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LA PLANÈTE MARS
ET SES
CONDITIONS D'IIABIT.ABILITÉ.
ŒllYRES DE CAMILLE FLAMMARION
Astronomie populaire. Exposition des i^ratides décovivcrtes de r.Vstronoinie
moderne. In vol. in-8°, ilhislrv de 40(1 figures, cartes célestes, etc. Ouvrage
coufonné par l'Académie française. Nouvelle édition, l'.)OS. 12.V' nulle 12'' ••
Les Étoiles et les Curiosités du Ciel. Supplénn'nl de VAstninorine populaire.
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Le volume 2 .')0
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Dans le Ciel et sur la Terre Perspectives et, harmonies. Un vul. in-12 3 'M
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sur les haliitants des Astres. 23' édition. Un vol. in-12 3 .')0
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moderne. 211' l'diiioii. Un fort volume in-12, avec portrait 3 àO
Récits de l'Infini. — Lumen. I/d Vie universelle et éternelle. Un vol. in-12... 3 .")0 Les Derniers Jours d'un Philosophe. Entretiens sur la Nature et sur les
Sciences de sir Hunipliry Davy. Traduit de l'anglais et annoté. Un vol. in-12. 3 50
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Mes Voyages aériens. Journal de hord de douze voyages en Ijallon, avec
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Lumen. (lollecliMn des auteurs i-élèb'res. Petit in-18. 04" mille u (iO
Rêves étoiles. .Même coliection. Petit in-18. 33" mille » GO
Copernic et la découverte du système du Monde. Petit in- 18 » 00
Qu'est-ce que le Ciel? Précis d'Astronomie, avec figures. 20" mille » 110
Clairs de Lune. Petit in-18. 14' mille » liO
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Globes géographiques de la Lune et de la planète Mars 7 u
Annuaire astronomique, |)Our chai|ue année 1 50
LA
PLANÈTE MAUS
rONDlTlONS D'IIARITABILITÉ.
ENCYCLOPÉDIE GÉNÉRALE DES OBSERVATIONS MARTIENNES,
PAR
CAMILLK FLAMMAUIOX.
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TOME II |
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ILLKSTRÉ DE 4','6 DESSINS TÉLESCOriQUES ET 1 G ' |
CARTES. l'JOI. |
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OBSICIIVATIÔXS FA1TI■:^^ 1)K 1800 A |
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^P'^J, yl |
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PARIS, |
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GAUTHIER-VILLARS, HIPRIMI' Ull-LIBRAIRE |
DE L 0 B S E R V A T f) 1 P. E D E I' A \\ I S, Quai des Grands-Augustins. 55
1909
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Published , .Jnnuary 30, ninotpen Iiundred nnd n'ine.
Pr'wUeije of Copyrujht in tlie United States reserved under tlbe. Act approved march 3td nineteen hundred and five, bij A. GaLdJiier-]'iUars.
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QUATRIEME PEUIODE.
OBSERVATIONS ET ÉTUDES DEPUIS 1892.
OUATRIEME PERIODE.
OBSERVATIONS ET ETUDES DEPUIS 18!J2.
Les travaux discutés dans uotru [ireniii/r Aiiluiiic sur la iiluivlc Mars. publié en 1892, s'arrêtent à cette annei'-là, et plusieurs même anierieurs à celte date n'ont pas été examinés ijnrre ijuils n'avaient pas encore i-li- pu- bliés ou communiqués. Suivant l'ordre cliruuolo,t;ii[ue que nous avons adopte dès les premières pages de cet Ouvrage, nous continuerons noire l'Iude eu exposant, comparant et discutant successivement toutes les i.ibservations.
Nous devons même, pour counnencer, n'uionter jusiju'à l'année 1883. à propos d'un important Mi'moire de M. Scbiaparelli. qui n'a ete rédigé et publié qu'en 189G.
L'illustre Directeur de l'Observatoire de Milan a présenté cetle annce-la aux astronomes son quatrième Mémoire sui' la planète Mars ('), coniprenaiit ses observations faites pendant l'opposition de 1883-1884, du ô novembre au 9 mai. En voici le rèsumi'' :
CXLIV. — Observations de M. Schiapauei.li ex 1883-18^4.
L'opposition avec le Soleil a eu lieu le :il janvier.
L'hémisphère boréal ou inférieur, incliné vers nous, était au printemps dans les conditions suivantes :
.Saisons martiennes
Équino.^e de printemps. Éqiiino.\e d'automne. 20 octûlire 188:'.
Solstice d'été. Solstice d'hiver. 13 mai l^Si.
Il n'y a guère eu que seize bonnes nuits (lourles uljservations, 'pii unt surtout porté sur les régions comprises entre lU" et GU" de longitude.
On était, disons-nous, au printemps de l'hi^misphère boréal, précisément incliné vers nous, do sorte que les investigations ont pu être poussées assez loin du coté du pi'jle nord.
(') Voir les trois premiers, t. I, pages 288, 32G et oil.
4 LA rLÂNKTE MARS.
Des trente et une géininations de canaux observées eu 1881-1S.S2, dix-huit seu- lement ont été revues, celles des canaux Achéron, Ceraunius, Cerbère, Cyclops, Heplirestus, Érobc. Euplirato, Eunostos, Gigas, Ilyblœus, Hydraotos, Nilus,
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Fig. 1-4. — ObservaUiiiis île Mars faites a l'Observatoire de IMilan en l.SS:i-IS8i.
Orontes, Plii^iun, TlmtJi, Tyiilioiiius, ainsi que des lacs Ismenius et de la Lune. Sept gémiiiatiiius noiuolles ont été constatées: Chrysorrlioas, Isis, La'stryt;on, Styx, Uranius, le lac l'ropoutis et Triviuai Cliarontis.
Les lignes ou canaux, simples ou doubles, se sont montrés parfois en si grand nombre qu'ils présentaient une sorte d'inextricable réseau, et que ridentification d'un canal "U iTunc lu-anche parallèle était extrêmement difficile. Les change- ments do positions obserV('s peuvent être dus à ce que tantnt une branche et tantôt une autre a été visible.
SC.HIAPARKI I.I. Ul'l'OSlTlt).\ DE 1883-I.S8'i. 5
Nous sommes heureux de iiietlre sous les yeux de nos lecteurs les huit figures sucressives ainsi que ];i nouvelle ("arte d'enseuihle qui aiconi- pagnent le Mémoire de M. Schiaparelli. Un y remanjue au premier coup
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Fis;. h-S. — Suite des oliservatinn* de Mars faites à Milan en lssn-ISS5.
d'œil l;i vaste ('alolte polaire inférieure, ainsi que l'aspect ttéométrique régulier d'un certain nombre de canaux doubles parallèles entre eux. Mais, avant de donner une description sommaire de chacun de ces dessins, arrêtons-nous un instant sur les observations qui concernent la direction de Taxe de rotation.
Peudaot les mois de novembre, décembre et janvier, la taclie polaire boréale F., II.
6 LA PLANÈTE M.VKS.
(la seule visible) s'est toujours nioutrét' plus ou moins inclinée, avec son côté précédent dans la corne boréale de riiéniisphèi'c obscur, ce qui a empêché de faire d^s observations précises sur l'annb' dr |M>sition. l^e 28 janvier, elle était entièrement dégagée, et elle resta ainsi jusiju'a la (in d'avril, époque :'i ]iartir do laquelle la phase obscure apparut de Tauti-o ciité. Pendant cet intervalle., tjl mesures de position ont été prises. Elles, sont toutes réunies dans un tableau, et les fil équations qui on résultent ont donné pour résultat :
A = -l-jm ± 0",235, 0 ^ 3î3% 5-2 ± 5«,;i0.
Les observations de 1877 restent les plus précises, à eause de la grande dimension de la planète (2ô') et de la petitesse bien limitée de la calotte polaire. Mais celles-ci sont très bonnes également. Le diamètre de la neige polaire a varié de 'lO" à 20" pendant les observations. Cette tache polaire boréale n'était pas centrée sur le pôle, en février et mars IS8'i, mais en déviait de 2°, G;', dans la direction de la corne d'Ammon. (Il y a II", 07 à retrancher du nombre ). donné plus haut, parce que le pôle boréal se trouvait à une distance d'environ 13", en moyenne, du terminateur de riiémisphère visible.) Un écart analogue avait é'té observé en 1882, du milieu de février à la fin d'avril. D'avril 1882 k février 1884, il y a 22 mois, c'est-à-dire luie révolution entière des saisons martiennes. Le centre de la neige, relativement au pôle, est à peu près le même, avec une dill'éreucc de :!7", car en I8S2 ce centre était vers b» nu''ridien II". Ce caractère d(ï périodicité uK'ritc attention : il sera inté'ressaut de voir dans les oppositions futures si cette (b'^viation est, sinon permanente, du moins périodique et en ra,pi)ort avec les saisons.
L'angle de position de l'axe du globe de Mars demanderait une correction de+0", 70.
Dans ce Mémoire, coaiine dans les précôdenLs, le siivaiil observateur s'est ix'ciipé et préoeciipé, avec la plus grande attention, des aspects de la planète et des caractères de sa conslilulion physique, encore si mysté- rieuse et d'aiipareuces si conlradicloii'es. Kvidemment, le plus important ]iiiur iH>ti'i' iiisiruclion, ce sont îles observations, des dessins, i>l encore et toujours, d(.'s ol)s(!rvations et des dessins. Voici une descri[)Li()n succincte <le chacune des liuil, nq)r(''Seut,alions (|ui viennent de passeï' sous les yen.^ de nos lecletirs, et tle la belle el liiie Carte dt'tallléc ([iii en donne la synthèse jus(]u'a 70" d(^ |)arl cl d'autre de l'équateur :
Fig. \- - Longitude ilu centre = 22" (14 mars 1884). On voit, en h:uU, trois golfes sombres ; à gaui'he, la baie du Méridien, prolongée par l'IIiddekel et le Géhon; au centre, le golfe des Perles, prolongé par l'Oxus; à droite, le golfe de l'Aurore, d'où descendent la .lannma et le Gange. Dans la région inféiàeure, le lac Niliacns, conpi- par le pont d'.Vchille. Trois points sombres le long de l'Oxus. C.rande tache polaire boréale.
Flammakion. — La Planète Mars.
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SCllIAPARF.LLI. OrPOSITION DE 1S8:MS84. 7
Fir/. B. — Lougitude du centre = 24» (4 février). \'ue peu dilToroiite de la pre- cddento. Elles se confirment mutuellement.
Fig. C. — Longitude du centre = 71» (9 marsi. En haut, le lac du ^^oleil. Vers le centre, le lac de la Lune, séparé en deux, et en forme de paralléloL^raunne. Le Chrysorrhoas se montre gémin('.
Fig. D. — Lougitude du centre = 130° (2ô janvier). Le lac du Soleil, en haui, à gauche. Le Gigas, double, traverse la planète comme une ceinture. Quels sin- guliers aspects! Quelles largeurs de canaux! Pas de détails.
Fig. E. — Longitude du centre = 139" |2Î décembre 1S83|. Position peu diffé- rente de la précédente. De la mer des Sirènes, d'où descend, sur la figure précédente, un seul canal, le Titan, en partent deux : le Titan et le Tartare, qui vont aboutir au Trivium Charontis, dédoublé, nù aboutit aus.-^i l'Erèbe.
/•'(■;;. F. — Lougitude du centre = lOU" |27 février 1884). De la merdes Sirènes descend le Titan, comme une ligne droite verticale. l'Erèbe, double. Triviura Charontis, double. Propontis, double. Entre le Trivium Charontis et la mer Cimmérienne, Lc-estrygon, double.
Fig. G. — Longitude du centre = 220° (18 janvier). Le dessin n'a pu être ter- miné. Vers le centre, l'Elysée, entouré d'un anneau double, formé par les canaux géminés, Cerbère, Styx, Hybla3us et Eunostos, et paraissant suspendus à la mer Cimmérienne par le Cyclops, également dédoublé. Mystères sur mystères!
Fig. H. — Longitude du centre = 295" ( 19 février). La mer du Sablier ou Grande Syrte, singulièrement étroite, est à gauche du méridien central. Libye maréca- geuse ou couverte de végétaux. Népenthès. Petite Syrte, prolongée par le Thoth et le Boreosyrtis, très foncée. Phison. Euphrate. Lac Ismenius. Pas de lac Mœris.
.4 ces huit dessins, qui font le tour de la idanéie, nous avons ajoiUé la Carte d'ensemlile tracée par l'haliile astronûiiie de Milan sur toutes ces observations . Que le lecteur en examine avec soin les détails : nulle description ne pourrait remplacer cet examen. Le ton relatif des diverses contiguratious arcogra- phiques en a été exactement conservé dans cette reproduction en fac-similé. On voit ijue certaines lignes à peine estompées sont vraiment à la limite de la visiliilité.
Ce planisphère martien s'arrête au 70'= degré de latitude, au nord comme au sud. Mais nous venons de voir par les huit sphères précédentes que le pôle boréal ou inférieur a été parfaitement observé pendant cette opposition. L'inclinaison de l'axe était de -r-13° à — 17°. Du IS décembre au 9 mai, c'est-à-dire de 147 h 4 jours avant le solstice d'été de l'hémisphère boréal, la neige polaire a diminué de iQ" environ de diamètre à lô", c'est-à-dire de 2400 à 900 kilomètres. Elle était à peu près centrée sur le pôle nord.
Le 5 février, une observation fort curieuse a été faite sur cette neige polaire. La mer foncée qui entourait la calotte neigeuse pénétrait comme un sillon obscur
8 LA PLANETE MARS. :
ayant La forme d'une trombe, semblant séparer la neige en deux parties inégales sans pourtant que la S('paration fiit complète. Le croquis ci-dessous i ftg . III) montre l'aspect observé.
Les observations établissent qu'une cinquantaine de jours après l'équinoxe de printemps, environ cent cinquante jours avant le solstice d'été, la neige polaire atteint un maximum d'éclat et d'étendue, et qu'elle s'entoure d'une zone foncée qui la liniilo nettement pendant toute la suite des observations. Cette zone est certainement due au liquide provenant de la fonte des neiges polaires à mesure que le Soleil les échauffe.
Ces neiges polaires sont d'autant plus éclatantes qu'elles se présentent à nous moins obliquement. C'est pour cette raison qu'elles ont été mieux vues en 1S84
Kig. \'K — La nt-igu ih^iI.'ui'l' borL^;ile de .M.ir.--, le 5 lévrier 1.SS4. Cr'Kniis 'le M. .Siiii.ip;iiL'llî.
qu'en 1S8;'. C'est le contraire pour certaines régions blanch.itres, telles que Hellas, Argyrc, Thulé, Tenipé, et d'autres, qui perdent leur blancheur à mesure qu'elles s'éloignent du liord, absolument comme si le Soleil, en s'élcvant au- dessus d'elles, faisait diminuer et disparaître le voile blanc. Ces blancheurs indiquent-elles des gelées blanches? Soraient-ce des brumes légères'?
E.\tr;iil d'une Ictlre du l'J féviier 1S07 à M. Flnrnmario)!.
u ... Comment pouvons-ncju-; nous expliquer les changements de position des canaux, rhangenients qui ont lieu entre des limites assez étroites, mais qui ce]ien- dant Sont encore sensibles à nos moyens d'observation? L)ans uu article dcmt vous recevrez un exemplaire avec cette lettre, j'ai essayé d'en rendre compte d'une manière iilnusible en posant jiour base l'hypothèse que ces bandes colorées soient |]i'iiduiles jiar des phénomènes de végétation. Mais c'est 1;\ un simple /(/.sxx iiiiji-iiii. 11 y a d'autres phénomènes qui ne s'accommodent pas de cette théorie, surtout les géminations courtes et larges qui se forment dans les espaces appek'S /;ir,s ; ces géminations peuvent prendre des directions très dilVérenfes, ainsi que je l'ai expliqué à la fin du paragrapliu (j'.i."i de mon Mémoire. Vuyez aussi votre propre ( luvrage sur Mars, ;\ la page 45:1.
» Ces cliauLiements ont été observi's, non seulement sur le Lnru.-i I.'iineiiius et sur le I.urnu Lwiw, mais aussi sur le Tririiim ('li.iroiiti!^ et sur le L;ii'us SolU.
Il La iluplii-ité ilii Ti iriitm ('hnruiil i.'^ dans la direction tl<! VOrcii^, observée à votre ()bsi,'i'val(]iro par M. Ant(jniadi, se maintient toujours: liier, j'ai pu encore la constater avec le gnjssissement de (i."j(i. .l'ai vu aussi qurliiue trace de la
SCIIIAPAREI.I.I. OPPOSITION OIÏ I88I;. 8
queue que vous avez remarque'o sur la pointe de la Grande Syrte : je or<iis c|ne c'est ÏAstnpuf: ou uu double do VAslapus. Mais je n'ai jamais pu la liicii vuir.
» J.-V. SCHIAPARELLI.
» !'■ S. — Pour bien constater le changement de direction des canaux, j'ai recueilli un certain nombre de mesures sur leur direction. Mais ces mesures exigent la plus grande perfection des images, et je n'ai pas encore pu en comparer un nombre assez grand pour en tirer des résultats décisifs. »
C.\L\'. — ( tllsEnV.ATIONS liK M. >CHr.\P.\RELLI EN 1880.
M. Sciiiaparelli ;i [)uldie en KS'JT snu oinrjuiiuiie Mémoire sur Mars, rom- preuaiit ses observations pendant Tannée 188(j. L'opposition a en liiMi le (j mars, avec uu diamètre niaxinuim Je 14". U. I.a planète s'olfrait dans la situation suivante :
Saisons mautie.nnes
nrlnispbèrt. horij.il. nrniispbL'n- austral.
Equinoxe de printem|is. Équinoxe d'automne. 1SS5, 12 septembre.
.Solstice d'été. Solstice d'hiver. 18S0, 30 mars.
Equinoxe d'automne. Équiii'jxe de printemps. ISSO, iS septemijre.
Pôle boréal incliné vers la Terre. Mars est passé à l'aphélie le 8 février ISSG, soit ÎG jours avant l'opposition avec le ."Soleil.
Les observations ont été réparties sur Oi nuits, du 3 janvier au 'i juin. Le nombre de bonnes nuits n'a été que de ','0. Les instruments ([ui ont servi :\ ces travaux ont été le S pouces, du 3 janvier au i8 avril, et le IS pouces du P'' mai au ."i juin.
L'anteur n'a p;is donné de planisphère général de la planète cette aiim'e; mais scsoliscrvations de 188(J ont heuretisement complété nos connaissances aréii,L;rapliiqnes par un examen rigoureux des ré.iîions boréales ; nous publions l/if/. 11) la belle carte iju'il ou a donnée.
Voici un résumé succinct du nouveau .Mémoire de l'aslronome de .Milan :
1. De la Grande Syrte à l'Indus.
La vaste région qui s'étend au nord do l'équateur, entre -^'.JU" et '-U' de longi- tude, était tout entière traversée par la grande ligne Euplirates-Arnoii-lvison, suivant le méridien pres((ue exactement, pour dévier légèrement à l'Est ilans le voisinage du pôle. \'ers les latitudes de -iO" et 0.3°, cette ligne l'oriiiait les lacs Lsmenius et Arethusa, sorte d'étoiles, ou encore de rend(.'/,-v(ius de |diisienrs ca- naux. L'Euplirate était large, mais non double, ainsi que l'asait idj'^ei\é M. Per- rotin; et on ne voyait que le bras droit de la gémination do Iss,'. Les mêmes remarques s'appliquent au Phison; mais ici c'est le bras gamdie de i>!-<î qui était visible. Typhonius a été observe une seule fois seuleiiient, le 3 avril; l'Uronte était plus évident.
10
LA PLANÈTE MARS.
Les deux cornes du golfe Sabaîus (baie du Méridien) ont été particulièrement difficiles à dédoubler en ISSG, Fastigium Aryn se montrant parfois estompé. Le Gehon était indistinct; l'IIiddekel plus visible; Astaboras très pâle; l'Anubis de 1882 n'a pas été revu.
KlL'. 11.
L'iiémisphci-e borc-al de Mars en I8S6. Du pôle Nonl au 41)" degré de latitud
Le lai; Ismenius était une grosse tache noire circulaire confuse, mesurant- 10" dans le sens du méridien. Le lac Aréthuse, aussi très sombre, offrait de moindres dimensions. Ces deux lacs étaient très évidents sur le disijue. L'Arnoii n'avait guère l'aspect de 1884, ressemblant plutôt à un détroit unissant les deux lacs. Ije Kison, découvert le l^'' avril, était noir, large et irrégulier, formant, là uii il aboutissait à la calotte polaire, un no'ud sombre, sorte de troisième lac analogue à Ismenius et Aréthuse, et do proportions non négligeables.
Protonilus et Deuteronilus ont été invisibles en avril et en mai. Deuteronilus proIong(.!ait l'Oxus, recourbé di, Ismenius Lacus h l'Indus. Le nœud ilc rencontre (Dirci.', l'ousi, \'u en 18Si sur l'intersection avec Joi'danis, était invisible. Xenius
SC.lllAI'Alîi: I.l.l. OPPOSITION DE ISSU. Il
était d'une grande ilifficultc. P;ir contre, Callirrlioc s'est moutrée avec une ('vi- denoo extraonihiairc, mettant, avec le paie Cedron, le lac Arcthuse en conunu- nieatii>n avec Marc Aeidaliuiu. Plcrius. entrevu en ISSl et IS.^'i. a été liien observé en 1880. Enlin le continent vers Aéria était parfois particulièrement lilanr.
2. De rindus au Gaflge.
L'indus n'a rien offert .l'anormal en issu. Il en a été di! ukuho de l'IIydaspes. Jamuna était large et formait un arc de grand cercle; elle a paru sini|de à M. Schiaparelli, double à jM. Perrotin avec la grande lunette de 0'",:i8 de l'Obser- vatoire de Nice. Sa direction ne .semble pas avoir été toujours la même.
Le lac de la Lune n'était plus dédoublé comme en 1881. Nilokeras semblait rectiligue. Des 31 géminations de 1881-1882, et des 18 de lss3-188'i, il n'en subsis- tait qu'une seule en 1886, celle de l'IIydraotes-Xilus, mais grandiose et occupant un sixième du rayon en largeur, soit envirnn U)".
Ceraunius a été vu sous la forme de deux liandes confuses. Aucune trace de Dardanus ou de l'Issedon.
La traînée blanche traversant le canal Fortuna et le Nil dédoublé en 1870 I'). a été revue en 1886. Les -7 et ?8 mars de cotte année, la traînée lumineuse s'é- tendait du Taua'is à l'Agathodaîmon, et semblait parallèle à la ligne Nilokeras- Chrysorrhoas. La gémiuation de l'Hydraotes-Nilus la divisait en trois parties, dont la boréale des extrêmes traversait Tenipé, l'australe Tliarsis. Le 2 avril, elle a (•té vue seulement sur Tempe, sans prolongement vers la calotte polaire boréale.
Chrysé s'est montrée très blanche parfois vers le limbe.
3. Lacus Niliacus, Mare Acidaliura, Lacus Hyperboreus.
Le lac Niliacus n'a pas offert de changement en 1886; bien limité vers le pont d'Achille, il devenait enfumé vers ses limites méridionales, ce qui rendait parfois ses dimensions variables, suggérant des variations périodiques. Le pont d'Achille, très visible, avait une largeur de 3° environ.
La mer Acidalienne s'est montrée pour la [iremière fois dans toute son étendue, avec ses afiluents, jusqu'au pi'>le boréal. (Jn peut comparer la partie septeutriimale de cette « mer » soit à un continent coupé de vastes canaux, soit à une mer rem- plie d'iles nombreuses et très vastes.
La partie supérieure de cette mer était très foncée, comme d'habitude (c'est la partie la plus noire de toute la planète ) ; elle formait un pentagone, ayant une base droite vers le Pons Achillis, deux autres, recourbées vers Cydonia et Teuqié, et encore deux vers Ortygia et Baltia-NeriLros, vues comme une seule ile en 1886. La petite ile Scheria, remarquée dans cette mer en 1882, n'a pas été revue depuis.
Le Taua'is ressemblait moins à un canal qu'à un bras de mer; il s'étendait du
'■') Voit- tome I, p. 335, flg. 190. Cette nouvelle observation nous conduit à conclure quec'est vraiment là une sorte de neige et nonunebande denuagesoumêmede In-ouillard.
lî
LA PI.ANÈTK MAIiS.
50'' au \'20'-' degré de longitude, et était très somljre. A l'endroit où il se rencon- trait avec le Sirenius.'on remarquait une tache foncée, à laquelle M. Schiaparelli a donné le nom de Palus Mapotis.
L'exploration des régions hyperboréennes a décelé le véritaljle cours de riaxarie. qui est un canal parallèle au Fretum Tanaïs, mettant en communication
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l'J Mars.
28 Jlars.
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I" Avril. 5 Avril.
Fi;-'. 1M.1. — Observations tic Mars, faites a l'Observatuire .le Milau eu ISSR.
le pentagone austral de Mare Acidaliuni ;tvec le Lacus iIy]ierboreus. La |iarli<' la pltis occidentale i suivante) de l'ancien laxarte, entre le Lacus Ilyperboreus et le Palus Ma-otis séq.'arant Nerigos de la nouvelle ile d'Ierne, a été baptisée du nom dili]il>.-ilus.
Le Lacus Ilyperboreus était absolument noir en ISSO et contrastait d'une ma- nière l'ra])pante avec les régions brillantes d't_)rtygia et d'Ierne. Cependant il est moins (■■vident parfois, soit à cause des neiges polaires qui le recouvrent, soit encore probablement par des condensations l)rtimeuses de l'atmosphère martienne en ces régions. 11 l'tait invisible en JsiS'i, lorsqtie les neiges polaires s'étendaient
SC.HIAI'ARELLI. OPPOSITldN DI- 1880 i:i
sur un rayon de l.">", et, en elTet, il devait se coufondrc avec la bande sombre qui environnait la calotte boréale; mais M. Schiaparelli soupçonne, avec beaucoup de raison, croyons-nous, que la grande brèche observée dans les neiges infé- rieures le 5 février l8Si tvoir plus haut, fig. 10) pourrait bien avoir été produite par le Lticus Ilyperboreus. La conclusion est importante, comme prouvant que
i; Mars. 17 Mars,
■J6 Mars.
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27 Mars. |
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:iO Mars. 1" Avril.
. Fig. 16-21. — Aspects du pôle boréal Je Mars, en 188G.
les taches soml.ires de la iplanète sont moins favorables à la conservation des neiges que les continents jaunes.
M. Schiaparelli a eu, de plus, le bonheur d'assister à la f<:irmatiou du Lacus Hyperboreus. Il n'y avait aucune tache sombre en cet endroit le -(i mars 1886. Le 27, riaxarte présentait un gonflement vers la calotte polaire ( roù- la ligure ci- dessus). Le 28, le lac Hyperboreus était complètement formé. Mêmes aspects les 30 (figure ci-dessus) et 31 mars, l<"', 3 et."j avril. Nous avons ain^i un exemple bien documenté et incontestable de l'apparition, eu deuxjoui's, dune tache noire de 600 kilomètres de diamètre, à l'endroit où, auparavant, on ne di.-tinguait qu'une surface continentale jaune. 11 est bien difticile d'offrir une explication satisfaisante
14 LA PLANETK MAKS.
de ces phénomènes, — ;\ moins que ce ne soit tout simplement de l'eau prove- nant do la fusion des neiges polaires.
Ce Lacus Hyperboreus communique avec le Kison jiar un bras de mer, avec le LacLis Arseuius par l'Arionis Pretum.
4. Du Gange au Phase.
Thaumasia, Solis Lacus, etc., étaient très défavorablement placés pour l'obser- vatiim en 1S8G. Rien de remarquable dans AurcaCherso; la Fontaine de Jeunesse est restée invisible. Les canaux de Fortun;e, Iris et Urauius étaient pâles. Le Gange et le Cbrysorrhoas étaient plus distincts.
Tbarsis a iiaru très blanche dans la seconde moitié du mois de mars.
5 Mer Erythrée.
Malgré sa grande uldi^iuité, cette mer était très foncée eu 1S86. Deucalionis et Pyrrhre llegioues ont été assez bien vues, mais l'rotei Hegio a été manquée. Argyre brillait d'un éclat fidgurant au limbe supérieur. Noachis aussi paraissait l)lauclie près du bord, ainsi qu'en iss'i. H est à remarquer ipie cette île n'a pas été vue Idanche aux oppositions de 1877, 1879 et 1881-1882. M. ydiiaparelli invoque ici, a\cr raison, la plus grande obliquité des rayons solaires en !88i et 1886.
6. Du Phase au Titan.
La merdes Sirènes était assez sombre en iSxd. Icaria et Pha'tontis très claires; Memnonia très blanche. Le canal l'yriplilégéthon était très lin; l'hlégéthon très visible et noir, le 18 mars; Achéron, difficile, formait une petite tache sombre à son intersection avec Sirenius; Gigas, large, et niuntrant quelques traces de gémination, le 20 mars; Eumenides, difficile; Sirenius était large au centre, fin vers les bords.
Le Nodus OorJii, formé de l'intersection de rflumenides avec le Sirenius, le Gigas l't 11' l'yriplilégéthon, a été vu comme une tache enfuméu et indécise.
Il a l'ti' difficile de bien voir le Titan en I.SSC; il formait le bord gauche des deux l'i'dpontis, se prolongeant au del;\ jusqu'au lac Arsenius et l'Arionis I''ri'liiiii. 1,'lladès avait aussi un proloiigeinent semblable. L'IUissus, séparant r.Vrcadia de la Scaudia, était visible. Ces deux lies étaient assez blancdies.
Une pi.'tili^ tache blanche remarquable a été vue sur Icaria par 117" de luiigi- lude et 'M'i" de latitude australe, du 19 mars au ■> juin. Un était alors là en plein hiver. L'explication ]iai' la neige est donc touf indi([uée.
7. Elysmm et régions comprises entre le Titan et la Petite Syrie.
Le peni.-igone d'l';iysium a ét(; vu unifcirinéinent clair sur toute son étendue. Aucune trace du Cialaxias. Les canaux diHerminant h^ périmètre d'Llysimn étaient faibles, surtout Luuostos et Cerberus; Styx et liyblaïus étaient plus marqués.
?;C1II.U'A[iKI.LT. 0?PO>ITION DE ISSr,. If,
iEthiops et Lctho étaicut assez visibles. Cyelops droit, noir et simple; il a\ait uuo inclinaison de 12" sur le méridien.
Le Trivium Charontis olïrait l'aspect d'une tache rectangulaire confuse 11 on a été de mcnie d'IIephœstus, dont la connexité avec le Trivium a r[r souprounée par M. Schiaparelli en 18Si.
A l'exception d'Avernus, tous les canaux compris entre le Titan et Elysium ont été revus. I.'Orcus était tellement difticile, qu'on pouvait à peine en affirmer l'existence; Tartarus très évident; il en a été de même de Lwstrygon. L'Erebus offrait l'aspect d'une ligne légère, faisant suite à l'Achéron; l'IIadès s'est montré toujours très large et très sombre, se dirigeant à droite du pôle, dans le voisinage duquel il rencontrait le Titan vers Arionis Fretum.
Toute la région comprise entre le 40" parallèle et le pùle et les longitudes de l.")0'' et Î50° présenta de grandes difficultés à l'examen télescopique. On remar- quait, entre autres, deux ombres très allongées, diffuses et compli(iuées, repré- sentées sur les dessins; l'une de celles-ci comprenait plusieurs nceuds sombres sur les prolongements du Titau et de l'Hadès, jusqu'à la l'asse d'Arion; l'autre suivait le cours de l'Anian, ja-olongé jusqu'au Kison. Il semblait y avoir d'autres lignes en grand nombre, suivant des directions peu différentes des parallèles. Les contours de l'ombre de gauclie diminuant lentement d'étendue, l'ondjre se concentra autour de trois noyaux qui formèrent plus tard les deux l'ropontides et le lac Arsenius. La métamorphose était rléjà complète le IG mars, et le îl mars toutes ces nodosités étaient entièrement noires. Les deux Propontides étaient séparées par un petit intervalle clair, formant une géminatiou imparfaite, et d'une largeur sans précédent jusqu'ici, car du bord supérieur de l'ropontis I (australe) au bord inférieur de Propontis II (boréale) ou ne comiitait pas moins de 12° à l.D». Propontis I était incomplète d'abord, se montrait plus étroite et plus courte que l'autre, ne s'étendaut pas jusqu'à l'Hadès, qu'elle a fini par re- joindre. Pro]iontis II s'étendait, dès le début, du Titan à l'Hadès, se montrant en outre plus sombre que sa voisine australe Elle était large vers l'iJuest, ou elle formait le Gynde. L'auteur considère les deux Propontides comme constituant une gémination colossale.
8. Mers intérieures et terres australes de 130 à 310' de longitude.
La mer des Sirènes était trop mal placée pour l'observation en issij. Cependant, malgré la forte diffusion atmosphérique, elle était très sombre, parfois ttoirc dans la région supérieure du disque. De même, les observations de la partie de la mer Cimmérienne conqirise entre ITÙ" et 210» étaient gênées par la forte oldiquité. Pour la même raison, Atlautis n'a pas été vue. La partie inférieure de la mer Cimmérienne était beaucoup plus facile, et assez sombre; aucune trace de l'ile Cimmeria, vue en 1882. Ilesperia n'a rien offert d'anormal ; elle était toujours très évidente, et coupée, à angle droit, par un prolongement de l'Euripe.
M. Schiaparelli a en outre suivi pendant deux mois une tache blanche située
16 LA PLANÈTE MAUS. ' ,
vers ;.!i3" de longitude et — 55", :i de latituile, dans le golfe de Prométhée, à un endroit ùéi)ourvu de « terre ». C'est pour la première fois que l'on observe une taclie aussi persistante dans des régions grises, ce genre de phénomène montrant une tendance à se former presque exclusivement sur les régions continentales.
9. La Grande Syrte et son entourage,
La mer du Sablier s'est montrée très sombre pendant cette opposition. Cepen- dant lilê d'Œnotria. prolongeant l'extrémité nord-ouest d'Ausonia, était évidente en ISSCi, tandis qu'on n'avait pu en voir la moindre trace en 1S83-I884. Nilosyrtis était moins marquée que d'habitude; le 5 avril elle semblait interrompue vers le ■yi"^ j)arallèlo, sous une longitude de 35'i'> ; effet de perspective. De pareilles inter- ruptions de la Nilosyrtis ont été notées par Mailler et Kaiser. Parfois la Nilosyrtis parait interrompue par un olïet d'irradiation des régions avoisiuantes. Astusapes a été vu dans toutes les circonstances favorables, du 7 mars au v!3 mai. il était courbe, comme en 1S83, et l'ilo de Meroë paraissait elliptique.
Népenthès était assez visible sous furiae ilc ligne largo et obscure, légèrement recourbée, comme aux oppositions précédentes. Le lac Mœris, examiné les îi et ■23 mai avec un grossissement de 1050, au 18 pouces, s'est montré noir et très voisin de la mer du Sablier. La distance qui le séparait de la Grande Syrte était plus petite que son diamètre. En conqjarant ses observations, M. Schiaparelli constate {remarqw importantes que l'envahissement progressif de la Grande Syrte n'avait pas fait beaucoup de progrès en 1886. L'Athyr de 1882 était invisible.
Rien de nouveau vers la Petite Syrte. La Libye était toujours rouge et sombre ; son contour semblait moins arrondi que d'habitude, formant un angle assez mar- qué vers le Sud-Ouest; mais il n'y avait pas de « jiont » dirigé vers Hellas.
Les journées des 11 et 12 mars ont montré que la teinte rouge de la Libye s'é- tendait jusqu'à l'Ainentlies et Isidis Regio. Plus tard (22 mail, la région d'isis parut très blanche. Le 22 mai, M. Schiaparelli crut assister ù une résurrection de la Xix Atlantica, vue en IS77, 187'J et 1881-1882; mais cette constatation n'a pas été coulirmée le lendemain. 11 serait extrêmement intéressant pour nos connais- sauces sur la constitution physique de Mars de voir reparaître cette curieuse formai in 11.
M. Sc!ua]iarelli a constaté, comme eu IS8i, que la tache pnlaire infé'rieure (bnr.'alei était légèrement excentrique au pôle en 1886. Voici ses résultats (|ui conrnrdeut avec ceux obtenus indépendamment par M. O. Lohse, à Potsdam :
ISSJ Scliiaparelli Distance au polo = 2", ti'J = 0% 23 Longitude - .Tio-jô i ô\3
ISSG Lohse » l,3i — 0,43 » -28.) ,0 = 10 ,7
ISsi Schiaparelli » 1,27 — 0,10 » 1\)j ,\ =-- 5,7
Les neiges se sont montrées éloignées du pôle d'une centaine do kilomètres, dans la direction de la Grande Syrte. Ou sait que pour le pôle austral cette excen- t.-icité des neiges polaires est considérable. Le minimum du diamètre des neiges
si;iiiai'aui:lli. ium'Osition di- I88S. 17
(3»,5) est arrivé dans la seconde moitié de mai, soit plus d'un mois et deini après le solstice d'été.
Le Irait caracléristique de l'apposition de 1886 paraît avoir iMé l'absence de géniinations. Laissant de eôlé le dédoublement de Gerauniiis, ainsi que celui de la Propontis, on peut dire (ju'il n'y a eu (jue la grande gémination de Hydruotes-Nilus. Cependant, M. Perrotin croit avoir dédoublé l'Euphrale, le Pliison, l'Orontc et la Jamuna.
La calotte polaire boréale, du Gii^ degré au pôle, montre des régions dasiiccts différents :
1° Surfaces jaunes continentales, s'étendant du îiiiK degré de longitude au lH'', sur une longueur de liO»;
•> Taches grises comparables aux mers do l'autre hémisphère, telles que la mer Boréale et le lac Ilyperboreus ;
3" Demi-teintes analogues aux terres de Mare Erythrreum, telles que Baltia- Nerigos, Lemuria, Panchaia, Uchronia et entourées d'estompages plus ou moins larges i Lacus Arsenius, Cephissus, Gyudesi. Toutes ces régions sont assujetties à de très grandes variations de tons.
Ces nouvelles études ont apporté un nouveau progrès à notre connaissance de l'hémisphère boréal de la planète. Elles continuent de mettre en évidence les variations extraordinaires qui s'accomplissent perpétuellement à la sur- face de ce monde voisin et confirment absolument les déductions des obser- vations comparées que nous avons affirmées depuis longtemps.
CXLVI. — OnpERVATiONS DE M. Si'-inAPAREi.r.i en Iî^SS.
I,e sixième Mémoire des observations de M. Srhiaparelli sur la planète Mars a été publié en 1899 et contient les observations faites pendant l'oppo- sition de 1888 par l'habile Directeur de l'Observatoire de Milan, à l'aide de l'équatorial de Merz-Repsold dont le diamètre est de 18 pouces (485 milli- mètres) et la distance focale de 7 mètres, installé à Milan en 18SG. L'objectif est considéré comme tout à fait excellent. Les grossissements vont jusqu'à 1000 et davantage pour les étoiles. Pour les aspects de Mars, les plus employés ont été ceu.\ de "216, S.'iO, 513 et twi.
Voici les données essentielles de ce Mi}nioire et leur discussion comparée :
La variation de la mise au point, suivant la fatigue de l'ieil, le grossissement de l'oculaire et la lumière du disque ont été l'objet d'une élude constante de la part de l'observateur.
F., IL -2
18 LA l'I.ANKTH M Ali S.
Le ilianiètrc apiiarent de la planète a varie dans la proportion suivante :
2 avril ii,<JG \
2 mai U/Ji |
1" juin 1,',25 * Opposition le 11 avril.
1" juillet 9,84 i
31 juillet 8,20 /
L'inclinaison de l'axe a été de -+- 20" à -4- 24°, nous présentant les régions polaires boréales en des conditions exceptionnelles.
SAISONS Dli LA PLANÈTE HL'mispIiiTe Ijorciil. Héiïii>iilit;re .lustr.-ïl.
Solstice d'été. Solstice d'hiver. Ki février 1888.
Équinoxe d'automne. Équinoxe de printemps. 15 aoiil 1888.
Ce Mémoire renferme quatorze dessins de détails obtenus avec les grossisse- ments de ."il3 et 674 et deux projections polaires stéréographiques. l'une représen- tant riiémisphèro boréal entier, l'autre, sur une plus grande éelielle, les régions voisines du pôle qui n'ont pu être reproduites avec un détail suffisant sur la pre- mière.
1/une des grandes difficultés, écrit l'auteur, a été de représenter fidèlement les nombreuses lignes doubles. Comme elles sont parallèles entre elles, elles devraient rester équidistantes sur la représentation graphique. Si on les conserve ainsi, on désobéit aux règles de la projection, ("est le parti que l'auteur avait préféré eu 1882 et 1884. Cette fois-ci, il a préféré l'exactitude de la projection, de sorte que ces lignes doubles cessent de paraître parallèles tout en l'étant eu réalité.
Cette carte de l'hémisphère boréal {fuj. 2i] est plus complète et plus exacte que celle que nous avons reproduite dans le premier volume de cet Ouvrage, p. 44i), parce que, écrit M. Schiaparelli, la i)remièro a été construite en 188') avant la discussion complète des observations de 1888, terminée seulement aujourd'hui, et n'avait qu'un caractère provisoire. Il y a ici plus de détails et un grand nombre d'objets et de noms n(juvcaux.
De toutes les observations faites pendant cette opposition de 1888, la plus éton- nante, la plus extraordinaire, la plus incroyable est certainement celle que nous allons décrire.
Reportons-nous d'abord à l'aspect de la planète en 1886, ou au globe que nous avons publié il y a quelques années (' ). La fig. 23 représente l'hémisphère boréal dressé par M. Schiaparelli d'après ses observations de cette époque. Voyez, entre les 330° et 310" de l'équateur, vers 336", une longue traiuée droite qui part de là et vient aboutira la gauche du pôle. Cette traînée s'appelle l'Eifp/ira/e tiepuis l'équa- teur jusqu'à la première tache, nommée le lac Isménius, ensuite ÏArnon jusqu'à
(M Librairie Bertaux, à Paris.
SCllIAPARI'IJ.I. OPPOSITION L)K 188^.
19
la seconde tache, appelée le lac Aréthuse, et en troisième lieu le Kison jusqu'iui canal voisin du pôle. Cotte longue traîne'e se voit également sur un beau dessin du 5 avril 188G ilhj. ii).
Eh bien, en 1888 1/13. 2î), ce long canal rectilignc à triple désignation, Eui;liralc- Arnon-Kison, avec ses deux lacs Isuiénius et Aréthuse,a c/ta?igé de p/ncc' Tout en partant du même point, tournant comme une règle autnur d'un clou, il s'est écarté
Fig. 22. — Carie générale des observations failes |iar 31. Sehiaparelli en 1S5S sur rhémisphère boréal de Mars.
vers la droite, et au lieu d'aboutir à la gauche de la neige polaire, vers la lon- gitude 245°, aboutit à droite, vers la longitude r,.j\ juste à l'opposé' La /?;/. •?."', prise le ? juin 1888, montre ce changement, absolument incompréhensible, et toutes les observations de mai et juin 1.-^88 .le confirment. Comparer aussi les deux cartes de 1888 {fuj. îî et 26 1.
Remarquons que du point d'aboutissement de 1886 à celui de 188>*, la distance est de 10", c'est-à-dire de fiOO kilomètres.
20
LA PLANETE MARS.
Cette même direction se voit sur un dessin fait à Nice par >L Perrotiii (La pla- nète Mars, l. p. 410).
Ce changement ressemble à ce qui se passerait sur la Terre si le "olle et le canal de Suez, au lieu d'aller aboutir à Alexandrie, tournaient vers l'est et allaient se diriger vers la Palestine !
2.3. — L'hémisphère boréal de Mai-s en 1886.
C'est comme un tapis de marche qu'on aurait déplacé.
On peut se demander si tout le tapis a été déplacé d'un seul morceau, si toute la bande a tourné d'une pièce. Il pourrait se faire que du point de départ resté fixe (le port Sigée) jusqu'au lac Isménius, il n'y ait pas eu de change- ment et que l'Arnon et le Kison aient seuls tourné, ou bien que la dernière sec- tion (leKiSon) seule se soit déplacée. Mais, dans ces deux suppositions, l'Arnon et le Kison auraient fait un angle assez grand avec la direction de l'Euphrate, tandis que l'ensemble est resté droit. C'est donc l'ensemble tout entier qui s'est déplacé.
Sr.llIAPAUEI.I.I iiPrOSITKtX DE 1888. 21
Le tout s"est montré parfaitement doulile pendant tonte la diin'c des observa- tions.
Ce n'est pas la calotte polaire i(ui a ijuitté le pôle, très certainement.
(_'e mouvement incompréhensible et certain du système Euphrate-Arnou-Kisnn s'est elïectué entre le mois d'avril 1886 et le mois de juin 1888, pendant l'absence des observations de Mars.
La gémination du sj'Stème n'a pas montré suii parallélisme hatùtnel : les deux composantes allaient en s'écartant du pôle à l'équateur, comme si la force centri- fuge due à la rotation de la planète avait une action sur cette gémination! Ninis restons eu plein mystère.
Fig. 21. — Di'ssiii 'lu 6 avril l.ssG.
Si. au lien de considérer le sinus Sabœus et le port Sigée comme le point de départ de ce système hydraulique ou végétal Euphrate-Arnon-KIson, nous regar- dions les neiges polaires et leur fusion comme l'origine, peut-être le changement observé serait-il moins difficile à concevoir. En admettant que ces neiges polaires soient pins élevées, qu'une plaine basse s'étende du pôle à l'équateur, l'eau pro- venant de ces neiges ne pourrait-elle s'écouler en des directions différentes selon les saisons et les années et donner naissance à des canaux, h des lacs, à des marécages, à des prairies.' Touto:> les conjectures sont ouvertes.
D'autres variations presque aussi stupéfiantes ont été l'objet d'observations précises. L'une des plus remarquables est celle du canal Pierius qui va dn lac Aréthuse au canal Casius (voir lig. iO). Tandis que celui-ci s'est montré composé de deux lignes écartées de près de 10', le Pierius était près de moitié moins large dans sa gémination et le Callirhoe est resté simple. De plus, comparé au Proto- nilus, le Pierius s'est montré tantôt plus foncé, tantôt plus clair. C'est une nou- velle vérification du fait que les variations rapides d'un jour à, l'autre dans la visibilité de certains canaux sont réelles et non pas dues aux conditions atmo- sphériques changeantes de l'observateur terrestre.
22 LA PLANETE ^fARS.
La vaste région qui s'étend à la droite de la mer du Sablier et qui a reçu le nom d'Aeria a paru souvent très blanche, sous des inclinaisons de vues fort diverses. Il eu a été de même pour la Cidonia, l'Arabie et d'autres contrées.
Nous ne pouvons présenter ici toutes les observations exposées dans ce volu- mineux Mémoire de 1 14 pages in-4°, en petit texte. Ce qui nous frappe le plus, ce sont les variations constatées. Outre la grande ligne Euplirate-Arnoii-Kisou dont nous avons [larlé, remarquons encore, à sa droite, sur les figures de 1886 et 1888, le canal qui descend di; la baie fourchue du méridien, celui de droite, le Gehon. En
X
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Fig. 35. — De.ssin du 2 juiu 1S88.
1886 (l'ig. -J'i) il tourne à droite, va couper l'Oxus en décrivant une courbe, et aboutit à la mer Acidaliennc. En 1888 {jlg. 25) au lieu d'être courbe, il est recti- ligue, et l'on retrouve, au puint uù il coupe l'Cxus, la fontaine de Siloi', vue en 1884, disparue en 1880. Si l'on veut, du reste, se donner le plaisir de comparer avec attention les détails de ces deux dessins, on sera stupéfait des diiïérences. Toutes ces variations de cours d'eau ou de tapis végétaux qui paraissent et disparaissent tour à tour me rappellent ce qui se passe dans un pays de la Terre que j'ai visité plus d'une fois dans mon enfance : la Meuse, entre Bourmont et Neu- rhàteau, disparait aussi et réparait tour à tour, selon la quantité d'eau des pluies. Pendant les sécheresses, elle liltre entièrement à travers un sol poreux, et au lieu tl'un cours d'eau on a h\ un terrain sec et de fertiles [u-airies sur lesquelles paissent les troupeaux. .Sun cours est souterrain du moulin de Bazoilles à Non- court, sur une longueur d'environ 6 kilomètres. Dans les saisons pluvieuses, au contraire, la rivière no disparait pas. Il y a, en France seulement, plusieurs exemples analogues de rivières souterraines. Les variations martiennes sont peut-
SCHI.VPAHKLI.I. OPPOSITION DR I88S.
23
être de cette nature, mais dans des proportions plus vastes et plus générales, et pour des causes diflërentes puisqu'il n'y a pas de pluies : fusion des neiges et infiltrations ?
La haie du Méridien a offert dos aspects vraiment curieux. M. Schiaparelli écrit sur son registre, à la date du :!0 mai : « Stupoiido il goll'o Sabeo ; corni larglii, belli veramente e benissimo separati ». Le lendemain : ■• Goll'o Sabeo doppio bello,
Fig. ÎG. — DL-lt>ils .le riL-misphèro boréal d.' Mars iu~ in' m .".O" ■lri:r.- île .listaûro a.; jinle | ISSS).
largo, biforcato c ucro ». Le S juin : « I duc corni nerissiini c grossissimi ". Le 0, l'observation montre non seulement ces pointes noires et fortes, mais s'ccartant l'une de l'autre, au lieu de suivre le mi'ridien, et prolongées par riliddekel et le Gelion. La pointe de droite est noire et allongée, et le Gehou est très marqué (uoy. aussi la fig. 25, du 2 juin). Il y a là une région soumise à de per- pétuels changements, comme je l'ai montré tlésla première édition des Tcrresdu Ciel (1877). L'Arcadie a paru couverte de neige, et la neige olympique de 1879 a été revue.
24 LA PLANÈTE MARS.
Dans presque toutes les régions environnant le pôle boréal jusque vers le 30" parallèle s'est manifestée une tendance notable à la formation de taches noires ou de lacs, notamment dans les points où aboutissent les canaux. Cette tendance a étendu ses effets jusqu'aux limites de l'Elysée. Le lac d'Hécate a été l'un des résultats de cette actiou climatologique.
Le fameux Trivium Charontis (Carrefour de Charou) qui en IS.s'i .s'éiait montré
'> è
Fig. 37. — Dessin Ju .'■ juin ISSS.
géminé dan.s la direction de l'Orcu?, et qui suivait encore cette direction en 188G, a vu eu 18SS sa forme déterminée par le cours du Cerbère et de lÉrèbe (voy. jig. v'î, sur le î!00« méridien!. En I8Si. sagémiuation avait la direction de l'Orcus, en 1888 celle de lÉrèbe. L'influence de la direction de cours d'eau ne parait-elle pas évidente ici? Des variations analogues ont été observées pour le lac Isménius et pour le lac ds la Lune. Le Trivium Charontis s'est parfois présenté avec des contours si vagues qu'il était impossible de le dessiner. C'est l'une des régions de la planète les plus variables.
La mer des Sirènes et le lac du Soleil ont paru très noirs, malgré leur obliquité.
La mer du Sablier i Grande Syrte ), qui reste toujours pour nous la conûguration la plus caractéristique de la planète, a été l'olijet d'observatious importantes. Examinons un instant ensemble la fi(j. '27, faite le 5 juin 1888. La mer <lu Sa- blier nous offre dans sou aspect trois tracés noirs bien marqués : son bord gauche, son bord droit, et vers son centre une zone sombre qui la traverse de haut en ijas jx/ur aller se confondre avec la partie inférieure très foncée, appelée Nilo Sj//-/i.s i//';y. '.ij. Cette zone médiane, qui semble constituer la Nilo Syrtis à travers la mer du Sablier, a été appelée Dosaron par M. Lowell. Que cette mer
SCllIAPARELLI. OPPOSITION DE 1888. îi
du Sablier soit de l'eau, des marécages ou des prairies, elle n'est pas homogène et se montre parsemée d'iles. Je disais autrefois que cette ligne foncée centrale iudiquait sans doute une plus grande profondeur d'eau. Pourquoi pas?
Son prolongement boréal parlaNilo Syrtis s'est montré parfaitement net et très foncé, d'une largeur de 3" à 4» 1 180 à iiO kilomètresi i[ui paraît être son l'tatnormal.
A l'extrémité de la Nilo S\-rtis, le l'rotonilus a d'abord montré, le -2 mai, une tache foncée, signe précurseur des géniinations qui allaient bientôt se produire. En elî'et, du 2 au 1 3 juin on a constamment vu le l'rotonilus et le Pierus nettement et admirablement dédoublés. L'Arnon y amenait sans doute la fusion des neiges boréales (voy. fig. ii et fig- i'y]-
Des blancheurs éclatantes, de la dimension du lac Mœris (environ 4" ou ^40 ki- lomètres) ont été vues plusieurs fois sur la Népentès.
La neige polaire boréale s'est montrée traversée par une large ligne funcée du 7 au l.'i mai, jjuis ilu 4 au l:i juin. Le '.t mai et le 4 juin, ou la voit même parta- gée en trois parties. Son diamètre angulaire a augmenté de 8° à l.'j", du '2 mai au 6 juin, puis a diminué dans la même proportion. Sa position, d'après les mesures de ^L Lohse à l'Observatoire de Potsdam, était à 2", 73 du pôle aréographique, sur la longitude 22 i", 9. La séparation de la neige polaire en deux parties inégales a été également ol)servéo par M. Perrotin à Nice et M. Torby à Louvain.
Le plus gros morceau de cette neige polaire boréale a entièrement disparu le 14 juillet. Cette disparition n'aduré qu'un jour' C'était 14'.i jours après le solstice d'été. Elle s'est immédiatement reformée.
En terminant l'exposé de ces observations, l'illustre Directeur de l'Observatoire de Milan fait remarquer que « l'un des caractères les plus importants de l'oppo- sition de 1888 a été la réapparition des gémiuations. restées absentes en 1886. Elles ont été au nombre de 28, dont 2 parfaitement nettes, 14 bien définies, 9 mal définies et 3 imparfaitement formées, (-ette réapparition a ou lieu vers le milieu de mai, c'est-à-dire environ trois mois après le solstice d'été boréal, arrivé le 16 février, ou trois mois avant léquinoxe d'automne, arrivé le 15 août. Elles pa- raissent durer de quatre à cinq mois. »
Les observations de ls88 ont précisément continué celles de iss6 au jujint de vue des saisons martiennes :
( commencement... 28 février, ou 32 jours avant le solstice ( fin 1" juin, ou IJ3 — après —
1 commencement... 2 mai, ou 7.^ — après — Miu 21 juillet, on lOG — après —
Il s'agit ici des observations utiles, des bonnes images. Or, elles s'accordent pour établir que les aspects aréographiques sont d'abord nébuleux et mal délînis, vagues et comme incertains. Ils se précisent ensuite graduellement à mesure que la saison avance, les lignes et les taches deviennent nettes, et « c'est alors l'époque des belles gémiuations, des petits lacs, des plus minuscules détails ».
■26 LA PLANÈTE MARS.
Telles sont les principales observations faites par M. Schiaparelli pemlant l'opposition de 1888. Nous avons attendu douze ans cet important Mémoire, mais la Science n'y a rien perdu. Nous souhaitons cependant voir des descriptions aussi précises des oppositions de 1890, 1892, 1894, 1896 et 1898 ne pas tarder aussi longtemps à cnlrrr dans le cycle général de l'étude de cette planète voisine, encore si énigmatique pour ceu.^ qui la connaissent le mieux, et nous espérons que le savant astronome, malgré le repos qu'il semble désirer après tant d'années de travaux aussi considérables, voudra Iden en donner au moins la substance, la synthèse et les conclusions (').
CXLVII. — orPOSlTlnX DE 1S92.
OliSER^'.-iTIOXS F.AITES A L'OIÎSEII VATOIRE DE .lUVISY.
Oppositiuii 4 août.
Périhélie 7 septeraljre.
Équinoxe de printemps aiisiral .. 20 uiai.
Solstice d'ùté austral 13 octobre.
Pôle austral incliné vers la Terre.
Celle période de 189-2 était la plus favoralilc ilei)uis 1877, la planète passant en opposition dans le voisinage île son périhélie, et son diamètre devant atteindre 24" 8.
A l'Observatoire de .luvisy. mnis avons commencé les observations dès le mois de mai. La planète était encore éloignée, et sa grande déclinaison australe l'empêchait de s'élever un peu haut au-dessus des brumes de notre horizon, ce ijui a été le cas, lualheureusiMuent, pour toute cette année si favui'ahle à d'autres titres, car cette déclinaison oscilla entre 20" et 24" pen- d<uil la période de plus grande proximité, de sorte que son élévation au-dessus de l'hurizun n'a pas depassi!' 17'' à 21". C'est peu.
Parmi les dessins faits à l'Observatoire de Juvisy (equatorial de 0"',24), nous signalerons d'abord les suivants (//,'/■ 28-33), commencés dès l'origine de l'apparition, ilus à M. Quénissel; ri ijui nionlrent déjà des aspects recon- naissahles de la planète. Ils sont tracés à l'éclielle de 2""" pour 1". ^'oici un extrait des observalions qui les accoin[iagnent :
1' 7 mai, -^''-iOn» matin. — Atmosphère calme, assez bonne image. Oc. 140 et 2Î0. Les mers Maraldi, llooke et l-'lammarioii sont tjien visibles. La dernière est
(') M. Schiaparelli a pris sa retrait(! de Directeur de l'Observatoire de Milan au mois d'octobre 1900, et ^L Celoria lui a succcdé. Nous espérons que les précieuses observa- tions martiennes faites eu ce sanctuaire d'Uranie seront bientôt intégralement .publiées.
OBSEIîVATOIUK DE JUVISV, 189-2. il
très foncée ('). Le limbe oriental est très blanc. La calotte polaire australe est bien visible. Elle est trè.s étendue. Au pôle nord, on ne distingue rien de parti- culier. La région comprise entre les mers Hoolie et Maraldi est un peu moins sombre. C'est peut-être la terre de lUirckhardt.
2" Même jour, 4i"30"' matin. — Ciel très pur, excellente image. Très bonne définition. Oc. -220 et :300.
7 mai, -i''-iO'" m.itiii. L = 250». >. — 13»,5.
MC-ine jour, i'^^O"' matin. L = 2S0». '/. — la», 5.
«mai, 3''lll"' malin. L = 2o0°. ■/. — lô",5.
Fig. 28-S3. — .Aspect île Mai-s en mai 1S93. Ol'servatoire de Juvisy. Equatorial de 0"'.245. Grossissement : liO ù. :iûO.
La mer du .Sablier est plus foncée dans sa région centrale. A ['(Juest, la mer Flammarion est bien visible. Un y remarque aussi, nettement, la mer Main, à l'ouest de la mer du Sablier.
Au Sud-Est, près de l'océan Dawes, existe un cap certain. Au nord de ce cap, la mer du Sablier s'avance un peu plus vers l'Est, en forme de golfe. La pointe de la mer du Sablier oblique vers l'Est et descend jusqu'au limbe boréal. La calotte polaire australe est très étendue et bien visible.
('; Les dénominations se rapportent à la '21" cane aréographique {La planète Mars, t. L p. 69). qui était encore, avec celle de Green (?• carte, p. 275;, généralement eu usage en 1892. Les trois Mémoires de M. Schiaparelli qui précèdent ont été puliliés en 1S9G, 1897 et 1899.
28
LA PLANÈTE MAlîS.
- Toute la côte orientale (droite) de la mer du Sablier est très blanche. Le limbe oriental <le la planète est aussi excessivement blanc.
Diairii'ti-i> = 13"J'). Passage au méridien à h^l"' matin. Lever du soleil à 4''31"'.
3° 8 mai, 3''40'" matin. — Trc.s bonne délinition. Oc 140, -^iO et 300.
Les mers JLaraldi, Ilooke et Flammarion se voient admirablement. On voit aussi, nettement, la terre de Burckhardt comprise entre les mers Llooke etMaraldi. La mer ilii Saljlier apparaît sur le bord oriental. Le limbe oriental est ^rè.s blanc.
Diamètre = 1H",8. Passage au méridien à ji'S'" matin. Lever du soleil à 4'' 30"'.
4» 10 mai, 4" matin. — Bonne image. Oc. 140 et -210.
La calotte polaire australe est bien visible. Elle est très étendue. La calotte pcilairo boréale est un peu visible aujourd'hui. Elle est très petite, mais bien blanche. On remarque une tache très foncée en forme de bande large entrecoupée ici et là par des régions moins sombres. Ce sont probablement les mers Schia- par.jUi, Maraldi et lldoke; mer Australe (').
On ne voit i)as plus de détails.
Diamètre = 14", 0. Passage au méridien ;\ 5'' P» matin. Lever du soleil à i^-2~'".
h" 18 mai 3i'20"', matin. — Très bonne délinition. Oc. '220.
A l'est de la mer Schiaparelli, on remarque un golfe certain. Au nord de la mer .Vnstrale, existe une assez longue bande sombre, verticale, qui va rejoindre une tache située dans l'hémisphère boréal.
La calotte polaire australe est très blanche et très étendue.
Diamètre = l-j", 3. Passage au méridien à 4''4."i"'. Lever du soleil à 4''llj"'.
G" Même jour, 4''4.j"' matin. — Atmosphère très pure. Très bonne délinition. Pliage admiraljlement nette et calme. <).-■. V-O et :iOO.
La calutte polaire australe est très blanche et très étendue. Au pôle nord, on ne distingue rien de particulier.
Les mers Schiaparelli et .Vustrale sont très sombres. Une mer longue et verti- cale va rejoindre une autre mer au Nord, KUe passe an méridien central, A l'est de cette mer, on remarque une ligne grise, très mince, mais certaine, et inclinée vers l'Est. Serait-ce un canal? La ligne est plus sombre et, par conséquent, mieux visildc an Sud qu'au Nord. Pour ne pas éti'o chipe d'une illusion, l'oliservateur reste ;'i l'oculaire pondant plus d'une heure. (La mtr verticale correspondrait au canal des Titans, et le canal oblique de droite au Tartare, mais on ne voit pas ce qui correspond à la mer inlV'rieure.) ■ •
Le continent Iluygens, à droite, est très l'ouge. Du reste, aujourd'hui, la teinte générale de Mars est plus rouge que d'habitude.
La planète était encore très éloignée de la Terre, et son disque, de 1;'" ou 13', ne montrait pas encore beaucoup de détails appréciables. Il semble même que les neiges supérieui-es, australes, qui occupent une vaste étendue, n'avaient pas de limites précises, comme on le voit, au contraire, si souvent : les tons se fon-
OliSl-UVATDllU-: DE JUVISV, IS'Ji.
iO
daiPiit inseasiblement du blanc au gris. Le solstice d'été do cet hémisphèi-c ne devait arriver que le I.'i octobre. On n'était donc qu'au milieu du [irintemps, et peut-être une brume vague s'étendait-elle sur ces régions et les neiges polaires se confondaient- elles avec des neiges saisonnières plus étendues. La mer du
'24 mai, '.'<'• ilu malin.
:ï i mai. l'';;ô'" ilu matm.
Même jour, J''DJ™. 31 mai, !'• du malin.
Fig. .tl-37. — Suite de?; observations faites ,à Juvisy en ISM.
■Sablier était néanmoins très foncée; mais on remarquait une traînée blanche le 'long de son rivage de droite.
Mars continua de s'approcher de la Terre et brilla de tout son éclat dans notre ciel du soir. Il passa en opposition le 4 août. Voici la suite des obser- Tations précédentes /?;/. 35-37), dues au même observateur :
21 mai, 3i> du matin. — Mer Terby visible non loin du bord occidental, la terre ■qui l'entoure est grise. Le limbe oriental est très blanc. Grand continent rou- geàtre. Calotte polaire blanche éclatante, mais sans limite nette et précise. En tas, blancheurs vers les régions polaires boréales. Passage au méridien à Ai-ji'". Lever du soleil à 4''9"'.
30 LA PLANÈTE MARS.
30 mai, l''30™ du matin. — Image très nette et très calme. La baie du Méridien vient de passer au méridien central; elle est très foncée. Au-dessus, région blanche : Deucalion? Calotte polaire supérieure sans limite pr('cise. Limbe orien- tal très blanc.
Même jour, 3''5"j™. — Bonne image. Longitude du centre 4j». On voit très sûre- ment et très nettement un prolongement gris de l'océan de la Rue, qui doit être la Manche (Gange de Schiaparelli). A l'Ouest, on aperçoit la baie Burton et sans doute l'embouchure de l'Indus. Le limbe oriental est toujours très blanc. La ca- lotte polaire est perpendiculaire à la verticale.
ol mai, î*" du matin, — Excellente image. La baie du Méridien est au centre du disque. Par moments, on croit voir une petite ligne grise partant tie lextrémité de la l)aie et se dirigeant vers le Nord. La région de Deucalion est bien blanche. Le continent au-dessous de la baie du Méridien est très rougedtre.
Les (iliservalions suivantes ont clé faites au môme ÛLservaloire par iM. SchmoU (voir //;/. 38-43).
lu juin, -,"'50'" du matin. — Assez, lionne image, « La calotte polaire se détache éclatante do Idanclieur. Après avoir fait le dessin, je cherche à identifier avec la Carte. On reconnaît la mer du Sablier, puis, à sa droite, un prolongement vers le détroit d'IIerscbel II et, à sa gauche, une pointe qui occupe l'emplacement de la baie Gruithuisen. Ile Dreyer et terre de Lockyer. » Longitude du méridien central : -^.SO". Passage au méridien ;\ 3''5'2"'. Lever du soleil ;\ 3i'."i'.l'".
13 juin, 4'' du matin. — Assez bonne image. Calotte polaire très blanche. Longi- tude du méridien central : 271 ". (J'est la mer du Sablier que l'on voit, sans doute: sur son rivage gauche, la mer Main (lac Mœris). Mer Flammarion, puis baie de Gruithuisen. Région pâle au-dessus de la mer du Sablier.
1 II juin, 3'' 10'" du matin. ^ Image encore indécise. La calotte blanclie du juMe sud a toujours la même extension. Longitude du méridien central: 231°. C'est donc la mer Maraldi, la mer Ilooke et la mer du Sablier que l'on croit apercevoir.
24 juin, :i'' l.'j"' du matin. — Bonne définition. Calotte australe très blanche, net- tement limitée par une mer très foncée, au delà de laquelle on voit une région blanclie, puis une autre mer foncée. Long, du méridien central : l.'iS". Sans doute, mer Cottiguez, terre de Gill, mer Maunder, mer Maraldi et mer Oudemans.
27 juin, 2''Ci"' du matin. — Très bonne image. Calotte polaire bordée jtar deux mers sombres que sépare un continent. Longitude du méridien central: 1 11". Mer Terby à l'Ouest, non noire.
fi juillet, 2"Ô0'" du matin. — Excellente image, définition parfaite. Calotte jiolaire netlemcnt terminée. Longitude du nKh'idien central : 51". A droite, mer Tcriiy;
()u>i:uv \Tiiiiii-: ni' .luvisv, isd,!. 3i
à gaucho, sans doute la baie ilii Méridien. 'J'rois sinus certains près du centre. Océan de la Uue assez foncé. Deux régions claires. Au Nord, c[uelqucs taches moins certaines. Passage au méridien ;\ î'';!!»'. Lever du soleil ;\ '{''b"'.
En même lcmp.s, M. Mabire faisait au m("'mc 01)servaloire les observations suivantes ivoiv fig. i4-4i}):
1) juin, :ii':iU'" du matin. — Assez bonne définition, du remarque surtout deux allongements on pointe, dmit l'une, très foncc-e, s'avance vers le Nord et l'autre vers le Nord-Est. Longitude du méridien central : 300'. Donc mer du Sablier et détroit d'IIerschel. Calotie polaire très blanche.
10 juin. Si'îO™ du matin. — Atmosphère calme. La mer du Sablier est évidente. Détroit d'IIerschel, d.'troit .\rago, régions blanchâtres. Calotte polaire très blanche. Mer Flaunnarion très sombre. Aucune trace de la mer ^Lain.
13 juin, 0''.")0"'du matin. — Atmosphère agitée. Néanmoins, uue observation atten- tive permet de constater que la forme générale de la tache sombre a une grande analogie avec celle des jours précédents. Mer du Sablier. Dillerences dues ;\ la rotation. Calotte polan-e australe toujours très étendue et très blanche.
2T juin, ^li'iô'» du malin. — Calme, bonne définition. Calotte polaire australe très blanche, bordée nettement par uue mer noire, au delà de laquelle se voit une région claire suivie d'une mer sombre. Longitude centrale : 138". Mer Cottignez, terre do Gill. mer Maunder et au-dessous traces de la mer Schiaparelli. Mer Terby à l'CJccident, peu foncée. Autres taches grises au Nord.
5 juillet, •'i'' du matin. — v ers le lever du soleil. Atmosphère très calme. Excellente image. Calotte polaire australe d'une [larfaite netteté et d'une éclatante blan- cheur, surtout dans sa partie supérieure. Longitude centrale: GS'. Océan de la Rue très foncé; rivages très nets. Mer Terby très pâle. Baie Christie double. Baie Burtoii évidente aussi.
11 juillet, 3''3(l"' du iniiiu. — lionne définition. Calotte polaire toujours très blanche. Long, ceniraje : .")". Baie du Mériilien. Détroit d'IIerschel. Régions blan- châtres au-dessus. Eu bas, vers la région boréale, légère blancheur.
Nous |iublioiis ces cr rjiiis tels qu'ils ont été obtenus; ils ont été ensuite l'objet d'une disciissioc. ei d'une identification avec l'aréGgraphic.
Le faille plus caiaciéristique signalé par ces observations de 1S9'2 a été la fusion i-apidc' des n ig.'s polaires supérieures australes sous la clialeur du soleil d'été.
L'bemispbére a ..-Ir-l de Mars a eu son équinoxe de printemps le v'O mai et son solstice ii'i-i. e 1:5 octobre. Néanmoins, la neige polaire australe avait dé; I perdu en aoùi les trois quarts do son étendue. On en jugera en compa- rant les dessins. ■■ i vuii au premier coup d'œil comlnen grande a été la diminution du ca o ilaire supérieur.
.3?
LA rLAiNÈTE M AU S. . )
|ii juin, '2*'4h" ilu inaliii.
1:; juin ;'■ iln rn lin ,
IC juin. 3I' lO" du nialin-
■.'i juin, 3'' lô™ (lu ni.-.liii.
,'7 juin, ."■G™ du matin. J juillet, '."'50™ du malin.
Fig. 38-i:). — Dessi.ns iiE M.iris f.mis ,\ LOiisi;nv.A.TuinE niî Juvisv en 181).!
OUSKin ATOlliK OH .lUVISV. IS'.t:.
3:î
y jum, :;'0U <la laaliu.
li.i juin, .'.''JU'" du manu.
13 juin, 2'' iO" du niatiu.
J7 juin, 3''4j" du matin.
F., II.
ijuilKt, ;'■ du lualin. H juilkl,:.' JU™ du nialui.
Fis. 44-49. — Dessins de M.\R3 faits a l'Observatûike de Juvisy e.n IS'Ji.
34
LA PLANÈTE MARS.
16 juillet, 11' ■30'" du malin.
Mémo jour, 2'' lô" du matin.
juillet, "'' 15"' du matin.
; jiiillft, li':îii'» 'lu matin.
■24 juillet. 11» du matin. 31 juillet, i''M"- du matin.
FiK. 50-JJ. — Suite hes oii.iervatiûns ue Maus faite.s en IRO.' A L'OnsEHVAToiiiE de Juvisy.
OBSERVATOIRE DE JUVISV, ISOJ. ^r,
Les observations ont éU; continuées à l'observatoire de .luvisy prnuianl tout l'été. En voici la suite.
1(3 juillet, l'>-,'0"' (lu matin. Observateur : M. Léon Guiot. — La mer tlu Sablier arrive au méridien central. Au-dessu.s de cette mer on remarque la terre de Loc- kyer ou Hellas, coupée par une bande grise. A srauche, le commencement de la mer Maraldi, la terre de Burckhardt, la mer Ilooke et la terre de Cassini {fig. .jIM.
En haut, neige polaire australe.
Même jour, î'"].")™ du matin. Ob^iervateur : .1/. Flam)narion. — Calotte polaire très blanche. Mer du Sablier très foncée en son centre ; on distingue avec certitude son prolongement boréal ou passe de Nasmyth. Continent Becr jaune orangé. Continent Herschel jaune clair. Au-dessus de la mer du Sablier, région blan- châtre : terre de Lockyer ou Ilellas ifig. .51 ).
Ces deux dessins ont été faits séparément, sans correspondance entre les ob- servateurs.
22 juillet, 2'' 1 j™ du matin. Obserratcur : M. L. Guiot. — On remarque au centre la pointe de la mer Maraldi et celle de la baie Gruithuisen. La mer Maraldi est séparée de la mer Ilooke par la terre de Burckhardt iHespériei. La mer du Sablier arrive par le bord oriental. Au-dessus d'elle la terre de Lockyer ou Hellas traversée par une bande grise. On reconnaît aussi la terre de Cassini, beaucoup plus blanche {fig. û2).
23 juillet, l''30'" du matin. Même obsei-vateur. — On voit la mer Cimniérienne, au-dessus une i>lage blanche, l'IIespérie, et au-dessus la mer Tyrrhénienne. De celle-ci descend un canal, un peu plus large à son embouchure que dans son cours : c'est le Léthé. Il paraît aboutir à un marais i fig. 53).
24 juillet, 11" du matin. Même observateur. — Mer Maraldi, terre de Burckhardt, mer Ilooke, terre de Cassini. On remarque à la pointe de la baie de Gruithuisen un canal, celui que nous venons do voir dans la figure précédente, le Léthé {pg. 54).
31 juillet, I''30'" du matin. .l/é)»e observateur. — On voit la mer Sirenum et l'Atlantis. Quatre canaux étaient visibles : le premier à droite est le Tartare, le second est le Gigas, le troisième le Gorgon; le quatrième est le canal des Eumé- nîdes {ftg. 55).
l"' août, 1'' du matin. Même observateur. — On voit à gauche le lac circulaire du Soleil, assez pâle ( il est souvent très foncé, mais cette année nous l'avons tou- jours vu très pâle). Cinq canaux ont été dessinés. Le premier à droite est le Gigas, le second est le Gorgon, le troisième est le canal des Euménides, le quatrième, qui descend perpendiculairement sur le cinquième, est l'Iris, et le cinquième paraît être le Pyriphlégéton, qui aurait changé de cours {fig. 5(>|.
f) août. 11'" du soir. Observateur : M. Flammarion. — On remarque la mer Terby ou lac du Soleil à droite, assez pâle, entourée par l'océan de la Rue.
3G
LA PLANÈTE MARS.
1" aoiit. 1*' liu riiatiû.
I) aoiit, 11'' du sou-.
7 aoQI, U''UU" du matin.
7 août, I P' du soii'.
Il août, '.''•'M"' ilu soir. H août. 10'' du soir.
Fig. 5G-GI. — Suite fies ouserv.vtions jji; Mars faites e.n ISM a L'OnsEnvAioinE ue Juvisy.
OlîSERV ATOIKE ni- .ll'VISV, ISOe. ;Î7
A gauche, la baie Christie et la Manche (Gange de Schiaparelli). Knsuite la haio Burton, ou Margaritifer Sinus, avec l'embouchure de l'Indus. En haut, à gauche. l'Argyre très ckiirc, et à droite Ogygis Regio, moins claire ifnj. ."i7).
(Le meilleur oculaire pour l'observation est le 2^0. Avec le GUO ou distingue la calotte polaire et rien de plus. Avec le 'lOO, on distinguait en plus IWrgyre. )
7 août, 0^30"^ du matin. Observalcur : M. L. Guiot. — La mer Torby au méridien central, très pâle. Au-dessus, Ogygis et, h gauche, l'Argyre. A gauche de la mer Terby, probablement l'ile neigeuse de Hall ou la région de Protée. Deux canaux sont visibles, à droite l'h-is, à gauche le Jamuiia.
Le pôle sud est très diminué de grandeur et d'éclat {fig. j^!).
7 août, 11'' du soir. Même obserrateur. — La double pointe à gauche est la baie du Méridien. Le premier canal X gauche est l'Indus et le second à droite est le .lamuna. Ils se rejoignent en un point nommé le lac Niliacus. Il n'y a là, pour le moment, que la iiointe d'intersection (/7g. ôll;.
11 août, 9113O"' du soir. Observateur : M. Quènissct. — La mer du Saldier dis- paraît vers la gauche. Le détroit d'IIerschel traverse la planète vers sa région centrale. La première baie vers le centre est la baie de Schniidt ; celle ([ui est vers le bord, à droite, est la baie du Méridien. Au-dessus du détroit d'IIerschel on reconnaît la région de Deuealiûu et celle de Pyrrha ; à gauche, la terre de Lockyer ou Hellas. Lin canal a été dessiné: C»xus (/?;;. GO).
Même jour, 10'' du soir. Observateur : M. L. Guiot. — Position sensiblement analogue à la précédente. Les trois iles qui traversent le disque dans le sens d'un parallèle paraissent être la Japj'gie, une partie de Deucalion et de Pyrrha; les deux supérieures, llellas et Argyre. Quatre canaux ont été dessinés ; ce sont, de droite à gauche, le Gehon, l'IIiddekel, l'Oronte et le Phison. L'Oroute traverse une partie du disque de l'Est à l'Ouest ifig. Gl).
Le 12 août, à GiiSO", le disque de Mars était identiquement pareil, canaux compris. A ces deux dates, les images ont été excellentes.
13 août, 11'' du soir. Observateur : M. Quénisset. — La liaie du Méridien passe au méridien central. La mer du Sablier disparaît à gauche. La baie Burton arri\e vers la droite du disque. On distingue trois canaux qui sont, de gauche à droite : l'Hiddekel, le Gehon et l'Oxus. La région de Deucalion est bien visible, elle est plus blanche à l'E-St qu'à l'Ouest. La région Pyrrha est reconnaissable. A gauche, terre de Lockyer ou Hellas (fig. 62).
Même jour, M'-'iô'" du soir. Observateur : M. L. Guiot. — La baie du Méridien vient de passer par le centre. On distingue au-dessus de cette baie trois iles allongées dans le sens d'un parallèle et qui paraissent correspondre à la région de Deucalion surmontée par celle de Pyrrha. Tout à fait au bord du disque, la terre de Lockyer ou Hellas se couche. Quatre canaux ont été dessinés, ils s'identifient de droite à gauche avec le Gehon, llliddekel, l'uroute et le Phison {fig- G3).
3S
LA PLANÈTE MARS.
IG août, lU'' du suir. <Jbsi'rv;iteitr : M. L. duiot. — On reconnaît à gauche la mer du Sablier, avec vestige de la petite mer Main sur son rivage occidental, la terre de Lockyer avec sa croisée si extraordinaire. La passe de Nasmyth était bien visible. Le Phison oITre l'aspect d'un trait noir parfaitement rectiligne, très éloi- gné de la mer du Sablier ipeut-être à cause de sa position centrale) (/i;/. ij'i ).
l:î août, 1 1'' du sciir.
i:)anut, 11''
(lu soir.
16 août, 10i> du soir. J.T août, O'' li- du soir.
Fig. (i2-65. — Suite riKs omsehvations de M.\rs faites e.\ IS'.W a l'Ouseuvatouie de Juvisy.
"l.) août, '.)''LV" du soir. OhxerDalenr : M. L. Gitiot. — La mer Maraldi occupe la ]Misiticjii i-('iitrale; elle est si'^paréo de la mer llonk(î ]iar l'istlimo de Niestcn. Les canau.\ sont, do la droite vers la gauche : le Li'tho, r.l'Uliicijjs, le Cerbôre, et le canal à droite du celui des Liestrygons. Les deux canaux supérieurs paraissent être le Xantliuset le Scamandrc (//y. 115).
(iHsr:R\ AKUiti; de .irvisv. 189-2. wj
{ Le meilleur moyeu de savoir si les observateurs sout dupes de quelque illusion, dans l'observation comme dans la représentation de détails aussi délicats, c'est évidemment pour chacun d'eux de faire son dessin d'une manière absolument indépendante et sans connaître en aucune façon leurs observations respectives. C'est le soin qu'ils ont toujours pris à Juvisy, et je recevais ces dessins avant toute communicatiou. Comparer, par exemple, ceux du II août, ceux du 10 juillet, etc.)
25 août, 10'' 30" du soir. — Passage au méridien à lOii-J'-i'". Diamètre = î.!",:^. Image très nette, splendide, comme on en voit rarement. Calotte polaire bien diminuée. La mer Maraldi va en se dégradant vers le Sud; elle est séparée de la mer Hooke par un isthme étroit qui se termine en pointe vers la gauche. Un distinguo avec certitude et précision les canaux. Les deux d'en haut sout : le mince, à. droite, le Xanthus, et le large, à gauche, le Scamandre. Au-dessous d^'S
2: août, lUi-Si"" du soir. .'7 .-mut. 'J''.
Fig. 6CJet 67. — SriTE des observation.-^ de JtjvisY.
mers, ce sont, de la droite vers la gauche : le Létlié ou l'.Ethiops, le Cerbère, le Galaxia, le Cyclops, l'Auta^us et l'Oroute, le La'Strygon. A la jonction du Cerbère et du Cyclops, on voit un lac qui se réduit à un simple point d'inter- section quand la vision est parfaitement nette. Plus la vision est nette, plus les mers et les lacs se rétrécissent. Observateur : M. Guiot (/(;/. Oti).
27 août, fj"". — Passage au méridien à lOi'SO". Diamètre = -23", 0. Ciel nuageux, mais images parfaitement nettes.
On reconnaît la mer Sehiaparelli à gauche, puis, après im isthme, la mer Maraldi dans toute sou étendue. On compte dix canaux. Les trois du haut sont, de la droite vers la gauche, le Xanthus, le Scamandre et le Simoïs. Ceux du grand continent sont : l'Antseus, le Cerbère, le Cyclops, le La^strygon, le Tartare, le Titan et le Gigas. En bas, le lac Trivium Charoutis {ftçi. 67).
40 LA PLANETE MARS.
Nous coiiiplélerons ces ol^servalions par deux pat;es de dessins dues, les six figures de la première (22-30 août) à M. Quénisset, et les six du la seconde (30 aoûl-18 septembre) à M. L. Guiot.
22 août, Oii^S™ du soir. — Passage au méiàdien à 10''42"'. Diamètre = 23",".
Image excellente; très bonne défluitiou. La calotte polaire australe diminue d'étendue de jour en jour. La mer australe est très foncée. On voit bien les terres de Weblj et de Cassini, séparées par une traînée grisâtre qui peut être le Xan- tlius. La terre de Lockyer ou Ilellas apparaît sur le limbe oriental, ainsi que la mer du Sablier. Au méridien central, la baie Gruithuisen ou Syrtis Parva, d'où partent deux canaux; le premier est large et estompé, on le suit jusqu'à une sorte de lac : rilephrcstus.
Au nord de la mer Cimméricnne, on distingue, de plus, trois canaux : iEtliiops, Galaxia etCyclops; le premier va rejoindre le Léthé; le Cyclops semble aussi finir dans une traînée grise.
25 août, 11''20™. — Passage au méridien à lu''29"'. Diamètre = 23", 3.
Image assez bonne. Calotte polaire australe légèrement penchée vers l'Ouest. Terres de Webb et de Cassini séparées par le Xanthus. la région australe de la dernière, indiquée par un ponctué, est très blanche. Au méridien central. Syrtis Parva, avec deux canaux, le Léthé et l'Oronte, se rendant à une tache grise, l'Hephasstus. On devine à l'Ouest le Cyclops. La mer du Sablier arrive par le bord est.
20 août, 1'' du matin. — Image parfaitement nette. La mer du Sablier, aperçue il y a deux heures, arrive au centre; elle est très foncée dans sa région centrale; la mer Main ou lac Mœris se voit sûrement. La terre de Lockyer ou Ilellas montre sa croix. Les deux grands continents sont d'un beau jaune orange.
27 août, 9'' 38'" du soir. — Passage au méridien à 10''20"'. Diamètre 23", 0.
Image onduleuso, bonne par moments. Calotte polaire australe très petite et très blanche, mer Australe somljre. Terres de Webb et de Cassini ; Scamandrect Xanthus. i »n voit nettement quatre canaux, qui sont : de gauche à droite, le Tartare, le Cyclops, le Cerbère et l'.Ethiops. On reconnaît Trivium Charoulis à la rencontre des canaux Tartare, Cyclops et Cerbère.
2S août, 10'' du soir. — Passage au méridien à 10'' 15"'. Diamètre = 22°, 8.
Image admirablement nette et calme, excellente délinition. Oc. 300. Calotte polaire austrahi plus iietite qu'hier et éclatante de blancheur; mer .\u>trale sombre. Scamamlre et .Xantlrus. Mer Cimmérienne en plein disque, foncée. Atlanlis, pâle. Cinq canaux sont bien visibles dans l'hénnsphèrc boréal; ce sont, de gauclie à droite : le Titan, courbé probablement par la perspective et visible jusqu'au limbe Ijoréal; le Tartare, ipii va rejoindre Trivium Charontis au Nord; le Cycl(]|)S et le Cerbère qui se rendent à une sorte de mer boréale, et r.l:;thi<qis. Continents rougefUres.
nHSi:HVAT(tll!R \)K .lUVISV. I8'.l-'.
22 ai.nit, 'j'' ,'j ^i.ir
it, l|i';'i)'
2ii août. I' inalin-
27 août, 'Ji'IJS'» soir.
2S aoiit, 10'' soir. 3u auut. lûi'49».
Fig. 6S-73. — Suite le» observations de M.\rs f.iites e.\ ls'j'2 -i E'OiisERv.iTuiRE de Jlvisy.
42 LA PLANETE MARS.
;iO août, IM'iO"'. — Passage au méridiou à 10''"™. Diamètre = 22",").
Grand vent, mais par moment bonnes images. La calotte polaire australe de-, vient de plus en plus petite. On la voit entièrement. Blancheurs vagues aux ré- gions polaires boréales. Au-dessous du pôle sud deux taches blanchâtres, à peine perceptibles, sont sans doute Thylo I et Thylc IL Au-dessous, terre de Webb et Scamandrc. Grandes mers centrales : Ciminerium et Sirenum, séparées par Atlantis. Quatre canaux se détachent sur le continent : le Titan, le Tartare, le Ltrstrygon et le Cyclops; le plus apparent est le Tartare, large et foncé. Un reconnaît aussi Trivium Charontis.
bO août, O'-ao™. — Passage au méridien à lO'"?"'. Diamètre = 22",5. Vent. Images de moyenne netteté.
Sept canaux sont visibles, mais faiblement, lignes fines et diffuses. Les deux du haut sont, do la droite vers la gauche, le Scamandreet le Simoïs. Les cinq du bas sont le Ln^strygon, le Tartare, le Titan, le Gigas et le (^lorgon. Le cap polaire continue de diuduuer.
lef septembre, 9''0"'. — Passage au méridien à OiiSO™. Diamètre = 22", 2.
Assez bonne atmosphère. Même image que le 31 juillet, avec quelques diffé- rences. Mers Schiaparelli et Maraldi séparées par un isthme étroit et allongé. Les canaux du grand continent sont le Tartare, le Titan, lo Gigas et le Gorgon. Pôle incliné vers la gaucho.
6 septembre, 7''45"'. — Passage au méridien à 9"' 39™. Diamètre = 21", 2.
Très bonne image. On reconnaît une phase à droite du disque. Pôle sud petit et brillant. Mer Terby très pâle. On distingue le canal du Nectar. On ne voit pas l'ile neigeuse. Le lac Tithonius est visible. Un point gris indique sans doute la Fontaine du .leiinesse. On peut dessiner ijnatre canaux qui sont, de droite à gauche, l'Iris, le Gange, le .Tamuna et l'Indus. Cette observation rap|)elle colle des 4 et 7 août derniers. Au bas du disque, deux petits lacs : ce sont le lac de la Lune, au bout du Gange, et le Lacus Niliacus, à la jonction de la Jauiuna et de l'Indus, qui paraissent assez larges, et courbes. La terre de Jacob, ou Argyre, en haut et à gauche, est très blanche.
9 septembre, 9'' 30™. — Passage au méridien à 9''27"'. — Diamètre = 20", 8.
Temps clair, mais images médiocres. Détails difficiles à voir quoique la planète soit en plein méridien. Ou distingue pourtant la mer Terby, pâle, ainsi que le Gange, ITndus, le .lamuna et le lac Niliacus. Pas de Fontaine do Jeunesse. Con- tinents très jaunes.
Même jour, ;\ 1 P'30"'. — Ciel clair, mais vision vague. • »n revoit le Gange, qui a tourné vers l'Occident.
12 septembre, 7''20"'. — Passage au méridien h 9i>17"». Diamètre = 20",2.
lionne atmosphère, image très nette. La baie du Méridien vient de passer au centre du discjue; l'IIiddekcl et le Gehon on descendent. A droite, on voit un troisième canal, l'Oxus. L'ile d<; droite, eu haut, est éblouissante de blancheur;
OBSi: lîv ATiiiii !•: ni- .irv;>v, iso:.
43
::) août. ',i''3'i"'.
1^' >eptemliro, ',"
6 septembre, ""AJ
9 septembre, 9'' 30"
12 septembre, T^iû-. I'* septembre. 6" soir.
Fig. 74-79. - Fis des observations de Mars faites en 1892 .^ l'Observatoire de JtrfisY.
44 LA PLANETE .MARS.
c'est l'Argyre. Le pôle est encore plus brillant. Grand continent jaune clair. Phase sensible.
18 septembre, G'' soir. — Passage au méridien à SiiST'". Diamètre = 10", 1.
Atmosphère très claire, image splemlide. Phase marquée. Mer du Sablier, océan Dawes, détroit d'Herschel. Le canal vertical est le Phison; l'horizontal, courbé, est l'Oronte. Mais le plus curieux de tout est la croix de l'IIellas ou terre de Lockyer, qui se voit nettement. Cette terre devient très blanche quand elle arrive au bord du disque.
Si l'on compare entre eux les dessins des deu.x observateurs précédents — qui n'ont jamais communiqué entre eux pendant les observations, — on remarque certaines divergences qui s'expliquent par la difficulté même des observations à la limite de la visibilité. N'oublions pas que Mars est tou- jours resté très bas au-dessus de notre horizon.
Les faits suivants ressortent de ces observations. Variations au nord du lac du Soleil (comparez les fig. 48, 57, 58, 7G, 77); Hellas vaste et claire [fig. 64, 70, 79); baie du Méridien bien marquée, prolongée par l'Hiddekcl et le Gehon [ftg. 61, 62, 63, 65); mer Cimmérienne et mer Tyrrhénienne bien séparées par la blanche Hespérie [fig. 52, 53, 54, C5, 66, 67, 68, 69, 71. 74, 75) ; un certain nombre de canaux parfaitement visibles.
V.miATIOX DES NEIGES POI URES.
J'ai principalement dirigé les observations précédentes (en dehors de la représentation des configurations aréographiques) dans le but de nous rendre compte aussi exactement que possible de la variation des neiges polaires australes, ce pùle étant incliné vers nous de 15°, 16°, 15°, 14°, 13° et 12°, de mai à septembre, c'est-à-dire en d'assez bonnes conditions d'obser- vation. L'équinoxe de printemps austral arrivait le 20 mai et le solstice d'été le 13 octobre. La planète n'a pu être suivie jusqu'à cette dernière date. En mai, le contour du cap polaire est resté vague. A partir de juin, il a été nettement déâni. Si l'on compare l'ensemble des dessins, on constate que ces neiges polaires ont diminué dans la proportion suivante :
15juin 46' 2700^""
15 juillet Sî" \'m
15aoùt l'J- IMU
15 septembre 1'-° ~-'0
ce qui représente, connue on le voit, une diminution du diamètre de ces neiges de 2760'"" à 720''"', fusion considérable et rapide qui a précédé de beaucoup le solstice.
OBSEKVATOIIU' DK .11 VISV. ISO"?. 45
C'est l;ï une ollVoyable quaiilile d'eau qui doit, évidemment, se placer quelque part, rar il est cxtrL'memcnt probable que ces taches l)lanclies polaires sont coiistilui/es par uni- neige analogue à la nôtre et non par des nuages, par de l'acide carbonique, ou par autre chose. Tout se passe, en ell'et, comme si c'était de la neige fondant au soleil.
MESUIIE DU DIA.MÈTnE.
Il y a une divergence telle entre les valeurs adoptées, qu'elle m'a paru insoutenable, dans l'état actuel de précision de nos connaissances aréogra- phiques. J"ai pris, à 1 (observatoire de .luvisy, de nouvelles mesures qui m"ont donné pour le diamètre équatorial, à la distance I, le nondjre 9'' 39 [voir 1. 1, p. 486).
LES CAN.\UX.
Les astronomes ne seront sans doute pas de sitôt d'accord sur la nature de ces étranges formations, et il est, en effet, très difficile de se former une idée précise de choses qui n'existent pas sur la Terre et que l'on ne peut observer que de si loin et d'une manière si vague. Que les continents de Mars soient traversés par un réseau de lignes souvent parfaitement droites et d'un aspect géométrique, c'est ce dont ne peuvent douter tous ceux qui ont étudié la question et qui sont au courant des observations astronomiques. Mais quelle est l'origine de ces tracés, c'est ce qu'il est plus difficile de déci- der. Les embouchures des principaux paraissent être celles d'anciens fleuves. Il y a déjà là une indication. Toutefois ce ne sont pas là de véritables fleuves : 1" parce qu'ils ne commencent pas en terre ferme, 2° parce qu'ils vont d'une mer ;\ une autre, 3" parce qu'ils sont rectilignes, et 4" parce qu'ils s'entre- croisent. On est conduit à penser à des cours d'eau de niveau sur des ter- rains plats. Or, il se trouve que l'effet des siècles sur le relief orographique des continents (Mars est plus ancien que la Terre) est précisément de les aplanir : il est presque certain que, dans quatre ou cinq millions d'années, tout sera nivelé également sur la Terre. D'autre part, que ce soit là de l'eau, c'est assez probable, attendu qu'ils ont la couleur des mers martiennes, plus ou moins modifiée, qu'ils communiquent avec elles, et qu'ils changent de lar- geur et même de place. Sont-ils pleins d'eau pour cela"? Rien ne le prouve assurément. De la végétation s'y ajoute-t-elle"? Probablement. Mais revenons encore à leur explication, et avouons qu'il n'est pas scientifiquement interdit de penser que les habitants de Mars aient pu rectifier les anciens fleuves, dans
46 LA PLANÈTE \I A li S.
le ]:iut lie faire une répai'litioii i;énérale des eaux devenues rares et cepen- dant pai-fois nienaeanles à la surface des continents aplanis par l'usure des siècles. Sans doute, c'est là une hypothèse; mais elle n'est pas antiscienti- fique, et Ydspccl géométrique intentionnel de ce réseau de lignes droites l'autorise. Il est à craindre que l'on n'arrive jamais à expliquer les canaux de ^lars en éliminant de pai-ti pris la possiliiliti' d'une rectification indu- strielli' des cours d'eau, pas plus que des oliservateurs places sur la Lune u'arriveraii'Hl à expliquer nos réseaux de chemins de fer en s'obstinant à ne pas voulnir admettre à la surface de la Terre autre chose que les forces aveugles de la, nature. Nous ne disons pas: cela est; nous disons: cela VourraU rtrc, et si l'on trouve une explication complète et meilleure de tout ce que l'on observe sur Mai'S, nous sommes prêta raccepter. celle-ci n'i'lanl que provisoire, en attemlant mieux (septembre 1893).
Il n'est pas douteux non plus qu'en certaines saisons les canaux sont vus doubles, formés d(_' deux lignes parallèles. Ce phénomène extraordinaire, constaté depuis 1881, est d'une explication encore plus difficile que celle des canaux. N'y aurait-il pas là quelque réfraction atmosphérique produite par des nuages de glace, comme il ai-rive chez nous pour les halos et les parhé- lies, et rappelant de plus ou moins loin la double réfraction du spath d'Is- lande ?
(Juoi (ju'il en soit des problèmes actuellement posés par ce monde voisin, nous pouvons dire (jue, de toutes les planètes de notre système, Mars est la plus intéressante, par les ressemblances — et aussi par les diiférences — qu'elle offre avec notre patrie terrestre, et nous pouvons répeter ce que A\'illi;uii HiTscbel disait il y a plus d'un siècle : « Ils inluibilanls probablij nijoij II siinalion in manu l'fspects similar to ours. »
Connue Descaries et Pascal, Herschel était plus cju'un savant : c'était un penseur.
(;XL\'III. — ÛliSERVATUJNS FAITES A L'OIISEH VATÛIRE LiCK EN 1892.
Voici les observations qui ont été faites à la plus puissante lunette du monde, au mont llamilton, pendant la même opposition.
M. Huilier, Din'cteiir de l'Observatoire LicU, nous écrivait à la date du il) oc- tobre, que les ipiatro observateurs du mont llainiltoii (MM. Ilolden, RariKini, Camplicll et llusscy) n'ont jias fait moins de cent (bassins. Nou.s reproduisons d'abord ici dcMix de ces vues télescopiques. La première i //';/. 80) o.st du 17 août et a été prise an grand équatorial par M. Hussey; grossissement 350. Longitude du méritlien (-entrai - 8'i". On rccounait en haut la tache polaire, puis, vers le méri-
OBSEia ATOIUK LK.K. 18!)e. " 'i?
dien central, li^ lac liii Solril. le Gaiifre iJédouLlr, laptHite « Fontaine do .leunossc » et une série de petits adluents du lac du Soleil et de petits laes.
Peut-être u"est-ce pas « Gange dédoublé » nu'il faudrait dire. Voyez, en eiïet, la Carte générale de Scliiaparelli (Tome I, p. 440). A droite du Gange, un filet parallèle rattache la Fontaine de Jeunesse au golfe de l'Aurore. C'est ce iîlct qui
Fig. 80. — Vue tèlescopique de Mars, au grand rquatorial de l'Observatoire Lick. (Dessin de "M. Hussey, le 17 août. )
est prolongé. Mais comparez d'autre part avec la Carte de 1877 (p. ?9o). Quelles métamorphoses !
La seconde figure (/?(/. 81), du li aoiit, suit la prédédeute comme position: longitude du méridien central, 111". Elle est de M. Campbell, au même instru- ment. Le lac du Soleil est plus avancé par la rotation vers la gauche. Son entou- rage diffère sensiblement du premier. Sont-ce là des difTérences réelles arrivées en trois jours ou des différences de vues et d'appréciation chez les observateurs?
Examinons à ce propos uih' autre observation, non moins intéressante, faite au même instrument par M. Ilussey, le 20 août {fig. S-J). Au-dessous du lac du Soleil nous voyons quatre lacs, et même celui de droite parais- sant double. Déjà nous avons appelé l'attention sur celte région comme
48
LX PI.ANETF .MA lis.
fiTlili' on surprises (Tome I. p. àTO-oTi). En l'ais;int la. plus large pari ])Ossilile an.\ diverpenees personnelles, on- ne peut vraimrni se ri'fiisrr à vdir là lies variations rérlles. On songe incvilablement à ce qui se passe lous les jours dans la liaie du mont Saint-Michel, où l'eau et le sable alternent sans cesse.
Les observations faites au mont llaniillon ont été publiées eu partie dans Publications 0/ ihc Astronomical Society of l/ic Pacific, fondées en 1889 à San
Fig. 81. — A'ue telescopiqiie de M;ir.s, au grand équatorial de l'Observatoire Lick. (Dessin de M. Campbell, le 14 aoiit. )
Francisco, en jiartie dans la revue Astroiioinij and .Utro-Plujsirs fouibJe en 1892 à Chicago et devenue The Astrophyxical Journal en 1800. Détachons-en ce ijui concerne notre étude.
MM. Holden, Barnard, Schaeberle, Campliell et Hussey ont observé la planète au grand ôquatorial et à la lunelli' i\r \-2 pouces ('). M.M. llolden et Campbell ont pris des photographies, mais clL^s sont inférieures aux dessins imiir tous les détails. Elles peuvent toutefois servir à li.\i'r b's lon.gitudes et latitudes.
(') A»troni))ii!/ and Aslro-Pliiisicf:, t. I, p. GG.'i; IS',1^
OBSEIîV ATOIKi: 1 ICK, ISOÎ.
40
• Les grossissemenis employés pourl'oliscrvation au grand éfjualorial on été en général de 350 diainèlres. On n'a i)U les porter à 1000 à cause de la faible altitude de la_ planète..
L'éclat des satellites a été compare. PIkiIhx est notahlemenl [dus hrillaul que Deimos.
Le cap polaire a diminué considcralilemcnt pendant l'été martien. On peut se demaniler si un cap formé, non de neiue, mais de nuages denses, J[iie présenterait pas di's variations analogues à cllrs (jur l'on observe.
Fig'. S2. — Les environs du lac; du Soleil. Dessin de M. Hussey au grand équatorial Liek, le '0 août.
Des jjoints lirillants se projelant sur le ti/rminateur de la [ilaneti' ont été observés en juin et juillet par MM. Ilolden et Schaeberle. On a déterminé leurs positions. En 1890, des observations analogues paraissaient établir que ces projections étaient la prolongation de traîni'es lirillantessurla planéti',sans doute de nuages: celles de 1892 sont plutùl indécises.
Un a revu un graml nombre de can:iux : le Gange s'est inoniré double.
Des changements remarquables ont été constatés, notainiuent au nord et à l'est du lac du Soleil.
Ces changements observrs paraissent inexplicables jiar les analogies terrestres. Que penser, par exemple, de la fontaine de Jeunesse, simple en 1877, invisible en 1879, simple et double en 1892, et simple juste au moment où le canal qui la traversait paraissait double 'i*
F.. II. 4
50 l.A PLANÈTE MARS. i
Les dessins présentés par le Dirccleur de l'Observa loire Lick ('; sont sin- gulièrement dissemblables; ceux de M. Scliaeberle sont minuscules, faibles, d'un gris pâle, presque impossibles à reproduire. M. Ilolden annonce que l'on publiera tous les dessins daii^ un volume spécial in-8°; mais jusqu'à présent (1901), cette publication spéciale n"a pas encore été faite. L'un des points les plus remarquables de ces esquisses martiennes est l'étroitesse de la mer du Sablier et réloignement du lac Moeris ([ui en est complètement (lélacbr, relie seulement par un mince lilet.
l'endanl ijue nous parlons de ces dessins derObservali.iircLick, signalons ceux ijui ont clé présentes dans les volumes suivants de la même jiubli- calion.
M. Campbell a pris plusieurs dessins au mois d'août ^-). Ils représentent principalement le lac du Soleil et son voisinage et conflrment le dessin reproduit à la fig. 81.
L'habile astronome Barnard [') a observé la planète à l'aide tb's equato- riau.N de 12 pouces et de 3C pouces, principalement avec le premier, le second n'étant pas si souvent disponible.
Ce sont les grossissements les plus faibles qui ont jiaru les meilleurs : 260, 320 et parfois 520 pour le 36 pouces ; IT.'J pour le 12 pouces, et davantage lorsqu'il s'agissait de mesures.
Le cap polaire a été spécialement suivi pour les phénomènes singuliers (ju'il a présentés. De la fin île juin au commencement de septembre, il a diminué de 10" à 3", ce qui rejjrésente, pour le disque de l'opposition, 12", i à 3", 5. L'étendue de ce cap a donc diminué des 9 di.xièmes. « Si c'est là delà i;lace ou de la neige (et tout nous porte à croire qu'il en est ainsi), l'eau est ilislriluiée dans les régions équatoriales, et ce déplacement peut amener une oscillation de l'axe de rotation. »
Un a dit i[ue de larges diffusions foncées allant apparemment du cap polaire à l'eiiuateur représentaient l'ejui produite par la fonte des neiges polaires. C'est là de la pure fantaisie. 11 y a, à vrai dire, de longues aires foncées émanant du cap et tendant vers l'equaleur. ijui peuvent suggérer celte idée. Mais les variations observées là sont si inunenses et si rapides ([u'elles ne pourraient être produites par l'action du Soleil sur le cap de glace, à moins que la glace et la neige ne soient sur Mars d'une autre nature que cln/z nous.
I)ans la dernière i|uinzaine de juin, une aire foncée irréguliere a[qiarut
(') Astronomical SocicOi of llic Pacific, 1803; p. 117, 131, 133, 134, 135. (') Tome VI, ISUi; p. IG'J. ') Astroitomy and Ai!lro-Pliijx;c3, 181)2; p. GSO.
oHsi: UVATOIHI-: i.ick, i.'^Oî. m
vers lo milieu du rap iiolairc Elli; semlila, uiir fuis au nidiiis. ilu (on roii- geàtre dos espaces appelés conlinnilan.r.
A lafin de juillel, le cap polaire l'utier, préseulc à la Terre, parni obscurci et assunihri. tandis que deux taches Li-i lia ni es se voyaient sur lui. ('c[]eiidant, il reprit son érlat. lialiiluel la ]ireniière semaine d'août. Kn plusieurs circon-
Fig. Sû.— Vue ]irise à rériuatoiial Je ]2 pouces. (Dessin Je M, Barii/nJ, le 21 aoiil (SOÎ. )
stances on a vu des parties détachées voisines du i-ap d'oii elh's pro- venaient.
Vers le 19 août, une portion irrétrulière, sorte de haie dans le cap, a rié amenée en vue par la rotation de la pjlanète. Le "21, elle se moutrail ahrup- lement terminée à son hord pri'Cedent par une échaucrurc aipue et une ju-ojection. Peu à peu cette pointe fut séparée du cap par un espace foncé. C'était le signe avant-coureur de dislocations plus rapides, car à la tin d'août, toute cette partie du cap polaire l'tait ilissipée.
En plusieurs circonstances, la netteté du contour et l'éclat du cap polaire ont été vraiment remarquables. En même temps, la coloration de Mars était très vive et d'un liche orange.
Il V a. d'ailleurs, une très erande diversité dans le ton des taches foncées
52 LA PLAN ET 1-: .MARS.
Plusieurs sont particulièrement sombres, tandis queilautres sont si claires qu'elles sont à peine marquées, par exemple dans les régions polaires australes. Elles varirui, d des çhan,iiements réels paraissent incontestables. « A une courte distance suivant le Lac du Soleil ou mer Terby on voit une petite tache somlire qui n'existe pas sur les cartes de Scliiaparelli. Elle
Fij,'- S4. — Dessin île M. Barnard au giaml èritialorial Ijick, le 10 août ISII'J.
liarait varier beaucoup comme ton, et elle s'est moutn/e tour à tour très foncée et très pâle. Un trait mince la rallaclie à la mer australe. 11 y a un ]ielit canal courant au nord du lac du Soleil vers une tache sombre dilfuse (jue l'on ne \()it ]ias non plus sur la carte de Scliiaparelli. Toute celle rét;ion diffère beaucoup de ses cartes.
» Ces changements si bizarres nous conduisent à nous demander si ce que nous avons là devant nous dans le ciel est réellement un autre monde dans le genre du nôtre, avrc des continents et des mers ndalivement fixes, ou si ce ne serait jias plulôl un monde analogue à ce qu'ilait la Terre en sou ji'unc àui'. aux h'mps où les continents claient llotlanis « shiftinij » et les océans \aiiabl('s « clian(jing », avant qui' la surface de noire [danèle fùl
POINTS l.fMINKUX SIU I K Ti: UM l\ ATI:LH I)1: m AliS. 53
(leveniio stable et ferme par le refroidish^cmcnt. Si Mars était en rct état, il ne pourrait être habité par un ordre Je vie bien élevi'.
» Les soi-disant continents ne sont pas uniformes. On voit des espaces clairs et de lon.uues traînées lumineuses qui sont aussi caractéristiijues pour la nature de la planète que les mers. « L'observateur est d'avis cjuc les nuages sont rares el fait remarijuer ipi'il n'a obsin-vc iiu'uii seul as[iert dr; ce genre, le 3 août, tache blanche nouvelle, petite et allongée, de '2" à ;i' de diamètre, parla longitude "219° et 30° h 40= de latitude Nord. Un ne l'a pas revue depuis, malgré les plus attentives recherches.
Des deux satellites, Pliobos est décidi'nient le plus l.iriUant.
Le 8 juillet. Mars a occulte une étoile qui est passée derrière le cap polaire.
L'auteur n'a pu vérifier le di'douldemeni d'aumin canal.
Les deux dessins présentés par l'auteur sont du l'J anùl (bmgituile cen- trale 79", 5) et du "21 août (longitude centrale 1C",3). Le premier a été pris au 36 pouces, le second au 12 pouces. Ils sont jdacés ici dans l'oi'dre de leurs longitudes. On remarque sur celui du "21 août la Baie^ du Méridien, très noire et très grande, et cà sa droite le golfe des Perles pi-cdongi; par rOxus, et sur celui du 19 août, le lac du Soleil avec les canaux et les taches diffuses dont il vient d'être question.
Telles sont les principales observations faites au mont Hamilton en 1892; mais on y a fait d'autres études, et nous ne quittons pas cet Observatoire.
CXLIX. — l'OINTS I.TMINErX sril LF. TEIlMINArErli DE MaHS,
par M>L IIoluen et Keelei! (')•
Le j juillet 1890. à 10'' du soir. InMire du l'acilîijue, un visiteur à une séance publique de l'Ûbservatoirr^ Lick remarqua une tache blanche ellip- tique se projetant en dehors du terminatenr, connue il arrive pour la Lune. M. Keeler l'examina et la dessina. Elle mesurait de 1 '5 à 2"0 de longueur. A 10''30"' elle était dans l'intérieur du disque, ressortant sur un fond sombre.
Le lendemain G, le même aspect a été observé par MM. llolden, Keeler et Schaeberle, de 8'>3"' à S"" 45'". Une autre proji.'Ction voisine se montra pendant plus d'une heure. C'était au nord de Dculeronilus. A 10''2."j"', l'as- pect, qui avait changé, était à peu prés le même que celui de la veille.
Les principaux canaux étaient visibles, surtout le (lehon. très marqué.
Le dessin relatif à cette importante observation n'a été publié
(') Asir. Soc. of the Pacific, t. II, 1800; p. 2-i8.
54
I.A PL AN" ET F MA US.
Ftg. 85. — Desïia de Mars, du li juillet ISn.l, par M. Keelei-, aii iirauil ciuatorial de l'Observatoire Liek. i Projections. )
qu'en 18'.i.") ('i. II est de M. Keeler. Nous le reproduisons ici (//;/. 85). Les
I'"ig. 80. — Dessin de Mars, «lu .M mai IS'Ji), par M. Iloldeu, au grand tM]ualori.il de rOljservatuire Liek.
(' ) Aslr. Soc. oflhc Pacific, t. \'II, p. 'il. Nous avons àfyA signale ces projections (t. I, p. .'iGi;;.
MERS F.T TFUUHS SUl! M VUS. 5')
deux projections brillanles sur le torniinalmn- frap[M'nl l'alliMilion, c[ leur position précise peut être facilcmenl idcntifir'O pour l'i'lndiî de an [loints luminctix, montagnes ou nuages. La Baie du Mi'ridimi rst hien nette, prolongée par le Gehon et riliddekel. Au lias de la uhm- du Sablier, le Nilosyrtis et le Prolunilus se pn'sentent dans leur l'Iat nnmial. \[. Ilnldiui a publié en même temps l'un de ses dessins, ilu -21 mai. ([ui représente le lac (lu Soleil et toute la région qui s'étend au nord et à l'ouest {/Ig. 8G1. Il eût été regrettable de ne pas posséder ces deux belles représentations dans la collection de ducuments sur hujuelle nnus l'iuidons nnde connais- sance de la planète.
Nous reviendrons jdus loin sur les points lumineux du tcrminateur observés en 1892, 1894, et pendant les diverses oppusitions, par plusieurs astronomes. [Il en a déjà été question tout à l'iieure f p. 49; et nous les retrou- verons même à la page suivante. § G.] Pour b' moment, restons aux Etals- Unis, et suivons autant ijue possible l'orilre cbron(dogique.
Ci.. — MEns ET Teiuies sur M.\ns, p.\r; M- .'Schaeheiu.e (M.
L'Auteur propose tout simplement ici un renverseiuent complet de nos idées sur les configurations géographiques de Mars. D'après lui, les taches sombres représenteraient des continents et les taclies claires des mers.
« L'opposition de 1892 devrait servir à décider la question des terres et des eaux à la surface de la planète.
» Des changements remarquables ont certainement lieu dans les régions polaires australes. Nous sommes forcés de convenir que de vastes surfaces sont couvertes d'une matière gelée analogue à la neige ou à la glace. Mais il semble qu'il y a des contradictions.
» Schiaparelli et Flammarion s'accordent pour considérer les taches sombres comme des étendues d'eau et les régions claires comme continen- tales. Le contraire parait plus probable. Voici les raisons :
1° Si les taches sombres représeutent de l'eau, cùmment expli(]uer les grada- tions irrégiilières de tons que l'on y observe '?
2" Si les taches sombres sont de la terre ferme, ces différences s'expliquent tout naturellement.
3" La lumière réllécliie d'une surface sp'iérique d'eau dans un léger état d'agi- tation devrait varier uniformément d'intensité. A l'époque de l'opposition, le centre de la planète devrait, pour une surface d'eau, paraître le plus brillant. Précisément, les observations montrent qu'en dedans d'une certaine distance du
(') Asti: Soc. of Ihe Pacific, 1S'J2, p. 1%.
56 LA PLANÈTE MARS.
bord de Mars il y a un accroissement graduel dans l'éclat régulier des régions claires vers le centre de la planète.
■i" Si les régions foncées étaient de l'eau, elles devraient être, d'après ce qui vient d'être dit, moins sombres près du centre. Au contraire, les observations montrent que ces taches y sont plus sombres, plus marquées, en contraste plus fort avec les claires.
5° A certaines époques qui ne peuvent pas être prédites, certaines régions limitées, correspondant h des jiarties de vastes surfaces claires et ordinairement bordées sur deux ou jilusieurs cotés par des taches foncées, se montrent plus brillamment illuminées que d'autres régions du disque, comme si la surface réfléchissante était dans un état d'agitation capable de produire l'effet observé, lequel ressemble à celui qui est produit par le contraste d'une eau calme et d'une eau agitée. .l'ai invariablement observé ces aspects sur les régions claires, ajoute l'auteur, à l'exception des caps polaires.
Cj'^ Croisant les taches sombres, des raies ou bandes plus foncées encore les traversent en lignes droites le long de centaines de kilomètres. L'une des extré- mités de ces lignes se termine ordinairement dans la région équatoriale au point où les taches sombres s'avancent dans les contrées brillantes, et ce qu'on appelle des ca)iau.\ parait être la continuation de ces raies foncées. Lorsque ces raies intersectent le limbe de Mars, on voit souvent ^notamment en juin et juillet derniers) des projections brillantes en dehors du terminateur, indiquant que les raies foncées sont des chaînes de montagnes élevées au-dessus du niveau moyen et devenant brillantes en se projetant sur un fond noir.
7° Dans cette manière de voir, les canaux représenteraient des crêtes de chaînes de montagnes presque entièrement immergées dans la mer. Les dédou- blements de ces lignes représenteraient des crêtes parallèles, comme on en voit bien des exemples sur notre globe.
8" Comme argument de conclusion en faveur de la théorie que les régions sombres représentent la terre ferme et que les régions claires représentent la mer, l'autour cite l'observation suivante :
i< A iû milles ^40 kilomètres) au nord-ouest du mont Ilatnilton se trouve l'ex- trémité inférieure de la baie de 8au-Francisco. Par le beau temps, la contrée entière du mont llamilton à San-Franeisco, à une distance de 50 milles (80 kilo- mètres), est parfaitement visible. Or, à, toutes les heures du jour, la surface de la baie de San-Francisco vue du sommet du mont Hamilton est beaucoup plus claire que les montagnes et les vallées à la même distance, quoique la ligne de vue fasse un angle de plus de 87» avec la normale à la surface de la baie et que la position de l'observateur varie de toutes façons, depuis l'heure à laquelle il se trouve en ligne droite entre la baie et le Soleil, jusqu'à colle à laquelle le Soleil est presque dans la direction de la baie.
» Les réflexions internes dans une atmosiiiière non parfaitement transparente doivent tendre à rendre une surface d'eau située au-dessous plus claire qu'une surface de terre dans la même position. »
MERS KT Tl-IUIKS SUli MAKS. 57
Cette nouvelle manière île voii- niérilc assuréinonl toule l'alteulidn des astronomes. Nous rappellerons d'alionl (|ne lidéc de considérer les mers romme plus foncées que les terres remonte à l'nrigine même des observa- tions télescopiques de la Lune : à GAi.u.i-K. ^■oiei notamment ce que le grand astronome fait dire à l'un de ses interlocuteurs, Salviati, dans ses fameux Dialogues sur les systèmes du monde, premii-re journée :
« Siccome la superficie del nostro globo o distinta in duo nia.s.siuie parti e cioé uella terrestre c nell' aquatica, cosi nel disco lunare veggiamo uiia distinzion magna di alcuni grau canipi più risplendenti, e di altri uieno; et sur la Terre vue de loin, ajoute-t-il : apparirebbe la superficie del Mare piit oscur.i, e più chiara quella délia terra ( ' i. »
Et plus loin, s'étendaut davantage .sur le sujet (-) :
« Possiamo intender beuissirno che la reflession del lume, rlie vien dal Jtare, sia inferiore assai a quella che vien délia Terra intendendo pero délia rellessione universale : perché quanto alla particolare, che la superficie deli' acqua quieta manda in un luogo determinato, non ha dubbio, che chi si costituirà ia tal hiogo, vedra nell' acqua un reflesso potentissimo, ma da tutti gli alfri luoglii si vedrà la superficie del' acqua più oscura di quella délia Terra : e per mostrarlo al scnso, audiamo qiia in sala, e versiamo un poco di acqua sul pa\ iuiento. Ditenii ora, non si mostri, egli questo mattone bagnato piii oscuro assai degli altri asciutti? ccrto si, e taie si mostrerà egli rimirato da qualsivoglia luogo, ecceltuatone un solo, e questo è quello dove arriva il reflesso del hinie, che entra per quella finestra : tiratevi adunque iudietro pian piano.
I) SimpUcio. Di qui veggo io la parte bagnata più hicida de la retta del resto del pavimeuto e veggo che cio avvieue, perché il reflesso de' lume, che entra per la finestra, viene versu di me.
» Salviati. Quel bagnare non ha fatta altro, che riempier quelle piccole cavità, che sono nel mattone, e ridur la sua superficie a un piano esquisito, onde poi i raggi reflessi vanno iniiti verso un medesimo luogo : ma il resto del pavimento asciutto ha la sua asprezza, cioé una iunuraerabil varictà di iuelinazioni nelle sue minime particelle; onde le refiessioni del lume vanno verso tutte le parti, ma più debili che andasser tutte unité insième ; e pero jioco o nieute si varia il suo aspetto per riguardarlo da diverse bande; ma da tutti i ludghi si mostra l'istesso, ma ben men chiaro assai che quella reflession dalla parte bagnata.
» Concludo per tanto, che la superficie del mare veduta dalla Luna, siccome apparirebbe egualissima (trattone le isole, e gli scogli), cosi aiiparireLbe men chiara che quella délia terra, montuosa e ineguala. Vi dirci d'aver osservato nella Luna, quel lume secondario, ch' io dico venirle dalla reflession del globe
(') Le opère di Galiteo Galitei, t. I, p. 12. Firenze, tS4î. (') Ici., p. HO.
58 M PLANÈTE MAR?.
terrestre, esser notabilmeate più cliiaro due o tre giorni avanti la congiiinziore clic dopo, cloé qiiando noi la veggiamo avanti l'alba in oriente, che qiiando si vede la sera dopo il tramontar del Sole in occidente; délia quai differenza ne r causa, che l'emisferio terrestre, che si opponc alla Luna orientale, ha poeo niaïc c assaisissima terra, avondo tutta l'Asia ; dovecchè quando ella è in occidente, r'igiiarda grandissimi mari, cioè tutto l'Oceano Atlantico sino aile Amoriche. Argomeuto assai jn-obaliile del mostrarsi meno splendida la superficie del l'acqua elle ([uella della terra. »
Comme on le voit, pniir t^ialilée, l'eau est plus l'onci'i> (jue le sol; il l'ait rexpérienco à son inlerlocuteur eu versant de l'eau sur le pavé, qui s'as- souibiit à l'endroit mouillé parce que la surface liquide est plus plane et ]ilns unie que la surface sèche, pleine de petites aspérités, et il ajoute que 1.1 himiére cendrée de la Lune, due à la ri'flexion de la lumière terrestre, est plus intense le malin que le soir, au dernii'r quartier qu'au premier, parce qu'alors c'est le vaste continent d'Asie qui est tourné vers la I^une orientale, tandis que le soir, aux premiers jours de la Lune occidentale, c'est l'Atlantiijue oliscur. Sans décider si les taches sombres de la Lune repré- sentent des mers, l'inunoi'tel astronome ajoute plus loin que, dans tous les cas, elles représentent des plaines unies, landis que les régions claires sont montagneuses et hérissées d'aspérités.
L'opinion de Galilée a été généralement admise par les astronomes, non |i(diit en verlu de l'adage Magisicr di.rit. mais parce qu'elle est rationnelle et justifii^e. L'eau, vue d'un point per]ieiidiculaire au-dessus d'idle, est plus foncée que le sol, même couverl di.' verdure, ;'i part ([uebjnes exceptions. Dans mes voyages en liallon,je l'ai 1res souvent conslalr. Il y a, ilis-je, des exceptions. Ainsi, passant un jour en liallon au-dessus de la Loire, je l'ai trouvée plus claire que les prairies a\-oisinanles et d'un Ion jaun.àlre accenlui'. (''est parce qu'il y avait fort peu d'eau et que les bancs de sable jaune illuminés par le Soleil rayonnaient vers nous une vive lumière. Les expériences de Secclii sur les bords de la Méditerranée nul établi, si j'ai bonne méuKuri', qu'à i)lusde JO mètres d'('paisseur, le l'ond est invisiide et l'absorption dc' himiére presque lot.alc.
Le casde la baie de San-Francisco cité par M. Scb.ieberle n'est pas une |U-euve, car l'eau, à cette incidence, réHéchit la lumière du ciel. La Idau- <dii/nr de la baie de San-Francisco, comparée au p.iysage environnant, est duc à la réflexion, jiar les arêtes des vagues, de la lumière s(daii'e, aussi Jii(,'u que di' la lumière bleur du ciel. Sur Mars, cette seconde cause n'existe pas, étant donne ipir la diirnsion lumineuse atmosphérique est à prii près nulle, même au bord du disque, oii la couche gazeuse offre, nalu-
\ii-;i(S i-.T Ti:iii!i:s si k ma h s. ôo
rellemeiit. une ,i,'ran(le ("paisseur. Reste donc la retlexioii do l'iina.uc solaire sur une nier agilée. Or, eu égard au caluie do raliuospluTe inardoiine, il est peu probable que riutogratioa de ces petites rofloxions donne aux mi-rs un albedo supérieur à celui des régions continentales constituant, selon toute probabilité, les étendues orangées de la planète. 11 ne faut pas oublier ijue nous voyons les principales lâches grises au centri.' sous um- incidence normale, et (jue dans ces conditions l'eau ne réiléchit que ^ de la lumière incidente, et que son pouvoir dillusiC est In-s faible, comparé à celui des régions conlinenlales.
D'autre part, les dégradations irroguliores de tons des taches grises ne sont pas inexplicables, ainsi que l'objecte l'astronome américain. Nos mers offrent, en effet, les mêmes phénomènes. Témoin le noir d'encre de l'Alian- tique dans ses régions centrales, et le vert vif du banc de Terre-Neuve. La coloration d'une mer d'i'U haut dépend, en grande partie, de la nature ih-s fonds voisins de la surface s'assomln-issant là où il y a de la végétation sous-marine, pour s'éclaircir dans les régions sablonneuses.
L'hypothèse que les canaux re])résentent des chaînes de montagnes presque submergées paraît improbaidi'. Il serait singulier que ces chaînes conservassent partout la mémo hauteur apparente et qu'il n'existât ])as d'exemple oii la chaîne s'abaissât pour disparaître dans l'eau. Et les ibqjla- cements ?
Voici, d'autre part, l'opinion de .M. Schiaparelli {') :
« L'ensemble de mes études sur la planète me conduit à rejeter l'opinion de M. Schaebcrle. Lorsque nous regardons de l'eau profonde, soit la mer, soit un lac, d'une hauteur presque verticale, nous la trouvons invariablement très foncée. C'est làun fait bien connu de tous les touristes aliiins. Lorsqu'on observe d'en haut l'un de ces lacs profonds qui abondent dans ces montagnes, il parait aussi noirque de l'encre, tandis que les terrains environnants éclairés par le Soleil sont beaucoup moins sombres. L'explication en est simple, puisque la surface de l'eau pure réfléchit à peine J^ des rayons lumineux verticaux : les y autres pénètrent dans l'eau où ils sont complètement absorbés si la profondeur est de 100 ou l.jO mètres, .le conclus de là que, si des rners existent sur Mars et si elles sont composées il'un liquide transparent, il est hors de doute ipi'elles se comportent de la mémo façon et absorbent presque complètement la lumière.... Mais, si ces mers étaient composées de lait ou de soufre fondu, ce serait évidenunent tout autre cliose.
» Le cap polaire boréal de .Mars nous fournit un autre argument. Ce cap est situé dans les régions jaunes de la planète. Lorsqu'il fond, il se montre bordé d'une zone foncée qui se rétrécit à mesure que le cap diminue et qui disparait
(') Aslronomical Society <,f the P-ici/îc, t. V, 1893; p. 169.
,60 LA TLANÈTE MARS.
lorsque la neige polaire a disparu. Il me semble que cette bordure sombre, qui envoie tout autour des ramifications en diversrs directions, est le résultat de la fusion de ces neiges. Dans cette manière de voir, les divers aspects qu'elle pré- sente s'expliquent fort bien, tandis que l'iiypothôse de M. Schaeberle soulève bien des difficultés. »
Acetto réponse, M. Sc]ii;i[iarclliajoule, à propos des dessins pris en 189-2 h l'Observatoire Lick, que les canaux doubles qui ont été observés sont le (lange, l'Eupbrale et l'IIydaspe. C'est la première fois que ce dernier canal est vu double.
M. Schaeberle a répondu à son tour que les arguments qui précèdent ne le convainquiMit jias, que l'eau est plus sombre que la terre, et (]ue la bordure des caps polaires ne paraît foncée que par contraste entre l'excessive Idan- cheur des neiges et la surface de la planète.
Nous n'admettons pas. jus(ju'à nouvel ordre du moins, le renversement d'opinion ari>ograpliii]ue proposé par le savant astronome de l'Ofiservatoire I^ick, i/l niiiis alti'ndriius des preuve^ jilus convaincanti's (')•
CLI. — Les Couleurs de la I'L.anicte M.\iis, par M. NN'h.llvm IL I'ickerimg (-)■
Alors à Aréquipa, au Pérou, cet astronome écrit à la date du 7 mars 1892, que, pendant l'opposition précédente de la planète, GO peintures et G6 dessins ont été pris à l'aide du i-éfractour de 1"2 pouces de Harvard Collège, à Cambridge, sur des disques de 34""" de diamètre, à l'échelle de .^i,(,(iô,,(,(,„. Les peiidures sont tantôt carmin et tantôt jaunes, et satisfai- santes dans les deux cas. La planète est fréquemment appelée le rouge Mars, el pourtant sa couleur n'est pas aussi rouge (jue celle d'une bougie ordinaire. Pour vérifier ce fait, il suffit de mettre en comparaison la planète Mars, une lumière électrique et une bougie ou un bec de gaz, de telle sorte qu'ils aient sensildement la même intensité. On constate alors que, tandis que la planète est plus rouge (jue la lumière électrique, elle est plus bleue i|ue la bougie et se trouve à peu près entre les deux comme couleur {'}.
Lorsqu'on veut repni-senter un disque de Mars avec sa couleur nornuile. il faut faire la peinture à la lumière du jour, car aux lumières artificielles
(') Tout récemment (septembre 1901 >, nous examinions de nouveau la couleur du lac Léman vu d'un point rapproché et élevé (le Sisiial, au-des.sus de Lausanne) : le lac était d'an Meu plus funcé ipie le vert des rivages, et les ■-.•gions où d paraissait jilus clair étaient iullucncées par la huaiére du ciel.
(') Astronomy ;uul Astro-l'hysics, t. 1, 18'J'2; p. iVJ.
{') J'ai fait en IS7J des observations couiparaiives oondinsant :'i la même conclusion; voir t. I, p. 2.38.
I.ES C.OUIJ-UHS I)K I.A I' (.AN ET H M VUS. Gl
les tons changent et ne sont plus conipnrablcs. La couleur i[ni se rapprorhe le plus de celle de la planète est celle (jue l'on obtient ou mélangeant par moitié la terre de .'^ieiuie et li' sang-de-dragon.
Mais le rouge n'est pas la seule couleur visilde sur la planète. Près du limbe, les rouges paraissent jaunâtres, indiquant probablement une absorption atmosphérique de la partie rouge du spectre, ellVt bien dillë- rent de l'action de notre propre atmosphère, qui tend à absorber les rayons bleus.
Le vert existe réellement sur la planète et n'est pas du à un contraste. Des expériences comparatives l'ont établi. On en remarque d'ailleurs entre les neiges blanches du pôle et les régions rougeâtres dites conlincniales. Les diverses couleurs du disque, notanunent le vert, s'apprécient mieux la nuit que le jour. Il importe aussi de tenir compta, pour juger des tons, de l'étendue des surfaces; plus la surface est petite, plus le contraste avec les régions voisines est grand, et moins le jugement est sur.
M. Pickering est revenu sur le menu,' sujet, dans une lettre du l:i mai, publiée à la page ^A'} du même Recueil. 11 raïqtelle d'abord l'action de n(Jtre propre atmosphère pour modifier la véritable couleur des corps cidestes. Elevons-nous sur une montagne par im ciel nuageux. Les verts éloignés, moins intenses que les proches, deviennent giis soit lorsque l'ombre d'un nuage les couvre, soit lorsijue quelcjue brume s'interpose entre le paysage et l'œil de l'observateur. Les variations rapides de couleur manifestées par certaines régions de Mars sont parfois aussi frappantes. Récemment, pendant une observation de la planète avant le lever du soleil, la calotte polaire australe neigeuse paraissait d'un vert brillant, é.nalant en couleur la bande verte étroite qui lui est contiguc liés que b.' .Soleil eut paru, la couleur de la neige devint d'un jaune brillant, le reste du disque devenant orange. Ensuite plusieurs canaux devinrent visibles, et la neige du pôle de Mars parut aussi incolore que celle des montagnes voisines. Les deux premiers effets étaient probablement dus à une mauvaise image, les tluc- tuations de notre atmosphère superposant sur la neige les couleurs di.'s régions environnantes. On en a déduit la règle de ne jamais ajouter pleine confiance aux colorations des diverses régions martiennes que bu-sque b- cap polaire paraît parfaitement blanc et que le système des canaux est bien défini. Ces conditions concordent toujours avec les meilleures images.
En étudiant les plus petites régions somlires, telles qu'à la partie nord- ouest de la mer du Sablier, l'observateur a noté de grandes différences di' couleurs d'une nuit à l'.iutre, et sur certaines aquarelles il y a du gris, sur d'autres du vert, du bleu, du brun et même du violet. Cette dernière colo-
C'2 l.A l'LAXETK \IAIiS.
ralion a paru si extraordinaire cju'om a essayé de lui en subslituer d'autres, mais sans y réussir.
On peut partager la surface de la planète en six sections ou six fuseaux, de fiO degrés de longitude chacun. Le plus caractéristique de ces fuseaux est celui qui contient la mer du Sablier, Grande Syrte, tache en Y. Lorsque cette configu- ration est centrale, avant l'équiuoxe d'automne de l'hémisphère noril, la région à l'est se montre distinctement plus verte que la région à l'ouest. A mesure que la saison avance, la différence de couleur est moins prononcée et la teinte verte est confinée à la contrée qui borde la mer du Sablier à l'est. Eu 1890, les deux bras de l'Y étaient à peu jirès d'égale largeur, comme sur les dessins de (jreen. lOu 1892, le bras oriental e.st le plus large, deux fois plus que l'autre, peut-être. \',n 1890, la région entre les deux bras était d'un vert clair; le 27 juin, toutefois, ou onze jours avant l'équiuoxe de printemps de cet hémisphère, une tache jaune brillante apparut au point nord extrême de ce triangle. Cette tache se dévelojipa ensuite jusqu'à couvrir tout cet espace. En 189-2, cette région se montra d'abord également verte, mais le 9 mai, c'est-à-dire dix-sept jours avant l'équinoxe de lirintemps, ce vert lit également place à du jaune. Des changements à l'est de la Grande Syrte ont été observés de même par Schiaparelli, qui les attribue à des inondations ( ' ).
Les variations de couleurs .sont certaines, mais encore trop peu nliservées pour pouvoir i-ien conclure quant à leurs causes.
i'LII. — t'H.WdE.MENTS SUR I.A PLANÈTE MaUS, PAU .M. \\'|I.I,IAM II. l'ICKElIlNG (').
D'.Vréquipa, au Péi'Ou, le même astronome écril. ;i la date du 1" aoùl, que les changements sur Mars sont si nomlireux et si évidents que des lunettes de G pouces suflisent pour les constater. Les canaux nul pu èlre observés régulièi'emeul tous li's soirs. Plusieurs concordent avec ceux de Schiapa- relli, d'autres non. On en voit qui traversent les « Océans », ce (jui est uu problème. Lorsque les neiges fondent, il semble qu'il i.loit ri'ellemenl exister là des mers, et l'un a étudié spécialement la lâche sombre à l'extrémité nord de la (jrande Syrte. Elle parail ]iarfois d'une leinle bleu sombre. Une ,'uitre tache de même couleur occupe une partie du Si?nis Subacuf.
Les deux taches se sont montrées, près du limbe, d'une Ijelb' c(uileur bleue. Si ce sont réellement des uKirs, elles doivent dans ces couditious rrllri-hir à nos yeux l'alinosphi-re niarlienue, comme le ferait l'eau siu' la Terre.
( ') Voir t. ], li[h 171.
(' ) Asli-onom}/ nnd Astro-Pluinics, t. L 189'î.
t.llAMlEMENTS SUR \.\ l'I.ANÈTK MAHS. r,:{
Exaininocs avec un prisme à double image, ces lâches, lorsqu'elles sont voisines du limbe, pai-aissent présenter de faibles traces de pnbirisalicui. Klles soûl 1res foncées cl peuvent sans douli' être cousidérées comme de véritables mers, ce qui n'est pas le cas pour toutes les taches sombras.
M. Pickering accompagne son article des six crocjuis ci-apivs, (jii'il présente avec le nord en haut. Ainsi placés, ils sont d'une lecture difficile. Nous les reproduisons néanmoins tels (ju'ils oui l'té publii.'S jiar la Socii'tr Astronomique du PaciPupie et par la revui' Aslro-Phijsics. Le meilleur nniven de s'y reconnaître sera donc de retourner cette pa.ui', le haut en bas.
Les limites de la mer équatorialu {fty. i\, écrit l'observateur, sont nettement définies. Elle mesure 1300 milles de longueur, de l'est à l'ouest, et 200 milles do lar- geur ('i, eu moyenne, avec deux baies iirofundes légôremout courbées, dirigées vers le sud, à sou extriûiiité occidentale. La surface totale est de \!7."i(iOO milles carrés. La forme de la mer du Xord (/(';/. 3), est celle d'un quadrilatère irré- gulier de 7â0 milles de long sur dOO de large. Au nord, ses contours sont aussi nettement définis que ceux de l'autre mer, mais au sud elle est bordée d'une zone grise sombre qui ne parait jamais bleue et qui doit être plutôt continen- tale. Son aire est presque égale à celle de la mer équatoriale, et d'environ "2'25000 milles carrés. Ainsi les mers martiennes ne surpassent pas en étendue un demi-million de milles carrés. C'est exactement la inoiii<>dc la surface de ta Méditerranée. C'est extrêmement peu, comparé au globe terrestre. Le climat de la petite planète doit être de ce fait le plus sec des deux et il doit y avoir là plus de déserts qu'ici.
Les régions vertes situées près des pôles disparaissent prcsifue entièrement après l'équinoxe de printemps, d'après les oliservatious de 1S90. Celles de 18'J- confirment le fait.
L'observation du pôle sud a été fructueuse. Le 23 juin, la lindte nord des neiges était à la latitude G5", ce qui Correspondrait pour notre bénùspbère boréal aux latitudes de la Sibérie, de l'Islande et de rAméri([ue britannique boréale. Comme cette date ne représentait que trente jours après l'équinoxe de prin- temps, la ligne de fusion des neiges était plus voisine du pôle qu'elle ne l'est sur la Terre. La surl'ace de ce cap neigeux couvrait 2400000 milles carrés. On apercevait un point noir vers le centre. Cette tache noire s'est agrandie rapi- dement et a formé une ligne coupant le cap en deux. Ce cap neigeux a Inndu rapidement, si raiiidement même que nous sommes forcés de penser que ce dépôt de neige ou de glace est beaucoup moins épais que les glaces de nos pôles. Mais cela n'implique pas pour cela un climat plus chaud, simidemout plus sec. Si la neige tombe sur une moindre épaisseur, une plus grande proportion de la chaleur absorbée dans les hautes latitudes peut être eniplovf'e à élever la
( ') Nos lecteurs savent que le )/ii7e anglais = 1609 mètres.
64
LA PLAXi:TI' MARS.
température, et une moindre est absorbée sous forme latente. La température
des étés serait un peu plus élevée qu'ici, et les hivers plus longs et plus froids.
A la date du 16 juillet, l'étendue de la neige avait diminué de 800000 milles
carrés. Donc ICOOOOO milles carrés de neige avaient été convertis en eau dans
FlG. 1.
Fie 2.
Pic. 3.
Fie. 4.
FiG. 0.
Fii;. 87-'J3. — Crcriuis 'le Mars |ii'is en Ixii.', par AI. William l'iekei'ius, à Aréiiiii|ia (Poroiil. I : Ornai.— i: Ujuillcl. —'ù: 10 juillet. — 4: 17 juillet. — û : :;! juillet. — U : îôjuillut.
l'espace do trente-trois juurs. Avec nos immenses océans, ce fait n'amènerait aucun changemcat matériel sur la Terre, mais quel ne doit pas être l'oiret sur Mars où l'étendue totale des mers ne s'élève qu'au tiers de cette quantitc' ! Cette eau est transportée sur la surface continentale. Que se passe-t-il?
A l'est de la mer en Y, c'est-à-dire au .vud de la Libye, M. Douglas a observé le 8 mai, et ^L l'ickering, indépendamment, le lendemain 0, une région trian- gulaire, avec un triangle clair au centre (/i;;. I), dont les angles étaient si
OBSERVATOlllK IIALSTED, 1892. (;r)
précis qu'ils ont servi de points niiorométriques de mesures. \'n mois i)lus tard, quand la planète présenta de nouveau la même région aux observateurs, le triangle central clair avait entièrement disparu, offrant la même teinte que le triangle extérieur, de sorte qu'il no put plus servir pour les pointés micromé- triques. La contrée entière était pourtant encore moins foncée que l'Y. Le 17 juillet, cette partie de la région au sud-est de la mer du Nord était devenue très sombre (/ï;;. 4), presque aussi foncée que la mer elle-même, mais grise, tandis que la mer était bleue.
Le cap polaire austral s'est montré, le 12 mai, bordé d'une fine ligne noire. Le 23 juin, cette ligne était plus épaisse. Le IG juillet, une large ligne noire bordait le côté occidental de la branche de l'Y tfig- 3i. A partir de cette époque, il j' a eu là des changements incessants. Le 17 juillet, les deux branches de l'Y étaient égales on largeur, comme on les avait vues en 1S90. Le 25 juillet, le bras oriental était réduit à un simple filet.
Ces observations s'expli(iuent en pai-tie en remarquant que ces grandes varia- tions sont arrivées à l'époque de la fonte si rapide des nei(jes jMlaircs, qu'un canal foncé est apparu soudain le 12 juillet, qu'il disparut ensuite et que, quelques jours après cet événement, la mer du Nord prit une extension consi- dérable.
De ces observations de M. W.-IL Pickering nous tirerons de nouveau la conclusion que des variations certaines se produisent à la surface de Mars, ces variations ne ^'expliquant pas par des effets de nuages.
CLIII. — Odseiivations faites a i.'OnsERVAXomE IIalsted, Princeton,
PAR M. C.-.A. YOUNG l'I.
A l'aide de l'èquatorial do 2.3 pouces (-), armé de grossissements de .500 à 700, M. Young a étudie la planète du G au 3<S juillet; les nuits du 23 et du 25 ont été particulièrement fines.
L'observation du cap polaire est fort instructive. Le 6 juillet, il mesurait environ 10" de large, c'est-à-dire 190(1 milles; mais il se mit à fondre ra[ii- dement, et le 25 juillet il ne mesurait plus ijue 1200 milles. Sa surface blancbe paraissait bomogène, mais le 23 une ligne noire se montra, comme si la fusion avait ou lieu au centre également. Cette fusion centrab; s'ac- corde avec l'aspect indiqu(.' sur la carte de Scbiaparelli de 1877, (jui montre un morceau de neige allongé, coupé droit, restant d'un cùté du pôle (').
Le bord du cap neigeux était sepan/ do la surface gcnorale do la planète
(') Astronomij and Astro-Phijs'cs, t. I. lS9i. p. 075.
(■) Rappelons que le pouce ani,'Iais = 0",0-2ji. Cet objeclif mesure donc C'.ôS de diamètre. (') Voir Tome I, p. 30.">.
F., IL 5
f,r,
LA PLANETR .MARS.
par une liorJure somltrc irréiiuliéro. Le 25, deu.x taches lilanches se voyaient on ilehor.'^, l'une vers la longilude 300" (prohalilement Novissima Thnlc), l'autre v(M's 210" (pro])a]ilemcnt Tluile II).
(Tost la carte île Greon, faite à Mailcre en 1877, qui, selon l'oliservateur, repi-i'scnti' b' mieux les aspects de la planète.
L'auteur n'a pn ilécouvrii' aucun canal. II a Lien aperçu di' faibles tracés paraissant correspondre avec la position des canau.x. mais des grossis- sements élèves faisaient évanouir ridenlincalion'ei, au lieu de lignes fines,
Fig. 3:1. — Mar.'; à l'Obscrv.nli.iro lie Priiicolon ( Elats-Cnis ). le ;6 juillrl IS'.iJ. Dessin ilo M. Yminii:.
OU ne distinguait que îles ombres vagues, irn\i;ulirres. indéfinies et souvent disciintinties.
A rexiri'niité nord dr la mer du Sablier, la Nilo Syriis et le Nil se mon- li'aii.Mit elairrmcnl, rt l'on apercevait aussi quelques traits dausleconti- in.'nl austral, pouvant corres]iondi-o aux canaux Xanlhus, Scamaiulrr et Sii'no'is. L'OKniilria idail liini in'llr.
LeH juillrl, àmiiiuil. la région du lac du Sidril était presqui' centrale; les inia.Lies u'étaienl pas parfaiti's, limtefiiis le dessin ciu'respond bien à celui de (Ireen. Le lî, la baie i'ourcliue du miu-idien a éli'> paiTailemenl vue, mais sans aucune trace de canaux, i|uiiii[uc le disque ail paru couvert d'uni' masse de détails maguiliqiu's. l'n dessin pris le 26 {fir/. 93) luonire bien raspi'cl d'ensemble, surtout en ce qui concerne le cap polail'e. I.elimbe precédcnl elail un jieu luiibri', tandis que le sui\aiit (Folhvriih/. celui de droite) elait lies ( lair, surtout [ires du cap pidaiie.
OBSERVATOIRK WASIllirUX. 1802. 67
Les satellites ont éti" hien visibles, même avec In planète dans le ciiamp. Deimos cessait d'r[vz visible vers 10" de distance du liord du ilisqiie, Phohos vers 5".
Une observation rare a été faite par M. Yoiuil;, .lans la nuit du 23 an -M juillet : Mars a occulté une petite étoile de 10" grandeur, presque centra- lemenl. L"étoile a disparu environ 15 secondes avant d'arriver en conlacl. La vue était médiocre, de sorte qu'il n'a pas été possible de constater aucuno variation de forme ou de couleur due à l'atmosplière de la planète.
C'LI\'. — OBSERVATIONS Di: M. Lewis Swift a r/OnsERVATOiUE AN'arneh.
ROCHESTER (').
Le brillant découvreur de comètes dcclare que ses observations de Mars cette année ont été une série de (b'sappointements, à cause de l'agitation de l'atmosphère et de la basse altitude de la planète. Le 16 pouces ne mon- trait pas plus que le 4 pouces.
.\ consigner pourtant l'existence d'une petite tache noire ronde, dunt la moitié était posée sur le bord suivant de la calotte polaire et la moitié en dehors. Elle était égale à l'ombre du plus petit satellite de.lupiter. L'ubser- vateur l'a vue trois fois, et un visiteur l'a aperçue également. Il se demande si ce n'était pas là une dénudation du sol causée par la chaleur de l'été antarctique.
On n'a rien aperçu qui ressemblât à des canaux, simples ou doublr^.
CLV. — OnSERVATIONS DE M. CO.MSTOeK. A I.'OiiSERVATOUiE WaSUHUIIN.
MADrsox (',1.
Deux séries d'oljservations de notre planète ont été faites à Madisim pendant l'opposition de 189-2. l'une pour h' détermination de sa position relativement aux étoiles voisines, l'autre pour l'examen du po!e. C'est de celle-ci que nous nous occuperons.
L'équatorial de 15 pouces 1,2 a servi à mesurer la position du cap polaire sud. Cinquante-quatre observations ont été faites en vingt-neuf nuits; elles indiquent une correction assez forte [—~°] à apporter à l'angle de position adopté dans les éphémérides de M. Marth.
La petite distance polaire du centre du cap, comparée aux anciennes déterminations, est particulièrement digne d'attention. A'oiri les prin- cipales :
(') Aslronomy anci Asti-o-Pluj<ics, I. I. 1890, p. GTiJ. (=) Astronomij and Astro-Physics, 1802, p. 679.
68 LA PLANÈTE MARS.
|
limite. |
(H)Servateur. |
Distance polaire. |
Longitude. |
|
17S3.... |
W. Herschel. |
8M |
|
|
1830.... |
Bessel. |
8-,I |
|
|
1837.... |
Heer et ALidler. |
8°,0 |
- |
|
1SJ8.... |
iSeochi. |
17°,7 |
|
|
186Î.... |
Kaiser. |
4°,3 |
192°, 3 |
|
1877.... |
Hall. |
5°,2 |
20°, 7 |
|
1S77.... |
Schiaparclli. |
OM |
2!)°,.î |
|
1892.... |
Comstoïk. |
l',G |
8°, 2 |
La longitude aréographique du centre de la taciie en 1892 difTère assez peu (pour cette latitude) de celle de 1877. Mais cette position est fort l'ioignée do celle de 1862 : elle est même à l'opposé. 11 y aurait donc eu un cliangement considérable dans la position du cap d'année en année. Mais il l'Mut avouer que cette détermination précise est assez difficile.
CLVI. — UBSEUV.\TIONSF.\IÏKSEN IS'Ji .\ L'ObSERVATOIUE GOODSELL (XOItTHFIELD);
r.ui M. II.-C. WiLSON (ij.
Ouoi(]ue la planète ne se soit pas élevée k plus de 22° au-dessus de l'horizon de Northfleld, on a pu faire quelques bonnes observations et reconnaître non seulement les configurations principales mais aussi plusieurs des canau.x, bien perceplildes par niomenls.
Jusqu'au 11 aoùl, les seuls canaux reconnus furent le Titan, le Tarlare, r.yclope et Cerbère comme un seul, lleph;estus et Propontide. X cette date, à 11'', la région du lac du Soleil passait au méridien central. Elle diffère énormément de celle que nous avons l'habitude de voir : l'espace au-dessus <H à gauche (lu lac, où sont dessines les canaux Nectar et .ambroisie, est presque aussi foncé que les taches appelées mers; le lac du Phénix est si ;4rand que, à première vue, l'observateur l'avait pris pour le lac du Soleil; b'S canaux Eosphoros, Phasis, Sirenius et Euménides, et un autre qui réunit le lac du Soleil et le lac Tiibnniiis simt visibles. Les mêmes aspects se voient, avec d'autres, sur le dessin du 13 août reproduit ci-après. Ces trois taches doubles fort étonnantes ont été vues par le professeur Crusinberry comme par l'auteui'. La première à droite est le lac du Soleil (^). Mais pourquoi
• (') Aslronomij and Asti ro-Phijsics, 1802, p. CS4.
(=) Oïl comparera aveciiitérôL avec ce.s trois taches foncées celles de la carte Schia- parclli de 1882 (t. J, p. Zbh). Ici, ces trois taches sont beaucoup plus marquées que la baie du Méridien. C'était le contraire en 1830, puisque Mâdler a signalé alors cette baie conune le point le plus noir de la planète (t. 1, p. 103). Les variations sont cerlaiiies.
Fig. 94. — Dessm de Mars, le 13 août 1S'J2, a l'Obserwitoire Goodsell, par M. Wilsoii. Long, du cenlre == 10'2°.
Fig. 9J. — Dessia de Mars, leJi août ISW, à l'Obscrvaloire Goodscll, par M. Wilson. Long, du centre = 328°.
70 LA PLANETE MARS.
double, cl pourquoi doubles toutes les trois? Ne serait-ce pas une illusion optique? L'auteur remarque que ces dédoublements ne se sont mani- festes qae par instants et qu'en général ces trois taches rondes paraissaient simples.
Le 24 et le "2G, on a vu la planète telle qu'elle est représentée sur la seconde figure. Les canaux sont Typhon, Hiddekel, Gehon, Deuteronilus et 0.\us. L'ensemble de la mer du Sablier et de la Libye est foncé. L'auteur remarque que Hellas est plus vaste que sur la carte générale de Scliiapa- l'elli [La Planclc Mars, t. I, p. 4'iÛ) et qu'une tache blanche se montre à sa région infeiieure. Une autre tache Idanche se voit aussi sur Deucalionis Regio. En certains moments, la planète a paru parsemée de petits nuages Jdancs. Noachis Hegio se voyait comme une traînée claire, entre Hellas et Deucalion.
Le cap polaii-e sud a toujours paru parfaitement blanc et rond (elliptique par perspective), excepté le 26 août, où une petite échancrure l'entaillait, comme on le voit sur la ligure. Le bord nord du disque a toujours paru Jilauchàtre.
L'cchancrure dont il vient d'être question nous parait coïncider avec la petite tache noire signalée plus haut par .M. Lewis Swift. Celui-ci ne donne pas la date, mais son article est du 1"' septemljre. Huant aux ti-ois dédou- Jjlements, ce iloit être une illusion, due peut-être à la variation de la mise au point.
<'L\'1L —James Keeler. — Ubseiivatihns EAcrES aux monts Allegheny
PENDANT L'OlTOSrnuN DE 1892 ( ' ).
Ces observations ont été faites à l'aide d'un réfracteur de tj-eize pouces. Le grossissement généralement employé a été 380, quelquefois poussé jus- qu'à 800. L'auteur construisit un globe de Mars de 0"',15 de diamètre avec la carte de Schiaparelli publiée 1. 1, p. 440, et photographia ce globe placé et incline li/l que la planète se présentait réellement au ciel d'après les éphémérides. Il savait donc d'avance ce qu'il devait voir, et a cherché sur- tout à constater si des différences se présenteraient.
La première différence remarquée fut une didercnce constante de longi- tude entre les dessins et les photographies, la longitude du méridien central de celles-ci surpassant celle des dessins de 7". L'équati(.in personnelle de l'observateur ne donne pas l'explication de cette différence.
(') Pliysical observulions of Murs [Mcmoirs of Ihe roijal astrononiical Socictij, t. LI; 1893).
OBSEKV.MIO.NS I AlTIiS AL".\ .MONTS A I.l.liC IIKN V. 7|
l"u graud nombre de vues ont éle piiilailes de di'tiniliou et identi(iues d'une nuit à une autre. La carte de Grccii (t. J, p. 275) parait à l'auteur la meilleure représciUalion de la planète.
Douze dessins sont publiés dans ce Mémoire. Nous en chuisissons cinq des plus intéressants.
'Jtj. — ;'.! août.
I. — '^v' août, 9'' iC'" ( eastern standard time, de 5 heures eu retard sur GrLCu- %vich ). Mer du Sablier, baie du Méridieu; Ilellas, grande et claire. Les canaux l-'hisoa et Euphrate se montrent faiblement. Au bord de la neige polaire un cap .se détache nettement sur la mer foncée environnante.
IL — ■ i^ août, 11'' iV". La mer du Sablier passe au méridien central. C'est, de beaucoup, la tache la plus foncée du disque. Au-dessus, régions intermédiaires. Plus haut, Hellas, très brillante. L'observateur n'a jamais |hi distinguer la pointe inférieure de la mer du Sablier et son retour coudé vers la droite.
III. — 3 septembre, o'' 40'". Mer cimmérieune. « On aperçoit un système de canaux qui rappelle la passe de lluggius des anciennes cartes et qui ne se l'otrouve pas sur les cartes de Green et Schiaparelli. Cependant dans uu petit dessin de la Planète Mars de Flammarion, p. i'8, dix à >L Giovann(.>zzi, un voit un canal qui concorde presque exactement avec cette vue. »
IV. — 1 1 septembre. S'' .'il'". Curiosité inattendue. A droite du lac du Soleil, un autre lac, presque pareil. Vu le '■), le 11, le 17 et le 18 septembre. C'est tout h fait incompréhensible.
LA PLANETE M A US.
Fig. 'J7. — JO août.
\-. _ 18 septembre, 10'' S'". Ce dessin est, comme le précédeut, de ceux qui sont le plus laits pour nous intriguer et pour témoigner des métamorphoses les plus
Fis. 'JS. — 3 septeiiil)i-c.
fantastiques. L'anneau de tcire qui entoure lo lac du Soleil (Thaumasia) est plus étroit, quoique les dimen-ious de la tache centrale n'aient pas changé. La mer
01iSi;UVATI()NS lAlTKS AUX MONTS A I l.i:i. Il |;n V.
T.)
Fig. n9. — Il soptiMiibrc
extérieure s'est rapprochée. Le golfe de l'Aurore est également changé. Ou a quelquefois cru deviner, mais sans pouvoir l'affirmer, une ouverture de l'anneau
Fig. 100. — 18 Sfptenilirr.
vers la gauche. Ce qu'il y a eu de plus inattendu, c'est l'existence de la seconde tache ronde, ressemblant au lac du Soleil, mais moins grande, vue à sa droite.
74 LA PLANÈTE -\L\US.
Elle est trop éloignée iiour représeuter le lac du Phénix, quoiqu'elle soit dans sa direction, l'endant plusieurs soirs, aux eus'irons du 18 septembre, ou nota que, lorsque cette tache passait au méridien central, elle occupait juste le centre du disque de Mars et qu'alors la distance entre les centres des deux taches était égale à la moitié du rayon. Sa position serait donc : longitude = 113", lati- tude — I.'!'. Encore ]ilus loin à droite, à environ moitié de la distance du lac du Soleil, ou a]ierccvait une tache plus petite, de l'orme irrégulière, située comme un nœud sur une bande étroite s'étendant vers le uord-ouest. Au-dessus du lac du iSoleil était une grande tache, mais non pas grise, rougeàtre, traversée par une traiuée plus claire. Les régions continentales qui la bordaient t'taient brillantes et rouges.
On remarque aussi sur celte vue une projection des neiges polaires, vers lOU" do longiUule.
Remarquons enfin que l'auteur n'a pu observer aucune gémination, si ce n'est peut-être celle du Gange, extrêmement large.
lionnes observations et dessins excellents. Mais quelle fantasmagorie. Des lacs qui TOyagenl! Jusqu'alors personne n'avait vu de lac à cette place. 11 n'est ijourtanl jias probable que le lac du l'iiénix se soit déplacé de trois ou i|uatre cents kilonièlres en s'agrandissant du triple! Oljservations à rap- procber do celles de .M. A\'ilson, qui nous ont déjà slujiéliés tout à l'iieure.
('L\'III. — OnSEIiVATIO.VS FAITES A L'ObSERVATOIRE FLAMMARION
m: ISocoTA, Etats-Unis de Colombie. (Coniniunicatiou de M. .L-JL Gonzalez, Du-ecteur.)
Le vaste (■ditice qui constitue aujourd'hui l'ubservatoire Flammarion n'étant pas terminé à l'époque la plus favorable pour l'observation de Mars (août-sep- tembre IS'J;'), et les nouveaux instruments n'étant pas encore installés, nous dûmes nous borner à employer les appareils montés dans l'installation provisoire, savoir -. une excellente lunette équatoriale Sécretan, de 0'", 108, et une lunette Liardou de II"',0'.I5; nonobstant, nous pûmes employer avec succès les plus forts grossissements (|u'elles sujiportent, tant à cause de l'altitude considérable de nutre Observatoire au-dessus du niveau de la mer ('26'i0"') que de la grande hau- teur de l'astre sur l'horizon, de la limpidité du ciel et du calme de l'alnuisphère pendant plusieurs nuits.
Convaincu de la grande difficulté qu'ofl're l'observation de Mars, et ne dispo- sant point pour le moment d'appareils assez puissants jiour prétendre étudier les canaux si discutés et si intéressants, nous nous sommes borné à étuilier les configurations et les caractères les plus saillants : nous présentons honnêtement ce (iLio nous avons réellement du.
Dans ces dessins, nous avons adopté l'échelle de ".!""" jiour 1".
OBSKUVATOllifc: F1.\.M.MA1U(IN Dl- liO(iOTA. 75
Le I" août, à H»'' du soir, par un ciel iiiagiiifiqiie, l'aspect était réellcivieiit admirable; la calotte polaire australe était d'une blauchour éblouissante et encore très étendue, bordée par une ligue sombre assez accentuée poussant une échancruro fortement marquée vers le méridien de :100'. La réiriou boréale était très blanche, ainsi que le contour de l'astre : les parties claires centrales accusaient un blanc
1'^ août, HJi".
?5 août, g'^ÔD". 1^ seplemlire. 7>' lu".
Fig. I01-1U4. — Dessins de Mars, faits a rOb.-ervaloiiu Flainmariou de lii.uota, par M. J.-M. Gouzàlez.
mat très pur, et les régions sombres montraient un ton gris verdàtre très doux et légèrement foncé au centre.
Du 7 au 8 août la calotte australe montrait d'une manière assez nette l'échan- crure sombre du 30U" méridien avec tendance à s'accroiire, et qui atteignit sou maximum du 14 au 17 août.
76 LA PLANETE MARS.
Le ?5 août, l'aspect était magnifique : on voyait clairenieut la mer du Sablier et la mer Maiu, la mer Flammarion, locéau Dawcs, ainsi que la mer polaire australe et celle de Zœlluer : la terre de Lockyer se uiontrait d'un Ijlanc mat; les continents Béer et Ilerschel I, ainsi que la terre de Burchardt, se montraient clairement. Le cap polaire était éblouissant et les bords de la planète possé- daient une teinte plus blanche que les régions centrales.
17 septembre. — Neige éblouissante, contour de la planète [dus blanc que les régions du centre; terminateur se fondant graduellement, montrant l'effet de l'atmosphère.
Un fait qui nous a frappé singulièrement, c'est de voir toujours la planète dépourvue de teinte rougeàtre au voisinage du zénith. Ce pliénomène s'est reproduit invariablement pendant nos observations dans cet ordre : l'astre possé- dait une teinte rouge bien accentuée au voisinage de l'horizon ; cette teinte prenait ensuite une nuance ro.se qui se perdait au fur et à mesure qu'elle montait, et prenait nne blanclieur très marquée au voisinage du zénith. Ce fait nous a montré que les régions sombres, d'un gris verdàtre, possèdent réellement cette couleur. L'effet de contraste n'existe pas dans ce cas, puisque le jaune orange des régions claires faisait place au blanc pur.
Un autre fait digne d'attention est l'échaucrure qui se montra si nettement à partir du 1" aoijt dans le cap austral, laquelle arriva du 14 au 17 à son plus grand développement, pour diminuer ensuite et disparaître bientôt avec le dégel.
Nous pouvons résumer ainsi le résultat de nos observations :
1" La couleur de la planète, rouge au voisinage de l'horizon, devient rose à mesure qu'elle s'élève, et au voisinage du zénith elle est complètement blanche.
î" Le contour de l'astre est ordinairement plus Idanc que le centre.
o" La diminution de la calotte australe a été plus accentuée après l'apparitioa de l'échaucrure observée le 1='' aoiit.
4' La coloration gris verdâlre des taches sombres est réellement gris vert et non i>as un clïet de contraste.
0° La couleur de la calotte polaire, d'une blancheur argentine, est bien plus brillante que les régions claires du reste de la planète.
•> Le terminateur se montre d'une teinte indécise, témoignant ainsi de l'exis- tence de l'atmosphère.
Nous ne devons point passer sous silence une remarque qui nous a laissé une impression profonde, c'est d'avoir vu d'une manière assez nette des points et des traits nous rappelant les principaux canaux : ce phénomène se répéta à plusieurs reprises, pendant les courts moments oit la pureté et l'immobilité de l'atmosphère semblaient être parfaites; mais ils étaient si fugitifs que, bien qu'ils laissassent une impression indélébile dans l'esprit, il était absolument impossible de les reproduire sur les dessins.
Tels sont les faits les plus saillants que nous pouvons tirer de la série de nos observations.
LETTRE DE M. SCIIIAPAnELl.I. 77
Ces observations sont particulièrement intéressantes, étant donnée l'alti- tude de cet observatoire établi sur l'équaleur (4''35'48"X). A cette bauteur (le 2640 mètres, l'atmosphère est d'une beureuse limpidité. M. Gonzalez est un observateur consciencieux et sincère. Sur les 24 dessins que le savant fondateur de cet établissement équatorial a bien voulu nous adresser, nous en avons choisi quatre pour être annexes ici à notre documentation générale. Il est remarquable que l'échancrure polaire et la mer Main (lac Mœris) aient pu être suivies à l'aide d'un 108'"". Quant à la diminution de la coloration rouge de la planète avec son élévation dans le ciel, il est possible qu'elle soit due en partie à un effet de notre atmosphère — le même que celui (jui agit sur les colorations de la lune et du soleil — et en partie à l'objectif, moins achromatisé peut-être pour les rayons bleus et violets (').
(LIX. — Lettre de M. !-^chiaparelli.
M. Schiaparelli n"a pas publié ses observations de 1892, si ce n'est en quelques fragments. Voici ce qu'il nous écrivait de Milan, à la date du 29 octobre :
<. J'ai revu à peu près la planète comme en 1877, mais en de bien plus mau- vaises coniiitions atmosphériques. 11 y a cependant des différences locales coiisi-
A. 1XT7 ]i. 1S02
Fig. Iu5. — La mer îles Sirènes en 18T7 et en IS92. (Fac-simi/i- d'un croquis de M. Sclii.iparelli.)
dérables. Par exemple, la mer des Sirènes s'est montrée divisée en deux parties fort inégales, chacune des deux aj^ant son propre débouché dans le Sinus Aonius, comme je vous l'indique dans les esquisses ci-dessus. Le croquis A représente ce que j'ai observé en 1877, et le croquis B ce que j'ai observé cette année. Le détroit des Colonnes d'Hercule paraissait remplacé par deux autres semblables.
(') M. José Landerer nous écrivait de Tortose (Espagne), à la date du S août, qu'en 1892 la lumière de Mars lui a paru moins rouge que lors des dornières oppositions.
Il nous écrivait de nouveau à la date du 14 septembre:
0 Les observations que j'ai continuées depuis ma lettre ne font que confirmer le fait que je vous signalais : décidément la coloration de la planète est maintenant moins rouge que lors des dernières oppositions. C'est même un clTet facile à saisir, pourvu que l'astre soit suflisamment élevé sur l'horizon. »
7§
LA PLANETK MARS.
• » I^a mer Ailriatique se prolongeait aussi tout droit en haut, par un canal très visiljlc. Jusqu'au golfe de PrométlK'O, en coupant la Chorsonèsc à sa base.
» La grande île Argyre-Noachis se rattachait à la région de Deucalion par un espace clair intermédiaire [x, sur le croquis ci-dessous (/?;/. lOfi)]. eu produisant ainsi l'elTct d'une presqu'île inimease enveloppant toute la mer Erythrée dans sa concavité (M. H est certain qu'en 1877 la région marquée x était bien plus sombre
Fisr. l'iil — l'iKingements observés sur Mars. La région de Deucalion en IS'J,' { Fac-simitr d'un croquis de M. Scliiaparelli.)
((ue Noachis et Deucalionis Regio. Il en a écé do même pendant les oppositions suivantes jusqu'en 1890.
» Ne croyez pas que je renonce :\ toute spéculation sur la cause do tant d'étranges phénomènes. Mais jni vu qu'il est bon de séparer nettement, les observations des raisonnements techniques. Ala manière de voir sur la consti- tution physique de Mars a peu changé depuis 1877; seulement, il y a des points sur lesquels la lumière tarde à se faire dans mon esprit. Il faut encore des olisorvations, beaucoup d'observations.
1) 11 serait important de savoir, par exemple, si les émissaires du lac du Soleil donnent lieu à un nombre déterminé de variantes, ou bien si les change- ments possibles peuvent varier irrégulièrement et à l'inlini. Et il faut aussi être bien sur do la périodicité de toutes ces variations. >>
(jOS oliservalioiiP iiionlronl que do^ chungivneKls prrpcliu'ls se pi'Oiliiisriit à l;i surface de la [danète, coinmo il n'snlle d'ailli'ur.s îles faits puliliés au iircmier volume de cet iiuvragc. Ivui ou végétation'? tjue ce soit l'une ou l'aiilre, ces variations sont rêrllrs. au moins en partie, et ne sont pas des illusions subjectives de la part îles observateurs.
CiCla n'ompèclic pas, sans contredit, qu'il >' ait des observations incer-
(') Cet éclaircissement se voit aussi sur l'iiii dos dessins de M. Keoler. du 17 août, non renrodiulici. On remarque un elVet analogue sur le dessin de M. Fiai-uard. dii'21 août (p. 51),
OBSERVATIONS \)i: M. PF.RHOTIX. 7;)
taines, insuffisantes, mauvaises mènii> et sans valeur. Ne soyons exclusifs en rien. Discutons tout sans parti pris.
Une autre -impression commence à se [U'ésenter à noli'e esprit, en ce qui concerne les canaux, (-'(^st qu'ils pourraient se composer de ti-aci''s interrompus (p. 66, YouNT.:' p. 76, Cioszu.v.y.). .Niais nr anus pressons pas de conclure.
CI.X. — (jBSKIiV.VTIONS DE M. Pi:iU!OTI\, A NlCK. r'nO.IKl'.riOSS.
M. Perrotin a i"onlinui\ à Nice, ses lielles oliservalions aux "'([ualoriaiix de 0'",76 et 0",38. Voici son intéressante relation (M. Elle concerne surlmil les projcclinns lu mineuses apparues sur li' terminateur.
Il s'agit de renliernents brillaats, de coLdeur et d'éclat comparables à reiix ilc la calotte polaire australe, observés à trois reprises dilTé['eutes, le 10 jidii et b>s 2 et 3 juillet, sur le bord ouest du disque de la planète.
La dernière fois, le 3 juillet, il m'a été possible de noter les diverse.-; phases de cette singulière apparition. Ce jour-là, le point brillant a commencé à émerger sur le bord du disque à 14'' 1 1™ (temps astronomique du lieul, d'abord très faible; puis je l'ai vu croître graduellement, passer par un maximum, dimimier ensuite pour disparaître cndn à l."i''i> environ. Les faits ti'auraient pas été dilTérents s'il s'était agi d'une élévation de la surface de Mars traversant le bord éclairé du disque par le seul effet de la rotation de la planète. La phase qui a(Tectait à ce moment le bord ouest de la planète, où le phénomène si^ produisait, n'a pu fpie le modifier dans sa grandeur et sa durée. I..a veille, 2 jnillei, j'é'tais arrivé à la lunette dans la période voisine du maximum, à lihld'". et j'avais pu suivre le point brillant jusqu'à sa complète disparition, jusqu'à I '1'' 10'".
Les 2 et :i juillet, les choses se passaient dans la môme partie du disque, vers le TiO" degré de latitude su<l et avec un retard, d'un jour à l'antre, d'une demi-heure, comme il convient à un fait se produisant lians une même région de la planète.
La première observation de ce genre remoute au lu juin et dura de 1.-)''I2"' à lf)''17'" environ. Cette fuis, le point brillant se trouvait dans le voisinage du 30= degré de latitude su<l, probablement dans la partie australe de l'isthme IIespcri;i.
J'ajoute que, pendant ces observations, la portion du disque qui avoisinnit la petite protubéraiici' m'a toujours paru légèrement déformée et i-ornme soulevée.
Tels sont les faits. Je ne me iiermettrai pas do les interpréter. Ils se sont présentés avec une netteté si grande, qu'il n'est guère possible de les considérer comme le résultat d'une illusion quelconqui'.
D'autre part, comme il s'agit ici de projections en deliors du ilis'pie d'au moins un ou deux ilixiènies de seconde d'arc, c'est-à-dire do phénouiènes s'éle- vantàplus de 30 ou même 60 kilomètres de hauteur, l'esprit se trouve confondu
(') Comptes rendus de l'Académie des Scienc's. 1892, t. C.W, \i. 379.
80 LA PLANÈTE AfAItS.
par do pareils jioiiibres, auxquels nous ne sommes pas habituas sur notre globe, et il n'y a sans doute que des phénomènes exclusivement lumineux qui puissent expliquer de semblables hauteurs.
La calotte neiireuse australe a été l'objet de quelques mesures. Cette calotte a notablement diminué depuis deux mois; actuellement (30 août), elle est en train de se disloquer; elle est coupée par deux lli,Mies noires au moins, sortes de cre- vasses analogues à celle que j'ai signalée en 1888 dans la calotte boréale. La pre- mière de ces lignes a été vue dès la fin de juin; la seconde, le 8 du mois d'aoijt.
Le pourtour est maintenant plus irrégulier que dans le passé; on aperçoit notamment, entre le méridien de 300° et de 0", une échancrure noire prof(jndc qui va sans cesse grandissant.
Bien que les conditions actuelles ne leur soient pas précisément très favo- rables (au moins en ce qui concerne une partie d'entre eux), plusieurs canaux se voient assez bien ; certains sont assez apparents jiour convaincre même les obser- vateurs les plus prévenus.
Deux de nos dessins de la Grande Syrte, faits à des dates éloignées, indiquent quelques h'gcrs changements dans la portion la plus boréale de cette mer. Ils sont sans doute le fait des brouillards ou des nuages qui, à plusieurs reprises, m'ont paru envahir les régions boréales placées à l'est de cette grande Syrte, au point de cacher les canaux qui les sillonnent, et de ne les laisser voir que dans une partie seulement de leur étendue, celle qui est le plus au sud.
Nos dessins du lac du Soleil, comparés :1 ceux de M. Schiaparelli, accusent aussi quelques changements de détail dans l'aspect du lac lui-même et dans celui des mers et des canaux qui l'entourent.
L'observation la plus intéressante de ce mois-ci est celle que j'ai faite, le Cl août, d'un point très brillant placé précisément au bord de ce lac du Soleil. Ce point, qui m'avait frappé par son éclat extraordinaire, n'a pu être revu le lende- main; s'il existait encore (les images étaient moins bonnes que la veille), il était certainement bien moins lumineux.
Ce phénomène et les phi'uomènes analogues que l'on note quelquefois sur la surface de la planète ne sont peut-être pas sans avoir quelque rapport avec les ap])arences du bord du disque que je viens de signaler. Les observations de l'avenir nous renseigneront sans doute à cet égard.
Ces observations de ]U'nicrlions lirillantes sur le lerminateiir de Mars sont aussi iniiiorlanles ([iio curieuses. Mais elles n'iniidiquent pas des élévations si prodigieuses (GOOOO'" de iiauteur! ) Trois ou quatre uiille iiièires sufTiseiU.
Nous anticiperons sur l'ordre cl)riin(iluj:i(]ue eu faisant, rcnianjurr (jui; nous en avons ohsorvi' une de mènn' ordre, ;'i noire ( lliservaloiro de Jiivisy, le 2.'j aoùl ISD'i à )'' du in;ilin. Le disque ni.' nionlrail pas lieaucoiqi di' del;iils : ou V rcciJiinaissail le lac du Soleil, Ir goll'e de l'.Aurûrr à sa gauche,
OBSEIiVATIONS DE M. PHIÎ ROTIN'. 1802. 81
et le Gange qui en descend. Le bord du limbe, à droite, élail tics lumi- neux; le lerminaleur, à gauche, était, au contraire, estompé, à re.\ccplion de la région de la protubérance.
Nous avons déjà vu plus haut (p. .53) qu'eu 1890, l'opposition ayant eu lieu le 27 mai, on observa le 5 jiiiUet suivant, au grand équatorial du niout Ilamilton, une tache hlauche en dehors du lerminaleur, alors à droite on à l'Est. On la suivit pendant une demi-heure et ou la vil arriver sur le disque, par la rotation de la planète. Elle y resta quchiuc temps visible. Même observation le lendemain par MM. Ilcdden, Srb.i'lM.'rb; et Krcb'r. Celait vers 40° de latitude boréale et Î.V' de longitude, sur la blanche iv,-iiin du Tempe (voir plus haut, p. .54 ).
En 1892, l'opposition ayant eu lieu le 4 août, des observations analogues ont été faites au même observatoire, par les mêmes astronomes, plus MM. Ilussey et Campbell, du 2 au 17 juillet, sur le terminateur, alors à gauche ou à l'Ouest. Les projections se trouvaient entre les latitudes aus- trales 30" et ."îO", à l'exception d'une ou deux petites vers 2.j". C'était la brillante région Xoachis qui passait alors au terminateur.
Les projections observées à l'Observatoire de Nice se trouvaient, l'une vers 50° également de latitude australe et 333" de longitude, ce qui n'est pas très éloigné de la Xoachis, l'autre vers 30° et 230", au sud de l'Hespérie.
Celles observées à .Tuvisy se sont montrées, dans truis observations des 21, 23 et 24 août 1894, vers 350° de longitude et 40° à 45° de latitude sud, ce qui tombe sur la Xoachis. Le 24 août, une seconde, moins sûre, se montrait vers 50° à 55° de latitude, au sud de la Xoachis.
Ces apparences peuvent être expliquées par des nuages élevés illuminés par le Soleil, soit à l'aurore, soil au crépuscule, et aussi par des neiges sur des cimes alpestres. Mais elles n'impliquent que des hauteurs de 3000 mè- tres, ce qui n'a rien d'extraordinaire. Xous y reviendrons à propos des observations de 1894.
Déjà, en 1883, j'avais écrit dans la onzième édition des Terres du. Ciel:
" On a de temps eu temps remarqué à la surface de Mars quelques jiuiuts d'une éclatante blancheur que l'on a à juste titre considérés comme rejirésentaut des montagnes couvertes de neige. Les observations sont assez couoordautes pour montrer que ces points blancs ont certainement existé. Quelquefois, cependant, c'est en vain qu'on les a cherchés, sans doute précisénieul parce qu'alors les neiges étaient fondues. Signalons entre autres, dans l'océan Kepler, vers le 48'' de longitude et le 25= de latitude sud, le district auquel ou a donné le uoui d'île Xei'jeuse, qui se trouve loin des régions polaires. Tous les faits observés s'ac- I'., li. 6
82 l>A PLANËTH MAKS.
cordeui pour montrer qu'il y a là une lie couvei'te de hautes montagnes de temps en temps blanchies par 1rs neiges ou par les nuages. L'astronome anglais Dawes a notifié là de curieux changements; il a notamment dessiné une tache blanche parfaitement visible les 21, 22 et 23 janvier ISGJ et, au contraire, complètement invisible les 10 et 12 novembre précédents.
11 Celte ile ( ' ) paraît s'élever au milieu des eaux, cime solitaire, souvent blanchie par les neiges, et peut-être environnée de nuages qui se condensent là comme ceux que l'on voit suspendus aux sommets des Alpes, toutes les fois que l'air hu- mide est un peu rafraîchi. C'est l'ile de Ténériffe de Mars, plus élevée sans doute, mais ne plongeant point, comme nos Alpes et nos Pyrénées, jusque dans la région des neiges éternelles.
" Quoique le globe de Mars paraisse [jIus aplani que la Terre, peut-être pos- sède-t-il encore quelques montagnes. Mais ces blancheurs intermittentes pour- raient aussi être produites par des nuages qui se formeraient au-dessus des régions humides et froides, et subsisteraient pendant quelque temps. »
Cette île ueiyeuse correspond à la régidu de Protée, des Cartes de Schia- parelli. L'ile d'Argyre paraît dans le inèuie cas. Nous parlions de l'exis- Icnce prohabic de uiontagries sur Mars, en diverses régions de la planète, indi'pendaiiiniriU des points hunineux observés le long du terminateur, mais pouvant les explii|uer. Im/ouIous sur ce sujet un Irrs habile obscrva- leiu-, M. Campbell, de l'Ubservatoire Lick.
CLXl. — C.UU'UELL. — PUO.IECTIONS OBSERVÉES SUR LE TERMINATEUR DE
Maks [-).
Nous traduirons textuellement cette étude.
M. Schiaparelli a souvent signalé certaines taches brillantes observées sur la planète, et leur a attribué une très grande importance pour l'étude de la consti- tution physique de Mars. Cet habile observateur n'a jamais vu ces régions bril- lantes projetées au delà du toruiinateur, mais il a dénmntré (■') qu'elles sont beaucoup plus brillantes vers les bords que vers le centre de la planète. Leur caractère permanent montre que ce sont là des phénomènes inhérents à fc. sur- face même de l'astre.
M. Terby a observé en huit ou dix nuits, en 1888, trois taches blanches qui, uivisibles tant qu'elles n'approchaient pas du bord du disque, devenaient très brillantes, se montrant projetées hors du limbe par irradiation, comme les neiges
(') Déjà signalée dans la première édition du même Ouvrage (1877), p. ■'lîS.
(') Puhlirnlions of Ihe Aslronomical Socwty of the l'aci/ic, vol. Yl, lS9i, p. 103.
(') Voyez Tome 1, (i. 440-441.
PK0.1KC,T1()NS (MiSERVfil-S SUR LE li: l{ M I N \T IT li hi: \l \ ii S. 8:i
polaires, .le ue sais .si loutes les observations ilc M, 'l'erhy se rapiiortoiit aux mêmes région.?; c'est probable, et, dans tous les cas, ces iioints senihient ullVir un caractère permanent.
Des régions blanches analogues .\ celles observées par MM. Scliiaparclli et Terby ont été frcquoinment observéesà l'observaloire l.ick, en ISSS, is'.iil et IS'.I,'; mais les projections brillantes sur le terniiiiateur, observées ici pour la première fois en 18110, sont d'une nature plus partii-ulière, et sont peut-être, à part les calottes polaires, les phénomènes les plus intéressants ([ue l'dii ait jamais observés sur Mars. Nos observations pour 1890 sont décrites dans les Publications de la Société astronomique du Pacifique, vol. H, p. î'iS-yiO. Nous disions :
« Le phénomène remarqual)lo de points lumineux se projetant au delà du terminateur de Mars et présentant à peu près l'aspect des montagnes et cirques lunaires vus de profil au bord de la Lune, a été bien constaté à l'aide du grand équatorial, les 5 et 6 juillet. Un dessin fait par M. Keeler montre une tache blanche, étroite et elliptique, longue de l",5 à 2", 0, et paraissant projetée en bas (vers le Nord), en formant un petit angle avec la ligne du terminateur. La définition était alors excellente, et à 10'' 30™ la tache était encore sur le disque, visible comme une ellipse blanche ressortant sur un fond plus sombre.
» Le (i juillet, le même aspect a été observé avec plus de soin par M.M. llolden, Schseberle et Keeler. M. Holden a vu à 8''3'" une tache protubérante qui se recourba vers le haut à 8''45'" pour en rencontrer une plus petite, i" (mviron plus au Sud. M. Schscberle crut saisir une liaison très faible entre ces deux taches.
» La tache inférieure, bien qu'elle eût changé considérablement de forme, resta néanmoins visible pendant [dus d'une heure, et parut toujours située à l'extrémité d'un long isthme de la surface de la planète, an nord de Deu- teronilus. L'explication la plus simple du phénomène est ainsi que ces taches étaient considérablement plus élevées que la surface générale de la planète. ■Vers lOi'îô" du IG juillet, l'aspect était à peu près le même que celui de la tache vue la veille, et se montrait, à n'en pas douter, au même endroit de la planète. »
On a pu prendre des dessins très soignés de ces aspects bizarres.
Il faut dire que la planète n'avait pas été observée les jours précédant et sui- vant les h et G juillet, de sorte qu'on ne saurait dire pendant combien de nuits ces projections ont persisté.
Ces phénomènes étaient réels : ils n'étaient pas causés par l'irradiation. Non seulement les points étaient élevés au-dessus du terminateur théorique, mais les plus brillants d'entre eux se recourbaient vers le Nord dans une position paral- lèle au terminateur, et l'extrémité boréale de cette courbe était séparée de la partie non illuminée du disque par une ligne noire de largeur appréciable.
La latitude de la tache principale était à peu près de — 40\ Nous avcms
84 LA PLANETE MARS.
calculé les longitudes du terminateur, :\ -+- 40°, et nous les avons trouvées
égales à :
5 juillet, 11)'' O"' longitude U'.S
» 10 30 » 52 .1
(; juillet, 8 4 ». G ,3
» H V) » IS ,!)
» 10 Câ » 40 ,7
Ces projections se soûl proiluites vers la région appelée Temyié.
l»es projections analogues outété observées sur le terminateur par MM. Ilolden, Schaîberle, llussey et Campbell, à l'opposition de 1892.
Quant à moi, j'ai observé ces projections les 10, 1 1 , 12, 13 et 17 juillet 189-2. Per- sonne n'a vu ici ces jirojections apri's le 17 juillet. Elles se sont distribuées de ^2."!» ù — ."lO" de latitude australe. ( 'elles observées par M. Ilusse}- et par moi étaient toutes comprises entre les longitudes 310'' et 9."i<'. Les plus remarquables ont été celles observées les 11 et 13 juillet. Le 11 juillet on voyaitdeux proéminences, dont la plus imporlaute a été remarquée des le déliut des obsL^rvatious, à 12''15"', et est restée constamment en vue pendant deux heures. 8a forme changea considéra- blement. A 13'' 25'" elle était extrêmement proéminente, et son extrémité extérieure était distinctement recourbée vers la calotte polaire sud. D'après les mesures de sa position, sa latitude serait de — 47"; mais cette latitude augmenta continuel- lement. Mes notes à ce sujet disent : " 13''25"', la distance entre la proéminence et la calotte polaire est moindre qu'à 12''5.V" », et « 13''5d"i, proéminence plus petite et encore ]dus rapprochée du pôle ». La longitude de cet objet varia entre 340'' et 7». Ji; n'avais pas réduit ces observations jusqu'en janvier 1894, lorsqu'une comparaison des résultats avec les Cartes de Schiaparelli montra d'une manière concluante que les projections étaient ou centrales sur la région claire Noachis ou bien vers son bord supérieur ou méridional. L'extrémité suivante de Xoachis approche de la calotte polaire, comme les projections. Une projection secondaire et moins importante (latitude — 33'') a été visible de 12''4.j'" à 13''5â"' du 11 juillet.
Le 13, les observations du 11 ont été confirmées. La plus australe des deux projections présentait l'aspect recouriié d'une manière frappante à I4''3.'!i'", offrant exactement le même aspect que celle du 11 à !3''25"'. Ainsi, en tenant compte de la dur('e de rotation de Mars, le niéirie point de la jilanète a été observé pendant les deux nuits. La position de la base de la proéminence était en — iO" de lati- tude et par 3."i7° de longitude. La même partie de la planète était au terminateur les 10 et 12 Juillet, et les ijrojections ont été vues aussi à ces deux dates.
M. Perrotin, à Nice, a observé ces projections le 10 juin.
Je pense qu'elles peuvent être attribuées à des chaînes do montagnes situées sur le terminateur, et probablement couvertes de neiges dans certains cas.
Ou peut admettre (pi'il existe.' des montagnes sur .Mars, et ([u'elli-'S peuvent être visibles dans les grands instruments. La distance de la planète à la Terre, le U juillet 1892, était d'environ 63 000000 de kilomètres. Nous pouvions nous servir
PROJECTION? OBSERVEES SUR I.E TE I! M IN ATKL'R DI". MARS. Sr>
de grossissements variant de 350 à 520 diamètres. Les distances correspondant à. ces rapprochements sont respectivement de ISOOOOet 121000 kilomètres. I,a Lune est éloignée de pins de deux fois ISOOOO et de plus do trois fois 1 21 UOO kilo- mètres. Et cependant nous pouvons observer à l'œil nu des projections brillantes sur le terminateur lunaire, projections causées par les chaînes de montagnes ou les cirques de notre satellite. Lorsque les montagnes entourant le golfe des Iris sont sur ce terminateur, on se demande ce que peut 'Hre cette surélévation brillante que l'on distingue à l'œil nn. On n'a du reste qu'à examiner des photo- graphies de la Lune, à tous les âges de la lunaison, pour voir à quel point les montagnes en relief le long du bord éclairé peuvent devenir évidenti's. Ces pro- jections ne peuvent jamais se voir à l'oîil nu sur la circonférence du disque lunaire. Si donc nous pouvons observer des proéminences sur le terminateur lu- naire, à une distance de 3S4 000 kilomètres, sans la vision tèlcscopique, on ne peut nier que nous puissions apercevoir des phénomènes semblables sur h; terminateur de Mars, lorsque sa distance équivalente au grossissement télescopique est infé- rieure à la moitié delà distance de notre satellite.
Comme exemple, considérons l'observation de iL Perrotin du lu juin et donnons à la proéminence sa hauteur maximum, 0", 2. La distance à la Terre de la planète était alors à peu près égale à 84 700000 kilomètres. La longueur apparente de la projection serait donc 84700000 tang 0',2 ou 82 kilomètres. Eu supposant la projec- tion due à une chaîne de montagnes s'étendant jusqu'à la surface non illuminée de Mars, et à une hauteur au-dessus de la surface assez grande pour saisir les ra}"ons du Soleil, tandis que les plaines voisines no sont pas illuminées, la dis- tance de l'extrémité extérieure de la chaîne de montagnes, illuminée au termi- nateur, serait égale à la longueur apparente de la projection divisée par le sinus de l'angle à Mars entre la Terre et le Soleil; c'est-à-dire à
82 kilom. , ..^ , ., <,
— ^ ^ 1 13 kilomètres.
SI n3r)»
La hauteur approchée d'une montagne à une ilistauce de li:i kilomètres du terminateur, pour être juste illuminée, serait ('i
\' ( 2, 1 OU ) -^ ^ ( 1 13 r- — 2, lOii ^: 3'-»,U 1
ou un peu plus de 3000 mètres seulement.
Toutes choses égales d'ailleurs, si les projections sont dues à des mijutagnes, celles vues en juillet devaient avoir une hauteur d'environ 3000 mètres.
Il paraît ainsi que, pour que les montagnes sur Mars soient visibles dans <les conditions favorables, il suffirait qu'elles fussent seulement d'une hauteur ordi- naire, et absolument comparables à celles de la Terre ou de la Lune; et récipro-
(') n The approximate height of a moutain at a distance cf 89,0 miles (IW") from the terminator, to be just illumiiiated, would hâve to be
V :..; 100)- -^ t&'J.Ui- — 2 1(10 = l.sa mile?. »
8(1 I,A IM.ANKTl- MARS.
queineut, s'il existe îles inoiit;it:ne.s sur Mars d'une hauteur analogue à celles de )a Terre et do la Lune, nous devrions pouvoir les voir, par un air calme, quand elles sont dans le voisinage du ternûnateur.
Cette hypolhèso des chaînes de montagnes explique bien le caractère plus ou moins permanent de ces projections : elles ont été vues jour par jour, aux mêmes endroits. .\ l'opi/osition de I.S'.lC, elles ont été comprises dans la zone qui s'étend de HO" à nO" de latitude australe, et il est probable qu'elles étaient alors sous une illumination favorable dans cette région particulière, et défavorable ailleurs.
Objectera-t-on que les montagnes dans cette région devaient être couvertes de neige'? Pourquoi pas'? Si les calottes polaires sont composées de neige, les cimes élevées de toutes latitudes peuvent l'être aussi à une certaine époque de l'année martienne. Il pourrait se faire que celles situées dans les latitudes australes de 'M" à .bli" fussent couvertes do neige, se mmitrant, par suite, excessivement bril- lantes en juin et eu juillet IS'.I'^ Celles des projections de juillet qui étaient les plus rapprochées île la calotte ])fdaire australe étaient plus brillantes que les ))lus éloignées du pôle. Il faut rappeler ici que plusieurs observateurs ont dessiné Mars avec des traînées étroites et brillantes, prenant naissance dans les neiges polaires. Il est bien ])robable que ce sont là des chaînes de montagnes aux som- mets desquelles les neiges fondent plus lentement qu'aux plaines avoisinantes. Il est aussi iiossible que les montagnes de Mars ne soient pas assez élevées, même pour devenir visibles sur le terminateur, sauf dans le cas où elles deviennent incomparablement plus brillantes que le.« régions voisines par la présence de la neige sur leurs sommets. Le fait que les pi'ojections n'(jnt pas été également bien visibles avant et après les oppositions de la planète nous fait soupçonner là une relation avec les saisons martiennes, telles que la fonte de la neige sur le sommet des montagnes à l'approche de l'été.
I )n a dit que ces projections pouvaient représenter des nuages. Cette liyp(.)lhèse a ([uelqui's arguments en sa faveur; mais, en général, elle ne parait pas satis- faisante. lOn elïet, nous ne sommes pas habitués à attacher aux nuages terrestres une piMMuauence comparable à celle dont ces projections ont fait pnnive; elles ont été observées nuit par nuit aux mêmes positions. Celle des II et U juillet, par exemple, ont été visibles pendant deux heures et probablement plus encore, taudis que pendant ce tem])s 13011 :\ 1 i.'iil kihjmètres de la surface de la jilanète avau'nt jiassé iiar-dessus le terminateur. Ces ])r(jjecliijns ont été |)roduites par des objets étroits et allongés, et correspondaient eu position à des diHails permanents et i;onnus de la surface. M. ycliiaparelli a observé des taches brillantes sur la sur- faire, dont queliiues-uncs av.iient un caractère de permanence remar(|uable, res- tant visibles pendant des mois entiers sans changements appréciables. Si les taches brillantes de Schiaparelli et les projections (jue nous avons décrites ont été produites par des nuages, ce pourrait être des nuages formés sur des cimes très froides, conuiie on le voit très souvent pendant des jours ou des semaines entières, au-dessus des montagnes terrestres. Mais l'cci ne ferait que l'onfinnor la théorie des montagnes.
.VESIRES ni" niAMKTRK EN 189:.
87
Dans tous les cas, ces points ne sont pa* plus élevés au-dessus de la surface du globe de Mars que les montagnes de la Terre et de la I^uno au-dessus du niveau niovcn de leurs sols.
CLXII. — Cami'hki.i. et CoMSTor.K
Mesures du diamètrf.
A l'aide du grand équatorial do 0"',;)1 de rObservatoiro du Mont Ilarnilton, M. Campbell a mesuré le diamètre pendant la même opposition. Voici les résul- tats de ces mesures :
D.llc.
20 juillet 1892.
24
27 »
30 »
31
7 aoMt
7 i> ... 15 IG 17
|
Ilourt.'. |
|
15'' 2" |
|
12 S |
|
12 :, |
|
13 3 |
|
13 '. |
|
10 i |
|
Il 8 |
|
13 8 |
|
12 4 |
|
12 2 |
ni.-imôtre pol.iin-.
24", 3C
24 ,79 25,10
25 ,37 25 ,22 25 , 52 25 , 59
9
25 , 18 24 ,97
|
Itiam.-trp (' |
■(|uat<>ri:i1 |
|
2i" |
, r,2 |
|
2'i |
. 95 |
|
25 |
,36 |
|
25 |
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|
25 |
,34 |
|
25 |
. 52 |
|
25 |
.7n |
24 ,98
On voit, d'une part, que l'aplatissement polaire est insignifiant, puisque, parfois même, les mesures ont donné un nombre plus petit pour le diamètre équatorial que pour le diamètre polaire.
On voit, d'autre part, que les diamètres mesure's sont tous plus petits que ceux donnés dans la Connaissance des Temps ainsi que dans les Xautiral AImnnaes d'Angleterre et des Etats-Unis.
Ces mesures confirment la déclaration faite plus haut (p. 45).
Autres mesures. — A l'équatorial de 0^,40 de l'Observatoire Wa^^hlmni, M. George Comstock a obtenu de son côté les mesures suivantes :
5 août.
6 »
7 u
Diamètre pol.iîre.
2.5", 19 25 ,30 25 ,67
Di.aniL'tre t'(iQ.itori.il .
26", or,
25 ,80
26 ,25
L'auteur pense que l'excès du diamètre équatorial sur le diamètre polaire peut être dû à une erreur systématique d<'pendant de l'angle de position de la distance mesurée.
Ces mesures, comme les précédentes, confirment donc absolument nos
LA PLANÈTE >LARS.
♦ propres mesures et notre conclusion que : « Le diamètre des Tables de Le Verrier est certainement beaucoup trop grand (M. »
— AsAPH lÎALL. — Pôle austral et neiges polaires.
A l'équatorial do 0"',6G de l'ubservatoire de Washington, M. Asaph Ilall a [iris une série de mesures de la largeur de la tache polaire australe de JLars. En voici les résultats :
|
Angle .ircocentrique. |
||||
|
li juillet 1892... |
46% 5 |
= 1709 milles |
= 2750 ki |
lomètres |
|
12 août |
. . . . 25 , 8 |
948 .- |
1525 |
)> |
|
10 septembre. . . |
20,9 |
768 » |
123G |
» |
L'auteur remarque que pendant la dernière partie des observations, lorsque la tache fut très réduite, son centre olïrait l'aspect d'une dépression ou cavité h. la surface de la planète. Pareille apparence avait déjà frappé l'observateur en 1877.
M. Comstock, dont nous avons cité tout à l'heure les mesures du diamètre, a trouvé tie son côté. ]iour cette même étendue des neiges polaires :
2G juillet
IS août
19 septembre.
Distance du centre au pûk*.
0%47 2 ,95 2 ,95
yi. Asaph Hall a trouvé pour la distance du centre du cap polaire au pôle géo- raphique : î°, 45. Eu comjiaraut ces valeurs aux principales précédentes, nous avons :
Herschel 1783 8° 18
Bessel 1830 6 36
Béer et Madier 1837 S 0
Secchi 1858 17 42
Linsser 18C2 20 0
Kaiser 1862 4 16
A. Hall 1877 5 11
Schiaparelli 1877 6 15
A. Hall 1892 2 45
Comstofk 1892 2 95
La taclie polaire est restée très proche tlu pôle. A l'Observatoire do Juvis\ , nous ne sommes pas parvenus à la voir tourner autour du pûtc, comme plusieurs astronomes l'avaient constaté dans les oppositions antérieures.
(') La Plnnele Mar^, \. p. 486.
>^ t^ l- ^
%^. fc, W Ar- .9m .^^
-«9
-mb
-^ <t.
• tBSERV VTOIRK ROVM. 01-: BELCIQUE, 1892
CLXIV. — OnsERVATio.vs faitks; a L'OnsERVATomE nov\r, de Bkliiioue,
PAR MM. NiESTKX ET StUYVAERT ('I.
Les observateurs se sont hornés aux annotations suivantes :
La faible hauteur de .\Lars sur notre horizon pendant cette apparition et son éclat excessivement vif, dû à sa grande proximité do la Terre, ont rendu les observations de l'aspect physique de cette planète trôs difficiles.
Les taches grises étaient très pâles, et les détails faiblement teintes ne s'aper- cevaient qu'après une attention soutenue.
La teinte ocreuse des continents était très prononcée ; plusieurs taches blanches se montraient dans l'hémisphère austral : elles étaient très brillantes quand elles
V**l
IG septembre, 7i'30". Il août, g* 30'".
Fig. 107-108. — Dessins fails a l'Observatoire royal de Belgique par MM. Niesten et Stujn-aert.
se trouvaient près des liords de la planète ; elles correspondaient à Ilellas, Argyre, Noachis, Yaonis Regio, Deucalionis Regio.
Des taches blanches ovales se sont encore montrées très nettement : t " aux bords nord de Mare Sirenium et de Mare Cimmerium; î» entre Fastigium Aryn et Sabaeus Sinus ; 3" à l'est et à l'ouest do l'extrémité boréale de Syrtis ^Lij'ir.
Les canaux (nous leur donnons ce nom sans conclure k leur nature) qui ont pu être observés jusqu'à présent présentent l'aspect de bandes grises très faibles, larges, diffuses; ceux qui ont pu être identifiés correspondent à Géhon, Indus, Gange, Titan, Gorgon, Protoniliis.
La blancheur de la calotte polaire australe était très vive. Une déformatinn limitant cette calotte s'est montrée très apparente lorsque le méridien central était 48°.
^^
Mzm
*.ii
('} Bulletins de l'Académie royale de Belgique. IS'Ji.
So*
|
= 1709 milles |
= Î750 kilomètres. |
|
94S .. |
1ô?5 » |
|
708 « |
1Î3G » |
88 LA PLANÈTE MARS.
propres mesures et notre conclusion que : « Le diamètre des Tables de Le N'errier est certainement beaucoup trop grand ('). »
CLXIIl. — AsAPH Hall. — Pôle austral et neiges polaires.
A l'équatorial de 0"',CG de l'Observatoire de Washington, I\L Asaph Hall a [iris une série de mesures de la largeur de la tache polaire australe de Mars. Eu voici les résultats :
Angle :ir«'ocentrùiUv-'.
li juillet 1892 40°, 5
12 août 25 ,8
IG septemlM-p 20 ,0
L'auteur remarque que pendant la dernière partie des observations, lorsque la tache fut très réduite, son centre offrait l'aspect d'une dépression ou cavité à la surface de la planète. Pareille apparence avait déjà frappé l'observateur en 1877.
M. Comstock, dont nous avons cité tout à l'heure les mesures du diamètre, a trouvé de son côté, jiour cette même étendue des neiges polaires :
Distance Au t'entre au pôle. Longitude.
20 juillet 4i- 0%47 341-
18 août 3:. 2 ,9.5 11
19 septembre 22 2 ,9J 36
M. Asaph Hall a trouvé pour la distance du centre du cap polaire au pôle géo- graphique : î°,45. En comparant ces valeurs aux principales pi-écédentes, nous avons :
Herschel . 1783
Bessel 1830
Béer et Mad 1er 1837
Secchi 1858
Linsser 18G2
Kaiser 1802
A. Hall 1877
Schiaparelli 1877
A. Hall 1892
Comstock 1892
La tarhe |iolaire est restée très proche du pôle. A l'Observatoire de Juvisy, nous ne sommes pas parvenus à la voir lourner autour du pôle, comme plusieurs astronomes l'avaient constaté dans les oppositions antérieures.
(■ j La Plnnele Mars, I. p. 480.
|
8° |
18 |
|
G |
30 |
|
8 |
0 |
|
17 |
42 |
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20 |
0 |
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4 |
IG |
|
5 |
11 |
|
G |
15 |
|
0 |
45 |
|
2 |
95 |
OBSERVATOIRK ROVU. X)]-. RELGIQUE, 1S92.
89
CLXIN'. — Observations faitks a l'Ouskuvatoire kovvl di; Hklc.ique,
PAR MM. NiRSTl'.N liT riTUVVAERT (M.
Les observateurs so seul bornés ;ui\ aniiolations suivantes :
La faible hauteur de Mars sur notre horizon pendant cette apparition et son éclat excessivement vif, dû h sa grande proximité de la Terre, ont rendu les observations do l'aspect physique de cette planète très difficiles.
Les taches grises étaient très pâles, et les détails faiblement teintés ne s'aper- cevaient qu'après une attention soutenue.
La teinte ocreuse des continents était très prononcée ; plusieurs taches blanches se montraient dans l'hémisphère austral : elles étaient très brillantes quand elles
16 septembre, TtSO". 11 août, 9'' 30".
Fig. 107-l(iS. — Dessins faits a l'(3bservatoirc royal de Belgique par MM. Niesten et Stuyvarrl.
se trouvaient près des bords de ht planète ; elles correspondaient à Ilellas, Arg3"re, Noachis, Yaonis Regio, L)eucaIionis Rogio.
Des taches blanches ovales se sont encore montrées très nettement : 1° aux bords nord de Mare Sireniuni et de Mare Cimmerium; i" entre Fastigium Aryn et Sabaeus Sinus ; 3° à l'est et à l'ouest de l'extrémité boréale de Syrtis Major.
Les canaux (nous leur donnons ce nom sans conclure à leur nature) qui ont pu être observés jusqu'à présent présentent l'aspect de bandes grises très faibles, larges, diffuses; ceux qui ont pu être identifiés correspondent à Géhon, Indus, Gange, Titan, Gorgon, Protunilus.
La blancheur de la calotte polaire australe était très vive. L'ne déformation limitant cette calotte s'est montrée très apparente lorsque le méridien central était 48".
(•) Bulletins de l'Acadihnie roijalo de Delr/ique. 1.S'J2.
90 LA PLANETE MAHS.
Celle Note est accompagnée de quatre esquisses un peu incertaines, à cause des conditions défavorables qui viennent d'être rapportées. L'une des plus complètes de ces esquisses, du 11 août, par M. Sluyvaert, s'accorde avec les deux ligures GO et (il de .luvisy puliliées plus haut, en en suppri- mant les canaux. Les îles supérieures sont bien marquées. Nous reprodui- sons deux de ces esiiuisses, représenlant toutes deux la baie du Méridien. Dans la première on rrmanjuera une traînée diiïuse parlant de cette baie et peiuvanl indiquer l'espace compris entre les canaux lliddekel et Gehon, el uneauli'e correspondant sensiblement à l'indus.
C'1>X\'. — AltETTI. — OliSEUVATIONS DE ^^■ir,S PENDANT L'OPPOSmON DE 1892 (')■
Ces observations n'ont pas eu pour olijet les taches, les aspects, la con-
slitutiiin physique de la planète, mais la mesure de l'angle de position du
centri' di- la calotte polaire australe, la phase et le diamètre. Les résultats
sont :
0 ^ G0"3G8 = 4'':!87 /. ^- 4° 009 = (1° 300
(Miase II; juillet (l'.'iO
24 .. 0", iO
» 5 aoùl 0',05
17 -> 0",':9
21 0",'(4
» '25 » U'.liO
Diamètre au cln-onographe Jô-18 août) 24",!'.)
» au niicroiiiétre î7",'-8
Ri^duits à l'unilO de distance : 9", 30 et 10", 4S
CI,X\'I. — E. W. Malndec. — P>Ai'i'iii!r de la Section ARÉdi^RAPHiQrE DE i.A Llurnsn .Xstroncimd.m. .Assuciation, pour IS9-^.
M. Mauniler. directeur de colle .S^clinn, discute les résultais ublenus par lui el ses coUaboralem-s. MM. E. ..\nloniadi, G.-L. Brown. Uev. C.raig, G. -T. Davis, L.-.V. Eddie, 11. Ellis, Rev. Ereeman, W.-E. Gale, l'.-H. Moleswortb. Capitaine Noble, D' Smart, Uev. Waugh, .\. Stanley Williams, .1. Wykes et MM"'- A. Everell et A.-S.-D. RusseU. En voici les conclusiiuis :
Eu IS9.\ Deiicalionis Regio a été un peu plus foucëe que le contiuent au nord. Elle peut varier de couleur et d'intensité aux diverses oppositions; peut-être niéiiie eu quelques jours. La Carte de Scliiaiiarelli jiarait exacte dans ses repré-
(') Osservn:ioni astronomiche su Marte, fatU' a Padova. lir. gr. iu-S. Koma; 1893.
lîAri'ORT ni: i.\ huitisii .\>S()ciati()n. isse. 9i
sentations de Mare Erythrœum. On semble avoir éprouve une certaine difficulté à bien définir les fourches du Sinus Sab.Tus. Rien de particulier dans le frolfe des Ferles ; mais celui de l'Aurore a présentt! une sorte de ligament clair à l'em- placement de Protei Uegio. Le lac du Soleil se montre assez pâle sur plusieurs dessins, bien que le contour de Thaumisia reste très distinct. Cependant, comme
A. 4 août. Long. = a:». Lat. = !> (H. EllU).
B. 4 septembre. Long. = 151". Lat. = l> |.Stanley Williams).
C. I.S août. Long. = 190°. Lat. = l-'» (W. (ialel.
D. 18 août. Long. = 3o4*. Lat. = l!» (E. Aiitoniaili).
Fig. 109-112. — Dessiu.s de Mars fuis en IS'J2 par li?s Membre.^ de la /Jciti.s/i Aflrunomicnl
AssorLilion .
discordances entre observateurs, rappelons que M. Keeler, aux monts Allegheny, a trouvé le lac du Soleil toujours très marqué en 1892 {voir p. 73l. Un curieux phénomène a été observé dans la mer des Sirènes; ses parties centrales se sont montrées beaucoup plus pâles que les bords, aspect analogue à celui qu'a observé M. Scbiaparelli dans la mer (Jimmérienne en 1882. Elysitim n'était pas
9? LA PLANÈTE MARS.
plus cLair ([ue les régions avoisinantes. M. Stanley Williams a soupçonné des traces de gémination du Triviiim Charontis dans le sens de l'Orcus.
Les phénomènes observés sur la Grande Syrte étaient encore plus remar- quables. M'" Everett a constaté, le 23 septembre, la présence d'un « pont » coupant la mer du Sablier, vers 10° de latitude boréale, observation que M. Maundcr considère comme constituant une <i des rares preuves de forma- tions nuageuses sur la planète ».
La Libye s'est présentée dépourvue d'estompagcs; tandis que le lac Mœris était une tache très faible. Enfin Hellas a été très rouge en 1892; la croix n'y a pas été vue, bien qu'une taclie sombre centrale ait pu constituer le lieu de ren- contre des deux canau.x de File.
Les membres de la Commission ont observé les 38 canaux suivants : Proto- nilus, Tiphon, Oronte, Phison, Euphrate, Iliddekel, Gehon, Ûxiis, Indus, Jarnuna, Nilokeras,, Gange (double), Chrysorrhoas, Agathodasmon, Nectar, Phasis, Iris, Serenius, Pyriphlegethon, Herculis Columnfe, Gorgon, Gigas, Titan, Eumenides- Orcus (parsemé de lacs d'après M. Gale), Tartarus, Erebus, Hades, Styx, Lœs- trygon, Autc'ous, Eunostos, Cerbcrus (double), Cyclops (double). Triton, Létbé, Amenthos, Népentlies et Nilosyrtis.
La découverte d'une série de lacs sur le canal Eumenides-Orcus est des plus importantes, et fait honneur à M. Gale. C'est, en effet, pour la première fois que l'on aperçoit tout un chapelet de hics formant le tracé d'un canal martien. Un verra, par les observations de 1894, combien cette représen- tation de la région à l'ouest (gauche) du Trivium Charontis est justifiée.
On n'a pas pu suivre la disparition de la calotte polaire neigeuse de l'hé- misphère sud. Cette calotte a paru fendue par des canaux au début. Une projection analogue aux monts Mitcheli de Green, en 1877 [voyez Tome I, p. 280) a, été observée par M. Cale, vers S'iO" di: longitude et 75° de latitude australe.
Nous reproduisons ici (/if/. ]09-il2) quatre vues de la planète, choisies parmi les meilleures du Rapport.
M. Maunder pense qu'il y a. uni' grande .inalogie entre l'aspect des mers étroites à îles (Mar(î Cimmerium, Mare Sirenum, Sinus Sabœns) et la génii- nalion des canaux (').
« l'ourrait-on raisonnablement douter, ilit-il. que les deux |)hôniinu''nes no soient réellement du même ordre'^ Probablement, l'explication en est qu'il y a une rapide évaporation dos grandes étendues d'eau sur Mars, ;\ cause de la faible pression atmosphérique. Un vent h'ger se lève des terres environnantes, l'air saturé reinonl(!, se condense en partie, et un banc de nuages est formé au-
(') Cette analogie a été déjà signalée plus liant {uoijez Tome I, p. 3G3).
OBSKRVATinxs DIVHUSKS Dl- 180?.
03
dessus du centre de l'eau en question. Aussi les canaux, ([ue l'on voit simples quand ils sont étroits, paraissent divisés le long du centre par une traînée blanche aussitôt qu'ils se sont élargis.
» Un autre fait remarqué pondant l'opposition, qui nous intéresse au point de vue physique, est que Ilellas, l'île la plus rouge de la planète, est vue comme une tache d'un blanc intense près du limbe, et que d'autres régions rougcàlres comme Eden et IJridania montrent la iiiémo particularité, quoique dans une mesure moindre. L'explication est diflicile. Il est possible que ce soient là des plateaux où les nuages se rassemblent, où la gelée blanche se déi)Ose, tous les matins et les soirs, plus vite que sur les terrains plats. »
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Fig. lU. — Planisplière de ^Uwi dressé eu 1SÛ2, par M. E. Autouiadi, à l'aide d'une lunette de 108"".
Dans les quatre dessins qui précèdent, le dernier a été obtenu par M. E. Antoniadi, alors à Prinkipo (mer de Marmara), à l'aide d'une petite lunette de U1S""", construite par Mailhat. En combinant l'ensemble de ses dessins, l'observateur a dressé la petite carte ci-dessus, représentant ces observations. C'est là, croyons-nous, ce que l'on peut obtenir de mieu.\ avec un instrument de cet ordz-e.
CLXVII. — Observ.\tiOx\s diverses.
Aux observations si nombreuses qui précédent nous ajouterons encore les suivantes, succinctement résumées.
9/i LA l' LA m: TE MARS.
}.]. lliTnian Frit/,, à C'haltanooL'-a, Teniiesse (Etats-Unis), à l'aide d'un téles- cope de 8 iiovices i muMtê ëquatorialeinent, a remarqué surtout que le cap polaire sud était nettement limité pendant les mois de juin et juillet et que l'atmosphère martienne paraissait plus dense sur le limbe occidental que par- tout ailleurs. Le 18 juillet, une tache blanche très brillante se détachait du bord boréal du cap polaire sud. Le i'ii, une longue ligne blanche fort étroite s'imi séparait, donnant l'impression d'une bande île glaces flottantes. La baie du Méridien a paru assez foncée.
M. de Moraes Pereira, à Saint-Michel (iles Açores), a fait, à l'aide d'une Ui- notte de lOS""" de Bardou, une série de dessins, dans lesquels on reconnait les prini-ipales configurations de la planète. Cette lunette est excellente, dédouble .Vntarès pendant la nuit, montre cinq satellites de Saturne, etc.
Nous devons signaler aussi di.\ dessins dus à M. Lucien Rudaux, observateur à Donville (Manche), et obtenus à l'aide d'une lunette de 05™'" de Secretan. Ré- sultats remarquables jiour un objectif de cette dimension.
M. Norguet, à Tours, à l'aide d une lunette de 81"""', a surtout constaté la dimi- nution rapide des neiges polaires, à partir du 10 juillet.
M. Marcel Moye, observateur à Bordeaux, nous a adressé la Note suivante :
Lu))iière du Mar». — Mars vient de passer à l'une de ses plus grandes proxi- mités de la Terre, malheureusement avec une forte déclinaison australe qui a été fort nuisible aux observations. Possesseur d'instruments trop faibles pour étudier avantageusement la configuration géographique de la planète, j'ai porté mon alteutidu sur les caractères physiques de sa lumière.
La lumière de Mars est, comme chacun sait, d'un rouge orangé intense, supé- rieure comme teinte à celle de son rival Antarès, et rappelant un l'eu observé de jour. <.,)uand Mars est à l'horizon, il se confond absolument avec la lumière terrestre.
Cette année. Mars m'a paru inférieur en lumière à Vénus ou ;\ .Jupiter, mais supérieur aux étoiles de première grandeur, y compris Sirius. Cette intensité m'a dunné l'idée de rechercher si l'on pouvait obtenir des ombres sensibles, ce dont, à ma connaissance, nul observateur n'a encore parlé.
J'ai obtenu les résultats suivants.
La planète a été observée par environ C(l» de hauteur, un peu avant le passage au niiTidien. 11 n'y avait pas de clarté lunaire, mais les lumières de la ville illuminaient assez l'atmosphère pour reconnaître les principaux objets.
En laissant la fenêtre de la pièce grande ouverte et en s'approchant i\[i mur opposé, on distinguait un espace faiblement lumineux olTranl le conlcmr de la fenêtre et sur lequel se détachaient assez, bien les ombres de la main et de divers objets. On i»onvait même deviner la silhouette des boiseries de la fenêtre, bien que celle-ci lût à plusieurs mètres du mur.
LK l)f: nul' H LE MENT DES CANAUX. 95
En laissant les volets entre-bàillés, on obtenait sur le mur une fente lumineuse visible de toute la pièce et due à la lumière de Mars. Une feuille de papier blanc, invisible dans l'obscurité do la chambre, se distinguait très bien dans le trajet de cette fente. En approchant la main, on reconnaissait iiarfaitemcnt les ombres séparées des cinq doigts et la silhouette des objets, l-lnfln, en présen- tant un journal à la lumière de Mars, on reconnaissait aisément la place du titre et même le nombre de mots, mais sans pnuvoir lire ceux-ci, comme la lumière de Jupiter m'avait permis do le faire.
Je crois donc pouvoir dire qu'au moins dans ses périodes de plus grand éclat, Mars donne des ombres sensibles, assurément moins fortes que celles de Vénus ou Jupiter, mais encore parfaitement appréciables.
Lumii^re de Vénus. — M. Lécm Guiot a fait, d'autre part, à Juvisy, la curieuse observation suivante sur l'intensité de la lumière de 'Vénus :
« Le 29 août, à 2'' 47'" du matin, étant sur le point de me lever pour conuiicnccr l'observation de Jupiter, je fus étonné de la vivacité de la lumière qui arrivait par la fenêtre de ma chambre, et, voulant ui'assurer du jour qui semblait venir de l'extérieur, je constatai avec surprise que cette lumière était celle de V^énus, située juste en face de ma fenêtre. Voyant mon ombre se mouvoir sur le mur, l'idée me vint de regarder les aiguilles de ma montre. Tout était visible comme au clair de lune. On pouvait lire le journal Prenant alors ma montre suspendue ver- ticalement à la main, il m'a paru intéressant d'en dessiner l'ombre projetée par les rayons de la planète sur la tapisserie de la chambre, et j'en ai fait le croquis au clair de N'éaus.
» Le jour suivant, j'ai constaté que Vénus est restée visible à l'odl nu jusqu'à 2'' du soir. Elle était, du reste, alors constamment visible en plein jour. »
CLXVIII. — Sï.iNiSL.is Meu.mer. — Le Dédolble.ment des Canau.k (').
M. Stanislas Meunier, professeur au Musi'uni d'Histoire naturelle de Paris, a proposé, en 189"2, re.^plicalion suivante poiu- le dédoublement des canaux.
« Je dessine à l'aide d'un vernis noir, sur une surface métallique polie, une série de lignes et de taches représentant plus ou moins exactement la Carte géographique de Mars, puis je fais tomber sur elle un rayon de soleil ou de toute autre source lumineuse. Je place alors, à ([uelques millimètres devant la surface métallique et parallèlement à elle, une hue mousseline bien transparente, tendue sur un cadre, et je vois aussitôt toutes les lignes et toutes les taches se dédou- bler, se géminer par suite de l'apparition, h côté de chacune d'elles, de son ombre, dessinée sur la mousseline par la lumière que le métal a relléchie.
(') Comptes vendu-< de l'Acudeiiiie des ■'iciencea, IS'J;', (. CX\ ; [j. 67S.
96 LA PLANÈTE M A US.
» La ressemblance de l'effet produit avec la Carte où M. Schiaparelli a synthé- tisé toutes les géininations observées est des plus saisissantes.
» Or il est facile de reconnaître que les conditions essentielles de notre expé- rience sont réalisées à la surface de Mars et dans son atmosphère. La lumière solaire frappant le disque planétaire est réfléchie très inégalement suivant les points : beaucoup par les continents; bien moins par les surfaces sombres, mers et canaux. Quand l'atmosphère martienne est limjiide, l'inégalité dont il s'agit ne nous est pas sensible; mais si l'océan aérien renferme quelque nappe de brunie transparente ù. une hauteur et avec une opalescence convenables, le contraste y apparaît, comme sur la mousseline, par la production d'ombres qui, pour uu œil placé ailleurs que sur le prolongement des rayons réfléchis, reproduisent, à côté de chacune des surfaces peu réfléchissantes, une image pareille ;\ elle. Or M. Schiaparelli a noté uu aspect de nébulosité dans les régions qui vont se géminer.
" Tous les observateurs ont insisté sur le rôle évident des brumes et des brouillards dans les apparences, très changeantes d'un jour à l'autre, du disque de Mars.
>) L'extraordinaire simplicité de l'explication que je propose me mettrait en garde contre elle, après les innombrables efforts qu'on a faits pour la trouver, si le contrôle expérimental auquel je l'ai soumise ne me paraissait décisif en sa faveui'. »
A la si'ance de la Société astronomii^iie de France du luoLs du mai 1898, une discussion s'est élevée à propos de cette explication {géométriquement très contestable, puisque l'écartenient des géminations devrait s'accroître avec la distance au centre du disque, eu qui n'est pas); M. Uuénisset a donné lecture de la lettre suivanli.' du ^1. ,'^c^liaparelli.
La théorie de M. Meunier, sur la gémination îles lignes de Mars, est belle, séduisante et ingénieuse, mais elle ne satisfait pas aux phénomènes. Pour s'en convaincre, il suffit d'en faire l'examen à l'aide de la théorie des miroirs sjihé- riques. On verra tout de suite qu'il existe un point sur la surface de Mars pour lequel le rayon, venant du Soleil, est réfléchi directement sur la Terre. Dans ce point, une tache de la surface et son fantôme atmosphérique doivent se superposer pour l'observateur ter- restre : de sorte que toute gémination est impossible. Toute ligne qid passe par ce point ne jioiu-ra subir de gémination, à moins qu'elle ne soit très longue. Si elle est trop longue, Fig. 114. il y jjj^ij.jj yjjg divergence des deux côtés du point en question;
kl ciuu'lie réelle et non son image se toucheronfà ce i)oint, comme le montre la figure II 4. Lorsque la ligne aura avancé à droite ou à gauche de A, il y aura gémination : mais cette gémination changera la largeur de son intervalle, et sa disposition. Tout cela est contraire à l'observation. Les gc'Uiinations passent par le i)oint A et dans les environs de A, sans subir le moindre changement : elles
1.1-: DKDiUlil.I-Mf-NT Di:S C VXAIX. 97
existent en A aussi bien (lue irirtoiit ailleurs. Il n'est pas besoin d'expérience pour sentir la vérité de ces conclusioas. Mais elles seront confirmées par l'ex- périeuce pourvu qu'on l'exécute dans dos conditions semblables à celles qu'on suppose sur la planète lorsqu'elle est voisine de l'oiiposition.
Quant à l'ijypothèsc de la diplopic monoculaire f 'i, c'est la première que j'ai examinée en janvier et février IS8.', lorsque j'ai dû constater les géminations malgré moi, au joromier coup d'coil, et sans les a\oir cliorchécs. Comme alors Mars s'élevait assez près du zénith (déclin. -i-î7") et la lunette étant presque verticale, j'ai essayé de déplacer la ligne des yeux par rapport au zi'ro du cercle de position. Rien ne changeait : les lignes simples restaient simples, les doubles restaient doubles, leur intervalle était toujours le même. Cet iiitei-vallc ne chan- geait que lentement avec la rotation de la planète par l'elïet de la persi)0ctive. J'ai fait des expériences sur des lîgnes très fines de certaines gravures, et j'ai cherché si des doublements semblables avaient lieu par lespi.-tites étoiles et autres objets célestes. Enfin, je me suis efforcé de ne pas voir double ce qui l'était bien. Ces preuves, la parfaite régularité des images géminées, la facilité et la netteté avec laquelle je les voyais sans effort, m'ont convaincu qu'il ne s'agit pas h\ d'un phénomène subjectif. Au reste, il suffit d'examiner un ([uelcouque de mes des- sins pour reconnaître avec la plus grande évidence l'imijossibilité de leur appliquer la théorie de la diplopie monoculaire.
La bande qui est entre les deux ligues m'a paru ordinairement de la même couleur que le champ environnant ; quelquefois j'ai cru voir du blanc, mais très rarement. Dans les géminations parfaites, les deux traits se montrent tout à fait (■'gaux, tracés l'un et l'autre avec la plus grande netteté : les bords de chaque trait bien définis. Le cas de deux traits inégaux s'est présenté aussi iiuelquefois, mais comme exception.
Eu ce qui concerne mes i)ropres observations, je dois donc rejeter l'hypothèse de la diplopie. ^Lais il est bien possible qu'elle soit applicable à d'autres obser- vateurs, surtout lorsque l'instrument n'est pas assez puissant, l'atmosphère mau- vaise, l'œil fatigué, et lorsqu'on ne soigne pas bien la mise au foyer (-).
Sur la nature de ces dédoublements et sur la cause de leurs changements, je ne puis rien dire. Leurs variations énigmatiques rendent i)lus difficile encore l'étude des changements qui ont lieu dans les configurations iiermanentes de la planète. ^
Après cette lecture, M. Antoniadi, astronome adjoint à rt'ibscrvatoirc de Juvisy, a fait la communication suivante ;
Ou sait eu quoi consistent les expériences de M. Stanislas Meunier. Le savant professeur dessine, à l'aide d'un vernis noir, sur une face métallique polie, une
(') Proposée parA.de Boë, astronome à Anvers. Voir t. I; p. 3bS. (-) Hypothèse i-eprise par M. Antoniadi, et ;iLandunnée ensuite.
F., II. 7
98 LA PLANÈTE MARS. 1892
série de lipnes et, de taches reprrseiitant plus ou moius exactement la carte géographique de Mars, puis il fait tomber sur elle un rayon de soleil, ou de toute autre source lumineuse. Il place alors, à quelques millimètres devant la surface métallique et iiarallèlemeut à elle, une fine mousseline bien transpa- rente, tendue sur un cadre, et il voit aussitôt toutes les lignes et toutes les taches se dédoubler, se géminer, par suite <le l'apparition, à côté de chacune d'elles, de son ombre, dessinée sur la mousseline par la lumière que le métal a réfléchie.
Mais, d'aliord, nous ne nous faisons pas une idée bien nette du point de départ même de la théorie. Si Mars était en quelque sorte un globe périscopique en cuivre poli, nous comprendrions parfaitement que l'ombre d'un canal se peignît par réflexion sur une couche de brume. Or les continents des planètes sont loin d'être (loué.s de semblables propriétés réfléch'issantes. En général, ce sont des surfaces rugueuses, mates, réfléchissant fort peu la lumière, mais la diffu- sant incomparablement davantage. Les mesures photométriques de ZOllner ont donné à Mars ^in .-jUiedo, ou pouvoir dilTusif, comparable à celui de notre grès blanc. Or, en traçant des lignes noires sur un bloc de grès illuminé par les rayons solaires, et en le recouvrant de mousseline, on n'obtient aucune gémina- tion. l'ouripiiii ? Tarée que la lumière difl'iisée de tous les points de la surface, voisins de la ligne, efface entièrement son ombre réfléchie sur la mousseline.
LTne autre difficulté réside dans l'égale intensité des deux branches descanau-K doubles. j\"est-il pas étrange que l'action diffusive exercée par la brume sur le canal jiriniitif s'arrange neuf fois sur dix ]:iour réduire sou intensité très exacte- ment au point de la rendre égale à celle de sou ombre'.''
Mais laissons ces objections pour d'autres plus directes et plus graves.
Dans sa note publiée en 18'.)2, M. Stanislas Meunier disait : « Si la gémiuation » résulte, comme je le pense, du phénomène de réflexion qui nous occupe, on » peut prévoir, tlans chaque cas, de quel côté il'un canal donné se produira son 1) ombre. « Mais comme la ligne sur le métal restera fixe, la théorie se trouve ici en opposition directe avec les faits : « En 1888, dit ^L Schiaparelli, j'ai pu me convaincre qu'il « peut arriver que ni l'une ni l'autre des nouvelles forma- )> tions ne coïncident avec l'ancien canal... Toute trace de l'ancien canal dispa- 1) rait pour faire placi^ aux deux lignes nouvelles. » iLaPlani'ti2Mars,t. I, p. 448).
Nous voudrions ensuite savoir si le parallélisme du canal et de sou ombre subsiste dans toutes les positions de la sphère, car (7 pourrait se faire que la forme sphérique de Mars se prêtât bien moins qu'un disque plat au parallé- lisme !
Dans ses derniers essais, M. Stanislas Meunier s'est servi d'une sphère de 90""" de diamètre, recouverte d'une calotte de verre de 0'""',67 d'c-paisscur en contact innnédiat, on }iiieux, séparée jiar un intervalle de 1""» ;\ 3">™, et sup- portant une fine mousseline. Le premier de ces chifl'res donne, pour la hauteur de la brume au-dessus de la surface, la valeur de -!r du rayon ; la seconde -i ; la troisième ,^- Et comme nos cirri les plus élevés ne paraissent pas se former
\.K DKDnURf.EMENT DES CANAUX. 99
au delà do 12300 môtres, soit ^ do rayon turrostrc, on voit qiio lo dernier chiffre de M. Meuuicr donnerait, pour la liautcur de la coiiclio brumeuse au- dessus de la surface de Mars, une hauteur '/3 fois plus cousidérablo que celle do nos cirri, toutes choses égales d'ailleurs.
Mais si la pesanteur sur Mars n'est guère qu'un peu plus du tiers do ce qu'elle est ici, la densité de son atmosphère est aussi incomparablement plus faible que celle de la Terre, et nous nous llgunuis très mal des aiguilles de glace en suspension mécanique à 563 kilomètres de hauteur dans un milieu si rarélié.
Le mystère de la géniinalinu des canaux n'est donc pas encore résolu par cette liypothcse.
CLXIX. — Sun LE DÉDOUBLEMEXr DKS CAXALX DE Mahs.
Un correspondant anonyme, qui s'intitule « Un Lecteup. de La planéle Mars », nous a adressé la communication suivante :
Dans YInjpothèse d'une construction intentionnelle des canaux de Mars, ne pourrait-i>n admettre l'existence d'un vaste réseau de canaux creusés : 1' pour mettre en communication entre elles les grandes mers, et les canaux entre eux; 2° pour assainir les plaines et favoriser l'agriculture : 3» pour combattre les effets des grandes inondations, périodiques ou non, qui paraissent se proiluire sur ce monde de Jlars'?
Les variations constatées dans l'aspect des canaux simples pourraient être attribuées à des modifications résultant soit des forces naturelles, soit des tra- vaux artificiels dont la rapidité peut nous surprendre mais qui pourtant sont concevables, étant données les circonstances spéciales à la planète.
La fonte des neiges polaires en été peut occasionner, comme sur la Terre, des débâcles, une accumulation subite d'eau dans les mers circumpolaires, h'ur di'djor- dement et des crues subites dans les fleuves et canaux communiquant avec ces mers. J'emploie avec intention le mot communiquant et non se jetant dans ces mers, parce que les fleuves semblent plutôt produits par le déversement des mers polaires vers l'équateur que par le mouvement inverse.
Ceci posé, sur une planète où ce vaste réseau de canaux simples a pu être creusé artinciellement, il est facile d'admettre que l'on ait songé aussi à s'opposer aux effets de ces inondations, peut être même à en tirer parti pour l'agriculture, en utilisant l'excès d'eau des crues.
Je suppose donc que, les canaux simples étant sujets à des débordements rapides et périodiques, on a eu l'idée d'en modérer les effets, en creusant parallèlement à ces canaux simples des lits préparés d'avance, prêts à recevoir les eaux des crues et à les empêcher de se propager trop loin.
IdO
1,.\ n.ANETE MARS.
■)893
1.0 iiivoau ordinaire d'un canal simple étant par exemple eu AB (fig. 115) mon- terait au moment d'une crue jusqu'en CD, l'eau se déverserait alors par une berge eu iionte douce DE dans le canal latéral, et remplirait penilant quelques heures (lu (luclqucs jours l'espace cjmplet entre C,D,E, F. Les eaux baissant, la partie DE
Canal simpl-j
primitif
MC D
Canal later&j
Fig. ii:..
serait asséchi'c de nouveau, et il resterait deux canaux simultanément pleins d'eau, ensuite le canal latéral à son tour se viilerait et le canal primitif seul res- terait plein d'eau.
Cette hypothèse rendrait compte des diverses circonstances constatées au mo- ment du dédoublement des canaux :
1° Rapidité du dédoublement;
i" Aspectincertaiusuccédant à la visibilité nette du canal simple (eaux boueuses au moment des crues, couleur analogue à celle des terres voisines) ;
3" Lignes foncées se dessinant après ce phénomène, avec teinte moins foncée entre ces lignes (cette dernière due à la faible épaisseur de l'eau dans la région intermédiaire DE, et ;\ sa couleur boueuse);
'i r)cux lignes foncées seules visibles (les deux canaux seuls pleins d'eau);
'i" Retour à un canal unique (assèchement du canal latéral).
On conçoit que, vu la rapidité des crues, ce phénomène se présente tout le long d'un canal et môme dans un certain nombre de canaux à la fois.
D'autre part, la grande largeur de la région intermédiaire DE peut se concevoir. soit à cause de la nature meuble des terres, soit encore par l'idée d'utiliser pour l'agriculture les limons dépiosés sur DE pendant les débordements.
Un a constaté une particularité remarquable aux jioints de croisement de deux
Fig. HO.
canaux sinii)les: « Au moment du dédoublement, les largeurs des canaux dédou- l)lés paraissent plus grandes aux points de croisement. »
L'elVet des crues étant plus sensible ;\ ces jioints, on a pu pré\oir, au-dessus du lit nonual, un élargissement dos berges (//;/. li(i) s'étendant à une certaine longueur de chaque côté du point de croisement, de manière à constituer, dès le premier moment, une réserve disponible pour l'accunuilation des eaux.
La largeur uniforme du canal, pour le niveau normal, augmenterait alors aux
LOCKVl'K. — I \ VIE Slll M.MiS. 101
crues, près des croisements, et ces (■largissenients se prcsenteraieut aussi loiri- quement pour le canal latéral correspondant.
La môme explication s'applique, me semblc-t-il, au dédoublement d'un lac traversé par un canal; il y a lieu évidemment de prévoir il l'endroit correspondant du canal de décbarue un lac destiné à recevoir l'excès d'eau do cette partie.
Si ces Iiypothèses paraissent hardies, on les excusera en pensant que ce singu- lier réseau de lignes droites n'est pas encore expliqué et que tout le monde peut chercher — sans avoir la prétention do trouver.
Un Lecteir m: La jilanùlc Mars, à Clierboiirg (IS93).
Xous reviendrons sur ce sujet, à propos d'un article «le .M. Scliiaparclli lui-même.
CLXX. — Loi;kvei'. : Mauxder. — La \'iE sur Mars.
M. Lockyer, l'habile observateur de Mars auquel la Science doit l'une des plus belles séries d'observations qui aient été faites, dès 1862 ('), a puljlir-, dans le journal anglais Nature, une excellente étude sur notre planète.
Rappelant ses observations anciennes, il les résume en montrant que Mars est entouré d'une atmosphère analogue à la uùtre, que sa température n'est pas très différente de la température terrestre, qu'il y a là des continents et des mers, ainsi que des nuages, et que les neiges polaires fondent avec une merveilleuse rapidité lorsque le Soleil du périhélie darde en plein sur elles. M. Lockyer ajoute que les changements observés spécialement dans le ton des taches dépendent des nuages et de la surface, plus ou moins agitée, des eaux.
Cette dernière conclusion est tirée du fait que les taches sombres considérées comme représentant des eaux sont plus ou moins enfermées dans les terres, et que les changements observés sont plus évidents dans le voisinage des rivages. D'autre part, la fonte si rai)ide des neiges polaires doit être accompagnée d'inon- dations considérables.
L'astronome anglais ajoute que, selon lui, les « canaux » sont de véritables canaux d'eau, qui varient d'aspect selon la quantité d'eau qui les remplit, depuis l'apparence d'un maigre fleuve, comme l'une des branches des bouches du Nil par exemple, et s'élevant parfois jusqu'à l'aspect de la vallée du Nil remplie par une inondation.
Les dédoublements observés sur certaines mers, comme par exemi>!e la mer Cimmérienne, le lac du Soleil, le Sinus Saba-us, sont causés, d'après l'auteur, par une bande de nuages étendue au-dessus de ces eaux.
M. Lockyer discute aussi l'hypothèse d'une communication possible entre Mars et la Terre. Les journaux anglais viennent, parait-il, de mettre eu présence deux propositions. La première, due à M. Gallon, propose de disposer de grands mi-
(') Voir t. 1, p. 150-163.
103 LA PLANÈTE MAlîS. 1893