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J O U R N A X.

D'HISTOIBJE— iTATURELLE,'

Redig^ par MM. Lamarck , Brugui^re j Olivier , Hauy et Pelletier.

T O M E S E C O N D.

>».l.l».H)«H1K^j,mri:ir'|^'Jp^,j^-Cr

A P A R I S^

Chez les Dlrecteurs du Cercle Soclaj , rue du Theatre-Fran^ais , N". 4.

1792.

l\\N Q.UATRE DE LA LIBERT E.

JOURNAL

D'HISTOIRE NATURELLE. N". XIII.

BOTANIQUE.

Sur le nouveau genre PolicarpeAs

Par M. Lamarck.

JjA plante dont je vais faire rexpositlon dans cct article, a de si grands rapports avec le Poly~\ carpon , que d'abord je Favois regardee comme unenouvelle espece dece genre. En efFet, lecarac- tere de loutes ses parties , soit de la fructification , soit du port, s'y rapporte prcsqu'entierement , si Ton en excepte celui qu'on peut retirer du nom- bre , qui difFere en plus dans les etamines, et en moins dans le pistil. Mais cette consideration , sur-tout celle qui concerne le pistil , me paroissant assez importante pour autoriser a nc pas regarder cette plante comme nnPolycarpon, j'ai cru devoir la presenter ici comme un nouveau genre , a la

A a

( 4) verite trcs-voisin A\x Poly car pon par ses rapports. Ce nouveau genre a aussi quelque affinite avec le Pharnactum : mals la presence de sa corolle , son style simple , et principalement sa capsule unilo- culaire, Ten distinguent abondamment. Voici le caractere que j assigne a ce nouveau genre, qiii , dans le systeme sexuel de Linne , doit etre place dans lapentandrie , mon ogynie , pres de TzV/ctf JrwOT.

Caract. essent. Charact. essent.

Cal. 5-phylle. 5 pet. Cz\.5phyllm.Pelala 5,

echancres. Caps- 3-gone, emarginata. Caps. S-gona^

i-locullaire,polysperme. i-locidan's , pol)>sperma.

Curact. not. Charact. nat.

Calice pentaphylle , Calyx pentaphyllus ,

persistant : a foliolcs persistens : foliolis lan~

lanceoiees , concaves , ccolatis , concavis , mar-

blanches , et scarieuses gine albo-scario$is> sur les bords.

Cor. Cinq petales , Cor. Petala quinque ,

ovales-oblongs , un peu ovato-oblo7iga, calycesub-

plus courts que le ca- hreviora , apice e?nargi-

lice, echancres au som- ?ia(a. met.

Etam. Cinq filamens , Scam. Filamenta quin-^

filiformes , un peu mem- que , Jilijormia , basi sub

braneuxalabase, tout- memhranacea.ojnninQ dh-

( 5 )

a - fait distincts , plus tincta , calyce hnviora.

courts que lecalice. An- Antherue ovate. the res ovales.

Pist. Ovaire supe- Vist. Germcn supernm ,

rieur , ovale, trigone, ovatum., trigonum. Stylus

Style simple , de la Ion- simplex , longitudine sta-

gueur desetamines.Stig- minum. Stigma ohtusum. mate obtus.

Peric. Capsule ovale- Peric. Capiula ovato^

pointue, trigone, uni- acuta , trigoiia , unilocu"

loculaire(trivalve?) en- laris {irivalvis? ) calyce

fermee dans le calice pcrsistentc tnclusa, persistant.

5fW2.Plusieurs (60U7) Sem. Plura ( 6 s. 7 ) ,

ovales, un peu compri- ovaliajiincsubcompressay

races d'un cote, lisses, Uvia, funicidisumhilica-'

attacliees a des cordons libm in ima capsula cen-

ombilicaux , qui nais- tralibus ajfixa. sent du milieu de la cap- sule , a sa base.

FoLY CA'RVEE deTe?ieriffe. PoLYCARP.EA Ttneriffce. PI. 25. Tab. 25.

Patrie : le pic de Te- Habitat iii monle Tc-,

neriffe, © neriffa, q

(6 )

Descri FT. Radix Jibrosa, albida , multicaulis. CauUs spithamci vel aodrantales , htrbacei , undique prostrati , diffusi , ramosi , geniculati , ad genie ula incrassati. Folia opposita, verticillata , inaqualia , ipathulata iuhmucronata. Stipula infra folia subver- ticillalcE , parva; , membra^iaceo-scariosce , albida , acu- minata, sessiles. Panieula dichotomo-ramosa , subco- rp7ibosa , terminalis. Flares parvi , argenteo-viriduli, sessiles in duhoiomiis apicibusque pedunculorum : ter- minalibus suhcongestis. Bractece squamiformes , sea- riosa , nitida ^ argentea , acuminata , intus concava^ opposite.

La Polycarpee de Teneriffe est une plante her- bacee , etalce sur la terre cominc la corigiole , et quia', comme les paroniques , [illecebr. paroni- chia, etc. ) des stipules et dts bractees scarieuses , argentees et luisantes.

Sa racine est blanchatie , fibreuse. Elle poussc Tin grand nombre de tiges herbacees , couchees , longues de 7 a g pouces , diffuses, rameuses, ar- ticulees , epaissies et un peu noucuscs aux articu- lations. Les feuillcs sont opposees, verticillees , d'inegale grandeur , vertcs , spatulees , un pcu mucronees a leur somnaet. Sous les feuilles , on observe a chaque noeud , des stipules , petitcs , ver- ticillees, meinbraneuses , scarieuses, acurainees ,

{ 7 ) sessiles. La panicule est rameuse , dichotorne, presqu'cn corymbe , tenninale. EUe soutient de petites fleurs panachees de verd et d un blanc ar- gente, sessiles dans les dichotomies et aux extre- mites des pedoncules : cellcs qui sent terminales sont rapprochees ou comme ramassees par petits paquets. Ces fleurs sont environnees de bractees stipulaires , scarieuses , blanches, argentees, lui- santes, opposees, acuminees, concaves interieu- rement , ct un peu plus grandes que les stipules qu'on trouve sous les feuilles.

Cette plante , que jeregarde , ainsi que le Poly'^ tarpon et Ic Pharnaceum , comme de la famille des sablines ( arenarias ) , et non comme faisant partie. de celle des Polygonees , a ete trouvee sur le pic ou la montagne de I'isle de Teneriffe , Tune des Ca- naries, par M. de la Haye, jardinier qui voyage avec M. d Entrecasteau , et qui en a envoye des iemences au jardin Botanique de Paris.

Obs. J'ai remarque que lorsque la plante est bien nourrie , et quelle vegete vigoureusement , comme cela arrive , lorsqu'on la cultive dans un terrein bien gras ; cette bonne culture iui fait perdre une partie de Teclat que Iui procurent les stipules et les bractees argentees dont ellc est garnie. En effet , sa vegetation vigQureusc

( s )

augmente les dimensions dc ses parties vcrtes ,' sans augmenter proporiionnellement celles de ses parties scarieuses et argentees.

Ensuite j^ai cru ni'appercevoir que les feuilles de cette plante ne sont veritablement qu'op- posees : si elks paroissent ainsi venicillecs , c'est que des pousses axillaires , qui ne sc de-» veloppent ou ne s'alongent point, sont munies de feuilles qui , avec les premieres , forraent a cliaque nccud des especes de verticilles. C'est s.uisiqueVAch)'ra7iihesc6r)'mbo5a. L. que dans mon dictionnaire je voulois rapporter a mon genre paronique , paroit avoir des feuilles verticillees, quoiqu'elles ne soient veritablement qu'opposees. En outre, ctt A chyranthes corymb osa , ayant ( ce que je viens d'observer ) des capsules unlloculaires , trivalves , et polyspci'mes , est congenere de la polycarpec de TenerifFe. Ainsi , je distinguerai ces deux especes de la maniere suivante , dans mon dictionnaire.

Polycarpaa ( Teneriffis ) caulihus herhaccis pros* tratis •■, foliis spathulatis suhacuminatis.

Tolycarpcsa ( indica ) caulibus bast sufjruclosis

erectis ; foliis linearibus. Paronychia

Burm. Zeyl. t. 65 , f. 2.

ExplicGtion

grossis.

(9)

Explication dc la plamhe 25.

(a) Fleur entierc, ouvcrte , vue en

dessus.

{b) Fleur demi-ouvertc, vuc de cote.

It) Petal separe. f _ ,

;. . ^ I Dei AILS

[d) htamine.

{e) Capsule entiere.

(/) La meme , coupee transversa-

lement. (g) Seraences separees.

Sur les coukurs de tAc at h e opaline, nommee communemcnt Of ALE.

Par M. H au y.

la'Agatht opaline rcunit seule les difFerentes couleurs que la nature a partagees entre les autres pierres qui flattent le plus Toeil par ce genre d'agrement. tt Elle ofFre , dit Pline , le 5) feu le plus clair de I'escarboucle , la pourpre jj eclatante de Tamethyste , le vert tcndre de remeraude, et brillc en un mot de toutes les

N^ i3. Tome I J. B

( lo )

») plus belles teintes fondues ensemble par un melange merveiileux. (i) A la variete que produit cet assemblage de couleurs , se joint celle qui nait de leurs positions mobiles , lorsqu'en faisant tourner la pierre a la lumiere, on les voit fuiretTeparoitre dans difFerens points de la pierre, ct se jouer en se succedant Ics uncs aux autres.

Ces couleurs ne sont point occasionnees par des principes colorans particuliers interposes dans la substance de la pierre , comme cela a lieu par rapport aux pierres ordinaires. EUes ne doivent pas etre non plus assimilecs a celles de I'arc-en- ciel. Elles dependent d'une multitude de fentes ct de gcrgures , qui interrompent la continuite de la matiere propre de Topale , et laissent entre ses lames des intervalles qui reflechissent diversement les rayons de la lumiere. .Aussi tous ces reflets si vifs et si animes disparoissent-ils , des qu'on la brise. II ne reste plus alors que le blanc laiteux, ' qui est la couleur du fonds.

L'e.xplication physique des couleurs de Vagathe opaline rentre dans le phenomene des anneaux colores , sur lesquels Neuwton a fait une tres- belle suite d'cxperiences (aj , dont il me paroit

(i) Histoire Naturelle , 1. 3/, chap. 6.

(a) OpUce lu<is.f edit, Lausannee et Cenevce , pag. i3g

t M )

d'autant plus interessant de donner lei unc idee, qu fiUes ont devoile une des principales causes des couleurs de tous les corps en general.

Get illustre geometre ayant pris deux verres ,' I'un plan , I'autre legeremcnt convexe , les pressa I'un centre I'autre , de maniere qu ils intercep- toient une lame d air , laquelle , en partant du point de contact , augmentoit insensiblement en epaisseur de tous les cotes. II appergut dans cette lame une petite taclie noire circulaire , qui avoit pour centre Ic point de contact des deux verres , et autour de cette tachc , diveises bandes annu- laires, dontchacune etoit composee de plusieujs cercles concentriques de diffevcntes couleurs.

Pour mieux analyser ce plienomene , et eji determiner les circonstances avec plus de preci- sion , il isola chaque couleur , en combinant I'ef- fet dun prisme avcc celui des deux verres , c'est- a-dire qu'au lieu du melange des sept rayons qui tomboient en meme terns sur la lame d'air , lors- qu il I'observoit a la lumiere ordinaire du jour , il parvint a ne lui laisser reflechir qu'une seufa couleur , quil varioit a volonte. II vit alors que cette couleur, quelle qu'elle fiit , formoit divers anneaux concentriques , de differenies intensi- t^s , separes les uns des autres , de maniere que VepaissejAt de .1^ lame d'air , a l^ndroit ou paroij-

( »2 )

soit Tanncau le plus pres du centre , etant designee par 1 , les epaisseurs qui repondoient successive- ment aux anncaux plus eloignes etoient comme les nombres impairs 3 , 5 , 7 , g , 1 1 , etc. De plus , il s'appergut, en regardant au travers de la larne d'air, que la meme couleur qui etoit reflechic dans les epaisseurs designees par ces nombres , etoit transmise au contraire par les epaisseurs qui repondoient aux nombres intermediaires 2,4, 6, 8, 10, 12 , etc. (i)

Une nouvelle couleur , substituee a la prece- dente, faisoit naitre des anneaux de sa teinte par- ticuliere , semblablement disposes, mais places en-dega ou au-dela des premiers , avec les memes rapports entrc les epaisseurs de la lame d'air aux endroits de ces anneaux , et de maniere que la couleur etoit encore transmise, au-lieu d'etre re- flechie par les epaisseurs intermediaires.

Le changement de position que subissoient les anneaux, a mesure que les couleurs qui les pro- duisoient se succedoient Tune a Tautre , suivoit

(1) Newton appelle acces ou retours de facile reflection , ces dispositions successives d'un meme rayon a etre reflechi par differentes epaisseurs de la lame d'air, ct acces ou re- tours de facile transmission ^ les, dispositions de ce rayon k etre transmis par les epaisseurs intermediaires.

( »3 )

I'ordrc des couleurs du spectre solaire , c'est-a- dire , qu'en faisant tomber alternativement sur la lame d'air le violet , I'indigo , le bleu, le vert, le jaune , Forangc ct le rouge , on voyoit les an- neaux de chacune de ces couleurs se repeter a des distances toujours un pcu plus grandes du contact des deux verres. Ainsi, tclanneau de cou- leur indigo, le troisieme, parexemple, etoit situe un peu plus loin que 1 anneau violet du memc rang, et ainsi des aufres.

Concevons maintenant les deux verres exposes a la lumiere ordinaire du jour. Les sept couleurs qui composent cette lumiere produiront toutes a-la-fois leurs anneaux aux memes distances que quand elles agissoient separement , et si telles etoient ces distances , que les anneaux n'antici' passent point les uns sur les autres, on vevroit dans la lame d'air des series ou des bandes annu- laires de couleurs, dont chacune presenteroit par ordre les sept couleurs du prisme. II n'y auroit de difference entre une serie et Tautre , que relative- ment a la grandeur du diametre des cercles colores , et aTintcnsite des teintes, qui s'affoibliroient en s'eloignant du contact. Mais ii n'en est pas ainsi. Les anneaux formes par les differentes couleurs ay ant des largeurs plus ou moins considerables , ct etantplus ou moins series entre eux , dans i'espace

qu'ils occupent, sc confondent, dumoins en pani^ a certains endroits ; ce qui z lieu specialement dans la premiere serie , ou 1 on voit un petit espace annulaire d'un blanc vif , produit par le melange des sept couleurs, Dans chacune des series sui- vantes , les couleurs sont en general plus dia- tinctcs ; mais passe un certain terme , les series voisines anticipent elles-memes les unes sur les aucres. Par une suite de tous ces enjambemens , les diiferentes epaisseurs de la lame d'air ofFrent sucessivement , tantot des couleurs simples plus ou moins vives , tantot des couleurs melangees de plusieurs couleurs simples et difFereririment ruancees , suivant les endroits ou elles paroissent. Les rayons qui se retractoient dans les intervalles des anneaux formes par la reflection des couleurs isolees , se combinent ensemble dune maniere , analogue , sur toute 1 etendue de la lame d air, ensorte que tel degre de tenuite , dans un point donne de cette lame , est propre , en meme-tems , a la reflection de telle couleur simple ou melan- gee , et a la transmission de telle autre couleur.

Toutes ces couleurs palissent et s eff^acent les unes apves les autres , a une certaine distance du centre , soit parce que I'epaisseur de la lame d'air se trouve trop augmentee , soit parce que les bandes anticipent les unes sur les autres, au point

( 15) ^ue les difFerens rayons , en se melant a pen pres dans dcs proportions egales , ne produisent plus qu'une lumiere blanchatre , de maniere que toutes les couleurs sont renfermees entre deux limites , dont Tune, qui donne le noir, repond au degre extreme dp tenuite de la lame d air pres du contact des deux verres , et Tautre , qui est celle ou les couleurs cessent d'etre seusibles pour nous , repond a un certain accroissement d'epaisseur dans la meme lame.

Toutautre fluide contenu entre les deux verres produira des efFets semblables , excepte que les diametres des anneaux et I'intensite des couleurs, varierout a raison de la densite du fluide. Les deux verres ne servent ici qu'a. reduire ce fluide en une lame suffisamment mince , pour produire la reflection et la transmission des couleurs. Le meme plienomene a lieu dans la buUe d'eau sa- voneuse , qui sert de jouet aux enfans , parce que cette buUe fait Toffice d'une lame tres-mince , dont la tenuite est variable a difFerentes distances du sommet. (i)

(l) M, I'abbe Mazeas a vii les anneaux colores conti- nuer de se peindre dans I'interstice de deux verres, qu'il ivoit exposes a I'action du feu , pour chasser I'air qui occupoit cet interstice. U cite ce res^iltat , dans les tran;^

C 16 )

II est facllemaintenant de concevoir comment les couleurs de I'opale proviennent des legercs separations qui existent entre ses parties compo- santes , et qui doivent etre assimilees a I'intcr- vallc entre les deux verres , dans Texpericnce de Newton. Plus ces separations sont etendues ec nombreuscb , ct plus elles multiplient les reflets , etajoutent a la richessedes teintes. On voit aussi pourquoi Fopale , apres avoir ete brisee, perd , comme nous I'avons dit , tout le jeu de ses cou- leurs.

Le spath calcaire transparent , le gypse , Ic crystal de roclie , etc. presentent souvent, a Tin- terieur, des reflets irises , et meme des arcs con- centriques differemment colores , que Ton doit attribuer aussi a de legeres fissures qui se sont faites dans la pierre , de maniere que la distance entre les deux lames que ces fissures separcnt, nest pas uniforme , mais augmente ou diminuc par degres. II arrive meme quelquefois qu'un

sactions philosopliiques , pour jeter des doutes sur la tLeorie de Newton , qui n'en recoit cependant aucune atteinte. II restoit encore alors entre les Yerres un air ra- refie , mele de beaucoup de calorique. Tout depend ici principalement du degre de tenuite de I'espace sur lequel tombent les rayons . de (juelque maniere ^ue cet espace

crystal

( »7 ) crystal qu'oti elonne , c'est-a-cUre , qu'on fele lege- remcnt par la percussion , devient, tout a coup , susceptible d'offrir le phenomene dont il s'agit.

line matiere soiide , suFfisairiment attenuee , produira des effcts analogues a ceux d'une lame mince et fluide , et comme Ics particules, dc tous les corps Soht telleraent disposees , qu'elles fer- ment des lames paralleles plus ou moins minces, scion la nature du corps, qui ne peuvent etre supposees en contact immediat , et qui dailleurs , a ce degre de tenuite , sont plus ou moins trans- paientes , on volt que 1 experience de Newton pent servir , ainsi que nous 1 avons dit , a fexpli- quer en general la diversite des couleurs refle- chies a la surface des differens corps , et telle est I'admirable fecondite du moyen que I'Auteur de la nature a choisi pour produire ces teinles si va- rices dont se peignent les obj^ts , quun degre de finesse de plus ou de moins dans la toile , fait aiaitre un colorls tout different.

Newton compare ingenieusement la lumiere avec le son , et presume que ce fluide agit sur les corps , en communiquant ses vibrations a leurs particules , ensorte que celles de ces particules qui ont le degre de tenuite requis pour vibrer par 1 impulsion de telle espece de rayon , la trans- mettent , et qu'au contraire les particules done N°. i3. Tome II. G

( i8 )

les vibrations nc s'accordent pas avec celles du rayon , s'opposent a son passage et le reflechissenti Au reste Newton ne se permct cette conjecture, qu'en faveur de ceux qui ne se contenteroient pas des faits etablis d'apres les observations citecs , ainsi que des consequences qui en decouient , et chercheroient de plus quelque hypothese qui put servirales expliquer

M E M O I R E

Sur les Cloportes terrestres.

P A R M. C U V I E R.

I-er Genre. I-ere $ous - division.

Les Cloportes aquatiques a quatre antennes , ( Aselles de Geoffrey ) font la nuance entre les Cloportes terrestres et les petites Squilles ( Gam- marus Fabr. ) qui elles-memes joignent les Aselles auxEcrevisses a longue queue ( Astacus Fab. ) par une chaine presque continue.

Ici , comme ailleurs, la nature ne fait point dc saut.et il existe un Cloporte terrestre, semblable en tout aux autves , qui se rapproche des Aselles

( 19 )

par une sorte dc rudiment qui represente leurs secondcs antennes. C'est par lui que je com- mencerai mon enumeration ; je le nomme :

1. O-^lscus hTFNORUM antennis siihquaternis , appendicibus lateralibus caudts bisetis , seta interna longiore tenuiore. PI. 26. Fig. 3.

Son corps est oblong , legerement con- vexe, lisse, marbre de brun et de fauvc , compose de sept dcmi - anneaux sans compter la tete ni la queue , et lorg de quatre lignes , sur trois de large.

Les ycux sont noirs triangulaires , situes a chaque cote de la tete et composes chacun d'environ quinze petits.

Les antennes sont au-dessus des yeux ; Leur premier article est tres- court; le saivant a endcdans un crochet qui porte un pciit corps cylindrique representant Tantenne secondaire des aselles ; les trois autres sont allonges ; enfin I'antenne est terminee par une sole flexible de dix ar- ticulations. PI. s6. Fig. 4,

La queue , ou la partie du corps qui ne porte point de pieds sous ellc , est formce de cinq derai-anncaux , et d'une ecaillc

C 2

( ?Q )

^rilobee qui pone de cliaque CQte vine petite nppendice ovale, termineepardeux soyes ; riuterieure plas fine et plus Ion.-? gue ; rexterieureplus grossc etplus courte. Fig. 5.

Sous chacun des demi-anneaux du corps est unc paire de pieds. II y en adonc en tout 14. La queue a , au lieu de pieds , cinq paircs d ecailles qui se recouvrent, corame cellcs dc la queue des Couleuvres.

Ce Cloporte sc trpuve sous Ics mousses. II est rare.

£?. Je vais maintcnant decrire ct dessiner lOisi^ais occanicus de Linne. Ouoique connu depuis long-terops , comme il fait unc sorte dc nuance entrc Ic precedent et ceux qui suivent, 3I sera interessant de le voir dans le meme tableau.

p.\75CL'5 OCEAjXICUS , scaher antennis binis ,

apprndicibus laleralibus caud<e bisetis , selii

<rqiialibus. Fig. 1. Jl est dc la grandeur et de la forme du pre-

ccdeiit , dont il diiKie par les articles

suivans :

i**. Ses antcnncs n'ont point d'appendicc a leur base , mais le nombre d'articulations

est le meme.

(21)

s**. Son corps est moins allonge , plus con-

vexe et comme chagrine. 3°. L'ecaille qui termine la queue est den-

tclee ; les deux soies de ses appendices

sent egales entr'elles. Fig. 2.

On le trouve en assez petit nombre sur les ro- clies du bord de la mer.

Ces deux especes ferment dans le genre des Cloportes terrestres une sous-division , qui se distingue des suivantes par la forme singuliere de la queue , et par le grand nombre des articula- tions de la petite soie qui termine leurs antennes.

Heme, Sous -division.

3. O^fiscus MUscoBUM , lavis mucrone cauda appaidicihus suh caudalibus hrcviorc. Fig. 6.

Le corps a la meme forme qu'au n°. 1. II est souvent wn peu plus grand ; tantot marbre de brun, tantot de roux , tantot dc jaune.

La petite soie qui termine les antennes , n'a que trois articulations. Fig. 8.

L'ecaille qui termine la queue a une pointe ^res-petite au milieu , ct dc chaque cote

( " )

une appcndice pointue , de deux pieces. On observe sous la pointe du milieu deux autres appendices bien plus longues quelle , et presque egalcs a celle de cote. Fig. 7.

On trouve aussi cette q^pece sous Ics mousses et sous les pierres , en tres-grande quantite.

4. OJ'iiscus MURARlus , scabcr , mucronc caud^ appaidicibus .suhcaudalibus aquali , seta an- tennarmn terminali trierticulata. Fig. i 1 . II est bien plus grand que Ic precedent , et sur-tout plus large a proportion , parce que les extremites des demi-anneaux du corps ne formcnt pas une courbe con-. tinue a leur milieu , mais s'applaiissent horizontalement.

Au-de;>sous die chaque (xil est une petite pointe plattect saillante, qui ne se trouve ^?is6.d.nsV0niscus inuscorum. Fig. 12. a. a.

Les antennes sont corame dans le precedent , mais la pointe de Tecaille qui termine la queue , est proiongee et couvre cntie-^ rement les appendices qui sont dessous. I.es appendices de cote sont applaties. Fig. ^3.

( 23 ) '

5. On I sous ASELLUs , scaler miicrone cauda appendicihus subcaudalihus aquali ; seta terminali antennarum triarticulata. Fig. g.

Est en tout semblable au precedent ; seulc- ment le corps est moins large , plus cha- grine , et les antcnnes sont terminees par une soie qui n'a que deux articula- tions , comme dans les especcs de la trei- sieme sous-division. Fig. lo.

Cette espece est la plus commune , ct c'est pour ccttc seulc raison que jc lui applique la denomination dasellus , car Ic caractere specifique assigne par Linne a son asellus , convien droit egalement bien aux trois especes dc cette famille.

Le caractere qui les separe des deux autres sous-divisions est dans les deux appendices subcau- dales qui n'appartiennent qua ces trois eSpeces*

1 1 leme . Sous - division.

6. Oniscus armadillo cauda semirotunda , thoracis margine simplici. Fig. 14.

Sitot qu'on touche cct insecte , il se roulc en rapprochant sa queue de sa tete et forme aijisi une boule immobile tant que le

{ H)

danger dure. Son corps est li'sse , tres-

convexe et varie pour la eouleur , du noir

au gris , et au marbre ; il n'a pas sous les

yeux les petites pointcs qu'on rtmarque

dans les deux precedenS; Ses antennes

sout plus courtes , ct la petite sole qui

les tcrmine , n'a que deux articulations

comme dans Vasellus ; enfiii , la queue:

n"a point d'appendices. On voit seulement

deux petites pieces aux cotes de sa der-

niere ecaille , tcllement disposecs qu'elles

forment avec cette ecaille et les autrcs

demi-anneaux,un segment de cerclc parfait.

Fig. i5.

On le trouvc par-tout sous les pierres. C'cst

I'armadilic de Geoffrey et de Fourcroy , mais non

celui de Linne , qui appartient a notre second

genre , comme le pvouve I'expression de cet aij-

teur : pedes plures quam quaiuordccm.

7. Onjcus globaTOR Cauda scmirotunda iko- racis margine duplicato. Fig. 19.

Scmblable en tout au precedent, mais sou- vent d'un tiers plus grand. La partie pos- terieure du bord lateral du premier seg- ment , cu si Ton veut , du corcelet est double , de facon que le bord des segmens

moyens

( 25) moyens s'insere dans la petite fossettc qui resultcde cc doublement , lorsque lanimal se roule. OnnetrouveceCloporteque chezlesapothicaires. ll Icur atrive ordinaircment d'ltalic par Marseille, inele a VOniscus armadillo , ct a I Armadillo margi- nalis. On Ics cmploie indistinctement aux usages medccinaux.

On voit que VOn. artnadillo et I'e Globator fer- ment encore dans ce g^enre , une farriille distincte, caracterisee par la queue arrdndie , et par la pro- priete de se rouler qui lui est commiine avec le genre suivant. On peut encore remarquerun autre chainon qui unit Ic genre dcs Gloportes a cclui des Arraadilles. C'cst le double bord du thorax. A'Onisciis glohalor , semblable a celui de mes deux Armadillo.

Pour terminer ce que j'ai a dire sur les Glo- portes proprement dits , je vais decrire les or- ganes de leur manducation. lis ont une analogic - singuliereavec ceuxcles Cvabesetautres crustades, et pas le moindre rapport avec ceux des autres Synistates de M. Fabricius ; auSsi ne puis-je en- core deviner ce qui a porte ce naturaliste a placer les Gloportes dans cctte classe ; mais je ne veux pas entrer ici dans une critique du systeme de

N^ i3. tome //. D

( =^6 ) M. Fabricius , qui me meneroit beaucoup trop loin : je reviens done a mon objet.

II n'y a point de levre superieure mobile.

La machoirc superieure est - tres forte, et ornee de plusieurs dents tres-aigues, ran- gees en deux groupes. Fig. 20.

Au - dessous du groupc inferieur , est placec une petite soie mobile, ou barbillon. Cc bar- billon rapproche evidemment les Cloportes des crustaces , dont le caractere distinctif est d'avoir un barbillon a la machoire superieure , qui en manque dans tous les autrcs insectes. M. Fabricius ne semble pas s'etre appergu de cela.

Sous les machoires superieures sont deux petites plaques flexibles , oblongues , et sans dents. Files sont mobiles horizontalement. Fig. 21.

Sous celles-la , en sont deux autres , fig. 22 , mais plus longues , plus fortes , et garnies dc dents tres-aigues.

Voila encore une analogie avec les crustaces , qui tous ont plus d'unc paire de machoires inferieures , quoiquc M. Fabricius disc , jc

( 27 ) ne sais pourquoi, qu'ils n'cn ont point du tout.

it Agonatis tnaxilla inferior nulla. Fab. 55 sjst. ent. p. 3gg. )? EnBn, Torgane le plus exterieur , est forme tie deux pieces larges , oblongucs et obtuses qui couvreiu toutes les autres , et portent , a leur extremite , un tres-pclit barbillon , et a leur base un autre en soic presque aussi long qu'clles. Fig. 18. C"est sans doute la ce que M. Fabricius nomme : labium quatrifidum , laciniis inter- mediis palpigcris , mais je crois plutot que c'est une quatrieme paire de machoircs , et ccux qui voudront les comparer avec Torgane exterieur dc la raanducation dans les Crabes ou autres crustacesierontsurement de mon avis.

Heme. Qcnre. ARMADILLO, (l)

Au premier coup-d'oeil , ces insectes rcssemblcnt en toutaceux deladcrniere famille desCloportes ,

(1) Les insectes que M. Ciivier designs ici sous le noni de Armadillo , sont de veritables iules : ils ne different Je la plupart des autres cp'en ce que le corps est ovale , et a-peu-prcs seml-ilable a celui des Cloportes. ( Note dss. redactsurs. )

D 2

( 28)

mais un examen attentif y dccouvrc bientot assez de differences pour en faire un genre a part.

I*'. Le corps a dix demi-anneaux , sans compter

la tete, ni la queue. ^^. entre le premier et la tetc , est une plaque demi-circulaire qui manque dans les GIot portes. S°. La queue est d'unc seule piece , demi-clrcu-!

lairc et sans appendices. 4*'. II y a seize paircs de pieds , et non sept

comme dans les Cloportes. 5*^. Les antennes n'ont que quatre articulations, dont ladcrnicrc est en masse. Fig. 29.

6*', Les yeux sont simples , et ranges en assez grand nombrc le long du bord cxterleur dc la tete,

1^. Enfin , les organes ^t la manducation sont- tous differcns.

Le plus extjsrieur, fig. 27 , semblc tout d'une piece , mais partage en quatre triangles par quatre sillons. Lqs externes ont leur pointe en arricre : c est le contrairc dans ceuxdu milieu. Le bord anterieur et libre de ceitc sorte dc plaque , est dcnlclc..

( 29 ) Lorsqu'on I'a enlevee , on voit la machoire superieure , fig. 28 , large a sa base , et echancree a son extretnitc. Je n ai ricn pu decouvrir de plus , mais c en est asscz pour nous monirer que lunion que met entre Ics mille-pies ( yuli. lin. ) et les Armadilles , le norabre des picds et la forme des antennes de ceux-ci , se trouvc aussi confirmee parlevirs organcs de la ra^an- ducation , qui ressemblcnt en elfet beau- coup a ceux des mille-pies. Nous sommes done descendus par degres , des Ecrevisses aux Squilles , de cel!es-ci aux Asellcs, puis aux Cloportes , aux Armad,iiles et aux iules. Tous ces genres doivent se rapporter a une seule ^asse naturelle , mais revenons au sujet de ce memoire.

Je ne connols que deux especes d' Armadilles , elles se roulent comme la troisieme familic des Cloportes , et ont, comme YOniscus globator , le bord exterieur du corselet double. Elles ne dif- ferent gucre que pour Ics couleurs.

1, Armadillo pustulatus , fuscus , fmnctis in singulis segmcntis qualuor fulvis. Le plus souvent les points des cotes sonC si laves dans le bruri , qu iJs ne parois-

( 3o) sent pas , il suiwte une sorte d'humeur visqucuse des intervalles des segments. Cettc espece a ete decrite par M. Fabri- cius dans ses Mantisses , et inseree par M. Gmelin dans sa nouvelle edition du , Sysiana natura. Jc ne, I'ai trouvee qu'une fois sous des pierres , dans un lieu hu^ mide.

». Armadillo marcinalis , 7iigcr , margine segmcntorum tindique fulvo.

Se trouve cliez tous les apothicaires. On ie trouve aussi quelqucfois dans ce pays , mais ti'cs-rarement. II est represente fig. 23, La fig. 24 est sa tete avcc ses antennes, et la plaque demi-circulaire^, qui est entre elle et le thorax. Dans la fig. 25 , on voit la tete , dont les antennes ont ete arra- chees , pour montrer la disposition des yeux ; enfin , fig. 26 , est la meme tete vue en-dessous.

J'ajoute ici , pour completer ce memoire , la notice de deux especes que je n'ai point vurs, mais dont la description m'a ete envoyee par M. Hartmann de Stuttgardt , aux indications duquel je dois d'avoir trouve la plupart des especes^ decritcs ci - dessus.

(31 )

II nomme la premiere Oniscus saxatilis ', elle ressemble a 1 Oniscus asellus , a la queue et les antennesde meme, et appartient a laraeme sous- division , mais elle est plus allongee , plus con- vcxe , et presque demi-cylindrique ; enfin , ce qui est bien plus remarquable , elle a la pro- priete de se rouler en boule comme ceux de la troisieme sous-division.

L'autre est un Armadille noir , avec le bord anterieur du corselet fauve. Ce n'est vraiscmbla- blement qu'une variete de V Armadillo marginalis.

OBSERVATIONS

Sur U genre Fulgore.

Par G. a. Olivier, D. M.

Ce qui distingue le plus les animaux , c'est la configuration de la tete. Les Fulgores , vulgaire- ment connues sous lenom dtPorte-lanternes , nous presentent sur cette partie de leur corps des formes si varices et si singulieres, qu'on est bien etonne de les trouvcr dans un meme genre d insectes. Les unes ont a la partie anterieure de la tete, un prolongement fait eu forme de vessie enflee et

(5, )

aloMgee , les autres en scie , en couronnc , en trompe senablable a celle de TElephant , en muffle , etc. II semble que la Nature a voulu ebau- cher sur ces insecies les differens moules , les dif- ferentes formes qu'eile devoit ensuite departir aux autres etres. Mais quel peut etre I'usage de ce pro- longement de la tete? Suivant les observations de Merian, I'espece de Cayenne et de Surinam, dont le devant de la tete est en forme de vessie , re- pand, pendant la nuit, une lumiere si vive, qu elle permet de lire le caractere le plus fin. D'apres le temoignage de cet auteur, Linne , Reaumur et ila plupart des Entomologistes n'ont pas doute;que i'fr*; Fulgores ne fussent lumineuses. Cependant , apres avoir questionne quelques Naturalistcs qui ont liabite nos colonies , touchant cette Fulgore , qui pouvoit prodaire une matiere phosphorique aussi lumineuse , ils nous ont dit n'avoir jamais pu appercevoir que cet insecte eut cette propriete. M. Richard , envoye a Cayenne par le gouvernc- ■mtiit , a eleve plusieurs especes de Fulgores , et cntr'autres celle dont parle Merian , sans quil ait pu decouvrirquelque trace lumineuse sur le corps de ces insectes. Nous n'avons sur les autres especes aucune observation , et celle d'Europe nest cer- taineoacnt point lumineuse. Si Fobservation de Merian est exncte, je sui3"porte a croire que cet

auteur

( 33 ) auteurn'aexaminesesFulgoresqu'apreslcurmort, J'ai souvent eu occasion, dans les departemens meridionaux de la France , de trouver des Gigales ( qu on sait avoir les plus grands rapports avec les Fulgores ) entiercment phosphoriques apres leur mort , et qui repandoicnt une lumiere tres- vive. Reaumur nous apprend qu'ayant eu la curiosite dc voir Tinterieur de la vessie dune Fulgore , il n'y put decouvrir qu'une cavite considerable , ren- fennee par un cartilage mediocrement epais. Quand on supposeroit que les substances qui y etoient, lorsque I'animal vivoit , s'etoicnt desse- chees , elles n'auroient jamais pu rcmplir , lors meme qu'elles etoient molles, qu'une petite partie de cette cavite.

On volt, d'apres ce que nous venons de dire , que Tusage de la partie anterieutc de la tete des Fulgores n'est pas encore bien connu. Nous igno- rons si cette partie est phosphorique pendant la vie de I'animal , ou seulement apres sa mort ; si c'cst un simple br^ement que la Nature lui a donne , ou si e^est unc arme propre a Ic defendre.

Quant aux caracteres generiques essentiels qui distinguent les Fulgores des Gigales et desTetti- gones , ils sont tres-aises a appercevoir, malgre les grands rapports qui lient entr'cuJi ces trois

N". i3. Totm IL E

(54 ) genres ; nous les trouvons : i". dans la forme ciil troisieme article des antennes globuleux, assez gros et chagrine ; 2°. dans les deux petits yeux lisses , places sous les yeux a reseau^ Les Cigales et les Tettigones ont trois petits yeux lisses h la partie superieuredc la tete, et les premiers articles des antennes soht cylindriques. Nous remarque- rons, avant de finir, que Linne et Fabricius one place parmi les Cigales quelques especcs , telles que Cicada lanala , C. pcnpicillata , C nervosa, C. phalaenoidts , qui sont de veritables Fulgores.

Sur les FALUNitRES de la Touraine , par M. Odanel , avec une notice des coquilles Jossiles quony trouve.

Par J. G. Bruguiere.

Ge roemoirc mc fut adresse , ii y a quelques annees , par M. Odanel , savant anglois , qui , ayant parcouru TAnglcterre , I'lialie et la France, pour en etudier les coquilles fossilcs , avoit se- iourne long-tems en Touraine , dans Tintention d'en connoitre les faluniercs. La mort le surprit en Sicile, ou il etoit alle continuer ses observa- tions , avant qu'il cut rien public sur Tobjet de 5CS rechcrches. Jc crois que, malgre le travail dc

(35) plusieurs Naturalistes sur Ic meme objet , on verra avcc plaisir dans , son memoirc , quclques circons- tances peu connucs des falunieres , comme aussi Ic catalogue que j'y ai ajoute des coquillcs qu'ellcs rcnfcrment, d'apres un envoi considerable qu'il m'enavoit fait en m'adressant ses observations.

On nomme Falun ou Cron , en Tourainc , un sable grossierqui.conjointcmentaveclc fumieror- dinaire , est employe dc preference a. la marnc pour feconder les terres. Les falunieres sont Ics carrieres d'ou Ton tire le falun ; il se trouve en abondancc sur les territoires de Ste-Maure , Bosse et Ste-Catherine du Vert-Bois , a unc profondeur qui varie depuis deux pieds jusqu'a huit environ, au-dcssous de la terre vegetale; il y a des bancs de falun qui n'ont que deux a trois pieds d'epais- seur, tels sont ceux de la faluniere du grand Honteau a unc lieue orient de Ste-Maure , qui est reputee la meilleure ; il s'y trouve au-dessous une terre glaise , jaune , impropre a la vegetatioia; mais en avan^ant vers Ste-Cathevine , dans les fa- lunieres de la Seguiniere , la Bosseliere et autres, la profondeur du falun est inconnue. On fouille ie terrcin jusqu'a dix-huit ou vingt pieds au plus ; c'est le tcrrae oii I'cau se manifeste avec une abon- dance qui oblige a cesser la fouille , pour ouvrir une autre carritre ailleurs.

E »

(36 ) On pounoit sans doute , avant que d'arrivcr a. Teau , pratiquer des galeries laterales en plein falun , et en tirer de cette maniere une plus grande quantite par un seul puics ; mais cela exigeroit plus de depcnse qu'on est accoutume d'cn faire dans Ic pays , et pour si avantageuse qu elle put etrc , on sakcbmbien les gens dela qampagne sent attaches a leurs ancicnnes pratiques , et sent en general pcu disposes aux innovations. Les paysans exploitent ordinaircment le falun au mois de no- vembre , parce que c'est Ic terns au lis ont fini leurs travaux les plus presses ; ils font aussi quel- quefois la mcme operation au printcms , avant ou aprcs les semailles ; tnais a cette epoque, la fouille est moins avantageusc qu'en automne, parce que I'eau en chasse plus promptement les travailleurs. C'est au moment de Textraction qu'il faut se trouver aux falunieres pour faire une belle collec- tion des coquilles qu'cUes rcn ferment. Pendant I'ete , les carricres sont recomblecs ou pleines d'eau ; et ccux qui desirent s'en procurer , ne peuvcnt faire des vechcrches que dans quelques tas de falun , extrait de rautonane ou du printems dernier , ct qui, n'est pas encore repandu sur les terres.

^ Le falun n'est autre chose qu'un debris de co^ quillagei dc coraux, non pas_ pulver.i^cs iTOpalpa.-

( 37 ) blement, mais asscz grossierement concasses pour etre sensibles a la vue ; une simple loupe en donne encore une conviction plus complette , et fait connoitre par les formes , les stries et autrcs traits rcmarquables , de quelles especcs de co- quilles ces debris sent provenus. Parmi tons ccs coquillagcs brises , il sen trouve une infinite d'en- tiers, grands et petits , de difFerentes espcces , dont j'ai forme la collection , dans rintcniion quelle soit utile aux Naturalistes qui voudrpnt determiner les cspeces marines auxquellcs elles appartiennent, et les mers ou elles vivent main- temcnt. On y trouve des huitres de plusieurs formes , mais en general tres-alongees , des co- quilles univalves , telles que des limagons , des vis , des buccins , des coris , etc ;. des bivalves va- rices par leur grandeur , et les autres caractercs qui les dibtinguent , et enfin plusieurs vermicu- laires , des coraux , et un oursin a etoile d'unc belle grandeur.

II paroit constant que M. de la Sauvagere qui parle de ces falunieres dans ses rccherchca his- toriques et critiques , ne les a jamais vues par lui- meme ; car il dit qut les coquillcs sont en general ioutes pttites , ei qnil y en a d'line si grande Jinesse , quon a peine a les apperavoir. La seconde partie tie cctlc assertion est vraie ; mais la premiere nest

I 38) surement pas cxacte ; car on nc pcut pas appcller pctites coquilles, dcs huitres de six a huit pouces de longueur, difFercntes bivalves de quatre a cinq pouces de diametre , dont les paysans font des taises a boire, et toutes celles de grandeur interme- diaire dont I'abondance est etonnante.

Si M. de la Sauvagere eutvu et examine les falu- nieres ; il auroit reconnu que le faiun est , commc on Fa dit et prouve ailleurs , un debris de coquil- lagcs; il auroit remarque dansleur coupe verticalc, les couches distinctes des scdimens successifs dont elles ont ete composees, et auroit vraisemblable- ment reconnu que tous ces depots n'avoient pu se former que dans ie sein des caux. U auroit vu Ics coquilles entieres ou mutilecs , dispeisees sans ordre , et en tous sens, dans les masses du falun ; enfin il auroit observe dans tous ces coquillages fossiles , des marques evidentes du frottement. qu'ils ont eprouve , et il auroit peut etre renonce alors a son systerne de vegetation spontanee que Scilla avoit aneanti plus de cent ans avant lui , et qui , d'ailleurs, est aussi contraire a la sainc philosophic, qu'il Test aux seulcs lumieres de la raison aidee par Tobservation.

En examinant ces differens coquillages , qui la plupart ne paroisscnt pas petrifies, et dont plu-. sieurs sont absoluruentsemblablts accuxque nous.

( 39 )

trouvons dans les cabinets des curieux , et d'autrcs ne different point dc ceux que nourrissent les cotes de la France , il est blen difficile d'imaginer que ce soient des jeux dc la nature ; car s'il etoit possible d'admettre qu'elle sc plaise a imiter par une sorte de vegetation les productions de la mcr, on ne devroit pas au moins la supposer plus ini' parfaite en ce genre que dans tons les autres , et lira'iter, par une sorte d inconsequence , cette ^ton- nante faculte. Elle devroit creer des etres parfaits et uniformes , chacun dans son espece. Lui voit-on produire en detail une tete d'animal , un bras,' une jambe ; fait-elle naitre un tronc d'arbre sans racines et sans branches , une branche sans tigeet isolec , un noyau sans fruits ^ Pourquoi done sup- poser qu'elle procree , en derogeant a ses prin- cipes, des fragmens de coquilles , et toutes les cs- peces dent on trouve des coquilles entiercs dans le meme lieu? si au contraire , en admettant les loix immuablcs de la nature dans la reproduction des corps organises , on convient que ces fragmens de coquiilages , n'ayant pu etre produits de cette maniere , se sdnt detaches des coquilles entiercs dont ils ont fait panic, alors on est force d'ad- mettre , pour expliqucr la formation des falunieres, ou un bouleverscment qui a eleve la surface de la terre solide , ou la rctraite successive des eaux de la

(46 )

mer , de dcssus un tcrreln qu'eiles ont autrefois couvcit; et il est sans doute plus facile de croirc que la mcr a forme cc depot immense de coquil- Ics , et de leurs debris , dans I'endroit ou nous les voyons , que de Tattribuer a une force vegetalc spontanee, et centre nature , dont rien d'ailleurs ne prouve Texistence et ne necessite Temploi.

Je terminerai mes reflexions a cc sujet, par la citation dun passage de Voltaire dont M. de la Sauvagere a chcrche a tirer qaelque avantage , pour soutenir sou opinion : si u sont reellaneni , dit ce grand homme , des coquilles , elks doivent eire dans cede faliinicre depuis des terns recules qui ipouviintent f imagination ; que peut-cn deduire de cette juste reflexion, que tout homme soute- nant une opiriion contraire a cellequeM.la Sau- vagere panage , sinon que Voltaire ne s'est pas cru competent pour jugcr sur ces matieres, et prononcer une opinion ; mais qu'il ne nioit pas la possibiiitc que ce fut des coquillages marins. L'anciennete de ce depot qui sembl..it efFrayer son imagination. , n'etoit pas surcment un obs- tacle a sa conviction ; car on voit dans quelques- unes d^ ses ceuvres , qu il ne croyoit pas le monde nouvellement fail , ill qu'il eut tou- jours e'xiste dans I'etat de repos ou il est de nos jours, et sour la forme exterieure que maintenant il presentc.

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Sur t augmentation continwiU de nos connoissnnces a I'egard da especes ; et sur une nouvdlc tipict de Sa uge.

Par M. Lamarck.

SI, comme je Tai deja dit bien des fois, Taug- bientation de nos connoissances sur les especes qui existent , determine la principale pariie deS vrais progres de rHistoire Nature! le , ce genre de connoissances n'ayant , a men avis , rien d arbi- traire ( quoiqu'on puisse sc tromper dans le fon- dement des determinations) et conduisant direc- tement au but qu'on se propose dans 1 etude de la science qui en est Tobjet ; je diral que , depuis vingt artnees , il est singulierement remarquablc combien s'est etendue la scifnce interessante dont il s'agit , principalement par I'augmentation con* siderable de nos connoissances Sur les especes.

La Botanique fournit , elle seule , a cet egard^ une preuvc bien convaincante dii fortdement de mon observation. En efFet, Linne , qui a travaille avec tant de succes sur toutes les parties ded'His- toire Naturelle , a , seulement dans la Botanique,

N''. 14. Tome II, F

( )

plus que double le nombre des espeees qui etoient connues au terns d€ Tournefort. Cependant, depuis Linne, les progres de nos connoissances sar'les. espeees , bien loin de se ralendr , vont tellenii^nt.en augmentant , qu'on pourroit dire en quelque sorte , que de dix en dix ans , les ou- vragcs propres de Linne vieillissent plus , que ceux de Taurnefort n'ont vieilli quarante ana apres sa mort.

-v:iLes rEcberches et les voyages entrepris de toutes pa/Tts pour les progres de yHisioire Naturelle , se ^Talnp'Hqni cliaque j our a un point qui n'a jpresque plus rien de comparable avec ce qui avoit autre- -fois lieu a.ce sujet. Aussi arrive-t-il continuelle- •fnent, de fous cote^ ,:.soit des graines qui enri- 'cbis'sent nos jardins de vegetaux jusqu'alors in- eonnus, soit des individus desseches appartenant •ade nouvelles especcs,et qui augmentent consi- .derablement nos herbiers. Tou$ ccs objets pre- sentent aux Botanist£s observateurs , un cliamp ■vaste-ct presqu^jnepuisable ,de nouveaux faits a comparer, discuter, et de, nouvelles especes-a de- terminer et' exposer a la coianoissancc du public. :.i;.Mars- cette grande quandte dobjets nouveaux •jquisepresentent continuellement a determiner, •c:ipos£ ja la confusion et a des doubles-emplois ^multiplies, si lesBotanistes qui se chargent de les

(4M

inscrer dans le tableau general des especes con- nues , ne sont pas munis des connoissanccs ne- cessaires et des moyens convenablespour executer ce travail important. C'est ce que j'ai prouve , et ce dont j'ai cite un exemple remarquable , dans un petit memoirc sur les oitvrages generaux en His- toire JSfaturelle, public dans les actes de la societe d'Histoire Naturelle de Paris ( pag. 81 ) , dont le premier volume vient de paroitre ; exemple que j'aurois pu etendre beaucoup plus dans les appli- cations relatives aux especes , si le terns mc Teut alors permis.

J'ai deja public, dans men dicdonnaire , un grand nombre d'especes auparavant inconnues aux Botanistes. Men herbier , neanmoins , con- t-ient encore un si grand nombre d'autres vegetaux dans le meme cas, que de long-tcms, sans doute,, je nen serai totalemcnt depourvu. Etcep.sndant , bien loin d'epuiseracet egard , sous chaque genre dont je traite , les especes qui existent , je sais que je laisse , meme dans plusieurs herbiers de cettc capitale , qui ne sont point a raa disposition , quantite d'objets a. ajouter aceux dont jcpresente le tableau general dans mon ouvrage intitule : Illuslration des genres.

Ainsi , que Ton juge , par ce simple appercju , des progrts ranidcs et considerables que fail la

F 2

( 44)

science , quant a la connoissance des especcs , qui est son principal objet, et de ceux quil lui yeste encore a faire a cet egard.

Pour y contribuer , voici le nom et les carac- teres que j'assigne a une iiouvelle espece de Sauge , cultivee maintenant au jardin National 4e5 plantes de Paris.

Sauge

l^tuilles de scabicifse.

PL 27.

Salvia

Scabiosatfolia,

Tab. 27.

i5. Viileuse, afeuilles S. Villosa , foliis suh-

subbipinnees : pinnules hipinnatis : pinmdis hi

part, en deux ou trois , S. tripartitis , linearis

lineaires - lanccolees , lanceolatis , integris dm-

entiereSGudentees; vex- latLve ] verticillfs spi"

ticilles en epi. catis.

Patrie. Lc Perou. Of Habitat inJPiru, Q^

Descri PT. Tota planta villosa, laxe ramosa : ramis subcylindricis , dejlcxis , adscenderitihus , ses~ quipedalibus. Folia opposita , pinnata vel subbipinj nata ( scabiosie columbaria instar ) ; pinnulis bi S. tripartitis ( raro simplicibus) , lineari-lanceolatis , integris , aut rariter dentatis , cajialiculatis , pubes^ centibus. Vaiicilli 6 j. 8 Jlori , in spicani suhnudam, ienninalan/jfie dispodti.

( 45 )

Calyx bilahiatus , ad laUT.a compressus : labia su- ieriore obscure tridentato ; inferiore hifido. Corolla albida , rirpgcns : lahio supsriorc breviore , recto , subfalcato , comprfsiO , obtusQ , vix emarginato ; in- Jtriore majore , laliore , emarginaio , rejlexo , purpu- rascente , cum lineis purpureis versiis basim. Bractcce ovata , actiminatcE , longitudine calycum.

La Sauge a Jeuilles it scabieuse est une plante legpreracnt villeuse , pubescente, d'un verd blaiiT chatre , et qui paroit distinguee de toutes les ^speccs contjucs de ce genre par la forme tres-re- iwarquable de ses feuilles. Elle s'eleve a la hau- teur d'un pied et derai a deux pieds sur une tige herbacee , un peu dure, couchee inferieurement, ascendance , et divisee en rameaux luchcs. Ces rameaux , ainsi que la tige , sont obtuseraent tetragoncs, presque cylindriques , d'abord etales, reclines , ensuite montans , et pileux sur-tout dans leur partie superieure.

Les feuilles sont opposees , pinnecs , ou presque bipinnees (a-peu-pres comiue celles de ia scabieuse cotombaire) ; a pinnules partagees jusqu'a la base en deux oa trois , rarement simples , lineaires- lanceolecs , cntieres ou dentecs, canaliculees, pu- besccntes. Les fleurs , dlsposees six ou liuit a cliaque verticille , forment un epi presque nud .

(46 )

pileux, blancliatrc , et qui terminc la tige et lc» rameaux.

Le calice est carapanule , un peu comprime , Strie , a deux levres : la superieure est relevee , obs- curenient divisee en 3 petites dents ; Finferieure, vin peu plus courte, est partagec en deux dents ovales-pointues. La corolle est blanchatre , bila- biee : a levre superieure plus courte, droite , ou iegerement en faulx , comprimee s«r Ics cotes, obtuse , pileuse , presqu'entiere. L'inferieure est plus grande, plus large, ecliancree en deux lobes arrondis , reflechie , purpurescente , avec des lignes pourpres vers sa base. Les bractees sont ovales , acuminces , de la longueur des calices , ct piieuses comme eux.

Gctte Sauge fleurit en juillet et aout , et est cul- tivee au jardin National Botanique de Paris , dc graines qu'on dit avoir ete envoyees du Perou, W paroit convcnable de placer cette espcce apres le Salvia rosccfolia , n". 834 > dans le tableau dca Sauges , que j'ai public en mon Illuslraiio?i des genres,

A cctte addition au tableau dont il s'agit , ii faudra joindre apres le n°. 3i i le Salvia leucantha et le Salvia ttibifera. Cav. ic tab. 24 et 25 , afin de complcttcr le tableau des Sauges bien connues. Quant au Salvia fulgrns de M. Cavanilks , jc-

( 47 )

soupgonne que c'est la meme plante que \e Salvia amethystina de M. Smith , qui est dans mon ta- bleau , le n°. 314. Qu'cst-ce que k Salvia spiel- manni. Scop, delic. insubr. 3, t. i5?

Explication de la plajiche 27*

[a] Fleur entiere separee.

[b] Calice, style. f p> j ^ ;{ ^ ,, ^^ J - , f De 2;randeur

[c] Corolle eniiere, vue de cote.V ^ ,, )' ^ n « naturelle.

[d] Lioroile ouverte.

[e] Partie sup. de la tige.

Sur les rapports de Jigurc qui existent entre t alveole des Abeilles et le Grenat dodecaedre.

Par M. Hau y.

II n est personne qui , k la premiere vue d'un de ces rayons de cire ou les abeilles deposent leur miel , ne soit frappe de la symetric qui regnc dans la structure de cet edifice , de lassortiment de ces alveoles a bases hexagonales , qui , sans laisser aucun vuide , s'arrangent les uns centre les au- tres , ensorte que chaquc pan est commun a deux alveoles voisins , de I'art enfin avec lequel un

( 48 ) iineme rang d'alveoles est comrac cngretie pat les facettes du fond dans un second rang tout semblable , situe en sens contraire du premier. Mais il ya plus. Cette architecture qui flatte Toeil par sa regularite , emprunte de la mcsure des angles que prcsentent les sommcts des alveoles un xiouvcau degrs de perfection , qu'il etoit re- serve a la geometric de nous faire connoitrc , et M Koenig, a qui Reaumur proposa le problenie irelatif a fcct objei , trouva , a I'aide du calcul , que ces angles traces par les abeilles ctoient precise- ment ceux qui devoient avoir lieu , pour que la Surface de Talveole fut la plus petite possible , relativement a une capacite determinee. Ce pro- bleme a beaucoup d'analogie avcc un autre que Ton peut proposer sur la forme du grenat , ct mon but est de developper , dans cet article , Ic rappro- chcineut qui en resulte entre deux des productions les plus interessantes que nous offrc la'nature, dans des regnes dVillcurs si differens. Jc mc bor- nerai encore ici au simple raisonnement. II sera facile aux geometres verses dans la connoissance du calcul infinitesimal , de resoudre par cux- memes les problemes dont il s'agit.

L'alveole des abeilles a sa surface composee de six trapezes egaux et scmblables DLKR , GLK.X, OGXT , etc. (fig. 1.) . situes, comme les six

pans

(49) l^ans d'un prlsme regulier dont Texagoni MRKXTS seroit la base , ct couronncs par trois rhombes CEDL , CLGO . COHE , aussi egaux ct semblables. Cela pose , concevons que ccS rhombes , en restant fixes par leurs angles late- raux O , L ^ E , changent peu-a-peu d'ihclihaisoh , dc maniere que le sommet G se releve au -dessus ou s'abaisse au - dessous de sa positiori actuelle. Selon que I'un ou Tautre de ces cas aura lieu , le rhombc CLGO que je prends ici pour exem- ple, s'allongera ou se raccourciradans lesens de la diagonale oblique menec de G en G. Or la geo- metrie demontre qu'au milieu dc toutes ces varia- tions , la solidite , ou , ce qui revient au meme , la capacite de lalveole sera constante , de maniere que dans le premier mouvement ou les rhombes du sommet s'allongent , autant la solidite aug- irientera , dune position a I'autre , par Televatioa de la pyramide tfiangulaire situee au-dessus des diagonales OL , EL , EO , autant elle diminuerai par la contraction des parties situees au-dessous des memes diagoriales ; la compensation aura lieu en sens contraire , dans le second cas ou les rhombes se raccourcissent. Mais eti meme tems Isl surface de Talveole variera continuellcment , d''ou. il suit qu'il doit y avo^r un point ou la solidite etant la meme , la surface soit plus petite 0ue N°. 14. rmi IL G

, (5o)

dans tous Ics autres cas. Or ce point qui donne ce qu'on appelle le minimum de surface , a lieu , lors- quc Tangle au somtnet LCO , LCE , EGO dc chaque rhombe est dc log^^ 28' 16". (1)

Les abeilles parvienncnt sensiblement a cc re- sultat dans la construction de leurs alveoles , d oii il suit qu'elles employent la cire avec la plus grande economic possible , relativemcnt a une capacite donnee. Mais lorsqu'on a pris de-la occa- sion de vanter Findustrie et les talcns de ces in- sectes , ce langage , pour etre raisonnable , nc pouvoit qu'exprimer en d'autres tcrmes la re- gularite et la sagcsse des loix auxquelles Tintelli- gence supreme a soumis Finstinct a.dmirable dont elle a pourvu les abeilles.

Substituons maintenant au solide qui rcpre- sente en general Falveole des abeilles, un polyedrc en (fig. 2.) dont la surface soit composee de douze faces rhomboidales , savoit six laterales adlk ^ Jilgn , ngop , etc. situces comme les pans d'un prisme , et les six autres situecs trois a trois , com- me clgo , cedl , cebo , autour d un meme som- uiet c. Si Ton cherche quel est parmi tous les po-

(1) Cettc mesure est aussi celle des angles lateraux OGX , LGX, DLK, EDR, etc.

(5i )

lyedres dc cctte forme celui qui , a solidite egale , donne le minimum de surface , on trouve que c'est le polyedre termine par douzcrhomhcs egaux et semblables cntr'eux , ou , ce qui revicnt au meme , dans lequel chaque rhombe clgo, a ses angles /co, c I g , dc log'^ 29' 16" , et ses angles clg, cog de 70'^ 3i' 44", comme dans lesrhom- bes qui couronnent Talveole des abeilles (1). Or cette valeur est aussi celle dcs angles du grenat dodecaedre , ct ainsi le probleme est resolu en. vertu des loix de la crystallisation , du raoins re- lativement aux'grenats d'une forme tout-a-faife symetrique , et dont toutes les faces sont de vc- ritablesrhombes.

Je remarquerai en passant que la forme du grenat dodecaedre a d'autres proprietes interes- sante« qui (dependent de la structure , entr autres celle de pouvoir etre sous-divise exactemcnt et sans aucun vuide , en vingt-quatre tetraedres a facas triangulaires isoceles egalcs et semblables , qui, etant pris six a six, composent un rhom- boi'de , ensorte que le grenat pcut etre aussi con-» sidere comme un assemblage de quatre de ces.

(l) Le calcul fait voir que la grande diagonale du rjiombe est a la petite , comme la diagonale d'un quano- sst an c6te de ce q^'arre..

( 52 )

rhomboi'des (i). Le sulfurc de zinc ou la blende a la meme structure , et commc les morceaux de cette substance se pretent beaucoup plus faci- lement a la division mecanique que le grenat , je suis parvenu a en extraire successivenient , sous des formes tres-nettes et tres - prononcees , le noyau dodecaedre , le rhomboide faisant partie de ce dodecaedre , et le tetraedre qui represente la molecule integrante.

Revenons un instant a Talveole des abeilles. Dans la solution du probleme dont j'ai parle , on nc fait varier ordinairement que les diago- nales obliques des rhombes du sommet, c'est-a- dire ,-' ccUes qui seroient menees de C en G , de C en B et de G enD , et Ton suppose que les diago- nales horizontales EL , EO , OL rcstent cons- tantes, ainsi que les aretes LK, EM , OT. Mais ^n, peut supposer aussi que le, solide varie dans loutes ses dimensions , en conservaut la meme CAp9,cite (?) J et alors on trouvc que le. mimmum

(i) Voyea^ I'essai d'uiie theoiie sur la structure des erystaux, pag. I7O ct suiv.

(2) Oil aura une idee do IVffet de ces variations , si I'ou concoit que la base KRMSTX ( fig. 1 ) s'etende ^galenient dans tous les sens , en meme-tems ' que LK •diminuera , ou repiproqiienient , et cela de maniere que- I'accroisscnient de capacil^ que le solide acquiert d'uhe

f 53 ) 4e surface a lieu , lorsque la mesurc des angles etant toujours de 109''' 29' 16" yo'^Si' 44" , le solide a Ics memes dimensions respcctives que celui qu'on obtiendroit , en coupant un grenaE dodecaedre en deux parties egales , a laide d'un plan perpendiculaire aux rl,rorabes lateraux Ignk , ognp , etc. ( fig. 2.) La commune section de ce plan avec Tun qu^lconque Ignk (fig. 5) de ces rhombcs , est la ligne im , qui passe par le milieu h du rliombe , perpcndiculairement aux cotes Ik , gn. L'alveole des abeilles a une hauteur a. proportion beaucoup plus considerable qua celle du solide dont il s agit , ct ainsi les di- mensions de cct alveole n'offrent qu'un cas par- ticulierd'un probleme plus general , qui consiste a determiner le minimum , quel que soit le rapport entre le cot^ RK de la bas? et larete LK ( fig. 1 ) ; raais ces dimensions sont assorties aux usages des alveoles , qui nc sont pas seulement destines a reccvoir le miel , mais encore a servir de loge- ment aux abeilles nouvellement ecloses , qui y restent jusqu'a ce que leur developpement soil acheve (i).

part , soft exactement compense par la dimiiuition qu'il subit de I'autre ])art. Pendant ces variations, la surface angiiicntera ou diminuera , suivant cju'elle s'ecartera ou se rapprochera du minimum.

(1) Memoires de I'acadeniie des sciences , annee I7I3» Observ. de M. Maraldi, sur les Abeilles,

(54)

jpescription de deux Mo u c H e s^ Par M. Bosc.

M U S C A t R I D E N S.

M. Pallida , thorace lincato , aliis ftiscis , disco macula alba tridentata. Tab. 28, fig. 4. H. Parisiis.

Tete jaunatre , herissee de quelques longs poils noirs , et marquee de neuf points egalement noirs ; savoir, trois petits a la panie superieure , deux tres-gros au-dessus des antennes , deux petits a cote , et deux de meme grandeur au-dessous. An- tennes fauves , avec le poii noir. Yeux bruns.

Corcelet jaunatre , lierisse de longs poils noirs, qt marque de 8 lignes longitudinales, dont deux, superieures , se prolongent jusqu a Textremite dcs I'ecusson, et trois, lateralcs , s'arretent arattache <Je I'aile.

Abdomen jaunatre , charge de longs poils , obscur dans sa partie superieure.

Ailes/brunes , moins foncees en couleur en leur bord interieur , ayant dans leur milieu une large

(55)

laclie blanche , terminee par une fourclie a trols dents inegales,

Pattes jaunatres 5 herissees de polls, lesjambes obscures.

Cette Mouche a quelques rapports avec le M. Pulchella 6.\x Fauna etrusca, mais elle en diflfere par les points dc la tete , les Hgnes du corcelet et la forme de la tache des ailes. Elle doit etre placee dans le systeme a cote du M. Flava , dont elle a la grandeur et la forme. Get insecte a cte trouve par M. Redoute , et appartient a sa collection. II a bien voulu en faire le dessin et me le communiquer.

M U S C A CEPHALOTES.

M. Nigra, ahdomine tylindrico , recurvato , acuta -, capite thorace latiore. Tab. 28 , fig. 5. H^ Parisiis.

Tete d'un tiers plus grossc que le corcelet , dont les ycux bruns forment la majeure partie. Lignes sericees entre et derriere les yeux. Antennes et trompe noires.

Corcelet noir , inegal , plus pale a la base des ailes, et serlce lateraleme'nt.

Abdomen noir cylindrique , un peu plus etroit a la base, le dernier anneau recourbe, et termine

( 56 ) Jjal- une Idngue pointe aigue et cornee. Cllaqbc anneau a une tache triangulaire laterale sericee.

. Ailcs diaphanes , nerveuses , itisees. Balancicrs jaunatres.

Pattes brunes, avec les artieulations blancha- tres. Tarscs termines par deux, longues appen-^ dices entre Ics crochets. (Fig. 7.)

GetteMouclie,remarquableparla grosseurdesa tete , ct par la pointe dont est arme son abdomea \ fig. 6) , doit se placer a la suite du J[f. Puhera, cellc de son genre avec laquelle ellc a le plus de rapports. Le dessin est de la main de M. RedoutCi

De la structure , consideree comme caractcrc distinetif des Aline mux.

Par M. H a u y.

II y a une espece d'analyse qui est proprement du ressort de la mineralogie , et qui , sans mener aussi loin que Tanalyse chyiniqne , a Tavantage d'offrir des resultats precis , susceptibles de parler aux. yeux , et faciles a obtenir , dans une multi- tude de circonstances. Gette analyse est celle qui est fondee sur Fexamen de la structure des

mineraux.

(57 ) knineraux, j'ai fait voir (t) comment cet examen m'avoit conduit a nne theorie, qui rampne les di- Verses formes crystallines , originaires d'une meme isubstance , a un petit nombre de loix simples et regulieres , ou plutot aux differentes modifications dune loi unique. Mon but est ici d'exposcr Ic parti que Ion peut tirer des observations que fou'rnit la structure , pour faciliter la dt^tiiictioR des mineraux. Sur quoi je remarquerai dabord que cette division mecanique, a I'aide dc laquelle on saisit les joints naturels des lames dun mi- neral , ne se borne pas aux corps qui ont une figure ieguliere et nettement prononcee ; elle s'etend meme a plusieurs d'entre ceux qui ne presentent a Toeil que des masses grossieres etindeterminees, £i dans lesquels la position des joints est nean- moins encore sensible , toutes les fois que les mo- lecules ont cu la liberte de sarranger symetriquc- ment a Tinterieur, quoique cet arrangement soit masque par une enveloppe qui semble n'annoiicer que la confusion et I'irregularite.

Or les directions de ces joints sont constantes, dans les mineraux d'une meme espece , parce qu'cllcs dependent de la figure des molecules in- tegrantes , qui est pareillcment invariable. EUes

(i) Journal d'Hist, Nat. tcm I j pag. 158 et stiiv* N°. 14. Tome II , H

( 58 ) dcvlcnnent clone commc un point fixe qui per*- sistc au milieu de cette grande diversite de forme& dont un meme mineral est susceptible , et par consequent elle* fournisscnt un caractere que Ton pent employer avec avantagc, soit solitairement , Boit en le combinant avec quelqu'autrc caractere, pour reconnoitre a quelle espece appartient le corps 8ur lequel on opere.

Si quelqu un pouvoit douter encore de cettc Constance qu'aifectent les directions des joints qui passent cntre les lames composantes d'un mineral , il suffiroit de citer en preuve la crystal- lisation des Spaths calcaircs. Unc circonstancc tres-remarquablc de cettc crystallisation , c'est la production de six rhomboides , tous difFerens par la mesure de Icurs angles. On en connoissoit trois ancienncraent. J'en ai annonce deux autres dans ce Jourfcal (i) , et M. de Macie, de la societe toyale de Londres , a determine recemment , a I'aide du calcul , les loix de decroissement qui ont lieu dans un sixieme, d'une forme prcsque cubi- que. Or si les formes primitives pouvoientparoitre susceptibles de varicr , ,ce seroit sans doute dans le cas present , ou la nature , sans quitter le rhom- bokle , en modifieroit seulement I'aspect , par

(i) P«§« 14^'

( 59 )• divcrses mesures ci'anglcs , ensortc que chaque rhomljoid^ rcpresentcroit encore la forme pri- mitive generalc , mais elaboree dune ccrtaine maniere , en vertu de quelque circonstance par- ticuliere , telle par exemple qu'une proportion difFerente entre I'acidc et la base. Cependant il nen est pas ainsi, et robservation demontre que, parmi ies six rhomboides du Spath caicaire , cinq renferment , comme noyau, un solidc semblable au sixieme , dont Tangle plan obtus est de loi^ 32' i3", sans qu'il soit possible, avec toute Fat^ tention imaginable , d'appercevoir la moindrc difference entre Ics angles d'un noyau et ceux dun autre. Ainsi , a parler exactement , chaquc rhoraboi'de sccondaire est par lui - mcme aussi diiierent du noyau , quun autre solide de la mcmc cspece , dont I'aspect contraste entiere- ment avec celui de ce noyau , et dans le passage aux diverses varietes, ce n'est jamais la forme primitive qui est changee , mais seulement son. cnveloppe , ou la dispositioii des molecules qui I en tour en t.

J'ajoutcrai qu'a mesure, que je poursuivois mon travail sur la structure des crystaux calcaires , j'ai remarque une multitude d'egalites , soit entre Ies angles plans , soit entre Ies iiKlinaisons respec- Uves des faces dc plusieurs varietes coraparees^

H 2

( 6o )

entr'dlcs ou avec la forme primitive , sur-tout depuis que j ai lamene la theorie du rhomboide a des formules generales , beaucoup plus propres que les meihodes particulieres a faire appercevoir Tanalogie de§ difFercntes formes crystallines ori- ginairesd'un mcrac noyau. Le calcul m'a condnit aussi , dans plusieurs cas , a dcs angles de go*^, de6o'^, et autres limhessemblables; ei la plupart de ces diverses proprietes sent tcUement subor-; donnecs au rapport des diagonales du rhomboide primiiif , tel que je Tavois determine dabord , que si Ion altere tant soit peu ce rapport, elle-s 5 evanouisicnt.

Ces proprietes , interessantes par le caractcre dc xegularite et de symetrie qu'elles impriment, en quelque sorte , au systeme de lignes d'oii depend la structure des crystaux qui les presentent, me paroissent confirmer 1 identite parfaite de la forme des noyaux renfermes dan? tous ces crystaux. En comparant, parexemple, le.Spath calcaireadouze tjriangles scalenes (i) avec le rhomboide primitif* jetrouve:. 1°. que Tangle obtus de chaque triangle du dodecaedre est egal a celui du rhomboide pri-

( I ) C'est celui qu'oii Moinm^ \'u.lgairement dent de cochon.

(61 )

?nkif (i); 2°. que Tangle c,ue forment cntr'cUes les faces les rr.oins inclinees sur le dodecaedre est egal a celui dcs faces les plus inclinees sUr Ic rhora- boide primitif (2). On a pu voir, dansrariicle de ccjournal ouj'ai fait le rapprochement de quatre rhomboides de Spath calcaire , Texposition dc plusieurs analogies s^mblables qui sort;cnt de cc rapprochement (3 ). Or , d'une part , ccs ana- logies sont cTautant plus faciles a verifier, qu'il ne s'agit point d'avoir la valeur absoluedes angles qui les determinent, et qu'il suffit que la mesure qui coincide avec les cotes d'un premier angle pris sur tel crystal , soit appliquee sur les cotes d'un second angle pris sur un autre crystal , avec Icsquels elle doit se rencontrer exactement, D'unc autre part , toutes ces, analogies sont tellement liees au rapport dcs dimensions du rhomboide primitif, que la plus legere alteration dans ce rapport les fait disparoitre , ainsi que je Tai deja dit : et cettc dependance mutuelle , cetLe espece d'harmonie entre les divers resultats dune crys- tallisation , n'acheve-t-elle pas de prouver que le

(1) C'est I'angle deja cite plus haixt , et qui est de, 10''^ Sa' 13', d'apr^s- le calcul tli^orique.

(2) La valeur de cet angle est de 104'' 28' 40' 0) Jbid,

r 62 )

point commun qui scit a reunir tous ces resukata est fixe , invariable , et qu'il y a ici unite dans la nature, comme dans la theoric?

J'ai cru devoir insister sur ccs considerations , tant parce qu'elles me paroissent montrcr le peu de solidite de tous les raigonncmens que Ton essaye- roit d'opposer, a des, calculs qui portent sur des faits , que parce qu'elles peuvent donner une idee de ce que gagne la crystallisation a. etre ctudiec sous son veritable point de vue , c'est-a-dire comme un? science qui fait partie du domaine de la geo- metric.Je reviens a Tobjet direct de ce memoirc.

Le caractere qui se tire de la structure n'exige pas que Ton entame profondement la substance dont on cherche a connoitre la nature. Avec un peu d'habitude , on parvient a distinguer les direc- tions des joints, en se bornant a emporter uvi coip de cette substance , avec la. pointe d'un cou- teau ou de queiqu'autre instrument. Ainsi , une fracture faitc a unepierre rnet a decouvert un angle splide compose de trois plans lisses et brilla»s, dont deux font entr'eux un angle obtus , ct sent sensiblement perpendiculaires sur Ic troisieme. Pour rendre cette observation plus decisive , je Kicsure Tangle obtus ( un a-pcu-pres suffit dans ce cas ) , et je trouve qu'il n'excede pas de beaucoup la valeur de loo''. J'en conclus que la substance

( 65 ) •que je tiens est un sulfate de baryte ( Spath pesant. )

J'appergoisdansune autre pierre , en examinan't la position des joints, deux faces brillantcs et d'un beau poli , situees a angle droit Tune sur I'autre, sans pouvoir en decouvrir une troisieme , si ce n'est quelquefois a un leger chatoiement , qui en laisse entrevoir la position oblique a I'egard des deux precedentcs. Cette pierre etant d ailleiirs du nombre de cellcs qui donnent des etincelles par le choc du briquet , j'en conclus que c'est un feld-spath.

On sait que ccrtaines hyacintbes se rapprochent , par leur forme, du Grenat dodecaedre , ensorte que quand les crystaux sont petits , il est assez difficile de saisir la difference d'environ 3*^ , qui ticnt a la mesure des angles, Mais I'hyacintbe admet des divisions nettes sur quatre de ses angles solides , au-lieu que le grenat n'est divisible que parallelement a ses faces , ce qui suffit , indepen- damment des autres diversites relatives a la struc- ture, pour empecher de confondre les deux picrres dont il s agit.

Plusieurs substances tres-differentes crystallisent en prismehexaedre regulier. Telssont, entr'autres, le Spath calcaire , le Spath adamaniin , et I'apatite ou le beril. Mais le prisme du Spath calcaire se

iH)

divisc sur trois aretes de chaque base prises alter- hativement , celui du Spath adamantin sur trois angles solides qui alternent pareillement entr'eux vers chaque extremite , et celui de Tapatite paral- lelement a ses bases et a tous ses pans. 11 est vrai que le Spath calcairc est aussi Susceptible de pren- dre la forme d'un prisme divisible depart et d'autre sur trois angles Solides , et le Spath adamantin celle d'un prismc divisible sur les aretes. Mais alors I'inclinaison des coupes sur les bases indiqueroit, par sa mcsure parciculiere , celle des deux subs- tances que I'observateur auroit entre les mains.

Le sappare a ete pris pour un mica ou un talc, avant que M. de Saussure le fils en eut donne 1 analyse (i). La structure scule auroit suffi pour etablir une distinction entre ces deux mineraux, puisque la division du mica donne des rhombes dont les angles sont de 120 Go'i, et celle du sappare des rectangles.

Combien de substances de nature difFerentc n'a-t-on pas confondues sous la denomination commune de Schorl ? II sufRsoit qu'une pierre parut n'appartenir a aucune des especes deja con- hues , et qu'elle presentat d'ailleurs une figure a-peu-pres rhomboi'dale ou prismatique , pour

(j) Journal de Physiq^ue, I>jS^j pag. 21 3.

qu'on

( 65) qu'on la transformat en Schorl. Un illustrc get- metre (i), a qui aucune science nest etrangerc , disoit assez plaisammcnt a ce sujct , que le Schirl etoit Ic neciaire dcs mineralogistes (2).

L'exaraen de la structure, m'a fait reconnoitr* que la pierre appellee Schorl -.'b lane ( dc I'lsle , cryst- t. 2, pag. 409), n'etoit autre chose qu'un feld-spath ; que la pierre de croix regardec aussi jusqu'alors comme un schorl , etoit une substance a part; qu'il falloit de memc faire une espece dis- tincte des pretcndus schorls, ordinaiiement d'une couleur noire , a 8 pans , avec dcs soramets die- dres , qui se trouvent parmi Ics produits volca- niqucs , etc.

Au milieu de toutes ces reductions, j'avois cru dabord (3) devoir laisser ensemble , sous le noiu de Schorl, Ics Tourmalines, avec des crystaux de deux figures difFcrentes, queM. Daubenton, dans la nouvelle edition qu'il vient dc publlcr de soix

(i) M. la Grange.

(a) Les Botanistes ont donne , d'apres Linnaeus , le nom de Nectaire a des parties de la fleur tres-differentea par leur forme et par leur position , comme le prolonged innnt en eperon de la fleur du Delphinium ^ le tube inte- rieur de la corolle du Narcissus , les petits corps oblongs qui accompagnent les etamines du Nigella, etc.

(3) Mtm. de I'acad. des sciences , 1787J p. 9a etsuiv.

N^ 14. r«mc 11. I

(66 )

excellent tableau mineralogique , a nommes, Ics uns Schorls a douze quadrilateres ( De lisle , cryst. t. 2 , p. 384 , var 4 ) , les autres Schorls a huit pans avec un sommet a quatre faces , tt I autre a deux ( De risle , t. 2 , p. 38^, ^ar. 6. ) Je connois encore d'autres varietes dc^§^' memes crystaux , et apres tin examcn tres-attentif, j'ai juge que, malgre la grande analogic de leurs formes avec celles des Tourmalines , ils devoient en etre separes. Un des caracteres qui les en distingue, consiste en ce qu'ils admettent des coupes tres-nettes et tres-bril- lantes, seulement dans des directions paralleles a. quatre de Icurs faces , tandis que les Tourmalines sedivisent parallelement a six de leurs pans, mais avec beaucoup moins de nettete et de facilite. J'avois deja indique cette difference, qui pouvoit faire naitre quelquc doute sur I'exactitude du rap- prochement dont il s'agit. Mais ce qui est decisif , c'cst que les quatre coupes brillantes , relatives aux premiers crystaux , sont inclinees entr'ellcs d'environ 124"^ d'utic part, et 56<^ de i'autre , et xion pasde i2 0<^ 60^ , comme je Tavois crudans le cornmencement , d'apres des mesures prises sur des crystaux dont les faces avoient subi une petite deviation. Au contraire , dans les Tourmalines, toutes les sections longitudinales sont inclinees les unes sur les autres de 1 ao'-'.

( 67 )

Ces observations m'ont determine a faire unc cspece a part des Tourmalines , et il n'est plus reste de ce grouppc nombreux et mal-assorti, que les crystaux divisibles sous Tangle de 124^^, aux- quels j'ai conserve le nom de Schorl. La meme substance existe aussi en masses informes tres- sensiblement lamelleuses a i'inteiieur. M. Des- fontaines, de I'academie des sciences, a trouve de ces masses , dans son voyage en Barbarie.

Dans plusieurs mineraux qui ne se preient que difficilement a la division mechanique , on peut estimer les directions des joints , a I'aide d'un chatoiement tres-vif qui se montre sous une cer- taine position , lorsqu'on fait mouvoir ces mine- raux , en les exposant a la lumiere du soieil , ou a celle d'unc bougie. J'ai employe ce moyen avec avantage pour reconnoitre la structure, soit des mineraux dent ii s'agit, soit de ceux qui auroient ete susceptibles d'une division facile , mais aux- quels je voulois eviter de faire des fractures.

Au reste , comme il y a parmi les corps natu- rels, beaucoup de morccaux qui, a raison , d'unc crystallisation confuse, ou du melange des ma- tieres heterogcnes, ne manifestent aucuns joints , et que plusieurs , meme de ceux qui sont crys- tallises, se rcfusent pareilleraent aux coupes que Ton tent^eroit d"y faire , il en resuUe que le cajra.cterc

I 2:

( 68 ) fourni par la structure esc , ainsi que ics autres , limite dans son «sage. De plus, on trouvc dcs substances qui n'admettent qu'unepartie dcs coupes necessaires pour circonscrire un solide , les autres coupes devcnantimpraticables , araisond'une trop grande adherence entre ccrtaincs faces des mole- cules, ensorte qu'on nepeutqwc presumer, d'apres la theoric , le sens de ces coupes. Enfin , on salt que plusieurs raineraux, distingues par leur com- positioH , ont des noyaux semblables. Mais dans ces sortes de cas, il ne faut souvent qu'associcr le caractere eraprunte dc la structure , avec quelque autre facile a observer , pour tirer un parti avan- tageux du premier.

On ne pent se dissimuler que le caractere dent il s'agit n'ait cte trop neglige jusqw'ici par les nii- neralogistes. Wallerius , qui remploie quelquc- fois J le fait d'une maniere si vague et si peu exacte , qu'il devient comme nul entre scs mains, etpcut meme induire en crreur. Par exemple , il dit , en parlant du Spat.h calcaire , que ses fragmens sont cwbiques ou rJiomboidaux (i) , et au sujet du feld- spath , qu'il est compose dc cubes («). La verite est que le premier n'offre jamais que des fragmens

(i) Syst. mineral, edit. 1788, p 140. (a) Hid, p. 3i4,

( 6g )

rhomboidaux, c'cst-a-dirc tcrmlnesparsixrhombcs egaux ct serablables , et I'autre dcs fragmens en parallelipipedcs obliqu angles , dont les faces ont des mesurcs d'angles difFcrcntcs.

M. Werner, qui , dans son savant traite des ca- racteres cxterieurs des fossiles , place avcc raison, au rang dc ces caracteres , celui qui sc tire de la figure dcs fragmens (i) , a mis beaucoup plus dc justessc dans les exemples qu'il a cites, relative- mcnt au raeme objet. II a reconnu , cntr'zutres , la fbrsne dcs tetraedres que Ton obtient , en divi- Sant le Spath fluor dc la manierc la plus simple (2) , et je mc serois fait un devoir de citer cette obser- vation intercssantc , lorsquc j'ai public I'essai d'une theorie sur la structure des crystaux , si j'eusse connu alors I'ouvragc de cc celebre naturaliste. qui n'avoit encore ete public qu'en langue aJlc- mande, et dont la traduction , entrcprise depuis par madame Picardet, a ajoutc un nouveau ser- vice a celui que cette dame , distinguee par ses talens , avoit deja rendu parmi nous aux sciences, en nous procurant I'avantage d'entendre aussi i illustre Schecle parler notrc langue.

M. dc risle ayant don»e unc attention paiti-

(1) Voyez la traduction de ce trait^j p. z5o, (a) Ibid. p. a5;a.

( 70 >

culiere a Fetude des formes crystalPlnes , a cm pouvoir faire concourir le caractere qui en derive , avec la durete et la pesanteur specifique , pour distinguer nettement les dilFerentes especes de mineraux (i). II eut ete necessaire pour cela qu'une forme crystalline sccondaire quelconque portat toujours Tempreinte de la forme adoptee par I'au- teur , comme forme primitive, de maniere qu'on put reconnoitre celle-ci a travers les modifications qu'elle subissoi^. dans I'autre, Mais ceux qui con- noissent les crystaux n'auront pas de peine a trou- ver , en particulier parmi les Spaths calcaires , des formes secondaires qui ne conservent aucune trace de la forme primitive , et lui paroissent totalement etrangeres , et il n'en faut pas davantage pour em- pecher d'admettre la forme comme signe caracte- ristique des especes. EUc peut seulement servir a iiidiquer- les varietes , a cause de la Constance des angles dans tous les morceaux qui appartiennent ^a chacune d'cUes.

^l n'en est pas ainsi de la structure. G'est , comme je I'ai dit , un point fixe et invariable, relativemcnt a tous les corps dune meme espece , qui dognent quelque prise pour le saisir et loo- server. Lc nombre et la di?position des faces qui

(s) Des caracter&s exterleurs des mineraux > P^ 6.

y

(70

determinent la forme, les principes colorans etlea differens melanges qui modifient les resultats de I'analyse chymique , tout le reste , en un mot, oscille , pour ainsi dire , autour de ce point fixe, ensorte qu'il n'y a , relativement a la valeur des angles primitifs , aucune gradation de nuances , tant que la substance reste la meme , et qu'il y a un saut brusque dans le passage dune substance a une autre.

Dans le traite de mineralogie auquel je travaille depuis plusieurs annees, j'ai combine le caractere dont il s'agit, et qui est proprement un. caractere geometrique, avec ceuxque nousoffrent lachymie ei la physique , comme , d'une part, la fusibilite, la dissolution paries acides , etc. et de Tautre, la pesanteurspecifique , la durete, la refraction simple ou double , etc. de maniere que de I'ensemble de tous ces caracteres , il put resulter, par rapport a chaquc substance, un tableau capable de fournir a rexpression des divers etats sous lesquels la na- ture presente cette substance a notre observation.

( 70 OBSERVATIONS

Siir la culture de larbre-d-Paiii tt des epiceries , a la Guyane Fj-angaise.

Par G. a. Olivier, D. M.

Si rhommc est souvcnt expose a bicn dcs dan- gers de la part des peuples etrangers, et a bien des degouts de la part de sesconcitoyens, lorsqu'ilveut enrichir un nouvcau sol d'une production qui ne lui est pas propre ; la nature semble quelquefois s'empresser de rendre Ic succes plus heureux , a proportion qu il a coute plus de peines pour I'ob- tenir. Ainsi , pour presenter d'abord un exemplc bicn frappant , un seul pied de Cafcyer, obtenu avec peine, eleve a Paris dans la serre du jardia des Plantes , et transporte a la Martinique par les soins aussi precieux que penibles dun citoyen zele , a produit tous les Cafeyers que Ton culti\ e actuellcment enAmerique, et qui sont dcvenus pour la Metropole un objet de commerce si im- portant et une source de richesses si considerable, C'est encore a un autre citoyen non moins recom- mandable par le service qu il a rendu , que par It* difficultes qu'il a eprouvees, que la France doit la culture introduite dans ses colonics Araericaines,

(73 ) des arbres a epiceiies fines, tels que le Girofikr, le Muscadier, le Canneliei". Ces arbres precieux cnt ete deposes aux Isles de France ct de Bourbon , ct trarispones ensuite a lisle de Cayenne , a Saint- Dominguc , a la Martinique, ct on ne pcut plus douter que bientot leurs produits ne pUissent disputct a ceux que nous n'avons regus j usqu'a pre- sent, que de la jalouse cupidite dune nation voi- sine. Deja des envois a Paris , de ces denrees si appreciees , ont fonde la certitude de nos espe- rances. Une lettre fecrite deCayerine, patM. Mar- tin, datee du 6 Fevrier i 792 , ne peutqu'ajouter a la conviction. II yest dit que le Giroflier se multi- plie tres-abondamment dansceclimat, ct que beau- coup sorit en rapport. Le Cantielier est aussi tres- multipliedanscette colonic : dans peu de terns, Ton preparcra de la Canelle. Le Poivrier reussit a mer- veille. On desire avec raison que la Republique fasse faire une expedition a lisle de France pour procurer a Cayenne le Muscadier : la colonic n'en. possede que trois individus, dont un male recoflnu, et deux autres qui n'ont pas encore fleuri. Enfin» nous dit-on , I'arbre-a-Pain est multiplie, et I'on ne court plus les risques de le perdre.

Sijusqu'a present on a bien plusapprecie, et on jest bien plus occupe de ce qui fournissoit des jouissances sensuelles a Topulenee , que de ce qui

N". 14. Tome 11, K

( 74 } pouvoii fournir aux bcsoins necessaircs de la por- tion indigente et la plus nombreuse de la societe , on ne doit pas etre etonnesi , tandis que Ics arbres qui produisent les epiceries ont re^u taut de cele- brite, I'arbre-a-Pain , dont le noin seul indique le merite, est encore presqu enticreryent inconnu, et n'a obtenu que le dernier !es premiers cssais de culture. Nous croyons donncr un nouveau titrc de recommandation k cc Journal , en le faisant servir a repandre les notions que nous avons pu acquerirsur un arbre qui peut avoir une utiiite si etendue, par-tout ou il pourra etre transporte et cultive.

Divers voyageurs , tels que Rumphius, et parti- culierement le lord Anson , ont fait mention dc I'arbre-a-Pain ; raais^c'est au capitaine Wallis , k son retour des mers du sud , et depuis lui a ceux qui ont voyage aOtahiti et dans d'autres contrees deslndes orientales , que nous sommesredevables dc quelques connoissances plus exactes a cc sujet.

Le capitaineDampier rapporte qu'il y a a Guam , lunc des isles Larrones, un certain fruit a Pain , qui vicnt sur un arbre aussi gros que nos grands Pomraiers , dont les feuilles sont d'un vert obscur, X^e fruit estrond, et croit aux ranieaux comme les Porames. II est de la grosseur d'un pain dna 50U. En murissant, il devient jaune, mollet etdo"ox; mais les jens du pays le cuciUent vert, et le cui-

(75) ^ sent au four , jusqu'a ce que Tecbrce soit noire. Alors ils le ratissent, ct mangent le dedans, qui est tendre et blanc comme la mie d'un pain frais : il n'a ni semencc ni noyau, mais il durcit au bout de vingt-quatre heures. L'arbre qui porta ce fruit est en rapport huit raois de I'annee, et les ha- bitans ne mangent pas d'autrc pain pendant tout ce tems-la. Dampier ajoutc avoir appris que toutes les isles Larrones avoient de ce fruit en abon- dance , mais n'^voit jj^naais oui" dire quil y en eut aillcurs.

Rumpliius dit que les branches de cet arbre sont un peu etendues , courbees, et peu garnies de feuilles ; celles-ci sont placees sur un-e petite tige cpaisse, dont six ou sept forment une toufFe qui cntoure rextreinite de la branche , en forme de rose. Ces feuilles sont tres-grandes; elles ont en- dessousunccoteepaisse, saillante, et sonteoupees de cliaque cote en quatre ou cinq segmens pro- londs , ct chaque division ou lobe finit en poiute. Elles ont environ un pied et demi de longueur, et un peu raoins de largeur. II decoule de toutes les parties de l'arbre , quand on le coupe , un sue gluant ct laitcux qui s'attache fortement. Le chaton se fait jour a travels les feuilles superieures ; il est souple, nioUetet cotonneux, long environ comrae la main , «t epais d'un pouce. Lc fruity qui crolt parmi les

K 2

( 76 ) fcuilles , est fcrme en coeur , et devient gros conime latete dun enfant. Sa surface ou sapeau estepaisse, verte, et toute rcmplie de tubercules de forme car- rec ou hexagone , tallies en diamans , mais sans pointes.Plusles tubercules sont plats et unis, plus les scmences sont en petit nombre, et plusaussi 11 y a de pulpe, dont la consistance est gelatineuse. La partle intericure de recorce est une substance charnue, plelne dc fibres entrelaces, qui ressera- blent a de belle laine. La partle charnue de ce fruit devient plus tendre vers le milieu, et y forme une petite cavlte sans nolx et sans semence, excepte dans une cspece qui en a en petit nombre , et cette espece n'est bonne que cuke au four. Les habltans d'Amboinc appretent la chair fibreuse de ce fruit , avec la liqueur du Coco. Quelques-uns en font des belgnets , ou la font frlre dans I'huile ; d'autres , commc les habltans de Sumatra , font secher la partle interieure qui est tendre , et la gardent pour s'en servlr en guise de pain , avec d autres alimens. Ce fruit est tres-agreablc, tres-nourrlssant , etcon- vient partlcullereraent aux gens de fatigue. Le sue laiteux qui deccule du tronc boullli avec I'huile dc Coco, fait une glue excellente.

On trouve cet arbrc a Test de Sumatra. Dans la langue Malaye , U se nomme Soccus ou Soccum" Capas. II croit aussi autour de la vlUe de Bantam _, a Java, Balega ctMadure, ou il est connu sous le

( 77 > nom dc Soccum. On adepuis observe que cet arbie croit aussi dans lisle du Prince , au detroit de la Sonde , ou nos navires vont faire du bois et de I'eau dans les voyages de la Chine.

D'apres le lord Anson , dans son voyage aux mcrs du sud , il y a dcuK arbres tres-comrauns dans toutes les isles Larrones , particulicrement dans risk de Tinian, et qu'ondit leurappartenir, ainsi qu'a quelques-unes des Philippines ; savoirle Rima ou arbre-a-Pain , etleDucdu. La relation d'Anson, sur ce premier rapport , se rapporte a cellc de Dampier. Guant au Ducdu , il resscmble beaucoup au Rima , tant pour sa forme que pour celle de ses feuilles ; celles du Rima sont seulement plus longues, et ne sont pas aussi dentelees. Le fruit approche asscz du fruit-a-Pain pour la gros- scur, mais il a la forme d'un melon. Sa pulpe ren- ferm.e treizc ou quinze amendes ou semcnces de la grosseur d'une petite chataigne, qui sont tres- agreables etant roties. Au-licu que le Rima n'a ni semence ni noyau dans son fruit.

Le capitaine Cook , dans la relation de son voyage , s'exprime coram e P.uinpliius , et nous donne a-peu-pres les meraes details sur Tarbre-a- Pain et sur son fruit. II dit en outre que, comrae ce fruit ne dure pas toutc Tannee , il y a unaiioyen d'y suppleer : on Ic reduit en une pate appelee ^ahie. 11 ajoute que quand il fut a P>atavia, il y

( 78 ) trouva le Soccum, qui est du menie genre que Tarbre-a-Pain. des isles de la mer du sud , mais si inferieur en qualite , dit-il , que , sans la grande ressemblance exterieure , tant pour Tarbre que pour le fruit , il nc les auroit pas rapporfces au merae genre.

Pour resoudre cette dernierc difficulte , John Ellis rappelle qu'ily a deux especes de fruit a Pain dans les Indcs orientales , Tun sans noyau et sans scmenccs, I'autre qui en contient un norabrc con- siderable. Tous deux sont reconnus pour bons ; mais le premier passe pour etrebeaucoup meillcur, C'est le dernier sculcment que le capitaine Cook a trouve a Ba%via , quoique I'un ct I'autre y croissent. Le meme autcur fait rcmarquer encore qu'a Ba- tavia , ou la tcrre est si liberale envers ses liabitans , et on la fertilite du sol dedoramagc en quelque sortc de I'insaiubrite du climat, ce fruit, eclipse par une infinite d'autres beaucoup plus agreables, n'attire pas les regards , et He re9oit aucunc espece de culture ; et Ton sent aiseraent combicn cela doit influer sur ses qualites. II observe en dernier lieu , que cc fruit n'est plus en rapport aii, moins pcHfilant quatre mois de I'annee ; que c'est prcci- sement dans ce terns que le capiiainc Gook ctoit a Batavia ; de sorte que quand meme Tarbre-a-Paia y auroit ete cultive dans le plus haut degre dc per-

(79) Fection, il etoitalors tres-difificile de bien juger de la qualite de scs fruits.

On peut etre bien aise de savoir que toutes les parties de la fructification de cet arbre , qui porte Un fruit sans noyau, sent imparfaites. Le chaton, qui contient les parties males, ne se deploie jamais. Les parties femellcs sont parcillement defectucuscs ; d'ou il suit qu'il ne peut y avoir de noyau ou dc semence , et qu'ainsi cet ajbre ne peut se multiplier que pat rejetqns ou boutures , quoiqu'il soit tout- a-fait evident du'ii est originaircment venu d'un arbre-aPain quiportoit des semences. Le doctcur Solander apprend aussi que les vieillards de Otahiti et des isles voisines , I'ont assure qu'ils se rcssou- venoient tres-bien d'avoir vu auttefois en grande quantite du fruit a Pain portant semences , mais que les arbres de cette espece avoient ete negliges , a cause de la preference accordce au fruit a Pain sans noyau , qu ils multiplioient par boutures. II est tres-probable que c'cst la culture qui a renda insensibkment imparfaites les parties de la fructi- fication de cet arbre , comme nous le voyons ar- river a la plupart des vegetaux que nous cultivons depuis long-tems en Europe.

II seroit sans doute bien a souhaiter qu'on put introduire au midi de I'Europe la culture de cet arbre , et il est evident que si Ton pouvoit y pos- seder rarbre-a-Pain portant graines , puisqu'il est

(8o) larbic primllif , on pourroit ensuite ^voir laiitKi facilement. En attendant que cettepartiedu monde si peuplee , ct pour laquelle cet arbre nourricier scroit un si grand bienfait , puisse en jouir par les soins dc quelque voyageur digne d'une recon- noissancc eterrielle , nous pOuvons assurer que I'Amerique a vu I'arbre-a-Pain croitre avec succes sur son sol. M. Martin, dont les travaux en ce genre ont deja enrichi Cayenne de plusieurs nou- velles productions etrangeres , et doivent lui rae- riter la plus grande estimc , dit, dans la lettre ci-dessus citee , avoir ,au moins cinq ou six cents de ces arbres a delivrer aux Colons cette annee : il dit encore avoir reeolte des fruits qui eontenoient jusqu a quatre-vingt et cent graines, de la grosseur dune chataigne : bouillies comme ces dernieres , ajoutc-t-il, ces graines sont bcaucoup plus deli- cates ; et si Ion met du sel , comnie Ion en ir.et ordinairement pour cuire la chataigne , c'est alors un manger delicieux.

C'est tout ce que nous avons a dire sur I'arbre-a- Pain , dont U ne nous appartient pas de donner ici les caractefes botaniques , puisque nous n'avons voulu le considerer que par rapport a son utilite. Puissions-nous , paries details que nous venons de presenter, faire obtenir a cet arbre toute I'attcn- tion qu'il merite, exciter le zele des experiences et des tentatives , pour le voir un jour acclimate plus pres de nous.

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(8\ ) A N A T O M I E

t)E LA Patelle commune. PL 3o , fig. I.i~l6„

Patella vulgata. Lin.

Par M. Cuvier.

Desirant faire connoitrc successiVeracnt , dans ce journal , la structure interne des differens vers testaces de ce pays , et de leurs analogues nuds , je commence aujourd'hui par la Patelle comrnune , vu que c'est un de ceux qui ont ete le molns examines jusquici , et quelle presente plusieurs singularites remarquables. Ce coquil- lage , Patella vulgata , Linn. , est , avec le Buc" cinum lapilliis dii meme auteur, le plus nombreux de tous ceux qui habitent les cotes de la Manche. lis en couvrent presquc tous les rochers; La forme de sa coquille est connue de tout le monde ; c est un cone plus ou moins obtus , dont la basd est un ovale irregulier. Sa pointe est plus rappro- cbee de Tune des extremites que de T autre , et de cette pointe a la circonference de la base , vont un grand nombre de stries , parmi lesquelles quatorzc sont plus saillantes que les autrcs. N". i5. Tome IL L

( 80

L'anlmal a , comme ceux des autres univalves -, plusieurs rapports avec les limaces sans coque ; mais les differences sont pour le moins aussi nombreuses que les resscmblances.

Organes du mouv entente

Le pied est ovale , et doue des memes facultes de contraction et de dilatation generale ou partielle que dans les Limaces. II est epais de plus dune ligne , et compose de divers plans de fibres , dont dependent ses divers mouvemens. Le plan inferieur est forme par des fibres transversales et paralleles , entrelacees vers le bord d'un grand nombre de fibres circulaires. y^Jig. 3. Le plan supericur au contraire est un muscle penniforme , ou compose de deux rangces de fibres qui for- ment un angle aigu avec Taxe de I'ellipse. II a alissi quelques fibres circulaires a son bord. V.

On con9olt facilement que le plan Inferieut doit , en se contractant , retrecir et alonger rellipse du pied , et que le plan superieur doit le iraccourcir en 1 elargissant ; qu'enfin les fibres circulaires diminuent sa surface en tout sens. Par ce dernier mouvement , les parties du milieu du pied sont forcees de s'elever vers le dos de

(83)

Tanimal , et laisscnt sous elles un vide , qui , au moyen de la pression de lair , attache avec force Tanimal au rocher. Mais lorsqu'il veut marcher, il retrecit et alonge la partie anterieure du pied , la porte en avant , la fixe ; puis raccourcissant la partie posterieure , il la rapproche de la premiere » la fixe et s'en forme de nouveau un point d^appui ^ pour recommencer la meme manoeuvre.

Ce pied est attache a la coquille par une ran- gee circulaire de fibres verticales , qui s'entre- lucent d'une part aux fibres du sphincter du pied, et vont dc Tautre s'implanter dans la coquille en percant le manteau. Elles laissent en avant un. espace libre pour Ic passage de la tetc. Tout Icur eftet consiste a rapprocher un peu la coquille du pied par leur contraction , et a permettre , lors dc Icur relachement , quelle soit un peu soulevee par I'elasticite du corps. Leur principal usage est pour I'expulsion des excremens , et pour cx^ primer ou admettre altcrnativemcnt I'eau qui baigne les cuies.

La teie ni les cornes ne peuvent se retourner cu dedans , com me cela arrive dans les Limaccs et la plupart des univalves ; aussi sont- elles privees du curieux appareil de muscles qui pro- duit cet efFet. Elles ne peuvent que s'alongcr ct se raccourcir par le moyen de ieurs fibres propres»

L 2

( 84 ) Qn Ics voit dans Icur plus grand alongement.

Jig. 4; les autres figures ies montrent contractecs. La bouclie est courbee en fer a cheval ; a son cote, sous la corne droite , est une ouverture , prdinairement fermee et imperceptible , par la- guelle passcnt les parties de la generation. Les cornes ou tpntacules , au n ombre de deux , sent coniques , et portent Tceil a leyr base exterieure. Lc manteau double toute la coquille ; il ne

. lui adhere que par le niuscle qui attache cette coquille au pied , en travcrsant le inanteau. La partie de celui-ci qui entoure le muscle , est un peu epais^c , garnie de fibres , et susceptible d'ex- tension et de contraction ; son bord est un peu renfie , clentele , et doue d'un sentiment exquis ; jnais cellc qui est au dedans du cercle musculeux est simplement membraneuse , tres-finc et trans- parcnte,

Qrganes de la respiration it de la circulation.

Ccst 3 ce manteau qu'adhererit les prganes de la respiration , c a d', ceux dans l,esquels le sue nourricier est expose a Taction de Telement am,- biant. Pour les bien voir, ^-Jig- 5 , il faut tirer en bas la tete A et la presseravec force centre Ip pied B. On appergoit alors , entre les deux extre-

( ^5 ) mites CC du muscle qui attache le pied a, la coquille , a droite un petit tuyau blanc ct sail- lant D ( c'est I'anus ) ; a gauche une vesicule blanchatrc , plcine d'unc liqueur limpide, dans la- quelle est un corps en mquvement E ; ce sont Ic pericardc et Ic cceur. De celui-ci sort un vaisseau qui sc partage en deux branches. Ces branches rampent tout au tour du mantcau, sans devenir sensibleracnt plus etroites , et se reunissent pour former un contour -pzx^dSi f f f ; entre ce cercle et le muscle cc est un autre cercle gg-, forme dune infinite de petits feuillets triangulaires tous places a. cote l€S uns des autres , et consistant chacun dans une duplicature de la membrane inferieure du mantcau : ce sont les oui'es. Le grand vais- seau // , qui est Tartere branchialc , fournit a ces feuillets autant de petites arterioles , et Teaii de la mer baigne ce sang ainsi divise. Je n'ai pu encore decouvrir si le reste du corps recoit le sang simplcment. par les continuations des ar- terioles branchialcs , ou si celles-ci se reunissent pour former un nouveau canal arteriel , comme clans les poissons ; raais il est surque le manteau a un grand norabre de vaisseaux qui ne viennent point immediatement du cercle//, et quimeme passent par-dessus. La_^^. 5 lesrepresente.

On voit que la Patclle , quant a sa raaaiere de

( 86 )

resplrer , approclie bien plus des bivalves que des autres univalves , puisque celles-ci n'ont point d'ouies baignees simpleraent par I'eau , mais bien dc vrais poumons . qui aspirent ct rejettent Tair atraospherique par unc ouverture unique.

Le cocur n'a qu'un vcntricule ; il regoit le sang vcincux par son autre extremite. Le vais- seau qui rapporte tire ses branches immcdiates des visccres iuicrncs.

Lcs organes de la nutrition et dc la generation ferment ensemble une masse arrondie , ren- fermee entre le pied , le muscle qui I'attache a la coquille et la partie du manteau interceptee par ce muscle. Pour les decouvrir , il faut couper cc muscle en passant le scalpel entre les bords du manteau et ceux de la coquille. On separe ainsi 1 animal de sa maison. On ouvre la partie supc'- licure du manteau , ct on coupe la peau qui attache hi tete au pied; alors on a la tete et les visceres internes separes du reste du corps. La

Jig. 6 re{)resente Tanimal separe de sa coquille. a est la partie anterieure du manteau separee du veste, pour montrer la tete et lanus. Dans la

Jig^ "] , \^. manteau est enleve , et les visceres, mis a nud. Enfin fig. 8 est la masse des visr ceres vue en-dessous , le pied etc),nt enleve.

( §7 )

Organes de la generation.

L'ovaire h , fig. 8 , occupe un espace assez, grand entre Ic pied et le rcste cles visccres ; une partie mcme revient en dessus, V. h fig. 7. C'est un paquet d'une quantite innombiable de petits grains plus ou moins anguleux , envcloppe d'une membrane proprc. Ces grains sont oidi- nairement verdatrcs ; mais dans quelques indi- vidus , sans doutc fecondes , 1 ovaire etoit bien plus grand , abreuve par-tout d un sue blanchatre, et ses grains etoicnt jaunes. Ce paquet a son orifice dans la cavite commune de la generation. Je nomme ainsi un organc particulier aux ani- maux pourvus a-la-fois des deux sexes , et qui ont un accouplement reciproque ; c'est une cavite dans laquelle toutes ies parties qui con- courent a la generation ont leurs orifices. Dans Ies Limagons elle n'est que musculeuse , et se re- tournc comme un gant lors de Taccouplement, xnais dans la PatelU sa structure est toute difle- rente ; elle est situee au-dessous de la tete et formee de 6 cartillages ; Ies deux plus grands Sont quarre-longs , a a , fig. 11. A leur extremite ils en ont cliacun un second plus petit et place en travers hb , i h. Enfin a leur bord interne , vers leur base , chacun en a un troisicme , ovale

{ 88 )

ict tres-mobile , c c Jig. ii. Leurs extremites sont uniesparun sphincter a,^o-. io,qui lesrapproche; et de chaque c6te est uri mtiscle a,llonge qui les ecarte , b bjig. lo.

Lorsque Tanimal veut s'accoupler , cet ap- parcil tie se retourne pas , mais il se meut tout entier vers la droite , en c , Jig- lo , et sort dii corps pat une fente ^ous le tentacule du nieme cote ; alors la verge s'eterld au moyen de ses fibres propres , et peut -etre par un concours dii Sang, analogue a celui qui a lieu dans les animaux plus parfailS.

Cette verge est tres-singuliere ; c'est un long ruban jaune , plat, un pcu plus etroit et plus pale vers son extreraite , qui se termine par uri renflemcnt. A la vue simple , on appercoit sui" Tune de ses faces trois tangs dfe taches noires placees en quinconce ; rhais au itiicrosCope , 1 cb- servateur est agreablement surpris de voir que cc sont autant de rangees d'epines hoires tres-aigues et recourbees en arriere. Dans chaque tache laterale sont trois epines ! dans celles da mi- lieu ily en a quatre. Ija. Jg. larepresente une portion de la verge vue au microscope. Lc Lt- itiacon commu'n , ni la Limace , n'ont rien de semblable ; peut-etre ceS epines remplacent-elles le dart dont le Litrfacon pique eelui auqucl il:

VQUC

(^9) Veut s^accoupler , et qu'elles Taniment un peu, dans cc^ momens de plaisir , la stupide insen- sibilite de ccs tristes animaux ; quoi iqu'il en soit, la verge de la Patelle ne m a pas paru percee , et je ne crois pas qu'elle serve a porter sa liqueur Iserainale dans le corps dun autre individu.

Je dois enancer ici en passant une opinion que j'aurai occasion de developper ailleurs ; c esC que je crois que les animaux de cctte classe , quoiqu ils aient besoiii , pour produire , d'un accouplemerit reciproque , sent cependant , en meme terns , chacun pere et meredeleur geniture paniculiere , et que la liqueur seminalc de Tun , nest point trausmise dans le corps de I'autre , kiais que leur accouplement nesert qu a amencr les mouvemens necessaires a 1 union de cette semence aux ceufs du ineme iridividu.

.Cela une fois prouve , rapptocheroit encore les Lima^ons des Bivalves , auxquels ils ressem- blent si fort d ailleurs : mais revenons a la verge dc la Patelle. Elle est attachee au foiid de la cavite commune de la generation , et dans I'etat ordinaire , elle contouirie le cote droit de la inasse des visceves , v. a ,Jig' 7 et 8 ; puis sc re- ployant sur cUe-mcriie , son extremite revient vers la cavite commune , ou elle s engage sous tin ligament , qui ( vu son bout renfle ) permet

N". ib. Tome I L M

( 90 ) bien a rextrernite d'avanccr au dehors, raaisTiori de reculer dans le sens contraire. Lorsque Tani'- mal veut s'accoupler , le bout de la verge s'avance au dehors , cet organe glisse sous le ligament, le pli de la verge sc rapproche toujours du ligament , jusqu'a ce quelle soit entiercment deployec. On peut prendre une ideedecette mar- che , Jig- 9- On y a jete sur le cote I'ovaire a, la cavite commune b , et la verge c. Le trait ponctue EE montre une verge a demideveloppee.

Cette meme' figure 9 montre les deux extremites <^i de la glande seminale , o_u tcsticule ; c'est un corps jaunatre , de substance tres - molle , qui entoure Ic haut de I'cesophage comme un demi- collier ; il a deux canaux deferens gg qui ser- pentent un peu , et aboutissent au fond de la cavite commune. Cette glande est representee a part , Jig. \ 3.

Enfin , on remarque dans la cavite commune quelques corps glanduleux ronds , tenant a des pedicules trcs-fins , dont j'ignore a'bsolument I'usage. Y. dd , Jig- H-

C'est la tout ce que j'ai vu des organes de la generation dans ce coquillage. Je passe a ceux de. la lautritiou.

1

, (90 Organes dt la nutrition.

J'ai deja parle de la bouche : elle est a I'extre,- mitc de la tcte , et a la forme dun fer a chcval. V. c , Jig. 8 , et c^ ,fLg. lo. La Patelle n'a pas de dents, maissalevresuperieure est renforcee parun petitcartilagecourbe en arc,et dont lesextremites sont plus larges .que le milieu. II est represente a part.^o;-. i6. Je n'ai pas appergu de langue. La bouche conduit a Tcesophage , f ,Jig' 9 ; gg. Jig. \5, qui marchc droit en arriere sous la glande seminale.

Tout le reste du canal intestinal fait*es cir- convolutions dans la substance d'un corps glan- duleux btun fonce , qui existe sous difFerente.s formes dans tous leg testaces , et dans Icurs ana- logues nuds. Dans la Limace sans coque, il est forme d'un grand nombre de lobes bien dislincts, ne tient aux intestins que par des vaisscaux sanguins , entin n-'a qaun seul canal excreteur , prcsqu'aussi gros que 1 intestin dans lequcl il sinscre. Dans les Liraa^ons a coque , il a de« lobes moms distincts , est bien plus uni a 1 in- testin , ];nais n'a de meme. qu'un seul canal excreteur. Dans les Bivalves au contralre il nly a pas de. canal ; mais- cette gJande est indmeraeiit

> M 2

( 9^ }

i^nie a tous les points de rintestln , et y verse la liqueur par une infinite de pores. On pourroit; I'appeller foie ou pancreas , et quoique sa li- queur soit verte dans les Limagons , et jaune dans les Bivalves et la Patelle , jc prefere pour- tant le nom de pancreas , parce que ce corps regoit et renvoic immediatement ses vaisseaux au coeur , et n'a pas de tronc forme par les ra- meaux veineux des intcsiins , comme en ontles foies des animaux parfaits.

La Patelle se rapproche encore , a I'egard de ce corps , beaucoup plus des Bivalves que des autres testaces. Son canal intestinal ne peut etre separe du pancreas sans detruire celui-ci , qui n'a point de lobes ni de canal excretcur , mais forme une masse continue , et verse sa liqueur au travers des membranes de Tintestin.

J'ai represente a part les circonvolutions du canal alimentaire ; ceiles qui se font vers la sur- face superieure , Jig- 14 , et ceiles de la surface inferieure , Jig- i5. Voici leurs liaisons : Tccso- phage gg , fig. i5 , mene a Testomac , qui nest guere qu'une partie un peu dilatee du canal , placee au centre du pancreas. Apres avoir fait un pli etl a , Testomac remonte vers b , contourne la Ic pancreas , et va former sur sa surface supe-

(9M rieurc la lignc h cd , Jig. 1 4 ; vers d il redesccnck a la surface inferieure ou il fait un tour presque semblable de/, Jig. i5. A/il retourne a la sur- face superieure , ct bordant , pour ainsi dire, le pancreas, il revient sur lui-meme selon ghi ( dans les deux fig. 1 , et va en ^ former Tanus , qui n'estqu'un tuyausaillant au-dessusde la tete , garni de fibres circulaires , tres-fortes pour I'ex- pulsion des excremens.

Ce canal est rempli a son origine d'une ma- tiere fluide ct jaunatre , et de debris de fucus. Plus on approclie de I'anus , plus elle dcvient terreuse ; enfin , Ics excremcns sont de petits cylindres de matiere terreuse et blancbatre.

Organes dts Sensations, »

Au-dessus de Toesophage , est une petite masse blanchatre que je prends pour le cerveau. II en part deux filets noiratres qui vont aux tcntacules, et qui pourroient etre les nerfs optiques. L'ceil est un petit point noir a peine visible , ct dont je n'ai pu distinguer les parties. Aureste , j avoue que jc n'ai encore rien reconnu qui resscm- blat a d'autres nerfs , ou a une moelle epinierc ; peut-etre cst-ce la faute de mes yeux ou de moji assiduite.

( 94 )

EKplication de la planch: 3o.

Figure 1 , la coquille. Fig. 2 , la moitie da plan superieur des fibres du pied. Fig, o , me' '• de leur plan inferieur. Fig. 4 , une Patelle V' cote , marchant , la bouche et les tci etendus. Fig. 5 , la Patelle grossie' , . <; .- dessous ,- et la tcte tiree en bas, A , !;• 'cie ; li , le pied ; GG , les extreinites du rauiclc ]ui at- tache le pied a la coquille ; D , TanUs ; E , Ic ; cii- carde ; // I'artere branchiale ; gg, les bvin: ; ics. Fig. 6 , la Patelle separee de sacoqviill'e. a , part. ant. du manteaa separee da restc ; Zi , la tete ; c , I'anus ; d , Torigine dc I'artere pulraoisaire ; e e e , le muscle qui attache Ic pied a la coquille ; f , la masse des visceres qui paroit au travers de la portion trawsparentc du nianteau. Fig. 7 , la mcme dont on a enleve le manteau ; « , la verge ; h , partie de Tovaire ; c , la masse du pancreas , au travers de laquelle on apper^oit quclques tours des intestins ; d , le coeur ; e , I'artere pulmo- naire ; /, la veine cave; g, I'anas ; hh, le pled. Fig. 8 , la tete et les visceres separes du pied , et vi'.s en-dessous ; « , la verge ; l , I'ovaire ; c , la bou- che ; d , la cavite commune de la generation ; e , le pancreas. Fig. 9 , les memes parties da- veloppees ; a , I'ovaire jete sur le c5te ; b , ra

(95) cavhe commune tirec en avant ; c, la verge ; cfi, le testicule ; E , verge a demi deployee pour le co'it ; J , oesopbage ; gg canaux deferens ; H , pancreas et intestins. Fig. lo , la cavite com- mune et la tete a part ; a , sphincter de la cavite commune \ b h , muscles qui ecartent ses carti- lages ; c , lieu ou elle se porte dans le coit ; ^ , la bouche ; e , base de la verge. Fig. 1 1 , la cavite commune ouvcrte ; aa , les grands cartilages ; bb , ceux de leurs extremites ; cc-, ceux de Icur bord interne ; d , les petites glande&a pedicules; e, commencement d,e la verge. Fig. 12 , portion de la verge vae au microscope; Fig. 1 3 , le tes- ticule a part. Fig. 14, les circonvolutions supe- ricures des intestins. Fig. i5 , les inferieures. ( ces deux figures sont expliqueesdans le texte. ) Fig. 1 6 , le cartilage de la levre superieure.

( 9^ )

SCIURUS Carolikensis,

iP A R M. B o s c.

S. Grisem , ventre alho , cauda albo marginata , auriculis imbfrbibui Tab. 29. Carolina Squirel. Pennant, quadr. 2 , p. 41 2.

Sciurus CarolJnens ex cinereo et ferrugineo mixtus suhtus albus, caudafusca, atjo-mixta, albo mar- ginata, auriculis imbeibibus. Syst. nat. Gm. 1 , jpag. 148 , n". i3.

Habitat in Carolina. Michaux.

Tete ovale alorigec. La partle superleure apoil^ fauves a la base, et noirs a la pointc. Les parties laterales et le museau a polls roussatres. Oreilles arondies , a poils fort courts, blanchatres a la base, roussatries a rextrerriite. Moustaches noiresj aussi longues que la tete.

Col, en dessiis , apoilsgnsalabase ; et cnsuite partag^ en deux ou trois zones alternativement iauvesetnoires; en dessousapoils tousblahcs.

Dos a poiis semblables a ceux du col, mais plus longs , et devenant, sur la hanche , blancs a leur extremite.

C6tes

( 97 )

Cotes a polls qui se confondent avec ceux du dos , et qui deviennent cnsuite totalement fauves-

Ventre a polls completemcnt blancs.

Cuisses a polls semblables a ceux des hanches. Jambes et tarses a polls blancs. Ongles bruns.

Queue applatle , exactement aussi longue ct aussi large que le corps>. Les polls zones de fauve etde holr, cttoujours ternilnes deblanc. La partie blanche et la noire qui la precede soht egales , et compirennent la inoltie de ia longueur du poll , de sorte que , lorsque la queue est applatle , elle paroit etre de chaque cote dlvisee en trols cou- leurs, fauve, noir et blanchatre.

Get ecureull a environ 16 pouces de long sur dcuxdediametre. II est fort imparfaitementconnu , et n'a jamais ete figure. Pennant, dans la premiere edition dc son Hlstolre des quadrupedes, ravolt, sous le nom de Lesser grey squirel, regarde comme une variete du Sc. cinereus. Dans la secbnde edi- tion , 11 I'a , sous le nom de Caroliri/i squirel, re- garde comrae une variete du Sc hudsonius. Exlebea avolt sulvi la premiere edition de Pennant , mals Gmelin en a fait une espece distlncte, et le liasard I'a blen servl , car cet animal difFere essentiellc- ment du Sc. cinereus , non-seulement par sa gros- seur trois fois molndre , mals encore par la nuance et la disposition des couleurs du son poll , sur-tout

N". i5. TBine IL 'N

( 9S ) de la queue. II n'est plus actuellement possible de le confondre avec It Sc. hudsonius , mieux connu que lorsque Pennant ecrivoit.

M. Michaux fils , qui a vu et tue un grand nombre de ces animaux ,en Caroline et en Vir- ginie , rapporte qu'il habite principalement les swamp et les vallees des montagnes. ll se tient presque toujours sur les grands arbres , oii il vit de fruits , commc scs congeneres. LorsquHl se croit surpris sur un arbre isole , et qu'un coup de fusil lui apprend qu'il est en danger , il se met en boule , se laisse tomber a terre, et gagne a la course les buissons voisints , ou il echappe plus facilement a son ennemi; Cette operation se fait avec tant de celerite , qu'il .est impossible aux chiens de le prendre , et difficile a Thomme de Tatteindre avec le fusil. Sa chair est fort recher- cliee par les chasseurs, et meme par les planteurs.

Description dc deux nquvdlcs espices de MutlLlES.

Par M. Latreille.,

II est tres-facile de se meprendre , au premier coup-d ail , sur les deux nouveaux iusectes que

( 99 ) jc me propose de faire connoitre. Un corcelet articule , un corps §lahre ou fort peu velu, uae fo'rnie assez alongee , leur donnent beaucoup ift : ressemblancc avec^ ks''. Fovrmis ^ l\s^ appartien"* nent cependant au genre Mutille , comme il est aise de sen convaincrc , soit par lexamcn des parties de la bouche, de la figure des antpnnes , soit encore par Vhahitiis de ces insectcs , considere. plus attentivenien);.

1, Mutille formicaire. Mutilla formicaria.

M. rouge, glabre ; cor- M. rubra, glabra; tho'* celet noyeux; abdomen race nodosa ; abdomhie noir.. ., nigro.

Description. Corps aptere , tres-glabre , lui- s^nt, long d'une lignc ef demie.

Tete plus large que le^orcelet, rouge, deprimee, obtuse anterieurejnent , echancree , postericure- ment , avec les angles lateraux- de la base saillans ; veux petits , ronds , noirs ; anUnnes filiformes , presque de la longueur du coroelet , rapprochees , lauves a leur base , d'un brun rougcatre vers leur cxtremite ; articles, peu distincts : le premier plus, long, plus epais , presque cylindrique , unpen, '.ourbc ; ks autres cgaux.

- N 2

( loo )

Corcdet etroit , alonge , d'un rouge un peu noi- ritre , bilobe en dessus : lobe anterieur ovale , eleve , plane dans son milieu , reborde anterieu- rem.ent et sur les cotes ; lobe posterieur plus long, arrondi , presque cylindrique , retreci un peu pos- terieurement.

Abdomen oblong , noir, pointu a son extremite. , Pattes courtes, noires ; cuisses un peu renflees; tarses roussatres.

Trouvee dans les envirens de Biive , au mois de juin 1791.

2. MuTiLhE ariiculee. MutlLLA articulata.

Af. noire , presque gla- M. nigra , suh glabra ; bre; corcelet rouge, ar- thorace ruhro , articu- ticule. lato.

pESCRJPTlOJ^. Corps aptere , luisant , long de trois lignes et demie,

TV/c plus large que le corcelet, rcnflee et ar- rondie posterieurement , tres- noire, legercment velue , pointillee ; yeux ronds , noirs ; trois petits yeux lis?es,, sur le soru,met; viandibuUs (anvts , bi- dentees a leur extremite ; antennas un peu plus courtes que le corcelet, inserecs au-devant dun tubercule rougeatre , de douze articles : le premier

i '101 )

plus long et plus gros, coniquc , noir en dessus, fauve en dessous ; le second petit, grenu, fauve; le troisieme alonge , presque conique , de la meme couleur que le precedent ; les suivans un peu di^- tincts, noiiatres.

Corcelet etioit, alonge, tres-peu.vetu , rouge, a trois divisions en dessus : la premiere plus grande, convexe , arrondie ; la seconde formee par quel- ques elevations ; la derniere arrondie , convexe.

Abdomen ove, tres-noir, tres-glabre; anus arme d'un aiguillon fort, poignant, tirant sur le brun,

: Peltcs d'un fauve obscur ; dessus des cuisscs noi- ratrcs ; tarses velus.

Elie se trouve aux environs dc Brive , dans les jardins , les terreins sablonneux, pendant Fete.

De rinjltunce du Climat sur la forme et la nature des tiegetaux.

Par L. Re ynier.

On cntend ordinairemcnt par climat le degre de chaleur ou de froid dun pays ou dun site. Ainsi , on ait un climat frold ou chaud , et spu- vent on se contente dune observation aussi super-

( 102 )

ficielle. Mais eomiiie Ics vegeiaux sont soumis k rinfluencc dc tou^ les elem'etts , ces elemens , ainsi que leurs composes , agissent sur cux, soit mecaniquemmt sur leur exterieur , soit chymiquemtnt sur leur combinaison. Et comme toui tes effets differens mod'ifiem d'une maniere plus ou moins profondela fciritie de cliaque plantfe , il fautqu'un Naturaliste physicien connoissii 'chacun de ccs effets , ses catis'es'ft'hs moycns de le^'pi'-eyoir.

De cette maniere', la position 'sut le globe ou latitude ; Televation au-de^suS du iliveau de tamer; la rdflfexiOTi plus ou liiblhS 'fol-tfe de la lumiere, ou son absence ; la qua,ntit6M'es pluies , leur duree et le nibde de leur eCoulemCnt ; I'a pe- netrabilite plus ou 'moins grande du sol ; enfin , les effets de la culture sur les vegetaux , sont des objets qu'll doiic mediter , et sur lesquels il doit reunir des masses de faits. De leur connoissance parfaitc naitra cellc des moyens de perfcctionner ies especes utiles : on pourra aussi determiner les espcces d'une maniere irjvariabje , et les distin- guer des varietes ; car, des qu'bn saura la latitude des variations que peut subir une plante , tout caractere qui resistera a ces changtmens sera le. veritable caractere specifique de re$pece. J'ai dcja etabli cette necessite dans un .autre ouvragc. ( Tntroducdon aux viemcires , poxir se'ivir a Ihistoiic

( io3 )

physique et naturcUe de la Suisse , torn. I ,) tt j'ai annonce que je m'occupe, depuis plusieurs an- nees , d'un ouvrage de cette nature ; ouvrage ou les rccherchcs se multiplient a. chaque pas , et que mes occupations commerciales retarderont sans doute long-tems.

La multiplicite des discussions qui seroient ne- cessaires pour rendre evident un plan general de \ influence des climats sur les eires organises, jointe a quelques chainons qui m'echappent encore , me forcent a donner simplement une notice des principaux faits sur lesquels on pent fixer ses meditations. Ces vues generales pourront engager des physiciens a diriger leurs experiences vers ce point dc vue , et ce seroient des pas que feroit une science a peine ebauchee.

Forme des plantes , rdativenunt au climat quelles hahitent.

La lumiere est necessaire aux vegetaux , ils s'etiolent des quelle leur manque ; done son in- tensite , sa durec, la chaleur qu'elle occasionne , ct qu il faut distinguer de ses effets , ont une . action plus ou moins forte , dont on peut apper- cevoir les resultats , quoique moins prononces que ceux d'une absence totalc de lumiere.

(104 )

L'eau, soit imbibee dans la terre, ou repanduc dans I'air , commc pluie , brouillard , vapeur , ncige , etc. a aussi unc influence reelle sur les vegetaux. Les plantes des lieux ou l'eau est rare nc sont pas les memes que dans les lieux ou elle afflue; plusieurs especes meme ne se developpent que dans cet element. Done la plus ou moins grande quantite d'eau , sous ces difFerens etats , a line influence quelcohque sur les vegetaux.

L'air, par lui-meme, n'aquepeud'influenccsur les plantes ; c'est plutot par ses combinaisons avec les autres elemens qu'il agit sur ellcs , soit en ac- celerant leur transpiration lorsqu'il est sec , ou en la rctardant lorsqu'il est sature bu pret a Tetre , soit en (in parce que sa transparence depend deS vapeurs qu il contitnt. Peut-etre aussi que Sa pluS ou moins grande purete chymique agit d'une ma- niere quelconquc sur les vegetaux.

Ls terre enfin, plus ou moins penetrable aux influences des autres elemens , agit par ce moyeu sur les vegetaux. Chaque latitude , outre ses posi- tions locales , a un degre de chaleur qui lui est propre , et qui est autant produit par la longueur des etes , que par Tangle d incidence de la lumiere: done il doit existcr unc certaine analogic de con- formite entre leS vegetaux qui y croissent. Mais eomrae les sites particuHcrs different , nous ne

pouvons

{ «o5 .) j>ouvons envisager cette analogic que d'unc ma^ niere tres-generale.

Forme des plantcs sous les tropiques.

Unclelbrulant etsans nuages expose, pendant neuf mois, les vegetaux atoute 1 activite dune lu- miere qui les frappe presque verdcalement. De longucs nuits, pendant lesquelles de fortes rosees descendent sur eux, temperentcet efFet, et cepen- dant c'est un terns ou les plantes se reposent et murissent lentement leurs fruits. Trois mois da pluies continuelles rendent a la vegetation toute savigueur, de nouvelles feuilles paroissent , les plantes se couvrent de fleurs , et reprenneiit une nouvelle existence. C'est en raccourci le tableau des pays situes entre les tropiques.

Les arbres , dans ces pays brules , paroissent avoir une surabondance de vie; les cercles annuels du bois y sont moins tranches, parce que la vege- tation n'estpas suspendue ; leur grain y est oa tres-fin et d'une durete excessive , ou filasseux , c'est-a-dire . difficile a rompre en travers , quoi- qu'il se maille ct se separe facilement en fibres : ce caractere particulier des bois blancs des tro- piques, tels que le Cacaoyer , le Fromager, le Crt- ramholier, estdigne de I'attention desNaturalistesj

N°: i5. tome IT. O

( io6 )

je I'ai verifie sur plusieurs arbves envoyes dernle- rement au jardin desPIantes, tels que le Cedrel , VHeve , le Corossol d'Asie , etc.

Les racines des arbres y pivotent moins que celles des arbres des zones temperees; la plupart se di- visent en cuisses , qui s'etendent sous terre a une certaine distance, mais sans penetrer. On observe en general plus de racines rampantes que de pivo- tantes , quoique certains arbres , tels que Ic Ca- caoyer, en aient de cette dcrniere espece.

Les fruits des arbres croissent frequemment sur les troncs et les grosses branches ; leur volume est souvent considerable ; la peau ou Tecorce qui les couvre est epaisse , et tellement exaltec par Taction du soleil, que son gout en est rebutant. Les fruits des Calchassier , Carambolkr , Cacaoyer , Papayer , Janiiier , Tamboul, Cocotier , etc. naissent sur le tronc ou sur les principales branches, et sont d'un volumeenorme. Les hxv is dn ]\Iamine , de YAvocat, des Grenadilles , du Goiavier , du Cachimantier , du Coiirbaril , etc. ont des peaux ou ecorces epaisses de deuX et trois lignes. L'ecorce des fruits du Ca- caoyer, du Cachimantier, de V Ananas, de V Aca- jou, etc. est araere , quoique le pulpe soit d'un gout agreable.

Les plantes aqueuses , nominees vulgairement Char7iues , sont originaires des pays situes entre ies

{ 107 ) tropiques , etleur nombre diminuc a mesure qu on sen eloigne. Or, comnie un physicicn nadmet rien conime efFet du hasard , il doit reconnoitre yne influence quelconque du climat de ces pays , qu il seroit interessant de decouvrir. L'analogie nous conduitmeme a voir que beaucoup deplantcs a feuilles epaisses ont dcs analogues a fcuilles minces dans les zones temperees. Les Euphorbes , les Geranei , les Cacalies , lea Crassules , nous en ofFrent la prcuve.

Les plantes des pays ebauds sont generalement plus cotonneuses etplus garnies d'epines que celles des pays froids. Nous examinerons cette influence dans un article separe.

Enfin , les Palmiers , cette famille de plantes lignciiscs , sont un produit des pays situes entre les, tropiques , dont quelques especes seulement se sont etendues au-dela, et ces memes especes sont celles qui se rapprochent le plus de la nature des herbes. On ne peut point considerer les palmiers-. comme des arbres, puisqu'ils nc sont pas formes de couches ligneuses annuelles , conservees et furmees par Tecorce , mais comme des plantes ilont ils ont le mode de developpement ; ils dif- ferent seulement de la tige du chou par la durete de leur ecorce ; car leur organisation interieurjs est absolumcnt la merae. Et comme les pal-

O 2

( io8 )

tnieis se rapprochent de la nature des herbes. dans les especes qui s'eloignent le plus des pays chauds , il faut en conclure que la production des palmiers depend du climat qu'ils habitent ; et que leurs cai'act^res s'aftoiblissent a mesure qu'ils s'en eloignent. II scroit intercssant de connoiti-e quelles circonstances determinent leur existence dans ce pays-la.

Forme des plcmtes sous les zones glaciales.

Dans les parties voisincs des zones temperees, , les arbres sont encore asscz nombreux; mais a mesure qu'on s'en eloigne pour s'approcher des poles , ils deviennent plus tares , diminuent de taille , et ne sont plus que des arbrisseaux, avant de cesser tout-a-fait. Ces arbres ont une forme particuliere j ils sont presque tons de la famille des coniferes ; leur fruit est petit , sans pulpe , et cnveloppe d'une ou deux couvertures dune con- sistance ligneuse. Voila done un extreme oppose a celui des tropiques. La des fruits enormes portes sur Id,' tige: ; ici des fruits infinlment petits , on le.gerrrje est a peine enyeloppe de pulpe, et qui terminent les derniercs ramifications des bran- ches. Ouelques arbriiseaux et un pin sont les. seuls vegetaux ligneux dont les fruits soientinan- geables , et ces mcmes especes ayant peu de liau-

{ 109 )

teur, sont couvertes de neige pendant la saison froide. Cette circonstance influe beaucoup sur la conformation des plantes.

Un coup-d'oell sur les cspaces Intermediaires , entre ces deux extremes , eclaircira encore ce que je vicns d'avancer. A me^ure qu'on s'eloigne des tropiques, dans les zones tempcrecs, on quitteles fVuits pulpeux a ecorce epaisse, pour en voir dont Tecorce n'est qu\ine pellicule : a VO^'ange, succedc la Peche , VAhricot, \a Prv?ie , dont le volume est moins considerable. Ces derniers fruits cessent de croitre dans le nord de TEuTope, et les fruits en baies sont les seuls qu'on voie dans la partie des zones temperees quiapproche des cercles polaii'es.

Les herbes sont petitesdans le Nord ; elles sont presque toutes vivaces, et se multiplient par les racines , plutot que par les graines, que des froids hatifs empechent dc, murir^ Elles forment par consequent, laplupart, des touffes epaisses etun gazon tres-serre. II paroit meme que ces plantes ne cessent pas de vegeter sous cette enorme cou- verture de neige qui les preserve du froid : c'est ce que nous verrons plus bas«

Influence du climatk sur la ??alure du sol.

Le sol des regions polaires n'est pas le memc que celui des pays situcs sous les tropiques. Dans

Ics pays chauds, la chaleur et riiumidite concou- rent pendant toute i'annee a decomposer Ics etres. organises qui perissent ; les plantes se putrefient ; leurs parties, entrainees par Teau , penetrent la terre , s y melent , et forraent le terreau ou la tcrre vegetale. Dans le;s marais il se forme du limon.

Les regions poiaircs n'ont qu'un ete tres-court. Le peu de chaleur qu'on y eprouve est accom- pagne de secheresses ; aussi les plantes qui peris- sent ne se putrefient pas , elles sechent , et la couche de neige qui les couyre ne fournissant pas sans doute unehumidite suffisante, ou pour quel- ^u'^utre raispn quim'estinconnue, les change en tourbe ou terreau de bruyeres , qui forme la seule terre vegetale du Nord. En effet , on ne voit point de tourbieres dans les pays chauds ; elles com- mencent dans les pays temperes , et leur nombre augmente a mesure qu'on s'avancc vers les poles. Le terreau de bruyere est de la merae nature , parce qu'il se forme au-dessus d'une couche dc sabl^ qui absorbe riiumidite , et produit , par une cause differente, un effet semblable. Le ter- reau des Alpes est de la meme nature que celui du Nord , par la meme raison. La meme decom- position des pavties inferieures des plantes, qui s'observe sous les poles , a lieu sur les Aipes ; et ics ,

(Ill)

Ve<^etaux s'y conservent par une progression du meme individu , tandis que sa partieinferieure est a difFerens degres de decomposition. Et meme les plantes du Nord ayant des racines iongucs , la partie inferieure perit a mesure , et se change gradueliement en tourbe , tandis que le haut du vegetal se ramifie , et conserve I'espece par une progression semblable.

Des poils tt des epines , eonsideres relativanent au clirnat.

Les poils ct les epines , de I'aveu de tous les Naturalistes , sont des parties accessoires des ve- getaux. Ce sont des especes de secondes vegeta- tions qui se developpent sur les principalcs ; mais on ne s'accorde pas sur la maniere dont ces productions secondaires y tiennent. Les uns pre- tendent que les poils ont un germe inherent a la nature de la plante , et qui se developpe de la meme maniere que lesfleurs, lesboutonsafeuilles et les autres parties des vegetaux. D'autres disent que les poils ne sont que des agregations secon- daires qui se Torment dans le vegetal , et que leur naissance depend en entier de la situation ou Tin- dividu se trouve. Ainsi la presence ou I'absence des poils ne peut nullement influer sur la dis-

(112)

tinction des especes , parce que leuV abondance et ineme leur absence totale ne naiss^nt que de cir- constances pardculieres. Queiques consequences , tirees des observations les plus constatees, deve- lopperont la question.

Les plantes des pays chauds ont, generalement parlant, des polls plus nombreux et plus coton- rteux que ceiles des pays temperes et froids. Deux varietes de la meme plante, dont i'une est d'uii pavs ou d un site plus chaud , different par Tabon- dance des polls qui couvrent la seconde.

Deux varietes, Tune dune terre seche, etl'autre d'une terre humide.j, different par Tabondance des polls qui couvrent la premiere.

Les plantes qui croissent dans un lieu sec tres-

expose au soleil , quoiquc plus petites que ceiles

dun lieu humide ou ombrage , sont couvertes

de polls , tandis que les dernieres en ont peu ou

point.

Les plantes de marais sont presque toutes glabrcs.

Une plante d'un terrein sec, transplantee dans un jardin , y perd ses polls en peu de terns.

La meme cliose s'observe dune manier.e encore plus constante lorsqu'on seme la graine.

Beaucoup de plantes perdent leurs epines par la culture.

be

(iiS)

De tous tes principes, on peut cbnclui-e que It Viombre des polls qui couvrent une plante depend entierennent des circonstances ou eile se trouve , et qu'ils sont absolument des produits accidentels de la vegetation Ainsi , la nature du climat influe sur leur formation ; reste a examiner comment elle peut agir.

Un ctre organise a une existence bornee. Le ttrme de sa vie est celui ou sa charpente pri- mitive , developpee par les molecules qui se logent dans les caviteS ou maiUes de son reseau , ne peut plus en recevoir ; alors sa caducite commence , et ses pas vers son aneantissement sont plus ra- pides que sa croissance. La vie des vegetaux est animee par la lumiere ; c'est cellc, qui , par un mecanisme encore ineonnu , determine le mouve« ment de la seve. Done une plante qui vegete sans lumiere , et une plante qui vegete exposee a la lumiere la plus vive , doivent recevoir des impres- sions bien difFerentes. Nousne pouvons pas com- parer d une maniere absolue les plantes deS tro- piques , parce que les vapeurs repandues dans 1 air retardent le mouvement du rayon , mais bien celles des hautes sommites , ou Pair etant d'une secheresse excessive , elles regoivent toute I'in- tensite de la lumiere, efFct bien different de la

N". i5. Tome II. P

(iH)

chaleur de rathmosphere ; car plus I'air est sec et pur, et moins il s'echauffe (i).

Lesplantes etiolees sont longucs , foibles, d'une consistance aqueuse , jaunes ou d'un vert pale ; leurs rameaux sont peu nombreux ; les fleurs , lorsqu'il en paroit, sont foibles, et avortcnt pres- que toutes ; soavent elles perissent en bouton. Le tissu interieur de ces plantes est lache , comme si la secretion , n'ayant pu se faire sous I'eau , y fut restee , et eut relachc le tissu primitif. Leur surface est toujours rase ct san« aucuns polls , quoiqu'elles en portent dans leur etat ordinaire.

Les plantes des hautes scrmmites sont basses , ramifiees des la racine , d'uhenature seche et dure ; leurs fleurs ^ et en general tout I'appareil de la generation, dun volume enorme , souvent egalau reste de Tindividu ; leurs graines sont grosses et bien mures. Leur surface est couverte de polls plus

(l) La tendance a la chaleur ofVi facilite d'ichavffe- ment de I'air pur est a celle de I'eau , comme i i\ 87 , Celle de I'air atlimospherique est a celle de I'eau , comme 1 a 1 8 , parce que I'air atbmosplierique contient de I'eau , et que I'eau , s'echauffant plus facilement que I'air , I'air satiu-^ d'eau ou de Tapeurs , doit s'ecliauffer plui promptement que I'air pin-. V' du Feu, par L, Reynier ^ lib. II, chap. 16,

( ii5 )

nombrcux sur les sommltes que suf le reste de la plante , et plus abondans , a mesure que laplantc est dun lieu plus elevc.

Uneplante des Alpes , transportee dans la plainc, ou en trainee dans la vallee par les torrens , se trouve dans un athmosphere moins pur, oii Tac- tion des rayons solaires est ralentie paries vapeurs. Cette plante y acquiert un volume plus conside- rable; ses ramifications ysont raoins nornbreuses, mais en meme-tems elle y perd une grandc partie de ses polls ; souvent elle y devient prcsque glabre. Done c'est a la plus ou moins grande acti- vite de la lumiere que les plantes doivent les polls qui les couvrent, et cela au raoyen d'uue acce- leration du principe de vie inherent a la vege- tation.

De toutes ces donnees, on peut conclure que Tactivite du rayon solaire a une influence reelle sur les vegetaux ; que cette activite est modifiee par plusieurs causes , telles que Tabondance des vapeurs. Or, comme lair d'une monlagne clevee est plus sec que celui d'une montagne basse , et celui-ci que lair de la plaine ; I'abondance ou la rarete des polls , dans ces sites la , ne peut offiir de caractcre de distinction. II en est de meme , dans la plaine , entre une tene aride et le voisinage de

P 2

(116)

I'cau , rathmosphere se remplissant davantage d'emanations dans ce dernier site. On ne pourra titer aucune induction de la difference des poii« dans ces deu:^ positions. Un lieu convert , cnfin , comme un bois , une pente tournee au nord , etc. recevant moins de lumiere qu'une terre nue , on pourra tirer des conclusions certaines de ce que des plantes , crues dans Tune de ces positions , auront plus ou moins de poils que dans I'autre. En suivant ainsi la comparaison des sites varies qui existent , on oblicndra une multitude de re- sultats heureux , et que d autres observations ren- dront plus cer.tains encore.

II reste a. expliquer comment la lumiere pcut determiner la formation des poils. Toute expli- cation, au point d'imperfection ou sc trouve la physiologic vegetalc , sera necessairement hypo- thetique. Celle que je vais proposer repondrSi peut-etre aux objections.

Le germe contenu dans la graine contient une ebauche de I'individu , toutes ses parties y sont contenues , mais en raccourci ; de sorte que sa croissance future nest qu'un developpement gradue. de toutes ces parties, et nou une veritable forma- tion. Cette premiere existence peutetre consideree. eojTune une charpeote ; die s.e developpe et s'eLend.

( »i7 ) pendant la jeunesse de Findividu ; ses raallles se rempJissent pendant sa vie , au moyen de la nu- trition ; et lorsque tous les vides sont reraplis , 1 individu tombe dans la caducite , et tend vers sa dissolution.

Or, comme le mouvement vital des vegetaux regoit difFcrer.s degres de force de celle des rayons solaires , et que leur action n'est pas la meme dans lous les climats, il suit que rcndurcisscment de la charpente a lieu plus promptement dans une position que dans une autre , et Tindividu y regoit differcns degres d'extension ; mais comme Tabon- dance des molecules , portees par le travail de la vie dans toutes les parties du vegetal , ne permet pas qu elles se logcnt toutes , le superflu se reunit , et forme des poils , d autant plus nombreux, que le developpcment de Findividu aura ete plus ac- celere. En effet, ces productions accessoires sont generalement plusnombreuses sur les parties supe- rieures de la plante ou se trouvent les organes de la generation , que sur les autres extremites , et les plantes des Alpes , oii la vie est infiniment acceleree par la vivacite de la lumiere , sont plus couvertes de polls pres des fleurs que sur les feuilles. On observe aussi que les varietes velues sont plus petites que les varietes glabres, et que leur \;illosite est en raison inverse de kur grandeur.

( 118 ) J'en excepte les varietes qui croissent dans les tourbieres dont il sera question plus bas.

Les epines nous ofFrent des faits semblables que les poils , ma;s moins nombreux , parce que le voluiT^e de ce genre de production etant plus considerable , il rend leur existence plus inhe- rente a la conformation des plantes , quoiquelle ne lui soit pas essentielle. L'observation suivante de M. Pallas, me paroit digne d etre conservee. il La chaine de montagncs qui confine auGliilan >5 ne presente que des forets ou , vu la nature 35 grasse et argilleuse du sol, les arbres jouissent J5 d'une telle abondance de sues nourriciers , qu'ils »3 sont pour la plupart pourvus d'epines tres- 5 5 incornmodes. C^est une singularite qui merite 53 d'etre observee , que, dans TOrient , la ma- 5 5 jeure partie des plantes velues et la plupart 35 des arbustes sont epineux. Les Nefliers , le 55 CalafFa , le Grenadier , y sont tres-incom- J5 modes par leurs epines. II y a meme d'autres 55 especes d'arbres qui n'ont point d epines or- 55 dinairement, et qui en sont garnis dans cette 5 5 contree , comme , par exemple , le Cormier 53 sanguin. On voit ramper sur la terrc des Trefles 55 tres-cotonneux , quantite de Lychnides , ainsi 55 que beaucoup de plantes du genre des Re- 55 noncules , qui y sont vetues d une espcce de.

i i>9 ) palisse. Hist o ire des decoiivertes des savans voya- >j geurs , torn. 2, pag. 3So. i?

J'ajouierai a cctte autor'ite I'observation que j'ai faite du Rosier des Alpes, qui se couvre d'epines lorsquil croit dans un lieu decouvert et un peU eleve , et qui n'en a point dans les bois ou on le trouve communement.

Enfin, M. Defay , de I'academie d'Orleans, a fait perdre a un Rosier ses epines , en le cultivant dans un sable pur , et par consequent en dimi- huanl la quantite de ses sues nourriclers.

Des plantes des montagnes.

Le paragraplie precedent contient deja quel- ques observations sur les plantes des montagnes; rnais il est essentiel de les reunir.

Le mot de montagne est infiniment vague, et ne suffit pas pouretablir, dune maniere precise, I'efFet de cette position sur les plantes. Les basses montagnes et la partie inferieure des montagnes elevees n'ont aucun rapport avec les hautes som- mites : il faut en traiter separement.

Les- basses montagnes sont ordinairement cou- vertcs de bois ou de paturages , dont I'herbe , haute et sans consistance , instrulroit le Natura- liste que i'analogie n'auroit pas deja eclaire. Leurs

( 120 )

jpentes diminuent beaucoup Taction de la lumiere ; rombre y teste plus long-tcms que dans laplaine, et les nuages , qui s'y accumulent piesque tous les jours , outre qu ils interceptent les rayons, deposent une rosee abondante , qui , lorsqu'elle s'evapore , trouble encore la transparence de I'air; Aussi les plantes y ont-elles une conformation semblable a cellcs de la plaine, des feuilles enor- mes , des tigcs elancees et peu rameuses ; elles ferment un interraediaire entre TetioleTient ct les plantes des hautes sommites. Ces plantes dimi- nuent souvent de volume, iorsqu'on les cultive dans la plaine , et la raison en est simple.

Les liautes sommites sont presque toujoursau- dessus de la region des nuages , un air pur , dc- gage de vapeurs, y laisse aux rayons solaires toute leur activite. On pent voir, dans les ouvrages des Uiloa , Saussure , etc. des details sur les pbenomenes que cause cette rarete de Tathmos- phere. Les plantes qui sont exposees a rinfluence. dune lumiere aussi active, sont basses, rameuses ;• couvertes de.poils , et la grandeur de leurs fleurs surpasse frequemment celle du reste de la plante. Leur culture exige les plus grands soins , et le premier changcment qu'elles eprouve'nt, c'est une augmentation de volume et la perte de leurs polls, ou dune partie seulement , parce que lactivite de la

lumiere

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( 121 )

lumicre etant molndre dans un milieu plus dense, ,.le developpement de rindiyidu esc incuns accejere. Souvent des plantes qui n'avoicnt pas deux pouccs

dehaut, tn'ont donne des gr.'ines bien aoutees,

qui one produit, clans nion |.arf'^n, des iudividus

dont les feuilles avoient un pied.

Un autre phenomene que preseuicni -es plantes,

c'est Icur delicatesse pour le froid. -Au premier

•- . - rt . i\ . '

coup-d ceil, il pafoitsurprchaut qiie les productions

dun climat ou les neigcs resttnt neuf uums de lan-

nce , redoLiient les gelecs , mere ceiles d'autonme;

mais les neiges forment une enveloppc epaisse qui

couvre les plantes. et empeche ie frDid de pene-

trer jusqu'a elles. Des observations que jai faites,

pendant 1 hiver , sur les Alpcs , m autori^ent a croire

que la vegetation, quoique ra'entie, se coniinuc

sous la neige. Or, comme jjres(|ue toules les pluics ,

meme au coeur de I'ete . tombent en neige , elle

prend pied avanc les gelees de Tautomne , et la

fonte, au printems , n'eSt aclievee uu'a une epoque

ou Ics retours du froid ne sont plus a craindre.

Aiuii , il est de fait ([ue les plantes des Lauies

soinmltes liC sont jamais exposees au froid, et

qu'on a raison de les cultiver dans i orangerie.

J ai dit plus liaut que la vegeiaLion n est pas absolument in.errompue pendant I hiver. Eh eflct, il penctre toujours quelques rayons au tra-

N". 16. Tome IL Q

( 122 )

vers de la nelge, et le terreau noir des Alpes les absorbe ; la neige , au printems , fond toujours a la paitie en contact avec la terre , et j'ai vu souvent des plateaux entiers de neige , qui ofFroient une etcndue uniforme, et qui etoient excaves au-des- sous ; la terre y etoit eraailiee de fleurs. On voit souvent des plantes en graines au moment ou Ici neige disparoit tout-a-fait d'un endroit.

Plus la montagne est elevee , et plus la neige y reste long-tems , plus aussi les plantes qui en sont origlnaires exigent de soins , lorsqu'on les cultive. Sur les basses montagnes , la neige couvre les plantes plus tard et les quittc plutot, aussi peut-oit cultiver leurs productions en pleine tcrrc.

Le terreau des Alpes est encore une circonstance particullerc de cette espece de posiuon; il est noir, et compose presque uniquemcnt de vegetaux de- composes un peu plus que la tourbe , mais de la meme maniere ; la duree des neiges explique la formation de ce terreau ; ainsi ,.je puis rcnvoyer a ce que j'en ai dit dans le paragraphe intitule : Influence du clhnat sur la nature du sol. On imite ce terreau dans les jardins , ou plutot on y supplee par un melange de terreau de bruyere et de terre vegetale ; les plantes des Alpes y reussissent tres- bien , meme de graiae.

II suit de ces bases sur la confornaaiion dea

(123)

plantes Alpines , que des plantcs qui different seu- lement de celles de la plaine par ces caracteres , ne doivent etre considerees que comme des varietes ; aussi le nombre des especes nominales decrites par les Botanistes doit-il etre beaucoup restreint , et beaucoup de plantes Alpines, decrites corame es-. peces , doivent etre subordonnees conjme varietes a des especes communes.

Dis plantes de tourbieres.

Lcs plantes de tourbieres ont aussi une raa- niere d'etre qui leur est pi-opre : les entrepreneurs de tourbieres, en Hollande , connoissent, a las- pect des plantes , la nature des tourbieres qui sont au-dessous, souvent meme a quelques pieds de. profondeuir, etnes'y trompentjamais. Les plantes des tourbieres sont fluettes ; leurs tiges sont foi- bles et presque point rameuses ; leurs feuilles sont minces, alongees, et la plupart du terns glabrcs ; leurs fleurs sont petites , peu nombrcuses, et ont un air d'appauvrissement ; mai§ ce c[ui caracterise sur-tout lcs plantes des tourbieres, c'cst une tcinte. blcuatre que Ton apper^oit sur chaque individu, qt plus facilement encore lorsqu'on vcgarc'e \% tourbierc d une certaine distance.,

Les arbrcs qui croissent dans les tourbieres sont pctits, rabougris ct souvent tortueux; j ai souvent

O 2

(124)

reconnu des tourbicres dans les bois a I'abaissc- ment subit dcs ai bics ; et , a Tinspection du terreln , j'ai trnuve la conformation de ce signe exterieur.

I.a diminution de grandeur qu on observe dans les plantes des tourbieres n est pas la rneme que £ur les moniagnes; les circonstances qui raccom- pagnent sont treb-clifFerentcs . et indiquent que leur cause n'est pas la meme. Dans les tourbieres, c est une tsjKce d'etiolcment ou d appauvrissement de tout 1 individu , indiciue par son air frele , et par la petitesse et la foiblesse des fleurs sur les so'nraites; au contraire , sur les montagncs , la petitesse des plantes est accompagnce d'une plus grandc lamosiie des tiges , fortes pour leur pcu de hauteur, enfin , dun appareil tres-considerable de fleurs et dorganes sexuels.

II m'a toujours paru difficile de concevoir pour- cjuoi les plantes des tourbieres, qui croissent dans m une terre uniquement composee de detritus de vegetaux , portent tous les caracteres des plantes appavivries. L'esyjece de dccom|)osidon que subis- i sent les v; g'taux po'.;r se changer en tourbe , les | prive-t-eile dcs principes ^nutritifs qui existent i dans les fiimiers? Mais alors pourquoi la tourbe seroit-e.Ie un bon engrais repandu sur les terres? seroit-ce que 1 abondance des vapcurs et la frai- cheur qui s'y coiKentre, nuit a Teffet vivifiant dc

^

(125)

la lumiere? Mais je n'ai pas remarque de difference cntre les tourbieres dc la plaine et celles des Alpes , relativement a leur influence sur les plantes. II paroit done que les causes de 1 influence dcs tour- bieres sur les vegeiaux sont encore inconnues, et cependant elles cclairciroient plus dune obscurite dans rhistoire des planics.

D'apres ce que j^ai dit ci-dessus , on peut con- clure qu'il ne suffit pas d une organisation plus delicate , dun volnmc plus petit , et de 1 absence des polls , pour separcr comme esppce une va- riete d'une plante commune crue dans les tour- bieres. J'en ai donne quelques exemples dans mon Hiscoire des P I s s e N L T t S , Mcmoire^ pour servir a lliiiit. pliys. et nat. dc la Suisse , torn. I,

Des plantes aquatiqucs.

On ne doit comprendre sous ce nom que les plantes qui se developpeiit sous I'eau , on dont la fleur et quelques feuille^ montent a la surface; les plantes dont le pied seuiemcnt est dans I'eau, et qui croissent pareiiieintnu a I air, lorsque I'autre element s'evapore , doiveut etre designees par le nom d am phi hies.

Les plantes aquaticjues sont organlsees d'une maniere treslache; leuis valsseaux. out un tissu cellulaire , et laissent entr'eux de grands espaces

( 126 ) yides , pleins d'un fluide aqueux ; on diroit qu'elles Joe tendent qu a s'etendre pour parvenir a la sur- face, et y absorber de Tair. Ces plantes n'ont ni polls ni epines ; leurs feuilles subinergees sent capillaires , divisees en lanieres , corame si on decoupoitune feuillc ordinaire, pour nelui laisser que ses neryures; leurs feuilles cmergees, au con- traire, s.ont en.tieres. Les flcurs qu'elles portent sont ou terminales, lorsqu'elles viennent nager sur Teau , ou axillaires et presque invisibles , lorsqu'elles restent dans cet element.

Culture dcs planus aqiiatiqucs a I air.

Divers individus de plantes aquatiques quq j'avois vu dans des terres accumulees sur le bord des fosses , et qui y avoient eprouve des cbange- mens, in'ontsugger.e I'ideedefaire des experiences sur cet objct. J'ai recueilli la graine de la renon- cule aquatique [Ranu7iculus aquatihs L. ) , que j aa decritc sous la designation de deuxieme varleie , dans mon Meraoire sur cette plante, {Man. p(n:r servir a lliist. phjs. et nat. de la S\dsse, T.I, p. i54) et en meme-tems celle de quelques individus qui ayoicnt deja cru a Fair. J'ai seme separeraem ces deux graines dans une terre sabionneuse medio-r crement seqlic. Ces graines ont leve , et j'cn a^ obtenu des individus liauts d'un a trois pouces,^

( 127 )

dont la tige etoit droite , iTiais un peu arquee vers sa base. lis avoient quelques feuiiles tres-courtes, dont les lanieres etoient divergentes, quoique la plante dont ils tiroient leur origine cut des feuiiles a lanieres paralleles , et des feuiiles superieures reniformes, qui manquoient egaleraent a ces in-< dividus. Les fleurs etoient aussi grandes et aussi vigoureuses que celles des individus longs de quelques picds, qui croissent dans I'eau, et ni'ont donne des semences fecondes. Je suis persuade qu'en continuant 1 experience pendant plusieurs annees , on auroit donne a cette plante toutes les habitudes dune plante qui vegete a Fair.

L'eau est un fluide plus dense que lair ; II

oppose done une plus grande resistance a la lu-

miere , et les plantcs qui se developpent dans son

sein se trouvent , sous plusieurs rapports , dans

la meriie position que les plantes etlolees. Fairc

vegeter ces plantes a Fair dans la plaine , c'est

les exposer a une action de la lilmiere infiniment

plus vive; et jc trouve le meme rapport entre les

individus des plantes aquatiques crus dans Teau

et ceux crus a Tair , qu'entre les plantes qui crois-"

sent dans la plaine et celles des hautes sommites;

en effet , ces individus , crus a fair , avoient ,

tomme ces derniercs , des tiges basses, une con-

sistance plus forte , des fleurs plus grandes , pre-

{ i^S )

portionnpllement i la ligc, et mieux conformees. Ce nouveau fait confinr-e , dune^ manierc invin- cible , les difFerens eiFets de la lumiere dans les difFerens climats.

Depuis les experiences dont je viens de rendre compte, et dans un dernier voyage en Hc;llande, j'ai trouve quelques individus de renoncule aqua- tique , dans les sables mouvans des Dunes , qui etoient encore plus petlts que ceux obtenus par la culture^ J ignore comment la graine y avoit ete portee ; maisilsconfirmentcette theorie , puisqu'ils croissent dans un site , oii les causes qui produi- sent la diminution des tiges , et les caracteres qui racconipagnent , etoient viveraent prononces.

Effets du climat sur les ceuleurs et les odeurs.

Les couleurs sont un effet immediat de la lu- miere ; une plante qui vegete a I'ombre est deco- loree; a la lumiere , elle prend les teintes qui lui sont propres. Bonnet a donne ces deux etats aux difFerentes panics dun uieme individu, et particulierement a un cep de vigne , en le faisant passer au travers de plusieurs ti^ij^ps de fer blanc, distans les uns des autres; les espaces iuterme- diaires etoient verds , tandis que ceux qui etoient couverts avoient tous les caracteres de I'etiole- inent. Les experiences de Bonnet prouvent encore

que

( 129 )

que ce n'est point la chaleur produite par la lu- micre , mais Taction mecanique du rayon , qui colore Ics vegetaux ; car des plantes tenues a Tombre , a differcns degres de chaleur , y sent toutcs rcstecs sans coloration. Les principes que j'ai devcloppes sur le feu [Du ftu tt de quclques-uns de scs principaux effels) .expliquent cette difference d'action , dune maniere bicn simple. Puisque le3 couleurs des vegetaux sent un efFet aussi imme- diat de la lumiere , il suit que sa plus ou moins grande intensite doit produire des eftets diiferens, et par consequent "que les couleurs des plantes exposees a une lumiere tres-vive , doivent etre mieux prononcees que celles des plantes expo- sees a une lumiere plus foible. En effet, les plantes des Alpes ont un verd, plus sombre ; les parties qui avoisinent celles de la generation , sont souvent colorees , principalement les calices , les bractees , les ecailles des gramcns ; beaucoup de varietes alpines sont distinguees par ce carac- tere. On pcutciter le Planlairinoiratre , qui est une x^r'icle du Plantatnlanceole ; \tChrysanthcmum atra- tum^o^S\ est une variete du Chrysanthemum Itu- canihemum , etc. Les corolles offrcnt plus rarement des cxcmplcs de coloration ; a mesure qu on s'eleve sur les Alpes, le nombre des plantes a ileurs blanches augmente ; celles a fleurs rouges N". 16. Tome IL R

(iSo)

ou bleues y devicnnent rares dans la meme pro- portion. Un semblable efFet dc la rarite de Tair sur les sommites scroit interessant a expliquer, e't repandroit quelques lumieres sur cette panic si obscure de la physiologie des vegetaux qui con- cernent leurs couleurs.

En meme temps que les plantes a fleurs co- lorees , deviennent moins nombreuses sur les sommites , les couleurs dc celles qui en ont , de- viennent plus vives ; et d'autrcs espcces a fleurs blanches dans la plaine , y prennent une teinte plus ou moins foncee. Ce sont particulierement les ombelliferes qui presentent ce phenomene ; plusieurs d'cntr'elles se teignent en rose sur les sommites, et prennent une nuaace plus foncee , a mesure que le lieu est plus eleve. Les Cerfcuils , quelques Lasers , la Mutdline , offrent le plus fre- quemment ce phenomene ; dans une autre fa- mille , les Anemones et les Rcnoncuks ont souvent une nuance de rose sur les hautes-Alpes. Com- ment le meme site peut-il aviver les couleurs de: certains vegetaux , landis qu'il determine Texis- tencc de ceux a fleurs blanches ? c'est ce dont on n'cst pas encore instrnit, et cependant ces recher- ches meriteroient la plus serieuse attention des Naturalistes. Cette question de la coloration des ombelliferes m'a paru ml des phenomenes les

I i3i ) plus curieux de la pliysiologie vegetale. Les cou^ leuvs des vegetaux sont encore, soumises a d'au- tres variations, dont jc traiterai plus particulie- rcment dans unc des prochaines livraisons : ce sont les changemens de couleur des corolles. En general , plus une plante est modifiee par la culture , et plus scs coroUes portent de couleurs varices. Quelques plantes sauvages varient aussi , et ces individus d'unc autre couleur croissent sou- vent au milieu d'autres de la couleur ordinaire. Ces changemens sont-ils des desorganisations in- dividuelles , ou plus inherens a Tespece ? C est ce qu'il faut examiner avcc quelques details.

Le verd des plantes tient davantage au climat que la couleur de leurs coroUes. On observe , en general . que le verd des plantes Alpines rst ge- neralement fonce ; celui des plantes de tourbieres pale , et tirant sur le bleu (i); cclui des plantes des bois , d'un verd pale , tirant sur le jaunatre, etc.. On ne doit pas confondre ces nuances avec IpfFet des polls qui blanchit ou altere la coloration des plantes. Une observation enfin sur les verds , C\est la couleur glauque , qui est la plus ordinaire aux plantes des bords de la iner , et a celies des ^ays

(i) Cctte niiance bleuatre serolt-elle due a la presence du fer J toujoius aboiulant dans les tourbieres?

R 2

( i32 ) §ablonneux situes entre Ics Tropiques , et particu- lierement aux plantes grasses. Quelle peut ctre rinfluence de ce genre de positions sur les plantes qui y croisscnt ? Voila encore un objct de rc- cherches ; car on nc doit point reconnoitre d'elfcts sans causes.

Les odeurs et les saveurs dependent du climat ; fai cite, a Tarticle Cranson de I'Encyclopedie mcthodique , une experience qui Ic prouve. Le Cranson officinal, qui, au Greenland , n'a point de saveur, transporte en Angleterre , a pris , dans I'espace de quelques mois , le ineme gout que celui qui y croit naturellemeiu ; done c'est au degre de chaleur du pays que rexaltaiion du gout et des odeurs doit son pvlncipe. J'ajouterai a ce fait que le McUlot bleu , qui a une odeur si pcno- trant;e dans les pavs un peu cliauds , odeur qu'on reconnoit dans le Schapziguer de Claris, cultive en Holiande , n'en a aucune ; j.'ai verific ce fait pendant plusieurs annces. A Paris, je troijve deja cctte odeur moins forte que sar les individus crus en Suisse, et par consequent plus foible encore que sur ceux recoltes en Italic , dont on se sert pour ia fabrication du Schapziguer. Les tipiceries , les drogues les plus odorantes, et les aromates les plus exaltis sotit des pays les plus chauds : dans le rneme genre les espcces les plus odorantes son'.

( i33 ) des paysmeridionaux, etenfin les plantes des pays froids n'ont point d'odeur. Ccllcs meme qui y sont portees d'unclimatmoins severe perdent en tres-peu de terns cclIequileurestproprc.il suffit d'indiqiier ici, que le climat influe dune inaniere tres-imme- diate sur Ics odeurs et les saveurs ; que les plantes perdent ces principes, en proportion qu'elles crois- sent dans des pays plus froids ; qu'au contraire ces principes augmentent , a niesure que les plantes croissent dans un clitnat pluschaud; que Ics plan- tes , dans un nieme pays, sontd'autant plus odo- rantes , qu'elles croissent dans un site plus chaud , comme sur les rochers , les terres nues et arides , et qu'elles le sont moins dans les lieux humides et couverts ; enfm , que les plantes cks Alpes ont rarcir.ent de I'odcur, quoique Taction de la lumiere y soit tres-vive. C est done moins la vivacite de la 1-umiere que sa Constance et la chaleur dont elle est le principe , qui developpent Ics saveurs et les odeurs dans Ic regne vegetal ; au contraire, d'au- trcs circonstanccs de reconomic vegetale , qui doi- vent leur existence a la vivacite de la lumiere plutofe qu'a sa cbaleur , comme les. polls , etc.

Xpjlua\cc du changeinciit . des climats sur les vegciaux,

Puisque les vegetaux dependent d'une maniere aussi immediate du climat qu'ils habitent , la meme

( i34) ?spece regoit difFerentes modifications des positions varices ou elle se trouve ; c'est ce que les paragra- plies qui precedent ont prouve. II reste encore a poser quelques principes sur les changemens qui. doivent arriver aux plantes par un changement de climat , et ce changemcnt doit arriver de deux manieres.

1°. Par un changement du climat ou elles se trouvent.

2°.Par le transport dun climat dans un autre , et ce qui en decoule necessairement par la culture.

Changemens du climat d\in pays , et Icur injliience sur les ve get aux.

Les sciences naturelles etoient si peu connues dans les siecles qui nous ont precede , on nous a transmis des generalites si peu appuyces de faits , qu'il est bien difficile de comparer, avec quelque certitude , I'etat present et Tetat passe des differtns pays , meme des plus connus. Malgre tout ce qui nous manque pour poser des bases certaines , il estcependant quelques notions sures sur lesquelles nous pouvons nous appuyer , et cjuelques faits physiques que rien ne pent dementir.

Des faits incontestables prouvent qu'un pays a. ete plus chaud qu'il ne Test actuellement. D'autres faits, cgaleraent certains, prouvent Ic cor.trairc

( i35 ) J)Our un pays different ; ainsi, nous devons consl- derer sous plusieurs faces la question , si la tem- perature des differentes regions s'est adoucie ou refroidie ; car on ne peut douter qu'elle n'ait subi des changemens.

Les anciennes chroniques des pays du Nord parlent de forets qui les couvroient ; a present , on y voit a peine un arbrisseau. Des troncs d'ar- bres, ensevelis dans les vastes tourbieres de ces memcs pays , attestent la verite des traditions.

4t On voit dans les Sagas [Chroniques de llslande tt du Nord ) , qu'il y avoit autrefois des forets en Islande ; c'est te qu'attestent les troncs d'arbres , et les racines que Ton tire de terre , dans les ma- irecages, ou il ne se trouve pas aujourd'hui le plus petit arbrisseau , et le Suturbrand en est encore line autre preuve. II est constant que ce suturbrand est un bois qui s'est durci sans etre parvenu au de- gre de petrification. ?? Lettrts sur VJslande, par M. de Trail , p. 24.

Ces memes chroniques parlent de TAgriculture de rislande et du Gioenland , et de la quantite de bled qu'on y recoltoit : or , non-seulement ces pays-la ii'cn produisent plus ; mais les expe- riences qu'on a faites en dernier lieu , n'ont eu aucun susccs. Id. p. 3o. Voila des faits incon- tcstables , qui prouvent que le cliinat des pays

du Nord etoit moins apre qu'il ne Test actuellc- nient. Dans un memoire impiime dcpuis peu , j'al dcmonlre par des faits non moins concluans, que ce refioidissement est uniforme , et se fait sentir non-sculcment dans ces regions glacialcs , mais aussi sur Ic teste de la terre , par Tabais- semcnt de la region boisee. J'ai cite quelques faits sur cet objet que j'ai observes sur les Alpes ; mais nous manquons de donnees ponr calculer la marche de ce retroidissement , sans doute tres- lent, mais que je crois uniforme. Un dcs faits les plus, saillans , c'est un tronc d arbre trouve parun chasseur de chamois , 5o toises au-dessus des li- mites actuelles de la region boisee , et dans un lieu oii aucune force humaine n'auroit pu le trans- porter. II est essentiel , avant de prononcer , dc lire ce que j'ai ecrit sur cet objet.

Mais en meme tems que voila des faits qui prouvcnt , qua une epoque plus reculee , les lati- tudes septentrionales jouissoient d'un climat plus chaud qua present , d'autres faits non moins certains , prouverit que d'autres pays ont ete plus frolds qu ils le sont. C'est que la cause generale etoit balancee par des causes particulieres.

RoUin ( T. 3, p. 620 de son HistoireRomaine ) tapporte que les neiges restcrent une annee a Rome pendant quarante jours de suite.

Juvenal

( 13? )

Juvenal (Satyre)) tourne en ridicule lesbohneS Femmes de son temps , qui faisoient rompre la glace du Tibre , pour faire des ablutions aux- quellcs elles attribuoient de grandes vertus.

Ces deux passages prouvent que le climat de Rome etoit a-peu-pres le meme que le chmat ac- tuel de Paris ; car a peine apper^oit-on , actuelle- raent , le matin a Rome des gla^ons aux Fontaines tournees du cote du Nord , et la neige n'v prend pas pied.

Ovide parle du climat de la mer noire , comrae on parleroit a present de celui de la mer blanche ; je vcux qu'il ait exagere; mais il n'apu le Faire au point de peindrc , en traits si noirs , la Crimee actuelle.

Les relations des premiers etablissemens sur les bords dii fleuve Saint-Laurent , parlent de Froids qu'on n'y ressent plus actuellement. Comme les changemens ont ete graduels , ils se sont pres- que passes sous nos yeux , et nous ne pouvons revoquer en doute les premieres relations.

Les deFrichemens qui ont cu lieu dans le nord de I Europe, la destruction de ces immenses forets qui couvroient la Germanic , eiifin Taugmentation depopulation qui en a ete la suite, sont les causes de cet adoucissement du climat des pays meri- dionaux. Les '/tnts du nord et du nord-est ne leut

N^ 16. Tonic II. S

{ i38 ) parveuolent qu'au travers de ces forets humides , au lieu qu a present ils passent surdesespaces nuds ou la reverberation de la lumiere ecliauflc lair , ou enfin une multitude de feux sans cessc allumes, cliangent la masse entiere de lathmosphere. Les defricheraens , qui ont eu lieu dans I'Amerique septentrionale , sont pareillemcnt la cause de Tadoucissement du climat. i^insi ces faits qui pa- roissent contradictoires , s'expliquent sans senuire: tous les climats tendent a se refroidir par une ten- dance uniforme et progressive , et si quclques-uns s'echauffent, c'est par des causes locales qui n'in- tervertissent pas Tordre general.

On peut enfin reunir auxchangemcns dc climat qui ont des causes physiques, ceux qui ont pour cause principale les modifications que rhomme y produit par son travail. Un terrein boise que Ton defriche , un canal ou un chemin qu'on trace au travers des terres , un iiiarais desseche , des fouilles profondes , et mille autrcs ouvrages des hommes , chaugent la nature dun site , et par consequent la forme des vegetaux qui y croissent. Par ce iTioyen , la reverberation dcvient plus ou moins iorte , raihmospherc est plus ou moins diapbane , et les vegetaux portent plus ou moins Tempreinte du climat , dont celui qui se forme se rapproche le plus. Airisi un marais desseche presente , pen-

( i39) dant un nombre d'annees , dcs plantes aquatiques ou amphibies, crues dans unsol plus sec ; c'est-a- dire , plus petites , plus fortes et plus rameuses, les plantes de boisse couvrent de polls, et dirainuent de volume Tanncc qui suit la coupe des arbres, etc. On peut done prevoir les changemens que su- biront les vegetaux , d'apres les donnecs conte- nues dans cet article , et celles que de nouvelles decouvertes fournironl.

Une autre circonstance bien remarquable , c'est la naissance de nouvelles especes dans les terrains nouvellement remues , ainsi que dans les terres nouvelles. Les plantes qui naissent apres un bouleversement , ne sont pas les memes qui eKistoicni; auparavant. Tons les Naturalistes out des observations de ce genre , plus ou moins singuliercs ; j'cn ai deja reuni plusicurs. D'ou' cec plantes tirent-elles leur origine , puisque leur analogue n'existc qu'a une tres-grande distance? Leur graine etoit-elle enfouie dans la terre a une tres-grande profondeur ? Mais depuis quelle epo- que ponrroit-elle v ctrc ? Y at-e!le ete portce par les vents? Mais comment ces graines ont-elles pu traverser de grands cspaces? Les plantes tiennent- elles tellement au site ou elles croissen-t , qu'une agregation de principes puisse les pro luire ? Mais cctte agregation n'cst pas demontree. On nc peut

S. 2

{ HO ) trop inviter leg Naturalistes a surveiller les clian- gemens qui se feront dans leur voisinagc ; i!s de- vroicHt former une liste des plautes qui y croissent auparavant, et conserver des individus qui attes- tassent les formes, puis, chaque aimee, les com- parer aux plantes qui y croissent , pour verifier les changemens de forme des ancieones especes , et les nouvellcs especes qui s'y seroient formees. De semblables observations , un peu muUipliees , serviroient beaucoup a la science , puisqu'ellcs appuicroient les observations deja faites sur Tin- fluence du climat, ou reciifieroient les erreurs qui y seroient melees.

Ajoutons encore a ces defrichemens Ics nou- velles isles qui se forment , soit par les volcans , soit par le travail lent de la nature , insensiblement elles se couvrent de vegetaux ; la maniere dont ils y naissent doit exciter la curiosite des Naturalistes., Ecoutons ceux qui ont voyage avec Cook.

a Dans la bale de Possession , nous avons vu deux rochers ou la nature commence son grand travail de la vegetation ; clle a deja forme une legere envcloppe de sol. au sommet des rochers ; mais son ouvrage avance si lentement , qu il n'y a encore que deux plantes , un gramen et une espece de pimprenelle. 5?

u A la terre de Feu vers I'Ouest , et a. la tcrrc

( i4» ) dcs Etats , dans les cavites et les crevasses despiles enormes de rochers qui composent ces terres , il se conserve un peu d huniidite , et le frottement continuel des morceaux de rocs detaches , preci- pites le long des flancs de ces masses grossiercs , produit de pctites particules dune espece de sable. I-a , dans une eau stagnante , croissent peu a peu quelques plantes du genre des algues, dont les graines y ont ete portees par les oiseaux ; ces plantes creentalafin de chaque saison des atoines de terreau , qui s'accroit d'une annee a Tautre. u II me paroit difEcile a concevoir que des oiseaux de mcr, les seuls qui Irequentcnt ces terres, trans- portent des graines dont ils ne se nourrissent pas, puisqu'ils vivent de pnissans.

a Toutes Jes plantes de ces regions croissent d'une maniere qui leur est particulierc et proprc a former du terreau sur les rochers stcriles. A rae- sure que ces plantes s elevent , elles se repandent en tiges et en branches , qui se tiennent aussi pres Tune de I'autre que cela est possible ; elles dis- persent ainsi de nouvellcs graines, et enfin elles couvrent un large canton. Les fibres , les racines , les tuyaux , les feuilles les plus inferieures , tom- bent peu a peu en putrefaction (i) , produisent une

(i) Voycz le paragrapKe de Vl/ifluence du climat sur le sol.

( 142 )

«spece de tourbe on de gazon , qui , insensibic- ment , se convertit en terreau. Le tissu serre de CCS plantes empeche I'humidite , qui est au-des- sous , de s'evaporer , fournit ainsi a la nutrition de la partie superieure , et r.evet a la longue tout Tespace d\me verdure constante. 5? Second voyas^e, de Cook , r. II.

On peut enfin Consulter la maniere dont les laves se couvrent insensiblement de vegetation. Voyez Brid. voyage en Sidle, T. I , p. 1 Sg , et les. autres personnes qui ont ecrit sur les volcans. Aucun deux n'a examine la maniere dont ces plantes naissent , et lour analogic avec celles des terreis environn antes : c'est done encore une ma- tiere neuve a examiner. II s'est forme nouvelle- ment une isle volcanique prcs de I'lslande ; c'est un moyen pour les Naturalistes du Nord de nous instraire de la maniere dont eile se couvrira de vegetation. Sans doute on ne soupcjonnera pas le volcan d'avoir lance , en meme- terns que les laves , les graines des plantes qui y naiiront.

Transport des vegelaiix d' un clinat a un autre.

Nous manquons de donnees sur cctte partie in- teressante de Icconomic vegetale , parcc que les premiers voyageurs ont neglige de nous instruire des premieres variations des plantes d'Europa

( 143 ) qu^ls ontportecs aux Indes; actuellement qu'elles y existent apres une longue serie d individus , nous ne les voyons que t>ous la forme que ce climat leur a imprimee. Et de plus, le peu que les voya- geurs disent sur les plantes, ne nous inspire pas de confiance ; car , lorsqu'un voyageur dit que roseille reussit tres-bien sur les bords de la Gam- bra , et qu'il y voit en meme-tems des alisiers en abondance , on peut douter de son premier rapport. Nayantqu'un petit nombre de faits certains, je vais lesreunir , sans les soumettre a. aucun principe.

Tramport des vegetaux dans un climat plus chaud.

Labat, le plus ancien des voyageurs qui aient su nous instruire , donne les faits suivans , qui sont d'autant plus prccieux , qu'il a ete dans nos isles a une epoque plus rapprocbee du moment dc Tin- troduction de nos legumes d Europe.

u Les choux pommes viennent en perfection. II suffit d'en avoir \\n seul , pou-r peupler en peu de temps tout un jardin , parce que , quand il est coupe, sa tige pousse beaucoup de rejetons. On les arrache Tun aprcs Tautre en dcchirant un peu de Tecorce dc la tigc ; on les met en terre , et , en quatre mois , ils produisent un tres-beau chou bienpomme.La tige dcceux-ci enproduitd autres,

( H4 ) sans qu'il soit jamais besoin d'crt semer. <' Voy.

deLabat,r.I , p. 388.

<t l.a vigiie que Tona plantec aux iles , venant clirectcment de France , a eu bien de la peine a se natuvaliser au pays , et raeme jusqu'a present ^ les raisins ne murissent pas parfaitement. Ce nest ni le defaut de chaleur , ni de la nourriture , mais c'est parce que le climat etant chaud et humide , les grains murissent trop tot , et les uns avant les autres ; de sorte que , dans une memc grappe , on trouve des grains murs , d'autres en verjws , et d'autres qui sont presqu'en fleurs. Le muscat, qui^est venu de Madcre et des Canaries , est exemptde ce defaut, et il murit parfaitement bien. j> Id. T. I , p. 35.5. Ce fait est d'autant plus pre- cieux , que la vigne des Canaries , qui avoit deja passe par un intermediaire , a moins eprouve cette influence du climat , que cellc qui venoit directcment de France.

ct J'ai iexperimente qu'ayant seme des pois qui venoient de France , iis rapportoient tres-peu; les seconds rapportoient davantage ; mais les troi- siemes rapportoieiit dune maniere extraordinaire pour le nombre etla grosseur. 5? Id. T. 1 , p. 3o6o

a Uh habitant de ma paroisse , nomme Sellier, sema du froment qui etoit venu de France : il vint tres-bien en herbe ; mais la plupart des epis

etoicnt

{ 145 )

ctoient vidcs , et les autres avoient tres-peu de grains ; itiais ceux-ci , nes dans le pays , etant semes , pousserent a merveillc , et produisirent les plus beaux epis , et les mieuK fournis qu'on puisse imaginer. d. T. \ ., p. 56j.

Du Tertre , qui a voyage en Amerique aprei* Labat, confirme ce qu'il dit ; et de lears deux rapports , il conste que les chicorecs , laitues , cresson alcnois , cornc de cerf , epinards , ca- Tottcs , panais , bette-raves , salcifis , chervis , as- pcrges , moutardes , pois et feves , y reussisscnt; et portent de bonnes graines.

Que les raves et les oignons reussissent bien de graincs venues d'Europe ; mais que les graines recoltees en Amerique , nc donnent que des plantes mesquines.

Que I'oseille n'y monte jamais en graine.

LAuteur d'un voyage de la Martinique, fait en 1751 , dit aussi que les oignons et les poirreaux sont toujours greles , et ne fleurissent pas ; il ajoute aussi que les oeillets ne montent jamais en flcurs , malgre les soins qu'on leur donne , et que les fraisiers et les pommiers donnent peu de fruits , et de mauvaise qualite.

Transport des vegetaux dans un climat plusfroid. Un grand nombre de plantes , qui orncnt ac- tuellement nos jardins, tirent leur origine do pays N". 16. Tome 11 . T

{ M6) plus chauds que I'Europe , et meme dcceux sltuei entre les tropiques ; mais corarae ccs plantes out •passe, avant d'etre accliitlatees , par des points in- termediaires , soit dans nos serres , soit en pas- sant de proche en proche jusqua nous , on pent difficilement en considerer les resultats qu il faut encore distinguer de ceux d'une longue culture. L'astere de la Chine, ou reine-mar- ■guerite , les capucines , les basilics, les ricins , les poivres , etc. sent dc ce nombre , et le chan- ^eihent le plus saillant que ces plantes ont eprouve, consiste dans la diminution de Icur duree ; car elles sont vivaces dans leur pays natal , et mu- tissent leuvs graines dans le cours d'une saison en Europe. Elles out en meme temps eprouve une diminution de volume, proportionne a Icurchan- sement de duree. Le licin , qui forme aux Indes tine plante elevee de i 2 a i5 pieds , et meme une espece d'arbuste , s'elcve ici a 4 ou5 pieds "ati plus dans le cours de I'ete , etporte des graines; Les basilics sont devenus herbaces et tres-petits ; ils sont ligneux aux Indes. Des Naturalistes qui ver- roient ces plantes aux Indes et en Europe , saisi- y roicj:it ccriainement d'autres differences.

II mc paroitinteressant daj outer ici les citations suivantes , sur la culture des legumes d Europe dans les pays froids , pour servir de comparaison fi au;i memes experiences faites aux Indes.

( 147 )

a Les anciennes Sagas nous apprennent que Fngriculture n'ctoit point negligee en Islande, puisqu'elles parlent du blpd qu'on y recueilloit. Ouelques habitans ont essaye, de nos jours, d'en faire venir, mais presque sans succes. Thodal, gouvcrneur dc 1 lie , fitseraer,en 1772, del orge qui paussa vivement , et donna de Tesperanca pour la recolte ; mais a peine put-on en ramasser qu'elques grains, n Lett res stir V Islande , par de Trail , p. So.

ciLe major Belim me ditqu'il avoit essaye de se- nder ( au Kamtchatka ) quelques autres legumes , mais que ses experiences n'avoientpasreussi ; que leschouxetles laitues ne pommoient point; que les pois et les haricots jetoient des tiges- tres-fortes ; qu'ils fleurissoient etproduiscientdes gousses, m;iis que ces gousses ne se remplissoient pas. II ajouta qu'ayant essayelui-meme a Bolcheretok , la cul- ture des difFercntes graines farinacees , il avoit eu , en general , des tiges elevees et fortes qui don- noient des epis , mais. qu'on n'avolt, jam;iis pu tirer de la farine de cos epis. 55 Troisiime Voyage de Cook , f. i\., p. joo.

4c A Tcgard des legumes, ils ne viennent pas tous egalemcnt bien au KamtGliatka, Les plus suc- culens , comme , par exemple , les choux , Iss pois , la saladc,ne prbduisent que des feuilles. et

T 2

( 1 4.S ) 4cs tiges. Les choux et la laitue ne pomment ja- mais. Les pois croissent et flcurissent vers I'au- tomne , sans rapporter des cosses. Les legumes , au contraire , qui demandent beaucoup d'humi- dite , comme , par exemple, les navets , Icsradis ou raiforts , et les bette-raves y viennentbien. Z)«cr. du Kamtchatka , par Kracheninnikow , p. Saa.

On ne peut trop recommander aux naturalistes cettc partie interesssante de la physiologic vege- t,ale ; car, des que les variations des plantcs , ct sur-tout les causes de ces variations scront con- nues , on sera certain dc debarrasser la sience d'une foule d'incertitudes sur la distinction des es- peces et des varietes , qui, dans ce moment, se. decident sur la parole du, maitre , n'ayant pas de regies fixes pour les juger.

BOTANIQUE.

S^iT ^^^ nouvelle espece de P E C 1 1 s.

Par le citoyen Lamarck.

En Botanique ,. il y a des especes si difFerentes de leurs congeneres par leur port , et sur-tout par certains caractercs qui leur sont propres , qu ellcs

( i.4fi) sont, pour les Botanistes curieux de cpnnoitre tousles modes employes par la nature, dans ses productions , presqu'aussi intexessantes que les genres meraes.

En c&t, pour les Botanistes CQnsouirnes dans la connoissance des especcs en general , et bien au fait de ce qu'elles ont en quelque sorte dc coramun, ordinairement dans chaque famille et dans la plu- part des genres les pljus anciennement connus , y a-t-il lien de plus remarquable que de^'oir une composee qui, corsime le Mutisia, ofFrc le port, et sur-tout le feuillage dun Vicia , qui est une plante legumincuse. Dans le Conyza thuyoicics ( Lam, diet n**. 42 ) , on voit avec surpiise des rameaux et un feuillage en quelque sojrte semblables a ceux du Thuya. Le Conyza cuprcssijonnis , et le Conyza lycopodioides [ibid- n". 43 et 44 ) sont, d'une sin- gularite aussi frappantc. La suriirise mcrae aug- mcnte a la vue da Conyza genistelloides ( meme ou- vrnge, n°. 56) , qui presente une composee sous VciSpca. da Genista sagiitalis. hhyperictim mexicanum a tout-a-fait le port du Pinx isarcocolla. (Voyez la figure de cet Hypericum , tians les Amcenit, acad. vol, 8 , tab. 8 , L 2 , et du Penaa , dans mes illustr. des genres , tab. 78 , f. q. ) Plusieurs Barbonia ont un portetun feuillage de Ruscus. DWcrs Aspalalhus , qui sont des legumineuses , rcssembleut a des

(i5o)

bruyeres par leur aspect. Le Tradescanlia discolor a presque le feuillage d'un Yucca. UEryngiwn aqua- ticum a de meme le feuillage et le port d'un Pan^ danus ou 6.\xnBrovielia. Plusicurs especes d'HydrO' cotyle offrent dans leur port une disparate qui n'est pias moins ctonnante. ( Voyez men diet. vol. 3, p. i5i , ct vioii illuslr. dcs genres , pi. i 88. ) Enfin , Tavortcment des veritables feuilles donne au La- ihyrus nissoUa , et a certaines especes de Jlfimosa , (Journal d'Hist. Nat. n". 3', t. 5, etc.) Taspect Ic plus singulier.

A la verite , il n'est point question ici de sin- gularite aussi remarquable : cependant la plante dont je vais donner la description ayant la fruc- tification d'un Pfc//^ , presente la particulariteassez etrange d'avoir des feuilles composees ct alternes, tandis que dans Its Pedis deja connus , les feuilles sont opposees simples et enticres.

Au reste , voici comment je nomme et carac- terise la plante que j'entreprends de faireconnoitre dans cet article.

Tectis pinne. PI. 3i. PEcrispinnata.Tah.3i.

P. a feuilles alternes pin- V.foliis alternis pinnatis nees lincaires- setacees. lineari-setaceis. Patvic. . . . "^ ou It. Habitat ^ s. ]Fj.^

( t5i)

2)ESCRIPT. Habitus tagetes vel oihonna; tngeies , et folia abrotani. Tola planta viridis , suhglaher; odorc herbaceo. Caulis erectus , sesquipedalis , basi suffruti- tosus , ramis numerosis paniculatus. Rami teretes , virides , aihstriati , sparsi , adscend:nles , interdum divaricatissimi , pulvere crislallino minimoquc ads~ jjersi. Folia allerna , semi-amplexicaulia , pimiala , lineari-setacea \ pinms vel lacimis remotii subqmnis , tenuissimis : folia suprcema scepe trifida. Flores parvi, lutei , pedunculati , tcrminalcs ; pedimculis simplicibus, iubpollicaribus.

Calyx turbinato-pvatus , 5-phyllus , erectus , con- nivens, apice purpurascens , basi foliolo tinico alt(rove mHultus : foholis oblongis , obtusis, concavo-canali~ culatis.

Corolla composita radiata. Flosculi 5 , in disco , hermaphroditi : corollulis limbo bfidis, Semiflosculus nniciis femincus , in radio : ligula brcvi , spathulato- cvata , emargi7iata.

Semina ohlonga , ^.-gona , striata ; paleis 8 , lan- ceolatis scariosis , coronata. Receptaculum minimum , nudum.

Le Pcctis pinne est une plante verte , presquc glabre , a odeur herbacee , ayant le port d'urt. Tagetes ou de VOthonna tagetes , et le feuillage d'une Auronne. Sa lige est droite , haute d'un pied et demi j

( '52 ) dure a sa base , ou elle seroble presque ligncusc , et tome paniculee par dcb rameaux nombreux. CesTamcaux soat cylindriques , verdatres,'un ped Stries, epars , montans , en cor'ymbe , quelque- fois tres-divergeans , et parsemes d'une poussierc rare , tres-petite ct comme crystalline. Lcs feuilles sont alteriies, semi-anriplexicaulcs , tres-rhenues , pinnees ; a pinnules ou decoupures lineaires- setacees , distantes , et au noinbre de cinq ou environ. Les feuilles superieures sont souvent 'trifides. Les fleiirs sont petites , jaunes , pedon- culees , terminalcs ; a pedonculcs simples , longs d'un pouce a-peu-pres. VoicI leur caracicre,

Calice turbine-ovak, pentaphylle , droit , con- hivent , pourpre au sommet, ayant a sa base ex- terieure une ou deux folioles plus courtes : les folioles oblongues , obtuses, concaves , bu cand- liculees.

Corolle ( ou fleur generate ) composee , radiee. - Cinq fleurons hermapbrodites dans le disque, a limbe dcs corollules quiriquefide ; un seul demi- fleuron femelle a la couronne , ayant sa languette spatulee-ovale , echancree , tres-courte.

Semtnces oblongues , tetragones , legereiiient striees, couronnees de huit paillettes scarieuses , lanceolees , obscurement frangees sur Its bords. ■Receptacle comraun fort petit , n\id.

Ce

(i53)

Ce Puiis fleurit a la fin d'a-out, en stpwmbrt eten octobre. On le cultive au jardin Botaniqud national dc Paris, ou il forme des toufFes presque diffuses , mais assez agreables par la finesse du feuillage de cette plantc , et par les petites fleurs jaunes dont le fond verd de ces touffes se trouve parseme. Je n'aipu savoir quel est son lieu natal ; mais je crois qu'il a ete envoye avec le Sanvitalia, que je ferai connoitre a nos lecteurs dans le nu- mero procbain; or, comme ce Sanv,iialia est ori- ginaire deTAraerique meridionale , il est vraisem- blable que \t Pedis pinne croh aussi dans le meme pays , te quindique en effet Tepoque tardive de sa floraison. Je crois meme qu'il est du Perou,

II diffcre des trois Pectis connus ( P. citiari's , p. punctata , P. linifolia ] : i°. par la situation et la forme de ses feuilles; 2°. parce qu'il n'a pas sur ses feuilles les points glanduleux et transpatens qu on trouve sur celles des trois autres Pectis ^ quoique Lihrie ri'eh fasse ihentlon que dans la p. punctata : ces points sont analogues a ceUx quon reraarque dans les feuilles des Tagetes ; 4°. enfin , parce que les paillettes qui coijronnent cbaque semence , sont en general au nombre de liuit ; au-lieu qu'on n'en voit que 5 ou 6 compo- sant I'aigrette des Pectis de Linnc. II convient encore de rappeler dans cette compaj-aison, que N". i6. Tome //, * V

( i54)

dans les fleurs du Pectis pinne il n'y a presque tou- jours qu'un demi-fleuron a la couronne , tandis que dans les Pectis de Linne , Ics demi-fleuions sont au nombre de cinq , au-moins le plus souvent. A la rigueur, d'apres ces considerations , on auroit pu presenter la plante que je viens de de- crire , comme un nouveau genre tres-voisin des "Ptctis par- ses rapports : mais comme ce genre n'eut ete distingue des Pedis que d'une maniere mediocrement traiichee, j'ai prefere, vu I'enorme multiplicite des genres deja etablis , de reunir au Pectis la plante dont il est question. Si, par la suite , on fait la decouverte de quelques autres plantes en tout conformes a celle-ci par leur fruc- tification , alors on sera plus autorise a etablir avec ces plantes un genre particulier , qui sera toujours neanraoins mediocrement distingue de& Fectis,

Description du Cymps q^u ercus-T ot^ae,

Lue a. la Societe d'Histoire KalurelU.

Par Louis Bosc.

M. Bayen a remis a la Societe, trois nouvellcs cspeces de Galles de chene qu il a rapportees des

( l5^ )

Pyrenees , mais dont il n'a pas eu le terns d'etu- dier I'hiscoire , pendant le court sejour qu'il a fait dans ces montagnes.

M. Gillet , ci^dcvant de FAuraont, qui a ega- lemcnt rapporte une de ces Galles , et qui ensuitc en a fait venir une tres-grande quantite , ma mis a portce de faire connoitre a la Sociele Tinsecte qui la produit.

Cette Galle, figuree de grandeur naturelle dans la planche 32 ,Jig. 5 , ne se trouve jamais , d apres. Tobservation de M. Gillet, que sur une espece de chene que ce Naturaliste croit propre aux Pyre- nees , qui V est connu sous le nom de Toza , et qui. a de grands rapports avec le, Quercus cerris de Linnaeus. Elle est toujours placee sur une pousse . de lannee precedente , ct y est fixee ae maniere qu'elle paroit Tembrasser. Sa forme est un sphe- rpide , un peu alonge aux deux extremites , d'en- viron i5 lignes de diametre ; sa substance inte- rieure est fongueuse ; son ecorce est fort dure sans etre ligneuse, elle est presqueunie, mais il existe^ aux deux tiers de sa hauteur une couronne dt^ 8 a 12 tubercules assez gros., separes par des intervalles. presque egaux. Cette Galle , la plus grosse de celles connues jusqu'a cejour, sub- siste sur Tarbrc, jusqu a ce quelle soit pourrie , ou que Taccroissement de la branche qui la sup-

Y- 2 .

( i56 )

porte I'ait fait fendre , ce f;ui n'arrive qu'au bout de plusieurs annees. Les essais que M. Gillet a fait faire pour employer cette Gallc en place des noix de Galle ordinaires , lui ont donne un re^ sultat fort peu inf&rieur a I'effer de ces dernieres.

LHnsecte qui produit cette Galle en est sorci , a Paris , vers le mois de mai , par un trou qu'il a perce indifferemment dans toutcs les parties de la surface. M. Gillet a essaye de le faire accoupler et de le multiplier aux environs de Paris, mais ses tentaiives n'ont point eu de succes.

II pcut etre decrit ainsi :

C Y N I P S il U E n C U S - f 0 7^ A E.

C- Testacea , villoso - sericca , antcnnis tarlisqne nigris , ahdomine dorso macula nigra\ Habitat in Ryremis.

^La tete testacee , velue ; les yeux noirs ; les antennes filiformes, de la longueur de la moitie 5u corps J les articles, excepts le premier, de couleur noiratre. Le thorax testace, velu , avec plusieurs stries cnfoncees dans sa partie supe- rleure. L'abdomen testace , velu , marque dune iargc tache noire dans sa partie superieure. Les ailes plus l.ongues que iVbdomcn , ciliecs a leur

( i57 ) base , avec des nervures plus brunes. Les pattes testacees , velues; les tarscs noiratres.

Les males sont plus petits que les femellcs , ct plus noiratres. Les femcfles sont quelquefois com- pletement testacees.

Get insecte a bcaucoup de rapports avec le Cynips glecomae de Linnxus, il est de meme gran- deur, presque de mcme couleur. II en difFere par son abdomen , aussi velu que le thorax.

Reaumur, vol. 3, pi. ab , fig. 5, a fait graver tine Galle qui a quelques rapports avec la notre , mais il en parle a peine dans le texte.

SECOND M E M O I R E

S.iO l<^ double refraction d.u S P A T H a L CURE, transparent.

Par M. H a u y.

Dans le premier memoire que jai donne (i) , sur la propriete qu'a le Spatli calcaire , dc refracter les rayons de la lumiere suivant deux directions differentes , je me suis borne aux explications qui

(i) Journ. d'Hist. Nat. torn. I^r. p. (53 et suiv.

( 1^8 ) n'exlgeoient , pour etre congues , quune notion des loix communes de la refraction. Je me propose ici de donner un nouveau developpement a la theorie du phenomenc , et d'exposer les resultats particuliers auxquels m'ont conduit mes recher- ches, autant que le peruiettra romission du calcul ,. dans un sujet susceptible de rigueur, et celle des details qui exgederoient Telendue d'un simple extrait. Poursaisir ces resultats , il sera bon davoir relu le premier memoire , ec de se rendre fami- lieres les constructions des figures qui y sont rela- tives , et auxquelles je serai plusieurs fois oblige de renvoyer.

Tons les auteurs qui ont apporte quelque soin a Texamen du pbenomene dont il s'agit , con- viennent que I'un des deux rayons qui le produi- sent subit la loi des refractions communes , de maniere que le sinus de Tangle de refraction est consfammentlesfdu sinus de Tangle d'lncidence. Ce rayon, que j'ai appelle rayoTi ordinaire, est celui C|ui fait appercevoir Timage la moins enfoncee en-dessous de la base superieure du Spaih. Quaint a Tautre rayon , que j'ainomir.e rayon d aberration ^ et a. Taide duquei on voit Timage la plus eloi- gnee, il est bicn evident d'abord que sa refraction s ecarte de la loi ordinaire , relativcment a la bcse du Spaih i autrement lorsque le rayon si

I I

(fig. i3 , planclie 32 , fig. 4 ) tombe perpen- diculairement sur la diagonale ac de cette base , il ne se diviseroit pas en traversant le Spath , mais la partie qui , dans tout autre cas , est dis- tinguee du rayon ordinaire, resteroit confondue avec lui, d'apres cette loi generale de dioptrique , que tout rayon perpendiculaire a la surface du milieu refringent , continue sa route dans ce mi- lieu , quelle que soit la loi particuliere suivant laquelle il se refracte , dans le cas d'une incidence oblique.

II resulte de la que si Ton pouvoit esperer de ramener la refraction du rayon d'aberration aux loix des refractions ordinaires, ce ne seroit qu en I'esnmant relativement a quelqu'autre plan dent ia position s'ecarteroit de cclle de la base du Spath. Or , cette position paroit indiquce par une ob- servation dont j'ai deja parle (i) , et qui consiste en ce qu'il y a telle direction du rayon visuel ou Timage la plus enfoncee se trouve dans laligne- ment de ce rayon. J'ai dit qu'il ne s'en falloit que d'environ deuX degres, que ce meme rayon he se trouviit parallele a I'arete ah , d'ou il suit que 5j!> ( fig. i3 , planche 32 , fig. 4 ) etant le rayon dont il s'agit , si par le point d'im"

(j) Ihid. p. 69,

( i6o ) mersion t on mene tx perpendiculairc ^ur i'^^ et que Ton imagine dans 1 interieur du Spath un plan doni riuclinaison sur la base a laquelle appariient la diagonale fle, soit mesuree par Tan- gle etx (i), ce sera relativemcnt a. ce plan qu il faudra estimer la secondc refraction , pour juger si elle est souraise a un rapport constant entre les sinus d incidence et de refraction. C'etoit dans la sup- position de ce plan, que la Hire avoit calcule la loi de la refraction extraordinaire , et il pieten- doit que le sinus de refraction , rapporte a ce meme plan» etoit a-peu-pies les f du sinus dinci- dence , comme dans Ic verre ordinaire.

Ce que nous venons de dire , sufHt pour faire voir le peu de fondement de Topinion adoptee par M. de BufFon (2) , et par quelques autres pl^y- siciens , s^voir , qu'un rhomboide de Spath cal- caire etoit compose alternativement de couches de deuxdcnsites diiFercntes, situees parallelement aux faces natuvelles du rhomboide, et dont cha- cune produisoit une refraction analogue a sa den- site pariiculiere. Le seul moyen de faire cadrer des explications de ce genre avec Tobservation , seroit

(1) La valeur de cet angle est de 16'* 22'.

(2) Hist. Natiirelle des mineraux , tidit. in- 1:2., torn. 7, p. 1 55 et siriv,

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PI. 32.

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( i6i) de supposer que la refraction extraordinaire fut due a la presence de quelque substance , dont les molecules presenteroient aux rayons incidens, des plans situcs dans le sens de ^ x , tandis que la ma- tiere propre du Spath les recevroii sur des plans, paralleles aux faces du rhomboide.

D'une autre pa:t , Newton et Huygliens s'ac- cordent a adniettre pour la refraction du rayon d'aberration , une loi particuliere , differente de la loi commune ; mais ils sont partages sur la me- sure de cette loi. Selon Newton , e!le consiste en ce que Tamplitude d'aberration FL (pl.4,j^g-. lo), est constamracnt de la meme longueur , quelle que soit la direction du rayon incident , c'est-a-dire , quelle est toujours egale a//, qui est I'amplitude relative a I incidence perpendiculaire du rayon j?. Get illustre geometre pensoit aussi que Tarapli- tude d'aberration etoit constamment parallelc a la diagonale b n.

11 resulterolt , au contraire , des recherches d'Huyghens, que Tamplitude d'aberration est va- riable, tantdans sa longueur que dans sa direction, Mais si Ton considere deux rayons incidens ST \fig- lo) , et S' T' {Jig. 1 1 ) , inclines en sens con- traire et de la meme quantite sous un angle quel" conque , la somme des amplitutles d'aberration F L et F' L' sera une quantite constantc , egale au

N°. 17. Tome II. X

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do\xh\edefl{Jig. lo ) , qui estramplitude d'abet- ration sous lincidence perpendiculaire. Au reste , ceci ne donne qu'une propriete de la loi , a la- quelle est soumise la refraction extraordinaire , et non pas la mesure absolve de cette loi , puis- qu'il y a une infinite de loix possibles, qui toutes s'accordent egalement avec le resultat d Huyghcns, ainsi que je I'ai demontre par la geometric (i). Ce savant celebre a ete conduit a Tune de ces loix, par sa theorie sur Temanation de la lumiere , qu il attribue a des especes crondulations , qui sont ici de deux formes , I'une circulaire , comme dans tousles auties cas , et d'ou depend la refraction du rayon ordinaire ; Tautre elliptique , et qui est la cause de la refraction du rayon d'aberration. Je ne puis qu'indiquer ici cette loi , dont Texpo- sition cxige la connoissance des courbes et de leurs proprietes.

Je neparle point de quelques autrcs opinions, ou moins connues , ou moins dignesde 1 etre (2). En general, il y a peu de sujcts oii Ton puisse

(1) Mem. (le I'acad. des sciences, an. 1788, p. 44-

(2) Walleriiis, par exemple ( Sy sterna mineral, edit. 1778, torn. 1 5 p. 145 ) attribue la double refraction i a une fissure imperceptible , qui interronipt la continuite du Spatli. Citer tine pareille opinion , c'est la refuter.

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compter un plus grand nombre d'autorites , toutes contraircs les unes aux autres , et en citer de plus imposantes entre celles qui meiitent d'etre pesees«

II est a remarquer que la question dont il s'agit, est compliquec de deux questions tres-distinctes. L une concerne la determination des routes que suit la lumiere dans le Spatl; , et I'autre , celle de la cause physique du phenon^ene. La premiere depend de lobservaiion exacte des faits ; la se- conde a pour but de lier ces faits avec quelque principe auquel on puisse les ramener. Les pby- siciens qui se sont occupesde la double refraction, ont dirige leurs recherches vers Tune ou I'autre de ces questions , chacun suivant son gout ou ses connoissances ; et quelques-uns les ont em- brassees toutes les deux a-la-fois. De ce nombre csu Newton , dont nous exposerons bientot Ic sen-« timent au sujet de la scconde.

Dans la vue de repandre quelque jour sur une question embarrassee de tant d'incertitudes, je me suis occupe , par preference , de la question rela- tive aux loixduphenomene , etj'ai desire dabord de savoir si la refraction du rayon d aberration pouvoit etre ramentrc a un plan fixe , comme le vouloit la Hire , ou si eile s-uivoit une loi parti- culiere , comme I'avoient avance Newton et Huyghens. Ayant fait coastiuire avec soin ua

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instrument destine a mesurer les angles d'inci- dence et de refraction du rayon visuel , j'ai com- mence par determiner un grand nombre de sinus deces memes angles, rapportes au plan dirige sui- vant^x (pl.32,y?g-. 4), en me servant dun rhom- bo'ide tres-diaphane , et qui avoit environ cinq pouces de cote. Mais , dans ces sortes de recher- ches , qui sont necessairement afFectees de petites erreurs d'observation , il y a toujours quelques fractions de dcgrc , dont I'observateur peut dispo- ser , en quelque sorte , a son gre , en les regar- dant comme 1 efFet dun ecart en plus ou en moins , dans les mesures prises ; et quoiqu'il me parut, en general , que Thypothese d\in plan fixen'etoit pas admissible, par le defaut de rap- port constant entre les sinus d'incidence et dc refraction , je ne pouvois cependant m'assurer d'etre parvenu a uue asscz grande precision , pour ctre en etat de prononcer definitivement sur ce sujet : d'ailleurs , on est reduit , en pareil cas , k enoncer ce que Ton a observe , sans pouvoir en donner la demonstration , et il n'en resulte qu'un nouvcan confiit d'autorites contraires, c'es-a-dire, souvent un surcroit d incertitude.

Enfin,il-se presenta une observation nette , trcs-facile a repeter, ct indcpendante de toute ine- sure d'angks, qui me parut rncner directcmcut an

( i65 ) but. Volqi en quoi ellc consiste : Si Ton pose un rhombo'ide de Spath sur un papier ou Ton ait marque deux points visibles.on voit , en general, quatre images, unc ordinaire , et une d'aberration pour chacun des deux points. Mais en faisant va- rier les distances des deux points , rclativemcnt a une position determinee de Toeil, je m'appcrgus qu'il y avoit telle distance qui faisoit voir deux des quatre images coniondues en une scule , en- sorte qu'il n'en rcstoit plus que trois , dont celle qui c'toit formee par Ic concours de deux images, avoit seulement une teinte plus foncee (i).

Soittoujours aenh ( pi. 32,^^.5 ] le meme qua- drilatere , et p , I , les deux points dont il s'agit, situes de maniere que le rayon visuel sop etant perpendiculaire sur b n , 1 oeil n'appercoive que trois images au lieu dc quatre. Si Tun ou Fautre des deux points cxistoit seul , Toeil en dibtingueroit deux images , a I'aide d'un rayon ordinaire et d un rayon d'aberration. Mais puisque des trois images

(i) Pour faiie cette observation pins facllement , on pent niarqxier un premier papier sxir un point fixe , et un second sur le sommet d'un autre papier taille en triangle aigu , et cpie I'ou fera glisser sous le rhombo'ide. De cette maniere , on aura un point mobile , que I'on approcliera ou qiie I'on ecartcra a volonte du point fixe , jusqu'a ce r^ue l(?s quatre images se trouvent reduitcs a trois.

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que I'onappergoit, quand les deux points existent a-la-fois