« Sondez les Ecritures ; car c’est par elles que vous croyez
avoir la vie éternelle, et ce sont elles qui rendent témoignage de moi. » JEAN V, 39 LA SAINTE « Toutes ces choses leur arrivaient pour servir de figures ; et BIBLE
elles sont écrites pour nous instruire, nous qui sommes parvenus aux derniers temps. » 1 CORINTHIENS X, 11
« Car il reçut de Dieu le Père cet honneur et cette gloire, lorsque cette voix lui fut adressée du milieu de la gloire magnifique : Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui J'ai mis toute mon affection. Et nous entendîmes cette voix envoyée du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne. Nous avons aussi la parole des prophètes, qui est très ferme, à ETTOICA ITS ENT 0 qui était comme une lampe qui éclairait dans un lieu obscur jusqu’à ce que le jour commençât à luire, et que l’étoile du matin se levât dans VOS Cœurs ; sachant premièrement ceci, que nulle prophétie de l’Ecriture n’est d’une interprétation particulière. Car la prophétie n’a point été apportée autrefois par la volonté
humaine ; mais les saints hommes de Dieu, étant poussés par le Saint-Esprit, ont parlé. » 2 PIERRE I, 17-21
CASSOCIATION MENORAX YEsauA INTERDIT À LA VENTE
CE SPORE AC RN A IPRAI ADO CG PONS 10 LOUE D'EN(O 2 (PAPERS ERTATE
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823821320211
Le nom de notre association « Menorah Yeshua » renvoie au premier
chapitre de l’Apocalypse de Jean qui met en surbrillance l’apparition glorieuse et majestueuse de notre Jésus-Christ qui est rapportée par l’apôtre Jean, ce chapitre décrit notre Seigneur Jésus-Christ magnifiquement vêtu au milieu des sept chandeliers d’or (MENORAH) et qui tient dans sa main les sept étoiles. Ce texte nous démontre le soin que JESUS a de son Eglise, ici représentée symboliquement par ces sept chandeliers. Eglise dont lui-même en est le chef, et tous ceux qui ont cru en lui en sont membre, la symbolique des sept étoiles qu’il avait dans sa main droite dénote les anges, c’est-à-dire, les serviteurs de DIEU, tout ceux qui ont soin de ses brebis. Le Seigneur nous montre par-là qu’il veille, qu’il est présent, qu’il est le bon pasteur qui les guide, qui les instruit et qui leur montre la voie du salut afin de conduire son troupeau vers de bons pâturages : il s’agit donc des pasteurs, évangélistes, prophètes, docteurs, diacres, anciens et conseillers.
montre que Jésus est au milieu de son église, qu’il la conduit, qu’il voit tout ce qui s’y passe et que c’est de sa part que les pasteurs y sont établis, ce qui doit être un grand motif, tant pour les pasteurs, que pour tous les chrétiens, à se confier en Jésus-Christ et à le servir avec fidélité, comme étant toujours sous les yeux de celui qui est le Roi et le souverain Pasteur de l'Eglise et le Juge de tous les hommes. Bien plus, ce chapitre s’ouvre sur l'espérance de son l’avènement, nous le verrons. Alors mes frères et sœurs attelons nous à l’ouvrage le plus honorable qui est de le servir en toute fidélité et intégrité en attendant patiemment ce moment unique de l'histoire de l’univers : « Le voici qui vient sur les nuées, et tout œil le verra, et ceux mêmes qui l’ont percé ; et toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine en le voyant. Oui, Amen. Je suis l’Alpha et l’Oméga, le commencement et la fin, dit le Seigneur, QUI EST, et QUI ÉTAIT, et QUI SERA, le Tout-Puissant. » Apocalypse 1, 7-8.
L’Association Menorah Yeshua est avant tout une maison d’Edition et de
diffusion de la bible, sans but lucratif, fondée en 2017 dans le but d’annoncer la bonne nouvelle partout dans le monde entier, en diffusant la Parole de vérité via les supports audiovisuels ou papier. Pourquoi l'essentiel de notre mission est axé sur la diffusion de Bible. Tout simplement parce que : l’Écriture est le don le plus précieux que Dieu nous ait fait avec celui de son Fils. C’est un trésor où il a mis tout ce qui peut nous enrichir et nous rendre heureux. Ainsi, nous distribuons gratuitement des Bibles, brochures et livrets. Nos livres sont interdits à la vente conformément à ce qui est stipulé dans Matthieu X, 8 : « Guérissez les malades, nettoyez les lépreux, ressuscitez les morts, chassez les démons ; vous l’avez reçu gratuitement, donnez-le gratuitement. »
EVANGILE DE JEAN XVII
« 6 J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m’as donnés du monde ; ils étaient à toi, et tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole. 7 Ils ont connu maintenant que tout ce que tu m'as donné vient de toi. 8 Car je leur ai donné les paroles que tu m'as données, et ils les ont reçues ; et ils ont reconnu véritablement que je suis venu de toi, et ils ont cru que tu m'as envoyé. 9 Je prie pour eux ; je ne prie point pour le monde, maïs je prie pour ceux que tu m'as donnés, parce qu'ils sont à toi. (..…) 14 Je leur ai donné ta Parole, et le monde les a haïs, parce qu'ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. 15 Je ne te prie pas de les ôter du monde, mais de les préserver du mal. 16 Ils ne sont pas du monde, comme je ne suis pas du monde. 17 Sanctifie-les par ta vérité ; ta Parole est la vérité. 18 Comme tu m'as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. 19 Et je me sanctifie moi-même pour eux, afin qu'eux aussi soient sanctifiés par la vérité. 20 Or, je ne prie pas seulement pour eux ; mais je prie aussi pour ceux qui croiront en moi par leur parole ; 21 Afin que tous ne soient qu’un, comme toi, Ô mon Père ! tu es en moi, et que je suis en toi ; qu'eux aussi soient en nous, et que le monde croie que c’est toi qui m'as envoyé. »
VERSION JEAN-FREDERIC OSTERVALD DE MDCCEXXI REVISEE PAR MENORAH YESHUA
Bibles ou Evangiles format standard du livre : A4 (21 x 29,7 cm)
Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-000-6 (« Evangile de l’Apôtre Jean ») 978-2-38232-021-1 (« La Sainte Bible — Vieux testament — Volume I ») 978-2-38232-004-4 (« La Sainte Bible — Nouveau testament — Volume II »)
Bibles ou Evangiles format standard du livre : AS (14,8 x 21 cm)
Code ISBN :
Code ISBN
978-2-38232-001-3 (« Evangile de l’Apôtre Jean »)
:978-2-38232-002-0 (« Evangile de l’Apôtre Marc ») Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-022-8 (« La Sainte Bible — Vieux testament — Volume I ») 978-2-38232-003-7 (« La Sainte Bible — Nouveau testament — Volume II ») 978-2-38232-005-1 (« Evangile de l’Apôtre Matthieu ») 978-2-38232-006-8 (« Evangile de l’Apôtre Luc »)
Brochures format standard du livre : AS (14,8 x 21 cm)
Code ISBN :
Code ISBN
Code ISBN
») Code ISBN
978-2-38232-007-5 (« Comment hériter la vie éternelle ? »)
:978-2-38232-008-2 (« Marcher selon l’Esprit passe par la sanctification ») Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-009-9 (« Institution divine du mariage »)
978-2-38232-011-2 (« Vivre sa foi en famille : un défi pour les parents ») 978-2-38232-012-9 (« Vivre sa foi dans la société : une lutte permanente ») 978-2-38232-013-6 (« Être chrétien aujourd’hui »)
978-2-38232-010-5 (« Es-tu prêt ? »)
978-2-38232-014-3 (« Le discernement »)
978-2-38232-015-0 (« Le livre des Psaumes »)
:978-2-38232-016-7 (« Notre Espérance en Christ ») Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-017-4 (« L’Avènement de notre Seigneur JESUS-CHRIST ») 978-2-38232-018-1 (« De la mort à la VIE : La puissance de la résurrection ») 978-2-38232-019-8 (« Il est venu sur la terre pour nous libérer : Chantons Alléluia
:978-2-38232-020-4 (« La puissance du pardon : La repentance »)
Copyright texte biblique J.F OSTERVALD 1771 © 2021 Menorah Yeshua
4 place de l’église 02350
Bucy-lès-Pierrepont- France
Code ISBN :
978-2-38232-021-1
Biblique J.F OSTERVALD 1771 édition 2021
LA
SAINTE
BIBLE,
QUI CONTIENT
LE VIEUX & LE NOUVEAU
TESTAMENT,
Revu et corrigé sur le texte Original, par les PASTEURS & PROFESSEURS de l’Eglise de GENEVE AVEC LES
ARGUMENTS ET LES REFLEXIONS SUR LES CHAPITRES ;
PAR J. F. OSTERVALD Pasteur de l’Eglise de Neuchâtel
TROISIEME EDITION Revue et corrigée
À BIENNE, dans la LIBRAIRIE HELLMANN, & à NEUCHATEL, chez S. FAUCHE, &Comp.
MDCCLXXI.
VERSION JEAN-FREDERIC OSTERVALD DE MDCCEXXI REVISEE PAR MENORAH YESHUA
Bibles ou Evangiles format standard du livre : A4 (21 x 29,7 cm)
Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-000-6 (« Evangile de l’Apôtre Jean ») 978-2-38232-021-1 (« La Sainte Bible — Vieux testament — Volume I ») 978-2-38232-004-4 (« La Sainte Bible — Nouveau testament — Volume II »)
Bibles ou Evangiles format standard du livre : AS (14,8 x 21 cm)
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978-2-38232-001-3 (« Evangile de l’Apôtre Jean »)
:978-2-38232-002-0 (« Evangile de l’Apôtre Marc ») Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-022-8 (« La Sainte Bible — Vieux testament — Volume I ») 978-2-38232-003-7 (« La Sainte Bible — Nouveau testament — Volume II ») 978-2-38232-005-1 (« Evangile de l’Apôtre Matthieu ») 978-2-38232-006-8 (« Evangile de l’Apôtre Luc »)
Brochures format standard du livre : AS (14,8 x 21 cm)
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978-2-38232-007-5 (« Comment hériter la vie éternelle ? »)
:978-2-38232-008-2 (« Marcher selon l’Esprit passe par la sanctification ») Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN : Code ISBN :
978-2-38232-009-9 (« Institution divine du mariage »)
978-2-38232-011-2 (« Vivre sa foi en famille : un défi pour les parents ») 978-2-38232-012-9 (« Vivre sa foi dans la société : une lutte permanente ») 978-2-38232-013-6 (« Être chrétien aujourd’hui »)
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978-2-38232-017-4 (« L’Avènement de notre Seigneur JESUS-CHRIST ») 978-2-38232-018-1 (« De la mort à la VIE : La puissance de la résurrection ») 978-2-38232-019-8 (« Il est venu sur la terre pour nous libérer : Chantons Alléluia
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Copyright texte biblique J.F OSTERVALD 1771 © 2021 Menorah Yeshua
4 place de l’église 02350
Bucy-lès-Pierrepont- France
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978-2-38232-021-1
Biblique J.F OSTERVALD 1771 édition 2021
Saintes écritures.
« Que ce livre de la loi ne s’éloigne point de ta bouche, mais médite-le jour et nuit, afin que tu prennes garde à faire tout ce qui y est écrit ; car c’est alors que tu rendras tes entreprises heureuses et que tu prospéreras. » JOSUE L,8
Que le Seigneur JESUS-CHRIST nous fasse la grâce de bien profiter de tout ce que nous avons lu et entendu, de le méditer et de le pratiquer toute notre vie à la gloire de Dieu notre Père et à l’avancement de notre salut ! Aïnsi soit-il !
La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec nous tous, amen ! Bonne lecture ! Les éditeurs.
DISCOURS PRELIMINAIRE
Où l’on donne quelques instructions sur la lecture de l’Écriture Sainte I - Réflexions sur la lecture de l’Écriture Sainte.
D'abord, on ne peut s'empêcher de déplorer la négligence de tant de personnes qui ne lisent point l’Écriture. On ne parlera pas ici de cette multitude innombrable de chrétiens parmi lesquels la Bible est un livre presque entièrement inconnu, leurs conducteurs n’en permettant la lecture qu’à de certaines personnes et avec de grandes précautions, comme s’il y avait du danger à mettre la parole de Dieu entre les mains de tout le monde. Mais sans entrer dans ces considérations, on se contentera de dire que parmi ceux-là mêmes à qui l’on recommande la lecture des livres saints, le plus grand nombre ne s’y applique point. Il est vrai que plusieurs ne sont pas en état de le faire, n’ayant pas appris à lire. C’est là un grand mal et il est honteux aux chrétiens que le nombre de ceux qui ne savent pas lire ait été jusqu'ici si grand parmi eux. On peut dire encore que bien des gens ne lisent pas la parole de Dieu parce, qu’étant pauvres, ils ne peuvent se procurer ce divin livre. Ce serait à ceux à qui Dieu a donné le bien d’y pourvoir, en en consacrant quelque partie à un usage aussi pieux, que le serait celui de fournir des Bibles à ces gens-là. On pourrait ajouter qu’un grand nombre de domestiques et d’autres personnes qui sont en service ne peuvent vaquer à cette lecture, qui leur serait pourtant si nécessaire, parce que leurs maîtres ne leur en donnent pas le temps. Mais on ne saurait assez condamner tant de chrétiens qui sont en état de lire la parole de Dieu et qui ne daignent pas le faire.
Dieu par un effet de sa profonde sagesse et de sa grande bonté a fourni aux hommes un moyen très parfait de s’instruire : c’est la révélation. Il a inspiré les prophètes et les apôtres et il a voulu que leurs écrits fussent conservés, afin que la vérité y subsistât toujours dans toute sa pureté et qu’elle ne fût pas altérée par l’oubli, par l’inconstance, par la négligence et par la malice des hommes. Ainsi, l’Écriture est le don le plus précieux que Dieu nous ait fait avec celui de son Fils. C’est un trésor où il a mis tout ce qui peut nous enrichir et nous rendre heureux. Ne faut- il pas faire bien peu d’estime de Dieu et de ses dons, pour ne pas se prévaloir de celui-ci. Et ne faut-il pas être bien présomptueux pour s’imaginer qu’on peut se passer d’un secours que Dieu lui-même a jugé si nécessaire. Les premiers chrétiens faisaient un usage ordinaire de l’Écriture Sainte et comme elle était lue régulièrement dans leurs assemblées, ils la lisaient aussi avec beaucoup d’assiduité dans leurs familles. Mais dans la suite, à mesure que l’ignorance et la superstition s’introduisaient, on abandonna l’Écriture.
On n’en donna plus de connaissance au peuple, on conserva bien la coutume d’en lire quelque portion dans l’église, mais cette lecture, se faisant dans une langue que le peuple n’entendait pas, elle était absolument inutile. Enfin, l’usage particulier de la parole de Dieu cessa entièrement, en sorte que cette divine lumière fut comme éteinte pendant plusieurs siècles. Il y a environ deux cents ans qu’elle fut tirée de dessous le boisseau où elle avait été cachée si longtemps. En divers lieux de la chrétienté, le peuple fut rétabli dans le droit de lire l’Écriture, mais la plupart de ceux qui pourraient jouir de ce droit ne s’en prévalent pas.
C’est de cette indifférence que l’on a pour la lecture des livres sacrés que procède l’ignorance dans laquelle le commun des chrétiens est engagé. C’est ce qui fait qu’ils n’ont que des connaissances fort superficielles des vérités et des devoirs du christianisme et que plusieurs en ont même des idées tout à fait fausses. C’est là la source de tant d’erreurs qui ont la vogue et de tant de sentiments libertins et impies qui se répandent de plus en plus, car dès qu’on laisse là l’Écriture, qui est l’unique règle de notre foi, pour suivre ses propres raisonnements, on ne peut manquer de s’égarer. C’est pour avoir abandonné l’Écriture qu’on a vu en divers lieux des personnes qui se croient inspirées et parvenues au plus haut degré de la piété et de la perfection tomber dans les sentiments les plus extravagants et même quelques fois les plus contraires à la pureté des mœurs. C’est enfin, à cette même cause que l’on doit attribuer le relâchement et la
vie toute charnelle et toute mondaine des chrétiens. Tout cela vient de ce qu’on ne lit pas l’Écriture Sainte et qu’on n’en fait pas l’usage pour laquelle elle nous a été donnée. Il est vrai qu’on pourrait suppléer en quelque manière à cette négligence des chrétiens en faisant lire la parole de Dieu dans les assemblées religieuses. Et si l’on s’étonne de ce que le peuple ne la lit pas, il y a encore plus de quoi s’étonner que pendant si longtemps on n’ait pas pensé à rendre à la lecture des livres saints le rang qu’elle a toujours tenu dans le culte public, tant parmi les Juifs, que parmi les chrétiens. Mais quand même l’Écriture serait lue régulièrement dans l’église, cela ne suffirait pas, à moins que les chrétiens ne la lussent aussi dans leurs maisons. Les déclarations formelles de la parole de Dieu, la pratique de l’église, tant sous le Vieux que sous le Nouveau Testament et plusieurs raisons, que ce n’est pas ici le lieu de rapporter, établissent cette nécessité. La lecture particulière a même des avantages que la lecture publique n’a pas. En lisant en particulier on peut lire plus à loisir, considérer les choses avec plus d’attention, y revenir plus d’une fois et s’en faire une juste application. C’est aussi le moyen de mieux profiter de ce qu’on entend en public, n’étant pas possible de bien comprendre ce qui se dit dans les instructions publiques et dans les sermons lorsqu'on ne possède pas l’Écriture. Outre cela, la lecture particulière nourrit la piété et la dévotion, mais ceux qui négligent lcette lecture tombent infailliblement dans l’indifférence et dans le dégoût pour les choses divines, ce qui ne peut être suivi que du relâchement dans les devoirs de la piété et de l’abandonnement à ses passions.
IT - Des livres de vieux testament et leur utilité
Pour passer maintenant à la manière dont l’Écriture doit être lue, on fera ici quelques réflexions : Premièrement, sur les livres de l’Écriture Sainte et sur ses différentes parties et en second lieu sur les dispositions qu’il faut apporter à cette lecture. Des livres du Vieux Testament et de leur utilité.
Chacun sait que l’Écriture comprend le Vieux et le Nouveau Testament. Pour ce qui est des livres du Vieux Testament, qui ont été écrits avant la venue de Jésus-Christ, comme c’est la partie de la Bible qu’on lit le moins et que même une infinité de personnes ne la lisent point du tout, il est nécessaire de montrer ici l’utilité de ces livres-là. On se tromperait fort de croire qu’ils n’aient été donnés que pour les Juifs et que leur utilité ait cessé par rapport aux chrétiens. Saint Paul dit : Que toutes les choses qui ont été écrites autrefois ont été écrites pour notre instruction. (a) Parlant de ce qui était arrivé au peuple d’Israël, / dit : que ces choses sont des exemples pour nous et qu'elles ont été écrites pour nous instruire, nous qui sommes parvenus aux derniers temps. (b) Jésus-Christ lui-même exhorte ses disciples, à sonder les Écritures, car, dit-il, c'est par elles que vous croyez avoir la vie éternelle et ce sont elles qui rendent témoignage de moi. (c) Quand notre Seigneur parle ainsi, il recommande la lecture et la méditation des écrits de Moïse et des Prophètes et c’est ce qu’il fait en plusieurs autres endroits. C’est de la connaissance de ce qui est rapporté dans ces écrits que dépend l’intelligence des principaux articles de la religion chrétienne. On en a une preuve bien forte et bien remarquable dans les citations continuelles que Jésus-Christ et les apôtres font des histoires, des oracles et des passages du Vieux Testament. Il y a même des livres entiers dans le Nouveau Testament, que l’on ne saurait entendre si l’on n’a pas lu le Vieux Testament avec quelque attention, c’est ce qu’on peut dire surtout de l’épître aux Hébreux qui n’est autre chose qu’une comparaison entre la loi et l'Évangile. Mais pour mieux reconnaître l’utilité des livres du Vieux Testament, il faut faire attention à ce que ces livres contiennent. Il y en a de trois sortes, savoir des livres historiques, des livres dogmatiques et moraux et des livres prophétiques.
l(a) Rom XV. 4. (b) I Cor X.I1 (c) Jean V.39
**Des livres historiques
Les livres historiques sont les premiers en ordre. Ils commencent à la Genèse et ils finissent au livre d’Ester. On les appelle historiques parce qu’à la réserve de quelques endroits des livres de Moïse qui contiennent les lois que Dieu avait données aux Juifs, l’on n’y retrouve que des histoires. On y voit ce qui est arrivé de plus considérable dans le monde par rapport à la religion et au peuple de Dieu depuis la création jusqu’au retour de la captivité de Babylone. C’est par ces livres qu’il faut commencer. Il est à remarquer sur ce sujet que Dieu a voulu d’abord instruire son église par l’histoire. Cette manière d’instruire est la plus simple et la plus claire, elle est proportionnée à la portée de tout le monde. Les histoires sont toujours faciles à comprendre et à retenir. Les enfants même les entendent sans peine et c’est aussi par là qu’on doit jeter les fondements de leur instruction.
D'ailleurs, c’est sur l’histoire et sur des faits que toute la religion est fondée. C’est de l’histoire que l’on tire des preuves invincibles de la vérité et de la divinité de l’Écriture. Outre cela, les histoires du Vieux Testament renferment les doctrines et les devoirs de la religion. Elles nous proposent plusieurs beaux exemples où nous pouvons considérer la providence de Dieu, sa sagesse, sa bonté, sa justice, son amour envers les gens de bien, sa colère sur ceux qui l’offensent. Le chapitre XI de l’épître aux Hébreux est remarquable sur ce sujet. Saint Paul, voulant montrer quelle est la nature de la foi et quels en sont les effets, rassemble dans ce chapitre les exemples de foi, d’obéissance et de constance que l’on trouve dans la vie des patriarches et des personnes illustres qui ont vécu avant Jésus-Christ. Par où l’on peut reconnaître, combien la lecture et la méditation des histoires du Vieux Testament est utile aux chrétiens.
*#*Des livres dogmatiques et moraux
Les livres du Vieux Testament qu’on appelle dogmatiques et moraux sont le livre de Job, les Psaumes et les écrits de Salomon. Ces livres ne sont pas tout à fait si clairs que les livres historiques. On trouve, par exemple, dans le livre de Job et dans les Proverbes quelques endroits dont le sens n’est pas aisé à découvrir, ce qui vient le plus souvent du défaut des versions et de la difficulté qu’il y a d’exprimer dans les langues de notre temps des sentences extrêmement concises et des manières de parler figurées et fort différentes des nôtres. Mais si ces livres ont quelque obscurité dans ces endroits-là, cela n’empêche pas qu’on ne puisse les lire avec un grand fruit.
En général, on y trouve ces trois choses : /a doctrine, la morale et des sentiments de dévotion et de piété. On y voit les principales doctrines de la religion, telles que sont celles-ci : qu’il y a un Dieu créateur du monde, que c’est lui qui gouverne tout par sa providence, qui dispense les biens et les maux, qui protège les gens de bien, qui punit les méchants, que ce Dieu tout juste rendra à chacun selon ses œuvres et d’autres doctrines semblables qui sont proposées dans ces livres et particulièrement dans celui de Job et dans les Psaumes avec beaucoup de clarté et soutenues par des exemples très instructifs. Ces livres contiennent d’admirables maximes de morale et des préceptes fort utiles sur les principaux devoirs de la religion, sur la justice, sur la charité, sur la pureté et la tempérance, sur la patience et sur les autres vertus. On y trouve, et surtout dans les Psaumes, de beaux sentiments de piété et d’excellents modèles de dévotion. On y voit combien nous devons être touchés de la grandeur de Dieu, avec quel respect il faut adorer cet être suprême, avec quelle attention et quel plaisir on doit méditer les merveilleux ouvrages de la création et de la providence, avec quelle ardeur et quelle reconnaissance nous devons célébrer ses perfections et le remercier de ses bienfaits, l’estime que nous devons faire des saintes lois du Seigneur et les avantages incomparables que la piété procure à ceux qui s’y adonnent. Nous y apprenons à nous confier en Dieu, à l’invoquer dans l’adversité, à nous soumettre avec résignation à sa volonté, à recourir à sa miséricorde par la repentance quand nous l’avons offensé. Ainsi, la lecture de ces livres-là est très propre pour diriger et pour
enflammer la dévotion.
**Des livres prophétiques
Les livres prophétiques sont les écrits des prophètes, depuis Esaïe jusqu’à Malachie. On les nomme prophétiques parce qu’ils contiennent principalement des prophéties ou des prédictions. Ce n’est qu’il n’y ait pas dans ces livres des histoires très remarquables, comme dans Jérémie, dans Daniel et dans Jonas et qu’ils ne renferment aussi diverses instructions morales, telles que sont les exhortations et les remontrances des prophètes. Mais les prophéties sont la principale partie de ces livres-là. Et ces prophéties sont de trois sortes. Il y en a qui regardent Jésus-Christ et l’église Chrétienne, il y en a d’autres qui concernent les Juifs et 1l y en a enfin qui marquent ce qui doit arriver aux autres peuples et dans les empires du monde.
Quand on lit ces oracles des prophètes, on y trouve d’abord de l’obscurité, mais cela ne doit pas surprendre. Il faut considérer premièrement que toute prophétie doit être obscure, au moins à certains égards avant l’événement. Non seulement il n’était pas nécessaire pour le salut des fidèles de ce temps-là que les oracles fussent clairs pour eux et qu’ils les entendissent parfaitement, mais le sens en a dû être caché. La profonde sagesse de Dieu et les merveilles de sa Providence paraissent avec bien plus d’éclat quand on fait réflexion qu’il a accompli ses desseins et les prédictions des prophètes sans que les hommes le sussent et par des moyens auxquels personne n’aurait pensé. D'ailleurs si ces prédictions eussent été tout à fait claires dans toutes les circonstances les hommes auraient pu mettre des obstacles à l’exécution des desseins de Dieu, à moins qu’il n’eût fait des miracles continuels et changé l’ordre du monde. Ainsi, c’est avec une grande sagesse qu’il a répandu quelque obscurité sur les prophéties.
Il faut savoir après cela que ce qui était autrefois obscur est devenu clair par l’événement. La plupart des oracles qui regardaient la venue de Jésus-Christ, ses souffrances, son règne, la réjection des Juifs et la vocation des gentils sont maintenant faciles à entendre. Les prédictions qui se rapportaient aux Juifs et qui marquaient la ruine de Jérusalem et leur dispersion qui devait arriver premièrement par les Assyriens et les Babyloniens et ensuite par les Romains peu après la venue de notre Seigneur, ces prédictions-là n’ont aucun embarras, l’événement les ayant parfaitement éclaircies. Pour ce qui est de celles qui concernaient les autres peuples et les empires du monde, telles que sont les prophéties d’Esaïe, depuis le chapitre XIII et les célèbres prédictions de Daniel, elles sont plus difficiles à entendre parce que la plupart de ceux qui les lisent ne savent pas l’histoire de ces peuples et de ces temps-là, mais elles sont tout à fait claires pour ceux à qui cette histoire est connue. Outre cette obscurité qui vient des choses mêmes dont les prophètes parlent, il y en a une autre qui naît du style de ces hommes divinement inspirés. Ils s’exprimaient d’une manière figurée. Ils employaient diverses images et des façons de parler fort éloignées de l’usage de notre temps. Mais avec quelque secours, tel qu’est celui qu’on a tâché de donner dans cet ouvrage et dès qu’on est un peu accoutumé au langage des prophètes, on peut aisément voir ce qu’ils veulent dire. Après tout, s’il y a des endroits dans leurs écrits que l’on ne comprenne pas bien, on peut sans préjudice de salut en ignorer le sens. Mais on a grand tort de négliger comme on fait la lecture des prophéties.
Si les chrétiens les lisaient et les méditaient, ils en verraient sortir une lumière qui les frapperait. Ils y découvriraient des beautés qui leur sont inconnues et ils se sentiraient tout autrement pénétrés de la vérité et de l’excellence de la religion qu’ils ne le sont. En effet, on ne saurait rien imaginer qui puisse nous convaincre avec plus d’évidence et avec plus de force qu’il y a un Dieu qui conduit toutes choses et qui nous parle dans les Écritures, que ces prophéties si anciennes qui étaient déjà entre les mains des Juifs telles que nous les avons plusieurs siècles avant la venue de notre Seigneur et qui ont été si exactement accomplies. C’est pourquoi Saint Pierre recommande aux chrétiens la lecture et la méditation des prophéties comme un moyen tout à fait propre à affermir leur foi.
Nous avons ainsi la parole des prophètes qui est très ferme, à laquelle vous faites bien de vous
attacher comme à une lampe qui éclairait dans un lieu obscur en attendant que le jour vint à luire et que l'étoile du matin se levât dans vos cœurs. (a)?
IL. Des livres du Nouveau Testament
Le Nouveau Testament est la partie de l’Écriture dont il importe le plus aux chrétiens d’avoir la connaissance. À comparer le Vieux Testament avec le Nouveau, ce dernier est le plus clair et le plus parfait. Car, quoique la doctrine de l’Évangile soit la même dans le fond que celle de Moïse et des prophètes, il est pourtant certain que les vérités divines, les devoirs, les promesses, les menaces sont proposées avec plus de clarté et de force dans le Nouveau Testament. Non seulement l'Évangile a dissipé les ombres de la loi et mis en évidence ce qui n’était révélé qu’en partie avant Jésus-Christ, mais il nous enseigne plusieurs choses que les anciens fidèles ignoraient et que les prophètes eux-mêmes ne connaissaient pas comme notre Seigneur le remarque dans l'Évangile. (b) De là vient que Saint Paul appelle ces choses-là des Mystères, ou des choses cachées qui avaient été inconnues dans les siècles précédents. (c) Il ne faut pas être surpris si l’on trouve dans l’Évangile plus de lumière que dans la loi. C’est Moïse et ce sont les prophètes qui parlent dans le Vieux Testament, mais dans le Nouveau Testament, c’est Jésus- Christ le fils de Dieu, duquel Dieu a dit : C'est ici mon fils bien-aimé, écoutez-le. (d)° Saint Paul marque cette différence lors qu’il dit : Que Dieu a autrefois parlé à nos pères à diverses fois et en plusieurs manières par les prophètes, mais qu'il nous a parlé dans les derniers jours par son
fils. (e)
**De l'Évangile
Le Nouveau Testament comprend l’Évangile avec les Actes des Apôtres et les Épîtres. De ces deux parties, l'Évangile est la première en ordre et en dignité. Nous y trouvons premièrement les discours de notre Sauveur tels qu’ils sont sortis de sa bouche sacrée, la doctrine très sainte et très parfaite qu’il a enseignée aux hommes pour leur apprendre à connaître Dieu et à le servir en esprit et en vérité, les devoirs dont il recommande l’observation à ses disciples, les peines et les récompenses de la vie à venir et tout cela dans un degré d’évidence et de force qu’on ne trouve nulle part ailleurs. On y lit le récit de ses miracles dans lesquels on voit éclater sa puissance divine et en même temps sa grande bonté, car ces miracles n’ayant été que des bienfaits. On doit faire une grande attention aux miracles de notre Seigneur quand on lit l'Évangile, puisque c’est la voie que Dieu choisit pour montrer aux hommes que Jésus était le Messie. Nous voyons enfin dans l’Évangile la vie toute sainte de ce grand Sauveur, son zèle et son obéissance à la volonté de son Père, sa grande charité envers les hommes, sa douceur, son humilité, sa sincérité, sa pureté, sa patience, son renoncement au monde. Toutes ces vertus qui brillent dans sa vie sont réunies dans sa mort et cela au plus haut degré.
Enfin, l'Évangile joint à l’histoire de la mort de Jésus-Christ celle de sa résurrection et de son ascension qui sont le fondement de notre foi et de notre espérance. Il paraît de là que l’Évangile est la partie la plus considérable de Nouveau Testament. Aussi a-t-on toujours regardé dans l’église la lecture de l’Évangile comme très importante et tout de même que les Juifs, quoi qu’ils lussent les écrits des prophètes et qu’ils les reçussent comme divins, avaient une vénération singulière pour la loi de Moïse et lui donnaient le premier rang, les chrétiens ont aussi toujours eu pour l’Évangile un respect particulier. De là vient l’ancienne coutume de se lever et d’être debout quand on lit l'Évangile dans l’église et celle d’expliquer l'Évangile tous les dimanches de l’année.
On voit dans les Actes des apôtres comment l'Évangile fut prêché après l’ascension de Jésus- Christ, tant à Jérusalem et dans les lieux voisins, qu’en plusieurs endroits du monde. La lecture
2 (a) 2 Pier 1.19. (b) Math XIII. 17. 1. Pier. 1.10 et IL.12 (c) Ephes II. 4.5.6
de ce livre est fort utile et comme il ne contient que des histoires, il est assez clair.
**Des Épîtres
Les Épîtres qui sont des lettres que les apôtres ont écrites aux églises de leur temps ou à certaines personnes font aussi parties des livres sacrés du Nouveau Testament. Saint Pierre nous apprend que du vivant des apôtres, on mettait déjà les Épîtres de Saint Paul dans le rang des divines Écritures. (f)* Ce serait se tromper grossièrement de croire que l'Évangile suffit et que l’on peut se passer des
Épiîtres. On trouve dans les Épîtres l’explication de plusieurs articles qui y sont éclaircis plus particulièrement que dans l'Évangile, en sorte que l'Évangile est plus clair, à divers égards, quand on y joint les Épîtres.
En effet, Jésus-Christ ne trouvait pas toujours à propos de s’expliquer nettement et précisément sur divers points. Il enveloppait souvent sa pensée sous des expressions figurées ou sous des similitudes qui avaient quelque obscurité et qui ne devaient être claires qu’après son ascension. (g) Il y avait même diverses choses que Jésus-Christ ne disait pas à ses apôtres pendant qu’il était sur la terre et qui par conséquent ne se trouvent pas dans l'Évangile. Voici comment il leur parlait : J'ai plusieurs choses à vous dire, mais vous ne pouvez pas les porter maintenant ; mais quand l'esprit sera venu, il vous annoncera les choses à venir. (h)
Les apôtres furent beaucoup plus éclairés après qu’ils eurent reçu le Saint-Esprit qu’ils ne l’étaient auparavant. Ainsi, nous trouvons dans leurs écrits de grandes lumières et diverses choses très utiles et même tout à fait nécessaires pour notre instruction. Ce qu’il y a de principal à observer pour bien entendre les Épîtres, c’est l’occasion et les vues dans lesquelles les apôtres les ont écrites. Ils y traitent divers sujets selon que les temps où ils vivaient et les besoins des églises le demandaient, mais ce qu’ils disent sur ces sujets-là sert à éclaircir plusieurs points de la religion. En général, ils s’y proposent de conserver dans les églises chrétiennes, qui avaient été fondées depuis peu, la pureté de la doctrine et la pureté des mœurs et de munir les fidèles contre les erreurs que diverses personnes sorties d’entre les Juifs ou d’entre les païens s’efforçaient de répandre et par lesquelles elles corrompaient la doctrine et la morale de l'Évangile. Le grand but des apôtres dans toutes les Épîtres est de porter les chrétiens à persévérer dans la foi et dans une vie sainte. Elles finissent toutes par des exhortations à la pratique des vertus et des devoirs de la religion. Il y en a même qui n’ont été écrites que dans cette vue, telles sont particulièrement les Épîtres qu’on appelle catholiques, dans lesquelles, à la réserve de certains endroits où les apôtres touchent quelques articles de doctrine, on ne trouve que des préceptes de morale et des exhortations à la sainteté.
IV - Des dispositions avec lesquelles il faut lire l’Écriture Sainte.
Par ce qui vient d’être dit, on voit que la lecture des livres du Vieux et du Nouveau Testament est une source abondante d’instruction et d’édification. Mais pour en tirer cette utilité, il faut que l’esprit et le cœur soient bien disposés quand on les lit. On pourrait lire l’Écriture, même avec assiduité et le faire cependant sans aucun fruit si on ne lisait que pour lire et par besoin d’acquit seulement. Il en est de la lecture comme de la prière et des autres actes de la religion qui ne servent de rien et qui tournent même en péché lors qu’on n’y apporte pas les dispositions qui doivent les accompagner.
Avec attention
La première est l'attention. C’est-à-dire que quand on lit, il faut que l’esprit soit libre, tranquille et vide d’autres pensées. On doit surtout prendre garde que le cœur ne soit pas possédé par les
4 (d) Math XVIL.S (e) Hbr.I.2 (f) 2 Pier 111.26. (g) Math.XIII. 11 (h) Jean XV1.12.13
passions, car c’est principalement du cœur et des passions que procèdent les distractions et le manque d’attention dans la lecture, aussi bien que dans la prière, l’esprit revenant toujours aux choses dont le cœur est occupé. À cause de cela, il est bon de choisir pour la lecture un temps où l’on ne soit pas occupé par d’autres choses et particulièrement le matin. Il importe aussi de se recueillir avant que de commencer la lecture et de s’exciter à l’attention en pensant sérieusement à ce qu’on va faire et en considérant que, quand nous lisons l’Écriture, Dieu nous parle et que c’est par le moyen de sa parole qu’il veut nous conduire à la vie éternelle et nous rendre heureux. Outre cela, pour lire avec attention, il faut lire à loisir. Certaines personnes se piquent de lire beaucoup et de parcourir toute l’Écriture en peu de temps, mais la lecture ne devient profitable que par l’attention qu’on y donne, par la méditation et par les réflexions qu’on y fait. Il en est de la lecture, qui est la nourriture de l’âme, comme de la nourriture du corps qui ne peut conserver la vie et les forces, à moins qu’elle ne soit mâchée et digérée. Aïnsi, il faut éviter la précipitation, ne rien faire à la hâte et se donner le loisir de bien considérer et de bien peser ce qu’on lit. Pour cet effet, les lectures ne doivent pas être trop longues et il vaut mieux ne pas tant lire à la fois, quoi que pourtant il y ait quelque différence à faire à cet égard. Quand on lit des histoires, on peut lire davantage et aller plus vite. Une histoire est plus liée, elle ne transporte pas l’esprit d’un sujet à un autre, la suite de la narration attache, elle soutient l’attention et l’on retient aussi mieux ce qu’on a lu. Mais lorsqu'on lit des chapitres de doctrine ou de morale, comme dans le livre de Job, dans les Proverbes et dans les Épîtres, on ne peut pas faire de si longues lectures parce que chaque verset demande une considération particulière, ainsi 1l faut lire moins et plus lentement.
Avec assiduité
On doit lire fréquemment et assidüment. Ce n’est que par une lecture fréquente qu’on peut se rendre l’Écriture familière et en acquérir une connaissance suffisante. En la lisant souvent et régulièrement, on a occasion de la méditer toujours davantage. Mais ceux qui ne la lisent que rarement ne se rempliront jamais l’esprit et moins encore le cœur de ce qui est contenu dans les livres sacrés. Outre cela, une lecture assidue et exacte donne toujours plus de goût pour la parole de Dieu, étant certain que plus on la lit, plus on la médite et plus on y trouve d’onction et de beauté, plus elle éclaire l’esprit, plus elle réjouit et sanctifie le cœur. Un chrétien doit donc faire de cette divine parole son étude ordinaire, la méditer jour et nuit et comme il prend tous les jours la nourriture du corps, il doit aussi donner chaque jour à son âme la nourriture céleste qui fait vivre éternellement.
Avec discernement
Il faut lire avec discernement, et cela, tant pour bien entendre le sens de l’Écriture que pour en comprendre l’usage. Autrement on la lirait sans fruit et on pourrait même se tromper dangereusement. Premièrement, on a besoin de discernement pour bien juger comment et en quel sens ce qu’on lit est la parole de Dieu. Tout de même qu’il y a des actions qui sont récitées dans l’Écriture, non afin que nous les imitions, mais plutôt pour nous en donner de l’horreur ; aussi on y trouve bien des choses qui n’ont pas été mises par écrit pour servir de règle à nos sentiments et à notre conduite. Les auteurs sacrés rapportent quelquefois les discours et les sentiments des méchants. On trouve dans Malachie ces paroles : C’est en vain qu'on sert Dieu et que gagne-t-on à garder ce qu'il a commandé. Et on lit dans une des Épîtres de Saint Paul, cette maxime des profanes et des gens sensuels : Mangeons et buvons, car nous mourrons demain. Mais quand on lit ces endroits-là et d’autres semblables, il faut se souvenir, que ce sont des impies qui parlent de la sorte. Les personnes mêmes dont la piété est louée dans l’Écriture n’ont pas toujours parlé et agi d’une manière conforme à la piété. Ainsi, quand on lit que David jura d’exterminer la maison de Nabal, il faut penser qu’il pécha en cela. Les discours des amis de Job, quoique très beaux et très instructifs, ne sont pas à approuver en tout, car l’est dit que
Dieu fut irrité contre eux, parce qu’ils n’avaient pas parlé comme il faut.
Ce discernement est aussi nécessaire pour juger en quel sens ce qu’on lit doit être pris, sans quoi l’on s’abuserait souvent. Par exemple, lorsque Moïse dit que : Dieu endurcit le cœur de Pharaon, l’on pourrait croire que l’endurcissement des hommes vient de Dieu et qu’il en est la cause, ce qui serait un sentiment détestable et blasphématoire. Quand Saint Paul dit que : Jésus- Christ nous a affranchis de la loi, qu'il a aboli l'obligation qui était contre nous dans les ordonnances de la loi, qu'on est justifié sans les œuvres de la loi, il faut savoir dans quel sens il le dit, autrement on tomberait dans la fausse et pernicieuse pensée de croire que les chrétiens sont dispensés de garder la loi morale et que les bonnes œuvres ne sont pas nécessaires. On entend tous les jours les pécheurs et les libertins s’autoriser et s’excuser par des passages de l’Écriture pris dans un sens faux. Les hommes ignorants et peu affermis tordent ce divin livre à leur propre perdition, (a) comme Saint Pierre le disait déjà en son temps. Les exemples en sont infinis. Cela fait voir combien il importe de lire l’Écriture avec un sage et juste discernement. L'un des principaux moyens de ne pas se tromper sur le sens de l’Écriture c’est d’avoir toujours devant les yeux le but des auteurs sacrés, d’examiner à quelle occasion et dans quelle vue ils parlent, de faire attention à la liaison du discours, à ce qui précède et à ce qui suit et de confronter ce qu’on lit avec d’autres endroits qui peuvent servir à l’éclaircir. On se tromperait fort si l’on prenait tous les versets de l’Écriture séparément, comme si c’étaient autant de sentences détachées et qui eussent chacune leur sens à part, à peu près comme les sentences du livre des Proverbes. Il ne faut jamais perdre de vue le dessein et le but du discours si l’on veut découvrir le véritable sens de la parole de Dieu. C’est à quoi l’on doit surtout prendre garde dans les livres et dans les chapitres dogmatiques et en particulier dans les Épiîtres, et c’est aussi par cette considération que l’on a été obligé d’étendre un peu les arguments de ces chapitres-là.
Si le discernement dont on vient de parler est nécessaire pour entendre l’Écriture, il ne l’est pas moins pour en découvrir l’usage. Il faut savoir sur cela que le grand but de l’Écriture et de l’usage auquel elle est destinée c’est de produire en nous la foi et l’amour de Dieu et de nous conduire par ce moyen à la vie éternelle.
Ces choses sont écrites, dit Saint Jean, afin que vous croyiez que Jésus est le Christ le fils de Dieu et qu'en croyant vous ayez la vie par son nom. (b)
Saint Paul dit encore : Que toutes les choses qui ont été écrites autrefois ont été écrites pour notre instruction, afin que par la patience et par la consolation que les Écritures donnent nous retenions l'espérance. (c) ° C’est là l’effet naturel de toutes les parties de la révélation. Les doctrines et les vérités nous sont proposées afin que nous les recevions avec foi, qu’elles purifient nos cœurs et qu’elles nous portent à aimer Dieu et à le craindre. Les commandements ne nous sont donnés qu'’afin que nous les observions. Les promesses et les menaces ne tendent qu’à nous détourner du mal et à nous porter au bien. C’est à cela que servent es exemples que l’Écriture nous met devant les yeux.
Ainsi dans toutes les lectures qu’on fait, il faut toujours y chercher ce qu’il y a de propre, premièrement à nous éclairer et à nous instruire et ensuite à nous sanctifier et à nous conduire à Dieu, en sorte que ce que nous lisons nous excite toujours davantage à la piété et nous dispose de plus en plus à bien vivre. De plus, il importe que chacun remarque dans l’Écriture ce qui peut le concerner en particulier et ce qui a du rapport à ses besoins et à l’état dans lequel il se trouve. C’est dans cette juste application qu’on se fait à soi-même de ce que la parole de Dieu contient que consiste le légitime usage de ce livre. Saint Jaques l’enseigne, lors qu’il dit : Qu'il en est de celui qui écoute la parole, comme d'un homme qui regarde son visage dans un miroir, que les auditeurs oublieux, après s'être regardés dans ce miroir oublient aussitôt comment ils
> (a) 2 Pier IL. 16. (b) Jean XX.31 (c) Rom. XV.4 (c)
sont faits au lieu que les auditeurs sages et fidèles sont ceux qui considèrent et méditent attentivement cette parole et qui mettent en pratique ce qu'elle ordonne. (d)’ Par où cet apôtre montre que l’obéissance et la pratique est le but auquel il faut rapporter l’Écriture Sainte, que nous ne devons la lire et l’écouter que dans la vue de devenir plus gens de bien et que celui qui n’en fait pas cet usage se trompe et s’abuse lui-même.
Avec soumission et obéissance de foi
L’Écriture doit être lue avec soumission et obéissance de foi. En effet, puisque c’est Dieu qui nous y parle, tout ce que nous avons à faire c’est en premier lieu de bien nous assurer du sens de l’Écriture et de la bien entendre, ce qui n’est jamais difficile dans les choses nécessaires pour le salut et après cela de recevoir avec soumission tout ce qu’elle nous dit et d’y conformer notre croyance et notre conduite. Ainsi, quand nous lisons les histoires qui y sont rapportées, nous devons les croire aussi fermement que si nous voyons les événements dont elles nous font le récit et nous le devons d’autant plus qu’il n’y a point d’histoire qui ait autant de preuves de sa vérité qu’en a l’histoire sainte.
Lorsque l’Écriture nous propose des doctrines et qu’elle nous ordonne de les croire, il faut les recevoir avec une pleine persuasion. Et quand même il y aurait dans ces doctrines-là quelque chose dont nous ne pourrions pas bien comprendre les raisons ou la manière, cela ne devrait pas nous faire de la peine, ni ébranler notre foi. Il faut considérer qu’il y a des vérités certaines, évidentes et dont on ne saurait douter et qui cependant, lorsqu’on veut les approfondir, ont des difficultés que personne ne résoudra jamais.
Ainsi, il est de la sagesse aussi bien que de la piété dans ces occasions-là de se défaire de l’esprit de curiosité et de laisser là les vains raisonnements et les recherches téméraires qui ne feraient que nous jeter dans le doute et dans l’incrédulité. Dieu a parlé, il n’en faut pas davantage. Quand nous lisons les commandements et les lois que Dieu nous donne dans sa parole pour servir de règle à notre conduite, notre devoir est de croire que l’observation de ces lois est absolument nécessaire et de nous y conformer. C’est ici, surtout où le sens de l’Écriture n’est jamais obscur et où il est impossible de se tromper, à moins qu’on ne s’aveugle volontairement. Aïnsi, 1l n’y a pas d’autre parti à prendre que de se soumettre humblement et en simplicité de cœur à tout ce qu’il plaît à Dieu de nous commander, nous souvenant toujours qu’il a une souveraine autorité sur nous et qu’il ne nous prescrit rien qui ne tende à notre bonheur. Quand même ce que Dieu nous commande nous paraîtrait désagréable et fâcheux et serait opposé à nos passions et à nos inclinations les plus chères, il suffit que Dieu ait parlé et qu’il ait dit : Vous ferez ceci pour qu’il faille le faire, vous ne ferez pas cela pour qu’il faille s’en abstenir. Il faut alors imposer silence aux passions et ne point écouter les suggestions de notre propre cœur, car ce ne sont que les passions qui nous font trouver des difficultés dans ce que Dieu ordonne et qui nous suggèrent de fausses raisons pour nous dispenser d’obéir. Et si pour cela il faut résister à nos penchants et à nous faire violence à nous-mêmes c’est par là que nous ferons voir que la foi et l’amour de Dieu sont le principe de notre conduite. Ce n’est même qu’en résistant à nos inclinations et en surmontant nos répugnances que notre obéissance peut être éprouvée et que nous pouvons montrer que nous soumettons notre volonté à celle du Seigneur. Mais il est dangereux et tout à fait contraire à la foi de raisonner quand Dieu commande et de contester, soit sur la nature, soit sur la nécessité de nos devoirs. C’est pour bannir tous ces faux raisonnements, tous ces vains prétextes, par lesquels on prétend éluder les déclarations les plus expresses de la parole de Dieu que les apôtres ont accoutumé de dire lorsqu’il s’agit des lois par lesquelles nous serons jugés : Ne vous abusez point. Ne vous séduisez point vous-mêmes par de vains discours.
Enfin, cette soumission doit avoir lieu à l’égard des promesses et des menaces. Cela veut dire que lorsque l’Écriture nous parle de la félicité de la vie à venir ou des peines qui sont réservées
7(d) Jaq I
aux méchants, nous ne devons pas plus douter de la certitude de ces promesses et de ces menaces que si nous en voyions déjà l’accomplissement et que si le grand jour des peines et des récompenses était déjà arrivé. C’est là un des principaux effets de la foi : Elle rend présentes les choses qu'on espère et elle donne une pleine conviction de celles qu'on ne voit point. (e)° Voilà en quoi consiste cette obéissance de foi qui doit accompagner la lecture de l’Écriture Sainte.
Sans cela, on la lit et on l’écoute en vain. La parole ne sert de rien lors qu'elle n'est pas mêlée avec la foi dans ceux qui l’entendent. (f)
Avec piété et dévotion
La dernière disposition qu’on doit apporter à cette lecture c’est /a piété et la dévotion. Cette disposition est la principale et elle renferme toutes les autres. Il faut que celui qui lit l’Écriture aime la vérité et la vertu, qu’il ait le cœur porté au bien et une intention sincère de connaître la volonté de Dieu et de la faire. Cette droiture d’intention est ce que notre Seigneur appelle dans l'Évangile un cœur honnête et bon qui fait que l’on retient la parole et qu'on en rapporte le fruit avec persévérance. (g) C’est ce qui rend l’esprit attentif et ce qui donne ce sage discernement qui est si nécessaire pour bien connaître ce que Dieu veut que nous sachions et que nous fassions pour être sauvés. Avec cette intention on entre toujours dans le vrai sens de l’Écriture et on en découvre les beautés. Jésus-Christ nous l’apprend par ces paroles si remarquables : Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il connaîtra ma doctrine. (h) Dieu se révèle à ceux qui le cherchent et c’est dans leurs cœurs qu’il répand les plus vives lumières de son esprit et les connaissances les plus salutaires.
Après cela, la lecture de l’Écriture Sainte demande un cœur plein de dévotion. La dévotion est nécessaire dans la prière de l’aveu de tous ceux qui ont quelque religion. Elle ne l’est pas moins dans la lecture. Quand Dieu nous parle dans sa parole, nous ne devons pas moins être pénétrés de ces sentiments tendres et affectueux, de respect, de zèle, de joie et d’amour, que la dévotion produit, que nous devons l’être quand nous lui parlons dans nos prières. La prière ne doit jamais être séparée de la lecture. On ne saurait mieux se disposer à écouter la voix de Dieu qu’en l’invoquant et en tenant son cœur élevé à lui. C’est en priant et en implorant avec humilité le secours du Saint-Esprit que l’on obtient cette grâce qui fléchit le cœur à l’amour de Dieu et à l'observation de ses lois. Ce n’est aussi que par-là que la lecture de l’Écriture Sainte peut nous devenir salutaire et nous conduire au but pour lequel le Seigneur l’a faite rédiger par écrit. Dieu veuille que les réflexions qu’on vient de faire et celles qui sont répandues dans le corps de cet ouvrage produisent cet effet sur ceux qui les liront !
Fin du discours préliminaire de Jean Fréderic OSTERVALD, 1771
8 (e) Hebr X1.2. (f) Hebr IV.2 (g) Luc VIL15. (h) Jean VIL.17
Mots de l'Éditeur
« Et ils criaient à haute voix, et disaient : Le salut vient de notre Dieu, qui est assis sur le trône, et de l’Agneau ; et tous les anges se tenaient autour du trône, et des vieillards, et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône sur le visage, et ils adorèrent Dieu, en disant : Amen. Louange, gloire, sagesse, actions de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu, aux siècles des siècles. Amen. » APOCALYPSE VII, 10.12
C’est avec le cœur rempli d’une gratitude infinie que nous rédigeons ces quelques mots pour exprimer au ROI DES ROIS, et au SEIGNEUR DES SEIGNEURS, notre joie et notre admiration sans borne pour l’achèvement de cette œuvre qu’il a lui-même institué. Seigneur, tu nous as fait l’immense honneur et l’infinie grâce d’ériger notre foi en actions en nous rendant participatifs de cette construction à ton édifice sacerdotal. Toi Seigneur JESUS-CHRIST dont l’éclat de ta gloire est semblable à celle d’une pierre précieuse, reçoit notre adoration au travers de cette bible qui est la PAROLE DE DIEU. Nous t’implorons de nous pardonner pour tout manquement dans la retranscription de ta pensée et de ne point regarder à ses imperfections. Mais continues ETERNEL ton ouvrage d’orfèvre, toi qui t’assoies comme celui qui affine et purifie l’argent ; nettoie-nous comme tes enfants, et purifie-nous comme on purifie l’or et l'argent. Afin que nous puissions t’apporter Ô Dieu vénérable des oblations avec des mains pures et dans ta parfaite justice ; que tout ceci te soit agréable comme au temps de nos Apôtres lors de ta première venue sur terre.
Toi le rejeton et la postérité de David, l’étoile brillante du matin, puisse ton regard constamment fixé sur ces ouvrages. Purifie-les pour que ceux qui les reçoivent puissent avoir la grâce d’y voir refléter ta propre image. Père miséricordieux pardonne à ton Eglise ses péchés et dépouille- la des œuvres infructueuses des ténèbres afin qu’elle passe des ténèbres à la lumière, de la rébellion des fils de colère à l’obéissance dans ta Sainte loi, de la séduction et l’aveuglement à la sanctification et au discernement, pour qu’elle soit prête et parée de vêtement de noces pour le Grand jour ton avènement.
« Quand ils auront péché contre toi (car il n'y a point d'homme qui ne pèche), et qu'étant en colère contre eux, tu les auras livrés entre les mains de leurs ennemis, et que ceux qui les auront pris, les auront menés captifs en pays ennemi, soit loin, soit près ; si dans le pays où ils auront été menés captifs, ils reviennent à eux-mêmes, et si, se repentant, ils prient au pays de ceux qui les auront emmenés captifs, disant : Nous avons péché, nous avons fait iniquité, et nous avons agi perfidement ; s'ils retournent à toi de tout leur cœur et de toute leur âme dans le pays de leurs ennemis qui les auront emmenés captifs, et s'ils t'adressent leurs prières, en regardant vers leur pays que tu as donné à leurs pères, vers cette ville que tu as choisie, et vers cette maison que j'ai bâtie à ton nom ; alors exauce des cieux, du domicile arrêté de ta demeure, leur prière et leur supplication, et maintiens leur droit. » ; I ROIS VIII, 46-49
Mes bien-aimés membres du Corps de Christ, soupirons continuellement après cette venue, attendons-la en persévérant à bien faire et disons avec l’épouse, qui est l’Eglise, et avec tous ses vrais enfants : « Viens bientôt ! Oui, Seigneur Jésus, viens ! Amen ! »
« L'Esprit et l'épouse disent : Viens. Que celui qui l'entend, dise aussi : Viens. Que celui qui a soif vienne aussi, et que celui qui voudra de l’eau vive, en prenne gratuitement. » APOCALYPSE XXII,17
LE
VIEUX
TESTAMENT.
Revu et corrigé sur le texte Original, par les PASTEURS & PROFESSEURS de l’Église de GENEVE AVEC LES
ARGUMENTS ET LES REFLEXIONS SUR LES CHAPITRES ;
PAR J. F. OSTERVALD Pasteur de l’Église de Neuchâtel
TROISIEME EDITION Revue et corrigée
À BIENNE, dans la LIBRAIRIE HELLMANN, & à NEUCHATEL, chez S. FAUCHE, &Comp.
MDCCLXXI.
INDICE
Des noms de tous les livres du vieux testament avec le nombre de leurs chapitres
et les pages correspondantes CHAPITRES PAGES
LES LIVRES DE MOISE GENESE OU 1'8 LIVRE DE MOÏSE É 20 EXODE OU 2£"E LIVRE DE MOÏSE XL 100 LEVITIQUE OU 3£"E LIVRE DE MOÏSE XXVII 168 NOMBRES OU 4£ME LIVRE DE MOÏSE XXXVI 218 DEUTERONOME OU 5£"E LIVRE DE MOÏSE XXXIV 285 JOSUE XXIV 347 JUGES XXI 386 RUTH IV 425 I SAMUEL XXXI 431 II SAMUEL XXIV 487 IROIS XXII 534 II ROIS XXV 586 I. CHRONIQUES OI 638 II. CHRONIQUES XXXVI 683 ESDRAS < 745 NEHEMIE XIII 763 ESTER DA 787 JOB XLII 801 PSAUMES CL 854 PROVERBES XXXI 993 ECCLESIASTE XII 1038 CANTIQUE DE SALOMON VIII 1054 LES PROPHETES |
ESAÏE LXVI 1060 JEREMIE LII 1151 LES LAMENTATIONS DE JEREMIE V 1246 EZECHIEL XLVII 1255 DANIEL XII 1335 OSEE XIV 1362 JOËL III 1377 AMOS IX 1382 ABDIAS I 1394 JONAS IV 1396 MICHEE VII 1401 NAHUM III 1410 HABACUC III 1414 SOPHONIE INT 1419 AGGEE Il 1424 ZACHARIE XIV 1428 MALACHIE IV 1445
20 GENESE
LA GENESE
PREMIER LIVRE DE MOÏSE
ARGUMENT
Le livre de la Genèse a été ainsi nommé, parce que Moïse y décrit l'origine de toutes choses. Il commence par la création du monde et il s'étend jusqu'à la mort de Joseph, ce qui comprend l'espace d'environ 2400 ans.
CHAPITRE I. Le premier chapitre contient l'histoire de la création du monde.
1 Dieu créa, au commencement, les cieux et la terre.
2 Et la terre était sans forme et vide, et les ténèbres étaient sur la face de l’abîme, et l'Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux.
3 Et Dieu dit : Que la lumière soit ; et la lumière fut.
4 Et Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.
5 Et Dieu nomma la lumière, Jour ; et les ténèbres, Nuit. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le premier jour.
6 Puis Dieu dit : Qu'il y ait une étendue entre les eaux ; et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux.
7 Dieu donc fit l’étendue, et sépara les eaux qui sont au-dessous de l’étendue d’avec celles qui sont au-dessus de l’étendue ; et ainsi fut.
8 Et Dieu nomma l’étendue, Cieux. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le second jour.
9 Puis Dieu dit : Que les eaux qui sont au-dessous des cieux, soient rassemblées en un lieu, et que le sec paraisse ; et ainsi fut.
10 Et Dieu nomma le sec, Terre. Il nomma aussi l’amas des eaux, Mers ; et Dieu vit que cela était bon.
11 Puis Dieu dit : Que la terre pousse son jet, savoir, de l’herbe portant semence, et des arbres fruitiers portant du fruit selon leur espèce, qui aient leur semence en eux-mêmes sur la terre ; et ainsi fut.
12 La terre donc produisit son jet, savoir, de l’herbe portant de la semence selon son espèce, et des arbres portant des fruits, qui avaient leur semence en eux-mêmes, selon leur espèce ; et Dieu vit que cela était bon.
13 Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le troisième jour.
14 Puis Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires dans l’étendue des cieux, pour séparer la nuit d’avec le jour, et qui servent de signes, et pour les saisons, et pour les jours, et pour les années ;
15 Et qui soient pour luminaires dans l’étendue des cieux, afin de luire sur la terre ; et ainsi fut. 16 Dieu donc fit deux grands luminaires ; le plus grand luminaire, pour dominer sur le jour, et le moindre, pour dominer sur la nuit ; il fit aussi les étoiles.
17 Et Dieu les mit dans l’étendue des cieux, pour luire sur la terre ;
18 Et pour dominer sur le jour et sur la nuit, et pour séparer la lumière d’avec les ténèbres ; et Dieu vit que cela était bon.
19 Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le quatrième jour.
GENESE 21
20 Puis Dieu dit : Que les eaux produisent en toute abondance des animaux qui se meuvent et qui aient vie ; et que les oiseaux volent sur la terre, vers l’étendue des cieux.
21 Dieu créa donc les grands poissons, et tous les animaux vivants et qui se meuvent, que les eaux produisirent en toute abondance, selon leur espèce, et tout oiseau ayant des ailes, selon son espèce ; et Dieu vit que cela était bon.
22 Et Dieu les bénit, disant : Croissez et multipliez, et remplissez les eaux dans les mers ; et que les oiseaux multiplient sur la terre.
23 Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le cinquième jour.
24 Puis Dieu dit : Que la terre produise des animaux vivants selon leur espèce : les animaux domestiques, les reptiles et les bêtes de la terre selon leur espèce ; et ainsi fut.
25 Dieu donc fit les bêtes de la terre selon leur espèce, les animaux domestiques, et les reptiles de la terre selon leur espèce ; et Dieu vit que cela était bon.
26 Puis Dieu dit : Faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance, et qu’il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux des cieux, sur les animaux domestiques, et sur toute la terre, et sur tout reptile qui rampe sur la terre.
27 Dieu donc créa l’homme à son image ; il le créa à l’image de Dieu ; il les créa mâle et femelle.
28 Et Dieu les bénit, et leur dit : Croissez et multipliez, et remplissez la terre, et l’assujettissez, et dominez sur les poissons de la mer, et sur les oiseaux des cieux, et sur toute bête qui se meut sur la terre.
29 Et Dieu dit : Voici, je vous ai donné toute herbe portant semence, et qui est sur toute la terre ; et tout arbre qui a en soi du fruit d’arbre portant semence ; ce qui vous sera pour nourriture.
30 Mais j'ai donné à toutes les bêtes de la terre, et à tous les oiseaux des cieux, et à tout ce qui se meut sur la terre, qui a vie en soi, toute herbe verte pour manger ; et ainsi fut.
31 Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait, et voilà, il était très bon. Ainsi fut le soir, ainsi fut le matin ; ce fut le sixième jour.
REFLEXIONS
Le premier chapitre de la Genèse nous enseigne la première vérité de la religion : c'est qu'il y a un Dieu qui a créé le Ciel et la terre et toutes les choses qui y sont, que c’est lui qui a donné à toutes les créatures la nature et les qualités qu’elles ont et que c’est par sa volonté que le monde subsiste dans l'ordre admirable que l'on y remarque.
Mais nous apprenons surtout dans ce chapitre que Dieu a fait l'homme à son image, qu'il lui a donné la domination sur les autres créatures et une âme spirituelle et immortelle capable de connaître et d'aimer son créateur.
Ainsi notre devoir est de reconnaître et d'adorer la puissance, la grandeur et la sagesse de Dieu qui paraissent dans tous ses ouvrages, de célébrer sa bonté envers nous et de lui rendre continuellement les actions de grâces, l'amour et l'obéissance que nous lui devons si justement.
CHAPITRE II.
Dieu, après avoir créé le monde en six jours, consacre le septième jour. Il met Adam dans le paradis terrestre et il lui défend de manger du fruit d'un arbre qui est appelé l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Il crée la femme et institue le mariage.
1 Les cieux donc et la terre furent achevés et toute leur armée.
2 Et Dieu eut achevé au septième jour l’œuvre qu’il avait faite ; et il se reposa au septième jour de toute l’œuvre qu’il avait faite.
3 Et Dieu bénit le septième jour, et il le sanctifia, parce qu’en ce jour-là il s’était reposé de toute l’œuvre qu’il avait créée pour être faite.
4 Telles sont les origines des cieux et de la terre, lorsqu'ils furent créés, quand l’Eternel Dieu
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fit la terre et les cieux ;
5 Et toutes les plantes des champs, avant qu’il y en eût en la terre, et toutes les herbes des champs, avant qu’elles eussent poussé. Car l’Eternel Dieu ne faisait point pleuvoir sur la terre, et il n’y avait point d’homme pour cultiver la terre.
6 Et aucune vapeur ne montait de la terre, qui arrosât toute la surface de la terre.
7 Or, l'Eternel Dieu avait formé l’homme de la poudre de la terre, et il avait soufflé dans ses narines une respiration de vie ; et l’homme fut fait en âme vivante.
8 L’Eternel Dieu avait aussi planté un jardin en Héden du côté de l’orient, et il y avait mis l’homme qu’il avait formé.
9 Et l'Eternel Dieu avait fait germer de la terre tout arbre désirable à la vue, et bon à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal.
10 Et un fleuve sortait d’Héden pour arroser le jardin ; et de là il se divisait en quatre fleuves. 11 Le nom du premier est Pisçon ; c’est celui qui coule dans tout le pays de Havila, où l’on trouve de l’or.
12 Et l’or de ce pays-là est bon ; c’est là aussi que se trouve le Bdellion, et la pierre d’Onyx. 13 Et le nom du second fleuve est Guihon ; c’est celui qui coule dans tout le pays de Cus.
14 Et le nom du troisième fleuve est Hiddekel ; c’est celui qui coule vers l’Orient de l’Assyrie. Et le quatrième fleuve est l’Euphrate.
15 L’Eternel Dieu prit donc l’homme et le plaça dans le jardin d’Héden, pour le cultiver et pour le garder.
16 Puis l’Eternel Dieu commanda à l’homme, disant : Tu mangeras librement de tout arbre du jardin.
17 Toutefois, pour ce qui est de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras point ; car au Jour que tu en mangeras, tu mourras.
18 Or, l'Éternel Dieu avait dit : Il n’est pas bon que l’homme soit seul ; je lui ferai une aide semblable à lui.
19 Car l'Éternel Dieu avait formé de la terre toutes les bêtes des champs, et tous les oiseaux des cieux ; puis 1l les avait fait venir vers Adam, afin qu’il vît comment il les nommerait, et que le nom qu’ Adam donnerait à tout animal vivant, fut son nom.
20 Et Adam donna les noms à tous les animaux domestiques, et aux oiseaux des cieux, et à toutes les bêtes des champs ; mais il ne se trouvait point d’aide pour Adam qui fût semblable à lui.
21 Et l'Éternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur Adam, et il s’endormit ; et Dieu prit une de ses côtes, et il resserra la chair à la place.
22 Et l'Éternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise d’Adam, et la fit venir vers Adam.
23 Alors Adam dit : A cette fois celle-ci est l’os de mes os, et la chair de ma chair. On la nommera hommesse, car elle a été prise de l’homme.
24 C’est pourquoi l’homme laissera son père et sa mère, et il se joindra à sa femme, et ils seront une même chair.
25 Or, Adam et sa femme étaient tous deux nus, et ils n’en avaient point de honte.
REFLEXIONS
Nous devons remarquer trois choses dans ce chapitre :
IL. La première, que le monde ayant été créé en six jours, Dieu se reposa le septième jour et qu'il le consacra afin que la célébration du jour de repos servît dans la suite à conserver parmi les hommes la mémoire de la création du monde.
IL. Il faut remarquer, en second lieu, qu'Adam fut mis dans le paradis terrestre pour y être heureux et que Dieu pour éprouver son obéissance lui donna une loi accompagnée de menaces en lui défendant sous peine de mort de manger du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et
GENESE 23
du mal. Cette conduite de Dieu marque sa grande bonté envers l'homme innocent, mais cela montre aussi que l'homme ne pouvait pas être indépendant, qu'il était obligé de se soumettre aux lois de son créateur et que ce n'était que par l'obéissance qu'il pouvait avoir part aux effets de l'amour de Dieu.
IL. En troisième, ce que Moïse rapporte de l'institution du mariage nous engage à reconnaître la grande sagesse et la bonté de Dieu qui paraissent dans cet ordre qu'il établit au commencement pour la conservation et pour le bien du genre humain. Cela nous oblige à respecter le mariage comme un état sacré et dont Dieu est l'auteur et à nous éloigner de tout ce qui est contraire à une si sainte institution et particulièrement de l'impureté et de toute sorte de souillure.
CHAPITRE IIT.
Après que Moïse a rapporté l'histoire de la création du monde, il récite dans ce chapitre : I. Comment Adam et Êve tombèrent dans le péché. II. Comment Dieu les punit en les assujettissant aux misères de cette vie et à la mort et en les chassant du paradis terrestre.
1 Or, le serpent était le plus fin de tous les animaux des champs que l’Éternel Dieu avait faits ; et il dit à la femme : Quoi ? Dieu aurait-il dit : Vous ne mangerez point de tout arbre du jardin ? 2 Et la femme répondit au serpent : Nous mangeons du fruit des arbres du jardin.
3 Mais quant au fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n’en mangerez point, et vous ne le toucherez point, de peur que vous ne mouriez.
4 Alors le serpent dit à la femme : Vous ne mourrez nullement ;
5 Mais Dieu sait qu’au jour que vous en mangerez, vos yeux seront ouverts, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal.
6 La femme donc voyant que le fruit de l’arbre était bon à manger, et qu’il était agréable à la vue, et que cet arbre était désirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea, et en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il en mangea.
7 Et les yeux de tous deux furent ouverts ; et ils connurent qu’ils étaient nus ; et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier, et ils s’en firent des ceintures.
8 Alors ils ouïrent, au vent du jour, la voix de l’Éternel Dieu, qui se promenait par le jardin. Et Adam et sa femme se cachèrent de devant la face de l’Éternel Dieu, parmi les arbres du jardin. 9 Mais l'Éternel Dieu appela Adam, et lui dit : Où es-tu ?
10 Et il répondit : J’ai entendu ta voix dans le jardin, et j’ai craint, parce que j'étais nu ; et je me suis caché.
11 Et Dieu dit : Qui t’a montré que tu étais nu ? N’as-tu pas mangé de l’arbre duquel je t’avais défendu de manger ?
12 Et Adam répondit : La femme que tu m’as donnée pour être avec moi, m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé.
13 Et l'Éternel Dieu dit à la femme : Pourquoi as-tu fait cela ? Et la femme répondit : Le serpent m'a séduite, et j’en ai mangé.
14 Alors l’Éternel Dieu dit au serpent : Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les animaux et entre toutes les bêtes des champs ; tu marcheras sur ton ventre, et tu mangeras la poussière tous les jours de ta vie.
15 Et je mettrai de l’inimitié entre toi et la femme ; entre ta postérité et la postérité de la femme : cette postérité t’écrasera la tête et tu la blesseras au talon.
16 Et il dit à la femme : J’augmenterai beaucoup ton travail et ta grossesse, et tu enfanteras en travail les enfants ; tes désirs se rapporteront à ton mari, et il dominera sur toi.
17 Puis il dit à Adam : Parce que tu as obéi à la parole de ta femme, et que tu as mangé de l’arbre duquel je t’avais donné ce commandement, disant : Tu n’en mangeras point, la terre sera maudite à cause de toi ; tu en mangeras en travail tous les jours de ta vie.
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18 Et elle te produira des épines et des chardons ; et tu mangeras l’herbe des champs.
19 Tu mangeras le pain à la sueur de ton visage, jusqu’à ce que tu retournes en la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poudre et tu retourneras en poudre.
20 Et Adam appela sa femme Eve, parce qu’elle a été la mère de tous les vivants.
21 Et l'Éternel Dieu fit à Adam et à sa femme des robes de peaux, et les en revêtit.
22 Et l’Éternel Dieu dit : Voici, l’homme est devenu comme l’un de nous, sachant le bien et le mal. Mais maintenant il faut prendre garde qu’il n’avance sa main, et ne prenne aussi de l’arbre de vie, et qu’il n’en mange et ne vive à toujours.
23 Et l'Éternel Dieu le fit sortir du jardin d’Héden, pour labourer la terre de laquelle il avait été pris.
24 Ainsi il chassa l’homme, et il logea des Chérubins vers l’Orient du jardin d’Héden, avec une lame d’épée de feu, qui se tournait çà et là pour garder le chemin de l’arbre de vie.
REFLEXIONS
Le but de ce chapitre est de nous apprendre comment le péché et la mort sont entrés dans le monde et cette histoire du péché d’Adam a été rédigée par écrit afin qu’il parût que Dieu n’est pas l’auteur du péché, mais que l’homme y est tombé volontairement et par sa faute. Outre cela, on voit dans la chute de notre premier père combien il est dangereux de ne pas croire ce que Dieu a dit, de prêter l'oreille aux tentations et de suivre les désirs de la chair et avec quel soin nous devons veiller sur nous-mêmes et obéir à toutes les lois du Seigneur, même dans les choses qui paraissent de moindre importance. Ce qui arriva à Adam et à Eve après leur péché et la punition que Dieu leur infligea en les assujettissant aux misères de cette vie et à la mort et en les chassant du jardin d'Éden fait voir que les menaces de Dieu ne sont jamais vaines et qu’il ne peut laisser la désobéissance de l'homme impunie. Mais Dieu fit paraître en même temps sa miséricorde en promettant, que la semence de la femme écraserait la tête du serpent ; ce qui voulait dire que Dieu délivrerait les hommes du péché et de la mort qui étaient entrés au monde par la séduction du diable. Nous devons bénir Dieu de ce qu'il a accompli cette promesse en envoyant Jésus-Christ pour détruire les œuvres du démon et pour nous procurer l’entrée dans le paradis céleste où il nous prépare un bonheur qui ne finira jamais.
CHAPITRE IV.
Moïse récite la naissance de Caïn et d’Abel, le meurtre que Caïn commit en tuant Abel son frère et la punition de Caïn. Il fait ensuite le dénombrement des descendants de Caïn et il rapporte la naissance de Seth qui fut un autre fils d'Adam et de qui les patriarches sont descendus.
1 Or, Adam connut Eve, sa femme, et elle conçut et enfanta Caïn, et elle dit : J’ai acquis un homme par l’Éternel.
2 Elle enfanta encore Abel son frère ; et Abel fut berger, et Caïn laboureur.
3 Or, il arriva au bout de quelque temps que Caïn offrit à l’Éternel en oblation des fruits de la terre ;
4 Et qu’ Abel aussi offrit des premiers-nés de son troupeau et de leur graisse. Et l'Éternel eut égard à Abel et à son oblation.
5 Mais il n’eut point égard à Caïn, ni à son oblation ; et Caïn fut irrité, et son visage en fut abattu.
6 Et l’Éternel dit à Caïn : Pourquoi es-tu en colère, et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7 Si tu fais bien, ne sera-t-il pas reçu ? Mais si tu ne fais pas bien, la peine du péché est à la porte. Or, ses désirs se rapportent à toi ; et il sera sous ta puissance.
8 Et Caïn parla à Abel son frère. Et comme ils étaient aux champs, Caïn s’éleva contre Abel son frère, et le tua.
9 Et l'Éternel dit à Caïn : Où est Abel ton frère ? Et il lui répondit : Je ne sais : suis-je le gardien
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de mon frère, moi ?
10 Et Dieu dit : Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu’à moi.
11 Maintenant donc tu seras maudit, même par la terre, qui a ouvert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton frère.
12 Quand tu laboureras la terre, elle ne te rendra plus son fruit ; tu seras aussi vagabond et fugitif sur la terre.
13 Et Caïn dit à l'Éternel : Ma peine est plus grande que je ne puis porter.
14 Voici, tu m’as chassé aujourd’hui de dessus cette terre, et je serai caché de devant ta face, et Je serai vagabond et fugitif sur la terre ; et il arrivera que quiconque me trouvera, me tuera.
15 Et l'Éternel lui dit : Partant quiconque tuera Caïn, sera puni sept fois au double. Et l’Éternel mit une marque sur Caïn, afin que quiconque le trouverait, ne le tuât point.
16 Alors Caïn sortit de devant la face de l’Éternel, et habita au pays de Nod, vers l'Orient d’Héden.
17 Puis Caïn connut sa femme, qui conçut et enfanta Hénoc ; et il bâtit une ville, qu’il appela Hénoc, du nom de son fils.
18 Puis Hirad naquit à Hénoc, et Hirad engendra Méhujaël, et Méhujaël engendra Méthusçaël, et Méthusçaël engendra Lémec.
19 Et Lémec prit deux femmes : le nom de l’une était Hada, et le nom de l’autre Tsilla.
20 Et Hada enfanta Jabal, qui fut père de ceux qui demeurent dans les tentes, et des pasteurs. 21 Et le nom de son frère fut Jubal, qui fut père de tous ceux qui touchent le violon et les orgues. 22 Et Tsilla aussi enfanta Tubal-Caïn, qui forgeait toutes sortes d’instruments d’airain et de fer ; et la sœur de Tubal-Caïn fut Nahama.
23 Et Lémec dit à Hada et à Tsilla, ses femmes : Femmes de Lémec, entendez ma voix, écoutez ma parole : Je tuerai un homme, si je suis blessé ; même un jeune homme, si je suis meurtri. 24 Car si Caïn est vengé sept fois au double, Lémec le sera soixante-dix-sept fois.
25 Et Adam connut encore sa femme, qui enfanta un fils et l’appela Seth ; car Dieu m’a, dit- elle, donné un autre fils au lieu d’Abel que Caïn a tué.
26 Et un fils naquit aussi à Seth, et il l’appela Enos. Alors on commença à appeler du nom de l’Eternel.
REFLEXIONS
Ce chapitre nous propose deux exemples remarquables :
Le premier est celui d’Abel, lequel, comme le dit St. Paul : offrit par la foi un plus excellent sacrifice que Caïn et obtint le témoignage d'être juste, mais qui nonobstant sa piété fut exposé à l'envie et à la cruauté de son frère qui même le tua. C’est ainsi que Dieu voulut faire voir dès le commencement du monde qu'il n'agrée de service que celui que les gens de bien lui rendent et que cependant il permet quelquefois qu'ils soient opprimés par les méchants, ce qui faisait voir dès lors que ce n’était pas dans cette vie qu’il fallait attendre la récompense de la piété. L'autre exemple est celui de Caïn dans la personne duquel nous avons une image des impies et de ceux qui haïssent leurs frères, aussi bien que des maux qui arrivent par l'envie et par la jalousie. L’on voit de plus dans les frayeurs dont Caïn fut agité après son crime qu’une mauvaise conscience est ordinairement travaillée par des craintes et par des remords. La généalogie des descendants de Caïn a été conservée pour marquer la distinction qu’il y eut dans la suite entre la postérité impie de Caïn et celle de Seth, fils d’ Adam, duquel les patriarches et le Messie sont descendus.
CHAPITRE V. Moïse fait dans ce chapitre le dénombrement des patriarches et leur généalogie depuis Adam jusqu'à à Noé.
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1 C’est ici le dénombrement de la postérité d’ Adam, depuis le jour que Dieu créa l’homme et qu’il le fit à sa ressemblance.
2 Il les créa donc mâle et femelle, et il les bénit, et il leur donna le nom d’Homme, au jour qu’ils furent créés.
3 Ainsi Adam vécut cent trente ans, et engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth.
4 Et les jours d’Adam, après qu’il eut engendré Seth, furent huit cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
5 Tout le temps donc qu’Adam vécut, fut neuf cent trente ans ; puis il mourut.
6 Seth aussi vécut cent cinq ans, et engendra Enos.
7 Et Seth vécut, après qu’il eut engendré Enos, huit cent sept ans ; et il engendra des fils et des filles.
8 Tout le temps donc que Seth vécut, fut neuf cent douze ans ; puis il mourut.
9 Et Enos ayant vécu quatre-vingt-dix ans, engendra Kénan.
10 Et Enos, après qu’il eut engendré Kénan, vécut huit cent quinze ans ; et il engendra des fils et des filles.
11 Tout le temps donc qu’Enos vécut, fut neuf cent cinq ans ; puis il mourut.
12 Et Kénan ayant vécu soixante et dix ans, engendra Mahalaléel.
13 Et Kénan, après qu’il eut engendré Mahalaléel, vécut, huit cent quarante ans ; et il engendra des fils et des filles.
14 Tout le temps donc que Kénan vécut, fut neuf cent dix ans ; puis il mourut.
15 Mahalaléel aussi vécut soixante-cinq ans, et il engendra Jéred.
16 Et Mahalaléel, après qu’il eut engendré Jéred, vécut huit cent trente ans ; et il engendra des fils et des filles.
17 Tout le temps donc que Mahalaléel vécut, fut huit cent quatre-vingt-quinze ans ; puis il mourut.
18 Et Jéred ayant vécu cent soixante-deux ans, engendra Hénoc.
19 Et Jéred, après avoir engendré Hénoc, vécut huit cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
20 Tout le temps donc que Jéred vécut, fut neuf cent soixante-deux ans ; puis il mourut.
21 Hénoc aussi vécut soixante-cinq ans, et engendra Méthusela.
22 Et Hénoc, après qu’il eut engendré Méthusela, marcha avec Dieu trois cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
23 Tout le temps donc qu’Hénoc vécut, fut trois cent soixante-cinq ans.
24 Ainsi Hénoc chemina avec Dieu, et il ne parut plus, parce que Dieu le prit.
25 Et Méthusela ayant vécu cent quatre-vingt-sept ans, engendra Lémec.
26 Et Méthusela, après qu’il eut engendré Lémec, vécut sept cent quatre-vingt-deux ans ; et il engendra des fils et des filles.
27 Tout le temps donc que Méthusela vécut, fut neuf cent soixante-neuf ans ; puis il mourut. 28 Lémec aussi vécut cent quatre-vingt-deux ans, et il engendra un fils.
29 Et il l’appela Noé, en disant : Celui-ci nous soulagera de notre œuvre, et du travail de nos mains, sur la terre que l’Éternel a maudite.
30 Et Lémec, après qu’il eut engendré Noé, vécut cinq cent quatre-vingt-quinze ans ; et il engendra des fils et des filles.
31 Tout le temps donc que Lémec vécut, fut sept cent soixante-dix-sept ans ; puis il mourut. 32 Et Noé, âgé de cinq cents ans, engendra Sem, Cam et Japhet.
REFLEXIONS Nous devons faire deux réflexions principales sur ce chapitre : LI. La première, sur la longue vie des patriarches. Dieu voulut qu'ils vécussent fort longtemps
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afin que le monde se peuplât par ce moyen plus promptement et que la connaissance et la mémoire de la création y fussent plus facilement et plus sûrement conservées.
IL. La seconde réflexion est celle que St. Paul fait dans l'épître aux Hébreux, où il dit : qu'Hénoc fut enlevé et ne vit point la mort parce qu'il avait été agréable à Dieu pendant sa vie. Dieu voulut ainsi récompenser la piété de ce patriarche et apprendre aux hommes de ce temps-là qu'il y avait pour les gens de bien une autre vie après celle-ci. C'est de quoi nous avons des preuves encore plus claires dans l'Évangile et surtout dans l'ascension de Jésus-Christ. Ainsi ceux qui imiteront Hénoc dans sa piété, qui marcheront comme lui avec Dieu et s'étudieront à lui être agréables par une vie sainte et religieuse seront reçus après leur mort dans le lieu où ce patriarche fut enlevé et où notre Seigneur est allé nous préparer une place.
CHAPITRE VI. Dieu voyant l'extrême corruption des hommes prend la résolution d'envoyer le déluge, et il commande à Noé de bâtir une arche pour s'y retirer avec sa famille et avec les bêtes.
1 Or, il arriva que quand les hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre, et qu’ils eurent engendré des filles ;
2 Les fils de Dieu, voyant que les filles des hommes étaient belles, en prirent pour leurs femmes, de toutes celles qu’ils choisirent.
3 Et l'Éternel dit : Mon Esprit ne contestera point à toujours avec les hommes ; car aussi ne sont-ils que chair : leurs jours donc seront de cent vingt ans.
4 En ce temps-là, il y avait des géants sur la terre, et cela après que les fils de Dieu se furent joints avec les filles des hommes, et qu’elles leur eurent donné des enfants : ce sont ces puissants hommes qui, de tout temps, ont été des gens de renom.
5 Et l'Éternel voyant que la malice des hommes était très grande sur la terre, et que toute l’imagination des pensées de leur cœur n’était que mal en tout temps,
6 Il se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre, et il en eut un grand déplaisir dans son cœur. 7 Et l'Éternel dit : J’exterminerai de dessus la terre les hommes que j’ai créés, depuis les hommes jusqu’au bétail, jusqu’à tout ce qui se meut, même jusqu’aux oiseaux des cieux ; car je me repens de les avoir faits.
8 Mais Noé trouva grâce devant l’Éternel.
9 Ce sont ici les générations de Noë : Noë fut un homme juste et plein d’intégrité en son temps, marchant avec Dieu.
10 Et Noé eut trois fils, Sem, Cam et Japhet.
11 Et la terre était corrompue devant Dieu, et remplie d’extorsion.
12 Dieu donc regarda la terre, et, voici, elle était corrompue ; car toute chair avait corrompu sa voie sur la terre.
13 Et Dieu dit à Noë : La fin de toute chair est venue devant moi ; car ils ont rempli la terre d’extorsion : ainsi, je les détruirai avec la terre.
14 Fais-toi une arche de bois de gopher : tu feras l’arche par loges, et tu l’enduiras de bitume par dedans et par dehors.
15 Et tu la feras ainsi : La longueur de l’arche sera de trois cents coudées, et sa largeur de cinquante coudées, et sa hauteur de trente coudées.
16 Tu donneras du jour à l’arche ; tu feras son comble d’une coudée de hauteur, tu mettras la porte de l’arche à son côté, et tu la feras avec un bas étage, un second et un troisième.
17 Et voici, je ferai venir un déluge d’eaux sur la terre, pour détruire toute chair qui a esprit de vie en soi sous les cieux, et tout ce qui est sur la terre, expirera.
18 Mais j’établirai mon alliance avec toi ; et tu entreras dans l’arche, toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils avec toi.
19 Et de tout ce qui a vie d’entre toute chair, tu en feras entrer deux de chaque espèce dans
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l’arche, pour les conserver en vie avec toi ; savoir, le mâle et la femelle ;
20 des oiseaux, selon leur espèce ; des bêtes, selon leur espèce ; et de tous les animaux qui se meuvent, selon leur espèce ; il y en entrera, de tous, deux de chaque espèce avec toi, afin que tu les conserves en vie.
21 Prends aussi avec toi de toute nourriture qu’on mange, et fais-en ta provision, afin qu’elle serve pour ta nourriture et pour celle des animaux.
22 Et Noé fit toutes les choses que Dieu lui avait commandées ; il les fit ainsi.
REFLEXIONS
Il faut remarquer dans ce chapitre :
I. En premier lieu que le mariage des descendants de Seth avec les filles qui étaient de la postérité de Caïn fut la cause des impuretés, des injustices et des autres crimes qui se multiplièrent sur la terre, même parmi ceux qui descendaient de Seth, ce qui obligea Dieu à envoyer le déluge. Cela montre que le commerce avec les méchants et les impies est très dangereux et qu'en particulier l'impureté et la sensualité ont été de tout temps la source de bien des maux et que ce péché, de même que la violence et l'injustice attirent sur les hommes la colère du ciel.
IL. La bonté et la patience de Dieu envers les habitants du premier monde paraissent en ce qu'il leur donna cent et vingt ans pour se repentir et en ce qu'il les fit avertir par le moyen de Noé et par la construction de l'arche du déluge qui allait arriver. C'est ainsi que Dieu a usé de tout temps d'un grand support envers les hommes et qu'il leur donne toujours le temps et les avertissements nécessaires afin qu'ils préviennent ses jugements.
IL. Dans l'ordre que Dieu donna à Noé de bâtir l'arche, on doit considérer le soin que Dieu a de ceux qui le craignent et le moyen admirable dont il voulut se servir par un effet de sa sagesse pour conserver les hommes et les bêtes afin de repeupler la terre après le déluge.
IV. Enfin, l'on voit dans ce chapitre la foi et l'obéissance de Noé : lequel, étant divinement averti des choses qui ne se voient point encore, craignit et bâti l'arche, par laquelle il condamna le monde et fut fait héritier de la justice qu'on obtient par la foi. Cette réflexion que St. Paul fait au chapitre XI de l'épître aux Hébreux nous engage à être les imitateurs de la foi de ce patriarche, à marcher dans l'intégrité comme lui et à profiter de la patience de Dieu qui nous invite à la repentance afin que nous puissions éviter les jugements qui doivent tomber sur les méchants et être sauvés avec ceux qu'il recevra un jour dans son royaume céleste.
CHAPITRE VII. Ce chapitre contient l'histoire du déluge duquel Noé fut garanti ayant été conservé dans l'arche avec sa famille et avec les bêtes qu'il y avait fait entrer.
1 Et l'Éternel dit à Noé : Entre, toi et toute ta maison, dans l’arche ; car je t’ai vu juste devant moi en ce temps.
2 Tu prendras de toutes les bêtes nettes sept de chaque espèce, le mâle et la femelle ; mais des bêtes qui ne sont point nettes, un couple, le mâle et la femelle.
3 Tu prendras aussi des oiseaux des cieux, sept de chaque espèce, le mâle et la femelle, afin d’en conserver la race sur toute la terre.
4 Car dans sept jours je ferai pleuvoir sur toute la terre, pendant quarante jours et quarante nuits ; et J’exterminerai de dessus la terre toute chose qui subsiste et que j’ai faite.
5 Et Noé fit toutes les choses que l’Éternel lui avait commandées.
6 Et Noé était âgé de six cents ans, quand le déluge des eaux vint sur la terre.
7 Noé donc entra, et ses fils, sa femme, et les femmes de ses fils avec lui, dans l’arche, à cause des eaux du déluge.
8 Il y entra aussi des bêtes nettes, et des bêtes qui ne sont point nettes, et des oiseaux, et tout ce
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qui rampe sur la terre ;
9 Elles entrèrent deux à deux vers Noé dans l’arche, savoir, le mâle et la femelle, comme Dieu lui avait commandé.
10 Et il arriva qu’au septième jour les eaux du déluge furent sur la terre.
11 En l’an six cent de la vie de Noé, au second mois, au dix-septième jour du mois, en ce jour- là toutes les fontaines du grand abîme furent rompues, et les bondes des cieux furent ouvertes. 12 Et la pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits.
13 En ce même jour-là, Noé, Sem, Cam et Japhet, fils de Noé, entrèrent dans l’arche, avec la femme de Noé, et les trois femmes de ses fils avec eux ;
14 Eux, et toutes les bêtes selon leur espèce ; et tous les animaux domestiques selon leur espèce ; et tous les reptiles qui se meuvent sur la terre, selon leur espèce, et tous les oiseaux selon leur espèce ; et tout petit oiseau, ayant des ailes, de quelque sorte que ce soit.
15 Il vint donc de toute chair, qui a en soi esprit de vie, un couple à Noé dans l’arche.
16 Le mâle, dis-je, et la femelle de toute chair y vinrent, comme Dieu lui avait commandé ; puis l'Éternel ferma l’arche sur lui.
17 Et le déluge se répandit pendant quarante jours sur la terre ; et les eaux crûrent, et élevèrent l’arche, et elle fut élevée de dessus la terre.
18 Et les eaux se renforcèrent, et s’accrurent fort sur la terre, et l’arche flottait au-dessus des eaux.
19 Et les eaux se renforcèrent prodigieusement sur la terre ; et toutes les plus hautes montagnes qui étaient sous tous les cieux, furent couvertes.
20 Les eaux s’élevèrent de quinze coudées plus haut ; ainsi les montagnes furent couvertes.
21 Et toute chair qui se mouvait sur la terre expira, tant des oiseaux que du bétail, des bêtes et de tous les reptiles qui se traînent sur la terre, et tous les hommes.
22 Toutes les choses qui étaient sur le sec, et qui avaient respiration de vie en leurs narines, moururent.
23 Tout ce donc qui subsistait sur la terre fut exterminé, depuis les hommes jusqu’aux bêtes, jusqu'aux reptiles, et jusqu’aux oiseaux des cieux ; et ils furent exterminés de dessus la terre. Noé demeura de reste, et ce qui était avec lui dans l’arche.
24 Et les eaux se maintinrent sur la terre pendant cent cinquante jours.
REFLEXIONS
L'histoire du déluge est tout à fait mémorable et c’est ici l'exemple le plus remarquable que Dieu ait donné de sa justice depuis la création du monde. C’est aussi un événement très certain et dont la mémoire a été conservée parmi tous les peuples et dans les auteurs les plus anciens, aussi bien que dans les livres sacrés. St. Pierre nous enseigne quel est l'usage que nous devons faire de cette histoire, lorsqu'il dit : Si Dieu n'a point épargné le monde ancien, s'il a sauvé Noëé, lui huitième héraut de la justice, et s'il a amené le déluge sur le monde des méchants, le Seigneur sait délivrer de la tentation ceux qui l'honorent et réserver les impies pour étre punis au jour du jugement. L'on doit faire de sérieuses réflexions sur ce grand exemple. Nous y voyons que Dieu est juste, que ses menaces s'exécutent toujours et que le grand nombre des pêcheurs ne met point les hommes à couvert de sa vengeance. Nous devons de plus considérer que, comme ceux qui n’étaient pas dans l’arche périrent, de même ceux qui auront négligé d’entrer dans la voie du salut et de profiter de la patience de Dieu périront infailliblement. C’est de quoi Jésus-Christ nous avertit dans l'Évangile en disant : Qu'il en sera du jour de sa venue comme des jours de Noé, auxquels les habitants du premier monde vivaient dans la sécurité et ne pensèrent point au déluge jusqu'à ce qu'il vint et les fit tous périr. C’est ainsi que les pêcheurs seront surpris lorsque Jésus-Christ viendra pour juger le monde et pour rendre à tous les hommes selon leurs œuvres.
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CHAPITRE VIII.
Moïse récite dans ce chapitre comment Noé sortit de l'arche après que les eaux du déluge se furent retirées et comment il offrit un sacrifice à Dieu, ensuite de quoi Dieu rétablit l'ordre de la nature.
1 Or, Dieu se souvint de Noé, et de toutes les bêtes, et de tous les animaux qui étaient avec lui dans l’arche. Et Dieu fit passer un vent sur la terre, et les eaux s’arrêtèrent.
2 Car les sources de l’abîme, et les bondes des cieux avaient été fermées ; et la pluie des cieux avait été retenue.
3 Et les eaux se retiraient de plus en plus de dessus la terre ; et au bout des cent cinquante jours elles diminuèrent.
4 Et au dix-septième jour du septième mois, l’arche s’arrêta sur les montagnes d’Ararat.
5 Et les eaux allaient en diminuant de plus en plus, jusqu’au dixième mois : et au premier jour du dixième mois les sommets des montagnes se montrèrent.
6 Puis il arriva qu’au bout de quarante jours Noé ouvrit la fenêtre qu’il avait faite à l’arche.
7 Et il lâcha un corbeau, qui sortit, allant et revenant, jusqu’à ce que les eaux séchassent sur la terre.
8 Il lâcha aussi d’avec soi un pigeon, pour voir si les eaux étaient diminuées sur la terre.
9 Mais le pigeon, ne trouvant pas sur quoi asseoir la plante de son pied, retourna à lui dans l’arche ; car les eaux étaient sur toute la terre. Et Noé avançant sa main, le reprit, et le retira à soi dans l’arche.
10 Et quand il eut attendu encore sept autres jours, il lâcha encore le pigeon hors de l’arche.
11 Et sur le soir le pigeon revint à lui, et voici, il avait dans son bec une feuille d’olivier qu’il avait arrachée ; et Noé connut que les eaux s’étaient retirées de dessus la terre.
12 Et il attendit encore sept autres jours ; puis il lâcha le pigeon, qui ne retourna plus à lui.
13 Et il arriva que l’an six cent et un de l’âge de Noé, au premier jour du premier mois, les eaux se séchèrent de dessus la terre ; et Noé ôtant la couverture de l’arche, regarda, et voici, la surface de la terre se séchait.
14 Et au vingt-septième jour du second mois la terre fut sèche.
15 Alors Dieu parla à Noé, disant :
16 Sors de l’arche, toi, ta femme, tes fils, et les femmes de tes fils avec toi.
17 Fais sortir avec toi toutes les bêtes qui sont avec toi, de toute chair, tant des oiseaux que des bêtes, et tous les animaux qui se meuvent sur la terre : qu’ils peuplent en abondance la terre, et qu'ils croissent et multiplient sur la terre.
18 Noé donc sortit ; ses fils, sa femme, et les femmes de ses fils avec lui.
19 Toutes les bêtes, tous les reptiles, tous les oiseaux, tout ce qui rampe sur la terre, selon leurs espèces, sortirent de l’arche.
20 Et Noé bâtit un autel à l’Éternel, et prit de toute bête nette, et de tout oiseau net, et il offrit des holocaustes sur l’autel.
21 Et l'Éternel flaira une odeur qui l’apaisa, et dit en son cœur : Je ne maudirai plus la terre, à l’occasion des hommes ; car l’imagination du cœur des hommes est mauvaise dès leur jeunesse ; et je ne détruirai plus tout ce qui vit, comme j’ai fait.
22 Mais tant que la terre durera, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l’été et l’hiver, le jour et la nuit ne cesseront point.
REFLEXIONS
Ce qu'il y a principalement à remarquer ici : C'est que Dieu après avoir donné des marques terribles de sa sévérité dans le déluge, donna des témoignages de sa bonté, non seulement envers Noé et sa famille, mais aussi envers tout le genre humain, en rétablissant le monde dans l'état et dans l'ordre où nous le voyons encore aujourd'hui. Et puisque nous jouissons de ces effets de
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la bonté de Dieu, nous devons l'en remercier et être incités à l'aimer et à le craindre par la considération de sa miséricorde aussi bien que par celle de sa justice qui paraissent l'une et l'autre d'une manière si sensible dans ce qui arriva lors du déluge universel.
CHAPITRE IX
On voit ici trois choses :
I. Les lois que Dieu donna après le déluge à Noé et au genre humain, particulièrement à l'égard de la nourriture qui fut alors changée et du meurtre. IL La promesse que Dieu fit de ne plus envoyer de déluge universel. IT. Ce qui arriva à Noë lorsqu'ayant été surpris par le vin, Cam son fils se moqua de lui. Moïse rapporte sur la fin de ce chapitre la mort de Noé.
1 Et Dieu bénit Noé, et ses fils, et leur dit : Croissez et multipliez, et remplissez la terre ;
2 Et que toutes les bêtes de la terre, tous les oiseaux des cieux, avec tout ce qui se meut sur la terre, et tous les poissons de la mer, vous craignent et vous redoutent ; ils sont remis entre vos mains.
3 Tout ce qui se meut et qui a vie, vous sera pour nourriture : je vous ai donné toutes ces choses comme l’herbe verte.
4 Toutefois, vous ne mangerez point de chair avec son âme, qui est son sang.
5 En effet, je redemanderai votre sang, savoir, le sang de vos âmes, je le redemanderai de la main de toutes les bêtes, et de la main de l’homme ; même je redemanderai l’âme de l’homme de la main de son frère.
6 Qui aura répandu le sang de l’homme dans l’homme, son sang sera répandu ; car Dieu a fait l’homme à son image.
7 Vous donc, croissez, multipliez ; croissez en toute abondance sur la terre, et multipliez sur elle.
8 Dieu parla aussi à Noé et à ses fils, qui étaient avec lui, disant :
9 Quant à moi, voici, j’établis mon alliance avec vous, et avec votre postérité après vous ;
10 Et avec tout animal vivant qui est avec vous, tant des oiseaux que des animaux domestiques, et de toutes les bêtes de la terre qui sont avec vous, de toutes celles qui sont sorties de l’arche, jusqu’à toutes les bêtes de la terre.
11 J’établis donc mon alliance avec vous, et nulle chair ne sera plus exterminée par les eaux du déluge, et il n’y aura plus de déluge pour détruire la terre.
12 Dieu dit encore : C’est ici le signe que je donne de l’alliance qui est entre moi et vous, et entre toute créature vivante qui est avec vous, pour durer à toujours :
13 Je mettrai mon arc dans la nuée, et il sera pour signe de l’alliance entre moi et la terre.
14 Et quand il arrivera que j'aurai couvert de nuées la terre, l’arc paraîtra dans la nuée.
15 Et je me souviendrai de l’alliance que j’ai faite avec vous, et avec tout animal qui vit en toute chair. Et les eaux ne feront plus de déluge pour détruire toute chair.
16 L’arc donc sera dans la nuée, et je le regarderai, afin qu’il me souvienne de l’alliance perpétuelle qui est entre Dieu et tout animal vivant, en quelque chair qui soit sur la terre.
17 Dieu donc dit à Noë : C’est là le signe de l’alliance que j’ai établie entre moi et toute chair qui est sur la terre.
18 Et les fils de Noé, qui sortirent de l’arche, furent Sem, Cam et Japhet. Et Cam fut le père de Canaan.
19 Ce sont là les trois fils de Noé, desquels toute la terre fut peuplée.
20 Et Noé, qui était laboureur, commença de planter la vigne.
21 Et il but du vin, et il fut enivré et se découvrit au milieu de sa tente.
22 Et Cam, père de Canaan, ayant vu la nudité de son père, sortit et le rapporta à ses deux frères. 23 Alors Sem et Japhet prirent un manteau qu’ils mirent sur leurs deux épaules, et marchant en arrière, ils couvrirent la nudité de leur père, et leurs visages étaient tournés en arrière, de sorte
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qu'ils ne virent point la nudité de leur père.
24 Et Noé, réveillé de son vin, sut ce que le plus petit de ses fils lui avait fait.
25 C’est pourquoi, il dit : Maudit soit Canaan ! il sera serviteur des serviteurs de ses frères.
26 Il dit aussi : Béni soit l’Éternel, Dieu de Sem, et que Canaan leur soit fait serviteur !
27 Que Dieu attire en douceur Japhet, et qu’il loge dans les tabernacles de Sem ; et que Canaan leur soit fait serviteur !
28 Et Noé vécut, après le déluge, trois cent cinquante ans.
29 Tout le temps donc que Noé vécut, fut neuf cent cinquante ans ; puis il mourut.
REFLEXIONS
Ce chapitre nous présente ces instructions :
L. La première, que nous devons garder inviolablement les lois que Dieu donna à Noé après le déluge, user sobrement des créatures dont Dieu nous a accordé l’usage et nous éloigner de la cruauté et de l’injustice.
Il. La seconde, que l'alliance que Dieu traita avec Noé et avec tout le genre humain en promettant de ne plus envoyer de déluge et de conserver le monde dans son état a toujours subsisté depuis ce temps-là et qu’ainsi nous devons reconnaître et célébrer la grande bonté du Seigneur envers nous, de laquelle nous ressentons les effets.
IT. La troisième instruction est que si le monde ne doit plus être détruit par le déluge, il le sera par le feu du dernier jour, selon ce que dit St. Pierre : Si le monde ancien est péri étant couvert d'un déluge d'eau, les cieux et la terre sont réservés pour le feu au jour du jugement.
IV. Sur ce qui est dit à la fin de ce chapitre que Noé fut surpris par le vin, 1l faut considérer que cela lui arriva innocemment, parce qu’il ne connaissait pas l’effet que le vin peut produire, l’usage ayant été inconnu jusqu'alors. Ainsi cet exemple, bien loin d’excuser l'intempérance montre de l'éviter très soigneusement. Ce qui est récité des fils de Noé nous apprend que Dieu bénit les enfants qui honorent leurs pères, mais qu'il maudit ceux qui manquent de respect envers eux.
CHAPITRE X. Ce chapitre contient le dénombrement des descendants de Sem, de Cam et de Japhet, les trois fils de Noé, par le moyen desquels la terre fut peuplée après le déluge.
1 Ce sont ici les générations des enfants de Noé : Sem, Cam et Japhet, auxquels naquirent des enfants après le déluge.
2 Les enfants de Japhet sont Gomer, Magog, Madaï, Javan, Tubal, Mescech et Tiras.
3 Et les enfants de Gomer, Askenas, Riphath et Togarma.
4 Et les enfants de Javan, Elisa, Tarscis, Kittim et Dodanim.
5 C’est de ceux-là que sont descendus les peuples qui partagèrent entre eux les îles des nations, par leurs terres, chacun selon sa langue, selon leurs familles, entre leurs nations.
6 Et les enfants de Cam sont Cus, Mitsraïm, Put et Canaan.
7 Et les enfants de Cus, Séba, Havila, Sabtah, Rahma et Sebteca. Et les enfants de Rahma, Scéba et Dédan.
8 Et Cus engendra Nimrod, qui commença d’être sur la terre.
9 Il fut un puissant chasseur devant l'Éternel. De là est venu ce qu’on dit : Comme Nimrod, le puissant chasseur devant l’Éternel.
10 Et le commencement de son règne fut Babel, Erec, Accad et Calné, au pays de Scinhar.
11 Il sortit de ce pays-là en Assyrie, et il bâtit Ninive et les rues de la ville, et Calah ;
12 Et Résen, entre Ninive et Calah, qui est une grande ville.
13 Et Mitsraïm engendra Ludim, Hanamim, Lahabim, Naphtuhim,
14 Pathrusim, Casluhim (desquels sont sortis les Philistins), et Caphtorim.
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15 Et Canaan engendra Sidon, son fils aîné, et Heth ;
16 Les Jébusiens, les Amorrhéens, les Guirgasciens ;
17 Les Héviens, les Harkiens, et les Siniens ;
18 Les Arvadiens, les Tsémariens et les Hamathiens. Et ensuite les familles des Cananéens se sont dispersées.
19 Et les limites des Cananéens furent depuis Sidon, quand on vient vers Guérar, jusques en Gaza, en tirant vers Sodome et Gomorre, Adma et Tséboïm, jusqu’à Lésa.
20 Ce sont là les enfants de Cam, selon leurs familles et leurs langues, leurs terres et leurs nations.
21 Et des enfants naquirent à Sem, père de tous les enfants d’Héber, et frère de Japhet, qui était le plus grand.
22 Les enfants donc de Sem sont Hélam, Assur, Arpacsad, Lud et Aram.
23 Et les enfants d’Aram, Hus, Hul, Guéther et Mas.
24 Et Arpacsad engendra Scélah, et Scélah engendra Héber.
25 Et à Héber naquirent deux fils : le nom de l’un fut Péleg ; car en son temps la terre fut partagée ; et le nom de son frère fut Joktan.
26 Et Joktan engendra Almodad, Scéleph, Hatsarmaveth, et Jérah,
27 Hadoram, Uzal, Dikla,
28 Hobal, Abimaël, Scéba,
29 Ophir, Havila et Jobab. Tous ceux-là sont les enfants de Joktan.
30 Et leur demeure était depuis Mésa, quand on vient en Séphar, montagne d’Orient.
31 Ce sont là les enfants de Sem, selon leurs familles et leurs langues, leurs terres et leurs nations.
32 Telles sont donc les familles des enfants de Noé, selon leur postérité dans leurs nations, et c’est de ceux-là que se sont formées les nations qui ont été dispersées sur la terre après le déluge.
REFLEXIONS
Quoi qu'il n'y ait que des noms d'hommes et de peuples dans ce chapitre, il ne laisse pas d'être très remarquable. Nous voyons ici :
Premièrement l'origine de toutes les nations du monde et le commencement des empires.
En second lieu, ce que Moïse y rapporte sert à établir la généalogie des patriarches desquels notre Seigneur est descendu. Ainsi, ce chapitre nous fournit de belles et de fortes preuves de la vérité de l'histoire sainte et de la divinité de la religion. Ce que Moïse dit ici étant parfaitement conforme à ce que les histoires les plus anciennes et les plus certaines rapportent touchant les divers peuples du monde et les pays qu'ils ont habités.
CHAPITRE XI.
Moïse raconte dans ce chapitre que les hommes ayant entrepris de bâtir la ville et la tour de Babel, Dieu confondit leur langage, ce qui fut cause qu'ils se dispersèrent par toute la terre. Moïse marque aussi quels furent les descendants de Sem, fils de Noé, jusqu'à Abraham
1 Alors toute la terre avait un même langage et une même parole.
2 Mais il arriva comme ils partirent d’Orient, qu’ils trouvèrent une campagne au pays de Scinhar, où ils habitèrent.
3 Et ils se dirent l’un à l’autre : Allons, faisons des briques, et les cuisons au feu. Et ils eurent des briques au lieu de pierres, et le bitume leur fut au lieu de mortier.
4 Et ils se dirent : Venez, bâtissons-nous une ville et une tour, de laquelle le sommet soit jusqu'aux cieux, et acquérons-nous de la réputation, de peur que nous ne soyons dispersés sur toute la terre.
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5 Alors l’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes.
6 Et l'Éternel dit: Voici, ils ne sont qu’un peuple, et tous ont un même langage, et ils commencent à travailler ; et maintenant rien ne les empêchera d’exécuter ce qu’ils ont projeté. 7 Venez donc, descendons, et confondons là leur langage, afin qu’ils ne s’entendent point les uns les autres.
8 Ainsi, l’Éternel les dispersa de là par toute la terre, et ils cessèrent de bâtir la ville.
9 C’est pourquoi son nom fut appelé Babel ; car l'Éternel y confondit le langage de toute la terre, et de là il les dispersa sur toute la terre.
10 C’est ici la postérité de Sem : Sem, âgé de cent ans, engendra Arpacsad, deux ans après le déluge.
11 Et Sem, après qu’il eut engendré Arpacsad, vécut cinq cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
12 Et Arpacsad vécut trente-cinq ans, et il engendra Scélah.
13 Et Arpacsad, après qu’il eut engendré Scélah, vécut quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles.
14 Et Scélah ayant vécu trente ans, engendra Héber.
15 Et Scélah, après qu’il eut engendré Héber, vécut quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles.
16 Et Héber ayant vécu trente-quatre ans, engendra Péleg.
17 Et Héber, après qu’il eut engendré Péleg, vécut quatre cent trente ans ; et il engendra des fils et des filles.
18 Péleg aussi vécut trente ans, et il engendra Réhu.
19 Et Péleg, après qu’il eut engendré Réhu, vécut deux cent neuf ans ; et il engendra des fils et des filles.
20 Réhu aussi ayant vécu trente-deux ans, engendra Sérug.
21 Et Réhu, après qu’il eut engendré Sérug, vécut deux cent sept ans ; et il engendra des fils et des filles.
22 Et Sérug ayant vécu trente ans, engendra Nacor.
23 Et Sérug, après qu’il eut engendré Nacor, vécut deux cents ans ; et il engendra des fils et des filles.
24 Et Nacor, ayant vécu vingt-neuf ans, engendra Taré.
25 Et Nacor, après qu’il eut engendré Taré, vécut cent dix-neuf ans ; et 1l engendra des fils et des filles.
26 Taré aussi vécut soixante et dix ans, et il engendra Abram, Nacor et Haran.
27 Et c’est ici la postérité de Taré : Taré engendra Abram, Nacor et Haran ; et Haran engendra Lot.
28 Et Haran mourut en la présence de Taré, son père, au pays de sa naissance, à Ur des Caldéens. 29 Et Abram et Nacor prirent des femmes. Le nom de la femme d’Abram fut Saraï, et le nom de la femme de Nacor fut Milca, fille de Haran, père de Milca et de Jisca.
30 Mais Saraï était stérile, et elle n’avait point d’enfant.
31 Et Taré prit son fils Abram, et Lot, fils de son fils, lequel était fils de Haran, et Saraï sa belle- fille, femme d’Abram son fils ; et ils sortirent ensemble d’Ur des Caldéens, pour aller au pays de Canaan. Et ils vinrent jusqu’à Caran, et ils y demeurèrent.
32 Et les jours de Taré furent deux cent cinq ans ; puis il mourut à Caran.
RÉFLEXIONS
Le récit que Moïse fait de la dispersion qui arriva lorsque les descendants de Noé bâtissaient la tour de Babel nous instruit :
L. Premièrement de la suite de l’histoire sainte et de la manière dont les hommes se répandirent dans les divers pays du monde,
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IL. Dieu voulut disperser ainsi ceux qui prétendaient se garantir du déluge en bâtissant cette tour pour punir leur orgueil et leur impiété. Il le fit aussi afin que la terre fût plus promptement habitée et peuplée.
Pour ce qui est de la généalogie des descendants de Sem, il y faut remarquer ces deux choses : I. L’une que quoique la vie des hommes fut alors plus courte qu'elle ne l'avait été avant le déluge, elle était cependant beaucoup plus longue qu'elle ne l'est maintenant.
IL. L’autre que cette généalogie a été conservée pour faire voir qu'Abraham est descendu de Sem, fils de Noé.
CHAPITRE XII.
C'est ici que commence l'histoire du patriarche Abraham. Nous y voyons :
1. Comment il quitta sa patrie par l'ordre de Dieu pour venir au pays de Canaan que le Seigneur promit de lui donner.
II. Que la famine l'obligea de s'en aller en Égypte où Sara sa femme fut enlevée et ensuite rendue par le roi Pharaon.
1 Et l'Éternel avait dit à Abram : Sors de ton pays et de ton parentage, et de la maison de ton père, et viens au pays que je te montreraïi.
2 Et je te ferai devenir une grande nation ; je te bénirai, et je rendrai ton nom grand, et tu seras bénédiction.
3 Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi.
4 Abram donc sortit, comme l’Éternel lui avait dit, et Lot alla avec lui. Et Abram était âgé de soixante et quinze ans quand il sortit de Caran.
5 Abram prit aussi Saraï sa femme, et Lot, fils de son frère, et tout le bien qu’ils avaient acquis, et les personnes qu’ils avaient eues à Caran ; et ils sortirent pour venir au pays de Canaan, et ils y entrèrent.
6 Et Abram passa au travers de ce pays jusqu’au lieu de Sichem, et jusqu’en la plaine de Moré, et il y avait alors des Cananéens dans ce pays.
7 Et l'Éternel apparut à Abram et lui dit : Je donnerai ce pays à ta postérité. Et Abram dressa là un autel à l’Éternel, qui lui était apparu.
8 Et il passa de là vers la montagne qui est à l’Orient de Béthel, et 1l y tendit ses tentes, ayant Béthel à l'Occident, et Haï à l'Orient. Il dressa encore là un autel à l’Éternel, et il invoqua le nom de l'Éternel.
9 Puis Abram partit de là, marchant toujours, et s’avançant vers le midi.
10 Mais la famine étant survenue au pays, Abram descendit en Égypte pour y demeurer quelque temps ; car la famine était grande au pays.
11 Et comme il était près d’entrer en Égypte, il dit à Saraï sa femme : Voici, je sais que tu es une belle femme ;
12 Et il arrivera que, lorsque les Égyptiens t’auront vue, ils diront : C’est la femme de cet homme-là, et ils me tueront ; mais ils te laisseront vivre.
13 Dis donc, je te prie, que tu es ma sœur, afin que je sois bien traité à cause de toi, et qu’ils me sauvent la vie à ta considération.
14 Il arriva donc, sitôt qu’Abram fut venu en Égypte, que les Égyptiens virent que cette femme était fort belle.
15 Les principaux de la cour de Pharaon la virent aussi, et la louèrent devant le roi ; et elle fut enlevée pour être menée dans la maison de Pharaon ;
16 Lequel fit du bien à Abram, à cause d’elle ; de sorte qu’il en eut des brebis, des bœufs, des ânes, des serviteurs, des servantes, des ânesses et des chameaux.
17 Mais l'Éternel frappa de grandes plaies Pharaon et sa maison, à cause de Saraï, femme
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d’Abram.
18 Alors Pharaon appela Abram, et lui dit : Qu’est-ce que tu m’as fait ? Que ne m’as-tu averti qu’elle était ta femme ?
19 Pourquoi as-tu dit, c’est ma sœur ? Et je l’avais prise pour être ma femme ; mais maintenant voici ta femme, prends-la, et t’en va.
20 Et il donna charge à ses gens d’aller reconduire Abram, sa femme et tout ce qui lui appartenait.
REFLEXIONS
Nous devons considérer sur ce chapitre :
I. Que Dieu appela Abraham et traita alliance avec lui dans la vue de conserver la vraie religion parmi ses descendants et de faire naître un jour le Messie de sa postérité.
IL. Qu'Abraham obéit à la vocation de Dieu et qu'il crut à ses promesses, que cependant ces promesses ne s’accomplirent pas d’abord, qu’il fut exposé à plusieurs traverses, qu'il habita au pays de Canaan comme étranger et que la famine le contraignit d'aller en Égypte où il fut en danger d'être privé de sa femme. St. Paul nous montre quelles sont les réflexions que nous devons faire sur cette histoire lorsqu'il dit au chapitre XI de l’épître aux Hébreux : Par la foi Abraham, étant appelé pour aller au lieu qu'il devait posséder, partit ne sachant où il allait. Par la foi, il habita comme étranger dans la terre promise.
Ainsi, nous devons apprendre, de cet exemple d'Abraham, à suivre notre vocation, à obéir à tout ce que Dieu nous commande, quelque difficile qu'il nous paraisse, à vivre en ce monde comme des étrangers, ne cherchant point ici-bas notre véritable patrie, mais la cherchant dans le ciel et attendant comme Abraham notre père, la cité qui est à venir, de laquelle Dieu est l'architecte et le fondateur.
III. Les plaies dont Dieu frappa le roi d'Égypte, parce qu'il avait enlevé Sara dans l'intention de l'épouser, montrent que l'adultère est un crime très odieux au Seigneur. On voit même par les reproches que Pharaon fit à Abraham que ce prince savait que ce crime était très grand. Il est cependant à remarquer que le roi d'Égypte fit beaucoup de bien à Abraham et que ce patriarche emporta de grandes richesses de ce pays-là et c’est ainsi qu'il commençait à éprouver les effets de la protection et de la bénédiction de Dieu sur lui.
CHAPITRE XIII.
Abraham et Lot, étant retournés d'Égypte au pays de Canaan, se séparèrent ne pouvant demeurer dans un même lieu à cause de leurs grands biens. Lot s'établit à Sodome et Abraham demeure dans le pays de Canaan duquel Dieu lui promit de nouveau la possession.
1 Abram donc étant sorti de l'Égypte, monta, vers le midi, lui, sa femme et tout ce qu’il possédait et Lot était avec lui.
2 Et Abram était très riche en bétail, en argent et en or.
3 Etil s’en retourna par le même chemin qu’il était venu, du Midi jusqu’à Béthel, jusqu’au lieu où il avait dressé ses tentes au commencement, entre Béthel et Haï ;
4 Dans le même lieu où était l’autel qu’il y avait bâti au commencement, et où Abram avait invoqué le nom de l’Éternel.
5 Lot aussi, qui marchait avec Abram, avait des brebis, des bœufs, et des tentes.
6 Et le pays ne les pouvait porter, pour pouvoir demeurer ensemble ; car leur bien était si grand, qu’ils ne pouvaient demeurer l’un avec l’autre.
7 Ce qui excita une querelle entre les bergers du bétail d’ Abram, et les bergers du bétail de Lot. En ce temps-là les Cananéens et les Phérésiens demeuraient au pays.
8 Et Abram dit à Lot : Je te prie qu’il n’y ait point de dispute entre moi et toi, ni entre mes bergers et les tiens ; car nous sommes frères.
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9 Tout le pays n’est-il pas à ta disposition ? Sépare-toi, je te prie, d’avec moi : Si tu choisis la gauche, je prendrai la droite ; et si tu prends la droite, je m’en irai à la gauche.
10 Alors Lot, élevant ses yeux, vit toute la plaine du Jourdain, qui (avant que l’Éternel détruisît Sodome et Gomorre) était arrosée partout, jusqu’à ce qu’on vienne à Tsohar, comme le jardin de l’Éternel et comme le pays d'Égypte.
11 Et Lot choisit pour soi toute la plaine du Jourdain, et il alla du côté de l’Orient ; ainsi ils se séparèrent l’un d’avec l’autre.
12 Abram donc demeura au pays de Canaan ; et Lot demeura dans les villes de la plaine, et il y dressa ses tentes jusqu’à Sodome.
13 Or, les habitants de Sodome étaient méchants, et ils étaient de grands pécheurs contre l'Éternel.
14 Et l'Éternel dit à Abram (après que Lot se fut séparé d’avec lui) : Lève maintenant tes yeux, et regarde du lieu où tu es, vers le Septentrion, le Midi, l’Orient et l’Occident.
15 Car je te donnerai, et à ta postérité pour jamais, tout le pays que tu vois.
16 Et je ferai que ta postérité sera comme la poussière de la terre ; que si quelqu’un peut compter la poussière de la terre, il comptera aussi ta postérité.
17 Lève-toi donc, et promène-toi dans le pays, dans sa longueur et dans sa largeur ; car Je te le donnerai.
18 Abram donc ayant remué ses tentes, vint demeurer dans les plaines de Mamré, qui est en Hébron, et il bâtit là un autel à l’Éternel.
REFLEXIONS
Les grands biens que Dieu accorda à Abraham doivent être considérés comme un effet de la bénédiction qu'il lui avait promise, ce qui nous fait voir que les promesses de Dieu s'exécutent toujours et qu'il accorde quelques fois à ceux qui le craignent les bénédictions de la vie présente. Le débat qui arriva entre les gens de Lot et ceux d'Abraham et la modération qu'Abraham fit paraître en donnant à Lot son neveu le choix d'aller où il lui plairait nous avertissent d'éviter les divisions qui naissent d'ordinaire à l’occasion des biens du monde et de nous prévenir les uns les autres pour avoir la paix en renonçant même à ce qui pourrait nous être plus avantageux. Le choix que Lot fit du pays de Sodome qui était très fertile et très agréable, mais dont les habitants étaient déjà alors fort corrompus et menacés des jugements de Dieu, nous montre qu'il ne faut pas toujours regarder aux avantages et aux commodités de la vie, qu'il est périlleux d'habiter dans les lieux où l'aise et l'abondance règnent et que l'on doit surtout fuir le commerce des méchants.
Enfin, nous voyons dans la réitération des promesses que Dieu fit à Abraham la fermeté de l'amour que Dieu porte à ses enfants et la bonté avec laquelle il soutient leur foi dans les épreuves par où il les fait passer.
CHAPITRE XIV.
C'est ici l'histoire de la guerre qu'il y eut entre le roi de Sodome et ses voisins et le roi d'Elam et ses alliés dans laquelle le roi de Sodome fut vaincu et Lot pris avec tout son bien, mais Abraham défit le roi d'Elam et délivra Lot. Comme il revenait de cette défaite, Melchisédec lui vint au-devant et lui présenta du pain et du vin et Abraham lui donna la dîme de tout le butin qu'il avait fait.
1 Il arriva, au temps d’Amraphel, roi de Scinhar, d’Arjoc, roi d’Ellasar, de Kédor-lahomer, roi d’Hélam, et de Tidhal, roi des nations,
2 Qu'ils firent la guerre contre Bérah, roi de Sodome, contre Birsah, roi de Gomorre, contre Scinab, roi d’Adma, contre Scemeber, roi de Tséboïm, et contre le roi de Bélah, qui est Tsohar. 3 Tous ceux-ci se joignirent dans la vallée de Siddim, qui est la mer Salée.
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4 Ils avaient été assujettis douze ans à Kédor-lahomer ; mais au treizième ils s’étaient révoltés. 5 A la quatorzième année donc Kédor-lahomer vint, avec les rois qui s’étaient joints à lui ; et ils battirent les Réphaïns, en Hasçteroth de Carnaïm, les Zuzins en Ham ; les Emins dans la plaine de Kirjathaïm ;
6 Et les Horiens dans leur montagne de Séhir, jusqu’aux campagnes de Paran, au-dessus du désert.
7 Puis ils retournèrent et vinrent à Hen de Mispat, qui est Kadès, et ils battirent tout le pays des Hamalékites, et des Amorrhéens qui habitaient dans Hatsatson-tamar.
8 Alors le roi de Sodome, le roi de Gomorre, le roi d’Adma, le roi de Tséboïm, et le roi de Bélah, qui est Tsohar, sortirent, et rangèrent leurs troupes dans la vallée de Siddim, contre les autres rois,
9 C’est-à-dire, contre Kédor-lahomer, roi de Hélam, contre Tidhal, roi des nations, contre Amrapbhel, roi de Scinhar, et contre Arjoc, roi d’Ellasar, quatre rois contre cinq.
10 Or, il y avait dans la vallée de Siddim beaucoup de puits de bitume. Et les rois de Sodome et de Gomorre s’enfuirent, et y tombèrent ; et ceux de leurs gens qui s’échappèrent, s’enfuirent sur la montagne.
11 Les rois prirent donc toutes les richesses de Sodome et de Gomorre, et tous leurs vivres ; puis ils se retirèrent.
12 Ils prirent aussi Lot, fils du frère d’Abram, qui demeurait dans Sodome, et tout son bien, et ils s’en allèrent.
13 Un homme qui s’était sauvé, en vint avertir Abram, Hébreu, qui demeurait dans les plaines de Mamré Amorrhéen, frère d’Escol, et frère de Haner, qui avaient fait alliance avec Abram. 14 Quand donc Abram eut appris que son frère avait été fait prisonnier, il arma trois cents et dix-huit de ses serviteurs qui étaient nés dans sa maison ; et il poursuivit ces rois jusqu’à Dan. 15 Et ayant partagé ses troupes, il se jeta sur les rois durant la nuit, lui et ses serviteurs ; et les battit, et les poursuivit jusqu’à Hobar, qui est à la gauche de Damas.
16 Et il ramena toutes les richesses qu’on avait prises ; il ramena même Lot son frère, avec ses biens, les femmes et le peuple.
17 Et le roi de Sodome s’en alla au-devant de lui, comme il s’en retournait après la défaite de Kédor-lahomer, et des rois qui étaient avec lui, dans la vallée de la plaine, qui est la vallée royale.
18 Melchisédec aussi, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin (et il était sacrificateur du Dieu fort, souverain).
19 Et il bénit Abram, en disant : Béni soit Abram par le Dieu fort, souverain, possesseur des cieux et de la terre.
20 Et béni soit le Dieu fort, souverain, qui a mis tes ennemis entre tes mains. Et Abram lui donna la dîme de tout ce qu’il avait pris.
21 Et le roi de Sodome dit à Abram : Donne-moi les personnes, et prends les richesses pour toi. 22 Et Abram dit au roi de Sodome : J’ai levé ma main à l’Éternel, le Dieu fort, souverain, possesseur des cieux et de la terre, disant :
23 Si je prends aucune chose qui t’appartienne, depuis le moindre fil jusques à une courroie de soulier ; afin que tu ne dises pas : J’ai enrichi Abram.
24 J’excepte seulement ce que les jeunes gens ont mangé, et la part des hommes qui sont venus avec moi, Haner, Escol et Mamré, qui prendront leur part du butin.
REFLEXIONS
Il faut considérer la défaite du roi de Sodome comme un châtiment de Dieu sur les habitants de cette ville qui étaient très corrompus et comme un avant-coureur de leur ruine. Ce qui arriva à Lot qui fut pris dans cette guerre fait voir que ceux qui demeurent avec les méchants sont souvent enveloppés dans les jugements que Dieu déploie sur eux et qu'ainsi il est dangereux de
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s’engager dans leur commerce.
La victoire qu’Abram remporta est une preuve de la bénédiction dont Dieu favorisait ce patriarche et de sa protection envers Lot. Cela montre aussi qu’il est permis de faire la guerre pour une cause légitime et pour une juste défense.
Enfin, ce qui est dit ici de Melchisédec, roi de Salem et sacrificateur du Dieu Souverain, prouve que le vrai Dieu était connu et adoré dans ce pays-là. Cela doit aussi nous faire souvenir de ce que St. Paul dit dans l’épître aux Hébreux, que ce Melchisédec, qui bénit Abraham et à qui ce patriarche donna la dîme de tout, représentait Jésus-Christ notre Seigneur, le roi et le sacrificateur de l'Église qui devait régner sur toutes choses et exercer un sacerdoce infiniment plus parfait que celui des sacrificateurs juifs et de Melchisédec lui-même.
CHAPITRE XV. Dieu réitère les promesses qu'il avait faites à Abraham de lui donner un fils et une postérité nombreuse qui posséderait le pays de Canaan, et lui confirme cette promesse par un signe.
1 Après ces choses, la parole de l'Éternel fut adressée à Abram, dans une vision, disant : Abram, ne crains point ; je suis ton bouclier et ta très-grande récompense.
2 Et Abram répondit : Seigneur Éternel, que me donneras-tu ? Je passe ma vie sans avoir d’enfants, et Dammésec Elihéser est l’intendant de ma maison.
3 Abram dit encore : Voici, tu ne m’as point donné d’enfants, et dès là, le serviteur qui est né dans ma maison, sera mon héritier.
4 Et voici, la parole de l'Éternel lui fut adressée, disant : Celui-ci ne sera point ton héritier ; mais celui qui sortira de tes entrailles sera ton héritier.
5 Et après l’avoir mené dehors, il lui dit : Lève maintenant les yeux vers le ciel, et compte les étoiles, si tu les peux compter : c’est ainsi, lui dit-il, que sera ta postérité.
6 Et Abram crut à l'Éternel, et l'Éternel lui imputa cela à justice.
7 Il lui dit encore : Je suis l'Éternel, qui t’ai fait sortir d’Ur des Caldéens, afin de te donner ce pays pour le posséder.
8 Et il dit : Seigneur Éternel, à quoi connaîtrai-je que je le posséderai ?
9 Et il lui répondit : Prends une génisse de trois ans, et une chèvre de trois ans, et un bélier de trois ans, et une tourterelle, et un pigeon.
10 Il prit donc toutes ces choses, et les partagea par le milieu, et il mit chaque moitié vis-à-vis l’une de l’autre ; mais il ne partagea point les oiseaux.
11 Alors une volée d’oiseaux se jeta sur ces bêtes mortes ; mais Abram les chassa.
12 Et comme le soleil se couchait, Abram fut surpris d’un profond sommeil, et voici, il fut saisi d’une frayeur, causée par une grande obscurité qui tomba sur lui.
13 Et l’Éternel dit à Abram : Sache certainement que ta postérité habitera comme étrangère dans un pays qui ne lui appartiendra point, et qu’elle y servira aux habitants du lieu, et qu’elle y sera affligée pendant quatre cents ans.
14 Mais aussi je jugerai la nation à laquelle tes descendants seront assujettis ; et ensuite ils sortiront avec de grands biens.
15 Et toi, tu t’en iras vers tes pères en paix, dans une bonne vieillesse, et tu seras enseveli.
16 Et en la quatrième génération, ils retourneront ici ; car l’iniquité des Amorrhéens n’est pas encore venue à son comble.
17 Et lorsque le soleil fut couché, il y eut une obscurité ténébreuse, et voici, un four fumant et un brandon de feu qui passa entre ces choses qui avaient été partagées.
18 En ce jour-là, l’Éternel traita alliance avec Abram, disant : J’ai donné ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu’au grand fleuve, c’est-à-dire le fleuve d’Euphrate ;
19 Les Kéniens, les Kéniziens, les Kadmoniens,
20 Les Héthiens, les Phéréziens, les Réphaïns,
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21 Les Amorrhéens, les Cananéens, les Guirguasciens, et les Jébusiens.
REFLEXIONS
L'on voit trois choses dans ce chapitre :
I. Que Dieu réitéra les promesses qu'il avait faites à Abraham et les confirma par un signe miraculeux.
IL. Qu'Abraham ayant crû à Dieu, cela lui fut imputé à justice.
III. Que Dieu lui déclara que ces promesses ne s'accompliront pas durant sa vie et que même sa postérité serait affligée pendant quelque temps.
Les réflexions que nous devons faire sur cela sont donc :
I. Que Dieu par un effet de sa bonté a de tout temps trouvé à propos de fortifier la foi de ceux qu'il aime par des signes extérieurs, ce qu'il fait encore par les sacrements desquels nous devons faire un très grand cas,
IL. Que tous ceux, qui à l'imitation d'Abraham, croient en Dieu et lui obéissent, seront justifiés comme ce Saint patriarche le fut,
III. Que les enfants de Dieu ont souvent dans ce monde les afflictions en partage et que ce ne sera qu'après cette vie qu'ils verront le parfait accomplissement des promesses que Dieu leur a faites.
CHAPITRE XVI.
On voit dans ce chapitre :
1. La naissance d'Ismaël fils d'Agar.
IT. La fuite d'Agar qui sortit de la maison d'Abraham et la prédiction qu'un ange fit à Agar qu'Ismaël serait un prince puissant et qu'il aurait une postérité nombreuse.
1 Or, Saraï, femme d’Abram, ne lui avait point encore fait d’enfant ; mais elle avait une servante égyptienne, nommée A gar,
2 Et elle dit à Abram : Voici maintenant, l’Éternel m’a rendue stérile : viens, je te prie, vers ma servante ; peut-être aurai-je des enfants par elle. Et Abram obéit à la parole de Saraï.
3 Alors Saraï, femme d’Abram, prit Agar, sa servante égyptienne, et la donna pour femme à Abram son mari, après qu’il eut demeuré dix ans au pays de Canaan.
4 Il vint donc vers Agar, et elle conçut. Et Agar voyant qu’elle avait conçu, méprisa sa maîtresse. 5 Alors Saraï dit à Abram : L’outrage qu’on me fait, rejaillit sur toi. J’ai mis ma servante dans ton sein ; mais depuis qu’elle a vu qu’elle était enceinte, elle me regarde avec mépris. Que l'Éternel soit juge entre moi et toi.
6 Alors Abram répondit à Saraï : Voici, ta servante est entre tes mains, traite-la comme il te plaira. Saraï donc la maltraita et elle s’enfuit de devant elle.
7 Mais l’ange de l’Éternel la trouva auprès d’une fontaine d’eau au désert, près de la fontaine qui est au chemin de Sçur.
8 Et il lui dit : Agar, servante de Saraï, d’où viens-tu ? et où vas-tu ? Et elle répondit : Je fuis de devant Saraï, ma maîtresse.
9 Et l’ange de l'Éternel lui dit : Retourne à ta maîtresse, et t’humilie sous elle.
10 L’ange de l’Éternel lui dit encore : Je multiplierai tellement ta postérité, qu’elle ne se pourra compter, tant elle sera grande.
11 L'ange de l’Éternel lui dit aussi : Voici, tu as conçu, et tu enfanteras un fils que tu appelleras Ismaël ; car l’Éternel a entendu ta voix dans ton affliction,
12 Et il sera semblable à un âne sauvage : 1l lèvera sa main contre tous, et tous lèveront la main contre lui ; et il dressera ses tentes aux yeux de tous ses frères.
13 Alors elle appela le nom de l’Éternel qui lui parlait : Tu es le Dieu fort qui m’as vue. Car elle dit : N’ai-je pas aussi vu ici celui qui me voyait ?
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14 C’est pourquoi on appela ce puits le puits du Vivant qui me voit. Il est entre Kadès et Béred. 15 Agar donc enfanta un fils à Abram. Et Abram appela son fils, qu’Agar lui avait enfanté, Ismaël.
16 Or, Abram était âgé de quatre-vingt-six ans, quand Agar lui enfanta Ismaël.
REFLEXIONS
Le mariage d'Abraham avec Agar doit être regardé comme une de ces choses que Dieu tolérait alors, à cause de l’état où les hommes se rencontraient, mais qui était opposées à la première institution du mariage et à cause de cela sont absolument défendues par les lois de l'Évangile. Les divisions qui arrivèrent à cette occasion dans la famille d'Abraham montrent que ces sortes de mariages avaient d’ordinaire des suites funestes.
Cependant, il faut remarquer que Dieu prit soin de l’enfant d’Agar et qu’il promit de le bénir parce qu’il était fils d'Abraham et ce fut aussi ce qui arriva, la postérité d’Ismaël ayant été très puissante et très nombreuse et ayant subsisté longtemps dans les siècles suivants, comme nous l'apprenons de l'histoire.
CHAPITRE XVII.
Dieu confirme de nouveau l'alliance qu'il avait traitée avec Abraham et les promesses qu'il lui avaient faites et pour l'en assurer, il lui change son nom. Il lui donne la loi de la circoncision, il lui promet la naissance d'Isaac, et Abraham obéissant à l'ordre de Dieu fut circoncis avec toute sa maison.
1 Puis Abram étant âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, l’Éternel lui apparut et lui dit : Je suis le Dieu fort, tout-puissant : Marche devant ma face, et en intégrité.
2 Et je ferai alliance avec toi, et je te multiplierai très abondamment.
3 Alors Abram tomba sur sa face ; et Dieu lui parla et lui dit :
4 Quant à, moi, voici, mon alliance est avec toi, et tu deviendras père d’une multitude de nations. 5 Et tu ne seras plus appelé Abram, maïs ton nom sera Abraham ; car je t’ai établi pour être le père d’une multitude de nations.
6 Et je te ferai croître très abondamment, et je te ferai devenir des nations ; même des rois sortiront de toi.
7 J’établirai donc mon alliance entre moi et toi, et entre ta postérité après toi dans leurs âges, pour être une alliance éternelle, afin que je sois ton Dieu, et le Dieu de ta postérité après toi.
8 Et je te donnerai, et à ta postérité après toi, le pays où tu demeures comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle ; et je leur serai Dieu.
9 Dieu dit encore à Abraham : Mais toi, tu garderas mon alliance, toi et ta postérité après toi, dans leurs âges.
10 C’est ici l’alliance que j’ai faite avec vous, et avec ta postérité après toi ; vous la garderez : tout mâle d’entre vous sera circoncis :
11 Vous circoncirez la chair de votre prépuce, et cela sera pour un signe de l’alliance qui est entre moi et vous.
12 Tout enfant mâle de huit jours sera circoncis parmi vous dans vos générations, tant celui qui est né en la maison, que l’esclave acheté par argent de tout étranger qui n’est point de ta race. 13 On ne manquera donc point de circoncire celui qui est né en ta maison, et celui qui est acheté de ton argent ; et mon alliance sera dans votre chair, pour être une alliance perpétuelle.
14 Et le mâle incirconcis, duquel la chair du prépuce n’aura point été circoncise, sera retranché du milieu de ses peuples, parce qu’il aura violé mon alliance.
15 Dieu dit aussi à Abraham : Quant à Saraï, ta femme, tu ne l’appelleras plus Saraï, mais son nom sera Sara.
16 Et je la bénirai ; et même je te donnerai d’elle un fils. Je la bénirai, et elle deviendra des
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nations ; et des rois de peuples sortiront d’elle.
17 Alors Abraham se prosterna la face en terre, et il sourit, en disant en son cœur : Naîtrait-il un fils à un homme âgé de cent ans ? Et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, aurait-elle un enfant ?
18 Et Abraham dit à Dieu : Je te prie qu’Ismaël vive devant toi.
19 Et Dieu dit : Certainement, Sara ta femme t’enfantera un fils, et tu l’appelleras Isaac, et jJ’établirai mon alliance avec lui, pour être une alliance perpétuelle pour sa postérité après lui. 20 Je t’ai aussi exaucé touchant Ismaël : voici, je l’ai béni, et je le ferai croître et multiplier très abondamment. Il sera père de douze princes ; et je le ferai devenir une grande nation.
21 Mais j’établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t’enfantera dans un an, en cette même saison.
22 Et après que Dieu eut achevé de parler, il remonta de devant Abraham.
23 Et Abraham prit son fils Ismaël, et tous ceux qui étaient nés en sa maison, et tous ceux qu’il avait achetés de son argent, tous les mâles qui étaient des gens de sa maison ; et il circoncit la chair de leur prépuce, en ce même jour-là, comme Dieu lui avait dit.
24 Abraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, quand il se circoncit.
25 Et Ismaël son fils avait treize ans, lorsqu'il fut circoncis.
26 Abraham et Ismaël son fils furent circoncis en un même jour.
27 Et toutes les personnes de sa maison, tant ceux qui étaient nés en la maison, que ceux qui avaient été achetés des étrangers par argent, furent circoncis avec lui.
REFLEXIONS
La principale instruction que nous devons tirer de ce chapitre qui contient l'institution de la circoncision est celle que St. Paul nous donne au chapitre IV de l'épître aux Romains. Cet apôtre remarque que lorsqu’Abraham reçut le signe de la circoncision, il avait déjà été justifié auparavant par la foi, d'où il conclut que ce n'est ni la circoncision, ni aucune cérémonie extérieure qui rendent les hommes agréables à Dieu et qu'il n'y a qu'une foi sincère et accompagnée de l'obéissance qui produise cet effet. Cependant, cette même histoire montre qu'il ne faut pas mépriser ou négliger les signes extérieurs de l'alliance divine et en particulier les cérémonies et les sacrements que Dieu a établis pour fortifier notre foi et pour confirmer ses promesses, qu'au contraire nous devons les respecter, les observer religieusement et en faire un usage qui serve à nous affermir dans la foi et dans l'amour de Dieu et à nous exciter de plus en plus à la piété.
CHAPITRE XVIII.
Trois anges apparaissent à Abraham qui lui promettent la naissance d'’Isaac et qui l'avertissent que Dieu allait détruire Sodome et Gomorre. Abraham intercède auprès du Seigneur pour les habitants de Sodome, mais inutilement, Dieu lui ayant fait comprendre que la corruption de ces gens-là était parvenue à son comble et que leur ruine était arrêtée et inévitable.
1 Puis l'Éternel apparut à Abraham dans les plaines de Mamré, comme il était assis à la porte de sa tente pendant la chaleur du jour.
2 Car, levant ses yeux, il regarda, et voici, trois hommes parurent près de lui ; et dès qu’il les eut aperçus, il courut au-devant d’eux, de la porte de sa tente, et il se prosterna en terre ;
3 Etil dit : Mon Seigneur, je te prie, si j’ai trouvé grâce à tes yeux, ne passe point, je te prie, la tente de ton serviteur.
4 Qu’on prenne, je vous prie, un peu d’eau, et lavez vos pieds ; cependant reposez-vous sous un arbre.
5 Et j’apporterai un morceau de pain, afin de fortifier votre cœur, ensuite vous passerez outre ; car c’est pour cela que vous êtes venus vers votre serviteur. Et ils dirent : Fais ce que tu as dit.
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6 Abraham donc s’en alla en hâte dans la tente vers Sara, et lui dit : Hâte-toi, prends trois mesures de fleur de farine, pétris-les, et fais des gâteaux.
7 Puis Abraham courut à son troupeau, et 1l y prit un veau tendre et bon, et il le donna à un serviteur, qui se hâta de l’apprêter.
8 Ensuite il prit du beurre et du lait, et le veau qu’on avait apprêté, et il le mit devant eux. Il se tenait auprès d’eux sous l’arbre, et ils mangèrent.
9 Et ils lui dirent : Où est Sara ta femme ? Et il répondit : La voilà dans la tente.
10 Et un d’entre eux dit : Je ne manquerai pas de revenir vers toi dans un an, en ce même temps où nous sommes ; et voici, Sara ta femme aura un fils. Et Sara l’écoutait à la porte de la tente, laquelle était derrière lui.
11 Or, Abraham et Sara étaient vieux et avancés en âge ; et Sara n’avait plus ce que les femmes ont accoutumé d’avoir.
12 Et Sara rit en soi-même, disant : Etant vieille, aurai-je cette satisfaction ? mon seigneur étant fort âgé.
13 Et l’Éternel dit à Abraham : Pourquoi Sara a-t-elle ri, en disant : Serait-il vrai que j’aurais un enfant, étant vieille comme je suis ?
14 Y a-t-il quelque chose qui soit caché à l'Éternel ? je reviendrai vers toi en cette saison, en ce même temps où nous sommes, et Sara aura un fils.
15 Et Sara nia d’avoir ri, disant : Je n’ai point ri, car elle eut peur. Mais il dit : Cela n’est pas ainsi ; Car tu as ri.
16 Et ces hommes se levèrent de là, et regardèrent vers Sodome ; et Abraham marchait avec eux, pour les conduire.
17 Et l'Éternel dit : Cacherai-je à Abraham ce que je m’en vais faire ?
18 Puisque Abraham doit certainement être une nation grande et puissante, et que toutes les nations de la terre seront bénies en lui ?
19 Car je le connais, et je sais qu’il commandera à ses enfants, et à sa maison après lui, de garder la voie de l’Éternel, pour faire ce qui est juste et droit ; afin que l’Éternel fasse venir sur Abraham tout ce qu’il lui a dit.
20 Et l’Éternel dit : Parce que le cri de Sodome et de Gomorre est augmenté, et que leur péché est très grief ;
21 Je descendrai maintenant et je verrai, s’ils ont entièrement fait toutes les choses dont le cri est venu jusqu’à moi ; et si cela n’est pas, je le saurai.
22 Ces hommes donc partant de là, allaient vers Sodome ; mais Abraham se tint encore devant l'Éternel.
23 Et Abraham s’approcha et dit : Feras-tu périr même le juste avec le méchant ?
24 Peut-être y a-t-il cinquante justes dans la ville, les feras-tu périr aussi ? Ne pardonneras-tu point à la ville, à cause de cinquante justes, s’ils y étaient ?
25 Il ne sera pas dit de toi que tu fasses mourir le juste avec le méchant, et que le juste soit traité comme le méchant. Non, cela ne sera pas dit de toi. Celui qui juge toute la terre, ne fera-t-il point justice ?
26 Et l’Éternel dit : Si je trouve en Sodome cinquante justes dans la ville, je pardonnerai à tout le lieu, pour l’amour d’eux.
27 Et Abraham répondit, disant : Voici, maintenant j’ai pris la hardiesse de parler au Seigneur, bien que je ne sois que poudre et que cendre.
28 Peut-être en manquera-t-il cinq des cinquante justes : détruiras-tu toute la ville pour cinq qui manqueraient ? Et il lui répondit : Je ne la détruirai point, si j’y trouve quarante-cinq justes.
29 Et Abraham continua de lui parler, en disant : Peut-être ne s’en trouvera-t-il que quarante ? Et il dit : Je ne détruirai point la ville à cause de ces quarante.
30 Et Abraham dit : Je prie le Seigneur de ne s’irriter pas, si je parle encore : Peut-être s’en trouvera-t-il trente ? Et il dit : Je ne la détruirai point, si jy en trouve trente.
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31 Et Abraham dit : Voici maintenant, j’ai pris la hardiesse de parler au Seigneur : Peut-être s’en trouvera-t-il vingt ? Et il dit : Je ne la détruirai point à cause de ces vingt.
32 Et Abraham dit : Je prie que le Seigneur ne se fâche point ; je parlerai encore une seule fois : Peut-être s’y en trouvera-t-il dix ? Et il dit : Je ne la détruirai point à cause de ces dix.
33 Et l’Éternel s’en alla, quand il eut cessé de parler à Abraham. Et Abraham retourna en son lieu.
REFLEXIONS
Ce chapitre nous présente quatre réflexions principales :
I. La première est celle que St. Paul fait dans l’épître aux Hébreux, sur ce qu'Abraham reçut les trois anges qui lui apparurent : N'oubliez pas, dit-il l'hospitalité, car par elle, quelques-uns ont logé des anges chez eux sans le savoir
Il. La deuxième réflexion est qu’il s’est écoulé plusieurs années sans que le fils que Dieu avait promis à Abraham naquît, mais que les anges lui annoncèrent qu’Isaac naîtrait cette année-là. C’est ainsi que les promesses de Dieu se trouvent toujours véritables quoiqu'il diffère de les exécuter.
IT. Il est à remarquer en troisième lieu que Dieu étant sur le point de détruire Sodome voulut le faire connaître à Abraham afin que ce patriarche reconnût que cette ruine procédait de Dieu et qu’il fût engagé par là à craindre toujours le Seigneur, à se confier en ses promesses et à faire régner la piété dans sa famille. On voit par-là que Dieu se communique à ceux qui le servent fidèlement. Cela nous montre aussi que la considération des jugements de Dieu doit nous inciter à le craindre, que le devoir des pères est de recommander surtout à leurs enfants de marcher dans les voies du Seigneur et que Dieu bénit la postérité des hommes droits.
IV. La quatrième réflexion regarde l’intercession d’Abraham en faveur de ceux de Sodome et le refus que Dieu fit de leur pardonner parce qu’il n’y avait pas dix justes dans cette ville. Apprenons de là que nous devons prier les uns pour les autres et tâcher en particulier de détourner la colère de Dieu de dessus ceux qui en sont menacés, que Dieu a beaucoup d'égard aux prières et à la piété des justes et qu'il épargne quelque fois les villes et les peuples pour l’amour d’eux, mais que lorsque le nombre des gens de bien est fort diminué et que le crime et l’impiété prévalent, les prières des justes sont inutiles et que rien ne garantit les pécheurs de la vengeance céleste.
CHAPITRE XIX.
Ce chapitre contient l'histoire de la destruction de Sodome et des lieux voisins qui furent consumés par le feu du ciel. Lot ayant été préservé de cette destruction se retira à Tsohar avec ses deux filles.
1 Or, sur le soir les deux anges vinrent à Sodome. Et Lot, qui était assis à la porte de Sodome, les ayant vus, se leva pour aller au-devant d’eux, et il se prosterna le visage en terre.
2 Et il leur dit : Voici, je vous prie, Messieurs, retirez-vous maintenant dans la maison de votre serviteur, et y logez cette nuit ; lavez aussi vos pieds, et vous vous lèverez de bon matin, et vous continuerez votre chemin. Non, dirent-ils, mais nous passerons cette nuit dans la rue.
3 Mais il les pressa tant qu'ils se retirèrent chez lui. Et quand ils furent entrés dans sa maison, il leur fit un festin, et fit cuire des pains sans levain, et ils mangèrent.
4 Mais avant qu’ils s’allassent coucher, les hommes de la ville, les hommes, dis-je, de Sodome, environnèrent la maison, depuis les plus jeunes jusqu’aux vieillards, tout le peuple, depuis un bout jusqu’à l’autre.
5 Et appelant Lot, ils lui dirent : Où sont ces hommes qui sont venus cette nuit chez toi ? Fais- les sortir, afin que nous les connaïssions.
6 Alors Lot sortit de sa maison, pour leur parler à la porte, et ayant fermé la porte après soi,
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7 Il leur dit : Je vous prie, mes frères, ne leur faites point de mal.
8 Voici, j’ai deux filles qui n’ont point encore connu d’homme ; je vous les amènerai, et vous les traiterez comme il vous plaira, pourvu que vous ne fassiez point de mal à ces hommes, parce qu’ils sont venus à l’ombre de mon toit.
9 Et ils lui dirent : Retire-toi de là. Ils dirent encore: Cet homme seul est venu pour habiter ici comme étranger, et 1l nous jugera ! Maintenant nous te traiterons plus mal qu’eux. Et ils faisaient violence à Lot, et s’approchèrent pour rompre la porte.
10 Mais ces hommes avançant leurs mains, firent rentrer Lot dans la maison, et fermèrent la porte.
11 Ils frappèrent ensuite d’éblouissement les hommes qui étaient à la porte de la maison, depuis le plus petit jusqu’au plus grand ; de sorte qu’ils se lassèrent à chercher la porte.
12 Alors ces hommes dirent à Lot : Qui as-tu encore ici qui t’appartienne ; ou un gendre, ou des fils ou des filles, ou quelque autre de tes proches dans la ville ? Fais-les sortir de ce lieu.
13 Car nous allons détruire ce lieu, parce que le cri des péchés de ses habitants s’est élevé devant l'Éternel, et il nous a envoyés pour le détruire.
14 Lot donc sortit et parla à ses gendres, qui devaient prendre ses filles, et leur dit : Levez-vous, et sortez de ce lieu ; car l’Éternel va détruire la ville. Mais il semblait à ses gendres qu’il se moquait.
15 Et sitôt que l’aube du jour fut levée, les anges pressèrent Lot, disant : Lève-toi, prends ta femme et tes deux filles, qui se trouvent ici, de peur que tu ne périsses dans la punition que je vais faire de la ville.
16 Et comme il tardait, ces hommes le prirent par la main ; ils prirent aussi par la main sa femme et ses deux filles, parce que l’Éternel l’épargnait ; et ils l’emmenèrent et le mirent hors de la ville.
17 Or, dès qu’ils les eurent fait sortir de la ville, l’un d’eux dit : Sauve ta vie, ne regarde point derrière toi, et ne t’arrête en aucun endroit de la plaine ; sauve-toi sur la montagne, de peur que tu ne périsses.
18 Et Lot leur répondit : Non, Seigneur, je te prie ;
19 Voici, ton serviteur a maintenant trouvé grâce devant toi, et tu as signalé ta miséricorde envers moi en me sauvant la vie. Mais je ne me pourrai sauver sur la montagne, que le mal ne m'atteigne, et que je ne meure.
20 Voici, je te prie, il y a ici près une ville où je puis m’enfuir, et elle est petite ; je te prie, que je m’y sauve. N’est-elle pas petite ? et mon âme vivra.
21 Et il lui dit : Voici, je t’accorde encore cette grâce, de ne détruire point la ville dont tu as parlé.
22 HÂte-toi, sauve-toi là ; car je ne pourrai rien faire jusqu’à ce que tu y sois entré. C’est pour cette raison que cette ville fut appelée Tsohar.
23 Comme le soleil se levait sur la terre, Lot entra dans Tsohar.
24 Alors l'Éternel fit pleuvoir des cieux, sur Sodome et sur Gomorre, du soufre et du feu, de la part de l’Éternel ;
25 Et il détruisit ces villes-là, et toute la plaine, et tous les habitants des villes, et le germe de la terre.
26 Mais la femme de Lot regarda derrière soi, et elle devint une statue de sel.
27 Et Abraham se levant de bon matin, vint au lieu où il s’était tenu devant l’Éternel.
28 Et regardant vers Sodome et Gomorre, et vers toute la terre de cette plaine-là, il vit monter de la terre une fumée comme la fumée d’une fournaise.
29 Lorsque Dieu détruisait les villes de la plaine, il se souvint d’Abraham, et il fit partir Lot, afin qu’il ne fût point dans cette ruine, quand il détruisit les villes où Lot habitait.
30 Et Lot monta de Tsohar, et habita sur la montagne avec ses deux filles, car 1l craignait de demeurer dans Tsohar ; et il se retira dans une caverne avec ses deux filles.
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31 Et l’aînée dit à la plus jeune : Notre père est vieux, et 1l n’y a personne sur la terre pour venir vers nous, selon la coutume de tous les pays.
32 Viens, donnons du vin à notre père, et couchons avec lui, afin que nous conservions la race de notre père.
33 Elles donnèrent donc du vin à boire à leur père cette nuit-là. Et l’aînée vint et coucha avec son père ; mais il ne s’aperçut point, ni quand elle se coucha, ni quand elle se leva.
34 Et le lendemain l’aînée dit à la plus jeune : Voici, j’ai couché la nuit passée avec mon père ; donnons-lui encore cette nuit du vin à boire ; puis va, et couche avec lui, et nous conserverons la race de notre père.
35 En cette nuit-là donc elles donnèrent encore du vin à boire à leur père. Et la plus jeune se leva et coucha avec lui ; mais il ne s’aperçut point, ni quand elle se coucha, ni quand elle se leva.
36 Ainsi les deux filles de Lot conçurent de leur père.
37 L’aînée enfanta un fils, et appela son nom Moab. C’est lui qui est le père des Moabites jusqu’à ce jour.
38 Et la plus jeune aussi enfanta un fils, et appela son nom Ben-Hammi. C’est lui qui est le père des enfants de Hammon jusqu’à ce jour.
REFLEXIONS
Nous avons à remarquer sur la mémorable histoire de la destruction de Sodome et des autres villes voisines :
I. Premièrement que ce qui entraîna les habitants de ces villes-là dans ces crimes affreux, ce fut, comme le dit un prophète, l’orgueil, l’abondance, l’aise et l’oisiveté, aussi bien que la dureté envers les misérables. Ainsi, cet exemple fait voir combien il est dangereux d’être trop à son aise et de se livrer aux plaisirs et en particulier à quels excès la sensualité et l'impureté peuvent porter les hommes.
II. Ce terrible jugement que Dieu exerça sur Sodome est une preuve du jugement et de la condamnation qu’il réserve à tous les impies et en particulier à ceux qui se livrent à des passions infâmes. C'est ce que St. Pierre nous enseigne lorsqu'il dit : Que si Dieu a condamné à une entière destruction les villes de Sodome et de Gomorre, les réduisant en cendre et les mettant en exemple pour ceux qui vivraient dans l'impiété, il réserve aussi tous les injustes pour être punis au jour du jugement et principalement ceux qui suivent les désirs de la chair et les cupidités infâmes.
III. Le même apôtre remarque sur cette histoire : Que Dieu délivra le juste Lot de l'embrasement de Sodome, que cet homme de bien qui habitait parmi ces abominables afjligeait tous les jours son âme juste à cause de ce qu'il voyait et de ce qu'il entendait de leurs méchantes actions et que c'est ainsi que Dieu sait délivrer de la tentation et de l'affliction ceux qui l'honorent.
IV. On voit dans cette histoire que les gendres de Lot furent enveloppés dans la destruction de Sodome pour s'être moqué des avertissements que Lot leur avait donnés et que sa femme fut changée en une statue de sel parce qu'elle tourna ses yeux et son cœur du côté de cette ville d'où elle était sortie. Ces deux exemples nous apprennent à profiter des avertissements que Dieu nous fait donner, à craindre ses menaces et à le suivre quand il nous appelle, sans regarder aux choses du monde. C’est à quoi notre Seigneur nous exhorte lorsqu'il dit dans l'Évangile : Souvenez-vous de la femme de Lot. Enfin, ce qui arriva à Lot lui-même et à ses deux filles après qu’il fut échappé de la ruine de Sodome nous montre que nous devons être toujours et partout sur nos gardes, éviter toutes les occasions de pécher et nous éloigner particulièrement de l'intempérance à cause des suites funestes qu’elle a ordinairement.
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CHAPITRE XX. Abraham étant allé demeurer à Guerar, Abimelec, roi de ce lieu-là, lui enlève sa femme et la lui rend ensuite par le commandement de Dieu.
1 Abraham s’en alla de là au pays du Midi, et demeura entre Kadès et Sçur, et habita comme étranger à Guérar.
2 Et Abraham dit de Sara sa femme : C’est ma sœur. Abimélec donc, roi de Guérar, envoya des gens pour enlever Sara.
3 Mais Dieu, pendant la nuit, apparut en songe à Abimélec, et lui dit : Voici, tu es mort, à cause de la femme que tu as prise ; car elle a un mari.
4 Or, Abimélec ne s’était point approché d’elle. Il répondit donc : Seigneur, puniras-tu aussi de mort la nation juste ?
5 Ne m’a-t-il pas dit : C’est ma sœur ? Elle-même aussi n’a-t-elle pas dit : C’est mon frère ? J’ai fait ceci dans l’intégrité de mon cœur, et avec des mains pures.
6 Et Dieu lui dit en songe : Je sais aussi que tu l’as fait dans l’intégrité de ton cœur ; aussi n’ai- Je pas permis que tu ne péchasses contre moi ; et c’est pour cela que je ne t’ai point permis de la toucher.
7 Maintenant donc, rends la femme à cet homme ; car il est prophète, et il priera pour toi, et tu vivras. Mais si tu ne la rends pas, sache que tu mourras certainement, et tout ce qui est à toi.
8 Et Abimélec se leva de bon matin, et appela tous ses serviteurs, et il leur fit entendre toutes ces choses ; et ils furent saisis de crainte.
9 Puis, Abimélec appela Abraham et lui dit : Que nous as-tu fait ? Et en quoi t’ai-je offensé, que tu aies fait venir sur moi et mon royaume un si grand péché ? Tu m’as fait des choses qui ne se doivent pas faire.
10 Abimélec dit aussi à Abraham : Qu’as-tu vu, qui t’ait obligé de faire cela ?
11 Et Abraham répondit : Je l’ai fait, parce que je disais en moi-même : Sans doute il n’y a point de crainte de Dieu en ce lieu-ci, et ils me tueront à cause de ma femme.
12 Mais aussi, à la vérité, elle est ma sœur, fille de mon père, bien qu’elle ne soit point fille de ma mère ; et elle m’a été donnée pour femme.
13 Or, il est arrivé que quand Dieu m’a conduit çà et là, hors de la maison de mon père, je lui ai dit : c’est ici la faveur que tu me feras : Dans tous les lieux où nous viendrons, dis de moi : C’est mon frère.
14 Alors Abimélec prit des brebis, des bœufs, des serviteurs et des servantes, et il les donna à Abraham, et lui rendit Sara sa femme.
15 Et il lui dit : Voici, mon pays est à ta disposition ; habite où il te plaira.
16 Et il dit à Sara : J’ai donné à ton frère mille pièces d’argent ; voici, il t’est un voile sur les yeux devant tous ceux qui sont avec toi, et devant tous les autres. C’est ainsi qu’elle fut reprise. 17 Et Abraham pria Dieu ; et Dieu guérit Abimélec, sa femme et ses servantes, et elles enfantèrent.
18 Car l’Éternel avait entièrement rendu stérile toute la maison d’Abimélec, à cause de Sara, femme d’Abraham.
REFLEXIONS
IL. Ce qui arriva à Abraham lorsqu'Abimelec lui enleva sa femme et la punition que Dieu envoya à cause de cela à ce prince nous fait voir qu'Abraham était exposé à bien des traverses, mais que Dieu l'accompagnait partout et le couvrait de sa protection.
IL. Il parait en second lieu de cette histoire que le vrai Dieu était connu dans le pays où Abraham était alors et que même on y avait quelque crainte de la divinité, c'est ce que l'apparition de Dieu à Abimelec et la réponse de ce roi prouvent clairement.
IL. L'obéissance d'Abimelec qui rendit Sara aussitôt que Dieu lui eut fait connaître qu'elle était
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femme d'Abraham et l'horreur que ce prince avait pour l'adultère montrent qu'il craignait d'offenser Dieu et ce roi s'élèvera en jugement contre tant de princes chrétiens qui, étant si clairement avertis de la volonté de Dieu, n'y ont aucun égard et s'abandonnent au péché et en particulier à toutes sortes d'impuretés et de dissolutions.
IV. Enfin, la guérison que Dieu accorda à Abimelec, après qu'il eut rendu Sara et qu'Abraham eut prié pour lui, nous apprend que Dieu pardonne les péchés commis par ignorance, qu'il fait cesser le châtiment aussitôt qu'on évite de pécher et que les prières et l'intercession des gens de bien ont une grande efficace devant lui.
CHAPITRE XXI.
Ce chapitre raconte :
I. La naissance d'Isaac. II. L'occasion pour laquelle Ismaël fut chassé de la maison d'Abraham avec Agar sa mère et la manière dont Dieu conserva la vie à Ismaël. IUT. L'alliance d'Abraham avec le roi Abimelec.
1 Et l’Éternel visita Sara, comme il l’avait dit, et il lui fit ainsi qu’il en avait parlé.
2 Sara donc conçut, et enfanta un fils à Abraham en sa vieillesse, dans la saison que Dieu lui avait dit.
3 Et Abraham appela son fils (qui lui était né, et que Sara lui avait enfanté) Isaac.
4 Et Abraham circoncit son fils Isaac âgé de huit jours, comme Dieu lui avait commandé.
5 Or, Abraham était âgé de cent ans, quand Isaac, son fils, lui naquit.
6 Et Sara dit : Dieu m’a donné un sujet de rire ; tous ceux qui l’apprendront, riront avec moi.
7 Elle dit aussi : Qui eût dit à Abraham que Sara allaiterait des enfants ? car je lui ai enfanté un fils en sa vieillesse.
8 Et l’enfant crût, et fut sevré. Et Abraham fit un grand festin au jour qu’Isaac fut sevré.
9 Et Sara vit que le fils d’Agar, Égyptienne, qu’elle avait enfanté à Abraham, se moquait.
10 Et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils ; car le fils de cette servante n’héritera point avec mon fils, avec Isaac.
11 Et cela déplut fort à Abraham, à l’occasion de son fils.
12 Mais Dieu dit à Abraham : N’aie point de chagrin à l’occasion de cet enfant, ni de ta servante. Dans toutes les choses que te dira Sara, obéis à sa parole ; car c’est en Isaac que ta postérité sera appelée de ton nom.
13 Et, toutefois, je ferai aussi devenir le fils de la servante une nation, parce qu’il est de ta race. 14 Alors Abraham se leva de bon matin et prit du pain et une bouteille d’eau, et il les donna à Agar, en les mettant sur son épaule ; il lui donna aussi son enfant et la renvoya. Et elle se mit en chemin, et fut errante au désert de Béer-scébah.
15 Or, quand l’eau de la bouteille eut manqué, elle mit son enfant sous un arbrisseau.
16 Et elle s’éloigna de lui à la distance d’un trait d’arc, et s’assit vis-à-vis ; car elle dit : Que je ne voie point mourir cet enfant. Et s’étant assise vis-à-vis, elle éleva sa voix, et pleura.
17 Et Dieu entendit la voix du jeune garçon, et l’ange de Dieu appela des cieux Agar, et lui dit : Qu’as-tu, Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix du jeune garçon, du lieu où il est. 18 Lève-toi, lève ce jeune garçon, et prends-le par la main ; car je le ferai devenir une grande nation.
19 Et Dieu ouvrit ses yeux ; et elle, ayant vu un puits d’eau, s’y en alla, et remplit la bouteille d’eau, et donna à boire à ce jeune garçon.
20 Et Dieu fut avec ce jeune garçon, qui devint grand, et habita au désert ; et il fut tireur d’arc. 21 Et il demeura au désert de Paran. Et sa mère lui prit une femme du pays d'Égypte.
22 Et il arriva qu’en ce temps-là Abimélec, accompagné de Picol, chef de son armée, parla à Abraham, disant : Dieu est avec toi dans toutes les choses que tu fais.
23 Maintenant donc, jure-moi par le nom de Dieu que tu ne me mentiras point, ni à mes enfants,
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ni aux enfants de mes enfants, et que tu me traiteras, et le pays auquel tu as habité comme étranger, avec la même bonté avec laquelle je t’ai traité.
24 Et Abraham répondit : Je te le jureraï.
25 Mais Abraham fit ses plaintes à Abimélec, à l’occasion d’un puits d’eau dont les serviteurs d’Abimélec s’étaient emparés par violence.
26 Et Abimélec dit : Je n’ai point su qui a fait cela ; tu ne m’en as point aussi averti, et je n’en ai point ouï parler jusqu’à ce jour.
27 Alors Abraham prit des brebis et des bœufs, et les donna à Abimélec, et ils firent alliance ensemble.
28 Et Abraham mit à part sept jeunes brebis de sa bergerie.
29 Et Abimélec dit à Abraham : Que veulent dire ces sept brebis que tu as mises à part ?
30 Et il répondit : C’est que tu prendras ces sept jeunes brebis de ma main, afin qu’elles me servent de témoignage, que j'ai creusé ce puits.
31 C’est pourquoi on appela ce lieu-là Béer-scébah ; car tous deux y jurèrent.
32 Ils traitèrent donc alliance en Béer-scébah. Puis Abimélec se leva avec Picol, chef de son armée, et ils retournèrent au pays des Philistins.
33 Et Abraham planta une chênaie en Béer-scébah, et il invoqua là le nom de l’Éternel, le Dieu fort d’éternité.
34 Et Abraham habita longtemps comme étranger au pays des Philistins.
REFLEXIONS
IL. La première réflexion qu’il faut faire sur ce chapitre regarde la naissance d’Isaac qui naquit à Abraham quoique ce patriarche et Sara sa femme fussent d'un âge fort avancé. On voit dans cet événement l’accomplissement des promesses que Dieu avait faites à Abraham de lui donner un fils qui serait son héritier et qui aurait part à l'alliance divine. On y remarque de plus la vertu de la foi, puisque comme St. Paul le dit dans l’épître aux Hébreux, ce fut par la foi aux promesses de Dieu qu’Abraham et Sara eurent ce fils qui leur avait été promis. Il. Sur ce que Dieu voulut qu'Ismaël sortit de la maison d'Abraham et qu'il ne fut pas son héritier, St. Paul remarque que tous ceux qui descendaient d’Abraham n'étaient pas réputés ses enfants et n’appartenaient pas à l'élection divine, que Dieu fait part de ses grâces à qui bon lui semble et dans la mesure qu'il le trouve à propos et que la naissance charnelle, non plus que la simple profession de religion ne servent de rien à ceux qui n'ont pas une véritable foi. Il est cependant à remarquer que Dieu prit soin d’Ismaël et qu’il le bénit parce qu’il descendait d'Abraham bien qu’il fût exclu des avantages qui avaient été promis à Isaac. Dieu distribue ses faveurs dans un degré différent et 1l ne laisse pas de faire du bien à ceux-là même qui sont exclus de certains privilèges particuliers.
IT. Enfin, l'alliance qu'Abraham traita avec Abimelec montre qu'il est permis aux personnes qui craignent Dieu de contracter des alliances pour leur sûreté et que ces alliances doivent être gardées inviolablement.
CHAPITRE XXII. Ce chapitre contient l'histoire du sacrifice d'Abraham, et le dénombrement des enfants de Nacor son frère.
1 Il arriva après ces choses que Dieu éprouva Abraham et lui dit : Abraham ; et il répondit : Me voici. 2 Dieu lui dit encore : Prends maintenant ton fils, ton unique, celui que tu aimes, savoir, Isaac, et va-t’en au pays de Morija, pour l’offrir là en holocauste, sur une des montagnes que je te dirai. 3 Abraham donc s’étant levé de bon matin, bâta son âne, et prit deux de ses serviteurs avec lui,
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et Isaac son fils. Et ayant fendu le bois pour l’holocauste, 1l se mit en chemin et s’en alla au lieu que Dieu lui avait dit.
4 Au troisième jour, Abraham levant ses yeux, vit le lieu de loin.
5 Et il dit à ses serviteurs : Demeurez ici avec l’âne. Nous marcherons, l’enfant et moi, jusque- là, et nous adorerons l’Eternel ; ensuite nous reviendrons à vous.
6 Et Abraham prit le bois de l’holocauste, et le mit sur Isaac son fils, et prit le feu en sa main, et un couteau, et ils s’en allèrent tous deux ensemble.
7 Alors Isaac parla à Abraham son père, et dit : Mon père. Abraham répondit : Me voici, mon fils. Et il dit : Voici le feu et le bois ; mais où est la bête pour l’holocauste ?
8 Et Abraham répondit : Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même pour l’holocauste. Et ils marchaient tous deux ensemble.
9 Et étant venus au lieu que Dieu lui avait dit, Abraham bâtit là un autel, et rangea le bois, et il lia Isaac son fils et le mit sur le bois qu’il avait dressé sur l’autel.
10 Puis Abraham, avançant sa main, prit le couteau pour égorger son fils.
11 Mais l’ange de l’Eternel lui cria des cieux, disant : Abraham, Abraham. Et il répondit : Me voici.
12 Et il lui dit : Ne mets pas ta main sur l’enfant, et ne lui fais point de mal ; car maintenant j’ai connu que tu crains Dieu, puisque tu n’as point épargné ton fils, ton unique, pour moi.
13 Et Abraham, levant ses yeux, regarda, et voici, derrière lui un bélier qui était retenu à un buisson par les cornes. Alors Abraham alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils.
14 Et Abraham appela ce lieu-là, l’Eternel y pourvoira. C’est pourquoi on dit aujourd’hui : Il y sera pourvu sur la montagne de l’Eternel.
15 Et l’ange de l’Eternel cria des cieux à Abraham pour la seconde fois,
16 disant : J’ai juré par moi-même, dit l’Eternel, parce que tu as fait cela, et que tu n’as point épargné ton fils, ton unique ;
17 certainement, je te bénirai, et je multiplierai très abondamment ta postérité, comme les étoiles des cieux, et comme le sable qui est sur le bord de la mer, et ta postérité possédera la porte de ses ennemis.
18 Et toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. 19 Ainsi Abraham retourna vers ses serviteurs ; et ils se levèrent et s’en allèrent ensemble en Béer-sçébah ; car Abraham habitait en Béer-sçébah.
20 Or, après ces choses-là, quelqu’un vint rapporter à Abraham, disant : Voici, Milca a aussi enfanté des enfants à Nacor ton frère ;
21 savoir, Huts son premier-né, Buz son frère, et Kémuel, père d’Aram ;
22 et Késed, Hazo, Pildas, Jidlaph, et Béthuël.
23 Et Béthuël a engendré Rébecca. Milca enfanta ces huit à Nacor, frère d’Abraham.
24 Et sa concubine, nommée Réuma, enfanta aussi Tébah, Gaham, Tahas et Mahaca.
REFLEXIONS
Il faut considérer avec une grande attention cette belle histoire. Nous y voyons premièrement : I. La vérité de ce que St. Paul et St. Jacques nous enseignent, qu'Abraham fit paraître sa foi par ses œuvres lorsque Dieu l'éprouva et lui commanda d'offrir son fils unique. Par-là, nous voyons bien clairement que la véritable foi porte ceux qu'elle anime à faire tout ce que Dieu leur ordonne, qu'ainsi nous ne saurions plaire à Dieu, ni être justifié, si la foi ne produit en nous l'obéissance à ses commandements et la pratique des bonnes œuvres.
IL. Cet admirable exemple de l'obéissance d'Abraham qui exécuta les ordres que Dieu lui avait donnés et qui obéit dans une chose aussi difficile que celle-ci nous montre qu'il faut aimer Dieu par-dessus tout, être prêts à lui sacrifier ce que nous avons de plus cher, nous soumettre à sa volonté, même dans les épreuves les plus rudes et les plus fâcheuses et nous confier toujours en
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sa providence.
IL. I] faut faire une attention particulière aux assurances réitérées que Dieu donna de sa faveur à Abraham, en lui faisant dire par son ange, après que ce patriarche eut fait son devoir dans cette occasion : Maintenant je connais que tu crains Dieu, parce que tu n ‘as point épargné ton fils unique, parce que tu as fait cela, certainement je te bénirai.
Quoi que nous nous devions tout entiers à Dieu et que ce que nous faisons pour lui ne mérite aucune récompense, il ne laisse pas d'avoir pour agréable ce que nous tâchons de faire pour lui marquer que nous l'aimons et de le récompenser abondamment. Enfin, les témoignages qu'Abraham donna de son amour envers Dieu, en lui offrant Isaac, doit nous faire penser à cet amour infini que Dieu nous a marqué en livrant à la mort son fils unique Jésus-Christ notre Seigneur et nous inciter à l'aimer et à lui en rendre nos plus ardentes actions de grâce.
CHAPITRE XXIII. Sara étant morte, Abraham achète des Héthiens un champ pour l'enterrer.
1 Or, Sara vécut cent vingt-sept ans ; ce sont là les années de sa vie.
2 Et elle mourut en Kirjath-Arbah, qui est Hébron, au pays de Canaan. Et Abraham y vint pour en faire le deuil, et pour la pleurer.
3 Et s’étant levé de devant son mort, il parla aux Héthiens, disant :
4 Je suis étranger et habitant parmi vous ; donnez-moi une possession où j’aie droit de sépulcre parmi vous, afin que j’enterre mon mort, et que je l’ôte de devant mes yeux.
5 Et les Héthiens répondirent à Abraham, et lui dirent :
6 Mon seigneur, écoute-nous : Tu es parmi nous un grand prince : enterre ton mort dans celui de nos sépulcres qui te plaira le plus. Nul de nous ne te refusera son sépulcre, afin que tu y enterres ton mort.
7 Alors Abraham se leva, et se prosterna devant le peuple du pays, c’est-à-dire, devant les Héthiens ;
8 Et il leur dit : S’il vous plaît que j’enterre mon mort, et que je l’ôte de devant mes yeux, écoutez-moi, et intercédez pour moi envers Héphron, fils de Tsohar ;
9 Afin qu’il me donne sa caverne de Macpéla, qui est à l’extrémité de son champ. Qu'il me la cède devant vous, pour le prix qu’elle vaut ; et que je la possède, pour en faire un sépulcre.
10 Or Héphron était assis parmi les Héthiens. Héphron donc, Héthien, répondit à Abraham (en la présence des Héthiens qui l’écoutaient, savoir, de tous ceux qui entraient par la porte de sa ville), disant :
11 Non, mon seigneur, écoute-moi : Je te donne le champ, je te donne aussi la caverne qui y est : je te la donne en présence des enfants de mon peuple ; enterres-y ton mort.
12 Et Abraham se prosterna devant le peuple du pays ;
13 et il parla à Héphron, devant tout le peuple du pays, et dit : Mais s’il te plaît, je te prie, écoute-moi : Je te donnerai l’argent du champ ; reçois-le de moi et j’y enterrerai mon mort.
14 Et Héphron répondit à Abraham, disant :
15 Mon seigneur, écoute-moi: La terre vaut quatre cents sicles d’argent entre moi et toi ; mais qu'est-ce que cela ? Enterre donc ton mort.
16 Et Abraham ayant entendu Héphron, lui paya l’argent dont il avait parlé, en présence des Héthiens, savoir, quatre cents sicles d’argent, qui avaient cours entre les marchands.
17 Et le champ d’Héphron, qui était à Macpéla, au-devant de Mamré, tant le champ que la caverne qui y était, et tous les arbres qui étaient dans le champ, et dans tous ses confins tout autour,
18 fut acquis en propriété à Abraham, en présence des Héthiens, savoir, de tous ceux qui entraient par la porte de la ville.
19 Et après cela Abraham enterra Sara sa femme dans la caverne du champ de Macpéla, au-
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devant de Mamré, qui est Hébron, au pays de Canaan. 20 Le champ donc et la caverne qui y est, fut assuré par les Héthiens à Abraham, afin qu’il le possédât pour y faire son sépulcre.
REFLEXIONS
Ce qui est dit dans ce chapitre nous apprend premièrement qu'on ne doit pas négliger les devoirs de la sépulture et qu’il ne faut pas s’affliger excessivement pour les morts. Mais la principale réflexion que cette histoire nous présente est qu'Abraham voulut que sa femme fût enterrée dans le pays de Canaan et qu'il y acheta un sépulcre. C’est là une marque de sa foi et de la ferme persuasion où il était que Dieu donnerait ce pays à sa postérité. Nous devons apprendre de là à nous confier aux promesses de Dieu et en particulier à celles qu'il nous a faites de ressusciter nos corps et qui ont été confirmées d'une manière si expresse par la sépulture et par la résurrection de Jésus-Christ.
CHAPITRE XXIV. C'est ici l'histoire du mariage d'Isaac avec Rebecca, fille de Béthuel et petite-fille de Nacor, frère d'Abraham.
1 Et Abraham devint vieux et avancé en âge ; et l’Éternel avait béni Abraham en toutes choses. 2 Abraham donc dit au plus ancien des serviteurs de sa maison, qui avait le gouvernement de tout ce qui lui appartenait : Mets, je te prie, ta main sous ma cuisse ;
3 Et je te ferai jurer par l'Éternel, le Dieu des cieux, et le Dieu de la terre, que tu ne prendras point de femme pour mon fils, des filles des Cananéens, parmi lesquels j’habite.
4 Mais tu t’en iras en mon pays et vers mon parentage, et tu y prendras une femme à mon fils Isaac.
5 Et ce serviteur lui répondit : Peut-être que la femme ne voudra point me suivre en ce pays. Me faudra-t-il nécessairement ramener ton fils au pays d’où tu es sorti ?
6 Abraham lui dit : Garde-toi bien d’y ramener mon fils.
7 L'Éternel, le Dieu des cieux, qui m’a pris de la maison de mon père, et du pays de mon parentage, et qui m’a parlé, et juré, disant : Je donnerai à ta postérité ce pays, enverra lui-même son ange devant toi, et tu prendras une femme de ce pays-là pour mon fils.
8 Que si la femme ne veut pas te suivre, tu seras quitte de ce serment que je te fais faire. Quoi qu’il en soit, ne ramène point-là mon fils.
9 Alors le serviteur mit la main sous la cuisse d’Abraham son maître, et s’engagea par serment à faire ce qu’il avait dit.
10 Et le serviteur ayant pris dix chameaux d’entre ceux de son maître, se mit en chemin ; car il avait tout le bien de son maître en son pouvoir. Il partit donc, et s’en alla en Mésopotamie, en la ville de Nacor.
11 Et il fit reposer les chameaux sur leurs genoux hors de la ville, près d’un puits d’eau, sur le soir, au temps que celles qui allaient puiser de l’eau, sortaient.
12 Et il dit : Ô Éternel, Dieu d'Abraham mon maître, fais que j’aie une heureuse rencontre aujourd’hui, et sois favorable à mon seigneur Abraham.
13 Voici, je suis près de cette fontaine, et les filles des habitants de la ville sortiront pour puiser de l’eau.
14 Fais donc que la jeune fille à laquelle je dirai : Baisse, je te prie, ta cruche, afin que je boive ; et qui me répondra : Bois, et même je donnerai à boire à tes chameaux, soit celle que tu as destinée à ton serviteur Isaac ; et je connaîtrai par-là que tu as été favorable à mon seigneur.
15 Et avant qu’il eût achevé de parler, voici, Rébecca, fille de Béthuël, fils de Milca, femme de Nacor, frère d’ Abraham, sortait, ayant sa cruche sur son épaule.
16 Et la jeune fille était très-belle à voir ; elle était vierge, et nul homme ne l’avait connue. Elle
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descendit donc à la fontaine, et ayant rempli sa cruche, elle remontait.
17 Alors le serviteur courut au-devant d’elle, et lui dit : Donne-moi, je te prie, un peu de l’eau de ta cruche à boire.
18 Et elle lui dit : Mon seigneur, bois. Et incontinent elle ôta sa cruche de dessus son épaule, et la prit en sa main, et elle lui donna à boire.
19 Et après qu’elle eut achevé de lui donner à boire, elle dit : J’en puiserai aussi pour tes chameaux, jusqu’à ce qu’ils aient tous bu.
20 Et ayant vidé promptement sa cruche dans l’abreuvoir, elle courut encore au puits pour en puiser de l’autre, et elle en puisa pour tous ses chameaux.
21 Et cet homme s’étonnait de ce qu’elle faisait, sans rien dire, voulant savoir si l'Éternel aurait fait prospérer son voyage ou non.
22 Et quand les chameaux eurent achevé de boire, cet homme prit une bague d’or, qui pesait un demi-sicle, et deux bracelets pour mettre sur les mains de cette fille, pesant dix sicles d’or.
23 et il lui dit : De qui es-tu fille ? Je te prie, apprends-le-moi. Y a-t-il dans la maison de ton père de la place pour me loger ?
24 Et elle lui répondit : Je suis fille de Béthuël, fils de Milca, qu’elle a enfanté à Nacor.
25 Et elle lui dit aussi : Il y a chez nous beaucoup de paille et de fourrage, et aussi de la place pour y loger.
26 Et cet homme s’inclina et se prosterna devant l'Éternel ;
27 et il dit: Béni soit l'Éternel, le Dieu d'Abraham mon maître, qui a toujours été miséricordieux et véritable envers mon seigneur. Lorsque j’étais en chemin, l'Éternel m’a conduit en la maison des frères de mon seigneur.
28 Et la jeune fille courut, et rapporta ces paroles dans la maison de sa mère.
29 Or, Rébecca avait un frère nommé Laban, qui courut dehors vers cet homme près de la fontaine.
30 Car aussitôt qu’il eut vu la bague et les bracelets aux mains de sa sœur, et qu’il eut entendu les paroles de Rébecca sa sœur, qui avait dit : Cet homme m’a ainsi parlé, il le vint trouver ; et voici, il était près des chameaux vers la fontaine.
31 Et il lui dit : Entre, béni de l’Éternel ; pourquoi te tiens-tu dehors ? J’ai préparé la maison, et un lieu pour tes chameaux.
32 L’homme donc entra dans la maison, et on déharnacha les chameaux, et on leur donna de la paille et du fourrage ; on donna aussi de l’eau, tant pour laver les pieds de cet homme, que les pieds de ceux qui étaient avec lui.
33 Et on lui présenta à manger. Mais il dit : Je ne mangerai point, que je n’aie dit ce que j’ai à dire. Et Laban dit : Parle.
34 Il dit donc : Je suis serviteur d'Abraham.
35 Or, l'Éternel a comblé de bénédictions mon seigneur, et il est devenu grand ; car il lui a donné des brebis, des bœufs, de l’argent, de l’or, des serviteurs, des servantes, des chameaux et des ânes.
36 Et Sara, femme de mon seigneur, lui a enfanté dans sa vieillesse un fils, auquel il a donné tout ce qu’il a.
37 Et mon seigneur m'a fait jurer, en disant : Tu ne prendras point de femme à mon fils, des filles des Cananéens, dans le pays desquels j’habite.
38 Mais tu iras à la maison de mon père, et vers ma parenté, et tu y prendras une femme pour mon fils.
39 Et je dis à mon seigneur : Peut-être que la femme ne me suivra pas.
40 Et il me répondit : L’Éternel, devant la face duquel j’ai marché, enverra son ange avec toi, et fera prospérer ton voyage, et tu prendras une femme à mon fils, de ma parenté, et de la maison de mon père.
41 Si tu vas vers ma parenté, et si on ne te la donne pas, tu seras quitte de l’exécration du
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serment que je te fais faire.
42 Je suis donc venu aujourd’hui à la fontaine, et j’ai dit : Ô Éternel, Dieu de mon seigneur Abraham, si maintenant tu fais prospérer le voyage que j’ai entrepris,
43 voici, je me tiendrai près de la fontaine : qu’il arrive donc que la fille qui sortira pour y puiser, et à qui je dirai : Donne-moi, je te prie, à boire un peu de l’eau de ta cruche ;
44 et qui me répondra : Bois, et même j’en puiserai pour tes chameaux, soit la femme que l'Éternel a destinée au fils de mon seigneur.
45 Avant que j’eusse achevé de parler en mon cœur, voici, Rébecca est sortie, ayant sa cruche sur son épaule, et elle est descendue à la fontaine, et a puisé de l’eau. Et je lui ai dit : Donne- moi, je te prie, à boire.
46 Et incontinent elle a ôté sa cruche de dessus son épaule, et elle m’a dit : Bois, et même je donnerai à boire à tes chameaux. J’ai donc bu, et elle a aussi donné à boire aux chameaux.
47 Et je l’ai interrogée, en disant : De qui es-tu fille ? Elle a répondu : Je suis fille de Béthuël, fils de Nacor, que Milca lui a enfanté. Alors je lui ai mis une bague sur le front, et des bracelets aux mains.
48 Ensuite je me suis incliné et prosterné devant l’Éternel, et j’ai béni l'Éternel, le Dieu de mon maître Abraham, qui m’a conduit par le droit chemin, afin que je prisse la fille du frère de mon seigneur pour son fils,
49 Maintenant donc, si vous êtes véritablement portés à faire cette grâce à mon seigneur, déclarez-le-moi ; sinon, faites-le-moi aussi savoir ; et je me tournerai à droite, ou à gauche.
50 Et Laban et Béthuël répondirent, disant : Cette affaire est procédée de l’Éternel ; nous ne te pouvons dire ni bien ni mal.
51 Voici, Rébecca est entre tes mains, prends-la et t’en va, et qu’elle soit la femme du fils de ton seigneur, comme l’Éternel en a parlé.
52 Et aussitôt que le serviteur d’ Abraham eut ouï leurs paroles, il se prosterna en terre devant l'Éternel.
53 Le serviteur tira ensuite des bagues d’argent et d’or, et des habits, et les donna à Rébecca ; il donna aussi des présents exquis à son frère et à sa mère.
54 Et ils mangèrent et burent, lui et les gens qui étaient avec lui, et ils y logèrent cette nuit. Et quand ils furent levés de bon matin, le serviteur dit : Renvoyez-moi à mon seigneur.
55 Et le frère et la mère lui dirent : Que la fille demeure avec nous au moins dix jours, et après elle s’en ira.
56 Et il leur dit: Ne me retardez point, puisque l'Éternel a fait prospérer mon voyage. Renvoyez-moi, que je m’en aille à mon seigneur.
57 Alors ils dirent : Appelons la fille, et sachons de sa propre bouche quel est son sentiment. 58 Ils appelèrent donc Rébecca, et lui dirent : Veux-tu aller avec cet homme ? Et elle répondit : J'irai.
59 Ainsi ils laissèrent aller Rébecca leur sœur, et sa nourrice, avec le serviteur d’Abraham, et ses gens.
60 Et ils bénirent Rébecca, et lui dirent : Tu es notre sœur ; sois fertile en mille et mille générations, et que ta postérité possède la porte de ses ennemis.
61 Et Rébecca, et ses servantes, se levèrent et montèrent sur les chameaux, et suivirent cet homme-là. Ce serviteur donc prit Rébecca, et s’en alla.
62 Or, Isaac revenait du puits du Vivant qui me voit ; car il demeurait au pays du Midi.
63 Et Isaac était sorti aux champs sur le soir pour prier ; et levant les yeux, il regarda, et voici des chameaux qui venaient.
64 Rébecca aussi levant les yeux, vit Isaac, et se jeta en bas de dessus le chameau ;
65 (car elle avait dit au serviteur : Qui est cet homme-là qui vient le long du champ au-devant de nous ? Et le serviteur avait répondu : C’est mon seigneur) ; et elle prit un voile, et s’en couvrit.
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66 Et le serviteur récita à Isaac toutes les choses qu’il avait faites. 67 Alors Isaac mena Rébecca dans la tente de Sara sa mère ; et il la prit pour sa femme, et il l’aima. Ainsi Isaac se consola de la mort de sa mère.
REFLEXIONS
La principale observation qu'il y ait à faire sur cette histoire est d'y remarquer la foi et la piété d'Abraham qui ne voulut pas que son fils épousât une femme cananéenne et idolâtre, mais qui voulut le marier dans sa famille. On y voit aussi la piété de son serviteur dans les prières qu'il adressa à Dieu pour le succès de son voyage et dans les louanges et les actions de grâce qu'il lui présenta après qu'il eut réussi dans son dessein. Ceci doit nous servir d'instruction et d'exemple et nous apprendre que toutes les entreprises et en particulier les mariages doivent se faire selon Dieu et suivant les règles de la religion et de la piété afin d'obtenir par ce moyen sa bénédiction.
CHAPITRE XXV.
Il est parlé dans ce chapitre :
1. Du mariage d'Abraham avec Kétura sa seconde femme ;
IT. De la mort d'Abraham ;
IT. Des descendants d'Ismaël et de sa mort ;
IV. De la naissance d'Ésaü et de Jacob, les fils d’Isaac ;
V. Et enfin de la manière dont Ésaï vendit son droit d'aînesse à Jacob son frère.
1 Or Abraham prit une autre femme, nommée Kétura,
2 qui lui enfanta Zimram, Joksçan, Médan, Madian, Jisçbak, et Sçuah.
3 Et Joksçan engendra Scéba et Dédan ; et les enfants de Dédan furent Assçurim, Létusçim, et Léummim.
4 Et les enfants de Madian furent Hépha, Hépher, Hanoc, Abidah, Eldaha. Tous ceux- là sont enfants de Kétura.
5 Et Abraham donna tout ce qui lui appartenait à Isaac.
6 Mais il fit des présents aux fils de ses concubines, et les sépara, durant sa vie, de son fils Isaac, les envoyant vers le Levant, au pays d'Orient.
7 Et tout le temps que vécut Abraham, fut de cent soixante et quinze ans.
8 Abraham donc, ayant perdu ses forces, mourut dans une heureuse vieillesse, étant fort âgé et rassasié de jours ; et il fut recueilli vers ses peuples.
9 Et Isaac et Ismaël, ses fils, l’enterrèrent en la caverne de Macpéla, au champ d’Héphron, fils de Tsohar, Héthien, qui est vis-à-vis de Mamré ;
10 qui est le champ qu’Abraham avait acheté des Héthiens. Ce fut donc là que fut enterré Abraham, avec Sara sa femme.
11 Or, après la mort d'Abraham, Dieu bénit Isaac son fils. Et Isaac habitait près du puits du Vivant qui me voit.
12 Voici le dénombrement des enfants d’Ismaël, fils d'Abraham, qu’Agar l’Égyptienne, servante de Sara, avait enfanté à Abraham.
13 Et voici les noms dont ils ont été nommés dans leurs générations : le premier-né d’Ismaël, Nébajoth ; puis Kédar, Adbéel, Mibsam ;
14 Misçmah, Duma, Massa ;
15 Hadar, Téma, Jétur, Naphis, et Kedma.
16 Ce sont là les enfants d’Ismaël, et ce sont là leurs noms, selon leurs villages, et selon leurs châteaux, ayant été les douze princes de leurs peuples.
17 Et le temps de la vie d’Ismaël fut de cent trente-sept ans. Après quoi, ayant perdu ses forces, il mourut, et fut recueilli vers ses peuples.
18 Et ses enfants habitèrent depuis Havila jusqu’à Scur, qui est vis-à-vis de l’ Egypte, quand on
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vient vers Assur. Car le pays qui était échu à Ismaël était à la vue de tous ses frères.
19 Voici quelles furent aussi les générations d’Isaac, fils d’ Abraham : Abraham engendra Isaac. 20 Et Isaac était âgé de quarante ans quand il épousa Rébecca, fille de Béthuël, Syrien, de Paddan-Aram, sœur de Laban Syrien.
21 Et Isaac pria instamment l'Éternel pour sa femme, parce qu’elle était stérile. Et l'Éternel fut fléchi par ses prières ; et Rébecca sa femme conçut.
22 Mais les enfants s’entre-poussaient dans son ventre ; et elle dit : S’il est ainsi, pourquoi suis- je ? Et elle alla consulter l'Éternel.
23 Et l’Éternel lui dit : Deux nations sont dans ton ventre ; et deux peuples sortiront de tes entrailles et seront divisés. Un de ces peuples sera plus fort que l’autre ; et le plus grand servira au moindre.
24 Et lorsque le temps qu’elle devait accoucher fut arrivé, voici, 1l y avait deux jumeaux en son ventre.
25 Celui qui sortit le premier était roux, et tout velu, comme un manteau de poil ; et ils l’appelèrent Esaü.
26 Et après sortit son frère, tenant de sa main le talon d’Esaü ; c’est pourquoi il fut appelé Jacob. Et Isaac était âgé de soixante ans, quand ils naquirent.
27 Depuis, les enfants devinrent grands, et Esaü était un habile chasseur, et homme de campagne ; mais Jacob était un homme simple, se tenant dans les tentes.
28 Et Isaac aimait Esaü ; car la venaison était sa viande ; mais Rébecca aimait Jacob.
29 Or, comme Jacob cuisait du potage, Esaü survint des champs, étant fort las.
30 Et Esaü dit à Jacob : Donne-moi à manger, je te prie, de ce roux-là ; car je suis fort las. C’est pour cela qu’on l’appela Edom.
31 Mais Jacob lui dit : Vends-moi aujourd’hui ton droit d’aînesse.
32 Et Esaü répondit : Voici, je m’en vais mourir ; de quoi me servira le droit d’aînesse ?
33 Et Jacob dit : Jure-moi aujourd’hui. Et il lui jura ; ainsi il vendit son droit d’aînesse à Jacob. 34 Et Jacob donna à Esaü du pain, et le potage de lentilles ; et il mangea, et but, et se leva, et s’en alla. Ainsi Esaü méprisa son droit d’aînesse.
REFLEXIONS
St. Paul remarque sur la mort d'Abraham, qu'il mourut, aussi bien que les autres patriarches, sans avoir vu l'accomplissement des promesses de Dieu et ayant été étranger et voyageur sur la terre, ce qui fait voir que Dieu leur réservait la patrie céleste. La multiplication de la postérité d'Ismaël prouve la vérité des promesses qui avaient été faites à Abraham.
Le choix que Dieu fit de Jacob et de sa postérité, préférablement à Ésaü son frère aîné et à ses descendants nous enseigne, comme St. Paul le remarque dans l'épître aux Romains, que Dieu est libre dans la distribution de ses grâces, qu'il les répand sur ceux qu'il trouve à propos et que tous ceux qui descendaient des patriarches n'étaient pas pour cela réputés le peuple de Dieu. Enfin, le mépris qu'Ésaü fit de son droit d'aînesse en le vendant à Jacob, par un principe de sensualité et par une humeur profane, doit nous apprendre à estimer par-dessus toutes choses la grâce de Dieu et à ne pas préférer les biens et les plaisirs de la terre aux biens spirituels et célestes. C'est à quoi St. Paul nous exhorte lorsqu'il dit : Que nul ne soit fornicateur ou profane comme Ésaü, lequel pour une viande vendit son droit d'aînesse.
CHAPITRE XXVI.
Isaac se retire à cause de la famine au pays des Philistins où Dieu lui réitère ses promesses et lui fait ressentir des effets de sa protection et de sa faveur. Il est ensuite obligé de quitter ce pays-là, à cause que les Philistins lui portaient envie et il vint à Béersçébah ; il y bâtit un autel au Seigneur et il y fait alliance avec Abimelec roi de Guérar.
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1 Or, il y eut une famine au pays, outre la première famine qui avait été du temps d’Abraham. Et Isaac s’en alla vers Abimélec, roi des Philistins, à Guérar.
2 Car l’Éternel lui était apparu, et lui avait dit : Ne descends point en Egypte ; demeure au pays que je te dirai.
3 Fais quelque séjour dans ce pays, et je serai avec toi, et je te bénirai. Car je te donnerai et à ta postérité tous ces pays-ci, et Je ratifierai le serment que j’ai fait à ton père Abraham.
4 Et je multiplierai ta postérité comme les étoiles des cieux, et je donnerai à ta postérité ces pays ; et toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité ;
5 parce qu’Abraham a obéi à ma voix, et a gardé ce que je lui avais ordonné, mes commandements, mes statuts et mes lois.
6 Isaac donc demeura à Guérar.
7 Et quand les gens du lieu s’enquirent qui était sa femme, il répondit : C’est ma sœur ; car il craignait de dire : C’est ma femme ; de peur, disait-il, que peut-être les habitants du lieu ne me tuent à cause de Rébecca ; car elle était belle à voir.
8 Or, il arriva, après qu’il y eut passé quelques jours, qu’ Abimélec, roi des Philistins, regardait par la fenêtre, et voici, il vit Isaac qui se jouait avec Rébecca.
9 Alors Abimélec appela Isaac, et lui dit : Certainement, voici, c’est ta femme ; et comment as- tu dit : C’est ma sœur ? Et Isaac lui répondit : Parce que j’ai dit en moi-même : Il est à craindre que je ne meure à cause d’elle.
10 Et Abimélec dit : Que nous as-tu fait ? Il s’en est peu fallu que quelqu'un du peuple n’ait couché avec ta femme, et que tu ne nous aies fait tomber dans un grand péché.
11 Abimélec donc fit une ordonnance à tout le peuple, disant : Celui qui touchera cet homme ou sa femme sera certainement puni de mort.
12 Et Isaac sema en cette terre-là, et il recueillit cette année-là le centuple car l’Éternel le bénit. 13 Cet homme donc devint grand, et son bien allait toujours en augmentant, jusqu’à ce qu’il fût devenu fort riche.
14 Et il eut des troupeaux de brebis et de bœufs, et un grand nombre de serviteurs ; ce qui fit que les Philistins lui portèrent envie ;
15 tellement qu’ils bouchèrent les puits que les serviteurs de son père avaient creusés, du temps de son père Abraham ; et ils les remplirent de terre.
16 Abimélec aussi dit à Isaac : Retire-toi d’avec nous ; car tu es devenu beaucoup plus puissant que nous.
17 Isaac donc partit de là, et s’établit dans la vallée de Guérar, et habita là.
18 Et Isaac creusa encore les puits d’eau qu’on avait creusés du temps d’ Abraham son père, et que les Philistins avaient bouchés après la mort d'Abraham ; et il leur donna les mêmes noms desquels son père les avait appelés.
19 Les serviteurs d’Isaac donc creusèrent dans cette vallée, et y trouvèrent un puits d’eau vive. 20 Mais les bergers de Guérar eurent quelque démêlé avec les bergers d’Isaac, disant : L’eau est à nous ; c’est pourquoi, il appela le puits Hések, parce qu’ils avaient contesté avec lui au sujet de ce puits.
21 Ensuite ils creusèrent un autre puits, pour lequel aussi ils se querellèrent ; et il l’appela Sitnah.
22 C’est pourquoi, il partit de là, et creusa un autre puits, pour lequel ils ne disputèrent point ; c’est pourquoi il l’appela Réhoboth, disant : Depuis que maintenant l’Éternel nous a mis au large, nous fructifierons dans ce pays.
23 Et de là il monta à Béer-scébah.
24 Et l'Éternel lui apparut en la même nuit, et lui dit : Je suis le Dieu d’Abraham ton père, ne crains point, car je suis avec toi, et Je te bénirai, et je multiplierai ta postérité à cause d’ Abraham mon serviteur.
25 Alors il bâtit là un autel, et ayant invoqué le nom de l’Éternel, il y dressa ses tentes ; et les
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serviteurs d’Isaac y creusèrent un puits.
26 Et Abimélec vint à lui de Guérar, et Ahuzat, son ami, et Picol, chef de son armée.
27 Mais Isaac leur dit : Pourquoi venez-vous vers moi, puisque vous me haïssez, et que vous m'avez chassé d’avec vous ?
28 Et ils répondirent : Nous avons vu clairement que l’Éternel est avec toi, et nous avons dit : Qu'il y ait maintenant un serment avec imprécation entre nous ; c’est-à-dire, entre nous et toi ; et nous traiterons alliance avec toi :
29 Si jamais tu nous fais aucun mal, comme nous ne t’avons point touché, et comme nous ne t’avons fait que du bien, t’ayant laissé aller en paix, toi, qui es maintenant béni de l’Éternel ! 30 Et il leur fit un festin, et ils mangèrent et burent.
31 Et ils se levèrent de bon matin, et ils s’engagèrent l’un l’autre par serment. Puis Isaac les renvoya, et ils s’en allèrent d’avec lui en paix.
32 Il arriva en ce même jour, que les serviteurs d’Isaac vinrent lui parler de ce puits qu’ils avaient creusé, lui disant : Nous avons trouvé de l’eau.
33 Et il l’appela Scibah. C’est pour cela que la ville a été nommée Béer-scébah jusqu’à ce jour. 34 Or, Ésaü, âgé de quarante ans, épousa Judith, fille de Bééri, Héthien, et Basmath, fille d’Elon, Héthien ;
35 qui causèrent une fort grande amertume d’esprit à Isaac et à Rébecca.
REFLEXIONS
Nous voyons dans la vie d’Isaac, de même que dans celle d'Abraham, un mélange de prospérité et d’adversités. Les grandes richesses d’Isaac et l’alliance qu'il traita avec Abimelec sont des effets de la bénédiction du Seigneur sur ce patriarche. Mais les dangers auxquels il fut exposé dans le pays des Philistins et les fréquentes contestations qu'on lui suscita sont des adversités par ou Dieu l'éprouvait et voulait l'obliger à se retirer de ce pays-là. Tous les hommes et les enfants de Dieu en particulier ont tantôt la prospérité et tantôt l’adversité en partage, mais en quelque lieu et en quelque état que les gens de bien se trouvent, Dieu les accompagne toujours de sa protection et de sa faveur et il les délivre de toutes leurs afflictions.
CHAPITRE XXVII.
Moïse raconte comment Jacob obtint par surprise la bénédiction qu'Isaac son père voulait donner à Ésaü ; ce qu'Ésaü ayant appris, il en eut une vive douleur et résolu de tuer Jacob son frère. Ce qui obligea Rebecca d'envoyer Jacob en Mésopotamie.
1 Et il arriva, quand Isaac fut devenu vieux, et que ses yeux furent si ternis qu’il ne pouvait plus voir, qu’il appela son fils aîné, et lui dit : Mon fils ; et il lui répondit : Me voici.
2 Et il lui dit : Voici maintenant, je suis fort âgé, et je ne sais point le jour de ma mort.
3 Maintenant donc, je te prie, prends tes armes, ton carquois et ton arc, et va-t’en aux champs, et prends-moi de la venaison.
4 Et apprête-m’en des viandes d’appétit, comme je les aime ; et apporte-les-moi, afin que je mange, et que mon âme te bénisse avant que je meure.
5 Or, Rébecca écoutait, pendant qu’Isaac parlait à Ésaü son fils. Ésaü donc s’en alla aux champs pour prendre à la chasse quelque chose qu’il pût apporter.
6 Et Rébecca parla à Jacob son fils et lui dit : Voici : j’ai entendu ton père, qui parlait à Ésaü ton frère, et qui lui disait :
7 Apporte-moi de la venaison, et apprête-m’en des viandes d’appétit, afin que j’en mange ; et je te bénirai devant l’Éternel, avant que de mourir.
8 Maintenant donc, mon fils, obéis à ma parole, et fais ce que je vais te commander.
9 Va maintenant à la bergerie, et prends là deux des meilleurs chevreaux, et j’en apprêterai des viandes d’appétit pour ton père, comme il les aime.
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10 Et tu les porteras à ton père, afin qu’il les mange et qu’il te bénisse avant sa mort.
11 Et Jacob répondit à Rébecca sa mère : Voici, Ésaü mon frère est fort velu, et je n’ai point de poil ;
12 si mon père vient à me tâter, 11 me regardera comme un homme qui l’a voulu tromper, et jJ'attirerai sur moi sa malédiction et non point sa bénédiction.
13 Et sa mère lui dit: Mon fils, que cette malédiction que tu crains, soit sur moi ; obéis seulement à ma parole, et va prendre ce que je t’ai dit.
14 Il s’en alla donc, et il le prit, et l’apporta à sa mère, et sa mère en apprêta des viandes d’appétit, comme son père les aimait.
15 Puis Rébecca prit les plus riches habits d’Ésaü son fils aîné, qu’elle gardait dans la maison, et elle en revêtit Jacob son cadet.
16 Et elle couvrit de peaux de chevreaux les mains de son fils, et son cou qui était sans poil. 17 Ensuite elle donna à son fils Jacob ces viandes d’appétit, et le pain qu’elle avait apprêté.
18 Il vint donc vers son père, et lui dit : Mon père. Et il répondit : Me voici ; qui es-tu, mon fils ?
19 Et Jacob dit à son père : Je suis Ésaü, ton fils aîné ; j’ai fait ce que tu m’avais commandé. Lève-toi, je te prie, et assieds-toi, et mange de ma chasse, afin que ton âme me bénisse.
20 Et Isaac dit à son fils : Qu’est ceci ? Comment en as-tu pu trouver sitôt, mon fils ? Et il dit : L’Éternel ton Dieu m’en a fait rencontrer.
21 Et Isaac dit à Jacob : Mon fils, approche-toi, je te prie, et Je te tâterai, afin que je sache si tu es mon fils Ésaü même, ou si tu ne l’es pas.
22 Jacob donc s’approcha de son père Isaac, qui, l’ayant tâté, dit : Cette voix est la voix de Jacob ; mais ces mains sont les mains d’Ésaü.
23 Et il le méconnut ; car ses mains étaient velues, comme les mains de son frère Ésaü ; et il le bénit.
24 Il dit donc : Es-tu mon fils Ésaü même ? Il répondit : Je le suis.
25 Il lui dit aussi : Apporte-moi à manger de ta chasse, afin que mon âme te bénisse. Et il lui en apporta et il en mangea. Il lui apporta aussi du vin, et il but.
26 Puis, Isaac son père lui dit : Approche-toi, je te prie, et viens me baiser, mon fils.
27 Et il s’approcha de lui, et le baisa. Et Isaac ayant senti l’odeur de ses habits, le bénit, en disant : Voici, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ que l’Éternel a béni.
28 Que Dieu te donne de la rosée des cieux, et de la graisse de la terre, et une grande abondance de froment et du meilleur vin ;
29 que les peuples te servent, et que les nations se prosternent devant toi ! Sois le maître de tes frères, et que les fils de ta mère se prosternent devant toi ! Quiconque te maudira, soit maudit, et quiconque te bénira, soit béni !
30 Et il arriva, aussitôt qu’Isaac eut achevé de bénir Jacob, Jacob étant à peine sorti de devant son père Isaac, que son frère Ésaü revint de la chasse.
31 Il apprêta aussi des viandes d’appétit ; et les ayant apportées à son père, il lui dit : Que mon père se lève, et mange de la chasse de son fils, afin que ton âme me bénisse.
32 Et Isaac son père lui dit : Qui es-tu ? Et il dit : Je suis ton fils aîné, Ésaü.
33 Et Isaac sentit une extraordinaire émotion, et il dit : Qui est, et où est donc celui qui a pris de la chasse, et m’en a apporté, et j’ai mangé de tout ce qu’il m’a présenté, avant que tu vinsses ? Et je l’ai béni, et aussi sera-t-il béni.
34 Et aussitôt qu’Ésaü eut entendu les paroles de son père, il jeta un cri fort grand et très-amer. Et il dit à son père : Donne-moi aussi ta bénédiction, mon père !
35 Mais il dit : Ton frère m’est venu surprendre, et 1l a emporté ta bénédiction.
36 Et Ésaü dit : C’est avec raison qu’on l’a appelé Jacob ; car il m’a déjà supplanté deux fois : Il m’a enlevé mon droit d’aînesse, et voici, maintenant il a emporté ma bénédiction. Ensuite il dit : N’as-tu point réservé de bénédiction pour moi ?
60 GENESE
37 Et Isaac répondit à Ésaü, et lui dit : Voici, je l’ai établi ton seigneur, et je lui ai donné tous ses frères pour serviteurs ; et Je l’ai fourni de froment et du meilleur vin. Et que te ferai-je donc, mon fils ?
38 Et Ésaü dit à son père : N’as-tu qu’une bénédiction, mon père ? Bénis-moi aussi, mon père. Et Ésaü, élevant sa voix, pleura.
39 Et Isaac son père répondit, et lui dit : Voici, ta demeure sera dans un terroir gras, arrosé de la rosée des cieux d’en haut.
40 Et tu vivras par ton épée, et tu serviras à ton frère ; mais le temps viendra, qu’étant devenu maître, tu briseras son joug, et le secoueras de dessus ton cou.
41 Et Ésaü haïssait Jacob à cause de la bénédiction que son père lui avait donnée, et il dit en son cœur : Les jours du deuil de mon père approchent ; et alors je tuerai Jacob mon frère.
42 Et on rapporta à Rébecca les discours d’Ésaü, son fils aîné ; et elle envoya appeler Jacob, son second fils, et elle lui dit : Voici, Ésaü ton frère se console dans l’espérance qu’il a de te tuer.
43 Maintenant donc, mon fils, obéis à ma parole : Lève-toi, et sauve-toi à Caran, vers Laban, mon frère ;
44 et demeure avec lui quelque temps, jusqu’à ce que la fureur de ton frère se passe,
45 et que sa colère s’apaise envers toi, et qu’il ait oublié les choses que tu lui as faites. J’enverrai ensuite pour te tirer de là. Pourquoi serais-je privée de vous deux en un même jour ?
46 Et Rébecca dit à Isaac : La vie m’est devenue ennuyeuse, à cause de ces Héthiennes. Si Jacob prend pour femme quelqu’une de ces Héthiennes, comme sont les filles de ce pays, à quoi me sert la vie ?
REFLEXIONS
Il faut remarquer sur cette histoire que Jacob obtint la bénédiction de son père par une tromperie et que cependant Dieu permit que cela arrivât ainsi et qu’il voulut que cette bénédiction eût lieu parce qu’Ésaü en était indigne et parce que les promesses qui avaient été faites à Abraham et à Isaac devaient s’accomplir en Jacob. C’est ainsi que Dieu permet souvent des choses qu’il n’approuve pas et qu’il se sert des péchés que les hommes commettent pour l'exécution de ses desseins, bien qu’il ne soit pas l’auteur de ces péchés-là.
Pour ce qui est de l’affliction qu’Ésaü fit paraître lorsqu'il vit que son père ne voulait pas changer, ni révoquer la bénédiction qu’il avait donnée à Jacob, elle ne peut être regardée comme une repentance salutaire parce qu'elle ne procédait que de son humeur charnelle et de la jalousie et du dépit dont il était animé contre son frère, lequel il voulut même tuer et à cause de cela. Cette affliction fut inutile. Voici la réflexion que St. Paul fait sur ce sujet : Que nul ne soit impur ou profane comme Ésaü, qui voulant demander la bénédiction fut rejeté, quoiqu'il l’eût demandée avec larmes. C’est là un exemple dont nous devons profiter et où nous avons une image du désespoir dont les méchants seront travaillés lorsqu'ils se verront exclus du royaume de Dieu. Enfin, la retraite de Jacob, qui s'en alla en Mésopotamie pour fuir la colère d’Esaü son frère, nous enseigne à éviter prudemment les dangers et à céder pour un temps à la malice et à l’injustice de ceux qui cherchent à nous nuire. Au reste, cette fuite de Jacob, qui fut une rude épreuve pour lui et pour Isaac son père et qui semblait être un obstacle à son bonheur, fut un moyen dont la providence se servit pour le rendre plus heureux, plus riche et plus puissant qu'il ne l'aurait été dans la maison paternelle, comme la suite de cette histoire le montrera. Voilà comment Dieu fait quelquefois tourner en bien ce qu’on regarde comme un grand malheur et c’est ce qui doit être pour les gens de bien un puissant motif à se reposer sur la providence de Dieu.
GENESE 61
CHAPITRE XXVIIL.
Jacob s'en va en Mésopotamie par l'ordre d'Isaac son père pour s'y marier dans la famille de Laban frère de sa mère. Dieu lui apparait en chemin pendant la nuit, dans la vision d’une échelle qui s'étendait de la terre au ciel et il lui promet de le bénir, de quoi Jacob témoigna sa reconnaissance en adorant Dieu dans ce lieu-là et en faisant le vœu de lui donner la dîme de tout ce qu'il posséderait.
1 Isaac donc appela Jacob, et le bénit, et lui fit ce commandement : Ne prends point une femme d’entre les filles de Canaan.
2 Lève-toi, va en Paddan-Aram, à la maison de Béthuel, père de ta mère, et de là prends-toi une femme des filles de Laban, frère de ta mère.
3 Et que le Dieu fort, tout-puissant, te bénisse ; qu’il te fasse croître, et qu’il multiplie ta race, afin que tu deviennes une assemblée de peuples.
4 Et qu’il te donne la bénédiction d’Abraham, à toi et à ta postérité avec toi, afin que tu obtiennes en héritage le pays où tu as été étranger, que Dieu a donné à Abraham.
5 Isaac donc fit partir Jacob, qui s’en alla en Paddan-Aram, vers Laban, fils de Béthuel, Syrien, frère de Rébecca, mère de Jacob et d’Ésaü.
6 Et Ésaü vit qu’Isaac avait béni Jacob, et qu’il l’avait envoyé en Paddan-Aram, afin qu’il prît une femme de ce pays-là pour lui, et qu’il lui avait fait ce commandement, en le bénissant : Ne prends point de femme d’entre les filles de Canaan ;
7 et que Jacob avait obéi à son père et à sa mère, et s’en était allé en Paddan-Aram.
8 Ésaü voyant donc que les filles de Canaan déplaisaient à Isaac son père,
9 s’en alla vers les Ismaélites, et prit pour femme (outre les autres qu’il avait) Mahalath, fille d’Ismaël, fils d'Abraham, sœur de Nébajoth.
10 Jacob donc partit de Béer-scébah, et s’en alla à Caran.
11 Etil se rencontra en un certain lieu, où il passa la nuit, parce que le soleil était couché. II prit donc des pierres du lieu, et en fit son chevet, et il s’endormit au même lieu.
12 Alors il songea, et dans son songe il vit une échelle qui était appuyée sur la terre, et dont le haut touchait jusqu’aux cieux, et les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. 13 Il vit aussi l’Éternel qui se tenait sur l’échelle, et qui lui dit : Je suis l'Éternel, le Dieu d’Abraham ton père, et le Dieu d’Isaac ; je te donnerai et à ta postérité la terre sur laquelle tu dors.
14 Et ta postérité sera comme la poussière de la terre ; et tu t’étendras de l’Occident à l’Orient, et du Septentrion au Midi ; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi et en ta postérité. 15 Et voici, je suis avec toi, et je te garderai partout où tu 1ras