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La Normandie souterraine, ou notices sur a ^. ères romains et des cimetières francs, 1 ^ên Normandie, par Tabbé Cochet. Rouer^, . 5iu-8, avec planches, br ^^ .^

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LA NORMANDIE

SOUTERRAINE

00

NOTICES SUR DES CIHETIEQES ROMAINS ET DES CIMETIÈRES FRANCS,

KXFLOHÉS IN NOKMÀRDIB.

L'ABBË COCHET, Inspecleur des UonuineBlB historiques de la Seine-lDrérieure.

LA NORMANDIE

OU ROTICES SUR DBS

CIMETIÈRES ROMAINS

. ET DBS

CIMETIÈRES FRANCS

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EXPLORÉS EN NORMANDIE, .-r S ' ^ ' *

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TAWL H. li'ABBB €9€HBT,

IMSFBCTBUE DES MONUMENTS HISTORIQUES DE SEINE-INEÉEIBURE f

CornfpoDdaiit la GobudMod dea.l|4NUimeQts l^pfttoriqiiet et <l«Conit4 de la

LaDg«e, de l'Hiatoire et des Arts de la Fiaoee ;

Membre desSodétéa desAnUqnaires deFrance^de NornuBdie, de Pieardle, de Moriaie^

de Zurich et de Luxenbourg; de la Soolété royale dea Anliquaires de Londres;

de la SoGiélé française pour la «onserratioD des Momuneots ;

Des Académies de Rouen, de Caen et d'Amiens, etc.

H to eorom visiuta lUQt et post mortem propbetanront i

sSccUsiatUquê, c. 49i v. fS.

SECONDE ÉDITION,

PARIS,

Derâcrb, rue du Boulot, 7 ; V. Didron, rue Hautefeuille, 13.

LONDRES, Otto Marcus, 8, Oxford Street. OXFORD, W. Parur.

ROUEN, Lbrrumrnt, Fleurt, Hbrpin et Lanctin, Libraires.

DIEPPE, Marais, Grande-Rue.

1881S.

DIBPPB. ÉMILB DELEVOYB, IMPRIMSUR-BDITBUR,

nô/9

A M. LE PRÉFET

À MM. LES MEMBRES DU CONSEIL -GÉNÉRAL

DE LA SBIN&INPÉRIEURE,

M BSSIBDRS ,

Depuis vingt ans environ , vous inscrivez régaliërement à votre budget un crédit de 2,000 fr. pour la < recherche des an- tiquités dans notre département.» Depuis dix ans ce crédit, en grande partie confié à mes soins, a été employé par moi à des fouilles archéologiques sur divers points de la Seine-Inférieure. Ces fouilles, constamment heureuses, ont eu un certain reten- tissement tant en France qu'à l'étranger. Non-seulement les feuilles de la province, mais encore les journaux les plus consi- dérables de la capitale, les recueils scientifiques les plus re- nommés de Paris et de Londres m'ont prêté le concours de leur publicité et ont fait connaître à l'envi ces découvertes intéressantes pour This'toire, la géographie, les arts et la nu- mismatique.

VIII

Mes explorationst qai ont porté d*abord sur des villas ro- maines, se sont, dans la suite, fixées préférablement sur les cimetières gallo-romains et francs-mérovingiens. La raison de cette préférence de ma part a été d'abord l'mtérét que présente cette partie de notre archéologie nationale, encore inexplorée et peu connue ; puis l'avantage d'obtenir plus abon- damment pour notre Musée départemental des pièces de col- lection. Sous ce dernier rapport le succès a été tel, que plus de 1 ,200 objets antiques sont entrés dans le Musée de Rouen, et que plusieurs montres ont été entièrement garnies par eux. La collection mérovingienne de Rouen est, à cette heure, une des plus curieuses et une des plus importantes qui exis- tent en France, et peut-être en Europe.

L'abondance des objets trouvés a été telle qu'il m'a été per- mis, avec l'autorisation de M. le Préfet, d'offirir des doubles aux Musées du Havre, de Dieppe et de Neufiohfttel, au Musée d'Artillerie de Paris, au Musée Céramique de Sèvres, et même au Musée Impérial du Louvre, ils ont inspiré à M. le comte de Nieuwerkerke le pensée de créer une salle d'anti- quités nationales. Il n'est pas jusqu'aux ossements eux-mêmes qui n'aient servi à la science, et les crftnes d'Envermeu et de Londinières, déposés dans les collections de Rouen , de Paris et de Londres, ont enrichi le domaine de l'ethnographie et de la paléontologie.

Mais toutes ces découvertes enregistrées avec tant d'em- pressement par la presse et si favorablement accueillies par la science, tous ces objets classés dans nos Musées et dans des collections publiques , n'ont encore été publiés ni dans leur ensemble ni dans un recueil spécialement destiné aies fimoe re- vivre, n est vrai qu'après, chaque fouille je me suis empressé d'enregistrer ma découverte, soit dans la Retue de Rouan^ alors le Moniteur scientifique de ce département, soit dans des re- cueils scientifiques tels que les Mémoires de la Société des AnU-- quaires de Normandie, le Bulletin monumental de M. de Cau- mont, VAthenœum français ou la Revue arehéologique de Paris. Quelques exemplaires de mes récits ont été tirés à part et en-

IX

voyés à des savants de France et de l'étranger. Hais tous ces articles dispersés, toutes ces brochures disséminées n*ont pu former ni un livre, ni un corps d'ouvrage.

D'après le conseil de mes confrères et de mes amis, j'ai pensé qu'Q serait agréable au pays et utile à la science de re- cueQIir, en un volume» ces firagments épars do tous côtés. C'est k quoi j'ai travaillé depuis trois ans. Dans cet ouvrage je donne le résultat de toutes mes fouilles , fiâtes dans la Seine*Inférieure aux frais du département Aussi je ne saurûs rien faire de mieux que de dédier mon travail k l'intelligent et bienveillant Conseil-Général qui m'a si souvent encouragé par ses suffrages et par ses allocations. C'est à lui, en effet, que le principal honneur doit en revenir, puisqufil a été l'auteur véritable de ces recherches dont je n'ai éië que l'instrument.

C'est la Normandie, et surtout la Seine-Inférieure romaine et franque qu'il s'agit de faire connaître et revivre. Le Conseil- Général qui a tyit fait pour tirer du sol ces curieux et intéres* sants débris des âges, ne saurait être indifférent à une pubh- cation destinée à reproduire des richesses archéologiques, qui sont et rhistoire des pères et l'instruction des enfants.

Veuillez donc. Messieurs, agréer la dédicace de cette œuvre toute départementale et la considérer comme un gage de mon zèle pour l'histoire de notre pays et comme un témoignage de la vive reconnaissance que vous a vouée

Le plus humble et le plus respectueux de vos serviteurs,

L'ÂBBt COCHET, Intpeeleur âe$ MammnUi hiiUmquet de la Sem^inférkwre.

Dieppe, le U' août 1864.

Extrait de$ procis^erbauœ du Conseilr^énéral de la Seim^

Inférieure.

Session ordinaire de 1853. TROISlftMB SÉANCE (25 aOÛt).

« Sur le rapport d'un membre (M. Belot), organe du bureau, le conseil alloue à M. Tabbé Cochet, une somme de 600 fr. à titre d'encouragement, pour la publication de la Normandie souterraine, à la condition que vingt exemplaires seront remis à H. le Préfet pour être distribués aux bibliothè- ques publiques du département. »

TABLE DES CHAPITRES.

t'" Parvib. De» Sépultures en s^nénil.

Pages.

Chapitbb I«r.— Des fouilles. Leur utilité historique. Maaière de les faire. Cimetières celtiques. -* Fouilles archéologiques en Angleterre, eo Belgique, en Suisse et eo Allemagne, en même temps qu'en France 1

Chapitre II. Sépultures gallo-romaines des trois premiers siècles.

Sépultures franques des temps mérovingiens. Différence qui eiiste entre ces deux époques. Manière de les distinguer l'une de l'autre 13

Chapitbb 111. Sépultures intermédiaires ou de transition entre les Gallo-Romains et les Francs-Mérovingiens (iv et siè- cle). — Caractères qui servent à les distinguer. Exemples de ce genre 33

9* Pabvib* De* Cimetière» romafiie.

CHinTBB IV. Considérations générales. Aspect du pays. Les Gaulois. Les Romains. Les vallées du Pays de Caux.

La Durdent 1(3

Chapitre V. ^ Cimetière romain de Cany 61

Chapitre VI. Cimetière romain de Dieppe ou de Neuville-le-

Pollet . . 71

Chapitre VU. Cimetière romain du bois des Loges, près Étretat. H7

Chapitre VIII. Cimetière romain de Fécamp 97

Chapitre IX. Cimetière romain de Lillebonne. § I«^ Coup- d'œil général sur les ruines romaines de Lillebonne. § II. Les sépultures et les Inscriptions tumulaires découvertes avant 1853. i HI. Exploration du cimetière du Mesnil en 1853. ..... 111

Chapitre X. Différents cimetières romains trouvés dans la Seine- Inférieure 139

Chapitre XI. Observations sur les sépultures gallo-romaines Position des anciens cimetières. -— L'inhumation et l'incinération.

Les com'ets funèbres 161

Chapitre XII. La poterie . . . ' 171

Chapitre XIII. La verrerie 183

Chapitre XIV. Les statuettes de Lalone 191

Chapitre XV. Usages funéraires et croyances, religieuses des

païens. Conclusion des cimetières romains 195

XII

Pages.

Ghapitu XVI. La vallée de TEaulDe 201

Ghapitbb XYII. Cimetière franc-mérovingien de Londiniéres 205

Ghapitu XVIII. Cimetière franc-mérovingien de Lacy . . . 307

Chapitbi XIX. Cimetière franc-mérovingien de Parfondeval. . 305

Chapitib XX. Cimetière fhinc-mérovingien d'Envermea. . . 313

Ghapitbb XXI. Cimetière firano-mérovingien de Douvrend . . 383

Ghapitbb XXII. Cimetière flranc de Dieppe 403

Ghapitbb XXIII. Cimetière franc d'Étretat 417

Ghapitbb XXIY. De quelques antres cimetières francs aperçus

dans la Seine-InlSrieure 427

LÉGENDES

nés PlMieliMi mÊémmwlmglmÊmmKÊ.

PLANCHE VU {LondifUères}.

Figure i, sabre en fer avec sa gamitare de caifre.

% Aftf 7, lances en fer.

6, lance à crocheu (Umaa unoala).

3, poignard on seramasaie.

8, 9y 10, coateani en fer.

11, 12. 13, haches on flranclsqnes.

14, 15, 16, 18, 21, 33, 24, 25, 26, yases en terre noire.

17, 10, 22, vases en terre blanche.

20, vase à anse, en terre blanche.

27, terre vert conyert de reliefs.

28, amponle de verre.

29, 30, 31, 50, fibules de bronze jadis émaillées.

32, 33, 36, 45, bondes de bronze avec plaqae on appendice.

34, fibule de bronze.

35, pinee à épiler en bronze.

37, ornement de ceinturon en bronze.

38, collier de perles de verre.

30, boucles d'oreilles en bronze.

40, 44, 46, boucles en bronze étamées. ^— 41, petite boucle en bronze.

42, iMgue de bronze.

43, clous en bronze pour le ceinturon.

47, boucle de bronze plaquée d'argent.

48, boucle de fer avec plaque.

49, bouele en fer.

PLANCHE VIII.

Bouclier en fer, de Londinières^ il porte sa légende.

PLANCHE IX.

Figures 1 , 2, 3, 4, 5, tiers de sol d'or, du rw siècle, trouvés à Lucy en 1851 . ^ 6, plaque de ceinturon en bronze sous laquelle étaient les tiers de

sol d'or. •— 7, vase en terre grise (Londînières).

8, vase rouge (Envermeu).

9, vase en terre noire (ibid.)

10, hache en fer avec bout de manche en bois (ibid.)

If, hache-bipenne en fer (Parfondeval, 1844).

12, hache plate en fer (Id., ibid.)

XIV

PLANCHE X.

Figure 1 , coupe de verre vert (Douvrend, 1838).

% coupe de verre coniforrae (Envermeu, 1852). >- 3, coupe de verre blanc (Envermeu, 1853).

4 et 5, perles de verre et de pâte de verre de toutes couleurs, pro-

venant de bracelets et de colliers (Envermeu, i853).

6, agate ou silex en forme d*olive (Envermeu, 1853).

PLANCHE XI (Envermeu),

Figure 1, grand sabre en fer.

2, sabre en fer on scramasaxe.

3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 15, vases en terre blanche, grise

et nofre en majeure partie.

G, lance en fer.

14, bol en terre rouge.

16, colUer de perles de verre et de pâte de verre.

17, boucle d'oreille en bronze.

18, coupe de verre blanc coniforme.

19, épingle à cheveux en argent doré.

20, pince à épiler en bronze.

21 , boucle d'oreille en bronze.

22, fibule de bronze doré ornée de grenats.

23, 25, 26, 28, boucles en bronze étamé.

24, 6bule de bronze émaillée.

27, petite Gbule émaillée.

-— 29, boucle en bronze plaqué d*argent.

30, bracelet d'argent ou d*alli|ge d'argent.

31, 32, 34, petites boucles de bronze.

^ 33, ornement de bronze provenant d'une boucle ou d'une fibule.

35, 42, lances de fer.

30, fibule de bronze en forme d'oiseau .

37, boucle de bronze ornée de segments de verre rouge.

38, 45 haches, francisques en fer.

39, boucles de bronze avec appendice gravé en creux.

40, bouton de bronze doré, décorant un ceinturon.

41, fibule de bronze vermtforme.

43, boucle de bronze avec appendice cruciforme.

44, ornement de ceinturon en bronze.

46, umbo de bouclier en fer.

PLANCHE XII [Envermeu).

Figure 1, épingle à cheveux en argent avec tète dorée et œil de grenat.

2, fibule de bronze ornée de segmenu de verroterie verte.

3, ornement en argent contenant un verre bleu renfermant une

feuille de vigne en émail vert cloisonné d'or.

4, ornement de baudrier composé d'une plaque d'argent.

5, boucle de bronze étamé avec appendice orné de verroterie violette.

6, fibule d'argent, à fond d'or, trouvée à Parfondeval.

~ 7, boucle d'oreille en argent avec pendants ornés de verroterie rouge.

XV

PLANCHE XIII (Envermeu).

Figure 1, boatoD en bronze avec dewins tracés ao burin.

2, Gbale en bronze doré imitant on toucan : œil de grenat.

3, belle bonde en bronze étamé on argenté : la télé de Tardillon

était en verroterie.

4, ornement en bronze étamé, provenant peaMlre d'ane fibule?

5, 0, 7, 8, 9, 10, têtes de clous en bronze étamé* provenant de

ceinturons.

11» i2, 13, 14, petites boucles en bnooie destinées à rattacher le

couteau au sabre ou au ceinturon.

15, 16, ornements de tête en bronze.

17, boucle d*orei!le en bronze avec perle triang^ en ambre jaunr. ~ 18, boucle d*oreille en bronze avec perle de verre coloré.

19 et 20, fibules de bronze Jadis émaillées et recouvertes d'orne-

ments cruciformes.

21, fibule de bronze doré, rayée en creui, avec grenats.

22, ornement de ceinturon en bronze.

23, fibule de bronze.

21, fibule de bronze.

23, peigne en os à deux fins.

26, style en bronze.

PLANCHE XIV.

Figure 1, ornement de ceinturon composé de cuir, saturé d'oxyde de fer, et orné de neuf lentilles de verre blanc (Envermeu, 1853).

2, fibule de bronze cruciforme (Parfondeval).

3, 4 et 5, clefs en fer envermeu, 18tt3).

6 et 7, fer de flèche en fer (ibid.)

8 et 9, fiches-pattes ou vrilles en fer (ibid.) Le n<> 8 a encore le

bols dans l'ouverture.

PLANCHE XV.

Figure 1, boucle de cuivre, avec deux têtes (Douvrend, 1838).

<- 2, ornement de bronze avec dessin Termiforme (Parfondeval, 1851).

3, fibule de bronze ornée de verroterie rouge (Envermeu, 1853).

4, double bouton en bronze couvert d'émail et représentant une

Jolie mosaïque (Envermeu, 1852).

5, boucle en bronze étamé ou argenté avec plaque décorée avec

goût (Londinières, 1852).

fi, débris de passoire en bronze (Parfondeval). ~ 7, plateau en bronze (Envermeu, 1853).

8, cercle avec oreillons de cuivre; reste decoiflTbre (Douvrend, 1838).

9, pointe de flèche ou de spiculum en bronze (Parfondeval, 1851).

10, anneau de fer [Envermeu).

XVI

PLANCHE XVI {Envermeu).

Figure 1, ombode bouclier en fer.

2, arroatare da même bouclier.

* 3, cbatnette ou mailles de fer avec un anneau de cuivre et une boule de verre.

4, cbatnette ou mailles de fer. > 5, fer de flèche barbelé.

*- 6, ciseaui en fer avec étui de peau.

7, grand couteau de fer à double rainure.

8, grand couteau de fer.

PLàNCHB XVII.

Figures 2, 3, ornements de ceinturon en bronze étamé, découpés à Jour ei appliqués sur le corps au moyen de courroies (Londiniéres).

4y fibule de bronze doré imitant un oiseau (Envermeu, 1880).

8, clé en bronze (ibid., 1881).

8, clé en bronze (Londiniéres, 1880).

7, fibule ronde en argent ornée de verres rouges posés sur des

paillons (Envermeu).

8, chaînette en bronze, espèce de châtelaine (Londiniéres).

ornement terminal de ceinturon en bronze (Envermeu).

10, colliers ou braceleu en perles de verre (ibid.)

11, seau en bois orné de cuivre (Douvrend).

12, 13, boule de cristal (ibid.)

- 14, ornements de tête en bronze (Londiniéres).

PLANCHE XVIII.

Figure 1, boucle avec plaque en bronze étamé, gravée en creui et ornée de cinq bossettes (Envermeu, 1883).

2, fibule en argent doré, décorée de verroterie de grenats et de

rubis (Douvrend, 1838).

3, épingle en argent doré ornée de grenats (ibid.)

LA NORMANDIE SOUTERRAINE.

PREMIÈRE PARTIE.

DES SEPUIiTURfiS EST «ESTERAIi.

CHAPITRE PREMIER.

BBS FOOlLLtiS. LBUR UTILITÉ HISTORIQUB. MANIÈRE DR hRi FAIRE. CIMETIÈRES CELTIQUES. FOUILLES ▲RCHÈ0L0GIQUE9 PRATIQUÉES EN ANGLETERRE , EN BELGIQUE , EN SUISSE ET EBT ALLEMAGNE EN MÊME TEMPS QU*EN FRANCE.

DEUX choses m'ont toujours séduit dans l'étude de l'an-' tiquité : les églises et les cimetièreSt et ces deux choses se touchent et souvent n'en font qu'une ; car si le ci- metière entoure l'église, l'église elle-même est souvent un vaste cimetière. C'est la basilique des morts, comme l'ap- pelle si éloquemment saint Jérôme.

Je ne rappellerai point ici que, voué dès Tenfance au service des autels, j'ai consacré ma vie à Tétude de l'église, surtout à l'histoire et à la description des églises de mon pays. Plus de six volumes publiés sur cette matière en rendraient témoignage au besoin. Si aujourd'hui je m'écarte un moment du constant objet de mes préoccupations sur la terre, si je détache de l'œuvre éternelle de nos églises quelques instants pour les donner à l'étude des cimetières, c'est que je cède aux pres-

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santés sollicitations de mes amis qui ont voulu me voir résu- mer, en un seul traité, les travaux de dix années, et recueillir en un corps d'ouvrage des feuilles éparses jetées ça et au vent de la publicité. Us ont pensé avoir ainsi, au moyen de plusieurs fouilles réunies, un corps de doctrines sur la matière. Mes amis, je le crains bien, ont trop présumé de mes forces. Cependant je n'ai pas cru devoir leur refuser cette satisfaction qui, en me procurant le plaisir de revenir en arrière, me donne aussi l'avantage de revoir de vieilles connaissances, et de ren- dre moins fautifs les travaux de mes premières années.

Lés fouilles ont été pour moi une agréable distraction au milieu de mes labeurs ecclésiologiques. Généralement parlant, celles que j'ai entreprises ont été heureuses; je pourrais presque dire que je n'en ai pas fait une seule qui n'ait donné des résultats intéressants et inattendus, qui n'ait produit des fruits supérieurs aux sacrifices que le pays s'imposait pour elle. La longue habitude que j'ai acquise des terrains et des objets qu'ils renferment, m'a toujours fait juger au premier coup-d'œil et d'une façon presque infaillible si un champ, indiqué à mes explorations par l'opinion publique ou par le hasard, présentait des chances de succès. Aussi, rarement je m'y suis trompé, j'ajouterai môme que, jusqu'à cette heure, je n'ai pas éprouvé de sérieuses déceptions en ce genre, chaque tentative ayant toujours été suivie de succès.

J'ai hâte d'ajouter qu'en général mes fouilles ont été mo- destes, entreprises sans fracas, et commencées sur une humble échelle qui permettait de se retirer sans honte et d'étudier sans bruit. J'ai toujours préféré revenir deux fois dans le même champ plutôt que de Vépuiser et de rassasier l'ou- vrier, le public ou moi-même. J'ai mieux aimé tenir l'opinion en haleine plutôt que de la saturer, me contenter plutôt que me fatiguer. Et puis on étudie mieux un objet en le prenant par parties et en l'examinant dans ses détails. Après deux ou trois campagnes bien faites, après des études consommées, on peut se résumer sans fatigue et avec plus de fruit, parce qu'a- lors les moindres détails ne vous ont pas échappé.

Qu'on le sache bien, rien n'est fatigant comme une fouille bien faite, surtout une fouille de cimetière. Là, tout consiste dans l'observation soutenue du gisement des objets au sein de Id terre. Bien des gens s'imaginent, et mes ouvriers eux- mêmes partagent cette opinion, que ce que je cherche dans le sol, ce sont des trésors : ils me prennent pour un Californien

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dépaysé qui, n'ayant pas le courage de se transporter de France en Californie, veut transporter la Californie en France. Je suis pour eux comme un magicien qui a lu dans les astres, dans les bouquins ou les vieux titres, Texistence mystérieuse de trésors cachés sous les ruines. D'autres, plus nombreux et plus éclairés, pensent que si je déchire ainsi le sein de la terre, c'est pour y trouver des vases, des armes, des médailles ou des objets précieux. Or, ce n'est rien de tout cela que je cherche, A vrai dire, lorsqu'un bel objet sort de terre, qu'une pièce importante se révèle sous la bêche, je n'y suis jamais indiffé- rent; mais une fois tiré de la terre, il perd pour moi la moitié de sa valeur, et quand il a été étudié, il n'en a plus du tout. Je le dépose avec bonheur dans une collection publique et je me résignerais presque à ne plus le revoir.

Ce que je cherche au sein de la terre, c'est une pensée. Ce que je poursuis à chaque coup de pioche de l'ouvrier, c'est une idée; ce que je désire recueillir avec ardeur, c'est moins un vase ou une médaille qu'une ligne du passé) écrite dans la poussière du temps, une phrase sur les mœurs antiques, les coutumes funèbres, l'industrie romaine ou barbare, c'est la vérité que je veux surprendre dans le lit elle a été cou- chée par des témoins qui ont à présent douze, quinze ou dix- huit cents ans. Je donnerais volontiers tous les objets possibles pour une révélation de ce genre. Les vases, les médailles, les bijoux n'ont de prix et de valeur qu'autant qu'ils révèlent eux- mêmes le nom et le talent 4'un artiste, le caractère et le génie d'un peuple, en un mot, la page perdue d'une civilisation éteinte. Voilà surtout ce que je poursuis au sein de la terre. Je veux y lire comme dans un livre : aussi j'interroge le moindre grain de sable, la plus petite pierre, le plus chétif débris, je leur demande le secret des âges et des hommes, la vie des nations et les mystères de la religion des peuples.

C'est que, voyez-vous, le sol m'a toujours paru le plus complet, le plus vrai des livres. Je Tai appelé ailleurs « un volume de six mille ans » dont chaque siècle a écrit une page avec de la*cendre et de la poussière. Il n'y a qu'à souflQer sur cette poussière et elle se ranimera au contact de la vie comme les morts à la voix d'Elisée. Sous la cendre refroidie des an- nées, vous verrez se dresser palpitante la figure du passé avec sa couleur véritable et son inaltérable physionomie, car le passé est caché comme un de ces dieux antiques enfouis par les barbares ou par la main de leurs adorateurs, et que

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nous tirons aujourd'hui de leur couche de sable pour les faire trôner dans nos musées, les sanctuaires des arts. £t puis quel a donc été le rédacteur de ce livre antique écrit avec des os- sements et avec des ruines? L'écrivain, c'est la mort qui ne ment jamais, et qui de sa main de fer a dépouillé impitoyable- ment tout ce qu'il, y avait de faux chez l'homme pour ne laisser plus subsister que le vrai. Marchez donc franchement sur les pas de cette cruelle ennemie du mensonge, elle a déchiré le masque dont se couvrait l'humanité vivante, et à présent vous ne trouverez plus que l'humanité nue avec la poussière de son voile.

Tous les siècles, tous les peuples sont donc cachés dans la terre. Le Gaulois y est couché à côté du Romain, et le Romain y dort auprès da Barbare. Ces hommes, il ne s'agit plus que de les faire parler et de bien comprendre leur réponse; mais pour cela il ne faut pas confondre les langues, n faut savoir bien discerner les tons, les nuances, les couleurs, les physio- nomies de chaque peuple et de chaque civilisation. Je com- prends parfaitement que c'est une affaire d'instinct, une question de goût, de tact et de discernement; mais cet instinct et ce goût se développent par l'éducation, s'alimentent par l'habitude et se fortifient par l'exercice. En un mot, c'est une science et une science qui a ses règles et ses fautes, ses succès et ses écueils. C'est le résultat d'une étude longue et appro- fondie, d'une pratique sûre, constante et redoublée, d'une expérience consommée. Toutefois les règles les plus sages ne sont pas infaillibles, les hommes les plus expérimentés ne sont pas exempts d'erreur. Aussi dans toute l'archéologie rien de plus délicat que cette matière la confusion est facile, les nuances sont imperceptibles, la ressemblance est trom- peuse et

c Le vrai peat n'être pas qnelqaefoii vraisemblable. »

On conçoit aisément que comprise de cette sorte, une fouille doit être fatigante et pénible. Il faut suivre sans cesse l'ouvrier, ne pas le perdre de vue un instant, avoir les yeux au bout de sa bôche et l'attention attachée à tous les mouvements de sa main. Cette vie d'attention, d'émotions, d'alternatives, de préoccupations, use et fatigue autant et plus que de rester debout, d'aller d'un ouvrier à l'autre, de dégager péniblement et minutieusement les objets aperçus par la bâche.

Si au contraire vous quittez l'ouvrier, si vous ne le suivez pas constamment, vous n'obtenez aucun résultat moral et in-

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teUeetuel. Cet homme n*est qu'un outil, un instrument aveu- gle qui ignore ce qu'il fait et pourquoi il le fait, qui ne com- prend pas même le but quand on le lui explique, qui ne voit absolument rien dans ces couches de terre qu'il soulève avec peine, dans le placement d'objets dont la rencontre lui semble î'efiet du hasard, dans ces mille détails enfin, si importants, mais si fugitif, qui constituent toute la science des fouilles.

n est assez rare qu'une fouille présente des objets inconnus, des pièces tout-à-fait nouvelles, des morceaux tels qu'on n'en trourerait point d'analogues dans les musées de France, d'Al- lemagne ou d'Angleterre. Mais ce qui caractérise une fouille heureuse et bien dirigée, c'est de révéler un détail qui n'exis- tait pas ailleurs, un caractère que le temps avait oblitéré, ou une observation qui avait échappé aux précédentes explora- tions. J'ai souvent eu l'occasion de me convaincre de cette mérité : à savoir que quelque attention que l'on apporte à bien observer, on ne peut tout voir, tout saisir, tout reconnaître, n est telle chose qui vous échappe un jour et qui vous frap- pera l'autre, il est telle autre restée obscure dans deux ou trois explorations, qu'une quatrième et une cinquième fouille par- viennent à éclaircir et à élucider pour toujours.

De ce que nous venons de dire du sol, on comprend aisé- ment que bien' des espèces de cimetières couvrent la surface du pays que nous habitons ; car tout dépôt de poussière hu- maine, tout dortoir de l'humanité, à quelque époque que ce soit de son existence, est un cimetière. Il y en a donc par toute la face du monde habité, ou plutôt la terre entière n'est qu'un vaste cimetière chaque grain de sable a eu la vie et s'est agité devant le soleil. C'est donc par les cimetières que l'on peut juger du passage plus ou moins long de l'homme aux lieux que nous habitons.

Je dois avertir tout d'abord que dans les diiférentes fouilles que j'ai faites en Normandie depuis dix ans, je n'ai trouvé que deux sortes de cimetières : des cimetières romains et des cime- tières francs, c'est-à-dire des cimetières qui embrassent les dix premiers siècles de notre ère. Je n'en ai pas rencontré un seul antérieur à Jésus^Christ. Je suis loin de prétendre pour cela qu^il n'y en ait point dans nos contrées : loin de là, je sais qu'il y a des cimetières gaulois, que l'on a découverts, çà et là, non-seulement dans la Normandie, mais dans toute la France. Mais moi je n'ai pas eu ce bonheur; jamais un seul ne m'est tombé sous la main. : si bien que je ne puis poser de

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règles sur cette matière, je ne sais absolument que ce que les autres ont dit.

Pour l'instruction de mes lecteurs, je ne veux pas omettre toutefois de signaler autour de nous les différents points Ton dit que furent trouvées des sépultures gauloises.

Guibert de Nogent, chroniqueur du xii* siècle, raconte que de sou temps on ouvrit une colline funèbre contenant un cer- cueil autour duquel plusieurs corps formaient comme une ronde de danseurs i. On attribuait ce tumulus aux Celtes. L*abbé Lebeuf, dans son Histoire de Paris 2, Legrand d'Aussy, dans ses Sépultures nationales de France, racontent qu'au xvii* siècle on ouvrit k Dognon, dans la marche du Limousin, un tertre tumulaire qui fut reporté aux Gaulois. On attribua au même peuple les découvertes faites dans la colline funèbre de Crécy, fouillée en 4787 3, et dans celle de Noyelle, en Picar- die, explorée en 4794 ^. La Bretagne, et personne ne s*en étonnera, a présenté un bon nombre de sépultures celtiques à Rewis, à Camac, à Loc-Maria-Ker et ailleurs ^. Le Poitou en a montré une à Sarmacole, qui fut visitée, en 4830, par M. Lecointre-Dupont ^.

Notre Normandie elle-même n'en est point dépourvue. Sans parler de ces curieux et intéressants tombeaux rencontrés à Cocherel, en 4685, qui renfermaient, avec des vases, des ha- chettes en pierre dans des cornes de cerf et des armatures de flèches en os 7, nous devons citer le tumulus de Fontenay-le- Marmion, fouillé de 48S9 à 4832, par les soins de la Société des Antiquaires de Normandie ^. Peu de cimetières en Europe

' Gaibert. de Noviom, de ViUd tud^ Ub. 11, cap. i. Legrand d'Aauy, Des Sépultures nationales et parUeulièrement de celles des Rois de France, édit. Roqaefort, Paris, 1824.

* Dissertations sur l'Histoire de Paris.

* Id., ibid. TraaUé, Magasin encyclopédique, t. iv, p. 329.

* Id., ibid.

^ Legrand d'Aoïsy, ibid. Laïauvagère, Antiquités de la Gaute. . L'abbé Hahé, Antiquités du Morbihan, etc.

' Mém, de la Soc. des Antiq. de Nortn., t. vi, p. 375.

' Ces tombeaui, au nombre de 25, étaient en pierre, sur le penchant d'une colline et imJiqnés par deni grosses pierres. Voyez la Relation et dis- sertation touchant l'origine et l'antiquité de quelques corps trouvés dans un ancien tombeau, au village de Cocherel. entre Êvreux et Vemon, en Van i685, par M. Tabbé de Cocherel, dans V Histoire civile et ecclésiastique du eomté d'Èvreux, par Lebrassenr, en 1722.

* Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. vi.

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ont présenté des résultats plus intéressants et les caractères d'une plus haute antiquité. Caen possède des restes d'osse- ments et un magnifique vase gaulois provenant de ces fouilles, et Paris montre dans sa Bibliothèque Impériale un admirable bracelet ou collier d*or, vrai chef-d'œuvre de Torfèvrerie cel- tique.

Après la colline de Fontenay-le-Marmion, on peut citer avec honneur le tumulus de Condé-sur-Laison, soigneusement étudié en 4834 par M. Galeron, de Falaise ^ ; les sépultures découvertes au Vauvray, en 484S, lors de la confection du chemin de fer de Rouen à Paris ; là, comme à Cocherel, les corps inhumés sous une forte pierre, étaient accompagnés de poteries grossières et de hachettes en silex, emmanchés dans des cornes de cerf 2. Enfin nous signalerons encore les petits tumuU de la cité de Limes, près Dieppe, si scrupuleusement ijiterrogés par M. Feret, de 4832 h 4826 <. L'auteur, il est vrai, ne démontre pas, mais il fait seulement présumer.

Ce n'est pas non plus sans un certain sentiment de défiance que nous citerons les sépultures celtiques explorées, en 4834, dans la vallée de la Somme, à Port-Ie-6rand, par M. Hecquet d'Orval ^. Si la poterie a tous les caractères gaulois, les deux médailles d'Adrien et de Marc-Aurèle sont de nature à faire iréfléchir les hommes éclairés et difiiciles, et k faire reporter ces urnes à des Gaulois vivant sous la domination romaine.

Au surplus je commence par dire que, sauf les hachettes et les cornes de cerf du Vauvray, la poterie évidemment celtique de Fontenay-le-Marmion, les débris de la Cité de Limes et les urnes de Port-le-Grand, je n'ai rien vu des autres ; et encore ces restes de sépultures je ne les ai ni exhumés ni vu exhumer de mes propres yeux, dès-lors je dois m'abstenir.

Sur cette matière donc je renvoie mon lecteur à M. de Caumont, à Legrand d'Aussy, au comte de Caylus, k l'abbé Mahé, aux Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, et k tant d'autres recueils se trouvent d'excellentes notices sur des cimetières gaulois. Pour moi je ne conteste, ni ne ga- rantis les faits qu'ils rapportent, les conséquences qu'ils en tirent ou les principes qui en découlent. J'ignore, et si j'avais h traiter la matière, je m'aiderais des lumières de ces savants,

' Mémoires de la Société des Anliquaires de Normandie, t. n, p. 149. ' Toas ces objets sont déposés à la bibliothèque publique de Louvicrs. ' Além» de la Société des Anliquaires de Normandie, t. m, année 1826 Mém. de la Société royale d'Êmul. d'Abbeville, années 1838-10.

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examinant les règles qu'ils posent, les conséquences qu'ils en déduisent, les soumettant toutefois, selon mon usage, au con- trôle de mes découvertes et de mes propres observations. C'est ainsi que j'ai procédé pour les deux espèces de cimetières que j'ai fouillés et que je vais décrire. J'ai puisé les principes chez les maîtres qui m'ont précédé, j'ai appliqué les règles, j'ai examiné ce qu'elles contenaient de vrai ou de faux, de certain ou de hasardé.

A coup sûr, je n'ai point créé l'archéologie, elle existait avant moi, j'ai en accepter les règles, mais non sans exa- men, ni sans critique. Je n'ai point non plus inventé les cime- tières mérovingiens, seulement j'ai trouvé sur ce point la science encore peu avancée. J'ai commencé mes études de concert, mais sans entente préalable, avec des érudits qui fouillaient dans le môme sens et pour le même but en France, en Suisse, en Angleterre et en Allemagne. Mes travaux ont trouvé en eux un appui réciproque et inattendu.

Les Anglo-Saxons de la Grande-Bretagne, décrits par MM. Wylie ^ Davis 2, Akerman ', Thomas Wright *, Néville ^ et Roach Smith ^, sont les contemporains véritables et presque les parents de nos Francs-Neustriens. Ils sont comme eux les enfants de cette grande famille germanique qui couvrit l'Eu- rope du iv^* au vi® siècle. Etsi l'histoire ne le disait pas, il se- rait facile de démontrer par eux que l'heptarchie anglaise est contemporaine de notre polyarchie mérovingienne. Les magni- fiques fouilles de M. Houben à Xanten 7 et surtout celles de MM. V. et L. Lindenschmit, à Selzen près Mayence ^, nous

* Fairford gravu, a record of researehes in an anglo^axan buHal- place in GloucesUrthire, by W. Wyhe, iii-4''. Oxford, 1852.

' Cranta Britannica, proposais for pablicatioD.

* Remains of pagan Saxondom, principcUly from lumuli in England, described and Hlusiraled,by John Yonge Àkerinan, in-4*>, London, 1852-54. Remarks on some of Ihe weapons of ihe celUc and teutonic races, in-l^, LoDdoD, 1852. An account of excavations in an anglo-saxon hurial- ground, al Hamham-BiU, near Salisbury, London, 1854.

* The cell, the roman and Ihe saxon, by Thomas Wright, London, 1852.

* Saxon obsequies, by honorable R. Névilie, in-folio, London, 1853.

* CoUeclanea antiqua, etehings and notices ofancient remains, by Roach Smith, 3 vol. in-8% London, 1843-54.

^ Roemisches anUqaarium des Konigt preus notaires, PhUippi Bouben in Xanten, in~4o, Xanten, 1839.

* Das Germanische todtenlager bei Selzen in dcr Provinz rheinhessen, io~8", Mainz, V. Zabcrn, 1848.

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foDl voir dans leur source cette civilisation allemande, ces coutumes franques, ces arts et ces usages germaniques qui, comme un fleuve, ont inondé nos contrées aux bas temps de l'Empire et déposé sur le sol que nous habitons le germe du monde féodal et d'une société nouvelle.

La Belgique, ce berceau de la monarchie mérovingienne, nous a donné aussi deux cimetières francs bien constatés, et c'est chose curieuse que les sépultures de Lède aient été fouillées en 4847, la même année que celles de Londinières, et que les Tombois d'Haulchin aient été explorés en 4850, l'an- née même de la découverte de la Tombe d'Envermeu i.

En Suisse, M. Troyon a montré sur la colline de Bel-Air ^, dans les tombeaux des Helvètes, les frères et les alliés de ces Burgondes que M. Baudot, de Dijon, exhume à Charnay >, depuis plus de vingt ans. M. Auguste Moutié, de Rambouillet, a rencontré dans l'ancienne Ile-de-France, ces premiers maîtres du sol que nous habitons, dans le lieu même auquel Us ont donné leur nom ^. M. RigoUot, dans son savant Mémoire & qui est comme un traité complet de la matière, a fort bien démon- tré que tous ces hommes, Helvètes, Burgondes, Allemani, Anglo-Saxons, étaient les frères de nos Mérovingiens de Mi^ séry ^, de Bénouville 7, deHoudan, d'Auffargis ^, de Douvrend, de Londinières et d'Envermeu. .

* Rapport de M. Schayes à l'Académie de Belgique, le 6 février 18K4, ^ans VAthencntm françaù, dn 22 avril 1854. -yi^otice sur la découverte d'un emeHère franc au village d^Haulehin, dans la province de Bainaut, par M. Schayes, in-8» de 6 pages, extrait du Bulletin de l'Àcadénùe royale de Belgique, t. xxi, d* 2.

' Description des tombeaux de Bel- Air, pris Chesetxux-eur-Laïusanne^ par Frédéric Troyon, in-4o, Lausanne, 1811.

' Descrqftùm d'objets antiques découverts, en octobre 1832, dans le terri- toire de Charnay (Saône^t-Loirej, par H. H. Baudot, dans les Mémoires de la Commission des Antiquités de la CôU-d'Or, années 1832 et 1833. Note sur les sépultures w^érovingiennes de Charnay, par M. U. Baudot, dans les Séances générales du congrès archéologique, tenu à Dijon, en 1882, p. 810-14.

* Le Cabinet de V Amateur et de l'Antiquaire, année, 1843.

^ Recherches historiques sur Us peuples de la race teutonique qui enva- hirent les Gaules au V siècle, par le docteur Rigollot, dans le tome x des Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie.

« Id., ibid.

' Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xu.

* Note sur un cimetière présumé mérovingien, découvert à Auffargis en 1846, par M. A. Moutié.

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Les travaux, les voyages et les lettres de ces savants, aux- quels je dois joindre MM. Worsaae, de Bonstetten, de Long- périer, Deville, Pottier, de Caumont et Auguste Leprevost, m'ont aidé, soutenu et encouragé dans mes travaux et mes pénibles recherches. Ils m'ont éclairé surtout dans les consé- quences qu'il en fallait tirer. J'ai été assez heureux pour voir mes modestes Notices goûtées et estimées par eux bien au-delà de leur valeur. J'ai eu le plaisir de les voir citées dans leurs ouvrages avant de connaître leurs personnes et leurs œuvres.

Je demande au lecteur la permission de citer, à ce sujet, l'opinion de M. Frédéric Troyon, savant explorateur de la Suisse, qui a visité presque tous les musées du nord de l'Europe :

« Les cimetières d'Ënvermeu et de Londinières, m'écrivait- il à la date du juillet 4852, appartiennent évidemment, au- tant du moins que je puis en juger, à l'époque mérovingienne, lies vases, dont vous donnez les dessins, offrent plus de rap- port avec ceux des Allemani qu'avec ceux des Burgondes. Sur votre planche des objets antiques d'Ënvermeu i, le n^* 48 est une reproduction des coupes de verre de Selzen et du Séeland, en Danemark. J'ai vu des pièces pareilles aux figures a et 44 , dans les musées d'Augsbourg, de Copenhague et de Stockholm. Les petites agrafes, de la forme de la figure 37, se retrouvent déjà dans des tombeaux de la Grimée du iv^ siècle avant l'ère chrétienne. Quelques-unes de ces formes paraissent de fort bonne heureen Orient. Les objets découverts dans les tombeaux des TscliESés, en Sibérie, m'ont souvent firappé par leur analogie avec ceux de nos cimetières mérovingiens. Plusieurs de ces formes nous viennent de l'Asie ; mais il faut reconnattre d'autre part les influences subies par les envahis- seurs, et même les traits qui les distinguent suivant les lieux ils se sont établis.

» Quant à la figure 46, ses dimensions me paraissent un peu petites pour que cette pièce ait pu servir de casque. Cette opinion a cependant été soutenue, il y a déjà plusieurs années, dans les Mémoires de l'Académie de Munich ; mais elle a été abandonnée à la suite de découvertes nombreuses qui ont fait envisager ce genre d'objet comme des umbo, parce que cha- que fois que le bouclier présentait des garnitures en fer, quel- que peu conservées, cette pièce occupait toujours le centre. Dans le musée de Schewerin, un des umbo est encore entouré du rebord en fer complet du bouclier. Cette forme, rare en

' Planche xi de la Normandie souterraine.

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Suisse, se retrouve surtout en Allemagne, dans la Suèae moyenne et en Norwëge. »

Et à propos de l'unité des races, il ajoute :

Vous m'avez parlé, Monsieur, de fraternité en germanisme de même qu'en Adam et en Jésus-Christ, ce que j'adopte tout- à-fait. J'ajouterai même que dans l'étude générale que je cher- che à faire sur le développement de l'humanité, je suis frappé de l'unité de Tesprit humain et de l'analogie avec laquelle il s'exprime indépendamment du temps et des lieux. L'humanité est bien une famille, et malgré la diversité des tendances, ou plutôt à cause de cette diversité, il est bon de resserrer les liens d'une origine et d'une espérance communes. »

Un seul savant, véritablement digne de ce nom, a paru se- couer la tête au récit de mes humbles découvertes. Cet homme, c'est M. Charles Lenormant, l'un des oracles de l'Institut de France i. Mais après avoir conféré de son opinion avec mes collaborateurs les plus distingués, il en est résulté pour nous cette conviction : c'est que M. Lenormant n'avait pas encore étudié ces questions qui sont neuves et presque exclusivement provinciales, mais qu'à coup sûr il viendrait à nous le jour il les examinerait avec soin. Et puis lui-même n'a pas craint d'avouer que les hommes de la province assis sur le sol, fouil- lant les objets par eux-mêmes, les voyant de leurs yeux, les touchant de leurs mains, étaient mieux à portée de les juger que les savants de la capitale qui n'ont que des dessins, des musées, des collections parfois mal classées et mal étiquetées. Aussi nous ne désespé^onç pas, mes confrères et moi, d'en- tratner un jour à nous l'opinion de llnstitut, ce qui sera la sanction suprême donnée à nos humbles labeurs et la plus belle récompense de nos persévérants travaux.

* Bapporl à l'Académie des inseripUons et Belke-LeUres, au nom de la Cammistion des AnIiquUés de la France, par M. Lenormant, lu dans la séance pabliqae annuelle du 22 août 1851, p. 4 et 5.

CHAPITRE II.

DBS SÉPULTHEBS GALLO-ROHAINBS BT DBS SÉPULTURBS PBANQUBS- HÉROVINGIBNNBS. DIPPÉRBNCB QUI BXISTB BNTRB CBS DBUl ÉPOQUES. MANifcRB DB LBS DISTINGUBR L'uICB DB l'aUTRB.

JB vais tâcher de définir clairement (aussi clairement qae le permet l'état actuel de la science) la différence qui se trouve entre les sépultures romaines et les sépultures mé- rovingiennes ^, en d'autres termes, je vais indiquer les moyens de discerner les inhumations faites dans notre pays sous la domination romaine et celles qui furent déposées au sein de la terre pendant la période franque des rois mérovingiens. Je dois dire tout d'abord que cette différence ressortira des pages de ce livre, des descriptions que nous allons donner et même des dessins que nous allons produire, dessins qu'il sera facile d'opposer l'un à l'autre et qui rendront le jugement aisé. II le serait beaucoup plus encore par l'exhibition matérielle des objets et la vue des collections qui renferment le produit de nos différentes fouilles.

La tâche que j'entreprends est moins difiBcile pour moi que pour un autre, parce que les cimetières que j'ai fouillés avaient tous une physionomie tellement différente, tellement tranchée que la confusion n'était pas possible et que la dis- tinction ressortait d'elle-même. J'ajouterai ensuite que ce qui a manqué à mon expérience, à mon éducation archéologique, ce sont les cimetières de la transition participant aux deux époques et qui, comme celui d'EsIettes 2, renfermassent des urnes romaines et des inhumations mérovingiennes. M. De- ville, sous ce rapport, a été plus heureux que moi, mais mal-

* J'appelle M sépaltnres romaine» celles des trots premiers siècles de notre ère, et sépnltares mérovingiennes celles qui eurent llea depuis Glovis jusqu'à Gharlemagne.

' Commune de Monville, arrondissement de Rouen.

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heureusement il n*a pas suivi lui-même Texploration ou du moins il n'a pas publié le résultat de ses observations.

Les cimetières que j'ai étudiés ont été de deux sortes, les uns à ustion, les autres à inhumation. Il eût fallu être entière^ ment inexpérimenté pour ne pas en comprendre tout d'abord la différence. C'est donc une chose aisée que celle qui m^est échue en partage ; seulement dans l'inhumation il y a eu des périodes diverses, des nuances différentes qu'il est fort im-^ portant d'étudier et de saisir. Cette distinction très-sérieuse sera l'objet du chapitre suivant.

Je pose d'abord la différence qui existe entre les sépultures romaines et celle des temps mérovingiens ; elle est si frap- pante, si saisissable, que l'œil le moins exercé ne saurait s'y tromper. Je pense de plus que tout lecteur intelligent, quand même il n'aurait aucune notion d'archéologie, pourra facile- ment lui-même se rendre compte de la différence à chaque page de ce livre, en confrontant les descriptions et en com- parant l'un à l'autre les dessins qui accompagnent nos récits.

Pour mettre mon lecteur plus à même de juger et afin de le jeter pour ainsi dire au cœur de la question, je l'introduirai dans une collection publique, dans le musée de Rouen, par exemple, et j'exposerai devant lui le résultat de mes diverses fouilles. D'un côté, je mettrai Lillebonne, Fécamp, Dieppe, Cany, le Bois-des-Loges ; de l'autre, je déroulerai la vallée de l'£aulne, représentée par Envermeu, Douvrend, Londi- nières, Lucy et Parfondeval, et je lui dirai :

Chez le gallo-romain de Lillebonne, de Dieppe ou de Fé- camp, pas de corps d'hommes, mais des os brûlés réduits en petits morceaux, soit par l'activité des flammes, soit par la main qui les déposa dans l'urne. Parmi ces urnes, déposi- taires d'ossements calcinés, les unes sont de plomb, décorées

d'ornements et d'inscriptions en relief, les autres sont en verre, rondes comme au Bois-des-Loges, pomiformes comme k Ëslettes, à Cany et au Pollet de Dieppe, carrées comme à Luneray ou octogones comme à Fécamp. Les autres, enfin,

sont en terre de toute forme et de toute couleur, parfois blanches, parfois rouges, le plus souvent grises ou noires. Dans ces urnes, on trouve de temps à autre des cuillères en argent, des épingles ea os, des fibules de bronze, des styles, des tablettes h écrire, des monnaies, des bagues, des coupes de verre, des gobelets eu cristal, des fioles lacryoïatoires et de petits vases en terre. A cOté de l'amphore cinéraire sont rangées, comme pour

l'accompagner et pour lui faire honneur, des cruches et des assiettes de terre, des plateaux de verre, des soucoupes et des bols eu terre dite de Samos ; en un mot, des vases qui ont contenu des offrandes ou des parfums, des assiettes pour la nourriture, des lagënes ou cruchons pour la boisson.

Cette terre est fine, légère, moulée avec adresse et tour- née avec goât ; les ornements en sont dessinés avec art et in-

telligence ; on reconnaît une main exercée et savante dans les moindres détaita de la décoration comme de la forme. La

couverte en est généralement solide et appliquée avec entente. Parfois les vases en terre et en verre possèdent des lettres, des caractères, des signes, des initiales, des noms même ; mais ces caractères sont tous romains et semblent empruntés aux siècles d'Auguste, de Trajan et d'Antonin. Tous les mots sont pris dans la langue latine de la plus belle époque : les noms d'artistes, la désignation des officines indiquent un art avancé et une civilisation perfectionnée. Généralement, les médailles sont bien conservées et semblent sortir de l'atelier monétaire ; la plupart sont de ce Haut-Empire qui porta si loin la civili- sation dans les Gaules.

Vous le voyez , il y a ici l'union d'une grande richesse et d'une élégance exquise : l'art y donne la main au bon goût. Tout est marqué au coin d'une vie calme, heureuse et confor- table ; les croyances sont chargées d'idées matérielles ; on suppose à l'Ame des goûts, des habitudes et des ressouvenirs de la terre. Cette société délicate a horreur de tout ce qui rappelle la dissolution et les vers ; ses membres se montrent &cheux même à l'endroit du tombeau. Cependant ils tiennent à une longue durée matérielle, et s'ils demandent au feu de purifier leurs restes, c'est afin de les conserver plus long- temps.

Chez le Franc, au contraire, il en est bien autrement pour les idées, les croyances et les habitudes. Ici tout est rude comme la nature de ce peuple, tout est dur et crû comme

chez des barbares. C'est l'état de nature avec quelques tradi- tions romaines, avec les premiers germes du Christianisme, cette civQisation de l'avenir. Voyez plutôt : le corps est rendu à la terre; le cadavre, après avoir séjourné quelque temps sur le sol) est déposé dans un coffre de bois ou dans un cer- cueil de pierre, puis descendu dans une fosse de craie, parfois

assis, plus souvent couché sur le dos. Ce squelette, dont la nudité nous effraie aujourd'hui, fut confié à la terre tout habillé, couvert de ses plus beaux vêtements et paré de son plus riche butin ; et, comme derniers témoins de cette coutume disparue, nous retrouvons autour à» mort la lance, la hache, le sabre, le poignard, les flèches, le bouclier, le seau, le -casque ou la couronne.

LK PRAHC DE SBLZBH.

Approchez donc et contemplez de près cet homme de la monarchie primitive, cet aïeul de la civilisation moderne. Parfois sa téta est couverte d'une coiffure de fer ou de

peau avec garnitura de cuivre qui ferme sur elle en forme de

couronne ou qui la ceint comme un diadème. Des oreilles, descendent de larges anneaux d'argent ou de cuivre ornés de pendants et de boules de pflte plaquées et décorées de verro-

©OO

terie on de grenats. Parfois des épingles de brome ou d'ur- gent soutenaient la forêt de cheveux qui couvrait ces têtes chevelues. Au cAté droit de la tête, est une lance de fer dont le manche

A

en bois de chêne était tenu dans la main du défunt, mort sous les armes, comme il avait vécu dans ces Ages de fer. De l'autre côté du chef, se rencontre h de rares intorvriles un bouclier en bois garni de cuir ou de peau, dont le déve1<^)pe-

49 ment était soutenu aux extrémités par des verges de fer, et

dont le centre était occupé par un uwJbo proéminent en fer ou en argent, selon la richesse du guerrier.

Au cou est un collier d'ambre jaune, de perles de verre ou de pâte de verre. Ces perles, de toute couleur, affectent aussi toutes les formes. Les unes sont petites, arrondies ou allongées,

d'autres sont grosses, rondes commedes boules, aplaties comme des tambours ou carrées commedes dés à jouer. La surface est ordinairement chargée de filets d'une couleur différente, ce qui forme des dessins et presque des mosaïques.

Entre les côtes sont étagées deux fibules qui soutenaient la robe et ornaient la poitrine du mort. Ces fibules, parfois d'or ou d'argent, sont le plus souvent de bronze doré, argenté ou étamé. Quelques-unes de ces fibules ou épingles reproduisent des oiseaux, des aigles, des perroquets, des poissons, des abeilles, des dragons et des animaux fantastiques ; d'autres

imitent des mains dont chaque doigt serait orné de grenats, tandis que la palme serait surchargée de dessins. La plupart

de ces fibules ont, comme les plaques de ceinturoii, une sur- face couverte d'enroulements, de zigzags, d'entrelacs, de ser-

pents, entremêlés parfois de symboles ou de sujets sacrés, comme les lions du prophète Daniel, le monogramme ou le poisson du Christ.

Au doigt de la main sont des bagues ou des anneaux d'or, d'argent, de cuivre ou de bronze. Quelques-unes de ces bagues

sent unies, mais d'autres ont des chatons eu agate, en verro- terie rouge ou verte, ou des croix incrustées sur métal. Com- munément eUes sont encore passées au doigt qui les porta.

dont la phalange est toute verdie par l'oxyde du bronze. Par- fois le poignet de la main gauche est serré par un bracelet d'argent ou de bronze étamé, dont la forme est romaine ou moderne, si l'on veut, car il serait mal aisé d'y trouver de la

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Au côté gauche du mort, pend une épée, en fer, pointue et coupant des deux côtés, mais le plus souvent un sabre ou large couteau-poignard tranchant d'un seul . La poignée était en bois, ainsi que le fourreau ; ce dernier, recouvert de cuir ou de peau, conserve presque toujours des traces de la garniture de bronze qui le parait en haut et en bas.

Mais c'est la ceinture surtout qui renferme la plus riche moisson d'objets divers.

D'abord un ceinturon de cuir ou de peau en faisait le tour et fermait sur le devant du corps avec des boucles d'argent, de cuivre étamé ou de fer damasquiné. Parfois des plaques de bronze ou de fer tiennent lieu de boucles, et alors elles attei-

#

gnent de grandes proportions. Ce fer, aujourd'hui couvert de rouille, était autrefois incrusté d'or ou d'argent, recouvert d'une plaque de métal ou damasquiné avec soin, surtout chez les Burgondes et les Helvéto-Burgondes.

Au ceinturon se rattachait, par une petite boucle de bronze» un couteau à manche de bois qui ne fermait jamais, mais dont

on enveloppait la lame dans une gatne de bois recouverte de cuir. Dans une bourse de la ceinture on a trouvé des tiers de sou d'or du vu* sifede, des monnaies d'argent du vi* et des médailles romaines en bronze du Haut et du Bas-Empire. Ces dernières étaient assez souvent firustes, percées ou coupées en deux. A côté de& monnaies on rencontre des peignes, en os, des silex taillés pour battre le feu, des pinces à épiler, des clés en fer, des eiseaux enveloppés dans un étui en peau, des cor

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quillages» des pierres à rafiler, des fers de flèches ; en un mot, tout Tattirail d'un soldat barbare, chevelu et couvert de fer.

Sur les jambes, à la hauteur de la main, sont de grosses

fm

boules de verre, parfois rondes, mais le plus souvent hémi- sphériques ; sur les tibias repose la hache, souvent seule, quel- quefois aussi accompagnée d'une lance » ce qui indique un soldat complet. Ces haches touchaient d'une part à la terre ou

(^

au bois du cercueil, mais de Fautre elles posaient sur les vê- tements de laine du mort, car un côté conserve toujours la trace d'un tissu ou parfois de trois tissus superposés.

Bnfin, aux pieds était un vase en terre blanche, rouge, grise ou noire, ne contenant rien et paraissant n'avoir jamais rien renfermé de solide, mais tout au plus de l'eau froide et peut- être chaude, car quelques-uns de ces vases ont subi l'action

du fim ; ils aoDt ou ooircis par la fiimée ou calcinés par les flammos. Il y en a qui ont une anse, jamais je n'en ai tu deax;

les vases k anses ont un bec, les autres n'en ont pas. Parmi ceux qui sont sans anses, et ce sont les plus nombreux et les {rfus beaux, plusieurs sont hémisphériques comme nos bols, la plupart affectât une forme qui n'est plus usitée aujour- d'hui, mais qui se rapproche assez de nos sucriers.

La terre en est gén^idement très-grossière, surtout la terre rouge. Quelque»-uns sont très-épais ; d'autres sont fins et lé- gers. Têtus d'une couverte noire qui n'est qu'une application de plomba^ne ou de mine de plomb.

Quant aux dessins qui les décorent, ils sont essentiellement barbares, sans goât comme sans science. S'il y a un art, c'est l'art romain dégénéré. Ce scmt des formes rudes et grossières

qui vont bientM âtre transmises Ii l'architecture et former ce s^le roman que nos pères conserveront jusqu'au xi* siècle. Ce n'est qu'en contemplant les imbrications, les moulures k compartiments, les nattes, les rubans, les entrelacs, les bri- sures, les losanges, les gaufrures, les chevrons, les billettes,.

«4 les damiers, les zigzags, les frètes, les nébules, les étoiles, les têtes de clous et les créneaux de l'architecture romane qne l'on peut se faire une idée approximative de l'ornementation de ces vases, comme c'est seulement dans les manuscrits car- lovingiens et anglo-saxons que Ton peut relrouYcr l'analogue des enroulements et des dragons qui oment les fibules et les s cdnturons.

8IUBII [bOBDS du IHIK).

Ces objets que nous venons de détailler ou de décrire, placés aous vos yeux ou dans un musée, ne sont-ils pas parfaitement reconnaissables, aisés ^ distinguer l'un de l'autre. Or, je vous le demande, sont-ce deux civilisations pareilles ? Sont-ce U des contemporains, des hommes qui aient vécu ensemble sur la même terre? Pourra-t-on jamais dire que ces deux civilisa- tions se rapportent et que les hommes qu'elles représentent ont eu des mœurs, des idées, des arts et une religion sem~ ' blables?

D'un cAté, ne voit-on pas un peuple tranquille, civilisé, assis sur le sol, jouissant du pays dans une paix profonde; un peuple riche, cultivant les arts, païen dans sa religion, adorant les faux dieux, croyant h Latone, k Caron, aux Mânes, aux Ombres, à l'Elysée, aux jouissances matérielles dans l'autre vie; latin dans sa langue, dans ses inscriptions, dans le nom de ses artistes ; mais surtout un peuple rafBné dans les arts, idolâtre de la forme, avancé dans sa fabrique et son industrie, ayant des moyens puissants d'exécution, des voies de com- munication faciles et assurées, des traditions grecques et égyp- tiennes pour ses bronzes, ses métaux, ses miroirs, sa cérami- que, sa verrerie et sa peinture.

L'autre, au contraire , grossier dans ses mœurs, commun

1

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dans ses étofies, simple dans ses habitudes, étranger aux arts et à l'industrie, ne fabriquant plus que d'une manière infé- rieure, ignorant les bons procédés de la métallurgie, de la céramique, de la verrerie et de Fart monétaire, frappant des monnaies informes, recouvertes de figures hideuses, entou- rées de légendes incomplètes et inintelligibles, ne sachant plus vernir la poterie, ni en varier les formes, n'ayant entre les mains qu'une matière commune, pauvre et grossière^ parce qu'elle est celle du pays et que les moyens de commerce manquent pour les échanges ou les marchés ; un peuple guerrier vivant et mourant sous les armes, toujours entouré de ses moyens de défense comme les bêtes fauves qui dorment avec leurs dents et leurs ongles. On comprend que ces êtres qui vivent de rapines, .qui ne possèdent qu'à la pointe de répée , tremblent tous les jours pour une propriété acquise par la force et qui ne se conserve que par elle. On sent, rien qu'en les voyant, que ces hommes ont vécu dans ces siècles de fer la guerre était étemelle, les races royales divi- saient les provinces, l'anarchie étant dans l'État, le bri- gandage devait être chez les particuliers. C'était le temps l'empire était au 'plus fort et au plus audacieux, les rois se massacraient entre eux, et des reines faisaient assas- siner, sous leurs yeux, des évêques dans le sanctuaire et encore couverts de leurs habits pontificaux. Ces couteaux, ces poignards, ces sabres, ces lances, ces haches, ces bou- cliers, ne sont que l'expression suprême et vraie des usages, des mœurs et des habitudes d'une société barbare rien n'était sacré pour l'homme et la force brutale dominait le monde moral. Or, ce temps, qui est complet parmi nous au vi« siècle, ne finit qu'au x*, après l'invasion normande.

Et puis ces derniers hommes n'ont plus ni la même foi, ni la même croyance que les premiers. Souvent, j'en conviens, il est mal aisé de discerner la religion de ces barbares au milieu des formes si simples et si rudes de leur mobilier ; mais on voit déjà qu'ils ne croient plus à Caron, à Latone, aux Hànes> ni aux besoins matériels des morts dans l'autre vie. On^ne voit plus ce luxe de cuillères, de vases aux libations, de cruches, d'assiettes, de plateaux, de soucoupes, de verres et de bouteilles. Le vase aux pieds n'est que contre ces pos- sessions, ces obsessions démoniaques dont la croyance fut commune à tous les peuples de l'antiquité, païens ou chré- tiens, et dont la pensée a traversé le moyen-âge. C'est une

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pratique païenne, j'en conviens, mais que le Christianisme a sanctifiée, car nul ne voudra accuser de paganisme les plus saints prêtres et les plus savants évoques du moyen-âge dont le cercueil renferme toujours un vase au charbon ou à l'eau bénite, pas plus que Ton ne voudra soupçonner d'idolâtrie ou de superstition la pieuse Blanche de Castille qui fit mettre, à Poissy, quatre vases en terre dans les tombeaux de ses jeunes fils, Jean et Philippe, firères de saint Louis i, ni la bienheu- reuse Marie de Tlncamation dans le cercueil de laquelle les Carmélites de Pon toise placèrent encore des vases en 4648 >.

Hais il est quelque chose qui trahit la religion de ces hom- mes demi-barbares, ce sont les croix que Ton voit briller sur leurs pièces d*or, les anges qui figurent sur leurs monnaies d'argent, les croix incrustées, gravées, découpées sur leurs fibules, sur leurs boucles, leurs bagues, leurs plaques de cein- turons et jusque sur les styles et sur les vases. La croix sen- sible et reconnaissable chez nous, àEnvermeu, à Londinières, à la Fontaine-le-Houx, Test beaucoup plus à Chamay, chez les vieux Burgondes s. La collection de M. Baudot, de Dijon, la plus riche de France en objets mérovingiens, renferme sur le sujet qui nous occupe des choses si curieuses, si frappantes, si merveilleuses et si convaincantes, qu'à la vue de tous ces signes sortis de la terre, de ces croix nombreuses gravées sur les plaques d'argent et sur les fibules, en voyant ces croix latines en bronze, ces épingles d'or en forme de croix enri- chies de camées antiques, et surtout ce poisson mystérieux

* Mercure de France, da mois de noyembre 1735.

' L'abbé Troa, Vie de la B. Marie de incarnation.

^ « Un signe particulier se fait remarquer sur an grand nombre de ces ornements, c'est celui de la croix. Je ne crois pas qu'on l'ait trouvé aussi nombreux et si bien caractérisé que dans les sépultures de Cbarnay : il est répété non-seulement sur les plus belles fibules mais sur les plus commu-^ nés et jusque sur les grosses agrafes de ceinturon. Un bijou qui m'a paru d'un intérêt tout particulier a été recueilli avec deux libules assez ricbes. C'est un petit poisson dont les écailles sont faites avec des tables de grenat, serties et montées sur un fond d'or; on connaît ce symbole cbrétien qui a une double signification : Jésus sauveur des hommes, puis le cbrétien re- nouvelé, purifié par l'eau. » M. Baudot, Noie sur les sépuU. méroving, de Chamay, dans les Séances générales du congrès archéologique de 1852, p. 311, in-S», Caen, Hardel, 1853. - Comme nouvelle preuve de christia- nisme chez les Francs, je dois citer encore la Lettre à H, de Caumont, au styet d'une fibule mérovingienne, à inscription chrétienne, par M. Bû- cher, du Mans, dans le BulMn monumental, t. xx, p. 269-73.

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des premiers chétiens, type de la régénération baptismale et symbole de Jésus mort et ressascité, je ne pus m'empêcher de m' écrier que je venais de trouver le Dieu que je ne cher- chais pas, et, dans un certain sens, je pus dire à M. Baudot que je sortais de chez lui plus chrétien que je n'y étais entré.

Maintenant, dirai-je à mon lecteur, si pareil effet est pro- duit sur vous, rien qu'en entrant dans un musée, en voyant d'un c6té des os brdlés, des vases élégants aux formes gra- cieuses et variées, aux noms romains ; en apercevant dans ces vases, des médailles, des cuillères, des biberons, des joujoux d'enfants, en voyant aussi des coupes de verre et de cristal fines, délicates, perfectionnées et en grand nombre, des cru- ches, des assiettes, des. bols, des soucoupes et des bouteilles comme pour un festin : de l'autre côté, des squelettes entiers, des crftnes aplatis, des os rougis par l'oxyde de fer, des cou- teaux, des haches, des lances, des armes pour se défendre, des fibules, des épingles, des boucles pour s'habiller et se parer, des médailles romaines, firustes ou percées, mêlées à des monnaies barbares conservées, mais indéchiffrables, un bronze, que dis-je? un alliage altéré par une main ignorante, des vases d'une terre grossière, d'un vernis sale et qui ne tient pas, d'une forme commune et monotone constamment la même, des dessins barbares, sans science, sans suite, repro- duisant les moti£s des plus anciens manuscrits du moyeu-âge et des plus vieux monuments de l'architecture à plein-cintre, le verre devenu rare, d'une forme étrange et inconnue, enfin une céramique rude, une orfèvrerie gauche, en un mot, un art qui accuse un peuple au berceau, tandis que la multitude des armes trahit une nation agitée et guerrière, n'est-il pas évi- dent pour vous que cette richesse d'une part et cette indigence de l'autre mdiquent des croyances bien différentes ? Et dans l'appauvrissement de la sépulture ne voyez-vous pas déjà per- cer l'idée chrétienne qui ne connaît plus pour le mort de besoins matériels ni d'autres richesses que la prière et les bonnes œuvres?

Hais si la seule vue de ces monuments isolés les uns des autres et dépouillés du prestige de leur invention, produit déjà tant d'effet sur le visiteur curieux et intelligent, que serait-ce donc s'il voyait les objets eux-mêmes au sein de la terre, s'Q surprenait dans leur couche funèbre Romains et Francs T Quelle que soit la science de Tarchéologue, des livres et des musées, quelle que soit la profondeur de son

érudition, la sûreté de son jugement, la sagacité de son tact, la délicatesse de son goût, toujours il lui manquera quelque chose tant qu'il n'aura pas fouillé lui-même ou visité des fouil- les, tant qu'il n'aura pas, comme on dit, mis la main k l'œuvre. Dans cette affaire rien ne peut suppléer les yeux. Mo! qui TOUS parle, qui conçois parfaitement la chose, qui l'ai vue des milliers de fois, qui la sais même par cœur, je ne puis vous la dire ni l'exprimer comme je la sens, quitte k faire mentir à mes dépens ce mot de Boileau devenu un proverbe : « Ce qae l'on conçoit bien s'inonee clilremeni El Im mot) pour le dire iirivent altémeni.

Cependant je m'empresse d'ajouter que MM. Roacli Smith, de Londres, et Lindenschmit, de Mayence, me paraissent avoir en partie résolu le problème qui nous occupe, l'un pour les Romains, l'autre pour les Francs. Comme tous deux sont tout à la fois des artistes habiles et des explorateurs dis- tingués, ils ont reproduit par le crayon et le pinceau ce qu'ils ont vu dans la terre, et cela avec tant de fidélité qu'avec leurs livres seuls on pourrait devenir archéologue.

Dans ses Collectanea antiqaa, M. Roach Smith nous a donné plusieurs sépultures gallo-romaines découvertes tant en France qu'en Angleterre '. Il les a reproduites comme elles étaient, c'est-à-dire que l'on voit le sol ouvert, la terre enlevée, et l'urne trônant au milieu d'une troupe de petits vases qui, mal-

gré la variété de leurs formes, ont tous un air de famille facile k reconnaître. L'urne qui renferme les os du mort est couverte

Stpuilorei de Boologae, toT. i, pitte lit. Sépultures de ColchMler, vol. II, pbuxin.

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avec une tuile, une soucoupe, une assiette ou un trépied en terre noire. Dans cette urne, une brèche faite par l'ouvrier laisse apercevoir sur la masse des os brûlés, des fibules, des cuillères, des monnaies, des verres, des coupes et autres objets chers aux défunts.

Autour de cette même urne, sous elle parfois, sont des cru. ches vides, des plateaux en verre et en terre rouge avec des coupes de même nature, des tétines, des biberons, des flacons, des barillets qui ont contenu des parfums, des rafraîchisse- ments et des provisions de voyage.

Pour le vulgaire qui n'aperçoit ni ossements ni squelettes, il n'a nullement l'idée que ceci soit un cimetière ; il croit plutôt à un ménage antique, à une fabrique de poterie, à î'ofScine d'un marchand. £n reconnaissant que tous ces vases ont été volontairement ensevelis sous terre, il s'étonne et de- mande pour quel motif on a pu faire ainsi inutilement une aussi grande dépense de poterie.

Pourtant voilà bien le cimetière romain des trois premiers siècles, et dans nos contrées je vous défie d'en établir un antre avant l'année S50 de notre ère : car déjà dans la seconde moitié du m* siècle, on commence à voir apparaître l'inhuma- tion et quelques squelettes coudoient les urnes ; mais en re- montant de Philippe à Auguste, vous n'en trouverez pas un seul. Pour moi je n'en ai jamais vu et je suis bien assuré que chez nous, alors, le feu régnait en maître dans l'empire des morts.

Maintenant si vous ouvrez l'admirable ouvrage de HM. Lin- denschmit, sur les sépultures germaniques trouvées à Selzen, dans les provinces Rhénanes i, vous serez saisi à la vue de ces squelettes à la teinte jaunâtre et oxydée comme si le fer dont ils sont couverts avait déteint sur leurs grands ossements. Ces corps couchés régulièrement dans une fosse de craie, profonde d'un mètre, ont ordinairement la face tournée vers le ciel, les pieds au soleil levant, suivant la saison ils des- cendirent dans la tombe, la tête au Couchant, mais prête à regarder l'Orient dès que sonnera l'heure du réveil et que le soleil de la justice se lèvera sur le monde.

Parfois la tête ayant été légèrement relevée sur le cou est retombée entre les épaules et sur les premières vertèbres ;

* Dcu Germanitehe todUrUager bei SeU«n m der provinz RhHnhessm. dargeatellt and erlatitert Yon den gebriidern W. and L. Lindenschmft, in-8^ Maini, Victor Zabern, 1848.

CHAPITRE m.

DES 8tPULTtJllB8 INTBRHÉDIAIIIBS OU DE TRANSITION BNTRB LES GALLO-ROMAINS BT LES FRANGS^MÉROVINGIBNS. ( IV^ BT Y* SIÈCLBS DB NOTRB ÈRb).

§ h*. CARACTÈRES QUI SBRTENt A LES DISTINGORR.

LA période la plus obscure et la plus difficile à définir dans les sépultures de nos contrées, est celle du iv® et du siècle, que j'appellerai de transition, c'est-à-dire de passage entre les Romains et les Francs, entre l'urne et le cercueil, entre l'idée chrétienne et le système païen . Le pas-* sage ne s'est fait ni subitement, ni complètement .Entre les deux phases de Tinhumation romaine et de l'inhumation franque il y a des nuances imperceptibles et insaisissables. Si, comme le dit l'histoire, les Francs nos pères sont devenus subitement chrétiens à jour donné, le lendemain d'une bataille, dans une cathédrale de la Gaule, il n'en fut pas de même de la race gallo-romaine qui faisait alors et qui fit toujours Je fond de la population.

Ceux-là passèrent très-lentement du Paganisme au Christia- nisme, surtout dans nos campagnes. Leur conversion parmi nous ne commença qu'au iii^ siècle pour se compléter au vii®. Sainte Honorine, saint Clair, saint Nicaise, saint Firmin d'Amiens, saint Denis de Paris, et saint Mellon de Rouen , jetèrent dans nos contrées les premiers germes du Christia- nisme. Au temps de saint Victrice la religion nouvelle avait dans les villes une certaine splendeur qu'elle n'obtint que pé-

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nibleHient dans les campagnes. C'est précisément cette époque qui est difiBcile à définir, parce qu'elle est obscure pour nous et qu'elle n'était pas tranchée par elle-même. C'est encore l'empire romain, j'en conviens, mais c'est aussi le Christia- nisme. C'est un temps de luttes et d'invasions de toute espèce. Aussi le sol de cet âge renferme des couches de barbarie et des assises de civilisation ; ce sont les Césars par le fond et les Saxons sur les bords. C'est le Paganisme qui se meurt, et le Christianisme qui s'infikre doucement dans les mœurs et dans les idées.

Voilà pourquoi les sépultures de cette époque se distinguent parle mélange de toutes les coutumes, de tous les caractères, de toutes les nationalités. On sent que la lutte est chez les morts comme elle est chez les vivants, dans le tombeau comme dans la vie.

Voici maintenant les principaux caractères des sépultures du rv« siècle parmi nous : D'abord on ne brûle plus les corps ; l'idée gallo-romaine est vaincue ; l'usage païen est aboli. L'in- humation est redevenue générale k partir de Constantin ; mais cette inhumation, que quelques-uns soutiennent n'avoir ja- mais cessé tout-à-fait, môme pendant l'âge de feu, conserve presque tous les traits distinctifs de la sépulture païenne des Romains. Ainsi le Gaulois du Haut-Empire s'entourait d'aa- siettes l'on mettait de la nourriture; de cruches et de lagènes remplies de vin, d'écuelles et de terrines pleines de lait ou de miel , de fioles contenant des pariîims ou les larmes de la famille, de ses bijoux, de ses colliers et de la pièce de monnaie pour l'avare nocher du Styx. Il en est k peu près de môme chez le Gallo-Romain inhumé. La pièce de monnaie, le naukts de Caron l'accompagne toujours. II est dans la main et souvent dans la bouche du mort, ses armes sont à côté de lui, ses bijoux ornent son corps ; son cercueil de plomb, de pierre, de tuile, de plâtre ou de ma- çonnerie, est garni d'amulettes, de lampes, de fioles lacryma- toires, de vases de terre, de verre, absolument comme une sépulture du Hau1>-Empire. Voilà un des traits distinctifs de cette époque.

n y en a une foule d'autres qui se tirent de la nature et de la forme des cercueils, de la position et du genre des vases, de l'espèce et de la date des monnaies.

Les cercueils de cet âge que nous avons connus sont sur- tout de trois sortes : en briques, en pierre et en plomb ; mais

So- le caractère de la brique, la nature de la pierre, l'alliage du plomb ainsi que la forme des sarcophages diffèrent de ceux des siècles suivants.

Les sarcophages en brique ou terre cuite doivent leur nais- sance parmi nous à la domination romaine, témoin les cer- cueils d'enfants trouvés à Lillebonne et à Cany que nous dé- crirons plus tard et que nous attribuons avec vraisemblance au second et au troisième siècle i. Mais cet usage a survécu à l'ustion pendant le règne de laquelle il était né. H consistait à réunir ensemble, au moyen de mortier, une suite de tuiles à rebords dont on avait le plus souvent enlevé les ourlets à l'aide d'un outil. Parfois le couvercle a la forme convexe et triangu- laire d'un tott, mais souvent aussi il a la forme plate : les tuiles alors en sont seulement adaptées dans la longueur comme des écailles de poisson, de manière à empêcher Tintroduction de l'humidité.

La plupart des cercueils de pierre que Ton peut attribuer à cette époque sont ceux qui furent trouvés à Rouen, dans la rue RouUmd, et à Quatre-Mares dans les travaux du chemin de fer ; un cercueil d'enfant trouvé à Étretat, autour delà villa romaine; les sarcophages découverts à Auberville^la-Cam- pagne, à Lillebonne, à Bayeux. La pierre de ces tombeaux est le plus souvent celle du pays, prise h. même le sol ; tandis que les cercueils des âges suivants sont en pierre de Vergelé, de Saint-Gervais, de Saint-Leu, en un mot, des carrières des en- virons de Paris ; c'est de cette dernière espèce que sont les auges des cimetières de Pavilly, de Saint-Gervais de Rouen, de l'abbaye de Sainte-Catherine-du-Mont, de Saint-Aubin-des- Cercueils, de Saint-Pierre-d'Épinay, de Sainte-Marguerite-sur- Saâne, d'Ouville-la-Rivière, d'Anceaumeville, du Mont-Cau- vaire, etc. La forme des premiers est un parallélogramme égal en hauteur et en largeur, à la tête comme aux pieds ; le cou- vercle est très-prononcé, de forme quadrangulaire, plate ou convexe, mais surtout très-lourd ; les parois extérieures sont parfois décorées de ramages et de trophées ; les principaux caractères paraissent empruntés aux monuments romains, aussi on y remarque une forte masse, une grande pesanteur et une certaine majesté ; on dirait presque qu'ils ont été desti- nés à rester sur la surface de la terre.

Ceux des figes suivants, au contraire, sont tous plus rétrécis aux pieds qu'à la tête, ils ont souvent un trou au fond, un

' Normandie souterraine, ch. v et ii.

conssin aa sommet; le couvercle imite un toit légèrement aplati, il est très-souvent en deux morceaui, il oe renferme guère que la pierre nécessaire. On sent que ce tombeau a voyagé et que le commerce a soDgé à le rendre aosai pwtatif que possible.

Quant aux cercueils en plomb, je regarde comme de cet âge celui de la rue Saint-GerzaU, trouvé à Rouen en IS31 , et ceux de l'enclos des dames d'Ernemont, découverts en 1852. Eh bien, voici l'alliage qui est entré dans la composition de ces sarcophages :

1" Jtue Smnt-Gervaû ;

Plomb M,M

ÉUin 5,10

S" Enumovl : Grand cercne II. Petit cercueil. Toai petit cercueil.

Plorob. . . . 94,995 94.038 97,000

ÉUin. . . . S,O0tl S,3e5 9,000

100,000 100,000 100,000

H. Girardio a également analysé un morceau de plomb provenant du cercueil de Gundreda, fille du conquérant de l'Angleterre, et épouse de William de Varenne, inhumée dans le prieuré de Saint-Pancrace de Lewes, en Angleterre. Ce plonob, du XI* siècle, ne contenait que de légères traces d'é- tain *.

A présent voici l'analyse des cercueils de plomb trouvés dans le cimetière romain de Cauy, qui remonte au ii* et an

' Glrtrdlo, Préeit <Ma(|i<. tfe tAead. de Rouen, annte 1883, p. 147. > Id., ibid., p. 170. * Id., ibid., p. 167.

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m* siècle de notre ère i. On verra de laquelle de ces deux analyses, la {H^mière se rapproche le plus :

Plomb WfiO

Étain 4,40

Per traces.

100,00 <

et puis ces cercueils de plomb du iv* siècle ont, comme ceux des âges précédents, la forme d'un carré long, égal à chacun des bouts ; parfois le couvercle est mis sur l'auge comme un drap dont les bords pendent légèrement. C'est ainsi qu*on l'a vu k Quatre-Mares et k Ememont, la caisse métalhque avait été enfermée dans des bîèrea de bois détruites par le temps.

La position et la ferme des objets renfermés dans ces sar- cophages est aussi d'un grand renseignement. Si les vases sont en terre et en verre, il y a grande présomption de paga- nisme, car les chrétiens se servaient de terre, mais très-rare- ment de verre, et les vases de verre, si nombreux dans les sépultures romaines, sont extrêmement rares dans les cime- tières mérovingiens. Par même, le mélange égal des deux substances, indique un âge plus voisin de la première période, que de la seconde.

Enfin, si dans le cercueil les vases sont répandus par tout le corps, à la tête, aux côtés et aux pieds, il y a présomption de paganisme gallo-romain, car les Francs-Mérovingiens, les Anglo-Saxons, les Allemands, ne mettaient guère qu'un seul vase dans chaque sépulture, et presque toujours aux pieds.

Reste encore à examiner la forme des vases. S'ils sont lé- gers, bien cuits, avec une couverte fine et durable, s'ils ont des noms de potiers, s'il y en a en terre dite Samienne, si le type varie beaucoup, s'il y a des cruchons, des lacrymatoires, des assiettes, la question est à peu près tranchée, ils sont ro- mains du IV* ou du siècle. Si, au contraire, tous ces difiérents vases ont une forme monotone et à peu près pareille, s'ils ont une couverte qui s'en aille à l'eau, s'ils sont à peu près cons- tamment gris ou noirs et d'une terre grossière, si sur la panse

«

' Oaos cette même fouille de Gany s'est rencontrée, dans une sépulture ei^ brique, une fiole de métal ainsi composé :

Plomb 60

Étain 40

100 ' Précù anahjt., de 1852, p. 167.

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ils ont des dessins eo croix, imitant des ornements romans, tels que des godrons, des frètes, des fougères, des entrelacs, des zigzags, des damiers, ce sont des vases mérovingiens, et les corps sont postérieurs au v^ siècle.

Enfin, s'il y a dans les cercueUs des amulettes, des monnaies percées, des pièces du Hau1>-Empire bien marquées, c'est en* core une présomption romaine. Si les monnaies sont posté- rieures à Constantin, la question est tranchée pour les siècles précédents et pour les siècles postérieurs, elle doit se décider par les autres caractères environnants. La monnaie romaine ne peut jamais seule fournir la preuve démonstrative d'une origine. Elle a touyours besoin d'être contrôlée ou corroborée par une autre, et cela à cause de sa profusion dans l'ancien monde, de son long règne ou plutôt de sa longue circulation dans nos contrées latines.

Selon nous, la monnaie romaine a circuler légitimement en France jusqu'au u^ siècle. La preuve que l'on peut domaer de cette assertion, c'est d'abord l'abondance de ce numéraire lui-môme, la facilité de s'en procurer, et l'extrême rareté de la monnaie nationale. Le tombeau de Cbildéric ne renfermait aucune pièce franque et il en contenait 300 romaines. Le cime- tière de Lucy a donné des médailles romaines et cinq tiers de sous d'or du vii« siècle ; celui d'Envermeu nous a fourni cinq pièces d'argent du vi® siècle, un denier de Charlemagne et près de vingt pièces de bronze des Césars. Le cimetière mérovin- gien de Bénouville-sur-Orne a montré auprès d'un Constantin un tiers de sou d'or de Clo taire II. Il en a été de même en Lorraine, en Bourgogne, en Suisse, dans les tombeaux de Bel-Âir, fouillés par M. Troyon, et dans les cimetières anglo- saxons de la Grande-Bretagne.

Aujourd'hui même ces monnaies circulent encore dans nos campagnes, elles sont appelées des scms à la Vierge. Comme on en trouve fréquemment et par quantités considérables, les paysans ne veulent pas les perdre entièrement ; ne pouvant les livrer à la circulation légale, ils les réservent pour les offrandes ou quêtes d'église, toute monnaie est acceptée sans contrôle. Nous connaissons des curés de campagne et des sacristains de ville qui se sont fait des collections de mé- dailles romaines rien qu'avec les plats et les troncs d'églises.

Il ne faut donc rien conclure de la présence des monnaies romaines quand elles sont seules. En général voici la règle que j'ai coutume de suivre en matière de numismatique. Pour

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molf une pièce trouvée dans un tombeau, dans un monument, dans des fondations ou ailleurs, me prouve tout d*abord que rédifice ou la sépulture ne sont pas antérieurs au souverain dcmt l'image est ainsi exhumée. Mais s'arrête sa force de dédaetion. Pour conclure que le monument est contemporain de la pièee, il me faut d'autres indications. Au contraire, lors- que plusieurs sortes de movinaies se rencontrent ensemble dans le même endroit, il me paraît sage de prendre toujours la dernière en date comme point de départ. Ainsi dans le con- flit assex fréquent, dans nos cimetières francs, de monnaies ro- maines et de pièces mérovingiennes, ce sont toujours les plus récentes qui doivent prévaloir et décider la question.

S II. t^OXLQUBS EXEMPLES DB SfiPULTCRES DE CE GENBB.

Je vais citer quelques exemples de sépultures du iv* et du V* siècle. En 4825, M. Feret, poursuivant ses recherches dans la Cité de Limes, près Dieppe, découvrit au bord de la falaise un petit édifice carré qu'il considère aujourd'hui comme un grand tombeau. Au milieu des débris qui remplissaient cette enceinte, déjà ravagée, il trouva des têtes éparses et un sque- lette entier posé encore comme l'avait été le mort. Son atti- tude était telle qu'elle n'avait pu lui être donnée que par des mains religieuses. Sa tête était à l'Occident, ses pieds à l'Orient, les bras joints sur la poitrine. Deux médailles furent trouvées avec ce squelette, l'une sur la cuisse, l'autre près de la tête et semblait être tombée de la bouche. La première était de Constantin-le-Jeune (340] , la seconde de Flaviu&-Constans (350] 1. Toutes les autres monnaies romaines trouvées dedans et autour de l'édifice allaient depuis Auguste jusqu'à Flavius- Valens (378] î.

Près de ce Romain du Bas-Empire on a trouvé, à plus d'un mètre au-dessous des fondations, un casque de bronze ^ qui pouvait bien se rattacher à sa dépouille mortelle. Aussi, d'a- près l'opinion même de M. Feret, ce cadavre, c'était le reste d'un officier de la milice impériale, probablement un soldat de Gratien (382] ^.

Je suis tenté d'attribuer également au iv* et au v* siècle de

* Souscription pour la recherche et la découverte des Anliquités dans l^arrondissement de Dieppe, p. 12 et 13, in-8^, Rouen, i826.

' Id., p. 7 et 8. ' Id., p. 9.

* Idoles sur Us observations de M. Falhte concernant les séimUures de la vallée de l'Eaulne, p. 18. Revue de Rouen, 1861.

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noire ère un cercueil en pierre trouvé vers 4820 à Auberville^ la-Campagne, tout près d'une vieille chapelle de Sain^Ama- teur, qui bordait la voie romaine allant de Juliobona (Lille- bonne) à Lotum (Caudebec-Belcinac). Ce tombeau, d'un seul morceau, qui a long-temps servi de baille dans une ferme, renfermait un cadavre accompagné de divers ornements, parmi lesquels M. Hanot, curé de la paroisse, m'a cité un collier de perles de verre dures et brillantes qui rappelaient assez un chapelet dont les patenôtres seraient inégales. Je n'in- siste pas sur ce sujet, car n'ayant rien vu de cette découverte, il me serait malaisé de juger à distance et sur ouï-dire.

J'attribue également à la même époque un petit tombeau en tuUes romaines, reliées entre elles au moyen de ciment, décou- vert à Yeulettes en 1851 . Ce cercueil, long de 72 c, large de 25 et haut de 27, avait été placé à l'entrée de la grande vallée de la Durdent, et se trouvait enseveli sous six mètres de remblai.

Dans son Essai sur les Sarœphages ^ M. de Gerville cite deux exemples de tombeaux de ce genre, le premier à Auxerre, fourni par l'abbé Lebeuf 2, et le second donné par Ber- gier aux environs de Reims 3. n les croit tous deux gallo- romains; nous partageons son avis. Puisque nous sommes sor- tis de la Normandie, citons tout de suite quelques tombeaux de la même espèce rencontrés dans d'autres provinces de France.

En 1838, àMontaigu, près Auch, on a découvert plusieurs cercueils en briques romaines, sans mortier, et contenant des corps entiers. Les couvercles, en tuiles, figuraient un tott aigu représentant les deux côtés d'un prisme triangulaire ^. M. de Crazanes, qui nous les fait connaître, ajoute que vers 1800 on en avait rencontré de semblables à Beaugency, dans le Loiret. A Poitiers, dans la Vienne, et à Marché, dans la Vendée, M. de la Fontenelle en a observé de tout pareils ^. Tous ces habi- les observateurs les reportent, avec raison, à la période romaine de l'inhumation.

Enfin, il sera peut-être permis d'attribuer au siècle, mais à un tout autre monde, les squelettes sans cercueil trouvés,

* Essai sur les Sarcophages^ p. 3 et 13. Mémoires de la Société des Antiquaires de VOuesl, t. u, p. 187.

' Mercure de France, 1728.

' Grands chemins de l'Empire romain, t. i, p. 35.

* Notice sur quelques tombeaux antiques en brique découverts à Slon- Uiigu, près Auch, par M. le baron de Crazanes, dans le Bulletin m'mumen- tal, t. V, p. 42i^-32.

^ Bulletin monumental, t. ix, p. 573.

U

en ISil, par H. Peret, dans le jardin de la villa de Sainle- Hai^ueritti, aux bouches de la Saftne. D'après cet explorateur cooscieucteux, les corps étaient couchés par rangées (il affirme en avoir reconnu deux rangs), ce qui indiquerait une coutume généralement pratiquée dans les cimetières de Loudinières, de Parfondeval et d'Ënvermeu. M. Feret regarde les morts de SaÎDle-Harguerite comme des Saxons de la fin du iv< siècle ou du commencement du v*, et cela k cause des sabres tranchants d'uD seul cdté qui étaient k cdlé d'eux i. En novembre 4841, j'ai vu exhumer deux ou trois des morts de Sainte-Marguerite ; on a trouvé aux pieds des vases recouverts d'incrustations barbares comme ceux des temps mérovingiens : à la ceinture

étaient des sabres, des couteaux, des ciseaux, des boucles et <les verroteries, et sur la poitrine des agrafes et des libulcs de

' Lrllrt adretict à M. ik CaumoM sur kt fouilUi de Saittte-lBargutriU, prit Dieppe, daoï le Bulkli» munumtntal, i. ii, p. 93 el 9i.

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bronze, en un mot, tout le mobilier des Francs. « Deux agrafes et deux boucles de ceinturons avaient encore conservé l'em- preinte de l'étoffe à laquelle elles étaient attachées ; cette em- preinte, qui provenait de l'oxyde de fer et qui avait pénétré les tissus, était si nette qu'un œil exercé pouvait y découvrir la nature même de l'étoffe ^ » H. de Caumont déclare avoir observé la même chose dans les cercueils de pierre de Bénou- ville-sur-Orne 3. Pour moi, j'ai eu l'occasion de reconnaître de la toile et du drap dans certaines sépultures d'Envermeu.

Tous ces objets, provenant du cimetière de \b. villa de Sainte- Marguerite, sont actuellement déposés à la bibliothèque publi- que de Dieppe, chacun peut les voir et les juger. Pour nous, il nous paraît mal aisé d'établir une difiér^M^e tranchée entre ces armes et ces ornements, et tous ceux qui s<Nit attribués à la période mérovingienne. Toutefois nous nous sentons très- disposés à respecter l'attribution saxonne , surtout après la lecture de l'intéressant travail publié sur ce sujet, par M. Wy- lie, membre distingué de la Société des Antiquaires de Lon- dres 3. C'est à ce mémoire, inséré dans VArcheologia ^, que nous avons emprunté les gravures ci-jointes, grâce à la bien- veillance simultanée de l'auteur et de la savante compagnie des Antiquaires de Londres.

En 4844, des fouilles ayant été pratiquées à Vemon, dans un champ contigu à l'avenue de la MaiMmnette, pour l'extrac- tion de cailloux à l'usage des grandes routes, on y découvrit un cimetière gallo-romain des derniers temps de l'Empire. Je cite ici une lettre qui me fut écrite le 24 novembre de cette même année, par M. du Coudray, -et que je fis insérer dans la Revue de Rouen.

Jusqu'à présent, m'écrivait mon correspondant, on a dé- couvert vingt-deux squelettes à un peu moins de deux mètres de profondeur. Us avaient tous un vase de terre sous le bras droit, plusieurs avaient en outre une fiole de verre. Un des terrassiers, employés à ces travaux, assure que tous les vases étaient placés au côté droit ; un autre en a trouvé indistincte- ment au c6té droit et entre les jambes. Chaque squelette avait dans l'orbite de l'œil une petite médaille de bronze ; mais la

* LeUrê à M. de Caumont, etc., dans le RuUetin monumental, t n. ' Cours d'ÀnUq, monument., t. vi, p. 263.

^ Àeeounl of teutonic remains, apparenlly Saxons, found near Dieppe, hl W. M. Wylic, in-4«, London, 1853.

* Àreheologia, vol. ixiv, p. 100-13.

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plupart étaient tellement oxydées, qu'elles se sont brisées au premier frottement.

» Les terrassiers m*ont montré, au milieu des ossements, une grande quantité de clous de 45 c. de longueur, mangés par la rouille, destinés à fermer des cercueils de bois qui de- vaient être fort épais, si Ton en juge par les clous. Ss m'ont de plus montré des débris de bouteilles et de vases. Il y a un grand vase épais ressemblant un peu, pour la matière et la forme, à ces pots de terre dont on se sert, à la campagne, pour mettre le lait, seulement le vernis en est plus fin et coupé de lignes formant losanges.

» Je me suis fait représenter chez M. Gamier, maire, plu* sieurs débris, parmi lesquels j'ai remarqué deux vases, dont Tun est en terre rouge et de forme élégante ; l'autre est une fiole de verre d'une extrême légèreté et ténuité.

> Enfin M. Garnier m'a confié une petite médaille de cuivre que je ne touche qu'avec la plus grande précaution, tant elle est oxydée. D'un côté est le buste d'un empereur que je prends pour un Constantin. »

J'ai vu aussi, pour mon propre compte, deux médailles de bronze sur les yeux des morts. C'étaient des grands bronzes deTrajan et d'Antonin. Quelques-unes des têtes étaient posées sur des tuiles à rebords ou sur des pavés de pierre de Liais. De gros cailloux les entouraient comme h Sainte-Marguerite- sur-Mer. Deux des morts étaient accompagnés de javelots en fer : les vases et les médailles me firent très-vivement soup-' çonner un cimetière romain voisin des temps barbares ^

Mais c'est à Rouen et aux environs que nous rencontrerons un plus grand nombre de sépultures de l'époque de transition. Citons d'abord le cimetière d'Eslettes, exploré par M. Deville, en 4847, et Ton a trouvé des urnes et des squelettes. C'est un de ces cimetières mixtes, dont parle Sidoine Apollinaire, l'on déposa tout à la fois des corps et des ossements brûlés, cimetières peutrêtre communs dans le midi de la France, mais très-rares dans le nord.

M. Deville pense, avec raison, que ce champ de repos a servir successivement aux Gallo-Romains et aux Francs- Mérovingiens. Nous irons plus loin, et nous dirons que le ci- metière d'Eslettes nous parait celui d'une famille qui se faisait inhumer chez elle, et qui pendant près de huit siècles est venue reposer ici. Nous basons notre opinion sur les objets

' Revue de Rouen, novembre 1844, p. 315.

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divers produits par cette fouille et aujourd'hui déposés au Musée départemental. Que Ton veuille bien parcourir la mon- tre qui les renferme, et Ton y trouvera l'anse de fer d'un coffret, un sifflet en os, des médailles d'Adrien et de Haximin, un barillet de verre marqué front, s. g. p., une petite urne en verre pomiforme et un vase carré en verre, absolument semblables à ceux qui proviennent des cimetières romains des Loges, de Cany et de Neuville-le-Pollet.

Puis à côté de ces débris bien caractérisés, est un sabre de fer ployé, ayant encore son fourreau en cuir ou en peau. Cet usage des ssîbres ployés au feu et enterrés avec les morts est très-rare chez nous : il s'est rencontré en Allemagne, en Da- nemark et en Suisse, M. de Bonstetten en a vu un grand nombre, en 1 851 , dans les sépultures de Tiefenau, près Berne ^. Ce savant ajoute que cette coutume, plus barbare que romaine, peu connue des Helvètes, était très-fréquente chez les peuples Scandinaves. « Il existe, dit-il, au musée de Schewrin plusieurs glaives en fer que Ton croit provenir des Vendes, et qui ont été rougis dans le feu et ensuite ployés ^. Baehr signale le môme fait dans les tombes d'Ascheraden et de Segevold ^. »

A Ëslettes, ce qui abonde le plus, ce sont les vases vraiment mérovingiens, semblables à ceux d'Envermeu, de Londinières et de Douvrend, puis des plaques de ceinturon en fer rayées et recouvertes de lames d'argent, une plaque de bronze sem- blable à celle de Lucy, qui est du vu* siècle. Une coupe en verre, trois lances, une hache, deux sabres, enfin tout ce qui peuple ordinairement un cimetière franc, germain ou anglo- saxon, et comme derniers témoins de cette époque nous cite* rons douze cercueils en pierre de Saint-Leu ^.

Enfin, ce qui m'a le plus frappé, c'est un vase en terre, très-» grossier, dont les flancs sont percés de trous pourl'évaporation du feu, absolument comme au xi« siècle. Toutes ces circon&T

* NoUceiurdes armes et charriais de guerre découverts à Tiefenau, près Berne, en 1851, par M. de Bonstetten, Lausanne, 1852.

' Mémoires de la Société des Antiquaires du Nord.

' Graber der Liven. NoUce, etc., de M. de Bonstetten, p. 7.

* Voici la note que M. DeTîlle a publiée sur ces tombeaux : « Les sépuK tares d'Eslettes, les plus remarquables, étaient une douzaine de cercueils en pierre de SaintrLeu, uniformément placés dans la direction du nord<- oae«t au 8ud-est, les pieds tournés de ce dernier côté. Chacun de ces cer- cueils contenait un et quelquefois deni squelettes appartenant à des hom- mes d*nne taille élevée, remarquables par la sailiic prononcée des pom-

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tances me font dire qu'il y a dans ce cimetière des païens, des barbares et des chrétiens.

Je suis très-porté à croire que les tombeaux en plomb» dé- couverts à Rouen, en 4827 et en 1828, rue du Renard et aux environs, appartiennent aussi au iv® siècle de notre ère. Le plomb dont ils étaient composés, les médailles de Julie-Mamée (235}, des deux Posthumes (258) et de Tétricus (267), les ho- chets, les médailles et les vases, les perles et les divers colliers semblent le démontrer. Ces tombeaux ont été admirablement décrits et illustrés par M. Hyacinthe Langlois, dans une NoHce insérée dans les Mémoires de la Société des AnHquaires de Nor- mandU ^, et dans un Mémoire publié à Rouen, par l'auteur, en 1829 2. Nous renvoyons le lecteur au texte, aux gravures et aux objets eux-mêmes conservés au Musée de Rouen.

Ce n'est pas seulement la rue du Renard qui a fourni des sépultures dans cette partie de la ville, mais tout le Quartier Cauchoise^ tous les environs de l'église Saint-Gervais. Cette colline était la principale nécropole du vieux Rothomagus, sous la domination romaine et dans les premiers temps du Christianisme. C'est que furent inhumés au rv* siècle ou transportés au v*, par saint Victrice, les deux premiers évéques de Rouen, saint Mellon et saintAvitien. L'oratoire des saints Gervais et Protais ne fut qu'un moyen de sanctifier ces cata- combes des premiers chrétiens. Ce vaste dortoir de nos pères était placé sur le bord de la voie qui conduisait dans le pays de Caux, et notamment à Lotum, à Juliobona, à Caracotinum, Aussi, à toutes les époques l'on a creusé ce vaste champ, la mort règne en souveraine depuis seize siècles, on y a trouvé des sépultures de tous les temps. En 1846, lorsque l'on fonda les additions faites au bas de la nef de Saint-Gervais ', on trouva, sous une muraille romaine en petit appareil, relié avec des assises de briques, des cercueils de pierre de Saint- Leu, couchés dans les fondements même de ces murs antiques,

mettes. On a rencontré, ainsi qne de oontame, dans la plupart de ces cercoeils, de petits pots de fabrication grossière, des plaques de ceinturon et des boucles en cuivre, argenté et en fer, des haches et des coutelas de fer, des vases de Terre et quelques autres menus objets, dont le propriétaire, M. Perquier, sVst empressé de faire don an Musée d'Antiquités de Rouen. » Beffue de Rouen, année 1847, p. 770.

Tome IV, p. 236-^3.

' Mémoire sur des Tombeaux gallo-romains, etc., in-S^ de 28 pages, Rouen, Baudry, 1829.

' Revue de Rouen, année 1816, i«r semestre, p. 2tf9.

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H peu près comme nous en ayons yq, en 4850, sous les mors de réglise de Pavilly, qui est du xi* siècle. Autre rapproche- ment fort curieux, c'est que les fondations de la crypte de la très-«ntique église de Saint^-Seurin^ à Bordeaux, ont été aussi posées sur de vieux sarcophages ^.

Nous allons énumérer rapidement les autres sépultures trouvées de nos jours. En 1831, on découvrit, dans larve SairU-Gercais, un cercueil de plomb renfermant les ossements d'une femme avec un gobelet de verre et deux médailles de Tétricus 2. En 4833, on trouva, dans la rue RauUand, deux tombeaux en pierre avec couvercle en dos d*âne. La face de l'un est ornée de deux tètes, de boucliers et enseignes entre- lacées, tandis que l'autre porte cette inscription incomplète :

« SVBRINI BVBII nu ^. >

En 4 837, dans cette même rue nouvellement créée, on trouva encore deux sarcophages placés à côté l'un de l'autre. L'un était en marbre rouge, l'autre en pierre de Vergelé, tous deux d'un seul morceau et creusés en auge. Le cercueil de marbre, long de 2 mètres et large de 72, a été jugé par M. de Caumont provenir des carrières de marbre rouge de Vieux, près Caen. « Ce qui, ajoute-t-il, achève de prouver, ainsi que l'avait déjà démontré le marbre dit de Thorigny, que les carrières de cette localité étaient exploitées sous la domination romaine ^. » Les couvercles des deux tombeaux étaient de simples dalles. Le sarcophage de marbre, semblable à celui de saint Romain ^, contenait le squelette d'une femme, ayant de chaque côté de sa tète deux fioles de verre à long col 0. Au-^lessous de la tète et aux hanches étaient trois gobelets blancs et très-fins. Le sar^ cophage de pierre renfermait un cercueil de plomb qui avait contenu les restes d'un enfant 7. En dehors de ces cercueils on a encore trouvé un vase en terre et des fioles de verre. M. De ville lui-même, dans la note qu'il a donnée sur cette

* Bulletin manumenUiL t. vm, p. 259.

' Catalogue du Musée départemental des AnUquùét de Bouen, de 1845, p. 41.

* Id., ibid , p. 6 et 7.

\ Bulletin monumental, t. vm, p. 444.

* Le sarcophage de saint Romain, évéque de Rouen, mort en 646, forme Tantel de Téglise qui porte son nom. Ce cercueil, en marbre rouge, pro- vient vraisemblablement des carrières du Calvados.

* Catalogue du Mueée départemental des AntiquUés de Bouen, de 1815, p. 15.

' Id., p. 30.

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découverte, n'hésite pas à l'attribuer à la dernière période de la domination romaine dans les Gaules, par conséquent au n^ ou au V* siècle >. Je suis persuadé que le savant conserva- teur de notre Musée reportait également à la même époque le grand sarcophage en pierre, découvert en 4 844 , dans la rue Lom^-Auber, renfermant un squelette d*homme accompagné d'une fiole lacrymatoire ^.

Si le grand chemin du pays de Caux étdt bordé de sépul- tures, celui qui conduisait au Beauvoisis en possédait égeile- ment. Lorsqu'en mai et en juin 4 85S les religieuses d'Ememont firent creuser les fondations d'un édifice dans leur enclos, situé entre la rus d'Ememont et la route de Neufchfttel, elles trouvèrent un bon nombre de sépultures qui avaient été dé- posées près de la voie antique. Citons d'abord douze ou quinze squelettes sans sépulture, couchés dans un terrain l'on a trouvé un Vespasien et des fi^agments de tuiles à rebords ; mais à 50 c. du sol, on a aperçu huit cercueils de plomb, dont trois grands, deux moyens et trois petits. Les médecins attri- buaient les girands à des hommes, les moyens à des femmes et les petits k des enfants. Il faut ajouter que l'inspection des ossements leur avait permis de reconnaître le sexe et l'âge des individus.

Chaque cercueil renfermait un seul squelette encore à sa place naturelle. Les pieds étaient tournés depuis l'est jusqu'au sud-est, les têtes allaient de l'ouest au nord-ouest. Tous ces cercueils avaient pour couvercle une simple chape de plomb qui n'était pas soudée avec l'auge, comme dans les tombeaux de la rue du Renard; au contraire le couvercle était libre et ne tenait dessus que par les bords qui étaient pendants. Cette disposition, qui avait été observée à Quatre-Mares, annonce évidemment que ces sarcophages ont été enfermés dans des cofires de bois dont on retrouve dans la terre les clous h têtes plates, comme ceux de Cany, de Fécamp, de Dieppe, de Lillebonne et des autres sépultures gallo-romaines.

Le plus petit des cercueils d'Ememont, long de 60 c. et large de SO, contenait les frêles ossements d'un enfant de six mois, qui présentait la plus grande ressemblance avec ceux de Cany.

Le cercueil qui suivait avait 90 c. de long sur 28 de large, et contenait les restes d'un enfant de cinq ans environ. Il était

' Mémoires de la Société des Anliquaires de Normandie, t. x, p. 279. ' Catalogue du Musée, p. 15.

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orné de treize médaillons en bosse représentant des têtes d'hommes aux cheveux pendants ou hérissés. Tout d'abord j'avais pensé avec la Commission départementale d'antiquités, à qui ces objets furent soumis, que ces têtes étaient celles d'Apol- lon-Phébus. Aujourd'hui je suis porté à croire que ce sont des têtes de Méduse. Du reste ces têtes étaient enfermées dans des cercles octogones, à l'exception de celle du milieu du couvercle dont le cercle était rond. Le couvercle à lui seul en possédait sept dont deux à chaque bout, une au milieu et une autre à droite et k gauche. Les six autres étaient semées sur les côtés et les bouts. Le médaillon le plus remarquable est sans con- tredit celui du milieu dont la belle tête rappelle l'art antique et ne sent nullement la barbarie.

Ces deux petits cercueils étaient bien conservés, mais il n'en était pas de même des grands et des moyens, écrasés par la pression des terres. De ces derniers, un seul couvercle a été conservé et méritait de l'être. Long de 1 m. 80 c. et large de 36 c, il présente sur sa surface cinq médaillons semblables à ceux qui recouvrent le cercueil de l'enfant de dnq ans. Ces médaillons, placés à chaque angle et au milieu, présentent des têtes renfermées dans un listel octogone encadré lui- même dans un filet circulaire.

Je ne dois pas oublier de citer un détail qui m'a frappé en examinant le cercueil de l'enfant àf cinq ans. Dans la partie supérieure, j'ai remarqué une croh de Saint-André, tracée dans le plomb avec un instrument tranchant ou pointu. M. Deville qui en 1843 a observé la même chose sur un tom- beau en plomb de Quatre-Mares, pense que cette croix tracée dans un angle a été faite au moment de l'ensevelissement afin de faire reconnaître la place de la tête. Cette explication est vraisemblable. Comme M. Deville attribue les sépultures de Quatre-Mares au règne de Constantin, je ne balance pas à at- tribuer celles d'Ërnemont au siècle heureux qui posséda ce grand empereur.

' J'arrive à l'une des plus intéressantes découvertes que l'on ait faite à Rouen de sépultures romaines de la transition, je veux parler de celles de Quatre-Mares si bien décrites par M. Deville, dans deux dissertations insérées dans la Revv^ de Rouen.

Ce fut en mars et en avril 4843 que les ouvriers du chemin de fer de Rouen à Paris découvrirent ces cercueils ensevelis sous deux ou trois mètres de remblai. Les deux premiers

k

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étaient en pierre, d'un seul morceau, avec un couvercle con- vexe attaché à l'auge au moyen de ciment. Chacun possédait un squelette, Tun celui d'un homme, l'autre celui d'une femme. Le premier ouvert par les terrassiers eux-mêmes a présenté plusieurs vases en verre brisés par eux. Le second, visité par M. Deville, a présenté six vases dont un en terre, quatre en verre, un en cristal et deux médailles de bronze, dont une de Constantin-le^Grand. Ces vases, parfaitement ro- mains pour la forme, avaient été déposés aux pieds et devaient être enfermés dans un cofiret de bois dont M. Deville a re- marqué les clous ^

Cet usage de coffret de bois renfermant les vases et le mo- bilier funèbre du défunt était si général à l'époque gallo- romaine, que H. Deville l'a constaté d'une manière bien éclatante dans le troisième cercueil de pierre de Quatre-Mares. Ce sarcophage contenait le squelette d'une femme, renfermé dans un second cercueil en plomb. A la tète étaient trois épin- gles à cheveux en ivoire et une en jais. Aux pieds était un fuseau en ivoire et une fiole de verre bleu.

Les objets les plus nombreux et les plus remarquables étaient aux pieds, mais entre le coffre de plomb et celui de pierre. C'est dans cette place vide qu'avait été déposé le coffret contenant quatre vases en verre, un bracelet en jais et une semelle de cuir provenant d'une sandale qui avait été dorée. Ce cofiret de bois était recouvert d'un tissu d'osier revêtu de cuir, orné d'une garniture de bronze. Il fermait au moyen d'une gâchette à charnière, entrant dans une serrure de fer encore munie de sa clé en bronze 3.

Le dernier objet trouvé à Quatre-Mares est un cercueil en plomb semblable à ceux de l'endos d'Ememont, qui comme eux avait été entouré d'un coffre en bois dont on retrouvait la poussière noire et les clous oxydés. A la tête était une fiole de verre, aux mains un bracelet en jais et enfin un débris de médaille deTétricus, empereur dans les &aules, de 267 à 273 <.

Évidemment il faut encore ranger dans la catégorie des sé- pultures gallo-romaines du xv* et du v* siècle, deux cercueils de plomb dont parle M. de Gerville dans son excellent Essai sur les Sarcophages. Tous les deux furent trouvés dans le dé-

* Déeouveries de sépuUures antiques à Quatre-Mares, par M. Deville. La Revue de Rouen, aonée 1843, i*' semestre, p. 158.

' Id., ibid., p. 121.

* Id., ibid., p. 129.

o

50 -

partemcnt de la Manche. Le premier, vers 4780, à SaiutnCôme» près de l'ancienne Crodatonum , lorsqu'on faisait la route royale de Paris à Cherbourg. Il contenait une médaille de Posthume, en moyen bronze. Le plomb fut vendu un sou la livre à Carentan. Le second fut découvert, vers 4830, dans Tenoeinte de Tancien séminaire de Coutances. Quoiqu'il fut delà taille d'une personne adulte, il s'y trouvait cependant une tétine en verre glauque, parfaitement conservée. Ce qui fait présumer, avec raison, à M. de Gerville, que c'était celui d'une mère et de son enfant à la mamelle ^

Assurément il me serait possible de multiplier les exemples, mais je dois m'arréter. Cependant je ne puis passer sous le silence la nécropole de Bayeux, l'antique Augustodurum si bien étudiée et décrite par H. Edouard Lambert. Ce savant anti- quaire a trouvé ce dortoir des vieilles générations sur le mont Phaunus, conquis par saint Floxel et par saint Vigor, qui lui ont donné leurs noms, tout au bord de la voie romaine qui conduisait à un camp du littoral et aux bouches de l'Orne. En l'observant pendant près de trente ans, il y a reconnu des urnes remplies d'os brûlés avec poteries rouges en terre de Samos, des amphores avec le nom de l'ouvrier ^ et des mé- dailles du flaut-Empire, tous restes de la crémation des trois premiers siècles : puis des sarcophages en pierre et en tuiles romaines, des corps déposés dans un sol plein de tuiles> de ciment et de pierres taillées ', des squelettes avec vases de terre, boules et hochets, fioles et gobelets de verre 4, tous in* dices de la transition : enfin des cercueils de pierre, percés et rétrécis vers les pieds ^, contenant des boucles de bronze ar- genté, des fibules émaillées et des plaques de ceinturon, des médailles romaines mêlées avec des monnaies du moyen-âge ^, surtout un tombeau en pierre fait avec un monument romain élevé en l'honneur de Constantin-le-Grand et encore recou- vert de son inscription. Tout ceci démontre des sépultures faites pendant l'invasion des Barbares ou après qu'ils furent

* De Gerville, Essai sur les Sarcophages, p. 3, in^, de 45 page«, Poi- tiers, 1836. Mémoires de la SocUU des Antiquaires de l'OueH, 1836.

' M. Ed. Lambert, NoUce sur l'ancienne nécropole de la cité de Bayeux et sur une inser^tion en Vhonneur de Conslanlin-le-Grand, daos les Mém. de la Soc. des Anlig, de Pfor», t. xvii, p. 442.

' Id., ibîd., p. 441.

< Id., ibid., p. 448.

' Id., ibid., p. 441.

^ Id.y ibid., p. 4tf0.

M

assis sur le sol. Aussi, c'est avec raison que M. Lambert fait remonter ce cimetière du i*' au xi® siècle de notre ère ^. Nous goûtons fort ces conclusions.

Je me borne à ces faits qui me paraissent bien constatés. J'en ai produit de deux sortes : des Romains et des Barbares. Le lecteur peut, dès à présent» fixer dans son esprit et graver dans sa pensée les traits principaux qui distinguent les sépul- tures du IV* et du V* siècle, que j'appelle de transition par la double raison qu'elles sont le passage entre l'ustion et l'inhu- mation pure, entre le Paganisme et le Christianisme, entre la haute civilisation de Tempire romain et la barbarie profonde des temps mérovingiens.

' M. Éd. Lambert, Notice iur Paneienne nécropole de laeitide Baveux et tur une tmcription en l'honneur de Conilantm-4e-Grand, dans les Mém. de la Soc. des AnUq. de Nor», t. xvn, p. 4IS3.

m.

LA NORMANDIE SOUTERRAINE.

DEUXIÈME PARTIE.

SES CIHEVIElftES BOHAIMS.

CHAPITRE IV.

CONSIDÉRATIONS 6ÉNÉRÂLB8. ASPECT DU PAYS- US GAULOIS. US ROMAINS. LES VALLÉES. LA DURDBNT.

LK séjour de rbomxne n'est pas ancieD dans le nord la Gaule ^ Si la race humaine habite depuis long-temps cette contrée septentrionale de l'Europe, elle y a du moins laissé peu de traces de son passage. Toutes les découvertes &ites jusqu'à nos jours autour de nous ne parais- sent pas devoir reculer l'ewtence de l'homme au-delà d'un millier d'années avant notre ère 2. Les Celtes, s'ils ont habité long-temps ces régions, n'ont laissé après eux sur le sol qu'une imperceptible et insaisissable poussière. Aucun monument n'est encore venu trahir l'existence de générations reculées et primitives. Les monuments appelées celtiques, tels que les allées

* Relativemeol ta s^loar de rbomme dans le nord de la Gaule, à des épo- ques aoté-hiitoriqnes, il me paraît de la plus haute importaoce de lire la dis- sertation d'an académicien belge Sur les Aborigènes de V Europe, à propos ituiie caverne à ossements trouvés en Belgique, près Namur, en 1843^ in- sérée dans VÂthenmum français, da 11 février 1884, p. 124.

^ M. Boocberde Pertbes, ÀnUquUés eelUques et antédiluviennes, chap. 11, iii-8», Abbetille, Paillart, 1847.

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de pierre, les dolmens, les menhirs, communs près de la Loire, sont rares près de la Seine. L'histoire parle des Gaulois, mais l'archéologie ne trouve d'eux que des médailles presque usées, des casse-téte en silex, des hachettes en bronze, des grottes mystérieuses, des tertres de gazon, des sépultures informes et de grossiers fragments de poterie, à peu près tout ce que lais- serait derrière elle une peuplade sauvage. C'est tout l'héri- tage légué par une génération qui, d'après l'histoire, a régné long-temps sur notre pays. Ces restes, rudes et firustes, tra- hissent un temps de barbarie. Ce sont des rudiments plutôt que des produits. On y voit un peuple qui travaille à sortir de l'enfance, mais qui est loin encore de la civilisation.

Puis tout-à-coup, ce peuple change ; en quelques années, dans l'espace d'un siècle, la face du pays se renouvelle totale- ment. Un vrai miracle s'opère ; ces pierres brutes se changent en des hommes civilisés, une région inculte et forestière de- vient le jardin d'une riche colonie agricole. Ce monde de gra- nit s'amollit au contact des arts, et une haute civilisation brille là, avait régné une sauvagerie séculaire.

La conquête romaine apparut dans la Gaule comme un im- mense bienfait. Elle fit faire à ces hommes arriérés un pas de géant dans la voie du progrès ; elle avança de dix siècles la marche de l'humanité'; elle abrégea le travaU des générations. Elle dut produire sur les rudes et agrestes populations de la Gaule l'efiet que produisit l'Espagne sur les Indiens du Nou- veau-Monde ; que produisit l'Angleterre sur les sauvages de rOcéanie, l'efifet enfin que produit aujourd'hui la France sur les Arabes de l'Algérie. Les Romains enlevèrent à ces peuples généreux et sauvages leur fougueuse et indomptable liberté, mais, en échange, ils leur donnèrent les arts, le commerce et l'industrie. Ce fut avec des chaînes d'or que Rome attacha le Gaulois à son char de triomphe. Plus puissante par les arts que par les armes, elle régna sur les vaincus par ses bains, ses jeux, ses théâtres, ses festins et ses portiques, bien plus que par ses aigles, ses faisceaux, ses légions et ses proconsuls ^

L'humeur chagrine de Tacite a pu flétrir les bienfaits de la conquête, mais nous qui ne trouvons plus que les cendres re- froidies des vainqueurs et des vaincus, nous ne savons pro- noncer, sur leur tombe entr'ouvôrte, que l'arrêt de la justice ou l'hymne de la reconnaissance.

« Tacit. nUL, li|). it, g. 63. Id., Vit. Agric, c. 7 MonUaucon, VAnUquité expliquée. Supplément, liv. iii^ ch. tf.

55

Comme l'Espagne arriva en Amérique avec des mœurs et une religion toute faite, de même les Romains arrivèrent parmi nous avec une langue, des arts, une religion parfaite- ment formés ; ils n'avaient rien à emprunter à des tuarbares dont l'agriculture, le costume et la vie leur faisaient pitié. Plus sages qu'Alexandre qui prenait les mœurs des peuples vaincus, les Césars apportèrent à la Gaule soumise les mœurs de Rome victorieuse. Hs tracèrent des voies stratégiques et commerciales qui furent les plus acti& canaux de la civilisation . A la place de ces cavées fangeuses et profondes les Gaulois traînaient péniblement leurs chars rustiques, ils déroulèrent ces magnifiques chaussées qui paraissent bâties pour l'éternité, et qui, pendant quatorze siècles, ont été toutes les voies de communication de la France.

Les Romains apportèrent tout avec eux dans la Gaule : ar-> chitectes, sculpteurs, peintres, mosaïstes, graveurs, potiers^ verriers et écrivains. Des légions ouvrières suivaient les légions armées ; et ce sont les noms de ces artistes latins que nous lisons* au fond des vases, sur le flanc des terrines, sous l'anse des amphores, sur le cachet des marchands et sur la pierre des tombeaux.

Sur cette terre long-temps libre comme l'air, parmi ce^ hommes accoutuniés à l'indépendance comme les hôtes des bois, chez des peuplades plutôt vaincues que soumises, les Romains s'établirent dans des maisons qui ressemblaient à des citadelles. Leurs milas étaient à la fois des vigies militaires, des chftteaux seigneuriaux, des exploitations agricoles, des centres d'industrie et des villes de refuge ^

Us occupèrent, il est vrai, les plaines et les vallées, mais, à l'exception des points culminants des plaines, ils préférèrent les vallées. Leur prédilection pour les vallées s'explique assez naturellement par la douceur du climat, par la proximité des eaux, par la protection naturelle des bois et des collines. Aussi, le bassin de chacune de noa rivières a-t-il été le berceau d'une population antique ; chaque ruisseau est une page d'his- toire. Voyez plutôt les villes de Rothomagus, d'Uggade, de lotum, de JuUobona, et de Cara^Mwutn, assises au voisinage de la Seine sur les petites rivières de Rothbee (Robecj, de Cal- debec (Caudebec), de Bolkbee, et de la Lézarde, l'ancien Bec Yauquelin. La rivière disparue d'Étretat naissait sous un cime-

' M. de Caumont, BuU, monument., t. XV; p. 104.

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tière romain ^ pour mourir au pied d'un balnéaire antique

alimenté par un aqueduc 2.

La Bresle arrosait la ville d*Augu8ta, convertie par saint

. t ^ w " ^ Valéry, et les villas romaines forent exilés saint Loup de

l^\W ^nff^ wi ggjjg gj gj^jjj^ Germain d'Ecosse «. L'Yère avait des monastères

mérovingiens dans ses îles ^ ; l'Eaulne coule à travers des champs se confondent les Romains et les Barbares ^ ; la Béthune, la Telles des rois mérovingiens ^, déracine des mu- railles antiques et charrie des tuiles à rebords 7 ; la Yarenne reçoit dans son sein l'eau des baptistères de saint Saêns, de saint Hellier et de saint Ribert ^. Ces trois rivières réunies for- ment le grand lac se baignaient jadis les stations romaines de Caudecôte et de Bonne-Nouvelle ^. La Scie est pleine de médailles, et la Saàne est romaine depuis un bout jusqu'à l'autre. Une pléiade de villages, terminés en ville, a remplacé les viUas qui rayonnaient autour de la cité de BeauviUe, de la viUe de Thiède et de cette magnifique station de Sainte-Mar- guerite-sur-Mer qui, pendant vingt ans, n'a cessé de montrer ses mosaïques, ses bains, ses galeries, son temple et son ci- metière ^0.

* Noël, Second Eaai tur la Seine-inférieure, p. 38 et 39. Le Havre et son arrondiisemenl.

' ÉlreUU et ses environi. L'Élretat souterrain, et séries. ^ Étretal,. son présent, son passé et son avenir, p. 14. Revue de Rouen, de I8f2. Mémoires de la Société des Anliquaires de Nortnandie, t. uv.

* Lebeuf, la viUe d'Eu. Vie de saint VaUry, Abbeville, 1821. Âcfa sanctorum, à Bolland. mens, april. Estancelin, Hist, des comtes d^Eu, Bull, de la Soc. des Antiq. de Picardie, année 1849, p. 331.

* Dom Boaquet, Rer. Gallic et Francie. Scriptores. GaU, Christ,, L u.

* Mortemer, Lucy, Londinières, ParfondeTal, Doavrend, Envermea, Re- vue de Rouen, années 1848, 1850, 1851 et 1853. Bull, monum,, t. uv.

* M. A. Leprevost, Mém, de la Soc, des AnUq, de Nor,, t xi, p. 6.

^ A Saint-Martin-l'Ortier, à Saint-Valery-soas -Bures, à EquiqnevUle, à Archelles, etc. Essai hist, et arehéol, sur le canton de Neufchdlel, par Tabbé Decorde.

* Les fontaines sacrées de saint Saens, A Saint-Saëns ; de saint Hellier, à Saint-Heilier, et de saint Ribert, à Torcy-le-Grand.

* M. Vltet, Histoire de Dieppe, Notice sur les fouilles de NeuvUMe- PoUM, en 1845. Revue de Roum, de 1845. ^ Mémoires de la Soâàé dm AnUquaires de Normandie, t. xvii.

** M. Gaillard, Recherches archéologiques, Précis analytique des trav, de VAcad, de Rouen, année 1832. Revue de Rouen, de 1846. Bulletin monumental, année 1843. Guilmeib, Descrip. géog,, hist., mmwmeni, de la Seine-Inférieure, t. it.

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Comme la Saflne, la Durdent est romaine depuis sa source jusqu'à son embouchure ; mais plus heureuse que la Saàne , elle peut joindre le témoignage de Thistoire à celui de Tar- chéologie < . Cette vieille Quiteftède des hommes du Nord ^, rebaptisée, dit-on, par un compagnon de RoUon, surnommé Dmt Dwre, dens dwrtu >, ne fut visitée par les barbares que parce qu'elle avait été fréquentée par les Romains. On ne vole que le riche, et le pirate ne s'attaque point au désert.

Des voies romaines traversèrent la vallée ; nous citerons celle de Lillebonne à Dieppe ^. Des saints bénirent ses ondes ; \'i -'n^^^dès le SAcead siëde, saint Mellon y baptisa les premiers chré* tiens et il en fit ainsi le Jowrdain de la Normandie. Son anti* que baptistère, resté ouvert jusqu'à nos jours, est devenu l'objet de la vénération des peuples. Notre premier évoque mourut dans une tle de la Durdent, le 22 octobre 344 ^; la tradition lui assigne pour demeure le vieux château d'Héri- court, dont les dents de mur sortent de dessous l'herbe des prairies. Une vieille crypte, à laquelle a succédé l'église, ras- sembla sous la houlette du premier pasteur les brebis persé- cutées par Galère et par Dioclétien ; saint Riquier, plus tard, vint peut-être deCentule^, semer une seconde fois l'Évangile que les barbares avaient arraché avec les maisons romaines.

Sur un espace de plus de deux kilomètres, depuis l'église Saint-Hellon jusqu'au moulin de Gréaume, on ne rencontre le long du grand chemin que des tuiles à rebords, des poteries rouges et grises, des vases à reliefe mythologiques et des mu- railles romaines semées à la base de la colline. Là, furent les maisons des idolâtres que l'apôtre du Christ vint évangéliser, car personne ne croira qu'il ait quitté Rouen pour prêcher dans le désert. Comme les premiers apôtres, il s'attaquait aux principaux centres de population, et c'est par les villes qu'il commençait la conversion des campagnes.

Mais suivons pas à pas les bords de la Durdent Gallo-Ro-

' Pommeraye, Hû(. dêi Areh. de Bmten, Farin, Norm. ehréiienne, ttadré, Cknmolog. hùioriale de$ Âreh, de Bouen. «- Gall ehrisL, t. xi.

' « Flaviam Qaitefledam. Orderic Vital, liv. m, p. S64. ^ La Qolteflëde ou la WiOcAew, d'où est vena Vitteflear.

* « Willelmos dens duras » est mentionné dans une charte de Fécaitip, de 1085.

* Mémoirei de la SocUU des AnUquairei de Normandie, t. xiv. ^ D'après Poromeraye, le naartjrologe et le bréviaire de Rouen.

* Saint Riquier, abbé et fondateur de Ceniule et patron de la seconde paroisse d*Héricourt, appelée Saini-Riquier'd'HéricoHrL

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maine. Au Hanouard, ce sont des haches en bronze et des médailles impériales ; à Grainville-la-Teinturiëre, il y a tant de débris, que quelques-uns y placent le Gravinum des itinérai* res. La distance des lieux, la direction de la voie, Tétymologie du nom, des ruines nombreuses et jusqu'à la motte fut assis plus tard le château de Béthencourt, militent en &Yeur de cette assertion ^. A Crosville, la Durdent formait une tle Ton a détruit, en 4834 , une motte remplie de s^ultures anti- ques, de murailles en tuf, de tuiles à rd>ords, et de mosaïques jonchées de médailles du Haut^Ëmpire 2. Vittefleur est pavé de monnaies en bronze, mais, entre la rivière et le*ohemin de Paluel, au lieu dit la Rotée, est un jardin marné de tuiles, de poteries et de cubes de mosaïque blancs et noirs. Enfin, de ruine en ruine, on arrive à la mer, à cette masse énorme de galets qui ferme la Grande-Vallée.

gît le port de Claque-Dent; là, disent avec effroi les ha- bitants de la côte, fut ensevelie, sous les eaux de la mer en courroux, l'ancienne mUe de Durdmt, dont les sables laissent parfois apercevoir des pans de mur, véritables ossements do la cité disparue. C'était pour la garder que les Romains avaient élevé le Câtelier de Veuiettes qui domine la terre et la mer >. A Veuiettes même nous trouvons un tombeau en tuiles ro- maines.

Mais c'est au milieu du cours de la rivière que les anciens comme les modernes paraissent s'être arrêtés de préférence et avoir formé leur principal établissement. Le bourg de Cany, aujourd'hui descendu dans le fond de la vallée, était autrefois situé sur la rive droite de la rivière, entre les belles Halles bâ- ties par les Becdelièvre et le château de Caniel, ruiné par la main du temps. Le marquisat de Cany «'appuyait sur un ma- noir planté au bord de l'eau, détruit en 4697, lorsqu'on cons- truisit à Barville le château actuel. En creusant les fondements de la filature qui le remplace, on a trouvé une médaille dorée, une médaille fourée, une épingle en or et plusieurs monnaies du Haut-Empire. M. Cottard a fouillé dans son jardin une urne remplie d'ossements, des tuiles à rebords, des maçonneries et un canal antique. C'est que je place le Cany romain.

* Gailmeth, Descrip. géog., hisl.j monum. et sUUisL de la Seine-Inf,, t. u.

' Catalogues du Musée départemental, années 1836 et 184tf . Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xiv. ^ Goilmeth, Descript.. t. u.

' Mémoires de la Société des Antiquaires de Normafidie, t. xiv, p. 162.

>.

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Enfin, vers 4780, M. Reiis, régisseur 'du château, fit cons- truire une maison sur le bord du chemin de Vittefleur, dans une cour plantée de pommiers, qui appartient aujourd'hui à HM. Souday fi'ères ; c'est qu'il fit la découverte suivante, que j'ai consignée autrefois dans mon Mémoire sur les Voies romaines de l'arrondissement du Havre : « Dans un manuscrit sur le château de Cany-Caniel, par M. Pessey, nous lisons que, en 4780, un propriétaire faisait creuser les fondations d'une maison dans un enclos, près du chemin qui conduit de la ville au château de Caniel. A quelque profondeur, les ouvriers trouvèrent plusieurs tombeaux en terre cuite. Un d'eux fut ouvert, et l'on n'y découvrit qu'un vase en cristal, contenant un grand nombre de petits morceaux d'ossements brûlés. Une liqueur très^blanche et très-claire remplissait le vase dans le- quel était placé, au-dessus des os, une petite cuiller d'argent. La liqueur, dégustée par un pharmacien de la ville, fut trou- vée sans aucune force ni saveur »

Cette note de soixante-dix ans, communiquée à M. Emma- nuel Gaillard, fut le principe de nos découvertes. H est juste d'ajouter que les vieillards venaient confirmer par des tradi- tions orales les données écrites ; les uns disaient que la cuisine reposait sur un tombeau romain ; d'autres, que la salle était pavée de cercueils. L'imagination exagérait des faits déjà éloi- gnés ; toutefois, des vases et des verroteries, déposés au musée départemental, confirmaient ces dires, ainsi que M. Guilmeth, dans sa Description de l'Arrondissement d'Yvetot 2.

Nous ignorions, à cette époque, que M. Hourcastremé avait publié dans les Annales françaises des arts, des sciences et des lettres 3, la note suivante sur la découverte de Cany. « Un embranchement, sur la grande route du Havre à Dieppe, sort de Cany parallèlement à la rivière pour se diriger vers Vittefleur et Paluel ; à vingt-cinq toises de l'origine de cet em- branchement est une vaste prairie au centre de laquelle furent construits quelques bâtiments vers 4790. En fouillant le sol, pour en poser les premières assises, les ouvriers mirent à découvert douze à quinze tombeaux : plusieurs de ces tom- beaux , construits en maçonnerie , contenaient des cercueils de plomb, d'autres étaient formés de grandes dalles en bri- ques, sur 45 à 48 pouces d'élévation perpendiculaire, recou-

* JHémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xiv, p. 162

^ Guilmeth, t. u, p. 304.

' V* année, (, 8, d<' 3, année 1821.

60 .

verts en triangle d'un double talu^ pour garantir la solidité de la construction. On y distinguait le cercueil d'un en&nt de sept à huit ans, ayant un petit vase lacrymatoire de verre en- châssé dans une botte de plomb, au c6té droit de sa tête, dans lequel on distinguait encore Teau lustrale calcinée et cristallisée en quelque sorte ^.

» Chacun de ces cercueQs contenait sa fiole renfermée dans pareille botte, Tune d'entre elles laissait même dépasser, de quatre à cinq pouces au-dessus de son goulot, la tige d'une cuiller d'argent qui plongeait dans le vase.

» On trouva, sur le même terrain, une trentaine d'urnes cinéraires en terre cuite, hermétiquement closes, avec chacune son couvercle ; ce qui semblerait indiquer deux ou trois mo- des de sépultures employées simultanément : en plomb pour les personnes riches ou distinguées, en brique pour une se- conde classe, et les cendres seulement et corps brftlés pour la troisième. Ces urnes étaient rangées symétriquement à distan- ces égales ; il y avait aussi des médailles, l'unique qui ait été observée était à l'effigie de Trajan. »

' Des vases de ferre contenaDt aussi de l'eau, quoique très-hermétique- ment Termes, ont été trouvés à Rome en 1839, près la Porta Maggiort, dans le tombeau du tx>ulanger Vergilius Enrysaces, et en 1852, entre Bi« gonvllle et Wolvelange, dans le Grand-Duché de Luxembourg. BuUelins de i'ÂeadémU royaie de Belgique, t. xx, n* 8. Notes de MM. Namur, Roulei et Slas.

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CHAPITRE V.

CIMBTlftRE «OMAIN DE CANY.

UNI des renseignements qui précèdent, de la permis- sion du propriétaire et d'un crédit de 300 fr. accordé par M. Leroy, préfet de la Seine-Inférieure, je com- mençai les fouilles de Cany le 20 avril 1849. La pre- mière tranchée ne fut pas heureuse ; je la tentai près de la mai- son d'habitation, parce que avaient été faites les premières découvertes (pi. i, d.) ; mais j'arrivais trop tard. Les sépultures placées dans cet endroit avaient été violées depuis bien long- temps : des spoliateurs avides , et non de paisibles archéologues, étaient, venus avant nous dépouiller ces sépulcres ; les tuiles étaient restées dans le sein de la terre pour attester le travail de la destruction . .Les cupides explorateurs avaient négligé des vases vides que nous trouvions entiers. Les ossements avaient été dispersés, et une jeune tête de dix ans, sans aucun maxil- laire, s'est rencontrée dans la coupe des terrains. Elle avait long-temps reposer dans l'oxyde de cuivre, car elle était verte et bronzée comme un casque antique. Des ossements semblables ont été vus à Rouen, en 4827, dans des cercueils en plomb décrits par M. Langlois'i. Trois médailles debillon étaient éparses sur le sol ; les tombeaux violés devaient être intéres- sants ; la présence du bronze le prouve, ainsi que les trois mé- dailles tombées de la main des ravageurs. Nous avons reconnu un Philippe père s, un Philippe fils (249) ', et un Valérien (253-60]. On le voit, nous approchons du Bas-Empire.

* Mém. iur des Tombeaux gallo-romains, in-8o, Roaen, 1829. ' Le refen de la médaille de Philippe père présentait un cerf avec un bois saperbe : Smemlares AugutU^ ^ La nédiitle de Piiilippe Gis présentait au revers deoi empereurs assis

63

En effet, c'est à cette époque, déjà rapprochée de nous et qui revêt des formes presque chrétiennes, qu'il faut attribuer les tombeaux d'enfants trouvés dans la tranchée voisine (pi. i, E.j. Ces tombeaux, au nombre de cinq, étaient en briques rouges, larges et plates comme les . faisaient les Romains. Quatre sépulcres étaient assis sur le tuf, un cinquième les sur- montait. Les premiers étaient maçonnés avec du ciment et des briques posées à plat; le dernier ne se composait que de bri- ques posées à champ. Ces cercueils, longs de>0 à 420 centi- mètres et larges de 25 à 30, avaient une profondeur égale à leur largeur. Les couvercles, aplatis par le tassement des ter- res, devaient affecter primitivement la forme d'un tott. Trois étaient remplis de terre; l'intérieur des autres était protégé par des cofires de plomb, usage commun à l'époque romaine ^ . Ce métal, analysé par la science, a été reconnu n'être pas du plomb pur, mais bien un alliage de plomb et d'étain ; mélange moins oxydable, moins altérable par le temps que le plomb seul 2. « Ceci prouve, dit M. Dubuc, que les anciens avaient déjà de grandes connaissances en métdlurgie 3. »

L'orientation allait du nord-ouest au sud-est, la tête au couchant, les pieds au levant.

Les os, frêles et tendres, étaient le plus souvent réduits en pâte ou en bouillie ; cependant, j'ai pu ramasser encore des côtes, des omoplates, des vertèbres cervicales, des clavicule$, des iliums, des fémurs, des cubitus, des radius et un maxillaire inférieur dont les deux premières molaires étaient sortie^ ; les

sar an tr6ne, la main étendue pour faire des largesses A l'armée : lAhera- UUu ÂugusU.

* Mém, sur dit Tombeaux gtUUHromams, par H. Langlois. Cataioffue du Musée. ' Dans le métal de Cany M. Girardin a trouvé :

Plomb 95,60

ÉUin 4,40

Fer '. . traces

100,00 En 1831, ajonte notre savant confrère, fai fait connaître dans la Bévue normande, v vol., p. 467 et6i9, Tanalyse d*nn cercueil romain en plomb trouvé à Ropen, rue Saint-Gervais. Le métal offrait, A peu de chose près, la' composition du cercueil de Cany, puisqu'il était formé de :

Plomb 94,90

ÉUin 5,10

100,00 ' ^ Précis analyl. des Trav. de l'Académie de Rouen pour Tannée 1827.

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deux secondes commençaient h paraître, et les deux dernières étaient à Fétat de germe. La science fixe Tâge de ce sujet à 25 ou 30 mois. Un antiquaire français, en nous rappelant que les Romains ne brûlaient pas les enfants avant la pousse des dents, dit qu'on les appelait, à cause de cela : « Minores igné rogi ^. »

Ce quartier était le dortoir des jeunes enfants, une véritable crèche : il y en avait plusieurs couchés dans le même tom- beau, comme dans le même lit, et je suis convaincu qu'il n'y avait pas moins de six à huit petites créatures de l'âge d'un an à trois ans. S'ils appartenaient à la même famille, s'ils sont morts à une époque rapprochée, il faut convenir que ce petit coin de terre cache un des plus cruels mystères de la douleur antique. C'est une des pages les plus déchirantes de l'histoire de nos anciennes funérailles. Combien de larmes maternelles ont arroser ces frêles édifices que nous contemplons avec tant d'indifférence ou de curiosité.

. Une tendre et pieuse affection entoura autrefois la dépouille à peine refroidie de ces petits êtres qui emportaient avec eux tant de joie et d'espérances. On s'en fera une juste idée en voyant le mobilier funèbre dont ils frirent dotés par la main de leurs mères. Dans le tombeau supérieur, nous n'avons trouvé qu'un petit vase placé aux pieds (pi. i, fig. 2j ; mais le second en renfermait quatre en terre grise, dont l'un formait une petite marmite à trois pieds (pi. i, fig. 49); deux autres représentaient de petits trépieds (pi. i, fig. 6, 7). C'était comme un ménage d'enfant auquel on avait ajouté un biberon de verre semblable à celui de Neuville-le-PoUet (pi. i, fig. 44). Le nô- tre était accompagné d'un fort bouton en os percé de trous, qui paraissait avoir été disposé pour servir de couvercle. Des cordons devaient rattacher ce bouton à l'anse usée par le frot- tement.

Dans le troisième, il y avait absence de vases, mais sous le plomb étaient des vertèbres, des côtes, des tibias et une mâ- choire inférieure. Aux pieds du même sujet, gisaient des mor- ceaux de cuir ou peau artistement découpés à jour ^. C'é-

^ Notice sur quelques tom^^eaux anliques, etc., par M* le baronr de CrazaoDes, dans le BuUeUn m(mumenlal, t. v, p. 431.

' Dans le Précis analytique de rAcadémie de Rouen, pour Tannée IStfl- m, M. Girardin a non-seulement analysé ce morceau de cuir, mais il Ta encore dessiné dans la planche iv de ce recueil. Voici le résultat obtenu par notre savant chimiste :

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talent, très-vraisemblablement, des restes de chaussures. Ce qui nous le fait penser, c'est que M. Roach Sn^ith, dans son Cataiogue du Musée romain de Londres, nous donne quatre spécimens de sandales romaines et même des souliers d'enfant découpés comme les nôtres en forme de guipure ou de den- telle. Notre savant confrère en a trouvé plusieurs échantillons dans l'antique Londinvum, aujourd'hui la capitale de l'Angle- terre *.

Le quatrième renfermait, dans sa chemise de plomb, des ossements réduits en bouillie, unjoli vase noir aux pieds (pi. i, iig. 43], et quatre boules de verre colorées de bleu 2, de vert et de blanc (pL i, fig. 36). C'est qu'a été trouvée, sur le sein de Teufant, une statuette en terre cuite, que nous prenons pour Latone ou Junon Lucine (pi. i, fig. 60).

Le cinquième, rempli de terre, n'avait pas de plomb, mais il n'en était pas moins le plus riche en vaisselle enfantine. Les os des jambes y subsistaient encore. A leur extrémité, étaient un verre de cristal brisé en morceaux ^, une petite marmite

G*e8t, dit-il, une matière animale azotée; car, par la calcination dans QD tabe, elle donne des vapeurs blanches, alcalines, d*une odeur de corne brûlée, de rhaileempyrenmatiqne,etelle laisse an résida noir charbonneui.

£lle se gonfle dans Teau, mais n'abandonne rien à ce liquide froid. Par l^ébullitlon elle lui cède une substance organique, qui est précipitée par Tacide tannique et l'alcool.

L'alcool et l'éther sont sans action sur elle.

Elle se gonfle dans Teau de potasse, la colore d'abord en jaune, puis en brun et finit par s'y dissoudre complètement.

Vaprèsces caractères, cette matière me parait être de la peau non tannée.

* Catalogue of Ihe Muséum of London antiquities coUecUd by, and ihe pro- petiy of Roach Smith, p. 66-70, plate 11, fig. 1 à 4, in-8<>, London, ISM.

* M. Girardin ayant bien voulu analyser cette boule bleue, a obtenu le résultat suivant : « Cette boule, de la grosseur d'une aveline, offre à l'in- térieur une teinte bleue-pÂle ; elle est opaque et présente des indices de frottement comme si elle avait roulé long-temps sur le sol. Sa cassure est brillante et la pâte est criblée de petits trous ; le centre est comme poreux'

* de sorte que l'intérieur de cette boule est à peu près comme celui des larmes bataviques. C'est un verre à base de chaux avec traces de Ter et magnésie, la maUëre colorante est de l'oxyde de cuivre ; c'est donc de la fritte d'Alexan- drie qui a été employée comme couleur. »

* Voici ce que M. Girardin a bien voulu nous dire de ce verre : « Ce verre épais, blanc, légèrement opaque et d'une assez grande densité, m*a foarni, par l'analyse, du plomb en proportion marquée. Cest donc vérita- blement du cristal, analogue à celui que J'ai trouvé dans un cercueil gallo- romain de Quatre-Hares, et dont j'ai parlé dans mon premier Mémoire nir les objets anliques (p. 12). Cette nouvelle analyse confirme donc ce que j'ai annoncé en 1846, h savoir : que les Romains fabriquaient le cristal. »

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en terre cuite, contenant un vase noir (pi. i, fig. 47) ; un pla* teaa gris (pi. i, fig. 44), posé le long d'un tout petit pot rouge t>osselé (pi. i> fig. 46) ; un tonnelet de verre percé par un seul bout (pi. I, fig. 54), une petite baguette de verre torse (pi. i, fig. 38) et à tête plate, une épingle en os et quatre boules en verre blanc (pi. i, fig. 36).

C'était toute une collection de joujoux d'enfant.

Un peu plus loin que les tombeaux, entre la maison d'habi- tation et l'ancien pressoir, devenu depuis une épuration d'huile (pi. I, F.), je tentai un sondage qui, dès les premiers jours, rapporta plus de quinze ou seize vases funéraires. Il devenait évident que nous étions sur un cimetière romain de la plus haute importance. Je fouillai pendant quinze jours, je remuai environ soixante mètres carrés de terrain, et, dans toute cette étendue, les sépultures ne manquaient d'aucun côté ; c'est nous qui les avons laissées beaucoup plus qu'elles ne nous ont quitté. Je reste convaincu que, entre la maison, le bureau et l'épuration, il y a toute une moisson antique à recueillir, tout un mobilier fiinèbre à déterrer, tout un musée céramique à monter. En efTet, que ne peut^n espérer d'un champ funè- bre de 40 mètres de long sur 35 de large, lorsque douze sur cinq ont produit près de deux cents objets antiques T

A Cany, les sépultures étaient beaucoup plus nombreuses qu'à Neuvâle, mais elles avaient moins de petits vases autour d'elles ; un grand nombre consistaient tout simplement dans une urne en terre grise, ayant la forme de nos pot^u-fm (pi. i,

fig- iy ^y 48, ^, 34). Ces urnes étaient couvertes avec des pla- teaux rouges (pL I, fig. 44, 45, 34, 35), et, le plus souvent, avec des assiettes noires ou grises (pi. i, fig. 22, 23). Toutes étaient déposées sur un sol argUeux, à 40 c. de l'ancien sol, à 60 ou 70 du sol actuel. Presque toutes étaient entourées de cailloux taillés, et recouvertes de morceaux de tuiles à rebords, les grandes urnes étaient remplies d'os brûlés, quelques-unes

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conteaaieat, aree les ceadres, des verm, de pe^ts rases et de

petits flacons, et même jusqu'à de petites bouteilles.

Parfois les ossemeots étaient contenus dans des vages en verre. Parmi ces vases, les uns étaient pomifonaes (pi. i, fig. 49], d'autres en barillet (pi. i, fig. i3) ; plusieurs étaient

CÀBT. CKKX. PACIMP.

carrés, avec anses (pi. t, âg. 46, 52), ou ronds comme un bo- cal d'apothicfiire. Ces urnes délicates et distinguées se rencon- trent toutes seules ou renfermées dans des jarres en terre. Alors les ossements étaient placés dans le verre, et le grand vase de terre n'était qu'un mortier chargé de cette vaisselle. Dans le plus grand de nos pot-oit-ftit, nous avons trouvé une urne de verre contenant des ossements brûlés, deux petite va- ses en terre, un petit vase et un trépied en urre grise ; une autre fois, c'était une urne noire couverte d'un plateau rouge dont le nom du potier ne s'est pas laissé lire ; dedans était une fiole de verre à deus compartiments [pi. i, fig. 47).

A Neuville, doune ou quinze vases accompagnaient parfois l'urne principale ; ici je n'en ai guère compté que cinq ou «x au plus.

Le 33 avril , urne pleine d'ossements ; elle était bouchée avec deux assiettes, l'une sur l'autre. L'assiette noire était cas- sée, mais la rouge était entière, bien conservée, d'une glaçure brillante et fratche, avec l'estampille du potier piimvs. C'est notre plus belle pièce de poterie. L'urne principale protégeait deux vases gris, placés l'un k droite, l'autre h gauche.

Le même jour, urne de verre, de tonne ronde, avec une cruche vide (pi. i, fig. 34) et un petit vase noir bosselé. Le soir, ce fut beaucoup mieux. Après avoir exhumé ane urne en terre rougeàtre, vernissée à la mine de plomb, et remplie d'os brûlés, nous avons mis à découvert un joli verre blanc (pi. i, tig. 48], une cuiller en bronze pour les parfums (pi. i, fig. 58},

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deux boules de verre (pt. i, fig. 36), quatonee perles de verre peint, de couleur verte, qui pouvaient avoir formé un bracelet de femme ou un collier d'enfant (pi. i, fig. 40]. C'était vrai- semblablement une parure de femme, car, à côté, était une épingle, une fibule en bronze, dont la surface ronde avait été couverte d'émail, et une plaque de métal très-poli d'un côté et d'une forme à peu près carrée, que je prends pour un mi- roir 1. Enfin, venait une jolie clé en bronze, dans la forme la plus élégante qui ait été connue depuis, au moyen-Age (pi. i, fig. 55]. Elle était sans doute destinée à fermer le coCfret'de bois qui contenait tous ces précieux restes.

Une des journées les plus intéressantes fat celle du 4 mai, jour M. Pottier vint nous visiter. On exhuma en sa présence deux sépultures des mieux conservées et des plus considéra- bles. Comtme toutes les autres, elles étaient entourées de silex taillés, de tuiles cassées et de clous oxydés.

La première se composait d*une urne de verre pomiforme à large ouverture (pi. i, fig. 49]. Des urnes semblables ont été trouvées à Lisieux et à Neuville-Ie-Pollet. La nôtre, ici, était pleine d'ossements brûlés qui y sont encore, et d'une eau lim- pide que je crois le résultat des infiltrations du sol. L'urne était si bien fsrmée par un couvercle en terre, tout-à-fait sem- blable à ceux d'aujourd'hui (pi. i, fig. 32), que pas un grain de poussière n'y avait pénétré. A côté, était un vase noir strié

' Voici par qael procédé H. Girardin a élé amené à reton naître dans ce métal un miroir antique :

« Cette plaque Jaune et brillante d'un c6té, présente sur Tautre face une croûte verte se détachant facilement.

» Ce métal bien dépouillé de cet oxyde se laisse facilement attaquer par lo couteau^ et offre, dans les parties coupées, une surface Jaune d'un bril- laai éclat ; il se dissont rapidement dans Tacide aiotique, en fournissant UDC poodre blanciie; il ne renferme que du cuivre et de Tétalo, sans au- cune trace d'or ni d'argent ; il n'y a également ni plomb, ni liac, ni fer. Sur cent parties en poids l'alliage se compose de :

Cuivre. 78,5

Étain 2i,n

100,0 9 Ceat un bronze analogue an métal des cloches et des cymbales. » Quand à la croûte verdétre qui recouvre une des faces de la plaque,

c'est de l'oxyde d'étain ne contenant que des traces de carbonate de cuivre/

avec quelque peu d'oxyde de plomb et de fer. » Il est évident par que cette plaque de bronze avait été étamée sur

l'une de ses faces pour servir de miroir. »

6S

[pi. I, fig. 42), contenant dans son sein un autre petit vase» l'abrégé de lui-même. Ils étaient presque vides ; seulement au fond, on apercevait une terre grasse et glaiseuse ; auprès, était une cruche vide qui paraissait avoir contenu un corps gras (pi. I, fig. 26) ; puis, des garnitures de fer oxydé et des fioles de verre de forme allongée (pi. i, fig. 27} ; ces fioles appelées Lacatmatoiebs, parce qu'elles s'allongent comme des larmes, ou parce qu'elles en auraient contenu, sont communes dans les sépultures romaines, mais plus encore dans celles du Bas que dans celles du Haut-Empire.

La seconde sépulture, voisine de la première, était composée de six vases, dont un pot-de-feu de couleur grise, rempli de terre, dans lequel avait été placée une urne en verre de forme ronde, avec goulot et anse (pi. i, fig. 48}. Cette urne était rem- plie d'ossements brûlés; au-dessus de l'urne de verre était placé un verre à boire d'une pâte blanche comme du cristal (pi. i, fig. 50} ; une assiette cassée avait été destinée à couvrir le tout. Sur les flancs de l'urne, avaient été déposés, comme accompa- gnement religieux, un petit pot en terre grise et un joli barillet de verre, ayant au-dessous ces trois lettres : F. R. 0. séparées par des points (pi. i, fig. 43).

Le monument le plus curieux que nous ait présenté cette fouille est la sépulture à ustion, découverte le 26 avril> à 86 centimètres du soL C'était une petite construction en brique» d'une forme à peu près carrée, ayant 72 centimètres de long sur 60 de large (pi. i, g). L'ouverture allait en se rétrécissant, le sommet parait avoir été primitivement recouvert avec de gros cailloux que la pression avait refoulés jusqu'au cœur de la sépulture, au milieu des vases qu'Us devaient protéger. Les briques qui composaient ce monument funèbre avaient une forme particulière et tout-à-fait inconnue. Elles ne ressem- blaient en rien aux briques romaines que Y on trotive dans tous les monuments de la Gaule et de l'Italie, à «elles mêmes que nous voyons ici dans les tombeaux des enfants. Toutes les briques romaines, que nous avons viles jusqu'à présent, étaient larges et aplaties ; celles-ci, au contraire, étaient grosses et courtes ^ Leur forme était plus carlovingienne que romaine, plus moderne qu'antique ; elles avaient une ressemblance frappante avec le fire-brick des Anglais, tel qu'ils en ont fabri- qué pour les chemins de fer du Havre et de Dieppe, tel surtout que j'en ai vu débarquer sur le quai de Dieppe, en janvier 4849.

> G'élah ptav4trt la demi-briqoe dont parla VitruTe, liv. ii, ch. 3.

69 Ces dernières venuent des foumeaiu du briquetier fît&nm, dans le comté d'York.

Lâfi os brûlés étaient déposés dans le trou qui devenait ainsi une espèce de cinvrarium. Parmi les ossements j'ei remarqué un fragment de tibia indiquant un sujet de haute et forte stature.

Dans le fond de ca petit caveau, reposaient les vases aux parfums et aux libations funéraires destinés h accompag;ner le corps. C'était une fiole en plomb, malheureusement trop usée pcKir qu'on puisse en apprécier la forme ■, uneflole en verre, de forme carrée k long goulot avec embouchure ronde [pi. i, fig. 53) ; elle est encore pleine de liquide : une fort jolie am- poule de verre blanc, très-ân, avec une anse très-étéganle, et des filets autour du cou, et, sur la pause, des arabesques an

relief d'un émail blanc et jaune (pi. i, fig. 45); un petit Qacon de bronze très-élégant, dont les anses sont liées entre elles au moyen d'une chatnetto (pi. i, fig. 56]. Un clou de fer bouche l'entrée de ce vase qui dut être rempli de parfums, car, aprèa tant de siècles, il en a encore conservé l'odeur ; enfin, un fia; con en p&te de Yeire coloré par une matière jaune, opaque et épaisse, jusqu'il consistance d'émail (pi. t, fig. 41). Ce flacon, qui dut être rempli d'une eau de senteur, renferme encore un liquide gras et onctueux. Sa. forme très-singulière est celle d'une larme, ou, mieux encore, celle d'une poire parfaitement L* plonb de «Ue flp1« mtuillqae, Mnaiii i l'âniln* cMmlq» p*t H. <ilru4lB, dooBt IM Tjmiuii tainot* :

Plomb ee

tiuiD *0

100

70

imitée et dont la qiieue serrait de goulot. La firatcheur et la conservation de cette pièce antique ont quelque chose de si pro- digieux que, à l'inspection, on ne s'imaginerait jamais qu'die a de 4 6 à 4 700 ans . On la croirait plutôt achetée récemment dans un bazar de Rouen ou de Paris. J'avoue que, pour mon compte, je ne l'aurais jamais crue ancienne, si je ne l'avais déterrée de mes proprés mains dans une sépulture gallo-romaine.

Dans ce cimetière, les sépultures étaient si abondantes, je n'ai trouvé qu'une s^ule médaille en bronse de moyen mo- dule ; elle était placée sous une urne, et tellement fruste qu'elle nous a laissé lire tout juste les lettres nécessaires pour recon- naître un Nerva^Trajanus (98-447). Les Romains de Cany pas- saient*ils francs de port le noir Aohéron, si avare pour les au- tres mortels ? A Neuville un plus grand nombre de sépultures avaient leurs pièces de monnaies pour payer la barque àCaron.

Le dernier objet tiré de la terre fut un bâton de verre à tête aplatie et long de 32 centimètres (pi. i, fig. 39); malheureuse- ment il était cassé dans sa partie inférieure. Le verre, tors jcomme une corde, ressemble à ces baguettes de baleine que- portaient les jeunes gens il y a vingt-cinq ans. Ce n'est pas la première fois que l'on trouve de semblables baguettes dans les sépultures anciennes. M. de Foripeville en a rencontré un bout dans le cimetière de Lisieux i. M. Deville en a recueilli deux dans le Musée de Rouen, mais aucun n'a l'importance du nôtre, car ceux-là ont compté à peine 40 à 42 centimètres.

On ignore la destination de ces étranges objets ; quelques- uns en font un instrument de verrier, d'autres une ofirande à Mercure redux, chargé de conduire et de ramener les âmes. L'opinion la plus vraisemblable, c'est que ces baguettes, en forme de corde, étaient données à des esclaves que Ton avait affranchis, et qu'elles étaient pour eux le signe de l'émancipa- tion. On appelait alors ces hommes nuîe donati. C'est évidem- ment à un usage de ce genre que fait allusion l'inscription an- tique, citée par Montfaucon dans son Antiquité 'expliquée, la- quelle parle d'une baguette donnée comme prix d'honneur à Hylas, époux d'Ermaîs, qui avait combattu sur un char avec deux épées, rude dotiatus ^. Il est donc possible que notre baguette de verre indique ici les cendres d'un affranchi gallo- romain.

* Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, t. xvn. ' Montraacon, C Antiquité exp^quée, t. v.

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CHAPITRE VI.

CIMSTltEK aOMAXN DE DIl^PPB QU DR MBUVILLE-LE-POLLET.

K vallée de Dieppe, l'une des plus larges de la Haute- Normandie puisqu'elle compte i ,&0.0 mètres d'ouver- ture entre ses deux falaises, est un vrai déversoir formé par la jonction de trois rivières et de trois vallées qui réunissent leurs eaux avant de les précipiter dans l'Océan. Long-temps inondée par les courants de la terre et de la mer» elle a présenté, pendant des siècles, l'aspect d'un grand lac dans lequel se miraient les collines boisées de la forêt d'Ar- qués. Cette baie poissonneuse et navigable, recherchée par le& plus anciens habitants des Gaules, attira bientôt l'attention des premiers civilisateurs de nos contrées. Aussi le versant de toutes les collines qui encaissaient ces eaux dormantes, ren- ferme4-il des traces de ces dominateurs du monde qui, victo- rieux par le fer, firent oublier la violence de la conquête au moyen des arts, de la culture et de la. civilisation.

Parmi les lieux habités dès l'ère des Césars, il faut citer Ar* ques, chef-lieu du comté de ce nom et métropole de l'ancien pays de Talou au temps des Francs. Autour de cette vieille citadelle, appelée iirca« dès 750 dans un diplôme délivré par Pé- pin à l'abbaye de Saint-Denis S on a rencontré des médaiUes romaines et des monnaies mérovingiennes. Archelles, qui es( en face, et comme un reflet de la forteresse, nous a fait voir, à diverses reprises, sous une couche épaisse de terre noire, des tuiles à rebords , des poteries antiques et des monnaies d^ Posthume. En 4853 on y a reconnu, à trois mètres de pro- fondeur, une série de pierres taillées et sculptées qui ont éU

* Bouqoet, Rtr, GûUk^ et Francie. Scriptores^ t. it> p. 716.

7i

servir à des colonnes et à un portique ^ . Pour unir ces deux points, on avait jeté un pont sur la Telles ^ et la Varenne réu^ nies, et Ton avait élevé la chaussée que Ton nomme encore aujourd'hui la rue de Rome.

Arques était alors la capitale d'un pagus, qui, au moyen-âge, nous apparaît sous le nom de Talou. Au temps de nos ducs normands, c'était le point le plus fortifié de la vallée. Aussi, c'est de ce Capitole que la population descendit comme de sa source, s'étendant jusqu'à la mer et s'échelonnant sur tous les points susceptibles d'être habités.

A droite ce fut Martin-Église, l'on a rencontré un statère gaulois en or, des médailles romaines , et dans le cimetière des vases funèbres des temps mérovingiens. C'est qu'en effet le nom même indique ce dernier âge, et dès le ix* siècle ce ha- meau était la propriété du chapitre de la métropole de Rouen. L'archevêque Riculfe le lui avait donné le 7 mars 875, comme le prouve une charte de Charles-le-Chauve.

A gauche était Machonville, dont les malsons romaines ne sont pas totalement détruites. Le val de Bouteilles, vieux re- paire de l'industrie saunière, dont les marais, exploités dès l'époque romaine, furent donnés en 672 par Childéric II au monastère de Saint-Lantberg ', et dont plus tard, à l'époque normande, les grèves furent recherchées par toutes nos ab- bayes. Un peu plus loin c'est le hameau d'Épinay, furent trouvées, en 4847, les sépultures franques que nous décrirons bientôt.

Enfin nous arrivons à Dieppe ; mais cette ville avait deux côtés, et la station occupait les deux bords de la baie.

A l'ouest les Gallo-Romains avaient fixé leur séjour dans le faubourg de la Barre, au-dessus de ce port de Weet qui fut émergé des eaux au temps de Charlemagne, et nommé par la langue des hommes du nord. Ce qui prouve l'existence ro- maine du fkubourg de la Barre, c'est d'abord une voie que nous avons aperçue M. Feret et moi, en 4841 , le long du che- min des Fontaines, lors de la construction de la briqueterie de HM. Caron et Legros. Nous l'avons également suivie à travers les terres cultivées, jusqu'au Petit-Appeville, son pavage est encore visible dans les cavées. Sur son parcours, on a trouvé des meules à broyer en brèche et en pouding.

' la Vigie de Dieppe, du 30 d^mbre 1853.

' La Béthune.

•** A. Leprevost, JUénis de la Soc. det Ànliq. de Norm., t. ii, p. 6.

73

A l'entrée du fiiuboarg, au pied du Mont<-de-CauXt est la cour dite des Étu/oei, un chroniqueur dieppois^ du siècle dernier, rapporte que Ton a rencontré « des salles souterraines avec de petits piliers en brique, » ce qui indiquerait assez un hypocausteou des restes de bains antiques. L'infortuné débris a eu pour lui et pour nous le tort de se montrer trop tôt, à une époque l'on était peu attentif aux faits archéologiques.

Mais la meilleure démonstration de Texistence romaine de cette partie de la ville, est dans le cimetière découvert par M. Feret, en 4896, le long de la Cavée de Coude-Côte, un peu plus haut que l'ancien Prêche. L'exploration qu'en fit cet ar- chéologue, sous les yeux et par les soins de H"^ la duchesse de Berry, amena la découverte d'une cinquantaine de vases funéraires,. dont la plus grande partie fut emportée par la princesse dans son chftteau de Rosny. Ils y restèrent déposés jusqu'en 4840 la duchesse elle-même, par l'entremise de M. Bossange, les offrit au musée départemental de Rouen, qui les possède aujourd'hui.

Outre les vases le cimetière de Caude-Côte fournit trois mon- naies de bronze, dont deux Faustines et un Marc-Aurèle re- cueillis dans une urne; puis un grand nombre de petites plaques en os taillées en losanges et en carrés. Sur toutes étaient gravés des cercles semblables à ceux que l'on remarque sur certaines médailles gauloises. La plus curieuse de ces plaques représente un poisson, ce qui indiquerait peut-être les restes d'un pé- cheur 1. Ces ornements accompagnaient ordinairement les urnes et semblaient avoir été placées autour et au-dessous, ce qui nous a fait supposer un moment qu'elles avaient été em- ployées comme incrustations sur un coffret qui avait disparu et dont il ne restait que des traces noires et charbonnées. Des plaques du même genre ont été trouvées à Rouen et ailleurs dans des sépultures romaines. En 4853, j'en ai vu une sem- blable à LiUebonne, dans une urne de verre. Les os qui les composent ont passé au feu ; mais nous supposons que ce fut après leur mise en œuvre.

Mais la plus grande station romaine de Dieppe paratt avoir été placée au côté nord de la grève, que le moyen-ftge appela le PoUet d'otUte l'eau, au milieu des jardins dits de Jérusalein et de Bonne-NouveUe, qui reçoivent les meilleurs rayons du soleil. Dans la coupe des terrains rongés par la mer qui bor^

* Soûser^Uon peur la reeh&reht H la découeerU de$ Ântiquùéi dont Iwrond. de Dieppe, ptr M. Feret, p. 15, îd-8o, Rouen, Btndry, i8M«

74

dent aujourd'hui la Retenue, on découvre des restes de maison dont on reconnaît très-bien les murs en silex, en moellon et en pierre tufieuse. Le pavé, ou plut6t le fond de l'habitation» peut se suivre à une ligne de craie battue à la masse, à une couche de cendre et de charbon déposée par le feu le jour de l'incendie.

Chose singulière, le fond de ces demeures de l'homme an- tique, affecte la forme conique comme on le raconte de l'ha- bitation des Gaulois. Cette forme étrange est surtout aisée à saisir dans la tranchée de Bonne-Nouvelle. Des tuiles à re- bords, des vases en terre grise et noire abondent dans ce sol charbonné et rempli de tous les débris qui accompagnent la via humaine. Fort souvent les promeneurs ont rapporté* de ces demeures disparues, des médailles de bronze, des osse- ments d'animaf, des fragments de vases à reliefs, des hame- çons en bronze. En 4848, j'ai pu lire sur des plateaux en terre rouge les noms des potiers Pour et Ihn.

Mais ce qui frappe le plus dans cette espèce de limon de l'humanité, ce sont les nombreux débris d'arêtes de poissons et de coquillages, tels que mauleê et paUUes et surtout les huttres, dont les écailles sont semées partout. M. Feret a été jusqu'à faire une collection assez complète d'arêtes et de co- quillages, et Ta envoyée à M. de Blainville, afin que ce savant naturaliste pût reconnaître quelles espèces . de poissons et de coquillages étaient consommées dans ce pays à l'époque gallo- romaine. Mais la mort a empêché l'illustre professeur de fidre pour le Dieppe romain, ce qu'il avait tenté pour la cité gau- loise de Limes. De cette classification cependant devra ressor- tir un renseignement précieux sur l'état de la pêche dans ce pays aux temps antiques, et sur les espèces de poissons qui fréquentaient alors nos côtes ; ensuite si les races reconnues appartiennent à des rivages éldgnés, on pourra juger par à quelle navigation se livraient nos pêcheurs sous le gouverne- ment des Césars. Comme on peut le juger, le commerce ma- ritime de la Gaufe a ici une page toute neuve à écrire.

La chose qui frappe le plus fortement l'observateur dans les maisons antiques du Follet, comme aUIeurs, c'est Ténorme quantité d'huttres qui accompagnent toujours les habitations gallo-romaines. Ce coquillage, que l'on retrouve jusque dans les fondations des murs romains de Saintes ^ est semé avec abondance dans tous les lieux habités par l'homme primitif.

^ Mémoires de la Sociàé des Antiqucdres de Normandie, t. vi, p. 390.

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Nous Tavons rencontré à Lillebonnet à Étretat, dans les villas romaines de Bordeaux et de Haulévrier ; d*autres Favaient vu dans la Cité de Limes, au Yieil-Éyreux, à Condé-sur*-Iton à Arlaines \ à Paisy-Cosdon ', à Landunum * et bien ailleurs. Un savant Danois, M. Worsaae, Inspecteur des Monuments histo- riques du Danemark, dans une visite qu'il nous a faite en 4852, a été heureux de rencontrer au PoUet de Dieppe, ce trait ca- ractéristique de haute antiquité qu'il a si souvent /signalé à l'attention des savants de son pays. Cet explorateur distingué nous a affirmé que, dans le Danemark et le Jutland, tous les points cdtiques sont toujours escortés de masses d'huttres et de coquillages maritimes.

Le siège de la population romame étant connu, il nous reste à découvrir le cimetière ou si l'on veut la nécropole : car si tout cimetière suppose une ville, toute ville aussi suppose un cimetière; l'existence de l'un doit assurément fiûre présumer celle de l'autre.

En 4844 le hasard m'avait appris qu'au haut de la c6te, non loin de l'église de Neuville, un propriétaire, nommé Vincent Duval, plantant des arbres dans son jardin, avait trouvé des vases en terre et en verre, que je reconnus aisément pour provenir de sépultures gallo-romaines. Ayant obtenu de H. Dupon^Delporte, préfet de la Seine-Inférieure, un crédit de 300 fr . qu'il éleva bientôt jusqu'à 600, je résolus, pendant les vacances de 4846, d'étudier ce cimetière dont la richesse et l'étendue dépassèrent toutes mes espérances. Dans un es- pace de 30 mètres de long sur 4 5 de large, j'ai découvert plus de 350 vases funéraires en tetre et en verre. La première cam- pagne dura du 6 août au 45 septembre 4845, la seconde du 5 février au 4*' mars 4850. Voici quel fut le résultat de ces deux explorations.

Le nombre des sépultures reconnues a été de cinquante à soixante. Quelques-unes ne se composaient que de deux vases,

* VÈlreUU êoulerrain, ii« partie, p. 7 et 8. Bi$L de LaigU, par M. VaugeoU.

^ Note sur du anUq, rom. déc(ntverie$ à ArUUnee (Àùne), dans le Bull, monumental, L xx, p. 106.

' Département de TAube.— Congrès archéologique de France.'-' Séancee générales tenues à Troyes, en 18S3^ p 99, in-8», Caen, 1854.

* Landunum, ville romaine découverte sur les limites des déparlements de l'Aube, de TYonne et de la Gôte-d*Or, et explorée par M. Goûtant; M. Ray y a remarqué des tas d'buttres apportées de l'Océan.— Id.,ibîd.,p.59.

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mais d'autres, et c'était le plus grand nombre» en contenaient davantage. H y en avait qui allaient jusqu'à douze ou quinze. Une fois seulement une grande urne rouge s'est rencontrée seule ; elle était pleine d'ossements brûlés, les vertèbres indi- quaient un homme d'une haute stature ; rarement ailleurs les os se présentaient avec autant d'abondance.

J'ai remarqué aussi un genre d'incinération assez singulier, n consistait dans la dispersion du gravois provenant du foyer éteint. Ces gravois étaient composés de portions à peu près égales de charbon de bois, de poteries ronges pulvérisées, de moules brûlées et de sable siliceux qui avait subi l'action du feu. Fort souvent on l'avait répandu sur la terre par cou- ches horizontales. Généralement aussi ce gravier avait été semé avec abondance dans le fond des vases dont l'ouverture n'était pas étroite; c'est ce qu'il était aisé de constater au la- vage. M. de Saulcy, en explorant le cimetière romain de Dieu- louard, en Lorraine, dit avoir remarqué au fond des vases ou- verts une couche de gravier entièrement semblable à celui de Neuville ^

Tous nos vases étaient entourés de sUex taillés d'une façon cunéiforme; plusieurs de ces silex paraissaient avoir subi l'ac- tion du feu. Chaque sépulture un peu notable s'annonçait de loin par une véritable masse de cailloux. Ces pierres, soit par hasard, soin à dessein, étaient retombées sur les vases et pres- que toujours les avaient grandement fracturés ; c'était ce qui rendait si difficile l'extraction des objets pressés entre plusieurs silex ^.

* M. de Canmoni, Coun d^anUquilét momuMiUaUt, t. n.

' Lt profondear m troaraient les vaiet romaiot variait de eo à 120 çeoUmètret, mais il est boo d'ajouter que le terrain primiUf noos paraissait avoir été siogolièrement eihanssé par la coltnre. Une des preuves de ce fait était, selon nous, la rencontre, dans les couches supérieures, d'une très- grande quantité de tuyaui et de fours de pipe, et même de pipes entières. Ces pipes, dont plusieurs étaient marquées avec des lettres, avec des fleurs, parfois aussi avec des lys, avaient le tuyau très-fort et le four très-petit. Le conduit de la fbmée était très-minee comparé au tube qui le ren- fermait Bf . Feret et moi, nous avons attribué ces pipes au xvn* siècle ou tout au plus au temps de Henri III et de Henri IV, les croyant amenées ici dans les ftimiers de la ville, et à coup sur je n'en aurais jamais parlé si dans le bel ouvrage anglais de M. Collingwood Bruce, sur le Roman Wall, je n'en avais rencontré d'entièrement semblables auxquelles ce savant auteur parait accorder une plus haute antiquité. Voici, du reste, ce qu'il en dit dans son remarquable travail sur le mur d'Adrien.

« Kangerotts-nous les pipes à faroer comme celles qui figurent dans une

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Nous n'avons jamais eu l'occasion de remarquer ailleurs une aussi grande abondance de silex taillésy disposés autour de sépultures romaines pour les préserver. Nous en avons également rencontré. à Cany et à Fécamp, mais en moins grande quantité. Dès 4830, H. Jouaut, antiquaire distingué de Bordeaux, qui a fouillé les cimetières romains de Tantique Burdigala, a remarqué quelque chose d'analogue dans celui de la Tête-Nègre, qui contenait plus de 20,000 vases. Entre le

de nos graTores, parmi les objets appartenant à l'époqoe romaine ? Qael- qae»-ane8 d'entre elles ont, il est vrai, une grande physionomie du moyen- âge, mais le fait de les trouver dans les stations romaines avec de la pote- rie et d'autres restes incontestablement antiques, ne doit pas passer ina- perçu. Les spécimens flgurés sur la gravure sont à demi-grandeur de Tori- ginaL E«a plus grande vient de la station romaine de Pierse-Bridge et la plus petite du nord du Nortbumberland. Quelques-unes ont été depuis trou- vées à Brememum^ et un nombre considérable furent, pendant l*été de 1852, misea à découvert pendant les eicavations qui révélèrent, sur un très-court espace, le noble reste du mur romain de Londres dans le voisinage de la Tour. Elles sont connues dans le nord de l'Angleterre sons le nom de pipu ée$ fées. Le docteur Daniel Wilson, dans son Archéologie de l*Écosse, en parle en ces termes :

» Une autre dasse de reliques, trouvées en nombre considérable à Nortb- Berwick, aussi bien que dans d*autres districts, sont de petites pipes à tabac vulgairement connues en Ecosse sous les noms de Cellie ou Elfin Pipa, et en Irlande, elles sont plus abondantes, sous le nom de pipes daturises, A quelle époque ces restes cnrieui appartiennent-ils ? Je ne saurais le dire. Les noms populaires qui y sont attachés indiquent, d'une manière mani- feste, une époque antérieure à celle de sir Walter Raleigh et de la reine Vierge ou de Tantenr royal de raaU-tabac, et les objets avec lesquels elles ont été découvertes sembleraient aussi accidentellement conduire à dea conclusions semblables ; dans ce cas nous serions forcés de dire que l'herbe sauvage d'Amérique ftat seulement introduite comme une substance supé- rieure aui anciens narcotiques. Le chanvre doit, selon toute probabilité, avoir formé un de ces derniers. 11 est encore beaucoup employé en Orient pour cet usage. » The Roman WaU, by the rev. John Gollingwood Brooe, in-S», seconde édition.

A cette note, eitralte d'un des plus curieux ouvrages dont Tarchéologie moderne ait doté la Grande-Bretagne, nous ejouterons que l'Amérique même à montré dans ses tombels et dans ses monts factices, des débris de pipes indiennes extrêmement curieux. Le i" volume de la riche collection publiée à Washington, par l'association smithsonienne, sous le titre « CorUribuUom to EnowUdge, » reproduit sous les numéros 76, 77 et 80, quatre pipes en terre cuite, dont les unes oCnrent des têtes et d'autres des formes enUèrement semblables aux nôtres. Les deux premières ont été dé- couvertes en Virginie, sur les bords du Docking ; les deux abtres, trouvées daçs des tertres de la Floride et de la Caroline du Sud, se voient, It pre-

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sol et l'urne il rencontrait très-fréquemment un ou deux blocs de craie qui tenaient lieu au pauvre Aquitain de mo- numents indicateurs, comme le riche avait ses autels et ses épitaphes. Ce luxe, cette vanité du cercueO, qui commen-- çait alors à poindre, on les retrouve ici dans toute leur sim- plicité primitive. « Toutes les tombes, ajoute H. Jouaut, n'o&aient pas cette particularité, mais elle revenait assez souvent pour qu'elle attirât l'attention et devint à nos yeux un indice qui ne nous a presque jamais trompés. En l'aper- cevant nous étions k peu près sûr d'arriver à quelques sépul- tures 1 . » n en était de même pour nous des cailloux taillés de Neuville, toujours ils indiquaient les plus belles sépultures. Les vases les plus spécialement consacrés à contenir les cendres du mort avaient été presque toujours entourés d'un coffiret en bois, dont nous retrouvions en terre les clous, les pentures, la serrure et la clé. C'était assez généralement dans ces vases ou au-dessous que se trouvait la pièce de monnaie destinée à payer le naulus ou passage de la barque à Caron. Souvent il n'y en avait qu'une par sépulture, une fois il s'en est rencontré trois dans la même urne et même jusqu'à six, circonstances qui se sont déjà reproduites ailleurs. Cette pièce, toujours en bronze, était le plus souvent de grand module ; toutes celles que nous avons pu reconnaître portaient l'eflSgie de Marc-Aurèle, de Commode, d'Antonin, de Faustine et d'Adrien. Il est digne d'observation que ce sont celles de ce dernier qui dominent. Pas une n'était postérieure à ces souve- rains du u* siècle, ce qui tendrait à reporter avec vraisem-

mière, ta Musée de la Société archéologique de New-*Tork, la seconde dans le cabinet da doetear Morton, de Philadelphie. Àneienl monuw^aUi of Ikê JUiuiisipi VaUey, by Sqoier and Davis apad SmUhswùan dmtributUmi (o Knowledge, vol. l, eh. x, p. 194, in-4«, Washington, 1848.

Dans nne lettre que M. Lonandre, le savant bibliothécaire d'Abbeville, m*a fait Tbonneur de m*écrire le 29 avril 1854, il me dit : « Vous avei bien fait de faire remonter les pipes que l*on a trouvées dans le ctmellère romain de Dieppe, à une époque antérieure au xvn« siècle, car on en a trouvé ici à une grande profondeur, prés de la PorideUe, lorsque Ton a creusé le canal de transit, et malgré cela on a prétendu qu'elles ne méri- taient pas d'être conservées. J'ai soutenu le contraire, et elles ont été dé- posées parmi les autres objets d'anUqnités que Ton commençait alors à recueillir à la bibliothèque ; mais Je crois qu'elles ne flgurent plus dans le musée. Ces pipes étaient absolument semblables à celles dont il est ques- Mon dans votre Normandie «otUerrame. » (1^ édition, p. 66.)

* M. de Caumont, Cwn d'anUquitéi numrnnentales, t. ii.

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blaDce ces sépultures à cette époque de l'ère cbrétienne. Je ferai remarquer en passant que c'est aussi une médaille d'Adrien que l'on a trouvée dans les fondations du théâtre ro- main de Lillebonne. Etait-ce donc dans le même temps, sous, le même empereur, que l'on inhumait à Neuville et que l'on construisait à Juliobona?

Cette remarque peut devenir universelle pour les cimetières romains de l'ancienne Gaule, car à Dieppe même, dans les urnes de Caude-Côte qui sont en face, ce sont aussi les Faus- tines et les Harc-Aurèles qui dominent. A Bordeaux les mé- dailles vont de Néron à Antonin ; à Fécamp, d'Auguste à Faustine ; à Cany, de Trajan à Yalérien ; à Dieulouard, en Lorraine, d'Auguste à Tetricus ; à Bayeux, de Claude à Anto- nin. Enfin, dans les cimetières romains de la Sologne, M. de la Saussaye a constaté que l'on n'a rencontré que des mon- naies depuis Auguste jusqu'à Antonin. Le même savant a éga- lement observé que ce n'était pas toujours dans les urnes» mais parfois dessous et souvent à côté, que se rencontrait la pièce de monnaie à laquelle nous donnons le nom de natUm ou pièce à Caron^.

* Mémoires sur les a$èUquiiés de la Sologm bUsoise, p. 36. Dn reste, nous ne saorions rien faire de mieax qae de reproduire ici, an sujet des monnaies, les expressions même de M. de la Saussaye, qui nous paraissent marquées an coin d'un excellent esprit d'obserraUon : « Les groupes funérai- res, dit-il, ne sont pas accompagnés de médailles aussi fréquemment qu'on pourrait le croire ; l'usage anUque qui voulait que chaque mort emportât avec lui le tribut de Caron n'était plus guères suivi, sans doute depuis l'in- cinération des corps. J*ai même constamment remarqué que les médailles trouvées dans les cimetières gallo-romains de la Sologne, n'étaient presque Jamais renfermées dans l'urne cinéraire, et que rarement même elles étaient placées de manière à en être regardées comme une dépendance. Celles re- cueillies à Glèvres, en petit nombre, appartiennent aux règnes dont les médailles sont communes depuis Auguste Jusqu'à Antonin. Celles d'Auguste sont usées par le fk'ai, et on comprend facilement que le cimetière de G lè- vres ne devait pas encore être garni de tombes dès cette époque ; mais à parUr dn règne de Tibère, dont on a trouvé plusieurs petits bronies très- bien conservés, on peut croire que chaque groupe funéraire se rapporte au temps de la médaille qui l'accompagne. N'ayant fouillé qu'une très-petite partie dn cimetière de Glèvres, Je n'ai pu observer beaucoup de ces rappro- chements, malheureusement négligés par ceux qui l'ont fouillé avant moi. M. Jollois, cependant, a donné, à l'aide d'uue médaille de Claude, la date de Tenfiouissementd'un curieux groupe de vases. » Anxialn aeadéwûques d'Orléans, t. xi, pt. in, 6g. 3. Ménurires sur ks aiUiquUés de la Sologne hUsoise, p. 36.

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Parfois nous avons trouvé des cuiUères à parfums, dont deux étaient de forme élégante et d'ai^ent très-pur. Je citerai aussi une clochette en fer, un instrument en bronze que je regarde comme une aiguille à lacer le filet des pécheurs, et deux bagues en cuivre avec chatons de verre bleu, sur l'un desquels était gravée en creux une tête qui paraît celle d'Adrien. L'objet qui revenait le plus souvent était la cisaille ou ciseau en fer, ce qui semblait indiquer une sépulture de femme. Des ciseaux semblables ont été vus par nous dans les sépultures franques de Londinières et d'Envermeu, et dans le cimetière de la villa de Sainte^Harguerite-sur-Mer que je crois du IV* siècle.

Hais dans la sépulture de Neuville, la plus riche et la plus distinguée par la forme de ses vases, il s'est rencontré une coupe de métal sans pied ni anse, que je supposai de bronze. Analysée par M* Girardin, elle a donné les résultats suivants : « Quant à la petite coupe métallique que vous m'avez envoyée, m'écrivait notre savant chimiste, cette coupe a ceci de remar- quable que c'est un vase en cuivre rouge qui a été étamé. Pendant quelque temps j'ai cru que c'était du bronze en totalité ; mais en limant avec précaution les bords supérieur et inférieur de cette coupe, j'ai mis à nu le métal intérieur, qui est d'un rouge vif, et qui consiste en cuivre pur. L'éta- mage, qui lui a donné une teinte blanche qui s'est si bien conservée, a été fait avec de l'étain allié de plomb, dans les proportions suivantes :

ÉUin 68,88

Plomb 31,12

100,00

» n n'y a ni zinc, ni argent.

» A propos de l'étamage, au point de vue historique, voici ce que j'en ai dit dans la nouvelle édition de ma Chimie élé- tneniaire (3* édition, p. 439) :

» L'étamage du cuivre est une opération fort ancienne, et c'est aux Gaulois que revient, d'après Pline, l'honneur de cette belle découverte, si utile à la santé de l'homme. Mais le natura- liste romain ne nous dit pas si les Gaulois employèrent l'étain comme une précaution contre le vert-de-gris, ou seulement comme un objet de luxe pour divers ornements de leurs meu- bles. Cependant, ce qui ferait croire qu'ils commencèrent d'a- bord par étamer.leur batterie de cuisine, c'est que, par la suite, ils substituèrent l'argent à l'étain pour étamer les mors de leurs

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CIMETIÈRE ROMAIN DE DIEPPE 01) I^EUVILLELE-POLIET

1850.

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chevaux, les harnais de leurs attelages, et même jusqu'à leur voiture. Les habitants de Bourges excellaient surtout dans ce genre d*industrie, imaginé à Alise aujourd'hui Provins ^

» La composition de Tétamage de votre coupe prouve que les Gaulois ou les Gallo-Romains faisaient usage, non d'étain pur, mais d'un alliage d'étain et de plomb. >

Le nombre total des vases trouvés dans les explorations de 4845 et de 4850 n'a pas été moindre de 360, tant en terre qu'en verre. Les plus voisins du sol étaient à 40 c, les plus profonds à 4 m. 50 c. Généralement les sépultures étaient posées sur le tuf.

La forme variait à l'infini, il y avait des urnes rondes et unies (pi. ii, fig. 8, 46, 33), d'autres bosselées ou à c6tes (pi. II, fig. 35, 38; pi. ni, fig. 4 et 40j, la plupart étaient fines et vernissées de noir. Outre la beauté de la forme, elles se dis- tinguaient encore par une extrême légèreté»

Un grand nombre de vases aux parfums et aux libations accompagnaient les restes mortels des défunts. C'étaient, pour la majeure partie, des cruches rouges ou grises à goulot rond (pi. II, fig. 4, 44, 36, 37, 44 ; pi. m, fig. S, 44)» ou triangu- laire (pi. u, fig. 34; pi. III, fig. 9), des assiettes rouges ou noires (pi. u, fig. 4, 4 S, 46, 47 ; pi. m, fig. 44,42) et des pla- teaux en terre grise ou blanche (pi. ii, fig. 40, 4 4, 44 , 42] . Un de ces derniers était en verre, chose assez rare dans ce pays (pi. II, fig. 34), mais commune dans le midi de la France. Des verres à boire étaient placés dans les assiettes (pi. u, fig. 47, 48, 30) ; l'un d'eux, en fin cristal, était bosselé et garni d'épe- rons (pi. II, fig. 47). Une charmante ampoule de cristal était mum'e, ou plutôt décorée, d'une anse dont les ondes artiste- ment placées formaient un filet k jour (pi. m, fig. 48). Un beau plateau en verre présentait, au ddhors, des reliefs en pâte, jaunes et blancs, d'un très-joli effet (pi. m, fig. 49). N'oublions pas non plus un plateau en terre de Samos, offrant une tête de lion (pi. ii, fig. 44), ni une urne rouge, ornée de feuillages en creux, renfermant, avec des os brûlés, trois mé- dailles de bronze du Haut-Empire (pi. ii, fig. 43).

* Voici, en effet, ee que dit à ce sujet la véritable encyclopédie de Tem- pire romain : « Album incoquitur sreis operibns Gallonim Invenlo ita ut Tix discerni queat ab argento eaque incoctilia vocant. Deindè et argenta- rinm inooqaére simili niodo oœpére maiimè oroamentis Jnmentommque Jagis in Alexià oppido : reliqua gloria Biturignm fuit. » G. PlinU sec, Biit, mundi, lib. xixiv, c. iv.

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Deux ou trois ont présenté des tétines et avaient servi de biberons (pi. ii, fig. 6 et 22}. Un petit vase à parfums, vernissé de noir» présentait sur la panse, tracé en lettres blanches, le mot latin avb, dernier adieu aux parents on amis décédés. Des vases tout-à-fait semblables ont été trouvés, l'un à Rouen en 4 827, dans un tombeau de la rue du Renard, l'autre k Bréquerèque, dans le Pas^<ie-€alais ; ce dernier se voit au Musée de Boulogne-sur-Mer.

Parmi les poteries rouges, quatre ont Sût connaître les noms de leurs auteurs ; on lisait, au fond de chacune, marqué à l'es- tampille : verogàndi. GiisiÀNiF. T0..A p (tocca fecit?) AMTicvi. Pour le potier Anticuus, c'est chose curieuse de lui voir porter sa qualité dans son nom.

A Neuville nous avons été plus riche par le verre que par la terre. Nous avons trouvé ici quatorze ou quinze vaees de verre ayant la forme d'un baril surmonté d'un goulot avec une anse (pi. 11, fig. 19). Les cercles du tonneau, an nombre de six de diaque c6té, sont figurés en relief à chaque bout. La bonde n'est pas indiquée. Ces vases ont été coulés, il semblerait même qu'il ont été fondus en deux morceanx , puis soudés par le milieu. La hauteur de ceux-ci variait de 48 à 25 c.

Tous ces vases, à l'exception d'un seul dont la pâte est blan- che, étaient en verre verdâtre et commun. Lenrs parois étaient fort minces. Cette forme, qui décèle plus d'originalité que de goût, paraît avoir plu de tout temps au peuple, car on la trouve encore employée de nos jours. Ces vases, dans l'anti- quité comme aujourd'hui, servaient à contenir des liqueurs ou du vin aromatisé.

Presque tous ceux qui ont été trouvés à Neuville avaient des noms ou des lettres initiales : la plupart portaient fro, *** »ON, FRom, un portait froti S et un autre simplement une F. Le plus complet présentait la légende suivante : froih Ti2fUNÀ. s. c. Enfin un dernier portail sur son fond : bâccivs. f. (Daccius fecit). Il est donc évident qu'il y a eu alors plusieurs verriers fidsant des barillets* Mais la fiJ>rique la plus riche pa* raf t avoir été celle des Frontinus, puisque sur quinze barils dix au moins portent leur signature. Nous examinerons plus tard le lieu et le temps devaient vivre la famille et Tindus- trie des Frontinus, mais je dois faire observer ici que ces ver-

* M. DevUle pense qu'une berre transversale qu'il a aperçue sur t'o de FROTi, indique qu'il faut lire fronti. Le mot froti a été égMemenk trouTé à Amiens par M. Dufour.

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rien gallo-romains ne bornaient pas leur commeree à la seule exploitation des urnes funéraires ; ils faisaient aussi des vases de Terre pour l'usage ordinaire de la vie, car dans la maison romaine du Chàteau-Gaillard» près d'Étretat, j'ai trouvé en 4843, dans les mines d'un bypocauste, un fond de verre por- tant les initiales rao. A cette époque je constatai le fait sans avoir le mot de l'énigme ^ .

L'usage le plus communément attribué aux vases qui en- touraient les sépultures, c'était de servir à la nourriture des défunts. Ds devaient contenir, suivant toutes les vraisem** blances, du miel, du lait ou du vin, comme l'abbé Lebeuf l'a constaté sur une bouteille trouvée à Asnières, on lisait ces mots : Utere Félix. Dans le Musée de Boulogne on lit le mot Bibe sur un vase noir de forme longue. Sur des vases dé- terrés ailleurs on a souvent rencontré ces mots : Bibas;-^ Félix, bibtu. Parmi les provisions du voyage, il était évident que l'on avait placé ici des moules, des patelles, des buttres encore fer- mées et surtout un très-beau peigne ou pèlerine. Etaient-ce des tombes de pécheurs ou simplement d'amateurs de coquil- lages ? A Rouen, en 4 839, sur la place des Carmes, on a trouvé, auprès du cippe funéraire de Cassiola, des patelles percées, mêlées à des vases en terre cuite et à des médailles d'Antonin et de Marc-Aurèle.

Dans toute cette fouille on n'a trouvé qu'un seul vase rouge, à reliefs de lions et de sangliers (pi. ii, fig. 3} ; il était cassé comme toujours, car il est bien rare d'en trouver entiers. On s'est souvent demandé si cette destruction constante et géné- rale des vases h reliefs ne provenait pas du fait des premiers chrétiens qui, par haine pour le paganisme, auraient détruit ces monuments mythologiques; à Neuville, certainement l'intervention des chrétiens ne peut être admise, car nous sommes à coup sûr les premiers chrétiens qui aient troublé ces sépultures paisibles depuis seize siècles. Nous pensons que l'on pourrait peu^être adopter l'opinion de M. de la Saus- saye, qui suppose que les païens eux-mêmes brisaient ces vases en les jetant dans le foyer ou sur la cendre des morts, comme des objets qui leur avaient été chers et dont nul autre qu'eux ne devait plus se servir. Peut-être aussi a-t-on voulu expri- mer, par la fracture volontaire des objets qui avaient servi aux

' BuUeUn monumental, l. ix, année 1843. Hevue de Rouen, p. 42, janTier 1843.

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vivants, que pour eux la mort avait tout rompu et tout ren- versé.

Avant de terminer cette notice, je veux entrer dans quel- ques considérations sur la position de ce cimetière gallo-ro- main, n était placé entre deux chemins, dont Tun est appelé la Cavée de NmviMe et l'autre le Chemin de Hewri IV. Il n'oc- cupait pas le sommet le plus élevé de la colline, mais la pente naissante du vallon au bas duquel était située la station romaine de Bonne-Nouvelle. Nous ne balançons nullement à attribuer le champ de repos à la population maritime qui s'était groupée au pied du coteau. La|raison principale qui détermine notre conviction, c'est l'étroite alliance qui a tou^ jours existé entre la paroisse de Neuville et le faubourg du Follet, si bien que jusqu'en 4838 le PoUet n'avait jamais eu d'existence paroissiale ; toujours il avait été une annexe de Neuville. L'église de Neuville était Téglise du PoUet, et c'est dans le cimetière qui l'entoure que tous les Pelletais ont été inhumés de temps immémorial, Texistence d'un cimetière par- ticulier ne datant, pour cette section de la ville de Dieppe, que de l'année 1837.

Comme nous le verrons plus tard, presque tous les cime- tières des anciens étaient situés sur le penchant des collines. Des milliers de faits constatent cette tendance dont la cause ne nous est pas connue.

Les vases et autres objets antiques provenant des difiérentes fouilles de Neuville ont été déposés, les uns au Musée dépar- temental, les autres à la bibliothèque publique de Dieppe. Le département, qui a &it la plus grande partie des frais, a obtenu la plus belle et la meilleure part. Le nombre des objets qu'il s'est réservés a été d'au moins 150, parmi lesquels est toute la verrerie. Cinquante-cinq vases ont été donnés à la ville de Dieppe qui, par l'organe de son maire, M. Deslandes, avait contribué pour 150 francs aux fouilles du PoUet.

Qu'il me soit permis, en finissant ce chapitre, d'adresser mes remerctments d'abord à M. le baron Dupont-Delporte, qui, après avoir fondé le Musée des Antiquités de Rouen, par un arrêté du 10 décembre 1831 i, comme il avait créé cdui de Parme en 1810, n'a négligé aucun sacrifice pour enrichir cette intéressante collection, qu'un savant étranger (M. Wor- saae) appelait naguère « une véritable galerie nationale. »

Proch-verbaux de la eommmkm des anUquiié$. -^ La collection avait été coinineDcée yen 1825, par M. le baron de Vanssay.

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Dans cette œuvre, si éclairée d'organisation scientifique, M. Dupont-Delporte a été admirablement secondé par le zèle de H. Achille Deville, le premier directeur de ce Musée, et après H. le préfet, son véritable créateur. Dans toutes les circonstances son intervention a été nécessaire, H. Deville s*est efforcé de protéger mes explorations, sources de richesses archéologiques pour notre collection départementale. Non content d'avoir facilité les fouilles de Neuville par des de- mandes d'allocation de fonds, il est venu lui-même inspecter le travail, m'encourager de sa présence, m'éclairer de ses lu- mières et me guider de ses conseils. II a lait plus, il a poussé la complaisance jusqu'à dessiner 50 des plus beaux vases, et en a donné une description exacte et consciencieuse selon la nature de son double talent. Je le prie donc de vouloir bien recevoir ici l'expression de ma reconnaissance, avec le regret qu'éprouve encore notre département d'avoir perdu un homme d'un aussi rare mérite.

NORMAHDIE SOUTERRAINE.

VASES ROMAINS du Cimetière du bois des Loges près Fec-dmpjSeine-lnfér/-

CHAPITRE VII.

cimetièrb romain du bois i>es loges, près étrktat (arrondissement du havre).

LB bois des Loges» ainsi que celui des Hogues, est ud débris de la vaste forêt de Féeamp i> qui, sous les rois Francs et les premiers ducs de Normandie, couvrait toute la contrée maritime qui s'étend depuis les Dalles jusqu'à Étretat. Les traces de cette grande couche forestière subsistent encore dans les noms des Loges, de Beaurepaire, de Sainte-Marie-au-Bosc 2, de Notre-Dame-des-Bois 3, du Bosquelon de la Haye ^, de la Haute-Folie 6, de Bucaille ^

' Sylva fiscaDoeDsiB. Foresta Fiscaoni. Dans un carUilaIre de Fé- euap, du xm* siècle, aii}<mnl'hal à la bibliothèque de Roneo, on lit que rarcheTéque Hugues d* Amiens, accorde à Tabbé Henri de Sully la permis- sloB de coDstruire des églises nouvelles dans U forêt de Féeamp. (Struere ecdesias uovas lu foiestâ de Fiscanno et eas, qn» Jam «dificata sunt, ser- vare). Dans ce nombre, il cite Goderville et Villainvilte, près Griqnetot. AUleors» rarchevéque parle des dknes de forestâ fiscannensf. P. 24-20.

' Ecclesiam Sancts-Hari» de silvA fiscannensf qu» cognomento Jnsta vocatnr. -— BuVe de Célestln III, en H92, et d'Innocent III, en 1203, cilées dans VAnlimome du enré de RouHUs. Duplessis, 1. 1«% p. tFjfi,

* Chapelle de Notre-Bame^des-Bofs, aujourd'hui détruite, à Guverville- sur-Étretat.

* Le bois de Bosquelon auprès de Ganzeville.

^ Au hameau de La Haye, à Vattetot-sur-Mer. La Haye, au moyen-ége, signifiait la forél ; dans la eharte de fondation du Valasse, Matbilde appelle la forêt de Lillebonne la haye de Lintot, Hayam de Linioi, et la forêt d'Ar- qués est nommée dans une charte de 1217 Haïa Àrehiarum,

* HameaodeFroberville faUum foUumJ; on dit ailleurs Auflby (alla fagu$j. ' Vallon entre Criquebeuf et Féeamp. Bwailie veut dire broussaUles.

mauvais bois, selon H. A. Le Prévost, dans ses PMe$ ptmr servir à la iopo- graphie et à Vhùknre des communes du déparlemerU de l'Eure,

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et de Sain^Léonard ^ . ÂDségise ^, Lothaire ', Wanmge ^ chas- sèrent dans cette forêt, ainsi que nos premiers ducs» ces Nem- rods du moyen-ftge. Baudry &, archevêque de Dol, médita sous ses épais ombrages ; saint Léger y souffirit les douleurs de l'exil; saint Valéry en arracha les chênes sacrés au péril de sa vie ; saint Romain et saint Ouen en arrosèrent les sentiers de leurs sueurs apostoliques.

Des seigneurs, des comtes, des ducs et des rois y bfttirent des églises, des prieurés, des chapelles et des maladeries, puis, dans des chartes pieuses et libérales, inspirées par la foi du purgatoire et le salut de leur Ame, ils léguèrent aux moines de nos abbayes ces antiques halliers tout peuplés de bêtes fauves. C*est ainsi que nous voyons le duc Robert ofiBrir à l'abbesse de Montivilliers le bosquet de Sainte-Marie-Egyp- tienne ^; le roi Henri II donner k Tabbé de Fécamp le bois des Hogues 7 ; l'impératrice Mathilde doter le Yalasse des quatre fermes de Fongueusemare ^ ; Richard Cœur-de-Lion léguer au prieuré de la Madeleine de Rouen Yattetot et Bénouville sur la mer ^ ; puis, Mathilde et Henri II, réunis, octroyer d'un commun accord à Tabbaye de Bonne-Nouvelle le Petit-Val, Bordeaux, Yillierville ^^ et le Grand-Val ^^ tous bosquets de

* Toas les oratoires qol portent le nom de Saint-Léonard ont été établis primitiTement dans des bois. Voyei Saint-^Léonard de Bacquevillei Saint- Léonard da Fresnay à Dondeville, Saint-Léonard de Thibermont à Martin- Église, etc.

' Dux Ansegisos venatores ad saltam Aseannensem conTocaTiu Neutiria pia, p. 196.

' GommendaTerat Waningo rex Lotbarias provindam Galciacensem qaam ob antiqoamin siWaram abandantiam et feranim diversaram Teoa- tionem diligebat. Ibid., p. 196.

* Gommissas sylras fideliter cnstodiens "^aningas freqaenter visitabat* Waningus ingresaos silvam Gscannensem,... adhibiUs operariîs annosa qnereus cedontnr, vêpres eitlrpantur et combarantar. Ibid., p. 199.

* Baadry, arcbevèque de Dol, dit en parlant du site de Fécamp : « Ab bine sylTulâ gratissimâ circnmseptns. » Ibid., p. 238.

* L'église de Sainte-Harie-au-Bosc, possédée par Tabbaye de Montivilliers, est dédiée à Sainte-Marie-ÉgypUenne,

^ Robert da Mont, Appendice à Sigebert, ad armum 1162. Fallae, Histoire de Vabbaye de Fécamp, p. 170. ^ Gésar Mareite, JEs^rutsief hùto-^ ri^ties sur Fécamp, p. 126. Germain, Gvide du voyageur à Fécamp, p. 48. Guilmeth, Descripi. hislar^ des arrondissem., etc., 1. 1, p. 206.

* NeuHria pia, p, 852-54.

* Daplessis, L i, p. 338 et 731.

** SaintrGermain de Villierville, aujonrd'biii Epwent* << Nmmria pia, p. 612.

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la forêt dePécamp. Tous ces religieuK, blancs ou noirs, béné- dictins ou cisterciens, travaillant de leurs mains, comme au temps de la ferveur, défirichèrent ces agrestes régions qu'ils tenaient de la libéralité ducale. Les serfs émancipés suivirent leurs exemples, et la barbarie, chassée par le travail, disparut peu à peu de nos contrées.

Les grands seigneurs conservèrent encore quelques bou- quets d*arbres au milieu de leurs possessions princières, et se réservèrent des bois en guise de garenne pour leur gibier. C'est ainsi que Tabbé de Fécamp garda le bols des Hogues Guil- laume de Putot avait construit un chftteau-fort près de ces énormes faisières l'antiquité avait extrait le fer et le pou- dingue. Les Étoutteville, châtelains de Yalmont, propriétaires depuis des siècles du vieux chftteau des Loges, en conservè- rent la forêt comme un apanage de leur futur duché. Vers 4825, au moment le chftteau de Yalmont changea de maî- tre, le bois des Loges fut détaché de cette vieille terre féodale à laquelle il était uni depuis des siècles. Après avoir passé entre les mains de divers acquéreurs, il fut acheté, en 1845, par H. Fauquetp-Lemattre, manufacturier de Bolbec. Ce grand propriétaire, l'un des plus riches industriels de France, en a fait défricher 140 acres, de 1847 k 1848, afin de faire une ferme. Il se propose d'en défricher SOO acres prochaine- ment. Grâce à ces travaux agricoles, la forêt des Loges, qui hier encore comptait 850 acres, ne sera bientôt plus qu'un frais bosquet couronnant les coteaux qu'arrosait jadis la rivière d'Étretat.

Tout récemment, M. Pauquet ayant acheté les grandes fer- mes de Fongueusemare, le plus bel ornement du terrier du Valasse, a voulu réunir par un chemin la terre monastique et le bois féodal, la culture du moine et la garenne du chevalier. Ce fut en pratiquant ce chemin neuf, sur les flancs d'une côte boisée, qu'il découvrit, le 29 janvier 1851; un dolium en terre cuite haut de 70 centimètres et large de 50. Ce vase, comme tous ceux de son espèce, se terminait en pointe d'une façon assez aiguë, et montrait de chaque côté un crochet au lieu d'anse. L'ouverture en avait été élargie violemment pour lais- ser pénétrer dans la cavité u|ie grande urne en terre grise d'une pâte fine et parfaitement conservée (pi. rv, fig. 1} ; dans ce deuxième vase était renfermée une fort belle urne en verre, de forme ronde, remplie d'ossements brûlés qui y sont encore (pi. IV, fig. 2). L'urne de verre et le vase gris étaient recou-

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yerts par une soucoupe rouge, en forme d*ane petite terrine, d*une pâte pins dure que cefle des Tases samiens, et dont le vernis était inaltérable (pi. iv, fig. 14).

Averti de cette découverte par les journaux et par l'obli- geance du propriétaire, je me rendis sur les Geux le 8 février. A l'aspect du terrain, il me fut aisé de reconnaître que la route nouvelle traversait un cimetière antique dont les sépul- tures brisées jonchaient le sol firatchement remué par la bê- che. Malgré la brièveté des jours et l'inconstance de la saison, je tentai un sondage qui confirma pleinement mes conjectures. Une fois certain de mon feit, je remis à la belle saison la fouille en règle que je pus exécuter au mois d'août, grflce au bienveillaiit concours de H. Fauquet-Lemattre et de M. Leroy, préfet de ce département

Je ne donnerai pas ici le procès-verbal de ma double explo- ration. Je me contenterai d'en résumer les résultats.

Comme je l'ai dit, le cimetière du bois des Loges était situé sur la pente d'un coteau, au versant qui regarde le soleil. Il était parfaitement isolé, loin du contact et des regards de l'homme. Aujourd'hui, malgré les progrès de la culture, sa position est encore un vrai désert, d'où l'on n'aperçoit que vallons sauvages et collines boisées. Entre les Romains et les archéologues, il n'y a que les renards qui soient venus remuer cette terre restée inculte depuis quinze cents ans. La coignée du bûcheron troublait seule, de temps à autre, le profond silence dont jouissaient ces morts dans leur antique dortoir.

Lorsque» dans les siècles passés, une famille en pleurs \enait déposer id ce mobilier de la mort, la colline était-elle boisée comme aujourd'hui ? Ou bien étailH^e simplement un tertre couvât de gaaon? Voilà ce que nous ne, pouvons savoir. Ce- pendant nous sommes porté à croire que les Romains cachè- rent ici, conoune dans un bois sacré, la dépouille mortelle des lenx^ tant ils craignaient la violation des tombeaux de la part d'un peuple barbare, conquis et non dompté par leurs armes. PUna a aoin de nous apprendre que ce fut cette crainte de la pro&naiioil dea sépultures qui porta les Romains à brûler les eorps, pour les soustraire plus facilement k la vengeance et à la cupidité des vaincus.

Plusieura fois nous avons remarqué que les sépultures prin- cipales étaient placées sous de vieilles souches de chêne, comme si ce symbole payen de l'immortalité avait été planté sur la

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cendre de rhomme, afin de proclamer réiemelle durée de sa seconde vie.

Ce cimetière, long de 46 mètres sur 8 de large, contenait, à ma connaissance, environ cent vingt vases, dont plus de cinquante renfermaient des ossements brûlés. Il est évident qu'il y avait ici moins qu'ailleurs, prodigalité de vases aux offrandes et aux libations ; cela tenait sans doute à la pauvreté des habitants. A Dieppe, par exemple, nous trouvions jusqu'à quinze petits vases accompagnant une urne sépulcrale ; k Cany, il y en avait parfois jusqu'à six ; aux Loges, les plus nombreux ne dépassaient point quatre ou cinq, et souvent une urne était seule avec son couvercle ou tout au plus avec un petit vase placé au c6té.

Chose frappante, et qui dénote de plus en plus la pauvreté des Gallo-Romains des Loges, c'est que nous n'avons trouvé ni dans les vases ni autour d'eux la plus petite pièce de mon- naie ; tandis qu'à Dieppe, à Yéblerou, à Êslettes, à Tiétreville et ailleurs, on a rencontré des médailles que l'on croit destinées à l'avare nocher du Styx. Nous savons seulement que, dans le voisinage de nos fouilles, il a été ramassé récemment une médaille d'argent à l'effigie de l'empereur Auguste.

Tous ces vases funéraires étaient presque à fleur de terre. Leur profondeur ordinaire était 1 5 centimètres, aucun ne dé- passait 50 centimètres. Cette proximité du sol, l'abondance des racines, la nature pierreuse du terrain avaient grandement suffi pour détruire la majeure partie du mobilier funèbre. Aussi la plupart des urnes étaient-elles broyées en cent mor- ceaux, et l'humidité avait achevé d'altérer celles que les pierres avaient épargnées. Ajoutons encore que, suivant l'usage géné- ral» les Romains des Loges avaient entouré leur sépulture de cailloux taillés qui» mêlés avec de l'argile plastique» formaient une maçonnerie indestructible à la pioche et à la bêche. D noua a fUlu des soins infinis pour sauver quelques vases, et nous n'y avons réellement réussi que lorsqu'ils étaient renfer- més soit dans des urnes» soit dans des doHwn.

Voici du reste approximativement le nombre et le genre de vases qui peuplaient cet antique cimetière. Trois iorre» ou do~ Ktirn en terre rougeàtre, quarante urnes en terre grise, dans la forme de notre poirû%hfm, vingt autres d'une foçon plus allongée (pi. iv, fig. 4), six à huit cruches blanches, grises ou rouges ; douze soucoupes (pi. iv, fig, 40, 44, 45] et cinq pla- teaux en terre de Samos (pi. iv, fig. 47, 48), mais d'un mau-

M vais vemiB qui s'en allait à l'eau ; dans nombre, je n'ai lu, au fond d'un plateau, qu'un seul nom de potier, celui de Daminns (duhki.m) (pi. iv.âg. 17], dont l'estampille s'est éga- lement retrouvée ^ Londres i ; cinq à six assiettes grises ou noires; trois trépieds gris, dont un bien conservé (pi. iv, flg. 16], enfin une douzaine de petits pots gris [pi. iv, fig. 6, 7, 8, 9, 1 S, 13]. Pour le verre : quatre à cinq coupes de cristal blanc, quatre belles urnes rondes avec anse et goulot ; trois petites bouteUles hezagonee ; un petit flacon à deux anses en cou de cygne (pi. iv, fig. 3) ^, et trois barillets dont deux portaient la signature de Fnmtifau. Les objets de métal étaient une petite clochette en fer avec un anneau de bronze, une poignée en cuivre provenant sans doute d'un cofiret de bois, une pince à épiler en bronze, et une cuillère k parfums en ai^nt ou en bronze argenté. Quant à la poterie, !a forme qui dominait aux Loges était

l'urne grise dans le genre pot-a^feu, comme à Cany et jt Tié- treville. Ici nous avons remarqué que des ossements brûlés avaient été enfermés dans des cruches, dont l'embouchure assez étroite était fermée par une soucoupe rouge, au-dessus de laquelle se trouvait parfois un plateau de la même matière. Nous ne nous souvenons pas d'avoir vu ailleurs autant d'osse- ments dans des cruches ; il y en avait une telle quantité, que nous avons pu les &îre transporter dans la portion mixte du cimetière communal des Loges.

Les trois dolium trouvés dans cette fouille sont à peu près semblables &ceux qui ont été rencontrés bCany, k La Cerlangue, k Lillebonne, à Cauville, à Yébleron, à SaiutDenis-le-Thibout, à Nérac, et dans une foule de cimetières antiques de France et d'Angleterre. On peut se &ire une idée de ces sortes de vases,

' FoUert'marki tUteovtred in Londoit, ipnd CoUictaMea tutUgua. bj Hoach Smitb, vol. i, p. 101.

' Comni a Nnirill«-lB-Pollc(. Cf OacoD tli Inutà Iwit.

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parles dessins et les descriptions qu'en donnent MH. de Cau- montet Roach Smith dans leurs savants travaux d*archéologie. Toutefois, pour ce qui concerne les dolium de nos contrées, on ne saurait rien consulter de meilleur sur cette matière que la NoHcede H. Deville, insérée dans les Mémoires de l* Académie de Aouen ^. Ce savant nous montre cette espèce de vase funé- raire prenant naissance au temps de Pline l'Ancien 3, et se continuant jusqu'en S67, époque Tétricus dépose à Nérae les cendres de son ami Mertorix dans un dolium en terre cuite. Ces observations sont de nature à nous aider beaucoup dans la recherche de l'âge de nos sépultures.

Mais le vase le plus curieux au point de vue de l'art antique, c'est toujours l'urne de verre que nous nommons bartUet. Pour la forme, les barillets des Loges ressemblent de tout point à ceux de Cany, de