Ht »: . 1 ., .:■ Wk Çïr^yr / > v v i \ \ x- L, A FRANC-MAÇONNERIE EN FRANGE FRANC-MAÇONNERIE. — T. — — mm^ m ■ ■ **7~" Ç>oA BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE NATIONALE Période révolutionnaire GUSTAVE BORD LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE DES ORIGINES A 1815 TOME PREMIER LES OUVRIERS DE L'IDÉE RÉVOLUTIONNAIRE (1688-1771) *K- NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE 85, RUE DE RENNES, 85 PARIS SEEN BY PRESÊRVÀÏiC SERVICES // a été tiré de cet ouvrage vingt exemplaires sur papier de Hollande numérotés de i à 20. Tous droits de traduction et de reproduction réservés pour tous pays. A MADEMOISELLE LOUISE SAZERAT En te dédiant mon œuvre, ma chère tante, il m'est doux de me souvenir de la tendresse discrète et profonde dont tu as entouré mon heureuse enfance et du dévoue- ment admirable avec lequel tu m'as consolé et soutenu dans les jours de malheur. Gustave BORD. Paris, ce 14 octobre 1908. PRÉFACE Depuis plus d'un siècle les historiens et les écono- mistes se demandent comment un pays, foncièrement monarchique et catholique comme la France, a pu brusquement changer d'idéal et de foi. Suivant leurs passions politiques ou religieuses, ils ont donné à ce phénomène social les causes les plus diverses. Il est hors de toute discussion que la société fran- çaise était gravement malade à la fin du xvine siècle, puisque de son sein sont sortis les doctrines et les ac- teurs de la Révolution. Ce qu'il nous paraît important de savoir, ce n'est donc pas si le corps social était con- taminé, mais de quel mal il était atteint. Se mourait-il de vieillesse, avait-il une maladie organique, ou était-il en proie à une maladie infectieuse résultat d'une inoculation morbide? Le mal était-il guérissable ou mortel ? Aucun historien de bonne foi n'a mis en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante. L'Etat ne succombait pas faute de l'aliment nécessaire à son fonc- tionnement régulier; le déficit financier n'eut de gra- vité que parce que les adversaires de la monarchie s'en firent une arme. En réalité le mal, superficiel et passager, n'atteignait pas le gouvernement dans son VIII LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE essence même ; à l'extérieur, la France était puissante et respectée. Aucun pays ne jouissait alors de plus de libertés, d'esprit de tolérance, que la France. Son gouverne- ment paternel était d'une douceur extrême, souvent même débonnaire ; si on le compare au gouverne- ment anglais qu'on lui oppose sans cesse, il faudra constater que quarante ans s'étaient à peine écoulés depuis la répression féroce de Cumberland en Ecosse et des ministres en Irlande. A la veille de notre Révo- lution, les catholiques, exclus de toutes les fonctions publiques, étaient traqués dans les rues de Londres par lesémeutiers dirigés par le maçon Gordon. Le moindre attorney distribuait, sous des noms différents, des lettres de cachet dont les rois de France se ser- vaient de moins en moins. Le régime barbare des prisons anglaises, comparé au régime de la Bastille (1), est tout à l'avantage de la forteresse royale. La jurisprudence anglaise avait, plus que la nôtre, envahi et déformé l'esprit des lois. C'est sur ce dernier point cependant que le gouvernement de la France était le plus attaquable ; mais les parlements étaient plus responsables que le roi et son conseil de cet en- combrement judiciaire. Dans la Grande Chambre siégeaient officiellement les adversaires les plus déclarés du pouvoir royal. Néanmoins, sans la faiblesse incompréhensible du souverain, la monarchie française, qui avait en maintes circonstances prouvé sa souplesse et son énergie, (1) Voir à ce sujet la réponse du sollicitor Thomas Evans au pamphlet de Linguet : Réfutation des Mémoires..., p. 36, 39 et 54. PREFACE IX aurait dominé l'esprit public, mis à la raison les parlements révoltés et vaincu l'inertie de leur résis- tance. Il faut donc qu'un mal plus terrible ait envahi ce qu'on appelait alors l'opinion publique ; le but de cette étude est de prouver que le mal, qui devait contaminer le monde entier, n'était pas seulement la franc-maçon- nerie, mais surtout l'esprit maçonnique. C'est bien là qu'il faut chercher les véritables causes et l'explication logique de la Révolution : identité des formules et des dogmes de la maçonnerie avec les principes de 1789 ; les maçons et les jacobins emploient les mêmes manœuvres et livrent les mêmes combats. L'esprit maçonnique enfanta l'esprit révolutionnaire, voilà ce que nous voulons démontrer. Je ne puis me dissimuler la difficulté de la tache que j'ai entreprise : écrire, au milieu de notre époque de luttes ardentes et de haines féroces, une histoire im- partiale de la franc-maçonnerie en France, en un mot faire œuvre d'historien et non de polémiste, semble presque impossible. Cependant j'ai voulu, avec intensité, être juste envers ceux qui ne pensent pas comme moi ; par réaction, j'ai peut-être été dur envers mes amis. Je m'en excuse, mais je ne le regrette pas. L'étude de la franc-maçonnerie a été l'objet de nombreux travaux depuis une cinquantaine d'années. Presque tous sont l'œuvre d'adversaires déclarés de l'Ordre ; la plupart des auteurs sont plus que des ad- X LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE versaires, ils sont des ennemis acharnés d'une institu- tion qui les irrite, les trouble et les déconcerte d'autant plus que ceux qu'ils attaquent ne répondent jamais, laissent le débat sommeiller, empêchant ainsi la discussion sinon de naître, au moins de prendre corps. Les francs-maçons, de leur côté, ont publié divers ouvrages sur l'histoire de leur Ordre; quelques-uns sont bien faits, mais leurs auteurs ne disent que ce qu'ils savent ou peuvent dire : tels ceux de Ragon, Rebold, Jouaust, Amiable, Daruty, Findel, Gould, etc. La plu- part de ces ouvrages paraissent même être des œuvres de bonne foi. En dehors des documents manuscrits, pour établir ma conviction, j'ai eu souvent recours à leurs aveux et jamais aux accusations de leurs contra- dicteurs, lorsque celles-ci n'étaient pas justifiées par des preuves indiscutables. Malgré tous ces travaux, par suite de la passion des adversaires, plus on a écrit sur la matière, plus on semble avoir fait l'obscurité sur le sujet traité. A quelles causes peut-on attribuer de semblables résultats ? Est-ce à dire, d'après l'exposé ci-dessus, que la franc- maçonnerie soit injustement attaquée ? Après avoir étudié la franc-maçonnerie, adversaire sincère et convaincu de l'idée maçonnique, j'ose le dire, sans parti pris, je crois que les causes de l'im- broglio dans lequel les partis se débattent tiennent aux raisons suivantes : Les anti-maçons déterminés cherchent d'une part ce qui n'existe pas : l'origine juive de l'Ordre, ou PRÉFACE XI une direction occulte exclusivement dans les mains de l'Angleterre. Les francs-maçons, de leur côté, se taisent sur ces questions, parce qu'ils n'en savent pas plus long sur leur Ordre que leurs adversaires ; beaucoup parmi eux croient même, comme de simples profanes, aux fameux secrets qu'ils espèrent connaître quand ils seront plus avancés dans les hauts grades. D'autre part, les attaques dirigées contre eux ne sont pas faites pour leur déplaire ; elles leur donnent un prestige mystérieux dont ils profitent ; le silence des frères apparaît sous forme de prudence et de discrétion, alors qu'il a son origine uniquement dans leur igno- rance qui devient ainsi de l'habileté. Quelle définition peut-on donner de la franc-maçon- nerie ? La franc-maçonnerie est une secte religieuse, qui, après quelques tâtonnements, s'organisa surtout en Europe, vers 1725, professa une doctrine humanitaire inter- nationale et se superposa aux autres religions. Son but avoué était de faire arriver les hommes à un état de perfection basé sur leur égalité sous toutes les formes ; indifférente à toutes les religions, elle devait conduire ses adeptes à ne croire à aucune. La générali- sation de l'idée égalitaire devait l'amener rapidement à combattre même l'hypothèse d'une supériorité divine et à nier l'existence d'un être supérieur, créateur du monde. Sa définition d'un Dieu simplement architecte de l'uni- vers supprime, en effet, le Dieu créateur, base de toutes les religions révélées. Le Dieu des francs-maçons est simplement la force qui régit la matière, la loi de l'uni- XII LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE vers dont les hommes ne peuvent percevoir que les ma- nifestations sensibles à leurs sens limités ; un Dieu inconscient du bien et du mal, qui conduit ses adeptes à admettre qu'il n'y a ni bien ni mal absolus en dehors des nécessités de leur propre conservation. Pour la secte, toute autorité est un mal provisoirement néces- saire, qu'on doit tendre à supprimer pour arriver à l'état de perfection. Les prêtres de cette religion d'incroyants sont les initiés actifs ; les fidèles, conscients ou incons- cients, sont tous les profanes incroyants et tous ceux imbus des idées égalitaires, car les uns et les autres collaborent au succès du Grand Œuvre : maçons par- faits, initiés incomplets ou profanes latomisés (1). La franc-maçonnerie ne tend donc pas à un perfec- tionnement des sociétés existantes en tenant compte de leurs origines, de leur tempérament, de leur situation, mais à un retour à l'état de nature, à une agglomération d'êtres humains, satisfaits d'une vie végétative, pourvu que ses avantages matériels soient également répartis entre tous les citoyens. La maçonnerie spéculative, celle qui fera l'objet de cette étude, a emprunté ses idées et ses formules à la maçonnerie professionnelle. Cette première forme de la maçonnerie corporative, assurément fort ancienne, correspondait à une société restreinte, à une sélection hiérarchisée dans laquelle on pouvait appliquer utilement les doctrines d'égalité. Lorsque la maçonnerie s'est développée, lorsqu'elle a frappé aux portes de tous les métiers, de toutes les (1) Par latomisé nous désignons toutes les personnes, initiées ou profanes, imprégnées de la doctrine maçonnique. PREFACE XIII professions, elle est devenue nécessairement destruc- tive de tout ordre social. Sur elle sont venus se greffer tous les esprits curieux chimériques. Cette lutte contre tout principe d'autorité n'était certes pas nouvelle ; au moyen âge, les pas- sionnés de religion naturelle avaient déjà pris toutes les formes : métaphysiciens, ils s'étaient jetés dans la kabbale ; savants, dans l'alchimie; médecins, dans l'empirisme; astronomes, dans l'astrologie... Plus tard, ces assoiffés de liberté absolue, d'égalité chimérique, de libre examen, ont fait la Réforme, le jansénisme, l'encyclopédisme, la maçonnerie et le jacobinisme. Si les jacobins ont été les triomphateurs éphémères de l'entité égalitaire, les francs-maçons en ont été les protagonistes ; ce sont eux qui ont mis les combattants en présence, après avoir préparé le terrain de telle façon, que l'ancienne France devait fatalement succomber. La franc-maçonnerie n'est pas née spontanément, elle n'est pas non plus une société secrète antique, ayant traversé et dirigé l'humanité depuis des siècles, et qui ne s'est trahie que lorsque son succès s'est mani- festé d'une manière indiscutable. Elle est née lente- ment, poursuivant tour à tour des buts différents. L'or- ganisation matérielle qui avait présidé à sa constitu- tion prit, à la longue, la forme d'un dogme, puis celle d'une idée sociale transformatrice, lorsque les francs- maçons imaginèrent de réglementer l'humanité sur le modèle de leur Ordre. C'est à partir de ce moment que XIV LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE naquit vraiment la franc-maçonnerie telle qu'elle existe encore de nos jours. La franc-maçonnerie est, depuis près de deux siècles, une société secrète dans le sens strict du mot. En effet, quel que soit le but qu'elle poursuit, en admettant que ce but soit celui qu'elle proclame, elle fait tous ses efforts pour tenir cachées aux profanes ses délibérations et ses décisions. Si toutes les fantasmagories initia- tiques qu'elle pratique ont un caractère mystérieux d'apparence puérile, le serment du silence a des consé- quences beaucoup plus graves, bien que ce serment ait une tare initiale qui ne devrait pas affecter la cons- cience de ceux qui l'ont prêté, puisqu'on le leur a fait faire au sujet d'engagements imprécis, et même non révélés. Le caractère secret de la société maçonnique a en- traîné ses adversaires dans une série de fausses déduc- tions. Ils ont défini la franc-maçonnerie, sous prétexte qu'elle cachait ses délibérations : société qui détient un secret religieux, social et politique, ayant un but caché criminel, et ils se sont mis à la recherche de ce secret. « Faire croire qu'on dispose d'une puissance occulte, c'est presque la posséder », est un axiome maçon- nique. La F.-., M.*., en effet, a intérêt à laisser croire qu'elle a eu et qu'elle a encore une influence occulte lui permettant d'intervenir dans l'histoire des peuples chaque fois qu'elle le croit nécessaire. L'affirmation est facile à faire et impossible à contrôler ; le maçon mis en mesure de faire la preuve de ses assertions se retranche toujours derrière son fameux secret. Ceux PREFACE XV qui l'attaquent sur ce terrain ou sont ses complices, ou font naïvement son jeu (1). Lorsque le dogme maçonnique naquit, ses protago- nistes entrevirent-ils les résultats sociaux que devait produire son application? Assurément non. Aucun esprit n'était assez profond et assez avisé pour prévoir le cataclysme qu'il devait enfanter. On peut même dire que ceux qui soulevèrent la tempête étaient à ce point aveugles qu'ils furent les premières victimes de la tour- mente. Cela était logique ; cela était juste. N'est-ce pas ainsi que la Providence, l'Etre suprême comme di- saient les jacobins, intervient dans les actes collectifs des hommes et fait max'cher l'histoire des peuples ? Nous aurons donc à prouver, au cours de cet ouvrage, que, pendant tout le xvnr9 siècle, la propagation de l'idée maçonnique fut funeste à la société, et que cette idée, néfaste par essence, entraîna, sans qu'ils s'en soient doutés, la plupart des francs-maçons beaucoup plus loin qu'ils ne l'avaient prévu. Mais encore faut-il distinguer les maçons conscients isolés dans une vingtaine de loges, des maçons incons- cients qui furent le plus grand nombre : dans les tableaux des loges, nous voyons figurer des représen- tants de toutes les branches de la société française ; le bataillon serré s'avance, maillets battants, à la con- (1) Un f.'.-m.'. me disait textuellement il y a quelques jours : « Une puissance inconnue du vulgaire mène le monde depuis sa créa- tion ; elle intervient dans l'histoire des peuples chaque fois que cela est utile ; cette force qui provient de Dieu ou du Diable, appelez-la comme vous voudrez, moi je l'appelle la f.'.-m.\ » Phénomène curieux produit par la latomisation ; mon interlocu- teur était sincère. XVI LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE quête de l'autorité pour la supprimer. Côte à côte défilent la noblesse authentifiée par d'Hozier et la noblesse née d'hier, incertaine ou usurpée ; le clergé janséniste et l'armée ; la magistrature et le barreau ; la finance et l'administration ; la grande et la petite bour- geoisie ; l'industrie et le commerce... Et lorsqu'on commence à entrevoir quelle sera l'issue du combat, la plupart des metteurs en œuvre se retirent et regrettent l'ouvrage accompli. Parmi les maçons, il faut le reconnaître, parce que c'est la vérité et la justice, il y eut plus de victimes que de bourreaux. Si nous en rencontrons dans les assemblées électorales de 1789, à la Bastille le 14 Juillet et à Versailles les 5 et 6 Octobre, nous en trouvons au Dix Août, aux Tuileries; en Septembre, ils sont foule dans les prisons, et on en rencontre à Coblentz, à Bruxelles et à Londres aussi bien qu'à la Force ou à la Conciergerie... Le dogme nouveau, déformation d'une vérité chré- tienne, pouvait, il est vrai, séduire des esprits généreux mais superficiels. Mais aussi il développa outre mesure la juste fierté humaine et la transforma en orgueil dégradant et haineux ; transportée du cercle limité d'une loge à l'humanité entière, l'évolution de ce dogme devait conduire les peuples à la haine de toutes les supériorités sur la terre et à la destruction de toute croyance en un Dieu créateur et maître du monde. Lorsque le Christ a enseigné l'égalité et l'humilité, il a dit aux despotes qui gouvernaient le monde : Devant mon Père, vous n'êtes pas plus que ceux que PRÉFACE XVII vous dominez sur cette terre. Cette idée sublime de Yhumble égalité qui régénéra l'humanité, se trans- forma, sous l'impulsion de la franc-maçonnerie, en une idée abominable, parce que ceux qui la pilotè- rent, enseignèrent Yégalité orgueilleuse et qu'ils dirent aussi bien à la brute qu'à l'infortuné : Vous êtes les égaux des plus hautes intelligences, des puissants et des riches et vous êtes le nombre. C'est ce dogme, chrétien en apparence, que la franc- maçonnerie répandit. A défaut d'initiés proprement dits, la propagande égalitaire fit des latomisés dont le rôle fut très important : Diderot, d'Alembert, Rousseau, la Baumelle, Maupertuis, n'étaient probablement pas maçons ; Voltaire ne fut initié que quelques mois avant sa mort, alors que son œuvre destructrice était faite depuis longtemps. Le latomisé fut, à la vérité, un perturbateur tout aussi terrible que l'initié, car sa mentalité était la cause fatale de l'ambiance créée par le dogme égali- taire. La mentalité maçonnique agissait en effet autant sur le latomisé que sur l'initié, et la plupart d'entre eux ne voyaient pas exactement la transformation que la maçonnerie avait produite sur leur intelli- gence, sur leur volonté et sur leur conscience. Voilà précisément où se trouve la force de la franc-maçonne- rie. Là aussi est le danger qu'elle présente. Le premier effet de l'initiation est de purifier l'ap- prenti de toute mentalité chrétienne, s'il en a une ; puis, le compagnon revenu à l'état dénature, sans pré- jugés religieux et sociaux, sera capable, en devenant maître, d'avoir une mentalité nouvelle. LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. b XVIII LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE L'enfant élevé dans la religion chrétienne voit, juge et agit chrétiennement ; le maçon né à la lumière du temple verra, jugera et agira maçonniquement. Point n'est besoin de lui suggérer ses actes. Le Maître Parfait, en présence d'un jugement à porter, d'une déci- sion à prendre, jugera et agira d'instinct, suivant les préceptes de la maçonnerie, pour le bien de l'Ordre; à la discipline chrétienne aura été substitué l'esclavage maçonnique, esclavage inconscient et par cela même plus complet, plus dangereux. L'initié n'a plus le libre arbitre du chrétien, il est revenu à la fatalité antique. Il ne doit plus compte de ses actes à un Dieu omni- scient qui récompense ou punit dans ce monde ou dans l'autre, mais à lui-même, et seulement sur cette terre, avant de s'abîmer dans le néant d'une mort définitive et complète. La brute et l'homme de génie, le bon et le coupable, mélangeront leurs poussières semblables pour retourner à la matière ; sorti du protoplasme, l'homme retournera à la vibration cosmique. L'âme, simple ferment, s'a- néantira pour l'éternité. Rien avant, rien après. Dans un temps indéfini, la terre elle-même retournera au chaos, roulant d'un même rythme dans l'espace, avec la matière diffuse, ce qui fut lame humaine. Tous les initiés ne peuvent aller jusqu à ces dernières conséquences ; combien s'arrêtent en chemin, doutant aussi bien du néant que de la vie éternelle, indécis, sans croyances quelconques, désespérés ! Ceux-là ne sont plus des chrétiens, mais ils ne sont pas des maçons parfaits. Néanmoins ils feront œuvre de maçons, agi- ront en maçons. PREFACE XIX Je n'ignore pas qu'en attaquant le dogme de l'égalité je prête le flanc à des accusations de tous genres et que les moindres sont de me faire dire, sous une forme plus ou moins dédaigneuse, plus ou moins courtoise, que je suis né trop tard dans un monde trop jeune ; que je ne suis pas un homme de progrès; que je suis paradoxal et peut-être encore plus ou moins que tout cela, selon qu'on voudra l'entendre moins ou plus. A ces objections je répondrai par avance, qu'il me paraît, au contraire, que je suis venu trop tôt dans un monde déjà vieux ; que jenecrois pas à la pérennité de ce qu'on appelle l'esprit nouveau ; que tout dogme social qui a pour base la haine et l'orgueil ne peut avoir qu'une existence momentanée, que les grandes œuvres ne peuvent être faites que par des hommes isolés et non par des collectivités, et que les deux grandes forces qui doivent conduire les hommes de demain sont la bonté et l'énergie. Or, depuis que la franc-maçonnerie a été introduite en France, on n'a pas cessé, sous prétexte d'égalité, de conduire le grand troupeau des violents à l'assaut de toutes les supériorités, sous prétexte qu'elles ne repré- sentaient pas le plus grand nombre. Après m'être lu et relu, dans le calme de ma conscience, je n'ai rien trouvé à changer à mes conclu- sions, résultat d'un labeur considérable dont le lecteur pourra apprécier l'étendue. Mon opinion a été formée et mon jugement rendu en toute indépendance de conscience ; pour être sincère, je XX LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE dois reconnaître cependant que ce n'est ni en spectateur indifférent, ni en citoyen du monde que j'ai vu les choses et les gens, mais en amant passionné de celle qui est toujours pour moi la douce France, que j'aime avec ardeur, de cette généreuse France dont le grand passé me fait espérer dans son avenir, malgré toutes les tristesses de l'heure présente. Les épreuves de la vie et les ans aiguisent ou adou- cissent les angles ; le temps nous rend impitoyable ou indulgent. J'ai pensé qu'il était plus habile et plus particulier d'essayer d'être très indulgent, et je crois Tavoir été. Dans mon étude du grand conflit du xvme siècle entre la maçonnerie et le reste de la France, je n'ai pas perdu de vue un instant que, quoi qu'ils puissent dire ou faire, les maçons, vienne le temps de l'épreuve, sentiront malgré eux le vieux sang des aïeux circuler avec intensité et annihiler l'éducation artificielle et provisoire de leur cerveau. Beaucoup, parmi les adver- saires actuels de l'Ordre, ne sont-ils pas les descen- dants des initiés du xvme siècle? Mon travail veut donc être une œuvre d'apaisement et, quelque paradoxale que ma prétention puisse paraître dans les circonstances actuelles, je persiste à croire que l'on peut tenter encore de réconcilier l'ancienne France avec la France moderne ; non pas que je veuille faire renaître le passé de toutes pièces : le passé est mort ; mais la vie d'aujourd'hui n'est-elle pas fille des morts d'hier, des morts d'il y a des siècles ? Les fleurs poussent sur les tombes. Si je veux emprunter au passé les grandes lignes de sa PREFACE XXI tradition pour la direction à imprimer à nos destinées politiques, à l'intérieur comme à l'extérieur, je n'imagine pas un instant qu'on puisse prétendre à rétablir notre ancien état social. Par contre, je ne conçois pas non plus qu'on puisse ériger en axiome et encore moins en dogme , que notre état social actuel est une arche sacrée, renfermant la nouvelle Bible de l'humanité future. Si, pour rendre mon récit vivant et sincère, je me suis attardé dans de menus détails, je n'ai retenu dans mes conclusions que les grandes lignes de l'ensemble ; si j'ai décrit des usages et des fêtes ridicules, j'ai aussi indiqué certaines solennités maçonniques qui n'étaient pas sans grandeur. Je considère qu'il faut élever la discussion au-dessus de ces misères et de ces actes louables, dégager la thèse maçonnique et montrer résolument, nettement, son opposition avec la croyance nécessaire à toute société. La franc-maçonnerie s'est posée, à ses débuts, en défenseur de la religion naturelle : croyance à l'au- delà, à l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme, basée sur les seules données de la raison ; mais, peu à peu, cette religion naturelle s'est transformée en simple morale sociale, basée sur l'éternité de la ma- tière, et après avoir passé par le panthéisme, elle a abouti à la négation de la Divinité. Ses adversaires croient, au contraire, que la religion naturelle n'est que l'étape nécessaire pour arriver à la religion révélée et à toutes ses conséquences : croyance en l'au-delà, basée sur les lumières surnaturelles de la XXII LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE raison, grâce à une intervention directe de la Divinité, apportant la vérité aux hommes. Au fond, toute la lutte religieuse est circonscrite à l'opposition de cette thèse à cette croyance. Au point de vue social, l'antagonisme est tout aussi tranché. En étudiant le développement des loges et les trans- formations de leurs doctrines, nous verrons la lutte s'engager et les résultats sociaux obtenus par le triomphe des ateliers de la maçonnerie. Sans prétention électorale, je puis oser dire ce que de nombreux esprits, cultivés et sincères, n'osent mur- murer et encore moins écrire. La doctrine de l'égalité me révolte, parce qu'elle conduit infailliblement à la négation de toute hiérarchie indispensable, parce qu'elle nous ramène forcément au socialisme d Etat, première forme de toute société qui sort des limbes de la barbarie, dernier spasme de toute société qui meurt ; parce qu'elle détruit inévitablement la famille et l'individualité ; parce qu'elle a pour consé- quence inéluctable la négation de la supériorité divine qu'elle remplace par la loi du nombre. Pour lutter contre de semblables doctrines, le pouvoir seul peut intervenir utilement. En France, moins qu'en tout autre pays, il ne peut se former de sociétés pour défendre purement et simplement le gouverne- ment constitué Si, par hasard, des essais sont tentés, ils aboutiront à un but opposé à celui qu'on voudra poursuivre. Les défenseurs du pouvoir ne seront pas PREFACE XXIII désintéressés. Ils voudront protéger et réclameront des privilèges ; en cas de refus, ils crieront à l'injustice, à l'ingratitude et concluront à l'inutilité du dévouement. Les défenseurs du pouvoir deviendront ses pires ennemis. La Révolution accomplie, au nom du dogme maçon- nique, les loges elles-mêmes n'échapperont pas à cette loi fatale ; le gouvernement qu'elles auront créé, au nom même du dogme de l'égalité, se refusera à leur reconnaître des privilèges de fondateurs ; la Révolution se retournera contre eux. En ne tenant pas compte de ces lois sociales, l'historien est désorienté, il ne com- prend pas, il trouve illogiques toutes les hypothèses qu'il peut imaginer. Comment expliquer autrement, en effet, que l'on retrouve presque tous les maçons de 1788 et 1789, soit hors de France, soit sous le couteau de la guillotine ? Il faut reconnaître aussi que la royauté fut cou- pable : non seulement le gouvernement royal ne sup- prima pas la maçonnerie, mais encore il l'encouragea, Louis XVI et ses frères étaient maçons-protecteurs. Depuis longtemps les princes du sang et la noblesse de cour faisaient partie de l'Ordre. Les premiers, et avec eux les légitimés, affectaient une soumission chagrine à la personne du roi. Au pied du trône, au nom de l'égalité, ils regrettaient de n'être pas assis à côté ou même à la place du roi. De leur côté, les repré- sentants des anciennes grandes familles, quasi royales, n'avaient pas oublié qu'il avait été un temps où elles marchaient de pair avec la maison de Bourbon et que, pour les dompter, il avait fallu Louis XI, Richelieu et XXIV LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Louis XIV. Combien souffraient de ne plus être appelés qu'à faire partie de la haute domesticité de la couronne ! Les intrigues de cour ressemblaient à de véritables complots. On frondait le pouvoir royal à Chantilly, à Berny et à Sceaux, comme à Brunoy, à Bagatelle et à Villers-Cotterets. Toutes ces familles prin- cières furent représentées dans la franc-maçonnerie, sinon par leur chef, tout au moins par ceux qui lui tenaient de près. L'exemple fut suivi : Versailles devint une vaste loge; on coudoyait le maçon aussi bien dans l'Œil de-Bœuf qu'à l'office et au corps de garde. Hauts dignitaires de l'armée et de la magistrature, maison du roi et des princes, maison de la reine, gardes du corps, chambre du roi... Tout ce monde, pensionné de la liste civile, grouil- lant, intriguant, quémandant, avait prêté serment tout à la fois entre les mains du vénérable de sa L.\ et à la personne du roi. Combien ne retrouveront leur foi royaliste qu'en présence du malheur frappant à leur porte ! Avec eux ils auront entraîné dans l'abîme la monarchie et le pays tout entier : le roi, l'admirable noblesse de pro- vince, la bourgeoisie et le peuple. La F.*. M.*, aurait été impuissante à produire ce cataclysme, si elle n'avait été conduite et dominée par son dogme égalitaire. Dans notre premier volume, nous verrons manœu- vrer les ouvriers de l'idée, ceux qui préparèrent le terrain. PRÉFACE XXV Dans le second, les ouvriers du fait bouleverseront de fond en comble le sol de notre pays et seront englou- tis par l'abîme qu'ils auront creusé. Dans le troisième enfin, nous verrons les ouvriers qui auront survécu diriger encore la France vers le chemin qu'ils lui avaient tracé et continuer en temps de paix violente la construction du Grand Œuvre. Avec la franc-maçonnerie nous aurons vu passer devant nos yeux l'image de tous les vices, et aussi, il faut le reconnaître, celle de beaucoup de vertus. Son recrutement avait été multiple et varié, car elle avait frappé aussi bien aux portes des sociétés de plaisirs vulgaires qu'à celles qui avaient des aspirations élevées, attirant à elle tout ce qui était groupement : telle société inavouable est venue se fondre avec telle autre société dont le but était admirable . Dans quelle mesure faut-il la blâmer et la louer ? La maçonnerie a été imprégnée de toutes les vertus et de tous les vices de son temps, et, il faut l'avouer, ceux- ci étaient les plus nombreux. Après avoir déroulé devant les yeux du lecteur le tableau de toutes ces turpitudes, que faudra-t-il con- clure ? Que l'humanité est passée une fois de plus avec toutes ses hontes et toutes ses beautés. L'humanité est passée, et comme elle a souffert, le regard de Dieu lui a donné une vie nouvelle. L'homme, pour être vraiment digne de ce nom, a plus besoin d'idéal que de pain, et c'est l'idéal commun qui agrège les nations vivaces et généreuses. Cet idéal, il XXVI LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE faut que nous le retrouvions et qu'il prenne la place de la haine qui frappe tout effort de stérilité. L'ancienne France avait comme idéal la religion catholique et la royauté traditionnelle. C'est de l'union de ces deux croyances qu'est née la Patrie française; des doctrines maçonniques ont pu nous la faire ou- blier momentanément, mais je reste convaincu que la France de demain reprendra ses anciennes traditions ; que celles-ci seront d'accord avec les nécessités du monde moderne et que notre pays redeviendra la nation énergique et généreuse qu'elle fut sous ses rois. Gustave Bord. Paris, le 25 août 1908. AVERTISSEMENT Les documents auxquels nous avons emprunté les listes de francs-maçons citées dans cet ouvrage sont trop nom- breux et trop divers pour que nous en ayons fait mention dans des séries de notes qui eussent encombré inutilement presque chaque page. Pour remédier à cette omission volontaire, nous nous tenons à la disposition de tout représentant d'un des noms cités pour lui indiquer les sources auxquelles nous avons puisé nos renseignements. Nous tenons à remercier tout particulièrement MM. de Bessonies, Bon, Paul Fesch et Augustin Cochin des nombreux documents qu'ils ont bien voulu nous communiquer. G. B. LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE CHAPITRE PREMIER LES PRÉCURSEURS Le problème. — Les sources des doctrines maçonniques. — Les pen- seurs : les alchimistes. — La pierre philosophale. — L'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus. — Les principaux alchimistes ; leurs protecteurs et leurs adversaires . — Les kabbalistes : Ray- mond Lulle ; Thomas Morus ; Paracelse ; les Socins ; Andréa ; Robert Fludd ; le chancelier Bacon ; Pierre Bayle ; Sweden- borg ; Willermoz. Qu'est-ce que la franc-maçonnerie ? — Ce problème a été souvent posé ; presque toujours on y a répondu de façons différentes, et la multiplicité des solutions a fait la confusion et le mystère, au profit des maçons et au plus grand dommage de ceux qui les attaquent. On a voulu personnifier la maçonnerie dans une succession de grands maîtres inconnus, connaissant seuls le secret de l'Ordre et seuls le dirigeant. Cette société, d'après les uns, aurait eu le même but caché et la même organisation mystérieuse depuis son ori- gine; d après les autres, l'Ordre n'est qu'une société de secours mutuels et de bienfaisance. LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 1 A LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Les deux affirmations sont également fausses lors- qu'on les rapporte à toutes les époques de la maçon- nerie ; elles sont la source de multiples erreurs. Pour trouver la solution du problème, essayons d'abord de le poser. N'y eut-il qu'une espèce de franc-maçonnerie ? Son but fut-il toujours le même ? A-t-elle eu successive- ment un ou quelques chefs connaissant seuls le secret du but de la société ? Nous démontrerons que deux maçonneries se succé- dèrent : l'une, la plus ancienne, composée de gens de métier, de constructeurs, et que nous appellerons cor- porative ; l'autre, celle qui la remplaça, composée d'amateurs de philosophie et de sciences, que nous appellerons spéculative (1). La substitution ne se fit pas brusquement de la pre- mière à la seconde forme : pendant plusieurs années des hommes influents s'introduisirent dans la première pour s'y livrer avec sécurité à leurs études souvent enta- chées d'hérésies ; d'autres voulurent la dominer pour en faire profiter leur parti politique, qui fut pendant les premiers temps celui des Stuarts. Ces maçons, connus sous le nom de maçons acceptés, lorsque la substitution de l'ordre à la corporation aura lieu, donneront nais- sance à deux courants différents : la maçonnerie jacobite et la maçonnerie anglaise. Ces deux sœurs ennemies, qui auraient dû représenter des adversaires irréconci- liables, après avoir poursuivi des buts opposés, se trouveront confondues, plus tard, par la puissance du dogme fondamental de la Maçonnerie qui aura sub- sisté malgré eux, parce qu'une idée est plus forte que (1) Les Anglais appellent la première opérative. Nous avons adopté le mot corporative, qui nous paraît plus complet, car il suffit à exprimer que ces travailleurs opéraient en corporation. LES PRECURSEURS O les hommes et les conduit fatalement lorsque cette idée est vraiment puissante. Or, on ne pourra pas nier que, si l'idée maçonnique de l'Egalité des hommes est socia- lement détestable, elle n'en est pas moins forte et que le maçon lui-même n'a souvent qu'un abri bien précaire lorsqu'il a déchaîné l'orgueil de l'homme sous pré- texte d'égalité et que le cyclone passe sur l'humanité terrifiée. Aussi bien, à celui qui les attaque, comme au maçon dont sa propre lumière a brouillé les yeux, je puis dire, après avoir étudié le problème sans haine pour les hommes : le dogme maçonnique est une chose grave, une pensée dangereuse, qui conduit les sociétés aux pires cataclysmes ; ne cherchez pas dans le maçon, tantôt un ennemi de caste ou de nationalité, tantôt un ennemi politique ou religieux, car il renferme en même temps tous ces dangers. La f.\-m.\ n'est pas\ représentée par un homme, ni une classe d'hommes, \ mais par une idée néfaste, la plus terrible qu'on puisse imaginer : 1 idée de l'égalité. Tuez l'idée ; tuez-la d'abord en vous où elle a pénétré, et vous serez surpris de voir le lendemain que la f.\-m.\ n'existe plus. Les maçons furent au xvme siècle les prêtres et les soldats du dogme égalitaire. Sous le souffle de cette idée ils ont exercé leur sacerdoce et livré leurs com- bats, pour la plupart inconsciemment. L'idée impla- cable les a entraînés jusqu'au bord de l'abîme où doivent succomber les sociétés modernes, car le dogme de l'égalité est par essence destructeur de toute idée so- ciale. Leurs adversaires, envahis eux-mêmes par cette idée, n'ont pas osé jusqu'ici les attaquer sur ce terrain, qui est le véritable terrain de lutte. Il faut le recon- naître nettement, franchement, il n'y a plus aujourd'hui que deux adversaires en présence : les anarchistes 4 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE égalitaires et ceux qui veulent vivre en société avec les hiérarchies nécessaires. Envisagée sous ce point de vue, l'idée égalitaire domine donc l'histoire de la f.\-m.\ comme elle domine les destinées des nations modernes. La f.\-m.\, telle qu'elle fonctionna pendant les pre- mières années du xvme siècle, peut être considérée comme un équipage de savants, vrais ou faux, d'ab- stracteurs de quintessence, de kabbalistes et de spirites, qui, s'étant réfugiés sur un navire dont l'équi- page ancien ne trouvait plus à s'occuper, se firent ac- cepter par le capitaine, peu à peu s'emparèrent de la manœuvre et se substituèrent à l'ancien équipage. Si les hommes disparurent, leurs usages persistèrent, le nom du navire ne fut pas changé, et de la sorte une f.'.-m.*. de penseurs se substitua à une franc-maçonnerie de constructeurs maçons. Au moment du renouvellement de l'équipage, les nouveaux venus étaient les représentants des libres penseurs de l'époque, des empiriques, précurseurs des hommes de science et des kabbalistes précurseurs des philosophes. Cette catégorie de curieux avait existé de tous temps, car à toutes les époques il y eut des hommes qui cherchèrent à expliquer les phéno- mènes de la nature et à deviner le secret de Dieu. L'homme, dès son berceau, voulut connaître les causes de son origine, le but de son existence et sa destinée après sa mort. Il voulut goûter au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, entrer en lutte avec la Divinité, et résoudre un problème dont il ne pouvait poser l'équation. Si les sciences firent chaque jour des progrès, et si l'on parvint peu à peu à déchirer le voile LES PRECURSEURS 0 mystérieux qui entourait certains phénomènes naturels, tels que nous les vouons, on peut dire que les mystères qui enveloppent le berceau et la tombe de l'homme, sont encore aujourd'hui aussi cachés qu'à l'aurore de l'humanité. Des hommes luttèrent désespérément, à la recher- che de la vérité intangible, s'exaspérèrent, blasphémè- rent et se révoltèrent contre le Grand Inconnu, contre Celui qui est. Dans tous les temps il y eut des sectes secrètes, qui prétendirent comprendre les lois qui régis- sent l'univers ; les uns croyaient véritablement possé- der le secret ineffable ; les autres, les habiles, faisaient de leurs mystères un appât pour la foule, prétendant ainsi la dominer et la conduire ; tout au moins avaient- ils trouvé le moyen de l'utiliser à leur profit. Cette lutte est, comme nous l'avons dit, vieille comme le monde ; à travers le temps et à travers les peuples, elle exista sans discontinuité ; pour nous en tenir aux temps modernes, au xvie siècle les lutteurs s'appelèrent les réformés, fils des omniscients du moyen âge. A ce titre ils furent les précurseurs de la f.*.-m.\ On peut donc dire que la secte des francs-maçons incarne depuis le xvme siècle les sectes recherchant le secret éternel de l'humanité, de ces gens qui, ne pouvant comprendre et définir Dieu, las de le chercher en vain, trouvèrent plus commode de magnifier la matière et de déifier l'homme. Envisagée sous ce point de vue, la f.\-m.\ est une secte fort ancienne, la plus ancienne même qui fût sur la terre ; sectaires en lutte acharnée avec l'homme résigné qui se contente du travail, de l'amour, de la foi et de la prière, les francs-maçons représentent, au point de vue chrétien, l'orgueil de l'homme, l'esprit du mal, la révolte contre Dieu. O LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Un f.*.-m.\ homme d'esprit, de scienceet de bonne foit car je prétends qu'il en existe, avec lequel je discutais ces problèmes décevants, en matière de conclusions, me tint le discours suivant : — Je ne discute ni ne critique vos dogmes et vos croyances de catholique ; ils me sont indifférents. Que ceux qui y croient les pratiquent, c'est ce qu'ils ont de mieux à faire ; ils ne viendront jamais parmi nous ; ils s'imaginent être avec les bons anges, soumis à la grande force de l'Architecte de l'Univers que vous appelez Dieu ; ils sont convaincus que nous sommes les adeptes des démons, Lucifer, Asmodée ou Belphégor ; soit, je l'ad- mets et je prendrai les arguments qui vont suivre dans vos propres croyances, dans vos livres saints. Or qu'enseignez -vous ? que les démons sont des anges déchus et qu'au jugement dernier ils seront vaincus par les bons anges, milice de votre divinité. Ce jour- là, ils redeviendront de bons anges et votre Dieu, que vous dites magnifique et plein de miséricorde, leur par- donnera leurs méfaits passés ; il pardonnera également, sans cela il serait injuste, à tous ceux qui auront été entraînés par les démons ; donc le résultat sera le même pour nous que pour vous ; nous jouirons de la gloire éternelle et de la contemplation de Dieu ! Seule- ment vous aurez joué un métier de dupes, et nous aurons été des gens avisés. Alors que vos bons anges vous enseignent la rési- gnation et l'humilité, la sanctification de la bonne souffrance pour mériter de franchir la porte de votre Paradis des petits et des humbles, nos démons nous conduisent au même séjour de délice, par des chemins jonchés de roses sans épines, la tête haute ; c'est après une lutte d'égal à égal que nous prenons d'assaut votre Paradis. Tout au plus serons-nous obligés d'attendre LES PRECURSEURS 7 pour y entrer le jour du grand jugement; mais d'ici là, il est à croire que le démon qui nous aura conduits dans ce monde nous protégera dans l'autre. Et, si la mort terrestre est l'anéantissement de l'être humain, comme beaucoup le croient, nous aurons été plus habiles que vous en évitant des souffrances inutiles. Aussi, ne cherchons-nous pas à recruter parmi vous des adeptes ; impassibles, nous attendons que ceux qui n'ont pas trouvé dans la pratique de vos croyances le bonheur, la consolation, la paix ou la satisfaction, viennent à nous. Ceux-là, laissez-les-nous ; ils nous appartiennent ; nous n'en ferons pas des humbles, mais des hommes libres, heureux à notre façon qui deviendra la leur. Quel droit oserez- vous invoquer pour y mettre obstacle ? — Je conviens, lui répondis-je, que le problème ainsi posé peut convaincre ceux qui ne croient pas et les entraîner dans votre sillage ; mais pour cela il faudrait nous entendre sur ce que nous appelons Dieu ; pour vous, c'est un simple Architecte de l'Univers ; pour moi, c'est le Créateur de toute chose. Votre Dieu, par défi- nition, est la négation du mien. La puissance du vôtre est limitée puisqu'il se borne à utiliser la matière qu'il n'a pas créée, qu'il est même impuissant à créer. Enfin, puisque vous invoquez les textes des livres saints, ou avez-vous lu que, après avoir été terrassé, le démon deviendra un bon ange ? Vous le déduisez par un rai- sonnement spécieux, en invoquant l'esprit de miséri- corde d'un Dieu auquel vous ne croyez pas, oubliant ainsi qu'il est aussi un Dieu de justice. Je préfère demeurer avec le poète, ce devin de l'au-delà, qui fait gémir sa lyre en nous enseignant qu'on n'est un homme que lorsqu'on a souffert et lorsqu'on a pleuré. Pour concevoir le bonheur il faut pouvoir le comparer à ce 8 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE qui n'est pas le bonheur, et ne le supprimerait-on pas en supprimant la souffrance ? Enfin, il resterait à prou- ver qu'il suffit d'être initié pour ne connaître ni les peines ni les larmes. Voilà ce que pensent encore de nos jours les f.'.-m.*. qui ont gardé les traditions du passé de leur ordre. Je conviens que le plus grand nombre ne soulève plus le problème de l'humanité primitive et des destinées d'outre-tombe, que ses soucis se bornent à assurer le présent et, en agissant ainsi, il croit faire preuve de la sagesse d'un homme raisonnable et pratique. La plu- part voient dans la maçonnerie une société d'admira- tion mutuelle, susceptible de favoriser avec sécurité l'épanouissement de leurs ambitions politiques, litté- raires ou commerciales. En cela ils sont différents de leurs ancêtres, qui, eux, avaient souvent pour excuse la sincérité et le désintéressement de leurs convictions. C'est la mentalité de ces derniers que je me bornerai à étudier, et l'on pourra comprendre, je l'espère, et excuser dans une certaine mesure, les hommes de bonne foi et d'intelligence plus qu'ordinaire qui se passion- nèrent pour l'Art Royal. En dehors des dupes, il y eut des coupables, et souvent même en faveur de ces der- niers on peut invoquer les circonstances atténuantes. Pour comprendre clairement ce qu'était la secte philo- sophique des f.-.-m.*. à son origine, il nous faudra remonter quelque peu en arrière, et étudier les divers savants empiriques qui eurent la faveur des premiers maçons non constructeurs. Si l'on examine les discours, les formules, les ada- ges et les doctrines des initiés du xvni0 siècle, on LES PRÉCURSEURS 9 arrive à déterminer assez facilement à quelles écoles ils ont façonné leurs mentalités, car, tout au moins au début, tous n'eurent pas les mêmes convictions, très peu poursuivant le même but. Suivant leur tournure d'esprit, leurs aptitudes et leurs aspirations, les uns furent des penseurs, kabbalistes ou théosophes, les autres des savants, alchimistes ou astrologues ; ceux-ci furent des artistes, ceux-là des politiciens. En analysant les correspondances maçonniques et les travaux de loge, voici quels sont les principaux ancêtres qu'on peut leur attribuer. Les précurseurs intellectuels directs de la f.\-m.\ furent les alchimistes et les kabbalistes, en donnant à ce premier mot son sens le plus complet. Pendant le xvme siècle, en effet, le maçon cherche, comme l'alchi- miste, la pierre philosophale, la panacée universelle, et l'arbre de la science du bien et du mal révélant le mystère de la création : c'est à eux aussi bien qu'à Bacon qu'il emprunte la légende symbolique du Temple de Salomon et celle d'Hiram; les allures des plus fameux d'entre eux, Saint-Germain et Cagliostro, ressemblent singulièrement à celles du Cosmopolite, du Philalèthe et de Lascaris. L'alchimie était, suivant l'alchimiste, une science, un art ou une supercherie. Son objet était d'o- pérer la transmutation des métaux vils en métaux nobles. Lorsque cette science prit naissance, vers le ive siècle, à Byzance, l'état des connaissances chi- miques pouvait permettre de poursuivre de sem- blables recherches. L'alchimiste supposait que les métaux étaient formés des mêmes éléments, étaient, comme aurait dit un chimiste du xixe siècle, des corps 10 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE isomères et que, par conséquent, des manipulations physiques pouvaient changer leur état chimique. La grande erreur des alchimistes fut d'affirmer que la chose était possible parce qu'il n'était pas déraisonnable d'admettre qu'elle pouvait être. C'est ainsi qu'ils empri- sonnèrent leur science et qu'après avoir donné à la chimie un essor incontestable, ils la paralysèrent en la spécialisant. Si, en cherchant une chose, ils en trou- vèrent une autre et firent en quelque sorte malgré eux et au hasard progresser la chimie, il n'en est pas moins vrai qu'ils furent un obstacle sérieux au développe- ment rapide et méthodique de cette branche des sciences. Vers le vne siècle, de Grèce l'alchimie fit des adeptes en Egypte et, de là, les Arabes la transportèrent en Espagne, où elle fut longtemps en honneur. Peu à peu cette science avait envahi l'Occident, et au xve siècle elle était cultivée dans toute la chrétienté. Au xvie et au xvne, c'était une véritable folie; il y avait des souffleurs dans toutes les classes de la société, et la légende de la fortune fantastique de Nicolas Flamel avait bouleversé toutes les cervelles. Aux recherches matérielles on avait joint bientôt des combinaisons métaphysiques, et alors un philosophe était aussi bien celui qui recherchait la pierre philosophale que celui qui étudiait l'âme humaine. Le langage de ces fous qui, par hasard, trouvaient des choses raison- nables, était composé d'allégories et de paraboles ne voulant rien dire ou simplement ineptes, ou de logo- griphes qui ne cachaient pas de mots. Cependant les plus remarquables d'entre les abstrac- teurs de quintessence s'expriment plus clairement, tels Salmon et Philalèthe. De leurs théories il ressort qu'ils considéraient les LES PRÉCURSEURS 11 métaux comme des corps composés des mêmes élé- ments, dans des proportions et des conditions de for- mation différentes. Us naissent, disent-ils, comme des êtres organisés, par la conjonction des semences mâles et femelles. L'or pur absolu est la semence mâle; le mercure des philosophes est la semence femelle. L'al- chimiste réunit ses produits dans un récipient nommé Athanor, maison du poulet des sages ou œuf philoso- phique, et au bout de six mois de chauffage intense il obtient la poudre noire qu'il nomme Saturne, tête de corbeau, ténèbres cimmériennes... En continuant à souffler, la poudre devient blanche; c'est avec celle-ci, qu'on appelle petite pierre philosophale, petit magistère ou teinture blanche, qu'on obtient l'argent. En chauffant encore, la matière devient verte et enfin rouge ; c'est la véritable pierre philosophale, grand magistère ou grand élixir, transformant immédiatement en or pur, quelque faible que soit la dose employée, des volumes considé- rables de tout vil métal en fusion sur lequel on la projette. Et il ne faut pas se tromper sur la signification des mots, sous peine de rencontrer des contradictions inad- missibles. Ainsi, ces mêmes alchimistes qui donnent la recette que nous venons de décrire pour faire de Tor, prétendent d'autre part que tous les métaux sont un composé de mercure et de soufre, ce qui ne concorde pas en apparence avec les recettes qu'ils donnent ; il faut ajouter que le soufre et le mercure des alchimistes n'ont aucun rapport avec ces corps tels qu'on les définit vulgairement. Le mercure est la métalléité, l'éclat, la ductilité des métaux, et le soufre leur élément combus- tible. Plus tard les astrologues introduisent leur science dans l'alchimie, et les principaux métaux se sont trou- 12 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE vés sous des influences planétaires. Les médecins se mettent aussi de la partie et la pierre philosophale trans- mute les métaux, dirige les destinées, guérit les mala- dies et prolonge la vie. Pour que rien n'y manquât, les alchimistes firent intervenir la magie blanche ou la magie noire dans leurs opérations : Dieu ou le Diable. Pour l'alchimiste cherchant la transmutation des métaux, la difficulté est de se procurer le mercure des philosophes, qu'on ne peut avoir que par révélation divine ; ils l'appellent : mercure double, lion vert, ser- pent, eau pontique, lait de vierge, etc. Aussi ne l'ont-ils jamais trouvé, et cependant ils l'ont cherché partout : Dans les métaux : arsenic, étain, antimoine, mercure vulgaire, etc. Arnauld de .Villeneuve recommande de triturer trois parties de limaille de fer avec une partie de mercure et d'y ajouter du vinaigre et du sel. Trismosin conseille de sublimer du mercure avec de l'alun et du salpêtre, puis de distillerie mélange avec de l'esprit de vin « en mangeant des tartines de beurre très épaisses ». L'un et l'autre ne parvinrent qu'à fabriquer du su- blimé corrosif et à calmer leur appétit. Puis, sous prétexte que saint Luc avait dit que le sel était une bonne chose, on abandonna les métaux poul- ies sels : le sel marin, le salpêtre et surtout le vitriol, vitriolum, dont les propriétés étaient établies par la phrase suivante : H-Hnvenies Cccultum t^apidem, cjeram gedicinam. Plus tard on essaya des substances végétales : suc de cliélidoine, primevère, rhubarbe, lunaria. Distillations de vers de fumier, de crapauds, de lézards, de serpents. Produits du corps humain : sang, salive, poils, semence, menstrues, matières fécales, organes génitaux. Terre vierge, vitraux rouges des anciennes églises et enfin l'esprit du monde, spiritus mundi, matière qui se rencontrait dans l'air, l'eau de pluie, la neige, et surtout dans la rosée du mois de mai. Trois choses sont ainsi recherchées par les alchi- mistes: l'Alcaest, la Palingénésie et l'Homunculus. L'Alcaest, Esprit universel (ail Geist), dissolvant de tous les corps, est l'idéal des menstrues. On le cherche dans le tartre, l'alcali (alcali est), la potasse, l'acide muriatique. Kunckel ayant fait remarquer que s'il dissolvait toutes choses, il devait dissoudre le vase dans lequel on le renfermait, il n'en fallut pas plus pour discréditer l'Alcaest. La Palingénésie était l'art de faire renaître les plantes de leurs cendres. L'Homunculus était un homme en miniature fabriqué par des procédés hermétiques. Il se formait dans l'urine des enfants. D'abord invisible, il fallait le nourrir avec du vin et de l'eau de rose. En dehors de toutes ces folies, certains se livrèrent à des recherches plus sérieuses, et nombre d'alchimistes ne furent ni des sots, ni des ignorants, ni des hommes 14 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE de mauvaise foi. Vu l'état de la science, on ne peut s'étonner que les décompositions chimiques aient été prises pour des transmutations. « Si vous projetez sur du cuivre de l'arsenic blanc sublimé, dit saint Thomas d'Aquin, vous verrez le cuivre blanchir ; si vous ajoutez alors moitié argent pur, vous transformerez tout le cuivre en véritable argent » Plus tard, par l'expérience, on reconnut que ce chan- gement de couleur n'était pas une transmutation, mais une simple superposition. Comme on ignorait également que les sels liquides pouvaient contenir des métaux, les précipitations étaient prises aussi pour des transmutations. D'autre part, on avait des moyens imparfaits pour contrôler la présence de l'argent dans un alliage de ce métal avec l'or (cément royal, sulfure d'antimoine, eau forte). La chimie analytique n existait pas, on ne faisait pas d'expériences de densité précises (1). Mais à toutes ces recherches, la véritable science trouvait parfois son compte. Si les explications étaient erronées, les faits étaient réels. A côté des prestidigitateurs pipant le creuset (2), il y avait les gens de bonne foi introduisant dans les expé- riences des éléments aurifères ignorés, tels que le chlorure d'or. (1) Voy. Berthelot : Les Origines de V Alchimie. (2) Dans un remarquable mémoire lu à l'Académie des sciences de Paris le 15 avril 1722, Geoffroy l'aîné dévoile les supercheries les plus usitées : Creusets doublés, garnis dans le fond de chaux gommée, d'or et d'argent qui sous l'influence de la chaleur se désagrégeaient et séparaient leurs éléments ; Parcelles d'or ou d'argent introduites dans des charbons creux ; Baguettes de bois creusées contenant à leur extrémité le métal LES PRÉCURSEURS 15 Malgré toutes leurs erreurs leurs insanités ou leurs duperies, les alchimistes n'en ont pas moins préparé la méthode expérimentale : l'observation et l'induction, que Galilée, François Bacon et Descartes ont codifiées. Il faut reconnaître que si les alchimistes n'avaient pas amoncelé de nombreuses expériences, les créateurs de la science moderne n'auraient pas pu avoir même l'idée de chercher règles, formules et lois. Si les alchimistes furent interdits au xive et au commencement du xve siècle par le pape Jean XXIi à Avignon, Charles V en France, Henri IV en Angleterre et le conseil de Venise, du xvie au xvme siècle ils étaient protégés dans l'Europe entière par les empereurs Rodolphe II, Ferdinand III et Léopold Ier, par Fré- déric Ier et Frédéric II de Prusse, par l'électeur Auguste de Saxe, par Charles IX et Marie de Médicis en France, par Edouard III, Henri VI et Elisabeth en Angleterre, par Christian IV et Frédéric III en Danemark et Char- les XII en Suède. Si quelques-uns d'entre eux sont pendus de temps en temps par des princes allemands, c'est comme impos- teurs, ou parce qu'ils ne veulent pas livrer les secrets dont on les croit détenteurs. La liste des alchimistes contient, il faut le recon- précieux qu'on déposait dans le creuset en agitant le métal en fusion ; Petites quantités de métal précieux mêlé au métal vif qu'on travaillait ; L'or coloré par le mercure, mêlé aux métaux blancs ; Liquides comme le chlorure d'or et l'azotate d'argent contenant des métaux en dissolution ; Métaux précieux dissimulés dans une gangue de métaux vils. 1G LA FRANC-MACONNERIK EN FRANCE naître, des noms illustres et vénérés à côté de faux sa- vants et de filous : S. Thomas, Arnauld de Villeneuve, Albert le Grand, Alain de Lisle, Raymond Lulle, Paracelse, Nicolas Flamel, Talbot, Van Helmont dont le fils convertit Leibnitz à l'alchimie, Sweitzer (Helvetius) qui compta Spinosa parmi ses adeptes, le Cosmopolite, le Phila- lèthe, Lascaris, Botticher, Braun, Martin, Schmolz de Dierbach, Delisle, Gaetano comte de Ruggiero, Saint- Germain, Cagliostro, James Price qui en 1783, à Londres, acculé à une expérience de transmutation, s'empoisonna, Guyton de Morveau qui, en 1786, confirmant l'assertion d'un médecin de Cassel, annonça que l'argent fondu avec l'arsenic se changeait en or. Voyons maintenant les kabbalistes, qui sont tous quelque peu alchimistes : Parmi les meilleurs, les plus sincères, il faut nous arrêter à Raymond Lulle (1), à cet homme singulier qui fut canonisé par l'Eglise alors que ses adeptes étaient déclarés hérétiques. Le maçon lulliste, ainsi que son chef d'école dans son Grand Art, joue à la roulette avec les facultés de l'entendement humain ; comme lui, en faisant tourner trois roues concentriques, il pose des problèmes et les résoud. Et cependant Raymond Lulle ne manqua parfois ni d'originalité, ni même de grandeur dans ses combinaisons naïves et bizarres, habilement appropriées aux habitudes ergoteuses de la scolastique. Auxvne siècle, le jésuite Kircherle préco- nisait encore et Leibnitz en fit l'éloge. Il est un autre écrivain auquel il est étonnant que (1) Né à Palma de Majorque eu 1235, il fut martyrisé à Bougie en 1315. LES PRÉCURSEURS 17 personne n'ait encore songé, c'est Thomas Morus (1486- 1535). Dans son fameux ouvrage : Utopia, sive de optimo reipublicx statu (i5/8), on a voulu bien à tort ne voir qu'un badinage, qui aurait servi seulement à créer le mot utopie. Bien peu, il faut le reconnaître, ont entre- pris de le lire, car après l'avoir étudié, on ne pourrait plus donner au mot utopie le sens de rêve irréalisable. En effet, de nos jours, ce rêve a été réalisé presque complètement. Pour le reste, on le trouve dans les pro- grammes des partis politiques de l'extrême avant-garde socialiste et collectiviste. - Thomas Morus, dès le début, se pose en réformateur, voulant, sauf une exception que nous signalerons plus loin, supprimer la peine de mort et abolir la propriété pour constituer le bonheur de l'humanité. Il expose son programme et le met en pratique dans l'île imaginaire d'Utopie, dans laquelle les habitants vivent sou sune forme sociale nouvelle. Là, le premier souci du gouvernement est de fournir aux besoins matériels de la consommation publique et individuelle ; tous les citoyens ont droit au gîte, à la nourriture et aux vêtements. On laisse à chacun le plus de temps possible pour s'affranchir de la servitude du corps, cultiver librement son esprit et développer ses facultés intellectuelles par l'étude des sciences et des lettres, qui constitue le vrai bonheur des Utopiens. Tout vient du peuple, tout y remonte : les magistrats comme les prêtres sont élus au scrutin secret. L'organisation civile est républicaine. Les fonctions sont annuelles, excepté celle du chef de la nation qui est nommé à vie. Tout, sauf les femmes, appartient à tous ! Le mariage ne peut se contracter que lorsque les fiancés se sont vus sans aucun voile ; par contre, il peut être dissous par LA l-HANO-MACONNEUIE. — T. I. 2 18 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE simple consentement mutuel ; aussi l'adultère est-il puni de mort. On tolère toutes les religions. Chacun est tenu de connaître l'agriculture et un autre métier, mais il n'est pas obligé de travailler plus de 6 heures par jour. On mange en commun dans des salles parfumées, au son de la musique. Il est un point cependant en désaccord, tout au moins apparent, avec les programmes modernes : dans la république d'Utopie, il y a des esclaves ! Un grand nombre de f.\-m.\ se sont aussi inspirés de la philosophie de Philippe-Aurèle Bombast de Hohenheim, connu sous le nom de Théophraste Para- ceîse (1493-1541), dont la doctrine était puisée à la kabbale, à la philosophie hermétique et à l'alchimie. Paracelse a la « prétention de connaître et d'exposer tout le système des forces mystérieuses qui agissent, soit dans la nature, soit dans l'homme, et qui échap- pent à la timidité de la philosophie et aux lenteurs de la science ». Entre Dieu, la nature et l'homme, il y a des forces opératives qui produisent les phénomènes que nous percevons. Il s'agit pour l'homme de s'unir aux forces qui conviennent pour produire, soit des phénomènes physiques, soit des phénomènes intellectuels. Paracelse admet implicitement l'existence de Dieu, l'immortalité de lame et les principes de la morale dont il est impie de vouloir faire la preuve. La création est divisée en macrocosme (l'univers) et en microcosme (l'homme) qui sont semblables ; au- LES PRÉCURSEURS 19 dessus trône Dieu, centre et circonférence de tout. Les germes de toutes choses possèdent en eux une force qui les rend capables d'agir et de se mouvoir, secondés par les influences d'agents extérieurs : lumière, chaleur, air, etc.. Ces germes, il les appelle astres, aussi bien dans les parties de l'être humain que dans l'univers, où le vulgaire leur donne le même nom. Les astres de l'univers sont en rapport avec les astres de l'homme et ont une influence sur les cerveaux de ces derniers, sans toutefois paralyser leur volonté. Au con- traire, l'homme, par l'énergie de son imagination, peut s'identifier les propriétés des astres . C'est la puissance magique. Paracelse développe la théorie des quatre éléments de la philosophie grecque : le feu, l'air, l'eau et la terre, qu'il réduit ensuite à trois, attendu que le feu est un agent donnant naissance aux astres avec sa propre substance. C'est, en résumé, la théorie d'Empédocle dont l'alchimie s'était servie depuis longtemps en substi- tuant aux éléments le sel, le soufre et le mercure ; Le sel étant le fondement de la substance des corps ; Le soufre celui de leur croissance et de leur combus- tion ; Le mercure, leur liquidité etl'évaporation. Mais il ne faut prendre ces corps que comme des symboles, avec leurs propriétés astrales et non avec leurs propriétés terrestres. Le feu est la source de la sagesse et de la sensibilité des pensées ; c'est à lui que l'homme doit le dévelop- pement de son intelligence. Paracelse, malgré tout, est spiritualiste et il admet le principe de l'antériorité du principe spirituel sur le principe matériel ; il est même chrétien : « Il y 20 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE a, dit-il, trinité et unité dans l'homme ainsi que dans Dieu ; l'homme est un en personne, il est triple en essence : il a le souffle de Dieu ou 1 ame, l'esprit sidéré et le corps. » Quelque invraisemblable que cela puisse paraître, ces questions sont encore agitées, discutées, appréciées et préconisées par des f.\-m.\ contemporains (1) dans des formes analogues. Si Lulle est catholique jusqu'à souffrir le martyre ; si, avant de mourir pour avoir résisté à Henri VIII, Thomas Morus, dans Utopia, est indifférent en matière de religion ; si Paracelse est vaguement chrétien, avec Socinus nous voyons apparaître le philosophe athée dont le rôle a une importance capitale, attendu que les f.\-m.\ le reconnaissent comme leur grand ancêtre. Adriano Lemmi, l'avant-dernier grand maître du Grand-Orient d'Italie, n'a-t-il pas affirmé, il y a quelques années, que « le gouverneur suprême de Fart » d'un bout du monde à l'autre était Lelio Sozzini, connu en France sous le nom de Socinus. En effet, le lendemain de son élection, le 29 septembre 1893, dans une lettre encyclique, il déclare : « Nous ne pouvons pas oublier que l'Italie a été le véritable berceau de la f.\-m.\ et que Sozzini fut son véritable père ; c'est pour cela que dans la direction des combats décisifs, par lesquels nous allons assurer notre victoire, il faut rester jus- qu'à la fin en Italie » (2). Lelio Sozzini naquit à Sienne en 1525 et mourut à (1) Oswald Wirth, la Médecine philosophale. (2) Cowan, The X Rays. LES PRÉCURSEURS 21 Zurich le 16 mai 1562 ; il était fils d'un habile juris- consulte, Mariano Sozzini, dit le jeune. Dès 1545, Lelio fonda à Vicence une société qui avait pour objet la destruction du christianisme, qu'il voulait remplacer par le rationalisme pur. Cette société recruta des adhé- rents surtout parmi les partisans de l'hérésie arienne. En 1547 fut tenue, également à Vicence, une conférence à laquelle assistèrent des délégués venus de tous les points de l'Europe ; si tous les assistants n'avaient pas les mêmes croyances ils étaient tous unis par leur haine commune du catholicisme et même du christianisme, car Lelio s'attira la haine des réformés aussi bien que celle des catholiques. Sa doctrine re- pousse, en effet, les dogmes de la Trinité (1), de la con- substantialité du Verbe, de la divinité de Jésus, de la satisfaction et de l'expiation, qu'il attribue à l'influence de la philosophie païenne sur l'Eglise chrétienne. Après sa mort, il trouva un continuateur zélé dans son neveu Fausto Sozzini (1539-1604). Gomme son oncle, Fausto reniait la divinité de Jésus-Christ, la rédemption, le péché originel et la doctrine de la grâce. Son catéchisme, connu sous le nom de caté- chisme de Racow, rejette également la résurrection universelle ; le bon seulement doit revivre, pendant que le méchant met fin à son existence. Il ne croyait donc ni au châtiment universel, ni à l'Enfer. Sur sa tombe, à Luctavie, on grava ces deux vers : Tota licet Babylon destmxit tecla Luiheriis, Muros, Calvinus ; sed fundamenta Socinus. L'ambition de Sozzini était de construire sur les (1) Il reconnaissait seulement Dieu le père ; le Fils était sim- plement un homme doué particulièrement ; dans le Saint-Esprit, il ne voyait qu'une force de la divinité. 22 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE ruines de l'Eglise un temple qui aurait renfermé l'exer- cice de toutes les croyances, depuis la libre pensée sans dogmes jusqu'au culte de Lucifer. Tous les précurseurs de la f.\-m.\ n'avaient cepen- dant pas des théories philosophiques aussi perverses que celle de Socinus. Si, dans une certaine mesure, on peut considérer Paracelse comme le successeur de Lulle, Jacob Bœhm fut Fhéritier de Paracelse. Son influence fut considérable en Allemagne, qu'il imprégna pendant le xvme siècle et une grande partie du xixe. Le personnage est du reste intéressant. Né près de Gorlitz en 1575, il était fils de pauvres paysans ; pendant sa jeunesse il était d'une dévotion exaltée. Sans instruction générale, il exerça le métier de cor- donnier pendant toute sa vie. Connu sous le nom de Philosophe Teutonique, c'était, au résumé, un mystique, un théosophe et un halluciné. Il se voyait, par un effet de la grâce, au comble de toutes les grandeurs. Ce fut sous l'influence de la philo- sophie de Paracelse qu'il fut entraîné au mysticisme. Il croyait sincèrement avoir reçu de Dieu la mission de dévoiler les mystères inconnus av ant lui. Il eut à diverses époques trois extases qu'il a racontées. 11 se sentait ravi dans le centre de la nature invisible, ayant une vue intérieure qui lui permettait de lire dans le cœur de chaque créature. Il était convaincu qu'il tenait de Dieu, par grâce spéciale, la science universelle et absolue, et cette science, il la communiquait à ses lec- teurs, sans ordre et sans preuves, dans un langage emprunté à l'Apocalypse et à l'alchimie. LES PRÉCURSEURS 23 Après avoir déblayé tout ce mysticisme de ses exa- gérations, on trouve dans Bœhm un vaste système de métaphysique dont un panthéisme effréné fait le fond. Dieu est le principe, la substance et la fin de toutes choses, et voici comment il explique le mystère de la Trinité : 1° Dieu considéré en lui-même ne peut être défini ; il n'est ni bon ni méchant ; n'a ni volonté, ni amour, ni haine. Son sein renferme le mal et le bien ; il est tout et rien. C'est Dieu le Père. 2° Dieu, tel qu'il se manifeste et tel qu'on peut le comprendre, est la lumière dans les ténèbres ; il a une volonté : c'est Dieu le Fils. 3° L'expansion de la lumière, l'expression de la sagesse par la volonté, l'exercice des facultés divines, c'est le Saint-Esprit. Bœhm prend l'âme humaine pour exemple de sa théorie : 1° L'esprit par où tu penses, cela signifie Dieu le Père. 2° La lumière qui brille dans ton âme afin que tu puisses connaître ta puissance et te conduire, cela signifie Dieu le Fils. 3° La base affective qui est la puissance de la lumière, l'expansion de cette lumière par laquelle tu régis ton corps, c'est Dieul'Esprit-Saint. Il y a deux natures sorties de la même source : Tune éternelle, invisible, directement émanée de Dieu l'autre, la nature visible et créée, l'univers proprement dit. L'homme contient en lui une image et un résumé de toutes choses ; il tient à Dieu par son âme, dont le prin- cipe se confond avec l'essence divine. Par l'essence de son corps, il tient à la nature éternelle, cause et siège de 24 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE toutes les essences ; par son corps proprement dit, il appartient à la nature visible. Avec une semblable philosophie, toute morale est forcément un non-sens : le but de la vie est de ne s'atta- cher à rien dans ce inonde, de dépouiller sa volonté, s'efforcer de ne pas être et de hâter par la prière con- templative l'instant où l'âme doit se réunir à Dieu. Parmi les membres de la Stricte Observance tem- plière d'Allemagne, nous trouverons de nombreux dis- ciples de la philosophie de Boehm ; par Strasbourg et Lyon elle eut aussi de nombreux adeptes en France. Un autre écrivain, qu'on ne peut à proprement dire être un véritable philosophe, eut une influence égale- ment considérable sur la f.\ m.*. C'est en effet sur ses indications que se formèrent des groupements de pen- seurs qui plus tard s'introduiront dans la f.\ m.*, et se substitueront à l'organisation corporative. JeanValentin Andréa (1), abbé d'Adelsberg, fut, sans le vouloir, le fondateur de l'ordre des Rose-Croix. En 1610, Andréa publiait une œuvre toute d'imagina- tion, ayant pour titre : Fama fraternitatis, ou décou- verte de l'ordre honorable des Rose-Croix Dans cette fiction, il racontait l'histoire fabuleuse d'un certain Christian Rose-Croix qui aurait trouvé un secret, enfoui depuis des siècles, pouvant faire le bonheur de l'huma- nité. Pour assurer le succès de sa propagande, il aurait fondé un collège secret (loge) ayant pour but la bien- faisance, l'internationalisme, l'avancement de la vraie (1) Né à Herremberg (Wurtemberg) le 17 août 1586, mort le 27 juin 1654. LES PRÉCURSEURS 25 morale et de la vraie religion. Les membres de cette société devaient s'engager à la plus sévère discré- tion. Le livre eut un grand succès et, en Angleterre en par- ticulier, on crut à l'existence réelle de l'ordre des Rose-Croix. Andréa donna des suites à son premier roman. En 1614, il publiait la Réformation universelle du monde entier avec la Fama fraternitatis de l'ordre respectable de la Rose-Croix ; en 1616 paraissait la Noce chimique de Christian Rose- Croix ; en 1617, Rosa florescens, contra Menapii calumnias, dans laquelle il fait l'apo- logie des Rose Croix, sous la signature de Florentinus de Valentia. Le clergé catholique aussi bien que le clergé pro- testant s'émurent du succès de ces ouvrages, qui pou- vaient entraîner les gens de bonne foi, firent avertir Andréa d'avoir à cesser ses publications et à les désavouer. Andréa se retira à Strasbourg où il fit imprimer en 1619 : Turris Babel, judiciorum de fraternitate Roseae Crucis chaos. Dans cet ouvrage Andréa proteste contre l'existence de la société des Rose-Croix, qui s'était réelle- ment formée pour mettre sa fiction en pratique, déclare qu'il n'avait écrit qu'une série de romans dans ses œuvres précédentes et qu'il avait choisi le nom de Rose-Croix en s'inspirant du cachet de sa famille : une croix de saint André avec une rose entre chaque branche ; il se moquait des gens qui avaient cru à la réalité de son conte, qui avait assez duré, puisqu'il était parvenu à mystifier ses lecteurs. Andréa eut beau protester; on ne voulut pas croire ses affirmations, et des sociétés inspirées de ses ouvrages se formèrent en Allemagne. Cependant les R.'.-C.'. ne 26 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE devaient être ni très nombreux ni très connus, car Descartes les chercha dans toute l'Allemagne sans pouvoir les rencontrer. La France aurait eu aussi sa société de R.\-C*. sous Louis XIII. On ne sait s'il faut prendre au sérieux les affiches que desR.*. C.\ ou des mystificateurs firent placarder, en 1622, dans les rues de Paris : « Nous, députés du collège principal des frères de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette ville, par la grâce du Très Haut, vers lequel se tourne le cœur des justes. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d'erreur et de mort. » Après leur échec, la même année, ils auraient fait placarder de nouvelles convocations : « S'il prend envie à quelqu'un de nous voir, par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec nous ; mais si la volonté le porte réellement et de fait à s'inscrire sur le registre de notre confraternité, nous qui jugeons des pensées, lui ferons voir la vérité de nos promesses ; tellement que nous ne mettons point le lieu de notre demeure, puisque les pensées, jointes à la volonté réelle du lecteur, seront capables de nous faire connaître à lui et lui à nous. » En Angleterre, Robert Fludd (1) se posa en défen- seur de l'ordre des Rose-Croix, en le regardant comme (1) Né à Milgate (Kent) en 1574, mort à Londres le 8 septembre 1637. LES PRÉCURSEURS 27 l'antique symbole de la croix teinte du sang de Jésus- Christ. En 1617, sous le pseudonyme de Robertus de Fluctibus, il publie successivement à Leyde : Apologia compendiaria, fraternitatem de Rosea Cruce, suspicionis et infamix maculis aspersam ablnens et Tractatus apo- logeticus integritatem societatis de Rosea Cruce defendens contra Libanium et allos. Ces ouvrages eurent un succès considérable ; des sociétés de Rose-Croix se formèrent à Londres, sous l'influence de Fludd, dont elles adoptèrent les doctrines philosophiques. L'on peut même dire que ce furent aussi bien les théories de Fludd qui furent adoptées par les maçons philosophes, lors de la réformation de 1717, que la méthode de Bacon. Fludd vaut du reste la peine qu'on étudie sa per- sonne et ses écrits, fort peu connus en France. D'abord militaire, il abandonna bientôt le métier des armes pour les sciences, les lettres, l'alchimie et la théosophie. Après avoir visité l'Allemagne, la France et l'Italie, il revint en Angleterre et se fit recevoir mé- decin. Comme celle de Bœhm, sa philosophie est inspirée de celle de Paracelse et de Cornélius Agrippa de Nettes- heim ; c'est un mélange des chimères de l'alchimie, des idées kabbalistiques et des traditions néo-platoni- ciennes et hébraïques recueillies dans les prétendus écrits de Mercure Trismégiste, mêlées aux ambitions et aux rêveries des Rose-Croix. C'est le panthéisme le moins déguisé, presque le matérialisme, présenté sous le masque du mysticisme et avec le secours de l'inter- prétation allégorique avec laquelle il prétend donner le véritable sens de la révélation chrétienne. Dieu est le principe, la fin et la somme de tout ce qui existe. Tous les êtres et l'univers lui-même sont 28 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE sortis de son sein, formés de sa substance et retourne- ront en lui, quand le temps et le but de leur existence seront accomplis. A proprement parler, la création n'a jamais commencé. C'est l'Ensoph de la kabbale, l'unité ineffable de l'école d'Alexandrie, le Père inconnu du gnosticisme. L'être et le non-être, la lumière et les ténèbres, l'activité et l'inertie, la contraction et l'expansion, le bien et le mal, sont effacés et anéantis dans la plus parfaite identité. La volonté et la nolonté par leurs actions simultanées et leur combinaison ont créé les éléments et les qualités dont l'univers se compose. On le voit, son panthéisme incline bien plus vers la matière que vers l'esprit. Comme les philosophes de l'antiquité, il adopte la théorie des quatre éléments, dont il explique la forma- tion et la succession. L'air refroidi est devenu l'eau ; celle-ci, condensée, est devenue la terre, et cette der- nière, sous l'influence delà lumière, est devenue le feu. C'est à la kabbale qu'il emprunte le mode de for- mation des êtres et ses quatre inondes étroitement unis et subordonnés l'un à l'autre : 1° Le monde archéty pique, où Dieu se révèle à lui- même et qu'il remplit de sa substance sous la forme la plus élevée ; 2° Le monde angèliqne, habité par les anges et les purs esprits, agents immédiats de sa volonté divine. 3" Le monde stellaire formé par les étoiles, par les planètes et par tous les grands corps dont l'ensemble est nommé le ciel ; 4° Le monde siiblunaire, c'est-à-dire la terre et les créations dont elle est peuplée. En fait, il réduit ses quatre mondes à trois : Dieu, la nature, l'homme. LES PRÉCURSEURS 29 Il adopte la doctrine de la Trinité ; mais il l'explique à sa manière. D'abord Dieu n'existe qu'en puissance dans l'infini ineffable ; c'est la première personne de la Trinité ou Dieu le Père. Puis il se révèle à lui-même et se crée tout un monde intelligible ; il apparaît comme la pensée, la raison universelle. C'est le Fils. Enfin il agit et produit ; sa volonté s'exerce et sa pensée se réalise hors de lui. C'est l'Esprit. Dieu, passant éternellement par certains états, nous offre ainsi l'image d'un cercle dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Ce système, d'après Fludd lui-même, est aussi ancien que le monde. Miraculeusement enseigné au premier homme, il s'est transmis par la tradition aux patriarches, à Moïse, à tous les âges de l'ancien Tes- tament jusqu'au temps où le Christ jugea nécessaire de le révéler une seconde fois. Pythagore, Platon et Mercure Trismégiste sont les seuls philosophes de l'antiquité dont il fait cas. Fludd eut une influence déterminante sur un des principaux organisateurs de la f.\ m.\ de 1717, le pasteur Désaguliers, sur lequel nous reviendrons plus loin. Un autre philosophe anglais contribua également à la formation de l'esprit maçonnique : le chancelier François Bacon (1560-1626). Dans un ouvrage, fort intéressant à beaucoup de points de vue, M. MaxDoumic(Le secret de la F.\ M.\) a cru devoir donner au chancelier de Jacques Ier non 30 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE seulement un rôle prépondérant, mais encore un rôle exclusif dans l'organisation de la f.'.-m.*. Dans la maison de Salomon de l'île de Bensalem décrite par Bacon dans la Nouvelle Atlantide, M. Max Doumic croit voir la première forme de la société maçonnique ; il serait plus juste de dire qu'il est possible que, dans une certaine mesure, Bacon s'est probablement inspiré, pour cette conception romantique, des œuvres de Tho- mas Morus, de celles d'Andréa et de Robert Fludd, et qu'il a fait mouvoir ses personnages dans une société formée à l'instar de l'organisation de la corpora- tion des maçons travailleurs, très connue et très carac- téristique. Le reproche que l'on peut faire àM. Max Doumic est d'avoir posé une thèse a priori pour établir que la f.'.-m.*. est un outil exclusivement anglais et d'avoir cherché tous les documents pouvant confirmer son hypothèse, alors qu'il eût été préférable de dégager sa thèse d'un ensemble de faits déterminants, d'une authen- ticité indiscutable. Je suis néanmoins en partie de l'avis de M. Doumic en ce qui concerne l'influence de Bacon sur la mentalité maçonnique du xvme siècle ; il ne faut cependant pas faire de Bacon le précurseur, mais un des précurseurs. La personnalité de Bacon est trop connue pour s'y arrêter longuement. Chancelier de Jacques Ier, baron de Vérulam et vicomte de Saint-Alban, accusé en 1618, devant la chambre des Lords, de concussion et de vénalité, il dut humblement s'avouer coupable. Le 3 mai 1621 il fut condamné à se démettre de ses fonctions, à payer une amende de un million de livres et à être enfermé à la Tour de Londres. C'est vraisemblablement entre 1622 et 1626 qu'il LES PRÉCURSEURS 31 composa la Nouvelle Atlantide, publiée seulement après sa mort. Lorsqu'il travailla à cette œuvre d'imagi- nation, il connaissait certainement les ouvrages d'Andréa et ceux de Robert Fludd, qui avaient eu un grand retentissement ; quant à YUtopia de Morus, c'était un ouvrage en quelque sorte classique. Comme dans l'île d'Utopia, dans l'île de Bensalem le peuple a adopté la forme républicaine ; mais au lieu de s'occuper, comme Morus, de la vie sociale des habi- tants de son île imaginaire, Bacon s'occupe exclusive- ment de leur vie intellectuelle, littéraire et scientifique. Comme Andréa, il met à la tête une société secrète, un vaste institut qu'il appelle non pas le Temple, mais la Maison ou la Société de Salomon. Cette société est spécialement destinée à l'étude et à la contemplation des œuvres de la Divinité et de toute la création. Les affiliés, qui entre eux s'appellent frères, comme les membres d'une communauté religieuse et comme les maçons constructeurs, étudient les sciences en secret et s'engagent sous serment à ne rien révéler. Pour assurer les destinées de la société, on a installé un collège pour les novices, nommé collège des six jours de la création, qui ne doit être connu que des initiés. Au lieu de la salle à manger parfumée et égayée par la musique, dont parle Morus, il y a dans le collège une salle des prodiges, flanquée de hautes tours et de grottes profondes destinées à observer les phénomènes de la nature, des eaux minérales, des appareils de féeries imitant les météores, le vent, la pluie, le tonnerre ; autour du collège, des jardins botaniques et des parcs remplis d'animaux, afin d'observer leurs mœurs. Comment fonctionne la société ? — En dehors des 32 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE novices, elle se compose de neuf groupes de trois membres. Les quatre premiers groupes sont destinés à voyager à l'étranger, en cachant leurs personnalités. Ils ont à leur disposition des sommes considérables, pour acheter les secrets, corrompre les gens et fonder des succursales. Voyons si les fonctions attribuées à chacun des neuf groupes ont quelque rapport avec les grades ma- çonniques : 1° Les commerçants de lumière doivent rapporter des machines et des échantillons de toute espèce ; 2° Les plagiaires doivent recueillir dans les livres et les manuscrits les expériences utiles ; 3° Les collecteurs rassemblent tout ce qui a rapport aux arts mécaniques ; 4° Les pionniers ou mineurs choisissent, dans les ex- périences qu'on a pu leur indiquer, celles qui leur ont paru les plus intéressantes et en rapportent la descrip- tion ; 5° Les compilateurs ou rédacteurs rangent toutes ces notes dans des tables méthodiques ; 6° Les évergètes ou bienfaiteurs examinent les dossiers rapportés, les comparent et cherchent à les utiliser. Après plusieurs assemblées générales où on discute en commun le résultat de ces enquêtes : 7° Les lampes (et non pas les lumières) tentent des expériences plus lumineuses ; 8° Les greffiers rédigent les mémoires, analysent les expériences ; 9° Les interprètes de la nature les étudient et tâchent d'en tirer des conséquences générales (1). (1) La Nouvelle Atlantide a été traduite en français en 1702 par l'abbé Gilles-Bernard Raquet (1668-1748) et publiée en un vol. in-12 à Paris, chez J. Musier LES PRECURSEURS 33 Il ne me paraît pas que cette organisation ait un rap- port quelconque avec celle de la maçonnerie, à laquelle elle ressemble beaucoup moins dans son but que celle de l'île d'Utopie de Thomas Morus. C'est bien plus aux doctrines philosophiques de Bacon qu'à celle des sociétaires de l'île de Bensalem qu'il faut rattacher la f.\-m.\ Dans la Nouvelle Atlantide, il nous semble que Ba- con a voulu vulgariser son Instanratio magna, donner une forme palpable de la méthode expérimentale, et montrer l'application pratique des sciences. Peut-être aussi dans l'œuvre de ses dernières années a-t-il voulu faire une moins large part à la méthode d'induction, qu'il avait trop exclusivement préconisée dans ses œuvres antérieures. Sa philosophie, comme nous l'avons dit, était au contraire faite pour plaire aux f.\-m.\ penseurs, en ce qu'elle contenait en germe les bases des écoles sensua- listes et matérialistes modernes. En condamnant les causes finales, il avait affaibli les preuves de l'existence de Dieu créateur, ce qui pouvait être considéré par les f.*.-m.\ comme une théorie utile au développement du dogme égalitaire. De tous les écrivains, Pierre Bayle fut assurément celui qui eut le plus d'influence sur les maçons français (1647-1706) ; calviniste, après une courte excursion dans le catholicisme, Bayle était revenu à la religion de ses pères. Nature sceptique, paradoxale et hypocrite, il n'attaque pas directement ses adversaires ; il procède par insinuation, expose avec un respect apparent les dogmes qu'il veut combattre et conclut en renvoyant le LA FRANC -MAÇONNERIE. — T. I. 3 34 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE lecteur à des ouvrages où ils sont attaqués avec vio- lence. « Mon talent est formé de doutes, disait-il ; mais ce ne sont que des doutes. » Avec ses procédés ambigus, son esprit terre à terre, il y avait cependant une chose dont il ne doutait pas, c'est que ses doctrines devaient accumuler la tempête sur les sociétés existantes ; aussi se comparait-il volontiers au Jupiter assemble-nuages d'Homère. Ses doctrines, en effet, conduisaient immanquable- ment au matérialisme et à l'athéisme, par le chemin du doute, si facile à rendre agréable à l'aide de paradoxes aisément spirituels. Trop prudent pour entrer en lutte directe avec les autorités civiles et religieuses, Bayle ne nie pas l'existence de Dieu, mais il déclare quelle ne lui paraît pas d'une évidence incontestable et il ajoute qu'il ne voit aucune contradiction à ce que la matière puisse penser. Il ne glorifie pas les athées, mais il prétend que sou- vent un athée portera plus loin qu'un croyant la notion et la pratique du bien, et que, sous ce rapport, l'a- théisme lui semble infiniment préférable à la supersti- tion et à l'idolâtrie. Pour vulgariser ses doctrines, Bayle fonda un jour- nal qui eut un grand nombre de lecteurs : les Nouvelles de la République des lettres (1). Mais son oeuvre de propagande la plus considérable fut son Dictionnaire historique et critique (2), dont le succès fut immense dès son apparition. La première édition est de 1697. (1) Ce journal parut de 1684 à 1718, mais Bayle l'abandonna pour cause de santé en 1687 et le confia à des continuateurs zélés : La Roque, Barrin, Jacques Bernard et Jean Leclerc (2) La seconde édition est de 1702. En 1740 il y avait déjà huit éditions, dont une anglaise (1735-1741). LES PRÉCURSEURS 35 Ce recueil fut, pendant tout le xvmtf siècle, la véritable Bible du f.\-m.\ français, et Ton peut dire qu'il fut aussi la première édition de l'Encyclopédie, dont il a les tendances philosophiques et la forme matérielle. Il suffira de lire les articles : David, Pyrrhonisme et Ma- nichéens, pour se convaincre de la similitude de ses doc- trines avec celles de la f.\-m.\ C'est de Bayle que s'inspireront Fontenelle, d'Holbach, LaBaumelle,Mau- pertuis aussi bien que les collaborateurs de l'Encyclo- pédie, ce grand bazar de la demi-science. Il est encore un auteur dont nous devons exposer les théories philosophiques, tant fut grande son influence sur toute une catégorie de maçons : les Martinistes et les Balsamistes. Bien que l'ensemble de ses œuvres théosophiques soit postérieure à l'intro- duction de la f.'.-m.*. en France, nous devons nous arrêter à Emmanuel Svedbord, anobli sous le nom d'Emmanuel de Swedenborg (1688-1772), qui fut le dernier théosophe célèbre. La vie de Swedenborg se divise nettement en deux parties dissemblables. Dans la première, sa philosophie a pour but la connaissance de notre monde mécanique, et il a trois moyens pour y parvenir : l'expérience de Bacon, la géométrie de Descartes et le raisonnement de Bayle. D'après lui, si Ton doit renoncer à comprendre l'infini et l'essence de Dieu, on peut expliquer ses rap- ports avec le monde. Dieu n'a pas créé l'univers tel qu'il est, mais il en a créé les causes qui le produisent géométriquement. Lame est la cause finale de la créa- tion sur la terre, c'est le terme suprême du mouve- ment ; elle obéit à des lois géométriques et mécaniques ; 36 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE elle n'est que la partie la plus subtile de notre corps ; elle est donc matérielle : c'est une membrane, un ap- pareil vibratoire. Cette philosophie toute naturaliste est, on le voit, très éloignée de tout mysticisme. En dehors de ses études métaphysiques, Swedenborg s'occupait surtout de sciences pratiques : histoire naturelle, exploitations de mines, artillerie, etc. En avril 1745, pendant un séjour qu'il fait à Londres, Swedenborg est brusquement transformé : il passe sans transition du naturalisme à la théurgie ; voici dans quelles circonstances : Il était à table et achevait son repas, quand tout à coup il voit autour de lui d'affreux reptiles rampant dans l'obscurité ; puis apparaît un homme radieux qui lui dit : Ne mange pas tant. Le lendemain, nouvelle apparition du même homme qui lui annonce : « Je suis Dieu, le Seigneur, le Créateur et le Rédempteur ; je t'ai élu pour interpréter aux hommes le sens des saintes Écritures. Je te dicterai ce que tu devras écrire ! » A partir de ces apparitions, Swedenborg, ainsi que Boehm, prend ses hallucinations pour des réalités et il se consacre exclusivement aux fonctions de secrétaire de la Divinité. Ce n'est pas ses œuvres qu'il publie, mais les révélations divines qu'il transcrit. C'est sous la dic- tée du Seigneur qu'il définit et explique le mystère de la Trinité : Dieu a une âme qui est le Père ; Un corps divin-humain qui est le Fils ; Une force qui opère, réchauffe et éclaire, qui est le Saint-Esprit. Il divise le monde spirituel, ou Jérusalem céleste, en trois cieux : Le ciel inférieur, dans lequel les habitants reçoivent LES PRÉCURSEURS 37 médiatement l'influence divine des deux autres cieux. Ses attributs sont : l'amour et l'intelligence ; Le ciel spirituel, habité par des anges qui reçoivent médiatement du troisième ciel l'influence divine. Ils voient Dieu, mais pas dans toute sa splendeur. Son emblème est la lune, astre sans rayons ; Le ciel supérieur, habité par les plus parfaits des anges, qui reçoivent directement l'influence de Dieu, qu'ils voient face à face. Son emblème est celui de Dieu, soleil d'un monde invisible ; il se manifeste par l'a- mour et la vérité représentés symboliquement par la chaleur et la lumière. Dans ces trois royaumes célestes circulent des socié- tés innombrables d'hommes et de femmes, unis par des mariages éternels ; chaque couple habite un palais splendide entouré de jardins merveilleux. Au-dessous des régions célestes, il place le royaume des esprits, où se rendent les hommes après leur mort. Là, ils subissent une transformation angélique, et, sui- vant leurs mérites, ils vont au paradis ou en enfer. Les maçonneries allemandes, danoises, suédoises et russes, furent les premières impressionnées par les théories swedenborgiennes, qui eurent également un grand succès dans l'est de la France. Ces doctrines ne semblent avoir eu d'influence à Paris et à Londres qu'après la mort de Swedenborg . La même année, en 1783, se formèrent dans ces deux villes des loges dans lesquelles on pratiqua le système du théosophe suédois. Parmi les maçons du xvme siècle, un des plus éclai- rés en science maçonnique est certainement Willermoz (1730-1824) ; il fut affilié à presque tous les régimes, 38 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE les connut dans leurs grades avancés, et tout en re- connaissant les divergences d'opinions religieuses qui séparent les membres influents de son Ordre, depuis le matérialiste jusqu'au chrétien, il demeure catholique, mais à sa façon. Il croit à la divinité du Christ et à la rédemption, mais il n'admet pas l'autorité du Pape ; c'est un pseudo-janséniste, mélangé de gallican et de martiniste. Gomme Bœhm, Swedenborg et Saint-Martin, il a des hallucinations pendant une certaine période de sa vie. C'est, en résumé, un brave homme naïf dont l'esprit avait été déréglé par des recherches folles qui n'étaient pas à la portée de ses connaissances scienti- fiques ; ses études philosophiques ne le mettaient pas à même d'étudier sans danger un problème dont la recherche conduit à l'exaltation ou à l'hébétement lors- qu'on ne sait s'arrêter à temps. J'ai choisi Willermoz parmi les nombreux maçons qui précédèrent la Révolution, précisément parce qu'il fut en rapport avec des membres de tous les rites et que ce qu'il dit de la maçonnerie est d'un ordre plus géné- ral que ce qu'en pourrait dire un chef de secte comme Saint-Martin (1). Willermoz, par sa correspondance in- cessante, fut en rapport avec les ducs de Brunswick et de Salm. Charles deHesse, Hund, Haugwitz, St-Germain, Cagliostro, Martines Pasqually, Saint-Martin, les ducs de Luxembourg et d'Havre, Bacon de la Chevalerie, Savalète de Lange, La Peyrouse, le marquis de Chef- debien, Naselli à Naples, d'Albarey à Turin, Wollner, Wechter, les maçons suédois et russes aussi bien que les maçons parisiens avec lesquels il échangeait des vues continuelles. Par lui on pourra donc constater, (1) Du reste, Saint-Martin fut un chef de secte théorique : il n'organisa pas de sociétés; on s'inspira de ses œuvres. LES PRÉCURSEURS 39 mieux que par tout autre, ce que pensaient les maçons et ce qu'ils voulaient. Le 31 janvier 1782, il écrit à Wechter pour lui parler de l'avenir de la maçonnerie, lui exposer son système aussi bien que ceux des autres. Dans cette lettre, destinée au plus grand secret, il met à nu les causes, les moyens et le but de la maçonnerie en général. Il ne s'agit pas, dit-il, de créer une institution maçon- nique qui existe et qui est plus répandue que jamais ; mais il faut satisfaire le vœu général en la réformant. Il faut refaire un centre auquel pourront se réunir toutes les parties delà société générale qui le voudront. Le moment est bon, la société est dans une période d'effer- vescence extraordinaire, mais elle n'est qu'un squelette. Comment reconnaît-il le vrai but fondamental de la maçonnerie quand les institutions sont si variées? Par trois moyens : 1° La tradition, bien qu'elle soit très obscurcie ; 2° L'étude de l'esprit actif ; ce qu'on dit et ce qu'on pense de la maçonnerie ; 3° L'emploi des connaissances personnelles. Il appelle maçonnerie la science quelconque qui est le but de l'institution. Il appelle institution maçonnique l'école dans la- quelle on apprend à connaître et à pratiquer cette science. Or, la science maçonnique faisant partie de la science universelle est aussi ancienne que le inonde, bien que le terme maçonnerie soit récent et accidentel. L'institution maçonnique contient diverses écoles qui se nomment : Symboliques, Théoriques et Prati- ques. Cette institution n'a pu être établie qu'après la con- naissance des principales révélations du Temple de 40 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Jérusalem, qui est le type fondamental de la partie symbolique préparant aux deux autres (1). La classe symbolique a voulu expliquer les symboles au gré de son imagination ; d'où une foule de systèmes, plus ou moins faux. Entre tous, celui de Hund (Stricte Observance templière réformée d'Allemagne) est un des moins mauvais, en limitant au xive siècle l'origine de l'institution. Mais comme la maçonnerie a un but unique, l'éclec- tisme des Allemands est un vice fondamental, car ils amalgament toutes les connaissances secrètes qui sont à leur portée pour en faire un tout. Dans la véritable doctrine maçonnique, explique Willermoz (2), il y a dans l'homme deux extrémités (1) Dans une lettre du 20 janvier 1780, Willermoz écrit au duc de Brunswick : « La f.'.-m.\ fondamentale n'a pas essentiellement d autre but que la connaissance de l'homme et de la nature ; étant fondée sur le Temple de Salomon, elle ne peut pas être étran- gère à la science de l'homme, puisque tous les sages qui ont existé depuis sa fondation ont reconnu que ce fameux Temple n'a existé lui même dans l'univers que pour être le type universel de l'homme général dans ses états passés, présents et futurs, et le tableau figuré de sa propre histoire. » Et, le 30 mai suivant, au même personnage : « Nous nous fixons sur la base de la maçon- nerie qui est le Temple de Jérusalem, parce que ce temple fameux est le type universel de la vraie science de l'homme, substitué, à cause de sa perfection, à tous les types ou symboles qui l'avaient précédé... Ce temple est miraculeux. » Le Temple de Salomon est le type parfait d'une Loge et Hiram son architecte en est le maître par excellence- Ce symbolisme ma- çonnique est emprunté à deux livres de la Bible : les Rois et les Paralipomènes. (2) Le 20 mai 1782, Willermoz écrit à Hangwitz : « J'admets comme vous une union ternaire dans le composé de l'homme actuel, savoir : esprit, âme et corps matériel terrestre, ainsi que la grande supériorité du premier et la grande infériorité du troi- sième... Vous admettez dans la deuxième puissance ou âme une grande vertu et force magique, dont je ne comprends pas la va- leur ni même les efiets. » LES PRÉCURSEURS 41 opposées de son individu : la nature spirituelle-intel- lectuelle (par laquelle il est image divine) ; la nature corporelle-élémentaire. Il a, en plus, une nature mixte ternaire, d'esprit, d'âme et de corps. Ces trois natures ont donné naissance à trois sciences maçonniques successives, qu'on appelle aussi ordres et genres. Ces trois sciences réunies forment la science univer- selle de l'homme-général, que seul Jésus-Christ a eue. Ces sciences étant essentiellement vraies ont des ré- sultats évidents, chacune dans son genre. Il n'y a que trois systèmes maçonniques diffé- rents (1) : 1° Le matérialisme pur, qu'il abhorre ; 2° La Stricte Observance fondée par l'apôtre saint Jean ; 3° Le système suédois fondé par saint Pierre. Quant à la pratique de la bienfaisance que la ma- çonnerie prétend avoir pour but de pratiquer, Willer- moz la réduit à sa juste valeur dans une lettre du 31 décembre 1785, au duc d'Havre : « Le but de la bienfaisance, dit-il, tout louable qu'il est, n'exigeant par lui-même ni mystères, ni serments, et n'expliquant rien, ne peut être le vrai but de l'initiative maçonnique. » C'est avec ces multiples données métaphysiques que se forma la mentalité des f.\-m.\ du xvine siècle. On peut facilement s'imaginer le pathos, les puérilités, les rêves antireligieux et antisociaux qui résultèrent de la (1) Lettre du 27 septembre 1780 de Willermoz à Charles de- Hesse. 42 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE mise en œuvre de ces théories, la plupart suran- nées et obscures, lorsqu'on verra le travail déloge effec- tué par des gens d'intelligence souvent ordinaire, d'une instruction insuffisante, jouant à la philosophie comme au pharaon, à la bouillotte ou au lansquenet. Combien d'esprits se détraquèrent, combien de braves gens tournèrent à la monomanie maçonnique, de la meilleure foi du monde, tels les Martines Pasqually, les Bacon de la Chevalerie, les Savalète de Lange, les Luxembourg, les Willermoz, aussi bien que la duchesse de Brancas, la marquise de Lacroix, Beau- chaine, Rœttiers de Montaleau, Alliette, Stroganoff, Chambonas, Moèt, le marquis de Thomé, Cagliostro et la foule des maçons moins célèbres ! Pour les uns c'était une élégance, pour les autres une religion. Comment tous ces cerveaux en ébullition furent-ils menés vers un but commun ? Dans quelle organisation matérielle les adeptes furent-ils enrégimentés ? Com- ment furent-ils dirigés ? Par un homme, par un groupe ou par une idée ? Y eut-il un seul initié de la première heure, d'un esprit assez profond, assez perspicace, pour entrevoir, en 1721, où devait conduire, en 1773 et en 1789, la mise en pratique des dogmes qu'il pratiquait dans les loges ? Quant à nou6, nous croyons que l'idée fut plus forte que les hommes, qu elle les entraîna pour la plupart malgré eux et à leur insu. Combien peu nombreux furent ceux qui se retirèrent de l'Ordre, à la veille du cataclysme ! Parmi ceux qui virent clair, combien osè- rent protesteret brûler ce qu'ils avaient adoré? Com- bien comprirent que le danger était moins dans ces doctrines, surannées, dont l'interprétation souvent fan- taisiste ne pouvait laisser de longues traces, que dans la LES PRÉCURSEURS 43 mise en pratique, dans Tordre social et politique, d'un usage qui avait eu sa raison d'être dans une corpora- tion professionnelle : l'égalité pratiquée en loge, expri- mée par le vote égal de tous les membres à la majorité des voix ? Cette coutume, simple acte matériel dans une réunion d'associés discutant des choses et des hommes de leur métier, mise en pratique par des penseurs qui voulaient réformer le ciel et la terre, devint une idée et comme le dogme essentiel de la maçonne- rie. Après avoir dominé et poussé l'institution tout entière, après l'avoir mise en opposition avec ceux dont il niait la supériorité, ce pseudo-dogme la fit s'attaquer à Dieu même, sous prétexte d'inégalité à supprimer ; c'est ainsi que la f.\-m.\ fut menée aux doctrines pan- théistes, pour aboutir au matérialisme religieux et à l'anarchie sociale. CHAPITRE II LA PÉRIODE DE TRANSITION La f.\-m.\ corporative. — Les maçons anglais. — Les statuts. — Les landmarks. — La f.*.-m.\ jacobite. — Les Rose-Croix. — Ahsmole. — Wren. — Desaguliers. — Ramsay. — Les hauts dignitaires de la f.'.-m.*. jacobite. Si par franc-maçonnerie on entend désigner les an- ciennes corporations de maçons travailleurs, on peut la faire remonter aux époques les plus reculées. Lorsque les hommes cessèrent la vie nomade, il se forma des associations de constructeurs pour édifier des abris durables et des remparts protecteurs. L'ar- chitecture devint un art, art difficile, demandant des connaissances spéciales et empiriques avant le dévelop- pement des sciences exactes. Les constructeurs créèrent, en quelque sorte, une première aristocratie, exclusive et jalouse, dont les services étaient indispensables aux Etats qui s'aggloméraient et se formaient peu à peu. L'Association s'imposa, parce qu'un individu isolé ne pouvait faire seul une construction importante et parce qu'il fallait des connaissances professionnelles. En construisant des remparts, on formait des centres de paix, où l'homme pouvait penser avec sécurité. Il est vraisemblable qu'en dehors du peuple de Dieu, les premiers constructeurs eurent une religion à eux, basée sur l'art de bâtir, comme la religion des peuples no- mades était inspirée par la contemplation des astres. LA PÉRIODE DE TRANSITION 45 Les nomades avaient regardé le ciel, les maçons regar- dèrent la terre (1). Pour le maçon corporatif, l'univers était un immense chantier de construction. Son rêve ou mieux son idéal correspondait, j'imagine, à un travail incessant qui, n'ayant jamais commencé, ne devait jamais finir, car la notion de l'infini est instinctive chez l'homme qui pense ; c'est la première manifestation de l'idée de Dieu qui germe dans son cerveau : le plus grand que tout, le plus petitque rien, ont toujours hanté l'âme humaine. De là l'idée d'un Grand Ouvre, temple idéal, de plus en plus parfait, immense, universel, infini. Sous la forme symbolique nous retrouverons les traces de ces rêves antiques dans les franc-maçonneries qui se sont superposées à la franc-maçonnerie corporative. En Egypte et en Syrie, les associations de construc- teurs furent sacerdotales *, En Grèce, nous trouvons les architectes dyonisiens ; A Rome, des collèges de constructeurs. Lorsque l'Occident commencera à renaître, après l'absorption des barbares envahisseurs, nous constate- rons, en Lombardie, la présence de sociétés de maçons dont le centre fut Corne, d'où le nom consacré, au xve siècle, de magistri comacini. De la Lombardie ils essaimèrent dans toute l'Eu- rope, où ils construisirent cathédrales, palais, routes et canaux. Un diplôme du pape Nicolas III (1277) con- firma leurs privilèges, qui furent renouvelés en 1334 par Benoît XII. Ils obtinrent alors des franchises de la papauté : exemptions d'impôts et de services militaires ; juridictions spéciales, etc., d'où le nom de maçons affranchis, ou francs-maçons. (1) Voyez sur ce sujet Oswald Wirth, Manuel de l'apprenti. 46 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Que des novateurs plus ou moins sincères, des kab- balistes à la recherche des mots magiques formés par les dernières lettres de versets de la Bible, que des alchimistes à la recherche de la pierre philosophale, se soient abrités dans ces corporations comme dans des lieux d'asile, rien de plus vraisemblable; mais la franc-maçonnerie corporative n'en était pas moins exclusivement une société de constructeurs, soumis aux gouvernements des pays dans lesquels ils travail- laient, pratiquant avec zèle leurs devoirs religieux. Pendant le xvie siècle, les guerres de religion, pen- dant la première moitié du xvii" siècle, la guerre de Trente ans et les guerres civiles anglaises ralentirent les entreprises de grandes constructions ; au surplus, cathédrales et palais étaient, pour la plupart, édifiés. Les gildes, sociétés et corporations de maçons connu- rent une période de marasme et, pour ne pas mourir, elles reçurent parmi leurs membres des protecteurs insignes sous le nom de maçons acceptés. Il n'y a aucun intérêt, dans la question qui nous occupe, et au surplus il n'y a aucune certitude, à vou- loir fixer la date exacte à laquelle les f.-.-m.-. corpo- ratifs s'organisèrent en Angleterre. Il serait tout aussi téméraire de vouloir reproduire les statuts des corpo- rations du moyen âge, dont l'authenticité paraît tout au moins douteuse, comme par exemple « les lois et obli- gations soumises à ses frères maçons par le prince Edwin », en 926. Cela du reste importe peu à la for- mation de la f.-.-m.*. spéculative de 1717. Ce qui paraît sinon certain, tout au moins vraisem- blable, c'est qu'il y avait à la fin du xvie et au xvne siè- LA PÉRIODE DE TRANSITION 47 cle, en Angleterre et en Ecosse, des corporations de maçons constructeurs, sous le nom de freemasons, et que ces corporations, comme toutes les sociétés de métiers, avaient des statuts. Il est admissible et même vraisemblable que ces corporations se mirent volontiers sous la protection des souverains ou des personnages influents, et il est possible, comme le dit Preston (p. 136 et 137), qu'en 1507, après la démission de sir Thomas Sackville de sa qualité de g.*, m.*, des maçons d'York, la confraternité se soit divisée en deux branches, l'une pour le nord de l'Angleterre, avec le comte de Bedford comme g.\ m.*., et que les mêmes fonctions aient été remplies pour le sud par sir Tho- mas Gresham. Ce qui est encore possible, c'est que les rois Jacques Ier (1603), Charles Ier (1625) et Charles II (1660) aient figuré parmi les successeurs de sir Gres- ham ; mais il me paraît certain que sir Christophe Wren était bien g.*, m.*, de la corporation en 1685. Je ne discuterai pas la réalité de la construction de la tour et de l'abbaye de Kilwinning en Ecosse par les f.'.-m.*. en 1140 ; mais j'admettrai sans hésiter que, pendant le xvir9 siècle, Kilwinning était un centre impor- tant de maçons constructeurs écossais (1). S'il me paraît douteux que Edouard Ier Plantagenet, alors qu'il était prince héritier, ait été initié par Raymond Lulle à la fin du xme siècle, j'admettrai volontiers qu'au commence- ment du xvine siècle, depuis de nombreuses années, les Saint-Clair barons de Rosslyn, comtes de Orkney et de Caithness, étaient juges et patrons héréditaires des maçons écossais. Il me paraît certain également que Guillaume III (1) Dans le t. II, nous reviendrons longuement sur le rite d'Hérodora de Kilwinning. 48 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE d'Orange fut initié vers 1694, ou mieux que certaines loges de maçons anglais se mirent à cette époque sous sa protection, et qu'en cette qualité il présida plusieurs fois des assemblées à Hampton Court. Je tiens aussi pour authentiques dans leur ensemble « les anciens devoirs et statuts, recueillis par ordre de ce souverain en l'année 1694 », publiés par Krauss et traduits par Daruty (1). Comme ils me paraissent le seul document certain relatant l'organisation de la corporation, on doit attacher une grande importance au texte de ces statuts, qui sont ceux qui furent adoptés en 1717 par la franc-maçonnerie spéculative, modifiés et consi- dérablement augmentés en 1721 par Anderson et Desaguliers. Ils sont conçus en ces termes : I. Votre premier devoir est d'être fidèles à Dieu et d'éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent. IL De plus, vous devez aussi être fidèles sujets de votre roi et obéir à ceux qu'il a investis de l'autorité. Vous ne devez vous associer à aucune haute trahison ou perfidie, mais en donner avis au roi ou à son conseil. III. De plus, vous devez être sincères vis-à-vis de tous les hommes et particulièrement à l'égard les uns des autres, vous instruire et vous aider mutuellement l'un l'autre, et par-dessus tout faire aux autres ce que vous voudriez qu'ils fissent pour vous. IV. De plus, vous devez fréquenter assidûment les loges afin d'y recevoir constamment l'instruction, pré- server les anciens usages et garder fidèlement le secret sur tout ce que vous aurez pu apprendre des choses concernant la maçonnerie, afin que les étrangers n'y soient pas initiés d'une façon irrégulière. (1) Voir aux appendices un texte différent reproduit par [. Teder dans journal le Hiram (mai-juillet 1908). LA PÉRIODE DE TRANSITION 49 V. Vous devez aussi ne pas voler ni receler, mais être fidèles au propriétaire qui vous paie et au maître pour qui vous travaillez ; veillez aussi aux intérêts du propriétaire et travaillez à son avantage. VI. De plus, vous devez aimer tous les maçons, les traiter de compagnons ou frères et ne jamais les appeler par d'autres noms. VIL De plus, vous ne devez pas séduire la femme de votre frère pour lui faire commettre un adultère, ni violer sa fille non plus que sa servante, ni lui causer de la honte d'aucune façon, ni l'exposer à perdre son travail. VIII. De plus, vous devez payer honnêtement votre nourriture et votre boisson, là où vous vous arrêtez. Vous ne devez commettre aucun crime ni faire aucune vilenie qui puisse jeter la déconsidération sur la société des maçons. Tels sont les devoirs généraux auxquels sont assu- jettis tout maître maçon et ses frères. Il ressort de ce document, et cela est d'une impor- tance capitale, qu'à la fin du xvne siècle il y avait en Angleterre : Une corporation de francs-maçons ; Qui s'appelaient entre eux : frères ; Qu'il y avait des maîtres, des compagnons et cer- tainement des apprentis, bien qu'il n'en soit pas fait mention ; Que pour entrer dans la corporation il fallait subir une initiation ; Qu'on devait fidèlement garder le secret sur tout ce qu'on pouvait apprendre concernant la maçonnerie. On sait, de plus, que, dans les loges corporatives, les maçons anglais votaient par tête pour tout ce qui con- cernait leur profession. LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 4 50 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Tout porte à croire que ces anciens devoirs consti- tuent les Landmarks (1), sur le texte desquels les maçons ne sont pas encore d'accord et qui sont les articles essentiels de la constitution de leur Ordre, ceux auxquels ils se sont engagés, lors de la fondation, à ne jamais rien changer, même du consentement una- nime de tous les maçons de toutes les loges (2). Aussi ces Landmarks ont -ils disparu, et les écrivains maçon- niques les plus érudits ne sont d'accord ni sur leurs termes ni sur leur nombre. Alors que Paton en compte vingt-cinq, Findel n'en admet que neuf (3). Il paraît certain qu'ainsi qu'on l'a vu pratiquer en Allemagne, lorsqu'il s'est agi de l'élection des empe- reurs, ou de prendre un parti dans les guerres de reli- gion, aussi bien que dans les Flandres sous Louis XI, lorsqu'on voulait soulever un pays, on s'adressait aux gildes et aux corporations qui présentaient des grou- pements, riches, puissants, organisés et armés. De même en Angleterre, lorsque la lutte s'engagea entre la royauté des Stuarts et le Parlement, et plus tard entre (1) Les Landmarks (bornes des propriétés). (2) L'opinion personnelle de Chabriaud est qu'on peut les résumer en trois articles : 1° Croyance en l'existence de Dieu et à l'immortalité de l'âme ; 2° Adoption de la légende d'Hiram et de toutes ses conséquences relatives aux cérémonies et aux détails du rituel ; 3J Application du régime démocratique au gouvernement des simples atel.*.' et des GG.\ LL.\ (3) D'après le Dr Albert Mackey, G.*. Secret.'. duSup.\ Cons.\ de Charleston, 25 ; d'après le Dr Olivier, 8 ; d'après John W. Si- mons, 15 ; d'après Robert Morris, 17 ; d'après Lockwood, 19 ; d'après la Constitution de la G.*. L.\ de New- York, 31. (Chaîne d'union III. 197.309.403.) LA PÉRIODE DE TRANSITION 51 les Stuarts et la maison d'Orange ou celle de Hanovre, les partis politiques durent grouper autour d'eux les corporations. C'était le moyen le plus pratiquera solu- tion la plus élégante, comme nous dirions aujourd'hui. Les actes de rébellion ou de guerre civile prenaient ainsi l'allure de mouvements populaires, de manifes- tations nationales. Il est certain que les Stuarts, depuis Jacques Ier jusqu'à Charles III, usèrent de ces moyens, tout au moins à l'égard des francs-maçons. Il est cer- tain aussi qu'ils copièrent l'organisation maçonnique pour l'introduire dans les régiments et en faire des partis politiques. En 1689, nous verrons les régiments écossais et irlandais débarquer en France, avec leurs cadres militaires et leurs cadres maçonniques. Les premiers étaient les agents exécutifs et les seconds le pouvoir directeur. Mais en même temps, ou à peu près, s'était introduit dans la f.'.-tn.*. corporative un élément philosophique qui plus tard devait faire naître et cimenter Ja fusion de la f.-.-m.*. jacobite avec la f.\-m.\ orangiste sur le terrain égalitaire . Dans les loges militaires, en effet, comme dans les loges civiles, en franchissant la porte du temple le maçon perdait ses grades militaires et civils pour avoir des droits égaux à ceux de son frère et n'obéissait qu'à la hiérarchie maçonnique, établie par le vote de tous les maçons. En loge, le colonel apprenti était présidé par le capitaine maître, comme le rose-croix non officier de loge obéissait au vénérable maître. Sous ce rapport la f.\ -m.*, jacobite était donc aussi dangereuse que la f.\-m.\ spéculative. Lorsque le temps consacra le loyalisme des parti- sans de la maison de Hanovre, lorsque les Stuarts per- dirent tout crédit et ne furent plus représentés que par 52 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE des collatéraux éloignés, les régimes séparés eurent intérêt l'un et l'autre à signer une trêve et à vivre paral- lèlement, d'accord sur la doctrine générale, sinon sur les manifestations extérieures du culte. Un premier rapprochement sérieux se fit après la défaite du prétendant à Culloden, sans parler des dé- fections individuelles qui précédèrent ce combat déci- sif. Après des luttes temporaires, provoquées par des questions d'intérêt matériel ou de préséance et les con- cordats provisoires, en 1772, 1784, 1799, 1807 et 1821, il s'établit un modus vivendi qui dure encore. Les Écossais ont oublié les causes premières de leur fon- dation, comme les membres du Grand Orient ont oublié leur origine au point d'ignorer complètement des faits qui leur sont devenus indifférents. Un groupement spéculatif s'était introduit dans la f.\-m.\ en même temps que la politique jacobite : la société des Rose-Croix. Nous avons raconté, au chapitre précédent, comment, à la suite d'une équivoque, créée de toutes pièces par l'imagination d'Andréa, des sociétés réelles de Rose- Croix s'étaient formées en Allemagne et en Angleterre, sur le modèle soi-disant inventé par Christian Rose- Croix. La société, d'abord composée de quatre membres, s'était accrue bientôt de quatre membres nouveaux, et d'Allemagne s'était répandue en Europe. En 1623 il fut constaté à Paris que l'ordre entier était alors composé de trente-six membres : six à Paris ; autant en Italie et en Espagne ; douze en Alle- magne ; quatre en Suède et deux en Suisse. LA PÉRIODE DE TRANSITION 53 Vers 1650, elle était puissamment organisée à Lon- dres. Un des membres les plus actifs de cette société, en Angleterre, fut Elias Ashmole (né à Litchfield le 23 mai 1617, mort à Londres le 18 mai 1692). Il était connu sous le nom de Mercuriophile anglais. Après avoir fait de bonnes études, grâce à la protec- tion du baron Pagett, Ashmole avait été nommé solli- citor en 1638, et avait épousé la même année Eleanor Mainwarieg de Smollwood (Cheshire), qui mourut en 1641 (1). Ashmole, qui était antiquaire, se retira alors dans son pays natal, embrassa avec ardeur le parti des Stuarts et en 1644 fut nommé commissaire du roi à Litchfield. A ceux qui prétendent que Ashmole était israélite, on peut objecter qu'en octobre 1646, il était un des membres les plus actifs du cercle catholique de Londres avec Lilly et Booker et qu'il fut enterré dans l'Eglise catholique de South Lambeth. Ashmole aurait été introduit dans la société des Rose-Croix par William Backhouse, puis, le 16 octobre 1646, aurait été admis comme maçon accepté dans la corporation des maçons de Warrington, en même temps que son beau-frère le colonel Henri Mainwarieg de Kerthingham, sous le patronage de Richard Penkett, Warden des Fellow-Crafts. Il devait se retrouver dans la maçonnerie avec les frères Thomas et Georges Warton, le mathématicien William Oughteed, les docteurs en théologie John Herwitt et John Prarson et l'astrologue William Lilly. Avec eux il fonda une société qui avait pour but de bâtir la maison de Salomon, temple idéal des sciences, (1) Le ler mars 1647, Ashmole épousa une femme de vingt ans plus âgée que lui, veuve pour la troisième fois. 54 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE imité de ceux imaginés par Morus dans Utopia et par Bacon dans la Nouvelle Atlantide. Il obtint des maçons de se réunir dans leur local : Masons'Hall, in Mason Alley, Basing Hall street. C'est certainement par cette association de Rose-Croix que la légende symbolique du Temple de Salomon et probablement celle d'Hiram, empruntées aux alchimistes, furent introduites dans la maçonnerie. Certes Ashmole ne se doutait guère alors du parti que la maçonnerie spéculative tirerait, soixante- dix ans plus tard, de cette légende fantastique. La société formée par Ashmole, comme celles de Morus et de Bacon, devait rester secrète ; on devait s'y occuper, sous formes allégoriques, des sciences naturelles. Au moment de l'entrée d' Ashmole dans la corporation des maçons, on ne procédait à aucune cérémonie pour la réception d'un apprenti. L'apprentissage terminé, on passait compagnon, sans initiation, et lorsqu'on était chargé de la surveillance des travaux, on était reçu maître, après avoir présidé une loge ; ces divers grades étaient conférés à la suite du vote des membres de la Loge. Les secrets du métier, sous l'influence de la société mystérieuse d'Ashmole, devinrent l'origine de la légende des secrets de la maçonnerie spéculative ; c'est vers la même époque qu'on inventa les cérémonies initiati- ques, imitées de celles de l'antiquité ou imaginées par des cerveaux enclins au mysticisme (1). Avec les mys- térieux et obscurs symboles introduits dans les rituels, suivant les besoins de la cause, le grand maître ma- çon assassiné peut indifféremment être Hiram, Jacques (1) Le grade d'apprenti aurait été inventé en 1646, celui de compagnon en 1648 et celui de maître en 1652. LA PÉRIODE DE TRANSITION 55 Molay ou Charles Ier. Le temple qu'on veut construire peut être celui de Salomon, comme la restauration des Stuarts. Entré dans cette voie symbolique, il n'y avait plus de raison pour s'arrêter, et chaque année on inven- tait de nouveaux grades. En Angleterre, le Puissant Maître Irlandais succédait au Maître Irlandais et au Parfait Maître Irlandais ; en Ecosse, le Royal Arch se superposait au Chevalier du Temple, au Novice et au Maître Écossais. C'est certainement le grade de Cheva- lier du Temple (de Salomon) qui donna plus tard l'idée d'inventer la Légende des Templiers. C'est ainsi que la f.\-m.\, pendant le xvne siècle, devint l'Art Royal auquel on pouvait aussi bien donner la signification d'étude suprême de la nature, que d'étude* des moyens à employer pour rétablir les Stuarts sur le trône d'Angleterre. Lorsque Charles II monta sur le trône, la f.'.-m.*. perdait sa raison d'être politique. Aussi, comme elle languissait, les maçons acceptés imaginèrent de greffer sur leur corporation une société de bienfaisance et d'humanité ; sous prétexte de rétablir la paix entre les catholiques, les épiscopaux et les presbytériens, ils déclarèrent que leurs membres pourraient appartenir indifféremment à toutes les religions, et c'est après cette adjonction à leurs statuts que, le 27 décembre 1663, Henry Jermyn, comte de Saint-Alban, fut nommé G.*. M.', dans une séance présidée, dit la légende, par le roi Charles IL La f.\-m.\ sous sa nouvelle forme commence alors à prendre corps. D'après Paton, en effet, c'est sous la grande maîtrise du comte de Saint-Alban qu'on adopta les articles suivants des ordonnances (1) : (1) La preuve de l'authenticité de ces articles reste à établir. 56 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE I. Nul, quel que soit son rang, ne sera reçu free- mason, si ce n'est dans une loge composée d'au moins cinq freemasons. II. Nul ne sera reçu s'il n'est sain de corps, de nais- sance honorable, de bonne réputation et fidèle observa- teur des lois du pays. III. Nul freemason ne sera admis dans une loge s'il n'est muni d'un certificat du maître de la loge dans laquelle il a été reçu ; ce certificat, écrit sur parche- min, constatera l'époque et le lieu de la réception... V. A l'avenir la Fraternité sera administrée par un G.\ M.\ et par autant de surveillants qu'il sera nécessaire. VI. Nul ne sera reçu freemason avant l'âge de vingt et un ans. Cependant la corporation des maçons professionnels n'était pas encore morte, car en 1666, après l'incendie considérable qui dévora tout un quartier de Londres, la corporation, sous les ordres de l'architecte Christophe Wren, s'engagea à reconstruire rapidement le quartier détruit. Sept ans plus tard, sous la direction du même architecte, elle commença la construction de Saint- Paul, dont le roi Charles II posa la première pierre. Le comte d'Arlington était alors G.*. M.'. (1); à sa mort, en 1685, Wren fut nommé à sa place. (1) L'extrait suivant du Journal d'Ashmole, reproduit par William Preston, The origin of framasonry (1871), note p. 139, établit très nettement qu'il y avait en 1682 de nombreux maçons acceptés dans les loges corporatives : « Le 10 mars 1682, vers cinq heures de l'après-midi, je reçus une convocation à me rendre à une loge qui devait se tenir le len- demain 11 mars, à Londres, à Masons'Hall. J'y fus, et vers midi LA PÉRIODE DE TRANSITION 57 En 1688 Jacques II fut détrôné. Wren, qui était jacobite ardent, occupa cependant ses fonctions jus- qu'en 1695, date à laquelle il fut remplacé par Charles Lennox, duc de Richmond, maître de la loge de Chi- chester, fils naturel de Charles II et de Louise de Keroual, Dsse de Portsmouth. La f.\-m.\ reprenait donc sa tradition jacobite. En 1698, Wren était de nouveau nommé G.*. -M.*, et occupa ces fonctions jusqu'en 1702. A l'avènement de la reine Anne, il fut destitué de ses fonctions d'architecte de Saint-Paul. Il se démit alors de la G.\ M.*.se ; il mourut à 91 ans, dans la plus profonde retraite (1). En 1702, la f.\-m.\ était encore à ce point jacobite, que les maçons refusèrent de continuer les travaux on admit dans la société des freemasons sir William Wilson, chevalier ; le capitaine Richard Barthwick ; William Woodman ; William Gray ; Samuel Taylor et William Wyse. Admis depuis 35 ans, j'étais le plus vieux compagnon. Avec moi il y avait les compagnons : Thomas Wyse, maître de la société des freema- sons pour l'année présente, Thomas Shorthose et sept freema- sons plus anciens. Tous nous prîmes part, à Half-Moon Tavern Cheapside, à un dîner remarquable, donné aux frais des nouveaux maçons acceptés. » (1) Christopher Wren était né à East Knoyle, près Tirbury (Wiltshire), le 20 octobre 1632. Il était fils d'un recteur et petit-fils de François Wren, mercier à Londres. Sa mère Mary, fille de Robert Cox de Fontill Abbay, mourut pendant qu'il était encore enfant et il fut élevé par sa sœur. Il avait 11 ans quand celle-ci épousa le mathématicien William Holder. A l'âge de 25 ans, Wren succéda à Lawrence Rooke dans sa chaire d'astronomie du collège de Gresham. En 1660, il remplit les mêmes fonctions à Oxford. C'est en 1673 seulement qu'il abandonna les sciences pour s'occuper d'architecture. A la fin de sa vie, il habita Hampton Court et Piccadilly, Saint-James Street. Il vivait dans l'intimité de Halley, Newton, IsaacBarrowet Flamstead. Wren épousa en premières noces une fille de sir John Coghill et en secondes noces une fille de lord Fitz William. Il mourut à Londres le 25 janvier 1723, dans son fauteuil, après dîner. 58 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE de la cathédrale sous les ordres de William Benson, inspecteur des bâtiments du roi Georges Ier (1). En 1703, la loge Saint-Paul prend une décision qui montre comment la f.\-m.\ se transformait peu à peu. « Les privilèges de la maçonnerie, dit cette décision, ne seront plus désormais réservés seulement aux ouvriers constructeurs, mais, ainsi que cela se pra- tique déjà, ils seront étendus aux personnes de tous les états qui voudront y prendre part, pourvu qu'elles soient dûment présentées, que leur admission soit autorisée et qu'elles soient initiées d'une manière régu- lière. » Bien que Wren n'ait pas été remplacé dans ses fonc- tions de G.*. M.'., les maçons n'avaient pas déserté leurs loges jusqu'à l'achèvement de la cathédrale. Ce travail terminé, on ne peut suivre leurs traces, car ils n'ont plus de G.*. M.*. Cependant quatre loges de Londres se réunirent encore dans diverses tavernes dont elles prirent les noms : « L'Oie et le Gril » ; « La Cou- ronne » : « le Pommier» et « Le Gobelet et les Raisins ». Les Stuarts ayant été défaits en 1715, d'une façon qui semblait définitive, malgré l'impopularité dont la maison de Hanovre était entourée dans la personne de Georges Ier, qui savait à peine l'anglais et séjournait le plus longtemps possible sur le continent, un Français émigré à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, et devenu ennemi féroce de son ancienne patrie, le Dr Désaguliers, songea à utiliser la maçonnerie en (1) La cathédrale fut achevée en 1710, sous la direction de son fils et de Robert Mylne. LA PÉRIODE DE TRANSITION 59 complète décadence pour en faire, avec l'approbation du roi Georges II, une corporation qui échapperait à l'influence des Stuarts. • Jean-Théophile, devenu JohnTheophilusDesaguliers, était fils de Jean Désaguliers, pasteur protestant de la congrégation d'Aitré ; il était né à la Rochelle, le 13 mars 1683. Après la révocation de l'édit de Nantes, son père s'enfuit sur un navire et, pour soustraire son fils aux recherches, le cacha dans un tonneau. Après un court séjour à Guernesey, il se rendit à Londres, où son père exerça les fonctions de ministre de la chapelle française protestante de Smallow Street, puis établit une école à Islington. Dès l'âge de 17 ans, Theophilus partagea avec son père la direction de cette école. A la mort de celui-ci il abandonna l'enseignement et entra à l'université, d'Oxford, où il prit, en 1709, le grade de bachelo. En 1710, il entra dans les Deacons Orders, remplaça le Dr Keil comme professeur de philosophie expérimen- tale à Hart Hall, se rendit à Londres le 3 mars 1712, et, en juillet 1714, fut élu membre de la Royal Society. Le prince de Galles, depuis Georges II, et sa femme la princesse Caroline, assistaient régulièrement à ses cours. Malgré les faveurs dont il était comblé, Désagu- liers quitta l'Angleterre ; il parcourut la Hollande, où il fit des cours qui eurent beaucoup de succès ; il y con- nut l'astronome Huyghens; l'anatomiste Ruysch et le médecin Roerhave ; il comptait le philosophe S'Grave- send parmi ses auditeurs. De retour en Angleterre, il seconda Newton devenu vieux dans ses expériences et ses démonstrations, et vulgarisa son système sur les mouvements célestes. Au milieu de ses travaux sérieux, son esprit singu- lier l'entraîna à publier un ouvrage sur la construction 60 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE des cheminées avec le moyen de les empêcher de fumer (1716). L'année suivante il publia : A System of expéri- mental philosophy proved by mechanics, as shownat ihe public lectures, in a course of expérimental philosophy, et en 1728 un poème sur le système de Newton. En 1742, nous le trouvons à Bordeaux, où il publie une dissertation sur l'électricité des corps et fait des prosélytes à la franc-maçonnerie, dans cette ville où un groupe de commerçants anglais avait déjà installé en 1732 la loge connue plus tard sous le nom de An- glaise n° 204. Desaguliers mourut le 29 février 1744. Son fils Thomas (1725-1780), officier d'artillerie dans l'armée anglaise, combattit constamment contre la France. Il était à Fontenoy, en 1745, et au siège de Belle-Isle en 1761. Le rôle de Desaguliers dans la fondation de la f.\ m.\ spéculative fut considérable. Il s'entoura des maîtres et surveillants des quatre loges de Londres : Anthony Sayer, Georges Payne, Jacob Lamball, maître char- pentier, du capitaine Joseph Elliott, Goston, Cordwell, Calvert, Lumley, Ware, Madden, King, Joshua Timson et du Dr James Anderson, ministre presby- térien. C'est avec le concours de ces maçons profes- sionnels et de ces maçons acceptés, qu'en juin 1717 il fonda les premières bases de la maçonnerie spécu- lative, sous la forme qui devait triompher. Néanmoins la f.\-m.\ jacobite n'était pas morte ; elle continuait à fonctionner sur le continent, et particu lièrement en France, où les Stuarts avaient trouvé un refuge. C'est cette maçonnerie qui constitua presque toutes les loges de notre pays et particulièrement celles de Paris. Les régiments écossais et irlandais furent le germe d'où sortirent toutes les loges des régiments fran- çais, et leur nombre fut considérable. Toutes les loges LA PÉRIODE DE TRANSITION 61 d'origine jacobite furent, par suite d'une confusion facilement explicable, étant donnée l'origine des Stuarts, qualifiées d'écossaises, alors qu'elles n'avaient rien de commun avec le régime écossais tel qu'on l'entend de nos jours ; aussi persisterons-nous à les qualifier de jacobites, même longtemps après la disparition des Stuarts, parce que les régimes vraiment écossais ne s'in- troduisirent que fort tard en France. Ainsi, c'est en 1788 seulement que la G.\L.\ d'Ecosse, fondée depuis 1736, constitua sa première grande loge provinciale : l'Ardente amitié, à l'O.'. de Rouen, alors qu'elle en avait cons- titué dans le monde entier. C'est en 1786 seulement que le G.*. Chap.*. de l'ordre royal d'Ecosse fonda des grandes loges provinciales à Rouen et à Paris, et en 1787 à Strasbourg, Laval, Aix et Château-Thierry, en 1788 à la Martinique, à Saint-Domingue et à Brest. Quant aux quatre directoires écossais qui furent fondés à Bordeaux, Lyon, Strasbourg (1776) et Montpellier (1781), ils n'ont aucun rapport avec les loges d'Ecosse, attendu qu'ils furent installés par la Stricte Observance templière réformée d'Allemagne, qui reconnaissait dans Charles III Stuart le G.'. M.*, secret de leur Ordre avant 1771. Quant à la mère loge écossaise de Marseille d'où sont sorties en 1766 la grande mère loge écossaise du Comtat-Venaissin et en 17761a grande mère loge du rite écossais philosophique du Contrat social, elle dérive si peu des loges d'Ecosse qu'elle fut fondée en 1751 par Georges de Walnon, gentilhomme écossais rentré en France à la suite de Jacques III. Avant 1771, il n'y avait donc pas de loges écossaises en France, mais bien des loges jacobites. En confon- dant des origines aussi différentes, tous les historiens, y compris Daruty, ont fait une erreur telle qu'ils n'ont pu comprendre le mouvement maçonnique dont ils 62 LA FRANC-xMAÇONNERIE EN FRANCE avaient entrepris de raconter l'histoire. Nous verrons, dans un prochain chapitre, comment cette maçonnerie jacobite s'introduisit en France, avec Charles Radclyffe. Un autre personnage, d'esprit plus distingué et de science plus vaste, Andrew Michael Ramsay, fit aussi tous ses efforts pour propager la maçonnerie jacobite sur le continent et même en Angleterre et en Ecosse. Fils d'un boulanger d'Ayr, il naquit dans cette ville le 9 juillet 1686. Après y avoir commencé ses études, il les termina à l'Université d'Edimbourg, puis accepta les fonctions de précepteur des fils du comte de Wemyss jusqu'en 1706. Son esprit curieux et mystique n'ayant pas trouvé une satisfaction suffisante dans la pratique de la religion anglicane, il se jeta dans le socinianisme, qui le dégoûta promptement. Après une période d'in- différence complète, Ramsay adopta les doctrines du pyrrhonisme universel. D'une activité dévorante et d'une bonne foi indiscutable, il s'adressait à tous les docteurs renommés de son entourage pour se faire éclairer. Vers 1706, il passa en Hollande où il vit beaucoup Pierre Poiret, le philosophe mystique, qui ne parvint pas à dissiper ses doutes ; ce fut Fénelon, qu'il connut en 1709 à Cambrai, qui le fixa dans une voie qui devait être définitive : Ramsay se fit catho- lique, d'un catholicisme tendre et mièvre, exagération de la foi du Cygne de Cambrai ; mis en rapport avec le duc de Bouillon, il fut chargé de l'éducation de ses fils ; en 1724, Jacques III l'appela à Rome pour remplir les mêmes fonctions ; l'éducation d'enfants aussi jeunes ne pouvait lui convenir ; malgré la grande affection qu'il avait pour les Stuarts, il quitta bientôt LA PÉRIODE DE TRANSITION 63 Rome et, ayant obtenu un sauf-conduit pour se rendre en Ecosse, il résida quelques années chez le duc d'Ar- gyle. Il fut reçu docteur à l'Université d'Oxford en 1730, malgré sa qualité de catholique. Rentré en France, il séjourna tantôt à Paris, tantôt à Navarre ou à Sedan chez son ancien élève, le prince de Turenne, devenu duc de Rouillon. Il entretenait des relations constantes avec Jean-Baptiste Rousseau et Louis Racine. Ramsay n'avait pas abandonné le parti des Stuarts et il travaillait avec ardeur à leur restaura- tion. C'est pour servir leur cause qu'il s'occupa de franc- maçonnerie. En 1728, il aurait, paraît-il, essayé de pénétrer dans la G.'. L.\ d'Angleterre pour y introduire les grades écossais (novice et chevalier du Temple), qui se pratiquaient depuis longtemps dans la loge de Saint-André d'Ecosse. Econduit en sa qualité de catholique jacobite, il vint à Paris, où il obtint un grand succès, et où il développa le système des hauts grades qui, avant lui, n'étaient connus en France que par les grades irlandais. Suivant Ramsay, la f.*. m.*, aurait été instituée par Godefroy de Bouillon à l'époque des Croisades, et cet ordre aurait été introduit à la loge Saint- André d'Edim- bourg par des chevaliers du Temple à leur retour de la Terre Sainte. Il est possible, comme l'insinuent Kloss et Findel, que Ramsay ait été sinon le fondateur, peut-être le propagateur de la société connue sous le nom de Gor- mogones, qui se forma vers 1724, [et contre laquelle la G.*. L.\ d'Angleterre fulmina des décrets l'année sui- vante. On sait du reste peu de chose de l'organisation des Gormogones, si ce n'est que, sur leurs tableaux, leurs noms et demeures étaient inscrits en chiffres ; que l'ordre avait été importé de Chine par un mandarin et 64 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE qu'il possédait, comme la f.\-m.\ un secret dune « valeur extraordinaire ». Il était interdit aux Gor- mogones de parler de la politique du pays où ils résidaient (1). Dans le mandarin et la Chine, les ff.\ Kloss et Findel voient un jésuite et Rome. Cette société fut dissoute entre 1730 et 1738. Elle aurait eu un chapitre à Londres, dans Castle Tavern, sous la direction du Subœcumenical Volgi de Rome ou de Paris. Il est certain qu'en 1737 Ramsay s'occupait de réglementer et de prendre la direction de la maçonnerie. Les Gormogones, qui n'en sont qu'une variété, ont pu fixer son attention; il est possible que ce soit à cette maçonnerie qu'il fasse allusion dans ses lettres au cardinal de Fleury, datées des 20 et 22 mars 1737 : « Daignez, Monseigneur, soutenir la société des Free-Masons dans les grandes vues qu'ils se propo- sent et V. E. rendra son nom bien plus glorieux par cette protection que Richelieu ne fit le sien par la fon- dation de l'Académie française. « L'objet de l'un est bien plus vaste que celui de l'au- tre. Encourager une société qui ne tend qu'à réunir toutes les nations par l'amour de la vérité et des beaux- arts est une action digne d'un grand ministre, d'un père de l'Eglise et d'un saint pontife. Comme je dois lire mon discours demain dans une assemblée géné- rale de l'Ordre et le donner lundi matin aux examina- teurs de la Chancellerie, je supplie V. E. de me le renvoyer demain avant midi par un exprès. » Le cardinal voyait la maçonnerie d'un mauvais œil, et dut le faire savoir à Ramsay qui s'empressa de lui (1) Sur les Gormogoues, voy. Gould : History of free-masonry, III, 482. LA PÉRIODE DE TRANSITION 65 répondre : « J'apprends que les assemblées de free- masons déplaisent à V. E. Je ne lésai jamais fréquentées que dans la vue d'y répandre les maximes qui auraient peu à peu rendu l'incrédulité ridicule, le vice odieux et l'ignorance honteuse. Je suis persuadé que si on glissait à la tête de ces assemblées des gens sages et choisis par V. E., elles pourraient devenir très utiles à la reli- gion, à l'Etat et aux lettres. C'est ce dont je crois pouvoir convaincre V. E., si elle daigne m'accorder une courte audience à Issy. En attendant ce moment heureux, je la supplie de vouloir bien me mander si je dois retour- ner à ces assemblées, et je me conformerai aux volon- tés de V. E. avec une docilité sans bornes. » Il semble ressortir de cette lettre que Ramsay n'avait pas en très haute estime des gens auxquels il reproche « une incrédulité ridicule, un vice odieux et une ignorance honteuse (1) ». Fleury répondit que le roi ne permettait pas les réunions . Tous les historiens sont d'accord pour attribuer à Ramsay l'introduction des hauts grades écossais et la légende des Templiers. Nous croyons qu'il faut rectifier ces affirmations dans une certaine mesure. Les grades irlandais existaient depuis le xvne siècle, et ce sont eux que pratiquaient les régiments irlandais et écossais qui vinrent en France à la suite de Jac- ques II. Ramsay se borna à modifier leur appellation en remplaçant partout le mot irlandais par le mot écossais, pour en faire une institution jacobite. Quant à la création de Tordre des Templiers, nous ne croyons (1) Ces documents intéressants se trouvaient perdus dans YHis- toire de la Régence et de la minorité de Louis XV de Lemontey. C'est Daruty qui le premier les a exhumés. LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 5 66 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE pas qu'elle soit l'œuvre de Ramsay , qui, ainsi que celui qui forma les hauts grades irlandais, ne parle que des Chevaliers du Temple (de Salomon) et non des Templiers sur lesquels, d'après Fin- del, il s'exprimait souvent d'une façon désavanta- geuse. D'après une conversation que Ramsay aurait eue avec Gensau, en modifiant les hauts grades il aurait eu pour but de rendre les admissions plus difficiles et plus éclairées et de recueillir des fonds pour les Stuarts. Il est également probable que ce fut Ramsay qui fit naître le conflit qui eut lieu entre le duc de Montagu et le duc de Wharton en 1722, lorsque ce dernier sup- planta le premier dans les fonctions de G.-. M.*, de la G.*. L. \ d'Angleterre, le duc de Wharton ayant des sym- pathies pour les Stuarts. En 1728, Ramsay lui ménagea une entrevue à Parme avec Jacques III, et Wharton, qui plus tard se retira de la f. \-m.\ pour entrer dans un couvent en Espagne, essaya, de concert avec le roi, de faire pénétrer la maçonnerie dans les loges d'Ecosse ; mais il ne put réussir, Desaguliers s'étant emparé de ces loges dès 1723. C'est probablement à la suite de l'échec de ces projets que Ramsay imagina de do- miner la f.'.-m.*. par les hauts grades, dans lesquels il n'aurait admis que les partisans des Stuarts. Les hauts grades se répandirent rapidement en France et passèrent en Allemagne avec de Hund, le fondateur de la Stricte Observance, qui était venu puiser ses doctrines maçonniques dans le chapitre de Cler- mont, qui était de tendances jacobites. C'est de Hund qui imagina de fondre le grade de Chevalier du Temple (de Salomon) avec la légende des chevaliers croisés et d'inventer la fable des Templiers, grands mai- LA PÉRIODE DE TRANSITION 67 tre« de la franc-maçonnerie (1). Cette doctrine avait aussi une application pratique : elle permettait de se procurer des fonds, du moins de Hund l'espérait. Si lesff.'.mm.*., en effet, étaient des descendants des Templiers, peut-être pourraient-ils revendiquer les biens qui avaient été confisqués à cet ordre sous Philippe le Bel ? Les Jaco- bites adoptèrent l'idée, et tentèrent de se procurer ainsi des sommes immenses qui leur permettraient de réta- blir les Stuarts sur les trônes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Malheureusement pour eux, ce grand œuvre n'était pas plus réalisable que la fabrication de la pierre philosophale, ou la découverte du mystère de la créa- tion. L'ordre de Malte, qui avait en partie hérité des (1) Les Templiers passaient, au surplus, pour avoir eu des mœurs inavouables, et l'on disait qu'à la fin du xvii® siècle il y avait eu, sous la grande maîtrise de Jacques-Henri de Durfort, duc de Duras, « une petite résurrection des Templiers ». Il convient d'ajouter que c'était cette mauvaise langue de Bussy-Rabutin qui avait tenu ces vilains propos dans Y Histoire amoureuse des Gaules. Il se serait donc formé, en 1682, à Versailles, une société secrète dont les femmes étaient rigoureusement exclues, et afin que les membres de la confrérie ne fussent pas tentés de l'oublier, ils portaient sur leur chemise une décoration en forme de croix, imitée de la croix de Saint-Michel, représentant un homme foulant une femme aux pieds. Beaucoup de personnages de la cour auraient fait partie de la corporation : Manicamp, le chevalier de Tilladet, le duc de Grammont, le comte de Tallard, le marquis de Biron, etc. ; ce dernier fut le parrain du duc de Vermandois qui aurait subi les derniers outrages de l'initiation. Le Dauphin aurait été admis, mais sans épreuves. Instruit de ces infamies, Louis XIV fit fustiger le duc de Vermandois par un laquais, et envoya en exil les membres de la société qui se seraient cepen- dant réunis de nouveau, en 1705, sous la présidence de Philippe d'Orléans, pour former une société politique dont le but semblait inconnu. Sans insister sur ces médisances, le caractère de Ramsay doit d'autant moins subir de semblables promiscuités que la légende de la maçonnerie templière est l'œuvre de Hund et qu'elle ne fut acceptée officiellement que le 25 décembre 1763 au convent d'Iéna. 68 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Templiers, aurait certes mis obstacle à la réussite de ce projet s'il avait été réalisable. Dans tous les cas, ainsi que nous le verrons dans l'historique des loges, ce fut cette maçonnerie jacobite qui essaima par toute la France, formant presque toutes les mères loges, à Marseille, Avignon, Montpel- lier, Arras, Strasbourg, Lyon, Toulouse, Orléans, Paris, etc. (1). Ramsay, qui avait hérité des papiers de Fénelon, fut son éditeur après sa mort, et mourut lui-même en bon catholique à Saint-Germain-en-Laye, le 6 mai 1743 ; son acte de décès fut signé par Charles Radclyffe, lord Darwentwater et par lord Eglentoun (2). (1) Avant de terminer cette biographie, je dois mentionner l'opinion de M. Teder sur le rôle de Ramsay ; d'après ce savant historien qui a compulsé les papiers de Charles-Edouard, Ramsay, intime ami de Desaguliers, aurait trahi les Stuarts au profit de la maison de Hanovre. (2) « Le mardy septième may mil sept cent quarante trois, le corps de Messire André Michel de Ramsay, chevalier de Saint- Lazare et chevalier Raronet d'Ecosse, époux de Dame Marie de Nairne,mortle jour précédent, âgé d'environ 58 ans, a été inhumé dans l'église, vespres chantées, en présence du clergé dont les sieurs Maurice Morphy et Louis Guillon, prêtres, qui ont signé avec les parents et amis du défunt. » CHAPITRE III L'ORGANISATION PRIMITIVE : SON ÉVOLUTION Les obligations d'un f.'.-ra'. — Les ordonnances de 1720. — L'égalité dans les loges. — L'égalité philosophique et sociale. — Le vote. — La définition de la f'.-m.*. d'après les initiés : Findel, Ragon, Jouaust, Daruty, Oswald Wirth. Lorsque la f.\-m.\ spéculative s'établit en Angle- terre, elle a eu évidemment le souci de ne pas alarmer les pouvoirs publics ; elle avait intérêt à laisser croire qu'elle était la continuation normale d'une associa- tion existant depuis un temps immémorial, toujours protégée par les chefs d'Etats. C'est pour cela qu'avec un soin jaloux elle conserva tout ce qui pouvait avoir rapport à l'ancienne corpora- tion des maçons travailleurs. Elle eut l'habileté de tromper les autorités. En réalité, il n'y avait pas eu continuation, mais substitution. Le procédé employé pour se faire tolérer et recon- naître fut ingénieux; il est essentiellement maçonnique. En apparence, les devoirs qui furent publiés étaient ceux d'une corporation de maçons travailleurs ; cer- tains mots professionnels avaient été laissés à dessein ; tout en publiant de nouveaux statuts, ceux qui les rédi- gèrent les déclaraient fort anciens, et prétendaient avoir simplement réuni et condensé de vieux textes, alors qu'il est évident que les statuts dans leur ensemble 70 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE visaient bien plus la f.\-m.*. spéculative que la f.\-m.\ corporative. Cette nécessité de la première heure explique pour- quoi la f.*.-m.*. spéculative tint tant à prouver son antiquité et à établir qu'elle n'était que la continuation d'une corporation de travailleurs. Cette organisation primitive eut une telle consé- quence sur l'avenir de la maçonnerie que nous croyons devoir, malgré leur longueur, entrer dans tous les dé- tails, car jusqu'ici, ceux qui ont étudié les origines de la f.\-m.\ ont négligé de compulser et de tirer parti des règlements qui contribuèrent à sa forma- tion. Nous empruntons le texte des anciens devoirs à Y Histoire de la f.'.-m.'. de la Tierce, qui, en 1745, en a donné une traduction (I, 177), semblable, à part quel- ques mots, à la traduction donnée par Daruty (p. 36), d'après le texte anglais d'Anderson (62). LES ORL1GATIONS D'UN F. '.-M.*. I. — Touchant Dieu et la religion. Un maçon est obligé, en vertu de son titre, d'obéir à la loi morale ; et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin sans religion. Dans les anciens temps, les maçons étaient obligés, dans chaque pays, de professer la religion de leur patrie ou nation quelle qu'elle fût ; mais aujourd'hui, laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus à propos de les obliger seule- ment à suivre la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué : d'où il suit que la maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de con- cilier une sincère amitié parmi des personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles. l'organisation primitive ; son évolution 71 II. — Touchant le magistrat civil, suprême ou subordonné. Un maçon est un paisible sujet des puissances civiles, en quelque endroit qu'il réside ou travaille. Il ne trempe jamais dans les complots et conspirations contraires à la paix et au bien d'une nation. Il est obéissant aux magistrats inférieurs. Comme la guerre, l'effusion du sang et la con- fusion ont toujours fait tort à la maçonnerie, les anciens rois et princes en ont été d'autant plus disposés à encou- rager ceux de cette profession, à cause de leur humeur pai- sible et de leur fidélité. C'est ainsi qu'ils répondent par leurs actions aux pointillés (sic) de leurs adversaires, et qu'ils accroissent chaque jour l'honneur de la fraternité, qui a toujours fleuri pendant la paix. C'est pourquoi, s'il arrivait à un frère d'être rebelle à l'État, il ne devrait pas être soutenu dans sa rébellion. Cependant on pourrait en avoir pitié, comme d'un homme malheureux ; et quoique la fidèle fraternité doive désavouer sa rébellion et ne donner pour l'avenir ni ombrage ni le moindre sujet de jalousie politique au gouvernement, néan- moins s'il n'était point convaincu d'aucun autre crime, il ne pourrait point être exclu de la loge et son rapport avec elle ne pourrait être annulé. III. — Touchant les loges. Une loge est un endroit où les maçons s'assemblent et travaillent ; de là vient qu'une assemblée ou société de maçons dûment organisée est appelée loge. Chaque frère doit absolument dépendre d'une telle loge, et être sujet à ses propres statuts et aux règlements généraux. Elle est, ou particulière, ou générale, ce qui se comprendra mieux en la fréquentant, et par les règlements de la grande loge ci-après annexés. Anciennement aucun maître ou compa- gnon ne pouvait s'absenter de sa loge particulière, quand il était averti d'y comparaître, sans encourir une sévère censure, à moins qu'il ne parût au maître et aux surveil- lants qu'il en avait été empêché par la pure nécessité. Ceux qui sont admis à être membres d'une loge doivent être des gens d'une bonne réputation, pleins d'honneur et de droiture, nés libres et d'un âge mûr et discret. Ils ne 72 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE doivent être ni esclaves, ni femmes, ni des hommes qui vivent sans morale, ou d'une manière scandaleuse. IV. — Touchant les maîtres, surveillants, compagnons et apprentis. Toute promotion parmi les maçons est fondée unique- ment sur la valeur réelle et le mérite personnel, afin que les seigneurs puissent être bien servis, que les frères ne soient point exposés à aucune confusion et que l'Art royal ne tombe point dans le mépris. Il est impossible de pouvoir donner par écrit une description de ces choses-là ; mais chaque frère doit être attentif dans sa place, et les appren- dre dune manière qui est toute particulière à cette frater- nité. Les candidats peuvent seulement savoir qu'aucun maître ne doit prendre un apprenti, à moins qu'il n'ait suffisamment de quoi l'employer et que ce ne soit véritable- ment un jeune garçon n'ayant ni mutilation ni défaut en son corps qui puisse le rendre incapable d'apprendre l'Art, de servir le seigneur de son maître, d'être fait frère et ensuite compagnon, quand il en sera temps, c'est-à-dire après avoir servi un nombre d'années conforme à la coutume du pays. Il faut, déplus, qu'il soit descendu d'honnêtes parents, afin que, lorsqu'il a d'ailleurs les qualités requises, il puisse parvenir à l'honneur d'être surveillant, ensuite maître d une loge, grand surveillant et enfin grand maître de toutes les loges, en conséquence de son mérite. Aucun frère ne peut être surveillant sans avoir passé par le degré du compagnon, ni maître à moins qu il n'ait été surveillant, ni grand surveillant à moins qu'il n'ait été maître d'une loge, ni grand maître à moins qu'il n'ait été compagnon avant son élection, qu'il ne soit d'une noble naissance, ou un gentilhomme de la meilleure sorte, ou quelque savant du premier ordre, ou quelque fameux archi- tecte, ou quelque autre artiste, descendu d'honnêtes parents et qui, selon l'opinion de toutes les loges, est d'un mérite particulier. Le G.'. M.\, pour pouvoir mieux s'acquitter de son office et d'une manière plus facile et plus honorable, a le pouvoir de choisir lui-même son député G.'. M.'., qui doit alors avoir été auparavant le maître d'une loge particulière. Il a l'organisation primitive ; son évolution 73 le privilège de faire tout ce que le G.*. M.', son Principal pourrait faire lui-même, à moins que ledit Principal ne soit présent, ou qu'il n'interpose son autorité par une lettre. Les conducteurs ou gouverneurs suprêmes et subordon- nés de l'ancienne loge doivent, conformément aux ancien- nes obligations et règlements, être obéis par tous les frères dans leurs postes respectifs avec toute sorte d'humilité, de révérence, d'amour et de plaisir. V. — Touchant la conduite de Vart en travaillant. Tous les maçons travailleront honnêtement les jours ouvriers (sic), afin qu'ils puissent vivre honorablement les dimanches et les jours de fêtes, et on observera le temps marqué par les lois du pays ou confirmé par l'usage. Le plus expert d'entre les compagnons sera choisi et établi maître ou inspecteur des travaux du seigneur, et il doit être appelé maître par ceux qui travaillent sous lui. Les compagnons doivent éviter les mauvais discours et ne point donner les uns aux autres des noms désobligeants ; ils doivent s'appeler frère ou compagnon et se conduire avec politesse dedans et hors la loge. Le maître se sentant lui-même capable et adroit, entre- prendra l'ouvrage du seigneur aussi raisonnablement qu'il se pourra ; il emploiera ses biens avec autant de bonne foi que s'ils étaient les siens propres et il ne donnera pas à un frère ou à un apprenti plus de gages qu'il n'en mérite réellement. Tant le maître que les maçons qui reçoivent leurs gages avec justice seront fidèles au seigneur et finiront leur ouvrage honnêtement, soit que ce soit à la tâche ou à la journée, et ils ne feront point à la tâche l'ouvrage qui a cou- tume d'être fait à la journée. Personne ne fera paraître de l'envie lorsqu'il verra pros- pérer un frère ; il ne le supplantera point et il ne le mettra pas hors de son ouvrage, s'il est capable de le finir lui- même, d'autant plus que qui que ce soit ne peut finir un ouvrage, autant au profit du seigneur, que celui qui l'a d'abord entrepris, à moins qu'il n'ait une parfaite connais- sance du dessein et du plan de celui qui l'a commencé. Quand un compagnon sera choisi surveillant du travail 74 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE au-dessous du maître, il sera fidèle tant au maître qu'aux compagnons, il visitera soigneusement l'ouvrage pendant l'absence du maître pour le profit du seigneur, et les frères lui obéiront. Tous les maçons employés recevront toutes les semaines leurs gages sans murmurer et sans se mutiner, et ils ne quitteront point le maître jusqu'à ce que l'ouvrage soit fini. Un nouveau frère sera instruit dans la manière de tra- vailler, afin d'empêcher qu'il ne perde les matériaux par faute de jugement et pour augmenter et continuer l'amour fraternel. Tous les outils dont on se servira pour travailler seront approuvés parla G.*. L.'. Aucun laboureur ne sera employé dans ce qui concerne proprement la maçonnerie et les F.*.-M.\ ne travailleront point avec ceux qui ne le sont pas sans une pressante néces- sité ; de plus, ils n'enseigneront point les laboureurs et les maçons qui ne sont point acceptés, de même qu'un frère ou compagnon. VI. — Touchant la manière de se conduire. 1° Dans la loge pendant qu'elle est constituée. Vous ne ferez point de compagnies particulières ou de conversations séparées, sans la permission du maître ; vous ne parlerez d'aucune chose impertinente ou indécente ; vous n'interromprez ni le maître, ni les surveillants, ni aucun frère, pendant qu'il parle au maître. Vous ne vous com- porterez pas d'une manière burlesque ou bouffonne pendant que la loge est occupée à ce qui est sérieux ou solennel et vous ne vous servirez d'aucun terme malséant, sous quelque prétexte que ce soit. Au contraire, vous aurez pour le maître, les surveillants et les compagnons, toute la révé- rence qui leur est due et vous les comblerez d'honneur. S'il y a quelque plainte faite, le frère trouvé coupable s'en tiendra au jugement et à la détermination de la loge, où sont les juges compétents de telles disputes, à moins qu'il n'en appelle à la G.-. L.\ C'est là qu'elles doivent être renvoyées, à moins que l'ouvrage du seigneur ne soit en même temps retardé ; auquel cas on peut nommer des arbi- l'organisation primitive ; son évolution 75 très particuliers ; mais il ne faut jamais se porter partie contre qui que ce soit pour ce qui concerne la maçonnerie, sinon lorsque la loge le juge d'une nécessité absolue. 2° Après que la loge est finie et lorsque les frères ne sont pas encore retirés. Vous pouvez vous réjouir d'une manière innocente, vous traiter les uns les autres selon votre capacité, mais en évitant tout excès et en ne forçant aucun frère à manger ou à boire plus qu'il ne veut. Vous ne l'empêcherez point de se retirer, lorsque les affaires le demanderont, et vous ne ferez ou ne direz aucune chose qui puisse offenser ou empêcher la facilité et la liberté de la conversation. Autrement, cette belle harmonie, qui doit être entre nous, perdrait une partie de son éclat, et le but louable que nous nous proposons s'en irait en ruine. Il ne doit point être question d'aucune pique ou querelle particulière dans l'endroit où se tient la loge, encore moins de disputes touchant la religion, les nations ou la politique de l'État, parce qu'en qualité de maçons, nous sommes tous de la religion universelle dont il a été parlé ; comme aussi de toutes les nations, de toutes les langues et de toutes les familles. De plus, nous sommes opposés à tous ceux qui parlent de la politique, parce que c'est une chose qui ne s'accorde et qui ne s'accordera jamais avec la prospérité d'une loge. Cette obligation a toujours été étroitement enjointe et observée, mais particulièrement depuis la réformation dans la Grande-Bretagne, ou pour le dire autrement, depuis que cette nation est d'un sentiment contraire à la communion de Rome et qu'elle s'en est séparée. 3° Lorsque les frères se trouvent ensemble sans aucun étranger, quoique ce ne soit pas dans une loge. Vous devez vous saluer d'une manière civile, ainsi qu'on vous l'enseignera, en vous traitant l'un l'autre de frère, et vous vous donnerez des instructions mutuelles, quand il sera trouvé à propos. Mais cela se doit faire sans être vu ni entendu, sans empiéter l'un sur l'autre et sans perdre le respect qui serait naturellement dû à un frère, quand même il ne serait pas maçon ; car, quoique tous les maçons soient frères sous le même niveau, cependant la maçonnerie ne prive point un homme des honneurs dont il jouissait aupa- 76 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE ravant ; au contraire, elle en est un accroissement, particu- lièrement s'il a obligé la fraternité, qui doit faire honneur à qui il est dû et fuir les mauvaises manières. 4° En présence des étrangers qui ne sont pas maçons. Vous serez circonspect dans vos paroles et dans vos démarches, en sorte que l'étranger le plus pénétrant ne puisse découvrir ou trouver ce qu'il n'est pas propre de donner à entendre, et quelquefois vous changerez de propos, ménageant cela pour l'honneur de la vénérable société. 5° A la maison et dans le voisinage. Vous devez vous comporter en hommes de bonnes mœurs, en gens sages et surtout ne point faire connaître à vos familles, à vos amis et à vos voisins ce qui concerne la loge, etc.. Tout au contraire, vous devez sagement consulter votre propre honneur et celui de l'ancienne fraternité pour raisons dont on ne doit point faire mention. Vous devez aussi prendre soin de votre santé, en ne demeurant point trop tard ensemble, ni trop loin de vos logis, après que les heures de la loge sont passées, et en évitant la gloutonnerie et l'ivresse, en sorte que vous ne fassiez point tort à vos familles par négligence et en vous rendant incapables de travailler. 6° Envers un frère étranger. Vous l'examinerez avec précaution et suivrez en ceci la méthode que la prudence vous indiquera, afin de ne point vous en laisser imposer par un faux prétendant plein d'igno- rance que vous devez rejeter avec mépris et dérision en vous donnant de garde de lui communiquer le moindre rayon de lumière. Mais si vous découvrez que c'est un bon et véritable frère, vous devez en conséquence de cela le respecter et, s'il est dans la nécessité, vous devez l'aider si vous pouvez, ou bien lui dire comment il peut être secouru : vous devez encore lui donner de l'occupation pendant quelques jours, ou bien le recommander pour lui en faire trouver. Au surplus, vous n'êtes pas obligé de faire plus que vous ne pouvez, mais seulement de préférer un pauvre frère, qui est bon et honnête homme, à toute autre pauvre personne qui se trouverait dans les mêmes circonstances. Enfin, non seulement vous observerez ces obligations, l'organisation primitive ; son évolution 77 comme aussi celles qui vous seront communiquées par une autre voie, mais de plus vous cultiverez l'amour fraternel, qui est le fondement et la maîtresse pierre, de même que le ciment et la gloire de cette ancienne fraternité. Vous évi- terez les disputes, les querelles, la médisance et la calomnie, et vous ne souffrirez jamais que les autres médisent d'au- cun honnête frère; au contraire, vous défendrez sa réputa- tion et lui rendrez toute sorte de bons offices autant que votre honneur et votre sûreté vous le permettront, mais non plus loin. Et, si quelqu'un de vos frères vous fait tort, vous devez vous adresser à votre loge un des jours de la communication du quartier ; ensuite de quoi vous êtes en droit d'en rappeler à la G.*. L.\ annuelle, conformément à la louable pratique de nos pères dans chaque pays, lesquels ne poursuivaient jamais personne en justice, à moins que le cas ne pût être décidé autrement, mais qui écoutaient patiemment l'avis sincère et aimable du maître et des com- pagnons, quand ils voulaient les empêcher de prendre des étrangers à partie et les engager, au contraire, à mettre promptement fin à toute procédure, afin qu'ils pussent s'ap- pliquer à l'affaire de la maçonnerie avec plus de plaisir et de succès. Mais, pour en revenir aux frères et compagnons qui sont en procès, le maître et les frères doivent obligeam- ment offrir leur médiation, à laquelle les frères qui sont en contestation devraient se soumettre d'une manière pleine de reconnaissance. Mais, s'ils trouvaient cette soumission impraticable, ils pourront continuer leur procès, non avec indignation l'un contre l'autre, comme il se pratique ordi- nairement, mais sans colère, sans rancune, en ne disant et ne faisant rien qui puisse empêcher l'amour fraternel et en continuant à se rendre de bons offices. En un mot, il faut qu'on reconnaisse en tout la bénigne influence de la maçon- nerie, qui a été cause que tous les vrais maçons en ont agi ainsi, depuis le commencement du monde et en agiront de même jusqu'à la fin des temps. En dehors des Obligations d'un f.\-m.\, la Tierce publia également les Statuts ou Règlements généraux de 78 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE la confrérie des f.\-m.\ compilés en l'année 1720 par Georges Payne, alors G.\ M.\ et approuvés le jour de la St-Jean-Baptiste 1721 par le très noble frère Jean duc de Montagu et par la grande loge qui le choisit comme grand maître (I, 195). Ces statuts ne comprennent que 39 articles . Au lieu de reproduire ce texte, déjà imprimé à plu- sieurs reprises, nous utiliserons un manuscrit contem- porain (vers 1739), que nous avons sous les yeux, pro- venant probablement du G.'. 0.*. et qu'une note ajoutée sur la couverture indique avoir appartenu au prince Murât, qui fut grand maître du G.\ 0.*. de France de 1848 à 1860. Ce document, qui comprend 70 articles au lieu de 39, est beaucoup plus complet que les statuts publiés par la Tierce et a l'avantage d'être expliqué par des com- mentaires. Il a pour titre : Ordonnances générales des f.\-m.\ tirées des archi- ves de l'ordre et rédigées en 1720 par ordre du G.\ M.#. le frère George Payne, écuyer, et lues le 21 juin de la même année dans l'assemblée de Stationers Hall, les- quelles pour la conformité avec les usages des plus anciennes loges ont ensuite été constatées (sic) avec les anciens documents de la fraternité ; auxquelles le G.'. M.*, frère très éclairé Jean duc de Montaigu a fait ajouter des notes et des éclaircissements qui ont été reçus d'un consentement unanime et confirmés par tous les frères de la G.*. L.\ le 25 mars 1722 et sont com- muniquées en conséquence et mises depuis en pratique par toutes les loges légales (1). (1) Ce manuscrit, traduit manifestement de l'anglais, n'est pas toujours écrit en très bon français. Nous l'avons corrigé en plu- sieurs endroits afin d'en rendre la lecture plus facile. Nous avons l'organisation primitive ; SON évolution 79 I. — Le G.*. M.', ou son député a droit et autorité d'être non seulement présent à quelque loge que ce soit, mais aussi, s'il le juge à propos, de la gouverner en faisant placer à sa gauche le maître de la loge et en admettant les frères grands surveillants pour exécuter ses ordres ; néanmoins, les frères grands surveillants ne peuvent exercer leurs fonctions dans aucune loge particulière, ou y être regardés comme revêtus de quelque autorité sans la présence et le comman- dement exprès du G.'. M.*., celui-ci pouvant enjoindre aux frères surveillants ordinaires de la loge ou même à d'autres frères de faire le service pro tempore (1). II. — Le G.*. M.*, d'une loge particulière a droit et auto- rité de convoquer ses membres aussi souvent qu'il le juge à propos et de fixer le temps et le lieu de l'assemblée ; en cas de mort, de maladie ou d'absence du G.*. M.'., ou de son député, le frère 1er surveillant prend sa place et en exerce les fonctions. III. — Chaque loge doit avoir un livre qui renferme les décisions et tout ce qui mérite d'être noté, avec une liste des frères et des loges du même lieu. La préséance des loges se fonde sur leur ancienneté. IV. — Nulle loge ne doit sans une permission expresse du G.*. M.*, ou de son député recevoir au delà de cinq frères dans un même jour, ni en admettre aucun qui n'ait vingt-cinq ans accomplis et qui ne soit son propre maître. V. — Aucun frère ne saurait dans le même circuit être membre de plus que d'une loge ; il est permis, à la vérité, de l'adopter dans d'autres et de l'inviter aux différentes cependant laissé plusieurs incorrections trop difficiles à corriger sans altérer le sens. (1) Dans l'article présent et les suivants, les G.'. M.-, des loges particulières sont simplement nommés maîtres de loges, pour les distinguer du G.*. M.\ de la G.'. L.\ du pays ou de la province, laquelle est formée de tous les maîtres des loges et de leurs surveil- lants qui ne s'assemblent que pour régler les assemblées générales et pour délibérer sur des cas uniquement relatifs à la f.*.-m.\, le G.*. M.', n'ouvrant jamais ladite loge pour une réception qui ne peut avoir lieu que dans une loge ordinaire (note du manuscrit). 80 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE loges de réception et d'instruction, mais il peut être admis à aucune assemblée économique que hormis celle de la loge dont il est membre et de laquelle il a reçu l'habit. VI. — Personne ne saurait être adopté en qualité de membre d'une loge s'il n'a été annoncé un mois d'avance, de façon qu'on ait eu tout le temps nécessaire de prendre des informations de son caractère moral ; le G.\ M.*, peut seul néanmoins dispenser de cette règle. Les loges ont coutume pour procurer une telle dispense à un frère qui voyage dans les pays étrangers de le munir, à sa réquisition, d'une lettre de recommandation. VII. — Nul ne peut être reçu membre d'une loge sans le consentement unanime de tous les frères qui sont présents lorsqu'on le propose. C'est un droit qui n'admet aucune dispense, et le maître de la loge ne saurait déclarer une élection pour valable, tant qu'un frère refuse d'y donner sa voix et en allègue de bonnes raisons ; car, si l'on forçait une loge de recevoir en qualité de membre quelqu'un qui ne fût pas généralement agréé de tous, le mécontentement qui en résulterait préjudicierait à l'union et à la liberté si néces- saires aux frères ouvriers, et pourrait ainsi causer la des- truction de la loge, ce que tout bon frère doit soigneusement prévenir. VIII. — On ne doit jamais accorder l'entrée de la loge à un frère visiteur, quand même il serait instruit de l'art de la maçonnerie, si, préalablement, il n'est reconnu comme véritable maçon ou recommandé de sa loge, ou de quelque frère. IX. — Tout frère qui a été reçu maçon ou qui a obtenu le droit de bourgeoisie dans une loge, est tenu de la vêtir, c'est-à-dire qu'il doit, à proportion de ses facultés et selon l'exigence des cas, fournir quelque chose aux besoins et à l'entretien de la loge, et s'engager de plus à se conformer aux usages et aux statuts de la loge qui lui seront communi- qués en temps et lieu. X. — Aucune société de maçons ni aucun frère en parti- culier ne doit se séparer de sa loge, à moins qu'elle ne soit trop nombreuse, et, alors, la dispense du G.*. M.*, ou de son l'organisation primitive ; son évolution 81 député est pourtant requise ; mais si, après l'avoir obtenue, ils se séparent, il faut qu'ils entrent dans une loge légale, ou qu'en se réunissant ils en forment une nouvelle avec la permission du G.". M.*. XI. — Lorsqu'une société de maçons se réunit pour for- mer une loge, sans en avoir le droit ou la permission du G.'. M.*., les autres loges ne sont nullement obligées de les reconnaître pour de vrais f.\ -m.'., encore moins d'approuver leurs ouvrages et leurs décisions ; ils doivent, au contraire, les regarder comme des séditieux jusqu'à ce qu'ils se soient soumis à la vraie loge et aux ordonnances du G.*. M.'., et que celui-ci, après avoir donné son approbation à leur ouvrage, en ait fait part à toutes les loges légales. XII. — Tout frère qui, sans y être autorisé, a donné à d'autres le grade de maçon, ne doit être admis dans aucune loge, ni comme membre, ni comme visiteur, jusqu'à ce qu'il ait expié sa faute ; néanmoins, un frère qui a été reçu de cette façon peut obtenir l'entrée de la loge pour qu'elle l'en juge digne et que tous les frères y donnent leur consen- tement. XIII. — Ceux qui ont érigé sans permission une loge ne doivent point être reçus dans aucune loge légale, à moins qu'ils n'aient reconnu avec soumission leur faute et qu'ils n'en aient obtenu le pardon. XIV. — Si une loge n'a pas travaillé ou qu'elle ne se soit point assemblée pendant douze mois, elle est censée être supprimée, et si elle veut être comptée de nouveau au nombre des loges régulières, elle perd pourtant son ancien- neté, qui ne court que du moment qu'elle a recommencé à travailler. XV. — Comme on a appris que des loges ont été établies en différents endroits très illégalement, sans autorité, ni le consentement d'aucun G.*. M.*., il a été conclu que ceux qui déshonorent l'art de cette façon, ne pourront jamais avoir aucun office, soit dans les grandes ou particulières loges, et qu'ils ne doivent point s'attendre d'obtenir des secours, dans le besoin, d'aucune loge dûment constituée. LA FRANC -MAÇONNERIE. — T. I. 6 82 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE XVI. — Si un frère s'oublie au point que la loge ait sujet d'être mécontente de lui, le maître et les frères surveillants sont tenus de l'exhorter par deux fois en pleine loge de rentrer en son devoir ; mais, au cas qu'il refuse d'obéir et de se soumettre à la volonté des frères, la loge est en droit d'agir avec lui conformément aux lois, ou, si le maître et les frères le jugent à propos, de renvoyer l'affaire à la G.'. L.\ XVII. — Quand une loge particulière renvoie une affaire à la G.*. L.\, on en dresse l'instruction par écrit à la pluralité des voix, en présence du maître et des surveillants de la loge, et on y donne l'approbation, à moins que la loge ne charge ceux-ci d'en faire le rapport de bouche. XVIII. — Les loges ouvrières doivent être, autant qu'il est possible, uniformes dans leurs ouvrages ; dans cette vue, il faut invoquer souvent des frères experts en qualité de visiteurs, afin d'avoir l'œil que l'on travaille partout sur les mêmes modèles. XIX. — La G.*. L.\ est composée de tous les maîtres et des frères surveillants des loges particulières; elle a, de plus, son G.'. M.'., son député et ses grands surveillants ; aucun frère ne saurait y être admis, à moins qu'il ne soit membre de ladite loge. Dans tout ce qui s'y décide, chaque mem- bre a sa voix et le G.*. M.*, en a deux, excepté dans le cas où l'affaire est entièrement remise à sa décision. XX. — Outre les assemblées extraordinaires, qui peuvent avoir lieu de temps à autre, la G.'. L.\ s'assemble réguliè- rement sept fois par an, savoir : tous les quartiers, et trois fois aux grandes fêtes de l'ordre. XXI. — Aucune nouvelle loge n'est reconnue et on n'ad- met point ses trois officiers à la grande loge, si, première- ment, elle n'a été légalement constituée en présence de la G.'. L.\ et après qu'on en a fait part aux autres loges. XXII. — Généralement tous ceux qui ont été ou qui sont encore grands maîtres, députés ou surveillants, sont tou- jours membres de la G.-. L.\ et y ont leur voix. XXIII. — Les maîtres des loges particulières et leurs surveillants se rendent toujours à la G.'. L.*. avec leurs l'organisation primitive ; SON évolution 83 ornements au cou. On accorda cependant en 1728, le 26 no- vembre, l'entrée à un des trois officiers, quoiqu'il ne fût pas décoré de son ornement, qu'il avait remis en garde à un frère qui était absent Lorsqu'un de ces officiers a quelque raison qui l'empêche de se rendre à la G.*. L.\, il lui est permis de s'y faire représenter par un frère maître qu'il charge de son ornement, mais il faut que le frère qu'il choi- sit ait été antérieurement officier qualifié pour être membre de la G.*. L.\ XXIV. — Il faut qu'aux assemblées de la G.*. L.\, qui se tiennent tous les trois mois, toutes les affaires qui regardent la fraternité ou l'ordre en général, de même que celles qui concernent les loges particulières, ou quelques frères en particulier, y soient traitées et décidées avec beaucoup de réflexion, d'union et d'amitié. On y termine ces différends que l'on n'a pas pu finir dans les loges particulières, et si un frère n'est pas content de ce qu'on y décide, il est Iç maître d'en appeler à la première assemblée du quartier, ou trimestre suivant, et d'y faire remettre son appel par écrit. XXV. — Aux grands jours de fête, on ne reçoit ni deman- des, ni appels, ni quoi que ce soit qui paraisse troubler la concorde ou le plaisir de ces jours. XXVI. — Le G.'. M.*, nomme tous les ans le secrétaire, le trésorier, l'orateur et le maître des cérémonies, ou bien il confirme à son introduction les précédents en leur remet- tant à cette occasion les livres et les marques de leurs dignités. XXVII. — Quoique le trésorier ait sa voix en toutes occa- sions, il ne peut cependant la donner à l'élection d'un G.'. M.*, et des surveillants. XXVIII. — Quand un G.'. M.*., un maître de loge et le député sont absents, alors un ci-devant G.*. M.', ou député prend le marteau. En absence d'un plus ancien G.'. M.*., il est représenté par le grand surveillant, à son défaut par le second, et au cas que celui-ci manque encore, par un ci- devant grand surveillant ; mais si tous ceux-ci manquaient, le plus ancien maître de la loge prendrait sa place, et dans une loge particulière le plus ancien maître. 84 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE XXIX. — Dans l'absence des grands surveillants ou des surveillants ordinaires, les ci-devant grands surveillants ou surveillants ordinaires prennent leurs places, et lorsqu'ils n'y sont pas, le G.'. M.', ou le député nomment quelque frère pour exercer leurs fonctions pro tempore. XXX. — Tant pour la commodité du G.*. M.*, et des maîtres des loges que pour le maintien de l'honneur et de la dignité des députés, on a trouvé bon que les surveillants (à moins que l'affaire ne soit de conséquence), quand ils auront quelque chose à annoncer, s'adressent aux députés, et que ce ne sera que sur le refus de ceux-ci de proposer le cas, que les surveillants s'adresseront au G.*. M.*. XXXI. — Quand il survient quelque différend entre le député et les surveillants ou d'autres frères, il faut que les deux parties, après en être convenues, aillent au G.'. M.", qui aplanit les difficultés ; ceci n'est encore jamais arrivé et le G.*. M.\ a exercé de tous temps des droits, plus par amitié générale qu'en vertu de son autorité. XXXII. — Le G.*. M.*, ni les officiers de la G.*. L.\ ne peuvent exercer en même temps les fonctions de maître ou d'officiers d'une loge particulière ; mais dès qu'ils se démet- tent de celles qu'ils exercent dans la grande, ils reprennent de nouveau, dans les loges auxquelles ils sont attachés, les fonctions qu'ils exerçaient précédemment. XXXIII. — Un grand officier, lorsqu'il est officier d'une loge particulière, n'est point privé des droits attachés à la place qu'il occupe dans la loge particulière et, en consé- quence, il charge un des frères qualifiés (quand il est absent) de le représenter pro tempore à la G.'. L.\ si la nécessité l'exige. XXXIV. — Si un G.'. M.*, abusait de ses droits et qu'il se rendît indigne de l'obéissance et du dévouement de la loge, il faudrait alors procéder contre lui, selon les nouvelles ordonnances que l'on ferait en pareil cas, car jusqu'ici elles n'ont pas été nécessaires. L'ancienne société desf.'.-m.*. est aussi fermement et pleinement persuadée qu'il ne sera jamais question de faire une telle ordonnance. XXXV. — Il faut que le G.'. M.*, avec ses confrères fasse, l'organisation primitive ; SON ÉVOLUTION 85 pendant qu'il est en charge, au moins une fois, la visite de toutes les loges particulières qui sont de son ressort. XXXVI. — Cet ancien et très louable usage rend un député indispensablement nécessaire au G.". M.'., qui peut de temps en temps lui céder sa place et lui confier son autorité lorsqu'on érige une nouvelle loge. XXXVII. — Les frères de toutes les loges et tous les vrais maçons dispersés sont tenus de s'assembler chacun en son lieu pour la célébration générale d'un jour dont on a fait choix, qui est celui de la fête de St Jean-Baptiste. XXXVIII. — Si des empêchements ne permettent pas de célébrer ce jour, il faudra pourtant s'assembler afin de pro- céder à la nomination du G.\ M.\ de la G. . L.\ XXXIX. — Chaque loge doit avoir son jour de fête parti- culière ; mais il ne faut pas prendre celui de la fête générale, auquel les frères de toutes les loges se rassemblent. XL. — Lorsque le G.*. M.*, et la loge jugent à propos de célébrer la grande fête selon l'ancien usage maçonnique, les grands surveillants font distribuer des billets d'invitation avec le sceau du G.*. M.', et ont soin, conjointement avec ceux que les loges ont nommés pour cet effet, de faire acheter et préparer tout ce qui est nécessaire pour la célé- bration de ce jour. XLI. — On ne doit point tirer de vin ce jour-là avant que le repas ne soit prêt ; après 8 heures du soir on ne donne plus de vin ni aucune liqueur forte. XLII. — Les entrées des appartements destinés au travail sont couverts et gardés par des bons frères tuileurs et ser- vants dont on a éprouvé la fidélité, ils ont l'œil à tout afin de prévenir le désordre. XLIII. — On doit prendre de bons frères pour le service parce qu'il n'est pas permis de se servir ce jour de personne qui ne soit vrai maçon, afin de jouir de toute la liberté possible. XLIV. — On nomme des frères de toutes les loges pour recevoir ceux qui arrivent, prendre les billets, faire les 86 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE honneurs, introduire, ou refuser l'entrée, selon que les cir- constances l'exigent ; il ne leur est cependant point permis de renvoyer quelqu'un sans en exposer les motifs à tous les frères de la loge, afin de prévenir tout mécontentement et qu'un vrai frère ne soit exclu et qu'un faux frère ou un trom- peur ne soit admis. Ceux qui sont chargés de ce soin se rendent de bonne heure à l'endroit de l'assignation avant ceux qui ont des billets et avant les visiteurs. XLV. — Les membres de la G. • . L. • . se rendent avant le repas, de bonne heure, à la place assignée et se séparent avec le G.\ M.*, des autres frères pour délibérer pendant quelque temps sur les points suivants : 1° Pour recevoir les appels, et après avoir pesé les raisons alléguées de part et d'autre, de chercher s'il est possible de réconcilier encore avant le repas les frères qui sont en diffé- rend, ou de renvoyer l'affaire à un temps plus convenable. 2° De prévenir les disputes et les désordres qui pour- raient avoir lieu ce jour-là et de régler en général tout de façon que rien ne trouble l'union et le plaisir de la société. 3° De tenir conseil sur ce qui est relatif au décorum, afin que rien ne se passe dans une aussi nombreuse assemblée qui soit contre les mœurs et la bienséance. XLVI. — Il n'y a pas fort longtemps, le 25 novembre 1723, qu'il fut décidé de ne point recevoir d'appel le jour de la grande fête. Anciennement les frères s'assemblaient le jour de la St-Jean, au lever du soleil, dans un couvent, ou sur une haute montagne dans le voisinage, et après y avoir élu les grands officiers, ils se rendaient au lieu de la fête qui était ordinairement aussi dans un couvent ou dans la maison d'un maçon distingué, ou bien dans une auberge spacieuse et bien construite. Quelquefois les maîtres des loges et les surveillants des loges particulières y attendaient à l'entrée le G.-. M.*, et sa suite, pour le recevoir, le complimenter et l'introduire dans la loge. Mais, souvent aussi, le G.'. M.*, y précédait les frères et députait ses surveillants pour les inviter à entrer. On peut faire l'un et l'autre, il faut seule- ment que la loge soit en ordre avant le repas. XLVII. — Quand ceci est fait, le G.'. M.*., les grands sur- veillants et grands officiers se retirent pour peu de temps et l'organisation primitive ; son évolution 87 laissent les maîtres et les surveillants des loges particulières enliberté d'élire un nouveau G.'. M.*, ou de confirmer le pré- cédent (s'entend, si l'élection n'est pas déjà faite). Si, par un consentement unanime, le précédent est confirmé, on l'in- vite de rentrer et on le prie, avec les témoignages de respect qui lui sont dus, de faire l'honneur à la société d'exercer encore, pendant un an, les fonctions de sa charge et, après le repas, on fait savoir qu'il a repris ou refusé le gouverne- ment, car ce n'est qu'alors qu'un des ci-devant G.*. M.', le déclare à l'assemblée. Il fut conclu en 1720, le 27 décembre, que l'on élirait à l'avenir le G.'. M.*, quelques jours avant la grande fête et que le nouveau G. '.M.*., ayant celui qui sort de charge à sa gauche, se rendrait à la fête, de façon que l'élection dont on vient de parler ne serait simplement qu'une nouvelle con- firmation ou une simple cérémonie. XLVIII. — On se met ensuite à table et, après s'être levé, on ouvre la G.". L.\ en présence de tous les frères assemblés. XLIX. — Quand le précédent G.*. M.', a été requis avant le repas de rester en charge pour l'année suivante et qu'il a accepté, un frère nommé à cet effet expose à l'assemblée les avantages dont on a joui sous le gouvernement dudit G.*. M.*, et, en s'adressant à lui-même, il le prie, au nom de la G.'. L.\, de faire l'honneur aux frères d'être encore leur G.'. M.", pour l'année suivante, et, après qu'il a donné son consentement par le signe d'approbation, celui qui en a le droit, le déclare à haute voix G.*. M.*. ; tous les frères le saluent selon l'usage et vont à lui séparément lui témoigner leur joie ; après quoi chacun se rend à sa place. L. — Mais, au cas que les maîtres des loges et les frères surveillants n'eussentpas requis ce jour-là ou antérieurement le G.. M.*, de garder sa place ou qu'il eût refusé de la garder, alors celui-ci déclare le frère qui lui succède par élection, et dès que la loge y a donné son consentement unanime, on procède de la même manière que l'on vient de dire dans l'article précédent. LI. — Si l'élection d'un G.'. M.*, n'est pas unanimement approuvée, les maîtres des loges et les surveillants y pro- 88 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE cèdent une seconde fois, et si on rejette encore celle-ci, il faut prier instamment pour la troisième fois le G.*. M. \ de l'année précédente de garder le marteau, ce qu'il ne saurait refuser alors. LU. — La susdite élection se fait par le sort de la manière suivante : chaque maître de loge, député ou surveil- lant, écrit le nom de son candidat sur un papier et celui qui est le G.'. M.', pour l'année suivante (sic). LUI. — Dès que le G.'. M.', a été confirmé ou que le nou- veau a été installé et assis dans la chaise de Salomon, il nomme d'abord son député, qui est aussitôt proclamé, salué et installé par l'autre. Ensuite il nomme les frères grands surveillants qui doivent également être unanimement approuvés par la G.'. L.\ et installés par le sort, au cas que la susmentionnée élection n'ait pas été confirmée. Il nomme de plus ses autres officiers qui prennent leurs places. Pour conclusion, les maîtres de loges présentent leurs frères surveillants nommés dans leurs loges, ou élus par le sort, lesquels, en qualité de membres de la G.'. L.\, sont reçus et félicités de la façon ordinaire. LIV. — Si le frère que le G.*. M.*, nomme son succes- seur ne peut être présent à l'assemblée, soit pour cause de maladie, ou par d'autres raisons, il ne saurait être proclamé G.*. M.*, à moins que l'ancien G.*. M.*, ou quelque autre maître de loge n'assure, sur sa parole de maçon, que le susdit, nommé ou élu, accepte la charge en question et, dans ce cas, le précédent G.*. M.*, nomme en qualité de plénipotentiaire, le député et les frères grands surveillants, ainsi que les autres grands officiers, car les places ne peu- vent demeurer vacantes; il reçoit aussi, au nom du G.*. M.'. en charge les hommages des frères de la façon usitée. Le précédent G.*. M.-, ou un des anciens G*. M.*, est plénipo- tentiaire du nouveau, jusqu'à ce que celui-ci ait occupé la chaise, car le député ou les grands surveillants ne sauraient occuper sa place, à moins que ce ne soit par son ordre ex- près. Au reste, il remet en personne entre les mains du nouveau G.\ M.', l'ornement et les outils. LV. — A la suite de ceci, le G.*. M.\ permet aux frères l'organisation primitive ; son évolution 89 qui sont présents de proposer quelque chose pour le bien de l'ordre, et Ton décide en conséquence ou l'on renvoie les affaires à la première assemblée ordinaire ou extraordinaire de la G.'. L.\ LVI. — Ensuite, le G.*. M.*., son député ou un autre qui en est chargé, adresse aux frères des exhortations con- venables. LVII. — Après cela, on peut porter les santés ordinaires et entonner les chansons des f.\-m.\ avec l'accompagne- ment de la musique, et, lorsque tout ce qui est relatif aux devoirs et aux obligations du G.'. M.*, et des surveillants a été mis sur le tapis, et qu'on a délibéré sur ces objets, il est libre à chaque frère de se retirer, ou de demeurer, pourvu seulement que la loge se ferme de bonne heure. LVIII — Le maître d'une loge particulière est constam- ment maître de la loge qu'il a créée, soit en vertu de son droit, ou par permission de la G.*. L.*., ou parce qu'il a été appelé. Lorsqu'il en résigne le gouvernement, il peut le remettre à qui il veut, à moins qu'il ne préfère que les frères élisent son successeur par le sort. Il nomme ou confirme tous les ans son député, ses surveillants, après le consente- ment préalable de la loge, ou, en cas qu'il soit refusé, par le sort. Au reste, ces ordonnances générales ont lieu pour les loges particulières dans tous les cas. LIX. — Lorsqu'une loge particulière étant trop nom- breuse prend le parti de se séparer (car la séparation ne peut avoir lieu dans la G.'. L.*.) elle doit en faire part au maître de la loge, qui demande en conséquence le signe d'approbation de sa loge, lequel doit être unanime pour cet effet ; il communique ensuite sa décision à la G.*. L.*., en requiert le consentement et la prie de créer une nouvelle loge quand les frères qui se séparent ont élu préalable- ment leur maître et que celui-ci a été agréé par la loge mère ou par le G.". M.*, du pays. LX. — Aussitôt que la séparation est faite et qu'une nou- velle loge a été établie, l'ancienne ne peut demander aucun privilège à la nouvelle, ni celle-ci à l'autre, et un membre de l'une ne saurait être membre de l'autre en même temps. 90 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE LXI. — Quand le G.'. M.', frappe le troisième coup de marteau, tout doit être dans un profond silence dans la loge, et quiconque y manque est puni sur-le-champ, LXII. — Nul frère ne peut être admis à la G.*. L.\ sans en être membre, à moins qu'il ne fût obligé de comparaître pour quelque affaire, comme suppléant ou comme témoin, ou qu'on eût été forcé de le faire appeler pour donner des explications et des éclaircissements dans un cas particu- lier. LXIII. — Personne, excepté ceux qui ont quelque office, n'ose changer de place pendant les délibérations et l'ou- vrage (sic). LXIV. — Il n'est pas permis à un frère de parler plus d'une fois, sur le même objet, si ce n'est pour donner des éclaircissements et après avoir obtenu la permission du maître de la loge. LXV. — Nul ne doit parler sans permission et qu'après s'être levé et tourné du côté de la chaise ; personne n'ose interrompre un frère qui parle ; mais lorsqu'il s'écarte de son sujet, le maître est en droit de le redresser, sur quoi il s'assied jusqu'à ce qu'il ait obtenu de nouveau la permission de poursuivre son discours. LXVI. — Si quelqu'un contrevient deux fois aux ordon- nances dans un même jour et qu'il récidive pour la troisième, on lui ordonne sérieusement de s'absenter ce jour-là de la loge. LXVII. — Si quelqu'un se moque d'un frère ou qu'il tourne en ridicule ce qu'il propose, il doit être exclu de la société des frères et déclaré indigne de devenir jamais membre de la G.*. L.\, à moins qu'il ne reconnaisse sa faute et qu'il n'en ait obtenu le pardon. LXVIII. — On ne doit traiter aucun sujet dans la loge qui n'ait déjà été communiqué par écrit au G.'. M.., et après qu'il y a réfléchi les frères peuvent en porter leur jugement et le G.'. M.*, propose le pour et le contre. LXIX. — Le 26 novembre 1728, l'office d'intendant ou L'ORGANISATION PRIMITIVE ; SON ÉVOLUTION 91 de steward, qui pendant quelques années avait été hors d'usage, fut rétabli et a été conservé depuis à cause de son utilité : car c'est sur lui que roule particulièrement le soin de faire les préparatifs et les arrangements nécessaires pour les grandes fêtes. Vu donc le pénible de cette charge et l'avantage que les frères en retirent, il fut conclu que, pour éviter à l'avenir toutes disputes et altercations assez fré- quentes dans de pareilles occasions, on confierait entière- ment aux susdits frères stewards le soin de régler en géné- ral tout ce qui concerne les fêtes et de plus on leur donna par reconnaissance, le 24 juin 1735, le droit déformer et d'établir une loge particulière (1), et on statua : 1° Que cette loge serait inscrite dans tous les livres et dans toutes les listes de la G.*. L.\ sous le nom de Loge intendante ou de stewards. 2° On leur accorda le privilège d'envoyer douze frères à la G.*. L.\ en qualité de syndics, savoir : le maître, les deux surveillants de leur loge, avec neuf frères dont cha- cun aurait sa voix. 3° On les décora d'un cordon rouge, en ajoutant la per- mission d'avoir une doublure de soie rouge à leurs tabliers, avec défense à toute autre loge de porter le même habit. 4° Les frères de la loge de stewards (à l'exception du maître et des frères surveillants) n'ont point de voix dans la G.*. L.'., hormis dans les cas économiques. 5° Cette loge reçoit l'argent pour les jours de fêtes et prend soin des arrangements ; mais si les frais ne suffisent pas, leur loge est aussi obligée d'y suppléer, sans que cela retombe à la charge des autres loges. Depuis que cette loge est établie, elle s'est toujours chargée seule du soin de régler ce qu'il faut pour le jour de la grande fête. LXX. — Toute G.*. L.\ a pleinement droit et autorité de faire pour le soutien de l'ancienne société maçonnique de nouvelles ordonnances et de changer celles-ci, de façon pourtant que les anciennes ordonnances ne soient point lésées et que les nouveaux statuts que l'on pourrait établir soient présentés par écrit dans une des premières assem- (1)A la Corne d'abondance ; cette loge figure sous le tableau de Steele. 92 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE blées à la délibération des frères, et cela avant le jour de la grande fête, car le consentement unanime de tous les frères est indispensablement nécessaire pour donner aux susdites ordonnances force de loi ; dans cette vue, on doit demander solennellement ce consentement d'abord après le repas : au reste, il n'est permis à qui que ce soit, ni à au- cune société, de faire de sa propre autorité une innovation quelconque dans la rue. LXXI. — En conséquence d'une décision et déclaration donnée en bonne forme le 25 novembre 1723, toute loge légalement assemblée a droit de perfectionner ou d'adapter aux circonstances particulières les ordonnances contenues dans le livre imprimé des constitutions, qui a paru par ordre de la G.*. L.\ d'Angleterre ; mais rien dans ce livre n'ose être altéré sans l'aveu de la plus ancienne loge ; et l'on ne doit point reconnaître dans aucune loge légale tel livre des constitutions qui aurait été ainsi réimprimé avec des changements. C'est avec cette organisation matérielle que s'installa la f.\-m.\ spéculative entre les années 1717 et 1723. Essayons maintenant de dégager de ces documents les parties essentielles qui peuvent faire comprendre les tendances et le but des fondateurs. Quelles étaient les bases de l'association maçonni- que? Quelle était sa portée pratique? Quelles pou- vaient être les conséquences philosophiques et sociales d'une semblable organisation ? Pour bien comprendre la portée de ces documents, il faut d'abord en dégager le sens symbolique qui cache le sens véritable. Les nouveaux maçons ne construisent plus pour des propriétaires, particuliers, collectivités ou Etats. Lors- qu'ils parlent des intérêts des propriétaires ou des seigneurs qui ont commandé le travail, il s'agit des chefs de l'ordre, ou mieux de l'ordre lui-même . l'organisation primitive ; son évolution 93 Lorsqu'ils font allusion au payement du travail, cela veut dire l'avancement de grade donné en récompense du zèle des initiés. Enfin il faut rapporter tous les con- seils, les approbations ou les désaveux à la f. '.-m.'. Le travail à faire, c'est l'organisation et le développe- ment de l'ordre; la construction du temple à édifier, la suppression par la mort de ceux qui y mettent obstacle, c'est le but philosophique et social de la maçonnerie à réaliser, en supprimant tout ce qui para- lyse les moyens d'y parvenir. Le maçon est obligé d'obéir à la loi morale, et ne pas être un athée stupide ou un libertin sans religion, veut dire qu'on doit obéir aux règlements maçonniques et croire à la religion de l'ordre. En ne prenant parti pour aucune des religions pratiquées ni pour aucune nation, cela veut dire que ces religions et ces nationa- lités doivent être indifférentes. On engage le maçon à n'entrer dans aucun complot contre les gouvernements existants quels qu'ils soient ; c'est leur enseigner l'indifférence en matière de sociétés civiles. Néanmoins, si un frère était rebelle à l'État, on ne pourrait l'exclure de la loge, c'est-à-dire qu'on devrait lui venir en aide. On ne doit initier aucune personne ayant une muti- lation pouvant l'empêcher d'apprendre l'art, et servir le seigneur de son maître : ceci veut dire qu'on ne peut recevoir aucun individu ayant des idées contraires aux dogmes maçonniques. Travailler honnêtement les jours ouvriers {sic) et vivre honorablement les dimanches et jours de fêtes veut dire : participer avec zèle aux travaux de l'ordre et s'abstenir les autres jours, même d'en parler. Tous les outils dont on se servira pour travailler 94 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE seront approuvés par la G.*. L.weut dire que tous les arguments dont on se servira, tous les dogmes qu'on in- voquera, devront être conformes à la doctrine de l'ordre. Vous devrez être circonspects dans vos paroles et dans vos démarches, en sorte que l'étranger le plus pénétrant ne puisse découvrir ou trouver ce qu'il n'est pas propre à entendre, et ne point faire connaître à vos parents et à vos amis ce qui concerne la loge veut dire : ne divulguez pas les secrets de l'ordre, même à vos parents et à vos amis. Les disputes entre f.\-m.\ doivent être jugées par le tribunal de la loge. Les maçons sont donc des sectateurs de la religion universelle, et ils sont en même temps de toutes les nations. Quant au procédé matériel à employer pour consti- tuer les chefs et les officiers de l'ordre, recevoir les initiés, les juger, les chasser ; quant aux décisions d'ordre général ou particulier à prendre pour la propa- gation ou la sécurité de l'ordre, tout cela est expliqué très en détail dans un document qui fait suite aux ordonnances générales et qui fait partie du manuscrit provenant du G.*. M.', le prince Murât. Ce document a pour titre : Lois du Ballottage, qui doit s'interpréter, probablement à la suite d'une tra- duction insuffisante, par : règles du scrutin. Il se com- pose de 22 articles : I. — Quand un étranger aspirant a obtenu le ballottage et qu'il est affirmatif en sa faveur, il est dès lors même en droit d'être reçu dans l'ordre. II. — Dans une loge d'élection et de ballottage, tous les frères doivent rester tranquillement assis à leurs places, et personne n'ose quitter la sienne, sous peine de l'amende ordonnée. l'organisation primitive ; son évolution 95 III. -r Tout aspirant accusé publiquement en justice d'adhérer à des opinions contraires à la vraie doctrine apos- tolique, ou chargé de vices honteux et de crimes contre na- ture, est exclu de Tordre par une seule balle noire. IV. — Si quelqu'un, après qu'on a ballotté en sa faveur, laisse écouler trois ans sans demander sa réception, on doit effacer son nom et il faut qu'il s'annonce de nouveau pour obtenir le ballottage. V. — Le fils d'un f.\-m.\ a le droit d'être reçupréféra- blement à des princes et à des rois et d'obtenir par consé- quent avant eux le ballottage, bien entendu s'il est doué des qualités requises à tout frère de l'ordre. VI. — Un étranger peut obtenir leballottage dans sa vingt- quatrième année, et le fils d'un f. '.-m.*, dans sa vingt et unième ; on peut même, si sa conduite est décente et d'un homme fait, fixer un terme à vingt et un pour le premier et à dix-huit pour le dernier ; mais jamais au-dessous, et Ton ne doit avoir que fort rarement une telle condescendance. VII. — Un frère ne doit jamais proposer quelqu'un pour frère servant, à moins que celui-ci n'ait été pour le moins trois ans à son service, de façon qu'il soit bien assuré de sa capacité et qu'il puisse en conséquence après le ballottage être son premier parrain . VIII. — Après avoir ballotté pour un étranger et lorsque la réception s'est trouvée en sa faveur, on nomme trois parrains, entre lesquels celui qui l'a proposé doit toujours être le premier. IX. — Tous les frères f.. -m.', en général peuvent pro- poser des étrangers aspirants, pourvu néanmoins que celui qui propose soit en état de s'acquitter des fonctions de premier parrain et qu'il ait assez de capacité et des lumières suffisantes pour instruire de ses devoirs et de ses obliga- tions celui qui doit être reçu ; c'est ici qu'un frère encore novice doit prendre garde de ne pas user de son droit avant qu'il se soit bien mis au fait de toutes les parties relatives aux instituts et travaux de notre ordre. X. — Quand toutes les voix ont été reconnues favorables, 96 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE c'est-à-dire que tous les cailloux se trouvent blancs, on félicite alors, selon la forme ordinaire, celui en faveur du- quel le ballottage s'est fait, en s'adressant pour cela à celui qui Ta proposé. XI. — Lorsqu'il se trouve une seule balle noire, le G.*. M.', déclare que la réception aura lieu sans qu'il soit nécessaire de s'informer qui est le frère qui a mis la balle noire. XII. — Deux balles noires n'empêchent pas que la récep- tion ne soit également déclarée bonne ; il faut seulement alors que la loge en reconnaisse une, et le G.*. M.*, selon son droit, l'autre pour bonne ; dans ce cas on ne demande pas de savoir pourquoi on a mis les balles noires. XIII. — Trouve-t-on trois balles noires, la réception est remise jusqu'à la première assemblée, afin que, dans cet intervalle, ceux qui ont mis les balles noires puissent allé- guer au G.*. M.\ les motifs qui les y ont déterminés. Celui- ci indique ensuite à la loge le jour qu'elle doit s'assembler de nouveau. XIV. — Dans le cas de 4 ou 5 balles noires, la réception est retardée de six semaines, si avant la première assemblée on déclare au G.*. M.*, les raisons qui les ont fait mettre. XV. — Lorsqu'il se trouve 6 ou 7 balles noires et que l'on indique les motifs avant le premier jour de loge, la réception est renvoyée à trois mois . XVI. — Y a t-il plus de 7 balles noires et se trouve-t-il sept frères qui en donnent des raisons valables, alors l'as- pirant est exclu pour toujours, ce dont alors on fait part à toutes les loges. XVII. — Quand il y a plus de 7 balles noires, mais que sept frères n'allèguent aucun motif pourquoi on les y a mises et que d'ailleurs ces balles n'excèdent pas le tiers des frères qui sont présents, alors la réception peut néanmoins être déclarée favorable après trois mois. XVIII. — Si aucun des frères qui ont mis les balles noires ne s'annonce dans le terme prescrit et suivant le l'organisation primitive ; son évolution 97 nombre que les § 13, 14, 15, 16 et 17 déterminent, la loge déclare alors la réception pour bonne, pourvu néanmoins que le nombre des balles noires n'excède pas le tiers des frères présents dans la loge . XIX. Nul G. * . M. • . n'ose, sans manquer à sa foi et à sa fidé- lité de f.*.-m.\, nommer un frère qui a mis une balle noire, si celui-ci ne le souhaite lui-même dans la loge, et cela, sous peine de perdre sa place de G.'. M.*, et d'être exclu pour trois ans des loges de f.'.-m.*. XX. — On ne refuse jamais le ballottage à un étranger as- pirant, à moins qu'il n'ait été déjà annoncé dans une autre loge et qu'il en soit protégé ; c'est pourquoi les secrétaires des loges doivent s'informer mutuellement des ballottages ; mais si, par erreur, on avait ballotté en deux endroits diffé- rents, alors la loge qui la première a accordé le scrutin à un aspirant, a exclusivement le droit de le recevoir. XXI. — Si, par méprise, on avait mis une ou plusieurs balles noires, les frères qui se sont trompés peuvent, après une permission préalable, le dire et déclarer alors ainsi leur balle blanche. XXII. — Le G.'. M.*., avec ses six officiers, ont droit de renvoyer le ballottage de quelqu'un à un autre temps, afin de ne pas l'exposer, lorsqu'ils peuvent prévoir que les voix ne seraient pas favorables. Il faut le reconnaître, tous ces statuts, devoirs, règlements, sont rédigés avec le plus grand soin, étu- diés avec la plus profonde habileté, pour assurer la continuité de l'Ordre, son expansion, sa régularité et la conservation de son secret des premiers jours. Alors que le but dissimulé était d'étudier, en dehors de toute confession régulière, les rapports de l'homme avec la création, ainsi que nous l'avons dit, cette question devint secondaire, épuisée, lorsque la maçonnerie en LÀ FRANC MAÇONNERIE. — T. I. 7 98 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE arriva au panthéisme et au naturalisme ; mais les prin- cipes qui avaient présidé à son organisation maté- rielle se développèrent rapidement et prirent, à l'insu même des maçons, une importance prépondérante ; avant même que l'idée de Dieu ait été bannie de leurs doctrines, les idées d'égalité sociale imprégnèrent leurs mentalités, à tel point qu'elles se manifestèrent avant leurs idées antireligieuses, qui triomphèrent à leur tour, non pas comme unique but de la maçonnerie, mais comme conséquence de l'application de leurs théories d'égalité à l'au-delà, après les avoir appli- quées dans la vie sociale et politique ; non seulement ils s'imprégnèrent, mais encore ils firent adopter leurs doctrines à la France et à l'Europe entière, à ce point que, de nos jours, il faut n'avoir aucune aspiration politique en vue pour oser attaquer de front ce qu'on est convenu, bien à tort, d'appeler le secret de la f.\-m.\, devenu la raison d'être des sociétés nouvelles. Comment cette idée d'égalité se développa-t-elle au point de devenir le fondement essentiel de la doctrine maçonnique? Cette évolution peut s'expliquer par l'habitude et l'abus constant, ainsi que par les dis- cussions continuelles dont l'application de ces prin- cipes d'égalité fut le prétexte lorsqu'on introduisit, pour des besoins financiers ou pour la propagande, des nouveaux adeptes recrutés dans un monde de gens d'intelligence et d'éducation plus vulgaires que les maçons primitifs. Les plus humbles tenaient avec férocité à être traités sur le même pied que les hommes de plus haut rang par la naissance, par le savoir ou par la fortune. Les luttes de loge à loge pour avoir la préséance en raison de leur ancienneté n'y furent pas non plus étrangères. Ne suffit-il pas aussi qu'une idée flatte les mauvais instincts de l'homme, son l'organisation primitive ; son évolution 99 orgueil, son envie ou sa haine pour qu'elle soit accueillie avec faveur? Les mots de liberté, égalité, fraternité sont bien en effet des étiquettes maçonniques. Ce sont bien les vertus que les maçons doivent pratiquer entre eux, mais entre eux seulement. Le profane, en effet, celui qui est dans les ténèbres, fait partie d'une humanité différente du monde ma- çonnique ; lui n'est pas un égal ; c'est à peine si le maçon le considère comme une plante de la vaste pépi- nière dans laquelle il sélectionne ses rejetons ; mais, afin de déterminer les vocations, il contamine la pépi- nière entière, en la développant en vue des doctrines qui doivent dominer en lui ; en faisant naître chez le profane des doutes au sujet de ses croyances reli- gieuses, il le conduit ainsi à la religion maçonnique. Le maçon est organisé pour agir, le profane ne l'est pas ; le premier, quoique insignifiant comme nombre, doit triompher du second ! C'est fatal. Tous les initiés concourent au même but, les autres suivent des voies différentes et sont isolées ; autre source de succès pour l'Ordre. Mais aussi combien parfaite est son organisation ! Avec quel soin jaloux tous les éléments de discorde ont été prévus ; avec quelle habileté ils sont paralysés ! Quelle connaissance du cœur humain, de ses faiblesses et de ses vices ! Combien les profanes devraient lire et méditer l'organisation matérielle de la maçonnerie ! C'est sa seule force et c'est ce qu'on peut appeler son secret. Aussi quel travail ont accompli les fils d'Hiram depuis deux siècles qu'ils sont fortement organisés ! Pendant que leurs adversaires effarés s'attardent à se moquer de leurs outils, de leurs atours, de leurs cérémonies initiatiques, qui ne sont que la parade du mystère 100 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE social qui se joue derrière leurs tréteaux, pendant qu'ils s'épuisent à la recherche d'un secret qu'ils ne peuvent imaginer, le maçon construit son Temple ; au moindre danger il interrompt ses travaux, il disparaît; on le croit dompté, il s'organise pour un nouveau combat ; on le croit mort, il sommeille. Le maçon a tout prévu, tout, sauf le Dieu créateur, sauf le grain de sable lancé par la Providence, atome de l'univers, plus puissant que l'humanité. Aussi, comme il le craint ce Dieu de miséricorde et de justice, comme il l'attaque 1 Seul obstacle à son triomphe final et définitif, il ne faut pas que ce Dieu soit ; c'est avec rage qu'il nie son exis- tence. Sous sa férule impitoyable, comme l'humanité qui croyait a été précipitée dans le Temple du Néant ! N'assistons-nous pas, en réalité et non au figuré, à la réalisation du rêve de Thomas Morus ? A côté des théories philosophiques modernes, celles des kabbalis- tes, des théosophes, des cacomages, ne sont-elles pas plus voisines de celles des Pères de l'Eglise, que celles de ceux qui, sous prétexte de sagesse pratique, se posent en défenseurs du rationalisme ou du natura- lisme pur? Tout en invoquant la possibilité d'avoir une solution dans le sens chrétien et même catholique, certaines doctrines modernistes sont-elles moins dange- reuses que celles de Saint-Martin, de Swedenborg ou de Willermoz ? Sont-elles moins dangereuses surtout que celles que préconisent les plus modérés d'entre les f.\-m.\ delà fin du xixe siècle, ignorants peut-être de certaines choses de leur art, mais d'une mentalité suffisamment maçonnique pour ne pas être en contradiction avec les doctrines de leur ordre, parmi lequel ils ont des adeptes complètement convaincus ? Nous voulons parler des ff.\ Findel, Ragon et l'organisation primitive ; SON évolution 101 Jouaust, qui passent dans le monde du Grand Orient pour les seuls véritables auteurs maçonniques, et des ff.\ Daruty et Oswald Wirth, qui ont le même crédit auprès des loges écossaises. Voyons ce que disent les uns et les autres. Findel (1) se fait l'écho d'un autre écrivain maçon- nique dont il adopte les définitions. A certains égards, c'est du Raymond Lulle et du Paracelse. D'après Seydel, dit-il, la maçonnerie, en tant que dis- position de 1 'âme, peut être assimilée au sentiment religieux ; la dévotion, la ferveur dans la prière, est une disposition toute maçonnique. La prière est l'acte du renoncement, de l'abandon, de l'abnégation complète de soi en présence du Dieu saint et éternel. Dans l'âme humaine il y a deux tendances qui se combattent ou se concilient : le sentiment de la person- nalité ou égoïsme et le sentiment idéal ou religieux. Or, le sentiment religieux est hors de soi, car ce qui constitue le bien est la négation du moi devant une puissance idéale que la religion appelle Dieu, et le mal consiste dans l'empire absolu du moi : « La f.\-m.\ est donc cette disposition de l'âme pour laquelle la tendance idéale, ou vers le bien, domine sur le penchant contraire, et cette domination de la tendance idéale, obtenue à un degré quelconque, est la seule condition nécessaire pour faire partie de la f.\-m.\ » La société maçonnique n'est pas la réalisation d'un plan déterminé, c'est une institution en voie de dévelop- pement et d'extension. (1) Histoire de la F.\-Jf.\, I, p. 13 et suiv. 102 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE L'idéal poursuivi, c'est la situation par laquelle la volonté de Dieu est devenue la volonté de tous. Comme la f.-.-m.*. travaille à faire de ses adeptes des hommes de bien, elle les forme également et nécessairement à devenir des membres fervents de leurs religions res- pectives. Il proteste donc contre le reproche fait à la f.\-m.\ de favoriser l'indifférence en matière de reli- gion. Et il explique que les loges régulièrementconstituées portent le nom de loges de Saint-Jean, parce qu'elles honorent le saint précurseur comme leur patron dans les trois grades d'élèves, d'ouvriers et de maîtres. Les principaux emblèmes de la f.*.-m.\ sont ceux de la profession de véritables maçons, dont le but est de construire le temple de Salomon ; chaque maçon doit tendre vers la lumière, la vérité et la vertu ; d'autres emblèmes sont tirés de la Bible, des mystères anciens et des écrits des Rose-Croix. Dans les œuvres du frère Ragon (1), la f.\-m.\ a pour caractère fondamental l'universalité. Ce caractère est indispensable à son essence. Elle est une, et tout rite ou toute nation qui s'écarte de ce principe s'égare et sort de la voie maçonnique. On a dit : la fraternité universelle engendrera l'unité. Qu'est-ce réellement que la fraternité universelle, si ce n'est la maçonnerie, dont les membres épars chez tous les peuples du globe tendent à n'en faire un jour qu'une seule famille de frères, pour arriver à l'unité de l'humanité ? (1) Orthodoxie maçonnique, p. 354, 463 et suiv. SON ÉVOLUTION 103 Ragon souhaite que la maçonnerie n'ait qu'un centre unique d'où elle rayonnera sur toutes les nations, afin de pouvoir créer l'unité hominale. Ragon est un panthéiste, très voisin du matéria- lisme. Selon lui, le soleil est l'auteur de la substance universelle, et cependant il n'est point Dieu ; serait-il la résidence d'où Dieu anime l'univers ? Dieu est tout et tout est Dieu, ou tous dans un et un dans tous. Dieu ne pouvant faire le néant, ni cesser d'être, deux barrières sont élevées contre sa toute-puissance. L'homme peut, en quelque sorte, franchir cette der- nière, car il peut se détruire, cesser d'être homme ; il devient quelque chose, mais il n'est plus homme. Le néant ne peut donc avoir lieu tant que Dieu sera. Dieu ne peut le faire. Le néant limiterait son infini, Dieu deviendrait fini ; il ne serait plus Dieu, ce qui ne peut pas être ; car rien, dans l'univers, ne se renouvel- lerait plus. Donc, Dieu ne peut faire ni souffrir le néant, parce que Dieu ne peut cesser d'être. Il est tout: il est la toute- puissance, l'intelligence universelle, qui crée, anime tout. L'univers visible, dont il est le génie conducteur et conservateur, est Dieu manifesté. Puis sans se proclamer matérialiste, Ragon prend la défense de cette doctrine qu'on ne peut confondre, dit-il, avec l'athéisme qui n'existe pas. La seule division qui existe, parmi les hommes de bonne foi, est dans la question de savoir si la cause de toute existence est spirituelle ou matérielle, c'est-à-dire isolée ou dépen- dante delà matière, ou bien inhérente à la matière et en faisant partie intégrante. 104 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Pour le f.\ Jouaust (1), la f.\-m.\ a pour but l'amé- lioration morale et matérielle de l'homme, pour principe la loi du progrès de l'humanité, les idées philosophiques de tolérance, de fraternité, d'égalité, de liberté, abstrac- tion faite de la loi religieuse, des nationalités et des dis- tinctions sociales. Ce n'est pas une société secrète, parce que dans les pays où elle n'est pas persécutée « elle publie, dit-il, ses lois, règlements, tendances et travaux..., la liste de ses membres, leurs lieux et dates de réunions », et il adopte les conclusions de la cons- titution de la G.*. L.\ de Hambourg, en reconnaissant que « les symboles et leur explication pour atteindre le but proposé sont les seuls secrets de la f.\-m.\ » Lef.\ Emile Daruty est certainement, de tous les écrivains maçonniques contemporains, celui qui a fait l'œuvre la plus documentée sur l'histoire de son Ordre (2) ; son livre, malheureusement incomplet, est écrit de bonne foi, et si l'on ne peut le suivre dans ses querelles avec le Grand Orient de France, car c'est un fervent adepte du rite écossais, les documents qu'il reproduit sont loyalement présentés et peuvent être uti- lisés avec sécurité par tous les historiens. La f.\ -m.'., selon Daruty, est une alliance humani- taire, philanthropique et progressive, qui a pour bases et pour principes l'amour de la vérité et de la justice, la loi du progrès de l'humanité et les idées philoso- phiques de liberté, d'égalité, de fraternité, de respect et de solidarité... elle a pour objet l'exercice de la bien- faisance, la recherche de la vérité, l'étude de la morale (1) Hist. du Grand-Orient, p. 5 et suiv. (2) Recherches sur le rite écossais ancien accepté- l'organisation primitive ; SON évolution 105 universelle, des sciences et des arts, et pour but, par l'instruction qu'elle recommande à ses adeptes d'acqué- rir et de propager, la vulgarisation du vrai, du beau et du bien, et, par suite, l'amélioration intellectuelle et morale de l'homme et de la société. Elle considère la liberté de conscience comme un droit absolu, propre à chaque individu... elle fait abstraction de la foi reli- gieuse ou politique des membres, de leurs nationa- lités et des distinctions sociales, elle interdit toutes dé- libérations concernant des matières politiques et reli- gieuses. Aussi quoiqu'elle proclame, sous le nom de « Grand Architecte de l'univers », la reconnaissance d'un principe originaire, laisse-t-elle à chacun, sur la nature même de ce principe, ses vues particulières et s'abstient-elle de tout acte confessionnel (1). Nous terminerons ces énoncés de doctrines maçon- niques par celles de M. Oswald Wirth (2), un des ma- çons écossais les plus intéressants de notre époque ; il connaît son art, il est partisan des traditions et les a étudiées, et, ce qui est plus rare, il les divulgue sans crainte de s'attirer ainsi les foudres du Grand Orient (3). Il n'a pas fait acte de trahison; mais, ce qui est plus grave, il a parlé en enfant terrible, faisant re- marquer qu'il pouvait parler après Ragon et Clavel. Il (1) On sait que depuis plusieurs années le G.*. O.*. a supprimé le G-*. A.'. del'Univ. de ses rituels. Quant à la politique, c'est la préoccupation constante de ses tenues. (2) Le livre de l apprenti. (3) Rapport confidentiel au grand collège des rites (novembre 1895) parle f.\ Amiable. Dans ce rapport, M. O-Wild est malmené de la façon la plus discourtoise en même temps qu'un autre f.'. d'Orléans, le f.'. Doinel. 106 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE a donc dit ce qu'il savait. Comme M. 0. Wirth est le descendant des alchimistes et des kabbalistes, il nous montre le lien qui les rattache aux f.\-m.\ du xviii* siècle et à ceux des FF.*, nos contemporains qui ont conservé les traditions. Les auteurs, dit-il, qui ont étudié la f.\-m.\ dans son ésotérisme, c'est-à-dire dans son enseignement caché, ont beaucoup insisté sur l'importance de la question que le vénérable d'une loge pose au visiteur : D'où ve- nez-vous ? Elle doit être prise par le penseur dans son sens le plus élevé et conduire ainsi au problème de l'origine des choses. L'apprenti doit chercher d'où nous ve- nons, le compagnon ce que nous sommes, et le maître où nous allons. Ces trois questions formulent l'éternelle énigme que toute science et toute philosophie tendent continuellement à résoudre. En toute association il faut, dit-il plus loin, distin- guer l'idée de la forme : l'idée ou l'esprit agit en tant que générateur abstrait ; c'est le père de la collectivité, dont la mère est représentée par le principe plastique qui lui donne sa forme. Ces deux éléments de généra- tion et d'organisation sont représentés en maçonnerie par deux colonnes, dont la première (masculine active) fait allusion à ce qui établit et fonde, tandis que la se- conde (féminine passive) se rapporte à ce qui consolide et maintient. C'est dans ce but que la f.\-m.\ est l'alliance uni- verselle de tous les hommes de cœur qui éprouvent le besoin de s'unir pour travailler en commun au perfec- tionnement intellectuel et moral de l'humanité. M. 0. Wirth développe ensuite le but de la f/.-m.*. en déve- loppant à peu près les mêmes idées que le f.\ Jouaust. Puis, dans l'explication des phases de l'initiation, l'organisation primitive ; SON évolution 107 M. 0. Wirth nous fait voir comment la f.\-m.\ est encore demeurée en contact avec les idées des anciens alchimistes, en plaçant le récipiendaire entre deux vases contenant Fun du sel et l'autre du soufre. Le soufre correspond à l'énergie expansive qui part du centre de tout être (colonne J) ; son action s'oppose à celle du mercure qui pénètre toutes choses par une influence venant de l'extérieur (colonne B). Ces deux forces antagonistes s'équilibrent par le sel, principe de cristallisation, qui représente la partie stable de l'être. Lorsqu'on demande, dans la chambre de réflexion, au récipiendaire quels sont ses devoirs envers Dieu, envers lui-même et envers ses semblables, voici ce que M. 0. Wirth répond : Cette division ternaire de toutes nos obligations mo- rales est basée sur les trois principes alchimiques. Dieu est ici l'idéal que l'homme porte en lui-même ; c'est la conception qu'il peut avoir du vrai, du juste et du beau, c'est le guide suprême de ses actions, l'archi- tecte qui préside à la construction de son être moral (il ne s'agit point là de l'idole monstrueuse que la supers- tition se forge sur le modèle des despotes terrestres). La Divinité est représentée par l'homme, par ce qu'il y a en lui de plus noble, de plus généreux et de plus pur. Nous portons en nous un Dieu qui est notre principe pensant. De lui émanent la raison et l'intelligence, choses intérieures, que les hermétistes rapportaient au soufre. (Le soleil occulte qui brille dans le séjour des morts ; Osiris ; Sérapis ; Pluton ; la colonne J, centre d'initiative et d'action expansive.) Les devoirs envers soi-même sont relatifs au sel, essence de la person- nalité, et les devoirs envers ses semblables au mer- cure, qui figure l'influence pénétrante du milieu 108 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE ambiant. Or, tout est nécessairement compris dans la réunion du contenu (soufre), du contenant (sel) et de l'ambiance (mercure). Sous des formules plus techniques, d'apparences plus scientifiques, on le voit, il est encore parmi les maçons des adeptes zélés qui remontent à l'alchimie et à la kabbale, aux combinaisons de nombres auxquels ils attribuent des propriétés intrinsèques ; les maçons spéculatifs se complaisent encore dans la science de ce qui n'est pas visible, science qui ne se révèle qu'à celui qui sait regarder au dedans de soi, science de la vérité intégrale aussi certaine que les mathématiques. Ceux qui voudront étudier les arcanes de l'hermé- tisme et les propriétés des nombres depuis l'unité jus- qu'au quaternaire pourront lire avec intérêt le Livre de l'apprenti aussi bien que la Médecine philosophale de M. 0. Wirth. Cette lecture sera d'autant plus utile à la compréhension de l'ésotérisme maçonnique que si l'auteur a des hypothèses que nous ne croyons pas exactes et que, de plus, nous estimons dangereuses à agiter pour la pauvre cervelle humaine, a utilisé dans sa discussion l'a fait avec compétence et sincérité. CHAPITRE IV CHARLES RADCLYFFE, COMTE DE DERWENTWATER ; LE PRÉTENDANT CHARLES EDOUARD Les ancêtres. — Les deux frères. — Les premières loges en France. — Le Grand Maître. — Charles-Edouard Stuart. — Culloden. — Le chapitre d'Arras. — Vincennes. — La fin d'une race. — Les persécuteurs et les martyrs. — L'échafaud de Tower-Hill. — Les descendants. Tous les historiens qui ont étudié les origines de la f.'.-m.*. française, à quelque parti qu'ils appartien- nent, désignent Charles Radclyffe, lord Derwentwater, comme le premier grand maître de la franc-maçon- nerie française en 1725, et la plupart lord Harnouester comme ayant été son successeur de 1732 à 1738. Charles Radclyffe fut, en effet, le premier grand maître de la f.\-m.\ jacobite en France, mais il ne le fut qu'à partir de 1732; quant à lord Harnouester, il n'a jamais existé (1). Le premier grand maître de la franc- maçonnerie fran- çaise ne fut pas lord Derwentwater, mais le duc d'Antin (1738-1743). Pour étudier ce problème obscur et embrouillé de l'introduction de la f.\ m.\ en France, nous devrons (1) M. Teder croit que lord Harnouester était le duc de Riche- mond, parce que ce petit-fils de la duchesse de Portsmonth aurait reçu de la G.*. L.\ de Londres une patente l'autorisant à consti- tuer des Loges en France. 110 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE entrer dans quelques détails sur la formation des premières loges et sur le rôle considérable joué par Charles Radclyffe et surtout par le prétendant Charles- Edouard à partir de 1744. Cette étude fera comprendre comment, dans la pre- mière moitié du xvme siècle, beaucoup de braves gens entrèrent dans la f.*.-m.\ sans se douter du rôle qu'ils seraient appelés à jouer parla suite. Il ne sera pas sans intérêt de faire voir comment Charles Radclyffe mourut en bon chrétien et en parfait royaliste ; il ne sera pas sans intérêt non plus de cons- tater que, par un singulier concours de circonstances, celui qui introduisit en France les éléments de des- truction de la religion et de la monarchie était, en même temps, un descendant des Stuarts et des Bour- bons. Les Radclyffe appartenaient à une des plus anciennes familles d'Ecosse, et jusqu'à l'extinction de leur race ils restèrent fidèles à la maison des Stuarts. Leur fortune, considérable dès le moyen âge, s'était accrue en 1417 des terres de Derwentwater, par suite du mariage de Nicolas Radclyffe avec l'unique héri- tière de John de Derwentwater. Un Francis Radclyffe ayant épousé Isabelle Grey fut créé baronnet le 31 janvier 1619 par Jacques VI d'Ecosse (Jacques 1er d'Angleterre). Il mourut en 1622, laissant 13 enfants. Son héritier Edward (1589-1663) épousa Elisabeth, fille de Thomas Barton, de laquelle il eut huit filles et un fils, Francis (1624-1697), qui eut de Catherine, fille de William Fenwick, cinq fils et deux filles. Il avait été créé comte par Jacques II, le 7 mars 1688. L'héri- tier du nom, Edward (f le 29 avril 1705), avait épousé, le 18 août 1687, une fille naturelle de Charles II et de CHARLES RADCLYFFE 111 Mary Davies, actrice célèbre, qui fit partie de la troupe de William d'Avenant, directeur du théâtre de Lincoln's Inn Fields de Londres. Mary chantait et dansait à la perfection. La chronique théâtrale anglaise raconte que, le 7 mars 1666, elle dansa une gigue en culotte d'homme, ce qui était alors une innovation audacieuse, qu'elle renouvela le 5 août 1667 avec le plus grand succès. Par ce triomphe l'artiste, qui était aussi une jolie femme, attira l'attention de la Cour et elle figura souvent dans les représentations que le frère de Char- les II, le duc d'York (Jacques II), donnait dans son palais . Dès 1670, elle était la maîtresse du roi, et elle en eut, le 16 octobre 1673, une fille, Mary Tudor. Richard Fluknœ fit sur la mère, en 1670, l'épi- gramme suivante : Dear miss delight of ail the nobler sort, Pride of the stage, and Darling of the Court. Chère demoiselle, délice de toutes les plus nobles destinées, Vous êtes l'orgueil de la scène et la favorite de la Cour. Il existe trois délicieux portraits de Mary Davies : deux de Lely et un de Kneller. En 1706, la veuve d'Edward Radclyffe épousa, en secondes noces, Henry Graham, et en août 1707, en troisièmes noces, James Rocke. Fidèle aux Stuarts, elle avait quitté l'Angleterre et mourut à Paris le 5 no- vembre 1726, laissant trois enfants de son premier mariage : James, Mary et Charles. James, né à Londres le 28 juin 1689, suivit, avec sa famille, Jacques II à Saint-Germain-en-Laye, et fut élevé à la cour que tenait cet infortuné prince, grâce à la générosité de Louis XIV. Le 10 juillet 1712, il épousa Anna Maria, née en 1693, fille de sir John Webb de Cauford, baronnet, et de Barbara, fille de JohnBella- sysa, baron de Worlaby. Comme nous le verrons plus 112 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE loin, James mourut exécuté en 1716 ; quant à sa veuve, elle mourut dans un couvent de Louvain le 30 août 1723, laissant une fille et un fils. La fille, Anna Maria Barbara, née en 1715, épousa, le 2 mai 1732, Robert James, VIIIe lord Petre, né en juin 1713 et dont la descendance est représentée de nos jours par des héritiers directs. Le fils John, né en 1714, fit ses études à l'Académie d'Angers et mourut à Londres, le 31 décembre 1731, à l'âge de 17 ans, chez John Webb, son grand-père mater- nel, Great-Marlborough street, des suites d'un accident de voiture ; comme il ne laissait pas d'héritier direct, ses titres échurent à son oncle Charles Radclyffe, qui ne porta donc le titre de 5e comte de Derwentwater qu'en 1732. Charles, né à Little Parndon (Essex), le 3 septembre 1693, passa la plus grande partie de son enfance à la cour de Jacques II, à Saint-Germain, et à celle de Jac- ques III, à Rome. Il avait beaucoup de goût pour l'étude et avait la réputation justifiée d'être un homme fort instruit. Elevé dans la religion catholique, il n'aurait pas échappé, dit-on, aux influences philosophiques, et c'est seulement dans les dernières années de sa vie qu'il serait revenu aux pratiques de la religion de son enfance. Au point de vue militaire, il avait des vertus géné- reuses et héroïques. Son esprit très alerte et très fin n'avait pas nui à son courage, car il était brave jusqu'à la témérité. N'ayant jamais servi, il ne connaissait rien de la discipline militaire, mais il savait utiliser ses troupes avec beaucoup d'à propos et de discernement. Esprit curieux, dans ses voyages, il prenait toujours des notes sur les monuments, les faits et les gens remarquables. CHARLES RADCLYFFE 113 En 1701, le Parlement déclara que seuls étaient ac- cessibles au trône d'Angleterre les princes protestants. C'est pour ces causes que Georges-Louis, électeur de Hanovre, succéda à la reine Anne, sous le nom de Georges Ier. Sa mère, fille du duc de Brunswick-Zell, était petite-fille de Jacques Ier. La nation anglaise apprit son accession au trône avec indifférence, et même avec animosité. Dès les premiers mois de 1715, il y eut des soulèvements auxquels les jacobites furent en partie étrangers, Jacques III ayant décidé tardivement d'intervenir. Sa tentative de restauration a été maintes fois racontée ; son rôle actif fut du reste de courte durée. Poursuivi par le duc d'Argyle, il dut s'embarquer sur un bateau français avec le comte de Mar et débarqua à Grave- lines, pendant que ses partisans continuaient une lutte qui ne devait prendre fin qu'après la bataille de Pres- ton(l), le 15 novembre 1715. Le lendemain, Thomas Pitt écrivait à Robert Pitt : « J'ai reçu avis hier matin à 6 heures, par notre frère, de la reddition des rebelles au nombre de 4 à 5.000 à Preston ; les lords Derwent- water et Widdrington et le fils de Macintosch sont en otages. Ces nouvelles ont été confirmées à 10 heures par un express envoyé par le colonel Nassau au Roi... (2)» Le rôle des frères Radclyffe avait été considérable. L'attitude de Charles, qui n'avait alors que 22 ans, fut héroïque pendant le combat. Il encouragea ses troupes (1) Il y eut un soulèvement sans importance en 1718, avec le concours de l'Espagne. Les chefs du parti jacobite furent les lords Keith et Scaforth. Jean Keith, comte de Kintore, fut élu G.\ M.*, de la G.\ L.-. d'Ecosse le 30 novembre 1738 et G.\ M.', de la G.*. L.\ d'Angleterre le 24 décembre 1739. (2) Manuscrits Fortescue, I, 55. LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 8 114 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE jusqu'à la dernière heure ; il proposa de ne pas se rendre et de faire une trouée ; mais il fut obligé de se ranger à l'avis de la majorité. L'armée jacobite, à laquelle on avait promis la vie sauve, se rendit au général Wills. Néanmoins la répression fut sanglante et frappa les plus nobles têtes : Derwentwater, Wittresdala, Guru- warth, Winthoun, Nairn, Widdrington et Kennir. James eut la tête tranchée le 24 janvier 1716, bien que des pétitions des deux chambres l'eussent recom- mandé à la clémence du roi et que la duchesse de Richmond eût fait des démarches personnelles auprès du souverain. Le roi fut inflexible; Walpole, du reste, s'opposa de tout son pouvoir à ce que la grâce fût accordée. La veille de sa mort, James écrivit à son frère une superbe lettre d'un grand sentiment religieux, témoi- gnant de son amour et de sa fidélité pour les Stuarts (1). James n'avait demandé à Georges Ier qu'une grâce qui lui fut refusée : être enseveli auprès de ses an- cêtres. Le roi, craignant un mouvement populaire, fit transporter ses restes dans le cimetière de Saint-Gilles (Holborn) ; mais s'il faut en croire une légende, ses amis le portèrent secrètement dans le Northumberland, dans la chapelle de Dilston, à côté de son père. Les ballades écossaises firent souvent allusion à la mort du héros jacobite : « Albeit that hère in London town.... Quoique ce soit mon destin de mourir ici, à Londres, Oh ! trans- portez-moi au Northumberland pour m'y déposer dans le tombeau de mon père ; là, chantez mon Requiem solennel sous les saintes voûtes d'Hexham, et que six (1) Dilston Hall, p. 136. CHARLES RADCLYFFE 115 jeunes filles du beau vallon de Tynedale sèment des fleurs sur ma sépulture... » Une autre ballade raconte que « le jour de l'exécu- tion du malheureux comte, les fontaines du Northum- berland répandirent une eau teinte de sang ; le blé porté aux moulins rendit une farine rougeâtre; une aurore boréale teignit le ciel de lueurs sinistres et les habitants de la province appelèrent ce météore les cierges funèbres de lord Derwentwater ». Roger Metcalf, qui avait été employé par lady Rad- clyne pour embaumer les restes de son infortuné neveu, a rapporté que le confesseur qui avait assisté James lui avait dit que le comte et son frère Charles avaient écrit à lord Tawskind, secrétaire d'Etat, pour obtenir de le voir une dernière fois, et que cette demandea vait été impitoyablement refusée. Le cœur de James fut envoyé à Angers, dans un couvent de jeunes Anglaises, mais, au moment de la Révolution française, il aurait été transporté dans le couvent des Augustin es de Paris. Charles ne passa en jugement que le 18 mai 1716 à Westminster. Il était accusé de haute trahison. On lui laissa fort peu de temps pour sa défense et il fut, pres- que sans débat, déclaré coupable. Quelques jours plus tard, avec onze autres captifs, il fut conduit à West- minster dans six carrosses pour entendre sa sentence de mort. Lorsque la voiture dans laquelle il se trouvait traversa Fleet street, elle rencontra la cavalcade qui accompagnait dans la cité le roi Georges Ier, qui allait s'embarquer pour le Hanovre. La voiture des prison- niers s'étant arrêtée devant la porte d'un distillateur, près de Temple Bar, Charles demanda de lanisette et but avec ses compagnons et le geôlier de la prison de Newgate ; quand il arriva à la Cour de l'Echiquier, il 116 LA FRANOxMAÇONNERIE EN FRANCE était trop tard pour qu'on pût prononcer le jugement. Grâce à cet incident il obtint, ainsi que quelques-uns de ses compagnons, un sursis jusqu'au mois de juillet, sursis qui fut encore prolongé jusqu'à la fin de l'année. Mais, désespérant d'obtenir son pardon complet, il pré- para un plan d'évasion. Le 11 décembre 1716, il parvint à s'échapper du château de Newgate avec 30 prison- niers. Peu après, il put gagner la France ; il habita Paris quelques années, suivant la fortune et les dépla- cements du prince exilé et s'occupant sans relâche de sa restauration. Durant tout ce temps, Charles n'avait pour vivre que la mince pension qui lui était accordée par son infortuné maître et quelques secours de son jeune neveu. Il remplissait auprès de Jacques III les fonc- tions presque gratuites de secrétaire. Le 24 juin 1724, il épousa à Sainte-Marie de Bruxelles Charlotte Mary (1), fille unique et héritière de Charles Levingtone, comte de Newburgh. Née en 1693, Char- lotte Mary était du même âge que Radclyffe ; veuve depuis le 21 février 1719, elle avait épousé en premières noces, en décembre 1713, Thomas Glifford, dont elle avait eu deux filles : Françoise, morte sans alliance le 7 juillet 1771 et enterrée à Chudleigh Church ; et Anne, qui épousa le comte Mahony. Lorsque Charles Radclyffe (2) épousa Charlotte Mary, il y avait de nombreuses années qu'il était épris de la belle veuve. Il la demanda, dit-on, en mariage seize fois sans succès, et, s'il faut en croire des tradi- (1) Elle mourut à Londres le 4 août 1755. Il existe un portrait de la comtesse de Newburgh en mezzotinte cité par Smith . (2) Charles Radclyffe signait : comte de Darwentwater ; mais son fils et ses héritiers signaient Derwentwater, qui est du reste la véri- table orthographe (lac de Derwent). CHARLES RADCLYFFE 117 tions de famille, il n'obtint son consentement que la dix-septième fois en s'introduisant dans la chambre de la comtesse de Newburgh en descendant par la che- minée. Lord Petre possède un fort curieux tableau re- présentant cet incident. Pour avoir été tardif, le mariage n'en fut pas moins fécond et, à partir de 1725, les enfants se succédèrent rapidement : James Bartholemew ; James Clément ; Charles ; Charlotte ; Barbara ; Tomasina et Mary. La f.'.-m.'. corporative, après s'être transformée presque complètement en f.'.-m.'. politique jacobite en Angleterre, en Ecosse et en Irlande, pendant le xvne siècle et les premières années du xvme siècle, persista pour la plus grande partie jusqu'en 1717 sous cette forme, pendant qu'une faible partie en Angleterre se rangeait sous la bannière de la maison de Hanovre en devenant spéculative. Pendant tout le xvme siècle nous assistons à la lutte de ces deux courants, bien que la f.'.-m.*. écossaise soit, depuis la défaite de Culloden, beaucoup moins importante que la f.*. m.', purement spéculative. C'est sous la forme de f.'.-m.*. jacobite que cette secte fit son apparition en France avec les régiments irlandais et écossais (1). Comme les Stuarts s'étaient réfugiés à Saint- Ger- main-en-Laye, il est probable que cette ville fut pen- dant longtemps le centre de la f.'.-m. '.jacobite, et tout (1) D'après Glavel (120 et 165), la f.'.-m.-. aurait été introduite en Allemagne (Hambourg 1733) parles Stuarts. Les réfugiés jaco- bites dénués de ressources se faisaient de la mac.', un moyen d'existence. 118 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE porte à croire que la première loge battant maillet en France fut la Bonne Foi à l'0.\ des gardes écossaises du roi d'Angleterre (régiment de Dillon). Parmi les membres de cette loge figurent, entre 1700 et 1730, les noms de Lally, Linche, Macdonald, Bourke, Mac- Carthy OToolle, Dillon, O'Neil, Butler, Fitz-Gérald, Talbot de Tyrconnel, etc. Le régiment de Walsh avait aussi une loge dont je n'ai relevé officiellement le titre : la Parfaite Égalité, qu'à partir de 1752. On vit figurer parmi ses membres, de 1700 à 1730 : Dor- rington, Lesley comte de Rooth, Nagle, Butler, O'Calaghane, Mac Carthy, Wyndham, etc. Nous retrouverons la plupart de ces noms lors de l'installation en 1726 de la loge Saint-Thomas, ainsi dénommée en souvenir de saint Thomas de Cantor- bery, le saint vénéré de l'Angleterre des Stuarts (1). Il est plus que probable que Charles Radclyffe fut initié par Ramsay, qui était son ami et qu'il rencon- trait journellement, soit à la cour de Jacques III, soit chez le duc de Bouillon. S'il faut croire la tradition maçonnique, qui me paraît exacte, Charles Radclyffe aurait été le fondateur de la loge Saint-Thomas. Parmi les membres de cette loge, je n'ai pas trouvé trace de son nom et jusqu'ici je ne suis parvenu à relever positi- vement que François Heguerty (2), cadet au régiment (1) Jusqu'à nouvel ordre, je crois devoir reléguer au nombre des légendes la patente de la loge de Dunkerque, soi-disant installée le 13 octobre 1721 par le duc de Montagu. Cette loge ne fut véritable- ment installée que le 1er mars 1756 par la G.'. L.\ de France. (2) F. Heguerty, cadet le Uv avril 1724, réformé le 30 mai 1730 ; lieutenant 26 juin 1732 ; lieut.-col. le 21 mars 1747 ; cap. des gre- nadiers le 21 mars 1751 ; retiré en 1757. C'est par erreur que l'é- crivain maçonnique, généralement bien informé, le F.*. Daruty, le désigne comme étant né à l'île Bourbon. Daniel Heguerty, né en effet à l'île Bourbon en 1722, ne pouvait installer une loge en 1726. 120 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE de Dillon ; Maclean (1) Drummond, duc de Perth ; Dillon ; Middleton, comte de Mommouth ; Douglas ; Sackeville ; O'Brien ; Max Dermott ; comte de Hamil- ton ; Scheldon ;Talbot, duc de Tyrconnell; Fitz James; Hyde ; Macdonald ; Lally . . . . parmi les Français j e trouve un Ghoiseul, probablement Henri-Louis de Choi- seul-Meuse (1687-1754) ; un Tingry, probablement Chrétien-Louis de Montmorency-Luxembourg (1675- 1746), qui fut maréchal de France ; Monin ; Leroy ; Salbray ; Picot ou Picod ; Drouin ou Dromy. Il est tellement absurde qu'avec un pareil recrutement on puisse supposer que cette loge ait été installée par la grande loge orangiste d'Angleterre, que je ne m'arrê- terai pas un instant à discuter cette supposition. Pour les mêmes raisons, je ne puis admettre que, ni en 1726, ni plus tard, Charles Radclyffe ait été désigné par les loges orangistes pour remplir les fonctions de grand maître de la franc-maçonnerie française, et comme lord Harnouester est le même personnage que lord Derwentwater (2), on peut affirmer que le premier grand maître de la franc-maçonnerie fran- çaise fut le duc d'Antin. D'après une brochure publiée à Francfort en 1744 et citée par Gould (III, p. 139), à la fin de 1736 il n'y aurait eu que 6 loges dans toute la France et pas plus de 60 maçons. A cette époque seulement Der- ventwater avait été nommé G.*. M.*, comme suc- (1) Maclean est désigné, par erreur, sous le nom de Maskelyne, qui est l'orthographe résultant du nom prononcé par un Anglais et écrit par un Français. (2) Lord Harnouester est le nom de lord Derwenwater orthogra- phié par un Français. Gomme nous l'avons vu, en 1726 Charles Radclyffe ne pouvait porter le titre de comte de Derwentwater, qui appartenait à son neveu John ; celui-ci étant mort en décembre 1731, Charles Radclyffe prit en 1732 le titre de son neveu. CHARLES RADCLYFFE 121 cesseur de James Hector Maclean, qui occupait ces fonctions depuis plusieurs années. Cette hypothèse est en partie exacte : Maclean fut simplement maître d'une loge militaire irlandaise (1). Avant Derwentwater, le besoin d'un G.'. M.-, de l'ordre de France ne se faisait pas sentir. D'après le St-James Evening Post du 12 mai 1737, il n'y avait en effet que cinq loges à Paris. Du reste, on trouve fort peu de traces du rôle maçon- nique de Radclyffe avant 1730(2) et, à partir du 3 avril 1732, la loge de Saint-Thomas, par suite de l'influence du duc de Montaigu, se détacha des loges jacobites. Cette loge avait eu d'abord son local chez un traiteur anglais du nom de Hure, au « Louis d'argent ». En 1729, elle dut céder la place à la loge orangiste, qui prit le nom de cette auberge, et dont nous parlerons plus loin. Elle tint des séances, jusqu'en 1735 au moins, soit chez Lan- delle, rue de Buci, soit à l'Hôtel de Soissons, soit quai de la Râpée. Il dut donc y avoir, pendant un cer- tain temps, deux loges sous le titre de Saint-Thomas : l'une jacobite, l'autre orangiste. La première loge orangiste qui fut installée en France fut la loge du « Louis d'argent », qui figure sous le nu- méro 90 dans la liste de Richard Steele (1732) ; l'ins- tallation eut lieu le 12 juin 1729, rue de la Boucherie, à « la Ville de Tonnerre », chez Debure, cousin germain (1) Je n'ai pas trouvé la trace de James Hector Maclean ; par contre, j'ai rencontré les noms de deux membres de cette famille : John Maclean, qui avait épousé Marie Macpherson, et le chevalier Alexandre Maclean, capitaine dans le régiment de Dorrington, qui avait épousé Marie Chilton. (2) En 1743, au moment du décès de son fils Charles, il est en- core à Saint-Germain, avec Alexandre de Montgomery, comte d'Eglentoun, le comte de Middleton, Georges Lesley et Alexandre Home. 122 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE du premier vénérable ou mieux maître de cette loge : André-François Lebreton, alors âgé de 21 ans, étant né le 21 août 1708, et qui fut le premier maître de loge an- glais de France, ce qui établit que sa loge n'avait aucun rapport avec la loge jacobite de Saint-Thomas. En 1740, la loge du « Louis d'argent » porte le n° 78 (Pike) et elle est désignée sous le nom suggestif de « King's Head », Tête de Roi ; en 1763, elle porte le n° 49 (Cole) ; elle avait encore remplacé Saint-Thomas à la taverne de « la Ville de Tonnerre ». En 1735, elle était présidée par Désaguliers et le duc de Richmond ; en présence du comte de Waldegrave (1), ambassadeur d'Angle- terre, du président de Montesquieu, du marquis de Lomuren, de lord Dursley, de Fitz-James, de Knight père et fils, de Hickam, etc., elle initia le duc de Kings- ton, le comte de Saint-Florentin et lord Chewton, fils du comte de Waldegrave. C'est de cette loge que se détacha une loge, une fille comme on disait alors, qui prit le nom « d'Aumont » lorsque le duc de ce nom en fut nommé vénérable (2). Alors que le « Louis d'ar- gent » avait été rayé par la Grande Loge d'Angleterre, le 27 janvier 1768, pour avoir négligé de se conformer aux règlements, la loge d'Aumont existait encore en 1773 et avait pour vénérable Le Lorrain (3). Une autre loge s'était détachée, dès le 1er décembre (1) Le comte de Waldegrave, fils de lord Henri Waldegrave, qui avait épousé Henriette Fitz-James, fille de Jacques II et d'ArabelIa Churchill, sœur du fameux Marlborough. Malgré ses attaches jaco- bites, pour édifier sa fortune, le comte de Waldegrave s'était rallié à Georges IL (2) Lors de l'installation de la Constante Amitié à l'0.\ de Caen, le 13 septembre 1765, Le Lorrain figure comme maître de cette loge et Moët, un des fondateurs de l'ordre de la Félicité, comme vénérable secret. En réalité il était vénérable de la loge « Le Secret». (3) Jean-Pierre Le Lorrain, graveur du roi pour l'artillerie, neveu de Robert Le Lorrain, officier honoraire du G.'. 0.'., le CHARLES RADCLYFFE 123 1729, de la loge du « Louis d'argent » :1a loge des Arts Sainte-Marguerite, dont le premier vénérable fut un lapidaire anglais du nom de Coastown (1). Cette loge fut reconstituée, le 29 octobre 1773, par le G.*. 0.\, avec Puisieux (2), architecte du roi, comme vénérable ; cette loge existait encore en 1776 et n'était plus en vigueur en 1785. Enfin une cinquième loge aurait été créée en 1729 sous le titre de St-Pierre et St-Paul en faveur du Vén.\ M.*. Puisieux; comme elle ne figure sur aucune liste de la G.*. L.*. d'Angleterre, on a tout lieu de la sup- poser de formation jacobite. Ces cinq loges n'étaient pas régulièrement consti- tuées par laf.*. m.', de Londres qui, avant 1766, ne donna des patentes officielles qu'au Louis d'argent à l'0.\ de Paris ; à la Parfaite Union à l'0.\ de Valen- ciennes sous le n° 127 ; à la loge d'Aubigny le 22 août 1735 et à la loge anglaise de Bordeaux dite n° 204, et encore pour cette dernière faut-il faire des réserves, car si la G.'. L.\ de Londres reconnut ses travaux à partir du 27 avril 1732, elle ne délivra les patentes qu'en 1767. Toutes les autres loges étaient d'origine jacobite. L'historique des cinq loges régulières ou irrégu- lières de Paris qui passent, avec raison, pour les cinq premières de France, m'a paru un exemple saisissant de l'incertitude et des difficultés qu'éprouva la f.\-m.\ 5 juillet 1773, mourut en 1778 (son testament déposé chez Bour- sier, le 2 avril 1768, fut insinué le 7 août 1778). (1) Appelé Goustaud en France et Custos en Portugal. Ce Coas- town a joué un grand rôle dans la propagation de la f.'.-m.*. sur le continent. (2) Jean-Baptiste de Puisieux, né à Alland'huy (Ardennes) le 19 janvier 1679, mort à Paris, le 6 février 1776. Lors de la consti- tution du G.'. 0.'. Puisieux était le doyen des maîtres de loge de Paris. Nous lui consacrons une notice, chapitre ix. 124 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE pour s'installer en France. Par la suite, pour des rai- sons d'intérêt ou d'orgueil, les f.\-m.\ inventèrent des brevets anciens, comme celui de Gerbier, signé en 1721 par le duc d'Antin, qui n'avait alors que 14 ans ; malgré l'évidence de la fausseté du document, le G.*. 0.*. n'hésita pas à le considérer comme authen- tique. Aujourd'hui les historiens de toutes nuances sont à peu près d'accord pour suspecter un grand nombre de pièces analogues. En présence des progrès de la f.\-m.\ jacobite en France, la f.\-m.\ anglaise s'inquiéta. De même qu'elle tendait à la suppression de la secte concurrente dans la Grande-Bretagne, la Grande Loge de Londres envoya en France un émissaire, pour réagir contre la tendance antianglaise de la f.\-m.\ française. Son émissaire fut un de ses anciens grands maîtres, transfuge du parti des Stuarts et rallié à Georges II, Jacques Mor- ton, comte de Douglas, qui eut à Paris des aventures qui firent beaucoup de bruit. Les comtes de Morton étaient très avancés dans la f.\-m.\ anglaise, et parmi les membres de cette fa- mille on relève : Jean Charles Douglas, comte de Morton, G.*. M.', des loges écossaises, élu le 30 novembre 1739 ; Jacques Douglas, comte de Morton, G.*. M.', de la f.*.-m.\ anglaise, élu le 24 décembre 1740, installé le 19 mars suivant ; Et Georges Douglas, comte de Morton, élu G.\ M.'- de la G.\ L.\ d'Ecosse en 1790 et 1791. Celui qui nous intéresse est Jacques (James), 14e comte Morton, le G.'. M.*, delà f.\-m.\ anglaise, né CHARLES RADCLYFFE 125 à Edimbourg en 1702, mort en 1768. Il fut un des pre- miers transfuges qui abandonnèrent le parti des Stuarts pour se rallier à Georges II. Homme de sciences, mathématicien, il fut élu membre de la Royal Society, le 19 avril 1733. Il s'oc- cupait spécialement d'astronomie ; c'est lui qui fut chargé en 1769, parla commission des longitudes, d'ob- server le passage de Vénus. Son rôle à Paris, où il séjourna pendant une partie de la durée de la guerre de succession d'Autriche, est au moins singulier. Il était en France depuis 1743, sous prétexte de santé, et avait voyagé sur les rives de la Loire si chères aux Anglais. Il se trouvait à Lorient lorsque l'escadre bri- tannique y fît une descente et fut sur le point de s'empa- rer de sa personne. Les jacobites le haïssaient et assu- raient que si l'on faisait des perquisitions à son domicile, on trouverait des preuves d'espionnage et de trahison. Comme son passeport allait être périmé, il vint trouver d'Argenson à Fontainebleau. Le ministre lui déclara ne pouvoir le renouveler et lui conseilla de faire faire la demande par le prince Charles-Edouard, qui se trou- vait précisément à la cour. Il n'osa le faire et se retira deux jours chez M. Vanhoey, à qui d'Argenson en fit amèrement le reproche. Dès qu'il sortit de son asile, sur ordre du 25 octobre 1746, contresigné Maurepas, on l'arrêta et on le conduisit à la Bastille. Pendant ce temps on arrêtait, à Paris, sa femme, la comtesse Agathe Morton, avec sa fille Mary, son fils, son domes- tique et sa femme de chambre. La comtesse Morton et ses enfants furent relâchés le 31 octobre suivant ; Morton ne sortit que le 6 décembre 1746, sur ordre contresigné d'Argenson. Tous ses papiers furent exa- minés et il subit de longs interrogatoires. On ne trouva 126 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE rien. Cette arrestation, qui avait fait beaucoup de bruit, fut d une grande utilité pour le roi. Grâce à cet otage, le ministère britannique consentit à un règlement assez équitable pour les prisonniers français faits à Culloden, et permit de faire un échange avantageux. De 1744 à 1746, Douglas avait essayé, sans succès du reste, de s'introduire dans plusieurs loges en Bre- tagne et sur les rives de la Loire (1) ; il est permis de croire que le but du voyage du G.\ M.*, de la f.\-m.\ anglaise fut provoqué par cette œuvre de propagande. C'est à cette époque du reste que la lutte fut la plus ardente entre les loges anglaises et les loges jacobites. Charles-Edouard - Louis - Philippe - Casimir Stuart , dont Radclyffe soutenait la politique avec le concours des loges maçonniques, était né au palais Pamphili, à Rome, le 30 décembre 1720. Plus de deux cents témoins assis- tèrent à sa naissance. Dans la nuit, un astre nouveau apparut dans le ciel et les jacobites superstitieux virent dans ce phénomène un présage heureux pour la des- tinée du jeune prince. Son père était Jacques VIII d'Ecosse, Jacques III d'Angleterre ; sa mère, Clémentine Sobieska, était la descendante de celui qui avait si vaillamment défendu la chrétienté sous les murs de Vienne en 1683. Rarement naissance fut plus fêtée que celle de Charles-Edouard. Ses langes, valant 6.000 scudi, furent bénis par le pape Clément XI. Gitta, la sage-femme qui (1) L'Union O.*. Lorient 1744; Saint-Louis de la Gloire O.*. Saumur (12 avril 1745) ; la Concorde écossaise 0.\ Tours (27 sep- tembre 1745) ; l'Heureuse Rencontre O.'. Brest (6 novembre 1745); la Noble Amitié O.'. Morlaix (1746). CHARLES RADCLYFFE 127 le présenta aux partisans assemblés, reçut cent doublons de Jacques III et des dons particuliers des membres du Sacré Collège; le Saint-Père la créa comtesse romaine. Jacques III annonça en grande pompe la naissance de son héritier à tous les souverains d'Europe. Jusqu'à la naissance de son frère, le duc d'York, Charles-Edouard eut pour gouvernante une Anglaise catholique, qui portait un nom qui devait devenir l'effroi des jacobites: Miss Walpole. Son frère, Henry-Benoît-Edward-Alfred-Louis-Tho- mas, naquit le 20 mars 1725. Miss Walpole fut alors remplacée par la maîtresse de Jacques III, la comtesse d'Inverness, qui était protestante. Les deux frères eurent successivement pour gou- verneurs : Ramsay, Murray, le comte de Dumbar et Thomas Sheridan. Ramsay, comme nous l'avons vu, était très avancé dans la f.\-m.\ ; il fréquentait assidûment les loges de Paris et se rendait souvent à Aubigny pour assister aux tenues maçonniques chez Louise de Keroual, duchesse de Portsmouth. C'est Ramsay qui initia le jeune Charles-Edouard aux secrets de la maçonnerie jacobiteet qui, en dehors des satisfactions philosophi- ques qu'il devait y trouver, fit entrevoir à son royal élève l'intérêt politique qui pouvait en résulter pour ses partisans. L'éducation des jeunes princes fut particulièrement soignée. Charles-Edouard parlait couramment l'anglais, l'italien et le français, dont il ne put cependant adopter l'orthographe. Profondément artiste, le jeune Charles- Edouard était musicien de talent. Il débuta brillamment dans la carrière militaire, à quatorze ans, au siège de Gaëte, en 1734, avec le ma- réchal de Berwick. L'année suivante, après un court 128 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE séjour à Naples et à Rome, il fit la campagne de Lom- bardie. La guerre terminée en 1737, sous le nom de comte d'Albany, il visita Parme, Gênes, Milan, Venise, et, passant par Padoue, Bologne et Florence, il revint se fixer à Rome et à Albano, où il demeura jusqu'à son départ pour la France. C'est dans la première de ces villes qu'en 1740 Horace Walpole fut à même de le voir et de l'étudier. La même année, le président Des Brosses était reçu dans leur palais, place des Saints- Apôtres, parles fils de Jacques III ; il a laissé dans son journal le récit de sa visite. Des Brosses trouva le pré- tendant dévot à l'excès, mais aimable, poli et gracieux, dénotant une grande bonté de cœur et un grand courage. Pour faire accueil au président, les deux frères firent de la musique ; l'aîné jouait du violoncelle pendant que le cadet chantait. Ils exécutèrent la Notte di Natale, concerto de Corelli. Le sang du jeune Charles-Edouard bouillait dans ses veines et il avait hâte de rejoindre les armées de Louis XV, lorsqu'il apprit que, le 26 juin 1743, le comte de Clermont venait de se faire battre à Dettingen par Georges II en personne. Les Stuarts habitaient Rome lorsque, dans les der- niers jours de décembre 1743 lord Sempill, agent con- fidentiel de Jacques III à Paris, se rendit mystérieuse- ment chez le chevalier de Saint-Georges. Il arrivait de Versailles, et, grâce à la duchesse de Châteauroux, qui s'intéressait à la cause jacobite, Louis XV l'autorisait à venir à Paris s'entendre avec ses partisans, et lui pro- mettait son concours pour une expédition en Angle- terre. Charles-Edouard s'échappe de Rome le 9 janvier 1744, sous prétexte d'une partie de chasse. Grâce à la connivence du bailli de Tencin et du cardinal Aquaviva, CHARLES RADCLYFFE 129 il court la poste à franc étrier, jusqu'à Gênes, où il s'embarque sur une felouque espagnole. Il traverse sans encombre une escadre anglaise, débarque le 13 à Antibes et couche à Paris le 20. A peine arrivé, il se rend à Dunkerque, où la flotte française appareillait. Après avoir croisé quelques jours dans le Pas de Calais, l'escadre fut rejointe par la flotte anglaise com- mandée par l'amiral John Norris, devant Dunqueness, lorsqu'une tempête dispersa les combattants (1). Le 15 mars, Charles-Edouard était de retour à Gravelines sous le nom de chevalier de Douglas, veillant avec le maréchal de Saxe aux préparatifs d'une nouvelle expé- dition, qui fut contremandée peu après. En juin, il était rentré à Paris et vivait comme un ermite à une lieue de la capitale. Louis XV ayant refusé de le recevoir, le prétendant s'en plaignit à son père, le 16 janvier 1745, et se rendit en Picardie chez le duc de Fitz-James, puis chez le duc de Bouillon (2) à Navarre. Pendant ce temps, le 11 mai 1745, avait lieu la bataille de Fontenoy dans laquelle les régiments écossais et irlandais rivalisaient de courage avec la Maison du roi. Charles-Edouard préparait son expédition d'Ecosse, demandant à ses partisans les fonds nécessaires. Le 12 juin il écrit de Navarre à son père qu'il doit 60.000 francs au vieux Waters, banquier à Paris, franc-maçon militant, et le double à son fils. Avec le concours d'Antoine Walsh, il frète à Nantes (1) « Si la mer n'avait pas été alors de notre côté, dit lord Mahon, les Stuarts ne pouvaient pas ne pas réussir. » (2) Le duc de Bouillon ex-prince de Turenne (1686-1743), qui fut son premier élevé avant d'être nommé précepteur des fils de Jac- ques III. Après 1730, à la suite d'intrigues de cour, Ramsay quitta ces fonctions et devint l'intendant du prince de Bouillon. En 1774, le G.'. 0.\ de Bouillon, qui avait son siège à Bouillon, fonda plu- sieurs loges en France. Voir chapitre vi. LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 9 130 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Y Elisabeth, vieux navire de 67 canons, commandé par le marquis d'O, et la Doutelle, petite frégate de 20 canons, commandée par Walsh. A la fin de juin 1745 il quitte Navarre et le 2 juillet il s'embarque à Saint- Nazaire sur un bateau pêcheur pour rejoindre la Dou- telle, qui était mouillée sous Belle-Isle. Là, il attend YElisabeth et les deux navires appareillent de conserve le 12. Le 16 ils rencontrent un navire anglais de 58 canons, le Lyon, avec lequel ils se canonnent pendant cinq heures ; le combat fut acharné : YElisabeth dut rentrer à Brest et le Lyon dans un port anglais. Malgré ce contretemps, Charles Edouard continue sa route avec la Doutelle et parvient à jeter l'ancre entre South-Uist et Eriska. Le 2 août il débarque dans cette dernière île et, d'après la légende, un aigle plana sur sa tête pendant qu'il atterrissait. Il prend enfin terre en Ecosse à Borodale. Nous ne referons pas le récit bien connu de son expé- dition, qui le conduisit sans obstacles jusqu'à Derby, à 35 lieues de Londres. S'il avait marché de suite sur cette ville au lieu de passer des revues et de donner des bals à Edimbourg, il eût certainement triomphé, car il n'aurait pas laissé aux troupes auxiliaires, envoyées de Hollande, le temps d'arriver au secours du duc de Cumberland. C'est pendant cette expédition que, le 24 septembre 1745, Charles-Edouard fut solennellement installé G.*. M.\ de la f. \-m.\ écossaise, dans un chapitre général de l'ordre, tenu dans le palais d'Holyrood (1) . Le 19 septembre 1746, après avoir erré dans les petites îles qui entourent l'Ecosse, Charles-Edouard (1) A winther with Robert Burns, Edimbourg, 1846, pp. 53 et 54, et Amédée Pichot : Charles-Edouard. CHARLES RADCLYFFE 131 parvint à s'embarquer sur l'Heureuse, frégate de 30 canons, commandée par Warren, colonel du régiment de Dillon. L'Heureuse était convoyée par le Prince de Conti, de 22 canons. Le prétendant débarqua à Roscoff le 10 octobre ; le 14 il avait rejoint son frère le duc d'York à Glichy. Par égard pour son infortune, Louis XV mit à sa dis- position le château Saint-Antoine, et par traité signé d'Argenson et O'Bryan, la France le reconnaissait comme prince régent d'Angleterre. Ayant obtenu d'être reçu par le roi à Fontainebleau, il se rendit près de Louis XV dans l'appareil royal le plus luxueux et le plus solennel, ce qui indisposa la cour contre lui, et, après un bref séjour, il retourna chez son frère à Glichy, sans avoir rien obtenu pour la nouvelle expédition qu'il projetait (1). S'il faut en croire les bruits de cour, la seconde fille de Louis XV aurait manifesté à son égard les sentiments les plus tendres ; on aurait même parlé de leur mariage . Après avoir touché barre à Paris, Charles-Edouard se rendit à Avignon, puis se dirigea vers l'Espagne, espérant trouver à Madrid les secours qui lui avaient été refusés à Fontainebleau. Il traverse donc la Cata- logne, est reçu à Guadalaxara, le 12 mars 1747, par Ferdinand VI, qui, tout en montrant une grande sym- pathie pour ses infortunes, ne voulut prendre avec lui aucun engagement politique. Il revint aussitôt en France et arriva à Paris vers le 15 avril. (1) Les 22 et 26 octobre 1746, il remit à Louis XV deux mémoi- res qui n'eurent aucun effet. 132 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE C'est peu après son retour qu'il aurait constitué à Arras la loge la Constance, dont le père de Robespierre faisait partie. Voici le texte de ce document d'après la version la plus authentique, que nous empruntons à Daruty : « Nous Charles-Edouard Stuwart, prétendant roi d'Angleterre, de France, d'Ecosse et d'Irlande, et, en cette qualité G.*. M.', du chap.*. de Hérédon, connu sous le titre de chevalier de l'Aigle, du Pélican, et, depuis nos malheurs et nos infortunes, sous celui de R.-.-C/. -f-:(l) « Voulant témoigner aux maçons artésiens combien nous sommes reconnaissant envers eux des preuves de bienfaisance qu'ils nous ont prodiguées avec les officiers de la garnison de la ville d'Arras, et de leur attache- ment à notre personne pendant le séjour de six mois que nous avons fait en cette ville (2), nous avons, en leur faveur, créé et érigé, créons et érigeons, par la présente bulle, en ladite ville d'Arras, un souverain chapitre prématial et métropolitain de R.\ G.\ +, sous le titre distinctif d'EcossE jacorite, qui sera régi et gouverné par les chevaliers Lagneau, de Robespierre, tous deux avocats, Hazard et ses deux filsy tous trois médecins, J.-B. Lucet, notre tapissier, et Jérôme Tellier, notre horloger, auquel nous permettons et donnons pouvoir de faire, tant par eux que par leurs successeurs, non seulement des chevaliers R.\-C.\, mais même de créer un chapitre dans toutes les villes où ils croiront pouvoir le faire, lorsqu'ils en seront requis, sans cepen- (1) Il serait intéressant de savoir si les .'. abréviatifs figurent dans l'original de la bulle, ce qui, étant donnée l'époque, pourrait rendre douteuse son authenticité. (2) Peut-être les six premiers mois de 1745, ou mieux, six mois en plusieurs fois en 1744 et 1745. CHARLES RADCLYFFE 133 dant, par eux ni par leurs successeurs, pouvoir créer deux chapitres dans une même ville, quelque peuplée qu'elle puisse être ; et pour que foi soit ajoutée à notre présente bulle, nous l'avons signée de notre main, et à icelle fait apposer le nom secret de nos commande- ments, et fait contresigner par le secrétaire de notre cabinet, le jeudi 15e jour du 2e mois l'an de l'Incarna- tion 1747. « Charles-Edouard Stuwart, « De par le Roi : (1) « Lord Deberkley, secrétaire. » L'authenticité de ce document a été mise en doute parce que, sur la pièce originale, Charles-Edouard se serait qualifié roi ; après vérification, le mot employé étant prétendant roi, l'objection tombe. Daruty croit qu'il faut dater la patente de 1745, parce qu'elle est datée du jeudi 15e jour du 29 mois 5747, soit du 15 avril 1747, et il fait remarquer, avec raison, qu'en 1747 le 15 avril était un samedi et non un jeudi. Il conclut de là que le 15 avril étant un jeudi en 1745, c'est à cette dernière année qu'il faut faire remonter le document, et il le date dans sa transcription de 1745. Or, Daruty se trompe, car il est vraisemblable que Charles-Edouard suivait, comme ses compatriotes, le vieux style, alors en retard de 12 jours sur le nouveau style adopté en France, et dans ce cas, le 15 avril V. S. correspondait au 27 avril N. S. qui était bien un jeudi. (1) Une expédition de ce bref destinée au Chap.Métrop. de Paris, fut vendue en vente publique le 27 mars 1863, par le libraire Tross (n° 9 du catal.). Les parties reproduites dans le catalogue sont conformes au texte de Daruty. C'était une pièce in-f° sur velin revêtue du grand sceau et sept timbres et d'un grand nombre de signatures. 134 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Dans ces conditions on peut admettre, mais sous réserves, l'authenticité du document que les faits matériels ne peuvent contredire, puisque Charles- Edouard était bien f. *.-m.\, ainsi que nous l'avons dit plus haut (1). En juillet 1747, le duc d'York se sépare de son frère et se rend à Rouen auprès de son père, ce qui provoqua un certain froid avec Charles-Edouard qui était resté à Saint-Ouen (2). Il n'avait pas renoncé à ses projets de restauration, lorsque par les préliminaires du traité d'Aix-la-Chapelle (21 avril 1748) Louis XV reconnut officiellement la maison de Hanovre et s'engagea à obliger les Stuarts à quitter la France. Les 10 et 18 juillet, Charles-Edouard écrivit à Louis XV pour pro- tester, et à partir de cette époque il semble avoir eu une grande animosité contre la maison de Bourbon. Au lieu de s'apprêter à quitter la France, il fait imprimer un mémoire qu'il fait distribuer dans les rues. Il proteste encore contre les fêtes données à l'occasion de la conclusion de la paix et se moque de Louis le Pacificateur. Bien plus, il fait graver par le F.*. Nicolas Rœttiers une médaille sur la face de laquelle figuraient des vaisseaux de la marine anglaise forçant la France à la paix, et sur l'avers cette men- tion : (1) Voir aux appendices, les règlements, protocoles, etc., delà f. -m.', jacobite. (2) Le duc d'York fut nommé cardinal le 3 juillet 1747. Après Culloden, en reconnaissance du bon accueil fait par les maçons de Toulouse à sir Samuel Lockhart, un partisan des Stuarts constitua dans cette ville, en 1747, un chapitre sous le titre les Ecossais fidèles, qui devint la vieille Bru et adopta plus tard un rite à 9 degrés. CHARLES RADCLYFFE 135 CarolusWalliœ princeps, Amor et Spes Britanniœ. — Si jamais je remonte sur le trône, disait-il à qui voulait l'entendre, j e forcerai la France à donner des otages. Il affecte de se montrer en public, loue un riche hôtel quai des Théatins et y mène un grand train, tenant les propos les plus injurieux pour Louis XV, qu'il avait complètement cessé de voir. L'ambassadeur d'Angleterre, de son côté, réclamait l'exécution de la clause du traité d'Aix-la-Chapelle qui avait été signé définitivement le 18 octobre. Le mardi 10 décembre 1748, à 7 heures du soir, Charles-Edouard fut arrêté au Palais Royal, au moment où il s'apprêtait à entrer à l'Opéra. Pour cette arresta- tion on avait mobilisé 1.200 hommes commandés par le duc de Biron . On s'empare de lui au moment où il descend de voi- ture, on lui lie les bras et les jambes avec des rubans de soie, et, pour éviter un attroupement, on le trans- porte dans une maison voisine. Le chevalier de Vau- dreuil, major des gardes françaises, lui conseille de ne pas résister. Comme Charles-Edouard, furieux, conti- nuait à se défendre et à protester, on lui enleva son épée, son couteau et ses pistolets ; on le conduisit en voiture à Vincennes, où le gouverneur du château vint l'attendre à la porte du donjon et lui fit retirer ses liens enrubannés, quand il eut promis de ne pas attenter à ses jours. Pendant ce temps, on enfermait à la Bastille onze gentilshommes de sa suite et trente-neuf domes- tiques de sa maison (1). Six gentilshommes avaient été emprisonnés avec lui à Vincennes. (1) Ils furent libérés quelques jours après (entre le 11 et le 19 décembre) . 136 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Le roi avait décidé de le faire conduire à la fron- tière de Savoie ; Charles-Edouard partit le dimanche 15 décembre à 5 heures du matin ; il voyagea royale- ment, à petites étapes. Le 18 il passait à Tonnerre, le 21 à la Maison Blanche, et le 23 au pont de Beau- voisin, à la frontière. Mais Charles-Edouard ne se tient pas pour battu : à peine expulsé, il va à Chambéry, traverse le Dauphiné et se rend à Avignon. Invité à quitter le territoire pon- tifical, il traverse à nouveau la France pour se rendre à Venise, d'où on l'expulse. A partir de ce moment, on perd sa trace. Toutes ses lettres passaient par l'inter- médiaire de Waters, banquier à Paris. On croit qu'il se tint caché chez le duc de Bouillon, dans les Ardennes. En septembre 1750 il avait l'audace d'assister avec le colonel Brett à une réunion jacobite qui se tenait à Londres (1). Puis il séjourne à Gand. C'est là qu'il apprit que son ancienne amie d'Ecosse, Clémentine Walkenshaw, était parvenue à s'échapper et qu'elle était réfugiée à Paris. Il va la chercher, revient avec elle à Gand et, après plusieurs voyages en Allemagne, ils se fixent dans le pays de Liège, où il se fait appeler le comte de Johnson. C'est dans cette ville que naquit une fille, baptisée le 29 octobre 1753, sous le nom de Clémentine (2). Ayant appris que la France allait déclarer la guerre à l'Angleterre, il se rend aussitôt à Navarre, puis à (1) D'après une autre version, il n'aurait fait ce voyage qu'en 1753, au moment de l'exécution du Dr Cameron. (2) Il signa Johnson sur le registre de Notre-Dame de Fonts. C'est cette fille qui devint la duchesse d'Albany. CHARLES RADCLYFFE 137 Nancy, où il voit le comte de Lally. Pendant son séjour à Bouillon, il se brouille avec Clémentine et vient à Paris avec sa fille (1760). En 1761 il aurait assisté à Westminster au couronnement de Georges III. Pendant un séjour qu'il faisait chez le duc de Bouil- lon, il apprit que son père Jacques III était mort à Rome, le 1er janvier 1766. Il se rend aussitôt dans la capitale de lachrétienté,sous le nom de comte d'Albany, puis se retire avec son frère à Albano. En 1772, il épouse la princesse Louise-Maximilienne- Garoline de Stolberg-Gredern (1), avec laquelleil fit un triste ménage qui est resté légendaire. Au moment de son mariage il avait 52 ans et sa femme 19. Ils habi- tèrent Florence ; s'il faut en croire la tradition, pendant que sa femme montrait un attachement exagéré à Alfieri (2), le prétendant se livrait à des accès de fureur provoqués par l'ivresse. A partir de 1760, Charles-Edouard fut un maçon très actif, et de nombreuses loges écossaises, françaises et allemandes le reconnaissaient comme suprême Grand Maître de la franc-maçonnerie. Il fit partie de la Stricte Observance sous le nom à'Equesa sole aurea. Au con- vent deWillemsbad, plusieurs maçons déclarèrent qu'il était leur chef secret (S). Charles-Edouard mourut à Rome le 31 janvier 1788 sans laisser de postérité légitime. Son frère, devenu le cardinal d'York, mourut dans la même ville en 1807. Avec ces deux princes s'éteignirent les descendants directs des Stuarts, et tout porte à croire que le car- (1) Née à Mons en 1753. (2) Plus tard elle aurait témoigné les mêmes sentiments au peintre Fabre. (3) Voir aux appendices le brevet de la loge d'Orléans. 138 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE dinal d'York ne succéda pas à son frère comme grand maître secret de la f.\-m.\ écossaise. Pendant plusieurs mois la maison de Hanovre avait tremblé ; aussi après Culloden la répression fut-elle encore plus effroyable qu'en 1716. Le soir de la bataille de Culloden, non contents d'achever les blessés et de mutiler les morts, les soldats anglais trempaient leurs mains dans le sang des vic- times et s'en jetaient gaîment les éclaboussures à la face. Ils laissèrent à dessein quelques blessés exposés aux intempéries et le lendemain ils vinrent les égorger. Comme ils avaient fait le dénombrement de leurs victimes réservées et que plusieurs manquaient à l'appel, ils revinrent le surlendemain, fouillèrent les chaumières voisines, massacrèrent ou brûlèrent ceux qu'ils rencon- trèrent, en riant des contorsions de leurs victimes. Le troisième jour on fusillait encore. Les survivants furent traqués comme des bêtes fauves pendant de longs mois. Si l'on en jugeait quelques-uns, on égorgeait le plus grand nombre sur place, on enlevait les vivres et l'on incendiait fermes et châteaux. Les malheureux Ecossais qui étaient venus demander grâce étaient parqués avec leurs femmes et leurs enfants, et les régiments anglais les regardaient joyeusement mourir de faim et de misère. Les bourreaux, sous les ordres de Cumberland (1), (1) Guillaume -Auguste, duc de Cumberland, troisième fils de Georges II, oncle de Georges III, né le 26 avril 1721, mort le 31 octobre 1765. CHARLES RADCLYFFE 139 s'appelaient le général Hawley, le colonel Howard (1), le capitaine Scott, le major Lockhart. Toutes les infamies furent commises : ceux auxquels on avait extorqué quelque argent, en leur vendant des cartes de protection, étaient brûlés avec leurs sauf-con- duits, pendant qu'au camp de Gumberlandonselivraità des orgies macabres. Des soldats, sous les yeux de filles de joie dévêtues, pendaient, par les pieds, des prison- niers nus à deux hallebardes dressées en gibet et les passaient aux baguettes. Lorsqu'on parlait de lois au duc Sanglant, il répondait : — Les lois ! Quelles lois ? J'enverrai une brigade pour vous donner des lois. « La loi vint cependant glaner après la moisson du glaive. » Mais comment I Malgré la parole du duc, les officiers de la garnison de Carlisle furent exécutés. Les officiers papistes, traînés en charrette, sans secours religieux, se rendirent rési- gnés au supplice. L'un d'eux, Morgan, lisait des prières auxquelles ses compagnons répondaient. Pendus comme de vulgaires criminels, on leur tranchait la tête, on les mutilait, et on les brûlait. Le colonel Townley respi- rant encore, fut saigné au cou comme un porc ; on lui arracha les entrailles et le cœur qu'on jeta au bûcher. Ainsi qu'aux portes d'un village de roi nègre, les portes de Temple Bar, de Carlisle et de Westminster reçurent leurs trophées de têtes coupées. Loin du combat, abrités par la Constitution, sié- geaient avec calme les 135 pairs présidés par le chan- celier Hardnick. C'est devant eux que comparurent les plus nobles victimes : Cromarty, Kilmarnock, Balme- rino, Radclyffe, Lovât. (1) Mss Howard était la maîtresse de Georges II. 140 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE A l'unanimité, la main sur le cœur, les juges vinrent successivement déclarer à la barre du roi Georges : — Coupable, sur mon honneur, Mylord ! Si le roi Georges gracie Cromarty, il est impitoyable pour Kilmarnock et Balmerino, et voici ce que porte la sentence habituelle : « Vous serez pendus par le col, mais non pas jusqu'à ce que mort s'ensuive, car vous devrez être ouverts vivants. Vos entrailles seront arrachées et brûlées sous vos yeux ; vos têtes seront ensuite séparées du corps, et vos corps coupés en quatre parties et mis à la dispo- sition du roi. » Le roi cependant n'osa pas faire exécuter la sen- tence à la lettre; eut-il peur ? eut-il honte? les têtes furent seulement tranchées. Le shériff eut même la prévenance abominable d'as- surer à Kilmarnock que le bourreau était habile et, de plus, a very good sort of man. La f.\-m.\ orangiste avait vaincu la f.\-m.\ jaco- bite. Le G.'. M.', lord Cranstoun pouvait dormir en paix. Pendant que les pairs faisaient exécuter à Londres, la justice du roi ne chômait pas en Ecosse, et des clans entiers disparaissaient. Le pasteur anglican, chapelain de la prison, prêchait devant les juges et prenait pour texte : « Moïse dit au juge d'Israël : Tuez tout homme qui s'est joint à Baal Phégore (1). » Et les cloches sonnaient dans les presbytères d'Ecosse (1) Nous vivons sur cette légende maçonnique que l'Angleterre était le pays le plus civilisé, le plus tolérant, le plus libéral du monde civilisé, alors qu'en France, au contraire, les malheureux sujets des rois étaient martyrisés, méprisés, traités en esclaves. Quant à la tolérance protestante à l'égard des catholiques, c'est une pure légende. Voici ce qui se passait à Londres en 1780, CHARLES RADCLYFFE 141 pour magnifier le duc Sanglant, les poètes chantaient le héros vainqueur, le parlement lui votait un supplément de pension de 650.000 livres et le peuple anglais élevait à Guillaume-Auguste, au général toujours vaincu sur le continent, une statue triomphale sur une place de Londres. A cette époque, la France pouvait écrire survie socle les noms de ses victoires sur le duc de Gulloden : Fontenoy, Lawfeld, Hastembek, Closterseven. Après l'avènement de Georges II, Charles Radclyffe put résider quelque temps à Londres avec le consen- tement tacite de la police ; il habitait une modeste maison, à Pall Mail, sous le nom de Mrs Johns. Après un séjour de quelques années en France (1730-1735), il revint en Angleterre et résida dans le comté d'Essex, d'où il se rendait fréquemment dans ses terres d'Ecosse. S'il ne fut pas molesté, il n'obtint pas un pardon, que du reste il ne sollicitait pas. En 1737, il rentra de nou- veau en France et prit du service dans les armées de Louis XV. En 1745, il reçut une commission pour un régiment de Charles-Edouard et résolut de partir pour l'Ecosse avec son second fils James-Clément ; sa femme l'y attendait depuis plusieurs mois. Il s'embarqua à Dunkerque, le 22 novembre 1745, alors que le bill de 1778 avait rendu aux catholiques certains droits civils. Georges Gordon, le méchant fou, comme l'appelle Gibbon, mit la ville à feu et à sang, pillant les églises, poursuivant les catho- liques. Ce ne fut qu'au bout de quelques jours que le roi Georges III consentit à autoriser les troupes à marcher. Gordon était l'auteur d'ignobles pamphlets contre Marie- Antoinette. Arrêté, il fut défendu parErskine. A la fin de sa vie, Gordon se fit juif. 142 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE sur un navire nommé le Soleil, emmenant avec lui des volontaires pour l'armée du prétendant. Il avait résolu d'atterrir à Montrose, lorsqu'il fut capturé sur le Dogger Bank par la frégate la Sheerness, ainsi que 20 officiers écossais, irlandais et français, 60 soldats et de nom- breuses munitions de guerre. On conduisit les prison- niers à Londres. — Charles Radclyffe ressemblait telle- ment à Jacques III qu'on le prit pour le chevalier de Saint-Georges et son fils pour le Prétendant. Ils furent enfermés dans la Tour de Londres ; mais le 27 mars 1746, le jeune Radclyffe et 4 officiers français furent libérés sur parole. La vendredi 21 novembre 1746, Charles Radclyffe fut conduit au banc du roi, à Westminster, dans une voi- ture fortement escortée ; il était accusé de haute trahison ; mais comme sa tentative de 1745 n'avait eu aucun commencement d'exécution sur le territoire anglais, on fit remonter le crime dont on l'accusait à 1716, c'est-à- dire à 30 années pendant lesquelles il avait eu sa grâce tacite, puisqu'on avait à plusieurs reprises toléré son séjour sur le sol anglais. C'était un magnifique cavalier qui n'avait pas moins de 5 pieds 10 pouces ; il se présenta la tête haute, fier du superbe uniforme qu'il avait revêtu pour la circons- tance (1) : habit écarlate, avec revers de velours noir, rehaussé de boutons et de lacets dorés ; il portait une perruque à sac et était coiffé d'un chapeau à la mode espagnole avec une grande plume blanche. Quand, dans l'acte d'accusation, on le dénomma Charles Radclyffe, il en interrompit la lecture pour déclarer que tel n'était pas son nom et il attaqua la régularité de la procédure. (1) Ce costume semble être celui du régiment de Dillon. CHARLES RADCLYFFE 143 — Je m'appelle le comte de Derwentwater, dit-il, je suis sujet du roi de France, commissionné officier de S. M. Très Chrétienne et je réside effectivement en France depuis près de trente ans. On dut interrompre l'audience pour contrôler son identité, et le procès ne fut repris que le 24 novembre suivant. A cette seconde audience, lorsqu'on l'accusa de contumace, au lieu d'invoquer la prescription, il produisit simplement sa commission du roi de France et pria l'ambassadeur de S. M. sicilienne, qui était présent, d'en examiner l'authenticité. Puis, déclarant à nouveau qu'il s'appelait le comte de Derwentwater, il refusa de plaider dans la forme accou- tumée, en observant qu'on ne pouvait faire la preuve qu'il avait participé à la tentative de 1715. Deux individus de Hexham, près de Dilston, Abraham Bunting et Thomas Mosley, attestèrent qu'ils le reconnaissaient à une cicatrice qu'il avait sur le front et qu'ils affirmaient que le comte de Derwentwater était bien la même personne que Charles Radclyffe, qui s'était échappé de Newgate en octobre 1715 et qu'ils avaient revu à Dilston en 1735. A la suite de ces seuls témoignages, le jury déli- béra aussitôt et, après une discussion qui dura à peine dix minutes, déclara qu'il était bien Charles Radclyffe, convaincu de haute trahison en 1716, et, en conséquence, le condamna à avoir la tête tran- chée. Le lundi 8 décembre 1746, à 8 heures du matin, deux détachements de life-guards , un de horse- grenadier-guards et de foot-guards s'acheminèrent vers Little Tower Hill. Les horse-guards firent la haie pendant que les autres troupes entouraient l'échafaud. Il n'y avait pas 144 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE quatre mois qu'un public nombreux avait assisté à la mort des lords Kilmarnock et Balmerino. L'échafaud sur lequel devait périr Charles Radclyffe était drapé de serge noire ; près de l'escalier, on avait placé la bière destinée à recevoir ses restes ; recou- verte de velours noir, elle était ornée de poignées et de clous dorés, sans inscription (1). Les shériffs Winterbottom et Alsop arrivèrent dans leurs voitures et demandèrent au général Williamson, député gouverneur, de leur remettre le condamné. Pour son dernier supplice, Radclyffe était vêtu de son uniforme écarlate ; son habit avait des manches courtes serrées avec de longues et larges poignées. Ses boutons et ses lacets étaient dorés ; son gilet à longues basques était broché ; son habit de velours était brodé d'or ; il portait des bas de soie blanche avec des boucles en diamants à ses jarretières et à ses souliers. Son chapeau, orné d'une plume blanche, recouvrait une longue chevelure de cheveux bouclés tombant sur ses épaules. Son col et sa chemise étaient festonnés avec du ruban noir. Il portait un crucifix d'argent et un chapelet de perles. Radclyffe s'avança avec fermeté, mais sans forfan- terie, regardant droit devant lui. Arrivé sur l'échafaud, il s'adressa aux shériffs : — Je meurs, dit-il, en vrai, obéissant et humble fils de l'Église catholique et apostolique, avec de sincères sentiments d'amour pour mon prochain, et le véritable bon souhait que je fais pour mon cher pays est qu'il ne soit jamais heureux tant qu'il ne rendra pas justice à son roi, le meilleur et le plus calomnié des souverains. (1) D'après A. Pichot, Charles-Edouard, le cercueil aurait porté l'inscription suivante: « Carolus Radcliff, cornes deDerwentwater, decollatus die 8 decembris 1746, œtate 58. — Requiescat in pace. » CHARLES RADCLYFFE 145 Je meurs avec des sentiments de gratitude, de respect et d'amour pour le roi de France, Louis le Bien-Aimé, un nom glorieux. Je recommande à S. M. Très Chré- tienne ma chère famille. Je me repens du fond de mon cœur de tous mes péchés et j'ai le ferme espoir d'obte- nir le pardon du Dieu tout-puissant, par les grâces de son bienheureux fils Jésus-Christ, Notre-Seigneur, auquel je recommande mon âme (1). Après avoir achevé ces paroles, il se tourna vers le bourreau, auquel il pardonna, puis il lui remit quelques pièces d'or en disant : — Je suis pauvre ; voilà dix guinées pour vous : si j'en avais davantage, je vous les donnerais. Je désire que, pour votre action, il ne vous soit pas fait la moindre peine. Alors Charles Radclyffe s'agenouilla près du billot et pria pendant quelques minutes. Tout le monde s'age- nouilla ainsi que lui sur l'échafaud. Les prières termi- nées, il retira lui-même sa perruque, son habit et son gilet, puis il se tourna vers les shériffs pour prendre congé d'eux, récita une courte prière, fit plusieurs fois le signe de la croix, plaça sa tête sur le billot et pria le bourreau de faire son office quand il le verrait tendre ses mains en avant. Moins d'une demi-minute après, il donna le signal et sa tête roula sur l'échafaud. Ainsi mourut dans l'amour de Dieu, à l'âge de 53 ans, Charles Radclyffe, comte de Derwentwater, le premier grand maître de la f.\-m.\ jacobite en France, en invoquant le nom du Souverain d'en haut et celui de Louis XV, roi de France et de Navarre. (1) D'après Voltaire, Précis du règne de Louis XV, in-12, 1785, p. 273, Radclyffe aurait voulu que son fils montât sur l'échafaud et lui aurait dit: « Mon fils, soyez couvert de mon sang et apprenez à mourir pour vos rois. » LA FRANC-MACONNERIE. — T. I. 10 146 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Son cœur fut embaumé et, selon son désir, porté près des restes de son père à Dilston, alors que le public le croyait enseveli à Saint-Gilles, dans le Fields ; si Ton en croit la tradition, son corps aurait été enlevé deux mois plus tard par M. Walmsley et transporté à Abbot-Stanstead, dans le Hertfordshire. De nos jours, on n'a pu retrouver aucune trace de ses restes, malgré de minutieuses recherches qui furent faites à plusieurs reprises. De son mariage avec la comtesse de Newburg, Charles Radclyffe avait eu sept enfants. Au moment de sa mort, il y en avait encore six de vivants, son troisième fils, Charles, né en 1733, étant mort le 15 septembre 1742 à Saint-Germain-en-Laye (1). Il laissait deux fils et quatre filles; les trois aînées, Charlotte, Barbara et (Tomasina ne se marièrent pas. Charlotte, qui habita Lille presque toute sa vie, tou- chait de Louis XVI en 1790 une modeste pension de 1770 livres, en considération des services de sa famille. La plus jeune de ses filles, Mary, épousa M. Eyre de Hassop, le 11 juin 1755. Elle mourut le 27 août 1798 à (1) Etat civil de Saint Germain. « Le mercredy douzième septembre 1742 le corps de Messire Charles Rallif, fils de Messire Charles Rallif (sic), comte de Derwentwater, et de dame Charlotte Lewins- ton, mort le jour précédent, âgé de 9 ans, a été inhumé au cime- tière, vêpres chantées en présence du Clergé dont les sieurs Mau- rice Morphy et Louis Guillon prêtres ont signé les parents et amis du défunt Morphy et Guillon. « La Boissièrk de Chambors, « de Parpaille; « P. S. Grâce, « D. Flvn, « Morphy et Guillon. » CHARLES RADCLYFFE 147 Warkworth-Overtharpe, près Bandbury, où elle fut enterrée. James Bartholomew était né à Vincennes le 23 août 1725 (1) et Jacques-Clément en 1727, à Rome. Ce der- nier fut tenu sur les fonts baptismaux par Jacques III et la reine Marie-Clémentine Sobieska. Après la mort de Charles Radclyffe, ses biens furent spoliés par la couronne, au profit de l'Hôpital Royal des Marins Invalides de Greenwich. La valeur de ces propriétés en 1816 ne représentait pas un revenu de moins de 43.487 £ (1.100.000 fr.), sans compter la valeur des mines. L'héritier de Charles, James Bartholomew, 3e comte de Newburg, du chef de sa mère, épousa Barbara Kemp (1720-12 septembre 1797), de laquelle il eut un fils, Antony James, 4e comte de Newburgh, né en Angleterre, le 20 juin 1757, et qui mourut en 1814, sans postérité. Il avait épousé le 30 juin 1789 Anne Webb, née en 1761, et qui mourut centenaire en 1861. James Bartholomew était mort le 2 janvier 1786. La vie de James Bartholomew se passa paisiblement, et il ne semble s'être mêlé en aucune façon à la poli- tique. Il n'avait comme fortune personnelle que 24.000 £ (625.000 fr.) qui lui furent restitués en 1749 par Georges II, pour ses terres de Derwentwater. (1) Mairie de Vincennes. Etat civil, paroisse Notre-Dame de la Pissotte : « Le samedy vingt cinq d'aoust 1725 fut baptisé un fils né le vint trois dud mois et nommé Jacques fils de haut et puissant seigneur Messire Charles Radclyffe et de Dame Charlotte Levinston née comtesse de Newbrugh son épouse, le parein Jacques trois Roy d'Angleterre, représenté par Jean comte de Middleton, la maraine Catherine Brudchel, comtesse douairière de Middleton, représentée par mademoiselle françoise Ciifford, fille de feu Monsieur Thomas Ciifford. « Le comte de Middleton, « Françoise Clifford. » 148 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Jacques-Clément eut une vie plus aventureuse. S'il faut en croire une note sans date (1) entièrement de sa main, qui figure aux archives du ministère de la guerre, c'est lui et non son frère aîné qui aurait été pris avec son père en 1745 par la Sheerness. Nous donnons in extenso cette note particulièrement intéressante : Le comte de Radclyffe Derwentwater est arrière-petit-fils de Charles, second roi d'Angleterre, ainsi que les ducs de Richmond, de Grafton, de Claveland et de St-Albans, ses cousins. Le duc de Montagu, les comtes de Newburg, de Cardigan, de Berkley(2), d'Albermale, de Waldegrave, le lord baron de Belless, le prince de Guistiniani, sont ses frères, oncles ou cousins ou neveux. Les deux comtes de Derwentwater, son père et son oncle ayant armé en 1715 pour la maison de Stuart, eurent le malheur d'être pris à Preston, ville du duché de Lancastre. Son oncle périt sur un échafaud en février 1716 et son frère, qui échappa alors par la fuite à la mort à laquelle il avait été condamné, la retrouva sur le même échafaud dans l'en- treprise d'Ecosse, sous le prince Edouard que la France favorisait. Voici ses dernières paroles, le 8 décembre 1746 : Je meurs avec les sentiments d'amour et de respect pour le Roy de France Louis le bien-aimé, titre glorieux, je recommande à Sa Majesté ma chère famille. Le baron eut alors la bonté d'accorder le brevet du colo- nel au comte de Radclyffe et une pension de 1500 fr. à chacune de ses trois sœurs. Il sert au régiment de Dillon depuis le 21 septembre 1741 et s'est trouvé dans toutes les batailles, affaires et sièges avec ses drapeaux. Il fut pris en 1745 avec son père, en mer, et après avoir essuyé les traite- ments les plus durs, enfermé dans la tour de Londres où il éprouva une longue captivité. Après le supplice de son (1) Cette note doit remonter à 1786, car elle mentionne comme vieux de 3 ans le bill de restitution de 1783 (proposition Dundas). (2) Berkley figure comme signataire de la Patente du Chapitre d'Arras. CHARLES RADCLYFFE 149 père, le Parlement de la Grande-Bretagne confisqua au profit de l'Hôtel des Invalides-Matelots, les terres de sa maison, estimées alors à 300 et quelques mille livres de rente et à la jouissance desquelles son père aurait pu parve- nir s'il eût voulu renoncer à sa fidélité pour son légitime souverain. De cette confiscation, le Parlement retira 24.000 £ qu'il rendit au comte de Newburg, frère aîné du comte de Radclyffe, et faute d'héritiers du comte de New- burgh, le comte de Radclyffe était appelé à cette succession. Il n'y a pas 3 ans que le parlement de la Grande-Bretagne a fait une loi pour rappeler ses sujets de la Grande-Bretagne qui sont au service de la France, et qui rend ceux qui n'obéissent point, déchus de leurs droits d'héritage et pros- crits comme criminels de lèse Majesté. Il a fait avec joie ce nouveau sacrifice et s'est exposé à tout événement. Cepen- dant, dans la dernière promotion il a été oublié dans le nombre des Brigadiers et quoique plusieurs de ses cadets y aient été compris, il espère de la bonté du Roi, son bienfai- teur personnel, et celui de sa famille, que tant de sang répandu, tant de biens abandonnés, et tant d'attachement et de fidélité, pour son service, lui feront obtenir le grade qu'il croit être dû à ses services. Le comte de Radclyffe n'a d'autres biens sur la terre que son épée. Il a même sacrifié jusqu'à ses espérances, à celles dont il se flattait au service du Roi. S'il les perd, il se trouve sans biens, sans patrie, sans état. La reine d'Espagne, par bonté pour la comtesse de Mahoni, sœur du comte de Radclyffe et veuve du comte de Mahoni, lieutenant général au service de Naples, a bien voulu le recommander à Madame la Dauphine en mai 1752. Il espère que M. le maréchal (de Belle-Isle ?) voudra bien enfin le servir auprès de Sa Majesté pour lui faire obtenir sa demande. Voici quels furent ses états de service : 21 septembre 1741, enseigne au régiment de Dillon. 25 mai 1744, capitaine réformé. 3 janvier 1747, rang de colonel. 20 février 1761, brigadier. 3 janvier 1770, maréchal de camp. 150 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Il fut réformé en 1784 (Roussel, p. 84). Le 22 décembre 1747 il avait été particulièrement recommandé à d'Argenson par le comte de Clermont, G.*. M.', de la f.\-m.\ Nous reproduisons la lettre de ce prince qui se trouve aux archives du ministère de la guerre. Après la mort de milord Derwe ntwater, Monsieur, le roy jugea à propos de donner à M. Radclyffe son second fils, la commission de colonel et les appointements. Il avait alors la commission de capitaine et les appointements à la suite du régiment de Dillon, ce qui luy faisait en tout mille écus de revenu, qui est toute sa fortune. Aujourd'hui il se trouve diminué tout d'un coup de près de la moitié par la résolu- tion quelle Roy a prise de ne point donner de doubles appoin- tements. Mais comme l'intention de S. M. n'est pas de lui retrancher cette petite augmentation de fortune qu'elle avait bien voulu luy faire, en considération de la perte de son père, il demande que ses appointements de colonel lui soient conservés en pension. Il ne nuira pas à l'arrange- ment général que le Roy a pris et il jouira toujours des mêmes bontés dont S. M. l'avait jugé digne par sa situation. J'ajouterai que par rapporta luy-même il mérite beaucoup. Il a été mon aide de camp la campagne dernière et j'ay eu lieu d'être extrêmement content de son aplication à son devoir et de l'envie qu'il a de bien faire. Je vous prie d'avoir égard à ses raisons, qui me paraissent très raisonnables, et à la recommendation très pressante que j'y ajoute. Vous connaissez, Monsieur, l'amitié sincère que je vous ai vouée. Louis de Bourbon. En 1789 il touchait de Louis XVI une pension de 3.456 fr. (2.456 fr. (1748 et 1760), y compris 456 fr. d'intérêts d'arrérages en considération de ses services et 1.000 fr. en 1770 pour les mêmes causes). Il était chevalier de Saint-Louis du 30 janvier 1757 (1). (1) Brevet expédié par le comte de la Serre, maréchal de camp, le 19 janvier 1757. CHARLES RADCLYFFE 151 Jacques-Clément ne s'étant pas marié, il n'y avait plus de représentants mâles de cette famille (1). La pairie passa dans la famille Cliffort. (1) Le 27 septembre 1856, on communiqua le dossier Radclyffe au marquis Bauduini Giustiniani. La descendance de Charles Radclyffe est aujourd'hui représentée en Angleterre par Charles StephenM. Leslie, descendant par les Eyre de Mary Radclyffe, fille de Charles. M. Leslie possède à Slindon et à Hassop l'épée ma- çonnique de Charles et le linge sanglant qui reçut sa tête. Les James Radclyffe sont représentés par lord Petre, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. CHAPITRE V LES DÉBUTS DE LA F.-.-M.*. EN FRANCE Les maîtres de loges. — Le recrutement. — Les loges de Paris de 1726 à 1771. — Statuts particuliers. — Les grands maîtres français : le duc d'Antin, le comte de Glermont. — La G.\ L.\ anglaise de France. — La G.'. L.\ de France. — Les substituts : Baur, Lacorne et Ghaillon de Jorville. — Beauchaine. — La patente d'Etienne Morin. — Les frères ennemis. — La papauté et la f.\-m.\ Les deux sources maçonniques qui avaient submergé l'Angleterre devaient également inonder la France, où le courant jacobite avait été accueilli sans méfiance, voire même avec sympathie, alors qu'il n'en était pas de même de la f.\ m.\ anglaise (1). Le développement fut pénible ; l'esprit français n'ad- mettait pas volontiers les règles précises de discipline qui avaient assuré le triomphe de l'ordre en Angleterre, et jusqu'à l'installation du G.*. 0.*. en 1773, l'organi- sation maçonnique française fut une véritable foire, où chacun dans sa loge faisait ce qui lui plaisait, ne retenant de la réglementation anglaise que les céré- monies initiatiques, dont il ne comprenait pas le symbolisme, et les réunions gaies, suivies de banquets souvent tumultueux. Chaque maître de loge avait sa tradition, sa légende adamique, hiramique ou templière, sans compter les variantes. Trois maîtres de loge, (1) Nous désignerons à l'avenir ces deux espèce de sociétés sous les noms de maçonnerie jacobite et de maçonnerie anglaise. LES DÉBUTS DE LA F. \-M.\ EN FRANCE 153 moyennant finance, en initiaient un quatrième et l'au- torisaient à ouvrir un atelier (1). La plupart étaient des tenanciers de cabarets ; s'ils ne versaient pas à boire, ils avançaient les fonds et recueillaient les profits. Dans ces réunions, on s'affublait de multiples rubans, plus ou moins brodés, agrémentés de bijoux variés ; on s'appelait frère et l'on portait des santés. Il ne semble pas qu'on y ait beaucoup causé philosophie, politique ou religion, et c'est assurément ce qu'on avait de mieux à faire. A peine quelques zélés, par-ci par-là, initiés en Angleterre ou possesseurs de documents anglais, parlaient-ils dans quelques coins du Grand Œuvre, mais la plupart n'avaient nul souci de ces graves questions. On inventait de nouveaux grades, de nouvelles ori- gines, de plus en plus anciennes et de plus en plus extraor- dinaires. Tout cela faisait joyeusement passer le temps. Aux loges proprement dites étaient accouplées souvent des loges de Fendeurs ou de Félicitaires, dans lesquelles la police des mœurs aurait pu intervenir ; car à côté des joyeux compagnons se glissaient les vicieux de toutes catégories, et à côté de l'innocent maçon, le diable faisait bien de temps en temps quelque bonne recrue. Si l'on rencontre parfois les grands seigneurs (1) « Another charge is, that the Lodges were proprietary, presided over by irremovable masters who had bought their patents, and in orderto make a profit out of them, initiated every applicant however unworthy that this may hâve happened in some few cases, especially where the Master was innkceper, I am not prepared to deny ; the taunts of some of the contemporary so called exposures would almost imply as much ; but conside- ring how many high names were enrolled in the Craft at this période, I cannot imagine that the evil was of intolérable extent. » Gonld III, 143. 154 LA FRANC -MAÇONNERIE EN FRANCE parmi ceux qui fréquentaient les loges et trouvaient élégant de « s'encanailler », le plus grand nombre des maçons était recruté dans la petite bourgeoisie et le petit commerce. A part quelques loges élégantes que nous signalerons en leur temps, à part surtout les loges de régiments, qui ne prirent un certain essor qu'à partir de 1760, les loges réunissaient des gens de peu, comme on disait alors ; les loges écos- saises étaient en général mieux fréquentées. A part les ducs de Richemond, de Luxembourg et d'Aumont, les comtes de Noailles, de Choiseul et de Tessé, et l'architecte de Puiseux, parmi les maîtres de loges on ne trouve que de tout petits commerçants. La G.*. L.\ qui était censée gouverner tout ce monde turbulent, était à vrai dire plus aristocratiquement composée, et la plupart de ses membres tenaient loge chez l'un d'eux. On jouait à la maçonnerie comme on allait chez Ramponneau ou au Soleil d'Or. Pendant que la duchesse de Portsmouth battait maillet en bonne compagnie, dans son hôtel, à Paris, ou dans son châ- teau d'Aubigny ; pendant que le duc d'Aumont pontifiait dans la loge qui porta son nom, avec les Luxembourg et les Noailles, le plus grand nombre allait se divertir chez Chapelot à la Râpée, chez Leroy rue Saint-Ger- main-1'Auxerrois, ou chez Landelle rue de Buci. Que n'en fut-il pas toujours de même ! Aussi les historiens f.\-m.\ font-ils le silence sur toute cette période du développement de leur ordre. A force de se taire, ils ont fini par oublier les faits et gestes de leurs ancêtres, dont ils savent si vaguement les noms des plus importants d'entre eux, que nous avons vu que, dès 1770, ils donnaient à lord Der- wentwaterle nom de lord Harnouester dont les f.-.-m.'. font, aujourd'hui encore, le second Grand Maître LES DÉBUTS DE LA F.*. -M.*. EN FRANCE 155 de l'ordre en France. Ils ignorent, en effet, à ce point leur histoire que le plus savant d'entre eux, Daruty, parvient à grand'peine à signaler l'existence de 24 loges parisiennes et 199 loges provinciales avant la mort du comte de Clermont (16 juin 1771). Or, des recherches heureuses m'ont permis de dresser une liste de 154 loges parisiennes, de donner le titre de 146 d'entre elles, et d'en désigner huit autres par le nom de leurs vénérables ; j'ai déterminé d'autre part 322 loges provinciales et 21 loges de régiment. Mes listes cependant sont certainement incomplètes, car en 1744, par exemple, il y avait, d'après divers auteurs, 22 loges à Paris, et je n'ai pu en dénommer que dix. Beau- coup de loges, il est vrai, ont dû avoir des existences éphémères, irrégulières. Tel groupement était ortho- doxe pour tel maçon et ne l'était pas pour tel autre. On pourra juger de la composition des loges pari- siennes par la liste que nous donnons ci-dessous, dans laquelle nous avons pris soin de marquer d'une * les loges signalées par Daruty. 1726-1735 1* Saint-Thomas, n<> 1, renouvelé le 3 avril 1732 12 juin 1726. 2* Loge de Coastown, (Goustaud) (1). . — 1726. 3 Saint-Louis d'argent, dite Saint-Tho- mas, II, Lebreton 7 mai 1729. 4 Saint-Martin, Peny père. .... 7 mai 1729. 5* Les Arts Sainte-Marguerite 15 décembre 1729. 6 Saint-Pierre-Saint-Paul, Puisieux. . — 1729. 7* Loge de Bussy (Aumont) — 1735. 1743-1749 8* Concorde, renouvelée le 21 mars 1764 27 décembre 1743. (1) Le nom qui suit le titre distinctif de la loge est celui de son vénérable maître qui servait souvent à désigner la loge. On disait également : L'Union ou la loge de Duret ; Saint-Martin ou la loge de Peny, etc. 156 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE 9 Union, Duret 16 mai 1744. 10 Saint-Thomas, III, Decourt. ... 29 septembre 1744. 11* La chambre du Roi 20 octobre 1745. 12 Saint-Jean-Baptiste, Coûteux. ... 17 mai 1746. 13 Saint-André, I, Gautelme 1er février 1747. 14 Saint-Simon-Saint-Marcel, Liégeois . 8 février 1748. 15 La Magdelaine, Léveillé 10 mars 1749. 16 Cœurs réunis, Antin 10 avril 1749. 17 Saint-Fidèle, Buquet 25 octobre 1749. 1750-1755 18 Paix Immortelle, Paris 25 octobre 1750. 19 Saint- Jean des amis de la vérité, Jour- nalles 24 novembre 1750. 20 Vérité, Leru — 1750. 21 Bon Zèle, Borel 17 janvier 1751. 22 Saint-Philippe, comte de Noailles. . 24 février 1751. 23* Saint-Julien de la Tranquillité. ... 25 avril 1751. 24 Saint- Jean de Luxembourg, Potel. . . — 1751. 25 Constante vérité 27 décembre 1751. 26 Saint-Jean de la discrétion avant 1751. 27 Saint- Jean de la Triple Unité. . . . avant 1751. 28 Trinité, I, Pirlet 25 mars 1752. 29 Secret, Moët 27 septembre 1753. 30 Vrais amis, I, Clément 27 décembre 1753. 31 Saint-Louis des cœurs unis par excel- lence, Boitel 4 juillet 1754. 32 Saint-François, Guillot 15 décembre 1754. 33 Discrétion, Doyère 15 décembre 1754. 34 Charité, Maguet 15 décembre 1754. 35 Saint-Prudent, Robineau 27 avril 1755. 36 Egalité, Dessenis 29 novembre 1755. 1756-1759 37 Sincérité de Saint- Jean, La Valnierre. 17 janvier 1756. 38 Saint-André, II, Thibault 25 janvier 1756. 39* Le Bon Zèle, II 7 janvier 1757. 40 Saint-Frédéric, Martin 11 mai 1757. 41 Union des parfaits élus, Hardy. . . 24 juillet 1757. 42 Bons citoyens, Soisson 21 décembre 1757. 43 Persévérance, Servant 21 décembre 1757. 44 Vrais amis, II, Molet 27 décembre 1757. 45 Saint-Remi, Herbin 27 décembre 1757. 46 Fête de la G. L. et Trinité, Perault. . 16 avril 1758. LES DÉBUTS DE LA F.\-M.\ EN FRANCE 157 47 Saint Louis des Croisades, Danthiaux. 27 juillet 1758. 48 Parfaite Tempérance, Lexcombart. . 17 décembre 1758. 49 Saint-Etienne des frères unis, Guillet . 24 décembre 1758. 50* Sainte-Geneviève, Ledin 24 décembre 1758. 51 Sagesse des parfaits maçons,DuHoussoy. 17 janvier 1759. 52 Satisfaits 18 février 1759 53 Saint-Nicolas des deux amis, Poulet. . 19 février 1759. 54 Bonnes Mœurs, Gilet 19 février 1759. 1760-1764 55* Saint-Alphonse des amis parfaits de la vertu 23 mars 1760. 56 Frères choisis, Guainaud. .... 23 mars 1760. 57 Saint-Pierre de la Bonne Foi, Brunet . 20 avril 1760. 58 Bonne Intelligence, Pettre 10 novembre 1760. 59* Saint-Louis de la Martinique des frè- res réunis 11 janvier 1761. 60* La noble et parfaite Union 15 juin 1761. 61 Trinité dite Egalité, Tardieu. ... 25 octobre 1761. 62 Sainte-Claude fille de Saint-Martin, Magnien 10 janvier 1762. 63 Bonne foi primitive, Lemonnier. . . 25 janvier 1762. 64* Saint-Joseph de la Franchise. ... 10 mars 1762. 65* Cœurs simples de l'Etoile Polaire. . 3 avril 1762. 66 Saint-Charles, Bigarré 31 mai 1762. 67 Enfants de la Gloire, comte de Choiseul. 28 octobre 1762. 68 Saint-Clément Saint-Charles, Maurui. 12 décembre 1762. 69 Saint-Louis les inséparables, Xerckove. 24 septembre 1763. 70* Saint-Charles des amis réunis. ... 24 décembre 1763. 71 Saint-Antoine de la Franche Liberté, Borel 9 février 1764. 72* Saint-Pierre du parfait accord ... 4 novembre 1764. 1765-1769 73* Les Amis de la vertu 21 mars 1765. 74* Les Cœurs unis 7 mai 1765. 75* David 12 décembre 1765. 76 Humilité des bons citoyens, Lauguet. 27 décembre 1765. 77* Saint-Lazare 30 mars 1766. 78* Etoile Polaire 17 mai 1766. 79 Gerbe dite la Providence, Dujy. . . 3 juin 1766. 80 Union sincère, Saulnier 3 juin 1766. 81 Socratede la parfaite union, Bourgeois. 17 juillet 1766. 82 Saint-Antoine de la discrétion, Poussart. 25 novembre 1766. 158 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE 83 Sagesse, Saint-Edme, Saint-Louis des amis réunis, Vallée 4 février 1767. 84 Saint- Jean de la Fidélité , Tricot . . 10 mai 1767. 85 Saint-Prudent dite Egalité, Regnard. 21 juin 1767. 86 La Vertu et l'Union parfaite de Saint- Simon 4 juillet 1767. 87* Union parfaite delà Persévérance. . . 15 janvier 1768. 88 Bonne Foi, Blain 1er avril 1768. 89 Bons Frères réunis, Sellier lep mai 1768. 90* Saint-Pierre des vrais frères. ... 24 juillet 1768. 91 Saint-Henri, Saint-Martin, Pény fils. 11 juin 1769. 92 Saint-Joseph , fille de Saint-Etienne Cornut 11 juin 1769. 93 Saint-Spire, Saint-Martin des Frères de l'aimable Union, Leroy. ... 11 juin 1769. 1771 94 Saint-Simon, patriarche de Jérusalem, Hamet 11 février 1771. 95 Saint-Jacques des parfaits chevaliers de l'ordre, Fouquet 7 mars 1771. 96 Saint-Charles des frères de la bonne union, Labet 7 mars 1771. 97* Les Amis réunis 23 avril 1771. Loges dont le titre n'a pu être retrouvé. 98 Vén. Duc d'Enghien (comte de Cler- mont ?) 3 décembre 1750. 99 Leclerc — 1751. 100 Comte de Tessé 19 février 1759. 101 Dansse 20 novembre 1760. 102 Montroye — 1766. 103 Chaudron entre 1767 et 1771. 104 Gourlin entre 1767 et 1771. 105 Detelleur entre 1767 et 1771. Sur divers brevets j'ai relevé les loges suivantes qui existaient entre les années 1760 et 1766. 106 La Constance, Vén. chev. de Beauchaine. 107 L'Intelligence, prince Camille de Rohan. 108 Saint-Antoine, Chaillon de Jonville. 109 La Trinité, II, La Corne. 110 La Vertu, Le Boucher de Lenoncourt. LES DÉBUTS DE LA F.\-M.\ EN FRANCE 159 111 L'Exactitude, Brest de la Chaussée. 112 Saint- Alphonse, Daubertin. 113 La parfaite Harmonie (?), Etienne Morin. 114 La Constance et l'Amitié, le chev. de Beauchaine. 115 Saint- André, III, Percheron. 116 La Candeur, I, Drothier. 117 La Sincérité, Dutertre. 118 Les Inébranlables Chevaliers de l'Epée et du Mérite de France, Pollett. 119 Saint Jean de Jérusalem. 129 Sciences. 121 La Sagesse, Lucet. 122 Triangle lumineux. Enfin j'ai constaté l'existence des loges suivantes sans pouvoir déterminer les dates de leur constitution : 123 Cœurs simples. 124 Désir. 125 Double intimité. 126 Heureuse sympathie. 127 Notre-Dame de Bon Secours. 128 Paix. 129 Philanthropie. 130 Réunion de Saint-Martin. 131 Saint- Antoine des parfaits chevaliers d'Orient réunis. 132 Saint -Antoine de la perfection. 133 Saint-Augustin dit les frères chevaliers de Minerve. 134 Saint-Charles de la parfaite espérance. 135 Saint-Claude de la famille unie. 136 Saint-Etienne de la persévérance. 137 Saint-François de la parfaite union. 138 Saint-Georges. 139 Sainte-Hélène et Saint-Louis réunis. 140 Saint-Hilaire. 141 Saint-Jacques des amis intimes. 142 Saint-Jacques de la paix immortelle. 143 Saint-Jean de la sincérité. 144 Saint-Joachim. 145 Saint-Louis de bon accord. 146 Saint-Louis de la discrétion. 147 Saint-Mathieu de la parfaite unité. 148 Saint-Nicolas de la constance éprouvée. 149 Saint-Pierre des amis indissolubles. 150 Saint-Ré my des vrais frères réunis. 160 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE 151 Saint-Simon de la bienfaisance. 152 Union des bons enfants. 153 Union parfaite de Saint-Jean de la Porte latine. 154 Union des Sept Frères. (Il est possible que quelques-unes des loges de cette dernière catégorie lassent double emploi avec les nos 98 à 105.) Par qui était gouverné tout ce monde agité ? A la tête de la f.\-m.\ française nous voyons succéder à lord Derwentwater, non pas comme membres actifs, mais comme insignes protecteurs, deux personnalités plutôt amusantes que dramatiques : le duc d'Antin et le comte de Clermont, bien faits l'un et l'autre pour com- mander aux disciples de Bacchus et pour présider à l'embarquement pour Cythère. Il ne faudrait cependant pas prendre trop au tragique leurs vices qui n'étaient pas plus accentués que ceux des gens de leur époque ou de la nôtre, et l'on ne sait vraiment si l'on doit rire ou prendre au sérieux les statuts reproduits dans l'his- toire des f.\-m.\ de la Tierce et que cet écrivain fervent de maçonnerie déclare être spéciaux pour la France (I, 174). I. — Nul ne sera reçu dans Tordre, qu'il n'ait promis et juré un attachement inviolable pour la religion, le roi et les mœurs ; II. — Tout brocanteur en incrédulité, qui aura parlé ou écrit contre les sacrés dogmes de l'ancienne foi des Croisés, sera exclu à jamais de l'ordre, à moins qu'il n'abjure ses blasphèmes en pleine assemblée et qu'il ne fasse une répu- diation de ses ouvrages ; III. — Nul homme suspect de vices infâmes et dénaturés ne sera admis, qu'après avoir donné pendant trois ans des preuves éclatantes de son innocence et de son respect pour le beau sexe ; IV. — Tout homme qui place la félicité à boire, manger LES DÉBUTS DE LA F.*. -M.*. EN FRANCE 161 et dormir, et la perfection de l'esprit à jouer, chasser, badi- ner, savoir l'histoire des toilettes, parler le langage des ruelles et ne lire que des ouvrages frivoles est incapable d'entrer dans l'ordre ; V. — Tout petit maître, idolâtre de sa personne, de son toupet et de ses ajustements sera obligé en entrant dans Tordre de s'habiller simplement, sans galon, sans broderie, sans frange et sans parure femelle, pendant l'espace de trois ans ; VI. — Nul hypocrite en probité, en valeur, en dévotion, ni en morale sévère ne pourra être admis dans la sacrée confraternité ; VII. — Tout savant qu'on recevra dans l'ordre sera tenu de promettre qu'il préférera à l'avenir le plaisir de savoir à l'envie de briller, qu'il tâchera d'avoir le beau dans la tête et le bon dans le cœur et qu'il ne montrera jamais l'un que pour faire aimer l'autre ; VIII. — Nul bel esprit qui aura médit, calomnié, satirisé en vers ou en prose, et dépensé ses talents en faux frais, en sornettes obscènes ou impies, ne sera reçu qu'après avoir fait un ouvrage contre sa propre impertinence. Et, ajoute la Tierce, ces statuts sont exprimés en des termes tout à fait propres pour le pays où ils doivent être observés, sans cependant rien renfermer qui répugne aux obligations générales et aux statuts en usage de toute anti- quité dans les loges répandues sur la surface de la terre. Ce qui est une nouvelle preuve de l'attention de la vénérable confraternité pour tout ce qui peut corriger les défauts et les vices du genre humain selon les temps, les nations et les circonstances. A la lecture d'un semblable document, on est en droit de se demander si l'auteur ne fait pas une allusion ironique à tous les travers qu'on reprochait au duc d'Antin ou au comte de Glermont, qui avaient bien des défauts communs. On est d'autant plus en droit de se poser la ques- tion que tous les documents du recueil de la Tierce LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 11 162 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE sont des documents authentiques, y compris les ori- gines de la maçonnerie. En la faisant remonter à Adam et en indiquant les loges fondées par les fils de Noé et leurs descendants, il ne fait que répéter une fable qui avait cours, fable à tout prendre qui n'est pas plus ri- dicule que celle d'Hiram ou celle des Templiers. Que les statuts à l'usage des Français soient authen- tiques ou faux, dans les deux cas ils énumèrent ce qu'on reprochait alors à nos compatriotes initiés et justifient mes appréciations antérieures sur la menta- lité maçonnique à cette époque. Du reste, les grands maîtres que se choisissent les f.'.-m.*. ne déparèrent pas l'ordre, ainsi qu'on va le voir. LE DUC D'ANTIN. Louis de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin, naquit le 9 novembre 1707. Il fut connu pendant la première période de sa vie sous le titre de duc d'Epernon. Il était fils de Louis, marquis de Gondrin (1689-1712), mort à l'âge de 23 ans, après avoir épousé Marie-Vic- torine-Sophie de Noailles qui se remaria avec le comte de Toulouse ; il était le petit-fils de Louis-Antoine (1665-1736) et de Julie-Françoise de Crussol, fille du duc d'Uzès. Il était enfin l'arrière-petit-fils du marquis de Montespan et de la belle Françoise-Athénaïs de Rochechouart. Louis-Antoine avait eu cette bizarrerie d'être le seul enfant légitime du marquis de Montespan. Cette infor- tune le suivit toute sa vie, et à la cour du grand roi, avec l'indulgence en moins, il était un peu regardé sinon comme un bâtard, au moins comme un in- trus. Sa personnalité, du reste, n'était pas sympathique. LES DÉBUTS DE LA F. '.-M.*. EN FRANCE 163 Médiocrement brave, on avait fort chansonné son atti- tude à la bataille de Ramillies, à laquelle il avait assisté derrière un buisson. Courtisan sans vergogne, il est possible cependant que les histoires des allées de marronniers tombant comme par enchantement sur un désir exprimé par Louis XIV soient inventées, car on n'est pas bien sûr que l'événement se soit pro- duit à Petit-Bourg ou à Fontainebleau. Il était encore plus joueur que courtisan, et ses infortunes au lans- quenet furent nombreuses. Comme on voulait obtenir pour lui un poste qu'il désirait vivement, et qu'on assurait au roi qu'il ne jouerait plus : « A la bonne heure, répondit Louis XIV ; mais qu'est-ce que ça me fait que d'Antin joue ou ne joue plus ? » Si d'Antin ne brilla pas à la guerre, il se couvrit de gloire rue Quincampoix, et il fut du petit nombre des gens avisés dont Law fit la fortune. En 1721, son petit-fils, celui qui devait tenir le maillet de Grand Maître, fut nommé gouverneur de l'Or- léanais ; c'était en survivance, car il n'avait que quatorze ans ; en 1727, il n'en avait que vingt, lorsqu'il fut mis à la tête du régiment de Royal-Marine. Il n'eut pas l'occasion de prouver son courage. Sa vie fut assez terne, et il semble qu'à part ses fredaines maçonniques (il fut initié en 1734) il ne fit guère qu'une conquête dont un inspecteur de police, mauvaise langue, fut l'historio- graphe. Un jour, paraît-il, qu'en Tannée 1732 il allait à la messe aux Feuillants, car il allait à la messe, il aperçut Mlle Elisabeth Le Duc la cadette (1), la dan- seuse postulante de l'Opéra, qu'on appelait l'Altesse, qui, elle aussi, se rendait dévotement aux Feuillants : « Il la trouva à son gré, nous dit l'indiscret poli- 68. (2) Né à Turenne, le 24 août 1644, mort à Rome en mars 1715. 238 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE de la succession d'Espagne, entretenu des correspon- dances coupables avec Marlborough, Orrery, Galloway, etc., et avait dû quitter la France en 1710 ; décrété de prise de corps parle Parlement, il vit mettre le séquestre sur ses abbayes. Après avoir erré en Europe, envoyant à tous propos des mémoires justificatifs, il parvint à obtenir la restitution de ses revenus et mourut à Rome dans une profonde retraite. Depuis cette époque, les ducs de Bouillon figuraient parmi les seigneurs qui n'avaient pas pris leur parti de la suppression des grandes puissances féodales et avaient reconnu la royauté française avec une arrière-pensée et le regret d'un passé déjà lointain. Cependant, Charles-Godefroy occupa les fonctions de grand chambellan du roi Louis XV à partir de 1728 jusqu'à sa mort (1770). Charles Godefroy avait eu deux fils. Emmanuel-Théodore, prince souverain de Bouillon, se maria quatre fois. De son premier mariage avec une La Trémoille il eut deux fils et cinq filles ; un fils du deuxième lit mourut en bas âge ; deux filles de son troi- sième et de son quatrième lit épousèrent l'une le prince de Soubise, l'autre le prince de Beauvau. Ses deux fils du premier lit, Frédéric-Maurice-Casi- mir, prince de Turenne, grand chambellan (1723), et Charles-Godefroy, vicomte de Turenne (1706-1771), épousèrent successivement Marie-Pauline Sobieska, et par leur femme étaient par conséquent alliés aux Stuarts, Jacques III ayant épousé une Sobieska. Charles-Godefroy, le G.\ M.*, du G.*. 0.\ de Bouillon, était un des princes les plus titrés de France. En dehors de sa souveraineté de Bouillon, il était duc d'Albret et de Château-Thierry, comte d'Auvergne, d'Evreux et de Bas-Armagnac, baron de Montgacon, Caullac, Oliergues, seigneur de Crégny, Senis, Fres- LE POUVOIR ROYAL ET LA F. -M. — LES SCHISMES 239 seins, Vawercourt, pair et grand chambellan, gou- verneur et lieutenant général pour le Roi du haut et bas pays d'Auvergne, mestre de camp, et depuis 1748 grand chambellan en survivance. De son mariage avec sa belle-sœur Marie Sobieska (1724) il eut un fils et une fille qui épousa Jules Mériadec deRohan. Le fils Godefroy-Charles-Henri, qui lui succéda dans ses titres et dans sa G.*. M.*. (26 janvier 1728- 3 novembre 1792), mourut non pas à l'étranger, mais au château de Navarre . C'est lui qui reconnut comme membre de sa famille Théophile - Malo Corret de Kerbeauffret, connu plus tard comme premier grenadier de France, sous le nom de la Tour d'Auvergne (1). Godefroy-Charles-Henri se maria deux fois : la pre- mière fois il épousa Mlla de Marsan, de la maison de Lorraine, et la seconde fois Mlle de Banastre, dont il n'eut pas d'enfants (2). De son premier lit il eut trois fils et une fille. Les trois derniers moururent en bas âge (3). L'aîné, Jacques-Léopold-Charles-Godefroy, qui fut le dernier duc de Bouillon (15 janvier 1746-7 février 1802), était né sans jambes et on avait dû l'élever dans un fauteuil. Le jour de son mariage avec la princesse de Hesse Rheinfels Rothenbourg (1766), «ondutlepor- (1) Il était descendant illégitime de Henri de la Tour vicomte d'Auvergne, etc., et de Adèle Court. (2; Les amours de la duchesse de Bouillon avec Maurice de Saxe, le comte de Clermont, le marquis de Sourdis, etc., sont connus. (3) Il eut aussi de nombreux enfants naturels dont un de la grand', mère de George Sand, Marie Raniteau, dite Mme de Verrières, puis M^e de Furcy, actrice de la troupe du maréchal de Saxe. Ce fils fut connu sous le nom de Beaumont-Bouillon. 240 LA FRANC-xMAÇONNERIE EN FRANCE ter dans le lit de sa femme ; ce fut du reste la seule et unique fois, car il jura le lendemain qu'il ne la rever- rait jamais de sa vie et tint parole 1) ». Pendant qu'il faisait des folies pour une demoiselle Guesse, sa femme avait une liaison publique avec le prince Emmanuel de Salm Salm, un des membres les plus militants de la loge des Neuf Sœurs. S'il mourut sans postérité légitime, il avait eu ce- pendant un fils de Marthe Serson, dite Mme d'Aubigny, puis de Moitiers ; ce fils était mort en 1779, âgé de trois ans (2). Le dernier duc de Bouillon resta en France pendant toute la Révolution et ne fut jamais inquiété, malgré ses titres et son immense fortune. Faut-il attribuer cette bienveillance des pouvoirs jacobins à ses infirmités ou à ses origines maçonniques ? Un membre de sa famille, Godefroy de Beaumont-Bouillon, dit le chevalier de Beaumont, abbé et avocat au Parlement (1750-1823), fut, de 1780 jusqu'à sa mort, un des membres influents de la maçonnerie. En 1747 ou 1748, deux officiers de Charles-Edouard, sir Samuel Lockhartet Barnewal, vicomte de Kingston, fondèrent à Toulouse un régime nouveau, sous le titre d' « Ecossais fidèles », connu par la suite sous le nom de Vieille Bru (3). (1) Il avait adopté Jacques-Léopold-Charles-Godefroy de la Tour d'Auvergne, pauvre lieutenant de vaisseau de la marine anglaise. (2) Voir Vl« Révérend, Annuaire de la noblesse. (3) Voir, dans la seconde partie, l'historique de cette loge. LE POUVOIR ROYAL ET LA F. -M. — LES SCHISMES 241 A la tête de ce régime siégeait un consistoire com- posé de trois chapitres, dont les membres s'appelaient menatzchims, ou chefs suprêmes. Le premier chapitre comprenait les grades d'apprenti, de compagnon, de maître et de maître d'art ; le second suivait le système templier (Ransay) ; il comprenait quatre degrés d'élus ; le troisième comprenait les initiés à la maçonnerie scientifique (kabbale, alchimie, etc.). Le G.*. 0.'. ne voulut pas reconnaître la Vieille Bru, et plus tard, lorsque « les Écossais fidèles » devinrent Adonaï } Mohabin Grande-Bretagne ( Macmaharabahac Chevaliers de l'Épée Juda, Benjamin Libertas Chevaliers de l'Orient Rafodom Javerum, Hamaim Rose-Croix, Chevaliers de l'Aigle I.n.r.i Emmanuel Chevaliers de Palestine ou de la Triple Croix Dieu le veut Le voyage de Dieu Souverain du Temple Jakin, Jérusalem Mac Benac, Hiram Prince de Jérusalem Adar Thébet Chevaliers Ecossais Pharax Kadosch Noachides, chevaliers prus- \ S. C. J. )pi j siens )Sem,Cham,Japhet ) ° Chevalier du Soleil Adonaï Stibium Il est certain qu'en présence d'un pareil déluge de mots fantastiques, le nouvel initié croyait à des secrets extraordinaires et que, pour avoir la clef, il fallait arriver aux grades les plus élevés ; il n'avait que la première lettre du logogriphe, à lui de trouver la dernière. Dans chaque régime, des frères se mettent à l'œuvre, cherchent la signification symbolique de tous ces mots, les ratta- chant aux légendes d'Adam premier maçon, de Noé, de Salomon, d'Hiram, de Labance, des Croisades, des Templiers, de Charles Ier Stuart. Autant de régimes, au- tant de mots, d'orthographes, de sens et de légendes. Et tout cela, pour en revenir à la légende primitive, la re- construction symbolique du temple de Jérusalem sup- posé merveilleux, dissimulant l'étude de l'homme dans le passé, le présent et le futur. Dans tous ces mythes, il y a constamment un homme assassiné, dont il faut venger la mort ; assassinat symbolique de Hiram, architecte du temple imaginaire, vengeance réelle contre ceux qui s'opposent au développement pratique du travail du Grand Œuvre maçonnique. Ces logogriphes ont tellement peu un sens réel et positif qu'en 18131e f.\ de l'Aulnaye publia un Tui- LES PETITS SECRETS DE LA F.*. -M. 281 leur des 23 degrés de l'Ecossisme, dans lequel les mots sacrés aussi bien que les mots de passe sont très diffé- rents de ceux qu'on voit figurer dans les rituels anté- rieurs et que nous avons reproduits plus haut. Voici les nouveaux mots : Mots sacrés Mots de passe Apprenti Booz Tubalcain Compagnon Jakin Schibboleth Maître Moabon Tubalcain Maître secret Iod Zizon Maître parfait Jehovah Acacia Secrétaire intime Ivah Johaber Prévôt et juge Jakinaï Tito Intendant des bâtiments Jakin aï Juda Maître élu des neuf Neckam Nikar Maître élu des quinze Zerbal Helcham Elu secret Neckam Neckam Sublime chevalier élu Adonaï Stolckin Grand maître architecte Adonaï Rabacim Royal Arch Jehovah Ego sum Grand Ecossais de la voûte sacrée Jehovah Macmaha Chevalier d'Orient ou de l'Epée i Raphadon ( Ya yaurum ha- ( meim Prince de Jérusalem Adar Thebet Chevalier d'Orient et d'Oc- cident Abaddon Jabulum Rose- Croix d'Herodom Salathiel Emmanuel Grand Pontife ou Sublime Ecossais Alléluia Emmanuel Vénérable grand maître Ragabassi Jeksonne Noachite ou chevalier prus- sien Sem,Cham, Japhet Phaleg Chevalier Royal Hache ou Prince du Liban Noe Japhet Chef du Tabernacle Jehovah Ouriel Prince du Tabernacle Dieu le veut Le voyage de Dieu Chev. du Serpent d'airain Moïse I.n.r.i. Ecossais Trinitaire ou Prince de la Merci Jehovah, Jakin Gomel G. Com. du Temple J.n.r.i Salomon Chev. du Soleil Adonaï Stibium G. Ecossais de St-André Nekamah Ardarel Chev. Kadosch ou chev. de l'Aigle blanc et noir Jabamiah Eliel G. Inspecteur Inquisiteur commandeur Justice Phaal kol 282 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Sublime Prince du Royal Secret Salix Phaal kol Souv. G. Insp. Général Baclim Endiague Par un phénomène très singulier, mais cependant très explicable, après s'être meublé la tête de tous ces noms compliqués, après s'être entêtés dans des re- cherches extravagantes, les cerveaux des initiés Travail- leurs se déformaient et ils en arrivaient à croire à la réalité de leurs rêves. Ces études conduisaient à un genre de folie spéciale : l'acharnement dans l'hébéte- ment latomique qui conduisait le malade aux baquets de Mesmer, à la loge de Cagliostro, chez le tireur de tarots Etiella, ou ài'Illuminisme, après avoir passé par les Chevaliers bienfaisants, les Philalèthes, ou le rite écossais philosophique. LES SIGNATURES La signature ornée d'un signe maçonnique n'a jamais été obligatoire pour les initiés, ni dans leurs si- gnatures courantes, ni même dans leurs signatures maçonniques. A cet égard, il n'y a pas de règles, et c'est par zèle ou par nécessité que certains d'entre eux, environ la moitié, ont adopté les trois points symp- tomatiques. On peut donc affirmer qu'il ne suffit pas qu'une signature n'ait pas de signes maçonniques pour que l'individu qui l'a faite ne soit pas f.\-m.\ Par contre, il faut reconnaître que le hasard seul ou la fantaisie ne peuvent expliquer l'introduction, dans une signature, des signes particuliers que nous allons énumérer. On peut tout au plus admettre que, dans des circonstances spéciales, ces signes aient été employés LES PETITS SECRETS DE LA F.*. -M. 283 par quelques mystificateurs ou quelques vaniteux de franc-maçonnerie. Je suis parvenu à établir 60.000 fiches, et j'estime que j'ai à peine dépassé la moitié du nombre des initiés français pendant une période d'un siècle environ. Or, parmi les signatures ornées des signes maçonniques, j'ai pu établir que 83 0/0 d'entre elles figuraient sur mes listes. Il n'est donc pas téméraire d'admettre que si je n'ai pu identifier les 17 0/0 qui restent, cela tient à l'état incomplet de mes listes. Quels sont les signes distinctifs les plus usités ? 1° Les 3 points en ligne : /fuœi 2o Les 3 points en ligne entre deux barres ^ ^j^^g^'^ï^^^^ 284 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE 35 Les deux barres : = 4° Les 3 points en triangle : Et, plus rarement, les signes suivants : *r ;/: v .*. == ■/ /■ Le troisième et le dernier de ces signes sont moins probants que les cinq autres et on les trouve souvent à la fin d'un document pour indiquer qu'il est terminé. Le dernier accompagne quelquefois des signatures no- toirement profanes, celle de Molière par exemple. Le signe le plus ancien nous vient d'Angleterre, où il était adopté avant 1745 : les 3 points en ligne et, quelquefois, ces points entre deux barres. Le plus ancien diplôme français dans lequel j'ai constaté l'emploi des trois points entre les deux barres est du 7 juin 1760. Ce sont les deux premières séries et les deux barres sans points qui sont presque exclu- sivement adoptées jusque vers 1771, et jusqu'en 1820, elles sont encore les plus généralement employées. Vers 1771 apparaissent les 3 points en triangle. La plus ancienne signature que je connaisse sous cette LES PETITS SECRETS DE LA F.\-M.\ 285 forme, est celle du baron de Toussainct, qui, non con- tent de mettre cette variante après son nom, le faisait précéder du type n° 2. Sans compter les autres fiori- tures hiramiques. La première pièce imprimée du Grand Orient, con- tenant les 3 points en triangle, est une circulaire du 12 août 1774, et l'emploi de ces trois points est exclusi- vement réservé à indiquer des abréviations dans l'em- ploi des mots usuels : G.#. 0.*. pour Grand Orient, G.*. A.*, de l'U.\ pour Grand Architecte de l'Univers, etc. Les procès-verbaux originaux, jusqu'en 1791, les seuls que j'aie eus en mains, en font même un usage très restreint. A partir de 1771, et surtout de 1781, le type 4 se subs- titue de plus en plus aux types 1, 2 et 3, et, à partir de 1820, il est le type presque exclusivement adopté. En dehors de ces types, une grande variété de signes et d'abréviations sont, par contre, en usage, mais exclu- sivement dans des documents maçonniques. Ainsi, le duc de Luxembourg fait toujours précéder sa signature du triangle lumineux, au centre duquel il place la lettre hébraïque Yoth. 286 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE D'autres remplacent ce Yoth soit par un Gamma» soit par un G, soit par trois points. Les signatures font aussi presque toujours mention des fonctions : V.\ (vénérable) ; G.'. 0.*. (grand ora- teur) ; G.*, des S.', et Arch.*. (garde des sceaux et ar- chives) ; F.*. Terr.*. (frère terrible); M.*. E.\ (maître écossais) ; S.'. P.*. R.'.f (Souverain Prince Rose-Croix); K.\ D.\ S.*. (Kadosch) et pour les grades supérieurs 32e, 33e. Dans les diplômes écossais, particulièrement, on indique soigneusement la longitude et la latitude de la loge, comme si l'on était en pleine mer. Les signes cabalistiques et les écritures puérilement secrètes sont multipliés. Lorsqu'ils parlent de leurs très respectables frères, ils portent le zèle jusqu'à écrire TTT.\ RRR.\ FFF.\, dételle sorte que le signe perd complètement sa valeur abréviative. Dans les loges du rite d'Hérodom de Kilwining, les membres se distinguent par des noms de convention, noms de vertus philosophiques ou morales, en suppri- mant une partie des lettres du mot : S. n. c. r. t. (sin- LES PETITS SECRETS DE LA F.\-M.\ 287 cérité), P. r. s. v. r. c. (Persévérance). Le grade su- prême Astharta s'écrit A. s. t. r. t. Dans la Stricte Observance, les membres se placent sous l'invocation d'une planète, d'un objet, ou d'une épithète élogieuse ; ils signent en latin, d'abord leur prénom, puis la men- tion du grade de chevalier, puis le nom de la planète ou de l'objet. Ainsi : Ferdinand, chevalier de la Victoire (Ferdinandus Eques a Victoria), est le duc Ferdinand de Brunswick ; Hubertus Eques a Tomba sacra est le baron de Dalberg ; Carolus Eques a Leone résurgente est le prince Charles de Hesse. Tous les brevets sont rehaussés de larges rubans mul- ticolores auxquels sont attachés des sceaux enfermés dans des boîtes en fer-blanc et parfois en argent. Tel brevet en possède sept ; sur l'un d'eux j'ai relevé près de cent signatures, et quelles signatures ! Les Templiers ajoutent, en dehors de leurs grades interminables, une croix à deux branches. Les Amis Réunis sont plus compliqués; voyez Doazan: ni:' /«\ *** /-^ Certains mettent cinq, sept, neuf points et même plus ; mais le record de la complication appartient sans contredit à Martines de Pasqually : 288 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Toutes ces fantasmagories avaient pour but de satis- faire la vanité des initiés et d'exciter la curiosité des profanes ; cela avait un petit air mystérieux et cabalis- tique qui n'était fait pour déplaire ni aux uns, ni à cer- tains autres. Mais pourquoi les deux barres et les points? Bien que je n'aie trouvé d'explication officielle dans aucun ouvrage, il me paraît que, sans être devin, on peut facilement en trouver une. Les deux barres symbolisent les deux colonnes du Temple et les points les nombres mystérieux des grades maçonniques. Dans la religion d'Hiram, car en somme la maçon- nerie est une religion, les nombres jouent, en effet, un rôle considérable ; les f. \-m.\ leur attribuent des significations symboliques souvent bizarres. Les trois premiers grades, les seuls que lesf.'.-m.*. qui se disent sérieux reconnaissent : Apprenti, Compa- gnon et Maître, sont numériquement représentés parles nombres 3, 5 et 7, correspondant aux nombres de coups frappés dans les cérémonies initiatiques à ces divers grades. Dans les grades supérieurs, ils ne par- lent pas de moins de 3 fois 3 et vont même jusqu'à 3 fois 3 répétés 3 fois 3 fois, ce qui fait 81, le nombre parfait. J.'avoue que, dans mes recherches, je n'ai encore pu mettre la main sur la signature de ce maçon idéal. LE LANGAGE CONVENTIONNEL. Les francs-maçons français, dans leur langage et dans leurs écrits, emploient une phraséologie spéciale et des mots auxquels ils donnent un sens différent de leur sens habituel. Bacon de la Chevalerie fut l'inventeur LES PETITS SECRETS DE LA F.\-M.\ 289 de plusieurs de ces termes particuliers, les autres furent consacrés par l'usage et l'habitude. Les réunions de francs-maçons dans les loges s'appellent des tenues et dans les G.'.L.*. ouauG.\0.\ on emploie de préférence le mot assemblées . Les dis- cours s'appellent des balustres ; les minutes des pro- cès-verbaux, des esquisses, et les procès-verbaux, des planches à tracer. Les oraisons funèbres sont des co- lonnes funèbres. Dans une loge, les tenues des grades symboliques se font dans le Temple de l'atelier. Il y a, en plus, les Cha- pitres qui réunissent les membres qui possèdent des grades supérieurs à celui de maître, les Aréopages, les Grands Tribunaux, etc. A l'entrée on tuile l'arrivant pour reconnaître s'il est bien initié , et le frère chargé de ces fonctions s'appelle frère tuileur. A l'intérieur le frère couvreur veille à la sécurité et au secret des réunions. Mais c'est spécialement dans les banquets qu'on emploie, sans raison sérieuse, des mots dénaturés pour exprimer des choses vraiment insignifiantes. Ainsi : Barrique Canon Cantique Ciment Colonne d'Harmonie Drapeau Etoile Glaive Lumière Mastiquer Pierre brute Pioche Plateau LA FRANC-MACONNERIE. — veut dire bouteille verre chanson poivre musiciens serviette lumière couteau officier manger pain fourchette plat 19 290 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Poudre faible veut dire eau — forte — vin — fulminante — liqueur Sable — sel Sable jaune — poivre Tirer le canon — boire Truelle — cuiller Tuile — assiette Voile — nappe On pourrait multiplier les exemples de ces paroles mystérieuses, mais cela serait sans intérêt. Il est plus curieux, par contre, de signaler les expres- sions maçonniques auxquelles la Révolution a fait une fortune. Ainsi les provinces maçonniques étaient appelées des départements ; la réunion des députés des loges et des hauts dignitaires s'appelait puissance législative et corps législatif; les décisions étaient des décrets. Les grades maçonniques étaient groupés sous trois couleurs particulières : le bleu correspondait aux gra- des symboliques ; le rouge, aux grades chapitraux ; le blanc, aux grades philosophiques. Enfin la devise maçonnique : Liberté, Egalité, Fra- ternité, devint la devise révolutionnaire. CHAPITRE IX PROFILS MAÇONNIQUES La manie égalitaire ; ses conséquences. — Le cabaretier maître de loge. — Le robin. — Le bourgeois. ~ L'homme à talent. — L'officier. — Le parlementaire. — Le noble. — Puisieux. — Procope. — St-Germain- — Le Breton. — Bacon de la Che- valerie. — Stroganoff. — Savalète de Lange. Dans les chapitres précédents nous avons déjà donné les biographies d'un certain nombre de francs- maçons importants et mis en lumière les mentalités que la pratique de l'Art Royal avait développées chez eux. Charles Radclyffe, Charles-Edouard, le duc d* An tin et le comte de Clermont furent plutôt de grands pro- tecteurs honoraires que des maçons ardents. Aucun d'eux ne semble avoir fait du travail de loge. Par contre, nous nous sommes étendus longuement sur un certain nombre de pratiquants, de dévots, de bigots et de fana- tiques de la religion d'Hiram, tels que Ashmole, Désa- guliers, Ramsay, Swedenborg, Martines de Pasqually, Perneti, Beauchaine, Tschoudy et Willermoz. La série ne serait pas complète, les types ne seraient pas suffi- samment variés, si nous ne joignions pas à ces chefs de sectes, penseurs plus ou moins profonds, des personna- lités ayant surtout joué un rôle pratique. Nous essaye- rons donc de représenter tous les types divers que la franc-maçonnerie a pu produire ; le jovial Procope ; Pui- sieux le doux fanatique; Saint-Germain le thaumaturge; 292 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE le religieux Le Breton; Bacon delà Chevalerie, le mili- taire exalté ; l'étranger Stroganoff; Savalète de Lange, le passionné de la secte et du sexe. A côté de toutes ces personnalités qui ont laissé un nom et ont eu des car- rières qu'on a pu suivre, il y avait la foule des maçons qui n'ont laissé que peu de traces personnelles, mais qu'on peut facilement reconstituer, lorsqu'on a par- couru de nombreuses correspondances échangées entre initiés ; des types généraux surgissent d'eux- mêmes, sans qu'aucun de ces types puisse s'appliquer à une personne déterminée, types collectifs beaucoup plus dangereux que les déformations individuelles, car leur responsabilité est impersonnelle, ou partagée avec trop de complices. Quel détraquement pouvait produire l'enseignement et la pratique des idées égalitaires, sur des personna- lités différentes, appartenant à des milieux sociaux hétérogènes, plus habitués à s'apercevoir qu'à se fré- quenter ? quelle influence pouvaient avoir sur des cer- veaux bourgeois les appellations pompeuses des hauts grades maçonniques, les emblèmes et les bijoux don- nant l'illusion de grands cordons et de décorations ? quels terribles effets devait produire sur des cervelles de petits commerçants leur promiscuité dans les ban- quets avec les grands seigneurs et les riches financiers? Comment les cerveaux des uns et des autres se défor- maient-ils ? Dans les conditions où se recrutaient les membres des loges, les idées maçonniques devaient amener une désagrégation sociale, provoquée par l'envie haineuse des classes inférieures, et par la sensibilité philoso- phique exagérée des hautes classes, émasculées par les rêveries creuses de leurs cerveaux qui roulaient à vide. Le calme était donné aux hommes timorés par l'ap- PROFILS MAÇONNIQUES 293 parence de grandeur de l'idée égalitaire ; les cerveaux ardents étaient exaltés par ces mêmes doctrines ; les âmes religieuses, confondant l'humilité sociale avec l'humilité individuelle, n'apercevaient que la mise en pratique des paroles du Christ. Toutes les consciences pouvaient donc être en paix. Le cabaretier, maître de loge, a fort peu souci de l'origine, de la raison d'être et du but de l'Ordre auquel il est affilié. Il en connaît tout le culte exté- rieur, et rien de plus ; mais ces puérilités pompeuses, il les connaît à fond ; il ne fait pas une faute dans le serre- ment de main, ni dans la marche, ni dans les mots se- crets ; il connaît par le menu les tentures que l'on doit mettre et les costumes qu'il faut porter dans chaque circonstance. Laf.\-m.\ est une annexe de son com- merce, un comptoir où l'on consomme, où l'on paie vin, limonade et présence; elle lui apporte une clientèle dont il est jaloux. S'il est âpre au gain, comme tout petit commerçant, il est flatté d'être appelé vénérable maître par le robin, l'officier et quelquefois le noble, vrai ou faux, qui achalandé son industrie. Pour lui, la f.\-m.#. est une bonne affaire. Parfois il prend son rôle au sérieux et estime, à force de s'entendre honorer dans ses fonctions, qu'il est l'égal de ceux qui fréquentent sa loge. Le dogme maçonnique agit sur lui à sa façon, terre à terre ; néanmoins, l'empreinte est profonde. Les blessures faites à sa vanité ou à son envie ne se- ront pas oubliées. Il se déclasse par en haut, prend des vices au-dessus de son rang et au-dessus de sa bourse. Que viennent les mauvais temps, qu'il ait à se plaindre, avec ou sans raison, d'un voisin qui aura refusé de 294 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE le traiter en égal sans cependant vouloir l'humilier, la haine lui montera au cœur, et si l'occasion s'en présente, il le lui fera bien voir. Il est une autre sorte de maçon plus dangereuse encore, c'est le clerc de procureur, l'huissier, l'homme de loi sans talent et sans clientèle, qui en cherche une dans les loges, persuadé qu'il importe peu d'avoir du mérite et des connaissances professionnelles, mais qu'avec des relations on fait son chemin, qu'on ne le fait pas autrement ; il a le caractère ergoteur des gens de chicane, la conscience relative de ces clercs de la basoche qui ont l'âme tranquille lorsqu'ils ont respecté la loi en la tournant habilement. Pour eux, la légalité retorte remplace la vérité et la justice, mots creux, vertus dangereuses à pratiquer. Ce genre de maçons traite volontiers les frères comme il traiterait la partie adverse dans un mauvais procès. Sur lui aussi l'égalité maçonnique fera ses ravages ; elle augmentera ses talents à ses propres yeux, et par contre diminuera ceux de ses adversaires ; à fréquenter des gens titrés, il s'appellera du nom de la terre de son père, ou de celui de son vide-bouteille *, s'il n'a rien de tout cela, il empruntera le nom de sa ville natale. S'il s'introduit dans les hauts grades, affublé de tous les oripeaux d'usage, paré de décorations plus brillantes que la croix de Saint-Louis, enrubanné de soieries plus éclatantes que les ordres du roi, traité de Souve- rain Prince ou de Sublime Quelque chose, il prendra tout cela au sérieux, titres et défroques, méprisera son voisin, qui garde sa boutique, sa femme et son temps, méprisera bien plus encore, mais cette fois au nom PROFILS MAÇONNIQUES 295 de l'égalité, celui qui passera à ses côtés comblé d'hon- neurs et d'ornements authentiques. Dans son esprit faussé la haine régnera en souveraine maîtresse, car il appliquera l'égalité ainsi qu'une décision judiciaire. Ce n'est pas lui qui perdra son temps dans des re- cherches illusoires sur l'origine de l'homme et son but final . Encore une recrue pour l'émeute si les temps s'y prêtent. Celui-là s'appellera Maillard, Joachim Ceyrat, Cofïinhal. Ou bien encore le petit bourgeois, vivant en rentier, soit qu'il ait su se contenter d'une fortune modeste, soit qu'il ait pris sa retraite et cédé son commerce. Ne plus rien faire est une étape vers la noblesse. S'il ne trouve aucune fissure pour y pénétrer, la fraternité ma- çonnique lui en donnera l'illusion. Sa mentalité lui fait envisager toutes choses comme une transaction com- merciale ; est-ce que le commerce ne consiste pas à acheter au meilleur marché et à vendre le plus cher possible? Défendre son argent et attaquer celui des autres, n'est-ce pas le but de l'existence? Il achètera de l'égalité à bon compte dans les loges, nulle part il ne trouvera mieux. Et comme il a payé en entrant, qu'il débourse pour rester, il veut en avoir pour son argent, la meilleure part. Désœuvré, il cherchera les fonctions d'officier de loge pour tenir une place d'honneur dans cette société d'égaux. Il fraternisera dans les banquets avec ses anciens clients et en prendra les allures. Le soir en rentrant, il resservira à sa femme stupéfaite, mais émerveillée, toutes les bribes de fausse science qu'il aura broutées dans les parterres de la ma- çonnerie ; il lui dévoilera, par faveur spéciale, deslam- 296 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE beaux de la légende d'Hiram, et dans son demi-sommeil il parlera de projets de vengeance ; dans ses rêves il accomplira des actes héroïques pour défendre une so- ciété où on lui apprend de si belles histoires.il discutera toutes choses avec des phrases toutes faites, apprises à force de les entendre répéter. Philosophe, politique, homme de guerre, il sera tout cela et trouvera qu'il était né pour toutes ces choses; il parlera d'égalité à tout venant, et si on le critique, ou même si l'on ne le com- prend pas, au nom de cette même égalité, il pensera que contradicteurs ou indifférents sont des êtres infé- rieurs et stupides. La maçonnerie aura encore déformé ce malheureux, né brave homme, et dont la destinée n'aurait pas dû le porter plus haut que son bonnet de nuit, ni le descendre plus bas que les cancans de son arrière-boutique. Heureux encore si une nature parti- culièrement prudente lui fait craindre les coups qu'on peut éviter ; il n'ira pas se compromettre dans une journée révolutionnaire ; mais il y assistera des fenê- tres de l'Hôtel de Ville, dont il sera électeur ; il s'ap- pellera Veytard, Buffaut, Varangue. Certes, il ne tuera ni Berthier ni Foulon, mais il trouvera que ces gens-là ont eu grand tort de s'attirer la haine des habitués de la place de Grève et du Palais-Royal, et qu'il vaut mieux les abandonner à l'émeute que de risquer d'en être soi-même la victime. C'est encore l'homme à talent, heureux malgré tout de frayer avec des militaires et des hommes bien nés ; le temps qu'il perdra dans les loges ne lui rapportera que des flatteries pour son amour-propre ; mais il y sera sensible ; intelligent, si en plus il est malin, PROFILS MAÇONNIQUES 297 il saura faire mousser ses qualités, trouver une clien- tèle parmi les frères. Peut-être ne se lancera-t-il pas dans les hautes spéculations métaphysiques; mais comme tous ces gargarismes philosophiques et hu- manitaires sont de mode dans les loges, il prendra le vernis d'une science qui n'est pas la sienne, et son amour-propre y trouvera encore son compte. Comme tous les gens qui ne connaissent que la surface d'une science ou d'un art, il s'y croira maître. S'il est obligé de s'avouer qu'en pareille matière il n'est pas créa- teur, il se croira bon juge. Son intelligence générale et son talent particulier y perdront quelque chose, et il sera la victime de son luxe maçonnique ; il n'osera pas, lorsque les mauvais temps viendront, blâmer ce qu'il a si souvent encensé ; les théories de loge sur l'égalité qu'il a répétées à tout propos, le désarmeront contre la poussée de l'égalité venue d'en bas. Dans les parlottes maçonniques, le moins que puisse y perdre l'homme de haut mérite, c'est le temps qu'il aurait pu passer à produire ou à agir. Avec l'habitude journalière de traiter sur le pied d'égalité des gens qui lui sont très inférieurs, il doutera de lui-même ; dans les échanges d'idées auxquels il se laissera en- traîner, il donnera plus qu'il ne recevra, et ses ensei- gnements seront toujours des présents inutiles et même dangereux ; en vulgarisant de grandes pensées, il les rapetissera, ne fût-ce que pour se faire comprendre. Si, par malheur, il se laisse prendre au piège habile- ment préparé du travail de loge, il se détournera de sa vocation pour suivre une voie nouvelle, dans laquelle il sera un homme ordinaire, en attendant d'être un 298 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE mécontent, car il se sera engagé dans un chemin sans issue, dans la recherche d'un problème sans donnée sérieuse, sans équations possibles et sans solution dé- sirable. La grande science expérimentale et pratique de Con- dorcet se perdra dans des abstractions. Bailly égarera son bagage scientifique en se laissant entraîner par la politique des loges ; leurs rôles seront pitoyables et leurs fins tragiques. A fréquenter des gens d'éducation médiocre, le noble apprendra peut-être à son frère d'atelier quelques belles façons, dont celui-ci se parera comme M. Jour- dain de sa prose, mais de son côté il y perdra de sa distinction plus qu'il en aura donné ; son charme dis- paraîtra et son prestige, vu de trop près, n'y gagnera assurément pas. Souvent, aussi ridicule que le bour- geois ou le boutiquier, lorsqu'il voudra faire de la haute science maçonnique, il laissera, sans s'en douter, glisser dans la rue l'égalité qu il a courtoisement pra- tiquée dans les loges ; sans compter qu'à force de la proclamer, il finira souvent par y croire. Après avoir considéré les cérémonies des loges comme une esca- pade passagère, il en fera le péristyle lumineux con- duisant à la politique et aux assemblées de la Révo- lution. Lorsque celle-ci explosera, le noble aura lui- même détruit son ordre. Quant à lui, démoralisé, émasculé, il sera devenu un combattant inutile; il n'aura pas le courage actif qui provoque la résis- tance nécessaire, mais seulement le courage résigné à la mort. Avec lui il aura entraîné toute l'ancienne France, depuis le roi jusqu'au dernier gagne-denier. PROFILS MAÇONNIQUES 299 Ossature de la monarchie, il s'étonnera, après s'être sup- primé avec élégance, de voir cette monarchie s'écrouler. Sur l'officier les idées égalitaires feront les ravages les plus pernicieux et auront des conséquences les plus dangereuses pour la société qu'il est appelé à dé- fendre. A fréquenter les loges, où les sous-officiers et soldats sont admis, lorsqu'il n'y a pas une loge spéciale pour eux souchée au régiment, il perdra son prestige et son autorité auprès de ses subordonnés, ses égaux et parfois ses supérieurs dans l'atelier, en même temps que ces inférieurs perdront le sentiment de la hiérar- chie nécessaire et l'esprit de la discipline indispensable. Il subira encore une autre transformation mentale néfaste à l'égard de ses supérieurs, analogue à celle de ses inférieurs envers lui. Lorsque viendra la Révo- lution, la désorganisation intellectuelle et hiérarchi- que sera complète, en attendant le désordre matériel que les Jacobins provoqueront et entretiendront. Chez le magistrat au Parlement, en lutte tradition- nelle depuis deux siècles avec le pouvoir royal, la dé- sagrégation aura encore de plus terribles effets. Dans ce milieu, où la dignité et la vertu sont souvent factices et intéressées, les idées égalitaires ne feront qu'entrete- nir et exaspérer cet état de révolte latent qui avait pro- duit déjà tant de maux. Le magistrat, légiste impla- cable, appliquera ses théories comme une ordonnance ou un arrêt, et il le fera d'autant plus complètement qu'elles seront en accord complet avec sa mentalité 300 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE professionnelle. Les loges n'auront pas besoin d'avoir recours aux lits de justice pour lui faire enregistrer et applsiquer leurdécisio ns. Le duc d'Orléans réclamera à Louis XVI l'égalité devant les marches du trône de France ; il aura beau ensuite faire abandon du nom et des droits de sa race pour personnifier le dogme maçonnique : sur le même échafaud que son roi roulera la tête de Philippe Ega- lité. Après avoir sauvé la maçonnerie désorganisée et expirante, en lui donnant la direction unique du G.'. O.*. ; après avoir versé dans toutes les sectes, depuis les loges militaires jusqu'aux loges égyptiennes de Cagliostro, le duc de Luxembourg, à la fin de sa car- rière, ira former un régiment émigré en Portugal ; les Noailles battront maillet pour voir guillotiner le maré- chal de Mouchy ; le duc de la Trémouille, prince de Tarente, aura donné au G.*. O.*. le crédit de sa pré- sence pour que le prince de Talmont soit fusillé par un Rossignol; les Rohan, les La Rochefoucault, les Choi- seul, les Ségur, auront brillé dans les loges pour voir leurs noms sur les listes de victimes de l'Abbaye, des Carmes, de Gisors ou de la place de la Révolution. Et, derrière eux, toute la noblesse de cour sortira des loges pour se rendre à l'armée de Condé ou au tribunal révolutionnaire. Si quelques-uns d'entre eux ne furent que des inconscients et quelques autres des crimi- nels, tous furent des coupables. Les sociétés sont tou- jours détruites par les fautes de leurs défenseurs natu- rels. La maçonnerie a conduit la noblesse au suicide. Il faut oser le reconnaître, il faut oser le dire, pour que PROFILS MAÇONNIQUES 301 la leçon de la veille puisse servir demain. Toute brave qu'elle était sur les champs de bataille ou dans les combats singuliers, la noblesse de cour est morte de lâcheté morale, entraînant avec elle dans sa chute toute l'admirable noblesse de province vivant modestement et dignement sur ses terres ; pour être disproportionné, le châtiment n'en était pas moins fatal. La fissure qui a fait crouler notre ancien édifice social n'avait été faite ni par les vices ni par l'insuffisance de la noblesse, mais par le corrosif, l'esprit d'égalité maçonnique. J.-B. DE PUISIEUX (1679-1776) Le plus vénérable des Vénérables français est sans contredit Jean-Baptiste de Puisieux, architecte juré du roi. Né à Alland'huy (Ardennes) le 19 janvier 1679, il a presque découvert l'élixir de longue vie, car il mou- rut âgé de 97 ans, à Paris, le 6 février 1776. Il avait été cristallisé par la f.\-m.\ car c'était assu- rément le maçon le plus assidu et le plus convaincu de France ; il consacrait tous ses loisirs à l'Art Royal. Placé par son père chez un avocat au Parlement de Paris, il abandonna bientôt l'étude du droit pour se consacrer aux sciences et à l'architecture. S'il publia, en 1765, un Traité de Géométrie, on ne peut douter que c'est uniquement parce que cette science avait été perchée sur le plus haut degré de l'échelle templière. Il s'occupa aussi d'architecture, probable- ment pour les mêmes raisons et peut-être aussi parce qu'il était architecte juré du roi. Il présenta même, en 1758, un projet pour la nouvelle église Sainte-Geneviève ; si ses plans ne furent pas adoptés, sa défaite fut hono- 302 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE rable, car il fut nommé contrôleur de travaux sous les ordres de son heureux vainqueur Jacques-Germain Soufflot. Ses succès furent plus notoires, par compen- sation, dans l'architecture maçonnique. Appelé à faire partie de la Grande Loge de France en 1762, le 1er jan- vier 1765 celle-ci l'honorait des fonctions de grand architecte, malgré ses 86 ans. Lors de la constitution du G.'. 0.\, il figura comme député en qualité de doyen, car à ses titres il pouvait ajouter qu'en 1729 il avait été maître de la loge Saint-Pierre et Saint-Paul à l'Orient de Paris, où il avait été remplacé dans ces fonctions le 13 septembre 1765 par le frère Zambault. Son fils était vénérable d'une des plus anciennes loges de France : les Arts Sainte-Marguerite. Pour rendre hommage à la vérité et mettre l'hono- rable Vénérable à l'abri de la médisance et du ridicule, j'ajouterai qu'il ne faut pas le confondre avec Philippe-Florent de Puisieux, dont la femme, Made- leine d'Arsant, défraya abondamment la chronique scandaleuse, à une époque où les chroniqueurs étaient bavards et malveillants. La belle Madeleine, après avoir été fort liée avec Diderot, qui fit pour elle les Bijoux Indiscrets , devait mourir aux Incurables, le 29 janvier 1799. L'épouse légitime de Jean-Baptiste était au contraire une femme fort vertueuse, qui mourut bien avant son mari, auquel elle n'avait donné qu'un fils. Puisieux avait fait son testament le 10 mars 1771 et huit jours après sa mort, le 14 février 1776, la minute en fut déposée au greffe de l'Abbaye royale Sainte- Geneviève, le défunt étant mort rue Saint-Etienne-des- Grès, où il avait son domicile depuis le 5 septembre 1763, ayant à cette date vendu, devant Me Régnault, notaire royal, sa maison de la rue des Bernardins à PROFILS MAÇONNIQUES 303 la fabrique de Saint-Nicolas du Chardonnet. Puisieux laissa à son fils une médaille d'or ; à sa sœur ses meu- bles et 300 livres, et il donnait quittance de sa créance à Louise-Geneviève Laisné, femme d'Antoine Nollet, marchand à Paris. D'après les rituels que je possède et qui lui ont appartenu, Puisieux devait suivre le régime jacobite. Il devait s'occuper également de kab- bale et d'alchimie, ayant laissé un manuscrit indi- quant le moyen de faire, avec de l'étainde Cornouailles, de l'argent « sortant du feu blanc et pouvant souffrir la coupelle ». Pour lui, « l'aigle étendu est de l'armoniac sublimé (sic) ; la gelée de loup, de la teinture d'anti- moine congelée ; l'estomac d'autruche, de l'eau forte ; le lyon vert, de la teinture de vitriol, etc. » Jean-Baptiste de Puisieux appartenait à la catégorie des maçons sincères, ne voyant dans les régimes qu'ils pratiquaient que l'étiquette humanitaire, les préten- tions scientifiques, les aspirations métaphysiques creuses, et prenant tout cela au sérieux. Les travaux maçonniques du f.\ de Puisieux n'ont jamais dû faire tort qu'à ses travaux professionnels. Puisieux était du reste un fort brave homme et ses connaissances alchi- miques lui servirent au moins à composer une eau excellente pour les yeux, qu'il distribuait aux pauvres chaque matin. Dans un âge très avancé, il allait encore visiter les malheureux et leur porter ses bienfaits et ses consolations. MICHEL PROCOPE (1684-1753) Gil Blas, en rentrant chez l'épicier liquoriste de la rue des Fossés-Saint-Germain, y trouva, nous raconte Lesage, un petit médecin brun qu'on nommait le 304 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Dr Cuchillo, dont la figure lui fit mépriser la colère. Lesage avait traduit en espagnol le nom italien de Goltelli, comme les habitants du quartier de Bussy l'avaient traduit en français sous le nom de Couteau. Ce docteur dont Gil Blas méprisait la colère, petit, laid, noir et bossu, était Michel Procope Couteau, le plus gai des maçons de France. Malgré ses infirmités, le Dr Procope fut un homme à succès, dont le beau sexe appréciait les mérites. Il avait du reste de qui tenir. Son père, Francesco dei Coltelli, fils d'Onofrio, gentil- homme palermitain, en avance sur son siècle, n'avail pas cru déchoir, lorsqu'après avoir traîné inutilement dans les ?rues de Paris son épée en verouil, il s'était décidé à prêter l'aide de sa jeune activité aux Arméniens qui, en 1670, tenaient un café à la foire Saint- Germain. A ce métier encore innommé, il avait su faire fortune et, en 1675, il se lançait dans le commerce et dans le mariage. Epicier et cafetier-liquoriste, rue de Tournon, il distilla lui-même ses produits et épousa Marguerite Crouïn, dont il eut au moins huit enfants. La pauvre Marguerite en mourut ; elle ne fut pas pleurée longtemps. Dans l'année qui suivit sa mort, le 15 juillet 1697, Francesco convolait en secondes noces à Saint-Sulpice, malgré ses quarante-sept ans, avec une fille de bonne maison, âgée de vingt-quatre ans, Anne- Françoise Garnier de Vaulnay. Cette seconde épouse ne lui donna que quatre héritiers. Riche de douze enfants, Francesco dei Coltelli, devenu François Pro- cope, sans qu'on ait jamais su pourquoi il s'était placé sous le patronage de Procope de Gaza, historien byzan- tin, installa son célèbre café rue des Fossés-Sain l- Germain-des-Prés, en face de la Comédie, sous la pro- tection du Saint-Suaire de Turin. Il se retira en 1716, après fortune faite, laissant la PROFILS MAÇONNIQUES 305 place à son second fils Alexandre, qui fit souche de cafetiers. Comme beaucoup de commerçants parisiens, Fran- çois avait destiné un de ses fils à l'état ecclésiastique. Michel avait, dès 1 âge le plus tendre, montré des dis- positions singulières et un aplomb remarquable : à 1 âge de neuf ans, il prêchait dans l'église des Gordeliers un sermon en grec, composé par lui. Son zèle religieux devait bientôt se refroidir ; après avoir reçu les ordres mineurs, il renonça à soigner les âmes pour se vouer au soin des corps. En 1708, il était reçu docteur méde- cin. Singulier médecin du reste; agité, jamais à la même place, on le trouvait plus souvent au café fraternel, dont il était un des attraits, dans les loges de f.'.-m.*. ou au spectacle que dans son cabinet de consultations. A plusieurs reprises il quittait Paris, pour aller on ne sait où ; se mariant authentiquement deux fois, sans compter une certaine Anglaise fort riche, qui passe pour avoir été sa femme, sans qu'on puisse trouver la trace de cette union. Né à Paris le 7 juillet 1684, Michel avait épousé, avant 1718, Charlotte Beaune, qui mourait en 1726, précédant de quelques mois dans la tombe une fille qu'elle avait eue en 1719. Peu après le décès de sa femme, Michel, suivant l'exemple paternel, épousait en secondes noces Madeleine-Henriette de Brisseau de Montfort, qui habitait le château de Montfort près du Mans. Comme sa première femme, Madeleine mourait prématurément en 1735,1a même année qu'un fils qu'elle avait eu en 1733. Michel se fixait alors à Paris : en 1741 , il était professeur de pathologie,en 1747, professeur de chirurgie française et, en 1752, bibliothécaire et régent de la Faculté. Il mourut le 31 décembre 1753, rue de Seine, faubourg Saint-Germain. Quelques jours avant LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 20 306 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE sa mort, le 25 décembre, il avait fait son testament devant Me Dupré, notaire royal, laissant une fortune modeste et pas d'héritiers directs. A sa sœur, chanoi- nesse régulière de Picpus, il laissait 60 livres de rentes viagères ; 160 livres de capital à la dame de Gages et 150 à la femme Cochois. Comme médecin, Michel Procope laissa un léger bagage littéraire. Son œuvre la plus connue est l'Art de faire des garçons, publiée à Montpellier, en 1770 seulement. Ce travail ressortissait peu de la science médicale ; il était bien plutôt le fruit de l'exemple donné par son père, à moins qu'il n'ait été la divulgation du secret maçonnique. Son intarissable gaîté et sa passion pour les specta- cles, dont il jugeait finement les pièces nouvelles, ses fréquentes relations avec les acteurs auxquels il don- nait de bons conseils, et avec les actrices auxquelles il en donnait de mauvais, incitèrent Procope à se lancer dans la carrière d'auteur dramatique, où il obtint quelques succès, avec A rlequin balourd joué à Londres en 1719, Y Assemblée des Comédiens, les Fées, Pygmalion, la Gageure et Les deux Basiles. La colonne funèbre (oraison funèbre) de Michel Procope fut prononcée par le f.\ Claude-Martin Giraud en 1754, sous le titre de la Procopade ou Apothéose du docteur Procope, poème en six chants, publié à Londres en 1754. Procope était membre de la R.\ L.\ de Saint-Jean de la Discrétion à l'O.*. de Paris. Les ouvrages contempo- rains du fameux docteur parlent de son zèle maçon- nique, et je ne serais pas étonné que le célèbre café de la rue des Fossés-Saint-Germain ait souvent servi de loge. Procope est presque le seul maçon de cette épo- que dont le nom soit resté populaire. PROFILS MAÇONNIQUES 307 Ainsi que nous l'avons dit, Michel Procope était un maçon gai, et cependant précurseur du Neveu de Rameau ; frère peu terrible, il ne dut pas prendre la maçonnerie plus au sérieux que la médecine ou le mariage. SAINT-GERMAIN (1700(?)-1784) L'inconnu qui apparaît successivement dans toutes les contrées de l'Europe, pendant la seconde moitié du xvme siècle, sous les noms de comte Tzarogy, prince Rakoczy, général Soltikoff, marquis de Montferat, comte de Bellamye, comte de Saint-Germain et comte de Veldona, est sans contredit le produit le plus cu- rieux de la flore maçonnique. Dans ce singulier personnage tout est mystérieux et extraordinaire : son origine, sa vie et sa mort. On fait sur sa naissance les récits les plus contra- dictoires ; non seulement il ne les dément pas, mais au contraire il les encourage, les multiplie. Est-il Portugais, Espagnol, Juif, Français ou Russe ? Nul ne peut le dire avec preuves à l'appui. Tour à tour, avec les noms que nous venons d'énu- mérer, il se dit ou on le dit fils : du prince de Tran- sylvanie, le célèbre Rakoczy ; d'un Portugais, le mar- quis de Betmar ; du père Aymar, jésuite espagnol ; d'un juif d'Alsace, nommé Wolff ; d'un sieur Rotondo, receveur des contributions à Aix. D'après Choiseul, qui l'a protégé quelque temps à la Cour, il était fils d'un juif portugais et dirigeait une manufacture d'in- dienne à Moscou. Si on lui désigne plusieurs pères, personnages inconnus ou hypothétiques, on ne lui dési- gne qu'une mère : il aurait été le fils naturel de la veuve 308 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE du roi Charles II d'Espagne, la reine Anne de Neubourg, dont Victor Hugo devait faire la maîtresse deRuy Blas. Avant d'examiner la maternité possible d'Anne de Neubourg, il faudrait fixer approximativement la date de la naissance de l'enfant qu'elle aurait mis au monde. Sur ce point, les versions sont également contradictoires et invraisemblables. En 1760, Saint-Germain aurait eu 4.000 ans selon les uns, 350 ans suivant les autres ; les plus raisonnables lui attribuaient seulement une cen- taine d'années. Gomme nous le verrons plus loin, il est probable qu'il naquit à la fin du xvne ou pendant les premières années du xviii0 siècle. Comme il mourut très âgé, en 1784, c'est à cette dernière hypothèse, la seule admissible, que nous nous arrêterons. Marie-Anne de Pfalz-Neubourg était née le 28 oc- tobre 1667 ; sœur de l'empereur d'Allemagne, elle avait épousé en premières noces l'électeur palatin. Après la mort de Louise d'Orléans, nièce de Louis XIV et première femme de Charles II, l'Autriche l'imposa comme épouse à ce prince dégénéré de la maison de Habsbourg (4 mai 1690). Cette princesse prit aussitôt le pouvoir en main, avec le concours d'intrigants allemands : Henri de Visser, ministre palatin, le Père Gabriel Chiesa, capucin, et le baron de Berlepsch. Sa vie privée aurait été désordonnée, et parmi les amants qu'on lui prête figurent le musicien Matteuci et le ban- quier Adanero, qui devint ministre des finances. Après avoir fait le jeu de l'Autriche, la reine Marie, grâce à l'habileté de l'ambassadeur de France, détermina au dernier moment Charles II à faire son testament en faveur du petit-fils de Louis XIV. Si Philippe V l'é- loigna de la cour, à cause de son esprit d'intrigue, et l'exila à Tolède puis à Bayonne, il lui fit une pension de 400.000 ducats. PROFILS MAÇONNIQUES 309 C'est le 20 septembre 1708 que la reine arriva à Bayonne. Reçue par les autorités à la porte Saint- Léon avec les plus grands honneurs, elle lut logée au Château- Vieux, puis s'installa à l'hôtel Montaut, qui appartenait aux Lalande. Après avoir passé deux ou trois étés à Lissagne, qu'elle avait acheté aux Belzunce, elle fit construire le château de Marrac, mais ne voulut jamais l'habiter, parce qu'une de ses femmes s'était installée sans son ordre dans une des chambres. D'une taille majestueuse, d'un teint éclatant, elle était déparée par un embonpoint excessif. Sa mauvaise santé l'obligeait d'aller fréquemment aux eaux de Cambo ou à celles de Tercis. Menant une vie fastueuse, elle était très aimée des habitants de Bayonne. Malgré son énorme pension, elle fit 1.200.000 livres de dettes que Ferdinand VI acquitta avant son départ de Bayonne (17 septembre 1738). La population l'accompagna en grande pompe jusqu'à Lorminthoa. Gravement indisposée en passant à Pampelune, elle mourut à Guadalajara, le 16 juillet 1740. D'après la tradition locale, que ne confirme pas l'état civil, elle aurait eu, pendant son séjour à Bayonne, une fille du chevalier de Larreteguy, dont le frère aurait été détenu longtemps au château d'If pour avoir crié : Place à ma belle-sœur ! un jour que la reine était arrêtée dans les rues de Bayonne par un encombre- ment. Le chevalier de Larreteguy se maria par la suite et eut un fils Charles-Léonard-Eugène de Larreteguy- Vignolles, capitaine aux chasseurs des Vosges (1). (1) Epousa Marie-Catherine-Julie Potier. En 1787 possédait une maison rue de la Chaussée-d'Antin. Il figura sur les listes des émi- grés sous le nom dénaturé de Larritigny-Vignolles. 310 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Si Saint-Germain était le fils de Marie de Neubourg, on ignore si son père était Matteuci, Adanero, Larre- teguy ou un autre, car d'après les mémoires de Grosley, vers 1763, les grands banquiers de Hollande disaient qu'il était fils d'une princesse réfugiée à Bayonne au commencement du xvme siècle et d'un juif portugais de Bordeaux, version acceptée par le duc de Ghoiseul, Si l'on s'en rapporte aux confidences de Saint-Ger- main, son origine serait très différente. Voici ce que raconte le prince de Hesse sur ce singulier person- nage qui avait été son commensal pendant ses dernières années (1) : « A mon retour de la guerre de succession de Bavière, fin août 1779, je vis à Altona le comte de Saint-Germain, qui parut vouloir m'accorder son amitié, surtout quand il apprit que je n'étais pas un paresseux et que je n'avais pas de pré- dilections pour d'autres études qui auraient pu m'empêcher de m'occuper de sciences naturelles. Il me dit alors : « J'irai vous voir en Schleswig et vous verrez alors quelles grandes choses nous ferons ensemble. » — Je lui fis comprendre que j'avais beaucoup de raisons de ne pas répondre aussitôt à sa bienveillance. — Il me répondit: « Je sais que je suis obligé d'aller vous voir et de vous causer. » — Je ne sus trouver d'autre excuse pour échappera ses instances que de lui dire que le commandant de Kappen, qui était resté en arrière pour cause de maladie, me suivrait quelques jours après et qu'il pourrait lui communiquer ce qu'il avait à me dire. Aussi j'écrivis à Kappen pour le prier de faire son possible et lui faire comprendre qu'il ne pouvait pas venir. Kappen vint à Altona et lui parla. Alors le comte lui dit : « Vous pourrez dire ce que vous voudrez, il faut que (1) Mémoires du prince de Hesse, dictés par lui-même Le texte traduit que nous reproduisons est une analyse du texte très prolixe. PROFILS MAÇONNIQUES 311 j'aille en Schleswig et je n'en démordrai pas, le reste s'ar- rangera ! Faites en sorte de me trouver la un logement. » Kappen me fit part de son désir que je ne pus approuver. J'avais du reste reçu bien des renseignements à l'armée prussienne sur cet homme peu ordinaire et j'avais surtout causé de lui avec mon ami le commandant Frankerberg qui me dit : « Vous pouvez être assuré que ce n'est pas un trompeur et qu'il possède de grandes connaissances. Il se trouvait à Dresde quand j'habitais cette ville avec ma femme. Il nous témoignait à tous deux beaucoup de bienveillance. Ma femme voulait vendre une paire de boucles d'oreilles. Un bijoutier lui en offrait un prix dérisoire. Elle en parlait en présence du comte qui lui dit: «Voulez-vous me les mon- trer? » ce qu'elle fitvolontiers. Puis il reprit : « Voulez-vous me les confier pendant quelques jours?» Puis il les lui rendit embellies. Le bijoutier auquel elle les remontra lui dit: « Ce sont là de belles pierreries, elles sont toutes différentes de celles que vous m'avez montrées autrefois », et il lui en donna plus du double. « Saint-Germain vint, peu après, à Schleswig. Il m'entre- tint de grandes choses qu'il voulait entreprendre pour le bien de l'humanité. Je n'avais nulle envie d'être son disciple, mais, peu après, je me fis un devoir de conscience de renon- cer à des connaissances qui pouvaient m'être utiles, par un esprit de fausse sagesse et par avarice . Il parla beaucoup de rendre les couleurs plus belles, d'améliorer les métaux, et il soutint qu'il ne fallait pas chercher à produire de l'or alors même qu'on en trouverait la combinaison, et il resta inflexi- ble sur ce point. Les pierres précieuses coûtent leur prix de premier achat, mais quand on sait les traiter, leur prix s'élève de beaucoup. Il n'y avait pour ainsi dire rien dans la nature qu'il ne savait améliorer ou utiliser. Il me communiqua presque toutes ses connaissances sur les sciences naturelles, mais il ne me donnait là que les premiers principes et m'a- bandonnait à moi-même pour trouver les moyens pratiques d'arriver au but et se réjouissait beaucoup sur mes pro- grès dans ces sortes de recherches. « C'est ainsi qu'il fit par rapport aux métaux et aux pierres précieuses. Pour ce qui concerne les couleurs, il m'instruisit directement et me mit au courant de bien d'autres choses importantes. On sera peut-être curieux de connaître son 312 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE histoire et je désire la donner fidèlement en me servant de ses propres paroles, tout en ajoutant quelques notes explicatives. » D'après Charles de Hesse, il avait 84 ans quand il vint en Schleswig et mourut à lage de 88 ou 89 ans. Il dit à ce prince qu'il était le fils du prince Rakoczy de Sickenburgen et de sa première épouse, née Tékely. Il fut placé sous la protection du dernier Medici, qui, pendant son enfance, le faisait coucher dans sa propre chambre. Quand il apprit que ses deux sœurs, filles de la princesse Charlotte-Amélie de Hesse-Rotenburg-Man- fried (1), s'étaient soumises à l'empereur Charles VI et avaient reçu de ce souverain les noms de Saint-Charles et de Sainte-Elisabeth, il résolut de se nommer lui- même Saint-Germain, le Saint Frère. Si le prince de Hesse ne peut authentiquer l'o- rigine de Saint- Germain, il déclare avoir appris, par d'autres sources, que les derniers Medici l'avaient réellement beaucoup protégé. Les membres de cette grande famille florentine étaient très au courant des recherches scientifiques, et il n'est pas étonnant qu'il ait reçu d'eux ses premières connaissances sur ces matières. Saint- Germain déclara au prince de Hesse avoir découvert les forces de la nature par ses propres moyens et par des recherches persévérantes. Il connaissait les propriétés des simples et en avait composé des médicaments dont il usait personnel- lement et qui avaient contribué à fortifier sa santé et à prolonger sa vie. Il connaissait aussi tous les remèdes utilisés par les médecins de son temps. Cependant, après sa mort, les docteurs attaquèrent violemment la (1) On a vu chap.vn, p. 239,que le duc de Bouillon avait épousé une princesse de Hesse. PROFILS MAÇONNIQUES 313 réalité de ses connaissances médicales. Il y avait, à Schleswig, un médecin nommé Labow, exerçant en même temps la profession de pharmacien. Il ne lui payait pas moins de 1.200 thalers par an pour préparer ses formules et en particulier un thé spécial connu sous le nom de thé de Saint-Germain et qu'on pouvait encore se procurer à l'époque où le prince de Hesse écrivait ses mémoires . Il le faisait vendre aux riches et distri- buer gratuitement aux pauvres qu'il faisait aussi soigner avec succès par le Dr Labow. Ce qui n'empêche pas qu'après la mort de Saint-Germain, le prince de Hesse fut harcelé par des récriminations venues de toutes parts. Saint-Germain voulut aussi fonder une fabrique de couleurs. Celle de M. Otto, maire et conseiller à Ec- kenforde, étant inoccupée depuis la mort de cet indus- triel, Charles de Hesse l'acheta dans de bonnes con- ditions, y installa son hôte et lui procura des tissus de soie et de lin. Il vit teindre en^sa présence, dans une grande chaudière, quinze livres de soie suivant un procédé expérimenté au préalable dans une simple tasse. Malheureusement, sur ces entrefaites, Saint-Ger- main fut atteint de rhumatismes dont il ne se guérit jamais, malgré ses remèdes. Hesse allait le voir souvent à Eckenforde, et prétend qu'à chaque visite il acqué- rait de lui de nouvelles connaissances. Quelque temps avant sa mort, le Prince le trouva très affaibli. Il déclinait à vue d'œil. Après avoir dîné avec lui dans sa chambre à coucher, Saint- Germain l'obligea à s'asseoir près de son lit, lui parla avec abandon et lui fit de nombreuses prédictions. Au mo- ment de se séparer, il le supplia de revenir le voir le plus tôt possible. A la visite suivante, Hesse le trouva beaucoup mieux, mais aussi beaucoup moins expansif. 314 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Néanmoins, lorsque le prince partit pour Cassel en 1783, Saint-Germain lui fit la confidence que, s'il venait à mourir pendant son absence, il trouverait un billet cacheté à son adresse lui donnant toutes satisfactions. Ce billet, remis à des mains peut-être infidèles, ne lui parvint jamais. Au moment de le quitter, il lavait supplié en vain à plusieurs reprises de lui révéler ver- balement ce qu'il promettait de lui écrire ; il lui répon- dit : Oh ! combien je deviendrais malheureux, mon cher prince, si je me permettais de parler! L'opinion de Charles de Hesse lui était exception- nellement favorable. S'il faut croire les mémoires de ce prince, il n'aurait jamais rencontré un homme aussi sage, aimant autant l'humanité, ne demandant d'argent que pour le donner aux pauvres. Il pensait rendre les gens plus heureux en leur procurant des jouissances à des prix modérés ; brillantes étoffes aux belles couleurs. Très lucide, il connaissait l'histoire d'une façon admi- rable. 11 avait séjourné dans tous les pays d'Europe, y compris la Turquie ; mais la France était son pays de prédilection. Présenté à Louis XV par Mme de Pom- padour, il aurait été invité aux petits soupers de Marly. Le roi, qui avait grande confiance dans ses moyens, lui confia plusieurs missions diplomatiques à l'insu de ses ministres ; mais selon l'habitude de ce souverain, lorsque ses agents étaient brûlés, il les abandonnait. Envoyé dans ces conditions à la Haye pour négocier de la paix avec l'Angleterre, Choiseul en eut connaissance et résolut de le faire arrêter. Sainl- Germain parvint à s'échapper et se réfugia en Alle- magne sous le nom de comte de Weldona (Well done, bien fait). Ses principes philosophiques étaient le plus pur matérialisme, qu'il défendait avec une telle habileté PROFILS MAÇONNIQUES 315 qu'il était difficile de le contredire. Rien moins qu'ad- mirateur du Christ, il se laissait aller à des attaques auxquelles Hesse fut obligé de répondre : — Mon cher comte, il ne dépend que de vous de croire ou de ne pas croire en Jésus-Christ; mais je ne vous cacherai pas que vous me causez un véritable chagrin lorsque vous parlez ainsi d'une croyance à laquelle je suis attaché. Après un long silence, Saint-Germain lui répondit : — Jésus-Christ n'est rien, mais vous faire de la peine c'est quelque chose ; aussi je vous promets de ne plus traiter ces questions en votre présence. Néanmoins sur son lit de mort à Eckenforde, comme Hesse était absent, il pria le Dr Labow de dire au prince de Hesse, lorsqu'il reviendrait de Cassel, que Dieu lui avait fait la grâce avant de mourir de changer de manière de voir et que, sachant le plaisir que cela lui causerait, il pourrait, dans un autre monde, contribuer à son bonheur. Le récit de la mort de Saint-Germain, tel qu'il est exposé dans les mémoires du prince de Hesse, est en tous points conforme au récit qu'en fit ce prince au moment même des événements. Le 28 mai 1784, il écrivait en effet de Hanau à Willermoz : «... Le fameux comte Saint-Germain a expiré le 27 février au matin, après une maladie d'une année et demie à peu près. Il me fit savoir, quelques semaines avant sa mort, par un homme de confiance, qu'il avait enfin appris par ce long terme de souffrances à se soumettre à Dieu. C'était un bien grand mot de sa part. Je ne sais si je vous ai fait part d'une des dernières conversations que j'ai eues avec lui. Vous savez qu'il disait : Je suis le plus ancien des maçons, mais il avait toujours fait semblant de ne rien savoir de la maçon- nerie et des hautes connaissances ; cependant, la dernière année, bien des circonstances me confirmèrent le contraire. Enfin, dans une conversation bien intéressante, où il revenait 316 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE justement d'une agonie où il avait cru expirer, et moi qui étais présent n'en avais point douté, je commençais à entrer dans plusieurs détails avec lui, auxquels il me répondit avec une précision et promptitude surprenantes. Je lui deman- dais : Est-ce que vous avez connu un certain Marschal de Bieberstein ? Rép. — Oui, très bien. — Où l'avez-vous vu? — A Varsovie. — Est-ce qu'il savait quelque chose ? — Relata refero. Rajouta : Me comprenez-vous bien, mon enfant ? — Oui, mon cher comte ; je vois que cela veut dire qu'il avait des papiers et que cette instruction, il pouvait la don- ner à d'autres. Il approuva cela. — Feu Hund ne voulait pas nous tromper pourtant, n'est-ce pas ? — Non ! c'était un bon homme. Je dis ex abrupto : Qui était le prédécesseur de Mars- chall ? Réponse très prompte et sans penser un instant : — Le baron Rod, à Kônigsberg. Voici de toutes les preuves de notre filiation la seule bonne que j'aie jamais eue ; mais elle ne saurait l'être pour d'autres. J'ai cru vous faire plaisir en vous communiquant cette anecdote (1) » Un autre document confirme encore l'exactitude de la date de sa mort ; c'est le relevé du registre de l'état civil de la ville d'Eckenforde (Schleswig) ; à la date du 2 mars 1784 il est fait la mention suivante : Gestorben : am 27 Februar Bestattet : am 2 Mars Der sich so nennende Graf von S1 Germain und Wel- (1) Dans le tome II, nous reviendrons sur cette conversation relative aux origines de la Stricte Observance. PROFILS MAÇONNIQUES 317 dona, weitere nachrichten sind nicht beckannt worden in hiesiger kirche still beygesetzt (sic). Décédé le 27 florier. — Enterré le 2 mars. « Celui qui se donnait le nom de comte de S1 Germain et Weldona et sur lequel on n'a pas d'autres renseignements, a été enterré dans cette église. » Nous ayons vu dans le récit du prince de Hesse que Saint-Germain lui avait dit positivement qu'il était fils du prince Rakoczy et de sa première femme née Tékely et qu'il avait 84 ans vers 1780, époque de son arrivée à Schleswig. Il serait donc né vers 1696 et probablement en Transylvanie ou en Hongrie. Un chercheur heureux aura peut-être la bonne fortune de trouver son acte de naissance, si Saint-Germain a dit la vérité au prince de Hesse. Le plus célèbre des Rakoczy, le père supposé de Saint- Germain, est surtout connu du public français par la marche qui porte son nom et que Berlioz a immor- talisée (1). François-Léopold Rakoczy, né en 1676 au château de Borshi, près de Patak, était le descendant de Georges Ier Rakoczy, prince de Transylvanie (1591-1648). Il épousa en effet une Tékely en premières noces et en secondes noces, en Italie, une princesse de Hesse. Sou- tenu par Louis XIV, après avoir lutté avec énergie contre l'Autriche, il dut se réfugier à Paris au commen- cement de 1713, où le grand roi lui fit une pension de 100.000 livres. Ces ressources étant, paraît-il, insuffi- santes, car il avait avec lui une suite nombreuse de (1) Cette marche, attribuée successivement à Barna Mihali, à Scholes et à Bihari, n'est certainement pas l'œuvre de Rakoczy. (Voir Intermédiaire des Ch. et des C. 1907.) 318 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE compatriotes, Rakoczy aurait augmenté son revenu en donnant à jouer à l'hôtel du Pérou, rue Jacob, puis à l'hôtel de Transylvanie, qu'il avait loué quai Mala- quais(l). D'un tempérament excessif, quand Rakoczy n'était pas à la tête de ses bandes de Kuruczes. il menait une vie d'ascète. C'est ainsi qu'après avoir séjourné à Paris, à Passy et à Glagny, il se réfugia, en 1714, chez les camaldules de Grosbois. Le 26 août 1717, il prit congé des bons Pères pour reprendre son aven- tureuse existence. En 1718, il se rendit à l'appel du sultan, qui venait de déclarer la guerre à l'Autriche. Bien qu'il n'ait rien pu tenter contre les impériaux, par suite de la victoire du prince Eugène à Belgrade, il fut traité avec beaucoup d'égards par la Porte ; après la paix de Passarovitz, il se retira à Radosto, non loin de la mer de Marmara, menant avec les siens une vie monacale jusqu'à sa mort, le 8 avril 1735. Faut-il voir dans cette personnalité chevaleresque le père du comte de Saint-Germain? Je laisse cette hypo- thèse vraisemblable à vérifier aux chercheurs hongrois qui s'intéressent à la haute figure de Rakoczy. Si, abandonnant le récit du prince de Hesse, nous cherchons, dans les mémoires contemporains, ce qui a pu être dit sur les origines et sur les actes de Saint-Ger- main, nous ne trouvons que les affirmations conformes à celles du prince. (1) Hôtel Lautrec. Cet immeuble est occupé en partie de nos jours par M. Rapilly, marchand d'estampes. Voir la très intéres- sante étude de M. Mouton sur l'hôtel de Transylvanie. C'est à l'hôtel de Transylvanie que l'abbé Prévost fait jouer Manon et le chevalier des Grieux. PROFILS MAÇONNIQUES 319 Nous analyserons successivement les principales d'entre elles. Dans ses souvenirs, le comte deGleichen (p. 121) nous raconte que « revenant à Paris en 1759, il fit une visitera la veuve du chevalier Lambert, qu'il avait connue précédemment ; il y vit entrer après lui un homme de taille moyenne, très robuste, vêtu avec une simplicité magnifique et recherchée. Il jeta son chapeau et son épée sur le lit de la maîtresse du logis, se plaça dans un fauteuil près du feu et interrompit la conversation en disant à l'homme qui parlait : — Vous ne savez pas ce que vous dites, il n'y a que moi qui puisse parler sur cette matière, que j'ai épuisée, tout comme la musique que j'ai abandonnée, ne pouvant plus aller au delà. « Je demandais avec étonnement à mon voisin qui était cet homme-là, poursuit Gleichen, et il m'apprit que c'était le fameux M. de Saint-Germain, qui possédait les plus rares secrets, à qui le roi avait donné un appartement à Chambord, qui passait à Versailles des soirées entières avec S. M. et Mme de Pompadour et après qui tout le monde courait quand il venait à Paris. » Mme Lambert invita Gleichen à dîner pour le lendemain avec Saint-Germain : celui-ci faisait la cour à sa fille et logeait dans la maison. Gleichen, médusé par le personnage, ayant risqué quelques propos sur la peinture, eut l'approbation de Saint- Germain qui, après le dîner, lui montra une dizaine de tableaux merveilleux. Il lui fit également voir des pierreries et surtout des diamants de couleur d'une grosseur et d'une perfection surpre- nantes. Saint-Germain raconta qu'il avait assisté à l'histoire, en témoin : Henri VI, François Iw, etc., lui avaient parlé. « Ces bêtes de Parisiens, dit-il à Gleichen, croient que j'ai 500 ans et je les confirme dans cette idée parce que je vois que cela leur fait tant de plaisir ; ce n'est pas que je sois infiniment plus vieux que je ne parais. » Lord Gower, qui contrefaisait admirablement les gens, se fit passer un jour dans un salon du Marais pour Saint-Germain et déclara avoir connu particulièrement Jésus- Christ, la sainte 320 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Vierge, sainte Elisabeth, et même sainte Anne. C'est cette facé- tie qui fit croire que Saint-Germain avait dix-sept cents ans. Quoi qu'il en soit, Rameau et une vieille parente de l'ambas- sadeur de France à Venise, assurèrent avoir connu Saint-Germain dans cette ville en 1710 et qu'il paraissait alors avoir 50 ans ; en 1759 il paraissait en avoir 60. Et le secrétaire de Gleichen, Morin, qui l'avait connu en Hollande en 1735, ne le trouvait pas changé. A sa mort, en 1780, on lui donnait toujours 60 ans (nous avons vu qu'il mourut en 1784). Sa philosophie était celle de Lucrèce. Il laissait volontiers planer le mystère sur la noblesse de son ori- gine et racontait son enfance environnée d'une suite nombreuse, sur des terrasses magnifiques, sous un soleil radieux. En fait, personne n'a rien su de lui. Il parlait lallemand, l'anglais et le français avec un accent piémontais, et l'espagnol et le portugais sans le moindre accent, Il se serait fait appeler autrefois marquis de Montferrat. Le vieux baron de Stoch a dit à Florence que sous la Régence, il avait connu un marquis de Montferrat qui passait pour un fils naturel de la veuve de Charles II, retirée à Bayonne, et d'un banquier de Madrid. Saint-Germain fréquentait chez M. de Choiseul, qui un jour, en présence de Gleichen, dit à sa femme qu'il lui défendait de suivre le régime d'un homme aussi équivoque que Saint-Germain. Le bailli de Solar ayant demandé si on savait qui il était, Choiseul répondit que c'était le fils d'un juif portugais, qui trom- pait la crédulité de la cour et de la ville, et qu'il était dangereux de laisser le roi seul avec un semblable personnage. Saint-Germain était l'âme damnée du maréchal de Belle-Isle. Il aurait été envoyé avec les instructions du maréchal, approuvées par le roi, à la Haye pour traiter avec le duc Louis de Brunswick d'une alliance avec la Prusse et d'une rupture avec l'Autriche. M. d'Affry, ambassadeur du roi en Hollande, se plaignit à Choiseul et réclama aux états généraux de lui livrer Saint- Germain pour l'envoyer à la Bastille. Le roi n'osa pas intervenir et laissa toute liberté à Choiseul. Saint-Germain parvint à s'é- chapper en Angleterre (1). De là, il se rendit à Pétersbourg, à Dresde, à Venise, à Milan. En 1770, il reparaît à Libourne avec un nom et un uniforme de général russe. Gleichen termine en racontant son séjour chez le margrave (1) Dans les Nouvelles de Londres du 10 mai 1760, reproduites dans la Gazette de France du 24 mai suivant (p. 249), nous lisons: « Le prétendu comte de Saint-Germain a été arrêté dans cette ville et il a été confié à la garde d'un messager d'Etat. » LE COMTE DE Sr GERMAIN CÉLÉRKE ALCHIMISTE: cSL^/yl ou.) ■ OL Hwaltei' ùf lOrJrr u de C 35. Proba- blement n° 6, en 1806, et n° 4 actuel. PROFILS MAÇONNIQUES 341 crètement de quitter Paris, Le précepteur et l'élève se rendirent en Auvergne. Sur le conseil de Romme, Paul Ochter signa un procès-verbal d'enterrement civil de son domestique . Alexandre trouva que Romme allait un peu loin et rappela son fils à Pétersbourg. Sous des influences plus calmes, Paul Ochter redevint le comte Stroganoff et il mourut à Pétersbourg en 1817, après avoir été grand chambellan, président de l'académie des Beaux-Arts et conseiller intime d'Alexandre Ier. Quand Alexandre Stroganoff collabora avec Sava- lète de Lange à la fondation de la loge des Amis réunis, pendant les premiers mois de 1771, il était déjà très avancé dans les grades maçonniques. Lorsque les offi- ciers de cette loge furent élus à la suite de sa reconstitu- tion par le G. *. 0.\, il fut nommé, le 21 juin 1773, Pre- mier Surveillant. A cette même date, il était Trésorier de la Chambre d'administration du G.\ 0.\, et le 27 décembre il fut désigné pour remplir les fonctions de Grand Garde des sceaux. En 1775 il était le représentant au G.'. 0.*. de toutes les loges de Franche-Comté réunies. Il collabora à la fondation de la Candeur à l'0.\ de Paris, et en 1775 il en était le deuxième Surveillant. En 1777 il est premier Grand Surveillant du G.\ 0.*. ; en 1779, associé libre de la loge des Neuf Sœurs. Il faisait enfin partie de la Stricte Observance depuis 1774. Convoqué aux con vents de Paris en 1775 et 1787, il n'y assista pas. Créé comte russe le 21 avril 1798, il mourut le 11 septembre 1811 (1). (1) Très versé dans la littérature française, il fut l'auteur d'une pièce intéressante : La Matinée de l'amateur, jouée sous Catherine II au théâtre de l'Hermitage (Théâtre de VHermitage, Paris, Buisson, an VII, 2 vol. in-8°). 342 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE SAVALÊTE DE LANGE (1746-1797) Le nom de Savalète de Lange a défrayé les chro- niques de l'histoire anecdotique, à propos du célèbre homme-femme mort à Versailles, le 6 mai 1858, sous le nom d'Henriette- Jenny Savalète de Lange. Autour de cette aventure dont on n'a pas encore percé le mystère, on a accumulé une telle quantité d'erreurs, que les personnalités des Savalètes sont aujourd'hui confondues. On ne distingue plus le père du fils. Pour retrouver le fameux maçon philalèthe, réta- blissons les états civils. Savalète père, né le 11 novembre 1713 et mort à Paris le 22 février 1797, garde du Trésor royal en titre de 1756 à 1788, ne porta jamais que le nom de Magnan- ville et ne semble pas s'être occupé de maçonnerie. De Marie-Emilie Joly de Choin, son épouse, il eut deux fils et trois filles. Celles-ci devinrent MmesDupleix de Pernon, Thiroux de Gervilliers et Dompierre d'Hornoy. Le plus jeune des fils mourut en 1754, âgé de quatre ans. L'aîné, Jean-Pierre-Paul, né en 1746, mourut à Paris, le 11 décembre 1797. Conseiller au Parlement, puis en 1774 adjoint à son père avec la survivance de garde du Trésor royal, il occupa ces fonctions jusqu'en juillet 1788. A partir de cette époque, il ne fut plus qu'administrateur sous les ordres de Du- fresne, intendant du Trésor royal. En 1790, Dufresne prend le titre de directeur général du Trésor public et Savalète de Lange celui de trésorier et payeur (1). (1) Savalète de Lange est en même temps capitaine des gardes nationales parisiennes du bataillon de Saint-Roch et aide de camp de Lafayette. PROFILS MAÇONNIQUES 343 Par la loi du 30 mars 1791 le Trésor public devient îa Trésorerie nationale, dirigée par un comité composé de six membres dont Grouville est le secrétaire ; Sava- lète, dès lors, n'est plus que le commissaire de la deuxième section des dépenses. C'est ce Savalète qui est le célèbre f.*.-m \ Savalète de Lange eut de Geneviève-Louise Hatry, de 1790 à 1797, quatre enfants qu'il reconnut avant de mourir: Augustin-Charles-Théophile, né le 12 mai 1790, mourut le 1er novembre 1865; Ange-Louis- Dieudonné, né le 17 février 1792, mourut le 31 mars 1831; Louise-Léonie, née en 1795, mourut le 5 octobre 1871 ; et Isidore-Paulin, né le 4 juillet 1797, mourut le 9 mai 1860. Il n'eut certainement pas de Geneviève Hatry d'autre enfant né en 1786, sans cela il l'eût reconnu comme les autres, et on peut au surplus s'étonner à bon droit que les quatre enfants reconnus et leur mère ne soient pas intervenus, en 1820, lorsque Henriette-Jenny fit dresser son acte d'identité soit pour protester, soit au contraire pour le confirmer. Donc si Henriette-Jenny était fils de Savalète de Lange, il n'était pas fils de Geneviève Hatry. Était-il fils de Mlle Grandville, comme le suppose M. Moussoir ? C'est possible, et dans ce cas, étant donné le passé de la mère, on s'explique facilement pourquoi Henriette-Jenny disait ne pas connaître son nom, et pourquoi les enfants se tinrent cois en 1820. Peut-être aussi était- il fils d'une jeune comédienne qui avait 14 ans en 1785 et dont nous parlerons plus loin (1). Il) M. Lenôtre suppose que Henriette-Jenny était un domes- tique d'Orléans nommé B., qui, après avoir substitué M,lc de Tin- 344 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Qui était Mme de Grandville ? Raconter son histoire, c'est raconter celle de Savalète de Lange et de quelques f.-.-m.'. ; nous nous étendrons sur le sujet avec des réserves dont les lecteurs comprendront les raisons. Mme de Grandville ou mieux M'le Grandville portait pro- bablement un nom de guerre ; elle demeurait rue des Bons-Enfants ; c'était une des prêtresses les plus achalandées du bataillon de Cythère, à la fin du règne de Louis XV. Sa clientèle était nombreuse et presque choisie, et nous n'en connaissons certainement qu'une faible partie. S'il faut croire les rapports de police publiés par M. Piton, nous voyons circuler dans son boudoir un grand nombre de personnages plus ou moins distingués : un Hollandais, M.Maibon; Groue, officier de cavalerie qui lui fait faire un carrosse, dont le marquis de Crussoi (1) fournit les chevaux ; le comte d'Usson la fait venir chez lui, dès que sa femme est partie ; M. Genty lui donne un nœud de diamants de 6.000 livres, dont elle réclame la facture afin de pouvoir la montrer à ses amies ; de plus, Genty lui donne 50 louis par mois ; M. de Caire lui donnait, dit-on, son cœur et sa fortune, pendant que sa femme, qui ne l'ignorait pas, réparait les torts faits à son patrimoine avec les libéralités du duc teniac à MIle de Savalète, s'était lui-même substitué à M,Ie de Tinteniac et par conséquent à Mlle de Savalète. Pour établir sa thèse, il suppose encore qu'il y avait un Savalète, parent des gardes du Trésor royal, qui aurait été le père de Mlle de Savalète. Or, à la fin du xvme siècle, il n'y avait pas d'autres Savalète que ceux dont nous avons parlé. Enfin il est inadmissible qu'en 1793 on ait pu substituer M,le de Tinteniac, née à Plouneventer (Finistère) le 11 janvier 1776 et, par conséquent, âgée de 17 ans, à Mll° de Lange, née en 1786, âgée de 7 ans. (1) Vénérable des Frères d'Armes à l'0.\ de Berry-cavalerie. Grand conservateur de l'ordre en France. PROFILS MAÇONNIQUES 345 d'Aumont (1) ; Chaillon de Jonville (2) lui donne 9.000 livres pour sa fête ; M. de Garigaud, armateur de Lorient, lui donnait 30 louis par mois; M. de Ségur, officier aux gardes, ne lui offrait pas d'argent; M. de Sainte-Foy n'allait chez elle que le matin, afin de ne pas rencontrer M. de Caire ; le vicomte de Noë, furieux de s'être aperçu que le marquis de Grussol lui avait pris sa maîtresse, se vengeait avec Mlle Granville, etc. La vie extérieure de Mlle Grandville n'était pas plus régulière que sa conduite intime. Elle assiste à tous les soupers donnés chez le baigneur de la rue de Riche- lieu et dans bien d'autres maisons moins recomman- dables ; elle a des procès avec ses fournisseurs ; reçoit des coups de canne à travers le visage, jette des chandeliers à la tête de ses partenaires, car elle donne à jouer ; chez elle on se traite de j.-f., on se soufflette et on ameute le Palais-Royal. C'est au milieu de ce sabbat, de 1770 à 1775, que le pauvre Savalète, que certains f.'.-m.*. appelleront l'Ange par dérision, essaie de temps en temps de placer naïvement son mot et d'apporter son cœur, pour avoir sa place rue des Bons-Enfants. Mais il n'apportait pas que son cœur ; les rapports de police nous apprennent que M. de Magnanville le fils, c'est ainsi qu'on appe- lait alors le futur philalèthe, lui écrivait tous les jours et lui envoyait tout ce qu'il pouvait. Il commence par des bracelets, qu'il paie, puis fait des dettes, et son père, vers 1772, en règle pour 40.000 fr. Il promit alors de ne plus recommencer ; mais peu après (1) Maître d'une loge portant son nom. Très lancé dans la maçonnerie, ainsi que sa sœur la duchesse de Villeroi. (2) En 1762, substitut général du comte de Clermont, vénérable maître de la loge Saint-Antoine, dite Saint-Thomas. 34G LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Mlle Granville lui ayant déclaré net qu'elle le mettrait à la porte s'il interrompait le cours de ses générosités, il commande à nouveau bracelets et diamants, et cependant il joue chez elle le rôle de doublure... en quatrième et ne montre le nez que lorsqu'il ne plait pas aux autres de venir. L'inspecteur de police ne dit pas si on tenait loge rue des Bons-Enfants, mais nous avons été à même de voir qu'il ne manquait qu'un initié pour avoir les cinq Frères nécessaires à la constitution d'un atelier parfait. Je ne crois pas devoir m'excuser de cet exposé quel- que peu long des aventures de cette jeune personne ; il nous fait voir Savalète sous un jour peu connu et nous démontre qu'alors les f.\-m.\ n'étaient pas plus ver- tueux que leurs profanes contemporains. C'est au milieu de ces aventures de jeunesse, qui auront des suites, que Savalète s'occupait du grand œuvre, de l'origine des êtres, de leur vie présente et du but final. Il fondait l'ordre sévère des Philalèthes, cher- cheurs de vérité, se faisait écouter au G.\ 0 \ et provo- quait des convents à Paris. Avec le duc de Luxem- bourg, il est une des étoiles les plus éclatantes du ciel maçonnique. Il fraye avec Cagliostro le cacomage, avec le tireur de cartes Etiella, aussi bien qu'avec Willermoz» Saint-Martin, Rœttiers de Montaleau, Duchanteau et le duc de Chartres. Nous n'avons trouvé aucune trace de la vie maçon- nique de Savalète de Lange avant les premiers mois de 1771, et cependant il est probable qu'il fut initié quelques années avant cette époque. La fondation de la Société des Philalèthes n'était pas assurément l'œuvre d'un débutant. Est-ce par Duchanteau, ou par Mar- tines Pasqually, ou bien encore par Court de Gébelin PROFILS MAÇONNIQUES 347 qu'il fit son apprentissage ? Si l'on tient compte du milieu dans lequel il vivait, de la nature de ses aspira- tions maçonniques^ du régime qu'il fonda, on peut croire que ce furent surtout les théories de Martines Pasqually qui l'influencèrent, et précisément cette espèce d'illuminé vint à Paris en 1767. Plus tard seulement Saint-Martin l'inspira ; plus tard encore, il croira pro- gresser dans la science maçonnique en adoptant les théories des Illuminés d'Allemagne. En 1771, Savalète avait 25 ans ; avocat au Parlement, il fut exilé lors de l'arrivée de Maupeou à la tête de la nouvelle magistrature politique. Avec les anciens présidents des Grandes Chambres il entra en lutte avec le pouvoir royal ; ceux-ci avaient pris pour pro- tecteurs les princes du sang et en particulier le comte de Clermont, G.'. M.*, de la maçonnerie. Parmi les fondateurs de la secte des Philalèthes nous voyons, à côté de Savalète, son oncle Thiroux de Gervillers, son cousin germain du Pleix de Perles, le baron de Salis-Séevis, le marquis de Clermont-Ton- nerre, Nicolas Autour, le marquis de Chambonas, le comte de Stroganoff, le comte de Salignac-Fénelon, les frères Tassin, Bouret de Vezelay, Bollioud de Saint - Julien , le vicomte de Saulx-Tavannes , le vicomte d'Houdetot, le marquis de la Jamaïque, Méry d'Arcy, etc. Pas un seul de ces maçons n'avait encore marqué, d'aucune façon, ni dans la maçonnerie, ni ailleurs. Ce n'est que plus tard, après la formation du G.'. O.*., à laquelle les Philalèthes collaborèrent avec ardeur, que des célébrités comme Court de Gébelin (1) furent (1) Le premier tableau des Amis réunis, celui de 1774, ne fait pas mention de Court de Gébelin . 348 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE admises, et plus tard encore que les hommes qui de- vaient provoquer le mouvement révolutionnaire furent introduits ; la loge des Philalèthes fut fondée par la G.'. L.\ de France le 23 avril 1771 sous le titre distinctif des Amis réunis. Ses vénérables furent successivement Savalète, Bollioud de Saint-Julien, Taillepied de Bondi et le banquier Tassin. Les règlements des Amis réunis furent arrêtés pour la première fois le 24 juin 1774. Par la suite, ils furent modifiés le 22 février 1778, le 26 mars 1783 et le 6 mars 1788. Lors de cette dernière réorganisation, on en fit une véritable machine de guerre politique divi- sée en cinq branches comprenant : les fondateurs, les agrégés, les associés libres résidents, les associés libres correspondants et les gardiens du Temple ou membres du chapitre qui comprenait douze classes. Les membres de la loge se réunissaient, le premier vendredi de chaque mois, rue Royale-Montmartre, ceux du chapitre, 37, rue de la Sourdière (1) (art. 6). En plus, le bureau des fondateurs devait nommer deux commissaires qui, réunis au vénérable, au trésorier et au contrôleur, devaient former un comité permanent (art. 7). Les douze classes dont nous avons parlé se décomposaient de la façon suivante : I. — Collège de Maçonnerie symbolique : 1° Apprenti ; 2° compagnon ; 3° maître ; 4° élu ; 5° écossais. IL — Chapitre des Chevaliers des Amis réunis, formant tribunal d'honneur: 6° Chevaliers d'Orient ; 7° Roses-Croix ; 8° Chevaliers du Temple. (1) Voir chap. vm. PROFILS MAÇONNIQUES 349 III. — Conseil des T. B. des Amis réunis, formant tribunal maçonnique : 8° Philosophes inconnus ; 10° Sublimes Philoso- phes ; 11° Initiés; 12° Philalèthes. Au début, l'organisation était moins complète ; les Philalèthes, ou Amis de la vérité, comme leur nom l'indique, professaient une doctrine qui avait pour but le perfectionnement de l'homme en le rapprochant de la source divine. C'étaient les théories de Swedenborg et de Pasqually. Une large part était donnée aux sciences occultes. Chacun travaillait dans la branche de l'Art qui convenait le mieux à ses aspirations. Sava- lète, par exemple, après avoir essayé du mesmérisme, faisait de la médecine occulte (1) et de l'initiation par communication, nous dirions aujourd'hui par contact. Il s'occupait avec ardeur de tout ce qui tou- chait à la maçonnerie, cherchant à s'introduire dans tous les régimes concurrents pour connaître leurs secrets et faire des adhérents (2). Il cherchait à se faire désigner ainsi que les autres Philalèthes comme repré- sentant des loges de province, et cherchait même à (1) En 1783, Savalète était très lié avec Onésime-Henri de Loos (1725-1785), alchimiste, disciple de Pasqually, qu'il avait assisté à Paris comme membre de son Tribunal souverain. Lorsque les Philalèthes s'étaient réunis chez du Terray pour organiser le convent de 1785, Savalète avait fait partie de cette réunion avec Loos, Salzac, Lamarque, Astier, Labady, Saulx-Tavannes, Court de Gébelin et Von Reichel. Loos était l'auteur d'un volume bizarre publié en 1781 sous le pseudonyme de Philanthropos, citoyen du monde : « Décadence des sages ou démonstration de la nature infé- rieure, dans laquelle on trouvera une analyse raisonnée des Erreurs et de la Vérité (de Saint-Martin), une dissertation étendue sur la Médecine universelle. » (2) En 1781, il était parvenu à se faire remettre les archives des Elus Goens de Pasqually. 350 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE accaparer le G.*. O.*., dont il avait été un des membres les plus actifs. Le 21 juin 1778, il est maître des cérémonies de la Chambre d'Administration du G.*. O.*. Le 6 juin et le 27 décembre 1774, il est secrétaire, puis orateur de la même Chambre. Il est en même temps député de Saint-Jean O.*. de Beauvais ; de Saint- Jean O.'. de Guise ; de l'Union indissoluble du corps du génie à l'O.'. du régiment (Mézières) ; de l'Humanité O.*. Saint-Quentin et de la Parfaite Union 0.\ de Rennes. Le 28 février 1776, il est 2e surveillant de la Chambre des Provinces du G.*. O.*. ; il est député des Amis réunis, Saint-Hilaire et Notre-Dame 0.\ de Givet ; de llntimité O.*. de Niort ; de la Parfaite Union O.*. de Saint-Pierre de la Martinique. En 1777, il est grand secrétaire du G.'. O.*., en 1778, président de la Ve classe des Amis réunis, et en 1779 il préside la XIIe. En 1785, il fonde la Société Olympique O.*. de Paris; en 1787, officier d'honneur du G.*. O.*., il est député de l'Union Parfaite O.'. de Salins; des Frères choisis O.'. de Saint-Pierre de la Martinique ; de l'Olympique de la Parfaite Estime O.*. Paris, et de la Parfaite Amitié O.'. de Port-Royal de la Martinique. En 1788 et 1789 il sera membre du Lycée, filiale de la maçonnerie. Pendant la Révolution, il fera partie de la Société de 1789, et des clubs Monarchique et de Valois. Nous ne raconterons pas ici le rôle des convents de Paris de 1785 et 1787 qu'il organisa et présida, réser- vant cette étude longue et importante pour le 2e volume de ce travail. Nous ne pouvons cependant passer sous silence l'influence qu'eurent auprès de lui les Illuminés de PROFILS MAÇONNIQUES 351 Bavière. En dehors de Bode (1) (Amelius) et de Busche (Bayard) (2), qui jouèrent un rôle secondaire, deux autres illuminés jouèrent un rôle beaucoup plus consi- dérable auprès des Amis réunis : le marquis de Chef- debien (3), avec lequel Lange finit par se brouiller par suite de compétitions personnelles et un illuminé autri- chien, Kollowrath (4), qui vint à Paris dans les derniers mois de 1782 pour illuminiser Savalète et les Phila- lèthes. Kollowrath poursuivait en même temps un autre but : empêcher tout rapprochement entre les membres des Amis réunis et ceux de la Stricte Observance, Brunswick, Hesse et Willermoz, en particulier. Kollow- rath réussit dans sa mission et, le 4 mars 1783, Savalète écrivait à Willermoz : « Nous n'avons aucun tort envers vous, nous ne craignons pas vos menaces. Nous n'a- vons rien voulu de vous que ce que nous avons obtenu : votre démission. Lef.\ de Lange et tous ses amis vous permettent de dire et de penser ce qu'il vous plaira sur leur régime dont vous ne connaîtrez rien, absolument rien, pas même son plan et son objet. Je n'aurai pas de (1) Bode (Jean-Joachim-Christophe), instrumentiste et composi- teur allemand (1730-1793), connu sous le nom d' Amelius dans la secte des Illuminés de Bavière et à'Eques a lilio convallium dans la Stricte Observance. (2) Busche (baron Guillaume de), officier hanovrien au service de Hollande. Une faut pas le confondre avec Durand Joseph Busche, Procureur au Parlement, officier du G.\ 0.\, suppléant du Tiers aux Etats généraux pour Paris hors les murs. (3) Marquis de Chefdebien, François, — ancien chevalier de Malte, membre de la Stricte Observance sous le nom d' lignes a capite galeato. Fondateur du rite primitif des Philadelphes de Narbonne. (4) Kollowrath-Krakowski (le comte Léopold de), président d'une loge d'adoption à Vienne, était en relations intimes avec Bacon de la Chevalerie ; illuminé de Bavière sous le nom de Numé- nius, il était membre de la Stricte Observance sous le nom d'Eques ab aquila fulgente. Ministre d'Etat autrichien (1726-1809). 352 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE peine à prouver votre ignorance à cet égard en publiant votre correspondance, et je le ferai pour me justifier aux yeux de mes amis, vis-à-vis desquels vous cherchez à m'inculper. Je la remets à sept membres de la XIIe classe des Amis réunis dont voici les noms : d'Héricourt, de Cony, de Méry, Gébelin, Taillepied de Bondy, qui, réunis au marquis de Chefde bien età moi, composent cette réunion de six ou sept frères que vous citez avec une ironie peu fraternelle et une insinuation encore moins charitable dans votre lettre au f.\ de l'Étang. Mais ils ne gouvernent point, ils travaillent entre eux de bon accord, non pas à dominer les autres dans l'Eu- rope, mais à s'instruire eux et les autres Amis réunis de leur classe dans le petit cercle où la Providence divine les a placés. » On peut voir par cette lettre que la correspondance entre membres de régimes concurrents n'était pas pré- cisément tendre. Les relations fraternelles cessaient dès que les membres d'un groupe craignaient l'envahisse- ment des membres d'un autre groupe. Kollowrath parti, Savalète essaya de se rapprocher de Willermoz par l'intermédiaire du duc d'Havré-Croy (1) > mais ce dernier perça bien vite la tactique du chef des Philalèthes et, le 10 juin 1783, il écrit à Willermoz que toute réunion des deux régimes à Paris serait la suppres- sion de la Stricte Observance en raison de l'énorme supériorité du nombre des Philalèthes. Ayant échoué auprès du duc d'Havre, Savalète fait de nouvelles tentatives auprès d'un autre ami de Willer- moz, Millanois (2). Celui-ci écrit, le 6 juillet 1783, que (1) Duc d'Havré-Croy, colonel commandant du régiment de Flandre-infanterie, vénérable de la Bienfaisance à l'O. de Paris, membre de la Stricte Observance sous le nom à'Eques aportu optato. (2) Millanois (Jean-Jacques-François), avocat du roi en la séné- PROFILS MAÇONNIQUES 353 Savalète a essayé de le circonvenir, en diminuant l'importance du convent de Willemsbad et en lui déclarant d'un ton prophétique que l'enthousiasme des Princes allemands ne durerait pas. Puis brusquement il lui a parlé « de son attachement avec une femme à laquelle il tient fortement, attachement qu'il considère comme licite ». Est-ce encore Mlle Gran ville? Est-ce déjà Geneviève Hatry ? Est-ce une troisième ? Le 13 juillef suivant, Savalète insiste sur l'alliance des deux régimes auprès de Millanois. Il est prêt, dit-il, à seconder l'ins- tallation de la loge de la Stricte Observance à Paris (la L.\ la Bienfaisance), si on le laisse l'installer. En ce moment un autre illuminé, le baron de Hillmer (1), influence fortement Savalète et fait de nombreuses ten- tatives auprès de Saint-Martin. Le 27 juillet, Millanois raconte à Willermoz la visite qu'il a faite à Auteuil à l'amie de Savalète : « J'y ai bien souffert, écrit-il, et je vous avoue que je ne puis être de l'avis du f.\ de Lange sur cette liaison. Il a eu beau me dire que je devais la regarder comme sa femme et cependant ne pas en faire semblant, je me suis cru chez une fille, qui a l'entretien honnête, j'en conviens, l'esprit cultivé, peut-être des qualités, mais elle laisse entrevoir sous cette écorce ce qu'elle fut autrefois (2). » En 1785, ce sont des histoires plus étranges que Ton chaussée de Lyon, député du tiers de cette ville aux Etats géné- raux, membre de la Stricte Observance sous le nom d'Eques a quatuor pallis. (1) Baron d'Hillmer, baron du Saint-Empire, se disait prince palatin, chef d'un établissement (?) à Varsovie. (2) D'après le ton de cette lettre, on doit croire qu'il s'agit plutôt deMlle Grandville que de Geneviève Hatry. Signalons, pour ne rien omettre, que cette dernière avait une sœur, qui s'appelait préci- sément Henriette Louise, née le 15 juillet 1780, institutrice, morte à Paris le 6 août 1832. LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 23 354 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE raconte, et le latin seul devrait, dans plusieurs circons- tances, braver les termes des anecdotes racontées par le correspondant de Willermoz qui est le f.\ Tieman (1). Nous avons dit que Savalète s'occupait de médecine maçonnique, nous allons voir comment il la pratiquait : « Lange se perd tête baissée, écrit Tieman le 21 mars 1785 ; il a établi deux ou trois boutiques qu'il dirige. Dans sa Société Olympique il fait des maçons par com- munication ; il y reçoit des femmes, car tout doit être maçon. De là, ne croyant guère au magnétisme, il tra- vaille une jeune comédienne de quatorze ans pour lui donner ses règles et finit par coucher avec elle. Tout cela fait des disparates épouvantables. Le baron de Gleichen (2) me dit l'autre jour que la vérité est comme un pucelage que tout le monde cherche, qu'on juge cher, et dont on dit en rougissant après l'avoir attrapé que c'est bien peu de chose. Jugez-moi un peu, je vous prie, ces chercheurs (3). » La maçonnerie, on le voit, pouvait conduire à de sin- guliers résultats. Si Tieman s'étonne de la thérapeutique de Savalète, il reçoit quelques jours plus tard des confidences d'un tout autre genre qui le surprennent encore plus. Le 2 mai de la même année, il écrit : « Lange a la fièvre, il croit en Dieu ! » Avec Savalète de Lange, nous avons vu un genre de maçon spécial qui ne fut pas une exception. Avec lui (1) Tieman de Berend (Frédéric), Saxon au service de Catherine II. Il voyageait beaucoup pour la Stricte Observance, où il portait le nom de Eques a corde. (2) Baron de Gleichen (Charles-Henri), diplomate danois (1733- 1807), secrétaire des Amis réunis. (3) La lettre est de 1785 ; Henriette Jenny serait né en 1786. Ne serait-il pas le fils de la jeune comédienne en traitement? PROFILS MAÇONNIQUES 355 nous assistons à une dépression cérébrale d'un genre très particulier provoquée par des études hors de la portée de l'intelligence et de l'instruction de celui qui s'y adonne imprudemment. Nous reviendrons longue- ment sur le personnage dans le récit que nous ferons, dans le second volume, de l'organisation maçonnique qui précéda la Révolution et dans l'étude des événe- ments qui l'accompagnèrent. Après la mort de Savalète de Lange, on vendit aux enchères publiques les papiers des Philalèthes dont il était demeuré détenteur, et les instruments du labora- toire de chimie installé dans les annexes de la loge des Amis réunis et qui avaient été la cause de la mort de l'infortuné f.\ Duchanteau (1), victime d'une explo- sion. (1) Duchanteau (Touzay), peintre. Professeur de Théosophie, hébraïsant et kabbaliste, auteur d'un calendrier magique, disciple de Pasqually, c'est lui qui avait initié le baron de Staël et le duc d'Havre- Groy. ÉTAT DES LOGES EXISTANT EN FRANCE EN 1771 I LOGES DE PARIS Dans le chapitre V nous avons donné la liste des loges de l'O.'. de Paris par ordre de constitution, probable ou réelle. Afin que le lecteur puisse retrouver plus facilement l'historique de ces loges, nous les clas- serons ici par lettres alphabétiques. Cette liste de 154 noms, beaucoup plus complète que les listes publiées jusqu'à ce jour, n'est certainement pas définitive. Je suis certain que, par la suite, on complétera mon travail. Toutes ces loges étaient-elles régulières ou, comme Tondit en termino- logie maçonnique, étaient-elles régulièrement constituées ? Il est impossible, pour la plupart d'entre elles, de répondre positive- ment. En effet, pendant la période qui précéda la formation du Grand Orient de France, les pouvoirs constituants étaient aussi multiples que peu définis. La G.'. L.\ de France aussi bien que la G.*. L.". Anglaise de France était de formation exclusivement parisienne, et les loges de pro- vince n'étaient ni officiellement ni régulièrement représentées à ses assemblées. A Paris même, toutes les loges ne tenaient pas leurs titres constitutifs directement de la G.*. L.'. Trois maîtres de loges et souvent deux constituaient parfois une nouvelle loge de leur propre autorité. Dans ces conditions, avant la formation du G.\ O.'., comment établir qu'une loge était régulièrement constituée ? Lorsque cette autorité administrative fonctionna, elle reconnut en somme, comme régulières dans le passé, toutes les loges qui consen- tirent à se placer sous son obédience. Les seules discussions qui sur- girent furent relatives à la date à laquelle on ferait remonter les premiers travaux de la loge. Tous les ateliers avaient un intérêt d'amour-propre aristocratique, et un intérêt matériel à reculer le plus possible la date de leur origine, souvent au delà du réel et même du vraisemblable. Lorsque le G.'. 0.\ craindra la puissance en instance de régularisation, il cédera jusqu'à admettre des patentes évidemment fausses, comme celle de Gerbier. Dans ces conditions, nous avons cru devoir faire figu - rer dans nos listes toutes les loges ayant fonctionné, quelle que soit 358 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE l'origine de leurs titres constitutifs et quel qu'ait été par la suite le ver- dict du Grand Orient en réponse à leur requête. AMIS RÉUNIS Nous réservons pour le second volume une partie de l'historique de cette très importante loge qui fut constituée dans les derniers mois de la période que nous étudions dans ce volume. Dans les profils maçonniques (biographie de Savalète de Lange), nous avons déjà donné quelques ren- seignements sur la fondation du groupe des Philalèthes, nous nous bor- nerons donc à faire ici la monographie purement matérielle de cette loge. Les Amis Réunis furent constitués par la G.". L. . de France (non dis- sidente) le 23 avril 1771. Ses titres furent renouvelés par le G.'. Gv. la 25 octobre 1773 pour prendre rang de la date de sa première constitu- tion. Je n'ai pu établir si la loge des Philalèthes avait un lien quelconque avec une loge ayant également pour titre les Amis Réunis et dont il est parlé dans l'Etoile Flamboyante (II, 12) D'après Tschoudy, l'auteur de cet ouvrage, un discours moral aurait été prononcé en comité le 23 août 1765 par le V.\ F.\ G. de V., Orateur de la L.\ des Amis Réunis. De nombreuses LL.\ se formaient par îa réunion de maçons qui ne se faisaient constituer en loge régulière que beaucoup plus tard. Il est possible que les Amis Réunis se soient formés de la sorte. Je n'ai pu trouver le tableau des membres lors de la fondation de la loge; maisle tableau de 1774 que nous reproduisons, en indiquant la qua- lité de fondateur chaque fois que le nom du membre le comporte, permet de reconstituer le personnel de la loge à sa création. A ces noms il faut cependant ajouter tout au moins Niepce et Joubert, qui en 1773 et 1774 demandèrent au G.\ 0.\ des certifiats comme membres des Amis Réunis. Thory {Acta Latomorum, 1,109) nomme également Court de Gcbelin et Baudard de Saint- James parmi les fondateurs. Je n'ai trouvé que beaucoup plus tard trace de leur passage dans cet atelier. Tableau du 24 juin 1774 1. Charles-Pierre-Paul Savalète de Lange, G. du Très. Roy., maître à tous grades Symb., fondateur, Secret. Ch. adm. et député de plusieurs L.\ de province Fondateur. Vén.\ et G.', archiviste. — 2. Pierre-Fran- çois-Denis DupleixDaperles, ancien Cons. au G. Cons., Me Ecoss.fond. à la créât. — 3. André-Claude Thiroux de Gervillers, mestre de camp de dragons, chev.'de St-Louis, MeEcoss. associé libre à la création.— 4. Robert Deshayes, anc. cap. com.milice de la Guadeloupe et Marie Galande, leur député à la suite de sconseils du Roi, Me Ecoss. fond, à la création. — 5. Hercule Bn de Salis-Séevis, brig. des armées du Roi, cap. g. suisses. chev. Mérite Militaire, chev. R-f- fondateur off. en exercice de la Chambre de Paris (+ le 2 juillet 1774). — 6. Georges-Etienne de Courbeville, av. pari. ch. R + associé libre, membre à la création. — 7. Desforges de Beaumé, chevaux- légers de la garde du Roi, m. fondât., membre à la créaion. — 8. Etienne de Fumars,gouv. des enfants de M. le Marquis de Vérac, Me à la création. — 9. Louis-François Radel, architecte expert du Roi, Me membre à la création. — 10. Jean-Antoine Martin, nég., LOGES DE PARIS 359 Me fondât, à la création. — 11. Charles-Denis Cahouët, recev. à la Che- vrette, M8, amateur, à la création. — 12. Bonaventure-Gervais Simon Bazin de la Répenalière, médecin de Montpellier et méd. ord.du duc d'Orléans, Me, membre à la Création. — 13. Nicolas-Joseph-Gabriel Desforges de Beaumé, prêtre, chanoine de Laon, Me (a donné sa démission), à la création. — 14. Maulgué, Pourvoyeur du Roi, Me, Ecoss, fondât., a donné sa démission — 15. DeClermont, Marquis de Tonnerre, cap. caval. au reg. du Roi, M9 à tous grades, fondateur, grand introd.d'h. au G.'. 0.\ — 16. François-Marie Griois. caissier du petit comptant du Très. Roy. Me, membre. — 17. Jacques Perault, archit. M9, amateur, ne vient plus. — 18. Achille-Edme Leblanc de Pomard, mousq. gris.gouv. du Pont-Ste- Maxence, Lieut. Maréch. de Fr. Me, membre.— 19. Gabriel-François Cohier, aumônier gén. caval. promu membre soc. roy. Londres, associé libre. — 20. Comte de Marcouville, chev. de St-Louis, cap. caval. écoss. retiré. —21. Ch.de Ramaceuil,chev. de St-Louis, cap. caval. Mefondateur,nevientplus. — 22. Pierre-Octave de Milleville baron de Lieurayen Normandie, Me fon- dateur.— 23. Pierre-Nicolas Autour, dir.manuf. roy. des draps et teintures Gobelins, Me fondateur. — 24. Marquis de Chambonas, cap. rég. Chartres caval., Meà tous grades fondât., n'a pas paru depuis 6 mois. — 25. Jean- Laurent Woulf, off. inf. Ecoss. membre exp. ch. prov. — 26. Alexandre Comte de Stroganoff, conseiller privé, Chambellan actuel imp. Russie, com. des ordres de l'Aigle blanc, de St-Stanislas etdeSte-Anne, Me à tous grades, fondateur, grande Garde d'H. des se. du G. O. — 27. J.-B. Apert de St-Rémy, com. de police à Metz, Me à tous grades, amateur. — 28. Jacques Elisabeth-Octave Milleville deSt-Mart., cap. rég. roy. Cham- pagne caval. Me membre, a donné sa démission. — 29. Hubert Robert, peintre du roi, apprenti associé libre. — 30. Louis chev. de Rool, off. g. suisses comp. Me, vient rarement. — 31. Jean-Louis de Salignac baron de la Motte-Fénelon, off. G.*. 0.'. Me fondateur. — 32. Louis-Marie Em- manuel-Maximilien, marquis de l'Aubespine, col. inf., M" membre. — 33. Gabriel Tassin de l'Etang, off. des chasses du roi, Me fondateur, dép. prov. au G.'. O. . — 34. Bouret de Vezelay, très, de la guerre, apprenti, fondateur. — 35. Louis-Daniel Tassin, banquier, Me fondateur, Très. G.'. O.'. — 36. Boulongne de Preminville, Très. extr. des guerres écoss., ancien fondateur, a donné démission. — 37. Jean-François- Victor-Auguste Bollioud de Saint -Julien, rec. gén. clergé en survivance, chev. R.-f-, fondateur, dép. province au G.*. O.*. — 38. Antoine-Julien Duvivier, écuyer, Me parfait anglais, fondateur. — 39. Camille Cusset, bourgeois de Paris, Me fondateur. — 40. G. -B. -Sébastien de Bréval, pro- fesseur de violoncelle, M* amateur. — 41. Pierre-Louis Moreau. arch. delà ville, Me membre. — 42. Jean Dubourg, élève en archit., Me ama- teur. — 43. Alexandre-César Fremin, baron de Stonnes, mousq. noir, Me membre. — 44. Jean Chiquet de Champrenard, anc. cons. au Pari, de Dijon, Me fondateur. — 45. Charles-Dominique Sulpicede Saulx, vicomte de Tavannes, col. rég. reine inf., Me fondateur. — 46. Adam- François de la Mothe. Bgs. de Paris, Mc membre, en voyage pour un an. — 47. Julien Navoigile, professeur de violon, Me amateur, n'a pas paru depuis son admission. — 48. Guillaume de Fréval, cap. caval., Me à tous grades, fondateur. — 49. Cœsar-Louis-François-Marie Ange, vicomte d'Houdetot, lieut. gendarmerie, Me fondateur. — 50. Aimé- René, comte de Mornay, comp. associé libre, à Mantes toute l'année. 360 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE — 51. Louis-Claude de Surbeck, off. gardes suisses, comp. fondateur. — 52. Charles-Ferdinand-Pascal-Janvier Stuard, marquis de la Jamaïque, petit élu fondateur, Me Cérém.*. G.". 0.\ — 53i Louis-Henri Maréchal- Paisible, Me de musique deMmela duchesse de Bourbon, Me amateur. — 54. Hoock de l'Etang, cap. rég. Custine, app. fondateur libre. — 55. Antoine Carbonel, av. Pari. Ecoss., ass. libre, off. hon. G.*. O.*. et dojren. — 56. Philippe Radel, chirurg. maj., Me amateur, parti pour l'Inde. — 57. Vicomte de Chazeron, cap. caval., app. fondateur. — 58. Charles-Emmanuel de Senecterre, cap. caval. à son rég. app. fon- dateur — 59. Antoine-Pierre Le Tourneur, mar. logis de l'armée, M0 fon- dateur. — 60. Jean-François, abbé Rozier, chev. église Lyon, Me à tous grades, ass. libre, Prés. ch. provinces. — 61. Bernard-Louis Verlac de la Bastide, av pari, écos., memb. — 62. J.-B. de Salcot, vicomte de la Blache, guidon de gendarmerie, app. fondateur. —63. Alexis, marquis de Vassé, cap. inf., app. fondateur. — 64. Jacques-Pierre-Elieabeth Paquet, secr. de Savalète de Lange, Me amateur. — 65. Demachy, apothicaire, membre Ac. sciences, Me à tous grades, ass. libre G.\ Arch.\ G.'. O.'. — 66. Jean-François De Méry d'Arcy, dir. de la Compagnie des Indes, M° à tous grades symb., fondateur Prés. ch. adm. Tableau des officiers au 25 juin 2774. Vén.\, Savalète de Lange ; 1er surv.\, Tassin l'aîné; 2esurv.\, ba- ron de Salis (mort) ; 1er surv.\, Bollioud de Saint- Julien ; 1er subst.\, Cusset, pour la classe des fondateurs ; 2e subst.., Bazin, pour la classe des membres ; 3e subst.'., Cohier pour la classe des associés ; 1er exp.\, marquis delà Jamaïque ; 2e exp.\, Dupleix Duperies ; secret *., Ta- vannes ; subst.*., Verlac de la Bastide ; com.\ du secr.'., Paquet ; Me cérém.., Tassin de l'Etang ; aide M8 cérém.*., Chiquet de Champrenard fondateur ; aide M6 cérém.*., Autour membre; 1er surv.'., du porche, Le Tourneur ; 2e surv.'., du porche, de Surbeck ; G.-, arch.'., Savalète de Lange ; G.', se*, et timb.\, Radel; G.\Me hôtel, Verlac de la Bastide ; aumônier, comte de Stroganoff ; trésorier, Griois ; archit.' , Radel ; s. -arch.'., Apert ; décorateur, Dubourg. Les deux f.'. suivants se sont engagés à remplir les fonctions portées au dernier chap. des règl. portant pour titre : des secours pour les malades ; médecin, Bazin ; apothicaire, Demachy. Musique : directeur, Bréval. Les ff. *. ci-dessous ne viennent en L.'. que lorsqu'ils sont convoqués. Harmonie : clarinettes. 1. Gaspard ; 2. David ; — cors, Hébert, Morert ; — bassons, Thadée, d'Argent l'aîné. Service : Me d'hôtel de service, Derieux. Off. * . servans : office, des Landes en chef, des Landes neveu, Tri- bert cadet, Legard ; — cuisine, Guibert, chef; Januiot, L'archer et Le- clerc, aides. Concierge, Guerrier ; Servant hon., Jacquinet, commis de l'Ordre. D'après les Statuts et règ. particuliers de la R.'. L.'. à VO.\ de Paris, arrêtés par délib. à l'époque de la Saint-Jean l'an de la vraie lumière 5774, xvi et 77 pp. in-8°, sans nom d'imp. En 1776 et 1777 le vén.'. est Bollioud de Saint- Julien ; Savalète est secrétaire et le maître des comptes Le Long, son député au G.'. O.'. LOGES DE PARIS 361 En 1785, Taillepied de Bondy, receveur général des finances, 86, rue de Richelieu, est vén.-. En 1788 et 1789, il est remplacé par le banquier Tassin. D'après les mémoires de Sergent (1), en 1790, des noms plus significatifs auraient fait partie des Amis Réunis. Je dois reconnaître que je n'ai trouvé aucune trace des noms cités par Sergent ; je les cite donc pour mémoire : Bailly. Barnave, Beauharnais, Broglie, Buzot, Cannes (Carra), Dupont (de N.), Grégoire, La Fayette, les Lameth, La Rochefoucaut, Le Chape- lier, Le Peleticr, Mirabeau, Montmorency, Noailles, Petion, Talleyrand, Flouret (Thouret). Depuis 1788, la L.\ avait pris une grande extension et elle devait former le groupe maçonnique le plus important de Paris. D'après l'ar- ticle VII de son règlement de 1788, « en décembre le bureau nommait deux commissaires qui, réunis au vén.*., au trésorier et au contrôleur, formaient une commission permanente ». D'après les registres de délibérations des membres des 5e et 7e classes du chapitre, qui en comportait 12, on pourra, se rendre compte de l'im- portance de ce groupement. Sur ces registres on relève les noms sui- vants ; Chapitre 5* classe. Savalète de L., Tassin, Lelong, Martin, abbé Cohier, Demachy, de Serilly, de Blosseville, Paquet, Lourdet, Bollioud de Saint-Jullien, Petit de la Honville, comte de Stroganoff, Harvoin, Pasquier, Letourneur, de Villiers, de Javons, de la Fresnaye, Lefebvre, Leroy, Saint James, Petit - Deslandes, Barckaus, Lourdet de Santerre, de Mercy, Millon d'Ailly, de Pigis, Choart, Dubail, de Lonlanière. Guichard, Bitch, Anjorant, Lan- glois, Vilette, Royer, Fromains, Gay, Millon d'Anival, de Beaune, Mariage (de Lille), Douarville, de Méry d'Arcy, Salivet, Morin, Paris» marquis de Vassé, Ernick, des Entelles, Lesage, Taillepied de Bondi, Le Carpentier, des Chenailles, Nicolaud de Montriblond, de Launay, Ber- theaume, Delahaye, Otto, Pinson de Menerville, Chrétien, André, de Chompré, Devienne, Boutroy , de Paris la Brort, Siedler, Isnard, Wurcka- towiez, Canavas, Bartsch, Dassy, Vaudenyver, Eynaud, Garnier, Barmond, abbé de Barmond, Blasius aîné, Chambreuil, Costé, Julien, de Langeron, Puy de Rosny, Philippon, Matis, comte Séneffe, Cheriot . Chapitre 7e classe. Savalète de Lange, Guimps fils aîné, Langlois, Villette, Letourneur, Ernest, Mariage, de la Perrière, baron d'Ogny, Chevalier Bouardy, Gui- chard, Paquet, Taillepied de Bondy, Emiels, Thiroux de Gervillers, de Grandmaison, Lesage, baron de Saint-James, Perrière, Deschevaillcs, Willemot, Harvoin, Espell, Champré, Boutroy, Chrétien, Barckaus, de Meurville, Francœur, Isnard, Tassin de l'Etang, Siedler, de Javons, (1) Reminiscenses of a régicide, edited from the original mst of sergent Marceau ,by M. C. M. Simpson, London. 362 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Bartsch, Aujorant, Bertheaume, Rivière, Saint-Charles, Petit-Deslandes, Corbia de Pontbriant, Eynaud, Martin de Blosseville, Geoffroy, Dassy, Vendenyver, d'Ailly, de Bernières, Oudet père et fils, Dubail, Lelong, de Pigis, Maschkoff, Bitch, Phillippon, de la Noraye, Parquier, Doazan fils, d'Orcy, de Rosny. Les Amis Réunis étaient encore en vigueur en 1792. D'après un brevet donné le 12 juin 1792 à Antoine-Gilles Savin, com- mandant du 2e bataillon de la l'e légion de la garde nationale, né à Paris en 1755, y demeurant rue de Charonne, membre essentiel et Rose-Croix, les lumières des Amis Réunis étaient Rœttiers de Montaleau, vén.*. ; Lesage, trésorier ; Rivière, orateur ; Lesage, secrétaire ; Hur- delet, garde des sceaux ; et Laffilard. Les Amis Réunis survécurent à la Révolution. Il est même possible que la L.\ ne soit pas entrée en sommeil pendant la Terreur. Sous l'empire elle eut pour vén.*. Lourdet de Santerre, auteur dramatique (1) ; mais son importance était beaucoup moins grande que sous Louis XVI. AMIS RÉUNIS DU BON ZÈLE En janvier 1787, un ancien vén.'. du Bon Zèle nommé Charpentier l'ut interdit par le G.*. 0.\ pour avoir érigé une L.\ de ce nom sous le drapeau de la G.*. L.'. Cette L.*. n'a pas laissé de traces. AMIS DE LA VERTU CetteL.*. fut constituée par la G.'. L.". le 21 mars 1765 et renouvelée par le G.'. Ov. le 28 octobre 1774. En 1775, six membres de cette L.'. demandent des certificats au G.-. O.*. : Huet du Plessis, Prat, Fournier le jeune, Deslaurieres, Famin, Pyvron de Morlat. En 1776 et 1777, son vén.'. est Joubert de la Bourdinière, dessinateur et décorateur, officier du G.*. O.'., rue Tire -Chape ; son député au G.*. O.*. est l'abbé Jardin, officier adjoint du G.'. O.'., rue Croix-des-Petits- Champs, maison de M. Tack ; le secrétaire est un commis de l'amirauté : Soudan, rue Saint-Honoré. Comme la plupart des LL.\, celle des Amis de la Vertu tint, le 24 août 1779, une assemblée extraordinaire pour célé- brer la fête du roi. En 1785, son vén.'. était Groizard, officier d'infanterie, 18, rue du Fouarre. En 1788 et 1789, Groizard était remplacé par Le Go, notaire, 38, rue des Fossés-Montmartre. Le secrétaire était Metzinger, entrepreneur des bâtiments, 16, rue Culture-Sainte-Calherine. Son député au G.. O.". était Vaillant de Bissy, entrepreneur des illuminations de la Cour, rue de Condé. Une L.", du même titre fut constituée le 14 juillet 1805 dans le local 0 1785, l'abbé Bubourg, chanoine, faisait partie de la L.. (1). elle L.-. disparut en 1790 et ne reprit pas ses travaux. E Celte SAINT-JEAN DE BEAUVAIS Cette L.*. fut constituée le 9 novembre 17G3, par la G *. L*. A cette époque, Allou de Lisle était vén.* et Roulin et Regnard des Fontaines, 1" et 2e surv. * . Celte L.-. n'a pas laissé de traces. BERGERAC FIDÉLITÉ La G.*. L.'. fonda cette L.'. le 15 novembre 1766, en faveur de Sor- bier de Jauve. Cette L.*. était en vigueur en 1779. BESANÇON PARFAITE ÉGALITÉ Cette L.-. fut fondée par la G.'. L.-. le 21 mai 1766, en faveur du vén. . m.*. Jolivet de Charmole. En 1777 et 1708-3, son vén.\ était Bcr- geret, avocat général au Parlement, et son secrétaire, France, médecin du roi de Pologne. La L.-. se fit reconstituer par le G.". Gv. le 14 mai 1778. Le vén.". était Renard, conseiller d'honneur. En 1785, cette L.*. avait suspendu ses travaux. Elle les reprit en 1788 1789 avec Martin, avocat au Parlement comme vén.". et Humbert, substitut du procureur général comme secrétaire. De 1779 à 1784, figurent parmi ses membres : marquis de Chaillot, prés.*, à mortier ; de Maréchal, comte de Vézet, prés.', à mortier ; d'Olivet, baron de Choyé, prés.*, à mortier ; Aloizet, cons.\ ; Damey de Saint Bresson, cons. ; Guillemin de Vaivre, int. St-Domingue, cons. ; Maréchal de Longeville, G. M. des Salines), cons. ; de Masson, marquis d'Autume, cons. ; Masson de la Brétenière, cons. ; Varin de Fresne, cons. ; Camus marquis de Filain, cons. lion. ; Mongenet de Jamais, cons. hon. ; Renard, cons. hon. ; Perroux, substitut du pro- cureur général. Celle L.*. disparut à l'époque de la Révolution et ne reprit pas ses travaux (2). SINCÉRITÉ Constituée par la G.*. L.'. le 2 oclobre 1766, ses litres furent renou- velés par le G.'. 0.\ le 27 février 1777. A cette époque, elle était com- posée de 22 membres et son vén.-. était Tharin, conseiller au Parlement, et son secrétaire de Romange, grand chantre et chanoine de Sainte- Magdeleine. (1) Voy. André Rousselle, la F.'. M.', à Deauvais. (2) Voy. Historique de la F.\ M.', à l'O.' . de Besançon, depuis 176b. Paris, Lebon, 1859. 10 1 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE En 1785, le vén.-. était Maire de Boulignez, conseiller au Parlement, et en 1789, Bouchey, avocat, 1er commis des domaines. Le secrétaire était Rambour, receveur de la ville. Les lettres étaient adressées sous l'anagramme de Sinicctcr. Parmi les membres de cette L.-. avant la Révolution figurent : Jouf- froy d Abbans, initié le 2 mai 1768 (1). — 1775 : de Bouclans, Oyselet de Legnia, Coquelin de Morez, de Saint-Vaudelin et Dunod de Chamaze, conseillers au Parlement; de Rozières, prés.'.hon.*. ; Camus, anc. cons.\ clerc ; Monniotte, cous, présid. ; Bureau du Persil, lieut. crim., baill. Vesoul ; Marmet, cons. baill. Salins. — 1777 : à la tenue du 26 juin, Maire de Boulignez, vén. sortant, installe son successeur Tharin. Bouligney dit: « La M.*, franchit les espaces, elle rapproche les distances et. d'un bout de l'univers à l'autre, elle ne forme qu'un peuple de frères. » Sur cette L.\ se greffa en 1777 une L.-. d'adoption. 1777 : Courvoisier; baron d'Achie ; d'Auxiron ; de Follenay ; Seguin de Jallerange ; Maire de Boulignez ; de Mailly ; d'Astorg ; d'Uziès de Byans ; d'Arçon ; de «Rozières ; de Lacoré, int.\ de Franche-Comté. Tableau du 17 août 1778. Officiers : Tharin, cous. Pari., m.', né, vén.-. ; Maire de Boulignez fils, cons. Pari., ni.-, né, 1er surv.\ ex-vén. ". ; Maire de Boulignez père, cons. Pari m.', né, 1er surv.\ adj.*. ; Monniotte, cons. Baiil. et Présid., m.*, né, 2e surv.'. ; Hugon, chanoine métropole, m.-, né, 2e surv.*. adj.-. ;Mougeot,av. Pari., m.-, né, zélateur ; Martenne, av. roi baill., m", né, zélateur adj.-. ; Malherot de Romange, grand chantre au chap. Sainte-Madeleine, m.-, né, secret.-., ex-vén.'. ; d'Auxiron, av. Pari , m.-, né, secret.-, adj.-. ; Hugon, cons. Pari., m.-, né, trésorier; de Verchamp, prestre, m.-, né, trésorier adj.-. aumônier ; Bouchet, anc. contrôl. artill., agrégé m.-, cérém.*. ; Pierre, Dr méd., m.-, né. m.% cérém. . adj.-. ; Thiébaut, secret, roi, m.-, né, préparateur ; de Char- moille, chan. à la Métrop., cons. clerc au Pari., m.', né, préparateur adj.-. ; Courvoisier, av. Pari., m.*, né, orateur ; Lombard, av. Par!., m.-, né, orateur adj.-. ; Coquelin de Morey, cons. Pari., agrégé g.\ des se.-. ; Oyselet de Legnia, cons. Pari., m.-, né, g.-, des se.-, adj.-. ; de Chaffoi, off. rég. Lanans dragons, m.-, né, g.-, des portes ; Besuchet, cons. baill. et présid., m.-, né, g.-, des portes adj.-. ; Rambourg, con- trôl. fermes ville, m.-, né, surint. bâtiments ; Fraichot, prof. acad. peint, etsculpt., agrégé décorateur adj.-. ; Billon, greff. chef Baill., m.-, né ; Boutin de Dieucourt fils, dir. gén. fermes roi, m.-, né ; Daclin, cons. au magistral, m.-, né ; Dannoires, anc. av. gén. Pari., agrégé ; de Castillon, off. reg. Bassigny, m.*, né ; de Planiières, off. rég. Royal- Cravates caval., agrégé ; de Saint-Eron off. rég. Royal-Cravates caval., agrégé ; de Sainte-Croix, off. reg. Lanans dragons, m -. né ; de Voisey, cons. Pari., m.-, né ; Dumont de Veaux, cons. magistral, m.-, né ; d'Uziez de Byans, écuj-er, m.-, né ; Goux de Willeguindry, av. Pari., (1) Sur Jouffroy d'Abbans et ses initiations, voir la très intéressante étude de M. Prost. LOGES DE PROVINCE 405 agrégé ; Jcannot de Courchaton, cons. Pari., m.', né ; Jobard de Boivans, av. Pari., m.-, né ; Joli de Mantoche, cons. Pari., m.*, né ; Maire de Boulignez, off. génie, agrégé ; Seguin, cons. Pari., m.\ né ; Sandret, cons. Pari., m.", né ; Willoz, ancien échevin, m.-, né. Seruants : Gindre, maître ; Dagonay, apprenti ; Willaume, apprenti ; Jeuthier, apprenti. Parmi les S. S.-, de la L. . d'adoption figurèrent: Intendante de la Corée, G.\ M.'.écoss.-. ; marquise de Villervaudey, G.-, insp.-. maîtresse ; de Fedry, oratrice maîtresse ; comtesse de Dur- fort, écossaise ; Willez, écossaise ; Damoiseau, m.\ parfaite ex-maîtresse ; Griois, m.", parfaite ex-maîtresse ; présidente de Rozières, marquise de Felletan, conseillère Varin de Fresne, marquise de Germignej', Maire de Boulignez, conseillère, comtesse de Janey, Courvoisier, Philipon, d'Arçon, de Castillon, Dumont de Veaux, Blanchard, maîtresses ; conseillère Tha- rin, marquise de Molan, baronne de Glane, de Vregille, de Sauvagné , de Maijonade, compagnonnes. En 1779 vint s'ajouter : Arnoux de Pirey, conseiller, et Bouhelier d'Andelange, avocat général au Parlement en 1784. Cette L.'. reprit ses travaux sous l'empire sous, le titre de Sincérité et Parfaite Union, sous l'inspection particulière de la régence écossaise du département. En 1808 son vén.-. était Raymond, inspecteur des postes, en 1810 et en 1814 le préfet baron Jean de Bry ; en 1811, Grand, juge à la cour d'appel. Le député pour la L.". et le chapitre était Foraisse. En 1810 11 son tableau comprenait les 175 noms suivants : Dignitaires ; Jean de Bry, vén.\ m.*., préfet du Doubs, G.*. M.*., Prov.-. du ressort, prés, né et perpét. du Directoire général dudit ressort ; de Raimond, anc. insp. des postes, off.'. du Direct.-. gén.-., m.- de la Régence, écon. du département, présid. perpét. du Collège écossais de Besançon ; d'Aigrefeuille, anc. magist., anc. chev. de Malte, m. du conseil nat., député m.', et vén.\ du Centre des amis 0.*. Paris, repré- sentant près le conseil nat. et le G.". Gv. ; Grand, juge à la cour d'appel, vén.-. ; de Bouligney, anc. cons. au Pari., 1er surv.\ ; Rey-Morande, dir. enreg. etdom., 28 surv.-. ; Pourcelot, av., chefbur. préfect., orat.'. ; Chouffe, av., receveur timbre, secret.-., chef g.-, des se.-. ; Ledoux, g.- mag. vivres, très.", ord.-. ; Detrey, Just, nég. sup. trib. com., élémosi- naire ; Vielle Jean Jacques, propr. m.-, cérém. . ; Detrey père, bonnetier, économe ; Branche, av. avoué, 1er surv.-. adj.-. ; Bourqueney, juge à la cour, 1er surv.-. adj.*. ; Thomassin, méd. m. Lég. d'hon., 2e surv.-. adj.-. ; Grillet, av. avoué, 2e surv.*. adj.-.; Debilly, chanoine hon. et prof, à l'acad. ; Ordinaire aîné, recteur de l'acad. ; Monnot, magist. sûreté ; Bertaut, insp. acad. ; Guillaume, av. sup. trib. ; Rougeot, rece- veur de la ville, et Castillon, ing. chef du cadastre, orateurs adjoints ; Ordinaire, méd. ; Caseau, notaire, et Michaud, méd., secret.-, adj.-. ; Falconet, chef. bur. préfect. élém.*. adj.'. ; Bernard, nég. ; Bonnet François, nég., et Jacomin, dir. etrec gén. droits réunis, m.-, cérém.". adj . • . Membres ordinaires : Badoulier, com. guerres ; Beaudot, propr. ; Besson, g. gén. eaux et forêts ; Besson Alexandre, ex-législ. ; Bigot Brice, col. dir. ; Fortif, off. Lég. d'hon. : Bretillot, nég. ; Bogillot, ex-com. des guerres ; Bonnet Gabriel, nég. ; Bouchard père, notaire ; Bouchard fils, élève en méd. ; Briot, chirurg, ; Bruleport, rec. contrib ; Bonnefoi, 406 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE av. ; Boichot, contrôl. conlrib. à Brans ; Cèdre, rec. contrib. à Chéri* gney ; Courvoisier, auditeur près la cour d'appel ; Cuenot, méd. ; Dusier, propr. ; Daclin, baron de l'empire, maire ; de Raucourt, propr. ; Dagallier, cons. eaux et for. ; Delelée, adj. gén. ; Detrcy, Fran- cisque, nég. ; Estrayer, nég. ; Ebelmenn, nég. ; Ferriot aîné, propr. ; Ferriot cadet, nég. ; Ferroux, cx-législ., dir. contrib. dir. ; Flagey, méd. ; Fischer, prof, musique ; France, rec. ambul. des dr. réunis ; Gaume, notaire, secret, mairie ; Gauthier, contrôl. princ. dr. réunis ; Grand fils aîné, insp. dom. ; Gras, chirurg. a. maj. 15e dragons ; Humbert, anc. magist. ; Hannier, secret, gén. préfect. ; Jussy, traiteur ; Lasalle, rec. princip. dr. réunis ; Lagrenée, secret, part, préfet ; Lapret, contrôl. archit. de la ville ; Ledoux, cap. gendarm., ch. Lég. d'hon. ; Laviron. av. et com. police ; Lodibert, insp. forêts ; Lemaître, quartier maître gendarme ; Maillot, maire de Villafaus ; Magnin, chef bur. préf. ; Marchant, méd. ; Marquiset, nég. ; Meuredefaim, dir. postes à Lisle ; Monnot, insp. forêts ; Mathiot, avoué ; Mercier, propr. à Rougemont ; Meilleur, commis greffier au trib. Baume ; Noblot, anc. avoué; Ovonn, lieut. vaisseau ; Perrot, notaire ; Pretet, empl. aux vivres ; Racine fils aîné, nég. ; Raimond fils, insp. postes ; Rousselot, greffier j. de paix à Gy ; Sainte- Agathe et Seguin, adjoints au maire ; Stoesser, cons. à la cour à Fribourg-en-Brisgau ; Spicrenaël, prés, cour criminelle, chev. Lég. d'honneur ; Valette, général brig., com. Lég. d'hon , Vielle cadet, av. ; Vincent, traiteur ; Valinde, nég. Amateurs : Berger, Hérissé, Kemerer, Lapret, Monasson, professeurs de musique ; Ferdinand, décorateur. Associés non résidents : Amet aîné, banquier à Paris ; Amet cadet, nég. à Paris ; Aubert, g.-mag. vivres à Gray ; Bailly, olF. santé ; Bailly, sous-off. 6e hussards ; Balleydier aîné et cadet, nég. à Lyon ; Barbay, adj maj. bataillon, prince Neufchâtel. ch. lég. d'hon.; Baville, gén. brig., chev. Lég. d'hon.; Baulmont, contrôl. postes à Vesoul; Bich,insp. loteries à Alexandrie ; Besson, garde gén. eaux et forêts ; Bisson, gén. div., g. off. Lég. d'hon. ; Bisson cadet, cap. g. imp. ; Biglione, cap. tirailleurs du Pô ; Brenot, sous-insp. forêts à Saint-Hippolyte ; Bar- bier, rec. contrib. à Baume ; Bizot. off. santé à Baume ; Chalmin, contrôl. navig. à Gray ; Comolly, cap coin, tirailleurs du Pô, chev. Lég. d'hon. ; Courcelle, g.-mag. vivres à Gand; Debrun, lieut. bataillon prince de Neufchâtel ; Ducoudray, quart, maître d'artil., g.- côtes à Gênes : Dandrier, vicomte de Gorgier, cap. batail. prince Neufchâtel ; Douhaint. aide-maj. 15e inf. légère ; Didelot, j. de paix à Baume ; Droz, insp. gén. dr. réunis ; Dufay, avoué ; Dangel, empl. douanes ; Faivre d'Esnans, juge trib. lre instance ; Guyot, off. bataill. prince Neufchàlel : Geliot, rec. enreg. à Pesmes ; Gourdant, propr. à Champlilte ; Groussot, sous-insp. eaux et forêts à Saint-Jean-de-Losne ; Gruardet, nég. à Lyon ; Grandjean, gén. brig., com. Lég. d'hon. ; Lodibert, insp. forêts à Ornans ; Leisinring, dit Andrey, prof, musique ; Mathiot, avoué ; Martelet, ex-chef du service vivres viande, à Paris ; Maret, com. ord. à Naples, ch. Lég d'hon. ; Mayor, nég. à Neufchâtel ; Mourgeon, nég. à Paris ; Malichard. j. de paix à Nancray ; Monnier, av. m. cons. gén. ; Moreau, insp. gén. poudres et salpêtres ; Nebenius, secret, min. financ Carlsrhue ; Oberty. j. de paix à Dampierre ; Pillard, nég. à Gray ; Palurel, quart, maître au 92e ligne ; Perchet, juge trib. de Gray ; LOGES DE PROVINCE 407 Pctitpierre, lieut. balail. Neufchàtel ; Picard, chef d'escad., a. de camp du mur. Oudinot, chev. Lég. d'hon. ; Pamplona, gén. brig. à Gray ; Polbé, rec. enreg. à Maiche ; Quevremont, nég. à Lyon ; Ravier, insp. gén. des e. et forêts ; Roger, dir. postes à Gray ; Roget, nég. à Lyon ; Souilhé, sous-insp. revues, ch. Lég. d'hon. ; Teste, maire d'Ornans ; Thelmier, anc. employé des postes ; Tonnot, notaire à Quingey ; Tour- telle, prof, de chimie à Strasbourg; Tharin, contrôl., provis. dr. réunis à Autun ; Uny, a de camp du gén. Bisson, chev. Lég. d'hon. Gardes du Temple : Bauthias, concierge à la préfecture ; Daclin et Guibard, agents de police. BLAYÉ CŒURS UNIS Cette L.\ fut constituée le 15 novembre 1766 par la G.'.L.'. au pro- fit du vén.\ m.'. Denis, qui occupait encore ces fonctions en 1779. En 1788 le vén.\ était Favereau, contrôleur des fermes du roi, et en 1789 Constant, prêtre. Le secrétaire en 1788-9 était Dusnetz, commissaire des classes. Parmi ses membres : Jaquelin. Elle disparut en 1790 et reprit ses travaux sous l'empire. De 1808 à 1814, son vén.\ était Régnier fils, négociant, président du tribunal de commerce. En 1813-4 son vén.\ d'honneur était Aubert, membre du Corps législatif. De 1808 à 1814, le secrétaire fut Rabotte aîné, courtier, et le député, Maugeret. BLOIS Constituée le 5 décembre 1762 parla G.*. L.\ au profit de Pierre Paul Charles, cette L.\, encore en vigueur en 1779, ne fonctionnait plus en 1788. Elle ne reprit pas ses travaux. BORDEAUX ANGLAISE Cette loge est généralement connue sous le titre de l'Anglaise n°204. En réalité, elle porta le n° 363 en 1766, le n° 298 en 1770, le n° 240 en 1781 et le n° 204 en 1792 seulement. L'Anglaise est une des plus anciennes L.'.de France et quoiqueleG.'. O.*. n'ait pas voulu reconnaître son ancienneté, à cause probablement de ses nombreuses cessations de travaux, il est certain qu'elle commença ses travaux avec un groupe de commerçants anglais le 27 avril 1732 ; son vén.\ était alors Martin Kelly. Ses débuts furent pénibles ; elle dut, faute d'adhérents, entrer en sommeil le 30 septembre 1733. Elle reprit ses travaux le 29 juin 1735, pour entrer dans un nouveau sommeil le 27 septembre suivant, et rentrer en fonctions le 26 février 1737; le 29 août 1740 elle constitua la Française à 1*0.'. de Bordeaux. Le 29 août 1742, l'intendant de Guyenne, Boucher, lui intima Tordre de se dissoudre. Elle protesta et se réunit dans un autre local. Il semble quelle ne fut plus inquiétée par les autorités, car ce fut une des L.\ les plus prolifiques de France. Elle fonda en effet : le 6 novembre 1745, 408 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE l'Heureuse Rencontre àl'0.\ de Brest ; le 30 juin 1746, une nouvelle L.\ dans la même ville. Peut-être Saint- Jean des Amis intimes ; le 8 juin 1751, à Limoges ; le 19 février 1754, à Pons, l'Anglaise fille de Bordeaux ; le 4 février 1755, une L.\ sous le même titre à Cayenne ; le 29 juillet 1760, à Cognac ; le 7 mai 1765, l'Amitié à Périgueux ; le 16 juillet 1765, la Consolante des maçons à la Nouvelle-Orléans. Le 3 mai 1746, le vén.\ de la Parfaite Amitié de Bordeaux, Vigner, se présenta à ses travaux pour demander s'il pouvait admettre des juifs. La réponse fut négative. Le 30 novembre de l'année suivante, elle refusa d'admettre le juif Cappadoce, d'Amsterdam, et le 11 février 1749, malgré la recommandation de la Paix, O.'. d'Amsterdam, elle maintint son refus. Elle persévéra dans sa doctrine jusqu'au 8 juin 1810 en proclamant à cette date qu il n'y avait que les chrétiens qui pouvaient être initiés aux mystères maçonniques. Le 15 avril 1749 elle avait signifié à la Française, O*. de Toulouse, que si elle continuait à ne point faire prêter serment sur l'Evangile, elle ne recevrait pas ses visiteurs. Le 2 août 1745, elle avait exclu ceux qui tenaient de près ou de loin au théâtre et avait refusé des musiciens de l'orchestre ; le 17 septembre 1748, elle proposa aux autres L.\ de Bordeaux de ne plus admettre désormais aucun comédien, danseur de corde et charlatan. Pour des causes inconnues, elle fut obligée de suspendre ses travaux du 13 janvier 1761 au 31 janvier 1764. A peine réinstallée, en février 1764, elle mit à l'index la loge de Martines de Pasqually. Après s'être rendue indépendante des puissances maçonniques fran- çaises, elle demanda la confirmation de sa constitution à la G.\ L.\ d'Angleterre, qui les lui accorda le 8 mars 1766 en faisant remonter ses travaux à 1732. Puis, voulant rentrer sous l'obédience du G.' O'., le 6 septembre 1774 elle suspendit sa correspondance avec la G.\ L.\ d'Angleterre. Le G.'. O.'. ne l'admit que le 27 novembre 1780, pour prendre rang du 7 novembre 1778 seulement. Elle fut installée le 25 mars 1781. Son député était Desveux, négociant. Le 15 juillet 1785, Chicou Saint-Bris, lieutenant des frégates du roi, étant vén."., elle déclara suspendre sa correspondance avec le G.\ 0.\ et se fit rétablir le 20 décembre 1783 par la G.\ L. . d'Angleterre, qui ne lui accorda que le n° 240. Le 31 août 1790, elle forma un pacte fédératif avec quatre L.\ de Bor- deaux : la Française, élue Ecossaise ; la Française d'Aquitaine ; l'Amitié et l'Harmonie. Ces 1.-. se séparent du G.\ 0.\ Pendant la Révolution, cette L.\ s'occupa beaucoup de politique. Le 13 novembre 1792, elle fit brûler les attributs du f.\ Mouchy, « proscrit par les lois saintes de la République ». Le 28 novembre 1793, elle prend le titre de L.\ n° 204 dite Egalité. Elle sollicita la visite du représentant du peuple Ysabeau, et décida que les ff.\ se tutoieraient. Elle suspendit ses travaux du 9 thermidor an II à brumaire an III, et en nivôse de la même année elle informe les autres L.'. de Bordeaux qu'elle a repris sou ancien nom C quelle n'aurait jamais dû quitter p. Le 18 mai 1802 elle s'affilie à la L.\ mère Ecossaise de Marseille et se replace sous la dépendance du G.'. 0.\ le 27 septembre 1803. Son LOGES DE PROVINCE 409 vén.-. en 1808 était Bouan, notaire, et en 1813 et 1814 Billatte-Faugère, propriétaire. LOGE D'HÉRODOM En 1744, un gentilhomme écossais de nom inconnu aurait fondé à Bordeaux une L.\ de Perfection du rite d'Hérodom de Kilwining, s'il faut ajouter foi à un inventaire du suprême Conseil des Etats-Unis d'Amérique du 4 décembre 1802. Rien n'est moins prouvé. AMITIÉ Le 18 mai 1746, la G.*. L.\ constitua cette L.\ en faveur du vén.- . m.', le comte de Pontac. Ses titres furent renouvelés par le G.". 0.\ le 22 juillet 1774. En 1776, elle comprenait 26 membres et 178 l'année suivante. En 1776, son vén.". était Borel, négociant, et son député Bacon de la Chevalerie, Elle faisait adresser ses lettres à Goel de Milatié (L.\ de l'Amitié). En 1777 son vén.*. était Baux, négociant, et son député de Basterot, conseiller au Parlement de Bordeaux. Ses brevets étaient de magnifiques gravures tirées sur parchemin et signés : « F. Boucher invenit 1765, Choffard sculpsit 1766. » Les vén.-. furent : en 1778, Barretde Rivezol, conseiller à la Cour des aides, et de Groc, conseiller, puis président à la Cour des aides ; en 1781 et de 1787 à 1789, de Basterot ; en 1784 et 1785, Dudon, procureur général au Par- lement. Le 12 décembre 1781, elle donna une fête somptueuse pour célébrer la naissance du Dauphin. Elle correspondait avec 23 L.\ tant en France qu'aux colonies, dont 5 constituées par elle. En 1784, elle avait 332 mem- bres presque tous négociants : le nombre diminua dans de grandes pro- portions les années suivantes. Elle reprit sous l'Empire ses travaux qu'elle avait cessés en 1791. De 1808 à 1814, son vén.-. était Condole-Belle-Isle, propriétaire, son secré- taire était Beye, négociant, et son député Rœttiers de Montaleau. FRANÇAISE ÉLUE ÉCOSSAISE Cette L.-., qui fonctionnait depuis 1740, fut fondée par la G.'. L.-. le 1er février 1765, en faveur de Martines de Pasqually, qui eut jusqu'au moment de son départ pour Saint Domingue de grandes difficultés pour obtenir le maintien de ses constitutions. A cette L.-. s'était annexée une L.*. d'adoption qui le 5 mars 1775 donna une grande fête suivie de bal pour célébrer le retour des membres des Parlements exilés. Le 11 mai suivant, le G.-. O.-. renouvela ses titres. En 1776, lors de son passage à Bordeaux, le duc de Chartres posa la première pierre de l'édifice destiné aux séances de cette L.'. Le vén.'. était Trigand, avocat, et il y avait 136 membres, parmi lesquels Marbotin de Mirail, de Gobineau, Lynch et Bouziers, conseillers au Parlement. En 1777, le vén.-. était le baron de Razac, chevalier d'honneur au Parlement de Guyenne. En 1779,1a L.'. se composait des membres suivants : 410 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Comte de Béarn, lieutenant de maire ; Brivezac, cons. au Parlement ; Bienassis, présid. aux requêtes ; Bonnier, nég., 1er surv.\ ; Bujac aîné, nég. ; Bujac jeune, nég. ; Brun Bazille, consul de la bourse ; Bouquier, cons. au Parlement; Beaulieu, caissier bureau de la guerre ; chevalier Buisseron, écuyer ; Boudet, nég., trésorier ; Conteneuil, cons. au Parle- ment ; Conilhy, cons. au Parlement ; Chagron, nég. ; Ca/.eaux, avocat ; Courroy de Cartelache, commis m.', des c*. ; Chaarel de la Chenay, capitaine de navire ; Delancre ; Dupaty, avocat général ; Dumas de la Roque, cons. ; Demour, ci-devant cons. ; Duras fils, duc (sic) ; Duras, nég. ; Dubois, nég. ; Despardins, peintre ; Dufau, capitaine du port; Desbiés, abbé, chanoine, hospit.'.; Dardelle, nég.; de Laiicre. président à mortier ; de Gourgues, président à mortier ; Dechamps, américain ; Fadeville, nég. ; Gobineau, cons. ; Géran, nég., tuileur ; Gibeaudeau, nég. ; Jurine, nég. ; Jauge Théodose, nég. ; Leberlhon, 1er président, vén.'. d'honneur ; Leberlhon fils, cons. vén.'. ; Lavie, président à mortier ; Linch, cons. ; Lamouroux, cons. ; La Court, imprimeur ; Lagarde, contrôl. poudres, orat.\ ; Loche jeune, courrier royal ; Lalanne, nég. ; Louis, architecte ; chevalier Langalerie, écuyer ; Laporte, courtier de change ; Libéral Gouteyron, capitaine de navire ; Lanoix, capitaine de navire ; chevalier Monbrun, com. fort Sainte- Croix; Monteau aîné, nég. ; Maynas, contrôl. bureau de sortie; Mercier, nég. ; Matthieu, nég. ; Monteau jeune, nég. ; Perrens, notaire ; Poupard, juge ; Pedesclaux, consul d'Espagne ; Pescheur de Crémont, contr. secret.'. ; Quinaud, procureur au Parlement, 2e surv.-. ; baron de Razac, chevalier d'honneur, ex-maître ; Reignac, cons. ; Beaud, capitaine de navire ; abbé Roboam, prieur ; Lavi de Mondial, nég.-. ; Soulier, nég., 2e adjoint ; Saint-Guirons, avocat, 1er surv.'. ; Salan jeune, capitaine de navire ; Trigant père, avocat, ancien vén. . ; Tayeau, nég., tuileur ; Taveau, ancien mousquetaire gris ; Trigant fils, avocat; Verlhamont, président à mortier ; Vigneron, trésorier de France. En 1780 les officiers étaient : Leberthon, 1er président du Parlement, vén.'. d'honneur ; Comte de Béarn, capitaine de haut bord, vén.". en exercice ; Leberthon, comte de Virlade, président à mortier, ex-maître; Trigant, avocat en la cour, député maître ; Bienassis, président à la chambre des enquêtes, lor surv.'. ; Metyvier, chirurgien de Mgr le Mal de Mouchy, 2e surv.'. ; Lagarde, secrétaire de la subdélégation, ora- teur ; Pescheur, contrôleur des arrêts, secrétaire ; L'Heureux, Augustin, garde des sceaux ; Trigant, avocat en la cour, secrétaire de la corres- pondance ; F. Perrens, conseiller du roi, notaire, économe ; Courroy, secrétaire de la correspondance des fermes du roi, Me des cérémo- nies ; Libéral et Dessens, capitaines de navire, frères terribles ; Saint- Guirons, avocat en la cour ; Quinaud, procureur, et Poupard, tui- leurs ; L'Heureux, Augustin, hospitalier; Fadeville, nég., adjoint au secrétaire; Monteau aîné, nêg.f adjoint au trésorier ; Darrieux, prati- cien, adjoint au garde des sceaux ; L'Heureux et Darrieux, adjoints au secrétaire de correspondance. En 1781 les officiers étaient : Leberthon, 1er président du Parlement, vén.'., Me perpétuel d'honneur; de Bienassis, président de la chambre des requêtes, vén.'. en exercice ; Comte de Béarn, capitaine de haut- bord, ex-maître ; Poupard, juge de Belfort, député-maître ; Lagarde, avocat secrétaire de la subdélégation, 1er surv.-. ; Saleau aîné, capitaine LOGES DE PROVINCE 411 de navire, 2e surv.*. ; Pescheur, contrôleur des arrêts, orateur; Saint- Guirons, avocat au Parlement, chef de la correspondance ; Mestivier, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu ; L'Heureux, Augustin, adjoints ; Darieux, conseiller du roi, notaire, secrétaire; Beraut, Teyssere, nég., adjoints ; Monteauaîné, nég., trésorier ; Lalanne, nég., adjoint ; L'Heu- reux. Augustin, garde des sceaux et archives; Montau jeune, nég., éco- nome ; Gauroy, secrétaire de la correspondance des fermes du roi, maître des cérémonies ; Jurine, Laheus, nég., terribles ; Quinaud, procureur au Parlement; Perrens et Fadeville, nég., tuileurs ; Roboam, écuyer, prieur, hospitalier. D'après un brevet de Rose-Croix donné à Guillaume Séraphin, avocat au Parlement, âgé de 34 ans en 1782 et signé par le chap. reg. d'Hére- dom à Bordeaux, les membres du chapitre étaient : Aumailley père, Rose-Croix ; G. B. Lasseine, Rose-Croix ; Dabat ; Tumaille fils, major très.. Rose Croix ; D'Aure, Rose-Croix ; Gme d'Arblade, Rose-Croix ; Chabould, Rose-Croix. En 1785, le vén.\ était de Saint-Guirons, avocat au Parlement, le se- crétaire, Mont eau, négociant, et le député, Tassin de l'Etang. En 1788, Saint-Guirons était encore vén.\ et Gibaudeau, négociant, secrétaire. En 1789, le vén.-. d'honneur était Le Berthon, 1er président au Parle- ment, député de la noblesse aux états généraux; le vén.*., Quinaud, procureur au Parlement, et le député était Jozeau, avocat au Parlement. La Française cessa ses travaux pendant la Révolution. Elle les reprit sous l'empire. En 1804, G. Cazeaux était orateur ; de 1808 à 1813, le vén.*. était Michel, greffier en chef à la Cour d'appel. En 1813 et 1814,1e vén.-. d'honneur était Lynch, maire de Bordeaux. En 1814,1e vén •. en activité était Ferrère, avocat. De 1808 à 1814, le député pour la L.\ et le chapitre était Rœttiers de Montaleau. GRANDE LOGE ÉCOSSAISE En 1750, une L.\ faisant fonction de Mère Loge aurait existé sous ce titre à Bordeaux. (Voy. Rouen.) FRANCS ÉLUS ÉCOSSAIS ET AMIS RÉUNIS Cette L.\ aurait été fondée le 1er février 1765. Elle n'a pas laissé de traces. FRANÇAISE DANS LA VILLE Fondée le 8 février 1765 par la G.'. L.*. en faveur de Moreau, cette L.\ fonctionnait encore en 1779. RÉUNION DES ÉTATS Celte L.\ fut fondée le 4 février 1767 par la G.-. L.\ en faveur de Raoux et fonctionnait en 1779. VRAIE LOGE ANGLAISE Cette L.*., fondée à une date inconnue, avait pour vén/. Pelligneau, juge de la monnaie en 1788, et Darche, ancien capitaine d'infanterie, che- 412 LA FRANC-MAÇONNERIE EX FRANCE valicr de Saint-Louis en 1789. Le secrétaire était Pourcin, commissaire principal du bureau de poste. Entrée en sommeil en 1791, elle ne reprit pas ses travaux sous l'empire. SAINT-ÉTIENNE DES AMIS JOYEUX SAINT-ESPRIT FAMILLE UNIE DU BON ACCORD Ces 3 L.\, fondées à des époques inconnues, n'ont pas laissé de traces. BOULOGNE-SUR-MER SAINT-FRÉDÉRIC DES AMIS CHOISIS Constituée le 4 février 1767 par la G. . L.\ en faveur du vén.-. m.". Calaine, cette L.*. a laissé peu de traces jusqu'au 28 mai 1788, date de sa reconstitution, à laquelle présidaient les ff.\ Fontaine Solare, Dupuis de Rame et le chev. de Cossette de la Parfaite Union, 0.\ de Montreuil. L'orateur de Saint-Frédéric était le f.\ Mariette, grand-père du savant égyptologue. Le vén.\ était Ducrocq de Bancres, écuyer, président et tré- sorier de France. Le secrétaire Hédouin, contrôleur de la poste aux lettres, et le député Véron de Sérame, régisseur général des étapes. Cette L.*. cessa ses travaux pendant la Révolution ; en 1808, son vén.\ était le général de brigade Taviel, et en 1813-4 Versial, négociant. Son secrétaire était Berquier-Neuville, négociant, et son député Cuvelier de Trié, capi- taine de cavalerie. BOURG-EN-BRESSE LES ÉLUS Cette L.". fut constituée le 4 novembre 1768, ses titres furent renou- velés par la G.*. L. . le 18 mai 1772 et par le G.\ 0.\ le 2 décembre 1774. En 1776, elle se composait de 26 membres ; son vén.'. était Olivier, médecin, et son secrétaire Genevay, procureur. En 1777, le vén.*. était remplacé par Riboud, avocat, de 1785 à 1788 par Ravet, procureur, et en 1789 par Goisson, imprimeur. En 1788 et 1789, le secrétaire était Chambre, bourgeois et officier municipal. De 1775 à 1789, le député fut Lalande, de l'Académie royale des sciences. Disparue en 1791, cette L.\ ne reprit pas ses travaux sous l'empire. BREST L'HEUREUSE RENCONTRE Cette L.*. fut constituée le 6 novembre 1745 par la L.'. Anglaise de Bor- deaux ; ses titres furent renouvelés par la G.-. L.\ le 9 octobre 1772 et par le G.'. 0.\ le 7 décembre 1773. Ses vén.'. furent, en 1745, Zolicoffre ; en 1764, Février ; en 1776, le chev. du Deserseul, officier de génie ; en 1777, le chevalier Le Gonidec, officier de la marine du roi ; en 1785, LOGES DE PROVINCE 413 Rollin de la Farge, professeur de mathématiques des gardes marines ; eu 1788. Daniel de Colhoé, ancien capitaine d'infanterie, et en 1789, de Coatignan, conseiller, avocat et procureur du roi à l'Amirauté. En 1776, elle n'avait pas moins de 69 membres. En 1776-7, Deneux, chef au bureau des vivres militaires, fut son secrétaire ; l'abbé Pingre, bibliothécaire de l'abbaye Sainte-Geneviève, fut] son député en 1776, et à partir de 1785 il fut remplacé par Chuppin de Germigny fils, conseiller au Chàtelet. Le 4 juillet 1788 avait été constitué dans cet atelier un chapitre d'Hérodom de Kilwining. Il ne paraît pas certain que cette L.\ ait complètement cessé ses travaux pendant la Révolution. De 1802 à 1808, son vén.\ fut Guilhem aîné, négociant, et Barchau, commissaire inspecteur des guerres, en 1813 et 1814. Son secrétaire fut Le Goff, directeur des postes, et son député, Defon- deviolle. ECOSSAISE DE LA VERITABLE UNION Le 30 avril 1764, cette L.\ fut constituée par la G.*. L.\ en faveur du vén.\ m.', de la Porte ; elle existait encore en 1779. CONSTANCE Cette L.\ fut constituée à Recouvrance, parla G.*. L.v, le 8 mai 1768, en faveur de Sauvai ; elle était encore en vigueur en 1779. SAIXT-JEAN DES AMIS INTIMES Fondée à une date inconnue, peut-être en 1746, par l'Anglaise de Bordeaux, cette L.\ n'a pas laissé de traces. BRIOUDE SAINT-JULIEN Constituée le 6 novembre 1744 par la G.\ L.\, ses titres furent renou- velés par le G.'. O.'. le 11 novembre 1779. Cette L.\, essentiellement aristocratique, fut la mère de nombreuses L.\ à Saint-Flour, Clermont, Riom, Thiers, Saint-Pourçain. etc. Elle s'était installée dans les immeu- bles de l'ordre de Malte. Parmi ses membres figuraient : de Brusolles, de Comilhac, de Planhol, de Montchal, de Bouille, Chardon des Rois et plusieurs chanoines du chapitre noble de Saint Julien. En 1785, son vén.\ était Belamy du Breuil, otïicier au régiment de Beauvoisis.En 1788-9, il était remplacé par Dalbiue fils, avocat au Parle- ment, qui avait été secrétaire. Le député était Gueffier de la Garde de Longpré, prêtre, docteur en théologie. Après avoir interrompu ses travaux pendant la Révolution, cette L.". les reprit sous le Consulat. Sauf une interruption en 1808, son vén.\ fut Dalbine, juge au tribunal. En 1803, c'était Ducros de Chabannes, maire de Laurlange. Le secrétaire était Ribaud. Le député en 1802 était Merché-Marchant, graveur, et à partir de 1808 Géncux, officier du G.*. 414 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE O.'. Cette L.-. se faisait adresser sa correspondance, poste restante, sous le pseudonyme bizarre de Séphiramis Platon (1). BRUYÈRES (Lorraine) SAINT-MARTIN DITE LA PARFAITE AMITIÉ Cette L.\ fut fondée le 30 juin 1768 parla G.-. L.\ en faveur du vén.'. m.\ le comte de Preg. Elle était encore en vigueur en 1779. En 1768, une autre L.\ dont le titre est inconnu aurait été fondée par la G.* L.\ en faveur de Gérard, avocat. Cette L.'. n'a pas laissé de traces. CAEN ARDENTE MAÇONNE Contrairement à l'opinion de M. de Loucelles, c'est l'Ardente Maçonne qui est la plus ancienne L.*. fondée à Caen. C'est, en effet, le 17 juin 1760quela G.*. L.\ constitua cet atelier en faveur du vén.'. m.*. Gabier d'Aingleville, qui dirigeait encore ses travaux le 9 mai 1765. A cette date il donnait l'adresse du local chez le f.\ Lasseray, Grande-Rue Saint- Jean, vis-à-vis la rue Bernières. En 1774, il demanda en vain la régularisation de ses constitutions au G/.0.\ En janvier 1761, la G.'. L.*. installa un nouvel atelier sous un titré inconnu en faveur de Jean -Jacques Georges. Cette L.*. fonctionnait peut être encore en 1779. COEURS SANS FARD Cet atelier ne fut donc pas le premier, mais le troisième installé à Caen. Sa constitution primitive date du 8 mars 1761, et fut donnée par une puissance maçonnique inconnue au vén.*. m.'. André Honoré. Le 16 septembre 1766, elle fit renouveler ses titres par la G.". L.*. et le 15 novembre 1773, par le G.'. O.'. Ses débuts ne semblent pas avoir été très prospères, car en 1777, elle ne comptait que 13 membres. A cette époque son vén*. était Revel, procureur du roi. Malgré l'opinion contraire de M. de Loucelles, nous ne croyons pas que celte L.-. se réunit purement et simplement en 1780 à la Constante Amitié. Tout au plus peut-on admettre que plusieurs de ses membres abandonnèrent ses travaux pour suivre ceux de cette dernière L.'. En effet, les annuaires du G.'. Ov. dénomment des officiers de 1785 à 1789. En 1785, le vén.*. était Signard d'Oussières, banquier, officier de la milice bourgeoise, et en 1788-1789, de Cussy, ancien directeur de la Mon- (1) Voir dans la Nouvelle Revue rétrospective, XIII, 234, le curieux compte rendu d'une de ses séances en 1811. LOGES DE PROVINCE 415 naie à Caen. Son député de 1785 à 1789 fut Brown, inspecteur général des manufactures de la généralité de Paris. Parmi ses membres en 1773 : Rolland de Sainte-Marie ; Guéron de la Bigne : Chevalier de la Chambre ; Gaucher du Meslé ; Le Coq de Bié- ville ; Collet des Côtils ; Lambert de Carmel et Lhonoré du Fresne. En 1788, Alvorda, d'Olbac et des Francs. CONSTANTE AMITIÉ Voici d'après M. de Loucelles le procès -verbal de son installation : « L'an de la lumière 5765, le 13e jour du 7e mois (13 septembre 1765), nous vén.\ m.'. f.\ Le Lorrain, m.", de la L.\ d'Aumont ; f.\ Pirlet, m.*, de la L.\ la Trinité; f.\ Le Roy, m.', de la L.\ les Cœurs simples; le f.\ Le Lorrain, représentant le f.\ Moët, vén.\ m.*, delà L. . du Secret, commissaires nommés par la G.'. L.*. de Fr.\ par délibération du 10 du présent mois, à l'effet d'installer le f.\ Paulmier en qualité de vén.\, le fr. Dault en qualité de 1er surv.\, le f.\ Saint-Martin en qua- lité de 2e surv.*. d'une L.'. établie à perpétuité dans la ville de Caen, sous le titre distinctif de la Constante Amitié, nous sommes, sur l'invita- tion du r.\ f.\ Zambault, secrétaire général de la G.*. L.-., transportés dans la L.*. Saint-Pierre et Saint-Paul de laquelle est vén.\ ledit f. . Zambault, où étant, et après les formalités en pareil cas requises, avons procédé auxdites installations, dont nous avons fait et rédigé le présent procès-verbal fait triple en ladite L.*. sur les registres de la L.*. Saint- Pierre et Saint- Paul, sur celui destiné à la L.*. de la Constante Amitié et sur le présent, destiné aux archives de la G.*. L.'. » D'après M. de Loucelles, cette L.'. aurait à peine fonctionné et aurait remis ses constitutions peu après à l'Union et Fraternité du même Orient Cette supposition nous paraît toute gratuite. Sous le même titre, le 13 juillet 1800, il se forma au même Orient une L.*. qui ne semble avoir aucun lien avec la L. de 1765. UNION ET FRATERNITÉ Lorsque Lamy des Vallées, secrétaire de l'Intendance, demanda des constitutions à la G.\L.\, il demanda que la fonction de vén.\ « fût rendue amovible, afin d'en écarter tout esprit de despotisme qui pourrait peut-être par la suite s'y glisser et troubler l'ordre, l'union et la con- corde qui doivent régner parmi les bons maçons ». Les constitutions primitives de la G.'. L.\ datent du 12 décembre 1765, mais elle ne fut installée que le 1er février 1767, par les soins des FF.*. Paulmier et le Dault de la Constante Amitié, et l'Honoré du Fresne des Cœurs sans fard. Ses titres furent renouvelés par la G.\ L.\ le 9 août 1773 et par le G.*. O.'.le 15 novembre suivant. De 1776 à 1791, elle eut de 11 à 26 membres; en 1792, elle en avait 35, bourgeois, commerçants et officiers ministériels. Eu 1776, son vén.-. est Durand, négociant, auquel, en 1777, succède Lelièvre de Rochefort, propriétaire à Ranville, Lamy des Vallées de 1779 à 1789, et Auvray de Coursonne, apothicaire, en 1789. Ses secré- taires furent Cauclier, négociant (1776) ; Guiard, 1* secrétaire de l'inten- dance (1777), le Cordier de Launay, intendant de la généralité de Caen (1788-1789). 416 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Les députés furent, en 1785, Feydeau de Brou, intendant, et en 1788- 1789, Turrel, avocat au Parlement. En 1781, cette L.\ s'était fait remarquer par l'enthousiasme avec lequel elle avait célébré la naissance du Dauphin. L'Union et la Fraternité disparut en 1793, et ne reprit jamais ses travaux. UNITÉ Cette L.*. n'est connue que par une planche du f.\ l'Honoré du Fresne, et de deux autres de ses membres, datée du 4 mars 1767, pour obtenir de la G. . L.\ la formation d'une L.\ mère à l'Orient de Cacn. Il est possible que le titre de l'Unité fût le premier titre des Cœurs sans fard qui furent fondés, comme nous l'avons vu, en 1761, en faveur d'André Honoré, qui n'est peut-être que la même personne que l'Honoré du Fresne. GAHORS PARFAITE UNION Cette L.\ fut constituée par une puissance inconnue le 12 mai 1755, et ses titres furent renouvelés par le G.'. 0.\ le 29 août 1776, mais elle ne fut appelée à prendre rang qu'à partir du 28 juillet précédent. En 1777, elle ne comprenait que 11 membres et avait pour vén.*. Arbanère, receveur des domaines du roi. Elle cessa ses travaux en 1785 et les avait repris en 1788 avec Mostolac comme vén.\ et Gombault. négociant, comme secrétaire. En 1789,1e vén.*. étaitTaillade, négociant. Les députés furent, en 1777, l'abbé Jardin, et en 1788-1789, Baugin, avocat. Cette L.\ cessa ses travaux pendant la Révolution et les reprit sous l'empire. De 1808 à 1813, elle eut Ramel, avocat, comme vén.*., et Hen- riette, architecte, comme député. CALAIS SAINT-JEAN DE CALAIS Constituée en 1764, par la G.-. L.\, en faveur du vén.'. m.", de Peroussy, cette L.\, qui fonctionnait encore en 1779, n'a pas laissé de traces. CARCASSONNE PARFAITE AMITIÉ Les constitutions furent accordées par une puissance inconnue à cette L. . le 31 décembre 1744. Elles furent renouvelées par la G.'. L.\ en 1764, sous le titre de Saint- Jean de la Parfaite Amitié, en faveur du vén.'. m.', de Beviat. Le 8 novembre 1773, le G.'. 0.\ renouvela ses titres. En 1776 et 1777, cette L.'. comptait 25 membres, son vén.". était Dalzan, son secrétaire de Coëtlosquet et son député Thoron de Lamée, exempt des gardes suisses du comte d'Artois. En 1785, son vén.'. était Thoron de Lamée, et en 1788-1789, Thoron LOGES DE PROVINCE 417 d'Onfroy, conseiller rapporteur du prix d'honneur. Son député était Reyd de la Grange, administrateur général des domaines du prince de Condé. Cette L.\, dont les papiers se trouvent à la bibliothèque de Carcas- sonne (fonds Peyrusse, 242 et 243, 9.881 et 9.882), reprit sous l'empire les travaux qu'elle avait abandonnés pendant la Révolution. En 1808, son vén.*. est Pinel Truilhas, ancien officier ; son secrétaire est Vidal- Coutant, homme de loi, et son député, Dupont. En 1813, elle s'adjoignit un souverain chapitre sous le titre de Par- faite Amitié et les Commandeurs du Temple réunis. En 1813 1814, son vén.-. était Viguier, avocat, membre du Corps légis- latif, et son député pour la L.*., et le chap.\ était Niel. COMMANDEURS DU TEMPLE Lorsque le G.*. 0.\ constitua cette L.-. le 17 juillet 1783, pour prendre rang du 6 février 1774, elle rappela ses travaux commencés le 14 juin 1758. Ses débuts n'ont pas laissé de traces. En 1785, elle était présidée par Sarraud, receveur et directeur du Canal au port de Foucault. En 1788, le vén.". était Astoin, avocat au Parlement, et le secrétaire, David de la Fajole, avocat au Parlement. En 1789,1e vén.*. d'honneur était le comte d'Ossun, colonel au régiment du Royal- Vaisseau, et le vén. en exercice, Reboulh, docteur en médecine. Cette L.'. cessa ses travaux pendant la Révolution Elle semble s'être réunie en 1813 à la Parfaite Amitié CASTRES SAINT-JEAN Constituée par la G.*. L.*. le 30 décembre 1744, cette L.'. fit renouveler ses titres par le G.'. 0.\ le 30 août 1773. En 1776, elle comprenait 49 membres et 57 l'année suivante. En 1776. son vén.*. était de la Gascarie, ancien officier de dragons ; son secrétaire, Guibal aîné. En 1777, le vén.". était de la Jonnière, inspecteur des manufactures, et le secrétaire, Lucadou, trésorier des troupes. Son député, de 1775 à 1778, était le marquis du Buat, capitaine de cuirassiers. De 1785 à 1789, le vén.'. était le comte Milhaut de Saint-Martin, sieur de la Boulbenne. Pendant cette période, ses secrétaires furent Rousseau de la Boisson- nière, peintre et architecte, et de Beaudecourt fils ; le député était de Cheyssac, grand maître des Eaux et Forêts de France au département de Paris. La L.-. Saint-Jean abandonna ses travaux pendant la Révolution pour ne plus les reprendre. SAINT-PIERRE Cette L.*. fut constituée par la G.'. L.*. le 8 décembre 1770, en faveur du vén/. m.'. Auger, receveur de la Loterie, qui fut de nouveau vén.*. LA FRANC-MACONNERIE. — T. I. 27 418 LA FRANC-MAÇONNERIE EX FRANCE en 1777 et en 1788-89. Les titres de cette L.\ furent renouvelés par le G.-. 0.\ le 23 septembre 1774. En 1776, elle comprenait 35 membres et était présidée par Desclassan, imprimeur; son secrétaire était Deltit fils, marchand, et jusqu'en 1778 son député fut Morin, receveur de la Loterie roj'ale à Paris Bataille, négociant,[fut son vén .en 1785, et Marture jeune, marchand, son secrétaire de 1785 à 1789. En 1788-9, son député fut Picard, procureur au Parlement, officier du G.'. Ov. HARMONIE UNIVERSELLE Il semble que cette L.\ fut la reconstitution sous l'Empire de la L.\ Saint- Pierre sous un titre différent, car elle fit remonter sa constitution précisément à la date de constitution de cette L.\ En 1813-4, elle eut pour vén.\ d'honneur Lacépède et pour vén.\ en exercice, en 1813, Vassan, maire de Castres, et en 1814, Jaurès, négo- ciant. GATEAU (le) TROIS FRERES D'après Rebold, cette L.\ aurait été constituée le 19 avril 1764. Elle n'a laissé aucune trace. CAYENNE SAINT-JEAN DE LA GUYANE Constituée par la G.*. L.\ le 7 juin 1763, en faveur du vén.\ m.'. Grouard, cet atelier fonctionnait en 1779. SAINT-JEAN DE LA GLOIRE Fondée par la G.*. L.\ le 2 octobre 1766 en faveur de Dubois Berthe- lot, cette L.\ en 1779 était encore en vigueur. CETTE AMITIÉ ET HOSPITALITÉ Lorsque, le 27 mars 1782, le G." 0.\ reconstitua cette L.\ pour prendre rang du 30 décembre 1781, elle rappela ses travaux commencés le 12 novembre 1750. Cette L.\ n'a pas laissé de traces avant 1785. De cette date à 1789, elle fut présidée par Councler aîné, négociant. Son député était Brullard. Ayant cessé ses travaux pendant la Révolution, elle les reprit sous l'Empire. En 1808, son vén.\ était Mercier et son député Bonnarie, l'un et l'autre négociants. En 1813-4, son vén.\ était Romeu, principal adjoint, et son député, Chevalier, ingénieur- opticien. LOGES DE PROVINCE 419 CH ALON SUR-SAONE VRAIS AMIS Constituée le 20 août 1747 par une puissance inconnue, elle se fît régu- lariser par la G.*. L.". le 20 août 1767, en faveur du vén '. m.', de Seine ; fît renouveler ses titres par la G *. L.*. le 29 août 1772 et par le G.*. Gv. le 25 mars 1774. En 1776, elle comprenait 16 membres et 19 l'année suivante. De 1776 à 1785, son vén.'. fut Girault, auditeur à la Chambre des Comptes. En 1788-9, il fut remplacé par Golion, avocat. De 1776 à 1789, le secrétaire fut Butty, pharmacien, et le député, Poncet, entre- preneur des bâtiments du roi, officier du G.*. O.'. Cette L.*. disparut définitivement au moment de la Révolution. AMITIÉ Cette L.\ fut constituée le 30 décembre 1769 par une puissance in- connue. Elle fit renouveler ses titres par la G.*. L.'. le 10 février 1772 et par le G.\ O.*. le 21 février 1774. En 1776, elle comprenait 16 membres et 18 en 1777, parmi lesquels Tyran et Guion. En 1776, son vén.*. était Salomon, avocat et receveur des décimes de la province de Bourgogne. Il fut remplacé l'année suivante par Simon- not ; en 1785 par Guillaume de Saint, curé d'Ouroux, et en 1788-9, par Antoine Chazeau, architecte. Le secrétaire était Garnie, avocat, et le député, Poncet. Ayant cessé ses travaux pendant la Révolution, elle les reprit sous l'Empire. En 1813, son vén.*. était Rubat, conseiller à la cour, et son secrétaire, Menaud, avocat. CHAMBÉRY TROIS MORTIERS D'après Descostes [Joseph de Maistre avant la Révolution,!, 216), cette L.*. aurait été constituée en 1739 par le comte de Bellegarde, muni des pouvoirs de la G.*. L.'. de Londres. Joseph de Maistre y aurait été initié. C'est cette L.*. qui en 1765 fonda l'atelier de Turin. TRIPLE UNION ET RÉUNION Sous le premier titre, la G.*. L.'. constitua cette L.'. le 29 août 1770, pour prendre rang le 5 juillet précédent (Rebold dit 1779). Cette L.*. n'a pas laissé de traces avant la Révolution. En 1802, elle a repris ses travaux avec Bataillard, propriétaire, comme vén.* , et Marie, professeur de jurisprudence, comme secrétaire. Ce dernier devint vén.'. de 1808 à 1814. Bordas, ancien député au corps législatif, fut son député pendant tout l'Empire. En 1813, cette L.*. prit le titre de Réunion. 420 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE CHARLEVILLE LES FRÈRES DISCRETS Cet atelier fut fondé par la G.'. L.\ le 10 mai 1762, en faveur du vén.\ m.'. Morel de l'Escot. En 177G, il n'avait guère que 14 membres et 17 l'année suivante. Le vén.\ de 1776 à 1789 était Dauzas de la Fue, chevalier de Saint- Louis, major des villes et citadelles de Mezières ; de Chappes, aide major du régiment provincial de Lille, était son secré- taire, Trécourt, son trésorier, et Demachy, apothicaire, son député. En 1781, figuraient parmi ses membres : comte du Monet ; de Vaude- roy ; d'Hamelin ; de Boulancourt ; Cazaux-Laran ; Gelez ; Montbeil- lard ; baron Dubois d'Hiordal ; Chabot ; Chabrol ; Belsunce ; La Roche - Aymon ; Montbeillard ; Guj'onnet ; Petitcolas-Monard ; de Lorimieu ; Chevalier ; Jean-François, comte de Cerisy, capitaine au régiment de Belzunce. En sommeil pendant la Révolution, cette L.\ eut pour vén.\ sous l'Empire, Toupet des Vigues, directeur des vivres de terre ^1808) ; Che- valier, receveur des domaines (1813) ; et Trécourt, négociant (1S14); son secrétaire fut Destrées, et son député pour la L.\ et le chapitre, Migon, employé à la bibliothèque impériale. RONNE UNION Cette L.\ n'a laissé de traces que le nom d'un de ses membres :Plom- menfeldt. CHATEAUNEUF (Charente). CONSTANTE FRATERNITÉ Constituée par la G.-. L.#. le 14 octobre 1762, en faveur du vén.\ m.*. de Raffait, cet atelier était encore en vigueur en 1779. CLERMONT-FERRAND (1). GRANDE LOGE ÉCOSSAISE En 1750, une Mère Loge aurait existé sous ce titre. (Voy. Rouen.; PARFAITE UNION DE SAINT-HURERT Cet atelier fut fondé le 7 mai 1752, par une puissance inconnue ; il fit régulariser ses constitutions par la G.'. L.\ le 18 mai 1772 et par le G»'. 0.\ le 18 septembre 1777. On ne sait rien des premières années de cette L.\, qui de 1776 à 1785 (1) Pour les L.\ de cet 0.\ voir Bull. hist. et scientifique de l'Au- vergne, de février 1905, p. 74, notes et documents concernant l'histoire d'Auvergne, par F.Mège. De nombreux documents sur les LL.\ du Puy- de-Dôme m'ont été aimablement communiqués par MM. de Corail, Verny et l'abbé Crégut. LOGES DE PROVINCE 421 eut pour vén.\ Veillard-l'Epine, juré jaugeur ; Girard, bourgeois, en 1788, et Verdier, procureur es cours, l'année suivante. Ses secrétaires furent : Moranges (1776) ; Touchebœuf, bourgeois (1777), et Duffayel (1788). Son député fut de Junquières, procureur au Parlement, officier du G.'. O.-. de 1776 à 1785, et Busche, procureur au Parlement, officier du G.-. O \ de 1788-9. En sommeil pendant la Révolution, cette L.*. fut reconstituée le 18 août 1805. En 1813, elle avait pour vén.\ Berthomieu neveu. SAINT-MAURICE Les constitutions primitives de cette L.\ datent du 10 juillet 1753 ; elles furent renouvelées par la G.*. L.*. le 13 mars 1773 et par le G.*. O.*. le 20 février 1777. On ne sait rien de ses premières années. En 1776, elle ne comprenait pas moins de 46 membres. Ses vén.\ furent : David, chev. de Saint-Louis (1776 et 1785); Albarède, secrétaire de l'intendance (1784) ; de Montorcier, lieutenant particulier, assesseur civil et criminel de la sénéchaussée et présidial (1787-9). En 1777, Gaultier de Biauzat était son premier surv.*. Son secrétaire fut Moranges fils, avocat au Parlement, et son député de Junquières, procureur au Parlement. A la fin de 1784, l'ancienne société de Saint-Sébastien, devenue Cheva- liers de la Flèche, qui n'avait pas moins de 48 membres dont 10 officiers nobles, fusionna avec cette L. '., ayant même caisse, même budget et même trésorier. Parmi ses membres avant la Révolution figurent : le comte de Clermont- Tonnerre, maître de camp au régiment de Navarre-cavalerie, guillotiné comme contre-révolutionnaire ; Doulcet, médecin, roi de la Flèche en 1789 ; Coulhon, avocat, futur conventionnel ; Chauvassaignes, avocat ; Chevalier, notaire ; Burin-Desroziers, avocat ; Pyrend, receveur des impositions ; Bancal, entrepreneur des manufactures royales ; Sablon, négociant, et Moneslier, médecin, qui furent maires de Clermont ; Mazelhier, négociant ; Bancal des Issarts, ancien notaire ; Dijon de Saint Mayard, avocat général, guillotiné comme fédéraliste; Teyras de Grandval ; Champflour d'Oradoux et Champflour de Montpédon ; Rebou du Sauzet ; Rougier fils ; Pouyet ; Domergue ; le chev. d'Hauterive ; Dulamboy et Moreau. Cette L.'. ne cessa ses travaux qu'en 1793. Son sommeil fut de courte durée. Ses vén.\ sous l'Empire furent : Doulcet, médecin (1804) ; Becker, général de brigade (1808) ; Chabrol, ancien jurisconsulte (1813-4). Ses secrétaires furent : Guillemot, inspecteur des postes (1804-8), et Bouveret, payeur général (1813-4). Son député pour la L.'. et le chapitre de 1808 à 1814 fut Geneux, officier du G.'. O.'. Sous l'Empire elle s'appela : Franche Amitié, ci-devant Saint-Maurice. SAINT-MICHEL DE LA PAIX Constituée le 1er octobre 1766, elle fit, paraît-il, renouveler ses consti- tutions par la G.*. L.*. et le 7 mai 1778 par le G.". 0.\ 422 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Ses vén.\ furent : Chappel, apothicaire (1777 à 1785) ; Besson (1786 : Chassaigne, notaire (1788) ; et Busche, procureur es cours (1789*. Ses secrétaires furent : de Saint-Horent, procureur (1777) ; Le Blanc, procureur à partir de 1785. Son député de 1777 à 1789 fut Busche. Parmi ses membres figurent : Barre, Barrière, Bussière, Noucry et Trébuche t. Le 1er mai 1792, n'ayant plus que 12 membres, elle se réunit à Saint- Maurice. Une autre L. .,dont le titre est resté inconnu, fut fondée le 18 mai 1769 en faveur du vén.*. m.*. Saincy ; elle n'a pas laissé de traces. COGNAC SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM ANGLAIS dite L'ANGLAISE (1) Cette L.*. aurait été constituée le 19 juillet 1746 par la L.\ Anglaise de Bordeaux, sans que cela soit bien établi. Le G.*. 0.\ en la recons- tituant le 24 janvier 1775, tout en reconnaissant ses travaux de 1746, ne l'autorisa à prendre rang que du 25 juillet 1774. En 1775, figuraient parmi ses membres : Burquet, Desgranges, de Galeine, Saulnier de Pierre-Levé et son fils Philippe, de Coursay, de Crignelle, Olivet et Hardy. En 1776, elle se composait de 45 membres. Ses vén.*. furent : Saulnier de Pierre-Levé père, chev. de Saint-Louis (1776-7) ; Hardy père, avocat au Parlement, ancien maire (1885) ; Saule, négociant (1789). Ses secrétaires furent : Pelluchon-Destouches (1776-1784) et Saule de 1785 à 1788. Son député fut Richard, avocat au Parlement, officier du G.'. 0.'. Si cette L.'. cessa ses travaux, elle les reprit avant 1798. A cette date Saule, son vén.-. de 1789, était encore en fonctions. Sous l'Empire nous voyons lui succéder : Turner, négociant (1808) ; Pinet fils, négociant (1813) ; O'Tard, négociant (1814). En 1813-4 elle eut comme vén.*. d'hon- neur Augier, négociant. Son député fut Boyer. D'après M. Mamoz (p. 39), il y avait également à Cognac une L.-. irréguliére qui fut interdite par décret de la G.*. L \ du 21 mars 1766. Cette L.*. n'a pas laissé de traces. COMPIÈGNE SAINT-GERMAIN La G.'. L.*. fonda cet atelier le 4 février 1767 en faveur de Louis-Marie Barbe, curé de Saint-Germain-lez-Compiègne ; ses constitutions furent renouvelées par le G.'. 0.*. le 27 septembre 1774. Ses vén.*. furent : Massié de Bourbe (1775) ; Garanger, négociant, ancien échevin (1776) ; Bourgeois, curé de Condé-sur-Noireau (1777); Barbe, procureur au bailliage (1785-8) ; Mosnier, maître es arts de (1) Voir Pellisson, les L.'. m.', de VAngoumois, p. 6. LOGES DE PROVINCE 423 pension (1789). De 1776 à 1783, Rœttiers de Montaleau, et Perler, avocat au Parlement, de 1785 à 1789, furent ses députés. La L.\ qui en 1776 avait 54 membres se faisait adresser ses lettres sous l'anagramme de Ringamen. Parmi ses membres avant la Révolution figurent : Alix, président au grenier à sel de Compiègne ; Rarbe, curé de Saint- Germain-lez-Com- piègne ; Rarbe, procureur au bailliage et autres juridictions royales ; Rertoliny, toiseur des bâtiments du roi ; Rourgeois, curé de Condé-sur- Noireau, en basse Normandie ; Rerguesse, bénédictin ; Rlanc (Le), maire et subdélégué de Senlis ; Rourg, dominicain ; Rrisson, supérieur de la Charité de Senlis ; Carbon, négociant ; Charmolue ; Courbet l'aîné, domi- nicain ; Courbet le jeune, dominicain ; Courtois, entrepreneur des bâti- ments du roi ; d'Arras. capucin ; Denis, entrepreneur des bâtiments du roi ; Debilly, négociant ; Debilly-Dufeu, négociant ; de Laguelte, ingé- nieur des ponts et chaussées ; de Renty, dominicain ; de Maubeuge (Joseph), capucin ; de Maubeuge François-Marie), capucin ; de Rossart, bénédictin ; Dousset, cordelier ; Druon, bénédictin ; Dumont, curé de Saint- Pierre-Pontpoint ; Duchesne, négociant ; Fliche, négociant et officier des chasses ; Garanger, négociant ; Gabriel, notaire royal ; Gambart de Ligniere, receveur du duché d'Humières ; Gensse l'aîné, négociant ; Gosset-Delatour, président au grenier à sel de Crépy ; Guinebeaud, contrôleur des devoirs de Rretagne ; Langlois, garde des magasins du roi à Calais ; Lemer, négociant ; Leroux ; Massicot, bénédictin cluniste ; Marquet, bénédictin ; Matthieu, négociant ; Muresne l'aîné, laboureur ; Peissart, dominicain ; Penon, notaire royal à Compiègne ; Pinçon, négo- ciant ; Poulain de la Fontaine, procureur au bailliage ; Poultier d'El- motte ; Raux, négociant ; Renard, professeur d'éloquence ; Ruste, lieu- tenant des maréchaussées ; Scellier père, négociant ; Scellier fils, négociant ; Scellier (Gabriel- Antoine), négociant ; Scellier Duménil, négociant ; Sommevert, négociant ; Vandorp, procureur ; Venaille, ingénieur des ponts et chaussées ; Watellet. Il n'est pas certain que cette L.*. cessa ses travaux avant 1793. Elle les reprit sous l'empire. En 1808 son vén.*. fut Scellier, juge au tribunal, et en 1813-4 Mar- cilly, inspecteur général de la navigation. Son député fut Perint, archi- tecte. CRESPY SAINT-LOUIS Cette L.#. fut fondée le 2 septembre 1766 par la G.*. L.-. en faveur du vén.'. m.*. Dambris ; ses constitutions furent renouvelées par le G.". 0.\ le 21 mars 1778. Ses vén.'. furent : Dieu, procureur, ancien maire (1777-1785), et Coliette de Froqueville, président en l'élection (1788-9). Ses secrétaires : Rarré, audiencier (1777-1785), et de Garges, chev de Saint-Louis (1788-9); son député fut de Chamerois à partir de 1785. En sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Empire ; elle eut pour vén. ' . : Rarré l'aîné (1808) et Lefebre, juge de paix (1813-4) ; Cenac, pharmacien, était son vén.'. d'honneur. Son député était Perint, architecte. 424 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE DIEPPE SAINT-LOUIS devenu LES CŒURS UNIS La G.'. L.\ constitua cet atelier le 15 novembre 1766, sous le litre de Saint- Louis, en faveur du vén.\ m. \ Bouvet, entreposeur des tabacs, et de Louis Niel. A côté d'elle fonctionnait une L.-. d'adoption de l'ordre de la Félicité (1). Ces L.". rentrèrent en sommeil pour ne repren- dre leurs travaux qu'en 1783, sous l'influence du colonel de Rohan- Soubise, vén.-. de la Parfaite Union, L.'. du régiment qui portait le nom de son colonel. Elle fut réinstallée de nouveau au nom du G.\ 0.\ le 13 avril 1783, sous le titre des Trois Cœurs réunis, puis des Cœurs réunis et enfin des Cœurs unis, par les loges de Rouen, du Havre, de Fécamp, d'Eu et d'Ault. Bonnet fut vén. •. de cette L.*. depuis sa création jusqu'en 1790. Vasse, président en l'élection, était secrétaire, et Jarry, banquier, député. Parmi ses membres avant la Révolution figurent : Du Hamel ; Descarsins ; Erasme Duchateau ; Charles Delacroix, curé de Roux- menil ; et J.-B. Maillard de la Martinière, capitaine au régiment de Poitou. En 1786, dans la L.*. d'adoption figuraient les sœurs résidentes : Le Baron ; de la Houssaye ; Voisin ; Bourdon ; Lefevre ; Chaussée de Raimbouville ; Des Granges ; de Portai ; Le Prince-Beaupré ; Niel ; de Chabres ; Ubelesky ; marquise de Pardieu ; d'Ausseville ; de Tou- vent ; comtesse de Caumont ; de Bellengreville ; et Leprince-Duclos. Parmi les associées libres : la duchesse de Cossé-Brissac ; la comtesse de Saint Pierre de Pontcarré ; la comtesse Adélaïde de Caumont ; la baronne de Beaumont ; Bell ; Mouron ; de Caux ; comtesse de Canou- ville ; comtesse de Pardieu ; comtesse Félix de Pardieu ; Chaussée (aînée) ; Mallet et de Saint- Quentin. A la reprise des travaux, le 4 juin 1803, Bonnet fut de nouveau nommé vén.'., et la L.'. donna à cette occasion une fête aux membres de la Bienfaisance à l'0.\ du 31e d infanterie légère. Bonnet fut remplacé en 1808 par Flouert, négociant, et en 1813-4 par Trouard-Riolle, chirurgien. La correspondance de cet atelier était adressée sous l'anagramme de Recuso-Nius, chez le secrétaire, Leprince- Duclos. Le député de la L.*. et du chapitre était Lelièvre-Villette. Cette L. * . termina ses travaux le 3 janvier 1815. DIJON PARFAITE AMITIÉ La G. . L.\ fonda cet atelier le 2 juin 1767, en faveur du vén.*. m.*, de Tellier; elle renouvela ses titres le 11 septembre 1772, et le G.". 0.\ le 8 mai 1774. De 1776 à 1777, cette L.-. eut 26 membres, puis 65. Ses vén.'. furent : (1) Dans le tome II, nous nous étendrons longuement sur cet ordre audrogync. LOGES DE PROVINCE 425 Guénot, huissier au Parlement (1776), et Champagne, marchand (1777). En sommeil de 1785 à 1788, cette L*. reprit ses travaux avec Burard, procureur au bailliage. Ses secrétaires furent : Penatier, orfèvre, 1776 ; Bardin, commis à la recette générale (1777) ; Raudot, substitut du procureur général du Parlement (1779, ; et Dorse fils, greffier de la Chambre des comptes (1789). Son député fut Daubertin, et après la reprise Burard, médecin. Celle L.\ cessa définitivement ses travaux pendant la Révolution. DINAN TENDRE FRATERNITÉ Constituée par la G.\ L \, le 4 juillet 1765, ses pouvoirs furent renou- velés par cette puissance le 12 mars 1772 et par le G.*. O.*. le 25 jan- vier 1773. Ses vén.\ furent: Poursin, chirurgien de vaisseau (1776); Morault, apothicaire '1777) ; Lohier, maire et conseiller des Etats de Bretagne (1785;, et Bordago de la Chaussetière, ancien officier canonnier (1788-9). Les secrétaires furent : Rélif, notaire (1776) ; Aubry de la Lohonas, avocat (1777) ; Lecoq, négociant (1785). Son député était Joubert de la Bourdinière. Entrée en sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux dès 1800 Ses vén.\ furent: Bellay, négociant (1802); Deîaunaj-, propriétaire (1808-1813), et Gaultier, négociant (1814). Ses secrétaires : Gesbert, avoué (1802) ; Péan (1808), et Chantrel. receveur des contributions (1814). Ses députés furent Moquet de la Motte (1802) et Valleteau de Chabrefy (1813). Le 7 floréal an II, le représentant du peuple Le Carpentier, en mission à Dinan, supprima la Tendre Fraternité, comme « excitant la suspicion et ne pouvant être tolérée sous un régime républicain, où la liberté est 'devenue un bien commun dont la jouissance n'a pas besoin des ombres du mystère ». DOLE LE SECRET INVIOLABLE Lorsque la G.\ L *. fonda cet atelier, le 7 janvier 1772, elle fit dater ses travaux du 1er octobre 1770. Le G.". O.*. renouvela ses constitutions dans les mêmes conditions le 12 juin 1777. En 1776 et 1777, elle se composait de 20 membres ; son vén.\ était Agnus de Rouffange, conseiller à la Cour des comptes, et son secrétaire, Fenier, agent des affaires du baron d'Esclanes. Cetle L.". disparut définitivement en 1785. DORAT iLE) AMIS RÉUNIS Cette L.'. aurait été créée en 1744, par la G.". L.'., et renouvelée par le G.\ O.*. le 2 décembre 1774. On ne connaît rien de ses premières années. 426 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE En 1785, elle avait pour vén.-. Le Bourgeois, négociant, et Duclos, conseiller du roi, en 1788-9. Ses secrétaires furent Guérard, négociant, et Habrioux, chirurgien. Ses députés, l'abbé Pingre et de Hillerin, commis au bureau de la guerre à Versailles. En 1790, cette L.\ entra en sommeil et depuis n'a pas repris ses travaux. DOUÉ TRIOMHPE Di: HENRI IV Il y eut une L.\ sous ce litre qui ne laissa aucune trace. DREUX SAINT- AUGUSTIN En 1760, la G.*. L.\ fonda, en faveur du vén.'. m.*. Métairie, un atelier qui existait encore en 1779. Une autre L.'.fut également fondée par celte même puissance en 17(31. en faveur du vén.\ m.*. Amourant. Celte L.\ n'a laissé aucune trace. DUNKERQUE AMITIÉ ET FRATERNITÉ 11 faut mettre au rang des légendes l'ancienneté attribuée à cette L.'., qui ne repose sur aucun document sérieux. La prétention de ses membres était de faire remonter sa création au 13 octobre 1721, sous les auspices de lord Montaigu, G.\ M.*, de la F.*. M.\ anglaise. Jamais celte L.'. n'a produit ses titres constitutifs et lorsqu'elle demanda à la G.*. L.'., le 10 juin 1766, et au G.'. O.'., le 26 avril 1781, de renouveler ses consti- tutions, ces deux puissances ne voulurent jamais faire remonter ses tra- vaux à une époque antérieure au 1er mars 1756. Ses travaux avant la Révolution ont laissé du reste fort peu de traces. Nous savons seulement que, de 1785 à 1788, son vén.*. était Bagge, courtier interprète de 1 Amirauté, et qu'en 1789 ces fonctions étaient remplies par Emmery, consul de Suède. Son secrétaire était Jacques Six, négociant. Cette L.'. cessa ses travaux pendant la Révolution et les reprit avant la fin du siècle. Les vén.' . furent Thibault, médecin en chef des hôpitaux militaires (1800) ; Leucon-Rarème, négociant (1802) ; Maurin, négociant (1808) ; Morlhon-Lavalette (1812) ; Rretocq, ingé- nieur maritime (1813) ; et Emmery, membre du Corps législatif (1814 . Ses secrétaires furent Thibault et Lami, et son député Defondeviolle fut remplacé par Thory. Le choix de ce dernier député, en particulier, prouve que cette L.\ avait des traditions écossaises jacobites plutôt qu'anglaises. D'autre part, dans son sein s'était formé, dès 1809, un chapitre d'Hérodom de Kilwining. Parmi ses membres de 1800 à 1814 figurent : Vaudercruce ; Des- champs ; Guillebert ; Lorder ; Lefebvre ; Lanchantin ; Ripner ; Kail ; Jussienne ; de Serni ; Heudeline ; Masson ; Castrigné ; Gautreau ; LOGES DE PROVINCE 427 Pinède ; Papgay ; Guyot ; Fontenelle ; Naninck ; Benat ; Duriau ; Letandaert ; Gobin ; de Paeuw ; Duchnstelle ; de Guizclin ; Piédou fils. Et parmi les membres du chapitre : Maurin, président ; Munger (?j ; Van Wormhondt ; Lefebvre ; Deschamps ; L. Papgay ; Jacquet ; Jean- Baptiste Lower. En 1813 son vén.-. était dans une situation précaire et demandait à ses frères des secours, en appuyant sa requête d'un certificat signé par le commissaire de police, le capitaine de la 4e compagnie de la lre cohorte delà 4e légion delà garde nationale sédentaire et par l'ancien maire de Dunkerque. Ce certificat est conçu en ces termes : « Michel- Auguste- Joseph -Antoine Morlhon-Lavalette, âgé de 33 ans, chargé d'une famille composée de sa femme et de trois enfants, a tenu en cette ville une maison d'éducation ou pensionnat et, malgré ses efforts, il a fait des pertes et n'a pu maintenir son établissement. » SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM La G.*. L.*. fonda cet atelier en 1760 en faveur du vén.*. m.'. Sales. Il fonctionnait encore en 1779. SAINT-JEAN DE LA MODESTIE En 1762, la G.*. L.*. fonda cette L.'. en faveur du vén.*. m.'.Devinck, Elle était en vigueur en 1779. La même année, une autre L*. était fondée en faveur du vén.'. m.'. de Fontenay. Elle n'a pas laissé de traces. En 1766, d'après un brevet de Beauchaine, Passerat de Montleduc, grand inspecteur, grand élu, vén.'. constitué de la L. \ de Dunkerque. tenait aussi celle de la Parfaite Union à Giessen. SAINT-GEORGES Cette L.*., fondée à une époque inconnue, n'a pas laissé de traces. FALAISE SAINT-AUGUSTIN DE LA PARFAITE UNION La G.'. L '. fonda cet atelier le 12 octobre 1764 en faveur du vén.*. m.'.Rioult, procureur au bailliage. En 1766, elle se composait de 20 membres recrutés dans le clergé, la noblesse et la bourgeoisie. Cette L.'. était, parait-il, de mœurs sévères. Le 30 décembre 1765, elle expulsait Solan, cordelier, pour s'être absenté pendant trois tenues consécutives et dont la conduite était irrégulière. Les causes qui font expulser, le 29 octo- bre 1766, le vén. . Rioult sont moins contradictoires : il était accusé de mépriser la f. *. m.', et de ne pas avoir des mœurs pures et irréprocha- bles. Le P. Leclerc, religieux prémontré, est aussi expulsé pour cause de refus malhonnête de payer ses contributions et amendes maçonniques. En 1766, à la mort du Dauphin, la L.'. fit célébrer un service funèbre dans l'église des Prémontrés. 426 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Cette L\ travaillait encore en 1779. Parmi ses membres figuraient : Angot de Coysel, procureur au bail- liage; Le Febvre du Buisson ; de Vertonville ; de Sçay ; Filleul de la Moite ; Lessassier de Boisauné ; du Rocher, lieutenant général du bail- liage et les ff.\ P remontrés : Castcl, Chatel, Boulanger et Mesnil. FIGEAC SAINT-PAUL DES VRAIS AMIS Constituée par une puissance inconnue le 20 février 1769, cette L.'. fit renouveler ses titres parle G.'. OV. le 19 juin 1777. En 1760, elle comptait 20 membres. Ses véu.\ furent : Raymond du Fau, lieutenant général civil d'épée et criminel au sénéchal (1776-1779), et Delzhens, médecin (1785-1789). De 1776 à 1785, son secrétaire fut Vénisié aîné procureur au sénéchal et au bureau de l'élection ; en 1788-9, il était remplacé par Pezet de Marmon. Le député fut le baron de Roquefort. En sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Em- pire. En 1808, son vén.'. était Serres, pharmacien, et son député, David. FOIX JOSUÉ D'après M. Baader (Martines de Pasqually, xx), cette L.'., qui était celle de Pasqually, aurait pris le nom de Temple des Elus écossais. GLANFEUIL TENDRE ACCUEIL Lorsque la G. \ L.*. reconstitua cet atelier en 1772, elle l'autorisa à prendre rang du 20 juin 1770. Le 12 janvier 1775, le G.'. 0.\ ne recon- nut ses travaux qu'à partir du 1er décembre 1774. Le Contrat social reconstitua à nouveau cet atelier le 24 mars 1779. En 1776, cette L.'. avait 19 membres. Ses vén.-. furent : Le Grand, bénédictin, prieur de l'abbaye de Saint- Maur-sur Loire (1775-1779 ; Boulnoy (1781 1 ; Auguste Lary, feudiste (1785) ; Saillant, conseiller au grenier à sel (1788) ; et Daburon de Mantelon, doyen de Saint-Pierre (1789). Ses secrétaires furent : Paillart, procureur de la communauté des Au- gustins d'Angers : Blanchard de Pégon, receveur particulier des finances ; Dupont, provincial des Augusiins ; Métairie et Saillant. De 1776 à 1788, son député fut Théaulou, et en 1789, Gaume Augustin, procureur général de la congrégation, aumônier du roi. En 1773, sur son tableau figurent : vén,*., Legrand, bénédictin, proc. abbaye Saint-Maur-sur-Loire ; Ie1' surv.'., Wiot, chanoine cathédrale Angers, officiai ; 2e surv.'., Davy, bénéd., proc. abbaye Saint-Maur ; LOGES DE PROVINCE 429 orateur, Waillant de la Motte, chan. cathéd. Angers, théologal ; secret.*., Paillart, augustin, proc. maison Angers ; 1er exp.'., Joulain,ing. géog. ; très *., Dupont, augustin, défîniteur ; 2e exp.*. Grappet, augustin, pi-ieur à Angers ; Bachelier, chan. collégiale Saint Pierre, terrible ; Labry, bourgeois ; Roberdeau, cons. du roi, lieut. part, civil ; Boulnoy, chan. cathéd. Angers, promoteur ; Dupin, bénéd. abbaye Saint-Maur ; Giroust, diacre; Dureau, bénédictin, proc abbaye Saint-Florent- de- Saumur ; Terrien de TEpinay, chan. collégiale royale Saint-Martin d'Angers ; de Maury d'Aynous, off.V mestre de cp. cav., chev. Saint- Louis ; de Perricart, bénéd., sous-prieur Saint-Maur ; Sauldubois de la Chalinière, anc. off. marine. Avant 1789, on relève les noms suivants : Daburon de Mantelon, chan. Saint-Pierre Angers : Verne, sous-prieur augustins ; Simonin de Vermondan, prieur de Balac ; Aubry, chanoine de Saint-Martin ; Bros- sier, archidiacre ; Lenoir, chan. Angers ; Le Coursonnays, bénédictin ; Blisson, bénédictin ; Blanchard de Pegon ; Trouillet de Bléré ; Lechat de Tessecourt ; Lepagneuil de Rillé ; Lemarié de la Crossonnière ; Auvé de la Noiraye ; Denis de Brillemont ; Lemarié, baron de Chivré ; des Portes de Linières ; Pissonnet de Bellefonds des Touches ; de la Chaise de Martigny ; Allartdu Haut-Plessis ; Simonot de Vertenay ; Gaudin de Bois-Robert ; Bossareil de Ribon ; Touzé du Bocage ; de Bellefonds ; de Beautru ; Pays de Breil ; Foussier de la Cassinière ; de Lépinay ; de Launay ; Morin ; Boulnoy^ Le Tendre Accueil continua ses travaux jusqu'en 1792. Le 22 octobre 1802, cette L.'. demanda à reprendre ses travaux. A cette date elle ne se composait que de 8 membres : Desmazières ; de Launay ; Marne, imprimeur ; Joubert-Bonnaire, maire ; Touzé du Bocage ; Brossier et Dupont, prêtres ; Falloux, propriétaire. En 1805, son tableau portait 41 membres, lorsque le 24 mars elle inaugura dans son nouveau temple le buste de Napoléon Ier ; en 1806, elle se composait de 59 membres, parmi lesquels le général Lacour ; mais sa décadence fut rapide et en 1812 elle n'avait plus que 28 membres . Sous l'Empire, ses vén '. furent, en 1808, Desmazières père, juge à la cour d'appel, et en 1813-4, Joubert-Bonnaire, membre du Corps législatif, ex-maire. Son député fut le fameux révolutionnaire Alexandre, commissaire ordonnateur des guerres, chef de la 5e division de l'administration des droits réunis, 30, boulevard Montparnasse. GRENADE (Fort-Royal, île de la) TENDRE FRATERNITÉ Lorsque cette L.*. fut constituée le 29 août 1779, on rappela ses travaux commencés le 23 décembre 1764. Les vingt premières années de l'exis- tence de cette L.-. n'ont pas laissé de traces. De 1785 à 1790, elle eut pour vén.'. Molenier, ingénieur en chef, commandant le 2e quartier du bataillon de Fort-Roj'al et pour secrétaire Saulnier, notaire. Disparu pendant la Révolution, cet atelier ne reprit pas ses travaux. 130 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE GRENOBLE PARFAITE UNION Cette L.-. fut constituée par la G.\ L.-. le 1er mars 17G6 et en 1768 en faveur du vén .• . m.*. Perier fils. Le G.', O.*. renouvela ses titres le 21 septembre 1780. Ses vén.*. furent : Bilon, maître en chirurgie (1785): Rosset, premier secrétaire des ponts et chaussées en Dauphiné (1788), et Dumirail, receveur principal des domaines et bois (1789). De 1785 à 1789, son secré- taire fut Rey, commis à la recette générale des finances, et son député Jamart, sous-chef des domaines. En 1779, le président Barrai de Montferrat était son orateur et en 1781 on initia dans cette L.". les abbés de Barrai et de Pina. En sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Empire. En 1807, ses officiers étaient : Odouard, juge à la cour d'appel, vén.*. ; Allemand-Dulaurou, 1" surv.*. ; Botut, inspecteur, 2e surw. ; Dye- Dalissan, juge, orateur ; Mauclerc, maître des cérémonies ; Bret, tréso- rier ; Graingeat fils, négociant, élémosinaire ; Roy-Benoît, garde des sceaux, timbres et archives. Odouard fut vén. ' . jusqu'en 1815. Le député pour la L.\ et le chapitre était Prié, 13, rue Marivaux. GUADELOUPE (LA) ANTIGUE (à la Pointe d'Antigue) Fondé le lor janvier 1766 par la G.*. L.*., cet atelier fit renouveler ses titres par le G.\ O. '. le 6 juillet 1775. En 1776, elle était composée de 20 membres . Ses vén.-. furent : de la Montaigne, capitaine d'artillerie (1776) ; Bourdon, capitaine d'artillerie (1777-1789). Son secrétaire de 1776 à 1789 fut Bellanger, négociant, officier de la milice, et son député, Tassin, banquier, et à partir de 1785 Desroches l'aîné, avocat au Parlement. SAINT-JEAN D'ECOSSE (Basse-Terre) Cette L.* fut constituée le 12 février 1768 parla G.'. L.'. et renouvelée le 9 mai 1774 par le G.-. O.'. Son tableau contenait 22 membres en 1776 et 30 l'annnée suivante. Ses vén.*. furent : le comte de Prael- Surville, chev. de Saint-Louis, commandant le quartier du Parc (1776-1785), et Guillermin, avocat au Parlement de Dijon (1788-9) ; ses secrétaires : Deshaye et Rolland ; son député : Gorguereau, puis Masein père, négociant. Entrée en sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Empire. Roydot, notaire et greffier chef, fut son vén.-. en 1808. En 1813, il était remplacé par Gaudrie fils, négociant. BONNE AMITIÉ aux Abîmes (Grande-Terre) Lorsque le G.*. O.*. constitua cette L.-., le 18 mai 1775, à la date du 2\ janvier précédent il rappela ses travaux commencés le 11 juillet 1770. LOGES DE PROVINCE 431 Dès 1776, cette L.\ comprenait 35 membres. De cette époque à 1789, elle eut pour vén.' . Dupuy, directeur des domaines; pour secrétaire, Ballias de Galand, et pour député, Jouve, ancien officier du G.'. O.'. Cette L.\ disparut définitivement au début de la Révolution. HUMANITÉ (au Moulle) Le 31 août 1775, le G.'.O.'. constitua cette L.\ pour prendre rang du 20 août 1770. En 1776, elle comprenait 12 membres et 17 Tannée sui- vante. Ses vén.*. furent : Guillotin de la Vigerie, ancien capitaine d'infan- terie (1776) ; le comte de Vipart (1777-1788) et Dehaisvouet, maître en chirurgie (1789). Ses secrétaires étaient : Crosnier de Moterfil (1776) ; baron de Hault (1777) et d'Andouin, commandant d'un bataillon de milices (1785-9). Son député de 1776 à 1789 fut Guillon, ancien procu- reur du roi à la Guadeloupe. Un chapitre fut annexé à cette L.\ Le brevet des constitutions capitu- laires est daté du 11 novembre 1790 pour prendre rang du 30 août 1789. Il fut signé le 21 février 1791 par les membres des trois chambres du G.'.O.'. Cet atelier entra probablement en sommeil pendant la Révolution. Il était en vigueur sous l'Empire : Labat, officier de santé, présida ses travaux de 1808 à 1814. Pendant cette même période, son député était Fouquier, receveur de l'enregistrement. HAVRE (LE) SAINT JEAN DU HAVRE Cette L.\ fut constituée en 1744, par la G.*. L.\, en faveur du vén.*. m.". Lenoble. Elle n'a pas laissé de traces. La même année une autre L.\ était également fondée par la même puissance en faveur du vén/. m.'. Doyen. On ne sait rien de cet atelier, pas même son titre. FIDÉLITÉ D'après M. de Loucelles, cette L.'., la plus ancienne du Havre, aurait été fondée en 1744, en faveur du vén.*. m.'. Ursin Le Doyen. Ses travaux remonteraient à 1739. Comme en dehors des L.'. que nous avons citées précédemment, il y en eut une autre fondée pendant cette même année 1744 en faveur du vén.*. m.'. Bachelier ; à défaut des constitutions pri- mitives, il est difficile de déterminer positivement lequel de ces vén.'. fut le fondateur de la Fidélité. Il serait possible et probable même que, par la suite, ces divers maîtres de L.*. aient participé à cette fondation, soit par fusion, soit par élimination à la suite de décès successifs. Quoi qu'il en soit, la Fidélité comprenait 24 membres en 1776 et 35, l'année suivante. Le G '. O.-. avait renouvelé ses constitutions le 2 dé- cembre 1774 en l'autorisant à prendre rang en 1744. Ses vén.'. furent : Lenoble (1773-1775) ; Jorel de Parmentier, con- trôleur de la manufacture des tabacs (1776) ; Le Bourgeois, négociant 1777-1785), et Allègre, négociant (1788-9). Ses secrétaires étaient : Le 432 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE bourgeois (1776) ; Rajot, entreposeur des tabacs (1777), et Guérard, négo- ciant (1785-1789). L'abbé Pingre fut son député, de 1776 à 1785, et Delaville, docteur en droit, chevalier du Christ, officier du G.\ 0.\ en 1788-9 Parmi ses membres, avant la Révolution, figurent : Jorel de Parmen- tier ; Planchon ; Leriche de Langerie ; Le Bourgeois ; Serry de la Fraye ; Rouhir ; d'Introuz ; Véron ; Berlhaut ; Rollin de la Farge ; Hérault ; Bachelet ; de l'Aunay ; Perial ; Loisel ; Lenierle ; Potier de Glatigny ; Hérault fils ; Cirier le jeune ; baron de Fargan ; Drouet ; Cirier l'aîné ; du Tertre ; Desfontaines ; la Coudraye ; Dauphin ; Le Bourgeois ; marquis de Fayel ; comte d'Atalaya ; Le Peletier de Feu- musson ; Lestorey de Boulogne ; de Limoges du Tuy ; de Mauclerc ; Painpel de Hengueville ; Le Prévost de Tournion ; de Boulongne ; Ignace, curé de Grandchamp en Caux. La Fidélité conserva son activité pendant la Révolution. Elle eut pour vén.\ : Allègre, négociant (1800-1808). Lacorne, avocat 1813-4V Elle changea fréquemment ses députés : Chereau (1800) ; Oudct (1802-1808), et Carbonnet, vérificateur et inspecteur des lits militaires (1813-4). UNITÉ D'après M. de Loucelles, cette L.\, qui remontait à 1766, aurait délivré un diplôme de maître, le 1er novembre 1768, à Philippe-Etienne Odièvre. Cet atelier n'a pas laissé d'autres traces. SAINT-JEAN DE LA CONSTANCE Cet atelier fut fondé par la G.'. L.'. le 2 octobre 1768, en faveur du vén.\ m.'. Broutier. Elle existait encore en 1789 et disparut définitive- ment pendant la Révolution. HESDIN FIDÉLITÉ , D'après MM. Savine et Bournand (Thermidor, p. 39), Robespierre aurait fait partie de cette L.-.. Elle fut constituée probablement par une puissance jacobite, le 17 juillet 1749. Ses constitutions furent renouvelées le 10 décembre 1772 par la G.'. L.-. et le 11 août 1774 par le G.\ 0.'. En 1776, elle comprenait 28 membres et 31 en 1777. Ses vén.\ furent : André, rentier (1776) ; de Loches, capitaine au régiment de Diesbach (1777) ; Jacquemont du Donjon, avocat (1785) ; de Saint-Martin, capi- taine au régiment de chasseurs (1788), et Bellevre, avocat (1789). Ses secrétaires furent : Ledoux (1776) et André (1777-1789). Ses députés furent nombreux : Carbonnel, avocat au Parlement, officier honoraire du G.'. 0.\ (1776-7) ; Laffilard (1785 8) ; Leroy de Frontigny, ancien écuyer du roi (1789). Cette L.*. entra probablement en sommeil pendant la Révolution. Un ancien militaire, de Vadicourt, fut son vén.\ en 1808 et en 1813. Claude Blin, ancien officier d'infanterie, le remplaça en 1811 et 1814. Elle eut successivement pour député pour la L.\ et le chapitre, Kienlin, officier honoraire du G.'. O.-. (1808-13), et Forcade de la Roquette, juge de paix du 12e arrondissement en 1814. LOGES DE PROVINCE 433 La correspondance de cette L.\ était adressée sous le couvert de l'anagramme Efidelit. LANGRES SAINT-MICHEL DU BON-ACCORD Celte L.\, fondée à une date inconnue, n'a pas laissé de traces. LAUTERBOURG CANDEUR Cette L.\ délivra un brevet le 15 novembre 1770. Ce brevet est signé Savagner, m.', en chap.\ S. P. R.-f- vén.\ ; Modérât, secrétaire élu ; Gabel, 1er surv.*. élu ; Lievrette, élu, et Eger. Celte pièce est sem- blable à celles de cette nature délivrées par Beauchaine. Nous n'avons pas trouvé d'autres traces de cette L.\,qui fut peut-être une L.\ militaire ambulante. LIBOURNE SAINT-JEAN La G.'. L.'. fonda un atelier sous ce titre en 1762, en faveur du vén.*. m.*. Tisame père. Cette L.*. existait encore en 1779. AMITIÉ A une date inconnue, la G.*. L.*. fonda cet atelier en faveur du vén.\ m.\ Jean Gris. Cet atelier fonctionnait encore en 1779. Une autre L.\ fut également fondée avant 1779 parla G.'. L.*., en faveur du vén.\ m. . Rupain. Cette L.'. n'a laissé aucune trace, pas même son titre. LIGNY En 1779, fonctionnait un atelier fondé par la G.*. L.\ le 19 août 1752, en faveur du vén.\ m.*. Duprat. Cet atel.*. n'a pas laissé de traces. FRÈRES ZÉLÉS Cette L.'. fut fondée le 4 février 1767 par la G.*. L.'., en faveur du vén.'. m.*. Le Semelier, seigneur du Isard. Le G.'. 0.\ la reconstitua le 17 septembre 1778. En 1776 et en 1785, Le Semelier était encore son vén.'. Elle avait pour secrétaire de Nattes de la Calmontié. Celle L.'. était en sommeil en 1788. Elle ne reprit pas ses travaux. LILLE SAINT-JEAN ANCIENNE ET SAINT-JEAN DE LILLE , réunie* A LA VERTU TRIOMPHANTE formant L'HEUREUSE RÉUNION L'historicpue de ces L.*. est d'une grande complication. La G.*. L.\ formait en 1744, à l'0.\ de Lille, deux L,". : Saint Jean de Lille, le 6 novembre, en faveur du vén.'. m.'. Friat, et le 26 suivant, Saint-Jean Ancienne, en faveur du vén.'. de la Porte. Les patentes de LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 28 434 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE cette première L.*. furent renouvelées en 1753, en faveur du vén.'. m.'. Zambault. C'est de la réunion de ces deux L.-. que sortit l'Ancienne Saint-Jean, que le G.'. 0\ reconnut le 4 avril 1774 en lui accordant de prendre rang du 6 novembre 1744. Plus tard, la G.'. L.*., le 16 juin 1704, fonda la Vertu Triomphante, en faveur du vén.*. m.*., Panckouke que le G.*. O.*. reconnut le 15 novembre 1773. Enfin l'Ancienne Saint-Jean et la Vertu Triomphante fusionnèrent Le 14 juin 1775, sous le titre de l'Heureuse Réunion. Cependant, 29 dissidents de l'Ancienne Saint Jean continuèrent leurs travaux jusqu'en 1776 sous le marteau de Poisson des Londes, colonel d'infanterie et ingénieur en chef. 11 avait pour secrétaire Rivière, em- ployé à l'intendance, et le baron de Toussainct comme député. Il est pro- bable que ces dissidents fusionnèrent avec l'Heureuse Réunion en 1777, car on retrouve plusieurs d'entre eux par la suite parmi les membres de cette L.*. Parmi les membres de l'Heureuse Réunion figurent en 1775 : Fontaine de Biré ; Alix ; Veyrard de Lorme ; Mesplet ; Lefebvre de la Basse- Boulogne ; Diedeman ; Petitpas ; le marquis de Guistelle ; Vauzeler de Santés et Widhem, notaire. Les vén.*. de cette L.\ furent : Capron, négociant et échevin (1776) ; Poisson des Londes (en 1777 et 1788-9) et Cot, directeur général des vivres en Flandre, Artois et Picardie. Ses secrétaires furent Widhem, Rivière et Frey, pension- naire du roi. Ses députés furent Savalète de Lange et Rivière. Parmi les membres de la Vertu Triomphante figurent, de 1773 à 1775 : Simon Brest ; Charles Panckouke ; Philippe Dehun ; J.-B. Hallul ; Beaussier ; de Monthinot; Samin ; Cannet ; de la Louvelaye ; le Page ; Le Dieu ; Gosselin aîné et jeune ; Rivière. Il est probable que pendant quelques mois un petit nombre de mem- bres de cette L.'. continuèrent séparément leurs travaux dans une loge qui prenait le titre de Triomphante. L'Heureuse Réunion disparut définitivement pendant la Révolution. UNION INDISSOLUBLE Cette L.\ fut constituée probablement par une puissance jacobite en 1746, en faveur du vén.*. m.'. Mariage. La G.*. L.-. la reconstitua le 19 octobre 1760, et le G.*. O.*. le 15 novembre 1775. Cet atelier, qui comprenait 18 membres en 1776, était présidé par Capron, Widhem était son secrétaire. Elle cessa définitivement ses travaux vers 1780. Vers 1764, la G*. L.*. fonda un atelier dont on ignore le titre, en faveur du vén.*. m.-. Calvet de Rochemoulit. Il semblerait que cette L.*. existât encore en 1779. GRANDE LOGE ÉCOSSAISE En 1750, une Mère Loge aurait existé sous ce titre. (Voy. Rouen.) AMIS RÉUNIS Cette L.'. fut constituée le 15 juin 1766, par la G.-. L.*., en faveur du vén. . m.-. Abrissi. Elle fut reconnue par le G.\ O,*., le 20 février 1777. En 1785, un chapitre fut souche à cet atelier. LOGES DE PROVINCE 435 Les Amis Réunis comptaient 19 membres en 1777 : le vén.\ était Dathis, artiste ; le secrétaire, Cuvelier, négociant, et le député, Jouve, ancien officier de frégate du roi. En 1785, le vén.\ était Rousselle, négociant, et en 1788-9, Dathis jeune, négociant. Son député était Jeoffroy, archiviste. En sommeil pendant la Révolution, les Amis Réunis reprirent leurs travaux sous l'Empire. Cette L.*. eut pour vén.\ : Fleury, directeur des postes (1800-1802) ; Malo, négociant (1808); et Vanachère, négociant (1813 4). Elle eut successivement pour députés, pour la L \ et le chap.\, pendant cette période, Doisy, David et Sallambier. La correspondance était adressée sous le couvert de l'anagramme : Asim de Surénis. PARFAITE INTELLIGENCE Lorsque cette L.*., qui comprenait 16 membres, fut constituée par le G.*. O.*. le 29 février 1776, pour prendre rang du 12 octobre 1775, et en rappelant ses travaux commencés en 1770, on lui réserva la faculté de prendre rang à la date de son ancien titre si elle parvenait à le retrouver. Cette L.*. avait alors pour vén.\ le baron de Goer de Hervé, seigneur d'Haltinues, Herck, Marseroulles, etc., chambellan de Bavière, conseiller au conseil ordinaire de S.*. A.*, le prince de Liège ; son secrétaire était de Soër, imprimeur et gazetlier, et son député, Millon, officier du G.'. O.*.. conseiller au Châtelet. Cette L.*. cessa définitivement ses travaux avant 1780. LIMOGES GRANDE LOGE ÉCOSSAISE. En 1750, une Mère Loge aurait existé sous ce titre. (Voy. Rouen.) FRÈRES UNIS La G.*. L.'. constitua cet atelier le 4 février 1767, en faveur du vén.\ m.'. David, avocat au Parlement, qui fut le secrétaire de la L.-. de 1776 à 1790. Ses vén.\ furent Petit, receveur des tabacs (1777 et 1789) ; Fournier, avocat (1785) ; Nouailhier, négociant (1788). Son député fut, au début. Barbou-Descourières, négociant, frère de l'imprimeur, puis Tassin de l'Etang. En 1791, cette L.'. cessa définitivement ses travaux. PARFAITE HARMONIE La G.'. L.*. constitua cet atelier le même jour que les Frères Unis (4 février 1767), en faveur du vén.v m.\ Massier. En 1779, elle était encore en vigueur. Depuis elle n'a pas laissé de traces. LISIEUX SAINT-PHILIPPE DE LA CONCORDE Constituée le 9 juillet 1770, par une puissance inconnue, probablement G.-. O.*. de Bouillon, cette L.-. fit renouveler ses titres parla G.*. L.'. 436 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE le 10 décembre 1772, et par le G.\ 0.\ le 9 décembre 1774. De cette dernière date à 1778, époque de la disparition de cet atelier, elle eut pour vén.\ m.', le chevalier de Beaumont, pour 1er surv.\ de Nocey et pour 2° surv.\ de Parfouru. LOCHES CŒURS UNIS Celte L.*. fut constituée le 7 mai 1765, par la G.'. L.\, en faveur du vén.\ m \ Robillard et renouvelée par le G.*. 0.\ le 30 octobre 1777. Elle avait alors pour vén.*. le comte de Marolles, écuyer de la main de Monsieur, pour secrétaire Paulquin, feudiste, et pour député Gabori, avocat au Parlement. Bien que les Annuaires du G.'. 0.\ indiquent que cette L.'. n'était pas en vigueur de 1785 à 1789, j'ai eu en main un brevet de cette L.'. du 29 avril 1790, signé : Henry ; Denoiray ; Louis de Marolles ; Hanic- que ; Gabori ; Paulquin ; Jacquier de Soupart : Saint-Chéron de Saint-Etienne ; comte Jules de Marolles ; Nau ; Prévost-Desnoka ; de Pemyn ; de la Ferrière ; Gaulin et Auroux. Cette L.\, disparue peu après, ne reprit pas ses travaux. LONS-LE-SAULNIER UNION PARFAITE Cet atelier fut constitué en 1763, par la G.\ L.'., en faveur du vén.*. m.'. Gaudinot. Il était encore en vigueur en 1779. ÉGALITÉ La G.*, L.\ fonda cet atelier le 17 juillet 1766, et le G.*. O.'. renou- vela ses constitutions le 7 août 1777. A cette date, la L.*. comprenait 25 membres. Son vén.'. était le chev.\ de Longeville, chevalier d'hon- neur de la chambre des comptes, et son secrétaire Jousrandot, avocat. De 1785 à 1789, ces deux officiers furent remplacés par Ferdinand, avocat, et Gorin. Cette L.'. disparut définitivement pendant la Révolution. LORIENT UNION Les constitutions primitives de cette L.*. datent de 1744. La G.-. L.'. les renouvela le 17 décembre, 1760 et le G.'. O \ le 4 décembre 1777. Les 33 membres qui la composaient étaient présidés, en 1777, par Cordé, négociant, et en 1788 9, par Chaumat, commissaire de la marine espagnole. Les secrétaires furent : Galabert, négociant (1777) ; Durnay, commis de la marine (1785-8; ; et Bijotat, négociant (1789). De 1777 à 1785, son député fut Trudon des Ormes, et en 1788-9, Pescheloche. LOGES DE PROVINCE 437 L'Union cessa ses travaux pendant la Révolution et les reprit de bonne heure. Ses vén.\ furent : Garnier, négociant (1800) ; Ducrano (1802) ; Letour- neur, receveur principal des douanes (1808} ; et Pierre, avoué (1813). Son secrétaire était Bardon et la correspondance était adressée sous le couvert de l'anagramme Novin. Son député pour la L.\ et le chapitre fut Defondeviolle (1800-2), et Laugiers-Villars (1808-1813). SAINT JEAN DE LORIENT Constitué le 5 décembre 1760, par la G.*. L.\, en faveur du vén.\ m.*. Poupart de Beaubourg, cet atelier était encore en vigueur en 1779. HEUREUSE ALLIANCE Cette L.'., dont on ignore même la date de constitution, n'a pas laissé de traces. LUXEUIL RÉCONCILIATION C'est en faveur du vén.\ m.\ Aubry que le 3 juin 1766 la G.*. L.* fonda cet atelier, qui en 1779 était encore en vigueur. LYON GRANDE LOGE ÉCOSSAISE En 1750, une Mère Loge aurait existé sous ce titre. (Voy. Rouen.) PARFAITE AMITIE On ne peut séparer l'historique de cette L.*. de celui des Vrais Amis et de la Parfaite Réunion. La Parfaite Amitié, constituée par la G.'. L.'. le 21 novembre 1756, en faveur de J.-B. Willermoz, fusionna le 10 octobre 1766 avec les Vrais Amis fondée le 13 juillet 1761. Ces L.\ prirent le titre de les Deux L.'. réunies et, à partir du 4 juillet 1782, celui d'Amis de la Vérité. En 1784, la Parfaite Réunion vint à son tour se fondre dans les Amis de la Vérité. Lorsque la Parfaite Amitié fut constituée par la G.'. L.'. depuis trois ans, ses travaux étaient présidés par Willermoz, qui conserva le maillet de vén. jusqu'en 1761 (1). En 1761,*il fut remplacé par Rozier ; en 1762, par Antoine Bouchet ; en 1763-5, par H. Belz.et en 1764-5, par Jacques Bridant, bien que les constitutions aient été renouvelées en 1765, en faveur de Belz. Après la fusion avec les Vrais Amis, les vén.*. furent : Antoine-Marie Burlat, notaire (1767) ; Jean Nicolas de l'Horme, négociant (1768) ; Pierre Chaix (1769) ; Louis-Antoine Boyer du Rouquet, médecin (1773) ; Faure, négociant (1776) ; Monges, négociant (1777). (1) Il est probable que, dès 1744, Rozier précéda Willermoz comme vén.-. m.', de cette L.*. 438 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Le G.*. 0.\ avait renouvelé les constitutions des deux L.\ Réunies le 25 mars 1774 : Monges lut de nouveau vén.\ en 1783 ; de Petitchet en 1784 ; Lecamus, receveur des gabelles et greniers de Lyon, de 1785 à 1789. Son député était Deveux, négociant, officier du G.-. O.'. Cette L.\ se composait de 23 membres de 1760 à 1776, et 48 en 1777 ; elle disparut définitivement pendant la Révolution. En 1787, le tableau de la L.\ se composait des membres suivants : Vén.\ : Jean-Baptiste-Louis Janon de Souligné, chev.\, directeur des fermes du roi; 1er surv.*. : Jean Burtin de la Rivière, ancien officier d'infanterie, trésorier de France ; 2e surv*. : George-Zacharie Dugueyt, conseiller du roi, notaire ; orat.\ : Jean-Charles Terret, négociant ; secrétaire : Augustin-Noel Vasse de Rocquemont, entreposeur général du tabac ; trésorier : Jean- Louis Audrade Maljulien, négociant ; passé maî- tre, chancelier, garde des sceau, timbre et archives : Antoine-Marie Burlat, négociant ; maîtres des cérémonies : Antoine Dareste de la Chavane, receveur général du tabac ; François de Ruolz, lieutenant de vaisseau, chev. de Saint-Louis et de Saint-Lazare ; Joseph Sepolina oncle, négociant; Jean -Théodore Rilliet négociant; hospit.*. : Louis Mon- tagnat, négociant ; Jean François Milliet, négociant ; substitut des surv.-. : Christophe-Jean Dumont, procureur es cours de Lyon ; substitut de l'orat.*. : Claude-François Rousset, écuyer, négociant, substitut du secré- taire : Jean Bouchardier, négociant ; adjoint du chancelier, garde des sceau, timbre et archives : Jean-François Milliet, négociant, ex-vén.\ ; Etienne-Gabriel le Camus, receveur des gabelles, président actuel de la G.*. L.\ P.". ; passés maîtres, anciens présidents à la R.\ G.'. L.\ P.'. : André Mongez oncle, négociant ; Jacques de Petitchet, écuyer; décora- teur : Jean-Baptiste Lantilly, tapissier ; Aimé de la Roche ; membres : Matthieu Arnaud-Tison, négociant ; Jean Bousquet, négociant ; Philippe Journoud, négociant ; Louis Pettota aîné, négociant ; Etienne Farge fils aîné, officier du point d'honneur, négociant ; Pierre Farge le jeune, négociant ; Claude-Marie Roze, négociant; Emmanuel Desmartin, négo- ciant ; François-Jacques Lamarche, négociant; Louis Dubost, architecte ; Antoine Pons, négociant ; Jean-François Grand, architecte ; Jean-Bap- tiste Bonnefoy, chirurgien ; Jean- Antoine Berger, receveur des consigna- tions ; affiliés et enfants de la L.\ : Jean-Baptiste Gayral, négociant ; Cyprien Pettola le jeune, négociant; Joseph Sepolina neveu, négociant; Jacques Verissel, négociant ; Jacques Recamier, négociant : Claude Baroud, écuyer, avocat du roi au bureau des finances ; Claude-Joseph Maradan, négociant ; André Blay, peintre ; Pierre Loir, négociant ; David, contrôleur des gabelles ; affiliés non résidents à cet Orient : Schattheimer Jacquet, à Chambéry ; Jean Benoît Velmaël, négociant à Bruxelles ; Louis-Barthelemi comte de Bork, staroste de Lutzen, colo- nel des hussards, noble Polonais ; Félix Lioy, avocat à Naples ; .comte de Lodron, grand maître de l'hôtel du Saint-Empire ; René-Marguerite Magol. peintre, à Bordeaux ; Pierre Danloux, peintre, à Paris ; Jean- George Vandermalhe négociant, à B:\le ; Louis Pessonneaux, à Paris ; Maurice Marquis Guiraldy de Varene, à Vérone ; Paul Chaix, négociant, à Cadix ; Pierre- Virgine Roche, négociant, à Paris ; Pierre Valfary, à Paris ; François de Paule Latapie, inspecteur des manufactures de LOGES DE PROVINCE 439 Bordeaux ; Jean-Baptiste Vincent d'Hautefage, receveur des gabelles, à Saint-Symphorien-le-Chûteau ; Antoine-Joseph Mondon, notaire, à Saint-Symphorien-le-Château ; Abraham Joyer, négociant, à Amsterdam î Philippe Jeaume, négociant, à Livourne ; Isidore Creuse, négociant, à Barcelone ; Pierre Arfilli, gentilhomme de Bologne ; Jean-Baptiste- Anne Lefebvre, à Paris ; Louis Plumex, négociant, à Lille en Flandre ; Claude Pezay de Corval, négociant, à l'île Bourbon ; Jean-Baptiste Malide Willersin, à Birmingham en Angleterre ; Léonard Strafforello, négociant, à Gênes ; Louis Schiaffi, docteur en médecine, à Bologne ; Jean- Baptiste Dareste de la Plagne, contrôleur général des fermes du roi, à Vienne : Jean Sciaccaluga, négociant, à Gênes ; comte Rutilio Calini, à Brescia ; marquis Ghérardini, envoyé extraordinaire et minis- tre plénipotentiaire de S. M. l'empereur à la cour de Sardaigne ; comte Joseph Trivulsi, de Milan ; comte Caston Rezzonico, secrétaire de l'Aca- démie des Beaux- Arts de Parme, et chambellan de S. A. R. l'infant duc de Parme ; Barthélémy, comte F.'.Patellar ; de Revigo, négociant, à Venise ; député au T.'. R.-. G.\ 0.\ de France : Louis Desveux, négo- ciant, résidant à Paris, maison du carrossier du roi ; députés à la T.*. R.'. G.*. L \ provinciale : Terrer ; Duguey ; comité établi pour le conseil de la L.*. : Terrer ; Dareste ; Le Camus ;de Petitchet ; Burlat ; Audra de Maljulien ; de Souligné. VRAIS AMIS Cette L.*. fut constituée par une puissance jacobite le 10 mars 1760, en faveur de Paganucci, avant d'être reconnue en 1761 par la G. . L.*. Elle aurait reçu ses titres d'un dentiste nommé Jean-Antoine Hébert, arrivé à Lyon en 1759, se disant G.'. M.\ des L.*. d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Cet Hébert, qui recevait des aumônes pour les FF.*. Ecossais malheureux, fut peu après mis à l'index par les autorités maçonniques de Paris et de Lyon. Le 4 mai 1760, les Vrais Amis n'avaient que 11 membres, qui le 26 juillet 1761 furent suspendus parle vén.-. Faure et le 1er surv.'.Scherer. Nous avons vu qu'en 1766 cette L.-. se réunit à la Parfaite Amitié. VRAIS AMIS RECONSTITUÉS SOUS LE DIRECTOIRE ÉCOSSAIS Il est probable que cette L.'. fut formée avec des membres dissidents des Vrais Amis. Le G. . 0.\ les agrégea le 5 mars 1781, pour prendre rang du 12 janvier précédent. En 1785, son vén.*. était Gras, avocat ; son secrétaire, Sandrin, employé du Consulat ; et son député, Perrin, avocat. Cette L. * . reprit le titre de Vrais Amis, et en 1788-9 son tableau était composé des membres suivants : J.-B. Bouvard, anc. off. au service d'Espagne, vén.'. ; Jean-André Roux, av. au Pari., notaire, 1er surv.\ ; Georges Pellichody, nég., 2e surv.-. ; Jean-François Sandrin, commis au secret, du Consulat et secrétaire de la Grande Fabrique. 1er surv.-. adj.\ ; Jean-Pierre Razuret, nég., 2e surv.*. adj.\ ; Jean-François Perret, nég., orat.'.; Claude Charbon, receveur à la régie générale, secret.-. ; Jean-Louis Caprony, insp. des messag., secret.-, adj.-. ; Claude Brachet, receveur des octrois, 440 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE très/. ; Philippe Fiéron, nég., très.-. adj.-. ; hospit.-. et élémosinaire, J.-B. Durieux d'Esparros, ancien off. inf., ex-vén.-. g.', des se.*, timb.-. et arch.*. ; Antoine Thibière, teneur de livres, et Anthelme Besson, rece- veur des coches de Paris, maîtres des cér.-. ; Jean-Pierre Pérouse et J.-B. Odobé, négociants, m.", des cér.\ adjoints. Membres delaL.'. : Pierre-Antoine Gourioud, Dominique Boucher et Michel Four, négociants. Affiliés libres résidents à Lyon : J.-B. Elisabeth Borne, chanoine, baron de Saint-Just ; Amable Perret, religieux, et Jacques-Philippe Répons, nég. Affiliés non résidents à Lyon : Riffé de Caubray, av. aux cons. du roi, à Paris ; Alexandre de Lucenay, lieut. de maréchaussée à Digoin, et Louis-Philippe Raillard, insp. des octrois de In Saône, à Chalon. Enfants de la Loge : Jeau-Marie-Gabiiel Thibière, architecte ; Denis- Frédéric Pillichody cadet, nég. ; J.-B. Boissonnet, nég. à Pétersbourg ; Marc Binet, nég. ; Vincent Clapisson, nég. Les députés étaient : au G.*. 0.\ Riffé de Caubray, et à la G.'. L.\ Prov.*. Jean-Antoine Roux et Antoine Thibière. dép. subs. Le concierge de la L.\ était Jacques, maison Flandin à Tout -Vent. L'adresse permanente de la L.\ était : à M. d'Esparros, au bureau général des octrois de la ville, à Lyon. PARFAITE RÉUNION La G.*. L.\ constitua cet atelier le 26 novembre 1765 en faveur du vén.\ m.*, abbé de Cully. Ses vén.'. furent : Jean- Baptiste Mioche, négo- ciant (1765) ; l'abbé de Cully (1768) ; Bocary aîné, procureur (1776) ; Vuarchex, négociant (1778), et François Barre, pharmacien (1784). Le G.\ O •. ayant refusé de reconnaître ses constitutions, en 1783, le 26 no- vembre 1784, les membres de cette L.\ se réunirent aux Amis de la Vérité. SAINT-JEAN-DE-JÉRUSALEM Cette h.\, qui fonctionnait en 1756, fut constituée par la G \ L.\ le 15 juin 1758, par le Contrat social le 15 octobre 1781, et parle G.\ 0.\ le 31 janvier 1782, pour prendre rang du 3 octobre précédent. Les tra- vaux de cette L.\ n'ont pas laissé de traces avant 1780. Ses vén.-. furent : Gaïet de Lancin ; l'abbé Perrodon, chanoine de Fourvière (1780) ; de Tulle, de Villefranche, chev.v de Malte (1781-1783 et 1786); Gaïet de Laurencin (1784); Baron, greffier général du comté et cours ecclésiastiques (1785) ; Courvoisier (1787-1789) ; Michel, sous-directeur de la Loterie royale (1788), et Morel, professeur de musi- que (1790). Son député était Radel, architecte. Cette L.\ ne comptait pas moins de 68 membres et 5 frères servants. Sur son tableau, avant la Révolution, figurent : Michel, sous-directeur de la Loterie royale à Lyon, vén.*. ; Champeaux jeune, membre du collège royal de chirurgie, chirurgien- major du rég. provincial, 1er surv.\ ; Boisset, 2e surv.\ ; Gaïet de Lancin, av. au Pari., ancien vén.., orateur ; Flize, chef des bureaux de la Loterie royale, secret.-.; Poncet, nég., très.*. ; Courvoisier, directeur des affinages, anc. vén.-., g. des se*. ; Monnet, nég., aumônier infir- LOGES DE PROVINCE 441 mier ; Belouze, nég., arch.-. ; Perrin, bourgeois, Deschand, nég., et Alber- ton, m.-, des cérém.'. ; Bachelut, nég., f.-. terr.'. ; Malliot, ord.\ des banquets ; Betan, nég., et Lamanière, prof, de musique, arch '. de la musique ; Duplessis, teneur de livres de l'hôp. gén. de la Charité, or.-, adj.-. ; Bertrand, premier commis du greffe gén. du comté et des cours ecclés. de Lyon, adj.-. au secret.*. Parmi les membres : Baron, greffier gén. du comté et cours ecclés. de Lyon., anc. vén.-. ; Bruno, nég. ; Bégot, greffier à la Conservation; Morel Carrier, prof de musique ; Condamin aîné, nég. ; Talhand, nég. ; Latour, prof de musique. Guillot, nég. ; Chenaud, nég. ; Sallard, prof, de musique ; Chenavier, commis au secrétariat de l'ass. prov. ; Du Bouchet, chev. magistral et com. de 10. \ de Malte ; Brachet, teneur de livres ; Carrier de Préneuf, contrôleur gén. des fermes à Tournon ; de Ferrus de Plantigny, anc. off. d'inf. au rég. de Guyenne ; Patricot, Hugenaud, Lafabrègue, Chazard, Rozet, Pourra, Hervier, Morel, Baloffey, négociants ; Bollioud de Çhangieu, off. de dragons ; Brondel, Rey, Leroy, professeurs de musique ; Du Bouchet, prêtre conventuel de l'O. de Malte, chanoine du Temple à Paris , Siéyès, chanoine du chap. roy. de Pignans ; Thévillon, teneur de livres ; Pignon, prof, de dessin ; Pelissier, anc. lieut.-col. au service des Ét.-Unis d'Amérique. Vétérans : de Tulle de Willefranche, chev.'. de l'O.". de Malte ; de Compezières, col. inf. au service de son ordre, ancien vén.'. ; Potot, lieut.-col. artil., chev. Saint-Louis ; Ray, nég. ; Chevrillon, secret, du roi ; Pernon, prêtre conventuel de l'O. de Malte; Fontaine, anc. secret, du com. des prov. de la général, et de 1 intend, de Lyon ; Radel, archi- tecte, quai des Écoles à Paris, dép. au G.*. O.*. au S.", chap.-. métr.-. du rite écoss.-. et à la T. . R.\ M.*. L.-. E.\ de France ; Champeaux jeune, et Boisset, députés à la T.". R.-. G.-. L.-. Prov.'. Servants : Polycarpe Perrin, concierge ; Antoine Servonnet et Joseph Janney . Adresse de la L.'. : à M. Flize, chef des bureaux de la Lot. roy., à Lyon. Cette L.*. disparut définitivement pendant la Révolution. AMITIÉ Cet atelier aurait été constitué en 1744, par une puissance inconnue, en faveur du vén.-. m.'. Lorrain ou Lorin. Il fut reconnu par la G.-. L.*. le 15 juin 1758, avec Jacques Irénée Grandon, comme vén.*. ; Gueidan, 1er surv.\ ; Jean Meillan, 2esurv.-. ; Bonnichon, orateur; Legris, tréso- rier ; Barrai, secrétaire ; et Warnet, maître des cérémonies. Ses vén.-. furent : J. Legris (1761) ; J.-G. Lorin (1762-1763) ; Antoine Salier (1764), et G. Bonnichon (1765). En 1760, figurent parmises membres : Jacques Symiaud, 2e sury.*., et Bazucco Cette L.'.n'a pas laissé de traces postérieures à 1765. G.. L.-. PROVINXIALE En 1760 et 1761, les vén.-. M.-, des L.*. régulières de Lyon formèrent le projet de fonder un groupe compact dans la province maçonnique d'Auvergne dont Lyon était la capitale. 442 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Bien que ces espèces de M.*. L.\ aient enlevé à la G.'. L.\ de Paris, dite G.*. L.'. de France, une partie de ses pouvoirs, celle-ci accorda les constitutions de la G.*. L.'. provinciale de Lyon, le 18 juil- let 1761, et le G.'. O.*. les renouvela le 4 avril 1774 Ne pouvaient faire partie de cette L.'. que les m.*, de L.'. en exercice ou les passés- maîtres. Les vén.\ de cette L.*. de maîtres furent : Jacques-Irénée Grandon (1760) ; Jean-Baptiste Willermoz (1761-1762) ; André Mongez (1763, 1766- 1767, 1775) ; Jean Alquier (1764-1765) ; Sellonf (1768-1772) ; Prost de Royer (1773) ; Boscary (1776) ; Saincostard (1777-1780) ; et Suchet (1781-1789). En 1790, cette L.'. se composait de 46 membres présidés par daiet de Laurencin ; parmi ses membres : Baron, 1er grand surv.\ ; Couvoisier ; de Villefranche, commandeur de Malte ; Michel et Morel. Les députés furent successivement : l'abbé Jardin, Bacon de la Cheva- lerie et Salivet. En 1790, la G.*. L.'. provinciale représentait 11 L.-. de Lyon et 3 des environs : Amis de la Vérité : Duguayt, cons. roi, not.; Sagesse : Philippon, nég. ; Parfait Silence : Maupetit, nég. ; Sincère Union : Boisset, prêtre hab. Saint-Jean ; Vrais Amis: Thibière, teneur de livres ; Saint-Jean-dc-Jérusalem : Boisset, nég. ; Parfaite Harmonie : Ponson, prêtre hab. de Saint-Jean ; Sincère Amitié : Micaleff, orfèvre ; Saint-Jean du Patriotisme : Richoud, nég. ; Régularité : Montellier, nég. ; Paix : Arnaud, nég. ; Frères Elus, O.*. Montbrison ; Parfait Accord, O.'. Villefranche: Desgranges aîné, av. et proc. aux cours de Lyon ; Sincérité du secret O.*. de Trévoux, Courvoisier, dir. affinages de Lyon et Trévoux. PARFAIT SILENCE Cet atelier fut constitué par la G.*. L.*., le 5 décembre 1762, en faveur du vén.\ m.'. Lenoir, horloger, et à son défaut en faveur de Borde et des surveillants Ravina et Duchesne. Les vén.\ du Parfait Silence furent : Lenoir (1760-3) ; Borde (1764) Malhon (1765) ; Faucheux, imprimeur libraire (1775-8 et 1782-3) ; abbé Raux (1779-81) ; Sébastien Carret, négociant (1784-5) ; Burlat (1786) Beauquis (1787-8) ; et Gagnieur, négociant (1789). Parmi les membres de cette L.'. figurent : Villard, surveillant Naudeau, «ecrétaire ; Lenoir, garde des sceaux. Son député était Mail- lefer. Cette L.". cessa de fonctionner pendant la Révolution; neuf de ses membres demandèrent leur reconstitution au G.'. O.-. dès le 11 février 1803 ; c'étaient les frères : Philippe Blanc, négociant ; Daval ; Faivre ; Mathieu Barret ; Raynard aîné et cadet ; Changeux ; Massye et Raynard père. Ses vén.v furent : Blanc (1803-5 et 1808-11) ; Claude Maillot, limo- LOGES DE PROVINCE 443 nadier (1806) ; Nicolas Barret, instituteur (1807), et le frère de Philippe Blanc (1812-3). Cette L.\ entra en sommeil de 1814 à 1817. Cependant pendant l'Empire elle avait été très prospère, ayant de 80 à 100 membres. Le 5 avril 1806, le Parfait Silence demanda et obtint de soucher un chapitre à son atelier. Le député pour la L.\ et le chapitre était Polak (P. Manus), négociant. Le 28 août 1805, c'est dans son nouveau local, inauguré le 5 mai 1805 que les L.\ donnaient une fête à l'astronome Lalande. AGESSE Cette L.\ fut constituée le 5 janvier 1763, parla G.-. L.\, en faveur de Jean Alquier, négociant, et renouvelée par le G.*. Ov. le 25 mars 1774. Elle était cependant en vigueur depuis 1756 et tenait ses titres d'un pouvoir inconnu. Ses vén*. furent : Willermoz aîné (1756-1760) ; Eynard de Cruzolle (1761); Alquier (1763 et 1777) ; Jacques Rigollet (1764) ; Durand (1765, ; Jean-Pierre Suchet (1768) ; Jean-Baptiste Séranne fils (1769) ; Jean Desgranges aîné (1770 et 1776) ; Saincostard atné (1771 et 1775) ; Auber- jounois (1778) ; G. Mayneval (1780, 1782, 1785 et 1788) ; Décrois (1781 et 1783-4) ; Morin fils aîné (1787 et 1789). La Sagesse disparut définitivement en 1792. AMIS CHOISIS Cette L.\ aurait été fondée par une puissance inconnue, en faveur du vén.-. m.'. Alex. G. Gontard, en 1744. Ses constitutions furent renouvelées en 1761 en faveur de Jean Pagannuci par la G.'. L.-. Gontard lui suc- céda en 1763, le marquis de Foudras en 1764. Pagannuci reprit la pré- sidence en 1765. Il est possible que cet atelier ait continué ses travaux jusqu'en 1780. En 1765, laG.*. L. . fonda un atelier dont on n'a pas retrouvé le titre en faveur du vén.". m.*. Gérard. Cette L.*., qui n'a pas laissé de trace, était encore en vigueur en 1779. UNITÉ La G.'. L.-. fonda cet atelier le 27 avril 1766, en faveur du vén.-. m.*, le comte de Bellemare. Cette L.*. n'a pas laissé d'autres traces. CHOIX DES HOMMES LIBRES Le 30 juin 1766, la G.*. L.#. fonda cet atelier, en faveur du vén.*. m.*. Laurent ; il était encore en vigueur en 1779. CONSTANCE DE L'UNITÉ En novembre 1766, la G.*. L.*. constitua cette L.'. en faveur du vén.*. m.'. Raynard ; elle n'a pas laissé de traces. BONNE AMITIÉ Un atelier fut créé sous ce titre, à une date inconnue, par une puissance inconnue. 444 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE MAÇON PARFAITE UNION Cette L.\ fut constituée le 28 décembre 1765 par la G.*. L.\, en faveur <'u vén.\ m.'. Ferrand fils ; ses titres furent renouvelés par le G.'. 0.\ le 27 mai 1774. Parmi ses membres figurent en 1775 : de Chabote ; (iarnou ; Pavalier ; Séré ; Samion ; Martine ; Trécourt cadet ; des Vignes de Davoyé ; Foylard ; Guillot ; Garnier ; de la Presle ; Poncet ; Monteval ; Montbiermal ; Peltrat et Blondel. En 1776, elle comptait 28 membres et 31 Tannée suivante. Ses vén.\ furent : Desbois, grand bailli d'épée (1776) ; et Sevré de Saint-Romain, trésorier des états du Maçonnais (1777). Son secrétaire était Rubat, avocat au Parlement. Le 25 août 1778, elle s'était fait reconstituer par le Contrat social. En 1785, elle avait cessé ses travaux. En 1807, elle était en instance de reconstitution, et le 4 mars 1808, un chapitre fut souche à cet atelier. En 1809 ses membres étaient : Barthélémy-Claude Delavaivre, avoué ; Henry-Louis Laroux fils, greffier du tribunal de commerce ; Joseph Huguet, professeur de dessin ; Gabriel-Alban d'Hauteville, docteur en médecine ; Clément Rousseau, marchand ; Claude Dupont, officier pen- sionné, chevalier ; Julien Roustau, négociant ; Jean-Baptiste Chamonard, négociant ; Jean-François-Laurent Conste, Dp en médecine ; Antoine Richard, marchand ; Jean-Ange Guillemin aîné, greffier de la justice de paix ; André Guillemin cadet, commis à la préfecture ; Philibert Lagrelet, 1er commis du payeur ; Adrien Sébastien Nèple, receveur de l'enregistrement à Buxy ; Antoine Delorme, restaurateur ; Antoine Dus- seuil, marchand de vins ; Charles-Louis-Victor Turbet, payeur du dépar- tement ; François Derthieux, officier pensionné ; Pierre Villepique, capitaine de recrutement ; Laurent Cortey, receveur de l'enregistrement à Geugnon ; Baptiste Dure puîné, propriétaire à Mâcon ; Jean-Baptiste Desroches, commis chez le receveur général ; Léonard Tussaud aîné, négociant ; Claude Tussaud cadet, négociant ; Etienne Sancy, receveur des hospices; François Testenoire, maire de Loche ; Antoine Chassipollet, greffier au tribunal de simple police ; Jean Roberjot, caissier du rece- veur général ; Julien Dure aîné, propriétaire à Davayé ; Jean-Baptiste Rubat fils, propriétaire à Vinzelles ; Philippe Lombard, négociant ; Jean-Baptiste Conflans, avocat ; Jean-Baptiste Roy, géomètre ; Charles Lorin, avoué ; Jean-Claude Perrier, propriétaire à Hurignj- ; Louis Dumont, employé au bureau des hypothèques ; Jean-Baptiste Talmeuf, maire de Sailly : François Pennelle, capitaine de recrutement à Bourg ; Jean -Baptiste Farcy, officier de recrutement à Bourg ; Bernard-Marie Bonnet, négociant ; Jean-Baptiste Bordereau, professeur de musique ; Antoine Berthet, professeur de musique ; Marie-Anne Ignace Monfra- beuf-Dubuc, sergent-major au 16e régiment d'infanterie légère ; Joseph Defranc, colonel pensionné ; Joseph Pascal, sergent-major de la compa- gnie départementale ; Claude Vesignet, marchand ; Paul Tondu, avocat ; François Marchand, propriétaire à Tournus ; Pierre-Etienne Michel, propriétaire ; Jean-Baptiste Her, commis à la préfecture ; Jean- Baptiste-Guillaume Billioud, propriétaire à Bourg ; Jérôme Dimier, avocat à Bourg. LOGES DE PROVINCE 445 Affiliés libres : François Vaillant, ingénieur ; François Léger, capi- taine pensionné ; Augustin-Marie] Bazaine, officier de recrutement ; F.*, servant et concierge : Chapon ; Firent encore partie de cette L.\ : Jarrin, Augros, Franchizet, Borde- reau, Chesnard, Pionin, Barjot, Delacombe, Protat, Huguet, Duffour, Alliot Gratacap fils aîné. Verset, Joanin, Delorme,'Aucaigne, Rondet. Baudot, Tondu, Chamonard cadet, Bergier. Affiliés : Bordereau, M.*. ; Hubsch, R.\ -f- ; Vésinié, M.'. ; Bonnet, Rivet, M.-. ; Cadot ; Chesnard, M.'. ; Affilié libre: Masséna, R.\ -f. Dignitaires: vén.*,, Laroux fils; 1er surv.\, Delavaivre ; 2e surv.'., Roustan ; orateur, d'Hauteville ; orateur adjoint, Conflans ; secrétaire, Lagrelet ; secrétaire adjoint, Dumont ; garde des sceau et archives, Chassipollet ; trésorier, Roberjot ; maître des cérémonies, Turbet ; adjoints au maître des cérémonies, Guillemin cadet, Lombard ; Experts, Guillemin aîné, Dure (Baptiste), Dusseuil ; archiviste préparateur, Rous- seau ; hospitalier, Desthieux ; économe, Desroches ; inspecteur des banquets, ïestenoire. Laroux fut vén.-. jusqu'en 1815. MARENNES L'UNION RÉTABLIE Constituée le 23 août 1756 par une puissance inconnue, cette L.\ fit renouveler ses titres par le G*. 0.\ le 6 juin 1777, pour prendre rang du 25 janvier 1776. A cette époque, elle n'avait que 7 membres. Son vén.'. était Arnaud, procureur du roi en l'élection ; son secrétaire, Durand, notaire ; et son député, Parât de Montgeron, ancien commissaire de la marine. En 1785, son vén.'. était Lortie du Maine, avocat, et son député Potiquet. L'Union Rétablie cessa ses travaux un peu avant ou au début de la Révolution. Elle les reprit sous l'Empire. En 1813-4, son vén.-. était Guérin, avocat ; son secrétaire, Charron, jeune, receveur particulier, et son député Muraire, grand officier d'hon- neur du G.-. 0.\ MARIE-&ALANDE LA VRAIE FRATERNITÉ Lorsque le G.*. 0.\ reconstitua cette L.\ le 19 août 1781 pour prendre rang du 1er août 1770, il rappela ses travaux commencés le 7 février 1768. Ses débuts n'ont pas laissé de traces. De 1785 à 1789, elle eut pour vén.*. Douard-Duvivier, médecin ; pour secrétaire, Castayde, officier des volontaires libres, et pour député Savin. Elle cessa ses travaux pendant la Révolution et en 1808 était en instance d'ouverture. MARSEILLE MÈRE LOGE ÉCOSSAISE Nous avons déjà donné en partie l'historique de cette L.\ (chap. vu), qui fut connue d'abord sous le titre de Saint-Jeau d'Ecosse, elle 446 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE prit par la suite le titre de M.*. L.\ de Marseille, puis celui de M.*. L.-. écossaise de France. La M.\ L.*. résista à toutes les tentatives faites par le G.*. O.-. pour la faire rentrer sous son obédience. Elle occupait un local superbe à Marseille. Elle constitua les L.\ suivantes : Salon, Saint-Jean d'Ecosse de la Parfaite Amitié ; Brignolles, Saint-Jean d'Ecosse des Amis Réunis ; Constantinople, Saint-Jean d'Ecosse de la Parfaite Union ; Hyères, Saint- Jean d'Ecosse de la Réunion ; Avignon, Saint-Jean d'Ecosse de la Vertu Persécutée ; Martigues, Saint-Jean d'Ecosse de la Triple Union ; Martinique (Saint-Pierre), Saint-Jean d'Ecosse ; Paris, Saint-Jean d'Ecosse du Contrat social ; Smyrne, Saint-Jean d'Ecosse des Nations Réunies ; Riez, Saint-Jean d'Ecosse des Harmoniphiles ; Toulon, Saint-Jean d'Ecosse de l'Ecole des Mœurs et Amis Constants Réunis; Saint-Domingue Jacmel, Saint -Jean d'Ecosse du Choix des Hommes M.*. L.*. écoss. de Saint Domingue ; Cadenet, Saint-Jean d'Ecosse des Amis de la Vertu ; Pignan, Saint- Jean d'Ecosse des Parfaits Amis ; Draguignan, Saint-Jean d'Ecosse de la Parfaite Union ; Leu, Saint-Jean d'Ecosse des Vrais Amis ; Saint - Chamas, Saint-Jean d'Ecosse des Vrais Zélés ; Salonique, Saint-Jean d'Ecosse de l'Amitié ; Ile de FraRce, Saint-Jean d'Ecosse ; Cap, Saint- Jean d'Ecosse des Sept Frères Réunis ; Paris, Saint-Jean d'Ecosse des Elèves de Minerve ; Libourne, Saint-Jean d'Ecosse de l'Ecole des Mœurs ; Nevers, Saint-Jean d'Ecosse de Saint-Napoléon ; Cuers, Saint- Jean d'Ecosse des Amis Constants ; Libourne, Saint-Jean d'Ecosse de la Sévérité ; Barcelonnette, Saint-Jean d'Ecosse de la Fidélité; Gênes, Saint-Jean d'Ecosse des Vrais Amis Réunis ; Digne, Saint-Jean d'Ecosse des Amis de l'Ordre ; Bastia, Saint-Jean d'Ecosse des Amis de la Paix ; Valensole, Saint-Jean d'Ecosse de l'Unité. Elle était également affiliée aux L.*. suivantes : Aix, Amitié ; Dra- guignan, Triomphe de l'Amitié ; La Ciotat, Saint-Charles de la Sainte Amitié ; Arles, Triple Alliance ; Manosque, Ardents des Alpes; Pertuis, Triomphe de l'Amitié ; Grasse, Nouvelle Amitié ; Toulon, Paix et Par- faite Union ; Nice, Vrais Amis Réunis ; Gap, Amitié ; Manosque, Cons- tance couronnée ; Sisteron, Enfants de Thémis. En 1801, ses dignitaires étaient : Demadon, vén.\ ; Gravine, l«r surv.\ ; Tarteiron, 2e surv.v ; Girard, orateur ; Parac aîné, secré- taire ; Crudère père, garde des sceaux. En 1810, figuraient parmi ses membres : Thibaudeau, préfet, vén.\ ; Ricordi, vice-président du tribunal, av., 1er surv.'. ; Antoine, baron de Saint-Joseph, officier de la Légion d'honneur, maire de Marseille, 2e surv.*. ; Girard, secrétaire général de la préfecture, orateur ; Dumay, général de division, commandant la 83 division militaire, maître des cérémonies ; de Permon, commissaire général de police ; Ricard, président du tribunal ; et Dejean, général de brigade. Cette L.\ cessa définitivement ses travaux eu 1814. UNION PARFAITE Cette L.\ fut constituée en 1765, par la G.\ L.*., en faveur du vén." m.*, de Cessey, et fonctionnait encore en 1779. LOGES DE PROVINCE 447 PARFAITE HARMONIE Le 11 février 1766, cet atelier fut fondé par la G.*. L.\, en faveur du vén.*. m.', de Cessy jeune ; en 1779, elle était encore en vigueur. PARFAITE SINCÉRITÉ Cette L.*. fut constituée par une puissance inconnue le 20 juillet 1767, en faveur du vén.'. m.-. Desbordes. La G.*. L.*. renouvela ses titres le 10 décembre 1772 et le G.'. 0.\ le 15 novembre 1781. De 1785 à 1788, elle eut pour vén/. : Paul, tailleur, et en 1789, Noël, juré-priseur. En 1785, son secrétaire était Philippe Paul, et en 1788-9, Dubois, coutelier. Son député fut Hurel, payeur des rentes. En sommeil pendant la Révolution. En 1802, elle avait pour vén.*. Joseph Bastide, rentier ; pour secré- taire, Chauffard, libraire, et pour député, Connord, gantier. En 1808, ces dignitaires étaient remplacés par Dufaj-, officier de santé, Serenus-Cayol, architecte, et Foraisse. En 1813-4, le vén.'. seul était remplacé par Vidal, avoué. PRUDENCE Fondée en 1765, dès 1769, cette L.". se fondit dans la M.*. L.*. écoss." RÉUNION DES ÉLUS Cette L.'. commença ses travaux en 1767, fut constituée le 11 février 1770, par une puissance inconnue, et fit renouveler ses titres par la G.-. L.«. en 1772 et par le G.-. 0.\ le 22 août 1782. Ses vén.'. furent : Çyprien Laurency (1785) ; Barthélémy, négociant (1788), et Deydier, négociant (1789). Son député fut Barbot le jeune, contrôleur de la Bouche de la duchesse d'Orléans. MARTINIQUE (la) (Fort Saint-Pierre) PARFAITE UNION C'est en 1738 que cette L.*. fut constituée par la G.-. L.'.; le G.*. 0.\ renouvela ses titres le 11 mai 1775. On ne sait rien de ses débuts. En 1776, elle était composée de 17 membres, lorsque la Tendre Fra- ternité se joignit à elle à la fin de l'année, elle en eut 34. En 1776 et 1777, elle avait pour vén.*. Brunet ; La Faye, capitaine des milices, occupait ces fonctions en 1785, et Dubuc, major-commandant en 1788-9. Ses secrétaires furent : Fortin (1776) ; Malespine (1777), et Jean Aude- bert (1788-9). Son député Savalète de Lange fut remplacé en 1788 par Bacon de la Chevalerie. Cette L.*. disparut définitivement pendant la Révolution. TENDRE FRATERNITÉ Constitué par la G.'. L.*., le 19 décembre 1765, cet atelier fut renou- velé par le G.*. 0.\ le 11 juillet 1774. Au moment de sa fusion avec 448 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE la Parfaite Union, en 1776, Schmidt, commissaire de la marine, était son vén.\, Coutems, commis au bureau des domaines, son secrétaire. MEAUX En 1779, une L.'. était en vigueur à l'O.*. de Meaux, elle avait été fondée parla G.*. L.*. à une date inconnue en faveur du vén.\ m.-. Félon de l'Arquebuse. METZ PARFAITS UNIS La G.-. L/. fonda cet atelier le 27 décembre 1758, en faveur du vén.\ m.*. Précourt. Celte L.'. n'a pas laissé d'autres traces. SAINT-JEAN Cette L.*. fut constituée le 16 mai 1762 par la G.'. L.*., en faveur du vén.\ m.'. Tifaine, directeur des vivres ; elle fut renouvelée le 18 octo- bre 1773 par le G.*. GV. En 1776 et 1777, elle comprenait 25 membres, toujours présidés par le vén.\ fondateur. En 1785, il était remplacé par de Chapes, ancien capitaine aide-major d'infanterie, lieutenant pour le roi au gouverne- ment d'Etain ; et en 1788-9, par Bourgeois, échevin, conseiller au pré- sidial. Parmi ses membres figurent : Mehusier, conseiller correcteur des comptes ; Lalance, négociant ; Le Payen, secrétaire de l'intendance ; de la Salle d'Angerville, président à mortier, et Georges, deuxième conseil- ler au bailliage. Demachy, maître en pharmacie, fut son député, et Oudet occupa ces fonctions en 1788-9. En 1776, elle était sous le directoire écossais. Cette L.'. disparut définitivement pendant la Révolution. SAINT-ÉTIENNE C'est en faveur du baron de Tschoudy que cette L.*. fut constituée le 5 mars 1764 parla G.*. L.". CANDEUR Le 5 mars 1764, la G.*. L.*. fonda cet atelier en faveur de Pince- maille, qui occupait encore ces fonctions en 1766. La Candeur était en vigueur en 1779. SAINT-JEAN DE LA CONSTANCE Cette L.'. fut constituée le 12 décembre 1765, par la G.*. L.*., en faveur du vén.\ m.', de Gramont. Elle n'a pas laissé de traces. MOISSAC SAINT-JEAN Lorsque le G.*. 0.\ constitua cette L."., le 3 août 1780, pour prendre rang du 26 janvier 1779, il rappela ses travaux commencés le 20 décem- LOGES DE PROVINCE 449 bre 1762. En 1783, figurent parmi ses membres : le chev.*. de Mun, officier au régiment de l'Ile de France infanterie, grand élu, vén.\ ; Delpech, conseiller du roi, lieutenant principal au siège de Moissac; Durfort, 1er surv.\ ; l'abbé Ducros, prêtre bénéficiaire du chapitre de Moissac, 2e surv.'. ; de Cérat, président des requêtes au Parlement de Toulouse, orateur ; Cayron, avocat au Parlement, secrétaire ; de Grand- Pré, officier d'infanterie, trésorier ; de Meynard, avocat au Parlement, maître des cérémonies ; de Gardeyre, sr de Mallepeyre, expert ; de Couché, médecin, et l'abbé de Bidereau, chanoine de Moissac, hospi- taliers ; Jacques de Mun, capitaine de dragons, chevalier d"0.\, prince de Jérusalem. De 1785 à 1789, le vén.\ était Delpech, et le secrétaire, Plantade, avocat. Cette L.'. disparut définitivement pendant la Révolution. MONTAUBAN BIENFAISANCE Cet atelier commença ses travaux en 1745 sous une puissance incon- nue. Il ne fut constitué par la G.\ L.'. que le 10 février 1772 et par le G.-. 0.\ le 15 avril 1774. En 1775, figuraient parmi ses membres : de la Combe ; Dralhe ; de Raismes de Donique ; Saint-Genier ; Pernon ; Coffinhal ; Ranly de Bonnefon ; Portai ; Rigail ; Ranty et Bastard. Ses vén.\ furent : de Raisme de Donique, trésorier des troupes en 1776-7 et Ramond de la Bastide, trésorier des ponts et chaussées en 1785. Le député en 1776 était Pyron et en 1777 de la Combe, président de la Cour des aydes et finances de Montauban. Dès 1788, cette L.\ n'était plus en vigueur ; elle ne reprit jamais ses travaux. CONCORDE Cette L.*. fut constituée par une puissance inconnue le 26 mai 1762. Le 2 octobre 1766, la G.*. L.'. constitua cet atelier en faveur du vén *, m.'. Greleau, ingénieur. Elle fut reconstituée par le G.*. 0.\ le 1er février 1775, sous le titre de CONSTANCE Parmi les membres de cette L. . figuraient en 1775, d'après les certi- ficats réclamés au G.'. O.'.: Poncet d'Elpech ; Pegu}' ; Costis ; Puyol ; Bouet ; Lafond ; Laçage Rauly ; la Levie ; Olivier ; Segnela ; Labro ; Garrigues ; Pages ; Conté ; Crayla ; Jullier ; Nègre ; Nimos ; Sacreste ; Crosilliers ; Calvet ; Doumerc ; Doumerc du Moulin ; Garrigues ; de la Porte ; de la Caussade ; Conte ; Savary ; Conte l'aîné. Les vén.'. furent : Poncet Delpech, avocat au Parlement (1776) ; Lugan, négociant (1785) ; Gatereau, greffier en chef de l'élection (1788-9). Les secrétaires : Lafond, procureur au présidial(1776); Gatereau (1785) et Morrisset, négociant (1788-9). En 1776,1e député était Pingre et, de 1785 à 1789, Meunier de l'Erable, auditeur à la Cour des comptes. La Constance disparut définitivement pendant la Révolution. LA FRANCHMAÇONNElUE. — T. I. 29 450 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE MONTEREAU-FAULT-YONNE UNANIMITÉ Le 5 novembre 1769, cette L.\ fut créée par une puissance inconnue, en faveur de Lecoq, maire de la ville. La G.*. L.\ renouvela ses titres en 1772, et le G.*. O.'. le 6 juin 1777. Elle ne comprenait que 7 membres à cette époque. Ses vén.*. furent : Lecoq, lieutenant en l'Election (1776-7 et 1788-9) ; Levacher, receveur de la ville et des impôts royaux (1785*. Ses secré- taires : Thibaut, notaire (1777) ; Paillon, régisseur des domaines (1785-8); et ses députés : Morin, receveur de La loterie royale (1776-1785), et Delaville, officier du G.\ O.'. (1788-9). L'Unanimité disparut pendant la Révolution et ne reprit jamais ses travaux. MONTPELLIER ANCIENNE ET DE LA RÉUNION DES ÉLUS Cette L.\ aurait été constituée le 4 février 1745, par une puissance inconnue, sous un titre également inconnu. A une date qu'on ne peut préciser, la L.\ de Saint-Jean de la Réunion des Llus, fondée par la G.*. L.\ le 20 mai 1764, en faveur du vén.*. m.'. Ducandac, se réunit à el!e sous le titre d'Ancienne et de la Réunion des Élus. Il est possible que cette fusion ait eu lieu en 1777, car en 1776, cette L.*. n'avait que 12 membres et qu'en 1777, elle en avait 24. Ses vén.*. furent : Philippe d'Hué, chevalier (1776) ; Sans, bourgeois (1777-1785), et René, médecin (1788-9). Ses secrétaires étaient Vernier, avocat et receveur général de la loterie de l'Ecole militaire (1776) ; et Richard, avocat et directeur de la poste aux lettres (1777-1789). Elle eut successivement pour députés : Richard (1776) ; Boudet, avocat (1777) ; Boisneuf de Chennevières (1785), et Dejoly (1788-9). Entrée en sommeil pendant la Révolution, Clément, juge à la Cour criminelle, fut son vén.'. de 1808 à 1813, et Cavallier, président à la Cour impériale, occupa les mêmes fonctions en 1814. Dejoly fut son député pour la L.\ en 1808, et pour le chapitre en 1813-4 ; Roetliers de Montaleau fils fut député pour la L.\ (1813-4). BARNABAL Cette L.\, dans laquelle on ne voulut jamais reconnaître que les trois grades symboliques, n'a pas laissé de traces. BONNE INTELLIGENCE et AMIS FIDÈLES C'est sous ce premier titre que cette L.\ fut constituée, le 10 janvier 1765, par la G.*. L.*. Le 16 janvier 1777, le G.*. 0.\ la reconnut sous ce nom et le 29 avril 1779 renouvela ses constitutions sous le titre d'Amis Fidèles. En 1776, elle comprenait 21 membres. Son vén.*. était Guichard, maître serrurier, et son secrétaire, Coste, maître plâtrier. De 1785 à 1789, son vén.*. fut Donnât, tapissier, et son député, Gastinel, banquier. LOGES DE PROVINCE 451 En sommeil pendant la Révolution. En 1808, son vén.\ était Christol, ancien capitaine de marine, et en 1813-4, Mestre, fermier du poids public ; elle eut pour député pour sa L.\ et son chapitre : Chabrillau en 1808 et de Joly-Fraissinet en 1813-4. VRAIE HUMANITÉ Le 21 mars 1765, la G.'. L.\ constitua cet atelier en faveur du vén.'. m.'. Maulandry, et le 17 avril 1777, le G.'. 0.\ renouvela ses titres. Gimel aîné, conseiller auditeur en la chambre des comptes, fut son vénérable en 1776-7. Duffour lui succéda en 1785, et son ancien secré- taire, Fargeon, avocat, procureur au bureau des finances, la remplaça en 1788-9. Auguste Albert fut secrétaire de 1785 à 1789 ; Dupont, ingénieur du roi, professeur de mathématiques, fut son député de 1776 à 1785, et Delaville, officier du G. . 0.\, en 1788-9. TRIPLE ALLIANCE Cette L.\ fut constituée le 8 avril 1765, par la G.*. L.\, en faveur du vén.-. m \ Caudre, et reconstituée le 21 janvier 1779 par le G.'. 0.\ Ses premières années n'ont pas laissé de traces. Puech, négociant, fut vén.'. en 1785, et Chastanier, médecin, en 1788-9. David-Sire fut son secrétaire de 1785 à 1789, et pendant la même période son député fut Dejoly. La Triple Alliance disparut définitivement pendant la Révolution. PARFAITE UNION Le 8 mai 1766, la G.*. L.". constitua cet atelier en faveur du vén.. m.-. Vital de Pradaire et le G*. 0.\ le reconnut le 14 octobre 1782. Il n'a pas laissé de traces antérieures à 1785. Vignier, financier du greffe des états de Languedoc, fut son vén.*. en 1785, et son secrétaire en 1788-9. Moulinier fils, pâtissier, fut vén.-. en 1788, et Baron, orfèvre, en 1789. Son député de 1785 à 1789 fut Taille- pied de Bondy, receveur général des finances. La Parfaite Union interrompit ses travaux pendant la Révolution. En 1808, elle était présidée par Piron, secrétaire de l'Ecole de médecine, et en 1813-4, par Besset. Son député pour la L.\ était Roettiers de Mon- taleau fils, et son député pour le chap.\ était Boys de Loury, officier du G.-. 0.\ PERSÉVÉRANCE Cette L.'. fut constituée à une date inconnue par la G.\L.\, en faveur du vén.'. m.". Molinier. Elle existait encore en 1779. MONTREUIL SUR MEîl PARFAITE UNION Le 18 juin 1761, la G.*. L.-. fonda cet atelier en faveur du vicomte du Tertre, capitaine au régiment de Languedoc, et le G.\ 0.\ la reconnut 452 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE le 25 novembre 1779. Ses membres fondateurs furent les ff.\ Ch.*. d'Hodicq, cap. rég. recrues à Abbeville ; Bucquet, contrôl. des aydes à Montreuil ; de la Chaussée, major ; Jassaud de la Lande, Dr des aides ; de Bergemont, cap. inf. ; Robert, bourgeois ; Regnart, bourgeois ; de Rougeat, cap. inf. ; de Lacombe, lieut. d invalides ; de la Haye, cap. rég. Flandre ; de Bergues, g. du roi ; de Mammonier ; de Torcy, capi- taine ; Jean Damascène et Fidèle, capucins à Montreuil. En 1780, parmi ses membres figuraient à l'inauguration de son nou- veau temple : Playoult, curé d'Ecuires, secrétaire ; le Prieur de Saint- Jean du Vivier d'Abbeville et Douville-Maillefeu. Les vén.'. furent : de la Pasture de Verhocq, ancien mousquetaire 11785) ; le vicomte du Tertre (1788), et le comte de la Fontaine-Solare, capitaine cauonnier (1789). Son député fut Canonge, et à partir de 1788, Rœttiers de Montaleau. A l'époque de la Révolution, les ff.\ associés étaient : Delaporte de Vaux, anc. cap. rég. Viennois ; le vicomte du Tertre, maj. adj. ; de Rougeat, anc. cap. ; de la Chaussée, anc. page du roi ; Dupuis de Rame, lieut. rég. Angoulême ; Du Fiel de la Combe, anc. g. du roi ; Jouve, av. ; Playoult, curé d'Ecuires ; chev. de Cossette, off. rég. en garnison ; du Blaisel de Belle-Isle, anc. off. rég. Picardie ; J. de Warnier, anc. off. rég. Brest ; A. de Warnier, anc. off. rég. Dauphin ; François Havet, nég. Montreuil. Les associés libres étaient : de Bergemont ; La Pasture de Verhocq, hab. Paris ; Jassaud de la Lande ; Bosquillon de Frescheville, d'Abbe- ville ; le chev. de la Haj'e à Arras ; baron de Torcy à Hesdin ; Pilain, sous-prieur, bénédictin ; Gay, bénédictin à Boulogne- sur-Mer. La Parfaite Union entra en sommeil pendant la Révolution et se reconstitua en 1806 avec les ff.\ François de la Pasture de Verhocq, vén.-. ; Oudart Dixmude de Montbrun ; Benoist du Blaisel et de Ber- gemont. De Verhocq fut remplacé comme vénérable, en 1809, par Tellier, avocat et greffier du tribunal civil. Son tableau de 1809 portait les noms suivants : Jouve, avocat ; Gobert, rentier ; Woillez, contrôl. droits réunis ; F. Havet, nég. ; Poultier, com. de la ville ; Thorand, employés droits réunis ; Rousselle, pharmacien ; Spilleux, recev. droits réunis ; Jérôme de Lhomel, clerc de notaire ; Théry, comptable des vivres ; Fougeroux de Campigneulles, rentier ; de la Tour, anc. officier ; Griffon, avocat ; Deroussent-Lambert, chirurgien ; Allègre, économe de l'hôpital milit. ; Meunier, peintre ; Carré, employé droits réunis ; Fillion, employé droits réunis ; Dauvin, maire de Gouy ; Chocquart, lieut. garde-côtes. Les membres honoraires étaient : de la Pasture de Verhocq, maire de Montreuil ; de la Porte de Vaux, propr. ; Lefèvre de Tigny, lieut. Tellier fut vén.*. jusqu'en 1815. Le député au G.-. O.*. était Davril, 22, rue Saint-Sauveur, puis rue Quincampoix. MORLAIX NOBLE AMITIÉ Lorsque le G.*. O.-. accorda à cette L.\, le 8 juin 1775, des constitu- tions pour prendre rang du 25 mai précédent, il rappela ses travr.ux commencés en 1746. LOGES DE PROVINCE 453 En 1775, figuraient parmi ses membres : de Tromelin ; de Geurnisac ; Duplessis-Pegasse ; Boistard de la Touche ; de Vieux Chatel, procureur du roi de l'amirauté ; de Kerbellec ; Jaunies ; Walcker et Michon. La L." comprenait 18 membres. En 1776 et 1777. son vén.\ fut de Tromelin, ancien officier au régiment de Dauphin-cavalerie ; il fut remplacé en 1785 par Jollivet fils, contrô- leur de la manufacture des tabacs, et en 1788-9, par de Saint-Maurice, receveur des fermes de Bretagne De 1785 à 1789, Villiers de la Berge conseiller au Parlement, fut son député. NANCY VRAIE LUMIÈRE Le 16 mai 1762, la G.*. L.'. constitua cet atelier en faveur du vén.\ m.', baron de Toussainct ; il était encore en vigueur en 1779. SAINT MICHEL DES CŒURS UNIS Cette L.'., qui fonctionnait en 1779, fut constituée le 5 avril 1766, par la G.-. L.\, en faveur du vén.\ m.-. Morain. UNION PARFAITE En 1779, cette L.'. était encore en vigueur ; elle avait été constituée le 3 juin 1768 en faveur du vén.\ m.', baron de Surveille. NANTES SAINT- JEAN DE JÉRUSALEM Cette L.". fut constituée en 1744, en faveur du vén.\ m.\ le président de Peillac. Il est possible que cette constitution ait été accordée par la L.\ Anglaise de Bordeaux. Il semble qu'elle fonctionnait encore en 1779. GRANDE LOGE ÉCOSSAISE En 1750, une Mère Loge aurait existé sous ce titre. (Voy. Rouen.) LA PARFAITE Le 6 mars 1757, la G.-. L.'. constitua cet atelier en faveur du vén.*. m.'. Thibault. Le G.-. 0.\ renouvela ses titres le 2 juillet 1774 et le Contrat social le 20 mai 1780. En 1775, figuraient parmi ses membres : Thibault ; Salomon et Pierre Fabry de Montpolty ; Candeau ; Dastarils ; Guilley ; Branger ; Allary ; Hoffman ; Corneille ; Mac-Curtain ; Maguero ; Le Peley aîné et jeune. La L.\ faisait adresser sa correspondance sous le couvert de l'ana- gramme Tapefair. En 1776, son vén.". était Murphy l'aîné, négociant, et l'année suivante Garnier du Puy Loup, négociant en 1777-8. En 1778, le tableau de la L.'. portait les noms suivants : 454 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Couillaud de la Rive, off. de la Monnaie, Ie' surv.\ ; Bodichon. dir. manuf. cordages, 2e surv.\ ; Thébaud. nég., ex-maître ; Brun l'aîné, imp. libr., or.". ; Du Dezert, écuyer, avocat, secret.'. ; Branger, nég., très.'.; Brun le jeune, bourgeois, g.*, des se.".; Suin delà Fossonnière, nég., 1er m.*, cérém.'. ; Aerts, nég., 2° m.-, cérém.-. ; Cornet, nég., terrible ; Brée, dir. manuf. cordages ; Candeau, cap. nav. ; Guilley, cap. nav. ; Murphy, nég. ; Hoffmann, nég. ; Dastaritz, cap. nav. ; Fabry de Monpoly, cap. nav. ; Chorel de Claye, anc. off. caval. ; Desrud, cap. nav. ; Galland, cap. nav. ; Van Doorne, nég. ; Langevin, nég. ; Thébaud, nég., à l'Amérique ; Dode, nég. ; Le Ray, cap. nav. ; Rousseau, cap. nav. ; Rolland de la Plousière, bourgeois ; Maurel, nég. à la Guadeloupe ; Séjournée, nég. En 1785, le vén. . était Pierre Jean Brun, imprimeur, qui fut rem- placé en 1788 par Suin de la Fossonnière, négociant, et en 1789 par Marsac, prêtre, sous-scholastique de l'Église de Nantes. Les députés de la Parfaite furent : Daubertin (1776) ; Mercier, négo- ciant, officier du G.\ 0.\ [1111) ; Gautier (1785), et Pescheloche (1788- 1789). La Parfaite interrompit ses travaux pendant la Révolution. Ses vén.'. furent sous l'Empire : Goyau, homme de loi (1802) ; Faute- rat, négociant (1808), et Chevalier (1813-1814). Jusqu'en 1808, son député pour la L.-. et le chapitre fut Thibault, conseiller référendaire à la Cour des comptes, et en 1813-1814, Foraisse, officier du G.*. Gv. LA CONCORDE En 1758,1a G.'. L.*. constitua cette L.*. en faveur du vén.*. m*. Gareau. En 1779, cet atelier fonctionnait encore. PARFAITE AMITIÉ Cette L.*. fut constituée en 1760, par la G.'. L.'., en faveur du vén.-. m.-. Chauvel. Elle n'a pas laissé de traces, SAINT-GERMAIN La G.'. L •. constitua cet atelier le 3 juin 1766 ; il fut renouvelé par le G.*. O.'. le 2 mars 1775 ; à cette époque figuraient parmi ses membres : Guillard-Dumenil ; Thomas ; de la Maillardière ; Ogier ; Prévôt ; de la Touche ; Drouin ; Fortier ; Gatechair ; Bordage ; de Loynes ; Dewa- reux ; Willems ; du Jillou ; Socin ; Duperoux ; du Trajet ; Seigne ; de Humelli ; Lenoir de Guébriac ; du Rondier ; Tardiveau ; Cottineau ; Devaucé ; Charet ; Comadzolicoffet ; Baur ; Boulet. Guillard-Duménil, directeur des poudres, fut son vén.*. en 1776-1777. Il eut comme successeurs : Ogier, ancien officier d'administration, en 1785 ; et Cadou de la Desuerie, officier des canonniers, en 1788-1789. Ses secrétaires furent: Drouin, officier garde-côtes (1776-1777) ; Lenoir de Guébriac, négociant (1785) ; Ogier (1788) ; et Albain (1789). De 1776 à 1788, son député fut Boudeau, ancien procureur du roi en la maîtrise des eaux et forêts, et en 1789, deJaucourt, officier duG.\ O.'., directeur des fermes du roi. Cette L.'. disparut pendant la Révolution. LOGES DE PROVINCE 455 CŒURS UNIS Cette L *. fut constituée le 15 novembre 1766, par une puissance incon- nue, et renouvelée par la G.*. L.\ le 18 mai 1772, et par le G.'. O.'. le 11 août 1774. Parmi ses membres figuraient, en 1775 : le chevalier de Kérusée ; Féron ; Audouin ; Melin ; Foucault ; Le Sénéchal de Richemont ; Bur- gevin ; de Bourgnes ; Le Lièvre ; Thabard ; Grasset ; Patonnier ; Che- villard ; Thévenard ; Harang et Fischer. En 1776-1777, son vén.\ était Grasset, procureur ; en 1785, Bourcard, négociant ; en 1788, de Bruc de Beauvais, capitaine de cavalerie, et en 1789, Dobrée, négociant. Ses députés furent : Guillotin (1776) ; La Voyepierre, négociant, garde du corps de l'épicerie (1777) ; le comte de Bruc (1785), et Pescheloche (1788-1789). Cette L.'. disparut pendant la Révolution. Trois L.\ furent en plus constituées à l'Orient de Nantes, à des dates inconnues, deux sans titres connus en faveur des vén.\ m.*. Girault et Ducros. La troisième, les Vrais Amis, n'a laissé aucune trace. NARBONNE LA PARFAITE UNION C'est par une puissance inconnue quecetteL.*. fut constituée, le 20 sep- tembre 1768, en faveur du vén.\ m.-. Favelle père. Ses titres furent confirmés parla G.\ L.*. le 10 décembre 1772, et par le G.'. O.'. le 20 juin 1776. En 1776, elle se composait de 17 membres : le vén.\ était Broquise, minime ; le secrétaire, Guilhemou, maître d'hôtel, et le député, l'abbé de Montmorency-Bouteville. Les vén.\ furent par la suite : Falc (1777) ; Samaruc, fabricant d'étoffes de soie (1785) ; Rainaud, avocat au Parlement (1788), et Saba- tier, vitrier U789). Les secrétaires furent Rampin, employé à la manufac- ture royale (1777;, et Sabatier en 1788. Ses députés furent : Boudeau (1777) et Gibergnes, procureur au Par- lement (1788-1789). Cette L.\ disparut définitivement pendant la Révolution. NESLE GLAIVE D'OR Cette L.*., qui n'a laissé aucune trace, est signalée par Rebold comme ayant été constituée le 15 janvier 1761. NISMES SAINT-JEAN DE L'HUMANITÉ En 1779, existait encore une L.'. fondée le 24 juin 1753, par la G.*. L.., en faveur du vén.*. m.'. Fléchier. 456 LA FR ANC-MAÇONNERIE EN FRANCE SAINT-JEAN DE L'EMULATION Fondée le 16 novembre 1763, par la G.*. L.\, en faveur du vén.\ m.*. Ponsac de Gérard, existait encore en 1779. SAINT-JEAN DE LA SINCÉRITÉ Cette L.\ fut constituée par la G.\ L.\ le 17 novembre 1763, en faveur du vén.\ m.*, de Scaero. Elle n'a laissé aucune trace. OLÉRON (île d) VRAIS FRÈRES Une puissance inconnue installa cet atelier le 15 mai 1764, en faveur du vén.\ m.*. Milleret, chirurgien-major des hôpitaux militaires. La G.*. L.\ confirma les titres, le 18 mai 1772, et le G.'. Gv. le 23 avril 1774, pour prendre rang du 29 avril 1764. En 1776, il comprenait 14 membres et 22 en 1777. Ses vén.\ furent : Milleret (1776 et 1778) ; Barbier (1777), et le marquis de Vallée, colonel commandant la légion de Nassau (1785 et 1789). Ses secrétaires furent : Hervin, inspecteur des fermes (1776) ; Marti- neau, receveur des fermes (1777) ; Milleret (1785 et 1789). Son député de 1776 à 1789 fut Guillotin, docteur régent de la Faculté de médecine. Les Vrais Frères entrèrent en sommeil pendant la Révolution. En 1808, levén.*. de cette L.. était Boudin, maire, auquel succéda, en 1813-1814, Jullien, notaire. Son député de 1804 à 1814 fut Fox, comman- dant des vétérans. ORLÉANS Dès 1744,. et probablement avant cette époque, les f.\-m.\ étaient nom- breux à Orléans, ainsi que nous l'avons vu (chap. vil). Ils étaient par- ticulièrement protégés par le duc d'Antin, gouverneur de la province et G.'. M.*, de la F.-. M.'., et par de Beauclas, substitut de Joly de Fleury. SAINT-JEAN DES ENFANTS DE LA SAGESSE ET DE LA CONCORDE Cette L.'. est probablement la plus ancienne d'Orléans. Elle était d'ori- gine jacobite. Le 24 juin 1758, son vén.-. m.', était Mathurin Itéguiemme, maître élu écoss.*. Français, Trinitaire et Anglais ; Pierre Dupuy, 1er surv.\ ; Marc Amy Guiquero, 2e surv.\ ; Sébastien Ytasse, or.'. ; Joseph Cartier, très.*. ; Adrien Leroux, secret.*. ; Jean-Louis Guiquero, tuileur ; J.-B. Targe ; Gesnieu de Vilmarceaux, ex-ler surv.\, et Grossard, chev.\ dO.\ Il est probable que cette L.'. fut installée avant 1750, par Raparlier de Rouen ; elle s'intitulait alors G.'. L.'. Ecossaise et faisait fonction de Mère L.-. (Voir Rouen.) LOGES DE PROVINCE 457 Cette L.\ n'a pas laissé de traces ; il est possible qu'elle se soit trans- formée et ait contribué à la formation de L'UNION ; JEANNE D'ARC et LA PARFAITE UNION La L.\ la plus fréquentée parles FF.\ maçons d'Orléans avait pour titre l'Union, qui devint par la suite la Parfaite Union. On sait peu de chose des premiers travaux de cette L.-. qui, en 1772, était présidée par le vén.\ m.*. Ballay, chirurgien, et qui avait parmi ses officiers l'abbé Lucas de Boulainvilliers et le baron de Toussainct. En 1774, la Parfaite Union fusionna avec Jeanne d'Arc. (Voy. aux appendices.) Cette L.'., qui fonctionnait avant 1758, obtint des constitutions d'un pouvoir inconnu, le 17 décembre 1760 seulement. Elle ne fut reconnue par la G.*.L.\ que le 10 avril 1772, et par le G.\ 0.\ le 4 avril 1774. De 1760 à 1765, elle eut pour vén.\ J. Isnard ; Guiquero ; Mathurin Iteguiemme ; Ytasse, et Ballay, chirurgien du roi. Les orateurs furent ; Couret de Villeneuve ; Elie Aubereau ; le P. Vallée, minime, et J.-B. Targe. Parmi ses membres figuraient en 1772 : le 1er vén.\ J. Isnard-Laurent, directeur du Vingtième ; Forel de la Croix, chirurgien (celui qui soigna Léonard Bourdon) ; Beaubled, négociant ; Couret de Villeneuve, impri- meur ; Ravot de la Herpinière, écuyer ; Moireau ; Porcher ; Fauvin, bourgeois ; Martin ; Gaburet, peintre décorateur ; Aubry d'Assas, négo- ciant ; Roussel, contr. fermes ; Percheron, écuyer, greff. chef bureau fin. ; Legrand de Melleray, chev. de Saint- Jacques, lieutenant colonel de cavalerie ; Croisy ; Curnest frères, négociants ; Descourtils, intéressé dans les affaires du roi ; Renard, officier dragons ; de Boislandry-Nar- gel, négociant ; Adam, entreposeur poudres ; Perrin de Cypierre de Chavilly, int. d Orléans. En 1773, les officiers de cette L.'. étaient : Ballay, vén.-. ; Aubereau, 1er surv.'. ; de Bonnaire, 2e surv.'. ; Iteguiemme, Guiquero, Fermé, J. Berenther, Verger, Thirouin, Brunet aine, Lévêque ; Le Bay, secret.-. Lorsque la Parfaite Union se réunit à Jeanne d'Arc en 1774, son vén.\ était l'abbé Jossot. Parmi ses membres figurent : Marcuays ; Benoît Hery ; Dubas ; Adam Charles-René, receveur des poudres ; Aubereau Elie, dir. du terrier du duché d'Orléans, lefsurv.*. ; Ballay Jean, chirurgien, professeur, ex-m.*. ; Beaubles Claude-Benoît, march. de draps ; Beauzée J.-B.-Nicolas, bourgeois affilié ; de Bonnaire Nicolas, sculpteur de l'Acad. ; Brunet Joachim, nég.; Bronse fils Jean, nég. affilié ; Couret de Villeneuve Louis-Pierre, imprimeur, or.*.; Duchézeau Antoine, bour- geois; Forel de la Croix Alexandre, chirurgien, subst.'. du vén.\; Fau- vin Simon- Louis, bourgeois ; Gaboret, étud. endroit; Gareau Paul, nég. affilié ; Guettard Gabriel-Paul, nég. ; Hachin Jean-Charles, nég.*. ; Huquier Augustin, nég ; Leroy, imprimeur, affilié ; Marquesse Antoine, nég. ; Mesnier Joseph, nég., affilié ; Peteau François-Xavier, secret de l'intendance ; Planche Pierre, nég. ; Proust René, contrôleur du guet ; Ravot de la Herpinière Etienne, bourgeois, vén.\ g*, m.". ; Ravot, dit Godeau Jean-Pierre, nég., 2e surv.'. ; Ravot, dit Rocher, Etienne, nég., m.*, très.*. ; Renouard, dit Petit-Bois, Denis, nég '., m.*, de cérém.-. ; Renouard, dit Vesque, Aignan, nég. ; de Saint-Charles Denis, carme 458 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE déchaussé, secret.-. ; Sevin Jean-Philippe, nég. ; Targe J.-B., prof, de l'Ecole royale, affilié ; Verger Antoine, nég. ; Vieusse J.-B., dro- guiste. En 1775, plusieurs de ses membres demandèrent des certificats au G.-. OV. : Renouard dit Petit-Bois; Aubereau ; Forel de la Croix ; Du Chezeau ; Brunet ; Serin ; Proust ; Renouard ; Planche ; Vieusse et Fauvin. En 1776, la L.\ ne comprenait que 20 membres et 32 en 1777. Ses vén.*. furent : Ravot de la Herpinière (1776-1777) et des Francs (1785;. Les secrétaires furent : Saint-Charles, carme déchaussé (1776) ; Planche (1777 et Benoît Héry en 1785. Le député était Salivet. Cette L.\ entra en sommeil dès 1788. Avant 89, ses m.\ se recrutaient dans la lre classe du tiers État, celle qui fit la Révolution; ils accueillirent donc le mouvement de 89 avec joie et, pour être entrés en sommeil en 1788, ils ne s'en affilièrent pas moins en 1789 aux amis de la Constitution. Ils traversèrent la Terreur sans encombre, sauf leur orateur de 1779, Elie Aubereau, qui fut guillotiné en 1794. La L.\ se reforma en 1796, et sur un brevet de Chevalier d'Épée donné à Carpentier, aubergiste, on relève les noms suivants : Mesland, vén.'. ; Lesourd, secrétaire ; Morand Noire, garde du sceau ; Morand- Jousse ; Lucas-Duneau ; Campanel ; Lucas, chev.\ d'0.\ Carpentier fut admis R.\ + en 1800, par Hérault, m.*, de L.\ et m.', du G.'. 0.\ Cette L.'. ne recevait pas d'artisans. D'après un brevet du 7 ventôse an VII, donné à Urbain Fidèle, figu- raient parmi ses membres : Bailly-Drouin ; Merland, vén.'. S.'. P.*. ch.'. R.\ -f ; Rougemont, bottier ; A.-F. Merland, m.\ P.'. ; Jouet Borget (?) ; Vockers (?) ; Compère ; Lemard, 1er surv.\ ch.*. d'0.\ ; Moure ; Luca ; Poupard ; Dupuy ; Neveu. En 1802, Merland père, officier de santé, était encore vén.'. Le député était Colin, papetier. En 1803,1a L.'. comptait 58 membres : Colliex, négociant, était vén.'. ; Fouré, médecin, 1er surv.\ ; Boulet, négociant, 23 surv.'. ; et Piedor- Dumuy, négociant, orateur ; Bouron, j. trib. civ., secret.'. ; Jullien, orfèvre, trésor.'. ; Fontaine, négociant ; Delpech, commis négociant ; Decker, capitaine 1er régiment hussards, experts ; Darnault-Maurant, imprimeur, garde des sceaux ; Dubois (Ernest), entrepr. bâtiments, ar- chitecte et maître des banquets ; Missilleur, négociant, m.', des cérém.'., etc. Le nombre varie peu de 1809 à 1810 ; à cette dernière date il s éleva à 64. Cette L.'. possédait un souv.\ chap *. constitué le 5 novembre 1801. D'après un diplôme de R.'. -j- du 5 novembre 1803, le souv.*. chap.*. se composait de : Mesland fils, officier de santé. Les grands surv.'. et offic*. sont : Fouré, médecin : Darnault-Morand ; Juillien, orat.'. ; Boulé, trésorier ; Bouron, G \ secret '. ; Jullien, garde des sceaux ; Demadières ; Morand-Noire ; J.-B. Missilieur ; Bourgeois. Elle avait environ 55 membres qui se décomposaient en 20 à 25 négo- ciants, manufacturiers, 15 officiers d'armée, 6 officiers ministériels, 3 médecins, 3 ou 4 propriétaires. LOGES DE PROVINCE 459 Au commencement de 1803, la L.\ invita à la séance solennelle le préfet Maret, frère du duc de Bassano, et Grignon-Desormeaux, maire, qui étaient ff.'.-mm.'. Le 5 mars 1807, en se rendant à Bordeaux, Cambacérès visita laL.\ Ses vén.\ furent Piedor-Dumuy (1805 1807) ; Mareau jeune, négo- ciant (1808-1809 et 1811-1814), et B. Ouvrard, négociant en 1810. Son député était Fustier. En 1810, son tableau se composait des membres suivants : Négociants et commerçants : Mareau jeune ; Mareau aîné ; Piedor-Dumuys ; Piedor le jeune ; Hubert Piedor fils ; Rime-Beaulieu ; Jouvellier ; Pryvé-Detté ; Sevin jeune ; Dequoy ; Duchalais jeune, commis ; Papin ; Laurenceau ; Juillien ; Lhuillier-Bidaut ; Gombault ; Sagot ; Doisy ; Chollet ; Bous- sion ; Duchalais jeune ; Delpech ; Ladureau-Lebrun ; Meunier-Mathieu fils ; Lemaigre fils ; Ladureau-Chevessier ; Demadières ; Seurrat-Miron ; Hue-Sallé ; Janse, banquier ; A. Escot ; H. Ravot. Parmi les fonctionnaires : Fouqueau-Pussy, Paul et Roger aîné, avoués ; Grison et Roger jeune, huissiers ; Bouron, juge ; Delpech, garde-magas. ; Delacorde et Fontaine, contr. dr. réunis ; Bercieux, contr. marque ; Thurbat et Dhyonnet, contremaître, marine forestière ; Pichaud, com, poudres et salpêtres ; Lasseux, maire de Beaugruy ; Macarel,rec.dr. réunis ; Devade, rec. arrond. ; Lhuillier-Sangeville, inspecteur douanes. Parmi les militaires : Bongini, cap. 113e ; Decker, cap. 1er hussards ; Quenot, cap. 64e ; Pichard, com. ; Bellancourt, com. Carrières libérales : Féréol, dir. privil. spect. ; Mat. Philis, artiste lyrique ; Duplan, artiste drainât. ; Fouqueau-Pussy fils, étud. droit ; Gaudichau Delaitre ; Fouré ; Mesland et Lambron, méd. ; Roger-Oakden, maître d'anglais ; Noël, archit. ; L. C. Lacave, soc. Com. -Franc. ; Paillet. av. ; Courtois, notaire. Bourgeois : Ouvrard ; Ragneau ; Rabourdin, et Grenouilhet-Pilté. En 1811, ses dignitaires étaient: Delpech, 1er surv.1. ; Aug. Hubert, 2e surv.*. ; Bouron, secrétaire ; Darnault-Morand, garde des sceaux, et Boulé, orateur. SAINT-JEAN D'ORLÉANS Fondée par la G.". L.\, le 5 décembre 1760, en faveur duvén.*. m.*. Pisquier, il est probable que cette L.". fonctionna jusqu'en 1780. UNION ROYALE En 17G3 aurait fonctionné sous ce titre une L.*. qui avait pour vén.\ Moutandré, tailleur. Cette L.'. n'a pas laissé d'autres traces. PÉRIGUEUX L'ANGLAISE DE L'AMITIÉ Lorsque le G.'. 0.\ constitua cette L.*., le 16 février 1775, pour pren- dre rang du 8 août 1774, elle rappela ses travaux commencés le 7 mai 1765. Cet atelier avait à cette époque été installé par une puissance inconnue, en faveur de Bonneau de la Jarthe, conseiller au Parlement, qui fut sonvén.*. maître jusqu'en 1770. Les vén.\ qui lui succédèrent 4C0 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE furent : Antoine Gernulhac, médecin (1770) ; Eydely, ancien consul, délégué du commerce de Périgueux (1773) ; Couilhe, ancien président de l'élection (1775) ; Dubois, notaire, greffier en chef de la maréchaussée (1776-1777) ; Neulet, négociant (1785) ; Dauriac (1788-1789). Les secrétaires furent : Dauriac (1776) et Desfieux, directeur de la poste (1777-1789.) Son député de 1776 à 1789 fut Joubert de la Bourdinière. En 1776, elle avait 45 membres à son tableau. Ayant cessé ses travaux pendant la Révolution, en novembre 1802, elle était en instance de reprise. Ses vén.*. furent: Antoine Audebert père, procureur impérial (en 1805 et 1813-1814) ; Pierre Olivier, lieutenant général commandant la 20e di- vision militaire. Son secrétaire fut Lamy jeune, notaire, de 1805 à 1815, et son député Gandillaud. En 1807, Godefroy Sauxade était son orateur. L'Anglaise de l'Amitié disparut définitivement en 1816. PERPIGNAN SAINT-PAUL Le 6 novembre 1744, cette L.\ fut constituée par une puissance in- connue. La G.-. L.*. reconnut ses titres le 18 mai 1772 et le G.*. 0.\ le 1er mai 1783, sous le titre de : SOCIABILITÉ De 1785 à 1789, cette L.*. eut pour vén.\ le vicomte de Gondrecourt, capitaine au régiment de Schomberg ; pour secrétaire de Llucia et pour député Guyot de Laval, avocat au Parlement. Après avoir cessé ses travaux pendant la Révolution, cet atelier eut pour vén.-. Gaubert en 1808 et Cairot, graveur, en 1813-1814. Son vén. *. d'honneur était Bonnaud, agent en chef des vivres-viande a Toulouse. Basson jeune fut son secrétaire. Millet-Stillière était son député en 1808, et Dupont, référendaire à la Gourdes comptes, en 1813-1814. UNION Fondée le 27 mars 1758 par une puissance inconnue, cette L.\ fut reconnue par le G.\ 0.\ le 23 mai 1782 pour prendre rang du 14 avril précédent. Elle n'a laissé aucune trace de ses travaux avant la Révolu- tion. En 1802, elle avait pour vén.\ Grosset, conservateur des mon- naies ; en 1808, Jaume, négociant, et en 1813-1814 Pierre Saisset, avoué. Ses secrétaires furent Picar, avoué, en 1802, et Gagnon, directeur de la poste aux lettres, en 1808. Elle eut pour députés : Fox (1802) ; Daniel Polak, négociant (1808 ; et Mangeret, officier du G.\ 0.\ (1813-1814). BEAUTÉ Fondé le 4 novembre 1761 par la G.\ L.*. en faveur du vén.-. m.-. de Villefaix, cet atelier fonctionnait encore en 1779. LOGES DE PROVINCE 461 SAINT-JEAN DES ARTS DE LA RÉGULARITÉ Cette L.\ fut constituée par une puissance inconnue le 20 avril 1766. La G.\L.\ la reconnut en 1772 et le G.'. 0.\ le 27 novembre 1783, pour prendre rang du 29 août précédent. Elle eut pour vén.\ : Flamand aîné, tailleur, en 1785, et Méric, menuisier, en 1788. Son député était Martineau Une circulaire du G.*. O \ du 14 juillet 1788 portait la démo- lition de cette L.\, qui ne reprit ses travaux que sous le Consulat. Elle eut pour vén.\ : Toreille, entrepreneur en bâtiments (1802) ; Palmarole, général de brigade (1808), et Tastu, avocat (1813-4). Son secrétaire fut Mailhat, commissaire impérial près l'Hôtel des Monnaies, Milly, homme de loi, fut son député en 1802 ; et Bacon de la Chevalerie son député pour la L.\ et le chapitre de 1808 à 1814. ÉGALITÉ Une puissance inconnue fonda cette L.\ le 1er mai 1767 en faveur du vén.\ m.'. Lefebvre. Ses titres furent reconnus par la G.*. L.\ le 29 août 1772 et par le G.\ O.- le 3 octobre 1782. Florent, chargé de la recette des finances, fut son vén.\ en 1785, et François Siau, négociant, en 1788-9. Son député était Baugin, officier du G.-. O.'. FRERES REUNIS Le 16 décembre 1767, une puissance inconnue constitua cet atelier en faveur du vén.\ m.*. Doligny. La G.*. L.\ reconnut ses titres le 29 août 1772 et le G.'. O.-. le 23 mai 1782. Elle eut pour vén.\ : le chev. de Selva, bailli (1785) ; Lacroix, avocat, assesseur de la ville (1788), et Jaume, notaire (1789). Son député fut Carbonel (1785-9). Après avoir cessé ses travaux pendant la Révolution, en 1808 elle avait pour vén.\ Marquier, juge au tribunal civil, et en 1813-4 Mouchour, pharmacien. Son député était Brunet, officier du G.*. O.*. PARFAITE UNION A une date inconnue, la G.'. L.\ fonda cette L.\, en faveur du vén.\ m.'. Basset ; elle était encore en vigueur en 1779. PÉZENAS AMIS RÉUNIS DANS LA BONNE FOI Cette L.\ fut constituée le 4 février 1767 par la G.'. L.\, enfaveur du vén.-. m.*. Pierre Brunet. En 1779, elle fonctionnait encore. La même année une autre L.'. dont le titre est inconnu en faveur du vén.-. m.*. d'Arbonne. 462 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE POITIERS SAINT-PROSPER En 1752, cette L.\ fut fondée par la G.*. L.\, en faveur du vén.\ m.'. Héraut. En 1775, Sebilleau, un de ses membres, ayant demandé un certi - ficat au G.\ 0.\, cette puissance le lui refusa parce que le renouvellement demandé par celle L.\ n'avait pas été accordé. SAINT-BENOIT Cette L.\ fut constituée en 1754 par la G.'. L.\, en faveur du vén.\ m.*, l'abbé Basset de Saint-Benoît. Elle était encore en vigueur en 1779. VRAIE AMITIÉ En 1767, cet atelier fut fondé par la G.*. L.'., en faveur du vén.\ m.'. Lagrange. Cette L.*. n'a pas laissé de traces. POLIGNY AMITIÉ Le 16 novembre 1766, la G.*. L.'. fonda cet atelier en faveur du vén.'. m.'. Desforges, et le G.'. 0.\ le reconnut le 17 août 1780. De 1785 à 1789, il eut pour vén.'. d'Astorg, gouverneur de Poligny ; pour secrétaire Deslandes, conseiller du roi, receveur des impositions ; et pour député, Tassin de l'Etang. En sommeil pendant la Révolution, c'est en 1814 que l'Amitié fit des démarches pour reprendre ses travaux. PONT-AUDEMER LA PERSÉVÉRANCE Cette L.*. fut fondée le 28 décembre 1765 par une puissance inconnue. La G.\ L.*. renouvela ses constitutions le 10 janvier 1773 et le G.*. O.*. le 1er juin 1775. En 1776, cette L.\ avait 16 membres et 20 en 1777. Pouillat, procureur au bailliage, fut s«n vén.". en 1776-7 et 1788-9 ; Talion, bachelier en droit, le remplaça en 1785. Elle eut pour secrétaire Lecouturier, contrôleur des aides, et Leroy d'Arnouville. Dejunquières, procureur au Parlement, officier du G.\ O.'., fut son député de 1776 à 1789. Parmi ses membres avant la Révolution figurèrent : Hellot de Bonne- mare j Legras de Bordecote ; Cabot d'Epreville ; de Poisson de Fran- queville ; Dupuy de Grandpray ; Legras de Longval ; Pellegars de la Rivière ; Trébouta de Kerven ; Tirel de Boschanel ; Chaufer de Bar- neville ; de la Londe de Medine ; Cabot de Cailletot ; Duplessis ; Rivière, aumônier, et de Roiffe, chanoine. Ses travaux, interrompus par la Révolution, ne furent repris qu'assez tard. Ses vén.". furent Le Roy de Rivet, propriétaire ; Crochon de la LOGES DE PROVINCE 463 Prairie, avocat, et Fourgnemin, juge de paix. David, officier du G.\ 0.\r fut son député. PONT-DE-VAUX SAINT- JEAN DU CROISSANT La G.'. L.\ constitua cet atelier le 27 mai 1767, en faveur du Yen,'. m.\ Leroux, et il fut reconnu parle G.'. O .'. en 1775. En 1776, il se composait de 20 membres présidés par Berthet, rece- veur des gabelles, qui fut son vén.'. jusqu'à la dispersion de ses mem- bres pendant la Révolution. Deydier, notaire, fut son secrétaire, et Jérôme de la Lande, son député pendant la même période. En 1775, figuraient parmi ses membres Deydier jeune et Trembly de Belleverne. Cette L.\ fut reconstituée le 8 février 1808 et jusqu'en 1815 eut pour vén.-. Berthet et pour député Poulet. Le tableau de cette L.\ était en 1810 composé des membres suivants : Membres honoraires : Claude-Marie Joubert, juge à la cour d'appel de Lyon ; Etienne Deydier, juge à la cour d'appel de Lyon ; Philibert Du- moulin, ex-officier d'infanterie ; Philibert Trambli de Belle -Verne, prêtre-curé de Port-Marly ; Emmanuel-François Trambli, greffier du juge de paix du canton de Pont-de-Veyle ; Antoine Drevet, ancien avo- cat, domicilié à Replonge ; François Guichellet, ancien avocat, avoué près la cour d'appel de Lyon ; Claude-Joseph Pannetier, général de brigade, comte de l'Empire, commandant de la Légion d'honneur, che- valier de la Couronne de fer et de l'ordre de Saint-Henri de Saxe ; député de la L.\ au G.'. OV. ; Poulet, contrôleur des postes, rue Jean- Jacques Rousseau, à Paris. Membres dignitaires : vén.*. en exercice : Denis- Joseph Berthet, ancien avocat, maire de la ville de Pont-de-Vaux ; 1er surv.\ : Claude Poizat, ancien avocat, notaire impérial, maire de Chavannes-sur-Reyssous ; 2e surv.\ : Gaston de Gripière-Demontcroc, propriétaire ; orateur : Charles-Joseph André, ancien avocat, juge de paix du canton de Pont- de-Vaux ; secrétaire : François Rougier-Renard, propriétaire ; trésorier : Grégoire Poizat -Saulnier, propriétaire ; maître des cérém.-. : Pierre Crestin, notaire ; couvreurs experts : Dominique André, docteur en méde- cine, adjoint à la mairie de Pont-de-Vaux ; Jean-Baptiste Goyon, rece- veur des contributions ; archiviste et garde des sceaux : Claude Joseph Gauthier, avocat ; archiviste du Temple : Claude-Marie Humbert, archi- tecte ; économe et hospitalier : François Garaud, chirurgien. Antoine Deschamp de Brèche, ex-officier d'infanterie; Claude Drevet, propriétaire; Hippolyte Bouthillon de Lasservette, avocat; Louis Renaud, propriétaire ; Claude Berthet, receveur des contributions ; Pierre Sordet, négociant ; Joseph Laurencin, propriétaire ; AntoinePoizat, propriétaire ; Jean-Baptiste Mathieu, propriétaire ; Claude- Marie Deschamp de Brèche fils ; Jean-Baptiste Duchesneau, avoué ; Stanislas Bochard, avoué ; Claude-Joseph Pannetier, général ; Chapuis-Laforet, propriétaire ; Michel Monin, restaurateur; Sébastien André, chef d'escadron de gendarmerie, membre de la Légion d'honneur ; Claude Boitard père, avocat ; Pierre Boitard fils, propriétaire ; Denis-Georges-Catherine Grognet, adjoint de 464 LA FRANO-MAÇONNERIE EN FRANCE la mairie de Pont-de-Vaux ; Aimé Gentil, propriétaire ; Claude-Marie Bonnet, propriétaire ; Pierre-Benoît Gauthier, négociant ; Pierre-Camille Baudin, chirurgien ; Etienne Gauthier, membre de la Légion d'honneur; Michel-Nicolas Bergier, avocat ; Pierre-Joseph Vernay, receveur de l'en- registrement à Bagé ; Germain Dupré, avocat, maire, à Saint-Trivier ; Ambroise Gonet-Puthod, avocat ; Alexandre-Clément Graisse, employé aux droits réunis, à Tournus ; Ferdinand Carré, propriétaire ; Jean- Louis-Eléonor Colette, contrôleur des contributions ; Jean-Baptiste Melouza, professeur de mathématiques ; Claude Girod, propriétaire ; Dupuis, propriétaire ; FF.', servants de la L.\ : François Textor, concierge ; Henri Miard, mesureur ; François Mauchamp. Adresse permanente de la L.\ : Berthet, maire de la ville de Pont-de- Vaux. LE PUY-EN-VELAY LA PARFAITE UNION La G.'. L.\ constitua, le 10 mars 1770, cet atelier que le G.*. 0.*. reconnut le 4 août 1774. De 1773 à 1775 figurèrent parmi ses membres : Laurenson ; Parel ; Sollier ; Retout ; Leblanc ; Filhiot ; chevalier Razoud ; Rome ; Por- tai ; Asserat ; Robert ; Claude-Jean Robert ; Lafont ; Duroure ; Benoist ; André ; Vacheron ; de la Devèze ; Videl et Bellangreville. En 1776, cette L.'. n'avait pas moins de 32 membres et 41 l'année suivante. Ses vén.\ furent : Sollier, négociant (1776) ; Robert, négo- ciant (1777-1785 , et Treveys, bourgeois (1788-9 ,. Ses secrétaires furent : Vallat, notaire, et Parrel l'aîné, orfèvre. Son député de 1776 à 1789 fut Théaulon. La Parfaite Union cessa ses travaux pendant la Révolution, et en 1813-4 son vén.\ était Dagot, capitaine de gendarmerie. QUIMPER HEUREUSE MAÇONNERIE Constituée par la G.'. L .*. le 27 août 1763, en faveur du vén.\ m.'. de La Reynière, cette L.'. fonctionnait encore en 1780. Elle n'a laissé aucune trace de ses travaux. PARFAITE UNION Cette L.1. fut créée par une puissance maçonnique jacobite, le 1er mai 1769, en faveur du vén.\ m.'. Duchesnay. Le 25 mars, elle fit renouveler ses pouvoirs par la G.\ L.*. et le 10 février 1774 par le G.-. Gv. En 1775, figuraient parmi ses membres : de Reymond ; Brehier ; Perices de Salvert ; le Hericey et Le Breton. En 1776, elle était composée de 33 membres ; son vén.\ était l'abbé de Reymond, chanoine, conseiller au présidial; son secrétaire était LOGES DE PROVINCE 465 Le Breton, médecin, Bobet de Lanhuron, lieutenant civil et criminel au présidial, et de la Hubaudière, ingénieur des ponts et chaussées, ils furent vén.\ et secrétaires de 1777 à 1785. En 1778, ses dignitaires étaient, en dehors de ces deux membres : Le Breton, 1er surv.\ ; Le Goazre, 2e surv.*. ; Hernu, garde des sceaux ; Philippe, trésorier ; l'abbé L. de Reymond ; Brehier ; de Kervelegan ; Râteau ; Dubois-Hardy et de Taurines, lieutenant au régiment de Bress-ienfanterie . En 1788-9, le vén. \ était de Launeyrie, démonstrateur en chirurgie. Ses députés furent Fournel, avocat au Parlement, et de Bermont, pre- mier commis du contrôle de la Loterie royale. Celte L.\ cessa ses travaux pendant la Révolution. Sous l'Empire, ses vén \ furent : Vinoc, médecin en 1808, et Mabit, également médecin en 1813-4. Son député de 1808 à 1814 fut Vautey, rentier, 159, faubourg Saint-Martin. REDON SAINT-JEAN DES ÉLUS DE REDON Cet atelier, constitué le 2 août 1762, par la G.'. L.4., en faveur du vén.'. m.". Loberty, n'a laissé aucune trace. REIMS GRANDE LOGE ÉCOSSAISE Vers 1750 Raparlier de Rouen aurait installé à Reims une G. . L.-. Ecoss.-. faisant fonction de Mère Loge. (Voir Rouen.) TRIPLE UNION Le 8 juin 1762, la G.*. L.*. constitua cet atelier en faveur de Prudhomme de Rutard ; le G.*. 0.\ renouvela ses titres le 27 juillet 1774 et le Contrat social, le 2 avril 1783. Ses vén.*. furent : Verneau (1773-4) ; Vanderveken, négociant (1776) ; de Savigny, ancien capitaine de cavalerie, lieutenant des maréchaux de France (1777) ; Hurteault, receveur des consignations (1785) ; Fillion, médecin, (1788) et Polonceau, subdélégué et receveur général des tabacs (1789). En 1776, cette L.*. comprenait 18 membres et 31 l'année suivante. Ses secrétaires furent : Bertrand, négociant (1776) ; Le Grand (1777) et Polonceau (1785-8). Boudeau, avocat au Parlement, fut son député de 1776 à 1789. En sommeil pendant la Révolution, cette L.1. reprit ses travaux sous le consulat. Ses vén. furent : Fourneaux, négociant (1800-1808), et Mitteau-Fillion, négociant (1813-4). Son secrétaire fut Lemaire-Bardou, directeur de la poste aux lettres, et ses députés : Defondeviolle (1800) et de Balincourt (1808-1814). LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 30 466 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCK PARFAITE AMITIÉ Lorsque le G.*. 0.\ reconnut cetle L.\ le 19 novembre 1778, pour prendre rang du 4 juillet précédent, il rappela ses travaux commencés Je 5 novembre 1765. La Parfaite Amitié se lit reconstituer par le Contrat social le 2 avril 1783. En 1785. cette L.\ avait pour vén.\ Jeunhomme-Boisseau, négociant; pour secrétaire, Pcneau, pharmacien, et pour député, Pernot du Plessis. En 1788-9, ces dignitaires étaient remplacés par Le Lorrain, négociant ; Pouilly de la Tour fils, avocat, et Bourgeois, orfèvre. La Parfaite Amitié cessa définitivement ses travaux pendant la Révo- lution. RENNES PARFAITE UNION Cette L.\, une des plus importantes de France, fut constituée par une puissance inconnue le 24 juin 1758. Ses titres furent renouvelés le 9 octobre 1772 par la G.'. L.-. et le 21 octobre 1774 par le G.\ O. . Ses vén.\ furent : Hervagault. conseiller au présidial et commissaire des Etats (1776) ; de Kergrois-Leroy (1777), et de Malezieux, avocat au Parlement (1785-9) ; ses secrétaires : Lemière négociant (1777), et Troyhard, négociant (1785-9). Elle eut successivement pour député : Savalète de Lange (1777) et Beschais (1785-9). Il n'est pas prouvé que lit Parfaite Union ait interrompu ses travaux pendant la Révolution. Ses vén.\ furent : Tiengou-Tréferiou, commissaire du gouvernement (1800-1811) ; Mainguy, président de l'Institut départemental (1802 , et Le Graverend, avocat général à la cour (1813-4). Ses secrétaires : Bonami, officier de santé (1800 ; Majenne, commandant d'armes (1802) et Bon- nal, conseiller municipal (1805 1814). Le tribun Challan fut son député de 1800 à 1814. Cette L.*., qui joua un grand rôle dans les événements qui pré- cédèrent la Révolution en Bretagne, compta parmi ses membres le général Moreau. En 1774, elle avait souche à son atelier une L.*. d'a- doption et. en 1775, un chapitre qui englobait les membres de la Par- faite Amitié. En 1776, Mangourit fonda dans son sein le rite des Sublimes Élus de la Vérité, dont il voulait faire remonter l'origine à 1745. Les membres de ce rite délivraient des constitutions à Paris et en province. Ce régime était alors exclusivement jacobite. Il comprenait 14 degrés divisés en 3 classes : lie classe, grades inférieurs : apprenti, compagnon, maître, maître parfait ; 2e classe, grades supérieurs : élu des neuf, élu des quinze, maître élu, petit architecte, 2e architecte, grand architecte, chevalier d'Orient, rose- croix ; 3e classe, grade des élus : chevalier adepte, élu de la vérité. En 1778, la Parfaite Union se sépara de la Stricte Observance pour entrer en correspondance avec les martinistes purs. En présence de ses agissements pendant les émeutes de 1788, tous les eccésiastiques se retirèrent de la Parfaite Union. LOGES DE PROVINCE 467 Parmi les membres de cette L.\, qui dès 1776 avait près de 60 adhé- rents, figurent : les frères du Cattay, médecins ; Coste, dominicain ; dom Lemur, prieur des bénédictins ; Gilles, prieur des minimes ; Martin Bertrand de Toron, bénédictin, Pierre Chevalier, minime ; Pierre Erpelding, et Pierre Saillard, dominicains ; Jean Verne, prieur des augustins ; Louis Réveillon, ancien prieur et procureur des augustins ; Bécheu, av. Pari. ; Pelletier de l'Etang, av. Pari. ; de la Borde, av. Pari. ; Duhil de Martigné, av. Pari. ; Pinault du Pavillon, av. Pari. ; Rabuau de la Croix-Rabuau, av. Pari. ; Boullemer, proc. Pari. ; Gril- lard, proc. Pari. ; du Porson. sénéchal de Portrieux ; Juguet, sénéchal de Montfort ; Dufeis, av. ; Le Minihy, av. ; Robinet, av. ; Duclos, notaire ; Le Graverend, h. de loi, puis pr. de la cour de Rennes, dép. d'Ille-et- Vilaine de 1817 à 1822 ; Malherbe, maire et député aux Etats pour Concarneau ; Le Briquirdu Meshir. maire de Lannion ; de Keraudron, off. rég. Berry ; de Kerdroniou, off'. rég. Vexin ; de Quelen, cap. Royal- Lorraine caval. ; Emmanuel de la Celle de Chateaubourg, l*r lieut. rég Condé ; Le Gonidec de Tressan, off. rég. Auvergne, puis au rég. Reine ; Rouessart, très, guerres ; Chauvin, cap. navires; de Laquinière. off. mar. ; Le Minihy, off. mar. ; Varin du Colombier, off. mar. ; For- tin le Bel, ing. ; Thuillier, ing. ; Legrand, dir. comédie ; Le Berneur de Lourme, contr. des dom. et contrôles ; Camus, ambulant des contrôles ; Perrot-Kervisio, commis aux devoirs ; Danguy, commis aux postes ; Le Camus, d. des forêts de Relecq ; Le Loutre du Bois-Leger, entreposeur ; Aubert, nég. ; frères Da Costa, nég. ; de la Croix Thébaudais, nég. ; de la Perière, nég. ; Mazois, nég. ; Quatrefages, nég. ; René (de Tours), nég. ; du Quercrou ; Couppé de la Fougerais ; Dacosta de la Fleuriais ; Danel de la Prunelais ; de Beaumanoir ; de Bellechère ; de Beschais ; de Boisrioux ; de Bonvalet p. et fils ; de Coësic; de Coëtivy ; de Grand- maison ; de Guerry ; de Kercaradec ; de Kervivien ; de la Croix ; de la Croix-Herpin frères ; de la Motte-Bertin ; de Lauzanne ; de Veaurous- sel ; de Miniac ; de Brûlais ; de Saint-Preux ; Dessausais ; Dufaure de Rochefort ; du Guezennec ; Ellias ; Esnou de la Jonnière ; Guezennec de Kervivien ; Le Livec de Lauzay ; Lemerer frères ; Lemière ; Le Rahier de Montfeux ; Pollet ; Charles de la Celle de Chateaubourg ; Hay de Keranray ; Le Tissier ; Louvel de la Maisonneuve ; Mehée de la Touche ; Pesterbe des Villes ; Petaut ; Potier de la Touche ; François de Lesquen ; Huguet de l'Aumône. Parmi les visiteurs : marquis de Virieu, off. Royal-Roussillon-cava- lerie ; Pontallié, proc. com. Rennes, dép. 500 ; le Baron, prés. dist. Rennes ; Elleviou, chirurgien ; Le Rousseau, cons. pari. ; de Kermoi- san, cons. pari. ; Bidon, proc. pari. ; Maréchal, proc. pari. ; Bouvier, proc. présid. ; Duchatellier, proc. à la cour ; Logée, proc. à la cour ; Chrétien, sénéchal d'Hennebont ; Poussin, Descourbe frères, Bonaissier de Bernouis, Jarnier, Turin, Martin, Lucas, Bossis, Gaultier, Viallet, avocat h. de loi et j. de paix ; Gérard, rec. timb. et dom. ; de Léon, doct. méd. ; Jo livet fils, chirurgien; Claye, commis droits réunis; Cohax, vérificateur des domaines ; de la Villegontier ; comte de Mo- rant ; de Pontavice ; de Bouteiller ; de Pinczon de Pontbriand ; de la Richardière ; de la Prévalaye ; de Laboulaye ; de Luynes ; de Budan ; de Bourgblanc ; Mestral de Kervenagoel. Un grand nombre de ces membres étaient de la Parfaite Amitié, 0.\ de Rennes. 468 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE En 1811, parmi ses principaux membres figuraient : Tiengou-Trefé- riou, vén.\ ; Costard, 1er surv.\ ; Bonnal ; Arot fils ; Lehenaff, secret.1. ; de Malezieux ; Le Graverend, sec". gén.\ ; Le Minitry ; Carré ; Lemerer, orateur ; Luizot ; Touzard, 2e surv.\ ; Delaunay, g.-, des se. \ RIOM SAINT-AMABLE dite AMIS DE LA VERTU Le 2 septembre 1774, le G.. O.. reconnut cette L.\, pour prendre rang du 21 mars précédent, mais en rappelant ses travaux commencés le 22 mai 1764. C'est probablement en faveur de Panay du Deffand, chevalier de Saint-Louis, lieutenant-colonel de dragons, prévôt général de la maréchaussée d'Auvergne, maire de Riom, que cet atelier fut créé. En 1775, cette L.\ comprenait 31 membres, parmi lesquels : Gran- chier ; Duclos ; Chauchard l'aîné ; Barthélémy ; Daumas ; Barthélémy le jeune ; Panay du Deffand ; Carraud ; Védières ; de Vissac ; Sauvageon ; Vachier ; Laurent ; Gaillard ; Charrier ; Beraud ; Bordes ; Charles ; Jusserand ; Simond ; Jarin ; de Frétât; du Chambon ; Solagnier ; Des- michel ; de Combes ; Verny. Ses vén.\ furent : Granchier, avocat au Parlement (1776) ; et Panay du Deffand (1777-1785). Son député était Joubert de la Bourdinière. En 1777, cette L.\ se composait des 34 membres suivants : Granchier, vén.\ ; Croizier-Duclos ; Chauchard l'aîné; Barthélémy aîné; Dosmas ; Barthélémy jeune ; Salagnier ; Bordes fils ; Panay du Deffand ; Car- raud ; Vissac ; Andraud ; Colin ; de Védières ; Dufour ; Double Sauvageon ; Antoine Charles ; Dufour François ; Moranges, éx-vén.\ Bordes père ; Cartier ; Leroy ; Charles ; Simond ; Jusserand ; Jarrin Desmichels ; Vachier ; Laurent ; Morin ; Desmarands ; Vial ; Chas- saing. Bien que les almanachs du G.'. 0.\ indiquent que cette L.\ était en sommeil en 1788 et 1789, nous avons tout lieu de croire qu'il n'en était rien et que Lafayette y fut admis au moment des élections aux Etats généraux . Saint- Amable disparut définitivement pendant la Révolution. ROGHEFORT AIMABLE CONCORDE L'Aimable Concorde aurait été fondée, sans que cela soit prouvé, par un pouvoir inconnu le 26 août 1744, par des constitutions en faveur du vén.\ m.'. Forest. La G.'. L.\ la renouvela le 17 mai 1755 et le G.'. O •. le 12 avril 1774. Il n'est pas bien certain cependant que le renouvel- lement delà G.*. L.' ait été fait en faveur de l'Aimable Concorde. Par la suite, on a prétendu que cette L.\ n'ayant pu faire la preuve d'aucun document authentique, s'était emparée des constitutions de la Sage Liberté. Quoi qu'il en soit, les travaux de ses premières années n'ont pas laissé de traces. En 1775 figuraient parmi ses membres : Dupont ; Fournier ; Parât de Mongeron ; Charier ; Henry ; Faurès ; Lusseau ; Mottes ; Ponet ; Dusseu ; Clouet ; Thibaut ; Brouillard : M on tau t et Arondcl. LOGES DE PROVINCE 469 En 1776 elle comptait 37 membres et 51 l'année suivante. Ses vén.\ furent : Che vallée (1773 ?) ; Gachinard, chevalier de Saint- Louis, ancien capitaine aide-major au régiment de Royal-Dragons (17/6-7) ; Cherier (1785); Faurès, armateur et échevin (1788) ; et Dupont, commissaire des fontes (1789). Son député fut Du Laurent, médecin de la marine du roi, ancien maire de Rochefort (1776-7), puis l'abbé du Rousseau. Parmi ses membres figuraient, en 1777, Martin, commis de l'intendance, secrétaire ; Romme, secrétaire par intérim ; Dupont, garde des sceaux, timbres et archives ; Chevallée, ex- vén. \ ; Du Laurent et Parât de Montgeron. L'Aimable Concorde eut avec le G.*. O.*. des discussions retentis- santes, ayant décidé que lors des réceptions même des hommes, ceux-ci devaient être reçus par les sœurs avant dépasser au scrutin des frères. Cassée par le G.'. 0.\, elle se soumit et reprit ses travaux qui furent définitivement interrompus par la Révolution. SAGE LIBERTÉ Cette L.\ aurait été fondée par la G.*. L.\, et l'Aimable Concorde lui aurait soustrait ses titres constitutifs, donnés le 8 juin 1756 au vén.\ m.'. Aubain de la Forest. En 1767, elle cessa ses travaux par suite de la mort de Fouraignan, son vén.'. A cette époque, Lebrun fils, Maison et Servant étaient inscrits sur son tableau. En 1774, elle reprit ses travaux sous le titre de Constante Société avec les ff.\ Lucadou (médecin de la marine du roi, officier honoraire du G.". O.'.) ; Roiscourteau-Jariet ; Fouraignan fils ; Mottet ; Resoux ; de la Germonière et de la Garosse. Le G.*. O.*. reconstitua cette L.'. le 22février 1776 pour prendre rang du 13 avril 1775. Lucadou fut son vén.*. en 1777 et Rillotte, chef des bureaux de l'inten- dance, en 1788-9. Regnac, chef des bureaux de la marine, fut son secrétaire. Mottet, aide commissaire delà marine, était son député en 1777, et Trevilliez, agent de change, en 1788 9. La Constante Société termina définitivement ses travaux pendant la Révolution. ROCHELLE (la) UNION PARFAITE Cette L.*. aurait été constituée le 9 mars 1752 par une puissance inconnue, renouvelée par la G.*. L.*. le 9 août 1773 et par le G.'. O.'. le 12 avril 1774 De 1773 à 1775 figurent parmi ses membres : Carrel ; Marsilly ; Dau- bertes ; Laissaine ; Pavie etCasson. En 1776, elle ne comptait pas moins de 50 membres. Ses vén.'. furent : Gabaude, maître en chirurgie (1776 et 1785-8); Roischot, receveur des fermes (1777) et E. J. Martin, négociant (1789). 470 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Son secrétaire de 1776 à 1789 fut Coullon, dhecteur de la régie des biens des religionnaires fugitifs. Son député fut Richard, négociant, puis (1785-9, Mareschal, inspecteur des fermes du roi. Lorsque l'Union Parfaite reprit ses travaux après la Révolution elle eut pour vén.'. : Martin, négociant (1802) ; Avrard, greffier du tribunal de commerce (1808) ; Rrunet, juge au tribunal civil (1813) et Lemanis- sier, avocat (1814) ; ses secrétaires furent : Brunet et Dumarest. Ses députes furent pour la L.\ : Petitclair, négociant, et pour le chapitre, Lebaillif-Mesnager. ROUEN GRANDE LOGE ÉCOSSAISE La fondation de cette G.\ L.'. n'est établie par aucun document, et on ne trouve aucune trace assurée des L.'. de cette ville antérieurement à 1750. Il est avéré cependant qu'à cette époque il y en avait un certain nombre en activité Bottarelli dans « Les secrets de l'ordre des francs- maçons dévoilés et mis au jour» (Amsterdam, 1745), page 112, raconte que les maçons normands avaient « ordonné une pompe funèbre dans l'église des jacobins de Rouen ; ils m'ont fait les honneurs, l'invitation a été solennelle et les frères de sept L.\ de Rouen s'y sont transportés vêtus de deuil ; ils ont observé, autant que la circonstance le leur a permis, les cérémonies de leur ordre, en ordonnant qu'on marcherait trois à trois à la pompe funèbre. Cela a été ponctuellement exécuté à l'honneur de la maçonnerie et à l'édification de tous les fidèles Nor- mands ». Ces sept L.'. n'ont laissé aucune trace. Quant à la G.'. L.'. écossaise, son existence est constatée par la correspondance de son G.'. M.*. Raparlier avec d'autres GG.\ LL.\ Il prenait le titre de grand visiteur et réformateur des L.'. émanées de celle de Rouen D'après une lettre de Raparlier à Van Hove du 20 décembre 1750, elle aurait fondé entre autres une G.*. L.'. écossaise à 1*0.'. de Lille. Toutes les L.'. ainsi fondées par elle lui payaient une contribution, sans compter le bénéfice de 100 % que le grand visiteur faisait, paraît-il, sur la vente des bijoux et accessoires. Le 18 juin 1754, une discussion aigre-douce s'engagea entre le grand visiteur et les nv. de Lille. Sous la menace de l'anathème des LL.\ de Marseille, Strasbourg, Lyon, Bordeaux, Nantes, Orléans, Reims, Limoges et Clermont, la G.*. L.' de Lille restitua à Raparlier ses lettres de cons- titution après les avoir lacérées. Après 1754, on ne trouve plus de traces de la G.*. L. . écossaise de Rouen. FIDÉLITÉ Cette L.' est la plus ancienne de Rouen qui ait laissé des traces posi- tives. Elle aurait été constituée par la G.-. L.*. le 5 décembre 1762, en faveur du vén.'. m.'. Le Carpentier. La plupart de ses membres étaient des négociants. Lorsqu'elle demanda ses constitutions à la G.*. L.'., elle déclara exister depuis 1759. En 1763, elle fit part de son installation, et à partir de cette époque il n'en est plus fait mention. LOGES DE PROVINCE 471 FELICITE Cette L.". aurait été fondée par une puissance inconnue le 12 juin 1762, en faveur du vén.\ m.'. Bacon de la Chevalerie. La G.*. L.\ la recons- titua le 25 mars 1764, en faveur du vén. . m.*. Huré et l'installa le 21 mai 1765. Par l'intermédiaire du f.\ de Puisieux, elle réclama le titre de M.-. L.\ qui lui fut constamment refusé. Elle disparut vers 1767. UNITÉ L'existence de cette L.*. est incertaine. On sait seulement que vers 1764 ou 1765 la Félicité dut lui remettre des lettres de constitution. SAINT-JEAN DE L'AMITIÉ Le 3 mai 1765, la G.'. L.-. aurait constitué cet atelier en faveur du vén.-. m.*. Chobart. Celte L.*. n'a pas laissé de traces. ARDENTE AMITIÉ Cet atelier fut fondé par la G.\ L.*. le 4 juin 1765 en faveur du vén.*. m.\ Guérard, avocat au Parlement. Ses titres ayant été égarés, ses membres demandèrent de nouvelles constitutions qui leur furent accor- dées le 4 février 1767, en faveur des ff.\ Guérard, vén.., Ruel et Gaillard, 1er et 2e surveillant. Le 1er juillet 1778 une nouvelle demande de recons- titution fut adressée au G.". 0.\ qui la lui accorda le 31 décembre sui- vant. L'installation eut lieu le 30 janvier 1779. Cette L.'. compta parmi ses membres : Guérard de Houppeville ; Anquetin de Beaulieu ; Tirebare d'Aubermesnil ; marquis de la Porte ; Fleury de Boscroger ; de la Ville ; Grandouet de la Fieffé ; Planel de Plantas ; Chabouillé du Petit-Mont et René Dom Coquille, religieux de l'abbaye de Saint- Vandrille. En 1785, Guérard était encore son vén.-. En 1788-9, il était remplacé par Petitgrand, négociant. Son député fut Chabouillé de Petit-Mont, ancien officier vendeur de marée. En 1786,1e f.\ Mathéus, R+, membre de l'Ardente Amitié, s'adressa à la G.#. L.#. d'Edimbourg, afin d'obtenir des constitutions pour ériger un chapitre et une G.-. L.. dans le sein de sa L.'. Il fut fait droit à sa demande le 1er mai 1786, et l'Ardente Amitié résolut de se faire recon- naître comme centre unique des hauts grades en France, abandonnant au G.*. 0.\ la suprématie pour les grades symboliques. Comme à une époque antérieure le G.*. O.'. avait érigé un chapitre général de France dans le même but, en vertu de la fausse patente de Gerbier datée de 1721. il opposa ses prétentions à celles de la L.'. de Rouen. Invoquant la fausseté des titres du G. . 0.\, il lui adressa une opposition le 22 juillet 1786. Ne pouvant obtenir gain de cause, elle fit désavouer les titres de Gerbier par une déclaration de la G.*. L\ d'Ecosse. En somme, Mathéus reprenait au profit de sa L.\ les projets formés en 1779 par le Contrat social après une série de débats auxquels donnèrent lieu le mémoire de Baugni, rapporteur au nom du G . * . O.". Ce dernier donna un délai de 21 jours au chapitre de Rouen pour lui remettre ses titres afin de les annuler. 472 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE L'Ardente Amitié protesta, faisant remarquer quelle avait obtenu régulièrement delà G.'. L.*. d'HRDM de Kilwining des constitutions établissant dans son sein un grand chap. métropolitain et une G.*. L.\ provinciale, représentant en France celle de Kilwining; un grand nombre de L.-. et de «hapitres donnèrent raison à l'Ardente Amitié et entrèrent en correspondance avec elle et avec son chapitre. La lutte durait encore au moment de la Révolution ; à Baugni avaient succédé, comme rap- porteurs du G." O.'., Rœttiers de Montaleau et Riffé de Cauhray ; dans un rapport de ce dernier du 8 mai 1789, le G.". O.* . maintenait ses prétentions et ses jugements antérieurs. Nous aurons à revenir longue- ment, dans notre 2e volume, sur les conséquences de ce schisme, qui furent considérables. Avant la Révolution, figurent parmi ses membres : Petitgrand, nég., vén.'. (1786-7) ; JeanMathéus, nég.,vén. ., portait le nom de R-l-f (Relief), gr.\ m.*, prov.'. d'HRDM de Kilwining ; Levas- seur, Ferrand, Le Tellier, Planel de Plantas, Devaux, Duquesnay, Maimbourg, Heudebert, Guinoiseau, Malétra, Amiot-Guénet, Blondel, Clavel, Reverdun, Schedel, Petitgrand fils, Bertin et Fontaine, négo ciants ; Hourdou, Guérard, Geoffroy et Poirel, avocats au Parlement ; Legrand, receveur des octrois ; Pikman, consul de Danemark ; Bichot, horloger ; Lemercier, agent de change. Parmi les affiliés : Crevel, Jourdain et Clerget, avocats ; Coquille, ecclésiastique ; Mathieu, horloger ; Morisse aîné et cadet, Ficquet, négo- ciants ; Hocquet, notaire. Les f.* . servants étaient : Chauvin, concierge, et Vasseux. Le député était Chabouillé de Petit-Mont. L'adresse directe de la L.'. était chez Petitgrand, rue du Fardeau. Les tenues avaient lieu le premier dimanche de chaque mois à midi pour une heure. L'Ardente Amitié, qui avait cessé ses travaux pendant la Révolution, les reprit au 16 septembre 1802 sous la direction du G.\ O.*. Ses vén .*. furent : Brière de Lesmont ; Héron d'Agirone, avocat (1808-1813^, et Baudry, imprimeur (1814). Son député était Chéréau Cette L \ termina définitivement ses travaux en 1820, pendant que de Caumont était vén \ PARFAITE HARMONIE Le 21 mars 1761 cette L.*. fut créée en faveur du vén.-. m.*. Barthé- lémy par la G.-. L.". Le G.'. O.'. la renouvela le 24 février 1780. En 1771, une décision ayant été prise par cette L.*. contre son tréso- rier qui avait refusé de rendre certains comptes, l'ancien vén.-. Barthé- lémy forma un groupe qui entra en lutte avec les autres membres de la L.*. et se séparèrent emportant les titres, malgré la protestation de Savouray, vén.#. en exercice. En 1773, Labady. qui était à la tête des dissidents de la G.-. L.'. de Fiance, reconstitua la L.*. en faveur de Barthélémy. En 1778, les com- missaires nommés pour étudier le différend donnèrent raison à Savou- ray, et le G.-. O.'. lui donna de nouvelles constitutions le 24 février 1780. A cette époque, la L.*. comptait 17 membres ; en 1786, elle en comptait 34, parmi lesquels figuraient : Rouland de Fresne, de Meaux ; Levail- lant de Frangicourt ; Delacroix, Renaud et du Haussaj', prêtres. LOGES DE PROVINCE 473 Barthélémy avait néanmoins continué ses travaux avec une L.\ qui portait le titre de Parfaite Harmonie de l'Union. En 1785, elle était présidée par Tesson, marchand, et en 1788-1789 par Fabulet, juré priseur. Son député était Heurtault, maître es arts et de pension. La Révolution termina le différend ; les deux L.\ disparurent pour ne plus reprendre leurs travaux. SAINT-BRIEUC LA VERTU TRIOMPHANTE Le 10 septembre 1765, une puissance inconnue fonda cet atelier en faveur du vén.'. m.*, le chevalier de Champeaux-Palasne, sénéchal royal. La G.*. L.\ renouvela ses titres le 20 septembre 1712, et le G.\ O.*. le 23 septembre 1774. Le chevalier de Champeaux fut vén.\ de cette L.\ jusqu'en 1779, date à laquelle elle semble avoir cessé ses travaux. En 1776 et 1777, elle avait cependant 37 membres. Son secrétaire était Le Saulnier jeune, négociant, et son député le chev. de Froger d'Igneaucourt. En 1800, la Vertu Triomphante avait repris ses travaux avec Piou, architecte du département, comme vén.\ Saint-Conan, officier de santé, secrétaire. Piou occupa les mêmes fonctions jusqu'en 1815. Le député fut Angebault jusqu'en 1807, et Dénouai de la Houssaye, employé auprès du grand juge, jusqu'en 1814. En 1801, la L.\ se composait des membres suivants : J. Piou père, vén.\ en exercice ; Conan, ex-vén.*. ; Damar et Belletranche, 1er et 2e surv.\ ; G. Couppé, orateur ; Jacques Curo, professeur de mathéma- tiques et d'hydrographie, maître des cérémonies ; Berteau et Conan fils, 1er et 2e hospitalier ; Chamerel, garde des sceaux ; Le Gorrec, secré- taire ; Le Véchon et Ropartz. SAINT-DOMINGUE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM ÉCOSSAISE Cette L.'. fut fondée par une puissance inconnue, le 1er mars 1749, confirmée par la G.'. L.\ le 1er mars 1769, et par le G.\ 0.\ le 20 avril 1776, pour prendre rang de la date de sa constitution par la G.*. L.*. En 1776, cette L.'. comptait 35 membres. Son vén.\, de 1776 à 1787, fut Manesca, négociant ; Dallert, négociant, occupâmes fonctions de secrétaire, et Mazère, capitaine de dragons, commandant au quartier Morier, celle de député pendant la même période. En 1788 et 1789, le tableau de la L.*. se composait des membres sui- vants : Pescay père, habitant, fondateur; Casamajour, notaire, vén.\ ; Hérault, procureur, lersurv.\ ; Coupigny, notaire, 2e surv *., garde des sceaux et timbres ; Méridien Aimé, négociant, orateur ; Labat, négociant, secrétaire ; de Saint-Amand, commis, secrétaire adjoint ; Chauvran, négociant, trésorier ; Charrier de Kervan, capitaine dragons, trésorier adjoint ; Fauconnier, confiseur, 1er expert ; Ducatel, apothicaire, maître 474 LA FRANC -MAÇONNERIE EN FRANCE des cérémonies ; Dourdat, chirurgien, hospitalier ; Molaz, bourg. 2e expert ; Bcrtin, négociant, économe ; Gur, grand voyer. terrible ; Pasquot, receveur des droits [domaniaux ; Moreau de Saint-Méry, con- seiller ; Suarez d'Almeyda, procureur du roi ; Fayoux, étalonnier juré ; Cagnon, négociant ; Labat, chef du bureau ; Dorson, chirurgien ; Tar- dieu. négociant ; Bider de Renonceau, négociant ; Bonna, horloger ; Barillon, négociant ; Auriot, habitant ; Dupé, négociant ; Beaucourt, peintre ; Lory Duvivier, négociant ; Rolland, capitaine de navire ; Amiet, bourgeois ; Daubiy, chirurgien ; Veyrier, négociant ; Reybaud. interprète anglais ; Gerlin, vétérinaire ; Jonas de Rr.scureil, officier au régiment du Cap, et Grugé, tailleur. Cette L.*. termina ses travaux pendant la Révolution. CONCORDE Cette L.\ aurait été fondée par une puissance inconnue en 1741), reconstituée en 1765 par la G.*. L. .. en faveur du vén.\ m.\ Prégotte, et le 17 octobre 1776 par le G.'. 0.\ En 1777, ses 45 membres étaient présidés par de Trembly, conseiller au conseil des 200 de la République de Genève, et habitant de l'Arti- bonette. De 1785 à 1789, il fut remplacé par Rodrigue, avocat. Son secrétaire était La Gourgue aîné, négociant, et son député, Rouyer, avocat. Cette L.*. disparut définitivement pendant la Révolution. HARMONIE La G.*. L.*. fonda cet atelier en 1762, en faveur du vén.". m.-. Mau- rice. Cette L.*. n'a pas laissé de traces. FRÈRES UNIS Cette L.'. fut fondée en 1763 par une puissance inconnue; le 26 février 1765, la G.\ L.'. renouvela ses titres en faveur du vén.'. m.-. Simon. Le G.-. Cv. la reconnut le 17 août 1780. En 1777, elle n'avait que 8 membres. Son vén.-. en 1785 était Jogues ; il fut remplacé en 1788-1789 par Gelée, capitaine de dragons. Son député fut Desroches le jeune (1785), puis Billard, avocat au Parlement (1788-1789). Cette L.*. disparut définitivement pendant la Révolution. AMITIÉ INDISSOLUBLE Cet atelier, qui existait encore en 1779, fut fondé par la G.'. L.'. le 26 novembre 1765, en faveur du vén.*. m.'. Bernard de Pérault. LA VÉRITÉ Les constitutions primitives de cette L.'. datent du l'r mars 1767. La G. . L.*. les renouvela le 10 décembre 1771, et le G.*. 0.\ le 2 mars 1775. LOGES DE PROVINCE 475 En 1776, elle avait 35 membres, et 56 en 1777. Ses vén.*. furent : Pesay père (1776) ; l'abbé Droguet, aumônier de l'hôpital de la Charité (1777) ; Casamajour, notaire (1785 et 1789), et Pacot, receveur des droits domaniaux (1788). Cette L •. était en correspondance toute spéciale avec l'Amitié de Bor- deaux, qui était son intermédiaire tant pour ses affaires maçonniques que pour ses affaires particulières. Les lettres étaient adressées sous le couvert de l'anagramme Goel de Milatié. Les secrétaires furent : Becbec (1776) ; Viel, chimiste (1777) ; Pacot, premier commis des domaines (1785-1789). Son député fut Daubertin, puis de la Motte. La Vérité disparut définitivement pendant la Révolution. SAINT-GAUDENS LA CANDEUR Lorsque le G.'. 0.\ reconstitua cette L.*. le 12 février 1784, pour pren- dre rang du 17 juin 1781, il rappela ses travaux commencés le 1er mars 1748. Cette L.*. n'a laissé aucune trace de ses travaux avant 1785. A cette époque, son vén.*. était La Pêne de Saint-Martin. En 1788-1789, il fut remplacé par l'abbé de Moncaupt, chanoine. Pendant la période 1785-1789, elle eut pour secrétaire Pigot, négociant, et pour député Vénier, commis aux fermes. Après avoir interrompu ses travaux pendant la Révolution, elle fut reconstituée le 4 mai 1810, par la L.\ Saint-Alexandre. En 1813-1814, elle avait pour vén.'. Anouilh, avocat; pour secrétaire, Pascal Pelleport, avocat, et pour député, Pannetier, officier du G.'. 0.". SAINT-JEAN-D'ANGÉLY L'ÉGALITÉ et MADELEINE DE LÉGALITÉ Sous le titre de Madeleine de l'Egalité, la G.*. L*. fonda une L.'. le 2 juillet 1764, en faveur du vén.*. m.\ Guérin. Il semble qu'une autre L.\ ait été fondée le 18 mai 1764, sous le titre Égalité. Il est probable que ces deux L.'. n'en font qu'une. La G.*. L.-. renouvela ses titres le 10 décembre 1772, et le G.\ 0.\ le 11 juin 1774. De 1773 à 1775 figurent parmi ses membres : Ozanne ; Chardé ; Mes- tadier père et fils ; Dubourg ; Lefebvre ; Perreau et Damuret. En 1776, la L.*. comptait 15 membres. Ses vén.#. furent : Guérin de la Madeleine (1776-1777) ; Roy, entre- preneur des hôpitaux militaires (1785) ; Ouzoneau, avocat au Parlement (1788) ; Favre, négociant (1789). Ses secrétaires furent : Toussaint de la Marre, garde- magasin des vivres de la marine (1776-1785), et Paul Roy, ancien officier et adminis- trateur de l'hôpital militaire (1788-1789). Ses députés furent : Rousseau (1776) ; vicomte de Sainte-Hermine, capitaine de dragons d'Artois (1777), et Castet, ancien officier de la maison du roi (1785 1789). 476 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Ea sommeil, pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Em- pire. Ses vén.'. furent : Rolland, négociant (1808) ; Limoges, commissaire des poudres (1813), et Ouzoneau, notaire (1814). La L.\ faisait adresser ses lettres sous le couvert de l'anagramme de Geliate. Elle eut pour député, de 1808 à 1814, le comte Regnauld de Saint- Jean-d'Angély. SAINT-QUENTIN SAINT-JEAN Le 6 novembre 1744, cette L.\ fut constituée par une puissance incon- nue en faveur du vén.'. m.*. Poupardin. Elle n'a laissé aucune trace jusqu'à sa reconstitution par le G .'. O.'. le 6 décembre 1774. En 1776, elle se composait de 52 membres. Ses vén.*. furent : Dumoustier, négociant (1776-1777) ; de Brissac, seigneur de Soxey, Montplaisir, etc., négociant (1785 et 1789) ; Dunez l'aîné, négociant, ancien consul (1776-1788). Ses secrétaires étaient : Dunez jeune et Duplessis Bernoville, négociant (1789). Ses députés furent : de Saint, négociant (1776-1777) ; Bacon de la Chevalerie (1785), et de Brissac (1788-1789). En sommeil pendant la Révolution, cette L.\ ne reprit pas ses travaux SAINT-VINCENT ÉCOSSAISE DE LA RÉUNION DES VERTUS Cette L.*. fut constituée en 1762 par la G.'. L.*., en faveur du vén.*. m •. Clauzelle : elle fonctionnait encore en 1779. SAINTES LA SINCÉRITÉ Cet atelier, qui existait déjà le 20 novembre 1760, fut constitué le 28 mars 1762 par la G.'. L.'., et renouvelé le 2 juillet 1774 par le G.-. O. . En 1775, il comptait parmi ses membres : Pintaut ; de Varennes ; de Lisleferme ; Prieur- Granville ; Viger ; Robert ; Frauchay ; Bour- leau ; Arnauld ; Laurent ; de Lys et Mercier. En 1776, elle comptait 21 membres, et 23 l'année suivante. En 1776, Vieuille, conseiller au présidial, était sou vén*. ; de 1777 à 1789, il fut remplacé par Le Breton, président et lieutenant général. Toussaint, imprimeur, fut son secrétaire de 1776 à 1789 ; de Lisleferme fut son député en 1776, et le Dr Guillotin, de 1777 à 1789. La Sincérité disparut définitivement pendant la Révolution. SARRELOUIS SAINT-JEAN DE LA BONNE HARMONIE Le 20 mai 1765, cette L.\ fut constituée par la G.*. L.". en faveur du vén.'. m.'. Bazin. Elle était encore en vigueur en 1779. LOGES DE PROVINCE 477 SAUMUR SAINT-LOUIS DE LA GLOIRE Cette L.\, établie par une puissance inconnue le 12 avril 1745, fut reconstituée par la G.-. L.\ le 12 janvier 1746, et par le G.\ 0.\ le 1er mars 1781. Elle n a laissé aucune trace jusqu'à cette dernière date. En 1785, elle fut présidée par Tremblier de Varennes, gardien des religieux ; en 1788, par Alauzet, receveur principal des fermes du roi, et en 1789 par Riffaut de Sautrel, médecin. En 1788-1789, son secrétaire était Villier, président du grenier à sel. Resiée en sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous l'Empire, sous le titre de Saint-Napoléon de la Gloire. Eu 1810 (?), d'a- près un brevet de R.\ -}- donné à Marie-Charles-Antoine de Reiset, colo- nel du 1er régiment des dragons, les dignitaires de son chapitre étaient : Riffault, vén.\ ; Roilève le jeune et Beaumont, lep et 2e surv.\ ; Oudry, maître des cérémonies ; Defos, secrétaire général ; Cahouet, garde des sceaux ; Esnault, grand orat.-., et L. Croubrain, secrétaire. En 1813-1814, son vén.\ était Esnault, président du tribunal civil ; son secrétaire, Chalopin, notaire, et son député, Jacquelin, chef de bureau au ministère de la guerre. SAINT-PIERRE DE LA PARFAITE UNION Fondée à une date inconnue, cette L.'. n'a laissé de traces qu'en 1788- 1789. Elle avait alors pour vén.*. Berthelot, marchand (1788) ; Lemoine, vitrier 1789), et pour secrétaire (1788 1789), Brosseau fils, greffier de l' Etat-major. SEDAN PARFAITE AMITIÉ Cet atelier, fondé par la G.'. L.'. en 1760, en faveur du vén.\ m.*. Beniger, fonctionnait encore en 1779. SAINT-JEAN DES FRÈRES ZÉLÉS Fondé parla G.'. L.*. le 7 mai 1762, en faveur du vén.'. m.". Dujet du Rozoir, cet atelier était encore en vigueur en 1779. LA FAMILLE UNIE La G.'. L.*. reconstitua cet atelier le 9 octobre 1772. Il aurait été cons- titué par une puissance inconnue le 24juin 1762. Le G.-. 0.\ le reconnut le 7 mars 1776. En 1775, figuraient parmi ses membres : Duchesne de Ruville ; La Bauche de Bazeille, et Louis et Ccesar la Bauche. Composé de 17 mem- bres en 1776, il en comptait 25 l'année suivante. De 1776 à 1789, son vén.'. fut Duchesne de Ruville, commissaire pro- vincial des guerres. Pendant la même période, Poupart jeune, négo- ciant, fut son secrétaire, et Trudon des Ormes son député. 478 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Disparue pendant la Révolution, cette L '. reprit ses travaux sous l'Empire, dirigée en 1808 par Labauche Bazeille, manufacturier, et en 1813-1814, par Jobert, négociant. Son secrétaire était Devillars. manu- facturier, et son député pour la L*. et le chapitre, Delaunaj', officier du G.-.0-. SAINT-JEAN DES FRÈRES ÉLUS Cette L.'. fut fondée le 12 juillet 1762, par la G.'. L.*., en faveur du vén.\ m.'. Lauberty. Ses travaux n'ont pas laissé de traces. SOISSONS CŒURS UNIS A une date inconnue, une L.'. fut fondée sous ce titre. Elle n'a laissé aucune trace. STRASBOURG GRANDE LOGE ECOSSAISE Vers 1750, Reparlierde Rouen aurait installé à Strasbourg une G.".L.\ Ecoss.-. faisant fonction de Mère Loge. (Voy. Rouen). Elle fait peut-être double emploi avec SAINT-JEAN D'HÉRODOM dite SAINTE-GENEVIÈVE Constituée par une puissance inconnue le 17 janvier 1757, cette L.-. fut reconstituée à deux reprises par la G.'. L.-. La première fois le 26 août 1764, en faveur du vén.\ m.'. Mainglet, et la seconde le 12 mars 1772. Le G.-. 0.\ la reconnut le 6 avril 1780. En 1785, elle était présidée par Marchand, négociant, et en 1788-9, par Weyher, négociant. Le secrétaire était Ch. L. Weyher fils, et le député, Salivet, avocat au parlement. En sommeil pendant la Révolution, elle ne reprit pas ses travaux sous son ancien nom. C'est sous le titre de la Concorde qu'elle se réinstalla sous l'Empire. Le 18 mai 1805, Kellermann G., adm. de Tordre, et de Grasse-Tilly, représentant immédiat du Ser.\ G.\ M.-, au G.\ chap. de France, présidaient à ses travaux. Son vén.\ en 1808 était Popp, procureur impérial ; Pané, vén.\ d'honneur; en 1813 4, il était remplacé par Paul, payeur divisionnaire. Elle eut pour secrétaire Jean Daniel Saùm fils, négociant, et pour député pour la L.'. et le chapitre, Lahausse, médecin (1808), et Serson de Moitiers, officier honoraire du G.". 0.\ (1813-4). SAINT-LOUIS D'ALSACE Le 15 janvier 1763, la G.'. L.'. /onda cet atelier en faveur du vén.'. m.'. Litz-Ellmann ; il fonctionnait encore en 1779. LOGES DE PROVINCE 479 .A CANDEUR Cette L.\ fut fondée le 17 novembre 1763, par la G.\ L.\, en faveur du vén.". m.\ le baron de Landsperg qui dirigeait encore ses travaux en 1777. Son secrétaire était alors le comte de Lutzelbourg, maréchal de camp, et son député, Bacon de la Chevalerie. Ce fut une des L.*. les plus importantes du régime de la Stricte Observance. En 1785, elle était présidée par le baron de Klinglin, colonel de dragons ; Eglise de Saint-Martin, était son secrétaire. En 1788-9, elle eut pour vén.*. Metzler, archiviste de la ville, pour secrétaire Ehrmann, et pour député Savalète de Lange. Elle se faisait adresser ses lettres sous le pseudonyme de Ferdinand de Runac. A partir de 1788, elle avait pris le titre de La Candeur et Ferdi- nand aux neuf étoiles, en l'honneur du duc Ferdinand de Brunswick. Lors de la formation des directoires écossais, elle fut comprise dans celui de Besançon. Elle disparut pendant la Révolution, et on ne la retrouve qu'en 1814, présidée par Maris, colonel de la garde d'honneur, et aj'ant pour secré- taire Ubersaal, médecin. Nous reviendrons longuement sur cette L.*. dans le tome IL En 1785, l'Amitié avait fusionné avec la Candeur. MODESTIE Le 4 janvier 1764, la G.-. L.'. fonda cet atelier en faveur du vén.*. m.*. Saldoul Cette L.'. n'a pas laissé de traces de ses travaux. L'AMITIÉ La G.*. L.*. fonda cette L.*. le 17 octobre 1764, en faveur du vén.*. m.'. Bertrand, et renouvela ses titres le 9 octobre 1774. Le G.-. O. . la recon- nut le 25 janvier 1774. En 1775, elle se composait des membres suivants Chaumont, capitaine au régiment de Royal-Nassau, qui fut son vén.'. Stierling, ancien secrétaire de légation ; Moneder ; de Voisins ; Maller Desvieux ; d'Argœuvre ; Kern ; Welhem ; de Capel ; Greuner ; Piquet Kael ; le marquis de Belissen ; le chevalier de Montaigle et le chevalier de Cybenis. Son député était Savalète de Lange. L'Amitié se réunit à la Candeur en 1785. PARFAIT SILENCE Cette L \ fut constituée le 4 février 1767, par la G.'. L.'., en faveur du vén.-. m.-. Isnard. En 1775, elle comptait le baron de Weiller, major nu service de l'empereur. Celui-ci étant mort à Turin, le 9 novembre 1775, sa colonne funèbre fut prononcée dans la L.'. du Parfait Silence le 9 février 1776, par Claude-Hilaire Laurent, médecin. En 1785, cette L.*. fut présidée par de Clermont, contrôleur de la poste aux lettres, et en 1788-9, par Weille, inspecteur des vivres. Son député était Badenier, intendant de la maison d'Uzès. Elle disparut définitivement pendant la Révolution. 480 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE TARASCON LA FIDELITE Cette L.\, dont on ne trouve de traces que sous l'Empire, aurait été fondée le 24 mars 1765, par une puissance inconnue. En 1808, elle était présidée par Martin fils, praticien, et en 1813-4, par Raget, chirurgien. Son secrétaire était Martin, avoué, et son député de Foissy. Elle faisait adresser sa correspondance sous le couvert de l'anagramme Delifite. TARBES LA PAIX Les constitutions de cette L.\ dataient du 10 novembre 1764 ; elles émanaient d'une puissance inconnue. Elles furent renouvelées par la G.'. L.\ le 9 octobre 1772, et par le G.*. O. . le 29 février 1776. Elle comprenait 37 membres en 1776 et 46 en 1777. Ses vén.\ furent : De Péen, procureur du sénéchal de Bigorre (1776-7) ; le prince de Rohan-Rochefort, lieutenant général des armées du roi, premier baron des États de Bigorre (vén.\ eu exercice 1785 8. et vén.\ d'honneur 1789), et de Coture, écuyer, conseiller du roi et maître parti- culier des eaux et forêts (1789). Son secrétaire était Décamp, avocat au Parlement, et son député l'abbé de Montmorency-Boutteville. Cette L.\, en sommeil pendant la Révolution, reprit ses travaux sous l'Empire. Mérens, juge au tribunal civil, fut son vén.\ (1808-14), et Laporte, procureur impérial, son secrétaire. THIERS SAINT-ETIENNE Cette L.\ fut constituée par une puissance inconnue le 5 août 1754. Ses pouvoirs furent renouvelés par la G.'. L.\ le 27 décembre 1772, et par le G.'. O.*. le 10 janvier 1777. En 1776, elle comprenait 19 membres. Ses vén.\ furent : Rachias, négociant (1777) ; Chantemerle, contrô- leur des actes (1785-8), et Darrot de Frédefont, bourgeois (1789). Son secrétaire fut Cagnard, notaire, puis Darrot. Son député était Joubert de la Bourdenière. En sommeil pendant la Révolution, elle reprit ses travaux sous le titre de Frais Amis. En 1808, elle était présidée par son ancien vén.\ Darrot de Frédefont, et en 1813, par Brunel, chirurgien. Son secrétaire était de Lachenal, propriétaire; son député pour la L.\ était Geneux, officier du G.\ O.'., et son député pour le chapitre Fasolle, négociant. TOULON SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM Cet atelier fut fondé par une puissance inconnue le 12 mars 1750, puis reconstitué par la G.\ L.\ le 29 août 1772. Tout ce qu'on sait de cette L.\, c'est qu'en 1788-9 elle était présidée par La Voûte, négociant. Elle disparut définitivement pendant la Révolution. LOGES DE PROVINCE 481 DOUBLE UNION Le 1er août 1761, cette L.\ fut constituée par une puissance inconnue. Ses titres furent renouvelés par la G'. L.\ le 10 février 1772, et par le G.*. 0.\ le 3 décembre 1778. On ne sait rien de ses premiers travaux. Ses vén.\ furent : Baraillier, tailleur (1785) ; Marquisan, secrétaire du bureau major de la marine (1788), et Milain fils (1789). Son député était Duluc, horloger. Après avoir cessé ses travaux pendant le Révolution, elle les reprit sous le Consulat. En 1802, elle avait pour vén.\ Aube, notaire ; pour secrétaire, Messonnier, et pour député, Turel, notaire. Le 4 mars 1803, elle se réunit à la Paix pour former le chapitre du Parfait Silence. Son vén.'. de 1808 à 1822, fut Leclerc, officier de santé. Celui-ci étant passé vén.*. d honneur en 1813, fut remplacé par Grand-Jean, garde- magasin (1813), et par Gosse (1814). En 1808, le député était pour la L.*. et le chapitre, Grenier, avocat, et en 1814, Goetz. TOULOUSE CLERMONT Cette L.'., une des plus importantes de Toulouse, fut fondée, le 14 avril 1745, par Samuel Lockhardt, membre de la famille Sainclair, et par Nicolas Barnewall, comte de Trimlestown, vicomte de Kingsland (1726- 1813), Le G.'. 0.\ la reconnut le 20 juillet 1780. En 1783-4, le comte de Barnewall était son vén.-. et d'Amade était son secrétaire. En 1785, il était remplacé par Dupin, conseiller, et en 1786-9, par le marquis des Portes, sénéchal de Toulouse. Ses secrétaires furent : Villar, professeur en chirurgie (1785), et le baron de Commère, conseiller honoraire au Parlement (1788-9). Le député était le marquis d'Alciati. SAINT-JEAN DES ARTS et SAINT-JEAN D'ECOSSE C'est sous le premier titre que cette L.'. fut fondée par une puissance inconnue le 8 juillet 1775, et ses titres furent renouvelés par la G.'. L \ le 10 décembre 1772. C'est sous le second titre que le G.'. 0.\ la recon- nut le 25 juin 1774. En 1776, elle n'avait que 35 membres ; l'année suivante elle en eut 56. Parmi ses membres en 1775, on trouve Arbanère et Desmoulin. De 1776 à 1790, Gaubert, procureur au Parlement, fut son vén.*. ; De Bru aîné, négociant, son secrétaire ; et l'abbé Jardin, son député. Elle disparut définitivement en 1792. VIEILLE BRU ou ÉCOSSAIS FIDÈLES et NAPOLÉONMAGNE Cette L.*. aurait été, dit-on, fondée directement par Charles Edouard, mais aucun document n'a été fourni à l'appui de cette affirmation. On a beaucoup discuté sur l'origine singulière de son nom de Vieille Bru. On a cherché les étymologies les plus savantes et les plus compliquées, LA FRANC- MAÇONNERIE. — T. I. 31 482 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE sans donner aucune preuve sérieuse. On peut admettre avec une certaine vraisemblance que, créée en faveur du vén.\ m.*, de Bru aîné, on l'ait appelée la Vieille L.\ de Bru, puis la Vieille Bru. Cette L.\ reprit ses travaux sous l'Empire, sous le titre de Napoléon- magne. Le 8 février 1812, le directoire des rites du G.*. O.'. refusa de la reconnaître sous le titre d'Ecossais Fidèles ou de Vieille Bru, ses patentes n'ayant aucun caractère d'authenticité. En 1808, son vén.\ était du Puget. propriétaire. En 1813, il était remplacé par Montané de la Boque, président à la cour, et en 1814, par Cardes, négociant Son secrétaire était Clausolles, et son député Laflotte, avocat (1808), puis Delaroche (1813-4). Pour cette L. *., voir Lecouteulx, p. 112 ; Bagon, Orthodoxie, p. 122 ; Daruty, p. 174 ; Thory, Acta Latomorum, I, 251; Gros, Les L.'. maçon- niques de Toulouse ; et chap. vu. LA SAGESSE Une puissance inconnue fonda cette L.\ le 10 juillet 1757. La G.'. L.-. renouvela ses titres le 31 décembre 1772, et le G.\ O.'. le 27 septembre 1774. On a prétendu même, mais sans preuves, qu'en 1749 on avait constitué dans son sein un souverain chapitre au rit écossais d'Edimbourg. En 1775, cette L.*. comprenait 64 membres. Elle eut pour véri.*. De Marrort (1776) ; d'Espigal, conseiller doyen au sénéchal et présidial (1777) ; Pinaud, négociant (1785) ; Lanneluc, négociant (1788), et Decamps, négociant (1789). Sou secrétaire fut J. Pinaud, et ses députés Froger d'Igneaucourt (1776-7), de Chamerois (1785/, et Armet, garde des archives du roi et de Monsieur (1789). Ayant interrompu ses travaux pendant la Bévolution, elle les reprit sous l'Empire. Elle fut constituée par la L.*. Saint-Alexandre le 17 octo- bre 1806, et en 1809 elle possédait un chapitre d'Hérodom de Kihvining. Ses yen.*, furent : Sénègre, négociant (1808), et Baymond fils, juge suppléant au tribunal de commerce (1813-4). Son député secrétaire était Boumagniac, négociant, et de 1808 à 1814 ses députés : pour la L.*. Michelot ; pour le chapitre, Brunet ; l'un et l'autre officiers du G.\ O.'. PARFAITE AMITIÉ Constituée par la G.*. L.*. de France le 30 mai 1763, cette L.". fut reconnue par le G *. O.'. le 9 août 1781. Parmi ses membres en 1766 figurent : Tavernol ; Laforest ; Genton ; Bastide. En 1774, son tableau contenait douze avocats et pas de magis- trats. En 1782, huit magistrats du Parlement s'y étaient introduits En 1783, il y en avait vingt-trois et en 1786 il y avait deux présidents à mortier, quinze conseillers en fonction, trois conseillers honoraires, un avocat général et deux substituts du procureur général. Contrairement à ce qui se passait dans les autres L.\, dans la Parfaite Amitié le magis- trat se substituait à l'avocat. Cette L.\ était particulièrement élégante et aristocratique. A ses côtés fonctionnait une L.\ d'adoption nombreuse et choisie. LOGES DE PROVINCE 483 Ses vén.\ furent : Juin de Siran. conseiller ; Daspe, président (1782-3) ; de Laroquan, conseiller (1784) ; Belmon de Malcor (1785) ; de Resseguier, avocat général (1786-9); Malpel, avocat au Parlement, est son secrétaire, et son député, Théaulon (1785), puis Descadillac, avocat au Parlement (1788-9). Par le tableau de cette L.-. en 1786, on se rendra compte de la com- position de ses membres; elle resta la même, à peu de noms près, jus- qu'à la Révolution, qui la plongea dans un sommeil éternel : De Resseguier, cons. gén. Pari., vén.\ ; de Sapte, prés, mortier, l*r surv.'. ; de Rigaud, cons. Pari., 2e surv.'. ; de Malcor, cons. Pari., ex-maître ; de Siran, cons. Pari., orateur ; Gassaigne, av., secret.*. ; Lamarque, av., trésorier ; marquis de Pordéac, maître d'hôtel ; de Fajole-Giscaro, écuyer, terrible ; de Labroue, cons. Pari., m.'.cérém.v ; de Laroquan, cons. Pari., g.\ des se*. ; Dubaur, prof médecine, et Frizac, prof, chirurgie, visiteurs malades ; abbé Sempé, chanoine Saint- Jean, infirmier ; abbé de Saint-Romain, chanoine Montauban, maître ; Sicard, av. Pari., maître ; de Fajac, prés. Pari., maître ; Malpel, av. Pari., maître ; Ferrey, subst. proc. gén., maître ; Delong père, cons. hon. Pari., maître ; Dérat, av. Pari., maître ; d'Azas, cons. hon. Pari., maître ; Demouche, secret, palais, maître ; Désirât, av. Pari., maître ; marquis du Faget, lieut. maréch France, maître ; de Segla, cons. Pari., maître ; de Brive, m.*. Pari., eaux et forêts ; Foix, maître ; de Salase, subst. proc. gén., maître ; de Fajole, cons. hon. Pari., maître ; Viguier, av. Pari., maître ; abbé de Pouget, curé de Saint- Thibery, maître ; de Rouillan, écuyer, maître ; marquis de Montbartier, maître ; d'Azemar de Fabrègues, écuyer, maître ; de Rochefort, cons. Pari., maître ; Lamic, av. Pari., maître ; marquis de Puilaroque, maître ; de Rouville, cons. Pari., maître ; Mical, dir. gén. fermes, maître ; Duroc de Mauron, cons. Pari., maître : de Laplonière, dir. postes, maître ; de Lespinasse, cons. Pari., maître ; de Trinqualie, cons. Pari., maître; Tardy, écuyer, maître; chev. d'Albaret, off. rég. Maine, maître; de Rigaud-Corneille, off inf., maître ; de Saint-Victor, lieut. -col. inf., maître ; Delong fils, cons. Pari., maître ; de Gilède-Pressac, écuyer, maître ; de Pavie-Fourquevaux, off. dragons, maître ; Delibe, prof, collège royal, maître ; d'Héliot, cons. Pari., maître ; de Reynal, cons. Pari., maître ; de Fabrot, écuyer, maître; Abrial d Issas, cons. sénéch. ; de Villeneuve de Berg, maître ; baron de Panetier, off. caval., maître ; marquis d'Eure, maître ; Sambucy, baron de Miers, écuyer, maître ; de Marcilhac, écuyer, maître ; vicomte d Alzon, maître ; baron de Pertuis, maître ; marquis d'Escouloubre, col. inf., maître ; Dunoyer de Segon- zac, écuyer, maître ; de Saint-Rémy, écuyer, maître ; Rivais de La- combe, cons. sénéch. Montauban ; du Fayet, g. du corps du roi, maître; Saint-Arnoux, écuyer, maître ; marquis de Villelongue, maître ; abbé de Solages, vie. gén., Nantes, maître ; de Labourrelie, cons. Pari., appr. ; Ch. de Labourrelie, off. inf., appr. ; Duperier, cap. caval., maître ; de Senovert, off. génie, maître ; de Marin, écuyer, appr. ; Ch. de Marin, off. carabiniers, maître ; Bastoulh, av. Pari., appr.; de Marmiesse, off. inf., maître ; de Palarin, off. caval., appr. ; marquis de Monlaur, maître ; comte de Ligonès, maître ; de Nougairol, av. Pari., appr. — Servants de la L.'. : Boussavié ; Massonier. — Adresse : Malpel, av. Pari., rue des Regaus. 484 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE La L.\ d'adoption était composée des sœurs : Présidente de Sapte,gr.\ maîtresse; de Labroue, lre inspect.'.; de Siran, 2e inspect.\;de Rigaud, ex-maîtresse ; de Laroquan, oratrice ; de Cazes, secrétaire ; marquise de Portes, trésorière ; de Combettes-Caumont, maîtresse cérém.'. ; de Taillas- son ; de Duprat ; de Gaja ; de Saint- Victor ; de Mabieu , baronne de Panetier ; de Redon ; marquise du Crouzet ; de Millau ; vicomtesse de Rochemaure ; marquise de Resseguier ; de Rochefort ; de Lacroix ; d'Omeron ; de Réad aînée ; de Réad cadette ; marquise de Monlaur. TOURNUS PARFAITE UNION Les constitutions primitives de cette L.\ lui furent délivrées le 4 août 1766, par une puissance inconnue. Elles furent renouvelées par la G.'. L.:. le 29 août 1772 et par le G.'. CV. le 27 mai 1774. En 1776, cette L.\ comptait 15 membres et 20 Tannée suivante. Ses vén.-. furent : Du Lac, notaire (1776) ; de Laval de Lostange, avocat au Parlement, bailli (1777; ; Niepce, changeur pour le roi (1785-8), et Jacquet, curé (1789). Ses secrétaires étaient : Lornat, notaire (1776) ; Dunand, médecin (1777), et Niepce (1789). Son député fut Poncet (1776), puis Armet, garde des archives du roi et de Monsieur (1788-9). Cette L.'. disparut définitivement pendant la Révolution. TOURS CONCORDE ÉCOSSAISE Fondée par une puissance inconnue, le 27 septembre 1745, cette L.\ fut reconstituée le 6 mars 1765 par la G.'. L.\ et par le G.'. 0.'. vers 1780 ; a laissé peu de traces avant de disparaître pendant la Révolution. En 1788-9, elle avait [pour vén.'. Cartier Douineau, négociant ; Delavau-Simon, négociant, était son secrétaire, et Valète, ancien ban- quier, officier du G.\ O.'., son député. TRIPLE NŒUD Cette L.\, dont on ne trouve trace que dans un diplôme de Beau- chaine (chap. v, p. 183), n'a laissé aucune trace avant la Révolution. C'est probablement la même qui fut reconstituée le 24 septembre 1809. En 1813, elle avait pour vén.*. Bailly-Drouin, marchand, et en 1614, Delisle, négociant. Son député en 1813-4 était Serré, batteur d'or. TROYES UNION DE LA SINCÉRITÉ Constituée par une puissance inconnue le 21 mars 1751, cette L *. fut renouvelée par la G.\ L.\ le 17 septembre 1773 et par le G.'. 0.\ le 17 septembre 1776. En 1776, cette L.'. comptait 20 membres. Ses vén.'. furent : d'Huyelle, horloger (1777) ; Chaperon, conseiller du roi, com- missaire de police, procureur au bailliage (1785), et Bouquet, procureur au bailliage (1788-9). Ses secrétaires étaient : Chaperon, commissaire de police (1777-1785), et Odin, notaire (1788-9). LOGES DE PROVINCE 485 Ses députés furent : Anthoine, directeur des hypothèques (1711) ; de Condé, avocat au Parlement (1785), et Peuvret, huissier (1788-9). En sommeil pendant la Révolution, cette L.\ reprit ses travaux sous l'Empire. En 1808, son vén.\ était Sirugue, colonel de gendarmerie, et en 1813-4, Payn, premier adjoint. Ses secrétaires étaient Odin (1808) et Cogit, banquier (1813-4). Son député était Bertrand, notaire. UNION DE LA PALESTINE Fondée à une époque inconnue, cette L.\ n'a pas laissé de traces. VALENCE . LA SAGESSE Constituée par une puissance inconnue, le 27 décembre 1765, cette L.\ fut renouvelée par la G.'. L.\, puis par le G.*. O.*. le 12 janvier 1775 En 1776, elle comptait 23 membres et 25 l'année suivante. Ses vén . furent : de Planta, ancien officier de cavalerie (1776-7 et 1788) ; de Rozières, officier du génie (1785), et Dupont, directeur de la manufacture de coton (1789). Ses secrétaires étaient : Bancel, chanoine de la cathédrale (1776), et de Planta fils, garde du corps du roi (1777 et 1785-9). Le député fut l'abbé Raymond (1776), auquel succédèrent : l'abbé Jardin (1777) et le Dr Jeanroi, médecin (1785-9). Entrée en sommeil pendant la Révolution, de 1808 à 1814, elle fut présidée par Renaud fils, avocat. Son député pendant la même période était Picolet, officier du génie. VALENGIENNES PARFAITE UNION Cette L.\ est un des rares anciens ateliers dont les titres de constitu- tion soient authentiques. Elle fut fondée le lor juillet 1733 parla G.\L.\ d'Angleterre, sous le n° 127. En 1740, elle portait le n° 111 (Pine), en 1770, le n° 55 (Cole), et en 1793, le n° 40. Elle fut renouvelée par la G.\ L.\ le 15 juin 1772 et par le G.\ O . le 11 août 1774. En 1776, elle comptait 25 membres, et 26 l'année suivante. Ses vén.*. furent : Hayot de Ternicourt. lieutenant général du bailliage (1776-7) ; Renversé, notaire (1785); et de Chermont, maréchal des camps et armées du roi, chef de brigade au corps royal du génie (1788-9). Son secrétaire était Glairo, contrôleur des fermes, et son député, Wibaut (1776), puis Mangin, entrepreneur des bâtiments du roi, officier adjoint du G.*. O.*. (1777) et Biston, secrétaire de l'intendance et directeur du Mont de Piété du Hainaut (1788-9). Entrée en sommeil pendant la Révolution, cette L.\ reprit ses travaux sous le Consulat. Son chapitre d'Hérodom de Kilwining ne fut pas souche en 1809, comme le dit Thory (Acta Lalomorum, I, 242), mais avant cette époque, car à la date du 2 septembre 1804, ce chapitre délivrait à Joseph-Xavier Reybaud, sous -inspecteur aux revues, un brevet de R--f-. Le bref est signé : Cadet de Beaupré ; Gauthier; Bombain ; Somand ; Ablette, et Cagnon, trésorier. 486 LA FRANC -MAÇONNERIE EN FRANCE En 1808, son vén.'. était Cagnon, receveur de l'enregistrement, et son député Laflotte, avocat. VERDUN FRÈRES AMIS AMITIÉ ÉTERNELLE Ces deux L.\, fondées à une époque inconnue, n'ont pas laissé de traces. VERNON SAINT-JEAN DE DIEU Constituée parla G.*. L.\, le 30 juillet 1768, cette L.\ fut reconnne par le G.*. Gv. le 18 avril 1782 ; elle était entrée en sommeil vers 1773 et avait repris ses travaux le 21 mai 1782. Elle comptait alors 25 membres, parmi lesquels : Le Tellier d'Orvilliers ; le comte de Vaugourdon ; de Caillé ; Ratel, chanoine, et cinq cordeliers. Cette L.\ eut pour vén.*., de 1785 à 1788, Villetard, avocat au Par- lement, conseiller en l'élection et bailli de Beaudemont. Son député pendant la même période fut Chambon, huissier au Parlement. Entrée en sommeil pendant la Révolution, cette L.*. ne reprit pas ses travaux. VERSAILLES L. . DE LA CHAMRRE DU ROI Il paraît que le 20 octobre 1745, la G.*. L.*. institua un atelier sous ce titre. Elle était exclusivement composée des officiers attachés au person- nel de Sa Majesté. Parmi ses membres, il y avait plusieurs capucins et un aumônier du roi. Je n'ai pu déterminer l'Orient de cette L.'., qui est indiqué par plusieurs auteurs comme étant Paris. Par son recrutement, il y a tout lieu de supposer que c'était plutôt Versailles. SAINT-JEAN DE LA RÉUNION SAINT-JEAN DE LA CONCORDE SAINT-JEAN DE MARS ET RELLONE SAINT-JOSEPH DU PARFAIT ACCORD Ces quatre L.*., fondées à une époque inconnue, n'ont laissé aucune trace. VILLEFRANCHE (Lyonnais) LA SAGESSE Fondée à une époque inconnue, cette L.-. n'a pas laissé de traces. VINÇA (Roussillon) JÉRUSALEM Cette L.'., fondée le 29 octobre 1769, figure pour la première fois sur les annuaires du G.*. 0.\ en 1788. Il n'y est pas fait mention de la date do ses constitutions. LOGES DE PROVINCE 487 En 1788 9, son vén.\ étaitPontich cadet, citoyen noble ; son secrétaire, Salvo, médecin ; et son député, Desaudrays, lieutenant-colonel, ancien résident du roi dans les cours étrangères. Jérusalem disparut définitivement pendant la Révolution. VIRE SAINT-GUILLAUME devenue LA VICTOIRE La G.*. L.\ constitua cet atelier le 4 mai 1764 ; il fut renouvelé par le G.'. O.*. le 21 février 1774. C'est à cette époque que le vén. ' . étant mort et les titres delà L.\ étant tombés dans des mains que M. de Loucelles déclare indignes, les membres décidèrent de prendre un autre nom. Après avoir choisi celui de Saint-Etienne de la Victoire, ils adoptèrent, le 21 mars 1774, le titre de la Victoire. A cette époque figuraient parmi ses membres : Dupont ; du Bocq ; Marie ; de Freville ; Lecocq ; Bouchard ; Genuit ; Rolodange ; Heurtault ; Malfilâtre ; Costard ; de Gathemot ; Bazin-Arvrat, et Bazin de la Blanquière. En 1776, la L.\ n'avait que 18 membres présidés par le chevalier Dupont, sieur de Logerie. Genuit, négociant, était secrétaire, et Pyron, député. En 1777, le vén.-. était Costard du Haut-Grais, notaire ; le secrétaire, Laîné de la Vitelière, et le député, Dupont de Lorgerie. En 1780, le tableau comprenait les 22 membres suivants : Chemin de la Guaineterie ; Bazin de la Blanquière ; Achard de Saint-Mauvieux ; Le Monier de la Guévilonière ; Le Monier de la Loissonnière ; Costard de Haut-Grais ; Lecoq de la Martinière ; Leroy de la Vallée ; Heurtault de la Saisonnière ; l'abbé Tary de Monthieu ; Le Brun de Blai ; Quentin de Coupigny ; de Blaisot ; de Lunois ; de Sainson, gouverneur de Vire ; Dupont de Logerie ; Delarue de Tréville ; le marquis de Rabodange ; Malherbe de Gathemo ; dom Damard, bénédictin, et Louvart de Pon- levoye. Chemin de la Guaineterie, négociant, fut son vén.*. de 1785 à 1789. Pendant la même période, Le Monier de la Loissonnière fut son secrétaire et Pantonnier son député. La Victoire s'éteignit définitivement pendant la Révolution. VITRY-SUR MARNE SAINT-CHARLES DE LA CONSTANCE Cette L.'., fondée à une époque inconnue, n'a pas laissé de traces. VOIRON LA TRIPLE UNION ET L'AMITIÉ Cette L.'., fondée le 14 juin 1745, n'a laissé aucune trace de ses travaux. Elle n'aurait été reconnue par le G. . O.*. que le 10 août 1789. Elle entra en sommeil peu après. En 1808, on la retrouve en instance de 488 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE chapitre. Son vén.*. était Tivallier, négociant et maire. Son député était Harger fils. VOULTE (la) SAINT-VINCENT DE LA PERSÉVÉRANCE Constituée par la G.-. L.\ le 23 novembre 1769, cette L.\ fut renou- velée par le G. . 0.\ le 30 avril 1774. En 1776, elle comptait 19 membres et 35 l'année suivante. De 1776 à 1789, son vén.'. fut Tardy de Montreval, capitaine au corps royal d'artillerie. Ses secrétaires furent Robert, avocat, et Fonneure, avocat au Parle- ment. Son député fut Jarry, sous-chef au bureau des hypothèques, puis Turret, docteur en droit. Cette L.\ termina définitivement ses travaux pendant la Révolution. III LOGES MILITAIRES Les L.\ militaires ne semblent pas avoir été installées dans les régi- ments français avant 1759. Il est probable qu'elles ne se sont pas for- mées spontanément et qu'avant leur organisation officielle à FO.'. des régiments, de nombreux officiers fréquentaient les L.\ civiles. Les régi- ments, en se déplaçant, étaient de merveilleux agents de propagande que la f.\-m.\ n'eut garde de négliger. On créa même, après 1760, des L.\ militaires qui n'étaient à FO.*. d'aucun régiment. Ces L.\ eurent un rôle important dans le développement de l'ordre ; le nom de la plu- part d'entre elles n'est pas parvenu jusqu'à nous. Avant 1771, je n'ai relevé que Saint-Jean de la Gloire et Saint-Alexandre, et cependant il me paraît certain qu il en exista un nombre relativement considérable Entre 1760 et 1769, je trouve leurs traces en Normandie, enTouraine7à Moulins, à Libourne, à Toulouse, en Provence et en Lorraine. Il est curieux de constater qu'aucune de ces LL.\ ne figure sur les annuaires. De qui tenaient-elles leurs pouvoirs ? D'après les L.\ qu'elles ont contribué à installer, il n'est pas douteux qu'elles étaient d'origine ou tout au moins de tendances jacobites ; FO.*. de Bouillon a peut-être aussi joué un rôle plus considérable qu'on ne Fa indiqué jusqu'ici dans le développement de la f.'.-m.-. française. DILLON D'après la capitulation de Limerick, les officiers et soldats de l'armée jacobite avaient la faculté de suivre Jacques II ; il leur fut donc permis de rentrer en France. Les Gardes Irlandais, à l'exception de leur colonel, suivirent la destinée des Stuarts, et formèrent le régiment de Dorrington ; un grand nombre d'officiers des autres corps les imitèrent. Réfugiés à Saint-Germain-en-Laye auprès de leur souverain auquel Louis XIV avait donné un somptueux asile, ils ne tardèrent pas à former un second régiment composé des membres les plus distingués de l'émigration jacobite. On retrouve les premières traces de la formation de ce régiment par la nomination de Charles Mac Carthy, comte de Mountcashel, au grade de colonel, le 18 juin 1690. André de Lee lui succéda, le 28 juil- let 1694. Quatre ans plus tard, le régiment passa au service de la France. Un autre membre de la famille Lee fut appelé à le commander, le 26 octobre 1704. Il ne fut remplacé que le 16 septembre 1733 par François, comte de Bulkeley, auquel succéda son fils Henri, le 7 mars 1754. C'est sous le nom de Bulkeley que le régiment figura brillamment à Fontenoy à côté de la Maison du roi. 490 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Le 26 avril 1775, le régiment passa à Arthur, comte Dillon ; le 1er juin 1784, à Charles-Joseph Augustin, vicomte de Walsh-Serrant, et le 10 mars 1788, au chevalier Théobald Dillon. C'est sous le nom de Dillon que ce régiment est plus connu dans l'histoire, en raison du rôle brillant joué par son 1er bataillon dans les Antilles pendant la guerre de l'Indé- pendance américaine (1779-1783). Son passé n'avait pas été moins glorieux. A Malplaqust, à Denain comme à Dettingen, Fontenoy et Laufeldt, il avait été « mordant sur l'anglais » Devenus sujets du roi de Fiance, leur dévouement à leur nouvelle patrie fut à toute épreuve. En 1791, le régiment de Dillon devint le 87e d infanterie et, le 5 février 1792, son colonel fut Thomas Keating. En 1794, le 1er bataillon fut le noyau de la 157* demi-brigade, et le 2e bataillon celui de la 158°. Est-ce que le régiment de Dillon eut une L.\ ? Je n'ai pu en trouver une preuve positive. Etant donnée la composition delà Bonne Foi cons- tituée à rO.\ de Saint-Germain en 1778, on peut douter que cette L.v soit sortie du régiment de Dillon, qui n avait du reste à cette époque aucune attache particulière avec Saint- Germain. Cependant je relève parmi les officiers de ce régiment un grand nombre de F. '.-M.'. : Lally, lieut.-col. du 25 juillet 1708 ; Linche, cap. des grenadiers (1705), retiré en 1734 ; Macdonald, cap. en pied du 3 déc. 1701, retiré en 1734 ; Gaydon, aide major 1701, major 1er janvier 1709 ; Glasco, cap. en pied 1709, retiré en 1734 ; Jean Bourke, cap. en pied 1712, retiré en 1734 ; Mac Carthy, cap. 1703, retiré 1734 ; Lally, aide-major 1728 ; OToolle, lieut. grenadiers, 1709 ; Henry Dillon, fils du lieut. général, cap. 1730 ; Arthur et Charles Maunery ; Jean Bourke de Glinke ; Patrice Heguerty ; O'Neil ; Edouard et Bichard Butler ; Fitz Gérald ; Arthur Dillon ; Talbot de Tyrconnel, etc. De 1760 à 1780 figurent ; Bartholomew Badclyffe, lord Derwenwater, fils de Charles Radctyffe, le 1er grand maître. De 1780 à 1790, le comte Dillon, mestre de camp et colonel du régi- ment ; le chevalier Théobald Dillon, colonel en second ; Barthélémy Dillon, lieutenant-colonel ; le capitaine Thomas Dillon ; les lieutenants James et Denis O'Farell ; le capitaine Charles Nugent ; le capi- taine baron O'Neill et les sous-lieutenants Henry, Joseph et John O'Neill ; le capitaine et le lieutenant Shée et des Barry ; Blake ; Coghlan ; Darcy ; Fitz Gérald ; Fitz Maurice ; Hussey ; Mahony ; O Reilly ; Plunkett ; Sheldon ; Thompson ; Warren et Worth. On peut admettre avec M. de Loucelles qu'à Saint-Germain était installée la L '. Mère du rite jacobite, qui eut successivement pour grand maître : Jacques II, Jacques III et Charles-Edouard, et parmi ses membres les plus distingués, le duc de Berwick, fils naturel de Jacques II ; Jean Drummond, duc de Melfort ; André-Louis Hector et Louis Drummond, ses descendants; Jacques Drummond, duc de Perth, son fils et son petit fils ; la comte de Hamilton ; les Dillon ; Ramsay ; les Radclyffe ; Alexandre deMontgommery, comte d'Eglington ; Alexandre, comte de Home ; Georges de Leslie ; Richard Talbot, duc de Tyrcon- nell ; Jean, baron de Dartfort et comte de Caryl ; Gérard, comte de Lally-Tollendal et son fils Thomas-Arthur ; les lords Bolingbroke, Clancarty, Gare, Greffin, Mac Carthy, Middleton, d'Ormond, etc. Je ne puis cependant admettre avec M. de Loucelles que le rite d'Hérodom de Kilwining avait son centre à Saint-Germain dont le LOGES MILITAIRES 491 château aurait été le véritable château de Kilwining, ce dernier n'étant pas hypothétique. Dans le second volume, nous nous expliquerons longuement sur ce rite. Le château de Kilwining existait bien réellement et fut pendant longtemps un centre maçonnique très remuant. Tout au plus peut-on admettre, sans preuves positives, mais avec quelque vrai- semblance, que la L.\ Mère de Saint-Germain usurpa les pouvoirs de celle de Kilwining, en datant de ce dernier Orient des pièces en réalité écrites à Saint-Germain. Ce qui est bien certain, c'est qu'en 1771 il n'y avait pas en France dix L.\ tenant régulièrement leurs pouvoirs de la G.*. L.\ d'Angleterre et qu'il n'y avait de rite écossais qu'en France et en Allemagne. WALSH LA PARFAITE ÉGALITÉ En 1661, Charles II, à la veille de monter sur le trône d'Angleterre, forma à Saint-Germain en Laye un régiment sous le titre de Royal Irlan- dais. Ce régiment suivit la fortune des Stuarts sous le nom de Gardes Irlandaises. Compris dans la capitulation de Limerick, il débarqua à Brest le 9 octobre 1689, sous les ordres du colonnel lord William Dor- rington, appelé à remplacer son ancien colonel le duc d'Ormond, qui avait embrassé le parti de Guillaume III. Jusqu'en 1698. il tint garnison à Saint-Germain, sous le nom de Garde Irlandaise, en dehors des cadres français, bien qu'entretenu par Louis XIV. Le 27 février 1698, il fut incor- poré dans l'armée française sous le nom de son colonel, qui était toujours lord Dorrington. Jusqu'à la formation des demi-brigades, ce régiment prit tour à tour le nom de ses divers colonels : Rooth (Michel Lesley, comte de), le 12 décembre 1718 ; Rooth (Charles-Edouard Lesley, comte de), le 28 mai 1733 ; Roscommon (Robert Dillon, comte de), le 19 août 1766 ; Walsh-Serrant (Antoine-Joseph-Philippe, comte de), le 11 avril 1770 : Walsh (Charles- Joseph-Augustin, vicomte de), le 10 mars 1788 ; et O'Neill (Jean), le 8 janvier 1792. En 1791, il avait formé le 92e régiment d'infanterie. Ce régiment semble avoir eu la plus ancienne L.\ reconnue par le G.*. 0.\ de France. En effet, le 13 mars 1777, le G.*. O . admit que sa constitution primitive datait du 25 mars 1688, et que cette constitution avait été renouvelée le 9 octobre 1772 par la G.*. [«.'. de France Comment fut-elle installée à l'origine et de quelle puissance maçonni- que tenait-elle ses pouvoirs? Elle ne figure sur aucune des listes de L.*. reconnues par les Grandes L.'. anglaises, et tout porte à croire qu'elle fut formée par la réunion de plusieurs frères, initiés antérieurement, qui constituèrent la L. . de leur propre autorité. C'est du reste de cette façon que se formèrent la plupart des L.\ françaises antérieures à 1743. Quel était son titre distinctif ? Il est probable qu'elle n'en ait pas eu au début. Je ne relève le titre de Parfaite Egalité qu'à partir de 1752, mais il est possible qu'elle l'ait porté antérieurement. Avant cette date, je relève parmi ses membres : Michel Lesley, comte de Rooth (1718) ; Charles-Edouard Lesley, comte de Rooth (1727-1733) ; Arthur Dorrington, lieut.-col. 1710, chev. Saint-Louis ; Dassigny, Français né en Bourgogne, cap. 1698 ; Nagle, ■cap. 1698 ; Butler, cap. et chev. Saint-Louis, 1702 ; O' Calaghane, cap., 492 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE blessé en 1701 ; Clayton (cap. en 1707) ; Heasse (cap. 1707 : O'Dono- ghane (cap. 1707 ; Mac Carthy. cap. 1701, en pied 1709; Wyndham, cap. 1703, en pied 1710 ; Cusarque, cap. réformé 1709, aide-major et cap. 1710; Dorrington; (1714); Weyer (1708) ; Dunne (1708); Geoghe- ghane (1709); Reyly ; Keating ; Cohelane, Fitz Patrice ; Calaghane ; Purcell ; Cusaque ; Hobbes ; Martin ; O'Ogheren ; Tilline ; Florence et Guillaume Hurly ou Hurty ('?). De 1752 à 1777. je n'ai pu relever le nom d'aucun membre. En 1777, son vén.\ est le capitaine d'Arcy ; le cbev. Walsb, capitaine, est secrétaire, et son député au G.\ O.'. est Woulf, officier d'infanterie, rue Neuve-des-Bons-Enfants. Elle se composait de 17 membres. Un brevet du 7 septembre 1777, daté de Bapaume, contient les signatures de Jean O'Brien, chev. O'Connor, Shield, Narey, Swietmamn, Mac Carty, Roche, chev.de Keating, Nagle, Ch. Walsh, Plunkett, Nugent. En 1785, son vén.\ est le sous-lieutenant Hennerj-, son secrétaire le 1er lieutenant Begg. En 1788 et 1789, son vén.*. est Walsh, capitaine commandant, et son secrétaire Barbior, sergent-major. Sur un brevet donné à l'île dOléron le 1er juin 1787, je relève les noms de F. Walsh, vén.'., Mac Carthy, Bulkeley, O'Brien, Kavanagh, O'Flyn, Ch. de Keating, Keating, Tobin, O'Rurday, Galhvey et Barry. Entra-t-elle en sommeil pendant la tourmente révolutionnaire ? Cela est possible, bien que j'aie tout lieu de croire que les L.* persistèrent dans la plupart des régiments, continuant une vie indépendante, sans rapport avec aucun pouvoir central. Les régiments furent disloqués par les organisations de 1791 et de 1794. En 1791, les régiments remplacèrent leurs noms séculaires par de simples numéros d'ordre et, en 1794, par l'amalgame avec les bataillons départementaux, la plupart des régiments contribuèrent à la formation de deux demi-brigades. Le 23 mars 1801, il se forma au 92e d'infanterie une L.*. sous le titre de la Parfaite Union, qui ne semble avoir aucun rapport avec l'ancienne Parfaite Égalité à 10 \ du régiment de Walsh. A cette époque du reste, le 92e n'avait plus aucun lien de sang avec le 92e de 1791. Avant et après Fontenoy, des ordonnances royales pourvurent à la formation de quatre régiments écossais ou irlandais. Il est plus que pro- bable que ces régiments eurent leurs L.". Celles-ci néanmoins n'ont pas laissé de traces. Parmi les officiers de ces corps, depuis leur formation jusqu'à 1771, je relève les noms d'un certain nombre d'initiés. ROYAL ECOSSAIS, formé par ordonnance du 3 décembre 1743 Le colonel comte de Drummond, duc de Perth ; Louis Drummond de Melfort ; Colbert Castlehiel ; Stuart ; David Nairne ; Haie ; Macdonald de Glengary ; Mac Grégor de Glengile ; Macdonald de Clauvonald ; Cameron de Locheil ; Mac Pherson ; Guillaume Douglas ; Moore ; Perkins et d'Ostove. LALLY, créé par ordonnance du 1" octobre 1744 Lally, colonel ; Dillon ; Glascoe ; Bourke ; Ryan ; Fitz Gerald ; Butler ; Michel Lally ; Lee ; Brown ; Fermor ; Hughes Heguerty ; Wogan et Macnemara. LOGES MILITAIRES 493 O'GILWY, créé le 28 janvier 1747 Mylord O'Gilwy, colonel ; Jean Macdonald ; David Carnegie ; Brown ; Buchanan ; Thomas de Sotheringham ; Duncan Mackintosch ; Jean Menziès de Pitfodels ; Thomas, Guillaume et David O'Gilwy. ALBANY, créé le 20 octobre 1747 Le colonel baron de Locheil ; le lieutenant-colonel Cluny de Mac Pherson ; Archibald O'Gilwy ; Cameron de Glenkengy ; Frager de Fair- field ; Petergraham ; John Alexandre de Cameron ; Blairfetty ; James Cameron ; Thomas Nayrne ; Robert Graham Garrig ; James Sterbury ; John Drummond ; James Macdonald ; Jacques Graham Arth. Il est possible que ces divers initiés aient fait partie de L.\ civiles, ou du grand groupement de Saint-Germain, en admettant que ce dernier ait réellement existé (1). VIVARAIS PARFAITE UNION Le premier régiment français qui eut une L.\, reconnue par la suite officiellement par le G.*. 0.'., fut le régiment de Vivarais. Cette L.\ avait pour titre distinctif : la Parfaite Union ; elle fut constituée le 15 avril 1759. Elle avait alors pour maître son colonel, le chevalier de Lanps, et on voit figurer parmi ses membres : Maucler, lieutenant-colonel ; Maumusson, major; Beaudiau ; Dutilly ; Gualy ; Pagny et Vauconcourt. En 1775, elle se composait de quinze membres, parmi lesquels : Dupred, vén.*. ; Roux, Lamarque et Seguin. Lamarque était son député au G.-. 0.\ De 1777 à 1789, Dupred, sous-lieutenant de grenadiers, fut son vén.\, et Charles de Roux, chev. de Saint-Louis, capitaine commandant, fut son secrétaire. De 1779 à 1790, nous voyons figurer parmi ses membres : Les capitaines : d'Auffrery ; de Borda ; chev. de Borda ; de Laroque ; de Montels et de Saint-Just ; Les lieutenants : de Castanet ; Deshous ; d'Hardivilliers ; Laffitte de Pelleport et Vandœuvre; Les sous -lieutenants : Bonnefoux ; Cyvoct ; Duboys de la Motte ; de Gevaudan ; Lahaye ; La Pujade ; Montrond ; Perdigau et Solage. Le régiment de Vivarais devint, en 1791, le 71e régiment d'infanterie, et en 1794, ses deux bataillons servirent de noyau aux 131e et 132e demi- brigades. (1) Tout en remerciant ici la haute personnalité écossaise qui a bien voulu me signaler une partie de ces noms, je regrette que des raisons de famille ou des raisons de parti l'aient empêché de me fournir la liste entière. Il faut espérer que, par la suite, mon travail sera complété et que l'on publiera l'intégralité des documents sur le rôle de Charles- Edouard en Ecosse en 1745 et 1746, et en France en 1748. 494 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Il ne me paraît pas que la L.'. du régiment de Vivarais se soit reformée en 1801. DAUPHIN-DRAGON PARFAITE UNION C'est également sous le titre distinctif de Parfaite Union que, le 5 mai 1760, fut constituée la L.\ de Dauphin-Dragon. La grande L.\ renouvela ses constitutions, le 29 août 1772, et le G.\ O.'. le 29 février 1776. Avant 1771, figurent parmi ses membres : le colonel comte de Canisy- d'Hervilly ; le lieutenant-colonel du Bâtiment ; le major Buzelet et les capitaines Marion et chev. de Tudert. En 1776, cette L.\ ne comprenait pas moins de 30 membres. A cette époque, son vén.\ était le capitaine chevalier de Champeaux, chevalier de Saint-Louis. Son secrétaire était Kalekgraler, quartier-maître tréso- rier. Ces officiers occupaient encore ces fonctions en 1785. En 1788, le vén.-. était le lieutenant-colonel comte de Rocheret. bri- gadier des armées du roi, et le secrétaire Wirion, quartier-maître trésorier. En 1789, le vén.-. était le lieutenant Desvieux, et le secrétaire de la Hais, quartier-maître trésorier. Depuis 1788, le député au G.-. O •. était le capitaine de dragons Lambert, demeurant au Vieux Louvre. Parmi ses membres de 1779 à 1790 : le capitaine de Beaupuy ; les lieutenants de Bermont et de Rigault ; les sous lieutenants Abzac, Baillas, Devieux et Lucet. En 1791, Dauphin-Dragon fut dénommé 7e régiment de dragons. Lors du réveil des L.\, en 1801, il ne me paraît pas que celle de ce régiment ait été tirée de son sommeil. HAINAULT MONTMORENCY-LUXEMBOURG SIGISMOND-LUXEMBOURG La L.'. du régiment de Hainaut fut, avant 1771, la plus importante L.\ mil.', de France. C'est avec des éléments sortis de son sein, et avec le con- cours de la L.'. des Mousquetaires et de celle des Amis Réunis, que fut formé le G.'. O.'. Son vén.., le duc de Luxembourg, fut le véritable artisan de cette organisation. Cette L.'. fut constituée par la G.'. L.'. de France le 1er juin 1762, sous le titre de Montmorenc3'-Luxembourg. Ses pouvoirs furent renou- velés le 13 décembre 1773, par le G.\ O.'. Au moment de sa création, son colonel, le marquis de Montmorency-Royan, en était le vén.'., et parmi ses membres figuraient le lieutenant-colonel de Saint- Eloy ; le major de Saporta ; le commandant de Gand et les capitaines chevalier de Chollet et de Saulnier. En 1772, elle se composait, d'après son tableau, de : vén.'., Anne- Charles Sigismond de Montmorency-Luxembourg et Châtillon-sur-Loing, adm. gén. de l'ordre ; 1er surv.'., Anne Paul-Emmanuel de Montmorency, LOGES MILITAIRES 495 chev. de Luxembourg, fils du précédent, cap. g. des corps, m. de camp de cavalerie ; 2° surv.*., le Prince de Rohan-Guémené, cap. com. comp. gens d'armes du roi, m. de camp caval. ; orateur, Paul-Etienne-Auguste de Beauvilliers, comte de Buzançois, G. d'Espagne de lrecl., col.inf.; secret.*., duc de Lauzun, cap inf. corp. g. fr., puis duc de Biron ; trésorier, Pierre- Catherine Giraud-Destour, chev. Saint-Louis, lieut.-col. inf. ; maître d'hôtel, Adrien- Jean-Charles, chev. de Launey, col. inf., off. maj. garde française, frère du gouverneur de la Bastille, m.', cérém.'., Louis J.-B. de Seignelay, brig. armées du roi, col. rég. Champagne ; G. expert, marquis de Fitz-James, brig. arm. du roi, col. inf. ; membres : vicomte d'Adhemar ; marquis de Barbantane ; S. A. R. de Bourbon, prince de Condé ; comte de Chabot ; duc de Coigny ; de la Faye ; chev. de Durfort ; duc de Fronsac ; marquis de Gamaches ; marquis de Laval ; prince de Ligne ; duc de la Trémouille ; prince de Montbazon ; prince de Nassau ; comte d'Osmont ; comte d Ouessant ; comte de Périgny ; prince Pignatelli ; comte de Rouault ; vicomte de Rouault ; Varenne de Béost. En 1773, son cadre d'officiers était modifié de la façon suivante : vén. , Anne-Ch. Sigis. de Montmorency, duc de Luxembourg ; orat..,. comte de Buzançois ; 2° surv.., prince de Rohan-Guémené ; 1er surv.-., Anne- Paul Emmanuel de Montmorency, chev. de Luxembourg; secret., duc de Lauzun ; m.\ cérém.., marquis de Seignelay; m.*, d'hôtel, chev. de Launey ; trésorier, Giraud-Destours ; grand expert, marquis de Fitz- James ; membres : duc de la Trémouille ; vicomte de Rouault ; comte de Périgny ; Varenne de Béost. En 1775, nous voyons figurer une nouvelle recrue, le chev. de Jer- ningham. En 1776, elle comprenait 36 membres. Son vén.'., jusqu'en 1789, fut le capitaine des grenadiers de la Faye ; son» secrétaire, le lieutenant Barbier ; son député au G.\ 0.\ le comte de Buzançois, colonel d'in- fanterie, demeurant rue Saint-Dominique. De 1779 à 1790, figurent parmi ses nouveaux membres : Les capitaines de Barre, de Borassol, Deschamps, de Saviny et de Valleron ; Les lieutenants de Clery, Donnadieu, du Coudray. Icard et de Valory ; les sous-lieutenants André, Bouché, chev. d'Icard, Lafon, Perier et Vittaret. Depuis le 1er juin 1763, à la L.\ des officiers la G.*. L.\ avait adjoint une L.\ de bas-officiers, sous le titre de Sigismond-Luxembourg. Les constitutions de cette L.". furent renouvelées par le G.-. 0.\ le 13 dé- cembre 1773. Moins prospère que la L.*. des officiers, cette L.'. en 1776 ne comprenait que 11 membres. Son vén*. jusqu'en 1785 fut le sergent de la Faille et son député le comte de Buzançois. En 1788 et 1789, elle eut pour vén. . le capitaine chev. de Goussen- court, pour secrétaire le sergent Auguste Baude, et pour député au G.*. 0.\ Mercier, négociant. En 1791, le régiment de Hainaut devint le 50e d'infanterie, et en 1794 il contribua à la formation des 99f et 100e demi-brigades. Le 17 juillet 1804, le 50e d'infanterie, qui n'avait du reste aucun lien de sang avec le régiment de Hainaut, fit constituer sa L.'. sous le titre de: les Enfants de Bellone. 496 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE LOGE MILITAIRE, SANS ORIENT FIXE SAINT-JEAN DE LA GLOIRE Cette L.\ fut constituée le 15 août 1762 en faveur du chev. de Thélins, par une puissance inconnue. Elle figure à tort parmi les L.*. lyonnaises parce qu'elle fonctionna longtemps à Lyon, où elle vint s'établir en 17G5. En fait cette loge ambulante était à l'Orient géométrique terrestre (longi- tude et latitude) de l'endroit où avait lieu la tenue. Ses vén.\ furent : le chev. de Thélins (1762); de Mont- Verdun (1763); de Magny (1765-7,. Le 29 juin 1785, l'abbé Comte d'Apremont, chanoine et comte de Lyon, fut exclu de cette loge à la suite de propos irrévérencieux tenus par lui contre la f.".m.\ Le 17 janvier 1766, Bacon de la Chevalerie, orateur de la L.*., pro- nonça l'oraison funèbre d'un membre de cette L.-., Bay de Thélins, cap. de dragons au rég. d'Autichamp. Le 17 juin 1767, le vén.\ Magny prêta son obligation entre les mains du Président de la M.*. L.*. de Lyon. On ne trouve pas traces de cette L.*. après cette époque. SAINTONGE SAINT-CHARLES DES AMIS RÉUNIS La L.\ du régiment de Saintonge fut constituée par la G.'. L.*. le 2 juin 1763, sous le titre de Saint-Charles des Amis Réunis. Ses pouvoirs furent renouvelés le 10 décembre 1772 par le même pouvoir, et le 4 avril 1774 par le G.\ 0.\ De l'époque de sa fondation, nous ne connaissons qu'un de ses membres, son colonel, le chevalier de Bérenger, qui en était probablement le vén.\ En 1776, elle se composait de 25 membres. Son vén.\ était le capitaine de Berlaymont, son secrétaire était le sergent-major Dupont, et son député (jusqu'en 1789) l'abbé Pingre, de l'abbaye de Sainte-Geneviève. Parmi ses membres : Labouisse, Gardel et Weide. De 1777 à 1785, sonvén/.est le sergent-major Gardel En 1788, il est rem- placé par le lieutenant de Reste, et en 1789, par le porte drapeau Duperrier. De 1779 à 1790, figurent parmi ses membres : Les capitaines Desbières ; de Courvol ; Dejames ; Dolomieu ; de Marguerit ; du Rozel et Villefranche ; Les lieutenants Champtiers ; Denis ; Desprès ; Dejames et Tassin ; Les sous-lieutenants Cabassolles ; Ducluzeau ; Duponceau ; Dupont ; Lafferre et Lecomte. En 1791, le régiment de Saintonge devint le 82e régiment d'infanterie et en 1794 participa à la formation des 151« et 152e demi-brigades. Parla suite, le 82e ne semble pas avoir eu de L.'. MARINE LA MARINE LaL.\ du régiment de la Marine fut constituée par la G.*. L.'. le 20 avril 1764 et reconstituée par le G.\ 0.\ le 8 juillet 1784. LOGES MILITAIRES 497 Elle avait pour titre : la Marine Le* renseignements sont peu nombreux sur son compte. Les procès- verbaux du G.'. 0.\ ne sont pas suffisamment clairs pour que je puisse affirmer que les ff.\ Gucheneu, Bolle, d'Orvillier, de Souville et de Martinet, qui demandèrent des certificats en 1775, appartenaient à cette L.\ J'ai constaté seulement qu'en 1785, cette L.\ avait pour vén.\ le capi- taine de vaisseau Dorsin, pour secrétaire le commissaire des ports Bru- jas, et pour député au G.\ O.'. Claude-François de Paule Boucault, grand maître des eaux et forêts. ROYAL- ROUSSILLON UNION FRATERNELLE C est le 21 mai 1765 que l'Union fraternelle fut constituée par la G.'. Lu*, à l'O. . du Royal-Roussillon. Ses titres, renouvelés parle même pouvoir le 28 février 1773, furent reconnus par le G.'. O.'. le 16 novem- bre 1775. Nous ne savons rien de sa composition avant 1775. A cette date, deux de ses membres demandent des certificats au G.*. O.V, les ff.'. Bonne- ville et Perylhe. En 1776, elle se compose de 20 membres ; Soulier, un de ses officiers, est vén.\, le sergent Launay est secrétaire, et Leblanc, député au G.'. 0.\ L'année suivante, le lieutenant Damey de Saint-Bresson est véu.\ et le chirurgien major Imbert, secrétaire. En 1785, le vén.\ est le capitaine Despret, le secrétaire, le chirurgien- major Gaujeart, et le député, Hurel, ancien payeur des rentes. Ce dernier reste en fonction jusqu'en 1790. En 1788 et 1789, le maréchal de camp, comte de Ligniville, est vén.v et le capitaine trésorier Vuillemin, secrétaire. De 1779 à 1790, nous relevons parmi ses membres : Les capitaines Denneillet, Rigault et Partyet ; Les lieutenants Bernier ; Herbert ; Muzard et Polieu ; Les sous-lieutenants Bezanne ; Daspe ; Fayolle ; Larivière et Livet. Royal-Roussillon devint, en 1791, le 54e régiment d'infanterie, et forma en partie, en 1794, les 107e et 108e demi -brigades. Le 4 juillet 1802, sous le titre de Guerriers généraux, le G.'. O.*. constitue une L.\ à l'O.'. du 54e d'infanterie, qui n'avait pas de liens de sang avec Royal-Roussillon. GÉNIE UNION PARFAITE DU CORPS DU GÉNIE D'après le tableau de la G.*. L.\ de France de 1779, l'Union parfaite du corps du génie, à l'Orient de ce régiment à Mézières, aurait été cons- tituée le 3 juin 1764, avec Bezier de Buis comme vén.\ Les almanachs du G.'. O.*. ne font remonter sa constitution primitive qu'au 3 juin 1765, avec renouvellement par la G.\ L.\ le 29 août 1772, et par le G.\ O.*. le 11 août 1774. LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 32 498 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE D'après un brevet de Rose-Croix (nom du titulaire effacé) daté de Mézières, 3 octobre 1775, à cette époque figuraient parmi ses membres : de Gangolff ; Diebold ; baron de Reinach ; Firman ; Pieresne ; de Grandvilliers ; Decou ; Devergnes C.\ S.'. P.\ et R.\ -\- ; Portemps, S. . D. . R.-.-r- En 1775, Muraire de Favas, Sol de Beauclair et de Neurisse deman- dent des certificats au G.'. 0.\ En 1776, elle se compose de 28 membres ; son vén.\ est Grandvillers, capitaine au régiment suisse d'Eptingen et un de ses officiers, de Ver- gennes, est secrétaire. Le député est Bazin, médecin du duc d'Orléans. En 1777, le vén.\ est Muraire de Favas, et le secrétaire Bressaut, l'un et l'autre officiers au corps du génie. De 1785 àl790, le vén. . est Perdigan, chev.-. de Saint-Louis, chef de brigade au corps d'artillerie. On peut constater que, tout au moins dans cette L.\, des officiers étran- gers au régiment qui orientait la L.'. pouvaient non seulement en faire partie, mais encore présider à ses travaux. MOUSQUETAIRES SAINT-ALEXANDRE L'historique de la L.*. de la lrc compagnie des mousquetaires est com- pliqué et obscur, et cela est d'autant plus regrettable, que le rôle de cetffe L.. a été très important. Elle avait pour titre Saint-Alexandre, et aurait été constituée par un pouvoir que j'ignore le 14 juin 1766, puis suspendue la môme année. La G.*. L.*. la reconstitua le 18 mai 1772, ainsi qu'il résulte de la patente suivante. A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L'UNIVEBS ET A LA PROPAGATION DE l'aRT ROYAL D'un lieu très régulier, très fort et très éclairé Où régnent le Silence, la Paix et l'Égalité A tous les chers frères, maîtres des L.-. régulières Répandues sur la surface de la terre. Salut, Force, Union. Sous le bon plaisir du Très Respectable Grand Maître de toutes les L.*. régulières de France, Notre très cher et très illustre Frère S. A. S. Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, duc de Chartres, prince du sang. Nous son substitut général, vén.'. maîtres et officiers dignitaires de la G.'. L.*. de France, séante à l'Orient de Paris, régulièrement assemblés entre l'équerre et le compas, déclarons à tous les maçons éclairés que, sur la requête à nous présentée par les frères y dénommés, résidens en la ville de Paris tendant à ce qu'il nous plut leur accorder des constitu- tions pour la fondation à perpétuité d'une L.\ régulière, sous le titre LOGES MILITAIRES 499 distinctif de Saint- Alexandre L.\ militaire, à la charge par eux d'obser- ver et faire observer tous les règlements généraux et particuliers faits et à faire par notre Respectable G.\ L.\ Vu la dite requête, nous avons par ces présentes, érigé et constitué, érigeons et constituons dans la dite ville de Paris une L.\ régulière sous le titre distinctif de L.-. mili- taire de Saint-Alexandre, pour y exécuter les travaux de l'Art Royal, conformément aux statuts et réglemens de notre dite G.'. L.*., ratiffiant et approuvant autant que besoin seroit les travaux précédemment par elle faits de bonne foy, établissons au gouvernement de la dite L.*. le cher frère baron Desclauzel, pour vén.\ maître, le cher frère PaulDou- nons pour premier surveillant et le cher frère Jos. Jac. Dalesme pour second surveillant, lesquels trois officiers avec les autres membres, feront ensemble et par voie de scrutin, la nomination des autres officiers, et de suivre et exécuter, faire suivre et exécuter les statuts et réglemens de notre dite G.'. L.\ dont nous leur avons fait remettre un exemplaire par notre secrétaire général. Si mandons à tous nos chers frères, maîtres de L.*. et autres de reconnaître la susd. L.*. de Saint-Alexandre L.*. militaire pour régulière, de recevoir et accueillir comme bon frère tout porteur d'un certificat d'icelle. En foy de quoi nous lui avons fait expédier les présentes constitutions faites et données au Grand Orient de Paris, l'an de la grande lumière cinq mil sept cent soixante-douze, le dix-huitième jour du mois de May, de nous signées, contresignées par notre Secrétaire général et scellées et timbrées des sceaux et timbres de notre dite G.'. L.\ par notre Grand Garde des Sceaux et Archives et contrescellées des armes du Sérénissime Grand Maître et du V. F. Substitut général pour lad. L.*. prendre rang du quatorze juin mil sept cent soixante-six, date de ses constitutions pri- mitives. Vu par nous Pair de France, brigadier des armées du Roy, Mont- morency-Luxembourg adm gén. des LL.\ rég. de France. Lafin, Puisieux, Baudson, J. P. Le Lorrain, Huit, Bruneteau, Or.*. ; Lexcom- bart; Guillot, Très.*. ; Labady ; Duret, G.\ des Se. Timb.\ et Archives ; Daubertin, secret, gén. (En bas du brevet un pont avec les trois lettres L. D. P. (Lilia destrue pedibus). Flottant au fil de l'eau, une tête, un sceptre et une couronne.) Bien que les compagnies de mousquetaires existassent encore en 1772, la L.'. Saint- Alexandre ne fut pas constituée à l'Orient d'une des deux compagnies, la patente ne stipulant aucun Orient. Lorsque le G '. 0.\ renouvela ses titres, le 2 juillet 1774, en l'auto- risant à prendre rang du 14 juin 1766, il est probable qu'il ne désigna pas d'Orient fixe. M. Magon, dans un intéressant travail sur la franc -maçonnerie dans l'Ardèche (p. 44), nous donne d'après un brevet un tableau probablement complet de la L.*. en 1766. Elle procédait alors à ses travaux à Ville- neuve-de-Berg. C'est ce tableau que nous reproduisons. Vén.\ ad vitam : Desclauzel, Alexandre -Henri, mousquetaire, G. Eco», chev.\ d'0.\ élu sup. R.\ -J- ; 1er surv.\ : de Tavernol, Simon-Pierre, baron de Barry, G.\ M.*. Ecossais, m.', de la L.*. Saint-Jean des Amis Réunis de Toulouse ; 2« surv.\ : de Laforest, François-Guillaume-Bar- thelémy, prince chev.\ d'0.\ de lad. L.\ de Toulouse ; orat.\ : Guiton, 500 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Charles-François, maître particulier des eaux et forêts, m.*, de la L.\ Amitié de Toulouse, affilié le 9 sept. 1766, reçu parfait le 2 oct. ; secré- taire : Delière, Joachim, avocat, m \ de la L \ Saint- Jean d'Ecosse de Nîmes, affilié le 9 septembre 1766 ; trésorier : de Malmazet, Jean-André, srde Saint-Andéol, viguier royal, réhab. le 9 sept. 1766, reçu m.', le 16, parfait le 2 oct. ; 1er cons. expert : Dubois de Saint- Jean, Marc, M.\ de la L.'. Saint-Jean d'Avignon, affilié le 16 sept. 1766, reçu parfait ledit jour, élu le 2 octobre ; 2e expert : de Gruber, Georges, allemand, off. leg. Soubise, comp. de milit. cid. à Givet, affilié le 31 décembre 1766, reçu m.', le 13 janvier 1767, parfait le 28 mars 1767 ; subst. secret : de Bastide, Louis-Joseph, avocat parlem., m.*, de la L.*. de l'Amitié de Toulouse, affilié le 2 octobre 1766, reçu parfait ledit jour ; Fr.\ Terrible : Perrotin de Marcillac, Joseph-Jacques, off. milit. reçu le 16 sept. 1766, maître le 31 décembre 1766 ; maîtres comp. appr. : Poullain de Roissy, Louis-René, chev.4lieut. Conty infant., reçu le 2 oct. 1766, m.*, le 19 ; Peuchenier, François Simon, Dr en médecine ; de Larrivière, Joseph, chev., off. de la légion de Soubise ; Soleau, Jcan- Jullien, off. lég. Soubise ; de Malmazet de Saint Andéol, Joseph-Guil- laume, off. rég. Soissonnais ; le Tourneur, Jean-Jacquet, cap. aide-maj., lég. Soubise ; Dubois Maurin, Pierre, avoc. au Parlem. ; f.\ servant : Louis Tortillac, perruquier. D'autre part, lorsque le duc de Luxembourg, Savalète de Lange et Bacon de la Chevalerie parviennent à réconcilier la L.'. Saint- Alexandre avec celle des Amis Réunis, les frères des deux L.*. se réunirent le 21 juin 1773, dans le local des Amis Réunis, et nous voyons signer au procès-verbal le vén.'. Desclauzel et les frères Waldahong, Flaxenville, de Barres, Moncrif, Monceaux, D'ounous, Detaffin, de la Fontenelle, Balinghen, de Lorière, chevalier de Lorière, Rossanne, Dyel de Tinqui- ville, de Madiane, de Stone, des Isnards, Lanery, Beauval, Darquiau (?), de Gonard, de Chaulnes, Dugon, Le Langrenière, chevalier de Rossane, Dulau, de Pelissier, deLatour, Autour, Radet, Cahouët et P. R. Gaudrez. Cette loge disparut probablement vers 1780. TOUL HENRI IV UNION puis SULLY Le 3 août 1766, deux L.\ furent constituées à l'Orient du régiment de Toul-artillerie ; la première, sous le titre de Henri IV, était destinée aux officiers; la seconde, l'Union, était réservée aux bas-officiers. Lorsque le G.*. 0.*. reconstitua la première de ces L.*. le 13 décembre 1776, il l'autorisa à prendre rang du 25 novembre précédent, tout en rap- pelant ses travaux de 1766. En 1777, elle comptait 46 membres. Je n'ai pu relever que quelques noms des membres de cette importante L.*. De 1777 à 1790, elle eut pour vén.-. le chef de brigade de Tournay, pour secrétaire le lieutenant de Saussin et pour député au G'. 0.\ le Dr Tissot. LaL.v l'Union subit à peu près les mêmes vicissitudes que Henri IV. Le G.'. 0.\ en la reconstituant, le 16 mai 1777, ne lui donna rang qu'à partir du 7 avril précédent et sous le titre de Sully. Pendant toute la LOGES MILITAIRES 501 durée de ses travaux, cette L '. eut pour député au G '. 0.\ le marquis d'Havrincourt, maréchal de camp et commandant de Royal Etranger Cavalerie ; et pour secrétaire le sergent-major Jean. Son vén.\ en 1777 était le sergent Compagnon, et de 1785 à 1789 le chevalier de Malaviller, officier au régiment. En 1777, cette L.'. avait 23 membres. En 1785, elle n'en avait que 17, sans compter sonvén.*. et son secrétaire : Descours, Cauterac, Carbonnel, Dupuy, Poissonnier des Perrières, Montlezun, Masson, Rousseau, Mathieu, Montauzon, Fontcrouget, Ruffy, Cabas, Pelletier. Lallemand, Salvat et Labadie. En 1791, le régiment devint le 7* d'artillerie. Ces L.'. ne semblent pas avoir été reconstituées après la Révolution. FLANDRE PARFAITE UNION Cette L.'.fut constituée par la G.'.L.'.le 1" octobre 1766 et renouvelée parle G.\0.\le2 mail776. Avant 1771, elle compta parmi ses membres : le colonel comte de Rougé (1761-1767) ; le colonel de Croy, duc d'Havre (1767-1784) ; le lieutenant-colonel de la Rlachette ; les aides-majors de Ravel, de Mayeur, de Loras et de Montpellier ; les sous-aides-majors de Capdeville, Chevalier de Sagarigue, de Berrey, de Montplaisir, le quartier-maître Thollon et les capitaines de la Roche, Mazade, Durbau, de Veaux et du Sauzet. En 1775, elle comptait en plus : Damoiseau de Paysac, d'Haindel. Massé, de la Fite de Courteil, de Villiers d'Autertre, de Serein, Duménil, Turfa, Desmartin, Descorbillac, de Belliers., de Signerand d'Ercé, che- valier de Vienne, de Fournas, de Cingal, de Caudaux, Duvallon de Beau mont, Dosteing, du Quemmelet, de Christonde Muissement et Loquet. En 1776, elle n'a plus que 26 membres, et de cette époque à 1790 elle a pour vén. '. le capitaine Massé, le lieutenant de Brem (capitaine en 1784) pour secrétaire et pour député au G.'. O.*. le savant Lalande. De 1779 à 1790, on voit figurer comme nouveaux membres : Les capitaines Bonneval, Habas, Formigier et Ramé ; Les lieutenants Gérard, Joucla-Lenoir et Lenoir. Les sous-lieutenants Joubert, Charmoille, Cantineau, Quincarnon, Moucheron, Laurent et Desbancs. De 1784 à 1790, le régiment de Flandre eut pour colonel Thibault, comte de Lusignan, qui joua un rôle important dans la F.'. M.". Nous retrouverons le régiment de Flandre à Versailles pendant les journées des 5 et 6 octobre, où son rôle fut plus que singulier. Accusé faussement d'avoir, lors du banquet du 1er octobre, foulé aux pieds la cocarde tricolore, le régiment ne fit rien pour protéger le château, et son attitude fut plutôt favorable aux émeutiers. En 1791, le régiment de Flandre devint le 19e d'infanterie et en 1794 son second bataillon contribua à la formation de la 38e demi-brigade . LA SARRB LA PURETÉ Le régiment de la Sarre fit constituer sa L.'. sous le titre de Pureté par la G \ L.*., le 15 novembre 1767. Le G.'. O.'. renouvela ses consti- tutions le 6 avril 1775. 502 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE En 1775, figurent parmi ses membres : Merleval, le comte de Bry, Monteissier, Courton de Cissey et Magne. En 1776, elle a 49 membres : son vén.\ est le lieutenant Vernhes et son secrétaire le porte-drapeau de Solme. L'année suivante, le lieutenant de Bertrin est vén.\ et Vernhes, secrétaire. De 1785 à 1789, le capitaine en second de Merleval est vén.\ et le capi- taine de Solme, secrétaire. De 1776 à 1790, cette L.\ avait eu pour député au G.'. 0.'. le comte de Saisseval , capitaine d'Orléans-infanterie , officier d'honneur du G. . 0.\ De 1779 à 1790, figurent parmi ses membres : Les capitaines Dulac, Duplessis et Mehée : Le quartier-maître André ; Les lieutenants Baillet, Galonné, Dalidou, d'Aubarède, Lamothe et Lessart ; Les sous-lieutenants Baillet, Descafres, Jaquemart et Le Brun. En 1791, la Sarre devint le 51e d'infanterie et en 1794 il contribua à former les 101e et 1029 demi-brigades. Bien que les listes du G.'. 0.\ ne mentionnent pas de L.\ au 51e,j'ai trouvé un cachet de l'époque impériale avec la mention suivante : L.'. des Amis Réunis à l'0.\ du 51e régiment. AUVERGNE CONCORDE La L.\ du régiment d'Auvergne fut constituée le 1er juin 1769. Ses titres furent renouvelés par la G.*. L.'. le 12 mars 1772, et par le G.'. 0.\ le 20 juillet 1775. Nous n'avons trouvé aucune trace du tableau de ses fondateurs. En 1775, deux de ses membres, Chaumont et Rault de Ramsault, demandent des certificats au G.". 0.\ L'année suivante, la L -. ne com- prenait pas moins de 27 membres. Le chevalier de Blaire, capitaine au régiment, en était le vén.\ ; son secrétaire était le lieutenant chevalier de Bordenave. En 1788 et 1789, le capitaine de Tressan était vén.\, Chardor secré- taire, et Sedillot de Persieux, chirurgien de la duchesse de Bourbon, député au G.'. O.'. De 1779 à 1792, figurent parmi ses membres : le vicomte de Laval, colonel ; le marquis de Lameth, colonel en second ; le major Menou ; les capitaines ChafFroy, Chambarlhac, Desforets, Lajante et Vanembras ; les lieutenants Barville, Beaumont, Gohin et Richard ; les sous-lieu- tenants Léonard Bord, Darçon, Dubouquet, Chamouroux, Bickler, Magny, Prustet et Saint- Vincent ; les sous-officiers Chapotot, Déjardin, Desplanches, Maréchal, Masson, Miné, Simon, Sollier, Vellon. En 1791, le régiment d'Auvergne devint le 17e d'infanterie, et en 1794 son second bataillon servit de noyau à la 34e demi-brigade. Le 5 décembre 1802, la Concorde sortit de son sommeil. La L.'. fut reconstituée à l'0.\ du 17e d'infanterie, sous le titre d'Emulés d'Assas. Son vén.\ fut un ancien sergent du régiment d'Auvergne, le quartier- maître Sollier. LOGES MILITAIRES 503 Le 17e avait du reste des liens de sang avec le régiment du chevalier d'Assas par le 1er bataillon de ce régiment qui avait servi à sa forma- tion. LYONNAIS AMIS RÉUNIS PAIX ET UNION Il y avait deux L.\ au régiment de Lyonnais : Les Amis Réunis, constitués le 14 juin 1769, renouvelés par la G.'. L.\ en 1772 et par le G.'. O.'. le 9 décembre 1774, pour les officiers ; La Paix et l'Union, constituée le 4 février 1767, renouvelée par la G.*. L.'. en 1772 et par le G.-. O.*. le 9 décembre 1774 pour les sous- officiers. En 1776, les Amis Réunis se composaient de 41 membres. Levén.*. était le capitaine de Durbois qui dirigea les travaux jusqu'en 1790, le secrétaire était le lieutenant de la Leu-Dernal. De 1777 à 1789, le lieu- tenant de Venault lui succéda. De 1779 à 1790, figurent dans la L.\ de ce régiment : le vicomte Le Veneur, maréchal de camp, colonel ; le lieutenant-colonel Du Bourg ; les capitaines Bruslart et chevalier de Bruslart ; le lieutenant de Clinchamp et le sous-lieutenant Escoffier. En 1776, la Paix et l'Union ne comprenait que 7 membres. En 1776 et 1777, le vén.\ fut le sergent Bonnellet, et le secrétaire Tafflet, fourrier. Le député fut Delacroix en 1776 et de la Leu-Dernal en 1777. De 1785 à 1790, le vén.\ était le sergent-major Epailly, le secrétaire le sergent-major Mallet, et le député au G.'. O.*. le maître de pension Heurtaut. En 1791, le régiment de Lyonnais devint le 27e d infanterie et en 1794 collabora à la formation des 53e et 54e demi-brigades. Le 15 juin 1803, le G.\0.\ constitua les Amis à l'Epreuve à l'Orient du 27e d'infanterie, qui n'avait aucun lien de sang avec le régiment du Lyonnais. GUYENNE SAINT-LOUIS La L.-. Saint-Louis à l'0.\ du régiment de Guyenne fut constituée le 23 mars 1771. Ses titres furent renouvelés par la G.'. L '. le 12 mai 1772 et par le G.-. O.*. le 31 janvier 1774. En 1773 et 1774, un de ses membres nommé Moreau demande un cer- tificat au G.\ O.'. En 1775, cette L.*. ne comptait que 15 membres. Son vén.\ était le fourrier Moreau et son secrétaire le fourrier Benard. En 1777, son vén.\ était le quartier-maître Jaunet et son secrétaire le chirurgien Savarin. De 1785 à 1790, son vén.\ est le capitaine de Gre- nadiers de la Prade, chevalier de Saint-Louis, et son secrétaire le quartier-maître Jaunet. Elle eut comme député au G.'. O.*. l'abbé Pingre de 1776 àl^785, et Delaville, officier du G.'. 0.\, en 1788 et 1789. Le marquis de Pardieu, qui fut son colonel en 1781, était f.'.-m.*., mais il n'est pas probable qu'il ait figuré sur le tableau de la L.'. Saint- 504 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Louis, qui était un atelier de bas«officiers. Parmi les officiers du régiment» je relève comme f.\ m.', le major Malabiou de la Fargue, les capitaines Malabiou et Dumeny, les lieutenants Dumas et Jalabert et les sous-lieu- tenants Châtelain, Darsonval, Dauzy et Vercly. Le régiment de Guyenne devint en 1791 le 21» régiment d'infanterie, et en 1794 son second bataillon contribua à la formation de la 42* demi- brigade. Le 16 juillet 1804, le G..O.\ constitua la L.\ l'Espérance à l'Ov. du 21e d'infanterie. J'ignore si cette L.\ fut la reconstitution de l'ancienne L.*. de Saint-Louis à 10'. du régiment de Guyenne. CHASSEURS DES GÉVENNES SAINT-LOUIS DE L'UNION La L.*. Saint-Louis de l'Union fut constituée par la G.*. L.'. de France le 15 juin 1771 à l'0.\ de la Légion de Condé (anciens volon- taires de Clermont-Prince, puis Légion de Clermont-Prince et reconsti- tuée parle G.-. O.*. le 19 août 1784 àl'0.\ des Chasseurs des Cévennes. (Quatrième nom du régiment.) J'ignore les noms de ses membres à la fondation En 1785, le vén.'. était le capitaine Boulanger Du Hamel, chevalier de Saint-Louis, et le député au G.*. O.*. le capitaine d'infanterie Thoron de l'Amée. En 1788 et 1789, le vén.'. était le colonel en second, comte d'Evry, le secrétaire le lieutenant Zeller et, en son absence, le quartier-maître d'Angelin. Le député était Véron de Sérame. De 1785 à 1790, figurent parmi ses membres : les capitaines chevalier de Comeiras, d'Elbée et Marchais ; le lieutenant Dostein et les sous- lieutenants Peronnin, vicomte de Cominges, Martin et le Normand. Ce régiment, devenu en 1788 chasseurs de Bretagne, devint en 1791 le 10e chasseurs à cheval. APPENDICES MANUSCRIT MAÇONNIQHE ANGLAIS DE 1693 EN LA POSSESSION DE LA YORK LODGE N» 236 C'est au journal Hiram (mai et juillet 1908) que nous avons emprunté ce très curieux document maçonnique, dont la traduc- tion a été faite par M. Teder, un des maçons les plus instruits sur l'histoire de l'Ordre auquel il appartient : Parmi tous les manuscrits anglais, dit M. Teder, nous avons choisi de préférence, pour être traduit et publié, celui de 1693, parce qu'il prouve d'une manière incontestable que, sous la dynastie protestante de Guillaume d'Orange, l'ancienne maçonnerie britannique continua d'être parfaitement catholique romaine. Il est vrai qu'en 1690 Guillaume d'Orange, initié par quelques maçons dissidents et rebelles, avait créé avec eux une maçonnerie spéciale à son usage particulier, dont les statuts, publiés en 1694, portèrent ce qui suit : Votre premier devoir est d'être fidèles à Dieu... De plus, vous devez être fidèles sujets de votre Roi ... La maçonnerie spéciale inféodée au protestantisme de Guillaume d'Orange biffait simplement la sainte Eglise, à laquelle les maçons avaient toujours été tenus de jurer fidélité. Mais nous possédons aussi la copie d'un manuscrit de 1704, établis- sant, sans réplique possible, que la maçonnerie ancienne, sous le régime protestant de la reine Anne, était toujours catholique romaine. D'autre part, si nous nous reportons à la fondation de la maçonnerie moderne de 1717, — laquelle fut une simple reprise de la maçonnerie spéciale de Guillaume d'Orange, — nous voyons que les constitutions qu'elle fit en 1723 prétendirent, sous la plume du clergyman Anderson, que les constitutions d'Edwin, en 926, commençaient par ces mots : « Votre premier devoir est d'honorer Dieu sincèrement et d observer les lois des Noachites... Vous devez être fidèles à votre roi sans trahison... » En retranchant des constitutions d'Edwin la question de la sainte Eglise, Anderson voulait laisser croire aux naïfs que la maçonnerie de 1717 reprenait la tradition de 926. 506 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Or, dans le manuscrit de 1693, dont nous donnons ci-après la copie traduite, on peut voir, au contraire, que les constitutions d'Edwin furent absolument catholiques romaines. D'où il faut conclure que la maçonnerie ancienne était toujours, en 1717, catholique romaine ; tandis que la maçonnerie moderne de 1717, création aussi irrégulière que celle de la confrérie à laquelle avait été initié Guillaume d'Orange, ne justifia sa venue qu'en donnant un coup de ciseau dans les constitutions de 926 et ne fut, en définitive, qu'une maçonnerie d'Etat inféodée à la dynastie usurpatrice et protestante de Georges Ier. Après ce préambule, M. Teder passe au manuscrit de 1693 dont nous reproduisons les parties essentielles : Que la Puissance du Père Céleste et la Sagesse de son Bienheureux Fils, par la bonté du Saint-Esprit, soient avec nous à notre commencement et nous donnent aussi la grâce de gouverner notre existence de manière que nous puissions atteindre les joies éternelles. Bons Frères et Compagnons, Notre intention est de vous dire comment et de quelle façon le corps de la Maçonnerie a commencé, et ensuite comment il advint qu'il fut connu de puissants Rois et dignes Princes et de beaucoup d'autres hommes respectables. Et à ceux qui savent entendre, nous proclamons le Mandement qu'il appartient à tout vrai Maçon de tenir en bonne foi, et, si vous y faites attention, vous reconnaîtrez qu'il est très honorable qu'il soit gardé par un corps respectable et par une science curieuse. Il y a sept sciences qui n'en forment qu'une et qui sont comme il suit : La première est la Grammaire, qui enseigne à prononcer et parler cor- rectement ; la seconde est la Logique, qui enseigne à discerner entre le vrai et le faux ; la troisième est la Rhétorique, qui apprend à parler en termes subtils ; la quatrième est la Musique, gui enseigne l'art du chant et la voix de la harpe et de l'orgue ; la cinquième est /Arithmétique, qui enseigne à calculer ; la sixième est la Géométrie, gui enseigne à mesurer la terre et autres choses parmi lesquelles se trouve la Maçonnerie ; la septième est /'Astronomie, gui enseigne le cours du soleil, de la lune et autres ornements des deux. Ces sept sciences reposent sur une seule : la Géométrie, gui enseigne le partage, la mesure, la pondération et le poids de toutes sortes de choses sur la terre. Il n'y a pas un homme qui, attaché à telle ou telle science, ne travaille pas au moyen de quelque mesure, et ceci est Géométrie. Artisans et marchands dépendent de cette science, et spécialement les laboureurs el- les cultivateurs, en ce qui regarde le blé, les semences, les vignobles, les plantations, etc. Ni en Grammaire, ni en Astronomie, ni en aucune autre science, un homme ne peut trouver une seule mesure sans la Géométrie, et c'est pourquoi cette science est plus noble que toutes les autres... ...Et après la mort du roi David, le Temple qu'il avait commencé fut terminé par son fils Salomon qui, pour cette fin, demanda des Maçons dans diverses contrées, ce qui fit qu'il eut 80.000 ouvriers travaillant la pierre ; ils furent nommés Maçons et 3.300 d'entre eux furent choisis et élus Maîtres et gouverneurs des travaux. Et il y avait un roi appelé Hiram qui, affec- tionnant Salomon, lui donna des bois de charpente pour le travail ; il avait APPENDICES 507 un fils appelé Aymon, et il était Maître en Géométrie et chef-Maître de tous les ouvriers, ainsi que Maître du travail de sculpture et de toute autre maçonnerie appartenant au Temple — comme cela est écrit dans le ve cha- pitre des Rois, livre I. Et ledit Salomon confirma les Instructions et Coutumes que son père avait données aux Maçons. Et ceci fut l'illustre Corporation de la maçonnerie dans la terre d'Israël et la cité de Jérusalem, et dans beaucoup d'autres royaumes. D'admirables ouvriers allèrent à l'étranger, quelques-uns pour apprendre davantage le métier, d'autres pour l'enseigner. Et il arriva qu'il y eut un Maçon curieux appelé Minus Greneusis, qui avait été à la construction du Temple de Salomon ; il se rendit en France, où il enseigna le métier de la Maçonnerie aux hommes de France. Et là, il y en avait un de lignée royale de France, appelé Charles Martel, qui aimait beaucoup ce Minus Greneusis à cause de son métier ; il en adopta les Instructions et Coutumes, et, après, il fut, par la grâce de Dieu, élu roi de France. Quand il fut dans son Royaume, il y installa beaucoup de Maçons qu'il mit au travail, et. comme il les chérissait, il leur donna, avec une bonne paye, les Instructions et Coutumes qu'il avait apprises lui-même d'autres Maçons ; en outre, il leur octroya une Charte, les autorisant à tenir une Assemblée tous les ans. Et ainsi vint le métier en France. L'Angleterre, durant ce temps, était sans Maçons — et ce fut ainsi jus- qu'à l'époque de Saini-Albans. Juste après la mort de Saint-Albans vinrent de grandes guerres en An- gleterre entreprises par diverses nations, de sorte que la bonne règle de la Maçonnerie fut détruite jusqu'au temps d'Athelstan, lequel fut un illustre roi d'Angleterre. Ce roi établit la paix dans la contrée, construisit plusieurs fameux édifices, tels qu'abbayes, châteaux, etc., et manifesta une grande affection pour les Maçons. Et il eut un fils appelé Edwin, lequel tint les maçons en plus haute estime encore que ne l'avait fait son père ; il était versé dans la science de la géométrie et il fut ainsi conduit à communier avec eux pour apprendre leur métier. Il fut donc fait maçon et reçut de Son père une Charte et une Commission autorisant la Corporation à tenir une fois par an une assemblée dans n'importe quelle partie du Royaume, afin que les Maçons pussent corriger entre eux les fautes et délits commis dans le métier. Et il organisa lui-même une assemblée à York, où il créa des Maçons, prescrivit des Instructions et enseigna la morale maçonnique, en ordonnant que cette règle serait toujours observée ; il donna ensuite à la corporation une Charte et une Commission, en décidant qu'elles con- tinueraient de roi en roi. Lors de cette assemblée, il proclama que tout Maçon pouvait apporter les écrits en sa possession relatifs aux connaissances du métier, soit en Angle- terre, soit dans toute autre contrée. Ces écrits furent réunis. Il y en avait en français, quelques-uns en grec, en latin, en anglais et autres langages. Le sens en fut tronvé,et Edwin ordonna qu'un livre serait fait pour établir comment le métier avait été découvert ; il prescrivit que ce livre serait lu et expliqué à tout Maçon nouveau, ensuite qu'on ferait connaître à celui-ci les Instructions. Depuis ce temps, les coutumes des Maçons ont été tenues et observées 508 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE dans cette forme, du moins autant qu'elles pouvaient l'être par des hommes. En outre, dans plusieurs assemblées, et suivant les conseils des meilleurs maîtres et compagnons, diverses instructions furent ajoutées petit à petit aux précédentes. A présent, vous savez en détail comment cette noble et fameuse corpora- tion de la Maçonnerie a été inventée, et comment, miraculeusement, elle a été conservée ; vous savez aussi combien elle a été affectionnée par les rois et les potentats depuis son commencement jusqu'à ce jour, et combien elle est encore aimée et tenue en haute estime par toutes sortes de personnes. L'un des anciens prend le Livre ; celui ou celle qui doit être fait Maçon pose les mains sur le Livre, et alors les Instructions sont don- nées. Tout Maçon doit prendre attention à cela. Si vous vous sentez coupables d'aucune des fautes énumérées dans ces Instructions, efforcez-vous de vous amender ; et spécialement vous qui pouvez être accusés, prenez bien soin d'observer les Instructions, car c'est un grand péril pour l'âme dun homme que de se parjurer sur le Livre. « Le premier article de vos Instructions est que vous serez fidèles à Dieu et à la Sainte Église, et que vous n'emploierez ni hérésie ni erreur dans votre entendement. « Secondement, que vous serez hommes liges fidèles au Roi sans aucune trahison, mais que vous la réparerez, si vous le pouvez, et que vous en aver- tirez le Roi ou son Conseil. « Troisièmement, que vous serez sincères les uns envers les autres, c'est-à- dire envers les Maîtres et les Compagnons du corps de la Maçonnerie qui sont reconnus pour tels, et que vous serez pour eux ce que vous voudriez qu'ils fussent pour vous ; et aussi que chaque maçon fréquentera les Chambres et les Loges ou tous autres Conseils tenus maçonniquement . « Quatrièmement, que vous serez fidèles au maître ou propriétaire que vous servirez, en faisant votre possible pour son avantage. « Cinquièmement, que vous appellerez tous les Maçons camarades ou frères, que vous ne leur donnerez pas un autre nom, et que vous ne séduirez pas la femme de votre camarade ni ne désirerez illégalement sa fille ou même sa servante. « Sixièmement, que vous paierez exactement pour la table, la nourriture et la boisson, partout où vous prendrez pension. » Telles sont les Instructions générales auxquelles sont assujettis les Maçons, aussi bien les Maîtres que les Compagnons. A présent, je rappellerai les Instructions générales relatives à tout vrai Maître ou Compagnon : « Premièrement, aucun Maître ou Compagnon ne doit accepter aucune tâche s'il ne se sent pas la capacité ni l'adresse de l'exécuter, afin que la Corporation ne soit pas sujette à la calomnie et que le propriétaire puisse être bien et fidèlement servi ; de plus, aucun Maître ne doit accepter aucun travail sans un salaire raisonnable, de manière que le propriétaire soit fidèlement servi pour son propre avantage et que les Maîtres et Compagnons aient une paye exacte et honnête, telle que l'exige la Corporation. « De plus, aucun Maître ou Compagnon ne doit supplanter un camarade, c'est-à-dire que si celui-ci a du travail, il ne peut en être privé s'il est capable de l'achever. « De plus, aucun Maître ou Compagnon ne peut prendre un apprenti APPENDICES 509 que pour sept ans, excepté si cet apprenti est de bonne naissance, capable et sain. « De plus, aucun Maître et Compagnon ne peut être autorisé à faire un Maçon sans le consentement d'au moins cinq ou six de ses camarades ; et celui qui doit être fait Maçon doit être né libre, de bonne parenté, et non pas un serf, et être sain de corps, comme un homme doit l'être. « De plus, aucun Maître ou Compagnon ne doit donner à exécuter le travail des propriétaires à ceux qui ont l'habitude de voyager ; et aucun Maître ne doit accorder à aucun Compagnon plus de salaire que celui-ci n'en mérite, afin de ne pas être trompé par les faux ouvriers. « De plus, aucun Maçon ne doit se livrer aux jeux de hasard ou autres jeux, afin que la Corporation ne soit pas calomniée. « De plus, chaque Maître ou Compagnon doit se rendre à l'Assemblée, si elle n'a pas lieu dans un rayon au delà de 50 milles, et s'il a reçu avis d'assister à la récompense des Maîtres et Compagnons : s'il manque à ce devoir et si un rapport est fait à ce sujet, il doit se soumettre à l'arbitrage des Maîtres et Compagnons, et, si l'entente ne peut avoir lieu, il est tenu de se présenter devant l'Assemblée commune. « De plus, aucun Maçon ne peut montrer aucune forme, équerre ou règle à aucun Maçon grossier (rough Mason), et ne doit, soit dans la Loge, soit au dehors, fixer ou poser aucune moulure qui ne soit de sa fabrication. « De plus, chaque Maçon doit bien accueillir les camarades étrangers qui se présentent dans la contrée et les assister dans le travail, s'il le peut, c'est-à-dire que, s'il a des moulures à placer, il doit leur procurer du travail au moins pendant deux semaines et leur payer le salaire. S'il n'y a rien pour eux, alors il doit leur fournir de l'argent pour leur permettre de se rendre à la Loge voisine. « Enfin, tous les Maçons doivent être exacts à leur travail, quil soit à la tâche ou à la journée, et le mener fidèlement à bonne fin, s'ils reçoivent leur salaire comme ils doivent le recevoir. » Ici, suit /'Instruction de l'Apprenti : « Qu'il sera fidèle à Dieu et à la Sainte Eglise, au Prince, à son Maître et à Dame qu'il servira ; et qu'il ne volera ni ne dérobera les biens de son Maître ou de sa Dame, ni ne s'absentera de leur service, ni ne les quittera pour son plaisir de jour ou de nuit sans leur permission ; et qu'il ne commettra ni adultère ni forni- cation dans la maison de son Maître avec la femme de celui-ci, ou avec sa fille, sa servante ou toute autre femme ; et qu'il tiendra secrètes toutes choses dites en Loge ou Chambre par tous Maçons, Compagnons ou Francs- Maçons ,• et qu'il n'emploiera aucun argument de désobéissance contre aucun Franc-Maçon, ni ne révélera aucun secret au sujet duquel un différend aurait pu surgir entre Maçons, Compagnons ou Apprentis, mais qu'il se comportera toujours d'une manière respectueuse vis-à-vis de tous les Francs-Maçons qui sont des frères assermentés devant son Maître ; et qu'il ne se livrera pas aux cartes ou autres jeux trompeurs et illégaux, ni ne fréquentera les tavernes ou brasseries où se font les dépenses inutiles, sans la permission de son Maître ou de quelque autre Franc-Maçon ; et qu'il ne commettra pas d'adultère dans la maison d'aucun homme où il travaille ou reçoit nourriture ; et quil ne dérobera ni ne volera aucuns biens d'aucune personne, ni ne causera volontairement aucun préjudice ou scandale durant son apprentissage, soit chez son Maître ou sa Dame, soit chez aucun autre Franc-Maçon ; et qu'il doit résister de toutes ses forces aux mauvaises 510 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE impulsions et en in/ormer, le plus tôt possible, son dit Maître ou quelque autre Franc-Maçon. » Telles sont les Constitutions de la noble et fameuse corporation appelée Maçonnerie, établies et à présent pratiquées par les meilleurs Maîtres et Compagnons, pour diriger et guider tous ceux qui emploient la dite Cor- poration. Scripted p. me vicesimo tertio die Octobris, anno regni Régis et Reginœ Gulielmg et Mary quinto annoque Domini 1693. Mark Kypling. Les noms de la Loge : William Simpson Christophe Thompson Anthony Horsman Chiustopher Gill M0 Isaac Brent, surveillant de la Loge : « Nous, soussignés, avons comparé la copiequi précède avec le Document original en la possession de la York Lodge n° 236, document ayant appar- tenu autrefois à l'ancienne Grande Loge de toute l'Angleterre siégeant dans la cité d'York, et, par le présent acte, nous certifions que cette copie est exacte et fidèle. « Villiam Cowling, P. M. et Trésorier, 236 « Ralph L. Davison, P. M., 236. » « YorJt, 13 mai 1870. » Le Document original est un rouleau de parchemin légèrement mutilé, portant la mention suivante : « N° 4-1693. Le F.\ Geo. Walker de Wetherby, à la Grande Loge d'York. » II LOGES FRANÇAISES A LONDRES Il y avait en Angleterre, sous le maillet de la G.'. L.". orangiste, deux L.-. françaises à l'O.'. de Londres : « French Lodge », à l'enseigne du Cygne, et la L.*. « au duc de Lorraine », dans SufTolk Street. Dans le tableau de Richard Steele, la première porte le n° 20 et la seconde le n° 98. D'après l'approbation de l'Histoire des Francs-Maçons de la Tierce, on voit que cet écrivain faisait partie de cette dernière Loge en 1733 (la Tierce, p. ix) : « Le 3e mardi du mois d'août 1733, le comte de Strathmore étant le T.*. Vén.*. G.'. M.', de toutes les L.'. du royaume d'Angleterre, le Vén.*. M.*., les surveillants, compa- gnons et apprentis de la L.*. française des f.\ m.-, sise à Londres, dans la rue de Suffolk, à l'enseigne du duc de Lorraine, déclarent APPENDICES 511 unanimement que l'Histoire des F.'. -M', du f. *. la Tierce ne contenait rien qui ne fût conforme aux lois, aux statuts, aux règlements et aux usages de la très ancienne et très vénérable confraternité : Friard, secrétaire. » III l'état-major de la f\-m.\ jacobite en 1760 D'après une série de rituels manuscrits, ayant appartenu à Duchesnay, vénérable de la Parfaite Union à l'O. . de Quimper, en 1769, les hauts officiers de la F.*. -M*. Jacobite étaient les personnages suivants : Grand officier G. V. Lef. is C. G. HD. St F. (sic ?). Illustre député G. V. Le f. Cle de la Tour du Pin. G. 1er assistant, de la Baguerie. G. 2e — de Lauret, président. G. Secrétaire, Le Gondat. G. Econome, Gouvion. G. Orateur, comte de Melit. D'après le même manuscrit, les provinces maçonniques avaient à leur tête : Paris : le comte de la Tour du Pin, brig. des armées du roi. Auvergne : le chevalier de la Gondole, cap. com. du rég. de €ondé Infte. Rouergue : le chev. de Pomerol, cap. com. de Condé Infie. Haut Languedoc : chev. de la Baguerie. Narbonne et Béziers : le ch. de Maxinchina ; — Suisse supé- rieure : Le Blaize ; — et Suisse inférieure : Zalleroffre. Francfort : le chev. de Horsech. Iles Antiques de l'Amérique : le chev. Veyère et La Salle. Prusse : le chev. d'Ascim. Italie : le marquis de Cumes. Angleterre : les Stuarts. Piémont : l'abbé de Gonasque. Navarre, Bigorre, Béarn : de Belgarde. Hambourg : le baron de Voylosk. Anjou et Poitou : le Defigue, cap. réformé de dragons ; — Du Beloy, officier au rég. de Planta-Suisse ; Servady. 512 LA FRANC-xMAÇONNERIE EN FRANCE IV les roses-croix jacobites Instructions générales sur le sublime gbade de ch.\ de l'Aig.\ ou du Pel.\ S. P. R. C. d'Her.*. Par.*. Mac. lib.\ mises en ordre par le Tr.\ R.\ et P.*. F.*, chev. #:+i*tï (Devaux) S.-. P.-. R.\ C.\ a l'or.-, de Paris. — MDCCLXXIX. — D.\ L.\ M.-, d.\ n.\ R.\ 1746. SLoÏK*** Tel est le titre du manuscrit du xvme siècle dont nous reprodui- sons les parties essentielles. Son auteur, Devaux d'Hugueville, fut, en 1780, le vénérable fondateur de l'Aménité à l'0.\ de Paris. instructions générales sur le sub.\ grade de ch.\ de r.\ c*. Avertissement. Avant d'entrer dans le détail de tout ce qui concerne ce grade, il est bon de savoir auparavant quel est son objet et quels en sont les titres. C'est ce qui se trouve expliqué dans l'introduction suivante. INTRODUCTION objet et titré du grade DE CHEV.'. r.*. c.\ Ce grade est le vrai but de la maç.\, qui toute se rapporte à la même fin. Celui qui est revêtu de ce grade se nomme : 1° Ch.\ R.'. C.*., et c'est le titre qui lui convient le mieux ; 2° Chev. de l'Aig(le) parce qu'il y a un Aig(le) sur le bijou ; 3° Chev.*. du Pél(ican) par comparaison du Fils de Dieu qui versa son sang pour nous ; 4° Mac.*. d'Hér(odom) parce que le premier Chap.'. de ce grade s'est tenu sur la montagne de ce nom, située entre l'Or.', et le N.'. de l'Ecos.*. et c'est encore l'endroit où est la maîtresse dignité et APPENDICES 513 le siège du S.'. G.'. M.*, dans un château antique appartenant aux Chev. de R.\ C.'. C'est ce qui a déterminé les trois quarts des chap.\ d'Ang(leterre) à prendre ce nom, pendant que l'autre quart prend celui de R.\ G.'. Le Grand M.-, réside à Ed(imbourg), à 60 milles du château, et y tient souvent le siège. 5° Chev.'. de Saint-An(dré) parce que les premiers Chev.*. d'Eco.*, faisaient chaque année une procession le jour de la fête de ce saint et parce que c'est le jour de leur cons.*. reg.\ C'est ce qui a engagé le peuple à les nommer Chev. de Saint-An(dré), ce qui a fait qu'en Ecosse, après la persécution et le trouble du pays, la forme des vrais bijoux s'étant perdue on y avait substitué un Saint-An(dré) attaché à une C(roix). Quoique les cérémonies de ce grade n'aient aucun rapport avec ce bijou, on le porte encore aujourd'hui par suite des anciens usages, à Col(ogne) attaché à un collier ponceau, et à Ber(lin) attaché à un collier vert. Dans quelques autres endroits, à la boutonnière. D'autres y portent une médaille de la Rés(urrection), mais tous ces usages sont locaux et particuliers. On remarquera que, de tous les titres, le premier et véritable est celui de Chev.'. de l'Aig. . S.*. P.". R.\ S". d'Hér.'. Les Ch*. du premier Chap.\ avaient fait frapper des médailles sur lesquelles était une R(ose) sur une C(roix), emblème du fils de D(ieu) qui est comparé à une R(ose) dans l'Ev(angile). On trouve quelques-unes de ces médailles dans les cabinets des antiquaires et des curieux. CHAPITRE I" ORDONNANCES GÉNÉRALES, ARTICLE PREMIER. Devoirs d'un R.'. C.'. envers son Dieu et son Prince. Un Chev.'. de l'Ai.*. S.*. P.". R.\ C*. doit adorer son Dieu, défendre son Prince jusqu'à la dernière goutte de son sang et ne peut sous aucun prétexte passer au service d'un Prince étranger sans une permission du sien et de ses supérieurs. art. n. Ses devoirs envers les pauvrest les prisonniers et les morts. Il est obligé à la charité envers les pauvres, et surtout envers les Chev.*. et les Mac.', dans l'adversité et le besoin, ainsi que de visiter les prisonniers. Jadis il était aussi obligé d'enterrer les morts, mais cela n'a plus lieu qu'envers les Chev.'. LA FRANC-MAÇONNERIE. — T. I. 33 514 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE ART. III. Ses devoirs envers ses frères. Il lui est interdit de se battre, sous quelque prétexte que ce soit, contre un autre Chev.*. ART. IV. Fêté de l'Ordre; banquet ; obligation de le faire. La Fête de l'Ordre est le Jeudi Saint On ne peut jamais s'exempter du banquet ce jour-là. S'il n'y a qu'un seul Chev.-. dans un endroit, il doit absolument faire le banquet seul et se réunir en esprit avec ses frères qui font commémoration de lui en ce jour. Cet article a lieu quand même on serait en route. art. v. Obligation respective de deux Chev.'. pour le banquet dans les lieux où il n'y a pas de Chap.'. Si deux Chev.". sont à portée l'un de l'autre et qu'il n'y ait point de Chap.'. ils doivent s'inviter au banquet et au besoin ils font chacun la moitié du chemin. art. VI. Chev.'. visit.\ en un Chap.'. Lorsqu'un Chev.*. va visiter au Chap.'. il salue le M.'., le 1er et le 2e Surv.\ et les FF.*, et par humilité il se met le dernier du Chap.". ART. VII. Discrétion d'un Chev.\ Un Chev.*. R.\ C*. ne doit jamais faire connaître, même à des R.-. C ., ni le M.\ d'un Chap.-. ni celui qui l'a reçu, non plus que les céré- monies de la réception, ni les lieux, jours ou heures où se tient le Chap.*. ART. VIII. Privilèges d'un Chev.'. Il a le privilège de faire seul des maçons, s'il ne se trouve point de L.'. R.\ dans une ville, ou à 10 lieues à la ronde, ou pour cause extraor- dinaire, et il peut leur donner les six grades jusqu'à celui de Chev.*. de l'upée dit d'Or.*. Celui de R.\ C". est réservé par son bref. ART. IX. Usage qu'il doit faire de ce privilège. Il doit être très circonspect sur l'objet du 8" article, qui exige beaucoup de prudence, pour n'user de ce droit que dans de graves circonstances, ce qui est remis à sa conscience. art. x. Réserve faite à ce privilège. Il ne doit user en aucun cas du droit de conférer des grades, suivant l'article 8 ci-dessus, qu'autant qu'il ne pourrait se procurer des If.*. R.*. en nombre suffisant, au moins deux contre lui. APPENDICES 515 ART. XI. Droits d'un Chev.'. et l'usage qu'il doit en faire. Il a droit de constituer une L.'. par sa présence, où il n'y a point de L.*. R.\ à dix lieues à la ronde, ce qui régularise les travaux auxquels il assiste ; sur quoi il doit être de la plus grande réserve. ART. XII. Devoirs d'un Chev. sur l'assistance au Chap.'. Il ne peut se dispenser de venir au Chap.'. étant convoqué, mais ayant exposé ses besoins, il pourra demander à se retirer. ART. XIII. Signature d'un Chev.'. ; obligation de porter le bijou en L.'. Il ne doit jamais rien signer des affaires de la maç.\ sans y ajouter ses qualités par ces lettres initiales S*. P.-. R.\ C*. Quelques-uns usent pour cela du triangle lumineux, ce qui est moins rég.*. Allant en quelque L.-. que ce soit, il doit porter le bijou de l'ordre. ART. xiv. Prérogatives d'un Chev.'. en L.'. ; honneurs qui lui sont dus. Les Chev.-. R.\ C*. ont la prérogative de tenir le maillet du M.\ dans les L.L.*. et s'ils refusent de le prendre ils se mettent à la droite du M.', et avant aucun off.*. Ils sont introduits dans les LL.\ qu'ils vont visiter, en passant sous la voûte d'acier, précédés de deux étoiles et au bruit des applaudisse- ments continuels. Arrivé à l'Or.'., il se meta genoux sur les marches du trône ; le M.*, en descend, s'agenouille et lui présente le Livre Resp.\ et le maillet ; s'il l'accepte, le M.*, lui donne la main et le mène au faut ■ , puis il le place immédiatement à sa droite, fait remettre les glaives et faire les applaud.*. ordinaires. Alors le visiteur fait les travaux qu'il juge à propos, puis, lorsqu'il veut remettre le maillet au M.*, il descend, s'agenouille et lui présente le Liv.*. Resp.*. et le Mail.*, que le M.1, reçoit aussi à genoux. Le visiteur donne la main au M.*., le mène au faut., et se place immédiatement à sa droite. Alors il fait des appl.*. et remercie la L.*. des honneurs qu'il a reçus. Si le M.', ne rend point d'honneurs, le R.\ C*. peut se placer après le dernier f.*. de la col.*. J et s'y asseoir par terre, après le dernier app.'. par humilité, et cela pour forcer la L.'. à lui rendre les honneurs. Il y a des LL.*. qui rendent plus ou moins d'honneurs et ne présentent pas le maillet. Un R.\ C.\ ne doit pas l'exiger, pour ne pas troubler l'harmonie, d'autant que plusieurs LL.-. ignorent ces droits, ou les trou- vent trop étendus et que les règlements des LL.*. sont peu d'accord sur cet article. ART xv. Nombre qui doit composer un Chap.'. Un Chap.*. rég.'. sera au moins de 3 Chev.*. savoir, le M.*, et les 2 Surv.'., dont le second fera les fonctions de Secret.*, jusqu'à ce que le 516 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Chap.\ soit plus nombreux. Pour lors, il aura ses Off.\ comme dans les LL.\ ordinaires. Les élections des off.\ se feront le J(eudi) S(aint) et ils entreront de suite en fonctions. Les anciens doivent être prêts à rendre leurs comptes ce jour-là. ART. XVI. Reddition des comptes. Le M.*., les Surv.\ et les autres Off.'. seront électifs par scrutin. Les comptes se rendent particulièrement, ne pouvant pas soupçonner un Chev.'. de manquer de foi. Cependant les registres doivent être en règle. ART. XVII. Jours d'assemblée d'un Chap.'. Un Chap.*. rég.*. existant dans une ville s'assemblera au moins 5 fois par année, savoir : le Jeudi Saint, à Pâques, à la Pentecôte, à la Tous- saint et à Noël, sans que les membres du Chap.'. puissent se dispenser des ass.v gén.\ des LL.\ bleues aux deux fêtes de Saint-Jean. Quelques chapitres ont aussi maintenu l'usage de s'assembler le jour de Saint-An.'., jour de la procession des R.'.C.'. d'Ecosse. ART. XVIII. Nomination du Chap.'. Le Chap.'. sera toujours éclairé en bougies jaunes ou huile d'olive. ART. XIX. Quête des pauvres. On ne tiendra point de Chap.'. sans quêtes pour les pauvres. Le M.', emploiera ces aumônes qui, dans un instant de nécessité, pourront être appliquées au Chap.'. ART. XX. Discours d'obligation. Il se fera un discours pour l'édification du Chap.*. à chaque fête solen- nelle. ART. xxi. Affaires quon doit et qu'on ne doit point traiter en Chap.'. Il ne sera jamais question d'affaires étrangères, mais seulement de celles qui ont rapport à l'ordre. Les matières d'Etat ou de prochain n'y seront jamais discutées et la médisance sera punie avec rigueur comme le vice le plus bas et le plus lâche. Il en sera de même de la flatterie. ART. XXII. Convocation du Chap.'. Avant de former le Chap.'. le M.', convoquera pour le suivant et le reg.'. sera signé de 3 Chev.'. au moins. APPENDICES 517 ART. XXIII. Exclusion des servants. Il ne sera jamais admis de servants. Les deux derniers Chev.-. en font les fonctions. Nul n'en est exempt. ART. XXIV. Devoirs envers les Chev.'. malades et ceux qui meurent. Si un Chev. tombe malade, on sera obligé de le visiter et d'avoir atten- tion qu'il ne lui manque rien. S'il meurt, on l'enterrera avec un bijou au col ; tous les Chev.*. iront à l'enterrement ayant leur collier sous l'habit. Ils lui feront ensuite un service après lequel on tiendra Chap.\ Les bijoux seront couverts de crêpe, au convoi, au service et au Chap.'. On fera un discours funèbre sur la mort du F.*. art. xxv. Obligation du successeur du dignitaire défunt. Si c'est un dignitaire, celui qui le remplacera portera pendant 3 Chap * un crêpe à son bijou. Il sera nommé dans le Chap.'. qui suivra le ser- vice. ART. XXVI. Indélébilité du nom du défunt. Le nom du Chev.*. défunt ne sera jamais effacé duLiv. *. ni du tableau du Chap.'., mais on y placera une tête de mort et 2 os en sautoir. art. xxvn. Cérémonies et emblèmes du banquet. Les R.\ C*. entre eux n'ont d'autres cérémonies de table que celle qui se trouve dans les instructions et qui est en commémoration du repas que J.*. C*. fit à Emmaùs lorsqu'il se fit reconnaître à ses disciples après sa résurrection. Elle est indispensable à l'égard de chaque Chev.*. au jour du J.\ S.-, et dans tous les Chap \ aux ass.\ des fêtes d'obliga- tion et aux réceptions. art. xxviii. Des Chap.'. où Von mange un agneau. Il y a des Chap.*. où l'on peut manger un agneau à certaines fêtes, mais il faut que la tête et les pieds y soient. Le M.*, les coupe avant que personne y touche et les jette au feu comme victimes et offrandes. Il ne peut y avoir qu'un seul couteau, une seule coupe et jamais de bou- teille. art. xxix. Formalités pour l'admission à ce grade. Personne ne sera admis à ce grade qu'après un long examen et 3 scrutins distants l'un de l'autre et absolument favorables. Aucun Chev.*. n'a droit à 2 voix ; tout est égal. 518 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE ART. XXX. Précautions pour l'admission. On sera très scrupuleux à accorder ce grade, pour ne pas le multiplier sans de puissants motifs. ART. XXXI. Qualités et devoirs du candidat. Lorsqu'il se présente un cand.'. il faut qu'il soit Chev.\ de l'Ep.*. dit d'Or.', et qu'il se conforme aux articles qui le concernent. ART. XXXII. Requête du candidat. Il présentera une req.\ conçue en ces termes : Aux Chev.-. de l'Aig.'. S.'. P.'. R.\ C.\ tenant leur S.'. Chap.\ à l'Or.*, de.*, (il faut désigner le nom de l'Or.'.) S.'. TV. H.', ses noms de baptême et de famille, surnom, s'il en a, le lieu de sa naissance et ses qualités civiles, Chev.*. de TÉp.*. dit d'Or.*., membre de la R.\ L.\ de Saint- Jean régulièrement constituée à l'Or.', de... et demande au S.'. Chap.-. que, vu le désir ardent qu'il a de parvenir au Sub.\ grade, point parfait de la maç.v, il lui plaise, étant maintenant assemblé, l'admettre au nombre des Chev.-. s'il en est jugé digne. Le Sup.\ ne cessera de faire des vœux au ciel pour la prospérité de l'Ordre et de tous ses Chev.*. Il régnera, s'habillera en chev.*. d'Or.*., se présentera à genoux et tête nue, à la porte du Chap.\ où il frappera en Chev.*. d'Or.'. ART. XXXIII. Comment elle doit lui être rendue. Il attendra que sa requête soit décrétée, et la recevra à genoux et tête nue, un Chev.'. la lui jettera à terre, en lui disant : Lisez et retirez-vous. Puis il rentrera au Chap *. Le Cand.'. trouvera sur un Reg.*. le jour indiqué ainsi que le nom du Chev.'. qui devra l'instruire de ce qu'il doit savoir. ART. xxxiv. Comment on doit l'instruire et ce qu'il doit donner. Ce F.*, fera venir chez lui le Cand.". et lui donnera lecture des art.*. 1, 2, 3, 7, 34, 35, 36, 37 et 38 des présentes ord.\, prendra son engage- ment de s'y conformer ; lui fera donner 3 paires de gants dont une de femme, 2 bâtons de cire d'Espagne pour les sceaux, 5 bougies jaunes pour le Chap.*., 3 bougies blanches pour le M.*., une paire de gants d'homme et une de femme, 2 bâtons de cire d'Espagne et 2 bougies blanches pour chaque Chev.*. Il lui fera donner aussi la somme suffi- sante pour l'empiète des habits de l'Ordre qui devront lui être fournis à la réception. ARTICLE XXXV. Offrande qu'il doit donner. Il lui fera donner ainsi une offrande au moins de 12 livres pour la M(aîtresse) Dem(eure) d'Hér(odom) dont le M.*, pourra disposer en APPENDICES 519 faveur des pauvres s'il n'est pas en relation avec le G/. Chap.\ ou en frais du Chap.\ s'il est nécessaire. ARTICLE XXXVI. Dispense qui peut être accordée à cet égard et comment. Au lieu de l'aumône arbitraire au moins de 12 livres les Chap.\ peuvent régler le prix déterminé de cette offrande et aussi dispenser des gants, cire d'Espagne et bougies portés à l'art. 34, en conver- tissant ces droits en une somme applicable aux besoins du Chap.'. ARTICLE XXXVII. Promesses que doit faire le Candidat. Le Cand.\ promettra de se conformer aux Ord.\ et Statuts du Chap.*. et de s'entretenir honnêtement vêtu, autant que faire se pourra ; de re- connaître son M.*, en tous temps et en tous lieux, de ne jamais conférer ce grade, sans sa permission ou celle d'un Chap.'. rég.\ en cas d'éloi- gnement, et de répondre de la probité de ceux qu'il proposera. ARTICLE XXXVIII. Obligations qu'il doit contracter. Il engagera sa parole d honneur de ne jamais révéler le lieu où il aura été reçu ; encore moins ceux qui l'auront reçu, ni les cérém.'. qui auront été observées, pas même à un R.\ C*. (Na. C'est cet avis.', qui a rendu jusqu'à ce jour et rend encore ce grade si rare parmi les Mac.', en France, puisqu'il est si strictement et si bien observé parmi les Chev.*. qu'on a beaucoup de peine à y par- venir. Les Chev.'. R.\ C.'. sont même inconnus à la plupart des LL.\ qui ignorent les honneurs qui leur sont dus.) Ce grade n'a été communiqué aux Français qu'en reconnaissance des services rendus par les Mac.'. Français aux Chev.'. prisonniers pendant la guerre de 1747 (après la bataille de Culloden). ARTICLE XXXIX. Déclaration que doit faire sur la requête du Candidat le F.', chargé de son instruction ; à qui il doit la remettre, ainsi que les fonds. — Appel du candidat pour la réception. Après que les Art.*, des Ord.\ qui concernent le Cand.\ auront été remplis, le F.*, chargé de son instruction mettra sur sa Req.'. sa décla- ration qu'il a suffisamment instruit le Cand.*., lequel a satisfait à tout ce qui est prescrit; il remettra cette Req.'. au Chap.'. et les fonds au Tré- sorier. Alors le Cand.'. sera appelé par ordre du M.', aux lieux et heures indiqués pour sa réception. Quand il s'y rend, on le met dans une chambre des réflex.'. tendue en noir, si faire se peut, et éloignée du Chap.'. On lui donna un livre de morale et on le laisse à ses réflex.'. jusqu'à ce que le M.', envoie vers lui le M.', des Cérém.'. suivant les instructions. ARTICLE XL. Statuts particuliers de chaque Chapitre. Chaque Chap.'. aura ses statuts particuliers qu'il fera approuver et qui seront exécutés comme les présentes ordonnances. 520 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE PROTOCOLE AVERTISSEMENT (1) On appelle Protocole le modèle oula forme des actes relatifs au Chap.*. deR.\ C.\ Ces actes sont de deux sortes : ceux qui restent secrets dans le Chap.\ et ceux qui vont au dehors. Les délib*. que l'on prend au Chap.'. sont de la première espèce ; elles doivent être écrites tout de suite, sans caractères ni hiéroglyphes particuliers. Quant à ceux qui vont au dehors du Chap.*.. tels que les extraits de délib \ et les brefs de toutes espèces, ils doivent être écrits en caractères particuliers . A l'égard de ceux-ci il y a trois choses essentielles à remarquer : le timbre, la date hébraïque et la signature caractéristique. Le timbre des brefs est un triangle lumineux au-dessous duquel se trouvent en hébreu le mot incommunicable, lapar(ole) sacrée desChev.*. et le nom de la M(aître)sse demeure. La date hébraïque sera expliquée plus loin. La signature caractéristique est celle du maître et n'est autre chose que le mot de passe en hébreu. ARTICLE PREMIER. Planche. L'an mil sept cent quatre vingt... et D.\ L.*. M.*. D.\ N.\ R.\ (de la mort de notre Rédempteur) — cette date change tous les ans le jeudi saint — la... année de la Gr.*. Maîts.*. du S.'. G.*. M.'. d'Hér.\ notre MaîtS8e Dem.*.le.*. jour du.*, mois maç.*. 578.*. Les TT.\ RR.\ et PP.". FF.-, membres du Sou.*. Chap.*. étant régulièrement assemblés, le Tr.\ S.*, et P.*. S.*. M.*, a ouvert les Trav.'. à l'assistance des RR.\ et PP.*. FF.*, (on les nomme tous et on fait mention des absents : les TT.\ RR.*. et PP.*. FF.*, étant absents). On inscrit tout le travail par ordre et par art.*, et avant de se séparer on fait signer tous les FF.*, présents. article n. Extrait de la Planche. Les copies délivrées pour extraits sont dressées de même, avec cette différence qu'on met en entier et en hiéroglyphes les six mots dont les initiales sont en tête de la planche(D.*.L.*.M.*. D.\ N.*.). On supprime ce qui suit, ces mots : a ouvert les trav.*. et on inscrit tout de suite l'art.*, demandé, puis on met au bas : Pour extrait conforme au registre et plus bas : Par commandement du S ". M.*. d'Hér.*. etau-dessous de ces mots le secrétaire met sa signature. (1) Ce document est également extrait du manuscrit de Deraux d'Huguevi . APPENDICES 521 Hiéroglyphes. Il y a deux sortes d'hiéroglyphes : ceux des lettres et ceux des chiffres. Pour les uns comme pour les autres, voir appendice IX. ARTICLE III. Brefs. Les brefs sont des actes qui vont au dehors du Chap.'. et qui doivent être revêtus de la signature caractéristique. Dans tous les actes qui vont au dehors des Chap.'. avecSign.'. Caract.'. on met une date en hébreu, outre celle qui est dans la teneur de l'acte.*. Elle se pose où l'on veut. Cette date comprend le nom de la Me,se.\ Dem.'., le jour du mois, le nom de ce mois, l'année du G.". M.*., quel quantième est ce G.*. M.', et le mot Père, puis l'an vulgaire. Tous les noms sont en hébreu et les chiffres tels qu'on les voit dans les exemples ci-dessous. La signature caractéristique est : £*;?>/' C'est la signature du M.\ et le mot de passe en hébreu qui doit être mis sous le cordon du sceau. En tête des brefs il doit y avoir pour timbre après le triangle lumi- neux et au-dessous ; 1° Le mot incommunicable 2° La Par(ole) sacrée des Chev. 3° La M(aîtr)esse Dem(eure) : T€ Les mois hébraïques se comptent, se nomment et s'écrivent ainsi qu'il suit : 1° mars Nisan 2° avril Jiar Y M. 522 LA FRANC-MACONNERIE EN FRANCE % 3° mai Sivam 4° juin Thaummus ^\ y J* ** ^s 5° juillet Ab V n/ Marchasvan ^ y^ ][ f y £ JL £ £ 10° décembre Thebet / J Y "^ 11° janvier Schebat S } } W% 3? Pi 6° août Elus 7° septembre Tieri 8° octobre 9° novembre Caslen 12° février Adar Tous les mots et les époques de cette date s'écrivent avec ces carac- tères et les chiffres ci-dessus, en commençant par le dernier, et ainsi à rebours jusqu'au premier. APPENDICES 523 Par exemple pour dire : Hér. Ier Nisan 29. 54e Père 1779, il faut écrire cette date : 1779. Ab (père) 54. 29 Nisan 1. Hér. Pour l'intelligence de cette date, il est à propos d'observer ce qu'on entend par le nombre des années du G.'. M.*, et par la computation que l'on en fait. Le 1er G.\ M.', a été N(otre') Rédempteur). Il a vécu 33 ans. Après lui la G.'. Mse.'. est restée indivise entre tous les membres du Chap.'. d'Hér.'. et ceux de tous les autres Chap.*. rég .% et tous ces Chap.'. font exercer une année quelconque de la G.'. M.*, suivant l'époque de Tannée courante à leurs MM.', annuellement électifs, celui d'Hér.'. tenant le siège effectif, en sorte que le corps entier est G". M *., les MM.', en charge forment en corps son représentant en exercice et celui d'Hér.'. le représentant en tenant le siège effectif. Après N*. R.'. comptons du 2d G.'. M.-. 33 ans, du 3« pendant le même temps et ainsi de suite jusqu'à présent. Ces années commencent au mois de mars appelé Nisan, le jour du jeudi saint ; ainsi le 54e G.'. M.', a commencé au mois de mars 1750 les 33 années finissant le jeudi saint du mois de mars 1783. On datera alors du mois de Nisan de la lrc année du 55e G.-. M.', et ainsi de suite à perpétuité. Outre le triangle lumineux, les 3 mots en hébreu écrits au-dessous qui servent de timbre, la date en caractères hébraïques et en hiéro- glyphes et la signature caractéristique, on met encore au-dessous du timbre en lettres ordinaires l'Or.', du Chap.*. Ensuite l'intitulé ordi- naire à tous les brefs, la date de l'année en caractères connus, celle D.'. L.\ M.'. D.'. N.\ R.*. en hiéroglyphes. Tous les Chev.*. signent indistinctement avec ces quatre lettres initiales : S". P.'. R.'. C. . Après le nom de chacun et au bas après toutes les signatures, le secrétaire met ces mots : Par commandement du S.'. Ch.\ d'Hér.*., et il met sa signature au- dessous avec sa qualité de S.'. P.'. R.'. C.'. et de Secrétaire. Au bas du bref et à l'une des extrémités doit être le sceau de l'ordre qui est le seul et qui doit pendre à un cordon enlacé de ruban rouge et noir, et c'est sous ce cordon que doit se trouver la signature caractéris- tique. Le sceau doit porter dans un manteau ducal un aigle sur l'estomac duquel sera une croix chargée d'une rose ; cette croix est sur sept degrés. A l'eutour le collier de l'ordre, de gueules avec un pélican pendant au bas, le tout surmonté d'une couronne antique. Le manteau parsemé d'hermines et de sable semé de croix potencées d'or. Aux coins la croix à 8 pointes de gueules. La croix qui est au cœur est d'or ainsi que les degrés sur un fond de gueules, lécusson carré long. L'empreinte de ce sceau doit être en cire rouge appliquée sur une plaque de fer-blanc de la même largeur. La légende porte en hiéroglyphes de Chev.'. le nom du royaume ou état, la province et l'Or.', où le Chap.'. est établi. Au reste, le dessein 524 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE du sceau est varié. Il ne doit pas y avoir d'autre légende que les 3 mots séparés par des points. Le petit cachet est partout de sable, une tête de mort et deux os en sautoir d'argent, entouré pour légende du seul nom en hiéroglyphes . .-.LE CHAP.\ DE PARIS.-. A.-. L.\ O. . D.\ L .-. V.\ .'.Au lieu très saint de la montagne d'Ecosse.*. .".Par les nombres sacrés.*. .'.Salut.'. L'an mil sept cent et ■ir J J+ DCTTT^J BC TT-r mil sept cent... le... jour du... mois maçonnique cinq mille sept cent... midi plein, le souv.\ Chap.\ de R.\ C. ., assemblé en notre nom sous notre autorité et pleine puissance, Ayant vu le zèle et l'empressement... Nous, d'un commun accord... Si mandons à tous les maç.*. A ces causes... Donné à l'Or.', de. Par commandement du S. Ch. d'Hér.*. ART. IV. Bref d'un récipiendaire. L'an 17... et D.\ L.\ M.-. D.\ N. . R.*. 17... le... jour du., mois m > Anciens hiéroglyphes en nsage en HollancU î. A B c D E F J U L D o (T G H u L M N ~l n r 4 U Ll 0 p Q R s T 3 m E "H R F u V X A fcj h 540 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Nombres. Se forment par additions. 11756 = iILa 7.CÔ0 -H 4.000 + 700 + 50 + 6 L K J ]' H 1 10 100 1000 1 r J u 2 20 200 2000 i f 4 i- 3 30 300 3000 1 r 4 ^ 4 40 400 4000 1 r J *> 5 50 500 5000 'I r •1 1< 6 60 600 6000 '! r ,1 1» 7 70 700 7000 1 r J l 8 80 800 8000 1 f A h 9 90 900 9000 H P d b APPENDICES 541 Hiéroglyphes en usage dans la Stricte Observance. 1er Degré. A B c D E J J U U L F G H I j il 3 3 D S K L M N. 0 c E 1 ^ n p Q R S T R r r V V u V X Y z > > C < A Ces hiéroglyphes, peu différents de ceux adoptée en 1804 par le G. 0., étaient en usage dans les loges jacobites dès 1765. C'est le type anglais moins le W. Hiéroglyphes en usage < ians la Stricte Observance. 2* Degré. A B C D E F f — -sa- _ » • J J G H li K L M U IL L f =1 D N 0 p Q~ R s M C IZ "1 T %4 T uv X Y z & rr $ r «* - r • «1 Variante des chevaliers de l'aigle souverain de Rose Croix. 542 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Hiéroglyphes en usage dans la Stricte Observance. 3« Degré. A B c D E F â J* < 1 >- * G H IJ K L M « « 0 1-/? \ • *T N 0 p Q R S %- 4> ï •) A ;* T u V w X Y & b Mi. ^7 r-*+J > Z & Anciens hiéroglyphes en usage en France avant 1804. A B C D E F U r 1 C n J G H u L M N 3 E d R F 1 0 p Q R s T L. 3 zi D Q 0 uv X Y z FI F E APPENDICES 543 Hiéroglyphes en usage dans la Maçonnerie symbolique. G. 0. 1804. A B c D E Ê J lï U tt U h G H ij L M N n S D Q C E 0 p Q R s T 1 n n R r P" u\ X Y z V < A > Hiéroglyphes en usage aux chapitres G. 0. 1804. A B C D E F G + — L D B • » IL H IJ K L M N 0 Sm • • . J. r F" 1* TT P Q R s r 0 vx C J ^ _JJt 1 -£ -t Y z & r U V 544 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Hiéroglyphes en usage par les chevaliers Kadosch. A B C D E F 70 2 3 12 15 20 G H IJ K L M 30 33 38 9 10 40 N 0 P Q R S 60 80 81 82 83 84 T uv X Y Z W 85 86 90 91 94 95 Hiéroglyphes en usage par les chefs du Tabernacle, A B c D E p A 71 yK A A tV G H u K L M ■v V y. V v v- N 0 p Q R s A A A A A SEL T u V X Y Z V V 1/ V -fr v- APPENDICES 545 Hiéroglyphes en usage par les Roses-Croix de Hérodom de Kilwining. A B G D E 0 12 3 4 F G H I J 5 6 7 8 9 K L M N 0 10 11 12 13 14 P Q R S T 15 16 17 18 19 U V X Y Z 20 21 22 23 24 LA FRANC-MAÇONNERIK. — T. I. 35 546 LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE Hiéroglyphes en usage par les Roses-Croix ou Chevaliers de l'Aigle blanc et noir ABC D E F + - 3 i JL Jt. G H IJ L M N H 4- IL —4- 7/ X O P Q R -Ç T x_ i- r v 4- -rr UV X Y Z & U*~ V" „X j^ JL^ Hiéroglyphes en usage par les Grands Inspecteurs Inquisiteurs Commandeurs A B c D E F V > < A I£b 15 G H ]J K L M là |«| &> m *1 4 N 0 p Q R S £1 fï fS fp R OT T UV X Y z R 3 AI Si 0 Anciens hiéroglyphes des chevaliers Ecossais APPENDICES Hiéroglyphes en usage dans le rite Ecossais philosophique 1783. 547 A B c D E F b L cr C F r G H u L M N Ul u G D PI n 0 p Q R S T d J 3 3 "H n uv X Y z > v < A Hiéroglyphes en usage à la réception d'un 33« Ecossais et par les Sublimes Princes du Royal Secret. A B C D «y g ni ita F G H I J RI □ H U Ha K L M N 0 lk fi* -r- ' / ss P Q n T u v R / * T X Y z y > 1 TABLE DES MATIÈRES Préface vu Avertissement xxvn CHAPITRE PREMIER LES PRÉCURSEURS Le problème. — Les sources des doctrines maçonniques. — Les penseurs: les alchimistes — La pierre philosophale. — L'Al- caest, la Palingénésie et l'Homunculus. — Les principaux alchimistes ; leurs protecteurs et leurs adversaires. — Les kabbalistes : Raymond Lulle ; Thomas Morus ; Paracelse ; les Socins ; Andréa ; Robert Fludd ; le chancelier Bacon ; Pierre Bayle ; Swedenborg ; Willermoz 1 CHAPITRE II LA PÉRIODE DE TRANSITION La f.*.-m.\ corporative. — Les m.çons anglais. — Les statuts. — Les landmarks — La f.'.-mV jacobite. — Les Roses Croix. — Ahsmole. — Wren. — Desaguliers. — Ramsay. — Les hauts dignitaires de la f.\-m.\ jacobite 44 CHAPITRE III l'organisation primitive : SON évolution Les obligations d'un f.\-m.\ — Les ordonnances de 1720. — L'égalité dans les loges. — L'égalité philosophique et sociale. — Le vote. — La définition de la f. \-m.\ d'après les initiés : Findel, Ragon, Jouaust, Daruty, Oswald Wirth 69 CHAPITRE IV CHARLES RADCLYFFE, COMTE DE DERWENTWATER, LE PRÉTENDANT CHARLES-EDOUARD Les ancêtres. — Les deux frères. — Les premières loges en France. — Le Grand Maître. — Charles-Edouard Stuait. — Culloden. — Le chapitre d'Arras. — Vincennes. — La fin d'une race — Les persécuteurs et les martyrs. — L'échafaud de Tower-Hill. — Les descendants 109 35* 550 TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE V LES DÉBUTS DE LA F. '.-M.'. EN FRANCE Les maîtres de loges. — Le recrutement. — Les loges de Paris de 1726 à 1771. — Statuts particuliers. — Les grands maîtres français ; le duc d Antin, le comte de Clermont. — La G.'. L.\ anglaise de France. — La G.\ L.\ de France. — Les sub- stituts : Baur, Lacorne et Chaillon de Jorville. — Beauchaine. — La patente d'Etienne Morin. — Les frères ennemis. — La papauté et la f.\-m.' 132 CHAPITRE VI L'IDÉE MAÇONNIQUE ET LES GRADFS Le travail de loge. — L'habileté de la nature. — Les dupes. — Les jésuites. — Les chefs secrets. — Le symbolisme. — Les cérémonies initiatiques. — Retour à l'alchimie et à la kabbale. — Les grades — Les Roses-Croix. — Les Réaux-Croix. — Le chevalier Kadoch 197 CHAPITRE VII LE POUVOIR ROYAL ET LA F. -M. — LES SCHISMES. L'attitude du pouvoir, -w Louis XV était-il f.-m ? — Le G.\ O .*. de Bouillon. — La vieille Bru. — La M. . L.\ Ecossaise de Marseille. — Le chapitre de Clermont. — Martines de Pas- qually et les Elus Cohens. — Saint-Jean de Jérusalem et les Empereurs d Orient et d Occident. — La maçonnerie de perfec- tion. — Les Chevaliers d'Orient. — Le baron de Tschoudy. — Perneti et les Illuminés d'Avignon. — Chatanier et la Nou- velle Jérusalem des illuminés ihéosophes. — La décadence de la maçonnerie 232 CHAPITRE VIII LES PETITS SECRETS DE LA F.\-M.\ Leurs causes et leur but. — Les locaux : les tenues privées. La Grande Loge. — Le Grand Orient ; ses pérégrinations. — Les locaux parisiens. — Les faux noms des loges. — Les hiéro- glyphes. — Les ères maçonniques. — Les mots secrets. — Les signatures. — Le langage conventionnel 2G1 CHAPITRE IX PROFILS MAÇONNIQUES La manie égalitaire ; ses conséquences. — Le cabaretier maître de loge. — Le robin. — Le bourgeois. — L homme à talent. — L'officier. — Le parlementaire. — Le noble. — Puisieux. — Procope. — St-Germain. — Le Breton. — Bacon de la Che- valerie — Stroganoff. — Savalète d.e Lange 291 TABLE DES MATIÈRES 551 ETAT DES LOGES EXISTANT EN FRANCE EN 1771. I. — Loges de Paris 357 IL — Loges de province 389 III. — Loges militaires 489 APPENDICES I. — Manuscrit maçonnique anglais de 1693 en la possession de la York Logde n° 236 505 IL — Loges françaises à Londres 510 III. — L'état-major de la f.'. -m. \ jacobite en 1760 511 IV. — Les Roses-Croix jacobites 512 V. — Protocole 520 VI. — Grade de 1 initié dans les profonds mystères 527 VIL — Patentes de constitution d'une loge par la G.*. L.\ . 537 VIII. — Virtus dédit ardens, diplôme de maître jacobite. . . . 538 IX. — Hiéroglyphes maçonniques 539 ACHEVÉ D'IMPRIMER Le 12 décembre 1908 PAR La Société française d'Imprimerie et de Librairie à Poitiers POUR LA Nouvelle Librairie Nationale / »-#^ JW — *»— '**g& Onîversity of Toronto Library DO NOT REMOVE THE CARD FROM THIS POCKET Acme Library Gard Pocket Unuer Pat. "Réf. Index File" Made by LIBRARY BUREAU r S* »éf 'va