lez mains et puis bien le feeoet Et chiez Caipbes le menez. Quant Caipbes Jbesu yerra De ses euvres ly enquerra : Or ie menez sanz [^119 cy estre. BfALQUIN. Ta main senestre sanz la destre. Je vueil lier maintenant : Plus soef t'cn yrons menant, Je le promet ; Vecy la corde. Haquin, garde qu'il ne. me morde ; Tu me veiras jk bien estraindre. Et sy ne s'en osera plaindré. Haquin, compains, or me devise S'il est lié de bonne gnise. Que te sanble? Eit-il assez ? ' ' HAQUIN. Son cucr est jk trestout quassez, Sy estroitement Fas lié. Jhesu, Malquin t^a esjné, Tu es de belles contenanoes. Par ma loy je croy que lu penses Gommen t tu poarras jk respoiidt*e i Miex te vauleislaToir-rait tondrey Ne ledypa6'^n'toy'n Et mettre coeffe pflfif- dessure. Conpains, il ne fut ennoit bec|re ^ > Que ce paMonmer ne véisae i ; ' Apres nous, cette» bion touIsimc A DE NOTRB SEIGNEUR. I gS Con sceult s'il cognoist ce maistre. MiLLQUIN. Trop miex ly vauroit estre a nestre S*il le cognoist que cy venir Et sy ne me vueil plus tenir Que je ne sache qu'il demande. Vassaux, se Diex ton corps deflende, N'ez tu pas et qui revanchas Jhésu et m'oreille tranchas? C'es-tu bien, levoy k ta face. S. PÉRE. Non sui , se Dieu me doint sa gråce 5 De ce vous pui&-je bien respondre. Se la mört ne me puist confondre Oncques ne fu en son service. Las ! moy meschant com je peu prise Mon bon seigneur et mon bon maistre! Je vourroie bien estre a nestre. Las ! moy dolant povre de sen Moult grant douleur au cuer je sen •De .III. faussetez que j'ay dictes, Dont j'ay esté faulz et trahistez. Or ay-je le cuer desvoié : Quant je mon seigneur renvoyé. ^^ Certes je m^espris dui*ement. Sy en requier dévoctement De tout mon cuer a Dieu lepére Qui re^oive ma priére. Je m'en repens et me cohfesse, Car douleur au cuer me apresse. i3. I06 Ll PASSION Pére, selon ma repcntanoe Vueillez moy donner pénitance ; Que J6 soie asoubz moult me tärde A mon mefTait ne prenez garde> Car j'ay dit .iii. trop obscurevices Dont j'ay esté et foI et nices. Beau sire Diex, plaint d'amistié, Vueillez avoir de moy pitié, Car je trop durement mespris. PINCÉGUERRE. Jhesu^ bien voy que tu es pris : Pour te destruire te prenons Et a Ca^iphes te menens. Caiphes, vez ci le traitc Qui toute nostre loy despite, Et dit qu^elle est fausse et malvaise. Vous en devez estre plus aise Quand Jhesu qui riens ne prisoit Nostre loy mais la despitoit, Nous ravons pris et amené. BAUDIN. Pour vous nous somes bien pené, Et Judas a fait ceate office. Véez vous ty Jbesu plain de vice ; Or en poon faire justice. Nostre toy ne vous riens ne pnse, A sa loy nous vouloit tous traire Et sacliez que de nous mal faire A estez tou» jours esveilliez... DE NOTBK 3EIGNEUR. I97 MOSSE. Gaiphes, tost vous conseiltiez De Jhcsu ce fault glout deslruire. Oncques ne vous Bna de nuir^; Nouvelle loy a commancié Et sy Ta ja moult aveocié Pour encbaijter lez gens eocoobre. Tant le croient que c'cst sans nombro Et vous vont trestuit délaissant. Nostre loy va trop abaissant, Contre nous förment se traveille , Or escoutez trestuit grant merveille : S'il va bien nos gens enchantant Le mauvais glous se v^ vantant Le temple Dieu despesera Et puis apres le refera Dedans .iii. jours comme devant. Va-il bien la gent deccvant : Dieu tout en viz pourroit ce faire. Nous veult-il seurmonter Césai^e ? [| est de folie esméus, De rien ne doit estre créux II ne scet fors que mal et bonte, Encore fait pis que je ne cpnptq, Se c'est voir de ly le sachiez. CAIPUA^. Jbesu , dy es-tu entachicz De ce que os icy conpter Que nostre loy veulz seurmonter? Ucspon y il lault que je le sachc 198 L/i PASSION Seigneurs, Jhesu a pute tache; De respondre ad ce n'a cure. Pourras-tu prouvér celle injure De quoy tu dis qu'il est coulpablez ? MOSSE. 011 , sire , par gens estables. Par Malquin et Haquin ensanble. Bien le scevent , sy com moy sanble ; Demandez en leur tesmoignage. CMPHAS Malquin , Haquin , trop estes sage : De ce me dictes la vérité. MALQUIN. Le Dieu me doint grant dignité, Cest ce que cil vous a conpté. HAQUIN. Par le grant Dieu ptain de bonté , Mosse vous a la verité dicte. De Jhesu le glouton tralte Oncques il n'ot de nul bien cure. CAIPHAS. De par Dieu le grant, te cunjure Que tu me dies se tu éres Jhesucrist filz de Dieu vif perel Se tu Tes , dy le moy beau frére , Tout clérement que je t'en proye. DIEU. Tu I'as dit , mais se je disoye Que filz Dieu le puissant je fussc Et que sa tres grant force eusse , DE N0TR9 / ^E^^NEUR. , Ji^ On diroit que diroie folie. . ^ , . .. Toule voi^,n'en doubtez mie , . , / Vous xne verrez en jugement ; ^j A la destre Dieu qui ne ment : , La paiera chascun sez débitez. ,. .. , . CAIPHA^. r- >'' i'ih.'. «.: «il .'f 't il. r.'\< t * Tu es donc filz de Dieu I . DIEU, : Vpus, le dietez Et avez dit que je le suy . c Al PH AS. Déz que cognoissance ro^ui Et de viel , de petit , de grant , ^ N'oy despiter Dieu le grant Sy com se musart le despite. ANNES. N'a-il pas grant obscurté dictes / Le glout eu cuer tres deputaire , Quant pareil h Dieu se veult faire ? Sy ne fault point de tesmoignage : Il esl jugé par son'oultrage Quant il se fait ä Dieu sanblable. ' ^' ' PINCEGUERRE. Seigneurs, hetenez pas ä fabte , Mais moult tres bten voils aviser ' ' Comment ce glout soit justisez. Déz or mais nous départirons , En nos hosteiz nous en yrons; Cy faire venir nous pourrez Toules beures que vous vourrez,; !200 LA PASSION Du vostre rien ne demandons, Au grant Dieu nous vous comtnandons, Tuit en vostre voulenté sommes. ANNES. Seigneurs, vous me sanblez prendommes y Vous m^avez Wen en gré servi ; Bon loier avez deservi Et bon loier chascun aura Sy qoe tous jours gré me saura. Alez , au grant Dieu vous commant. MALQUIN. Jhesu enten-tu bien romans ? Je te vueil cracher en la face. GAIPHAS. \ ■ '. • Haquin , se tu m'aimes pourchaces Pour ^z yeulz bänder une bände. HAQUIN. La male poission festande , Vez cy la bände toute preste. GAfrHAS. Bandez-Iy lez yeulz de la teste Et pour le loier de ses truffes Ly portez de grosses buffes Et sy en jouez k la cbipe. MALQCIN. Bien saura cbiper sy me cfaipe. Je le tenteray sy par la chape Que je le rendray s'il meschape. Haquin , n'est-ii pas bien boucbez ? DE NOTRE SEIGNEUR. 20I HAQUIN. Oil , que Fust-il or oucbiez. Jhesu qu'es-tu cy venu qoerre ? De par le diable sié*te ä terre ; De par moy auras ce présant. Dy moy, ay-je le poing pesant? Or ne t'ay'je pas feulx noié ? MALQUIN. Haquin, tu ne m'a8 pas proié ^ue de inez yeulz ne ly apreigne. Roy, male passion te teigne ! Qui t'a féru, car le me devine? Esgar com il besse Teschine, Le jeu je croy ly abelit. HAQUIN. Oncque^ mais n'ot tant de délit, Roys qui fust de sy grant poissance. Jhesu, tien ce cop a la chance ; Qui t'a féru, car le me compte? ' MALQUIN. Ha ! faulx roy que tu sces de honte ! Nous te voulons endoctriner, Mais ii te convient deviner Qui t'a donné sy gros chopin. UAQUIN.f Encor ara-il ce lopio! Bien ly plaist ce jeu ä aprendre. Fier fort, il a la cbar trop tendrc. Qui l'a féiu, roy, car, parolc ? 203 LA. PASSION MALQUIN. Il a esté ä bonne escole : Trop grant plaist ne va pas menant ; Mais sy ne parle maintenant Je Ii donrray tel oreillon Qu'il y aura da vermeiHon. Tien ce cop ; sui-je mensongiérs ? Il n'est pas hors de nos dengiers ^ En nostre jeu moult se délite : Sv a-il chére de trabile. Roy, ce cop lu me garderas Et puis apres devineras Sece sont collces de nopc^s. MALQUIN. Haqoin, je voy de grosses bosses Sus son dos que faites luv as. IIAQUIN. Non ay, voir. MALQUIN. * Par ma foy, sy as. Je vueil que de moy ly souveigne : Ce cop est tien ; par pute estraine Je ne vueil pas que tu m'eschapes. HAQOIN. Malquin, je te pry que tu frapez Bien fort de 9a et may de la. Roy, te remues; qu'est-ce lä ? Garde bien de toy remuer : Nous le ferons sv fort sucr DE NOTRE SEIGNEUR. 2oZ Que toD mal te terminera. • MALQUm. Benoist soit qui fort frapera Tel cop que je Toie sonner. HAQUIN. Or, le me regardes donner .1. beaii cop du poing sanz faintisc. Roy, qui te fiert, car le devise / Tu es je croy en lestardie Ou ta cbar est acouardic, Ou tu n'es pas batu assez. Malquin , je croy que tu es lassez :- .Fier de grans cops sus la servelle. MALQUIN. Je ne me pris une cenelle *^ Se par moy n'a Teschine plate. HAQUIN. Par la foy que tu doys Pilate, Or léesse voir que tu feras. MALQUIN. Par Dieu, Haquin, tu m'aideras. Férons lous .11. sur son madre. HAQUIN. Tu as resuscité le ladre Par ton malvais encliantement ; Mais se Ii évesques ne ment Encor le conparras tu chier. Mal osas le ladre huchier £t å nos gens dire telz fauves. Roy, meschant roy, que ne te sauves ao4 ^^ PASSIOH Ou destruiz aeras sanz rao^oo. CåYPUAS. . Seigneurs, laissiez vostre tangon y Ne batez plus se députaire : Autre cbose nous convient traire. Sir Annes, car nous cooseilliez, Vaus en devez estre esvdUiex, Comment Jbesu pourroos clestruire ? ANNES. Appareillié sui de lui nuire ; S'il vous plaist mener le feroos A Pilale et Ii conterons La grant mauyestic du trahite. GAYPHAS. Moult bonne parole avez dicte : Je vueil bien que il soit meoea^. Or tost, my sergens, 9a venez Menez en Jbesu sus Pilate. MALQUIN. Ha ha ! com il a la cbar mate Ce roy et com il est devex. HAQUIN. Haa ! qu'il a dessous sez chevex De mal se je Tosassc dire. Liéve sus, vien a ton martire : Malquin, aide-moy å le tenif. JUOAS. Ha mört, car me iay delcnir : Je sui mescbant maleurez Et trahiste faulx parjuiez; DE NOTRE SEIGNEUR. !Jo5 Bieu m'ont lez diabies enbahy : J'ay le sanc du juste tri^y, Cil Dieu qui a toule puissanoe. - Je inourré par désespérance : Des or m'estuet desconforter. Vivant, je vien raporler L^argent^ point n'en ay despenéu, De quoy j'ay raon seigneur vendo. J'ay péchié trop fort maliement : Vecy Yostne argent; je dematit A vDus que me laissiec mon maistre Qui fait tous biens venir et nestre. Cest cii de qui tout bien abonde Et cil qui puet suz tout le monde. Sire, car le me delivnez. VIVANT. Judas, t'c8-tu puis enyvrez Que ton maistre nous vendis Et doulcement la maintendis?' De DOE deniers receuz treivte Quant ton maistres getas en vente. De le prendre nous enbortas Quadt .XXX. deniers enportas. L'argent preiz et receuz : Se tu te tiens pour déceuz, Judas, de ce bieu te souveigne : Qui ainssy fait, ainssy ie preigne. ^ En ce point ton maistre mis as, De le pen re nous avisas : Se tu as ta mauvestié faite 2q6 la passion Une aultre fois miex sy tegaite. . Se bien as fait tu le sauras : Judas de Jbesu poiot n'auras ; Or lesse ester ton sermonner. JUDAS. Au diable je me voisdonner, Quant xnon maistre av ainssy grevez. Vivant, yoslre argent recevez, Véez le la, je n'en ay cure. Hé gaort félonnesse et obscure Preo moy^ je suis faulz et trahistes : A cent diables j6 me rens quites. Quant j'ay osé mön seigneur vendre Sanz reméde je me voiz pendre. Diables, prenez mon espérit. VIVANT. Seigneurs, Targent que Judas quit , Qu'il a ycy å terre mis, Je ne vueil pas qui soit remis Ou temple en lacommune bource : Pas de bon lieu ne vient-ii ; pour ce Le dy-je s'en acbeterons Ung champ ou qu'il souflrir feront A Jhesu grant douleur amére. MALQUIN. Le champ de Mach, de par ma mére, Est tout caien; je le vous vendré* VIVANT. Ges .XXX. deniers t'en rendré : Voy-Ies ycy, jé te lez baille. DE NOTRR SEIGNEUR.' 2 De par moy et ly conterez Lez beaulx jeuz dont it scet joier. HAQUIN. Ge ne vous doit pas ennoier , Mais vous doit abetlir ä faire. Or sa roy au cuer députaire , Quant devant Hérode venras Moult bien de rire te tenras. La pance ja de paour te sue. MALQUm. Sire roy , par nous vous salue Pilate qui vous aime monit Plus que prince de tout ie monit Et vous prie par amitié ^ Que de ce glout n'aieK pitié. G*est Jhesu que vous amenons : DE NOTRE SEIGNE13R. 211 Qu'il ne s'eDfuie le tenons. Pilate vcuit que jugement Faciez de luy faastivement , Gar il vit trop , c'est grand pecbé. Ly pueples est par luy triché , Gar nostre loy leur veult defTendre. En luy lez fait croire et entendre , Tout le monde va enchantant Et ä chascun se va vantant Qu'il est filz Dieu le roy de gloire: Cest .1. fol qu'on ne doit pas croire. De nos gens a son gré desploie ; Sa vie au prevost ennoie : Il vous fait de son corps present. HÉRODES. J'aim mielx ce don que nul present D'or fin qu*on m'cust présenté. HAQUIN. Sire y se Diex vous doint sancté , Faictes ardoir ou décoler Ce glout ; trop nous veult défoulcr Que mescréans nous veult tous faire Et nous veult tousä sa loy trairc. Pour Dieu faites le tourmenter : Il sut bien lez gens enchanter , II (hit les aveugles voians , Et sv fait lez sours cler oians , Et sy fait lez gens mors revivre , Lez målades de mört doHvre Et lez hors du sen rasönage; i4 :2ia hk PASSION Il garist lez gens de la råge , II fait le contraiz tout drois estre , Ii se fait filz au Roy célestre Et ce fors poar nous trahir, HÉRODES. Jhesu^ ne te doiz esbahir ; De parler ä moy n'aiez honte. Vien prés de moy et sy me conte De queiz euvres tu veulz jouer Et n'aiez paour de m'ennouer: Respon-moy ce que tu^^ourras. Malquin , garde se tu pourras Faire parler a moy cest home. MALQUIN. Je ne me pris pas une pome Se Jhesus a vous ne parole. Glout a pou je ne t'arole Que parlez au roi Hérode. De tes bourdes .i. pou le iobe, S'en auras plus soef martire. HÉRODiKS. Je le feray tenir dessire Se il parler å moy ne deigne. Jhesu , a van t que pia te veigoe De tes ofTences conpte moy Et sy te tray ^ a prés de snoy. Don t te yient or ceste Ucence Que tu fais növelle créance Et veulz la loy <}e Dieu abatre ? DE NOTRE SEIGNEUR. 2l3 Tu as faim de te faire batre Se ne respons appertemeDt ; Dy ce que te demant Et je te feray assez grace. HAQUIN. Rien ne prise vostre menace : Se ne le faites tourmenter II vous pourra bien enchanter. II en scet toute la maniére. nÉRODES. Jhesu, liéve hault celle chére Parle a moy, je le te commandc On m^a mande que te demandc Qui tu es ne dont tu es venu. Tu veulz bien que soiez lenu, Pour le filz Dieu en ceste terrc De par qui yiens-tu cecy querre? Le pueple t'en va ä Tencontre. Se tu es filz Dieu sy me monstre Une partie de ton couvine. MALQUIN. II est de moult bone doctrinc^ II ne vous fait mie grant noise. Jhesu renvoise toy, renvoise, Parle de par lez vifz maufés. Se mon toupet fust eschaufez La bouche sy fort te batisse Que parlcr sy hault te féisse Qu'il n'cst sy sourt qu'il ne t^oisl. 2l4 L\ PASSTON MÉRODES. S'il parlast .i. pou m^esjoist £t sy en fusse .i. pou plus aise. Jhesu je te pry qui te plaise Que tu me dies qui tu es. Je croy que f u soies muez, Je ne t'oy ennuit n^ot dire : N'aiez paour d'avoir noartire. Il nn'apartient que bon droit rende : Conbien que de juifz entende Que tu soies bien mauvais bom. Ne te feray-je que rarson. Or me dy se ta loy nou velie, Veulz essaucer et laire celle Finer qu'on croit communement. Or le me dy seurement : Tout ce me puez tu bien conter. Or me dy veulz tu seurmopter Le roy Césaire que tant aiment Que leurs gouverneurs le réclaiment ? Jhesu respon aucune chose. Tu as moult fort la bouche close : Par foy je croy que n'oiz goutc. La leste sy me deult j'Ji toute Tant me suis a toy débatu. Respon ou tu seras batu : Tu ne m'as povoir d'eschaper. Gomment te es-tu lessé haper? Se tu point de povoir eusses Pas lcss6 prendre ne te fusscs : I D£ NOTRE 9£I0N£Ua. ai5 Tu es fol et meschaot et nice. HAQUIN. Il est plain d'orgueil et de vice ; En sus de vous le bouteray, Ou visage Ii cracheray. Parte, meschant, que mal feu t'arde ! MALQUIN. 'Vu as la langue moult couarde;^ Or ne sces-tu mais sermonner Ne tes faulz examples donner. Dy nioi est tu bien pou prisé? IIÉRODES. Malquin, je me suis avisc Ce que je feray de ce glouton. De ly ne donroie .1. bouton : Il ne scet riens fors que malico, II a le visage trop nice. Arriére tous vous en yre^: A Pilate et sy Iv direz, Je le salue sans nulle somme Et sy Ii renvoie cest homme. J'ay bien fait ce qu'il m'a mande, De sez i''aiz Ii ay demandé : Rien n'en di ne cognéu, Ne mot dit, vous l'avez véu. Je n'cn vueil pas jugement rendre Pour Umt qu'il ne se scet detlendre. En vostre pais Tcnmenez ; Que ne s'en luie le tenez, Mais ain^!ois que partiez de cy • ai6 LA PA88I(»r Ceste grant robe btanche cy En guise de fol ly vestez Et ceste aumuce ly metez : Lors sanblera bonne personne. MALQUIM. Jhesu, roy Hérode te donnc Pour vestir ceste blauche robe. Tu en auras le cuer plus globe, Bien te yra se la puez user. UÉRODE. Menez l'en sanz nul lieu muser Et sy dictes a vostre maistre Que lez diables le firent nestre Et bien le sanble ä sa maniére. Dictes Pilate qu'il enquiére De sez taiz et saphe do yoir. S'il doit par droit mört recevoir Que tout tantost sanz plus atendre Au champ le face mener pendre, Et mon amy tousjours sera : UAQUIN. MouU volentiers il le fera Tout ainssi com vous le mandcz. A Dieu soiez vouscommandez, Nous en alon, congté prenon. Jhesu, je croy nous te menon Lä ou ton corps bien tourmentez Sera; bien suis entaleniez De toy grever sanz trou ver grace. DE NOTRB SEIGNEUR. 21 7 MALQUIN. Le grant Dicu qui lez maulx efFace DoiDt ä Tousy Pila te, grant joye! Le roy Hérodes vous envoie Gest home de nulle value Et plus de cent fois vous salue Et dit qu'en gré servy Pavez. A tous jours mais s'amour avez, Moult vous aime de cuer et prise. PILATE. Bien veignez tu ; or me devise Pour quoi as Jhesu ramené. MALQUIB(. Hérodes qui a cuer sene Le rov moult bien Ii demanda De sett faiz et ty commanda Que ly deist qui ii estoit Et moult souvent l'amonnestoit Que Ii voulsist dire et conpter Pour quoy il youloit seurmonter Le pueple par dessus Césaire ; Mais le glout au cuer desputaire Pour rien que Hérodes Ii déist Ne pour honte qu^on Ii féist Ne vouft respondre nulie chose. Lors dist lo roy : « Sire, je n'ose De cest home jugement rendre. Par qu'il doie mourir ne peudre. » Puis apres moult le renpona El ceste robe Ii donna. 2l8 L\ PASSION Lors ceste aumuce Ii méismes Et de Hérode nous departismes. Arriére l\ivons retouroé ; Le roy l'a moult bien atourDC De ceste robe blanche lä. PILATB. Or le me menez par de la; Faites tost^ seigneurs, veuez eii. HAQUIN. Tantost le inenrons , alez en Devant cl nous yrons apres. PIL\TB. Ce n'est pas trop loing que ja prés De ce lieu ou nous alon sommes. Dieu gart sez seigneurs, cez preudonies Et doint ä chascun grant honneur. ANNES. Et Diex vous gart de deslionneur. Que derna ndez ne que atendez Que ce glouton vous ne pendez ? Trop vit je do.ubt qu*il ne s'en luie. PILATE. Beaulx seigneurs, förment vous ennuie Uien le voy que Jhesu vit tant. Mallement le alez despitant Et dictes qu^il ne dit que lobes. Je vous dy que le roy Hérodes A qui envoié je Tavoie Pour or que sus ly ne savoic Forfait donl jugicr le puisse DE NOTRB SEIGNEUR. 3 1 9 Quc SUS m'ame ne méféisse, Hérode ne scet nul nDefait En ly riont doie estre défait^ Ne je n'y truis cause de mort. CAYPHAS, Grant dueil et grant råge me mort Au cuer quant jo vous oy ce dire. Faictes le morir ä martirc Appertement sanz deiaier. PILATE. Je suis tenu ä vous paier Ung hopfie que h Pasques vous doy. Cestui vous livré por le doy; Dictes, le voulez retenir? ANNES. Nenny, mais faictes tost venir Barrabam, si nous en paiez. PILATE. Jhcsu, se tu es csmaiez Nul n^en doit estre esbahy : De ces gens es förment hay. Malquin, Haquin, Jtiesu prenez Et apres moy le ramenez : Lors de nos jeus Ii apenrons. MALQUIN. Sire, tantost le remenrons Pour Ii faire tourment assez. PILATE. Roy, je croy que tu es lassez : Tu le serras en ccllc route. :120 LA PASSION HAQUIN. Roy, tu äras ceste sacoute ; Te sambly que prés de toy soyc? PILATE. Gelle robe rouge de soye A ce roy maintenant vestcz Et puis en son chief Ii metez Une couronne bien pignant De joncs marins qui sont poignans. Fay tost, c'est pour le couronner Et .1. ceslre ly fay donner : En sa main je vueil qu'il le teigne. HAQUIN. Malle meschance ly aveigne! Bien appareillier le savez. Cest fait sy tost que dit Tavez. Roy tu dois bien demener feste, Riche couronne as en la teste, Ta personne bien roy resanble. Malquin, alon moy toy ensanble A genous ce roy déprier. MALQUIN. Je pense que mercy prier. De tous mez pecbiez je ly voise. HAQUIN. n ne fait pas or trop grant noise^ Talan t n'a de soy remuer : Par foy je le vois saluer; Se mVil tiait .1. laulx regart. Le roy des Juifz, Dieu te gart ! DE NOTRE SEIGNEUR. 221 Par ta foy, roy, or nous devise. Se tu veulz ci tenir t'assise. Veulz tu lez me&is adresser ? Se ä mört me puist on blesser, Tu seras ja trop bien frapé. Roy tu ne m'es pas eschapé, Trop miex batre te convenra. Tien ce cop, sy t'eii souveora Porce quc es de parter sy baus. HAQUIN. Malquin, tu es mauvais ribaus Quant tu l'as ainssy cboppiné. Bon roy que u'as tu deviné Lequel t'a féru sy förment ? Roy ne te vas pas endorment Et ne pren pas ce jcu å truHe. Tu me garderas eeste buffé, Ce n'est pas pour bien que te vuétlte., MALQUIN. Haquin, pour ce qui ne se dueille, Je ly donrray .!!• horions. Bien voy qu'en luy nous nous fuyons, Moy^ toy, de fine amour entiére. PILATE. Lessez ce roy, qu'eo une biére Fust ore le corps de luy mts. En male peine m'a huy mis : Gardez que chascun bieo le teigne. Encor convirat-ii qu'il 8'en vdgiie 233 LA PASSION Apres moy sanz plus arester : Pour ce vueil qu'on le laist ester. Seigneurs, vecy .i. homme honneste; Par le grant Dieu ce n'est pas bcste, II est trop mallement grevez. Par la foy que vous me devcz Vueilliez avoir de Ii pitié. CAYPHAS. Je vous pry par grant amitié Que de Jhesu me delivrez. Maintenant soit å mört livrez, Ne m'en alez plus k Tencontrc. PILATE. Vecy Jhesu, je le vous monstre ; Prenez lay et crucifiez, Mieulx que povez le chastiez, Point ne truis qui soit malvaiz home. CAYPHAS. II doit mourir et c'est raison Et c'est droit selon oostre loy. II a faicte nouvelle loy Et filz Dieu se fait appeler. PILATE, Vien sä, Jhesu, ne me celer Don t tu es, tantost le me dy. N'enten-tu pas ce que je dy ? Or dy se ä moy tu parleras. Se tu n'y parles mal feras : Tu SC68 bien que j'ay sus toy puissance De delivrer ou de grevance. DE NOTRE SEIGNEUR. 2^3 Se je vueil, morir te feray, Se je vueil je te laisseray, Dont bien parler ä moy déusses. DIEU. Sus moy puissance n'éusses, Mon corps en tes mains pas ne fust Se povoir donné ne te fust Du souverain pére de gloirc ; Et de ce me dois tu bien croire, Car cil qui en tes las m^a mis Plus grant pechié sur ly a mis Que tu n'as å faire ceci. LA. FAMME PILATE. Mes cnfans, levez-vous de cy ; Je vueil que avecques moy vencz Et simplement vous contenez : Je vois parler å vostre pére. LA FILLE. Or, alez devant, douice mérc, Car me tärde que je y soie Et que le bon prophéte voie A qui on veut le tourment faire. LE FILZ. Nous serons partans au repaire Lk ou nous trouverons celuy Ou nulz boms n'a pitié de ly, Mais lehéentde grant Heine. LA FAMME. Le Dieu qui ver tus enlumine Sy gart le seigneur de maison. 224 ^^ PASSION PILATE. Bien veignez vous, et quel raisoii Ne quel bésoing cy vous amaine ? LA FAMME. Je sui toute nuit en tel paine Pour ce prophéte qu'on martire DoDt j^ay oy tant de bien dire. Ceulx qui lui font cest ennuy &ire Ont trop fort cuer et deputaire ; Il est bons hons plain de bonté. On m'en a tant de bien coopté. Tant d'onneur et d^enseignement Que pour pitié je vous demant Qu'il ne soit pas crucefiez. Pour Dieu, sire, ne Tocciez, Ne ne ly faictes nul tourment. A tort le héent sy förment Ly juif plain d'iniquité. Je vous pry par humilité Que faciez ce que je demande. PILATE. Se Dieu de péril me deffeodc, Se de ce geter le péusse, Grant pie^å geté le éusse : De ce son ennui me poiae moult. LA FILLB. Cely Dieu qui forma le monlt Gart mon pérc et ceulx de la place. PILATE. Et Dieu te doint honneur et grAce, DE NOTRE SEIGNEUR. Ii 25 Ma trés-belle fille jovante. LA FILLE. CertcSy Sire, moult suis dolante Du prophéte que vous avez Fait tant de mal et vous savez Nulles gens de luy ne se clament, Fors ces Juifz qui point ne Tament. En ly a sy bonne personne ; Partout de bons examples donne. Ung chascun le devroit amcr, Les Juifz en sont ä blåmer. Délivrez-le par vostre foy , Par pitié et par bonne foy. Sy Ten lessiez aler tout quicte. PILA.TE. Fille, quelle parole as-tu dite ? Gontre leur loy je mefferoic, Et trop fort le courouceroie Se je fesoie ta requeste. Foy que doy lez yeulz de ma teste, De son courouz förment m'ennuie. LE FILZ. Dieuy qui fait le ven t et la pluie. Sy gar t mon pére d'avoir hon te. PILATS. Bicn veignez, beau filz ; or me conpte Se point do besoing, sy te chace. LE FlLZ. Je vous diray que je pourchace Ge prophéte que vous véez. II. «5 2^6 LA PASSION Trop vilainement le menez ; Ung chascun le bat et le frape , Ung le prent, ung autre le frape , Ung chascun l'a sy desciré Que du corps Tönt bicn cnpiré. Nul encor ne s'en trait arriére, On le ficrt devant et derriére ; Chascun le tiert, chascun le blesce, Chascun pour mal vers luy s'adres8e, Pour Dieu, car ly donnez congié. PILATE. Dy-moy^ beau filz, as-tu songié Par Dieu de qui tout bien abonde, Pour tout Tavoir de tout le monde Pas délivrer ne le pourroye? Sa délivrance bien vouroie, Mais je n'oy oncques nuUy Qui vousist une fois de luy Ung bon tesmoingnage porter. LA FAMME PILATS. Se Diex me vueille conforter, Je tesmoingne pour vérité Je ne s^ay ville ne cité Ou tous biens de luy on ne die, Forsceulx qui sus lui ont envie. Il ne fist oncques mesprison De quoy deust estre en prison. Qu'il ne s'en fuie miex le gaitiez Que c'il fust murdrier afaitiez ; Sanz raison ly faictes despit. DE NOTRB SEIGNEUR. 237 Sc on puet en ly metre respit Faitea-Iy metre par vostre åme. ANNES. Ne allez pas croiant celle famme : Tant que vivre le lesserons Amis Césaire ne serons, Car moult Césaire contredit Cil qui Roy du pueple se dit. Jhésu doit bien mort recevoir, Car je vous tesmoing tout de voir Qu'il a dit qu'il est filz de roy. PILATE. Beaulx seigneurs, vecy vostre roy A qui vous faictes trop d'injurcs. CAIPHAS. Ostez, ostez, n'en avons cure : Crucefiez sanz arester. PILATE. Puisque ne m'en lessez ester, Vostre roy crucefiray. ANNBS. Vérité je vous conpteray : Nous n'avons roy fors que Césaire. PILATB. Seigneurs, pour Dieu, jugement faire Sus Jhesu le prophéte, n'o6e. Je ne truis en luy nulle chose Dont doie mourir bonteusement. Haquin, de Tiaue te demant, Se tu en as point donne in'ent. i5. 2^8 L\ PASSION Seigneurs y entendez sainement : Devant vous mes mains je nettoie , Pour ce que tout ygnocent soie Du sang de cest juste homme cy; Devant vous je m'en lave cy. De le juger bien vous souveigne : Pas ne vueil que Diex mc repreigne Quant il Ics åmes jugera. De ce m'åme quitte sera, Je le vous lesse et m'en départ. CAIPHAS. Se Dieu en m'åme preigne part Nous prenon son sang sus nos ämes , Sus nos enfans et sus nos &mmes , Et le péchié qui en puet estre. Malquin, pren-le par la roain destre Et tu Haquin par celle chape. Et gardez qu'il ne vous eschape. Roy, tu sera ja bien vcstu Que tu soies le mal venu. Tu as regné trop longuement, Car desvés tost appertement La robe rouge que as vestue. Jhésu, tu es a monthe mue Ou tu as 1'oreille ainssy sourdec Bien est rabatue ta bourde. Roy, devestir tu ne te daignes ; Malquin, gardez que bien te teignes. Celle robe du dos ly sache Et puis tout droit ä^öelle cstache DE NOTRE SBIGNn:UR. ^TiC) Le mc va maintenant lier, Car .1. pou le vueil chastier. Grans escoiirgées porterez De quoy sez costez froterez, Car je vueil qu'il soit bien batu. MALQUIX. Roy, ton sennon est ahatu , Nul n'aura plus mercy de toy. Or tost, Jhesu^ despouillie-toy ; Or en alens, tu puez bien dire, Que tout droit vas ä ton martirc: . Sus toy batre nie vous lasser. DiEU. Famme que par cy voy passer, Vueilliez .i. pou vers inoy venir. ij^ dräp vouldroie .i. pou tenir, Mon visagc y vueil cssuier. YÉRO(40E. Ce ne me doit pas ennuier, Mais me doit abellir sans faille. Tenez le dräp, je le vous baillc : A moult bien emploié le tien. PIBU. Véronce, bonne ram9ic, ticn, Vecy ton dräp, dy qu'il t'en sanblc VÉRONGB. Beau trés-douU Sire, il resanble Trestout proprement vostre fece. Regardez trestous la grant grace, Le grant honnQur, la scignorio.. 23o L\ PASSION Que Jhésucrist le filz Marie Veult que je garde sa figure. Cest cil qui de nul mal n'a cure ; Vecy sa glorieuse ymage De son tres préciex visage. Sire, moult bien le garderay, Pour Tamour de vous 1'ameray £t sy vous met bien o^ convent Je la regarderay souvent Pour ce que de vous me souveigne ;^ Mais je prie Dteu que male veigne Grace k Juifz prochainement. Trop vous mainent bonteusement Sans raison par leur cruaulté. Tous estes plain de loiaullé, Doul:^ Diex ; ä tort vous vont grevant. HAQUIN. A ceste estäcbe ci-devant Tout mainteoant liez seras. Malquin , sces-tu que tu feras ? DespouUe*iay sanz arester Et je vueil tandis aprester La corde don t je le lieray. MALQUIN. Or fay ce que je te diray, Fay-li celle estache embrasser , Et jc Ii vueil tandis lasser Ses piez ä ce tref de ma corde. HAQUIN. Jc n'ay pas paour qu'il nous cslordc, DE NOTRE SEIGNEUR. 33 Ne quc de ci puisse eschaper. Bicn est lié, or du fraper Honny soit qui bien n'y ferra. MALQUm. J^iay sy féru qu'il y parra A tousjours mais, ce s^ay-je bien. Dy-moy, meschant roy, di-je bien, Quant j'ay ta char sy bien sequouse? HAQUIN. Tu m'as asséné sus le pouse , Sy com ton coup c^est destourné. Roy, put jour t'est huy adjournc : Je croy quc jä le cuer Ii fault. MALQCIN. Haquin, je te créant il me fault Trois clous pour le crucefier. Me oseroi-ge en toy tier De le gärder tant quc revcigne? HAQUIN. Mallc grant hon te Ii aveigne Qui da iuy gärder point s'csmaie. MALQUIN. Dont ne fineray tant quc j'aye Trois clous bien bons ä mon talant. Dieu gart le bon févre galant. Fay .111. clous lons, gros et quarrez, Desquelz Jhésus sera barrez En la crois ; puis te paieray, Et tout ton vouloir je feray. Fay löst, mct Ic feu en la forgc. 232 L\ PASSION LE FÉVRK. J'ay une apostume en la gorge, Ne je n'ose boire de vin. Foy que je doy le Roy divin, Mes mains ne Fussent pas oyseuses» Mais elles son t toutes roigneuscs. Autrement ne Icz dresseroye Pour quenques tu as de monnoye. Je sui tout plain de goute flestre, Je me gis chascun jour en Testre^ Car je ne me puis remuer. LA FÉVRESSB. S'on ne me puist ennuit tuer, Ne se Dieu me gart ma sancté, Le prophétc i'a encbanté. J'ameroie miez qu'il fust teigneux, Que tousjours fust sy desdeigneux^ Car jamais rien ne gagneroit, Et foy que te doy, bien feroit Ta besoigne sy Ii plaisoit. Hier main plus grant euvre faisoit, Car il a les mains toutes saincs ; Or le reversesse tu daignes^ Lors sai*as-tu se je me bourde. MALQUm. Galant, as-tu Toreille sourde? N 'as-tu pas oy Maragonde? FÉVRE. Le mau feu d'enfer la confonde , Sv vraiemcnt comme elie mcnt. DE NOTRE SEIGNEUR. '2^3 Garde ä mes mains; je te demedt' S'il a ycy point de faintise? FÉVRESSE. Atise ce feu-ci, atise, Malquin ; or pues-lu bien savoir Soufler te fault se veulz avoir Tes clous, et je les forgeray. MALQUIN. Maragonde, je soufleray Volentiers, foy que je te doy. FÉVRESSB. Ferue me suis sus le doy A ce clou-ci ; fére la pointe Qui du sang Jhesu sera oingtc. Est-il fait de bonne testée? MALQUIN. Bien seroit la chose aprestée S'estoient £ait Ii autre duy. FÉVRESSE. Ne voiz-tu com je me déduy A ci férir sus ceste enclume? Sy tu n'y voiz bien sy alume. Est-ce fait de bonne magniére? MALQUIN. . Qui meillieur voudra sy le quiére ; Delivre-toy de i'auti1e fairc. FÉVRÉSSE. IVlalquiu, il ne te fault que taire. Je te créant je ne me sgay faindre :' ^ Jhcsn, se tu veulz pourras poindre. a34 i-^ PASSION De cestuy est-il looc assez? Je suis ja de soufles lassez , Ne m'en chault quant j^ay ma besongnc. FÉVRBSSB. Malquin^ paiez-moy sans eslongae; Baille-^moy de tes deniers qualre. Voy-les te, ci je revois batre Avcc Haquin moD compaignoD Dessus Tescbioe å ce gaignon. Tu as Jhesu moult bieii garde ; Beau conpains, l'as-tu bien lardé? J^ay les clou$ que suis allez querre : Nulz si bons n'a en ceste terre^ Or lez regarde bien, doulz frére. HAQUIN. Foy que tu dois i'åme ton pére, Entent a rouilier cest mastiou MAI^QUIN. Jhesu, entens^tu bien latin? Es-tu encor désennyvré ? Je te dis tu seras livré Au jour d'uy ä la tres grant morl. HAQUIN. N'ara pour ce respit d^ mört Qu'il se face des Juifz Roys. MALQUIN. Tu ly as fait plus de .x. roys De couleur rouge sus les longes. •k DG NOTRE SEIGNEUR. ^35 UAQUIN. Par le grant Dieu, ce n^est pas songes, Encor Ii en feray-je maintes Don t mes escourgées seront taintes! Et tu, que Teras? dy-le-moy. MALQUIN. Foy que je doy l'åme de moy, Son corps sera par moy rouillié, SI que du sang sera broullié. II n'a ci nul qu'ii en dofTende. HAQUIN. Hoy, malle poission t'estende, Qu'est-oe? as- tu paour? la char te tranbic. Tu n'as pas n^antei, se me sanble, Qui soit tburré de penne vairc. gaIphas. Menez-le au monit de Calvaire , Gar je vueil qu'il soit lä pendu £n la crois, et fort estendu : Faictes tost, il est assez oingt. MALQUIN. Vous dictes vpir, il est bien point. £n parfcMit il n'a homme ou ipondc Qui plaie Ii feist si proibnde Gom je Ii en ay plusieurs faictes. UAQUIN. Malquin, qu^est-pqquc tu agaitcs? Deslie a val et jp amont. ANNES. Seigneurs, car le menez amont 336 LA PASSION Tout maintenant en la crois pendrc. MALQUIN. Nous le menrons sans plus atendre, Mais sa robe nous demandons Que Yous la nous donnez en don Tantost que nous Pärons pendu. ANNES. Ce ne vous vert jh defTendu , Nous voulons bicn que voiis Påiez. HAQUIN. Or dois-tu bien estre esmaicz Que de mört n*aras plus respit. Malquin, met-li tout par despit. Ceste grant crois sus ses espaulcs. MALQUIN. Tien, Jhesu, or m'en esbaulles; Haquin, tnaine devant la dance. MAGDELAlNE. J'ay au cuer si grant habondance De dueily que plorer mc convient. Beau trés-doulz Dieu, bien me souvicnt De la paine qu^avez soufTerte Et que vous soufTrez sans desserte. Le monde bien rachetissez, Åulrement, se vous vousissez, Sans soutlrir mört si angoisseuse. SECONDE MACiDELAIlte. Je pleur com la plus doiofeiise Et la plus mescharit que je saclie. Jc voiz le döulz aignel sans laichc DE NOTRE SEIGNEUR. 237 A son col une crois porter ; Pour ce ne me puis conforter. Roy des roys, ils n'y voient goute ; Tel vous descire et vous deboute Qui sus tous vous deust honnourer. TIERCE MAGDELMNE. Lasse dolant bien doy plourer Quand je vous voy ci tourmenté. Juifs ont malie volentc Vers vous, sire de tout le mondc. Je pri å Dieu qui les confonde Et qui les mette buy en mal en. DIEU. Hé! filics de Jhérusaiem, Tel dueil sus moy ne dcmenez Pour tant que je suis mal menez. Je vueil soufFrir la mört amére, Car c'est la volenté mon pére. Ma mört n'est que mört trespassable. Filics, sus vos eniäns plourez Et sus vous qui ci demourez. Yéez ci le temps qui approuche Chascune dira de sa bouche : « Braheigniez qui ne conceuptes, » Fammes qui oncques enfans n'euste$, )) Ven tres qui oncques ne portastes )) Et mamelles qui n'alectastes , )> Benois et benoistes soiez. » En ce temps leur vous recoiez Quant Dieu prendra de mört vengence 1 38 L\ PASSION Lors recevront tel pénitance Ceulx qui venront en ce termine Qui tous seront pris par iamine. És cavernes se cacheront^, Et auls montaignes crieront Qu'ellcs les veigncnt craventer ; Lors femmes se pourront venter Qu'elles mengeront par grant råge Leur enfans n'y ara si sage : Yci n'ara il point de joye. HAQUIN. Jhesu, se le grant Dieu me voye Il semble que soiez lassez Ou que tu as les pieds lassez Ou tu te veulz desconforter : Ta crois ne pues pas bien porter. Tu te fains mauvais roy trabistes ; Ja pour ce n'eschaperas quittez. La crois dessus toy osteray, A .1. autre la bailleray Qui moult tres bien la portera, Car ton corps pendu y sera. Dés cy vollentiers te tuasse. MALQUIN. Haquin, cel homme qui la paase Seroble Symon, par vérité : C'est un boms plainsd*iniquité. Appellez Tay, si parierons A Ii et porter Ii ferons La crois ; bien porter la sära. DE NOTRE SEIGNEUR. iSq Quand sus son col mise Tara* Huche le, fay le ooy tcnir. Symon, il te fault ci venir. Vien avant, Symon, beauix amis; Malquin en ofHcc fa mis. Ne scay se de cuer le fcras : Ung pou ceste crois porteras Jusquesen ce tertre iä-devant. SYMON. Seigneurs, ne m^allez ci grevant : II fait pécbé qui me ataine. Encor me deult toute Teschine Et ay le corps si tenpesté Du labour ou j'ay huy esté. Celle crois por ter ne saroie : De repos bon mestier aroye, De vostre crois por ter n^ay curc. Vilains bos de pute nature, Vilain serf et vilain puant, Naguéres tu estoies truant. La crois porteras maintenant : Se plus danger en vas menant Frapé seras de bonne guise De mes .11. poins et sans faintize Tes .11. filz et tuit ti parent Ne t'en porteront jä garant. Tez filz servent ce losenger ; Mieulx les en vausist cslranger. 24 o LA PASSION Nc S9ay se tu les admonnestes ? Toy eteulz tous inauvais estes; Vilaiu ^ CCS tes crois te fault penre. Pren la, ne la m'en fay reprendre Que la teste ne te batisse. SYMON. Du porter moult bien me soufTrisse Se je m'en pcuse excuser, Mais je ne Tose refuser. UAQUIN. Jhesu, voiz-tu ci ton tourment ? Maintenant te vueil deslier Et puis tantost crucefier. Ccs clous te feront par raison Mener trop sanglante saison : A ma guise te vueil mener. MALQUIN. Je vueil de ton corps estrener Ceste crois qui est toute neuve. HAQUIN. Je le tenray qu'il ne se meuve, Foy que doy, le jour de demain. MALQUIN. Je clorai sa scnestre main Par de 9a, et de lä la destre. Pardevers lez piez me fiiutt estre. Jhesu, tu ne puez deffendre Que tes piez ne te face estandre. Roy, or m'osé-je bien vanter Que tu säras bien enchanter k DE NOTRB SEIGNEUR. "2^1 Se de ci te pues eschaper. HAQUIN. Malquin, il fauit destraper De ces .11. larroné qui ci aont. MÅLQUIN. II pert bien que ti amy soirt, Tu ne les veulz pas oblier. Je vueil cestui-ci deslier Et au senestre le pendray. HAQUIN. Et je cestui pendu rendray. A destre, soustien-toy^ soustien. Gest est pendu^ pense du tien y Fay tost. Qu'est-ce? que penses-tu? MALQUIN. J'ay aussy tost Fait comme tu. Seigneurs, vous ne perderez néant. Tous les larrons je vous créant De ceste terre sont pendu. Véez-vous-en .1. ci estendu Qui estoit le principal Herres. HAQUIN. Combien que soies enchanderres, • Sy t'avons-nous ci ataché, Que se tu veulz avoir sancté Ces .III. clous te fault arracher. malquin. Roy, yci te convient sacher Ou getter ton enchantement. HAQUIN. Gaigné avons le vcstemcnt II. 16 242 LA PASSION Jhesu; je lo que le departc Avant que je de ci me parte. Cesle robe que je te monstre Penray ; pren celle-lå en contre. Et de ccsle-ci que ferons? MALQUIN. Mie ne la dcspesserons , Ain^ois la lesscrons entiére Et en jouerons a la prémiére Griache h qui elle sera. HAQUIN. Et qui le jeu refusera Malle grant honle Ii aveigne ! Tu as .VII. poins: Dieu bonne estrainc! Malquin, beau- frére,ne le ennuit, II a moult bonne chance en .vni. .VIII., dy .VIII. — Ho! voy ma chance. MALQUIN. Ge soit a la malle meschancc De cely ä qui elle fu. Roy, par ma lov oncques ne l\\ Que tu ne Fusses malvais horn. Or as maintenant ta raison. Tu as dit que despecerons Le temple et puls le referons En .111. jours; cs-tu bien bourdenes? VIVAiNT. Haa, Jhesu, come tu cs grant Herres! Se tu es filz Dieu que atens-lu ? Dy-nioy, pourqupy ne^ desccn-tu DE NOTRE SEIGNEUR. 243 De celle crois appertement. Trés-meschant roy, je te demant Comment osas- tu oncques dire Que tu fusses roy de Tempirc? Respoo ; ne deignes-tu respondre ? ANNES. Nous ferons ta char en crois fondre. Tu m^as tant de fois raconté Qu'en toy avoit tant de bonté Que tout le monde sauverois. Par ma loy, bien voy non feroies Quant tu sauver ne te puez mie ; Mais se tu puez sauver ta vie Et de la crois descendre å terre Nous t^irons de bon cuer requerre. Or, nous fay ceste démontrance Et tenrons tous la créance, Car moult bien sera advenant. CAIPHAS. Pilate, escripsez maintenant Qu'il se faisoit roy tout puissant. Sa folie miex cognoissant, Sera quand on verra Fescript. PILATE. Volentiers melray en escript Tout ce que bon me semblera : Sans toy nul ta crois n^enblera. Jhesu, n'aiez paour que mal te face. Seigneurs, se Diex me doint sa grace, J'ay bien fait ce que dit m'ave^. i6. ^44 ^^ PASSION CAIPHAS. Par ma loy, sire, non avez : .Ihesu nostre ioy despisoit. Meltez y que roy se disoit Des juifz ; atez y ce mettre. P1LATE. Je ne m'en quier plus entremeltre, Foy que doy vous, beaulx doulx amis; Ce qu'ay en cel escript Ik mis Y sera, osler ne Ten quier. CAIPHAS. Centurion, je te requier Et te prie tu preignes en garde Ces larrons que förment me tärde; Que Jhesu soit tout par tué. CENTURION. Se de Dieu soie salué Sy feray-je nioult volentiers. Malaquin, bon compains enliers, Fay tost; par ta loy, va nae,querre Mosse, Baudin et Pioceguerre; Dy leur que j'ay d'euU ci afaire. MALAQUIN. Foy que je doy \e roy Césaire Je y vois puis qu'en corrvent te Tay, Seigneurs cbevaliers, sans déi;»y Vcnea tous .nr. appertement PoifT oiiir le commandement De Centariofi nostre majstre. DB NOTRB SEIGNEUR. ^4^ PINGEGUERRE. Par le grant Dieu qui me fist nesire, Tous .111. ferons sa voleoté. BAUDIIf. Se le grant Dieu te doint sancté, Maiaquin, amis, va devant. MOSSE. Dieu qui (ist la pluie et le vent Gart Centurion mon seigneur. CENTtRION. Bien veignez, j'ay joye greigneur Que n'oy oncques en ma vie. On in'a commise la baillie De ci gärder et vous serez Avecques moy et me ferez Conpaignie h cy veillier. Or, nous gardons de sommeillier , Gar se on nous enbloit en dorment Ges larrons, courrouciez förment Seroie, ce vous fais savoir. Je ne voudroye pour nul avoir. Gar tropseroit honteuse chosc. MAL LARRON. Guides-tu que moquer ne t'ose, Dy, Jhesu ? Pour ton beau chapel Au mains as-tu rouge la pel ! Elle est bonne k penre huas (i ). Jhesu, or me dis que tu as, Qui si fort te plains et soupires. (1) Elle est bonne å prendre un milon, un faueoi (huas). 246 LA PASSlO?( Par le grant Dieu tu es b pires Lierrequi soitpar ci aval. Descen de ceste crois aval, Or y parra que tu feras. Lois diray-je que tu seras Filz de Dieu : se tu Tes sauve tov. BON LARRON. Cest grant merveille que de toy. Encor est-ce de tes paroles? Gestas, gardes que tu rigoles Ne a qui tu as dit tes oultrages. Par Dieu, tu n'es mie bien sages Mai3 foI musart. MAL LARRON. Ge s^ay-je bien. Oncques toy ne moy ne féismcs bien, De ce ne m'asqu'un pou apris. BON LARRON. G'est voir^ mais qui Jhesu a pris, Fait penrc ne mettre a tourmenf, Bien s^ay que peché a formeni, Gar filz est au pére célestre; Mais moy, toy devons cy bien estre^ Gar nous Tavons trop bien gaigné. Maint horn avons nous mescbengné Et destourbé pour son avoir. Gestas, ce pues-tu bien savoir, Xc te lo que mercy Ii cries Pour tes péchez et Ii dépries Qu^ii ies te vueille pardonnor. di: .\otre seigneur. 347 MAL LARRIM. N'ay cure de tonsermonner. Dy va, je te dy et par droit II fcroit trop bien qui Tardroit, (^ar il est bougre et ypocripte. BON LARRON. Tu mens comme Herre trahites. Dy moy pourquoi tu le lédenges ? Ii est trestout sire des angles Et sy veult ceste mört souflrir Pour tous ceuix d'enfer garantir Qui ly vouront mercy crier. Doulz Diex, je vous vueil dépricr Que j'aio de vous celle grace Que m'äme vous voie en la face. Pour mes meflais dont ci je pens Vous cry merci et m'en repens. Sire, de cuer pleurant le dy. DIEU. Cerles, certes et je te dy Que cy ne feras lonc séjour. Avec moy scras en ce jour En paradis, en ma maison. MÉRE DIEU. Bcaulx doulz filz, c'est bien sans raison Que Juifz vous ont couronné. (i ränt courrous au cuer m*ont donné Quant soulFrir vous font tel tourment. S. TEIIXM. JNc voui> conplaigncz sy förment, 2^å Lk PASSION Dame, tel dueil ne demenez, Mais humblement voub contenea^ Et Icssez vostre dueil ester. Mon deuil day-^je bien aprester Quant je voiz que mon filz jc pers« De dueil mouray se je la per». Lasset nul ii'a de luy fio^rcy; lehan^ j'ay trop le cuer oercy. Moult fornieDt me doy garmenler : En croia vay mon filz lounuenler Et sy est toui son corps plaié. Mon cuer est triste et eamaté Quant jc voy mon doulz filz mcMirir, Que tous déusaent aeignourir Et il Tönt sus crois estendu. S. JEHAN. Ceuix qui en la croia Tant pendu Sont de cuer félon et trahite. Moult ay le cuer dolent et tristo Quant en ce point mon nmistre voy. m|;e£ ucu. Lasse moy, doleote voy Mon filz livré å tel justice. La couronne qui Ii ont miae Est de jons plus poigoant qu'espiiaie. Toute léesse en moy décUne : Ains que mon filz mourir véisse Mourir avccques luy vousisse. Mört fay de moy treslout lon plein ^ DB NOTRE SEIGNEUR. ^49 N'en puis més, se je me cooplains Quant je voy mon filz défenir Dont joye me souloit venir Et le cuer m'eo part de douleur : Beau filz^ je voy vostre couleur Toute pallir et toute taiodre. Lasse! moy bieo me doy compbindre. Certes bien vourpie estre morte ; Mört viengs å moy et si m'eDporte. Je n'ay cure que apres luy vive. Or sui-je bien, mére chétlvei Certes , ma mört rorment me tärde Quant mon lilz et mon pére esgarde En guise de larron deslruire. Nul ne faint point de luy nuire. Lasse! comment sa coulcur est mate. Le forfait des pécbeurs 9cbate Sy qu'il en est livré a mört. mcu. Farame seudVe toy ; pour ma mori Ne te dois pas desconfortcr. Je muir pour sanclé aporter Nez a ceulx qui sont trespasser. Se tu me vois ore lassez En cc tourmeot qui sy me trancbe, Hors en seray dedei^s dimenche. Lors seroot maintes åmes Uées Qui sont pie^ ä du corps partics. Lcs bonnes joye demenronl, \vecqucs moy lousjours vcrronl; aSo LA PASSION Famme, famme, conforte toy. Jehan, qui est sy prés de loy Cest ton BIz. Voiz tu ceste famme, Johan? Cest ta mére; com la dame La sers de Bn cuer débonnaire. Je t'ay esléu ad ce faire, Garde la bien comme ta mére. S. JEHAN. Je vous rens graces, beau doulz pére, Quant de vous suis sy cogneu Qu'ä ce faire suis esléu. Je feray débonnatrement Sii*e, tout son commandement, Et de bon cuer la garderay. LA MÉRE DIEU SUS : « Ftni Creator. »> Triste doiente que feray ? Bien rae devroit le cuer partir. Hél mört, car me fay départir; Gar j'ay vescu trop longuement. Le cuer m^estraint si asprement, Je I'ay d'engoisse si amer! Beau filz, pour vous m^estuet pasmer, Et pour le mal que soustcnez. S. JEHAN. Dame, tel dueil ne demenez; Souffrez vous et lessez ester. Vous n'y povez rien conquester : Ii veult sauver lous sez ami&; Dame, pour ce son corps a mts l^n tel painc et en tel durté DE NOTRE SEIGNEUR. 25l Pour eulx getter de Pob^urté D'enfer, qui est tout plain d'ordure, MÉRE DIEU. II seufTre angoiesse trop obscure, Mon doulz filz; son pueple aime moufo Et si n'a nul en tout le mont Qui pour luy tel fés soustenist. Bicn vouroye que nion pére fenist Sans plus au monde demourer. De cuer m'estuet plaindre et plourer ; Quanl je voy mon (iiz justicier, Je doy bien ma vie peu prisicr. Jamais joye ne puis avoir Mais yray dueil toudis menant. He! mort^ car me prens maintenant ; • N'en pui» mais se je m'esbahis. Beau filz, Juifz vous ont träbis, Honteusement vous ont pendu Et vostre corps ont estendu En celle crois et par envie. Lasse ! comment puis estre cu vie/ Qui jamais me confortcra? Beau filz, vostre mört me fera Grant dueil et grant råge mencr. En chantatit die. Beau filz je doy bien forcener, II irest nulz qui me confortast : Bicn voudroic la mört m'emportasl . Au cuer granl angoessc mc poiolj 252 LA PASSION Envis vou$ cuidasse en ce point Jamais na pourroye voir Quant je vous fesoie séoir Par grant dcsir en mon giron Moy et vous nous dépar tiron . Vous vous mourez et je demuir Se poise moy quant je ne muir, Filz, pour quoy mon cuer lessés? Or est bien du tout abesaez Le souias que vous me fesiez Quant en la bouche me besiez^ Par doulceur plaine d'amitié. DIBU. Beau pére, preigne toy pitié De tous ceuix qui ce mal me font, Car ne scevent k qui le font. Leur mef&it leur soit pardonnez. J'ay soyf. CAIPUAS. Beau seigneurs, je vous pry, donnez A ce roy ce qu'il vous demande. La male poission Testendel Tant nous abuy fait de paine. Je croy que la mört ie demene, A boire demandé nous a. HAQUm. Certes, enfantosmez nous ha. Boire ly donrray se voulcz Buvrage qui oncques coulez Ne fu; ja bien ne Ii fcra. DE NOTRE SEIGI^EUR. a53 Or escootez qutelx il sera : Pour ce que Jhesu vay »y maigre D'amer de beste et de vin aigre Sera destranpé ce buvrage. Par ma loy^ Haquin tu es sage ; DonDcz ly bien je my acorde. HAQUIN. Je penray celle escuelle orde; Dedens vueil mettre la poisOD. Tien ineschaht roy, boy k foison Et garde n'en y lesse goute. DIBU. Or est acomplie trestoute La prophécle ; dés or moorai-je Pour sauver tout Pumain lignage. Beau tres doulz pére je baille Entré les mains mon espérit. LES ANGLES 909 *. ff Feni Chentor. » Vous estes tous hors du pérti D*enfer , celle orde vil paeur; Pour ce je vous aport lueur Et lumiére de paradis. Par Adam qui pécha jadis Tous estoient en enfer mené, Mais la mört Jbesu rameiié Vous a trestousa saurement. CÉKttJRlONS. Seigneurs, sachez ccrtainemenl 254 *'^ PASSION Cilz estoit filz Dieu et homs juste. Yous trestous qui ä sa mortfustes Se bonnes personnes fuasiee, Savoir de voir bi^n déussiez. Les pierres fendre vous veistes, Et la terre crouler sentistes ; Le soleil et le jour pardirent Leur clarté, trestuit si Ic virent Qui furent å ly justicier; Filz Dieu est , on le droit prisier, Chascun le doit croire et savoir* MALQUIN. Jc ne voudroie pour tout l'avoir De Jherusalem la cité Que vous déissiez vérité. Ou avez vous ceci songé ? Pilate, donnez nous congé D'aler véoir en escalvaire S'en ses larrons a mais que faire Que on nous a fait justicier. Les cuisses leur faudra brisier Se ainssy est que nulz d'eulz plus vive; La chose doit estre hastive, Gar du Sabath approche Teure. PILATE. Alez y sans faire demeure Et Longis avec vous menez. Longis, ceste lance tenez; En vostre main la porterez Er ses conpaignons aiderez : ém- DE NOTRE SEIGNEUR. 255 Jc vous en pry par amitié. LONGIS. Oncques n*oy du larron pilié ; II me tärde jå que je y soye; Mais il n'est goute que je y voye., Lequel de vous me y veult mener ? HAQUIN. Pener me vueil de vous mener ; Or en venez toul maintenant. Au larrons vous voiz droit mennnt. Or, escoutez que nous ferons Quantdevant les larrons serons : Chascun au sicn se couplera Et Ics cuisses ly brisera. Longis, savez que vous ferez : Les cuisses Jhesu briserez. Par quoy mourir plus tost il puisse Se ainssy est que vif on truisse. Malquin, ces .iii. larrons lä vivent. MALQUm. La mört ä leur povoir eschivent, Je croy bien vouroient tous jours vivrc. Pren ce baston et te délivre ; Brise les cuisses ä cely. HAQUIN. Tu sces bien je ne doubt nully De bien savoir faire Toffice. MALQUIN. Je vueil qu'on me leignc pour nice Se cesluy tantost ne pnrtue. 256 LA PASSION Ha! Jhesu, comme has laide veue : Je croy que il n'est pas en vie. LONGIS. D'aulre chose je n'ay envie Fors que de Jhesu tourixienter. Haquin, je m'08e bien vanter Je ly feray mes jeus puir. HAQIJIN. Jhesu n'a povoir de fuir, Car il me semble que mört est. De vostre lance qui forte est Ou cousté destre le poignez Et gardez que ne vous feignez ; Mais bien en parfont le plaiez. Nous voulons que vous essaiez S'il a en ly de vie potnt. LONGIS. Lie sui quant il est en ce point, Car je le hay de tout mon cuer. Haquin, ma lance en droit le cuer Apointe Iresloot droitement. HAQUIr^. Volentiers, (erez roidement : En droit le cuer je Pay mise. LONGIS. Roy, au cuer te fier sans faintise. Combien que j'ay perdue la veue Sentiras-tu ma lance ague. Bien s^y que je t'ay la char route : Je sens sang ou yaue qui dégoute DE NOTRE SEIGNEUR. 257 Sus mes mains contrc val ma lance. Ne sgay sy m'en vcnra mescbance, Mals mes yeulz en vueil nettoier. Doulx DieUy chascun vous doit proier^ Diex estesy ce s^ai-je de voir : Je m'en doy bien apercevoir, Vous m'avez fait honneur et grace, Enluminé avez ma face Dont je sui moult lié et joians, Car je estoie non voians. Fort vous féry, pas ne failly, Tant que vostre sang en jailly. Le sang qui en est dessenduz M'a mes .11. yeulz tous elers renduz. Je vous féry, se poise moy : Doulz Diex, aiez mercy de moy Et ne vous vueilliez courroucier Quant je vous ay osé blecier. Les Juifz qui sont de put aire Le me commendérent ä faire Et je Fay fait par mon oultrage. Beau sire Diex qui mon visage M'avez esclarcy en pou de heure, Åins que la mört me coure seure Mon meffait car me pardonnez. Dieu de qui tout bien es donnez De cuer humble mercy requier. Jamais mal faire je ne quier : Les faulz Juifz sy m'amenérent, A vous férir me commandérent ; II. 17 258 LA PASSION Hors de foy sont et rcnoyé. SAINTE ÉGLIZB. Tous cculz qui t'ont ci envoié Je te promet ne sont pas sage, Mais ont fait trop fol vasselage. Cil est filz Dieu, ce puessavoir, Son sang t'a fait lumiére avoir. Ceulx qui en la crois Tönt pendu Se sont bien au diable rendu. Se de bon cuer ne s'en repentent II saront que ly diables sentent. Ce tesmoing k tous sans nientir Qu'il a voulu la mört sentir Pour tous les bons d'enfer gecter Et pour tout le monde aquicter Ceulx qui bien baptisé seront Et mes commandemens feront Et croiront en la, Trinité. YIELLE LOY. Tu n'as pas dit la vérilé ; Qui es-tu ? ton nom me devise. SAINTE ÉGLIZE. Je sui nommée Sainte-Églize. Et tu, qui cs ? car le me compte. SYNAGOGOE. Se le grant Dieu me gart de honte Ne fcray pas lonc prologue : J^ay pie^a nom Synagogue; Mais par le grant Dieu, tu es fole Quant tu as dit telle parole. DE MOTRE SEIGNEUR. ^Sq La Trinité que peusse cstre? Je te creveray ton oiel destre, Ce s^ay-je bien encor ennuit. Se tu dis chose qui m'ennuit, Ou je te turay de ma lance. Je croy ce te fait dire enfance : Tés toy que tu ne le compéres. SAINTE ÉGLIZE. La Trinité est Dieu ly pére, Dieu le Filz, ly Sains-Espéris. Cest .1. Dieu qiii de tous péris Garde Sainte-Crestienté. Cest cil qui donne la sancté ; Ce son t .III. personnes ensanble Et .1. seul Dieu : dy, qu'il t'en sanble? Oserois-tu ceci dcsdire? SYNAGOGUE. Je ne saroye ce livré lire. Dy va, tu ne me dis que fables Mais j^ay la loy Dieu en mes tables Que enseigne Abraham, Ysays, Et Moyse par le pais Moult grant piece les sermonna. Ceste est la loy que Dieu donna Quant il ot en ces tables mises Ou mont Sinay a Moyse. Cest la loy d'enciennetéj Et tu veulz or nouvelleté Tout par toy maintenant ci fairc. 17- nSo LA PASSION SAINTE ÉCL1ZB. Je te feray assez tost taire. Tu ne fais que sors et charaiez. Respons-moy que le mal-jour aiez, Ou Dieu puet tout ou rien ne puet. Se tout puet, doncques ne le puet Nulx homs desdire par raison ? Ås-tu bien perdue ta raison ? Dieu a voulu nestre de famme Pucelle, Vierge, sans diflfamme , Et a YOiilu sa char humaine Ait soufFert la mort souveraine , Comme bien pert qu'il est pendu En la crois et tout respandu Fut son sang, et pour ce voir Yci suy pour le recevoir ; Mais au tiers jour sera revis Åinssy com je le te devis; Et te dy sentence est rendue Que ta loy sy est confondue Arrez de .x. commandemens. SYNAGOGUE. Par ma loy, gloute, tu te mens. Se avoies bien leu nos gioses Tu n'oseroies dire teiz choses. Bien puez savoir, se tu n'es yvre, Mort homme n'a povoir de revivre. Jhesu est mort, ainssy est-il, Et comment donc revenroit4l ? Sy grant povoir n'a pas nature ; DE NOTRB SEIGNEUR. ^6^ Mais nous avons une (igurc En nos gloses qui moult m^espoente. En celle figure se vente Le prophette que ma court toute Par .1. seul home sera route. Celly n'esl pas ä son vouloir. L'angel chante sus : « Hostis Herodcs.n Vieille Loy, bien te dois douloir, Tu dois bien plourer et suter, Gar perdu as au desputer : Saincte Église a le champ gaigné. Or, sont Juifz bien meschaignié , Diex a leurs escrips deffaciez. Crestiens, Dieu veult que faciez Ge que Saincte Église dira. SAINTE-ÉGLIZE . Apelle .1. clerc qui te lira Geste legon qu'on t*a leue. Aussy as-tu malvaise veue ; Fay bientost il te fault deffendre Ou il te convient ä moy rcndre ; Or fay lequel que tu vourras. SYNAGOGUE. Je me rens vaincue ; or pourras Désormais régner par tous régne Ghevauche a bandon et régnes Partout, plus ne m'ose vanter ; Le chant que j'ay oy chanler A toute aveuglée ma face. 262 L\ PASSION JOSEPH. Il m'est pris talent que je foce A Pilate une requeste Qui ne sera pas deshonncslo. Ne S9ay s'il la refusera , Mais gaires ne ly coustera : Cest de Jhesu cel home mört. Juifz Font par envie mört, En celle crois Tönt estendu Et entré .11. larrons pendq. Bien ly ont trestui couru seure Je n'en voy nul qui pour ly pleuro. Sy se faisoit-il bien amer , Mais pour ce qu'il se fist clamer Boy des Juifz, quant il le sorent, Sy grant dueil et courrous en orent Qu'ilz en ont pris vengence obscure ; Or n'a mais plus nul de ly cure, A Pilate tantost savoir Vpiz se je le pourray avoir Par requestes ne par priéres; Et j'ay esté encor nagaires Nouviau chevalier, pour ce croy-je Qu'il le ra'octroiera sans ploige ; Car c'e8t ma premiére demando. Pilate, sil Dieu vous deflende De mal, qui (ist le (irmament. PILATE, Joseph, le grand Dieu vousamcnt. Que vousplaist ne que vcncz qucrrc? DB NOTI^E 31^1GNEUR. ^63 JOSEPH. Pilate, je vous vien requerre Et vous vueil cloulcement prier Que vous me vucillicz octroier .1. don que vous demanderay. PILATE. Demandez et je le feray ; Fairc le doy sans contredire. JOSEPU. Pilate, bien savez, beau sire, Chcvaliers suis nouvellement. Le corps de Jhesu vous demant : Mört est, Sire, donnez-le-moy. PILATE. Foy que je doy Tame de moy , Pas trop grant don ne demandez. Joseph, .1. petit attendez Et tantost sans dilacion Je manderay Centurion. S'il est mört par luy le saray, Puis tost donné le vous arav. Vallet, va quérir en messago Centurion au (ler courage ; Va tost, dy ly qu'il veigne cy^ MALQUIN. Ge vault fait, levez-vous de cy, Sire, en qui proucsse surmonle. Se le grant Dieu vous gartde honte., Venez au prévasl inainlcnant. :264 LA PASSION CENTURION. Je y Yois, car c'est bien avenant Que toute sa volenté face. Du grant Dieu qui a toute grace, Soit luy Pilate maintenu. Mande m'avez, je suis venu, Dictes-moy vostre volenté. PILATE. Se Diex me doint bonne sancté Je ne vous vueil pas decevoir. Savoir vueil de Jliesu le voir S'il est mört ou s'il est en vie. Joseph a de ly grant envie : S'il est mört je ly vueil donner. CENTURION . Bien ly povez abandonner, Foy que je doy ma baronnie ; L'åme ly est du corps partia ; Ce s^ay-je bien certainement. ' PILATE. Joseph, vostre commandcment Du corps Jhesu faire pourrez Toutes heures que vous vourrez ; Mais pour ce que vous ne failliez , Je vous lo bien que vous ailliez Auls evesques et sy leur dictes Que ce corps est vostre tout quictes Et que nul ne le vous deffende; Car c'est la premiére demande Que vous avez ä inoy requise. DE NOTRE SEIGNEUR. 1265 Lcs Juifz en ont fait justice Et vous voulez le corps avoir. Par droit ilz doivent bien savoir Qui Tara de la crois osté. JOSEPH. Je vois tantost ä leur hos tel. De par Pilate, seigneurs Ponce, Je vous dy et sy vous anonce, Que le corps de Jhesu mien est. ANNES. Non est voir. JOSEPH. Par ma loy sy est ; Pilate le in'a octroié Et m'a ä vous .11. envoyé Pour le vous dire (or le vous dy-je), Qu'il le m'a donné quitte et lige. De la crois le vois avaler. ANNES. Joseph, ou voulez-vous aler? Dictes-vous, vous emporterez Le mört ; par ma loy non ferez, Estes-vous fol ou enragiez ? Pour le gärder sui estagiez De mon avoir, de corps et d'åme, De mes enfans et de ma fame. Et avec moy tout mon lignage. CAYPHAS. Joseph, vous n'estes pas trop sage Quant vous nous dictes ces paroles, 266 LA PASSION Car ellcs sont nices et folies. Et sy vueil bien que vous sachez, Jbesu est sy bien atachiez En celle crois, que bien sarez Hault faveler quant vous Parez; Et sy vous fais bien å savoir Quiconques le vourra avoir ^ Tcis enseignes aportera Que mieulx créu que vous sera. Qu'il soit vostre, rien n'cn savon, Et de vous soupe^on avon Que ne nous vueilliez decevoir. Point n'en arez, sachiez de voir : Aultre que vous y fault venir. JOSEPH. Seigneurs, quoi qu'en doie avenir, II m'est donné et je l'aray Et ja gré ne vous en saray. A Pilate sans nulle esloigne Je vueil compter ceste besoignc ; Moult mc tärde que le inort teignc. Pilate, grant bien sy vous veigne Courrous mc fait le cucr estaindre : De Caiphas et d'Annes plaindrc Mc vicng a vous que trop conlraire Sont vers moy de ce que vueil faire. Jhesu ne veullent que j'cnporlc Et sa char est en la crois morle, Car lous .11. conlredit le ni'onl. De ce courroucic sui-je niont^ DE NOTRE SEIGNEUR. 267 Nc 8cay se d'eulz estes amé, De par vous me suis reclamé ; Il dient que riens n'en feront. PILATE. Josephy tout courroucié seront Quant ilz le vous ont contredit. Vous I'arez puisque je Tay dit : Nicodemus tantost y va Avecques vous et leur dira Que vostres est entiérement. Nycodemus, allez briefmcnt A Annes et Caiphas dire Que j'ay au cuer courrous et irc. Quant il ont Joseph tant lassé Et mon commandement passé Plus ont mespris quMl ne leur sanble. Toy et Joseph yrez cnsanble Et leur dy qui Vy lessent pcnre ; Sien est, nul ne Pen doit repenre Et je ne vueil pas qu'il y faille Ne que nul enconlre luy aille Ou förment les courrouceray. NYCHODEMUS. Le mesage moult bien feray. Joseph, beau-frére, of en venez : Droit ä ces maistres mc menez. Lie suis quant avec vous ni 'a mis. JOSEPH. Nychodcmus, beau doulz amis, Le corps du morl tcnir vourroye. 208 LA PASSION Certes, dire je ne pourroie Comme j'ay grant sain de Favoir. NYGHODEMUS. Ce veulz-je bien croire et savoir, £t sui lié de ce vous dictes, Car pour Jhésu sui förment tristes, De ce que a mört I'ont méhaigné. Et sy n'y ont-il riens gaigné A de cy Foster je m'acort. JOSGPH. Nychodemus, bien d'un acort Sommes moy toy ad ce faire. Or pry-je Dieu le débonnaire Que bien fassiens nostre besoignc Et que nous ne truisson essoigne Vers les felons hors de créance. ' Nychodemus, j'ay espérance Que Dieu veult que facien ceste euvre Pour plus dignement le recoivre. Or pepse du sagement dire Le commandement de ton Sire. Voy-Ies-y, la va, sy leur conpte. NYCHODEMUS. Joseph, se Dieu me gar t de honte Je leur vois dire mon mesage. Seigneurs, vousn'estes pas trop sage^ Mespris avez vilainement Encontre le commandement Que Pilate a commandé, Que Joseph ly a demandé DE NOTRB SEIGNEUR. ^69 Le mort, point ne le fist muser. Il ly donna sans refuser : Pas trop ne le fist requérir; Mais quant Joseph le vint quérir Penre le corps ne ly lessastes, Mais moult förment le rechinastes, Et chascun de vous Ten blamoit Et moult förment se réclamoit. A vous dis par prévost Pilate N'y ara cil qui ne Tachate De vous se plus ly escondites. Pilate dit qu'il est sien quittes Et veult que tost ly soit donnez. ANNES. Dés or ly est abandonnez, Je vueil qu'on le ly délivresse. Or le voit querre et emportesse, Je n'en yray plus ä l'encontre. CWPHAS. Vela le mört, je vous le monstrc Joseph y or le povez despandre ; Nul ne le vous veult plus deffendre ; Dés or nous en lessez ester. ANNES. Nous sommes folz de cy ester Quand somes delivre de ly. Quant il sera ensevely Tel pourra veoir sa sépulturc Qui l'emblera par aventure : De Faler bien est se me samble. 270 L\ PASSION CAIPHAS. Anne, se ainssy est qu'on l'emble, Honni soitil qui les hostagcs De quoy nous sommes tous en gages A Pilate ja paiera ! JOSEPH. Nychodemus, moult bien sera Que je voise chevance faire, Gomman t j'aray . i. bon suaire Pour ce corps lä ensevelir. NYCODEMUS. Joseph, moult me doit enbellir La parole que vous oy dire. Je yray avecques vous, beau sire, Moult volentiers pour vous aidier. JOSEPH. Nicodemu"^, sans plus plaidier Alon moi toy voir sy pourron Prendre du quel nous vourron. Ge mercier nous en puet bien vendre. Sire, car nous vueilliez entendre. Avez nulz beaulz dräps neufs de soye? MERCIER. Je croy moult tres bien que je soye Garny de ce que demandez. JOSEPH. Beau doulz sire, car nous vendez Des tres plus beaulz que vous aiez, Et vous en serez bien paiez En tel argent com vous vourrez. DE NOTRE SEIGNEUR. 2^] LE MERCIER. Dés or iicheter en pourrez : Ma marchandise vous desqueuvrc. Ja pourrez acheter bonne euvre : J'en ay de magniéres diverses. J'ay soye rouge, Indes et Perscs, J'ay soie noire, soies fines. Plus blanche que n'est fleur d'espines; J'ay beaulz poilles seur argentez A fellles d'or par my plantez; Draps vers de soye ä or bendez Et sy ay de plusieurs sendels, Soye vermeille et puis morée, Et ay soye qui est dorée; J'ay bougueren et estamines, J'ay bources faites de euvres iines, J'ay saintures et gibeciéres, Courroyes de maintes maniéres, Pourpres samis trcssiers et guindes, Voilles noirs et rouges et Indes, Coéffes ä or bonnes et riches, Queuvrcchiez, crépez et afiches, Espingles d'argent sororées, Grosses couroyes d'argent dorées, Chapiaus apellez et couronnes Et pierres precieuses et bonnes, Noires et vers et rouges sarges, Couvertoers de sendal bien larges ; J'ai paille de divers ouvrages, Pourtrait sont ä bestes sauvages 2'J2 LA PASSION Qui samblent lion et liépart. Et en av encor d'aultre part. De riches, fais nouveilement, Qui sont pourtrait mesmemcnt, De blanches et de rouges roses Qui sont parmi le dräpt encloses ; Poilles roiez, couroyes å perles, Draps a papegauls et ä merles. A briefs paroics deviser Ne vous pourroye deviser Tout quanque j'ay de marchandise, Et ay .1- dräpt que förment prise, .1. sydoine, mais il est vers. Soiés tout certains qu'il n'est vers Qui ja le puisse transpercier, Et sy ne sgay je pas mercier Qui miex de moy en soit asiez. JOSEPH. Beau tres doulz sire, or vous taisiez Ce sydoine j'acheteray. Dictes moy que j'en paieray : Ce corps y enveliopperay Et de cclle crois Fosteray Que j'ay tant Pilate proyé Que il m'a le corps octroié. Or I'en vueil porter doulcemcni En .1. serqueu que propremen t J'ay fait faire pour le couchier ; Et vous dictes que ver touchier Ne puet ä ce sydoine digne ? k DE NOTRE SEIGNEUR. 2^]^ Pour cc y mcttray ce corps bénignc : Benoist est et Benoist doit estre Car filz est au Pére célestre. A tort ly ont ce fait Juise : De bon cuer ly faiz ce servise, Car il n'est nul qui bien le serve Qu'ä .0. doubles ne le deserve. Sire, or prenez de moa avoir, Car le sydoine vueil avoir Pour le prophecte ensevelir. MERCIER. Joseph, moult me doit embellir La parole que m'avez dicte. Le sydoine vous arez quitte : Vostre est et vous Temporterez, Ne jå deniers n'en paierez. Marchant sui qui en marchandise Ay tousjours m'estudie mise. Le sydoine ly vucil donner, Bien le me puet guerredonner, J'en ay bonne dévocion. JOSEPH. Ce n'est mie m'entencion , Sire, que pour nyent je l'aye. De la cherlé point ne m'esmaye ; Vecy assez monnoye bonne. MERCIER. Le sydoine quicte vous donne ; Allez, å Dieu je vous commande. 2'j4 Li^ PASSION JOSEPH. Je pry ä Dieu qu'il le vous rende Et qui vous vueille conforter. Ce sydoine le fault porter, Nichodemus ; je le te baille. MICHODBMUS. Joseph, je vous dy bien sans failie Ce sydoine moult m'abellist : Du corps tenir ay grant délit; La besoigne point ne m'anuie. JOS£PH. Or en alon , Diex nous conduie. Aujourd'uy beau don gaigné ay Que Pilate sy m'a donné : Cest Jhesu que je vois despendre De celle crois sans plus attendre, Car je le voy moult tourmenté. NICHODEMUS. Joseph, se Diex me doint sancté Je ly vois le bras desclouer. JOSEPH. Tu dis bien, je t'en doy louer : Au pié de la crois demourray , Car recevoir je le vourray Quant je le verray jus venir. NICHODEMUS. Or entendez au soustenir, Car je voy bien que il se abesse. JOSEPH. Seurement aler le lesse DE NOTRE SEIGNEUR. 2^5 Et vieng avant sy m^aideras. Et le sydoyne getteras Sus ly et puis l'enporteras, Et ou serqueu le coucebras En ce sydoine diguement. NICHODEMUS. Sire, ä vostre commandement Je suy prés et appareilliez. De le servir suis esveilliez Et seray tant com je vivray. JOSEPU. Doulz pére, vostre corps livré Avez pour nous ä grant tourment. Contre vous ont mespris förment Ly lelon Juifz de put aire. Quant ilz vous ont osé ce taire Hz sont faulz et malvais trahiste. Doulz Dieu, j'ay pour vous le cuer triste; Par grant tort vous ont mesbejgné Et sy ne Tavez pas gaigné. Vous estes Blz de Dieu le pére Et naquistes de Vierge mére. Vous estiez Dieu plain de pitié Et par vostre grant amitié Qu'avez eu ä vos amis Que Adam en enfer tous a mis , Avez voulu mört recevoir, Chascun puet bien apercevoir. Quant Longis, qui ne voit goute, Vous ot la char du costé route, 18. 276 LA PASSION Fort vous poigny, pas ne failly, Tant que vostre sang en sailly Sus ses mains; lors les aprocha De sez yeulz et les antoucba Du sang, par quoy r'ot sa véue Qu'il avoit loiiguement partlue. Longis, qui devant non voians Estoit, en fut iié et joians. A celle heure que vous mouristes De l'angoisse (Jue vous soulTristes, Ciel et terre toute trambla. Ce fut pour vous lors bien sambla Que definenient déust cstre. Doulz Dieu, fiiz au Pére celestre, En vous est toute m'espérance, En vous est trestoute puissance. Mors ont les chiens envieux : De cest oignement précieux Oindray vos plaies sans faintise; Beau doulz pére de bon servise, Tousjours mais vous vueil servir. Or vueilliez que je déservir Vostre trés-doulce amitié puisse , Par quoy avec vous je me truisse Quant départiray de ce monde. NICHODEMUS. Doulz Dieu de qui tout bien abonde , Vous dictes, ce s^ay-je de voir, Que mört vous failloit recevoir ; Au tiers jour resusciteriés^ DE NOTRE SEIGNEUR. 277 D'cnfer les vostres geteriés. Cy a moult grant humilité; Dieu pére plain de vérilé , Gar me vueilliez donner la grace Que je puisse véoir vostre face Quant la mört me fera fenir. CMPIIAS. Malaquin, va sy fay venir Annes, dy-ly je le demande. MALQUIN. Yolentiers. Caipbas vous mande Qu'å ly tantost parler venez. ANNES. Malaquin, bon vallet senez, Je vois puisquil'a commandc. Caiphas, vous ro'avez mande. Je suis venu sans arrester. CAIPUAS. Sire, tout ce lessez ester ; Par lon vous et moy d'autre chose Que pour vérité dire je ose. Fol est qui dit que soiops sagc : Occis avons par grant oultrage Le prophéte ; s'il resuscite De sa mört ne seron pas quitte Pour ce que Tavons justisé. ANNES. Qui dyablc vous a avisé De ce dire? estes-vous yvres? Caipbas, gardez en vos livrés 2']S LA PASSION Ou la vostre créance est mise. Vostre loy point ne vous devise Que nulz homs en vie reveigne, De quelque beure que mört le prcingnc; Grant yvressc vous oy compter. CAIPHAS. Cest voir, mais Dieu puet seurmonter Toute chose et par droicture, Dieu puet plus que ne fait nature. S'il est filz-Dieu par vérité Vous le verrez resuscité Aincois qu'il soit .nu jours entiefs. ANNES. Je ne vous oy pas volentiers Ces malvaises paroles dire. Vous estes maistre de fempire Et avez sy fole créance. Bien s^ay Dieu a toute puissanco Et qu'il est sans commancement Ne jh n'ara de finement. Quant Dieu voudra il nous touldra La vie, mais jå ne mourra : Cest un homs que avons tué. CAIPHAS. Sire Anne, bien entendu é Ge que respondu vous m'ave/, Mais de vérilé bien savez Que .1. Dieu puet tout sans nulle some Et se met bien en guise de home. Tantost que cest home tenismes DE NOTRE SEIGNEUR. 2^ g Jusques ä la mört le batismes : Sanglant fut devant et derriére. Se Dieu est, alé est arriére En paradisen sa maison; Que ce ne fust pas sans raison Queain^ois que la mört Testendist Convint que la pierre fendist De son sang et en fut quassée, Et quant s'åme fut trespassée , Je vis le ten^ps noir et ennuble Et plain d'ob8curité moult horrible Dont je fu moult espoventez. ANNES. Par foy, vous estes enchautez Quant de ly point tous vous doubtez : Lessez ester, sy me conptez. J hesu sy est de boos amis ; Joseph, ou sépulcre l'a mis. Nulz n'y avons qui le gardoge. S'il avient chose qu'oo 1'emblege, Ceste derreniére erreur seroit Qui trés-bien y regarderoit Plus malvaise que la premiére. Or vous diray-je la maniére Comment nous nous encheviroo. ' A Pilate nous en yron Vous et moy ceste chose dire. CAIPHAS. A lon, ne vous en quier desdire ; Je m'acort bien a celle chose. 28o LA PASSION ANNES. Cil Dieu en qui mercy repose Gart Pilate qu'il ne ly veigne Chose de quoy son cuer se pleignc Gom celly que devons amcr! PILATE. Diex qui Bst la terre et la mer Vous vueille de tous maulz deflendre! ANNES. Pilate, vueilliez nous entendre : Jhesu est ou sépulcre mis. Nous avons plusieurs anemis Qui tous de sa mesgnie sont, Qui pour sa mört courroucié sont. Il se pourroient bien asambler Pour le prophéte aler embler. Pour .c. ma res d'or n'el vourions : Conseillez-nous se pourrions Avoir nully pour le gärder. PILATE. Seigneurs, vous n'avez que tarder . Je lo que quérir envoiez Les chevaliers, et leur proiez Que å venir cy point ne tardent, Et que le sépulcre bien garden t ; Bon est ä faire ä mon avis. CAIPHAS. Se on Temble ou s'il est ja vis Förment courroucié en serav. Par Malaquin tost manderav DE NOTRB SEIQNEUR. 28 1 Centurion ; rien ne le teigne Qu'a mon hostel tantost ne veigne. Sy Ii requerray sans tarder Chevaliers pour le corps gärder. Vallet, raet-toy tost å la voie; Dy centurion je ly proye Cy veigne, j'ay mestier de luy. MALQUIN. Sire, je ne doubte nully Que ce mesage bien ne face : Bien m'en a Dieu donné la grace. Je y vois donc et de vous me part. Centurion, cuer de liépart, Le grant Dieu vous gart de périr. Par moy vous envoie qucrir Caiphas; venez-y beau sire. CENTURION. Ce ne vueil-je pas contredire : Je y vois tantost puisqu'il a dit. Caiphas, Malquin m^a dit Que mande par ly vous m'avez. Or mc dictes se vous avez Mestier de rien que puisse avoir. De ma gent et de mon avoir Povez vostre volenté faire, Car par moy n'y ara contraire, Ne ja desdit vous n'en screz. CAIPHAS. Trois bons chevaliers mandcrez Qu'ä nioy veigncnt sans délaier, 282 LA PASSION CENTURION. De cc nc vous Fault esmaier : Je feray mouit bien ce message. Or sus, chcvaliers de bamage , Vos bonnes armeures prenez Et tout maintenant en venez Aprés moy, car je le commande. PINGEGUERRE. Se Diex de péril nous deffende Aprés vous volentiers yron. BAUDIN. A vous tous .III. obéiron A quanque vourrez deviser. MOSSÉ. Maistre, chascun vous d Seigneurs chartrier, et que feray ? Qui est-ce roy de gloire ? dictes. ABAC13C. Ce roy est de tous pécbez quictes ; Cest le sire puissant et fors, Qui rien ne prise tes efTbrs. Je te dy pour voir et sans faille > Puissant est en tojate bataille, Et poui! ce a-il nom roy de gloire. SATHAN. Las dolent ! je pers ma ménioirc I Nous somes vatncu, nul n'en doubtc. Je voy ja nostre porte roupte; Jhesu vient séens ä sa guise, Par sa foroe et par sa mestrise. Ou sépulcre mört a esté, Mais y n'i a guaires esté. Jbesu, que vien$*tu séeus querre? Tous Ics elements et la terrq DE NOTRU SEIGNEUR. 2^5 Ont esté tuil espoventé A ta mört ; or es en sancté. Jhesu, tu es moult amiable , .1. fort puissant et amirables. Lesse-nous entiers dos liens Et je te promet et fians Plus ne leray riens contre toy. DIEU. Chélif Sathanas, sueffre-toy. i Tu es des diables ly ainnez; Pour ce seras-tu enchainnez Et en celle chartre la mis , Gar j'en vueil öster mes ^mis. Jamais nully ne tenteras , Mais en enfer tous jours serasi Sans jamais nul jour remuer. BÉELZEBUS. Tu cuidoies Jhesu tuer, Mais y t'a mis en prison claudc. Tu féis pécher par ta fraude Éve et Adam le premier homruc j^ Tu leur féis mordre en la pQm,me.. Qui crut en Tarbre deffendu... Cil sans péché t'avoit rendu Les ricliesces que tu avoie^ .: . Or me dy que tu te vouloies Quant tu fcsis Jhesu mourir. , Je me cuidoie aseignourir Par dcssus trcslous ceulz du monde. ag6 LA PASSION BÉELZEBUS. Tu sces que ly juste son t mondc De tous peichez et de lous vices. Comment as4u esté sy nices Que tu as fait Jhesucrist pendre? Te sces qu'å ly nous convient rendre Par force tous ses prisonniers. DIEU. Sathan, tu seras préconniers De tous Ics tourmens de séens. BÉELZEBUS. Hé^ Satbanas, trés-méchant ! On ne te povoit chastier. Pour quoy as fait crucefier Sans causc cc preudomme cy? DIKU. En licu d'Adam ce diable cy , Béelzebus, je met en ta garde , £n ly mon^trftQt ^tban. Gar je vueii que tousjours mais ardc, Venez ä moy beneuré , Venez h moy ; j'ay enduray La mört pour vostre délivrancc. Mes sains qui avez ma sanblance ^ Yssez hors trestuit de cestestre. Adam, baiHe^moy ta main deslrc: Venez hors de Tobscurté D'cnfer ou a tant de durtc: Sy screz en ma conpaignic. DE NOTRE SEIGNEUR. 297 ADAM. Sire, j'avoie grant envie De véoir vostre doulce face, Et vous m^avez fait sy grant gråcc Que vous avez tout essartc. Enfer pour moy donner clartc Et ceulz que j'avoie tréchié Par raon trés-horrible péchic, Par vostre mört vous les avez De trestous péchicz sy lavez Qu'il son t sy clcr que je m'i mire En les rcgardant, beau doulz sire. Vous me Faites grant amitié Quant vous avez de moy pitic , Et quant par la tnain me tcnez. EVE. Trcs-doulz Dieu qui nous cnmcnez , Je péchié trop vilainement Cöntre vostre commandement Ou feit de désobéissance. Souffert en avez pénitance Jusque a la mört, f:c s^ay-je bicn ; Vous m'avcz pour mal donne bien : Jhcsucrist^ je vous en mercic. DIEU. Ucgartlez lous se il a ev Beau lieu; jc le vous abandonne. Mon perc a chascun de vous donnc .1. lien loul ponr laiiiour de moy. 298 LA PASSION MAGDELAINE SUS : Jhesu redemptor omnium, Lasse dolente, lasse moy! Tousjours mais duell mener me fault Quant je voy que cil mc defTault , Que je dx)y dessus touz amer. MARIA JACOBI. Bien mo doy chetive damer: Jamais au cuer joie n'aré Quant Juifz jusque a mprt navrc Ont celly dout bien nous vcnoit. MARIA SALOMÉE. Cil qu*^ toules nous spustenoit Et qui avoit toute bonté, Est morl, dont j'ay le cuer monté, Dolent et mat et courroucié. MARIA MAGDALAIXE. En tout plain de lieus l'ont blecir Juifz par leur forccnerie. Or alon en l'espicerie Oignement pour ly oindre prendre. MARIA JACOBI. Ma trés-doulce conpaigne tendrc, Je m'acort k vostrc vouloir. Juifz félon, Diex vous maudie ; Sa mört mc fait toute douloir. MARIA SALOMÉE. Je m'oltry, bien doulce Marie , A ce faire que dit avez. Assez d'onneur de bien savez : Pour Dieu bon oignement prenez. DE NOTRE SEIGNEUR. 299 MAGDALA.INE. Mes conpaignes, or en venez , Car quant cbiez 1'espicier serons, Tel oignement acbetcrons Se le trouvons qui bon sera. En pärlan t å Tespicier. Dicu qui le monde jugera, Sire^ sy vous vueille gärder. L^ESPIGIER. Et Dieu vous vueille regarder En pitic toutes .iii. ensemble. Courrouciées estcs, se me semble^ Et sy me semblez bonnes dames Toutes .III. et bien preudefames. Je croy qu'au cuer avez mesaise : Se j'ay nulle rien qui vous plaisc^ Dictes-le-moy; vous en arez Sy on marchié que vous vourrez Ne demander ne requérir. MAGDELAINE. Nous venons tel chose quérir Dont je croy qu'avcz a planlé. l'espicier. Dame, se Diex me doint siinclé Ma marchandise deviser Vous vueil qui fait a priser; Et puis apres sy en pourrez Acheter ce que vous vourrez. J'ay poivre, gingenbrc et canclle; ÖOO LA PASSION Poudre de saffran bien nouvcllc, Nois mugucttes, pomes garnates, Giröffle, citonal et dates, Garingal, folion^ pénites, Cubebes, rasis, nois confytes ; J'ay gingenbrant et pignolat, J'ay trop bon sucre violat, J'ay grosse et gréle dragic De girouille et d'anis glagie , Poivre lonc, commin, reguelicc, Amendcs, ris et verdegrice; .T'ay gruel c'on n'a pas pillc, Colon batu, coton (illé; J'ay sire jaune et sire vierge, J'ay du persin Massidoine; Je finerove bien d'un shroine : .ray bon candit gros et brisé, Et graine de paradis c , Sucre dur pour faire claré, Gingembre blanc, confit parc; J'ay poudre pour bon pignement tiiire, Et ay scens bon laictuaire ; J'ay poudre de sucre ä cassons , Et alon plus der quo glassons \ J'ay encens gales baie noire Quc je achetay en ccstc foirc, Et ay de bon mugueliel Qui en ceste boitc ev csl; J'ny blanc de llour el roigc minp DE NOTRB SEIGNEUR. 3o Et aultre arquenetc finc ; J'av vermeillon ettainturc Inde, Figues et raistn de Corinde ; J'ay yaue rose et oille d'olive Aulant comme cspicier qui vive ; J'ay brésily miel et errement, Et de quoy on fait oignement; Plusieurs herbes, bonnes espices, Car je mc cognois bien en yces Qui sont sus ces sachiez escriples. Se rien voulez sv le me dictes : J'ay encor moult de bonnes choses En ces .iii. boestes qui sont closes. Cest oignement moult précieux Qui est moult bon et glorieulx A plaies garir et blessure, A gens målades et coupures , A desdouloir ceulz qui se deulent Se bien oingdre le corps se veullent : Fait est de mirre et d'aloé. .1. oignement bon et loé, Nul ne s^en oint gari ne soit De quelque mebain que ce soit ; Se cil vous plaist sy Tachetez. MAGDELAINE. Sire, devant nous nous metez Ce trés-précieux oignement, Car c^est quanque je demant. Trouvé avon ce que quérons : Vendez-le, sy Temporterons 3o:i LA PASSION Qiian paié de 1'argent serez. l'espicier. Dictes-moy que vous en ferez Et bon marchié vous en feray. MAGDELAINE. Maintenant le vous compteray ; Quant de vous nous départirons Droit a ce monument yrons : Sy oingderon de Jhesu le corps. l'espicier. Dame, par l'åme de ce corps, Se Toignement voulez avoir Vous me donrez de vostre avoir De bons petis tournois ,xx. livrés. MAGDELAINE. Or faictcs qui nous soit délivres : Véez-vous ci l'argeut tout compté. L'oignement ou a tant de bonté, Voulons avoir tout maintenant. L^ESPICIER. Paié suiy bien est avenant Que 1'oignement vous soit livré, Dame ; et tantost délivré Sera, plus ne le retenray. Ceste grosse boeste penray ; Dame, vostre main me tendez : Veci quauque vous atendez. Je la vous baille^ or la prenez , Et vous, damcy ceste tenez. El le est moult fine et moult bonne ^ I DE NOTRfr SEIGNEUR. 3o3 Tenez, je la vous abandonne. Ceste cy, dame, vous arez; Bien s^ay que bon gré m*en sarez. Or allcz ä la sépulturc Ou Joseph a mis la figure De Jhesu^ et vous conforlez. Je vous créant vous emportez Bon oigneinent et précieux. MAGDEL\irSE SUS: Beata nobis ^audia, Beau trés-doulz pére glorieux Qui tout povez et tout savez , Pour nous mourir voulu avez: Las! com ce més me desront. MARI A. JACOBY. Le cuer me part, le cuer rae rönt. Hée, mört! pour quoy a pris celly Qui onc ne meffit å nully? Lasse, com cia dure mört. MARIA SALOMÉE. Doulz Diex, par grant envie mört Vous ont Juifz vilainement. Je vous vy moult crueusement D'une lapce ou costé férir. S. MICHEL. Fammes, que venez-vous quérir? Toutes .III. grant dueil demenez. Dictes moy pourquoy ci venez, Ne qui vous muet ä ci venir? MAGDELAINE. De dueil ne me puis soustenir. Jhesu de Nazareth voulons 3o4 LA. PASSION Veoir, car pour sa mört nous dolons Et il doit huy resusciter. MARIA JACOBI. Jhesu quérons qui aqiritter Nous a voulu de Fanemy. Pour sa mört je pleur et gémy : Celle pierre car nous levez. MARIA SALOMÉB. Lasse , com mes cuers est grevcz ! Beau sire, celle pierre ostez; Se oingdrons son corps et sez costez. Moult förment a esté plaiez. S. MICHEL. Fammes, bon reconfort aiez. Jhesu qui hier séens gésoit N'y est mais et mont bien disoit Qu'au jour de huy en vie seroit. Diex dit quMI resusciteroit En cest jour de huy et il sy est. Venez-y veoir quc mais n'y est; N'alez plus tel dueil demenant. Alez-vous-en tout maintenant A Pierre et aulz apostres diré : « Diex est vif et hors de marlire ; « En Galilée chascun voyse. » MAGDELAINE. • En dueil, en tourment et en noisc Dés or vueil ma vie mener Quant je ne truis qui assigner De mon trés-doulz seigneur me puisse. DE NOTRE SEIGNEUR. 3o5 SECONDE. Lasse moy ! ne S9ay ou le truisse Le doulz JhesUy et qui sera Cil qui le nous enseignera ! Moult me tärde cjuc je le voye. TIERCE MARIE. Se séusse sentier ne voye Ou le trés-doulz Jhcsu trouvasse Je tout droit celle part allasse. Grant courtoisie me feroit Qui bientost le m'enseigneroit ; De le véoir grant joye aroye. ÄNGELS. Le roy du ciel, le roy de joye, £st tout pour yoir résuscitez. D'enfer a les bons aquitez Pour la mört qu'il a soustenue. Diex est vis, la mört a vaincue : Par ly estes tuit racheté De la punaise enfermeté Ou ly anemis vous menöit. MAGDELAINE. Certes, se la mört me prenoit Au cuer bien Taroie gaigné, Quant mon maistre ainssy mehaigné Ose lesser plain pas de terre. Lasse moy! ou l'yray-je querre? Pourquoy m'esloignai-ge de luy? Ne s^ay ou je truisse nuUy Qui enseigner le me scéust. II. 20 3o6 L\ PASSION Doulz Dieu, mon cuer grant joie éust De vous véoir, c'est vérité. Vif estes et resuscité : Vueilliez que vostre fece voye. DIEU. Famme qui vas par cdle voie, Dy-moy se cognoistre pourroies Cel homme que trouver vourroies Don t ton cuer id joie feroit ? MAGDELAINE. Mon cuer en grant joie seroit. Plus joieuse ne pourroie estre Que de véoir le filz Dien celestre ; Je ly dépry qu'å nioy s'apére. MABIA JAGOBI. Suer qui avez doleur amére, Vous a-on rien dit ne conpté Du doulz Jhesu plain de bonté , En qui nostre espérance est mise? MAHIA SALOMÉ. Suer, qui trés-grant douleur justise^ Avcz-vous nouvdlcs oyes Dont nous doions estre esjoycs? Dictes-lay, nous vous en prions. MAGDELAINE. Courtiller me senble ly horns A qui j*ay parfé maintcnafnt, Que jc vy devant rnoy venant ; Me demanda ^ cognoistroie Celly dont sy grant joie ardye. DE NOTRE SEIGNEUR. 807 Ge que j'en scay vous le savez, Dieu, qui desconbrée m'avez Des péchez dont je mout avoye; Gar me vueillez mettre en la vove Par quoy je vous puisse encontrer. Doulz Diex, vueiliez-mov démonstrer Vostre face, vostre beaulté. Doulz Jhesu plain de loyaulté. Tel dueil ay ne me puis porter. DIEU. Marie, toy vieng conforler; Laisse ton dueil et sy t'apaise. MAGDELAINE. Beau sire Dieux, bien doy estre aise De ce que je vous voy en vie. DIEU. Marie, n'aiez pas telle envie De toucher k moy ; trai-te arriére. Sus moy ne devant ne derriére Tes mains ne dois tu mettre point. MAGDELAINE. Doulz Dieu, grant joie me point De vostre resuscitement. DIEU. Marie, je t'aim doulcement Et sy ne vueil que tu me atoucbes : Garde tes mains de moy n'aprouches. Je te monstre cy en présant Mon corps par le quel represen t Ma mört, ma résurection. 20 3o8 L\ PASSION En signe de ma passion, Je te monstre ci ceste enseigne. MAGOELAINB. Beau doulz maistre, yce m^enseigne Que, gardée virginité, Prinstes en humanité Tel char qui est niortifiéc Qu'en crofs avez déifiée; Mais Dieu estes et en voiis croy-je. DIEU. Marie, tu crois bien, en ce voy-je. A Pierre et auls aultres yras, A tous ensemble leur diras Ma résurreccion t'ay raonsirée, Qu'ilz voisent tuit en Galiléc Et yllec on me trouvera. MAGDCLAINE. Tousjours liez et joieux sera Mon cuer quant jc vous ay von. De joye ay le cuer esmcu De vostre resuscitement. Entendez tous communement Jhesu qui a toute puissance Par sa trés-saintisme naissance Et par la mört qu'il a souiTerte Pour nous en crois sans déserte : Ly bon d'enfer sont delivré; En paradis les a menez. Bonnes gens, joie demenez , Loons Dieu, car pour vérité DE NOTRE SEIGNEUR. 809 .I'ay veu Jhesu resuscité, J'ay parlé aly maintenant. S. PÉRE. Marie, poiirquoy vas menant Joye? til ne fais que chantcr; Tu te souloies gcrmenter Et tu fais joye souverainc ! S. JEHAN. Douice suer Marie Magdelaine^ Te puez-tu point apercevoir, Nous sces-tu riens dire de voir Que Dieu soit en vie venu? MA.GDELAINE. Mon que feronl. La ligniée qui de nous ystra? i Tout droit en enfer en yra , Puisqu'cnssy est qu^avons péchié. DIEU. Vous avez esté enragié Quant vous avez désobay A moy, et sy m'avez trahy. DE NOTRB SBIGNfiOR. S^S i. J'cn souferré la inort nmére, Et sy in'en fault nestre de mére. Sy vous diray que vous fcre^ : En labour vous conlinurcz, El sy sarez qu^est bicn et mal. ' Cn toute paine, en lout travail Vcstuz seras de robe honte : N'i aura roy, ne due, neconptc Pour le pcchié qu'aront de toy. ADAM, A, si re Dicx! cc poise moy ; Labourcr me Ihuit maintenant Puis qui ne puet estre autrement.' Éve m^amie, ce m'a8-lu fail, Or ne puls aler au deffait; Ainssy nous fauit parnc avoir. fe v B. Adam, amy, rl est lout voir ; Or mc fauit filer ma qdéloigne Et me fault faire ma besoignc. Tel ovraige sy apartient A iame qui de nouvel vient. Cv se vestent et faee Adam samLlant de labourer et Éve de filer, et pub voise en enfer.' CAIPHAS. Anne, cntendez, mes amis ; J'ay maintenant en mon cuer inis IJnc chosc que vous diray El te ut cc falt acompliray. 336 L\ RéSUClREGTlON Vous savez comment ce pro|>héLe Qui le cuer förment mc dchéte, £n ce sépulcre est hui mis ; Or a-il trop de bons amis. Sy devons avoir peur et doubto Qu'cmbiez nous soit san/ nuUc duuble. Sy vous diray que nous fcrons : A Pilate nous en yrons £t ly contcray cest aflaire. ANNE. A Pilate moult devra piairc La parole qu'avcz ix^traitc Quant est de moy förment mehéte. Or y alonSy je vous en prie, Et n'y faisons nulle deslrie : Ccrtainoment bien avez dit, CAl^QAS. Or y alons sans contredit Et sy n'y faisons point d'arrest^ Car de movoir je siiis tout presl : Bien ly conteray tout le fait. ANNE. Hastons-nous löst sanz faire plait^ Quar au pouplc förment pbira, Et do CO fait grant joic aura. Cy voiscnt å Pilate GAIPHAS. Sirc, Pilate, a vous vcnons, El enlrc nous sy parlcr vouIoijh DE NOTRE SEIGNEUR. 327 Dc cc tliulx prophélc qiii Ih Est en ce sépulcrc par dc lä. Sy vous prioiis qui iisoit garde, Cixv dc cc fak, tbrnient nous tärde, Mal nous en poiirroiL aveoir. Sy disciple le poienl tenir Nous n'en [wuriens vcnir h chid' : Pour nousscroit .i. grant meschicr. Et vousdiray sanz [Ku*abolc Dc son fa i t förment mc récolc y Et dc cela j'ay jj[rant envic Dc cc qui disoit en sa vic Quc au ticrs jour rcsnscilcrgjt Et !c Icmplc Dicu refcroit : Sy regardez qu'cn sera fait. PILA^TE. Bcaus seigneurs, sans plus fairc pliil Dirc vous vueil m^entmcion Sanz v fairc narracion. Vous savez Lien, et c*cst lönt voir, DeJlicsiiay fait inon dcvoir, Et sy est vray et tout cerlain • Du lout en av lavc la main : Sy n'en vueil plus avoir la paitie. ANblE. Pilalc, c'cst chose certainc; (^c fait cy pas ne demorra Et aillc ainssy comine il |>ourra, Car nous avons cc (ait a cuci- Quo poinl ne lesrons ä nul l"ui*r; 3a8 LA RÉSURRECTION Mais vous cstes le souverain : Sy nous aidiez ä ce besoin Et faites tant qui lisoit garde. Je considére bien et regarde S'il est ainssy comme il disoit Qu'au tiers jour il resusciterott^ Nous n*en pourrons vcnir ä chicf; PILATE. Pour noqs deroit .1. grant mcschicf Se Jhésus ainssy se partoil^ Ne du sépulcre resuscitoit. Sy faites löst sanz point d'arrest Que garde y soit, et soicz prest De le faire hastivement. CAIPHAS, Sy ferons-nous certainemcnt Sanz y faire point de séjour : Avantquisoit demain le jour, Tout pour certain garde y aura, ANNE, Nous feroDs tant qui Ii parra^ Gaiphas, tost CQngié preaons De Pilate^ et nous hastons ^ Sy en alons en nostre afeire. GAIPUAS. Pilate^ ne vous vueillc desplaire; Hastivement nous en alons Et h Dicu SY vous commendons : Faire voulons nostre dcvoir. DE NOTRE SEIGNBUtl. SsQ PILi^TE. Beaus seigneurs, k vostre votiloir!' CA1PHAS. Anne, faisons-en nostre alée Lä endroit celle contrée ; A cez gens d'armes parierons: Noslre affaire leur conterons ; Hastons-nous sans &ire demeure. Cy voisent aux gens d^armes. CAIPHAS. Seigneurs gens d^armes, nous venon.s A vous parter y et ce voulons Que tantost et sanz taire arrest Yous en ailliez, et soiez prest^ Le tumbel gärder ou tut mis Ce faux prophéte, car commis Youlons que soiez pour gärder. Or y alez sanz plus tarder ; Gardcz bien qu'emblez ne vous soit, Car lez gens enorte et decoit ; Vous en serez Irop bien paiez. LE PREMIER CUEVALIER. * Seigneurs, nous sommes apparailliez A laire tout vostre vouioir. LE SECOND CHEVALIER. J'en vueil bien faire nion devoir, Et ce ne vous doubtez de riens Que jc ly donrray de mes bicns Sy Ii a åmc qui a lui touche. 33o LA RÉSURKECTION LE TIERS CHEVALIEII. Il me veodroit å grant reprouchc Se mon devoir jc n'en faisoie. A fol quoquart je me teDdroie Se je ne ly donnoie du mien. ANNE. Cerles, seigneurs, vous dictes bien. Or y alez sanz faire ^rrest: De Ic bicn gärder soicz prcst.. Cy voisent Caipbas et Anoe ou il voudront et lez chcvaliers parleiit. LE PREMIER CIIEVALIER. Puis qu'enssy nous sommes coipmis A sépulcre gärder et rais, Je yray bien faire nion devoir. Seigneurs, je vous dy tout de voir Nous dcussions ja touz .iii. cstre A sépulcre pour gärder Testre Que Jhesus cmbiez ne nous soil. Tant de gens enorté avoit De croire cez diz cl cez euvrcs, Gar j'ay doubte qu^en ne dcsqueuvix^ Le tumbel pour Tcniportcr. Aloos tous .111. äsoulcr A l'cntour et a l'cnvirou. LE SBCOND. Vous dictes bien et nous vron* Nous bien vivans par le granl Dicii. Nous .ni. garderons bicn Iclicu Oue Jhesus n'cn soil cmporlez. DE NOTHE SCIGNCUR. 33 Bien armez suis et actintez : Ricns ne in'y fauit de nul costé. Alons-y ains c^on I'ait osté, Ne mis börs d'eiitre lez pierres. LB TIBRS CHEVALIEIl. Moult seroU fors et soubtiz lierres Qui Jhesus nous pourroit etnbler. Quant entré nous .111. asambler Nous voulons pour gärder le corps, Ce nous seroit vilains recofs Que nulz y osast sy enlrer Qui pour voir se peust ventcr Ne de Fa voir osté ne pris. LE PREMfEn. Vous parlez comme bien a pris : Älons-y tost sanz point (Pespssc. Je vueil prendre ycy ma placc Ne autre n'iray aillieurs qucrre. LE SECOND. Et je me sarray cy ä tcrpe Et m'acoteray sur le coutc? AHn que j^entende et escoulc Se äme oie aucuns venoit. LE TIERS. Cy me sarray ; que s^oii vénoit De ceste part a recelée, Je ly donrroie tel le acoléc A quiconques s'y embatroit Que mon cop loul mört Tabalroit San/ jamcs a voir garison. 332 LA RÉSl]HRECTIOr<( LE PREMIER. Je n^oy onques longue saisoiv Fors que sy fain de soumellyer. Seigneurs^ vueilliez .i. pou veillier Vous .II. tant qu'auray aounpieliic : Jc seray tantost raveiliié. .1. bieo pou dormir ii me fauU. * LE SECONO. Trop bien veitlasse sanz detfauil, Mais j*ay .i. pou le chief pesant. Somilier m^estuet en gisant Ycy .1. poudessus ma targe. LE TIERS. J'ay aussy de someil graut charge Qu'un bien pou dormir me convieot. Tantost se nul va ne ne vient Ysneliement m'esveillcray Que nul délay je n*y feray. ADAMy en enfer, die : Doulz Diex, qui a ta foroiéure Me feis par ymaginée faiture, Et äme et vie me donnas Et puis apres sy me menas Tout droit en Paradis terrestrc, Et me veas sy hardy eslre Du fruit menger ou je mordy Dont tout a mört nousamordv; Vrais Diex, veulles nous secourir ! Nous ne faisons que langourir: En Icl painc, en Icl lourment DE NOTRE SEIGNEUR. 333 SoiifTrons tuit sv certainement, A trés cloulz Diex, doulz roys Jhcsus, Se par toy ne sommes sccourus Touz sorames k perdicion. Ce nous (ist la temptacion De l'ancmy qui nous décout. Plus mauvais fruit oncques ne fut : Acheter nous fault le meRail. EVE. lic ! trcs-doulz Diex qui m'avez fail Et formée de la coste Adam, Ostez-nous dez mains de Sathan. SoufTrir nous&it tant de martire Qui n'a langue qui le péust dire; Met-nous-en hors tost sy te plaist. Trop y sommes, don t nous desplait. Adam, mon amy, c'est par moy Sy en soufTroos peine et esnoy, Et cez vaillans hommes aussy. Vrais Diex, aiez de moy mercy, Quc tout est par ma mauvestic. S. JBHAN BAPTISTE. A roys Jhesusl par t'amistié Secours-nous, Sire, sy te plaist. Tounnent nouafont, dont nous desplait, Cez anemys qui ycy sont ; D'a ligemen t point ne nous font Et de mal faire tant se painent De ce faire joic demainent. Sy vous prions, doulz roys de gloire. 336 hk RESURRECTION De convoitisc et de desapoir. Sur ceulz nous a doiiné povoir De menei' en nostre prison Ou en est sanzredempcion. Liicifer ne iist qu'un péchié Que Diex licnt en enfer fichié. Coinment cuident donc ciiz séoir Et noz ciéges doncques ravoir, Qui en font bien milie le jour, Et riens ne cresment Icur seignour? Enclins sont ä lenr pourriture : Je ciiide que Dtex n^en ait cure D'eulz avoir en sa compaignie; Ce sont pécbeur orde mesgnie. A nous ne seroit point raison Sy les mcstoit en sa maison : Regarde, compaing, cil poet estre. BELOIBUS. Bélias, je sans Dieu noz maistre Plains de si grande cruauté Contre nous por nos mauveslic ; Et pour nous faire plus despis D'omme mortel seront remplis Lez haulz ciéges de Paradis Don t nous bouta Diex börs jadis; . Et pour cc que plus nous estnoie Leur donra la parfaite joie. Et piecä Ton dit cilz prophétes Qui ycy sont dedaps nos mecte», Que Diex au monde descendra DE MOTRB SEIGNEUR. 33^] Et d'uDe fammc vierge naistra Que il disposa ain^ois que nous ; Et veul bien que oe sachiez vous Par .1. Jehan qu^estoit conoeuz Qui devant Dieu estoit venuz Et sy entra és désers, II est sainS| ne puet estre sers. A péchié en enfer vendra : Pas tonguement n'y deaiorra , Car apres lui vendra son mabtrc Par qui destruit sera noz estre ^ Et ceulx qui se sont soustenu Contre péchié ét oflendu Et qui ä leur povoir ont servi. BÉLIAS. Nous a donc Diex sy aservy Pour le propos que consentisnies. BELGIBUS. Oil^ car trop nous mefféismes ; Abatre volions sa grandeur. BÉLIAS. Cest voir, ce fut grant foleur. Or ne puet aler autrement. BBLGIBOS. Or me respons hastivement ; Cez gloutons et ccz orguilleux, Cez despérans, cez envieux Qui remplis sont de convoitise, Ceulx qui luxure art et atise Et cez faulx jurés rechiniez; II. 3a 338 LA RéSURRBCrriOIS Ne les avoRS-nouft mie gaigniez ? Puis qui loeiireot eanz rcpentance Sanz avoir. de Dieu cognoissance. Ne lez juattcerons^nous piie? DBL1A8. Sv ferons-nous, iren doubtez itiic. Ardant ou plus grant fcu d^enfor Avec nos maistre Luxifer Lez mestroDs trestouz cnsainble. BELGIBUS. Tu as trop bien dit, ce me sambie; Ainssy Poctroy certainemcnt. Or le faisons hastivement. DIEU LE FILZ , en lerant du tombel dij Entiérement as nuiorty. •feVE. Vrais Jliésucrmt, qai coti\otXj - Avez mört en vic pour liOds Et radicté lez hiimains tolHy ' Gloire a vous et loenge k cefte Qui vous porla viérge pucélid i *• ' Soicnten iioz vous luercian^ : ; M A jointes iiiains et gracianl i ♦ ' * De voslrc souflVaiice piteusa ' ' - Qui d'inrernal mal despitéusc ''** Du tout en tout noz de^livrfes.' '^' *'*' 8. JEHAN. ' Souverains roysqui nous livrc's/ ''. Clarté, et hors de ihehébrjeur ''^ Nous oslcz et d'&prc doiiletir; ' Solcil de fov et de frahchr^e Qui loute humanilo hors^mise Avez de iiiortet vitupei*e'; Vrais filz (ruil pt iWi du devin Élernel roys puissant et lin Sanz commencemchtet siinz Urt, Voslre sainte anrmacion De joie et de iX5f*feCcion Merciée et loée fen soit ! ' NoéL. • Filz de Dieu, lioms do vous estoit La propliccie afirmative, Disanl par raison relativc Quo nno vior^n^ fVnit poi tcroil 344 ^^ RÉSURREGTtON Qui le moudc rachcteroit. Vrais Dieux^ tant longuemcnt méris Qui lez humains avez guéris Et m'avez, quant bien m'y regardc, Ce qu^en mon arche tins en garde, De bumaino généracion Ceulx qui par préparacion De pueple réformée fa Quant le déluge venuz fu Qu'en la terre venir féistes Pour le deDauIt que en nous veistes. De foy estre sa jus åu moodc. Le préciex sanc pur et monde Que pour nous rachcter rendiste» En morant quant la mört rendistes^ Et Teure que vous sucitastes, Quant en pilié nous regardastes» Soit sanz inurmuracion querrc Graciée en ciel et en terre Que tu Pas falt de vray prpposl En gloire, en joie^ en repos, Vous metray cy, car achever Mestoit mon fa it et å prover Lä ou je voudray et devray» Que surexit soie de vray Le plus droit que je puis y vois. S. JEUAN. Or cliantons touz a une voiz, De cuer devbsl, en chant rassis, DB NOTnB SEIGNEUR. 34^ Hault : Gloria in excelsis. LE PREMIER DÉABLE BELGtBUS. Ha hay! compains^ ahan^ alian! Bien nous meschéu ouan^ Car Jhesu qui de cy se part A toutes åmes s'en part Qui n'eii lesse ne tant ne quant. S'aperceu ni'en féusse quant Lez Juifz le crucifiérent, Celles en qui plus se fiérent En lui n'en sa résurreccion Fussent ore a confusion Et au néant mises du tout. BÉLIAS. Comme félon roys y estout L'a fait, mez aucune defrerice Déussion contre son ofTcnco Avoir mise, ce fut raison, Et apelié de traison. Ge qu'enfer est vuit trop me gricvc , Las ! pour nous est et fort cl briéve, Ne amender ne le povoii. R'alon-ni'en, (ouz diz pleuron Noslre douleur et grant tritressc. BE^LGIBUS. Souffrir nous fault nostre destrcssc En lourment dont le cuer mc font. R'alon-m'en en bisipc profont El la scroiis lonz diz en giicrrc. 346 LA hésurrection BÉLIAS. Je suis accouru sy grant crre Ne me povoie plus tarder Pour le droil d'infernal gardei*. Or est vuidée uostre maboPi Harou, quel mortel traison ! , Je voy le monde bestouroer (i) ; Ne plus ne s^ay quel part toufu^i*. Au monde n'a que descevancei Dieu va conlre son ordenauce. i Son dit ne vault une escorce. Quant nous a toiu par sa force Le nostre par sa sentence, Je ne S9ay mic qu'il en pence : Je ne m'en vueil plus entrcmcstrc. A son chevet le puist-il mestre ! Vérité est au siéclc morte ; N'en puis méz, ce mc desconforte. I • • • NOSTRBDAME. Mcz doulces suers, je vous supplio Que vous me tiengniez conpalgnic, Gar aler vueil au monument Ou gist mört Jhesus mon eniant, jii (i) Bestourner, tourner å mal. Oti reucontre ce mot fréquein- ment dans nos vieux poétcs. Rutebeuf dit dans sa coinplainte de Sainte-Église : Covoitise qui fait Ics avocas mentir, Et lc8 droiz bestorncr et les tors coiisentir. Le inéme trouvérc a coinposc cgalemenl uiic piecc qu'il a intitu- Ice : Renart le beséourne. DE NOTRE SEIGNEUR. 347 Et est gordez par grant desroy De par Icz iTviistrcs de la loy. Mon cbicr enfant que tant amoie^ Quant dedens mon corps vous porloio, Jamcz k nul jour ne cuidasse Qu'cn crois morir vous regardassc. Ålas! dolante chétive! Je demeurcj)ien orphelive : Jamcz au cuer joio n'auray. s. JEHAN , euvangélistc. Cornpaignie je vous tendray, Ma trés-chiére dame royal. Mon trés-chicr seigneur loyai Sanz doubte vous confortera Eljoic touzjours vousdonrra. En vostre cuer confort tencz. NOSTRB DAME. Pourqnpy tant (iie conlrctencz : II est mez filz, je suis sa mére ; Pas ne ly dois est re araérc. He! faulx Juifz! vous le m'osle;s; 3 c le portay en mez costez "^ .i\. moys, du lait de mez mamelics; Je Taleslay comme puccllc. Or me commcnce ma doulour : Ma joie loume en tritour. Ii fut ncz cu virginitc Snnz pcchié de cliarnalitc; Sa char est de noble nature, (^ar olle rbl (l<* prcliié \m\c. \ 348 LA RÉSURRECTION J'an croy rarcbange Gabriel QuMi est vrais rois célestiel Et sy eat vrais Diex saoz doubtanco. MAGDELAINE. Madame, j'ay grant desplaisance Que 9y trés-doulcement plorez : De duel toute vqz acorez. Quant de vo&tre duel me souvieot Par raison plorer mc convieiU Gar je vous voy en lermes fondre. Lors ne yous puls en riens respondre : Sy vous plaist å vous dépourter , Touz no;^ pourriez réconforter Et en seriens trestouz plus aise. S. XEHAN. Dame^ je vous prie quMI vous plaise A vous .1. pou réconforter. Tant vous devez miex desporter, Gar bieq vous dist que il moroit. NOSTRB DAME. Jehan^ qui taire ce porroit ? J'ay veu mon seigneur et m^amour Morir vilainement å grant doulour. Bicn s^ay qu^il csl mört ä grant tort Et n'avoit pas deservi (i) mört : Sy veul au monument aler. (i) Deservir , meriter. J'ai doiiné de ce mot une explication £au tive dans le Mystére de la Résurrectioii , que fai inibKé en 1^54. (Paris, Téchcuer, iu-S".) DB NOTRE SEIGNEUR. 349 JACOBÉB. Ne V0U8 veullicz hastcr cPaler , Car tant plus prés de lui serez ^ Et plus voz deul engoisserez. Par aniour souflVez vous atant. NOSTRE DAME. Las! mon cnfant que j'amoie tant , Jamez ne me regarderez Ne doulz regart ne me ferez. Vos yeulz vis troublez durcmpnt: Or sont-il mors certainement Et or ne parlcrez-vous jamez. En moy que resjouir jamez, Perdu eustez toutc couieur, Quant vous vis pendu å douleur. Lors custes Irompu ncrfz et vainez } Jc viz voz plaies de^sanc plaines ; Par Ics mains vous vis estachié Et a gros clous bien afichié : De plorer ne nie puis tenir. Quant il me convient souvenir Que par y ver et par esté En pénitence avez esté Nus piez touz jours en cestc terre^ He! Magdelaine, le cuer me serre. Laver lez piez, seur, y alastes; Par grant amour iez essuiastcs : Or sont-il perciez d'oultrc en oultre A gros clous lons comme a. coutre. Tout le sanc m'esl du cuer oslé 35o LA RÉSURBECTION Quaiit mc souvient de son costé ; Or csl navray toiit sanz nicsure. Doiilz niz et doulcc nourriture, Bien s^ay tu as le cuer party Tout oultre en oultre sanz mercy. Moult me promist Siméon En ma puritioacion Que moult los t trespasscroit Le glave qui te perseroit. Perce moji cuer, doulz (ilz Jhesum Le glave de ta passion : Sy en suis toule forsonnée. S. JEUAN. Lessiez ester, dame honorée, Que tel dueil penre ne devez. Vostre filz suis, bien le savez; * Bien vous serviray sanz doubtance. De voz dueil ay grant desplaisance Et en suis au cuer moult destrains. NOSTRE DAME. De Gabriel ibrment me plains : Quant j^estoie jeune pucelle Et il m'aporta la nouvelle De la sainte incarnacion. Me dist par salutacion A son événement : As^^ Et tramua Eva en i^e; Mez se bien suis interprétée, En Éve suis toute muée. jive sanz dueil et sanz doulour. DE, NOTBU SEIGNEUR. 35 I Sanz engoisse et san7 tritour, Sanz inisore cjoit louz jours cstre , Gar A^^e en joie doit estre. Lasse ! pourquoy Ave me déis : II appert bien que tor t mc icis, Gar certes j'ay perdu Ave. Pour joie ay ducil retrouvé; Touz jours plorer me convendra Quant de mon fjlz me souvcndra. Se yirago m'eus8e nommce Tu ne m^éussez pas surnomuiée, Et moult bonne raison y a Que je voiz in agonia Mon seigneur^ mon filz, mon amy. S. JEUAN. Ghiérc dame, le cuer par my Me pari de la grant destresse Et douleur.qui au cuer me bicscc Que je vous voiz ycy tcnir. Savoir devez sanz alentir, Quant Gabriel vous anun^ Le salut et vous pronun^a Que saintement vous le conceustes Quant le saint salut vous reccustes Et puis par grace PenFant astes, De voz mamelles 1'alestastes. Puisque de ce estes certainc N'en devez^ estes sy grevéne, Gar je vous diz en vcrité, 353 LA EÉSUBRBGTlOlf Ainssy comme en virginité II vost de vous vrais bomme naislre Et avec vous en ce monde cstre; Car cestc mört surmontera Et touz viz resuscistera Sanz avoir point nulle dii&mme. NOSTRE DAME. Par droite nature de famme Je me clame de Gabriel , Du droit ange célestiel Pourquoy nomma-il Marie , Que puis que mon filz pert la vie, Nuly Marit y estoille de mer^ Ne me doit par raison damer ? Estoille de mer clarté porte Et grant lumiére qui conforte Tout bome en grant péril de mer. Marie est amour sanz amer; Mez nulle clarté je ne porte. Ma cbar est toule ostainte et morte^ Mon bel en let, mon solas en doulour , Ma vie en mört, mes désirs en langour. Et qui autrement veult entendre Bien puet par mon droit nom entendre Marie sy est cbose amére Ou mon cuer est, c'est cbose clére ; Car au cuer ay tel amertume Que de douleur tout mon cuer fume. Lasse, commeot durer pourray ? DE NOTRE SEIGNEUR. 353 SALOMÉE. Doulce dame , je vous diray Mon neveu dist, bien m'en souvient , Que l'Escripture acomplir convient! Souveniez-vous de Gérémie : Le saint prophéte ne ment mie, Gar il a prové clérement Qu'un home sera vraiement Qui toute laogour portera En son corps et tout sauvera. Navré sera sy cruelment Et demenez moult laidement Et comme .i. aignel se taira^ Gar de son gré occis sera. Vostrc filz a tout cecy fait : Aprouvé est en luy de fait , Nous 1'avons bien toutes véu. NOSTRE DAME. J'ay bien Gérémie créu , Mais menée suis par nature Quant voy morte ma norriture. Gar mon filz est Enmanuel. Encoir me plains de Gabriel Qui dist quant il me salua Que j 'estoie gracid plena . Gomment suis-je de grace plaine? De douleur mon cuer est fontaine. Se je feusse de grace plaine, Telle douleur pas ne portasse ; Je feusse touzjours en iéesse, 11. ^3 354 ^^ RÉSURRBCnOBI Et je muer eu tré«-grant tristesse Pour Tamour de mon chier en&nt. JACOBéB. Trop vous desconfortez dorement, ' Douice cliiére damo et amie. N'avez-vous pas veu Ysaie Qui de voz (ilz propbétiza La mört telle qu'endurée l'a ? Quar il dit au nom da prophéte Par qui gråoe doit estre faite A toute humaine ligniée , De Dieu leur seroit ensaignée Et soD corps babeodonneroit , Ne jä nul mot n'en sonneroit Au tirans qui le lapideroient , Jå tant batre ne le saroient. Par vostre fiiz est cecy fait; Par mort confuz estre ly plait. De grace bion piaine serez Quant vostre fiU reganderez De la mort resoudre en vie. N0S1'RB DAlf£. Las! que voulez que je roas die? Je sfay bien tout ce que me dictcs Et tout iez livrés antiquites. Gabriel me dist desratson Qui me dist : Dominus te cum. Mon filz m'a esté osté, Je ly viz percier le coslé. Se avec moy viz" demorast DB NOTRB SEIGNEUR. 355 Mon cuer de dueil plus ne plorast. Or in'e8t osté| or Tay perdu ; Las! sy ne m^est encoir rendu, Que feray-je^ lasse doiente ? SALOMÉE. Madame, je croy en m^entente Que le tesmoing de Ysaie Qu'encoir serez toute esjoie. Il nous deseiére par son escript En Jhésu est leSaint-Espérit, Car il a esté oint du cresme Et sy a annuncié le baptesme. Au monde a fait redempcion Par sa mört et passion. Ceulx qui plorent confortera , Lez gens foibles renformera Et ceulz qui gisent en la cendrc Fera cncoire coronne prendre. Et sy donrra l'uille de joie A ceulz qui pleur et dueil guerroie ; Et le mentel de révérenee, Loenge, gråoe et exetlence A touz ceulz leut* donrra honour Qui pour lui sont en grant tristour. Ceste escripture est pour vous faite Selonc Tentenle du prophéte. Ainssy geta-il sa sentence. NOSTBB DAMB. Je met en Dieu mon espérancc, Mais j'ay au cuer moult grant douleur 23. 356 L4 EÉSCRRECTIOSI Que je tiens certes ä grant laideur , Que Gabriel me dist trop plus .: Benedicta tu in mulieribus; Gar se tant beneurée féusse Mon enfaut mört pas veu je n'eusse. Plus que moy beneurez sont Toutes fammes qui tel dueil n^ont. Bon eur ne bonne aventure N'e8t en perdrc sa norrilure. Se je féusse bien eureuse^ Pas ne fusse sy doulereuse , Mez mon cuer se mucrt en doulour. MAGDELAFNE. Ma chiére dame, par amour Ne veulliez plus tel douleur faire, Mez veulliez-vous .1. pou retraire. Quant vostre filz verrez en vie De grace serez tpute remplie. Quant il resuscita mon frére Je delessay tout dueil å faire. Par plus forte raison lerez, Heur et grace vous poiterez Et en serez toute esjoie. NOSTRE DAME. Magdelaine, ma douice amie, Je suis de douleur toute plaine : D'engoisse est mon cuer fontainc. He! Gabriel, quant tu me deis Benedictusfructus ventris. Hélasi héiasi pas ne penssoie « DE NOTRE SEIGNEUR. 357 Quc de mon fruit eusse tel joie* Ilélas! sy hauU le viz pendu Et trestout son corps pourfendu! Faulz Juifz de mauvaisc vie, Je s^ay bien que péchcur n'est niic ; Pour cc me croist mon desconlbrt Que vous l'avez occis a tor t, Et quant encoir plus ä luv pensse A Gabriel plus ä lui tensse Qui me dist que mon iilz seroit Ou lieu David et régneroit Roys dlsrael toute sa vie. Sy regnast-il ne morust mie; Sy corame roys vivant regnast, Touz lez Juiiz bien gouvcrnast, Cerlez c'est bien chose seurc. S. JEHAN. Madame, c'est vérité pure Que vostre filz est vrais lei*restrc Et qu'en ce monde roys dolt estrc, Ne lez Juifz autre roy n'onl, Ne jamez apres il n'aront. Roys aura en plusieurs pais Trestous h vostre (ilz subgiz. Scur culz mon seigneur rcgncra A son plaisir et roys sera Maugré eulz pardurablemcnt. Ainssy pensa-il certainemcnt Le saint ange Gabriel Quanl vous dibs le saulul novcl ; — w 358 LA RÉSCBEECnOX Certainement bien le savez. NOSTRE D41iE. Jebaiiy moD amy, bieo dit avez. Faulz Juifz plains diniquitez, CouYers et plains de grant durté, Vous estez bien durs enneniiz Qui vostre rov avez occis. Le cuer félon et dur avez, Car touz ensamble bien savez Que je suis fille de Joachin Et du lignaige Eliachin. Je suis d'Abraham deseendue Et de l'arbre Jessé venue. Or avez-vous mon filz pendu Et en croix viiment estendu ^ Et sy ne (ist oncques injure Ou monde a nulle créature. Or est occis par grant envie : Vous m'avez faite grant vilcnie; Jamaisau cuer joie n'auray Quant a sa niort bien pensscray. Lasse! cbetivedolereusc, Sur loutcz famme engoisseuse , Tout mon esperit sy s*amorlist. Ma vie du cuer se mortist : Assez tost scray toute morte. S. JEIIAN. Madame , cilz qui touz réconfbrte , Vous veulle en pitic rcgardcr. Or vous vcullicz .1. pou relardcr DE NOTRB SEIGNEUR. 359 Et pcnrc en vous bon réconfoFt. Riens ne vous vault le descouroit, Car mon seigneur vous aidera , Quant de morl resuscitera , Je le vous dy certainenoenl;. SALOMEE. Coruciez sommes durement De vous, chiére dame bonorée y Quant ainssy estcz dcmenée; Mais aidicr ne vous povons, N^ecpnfort donner pe savons. Sy voulons de vous copgié prendrc : Aler nous fault sanz plus atendre A Tespicier isuellement Pouracbeter de Toignement. Sy en oindrons le vray corps Qui fut doulz et miséricors : Or faisons tost sy nous bastons. JAGOBÉE. Vous dictes bien ; or y alons, Mez doulces suers, je vous en pric, Sanz il faire nuUe destrie , Et de Toignenient acbeterons. Au monument le porterons : Oindre le vueil de nnez .11. niains. MAGDELAINE. Roys dez cielx, que mon cuer est plains De tristesse en douleur conterte Pour Jhesu lo pitcux prophéte Qui ou sépulcrc gist et transsis, 36o L4 EÉSURBECTIOH Et est mört en crobc cruciBs , Brås estenduz et flajellez, De saoc vermeil taiot de tout lez ! Piez, mainSy viaire, costé et cbief , ^ Est tounnentez ä tel mescbief Que son äpre tourment cruex Pleur et crv, car de mez chcvex Souffry qu'assuise h bandon Cez piez quant il me 6st pardon De mez pécbiez dont tant avoie. Moult m'est tärt que son saint corps voie Sy vous prie, mez doulces sucrs, Que nous ne lessions a nul fuers Que tantost et ysnellenient Aillons querre de Poignemenl Et le vray Jhésus en oindrons. SALOMÉE. Certez, bien faire le devons , Car quant de lui il me souvient Ne s^ay comment corps me soustienl. Bien nous doit le cucr fendre d'irc Quant nous véons le grant martire Qu'il a souflert sy doulcement. Or en alons bastivernent : Faire en devons nostredevoir. JACOBÉE. Pour lui devons bien paine prendre. Magdelaine, alez devant, Ne nous alons pas délaiant. Cy voUcnt .i respicicr. DE NOTRE SEIGNEUR. 36 1 MAGDELAINE. Maistrcs, cilz qui touz biens envoie Vous doint honour, santé et joye Et vous sauvc le corps et l'åmc! L'ESPIGfER. Bien viengniez-vous, ma douice dame^ Et voz compaignie en$ement! MAGDELAINE. Maistre, il nous fault de Poignement. .111. boistes nous en fault au pois. Pour chascune voie de nous trois, Tout le meiliieur que vous aiez : Vous en serez trop bien paiez. Or lez pesez, je vous en prie. l'espicier. Trest volentiers sans faire estrie ; Et puis apres sy vous diray Que ja de riens n'en mentiray Combien elle peseront; Puis vous diray que cousteront, Et vous en feray léaulté. SALOMÉE. Maistre, soit ä voz volcnté Et trcs-bien vous voulons paier Isnellement sanz délaier, Que bien tost et ysnellenient Volons alcr au monument : Sy en oindrons le vray prophclc. l'espicier. Dame, cc que diclcs mc liole 362 LA RBSURREGTION Et certez tan löst vous diray^ Que plus d'arrest je n'y feray, .XX. .L. poise Toignement. .XXX. D. vault loiaulment: Certez de riens n*en vueil menlir. JACOBÉE. Si re, soit ä vostre plaisir. Tenez véez cy voslre monoie ; Le vray Jhésus vous cnvoit joie. Congié voulons penre de vous , Et se n'i a nulle de nous Qui voz plaisir ne vousist faire. l'espicier. Le grant Dieu vous vueille parfaire. Cy 8'en voisent au monument, et en alant dic : MAGDELAINE. Douice Marie Saloinée , Marie Jacobée amée , Je vous diray sy com moy samble : Aions-nous-en touz .iii. ensemble Et faisons tost; sy nous liaslons. Le vray Jhesus sy en oindrons Pour son corps aromatisicr. Loer le doil-on et prisier, Jhésus le bon prophete saint, Qui dez tourmens a souflers mains, Qu'antier ny remaint nerfz ne vaines ! Voz boistez sont d^oignemciit plaines : De cucr dcvosl bcnigncmcnl '.J. DE NOTRE SEIGNEUR. 363 Y alons, car moult dignement Et saintement vivoit en terre. SALOMÉE. Moult désir dH aler grant crrc J'avoie pour visiter Et pour oindre, car acheter N'alay oncques cest oignement Pour nul autre besoignement. Magdelaine , sy vous depry Quc nous y aillons sanz destry. Marie Jacobée, amie^ De haster ne nous feignöns mie Hastivement tant quH soions. JACOBÉE. Bien est droit que nous doions Haster d'y estre sanz délay , Car de bon cuer en pensser l'ay Pour aromatizer de luy Les plaies et le corps aussy Qui tant de douleur a souiTcrt Par Juifz qui ly ont offert Fiel et assil en croix pour boirc. Par regrct de piteur niémoire ]Vl'en souvient, dont souvcnt gémis Et soupir, car Juifz l'ont mis A mört et a tort sanz cause. MAGDELAINE. Envie qui accuse et cause Ma in les person nes, ä tort, Le Icur n liiil livrcr ä niort 364 ^^ HESURRECTION En croiz tou nu sanz achoison. Hastons-nous tost, que c'est raison Que no US appengons d'aprochier Le saint monument ä touchier. L'ont fait lez mais tresde la loy ; Ce devant vois, ne vous esnoy, Car désir ay de le trouver, Mez förment m'esmoy qui lever Nous puist la picrre, n^entrouvrir Le tumbel pour le descouvrir Quant arrivées serons lä : Aler nous iault tout droit par lä. Cy voisent .i. tour et puis die devant le tumbel en regardant SALOMÉB. Gloriex Diex, las! queferay? Mez doulces seurs, je vous diray Je voy le tumbel descouvert. Ne s^ay qui Va ainssy ouvert : Le peut avoir desasamblé. Regarder je me dout qu'emblé N'ait esté le prophéte en Fenrc. Trop avons faite longue demeurc Et atendu de ev venir. JACOBÉE. Moult me merveil qui cy venir Y a osé quant my regarde. Rcgardez comnient on le garde A gens d^irnics lout cnviron. DE NOTIVE SEIGNEUR. 365 MAGDELAINE. Las! ne S5ay ou le trouveron. Cy chante le premier ange : Agnus redemit oves^ et die tout le ver. GADUIEL , premier angle. Vous .III., famnicS) en voir vous dismés. Le corps du juste cruceBx, Jhesus de Nazareth, Diex fix Que vous qucrcz n'est pas ycy. Partiz sanz est et surreccy : Diex est vivans, jä n'cn doubtez ; En Galilée le quérez, Gar il va vers celles parties, Et n'en veulliez estre esbaiez. Véez-cy le lieu ou il fut mis Mortel, niez Diex et homme vis Et vraiement s'en est alez. MAGDELAINE. Sains anges qui nous revelez I^ rcsurreccion, pour voire fiien vous devons seurenrient croire De cy glorieuse merveille. Vostre clére coleiir vermeille Nous donne cause d'cspérer Que cy estéz pour révéler La sainte résurreccion. Regardez Tabitacion De ce sépulcre : voz .11. fammes Le sauverrés de toutes åmes : De ce lumbcl s^en est yssu. 366 L^ RÉSURRECTION SALOMÉB» Sy haulte merveiile ne fu Oncques veuc ne regardée, Car la place est sy prés gardée De .III. chcvaliers , ce m'est avis, Que surrexis est ou ravis ; Méz je croy le suscitement Trop miex que le ravissement, Selon la parole de l'ange Qui point ne mue ne ne change, Ne n'a troublée sa coulour. JACODÉE. J'ay espoir que toute doulour Soit en ce monde humaine guéric, Que le prophéte filz Marie, Jhésu qui est resuscitez De mört, et bien nessecitez Nous estoity car ainssy avenist Pour la prophécie enteriner. Or ne cessons de cheminer Chascune de nous sanz arrester , Tant que sachions lä ou il est Et la Ti rons droit aourer. RAPHAEL, second ange. Avenciez-voys de cheminer; Vers Galilée en alez droit. Bien vous pourra d'aucun endroit Venir å vous ä Taudevant. Alez-vous-en touzjours avant, Car vous avez commencié bien ; DE NOTRE SEIGNEUR. 367 Ne vous doubtcz de nulle rien : Je vous acertaine de voir, Et sy le vous fais bien asavoir, Que Jhésus est resuscitez. MAGDELAINE. Ha ! sire Diex de grant bontez , Veullez sy te plaist par ta grace Que tu nous donnes temps et espassc De toy trouver, car grant désir Avons nous iii.; méz oii quérir Ne savons, méz tant te querrons Se je puis que te trouverons. Nous .111. fames partons de cy : En nous alant chantons ainssv De ce qu'ainssy resuscita : En chantant : Suvrexit Christus spes nostra ; Precedet voz in Galileam, SALOMÉE. Sepulcrum Christi viventisj Gloriam \>idjr resurgentis , JAGOBÉE. Angelicos testeZy Sudarium et i^estes. Cy se destouraent jusques lez chevaliers aient parlé. PREMIER CHEVALIER. J'ay oy ne s^ay ou sy prés Chanter je ne scay quelle vois En mon dorment ; pour ce jc vois 368 L\ RÉSURRFXTION Au monument de cest costé. En regardant. Ha hay! qui puet avoir oslc Du monument et descouvert Le couvescle et entrouvert? Je doubt qu^emblez nous soit Jhésus. A la mört, seigneurs, levez suz ! A la mört! Tuit sommes troublez : En nous a ce prophéte emblé. Bien croy que s'ont fait sy traistres Truans don t il estoit menistres : Alcz, s'en est droit par de lä. LE SECOND GHEVALIER. Or tost, alarme! qu'est-ce lå? Quel ha hay est-ce que vous failes? Nous est emblez ce fault prophétes! Lessiez-moy regarder le lieu. II est emblez, par le grant Dieu ; Certainement enchentez sommes. LE TIERS GHEVALIER. Sanz doubte s'ont fait ccz faulz honics Qui Tönt tost adéz poursui. Mal nous endormismes huy, Paine et hon te nous en vendra. Au maistre de la loy faura Que tantost leur aillons dire. LE PREMIER. Vous ne vous povez escondire Que ce ne soit å vostre tor t : DE NOTRB SEIGNEUR. SGq Vous vous endormistessy fort Touz .111. que point vous n^entendiez Åu monument que vous gardiez ; Je le voy bien^ c'est chose apperte. LE SECOND. Plus de hon te avez en la per te Du prophéte que nous grant soriie; Car tant dormiez ä forte somme Qu'en vérité ce fut mal fait. LE TIERS. Tout .111. somes partant du fait : Ce mal en vient, je n'en puii3 mez ; Mez plus ne iseray cy buy mez Que ysnellement je ne m'en voise. LE PREMIER. Se vous faites plus plait ne noise Au maistres et ne le celez , Traistez serez apelez A touz jours mez et å tous temps. LE SECOND. Certez jä pour vostre compens Au maistres ne le seleray, Mez vérité leur en diray Que qu'il en doie avénir. LB TIERS. Du dire ne vous doit souvenir, * Car par le corps vous ferroie Ceste espée se je véoie Que m^ ne péril en éusse. II. ^4 370 I«A EiSURBBCTlOII LE PIIEMIKE. Se je peossoie qa'accu9é fusse, Je vous occiroie touz .11., A qut qu'en deust estre Ii deulz , Ne le ineschief, ne le oourroux. LE SECOND. Ains qu'ocis aiez ni^lz de noas Vous abatroie cy mört tout coy. Se plus dites ne ce ne quoy. Et sy arez ce cob premier, £a férant. Et cest autre pour abessier Vostre jeu et vostre bobance. LE TIERS. Pas ne veul que face ventence Que le premier content méu Aiez sanz en avoir éu Ta déserte selon le cas. Or tienlör tien! et ne di pas Que Ten te cresme ne ne doubte. M'espée 00 qorps ly metray Ipuie Puis qu'il a esmeu ceste festo , Ou je Ii pourfendray la teste Ce m'espée ne ploie ou brise. Or tien en despit de Pamprise Que maintenant ycy fait as. LB pasMiBa. Fouir m'en fault [^s que le ps!» Ou tout maintenant. ja satsimoit ^ ■ • j .* » 4 »-^ k DE NOTBB SEIGNEUR. 871 LE SEGOND. SuivoDS-Iey frapoDS ä efort En quelque lieu ou il aille. LE TIERS. Je ferrav dCestoc et de taille De mespce sur lui tous jours Sanz y faire plus de séjour. En frapant Tun sur Tautre et en eulz fniant. MAGDELAINE. Mez suersy faisons nostre alée Sanz plus faire de dcmorée. Et faire d'entrc uous chascune Tant cheminer par %^oie aucune Aux plaisir du vray Dieu le pére Que le prophéte nous apére. Par cy m'en yray droite voie En .1. jardin , c'on ne roe voie Plorer et regreter en plains La douleur dont mon cuer est pbäns. Quant ce prophéte n'ay trouvé Ou sépulcre ou il fut pose, Vraiement moult m'en est grief. SÅLOMÉB. Magdelaine, le terme est brief Qu'en Galilée le devons quarre ; Yeulliez en voz pleurs Dieu requerre Que trouver le vous doiot par gr^. Cy vous atendrons bonne espasae Jusquezä tant que vous venrefls. a4. 373 LA RÉSURRBOTION JACOBÉE. • Tout au plus test que vous pourrez, Magdelaine^ venez k nous Cy endroil; car estre sanz vous Pour certain ne voulon» mte. ... magdelainé; ^ Marie Jacobée, amic, Ne vous esnoy de ma demeure : Talant n'ay que sanz vous demeure* Longuement, de voir, ce sacbiez : Cilz qui guérir puet tout péchiez Ay sy au cuer par souvenance, Qu'en pleurs convient ma contenance Et en regrez qu'en aore, estre. Ou jardin ou a secret estre M'en voiz plorer sanz plus attendre y En lui regretant de cuer tendre , Piteusement, sanz vanité. Cy Yoise pa jardin plorer, pöis die å genoax : Hé! vrais Diex, qui d^umehité Vous vestistfes en corps de famme Pour le mbnde öster de diffammé, Dont en la croix fustés transsis Sy vraiement que surreccis" Este, sy ('angle tesrttoigne, Par gråQc^ vculliez öån? esloigne M'diiieqistrer réfeccion ' ' De vostfe résurreccion • ' Qui coniefte et resjoiss^ ,* i. 'j^ DE NOTBB SEIGNEUR. Z']?^ Car rien ne.véisse ne D'oiss6. Cy viegiie Dieu å elle et entré Tarbre die DIEU. Famme qui par cy vas, que quiers, Nulle chose sy volentiers, Ne pourquoy pleure ne lamentes ? Soubz cest arbre cy te garmente : Je ay bieii ton pleur cntendu. Et tu voiz pour quoy pleure tu j Et sy trez förment et gémiz ?* MAGDELAINE. Sire, quar je ne scay ou roifi^ Est le corps de^ mon vray seigneur Qui pitié ot de.moy greigneur, Que déservy je ne Tavoie De pechié me véa la voie Et deffendy que n'y rentrassc, Et ä ly quar me monstrasse De sy préz qu'& sez piez ploray, Et de mez lermes Tcssuav, Et essuay de mez cheveux; Sy te prie, sire, se tu véulz-, Se tu scez par nulle ensaignes Lä ou il soit, sy le m'ensaigh6s : Certainement querre l'iray. DIEU. Famme, tout le voir t'en diray : Raboni soiez et séure, C'est-a-dire que je t'aseure Le meslrc suis qui agere ' t > 374 ^^ RÉSURRBCTION Puis tost ; noljr me tangere^ Jusques a mon pére esté aie ; Mez point ne pleure ne t'esmoiey Et vas a mez fréres nunder Et å chascun qu^en ce vergier Me suis devant toy aparu. Åu monument a bien paru Que surrexit soie et levé, Quant tu ne m'y as pas trouvé : Tout maintenant ainssy m'en vois^ MAGDELiklNE. Jhésus, vrais filz de Dieu, g'i vois A chascun nuncier lez recors Que touz viz. est d^åme et de corps, Car c'est chose créable et ferme. Cy voise å sez conpaigues et lenr die : Fammcs, je vous diz et aferme Le vray prophéte crucifix Est tout vivant et surrexis ; Aparu c'est en cest jardin A moy qui trouva sulz .i. pin Pour luy ploranty et sy m'a dit Que je voise sanz contredit Anuncer sa résurreccion Par certaine afirmacion : Je le vous diz en vérité. SiLLOMÉE. Lasse rooy I que j'ay de pitié De ce qu'avec vous u'alasmes Ou jardin quant cy demorasmes! DE NOTEE SEIGNEUfi. 3^5 Sy Teussions veu nous .11. aussy. Jacobée partons de cy ; Sans nul délay, sy le quérons Et faisons que le trouverons : Je vous dy que nous ferons sanx. JACOBÉE. Magdelaine, qui lez a sanz, Savez lä ou k vous pärla : Se vous penssez oä il ala , Mains jointes^ de cuer vous en pry, Que nous y menez sans destry; Appertement sy le verrons. MAGDELAINE. Suivez-moy, et tant le querrons Que trouvé Pärons sy ly plaist. Cy voisent entour le champ, et quant ilz serönt de coslé k pin, dit : MAGDELAINE. Véez cy le pin, mez point n'y est ; Je croy qu'ä son pére alez soit : Bien Tentendi qui le disoit Quant me dist qu*å luy n'atouchasse. Je m'en tins que ne 1'aprochasse Sy tost qu'il m'en ot fait deflfence; Méz je croy bien que sanz offence Le povons quérir loing et préz, Sanz mesprendrCy tant que plus préz Tant cheminer qu'å lui solons. 8ALOMÉE. Du désir ay que le vcons Suis moult csprise. 376 LA RÉSURRECTION JACOBÉE. De querre avons falt emprise; Sy VOU8 prie n'arrestons pas. DIEU. Cez .111. fames pas tout de ce pas Alez ensamble moy quérant : D'elles me yueil faire apparant ; Vers moy ont cuor piteus et doulz. Cy Yoise ä eulx et die : V0U8 .III. fames, quc quérez vous? Dictez le moy y suis-je celui ? MAGDBLAINE. Joignons lez mains toutes å lui, Que c'est celui certainement Qui pärla h moi doulcement. Saluer le vueil la prcmiére. A genoDg : MAGDELAINE. Filz de Dieu et vraie lumiére, Loée soit ta sainte gloire! Tu ez celui qui sanz recoire Et nuit et jour partout quérons. SALOMÉE. Roys Jhésus, nous te requcron^i Pardon et grace et mercy Quant a nous t^es aparuz cy. Ta resurreccion tres sainte Fait bien ä exaucier sanz fainte. Loée soit et aourée Ta puissance bien éurée , DE NOTRB SEIGNEUR. 877 Sanz point de définement ! JAGOBÉE. Vrais péres, qui divinement,:: As la prophécic acomplie, Jointes mains^ de cuer te supplie^ Sy voir com je te croy Diex estre, Que pour nous sauver daignas estre, Que tu nous veulles pardonner Nos pécbiez et mercy donner, Car je voy bien que tu ez cilz Qui apres raort est surrexis Et joie as au monde aportée. De ta grace reconfortée, Je te prie or nous reconforte. DIEU. Fame, ja ne te desconforte, Car je vous doins ä toutes .iii.. Pardon et veul de niez ottrois . Que de moy soiez absolues, Et de mez graces estandues Soient en voz cuers fermement. Or alez par afermement Revéler de cuer provéu Partout, quar vous m'avez véu. Ce de mez apostres trouvez, Séurement lez aprouvez Qu'en Galilée orront nouvellcs De moy qui moult leur seront belles, Et je vous doint ma benéicon Et sy voiz hors de soppe^on 378 LA. RÉSURRECTION Oster Pierre qui pour moy pleure En une fosse ou il demeure ; Mais ma mére conforteray Ain^ois et revisiteray En penssée et en espérance. Plus ne feray cy demorance : Partez vous en que je m'en part Et m^en vois tout droit celle part La ou conté et dit vous ay. MAGDBLAINB. Sire, jamez ne cesseray De vostre nom certefier, Exaucier, glorifier, Certainement tant com pourray. SALOMÉE. Tout ainssy faire le vouray De cuer, de voiz et d'espérance Et garie m'as mon espérance , Et mise hors de grant destresse. JACOBÉE. Sa poissance, saintisme haultesse, Exauceray de cuer dévost Et ce qu^a nous monstrer ce vost Et pardon de noz péchiez faire; Car en plus gloriex afaire Pour vérité aler ne puis. MAGDBfiElNE. Toutes .111. sanz faindre depuis Qu'il le nous a ainssy chargié YronSy quant c'est par son congié , DE NOTRE SEIGNEUR. 879 Sa résurreccion anunssant En general et exaussant; Et vous prie que pour Texellaqce De sa loenge , sanz cillance, Nous esmovons sanz tarder plus, Chantant : « Tt Deum laudamus. )> EXPLICIT, EXPLIXIT. AMEN! amen! *• .- v . I NOTES. Page 14^ vers 17, 18 et 19 : Hélie I sus Tauctorité DevoDs entendre SébiU Qui fut royne moult nobile. lAs prophéties de la rojnt SybilU oa Scbäle^ oa simplement des Sibilies, furent celebres au moyen-åge. On les trouve en prose ét en poésie latine, en prose et en poésie frangaise, dåns un assez grand nombre de manuscrits. Elles ctaient autrefois chäntées. å Noel dans les églises, et le concile de Narbonne filt QbJfigé de lesproscrire par un article formel. Malgré son arrét , il cöntinUa cependant å étre question des Sybilles å la messe des mörts, dans la prose du Vies irce^ au troisiéme vers. qui était ainsi con^u : Teste David cum Sybäia, . Åujourd^bui on Ta remplacé par ces möts : Crucis expahdens vexilla. Les Sybilles n'appartiennent donc plus dorénavant qu'au domaine 382 NOTES. légendaire. M. de la Rue attribue ä Guillaome Hermann , troaTére du XII* siécle ,;in roman des Sybilles , de plus de 2000 ven, en Ten anglo-normands, lequel commencerait ainsi : n furent dis Sibiles, GentiU dames aobiles, Ki ore6t en lear vie Esprit de prophécie, etc. (Voyez p. 280 et suivantes -. Essais historiques sur les bardcs^ les jongleurs et Its trouvéres Anglo-Nornumds . ) La Bibliothéque du roi contient^ dans le Mst. 7656, Mst. qui re- monte au xiv* siécle , apres le Tttsor de Brunetto Latini, des Ora- cles sybillins. Elle renferme également, dans le Mst. coté 6987 (xiii* siécle), apres une Apocalypse, un traité des dix Sybilles, et en particulier de la dixiéme appelée Tibumica , en latin Alburnea^ fiUe de Cassandre de Troie , laguelU prtdit de Jesus-Christ ei du royaume des cieux. Le traité commence ainsi : « Les Sébiles.géiié- raument sont appelées les fames « prophétianes, etc.» EnåOy le Mst. 8649, ancien n^ 1415 (Bibi. roy.)» Mst de format in-4*, en papier et avec miniatures , nous offre les Prophéiies des Sjrbilles^ soos forme de mystére ou de morialité ; cette oeuyre cu- rieuse est dédiée å la duchesse Louise de Savoie , mére de Fran- {oisl*'. Qn trouve encore quelques détails sur les Sybilles å la page i5S äu Catalo^e des manuscrits de la bibliothéque de. Aenne», po- blié récemment par M. Dominique Mallet, bibliothécaire de la TiUe de Reonen. Cc M*^ me ifait Thonneur, ä la page 118 de son livré, de cvitiqaec ftö^^z vertement Tédition que j^ai donnée de la leende d« S, Branoaines. Ilaurait peut-étre été plus å propos de m'eii re- mercier, car il est probable que, sans ma publication , M. Blallet ii*etkt point soDgé a parler, dans la sienne, de cette légende, qoi était tout-ä-fait inédite avant que jeTeusse imprimée propras impensis ei curis, M. Mallet ed t dil remarquer ensoite que ses reprocbes tom- bent ä faux pourla plupart, car en donnant une edition entiérement eonforme, mime dans ses Jautes ^ au manuscrit de Paris le plus ancien de oeux qui contiennent la légende deS. Br^ndaines, je ii'ai pas ea le moins du [roonde la pretention de reproduire le texte . I NOTES. 383 qui appartieot å U bibliothéque de Rennes, et qai n^éUit pro- bablement coonu qae de son conservatenr. Da reste, 1m critiques beaucoup trop affirmatiTes de M. Mallet ne m^empécheront pas de reconnattre qu*il y a dans son livré de fort bonnea ehosea, et de le remercier, au nom des bibliophiles qui ne defraient pas 8*entre* mänger, d'avoir, le premier, publié le catalogne dea manuscrits quHl était chargé de gärder , et dont probablement avant lai Ton pouTait dire : Sacrés ils sent, car personne n'y touche. Page 369 vers 4 et 5 : De moi se devraient bien moquier Et moi appeler Danoi Richier. Dam Richier (dominus^ domnas Richitr, d^oA [le Don des Espa- gnols), est un pwsonnage qui figure dans les romans du cycle car- lovingien. On lit dans celui d^Auberi-le-Boorguignon (Mst. 7227 , bib. roy. , f. f 4) : Or chanterai pour vos eabanoier : Je sai de geste les chansons commencier Que nus jongléres ne m'en poet engingnier. Je sai assez dou bon roi Qoevier De Floevent eC dou vaasal Richier ! Page 45, vers 19 : Cest Bélias qui parle : Ils sont oro bien atrapez Geulz que tenons en doz priaoDs \ De crapaux avons Tenoisons , Rost de serpens et de conleuTres: On lez sert touz selonc leurs euvres ; Puls entrenoietz d'escorpion8, etc. Nos ayeux aimaient ä Texcés ces descriptions fantastiques de TEn- fer. On les rencontre å chaque instant dans leorsMystéreset lears poemes. Elles prouvent que la fobulation réalisée par Dante était, å 384 NOTES. son^époqoe, plus oommone qa^on le suppose. Qaelquefoisamielles fouroMsaieiit nn texte å des satirs assez originales et assez spiri* tueltes, témoin, par exemple, celle qui snit, de Raoul de Houdaing, satire quI est intitalée le Songe dEnfer. Gette piéee se tTmnre dant le MsC. 7318, fol. 85 (Bib. royale), d^aprés leqnel je la domie; tootefob, je Tai revne sur la le^n du Mst. 7615, fol. cxyi. LE SONGE d'eNFER. .£n songes doit fabler avoir, Se songes puet devenir voir; Dont sai-je bien que il m'avint Qu'en sonjant .i. songe, me yint Talent que pélerins seroie. Je m'atornai et pris ma voie Töat droit vers la cité d*£nfer. Errai tant quaresme et y ver , Qu'a droite eure i fui venuz, Més de ceus que g'i ai connuz Ne vous ferai ci nul aconte Devant que j'aie rendu conte De ce qu'il m'avint en la voie. Plesant chemin et bele voie Tiruévent cil qui enfer vont querre. Quant je me parti de ma terre, Porce que Ii contes n'anuit, Je m'en ving la premiére nuit A Ciovoitise la cité. En terre de Desleauté Est la cité que je vous di. Ge i ving par .i. mercredi; Si me herbregai chiéSk Envie. Plesant ostel et béle vie Eumes, et sachiez sans guile, Que c'est la dame de la vile. Envie bien me herberja ; En Tostel avoec nous menja Tricherie, }a suer Rapine , NOTES. 385 Et Avarisce, sa cousine, Vint avoec Ii, si comme moi samble. Por moi véoir toutes ensamble Et vindrent et grant joie firent De ce qu'en lor pais me virent. Tantost, sanz contremander. Vint Avarisce demander Que je novéles Ii déisse Des avcrs, et Ii apréisse Lor fez et lor contenemenz^ Si com chascuns de ses parenz Se demaine ma demandé ; Et je ly ai tantost conté .1. conte qu'ele tint å buen, Quar je Ii contai que Ii suen Avoient du pais chacié Larguéce, et tant s*est porchacié Sa gent, que Larguéce n'avoit Tor ne recet, ne ne savoit Quel part ele puet durer ; Ne le pot més plus endurer Larguéce, ainz est en si mal point, Que chiés les riches n^'en a point. Ce Ii contai : grant joie en ot, Et Tricherie a .1. seul mot Me redemanda esraument Que je Ii déisse comment Li tricheor se maintenoient Icil qui å li se tenoient, Se le voir li savoie espondre, Et je que tost si voii respondre. \Å dis de son voloir .1. pou, Que Tricherie ert en Poitou Justice dame et vis contesse, Et a por prendre sa promesse. En Poitou, si com nous dison, Ferme cbastei de trahison, II. 25 386 NOTES. Trop haut le plus diven (I) du monde Dont Poitou siet h la roonde , Toz enclos et ^ahispar gprant forcc. Tricheric qui 8*en efibrce I/a si garni de fausseté, Qu*en aus n'a foi ne léautö. Ce respondi-je Tricherie , Més quique tiegnc å vilonie , Je dis tout voir, n*en doutcz rien , Quar des Poitevins sai-je bien Ceus qui connoissent leur couvine, Que de leur roiaume est roTne , Tricherie, si com moi samblc , Qu*eiitre els et Ii trestout ensamblc Sont de conseil k parlcment. Adont s*en rist mult durement Tricherie et grant joie en fist , £t puis tout en riant me dist : « J'ai toz les Poitevins norris : « Se il 8*acordent å mes dis, « Biaus amis, n'est mie mcrveille.)' A tant departi nostre veillc Chascun å son ostel ala , Et je qui toz seus remez U Avoec m'oste8se juftfu^au jor. Et lendemain sanz nul séjor . Levai matin et pris congié. Et me mis au chemin com gié Estoie fez le jor de devant. Hors de la cité lå avant Tomai å senestre partie. Tant que je ving å jf oi-M^Ue , La corte, la mal compassée, Qui en poi d*eure est trespasiée. Wi a c*un petitet de voie . . ■^^" (I) Mst. 7615 : le plus plesant. NOTES. 387 De ce quc dire vous devoie. El primier chief, non pas en coste ; Trouvai Tolir (1) .1. divers oitc. De mentir ot le maistire : De Foi-Mentie est mestre et sire. Cortois estoit et debonére ; Durement me plot son afére. O lui me retint au disoer : Apres sans lon^es demorcr, Vint mes östes a moi enqnerre , Comment Tolirs en ceste terre, Uns siens filletis se maintenoit, £t comment il se contenoit Contre Doner ; itänt m'enqaist Et de ce que il me reqnist Respondi voir, quar je Ii dis Que Doners ert las et mendis, Povres et nus et en destrecc Qui soloit avoir Tainsnéece. Or est mainsnez, or est du mains : Doners n'ose monstrer ses mains , Doners languist, ce est la somme. James Doners chiés nul haut homme Ne fera .11. biaus cops ensamble. A hautes cors de Doner samble Que il n'ait mle le cuer sain, Qu'en son sain tient adés sa main, Lais chétis hais et blasmez. Tolirs est biaus et renommez ; N'est pas chétis ne recréus, Ainz est et gi'anz et parcréus. De cuer, de cors, de brås, de mains Est grans assez : Doners est nains (2). Quant mes östes ceste novele Oi', mult par le tint å bele, .♦ I. ♦•" Odm (1) Enleverj de tollere, L'auteur en fait un personnagé ållegönq[iie. (2) Mst. 7615: Yab. : Donner b ose montrar 9fs mains. 25. 388 NOTES. Et mult ii plot, dont m*enpftrti. D'aler mon chemin m'aati Oii je vous dis qu'aier devoie. Por eschacier la male voie, M'en issi par une posterne ; Droitement ä Vile-Tavernc M'cn commen^ai ä ampasser; Mes ain^ois me covint passer .1. fl un ou mains vilains se nie« Que Ten apele Gloutonie. Iluec ving, outre m'en passai; Més tant est viex, de voir le sa i , Qu'ainc més si vil passé n*avoie. Si qu'en Vile-Taverne entroie , Trovai de mult piesant raaniére Roberie (1 ) la taverniöre , Qui me herbrega volentiers : La nuit fu mes osteus cntier&. De jouer o'i mult bel atret ; Hasart et Mescont et Mestret Furen t la nuit k mon ostel. Qu'en diroie ? Je Toi itcl Con ne le pot plus piesant fére. Mult m'enqui$trent de mon afére, Li compaignon qui iéenz érent ; Tuit ensamble me demandérent Mestrais (2), Mescontes et Hasars , Que lor déisse isnelle pas (sic) Noveles qu'å Chartres fesoient Dui lor ami qu'il mult amoient , Cbarles et Mainsens, de la loge (3) (1) Le vol, de rober^ dérober. Cest un trait de satire contre let hAteiiers. (2) Mst. 7615; Yab. : Mesdiz. (3) Le Mst. 7615 supprime les deux noms propres et donne la le- 9Pii saivaate : Car les mesdisans de la loge, Oii Papelardie se loge, De ces .ii. m'eoqaistrent les faiz. J NOTS8. 38g Oii Papelardie se loge. De ces .11. m'enquislrent les fez, Et je respondi sanz meffes : (T II vous aiment mult durement. rr Si vous dind rezon comment : « Sovent lar fetes gaaignier; « Si vous vuclent acompaignier « A eus tout par droit héritage.» Et il me tindrent mult å sage; Por ce que le voir lor en dis, Qu*en cest mont a*a pas de gen t .x. Qui d'el8 la vérité relret, Miex aiment Mescont et Mestret Que fet cil Charles et Mainsens (1 ) : U les atraient en toz sens. Et Ii tavemier de Paris , Cil ne les servent mie enuis , Ainz vous di, foi que doi S. Piére, Que il aiment de grant maniére Mestrait et Mescont et Hasarts Qu'å lor gaaing ont sovent part. Gautiers Moriaus, n'en dout de riens, Jehans Bocus et artistens, Hermers (2), Guiars Ii fardoilliez, Qui maint briqons ont despoilliez , ^'auroie ouan tout aconté Ce conte Mestret et Mesconte. Ce dis; lor vi venir Hasart Qui me demanda d*autre part, ^'o^eles de Michiel de Treilles. Apres me raconta merveilles De dant Sauvage et de sa gent, Comme il fesoient sanz argent Estre sovent Girart de Troies; (1) Mst. 7615; Yar. : Que fait cil que les mesdiians. ''•>) Ibid.; Vår.: riemars. Sgo xoTEs. Et je lor dis que toutes voies Eftoit Girars en lor merci. U^ne se muet oncques deci, Més adés avoec aos séjome. So ven t le voi penssai et mome ; Chascuns i prent, chascnns le plnme: Cest lor béance (1) et lor constome. Ce lor djs-je tant seulement, Et Hasars qui bien sot commcnt Si desciple le sévent fére, Fu liez et esbaudi Tafére, Et tuit et tuit Arent joie. Ne cuit que jamés si grant voie, Qoar Qncques mei téle n'avint, Avoec cele grant joie vint Yvréce la mére Versez, Et ses filz o Ii lés alcz. Versez est granz et parcréuz, £t mult est amez et créux En son pais et en sa terre, Et dist qu'il est nez d'£ngleterre. Cousin se fet Gautiers-l*EDfant : En niile terrc n'a cnfant, Jc croi, qui si bien le rcsamble. n puéent bien aler ensamble ; Andui soDt si graut et si fort, Que nus n'auroit vers aus csfort. Ne nus vers aus ne s*apareille. Yersez est si fors å merveille , Et si membruz et si divers Qu'il géte les plus granz envers. Par moi le sai, oiez comment : 11 avint trestout esraument Que Yersez vint léenz ä cort. Tout pié estant mc tint si cort, (i) Mst. 7615 ; Var. : Balance. ^ NOTES. 391 Qu*il ine covint k iui jouer. Onques ne m'en poi eschiver, Quar dcffendre ne m'en séusse, Més tout aussi com je fusse A Guinelant et å Vuitier, M'estut escremir et luitier A Iui par le conseil mon öste. Yvrece qui son mantel öste, Par grant joie et par grant solas Nous aporta .11. talcvas (Ij, Comme å tel guerre coovenoit; Et chascuns en sa main tenoit Par grant ire et par grant efforl, Baston de cler aucoirre fort. Si vous di que chascun avoit D'ariDes qu'anqu'il Ti covenoit. Jc Ii vois et il me revient, Et je le sacbe et il mc tient, Et je sus hauce et il retrait. Je Ii retrai d'iin autre trait, Et il esrant k trait me \ient , Et si tres durement me tient Que je ne ii puis eschaper. Si durement me seut taper Et si fort, ne 1' m'escréez mie, Qu'au8 colées de l'escremie Me iist si chauceler k destre Qu'ä poi ne chéi å senestre. Et lués que remest cele chaude ; Por tenir la bataille chaude, Yersez reliéve, si m'assaut. (1) Le ialevas, ou tavelas, ainsi qu*on Ht au mst. 7615, était une espéce de bouclier, de targe courbée des deux c6tés et formant une espéce de toit. On lit dans le Tornoiement de VAnte-crist : Li escu Qui resembloit un takvas. 393 NOTES. Je Ii resail, il me renat, Et je tresgéte et il sormonte. Si me fiert que el chief me monte Oii Testordre m'ert montée. Ge fu Ii cops de sormontée, Quar il me monte en la teste. Et cil qui trestos les enteste Me prent aus braz et si me tome, Et en cel tor si mal m*atome Que il m'abat encontre terrc A .1. des jambes d^Engleterre, Si que ne 1* porent esgarder Cil qui le champ durent gärder. A toz fui moustrez esraument ' Et iluec sus le pavement Fusse remez a grant meschief ; Mes Yvréce me tint le cbief Par compaignie en son devant (i). A cbief de pose vint avant Yersez et dist, isnelle pas : fc Compains, ne vous merveilliez pas ; ft Maint se sont \ moi combatu « Qui au luitier sont abatu Et g'i commen^ai tout å droit , Et tout au miez que je "soi lire. Des föls ménesterels pris k dire Les fais trestout a point en rime> Si bel, si bien, si léonime, Que je le soi k raconter. Il ni remest riens k conter, Péchiez ne honte ne reprouche Que nus hom puist dire de bouche> Que touft ne fust en cel escrit Ck>mment que chascuns s'en aquit, Que de 6hascun la plus vile téche, Le plus vil pechié dont il péchc 1 est escrit, je V sai de voir, Oublié ne voudroie avoir Ce que je vi enz a nul fuer. Je f eting du livré par cuer Les nons et les fais et les dis Dont je cuit encore biaus dis Dire sanz espargnier nului. Qu*en diroie? En cel livré lui Si lougement com le roi plot, Et qoant assez escouté m'ot, Tant com lui plot ne mie mains, Doner me fist dedens mes m8iiis> .XL. sols de déablies» Dont j*achetai byffes j olies. 0 Apres ce que je vous ai dit Ne demora c* un seul petit É. NOTES. 4o3 Que cil d'enfer trestuit s'armérent Et puis sor lor chevaux montérent. Si s'eii alérent proie querre Por le pais et por la terre ; Mes je vous di sanz mespresure Conques ne vi si grant murmurc Comme il iirent å lor monter, Trop seroit grief å raconter ; Més je ne sai qu*en mentiroie. Au partir me iirent tel joie Que ce fu uuc grant merveille. Congié prent Baouls, si s'esveille , £t cis iontes feut si apoint Qu*apré8 ce n'en diroie point. Por aventure qui aviegne, Devant que de songier reviegne. Raouls de Boudaingy sanz men^onge, Qui cest fablel fist de son songe, C i fine Ii songes d'enfer : Diez m'en gart esté et yver! Apres orrez de Faradis (t); Diex nous i maint«t noz amis. ExpUcit le Songt d^tnftr. Page 258, vers 23 : Et tu, qui es ? car ce me compte. STlfAGOGUB. Se le grant Dieu me gart de honte Ne feray pas lonc prologue : J'ay pie^å nom Synagogue , etc. Un dialogue ou tencon entré Sainte Égltse et Synagogue, entré !c Juif et le Chrétien, n^était pas chose nouvelle au xui*siécle. LUdée (1) On trouvera cet autre dit dans les notes 6nales du ii* volume des ceuvres de Rutebeuf, qui a traité égalemeot ce sujet. 26. 4o4 XDTES. t eo retfomre loo^-temps arant fette époqoe . dan un dialogne b- tin de PeCros Alfonsias fuf* siécle), édité dans b BiMiothéqiie des Péres , tome xxi. Cest peot-étre celte prodoctioD qni a domié nåäs- tjoee 9a peCit poéme fran^is soir^nt. qni se troure da» le naDos- cnt7%iS, Biblioth. roy.,f 541, x: DE LA DESF0TOISO5 DE LA SI^AGOGUE ET DB »AIXTB ÉGLISF. I De br men^oiiges vuelent vivre Ii mencoogier ; Plnsor par lor menconges font br vie abngier. Clopiru ftai« uns songiéres qui soojai .1. lODgc ier : Ilom mortex ne porroit plus biaa songe soogier. Une gent son I qui dient que trestout est mencoiige , Et niceté et fable et faus quanque fen songe; Mis Joseph qui fu fils Jacob, sonja .1. songe Qni fu biaus oä si frére mistrent moult gr»it chalonge. J'ai .1. songe songié merveillex å devise ; Volex-vous que raon songe vous esclérc, et devise ? Jesonjai que .11. dames ont contencon eroprise : L^ane est la Synagogoe et l'autre ert Sainte Yglise.* Or oiez de ces .11. 8'il vous plcst la rancune : Ja n'en dirai mencongc ne fausseté nis une; Mis aincois vous dirai le semblant de chascune : Sainte Yglise est vermeille et Synagogue brune. Aincois que des .n. dames plus parole fa^on, Vous dirai de chascune la forme et la facon. Sainte Yglise ert vermeille, blanchc comme .1. glacoii Toutes autres figurcs vers la seue cffacon. Que fesoit Sainte Yglise, seignor, or escontez. .1. chalice tenoit, de ce point ne doutez, Ok Ii sans Jbésucrist vermaus ert degoutea . Du costé oii ii glaive Ii fu mis et boutez. D'autre.part tint .1, glaive et une blanche enseigne : .111. clos agus y ot, mon s Jä s*il fust Diex issi ne se Icssast toucbier. « Li Juyfs 11 donnérent mainte bufi^ en la joe,