INVENTAIRES
DE JEAN
DUG DE BERRY
INVENTAIRES
DE JEAN
DUG DE BERRY
(1401-1416)
PUBLIES ET ANNOTES
PAR
JULES GUIFFREY
Membre du Comite des tr'avaux historiques et archeologiqiies au Ministere de I'lnstriiction publique
TOME PREMIER
PARIS
ERNEST LEROUX, EDITEUR
28, RUE BONAPARTE, 28 1894
fcgrapWe Braun
-Heiio6,Imp.lem%rciet
JEANNE DUCHESSE DE BEE.RY
Dessin de Holbein au musee de Bale
d'apres lafi^ure a§^enouillee dutombeau de Bourses
t
INTRODUCTION
Le troisieme fils du roi Jean II, d'abord comte dc Poitiers, puis due de Berry, a laisse dans I'histoire la reputation d'un collectionneur emerite, digne d'etre compte parmi les amateurs les plus delicats et les plus passionnes de tous les temps et de tous les pays.
Cette opinion se trouve pleinement justifiee par I'exa- men des documents qui suivent et dont le texte integral parait ici pour la premiere fois.
Rien ne fait mieux connaitre les gouts, les mceurs, les moindres details de la vie intime de nos ancetres que ces inventaires dont il est superflu de vanter I'in- teret. Or, parmi les nombreux documents de cette na- ture conserves dans les depots scientifiques, il n'en existe peut-etre pas qui egale en importance la liste des tresors amasses par le due Jean de Berry.
Nous possedons trois inventaires de cette collection ^.es inventaires. princiere, tous trois de date differente, oifrant tous trois d'importantes variantes. Le texte de chacune de ces redactions merite done d'etre connu dans ses moindres details; c'est le but que nous nous sommes propose, en ■ cherchant a eviter toute repetition inutile. L'ctendue des descriptions ainsi que les notes nombreuses et precises, ajoutees en marge des articles, nous renseignent a mer- veille, non seulement sur la qualite, mais aussi sur la formation et la dispersion de ces tresors incomparables.
Observons toutefois que les trois inventaires du due de Berry, dates dc 1401, 141 3 et 1416, repondaient a
• II INTRODUCTION
des neccssites differentcs; aussi leur redaction a-t-elle garde la trace des preoccupations auxquelles ont obei leurs auteurs. Lini'ciit.Tirc Seul, Ic i^remicr de ces documents, conserve au Cabi- net des manuscrits de la Bibliotheque nationale (i), ofl're tous les caracteres d'un inventaire proprement dit. Precede du mandement adressc, en novembre i4oi,aux conseillers et secretaires du Due, pour leur ordonner de proceder a la description de ses tresors, ce catalogue a pour redacteur Guillaume de Ruill}^ garde des joyaux, qui le commenca au chateau de Dourdan, le 2 decem- bre 1401. Selon la methode generalement adoptee pour les textes de cette nature, le garde des jo3'aux se rend successivement dans les dilTerentes residences de son maitrc et decrit, Tun apres I'autre, les objets precieux qu'il rencontre, en suivant I'ordre du classement mate- riel. Sans doute, par la force meme des choses, il debute par les articles les plus precieux ou les plus remarqua- bles; mais il sc preoccupe assezpeu d'introduire dans sa liste une methode suivie. Du chateau de Dourdan, ou I'in- ventaire est commence, Guillaume de Ruilly se trans- pose, le 16 decembre, a Paris, pour continuer les ope- rations. Le due de Berry ne possedait pas moins de dix ou douze residences a la ville et a la campagne, commc on le verra ci-apres; ses joyaux se trouvaient disse- mines un peu partout dans ses nombreux chateaux. La description se poursuit done par la liste des pierres pre- cieuses ou des pieces d'orfevrerie garnissant I'hotel de Nesle. Les commissaires adjoints au garde des joyaux s'occupent assidument de ce travail en decembre et Jan- vier. A I'article 359 finit la premiere partie des collec- tions conservee a Dourdan et a Paris. Avec le n° 36o,
(i) N" 1 1496 du fonds franfais. Voycz la description matcricllc dc cc manuscrit ci-apres, t. II, p. i.
INTRODUCTION HI
nous passons au chateau de Mehun-sur-Yevre, une dcs residences preferees du prince. Les commissaires y con- tinuent leur travail le i5 mai 1402, et se trouvent en presence d'une partie des plus belles pieces du tresor.
Guillaume de Ruilly etait a cette epoque sur le point de remettre les fonctions de garde des joyaux a Robinet d'Etampes qui resta investi de cette mission de con- fiance jusqu'aux derniers jours de la vie du prince, et c'etait pour obtenir la decharge des graves responsabilites lui incombant du fait de sa charge qu'il avait du proce- der a cet inventaire detaille.
De Mehun-sur-Yevre la commission se rend a Bour- ges. La, I'enumeration des richesses deposees dans la grosse tour est poursuivie sans interruption le 29 mai 1402 et les jours suivants. Ce chapitre va du n'' 65o au n° 933. Apres une breve mention de quelques articles dont la place exacte n'est pas specifiee, commence (i), a la date du 17 aout 1402, la description des manuscrits conserves en la librairie du Due, au chateau de Mehun. Puis, vient une serie d'objets remis naguere a Guillaume de Ruilly par Jean d'Etampes, le pere de Robinet, et delivres a divers particuliers par le depositaire, sur Tor- dre ecrit du prince (2). Naturellement, cette derniere categorie de joyaux ne reparaitra pas dans les inventaires suivants. Le volume se termine par la nomenclature des draps d'or et de sole, des ornements de chapelle, linge, chapes, etc., confies, en fevrier 1403, a la garde de Guillaume Fauvete, bien que le titre du chapitre desi- gne, comme depositaire de ces articles, Robinet d'Etam- pes. Le parement d'autel, brode de nombreuses figures, dont la minutieuse description figure dans I'article der- nier {n° 1 3 17), merite une attention particuliere. Nous
(i) N" 959 ct suivants. (2)N- 1081-1187.
IV INTRODUCTION
connaissons peu d'ornements de ce genre aussi magni- fiques. Gelui-ci, donne par le Due a I'eglise de Ghartres et signalc dans tous les inventaires du tresor de cette eglise, ne fut detruit qu'en 1793, commc M. de Mel}^ I'a constate dans une etude recentc sur ce chef-d'oeuvre de I'art de la broderie (i).
Une notable partie des plus beaux joyaux enumeres dans le manuscrit de la Bibliotheque Nationale avait cesse d'appartenir au due Jean lorsque fut redige le compte de Robinet d'Etampes qui constitue le deuxieme inventaire en date des collections ducales. SahiTe'-cfiJpeiie ^^^^^ <^^ ^^ dcdicacc de la Sainte-Chapelle construitc dans de Bourg^es. j^, p^j^jg ^^q Bourgcs, Ic prince dota sa nouvelle fondation d'un choix de ses plus beaux joyaux. G'est ainsi que beau- coup d'articles, portes sur I'inventaire de 1401, ne repa- raissent pas sur les catalogues d'une date plus recente. Ges dons sont d'ailleurs soigneusement consignes sur le manuscrit de la Bibliotheque. II subsiste encore d'autres temoignages authentiques des largesses faites a la Sainte-Ghapelle de Bourges. G'est d'abord un petit cahier sur papier, recemment entre a la Bibliotheque Nationale (2), renfermant une liste de 348 articles, joyaux d'or et d'argent, manuscrits religieux et ornements de chapelle, donnes au sanctuiare lors de sa dedicace ou dans le cours des annees suivantes. La plupart des objets inscrits sur cette liste sont mentionnes dans I'inventaire de 1401 ; mais, a cote de ceux-la, s'en trouvent d'autres figurant ici pour la premiere fois. Gomme ces articles, par suite de la donation, cessent des lors d'appartenir aux collections ducales, on ne les rencontre necessairement dans aucun des inventaires ulterieurs. Les livres ou joyaux auxquels cette remarque s'applique et qui for-
(1) Voy. tome II, p. 1G6, note.
(2) Voy. tonic II, p. 167-1SG.
lit' 1 41 3.
INTRODUCTION V
ment ainsi en quelque sorte le complement de I'inven- taire de 1401, sont au nombre de quatre-vingt-dix.
Dans un travail deja ancien (i), M. Hiver de Beauvoir avait consigne le resultat de ses recherches sur les libe- ralitcs faites a la Sainte-Chapelle. Ce memoire a fourni quelques additions a la liste precedente (2). Encore con- vient-il de n'accepter qu'avec prudence les renseigne- ments provenant de cette origine, car M. Hiver de Beauvoir neglige souvent d'indiquer ses sources d'in- formation. Quoi qu'il en soit, les additions a I'inven- taire de 140 1, tirees de la publication de M. de Beau- voir, viennent s'intercaler chronologiquement entre le manuscrit de la Bibliotheque Nationale et le comptc de Robinet d'Etampes.
Ce compte (3), veritable inventaire dcs tresors appar- imcntairc tenant au due de Berry dans les dernicres annees de sa vie, a ete adoptc comme point de depart de la pre- sente publication. Publie integralement ici avec toutes les notes et commentaires qui I'accompagnent, il remplit notre premier volume tout entier. Peut-etre eut-il paru plus rationnel au premier abord de commencer par la publication de I'inventaire de 1401, d'en donner le texte complet et de rattacher a ce document les additions posterieures. II n'a pas dependu de nous qu'il en fut ainsi. Lorsque, peu de temps apres la mort de Germain Demay, il fut question de livrer a I'imprimeur le manu- scrit des inventaires, la copie etait cntieremcnt terminec et paraissait definitivement arretee. Ce ne fut que par la suite que les lacunes et les imperfections de la preparation premiere serevelerent successivement. Sansponctuation, sans notes, le manuscrit dut etre revu d'un bout a I'autre
(i) Memoires dc la Societc histovique du depavtcment dii Cher, tome I" ( 1 856-1 860).
(2) Tome II, Appendice, p. 3o5-3i6.
(3) Arch. Nat. KK 258.
INTRODUCTION
et complete. Quand le succcsseur dc Dema}', qui avait cru sc charger d'unc simple correction d'epreuves, s'apercut da travail enorme qui lui incombait, il etait trop tard pour reculer. Peut-etre eut-il hesite a accepter unc tache fort ingrate, s'il en eCit connu des Tabord toute la difficulte. II ne fallait pas songer a modifier le plan de la publication; les choses etaient trop avancees pour qu'on put revenir en arriere. II ne manquerait pas, au surplus, d'excellentes raisons pour justifier les prefe- rences de notre predecesseur et le choix du registre des Archives comme inventaire type. D'abord, c'est le seul qui ait recu, du commencement a la fin, un classement rationnel.Nous venons de constater que les descriptions de 1 40 1 etaient enregistrees quelque peu au hasard. Puis, presque tous les objets inscrits sur le registre de Robinet d'Etampes sont restes en la possession du Due jusqu'au jour de sa mort. Enfin, ce texte est enrichi de commen- taires et de notes d'un intc'ret considerable. L'ordre de publication adopte par notre devancier pent done se justifier par des arguments tres serieux. Dans tous les cas, nous ne nous sommes pas cru le droit de le changer.
Le compte de Robinet d'Etampes ou inventaire de 141 3 se trouve done designe dans les renvois par la lettre A (i), tandis que le n" 1 1496 du fonds francais porte partout la lettre B et celui de la Bibliotheque Sainte-Genevieve est represented par les initiales S G dans les notes du texte courant comme a la table de la fin du second volume.
Le petit registre en papier contenant la liste des dons faits a la Sainte-Chapelle de Bourges en 1405 et dans
(i) M. Dclislc, partantdu tcxtc Ic plus ancien,a donnc la lettre A, dans son Cabinet des Manitscrits, au volume dc la Bibliotheque Nationalc, la lettre B au registre des Archives. La lettre C designe le manuscrit dc Sainle-Gcnevieve, etc.
INTRODUCTION VII
Ic cours des annees suivantes (i), figure, dans nos notes comme a la table, sous la rubrique D.
Quand on examine en detail le compte de Robinet d'Etampes, on est frappe de Tordre et du classement des articles, denotant un esprit de methode fort remarqua- ble. Le gardien des collections a inventorie les tresors confies a ses soins a la fois suivant leur nature et sui- vant leur provenance ; cela ne laisse pas que d'aug- menter singulierement I'interet de cette nomenclature.
Tout d'abord, deux grandes divisions chronologiques : Divisions
^ dc I'inventaire
la premiere partie, du n° i au n" 1099, renferme les dc 1413. joyaux ou livres remis a Robinet d'Etampes avant le 3 I Janvier 141 3 (nouv. St.); les acquisitions faites depuis ce jour-la jusqu'au 16 juin 1416, date de la mort du prince, forment la seconde partie, du n° 1 1 00 au n° 1 25 1 .
Chacune des deux series comporte un certain nombre de chapitres : Joyaux pour chapelle. — Joyaux pour le corps de Monseigneur le Due. — Pierreries des joyaux et vaisselle depeces. — Vaisselle d'or ct d'argent. — Livres. — Draps de sole, linge.
Des tapisseries et des broderies il n'est point ici ques- tion ; Robinet d'Etampes n'en avait pas la garde.
La deuxieme partie du compte reproduit les memes rubriques que la premiere. Ghaque chapitre se subdivise lui-meme en un certain nombre de paragraphes. Ainsi les jo3'aux pour chapelle comprennent les sous-titres sui- vants : Croix d'or et d'argent. — Tableaux, reliquaires et petits jo3-aux. — Images d'or et d'argent. — Calices, portepaix, corporaliers, boites et burettes. — Chande- liers, bcnitiers, encensoirs. — Autels portatifs. — Autres joyaux pour chapelle. — Reliques saintes.
Citons un autre exemple de ce classement metho- dique : le chapitre des joyaux et vaisselle depeces est
(i) Nouvcllcs acquisitions, fonds fran^ais, n° i363.
INTRODUCTION
reparti en huit subdivisions : i" Rubis. 2" Rubis balais. 3° Saphirs. 4" Emeraudes. 5'^ Diamants. 6'^ Perles. 7° Sceaux ct signets. 8° Anncaux et pierres de nulle ou petite valeur.
Seuls, les livres se presentent dans iin desordre evi- dent. Sans doute, le garde les a inscrits comme il les trouvait ranges siir les ra3'on'S ou dans les coffres.
Mais Robinet d'Etampes ne s'en est pas tcnu la. Dans chaque subdivision, il distingue soigneusement la pro- venance et etablit trois classes : ancienne collection — dons — achats. Ainsi, les croix d'or et d'argent formantla premiere categoric des jo3'aux pour chapelle sont repar- ties en croix d'or et d'argent des inventaires, c'est-a-dire possedees park prince avant 141 3, croix d'or et d'argent achetees par Monseigneur, croix d'or et d'argent donnees a Monseigneur. Le garde des joyaiix ne neglige pas une occasion de noter tout ce qu'il sait des circonstances de I'acquisition, ct aussi le nom du donateur commc la date de la donation.
On saisit maintenant tout le prix de pareilles indica- tions, lorsqu'elles viennent s'ajouter a des descriptions fort completes par elles-memes. Quanta lafidelite de ces descriptions, un exemple suffira pour montrer le scru- pule et la conscience du redacteur. II existe encore cer- taines reproductions des medailles d'or de Constantin et d'Heraclius, inscrites sous les n°^ 199 et 200 de Tln- ventaire. Or, sur les exemplaires conserves au Cabinet des Medailles, les legendes latines ou grecques repon- dent exactement au texte de Robinet d'Etampes, de sortc qu'il ne subsiste aucun doute sur I'identite des unes et des autres.
Ces ingenieuses divisions recommandent tout parti- culierement Tinventaire des Archives nationales et justi- fieraient, s'il en etait besoin, le choix de ce manuscrit comme point de depart de la publication.
INTRODUCTION IX
Jusqu'a la fin de son travail, Robinct d'Etampcs a suivi fidelement la classification adoptee des le debut; dans Tenumeration des articles acquis entre le 3i Janvier 1413 etle 16 juin 1416, il n'a plus a se preoccuper des anciens inventaires ; mais il distingue avec soin les objets ache- tes des dons faits au due de Berry.
Nous n'insisterons pas davantage sur I'utilite de ces precieuses mentions. Elles nous edifient sur les relations et les alliances du prince, sur sa generosite, sur les habi- tudes du temps. Sans doute, des sommes immenses furent englouties pour des acquisitions de pierres pre- cieuses, de matieres d'or et d'argent artistement travail- lees. Mais c'etait une obligation, imposee par un rang illustre, que d'offrir periodiquement aux etrennes, a Tissue des grandes receptions, ou a I'occasion des cere- monies oflicielles, de somptueux presents. Tous les comptcs de Tepoque, ceux de Charles V et de Char- les VI, comme ceux des dues de Bourgogne et du due de Berry, temoignent de I'importance de ces cadeaux, dont les seigneurs ayant le souci de leur dignitc et de leur reputation n'auraient pas ose se dispenser. Le nouvel an surtout etait le pretexte de liberalites periodiques : sur trois cent cinquante objets de nature diverse, offerts au due de Berry par des person nages de toute condition, cent soixante-dix-sept joyaux et vingt-quatre manuscrits entrerent dans le tresor de Bourges a I'oecasion des etrennes, dans I'espaee d'une quinzaine d'annees, dei4oi a 141 6. On connaissait le gout du prince pour les objets d'art et les euriosites de toute nature, et chacuns'empres- sait de gagner ses bonnes graces en flattant sa passion. La politique ou les simples convenances imposaient au due de Berry le devoir de ne pas se montrer moins gene- reux. Aussi,les notes marginales ajoutees au compte de Robinet d'Etampes, notes destinees dans le principe a scrvir de deeharge au garde des joyaux, constatent-cUes
INTRODUCTION
la sortie dc deux cent trente-un articles distribues, de 1401 a 1416, au roi Charles VI, aux personnes de la famille royale, aux familiers et aux officiers de la maison ducale, ou encore a des princes etrangers. Ces memes notes, qui racontent en quelque sorte I'histoire abregee de ces fameuses collections, temoignent qu'aux deux cent trente- un articles offerts en present, il faut en joindre treize autres perdus ou voles, deux restitues aux chapitres de Chartres et de Saint-Denis qui en reclamerent la pro- priete apres la mort du prince, et une soixantaine envi- ron qui furent alienes immediatement apres le 16 juin 141(3, au prix de 6933 livres tournois, pour subvenir aux depenses urgentes de la succession. Encore n'avons-nous pas compris dans ces chiffres les objets legues aux deux fiUes du Due ou a elles attribues en acquit de leur dot. Les details dans lesquels on vient d'entrer prouveut suffisamment, croyons-nous, qu'il existe peu d'inven- taires aussi riches en renseignements de toutes sortes que le compte de Robinet d'Etampes, et etablissent du meme coup la necessite d'en faire connaitre le texte complet. invcntaire Arrivous maiutcnant au dernier inventaire, conserve
dc 1416. .
aujourd'hui a la bibliotheque Sainte-Genevieve.
Ce volume renferme le compte de Jean Lebourne, secretaire et controleur de la depense de Thotel du due de Berry, charge, apres la mort de son maitre, de veiller au reglement des dettes, a I'execution du testament et aux depenses funeraires. Le compte se divise done en deux parties distinctes : Recettes, Depenses. Bien que la seconde contienne d'instructifs renseignements sur la maison du due de Berry, sur le partage de ses tresors, renseignements dont nous avons pris bonne note, nous devions nous attachcr specialement a la premiere, c'est- a-dire a I'enumeration des objets precieux constituant la fortune liquide du prince au moment de son deces.
INTRODUCTION XI
Tout tn rcstant inferieur aux manuscrits dcs Archives etdela Bibliotheque nationale sous le rapport de la correc- tion etdc la calligraphic, celui de Sainte-Genevieve, plus souvent consulte que les precedents par les historiens, vient utilement les completer. II debute par la transcrip- tion du testament et des codicilles du defunt et par la copied'un certain nombre de pieces garantissant la regu- larite des operations. En suite, commence la liste des objets recueillis dans les differentes residences du Due et transferes a Paris. Par suite de sa destination spe- ciale, cet inventaire renferme un element qui manque aux autres. Chaque article est accompagne d'une esti- mation de sa valeur venale. Comme on connait pour un certain nombre de joyaux precieux le prix d'acquisi- tion, on pent constater souvent un ecart considerable entre ce chiffre et I'estimation de Jean Lebourne. Or, ce dernier parait s'etre tenu a des evaluations assez exactes, et la vente ulterieure de plusieurs articles prouve qu'il s'est rarement trompe. Notons toutefois que la situation de la France en 141 6 etait particulierement defavorable pour la liquidation d'une succession pareille. Assurc'ment, des objets de grand prix, acquis depuis plusieurs annees, avaient perdu facilement la moitie de leur valeur marchande, ou meme davantage.
Comme nous I'avons fait pour Timpression de I'inven- taire B, nous avons remplace, dans Tinventaire de Sainte-Genevieve, les articles deja decrits dans le regis- tre des Archives par des renvois aux numeros de ce registre. L'inventaire de 141 6 fournit toutefois environ quatre cent quarante articles entierement nouveaux, consistant surtout en tapisseries, linge, vetements, pier- res precieuses, reliques et autres objets de faible valeur. Le nombre des joyaux de prix non mentionnes sur les listes anterieures est fort restreint. La serie de beaucoup la plus remarquable est celle des tapisseries. Comme les
INTRODUCTION
tentures historiees etaient confiees aux soins d'lm servi- tcLir autre que le garde des joyaux, elles ne pouvaient se rencontrer avec les precedentes enumerations de pier- res precieuses et d'orfevrerie. L'inventaire de Sainte- Genevieve est done le seul ou soient decrites les tapisse- ries, les chambres d'etoffe et aussi les robes du prince. Pour le meme motif, le linge ne parait que sur le compte de Jean Lebourne. Les autres articles n'ont qu'un faible interet. A la suite de chacun d'eux, on a soigneusement conserve le chiffre de Testimation, deja porte en note de l'inventaire A. Cette repetition a paru necessairc pour permettre d'etablir la valeur exacte de la collection du- cale au moment de sa dispersion.
On ne pouvait songer a reproduire intc'gralemcnt la seconde partie du registre, consacree a la dcpense, au compte des obseques et funerailles, aux liberalites distribuees, suivant I'usage, entre les oificiers de la mai- son du defunt, et a la delivrance des legs inscrits dans le testament. Toutefois, ces longs developpements ont ete sommairement resumes. Tous les passages concernant I'attribution de quelque objet de la succession sont con- serves. La repartition des biens mobiliers entre la du- chesse de Bourbonnais et la comtesse d'Armagnac avait ete soigneusement consignee par Lebourne dans la rela- tion des operations. La liste des objets revendiques par les deux princesses occupe de longues pages, ou cha- que article vise se trouve reproduit en enticr; ce qui nous a permis d'inscrire, a la suite des articles de l'inventaire, le nom de la pcrsonne a laquelle il etait attribue. On trouvera enfin, a la page 294 et suivantes, la liste complete des numeros de tous les objets remis aux Hlles, a la veuve du Due, a ses differents legataircs ou a d'autres personnages qui userent d'artifices plus ou moins ingenieux pour se procurer la part convoitee de cette opulente succession.
INTRODUCTION XIII
Quant aux pieces d'orfevrerie, aux joyaux de prix qui n'avaient pas ete revendiques par les heritiers ou n'avaient pas recu une attribution speciale, on serait tente de croire qu'ils servirent a desinteresser les crean- ciers. II n'en fut rien. D'un compte original, portant la date de 141 7, il resulte que le roi de France ou ses reprc- sentants s'emparerent de presque toutes les matieres precieuses provenant de I'oncle de Charles VI, pour les convertir en bonnes especes d'or et d'argent et les employer au payement des hommes d'armes qu'on enro- lait alors contre les Anglais (i).
Les divers inventaires reunis dans la presente publi- cation apportent done chacun leur contingent utile a la liste des tresors amasses par le plus fameux collection- neur du moyen age.
A la suite des inventaires, nous avons reuni quelques documents tires de sources differentes et fournissant un complement d'informations a I'objet de la presente etude. C'est d'abord une liste de manuscrits non inventories et dont les patientes recherches de M. Leopold Delisle ont permis de determiner la provenance. Viennent ensuite divers extraits et fragments de comptes relatifs a des acquisitions de joyaux ou de manuscrits. Le volume se termine par un certain nombre de passages du manu- scrit de 141 7 dont nous parlions plus haut, passages relatifs a certains joyaux legues au roi de France ou res- titues aux heritiers de Jean de Montaigu.
Apres un depouillement minutieux de la plupart des comptes du due de Berry, il nous eiit ete facile de multi- plier ces extraits. La crainte d'allonger outre mesure la presente publication nous a conduit a restreindre les citations. Cependant, les inventaires et les comptes se
(i) Voyez le ins. fr. 6747 a la Bibliothequc Nationale et la lin de notre 2" volume, p. 33(j-'i44.
XIV INTRODUCTION
complctent mutuellement. Bicn des points obscurs de- vront au rapprochement de ces sources diverses une lumiere inattendue. Nous allons essayer de montrer, a I'aide d'articles tires de la comptabilite que nous avons depouillee en vue de ce travail, la precieuse contribution que fournirait a I'histoire des moeurs, du costume, des industries somptuaires, et meme au recit des faits poli- tiques ou militaires, I'etude attentive des registres oii les tresoriers des grands personnages inscrivaient, mois par mois, leurs recettes et leurs depenses. \iufdc^Dcrrr" L'exauicn des comptes encore existants du due de Berry fournit une preuve categorique de I'exactitude de ce qu'on vient d'avancer.
A part un certain nombre de fragments epars dans divers recueils du Cabinet des manuscrits, les details rapportes ici proviennent de huit registres conserves aux Archives nationales; en voici la liste chronologique :
iSyo-iSyS : Comptes d'Etienne Valee, maitre de la chambre aux deniers (KK 2 5 i) ;
■ I 374-1 378 : Comptes de Nicolas Mangin, maitre de la chambre aux deniers (KK 262) ;
Novembre i 397-fevrier 1399 : Comptes de Philippon de Veauce et de Jean de Ruilly, successivement maitres de la chambre aux deniers (KK 253);
Mars I 399-septembre 1401 : Comptes de Jean Her- mant, maitre de la chambre aux deniers (KK 254);
141 3-1 41 4 : Compte de la tresorerie du due de Berry tenu par Mace Heron, tresorier general du Due (KK 25o);
I 382-1 387 : Comptes des batiments du due de Berry, tenus par Jean de Saingnon, payeur des a^uvres et salaires des journees (KK 255-257).
En dehors de ces volumes bien connus et souvent consultes, on rencontre des debris de nos comptes un peu partout; chaque jour en fait decouvrir de nouveaux.
INTRODUCTION XV
Sans sortir dc notrc grand depot central, certain feuillet detache vient d'etre signale dans la reliure d'un inven- taire des joyaux du metier des orfevres parisiens. Les mentions qu'il contient sont, il est vrai, d'un faible interet (i). D'autres feuillets detaches ont ete recueillis a la Bibliotheque Nationale; ils presentent sur les acqui- sitions de joyaux des indications precises, reproduites dans notre Appendice. Les quittances enfin donnent sur les achats faits par le prince ou pour lui des details utiles anoter; telle est celle ou il est fait mention d'un por- tepaix d'or dont ne parlent pas les Inventaires (2). Des recherches nouvelles augmenteraient sans doute cette serie; mais on comprendra que nous n'ayons pu etendre bien loin nos investigations dans ce sens et que nous nous soyons borne a recueillir le resultat de trou- vailles deja signalees.
Enfin, si, depuis leur incendie, les Archives de Bour- ges ne peuvent promettre une abondante recolte aux chercheurs, d'autres depots provinciaux serviront peu a peu a combler les lacunes des collections parisiennes. Tout recemment, la publication du registre de Barthe- Re^istre lemi de Noces (j), serviteur du due de Berr}^ registre dc noccs. conserve dans les Archives municipales de Clermont-Fer- rand, vient d'apporter de nouvelles lumieres sur une periode bien anterieure a la redaction des Inventaires. Ce registre nous apprend qu'en i SyS, le tapissier Colin ou Nicolas Bataille, Tauteur de la precieuse tenture de I'Apocalypse d'Angers, se trouvait en relations assidues
(i) Archives Nationalcs T * 1490 6. Ces feuillets d'un compte de 1414 ne mentionnent que des payements faits a des chevauchcurs. L'invcn- laire des orfevres portant la date de 1427, la destruction du registre de depenses du Due remontait done au premier quart du xv" siecle.
(2) Donne en 1394 par le due d'Orlcans a son oncle. (Voy. tome II, p. 328.)
(3) Bibliothdque de VEcole des Chartes, 1891, tome LII, p. 220-258 et 517-572. La publication de cc texte est due a M. E. Teilhard de Chardin.
XVI INTRODUCTION
avcc Icduc Jean. Le nom de Bataille ne s'ctait pas jus- qu'ici rencontre dans les documents emanant dela chan- cellerie ducale.
Des artistes ct des marchands, Sandre le brodeur, Hennequin, Torfevre du Roi, Simon de Dammartin (i), changeur a Paris, Denis Raponde, marchand de Luc- ques, dont les noms se retrouvent ailleurs, d'autres en- core, paraissent a divers titres dans le registre de Bar- thelemi de Noces. II contient encore des listes de joyaux et de pieces d'orfevrerie mis en gage chez une juive, et chez un marchand florentin, nomme Bernart Chinon, pour le comptc du due Jean. Dans une enumeration de vaisselle vendue par Simon de Dammartin, figure un hanap d'or surmonte du cygne, si souvent reproduit, comme motif de decoration, sur les joyaux et les ma- nuscrits du prince.
En somme, cette compilation rcnferme nombre de mentions curieuses dont il n'est pas question dans les autres textes de la meme epoque. Esquisse Avant d'entreprendre I'examen detaille des matieres
reunies dans les inventaires que nous venons de decrire, il importe de rappeler sommairement les principaux faits de la carriere du prince qui nous occupe. Cette esquisse biographique n'est pas superfine pour I'intelli- gence des details qui viendront par la suite.
Le due de Berry naquit au chateau de Vincennes le 3o novembre 1 840, et mourut a Paris, en I'hotel de Nesle, le 1 5 juin 141 6, apres avoir connu, pendant cette longue existence de soixante-seize ans et demi , toutes les vicissitudes de la fortune. En effet, il passa sa premiere jeunesse avec les combattants de Grecy, et il eut le malheur de prolonger assez sa vie pour que les echos
(i) Peut-etre le tils du Jean de Dammartin, orfevre du due de Berry, tuc vers i364 par Jamin Beguin ct ses compagnons, comme on le verra plus loin.
biographique.
INTRODUCTION XVII
funcbrcs du desastre d'Azincourt vinsscnt desoler ses derniers jours.
Quand il naquit, la cour de France prcsentait I'aspect le plus brillant. La galanterie etait a I'ordre du jour. Veuf de Jeanne de Bourgogne, Philippe VI epousait, en 1 349, Blanche, fille de Philippe, comte d'Evreux, et de Jeanne de Navarre, princesse agee de dix-sept ans a peine, et une des plus belles femmes de son temps, assu- rent les chroniqueurs. Jeanne d'Evreux ne mourut qu'en 1398, et on salt par des temoignages formels que les relations les plus affectueuses ne cesserent de regner entre le due de Berry et sa grand'mere jusqu'a la der- niere heure (i).
Le roi Jean atteignait a peine sa trente-unieme annee quand ilmonta sur le trone, et deja Bonne de Luxem- bourg, sa femme, qu'il avait epouseedans sa premiere jeu- nesse, lui avait donnequatre fils et cinq filles. L'aine de tous, qui fut le grand roi Charles V, etait ne a Vincennes le 21 Janvier i337, alors que son pere n'avait pas encore atteint I'age de dix-huit ans. Les naissances se succe- dent ensuite a des intervalles rapproches : Louis, plus tard ducd'Anjou, vient au monde a Vincennes le 23 juil- let 1339; Jean est, comme on I'a vu, du 3o novem- bre 1340; le futur due de Bourgogne, Philippe, nait a Pontoise le i5 Janvier 1342. Lapauvre Bonne de Luxem- bourg succombait en 1349, d'epuisement sans doute ; elle etait remplacee, la meme annee, par Jeanne, fille du comte de Boulogne et de Marguerite d'Evreux. Ces cir- con stances ne sont pas etrangeres, comme on serait peut-etre tente de le croire, au sujet qui nous occupe. II resulte, en effet, de ces rapprochements que les premieres
(i) Le 12 mai iSgS, le due de Berry fait payer une certaine somme a Perrinet Le Picart, chevaucheur, pour aller de Paris a Neautie porter des lettres a la reine Blanche. (xVrch. Nat. KK 253, fol. 62;. Cette princesse mourut le 5 octobre 1 398.
b
XVIII INTROnrCTION
annees du due de Berry, ces annees dont les impres- sions si vives exercent une influence inelTacable sur les gouts de toute la vie, s'ecoulerent dans une cour elegante, amie du luxe, toute occupec de fetes et de galanterie, et dirigee dans cette voie par des princesses dans tout I'eclat de la jeunessc et de la beaute.
Nous voyons encore dans I'entourage du souverain Jeanne d'Evreux, la veuve de Charles IV, fille d'un de ces comtes d'Evreux dont la puissante maison eut a ce moment le privilege de fournir trois reines a la France. Marguerite, fille du roi Philippe V, mariee au comte de Flandre et mere de Louis le Male, contribuait aussi, avec la fille de Charles IV, epouse de Philippe d'Orleans et quine mourut qu'en i362, a I'ornement de cette cour, la plus policee et la plus brillante de I'Europe. Enfin, les cinq filles du roi Jean melaient les graces feminines aux jeux turbulents des jeunes princes. Dans un semblable milieu, il n'est pas etonnant que le futur due de Berry ait contracte de bonne heure des gouts d'elegance raffi- nee. La branche des Valois, on Ta remarquc souvent, a toujours manifeste une passion singuliere pour les productions de I'intelligence et de I'art. Pas un prince de cette dynastie n'echappe a cette loi generale. Le roi Jean lui-meme, bien qu'il ait merite par les fai- blesses et les desastres de ses dernieres annees les justes severites de I'histoire, parait avoir porte au plus haut degre I'amour de I'art et du luxe. Sa predilec- tion pour tons les souvenirs et toutes les pratiques de Tancienne chevalerie est bien connue. Ne posse- dons-nous pas de lui un portrait contemporain, d'une intensite de vie extraordinaire, pour temoigner, sinon de la beaute plastique de ses traits, du moins de son gout prononce pour la peinture? J'ai essaye jadis de demontrer que, si le sort des armes lui avait ete contraire, il avait su faire preuve dans sa jcunesse d'un
INTRODUCTION XIX
reel talent de diplomate (i). Comment un homme vul- gaire eut-il pu donner le jour a quatre fils aussi remar- quablcs, aussi bien doues que le roi Charles V, le due d'Anjou, le due dc Berry et le due de Bourgogne ? Un jeune erudit nous promet une etude detaillee sur le due de Berry (2). En attendant le resultat de ses reeherehes, nous pouvons affirmer que les vingt premieres annees du jeune prinee s'eeoulerent dans le milieu le plus propre a developper les inelinations d'un esprit naturellement ouvert a toutes les manifestations de I'art.
Sur I'enfanee et la ieunesse du frere eadet de Char- Jeunesse les V, les doeuments precis font defaut. II assistait a la due dc Berry. bataille de Poitiers sous la eonduite de son frere aine, et laeha pied avee ses compagnons des le debut de I'ae- tion. Mais pourquoi eonfier a des jeunes gens sans expe- rience une aussi lourde responsabilite? On oppose quel- quefois I'attitude timide de Charles et de Jean (3) a la bravoure intrepide de leur frere Philippe. Pure ques- tion de temperament peut-etre. Le fils aine du roi Jean n'etait pas ne pour les longues ehevauchees et les grands coups d'epee; or, le caractere de son frere presentait avec le sien de frappantes analogies, Meme penchant pour les joies calmes de I'interieur; meme passion pour les beaux livres, pour les riches orfevreries, pour les joyaux de grand prix; meme aptitude aux negoeiations epineuses. A d'autres le eommandement des armees, les surprises nocturnes, les marches forcees. Telle est la meilleure
(i) Voyez notrc Histoire de la Reunion du Dauphine a la France, Paris, 1868, in-8°.
(2) M. G. Lcdos a presentc en 1888, a I'Ecole des Chartes, une these sur la jeunesse du due de Berry. Ce travail est encore inedit ; nous n'en connaissons done que I'esprit general.
(3) Gepcndant le Pere Anselmc dit de notre prince : « II se trouva a la bataille de Poitiers ou il se comporta gcncreusement » (tome I, p. 106). Mais la banalite de cet cloge le rend suspect. II aurait besoin d'etre con- tirme par des textes contcmporains.
XX INTRODUCTION
excuse de la conduite des jcunes princes dans la rencontre funeste de Poitiers.
Ce desastre eut une inliuence directe sur les destinees du frere cadet de Charles V. II portait jusque-la le titre de comte de Poitiers et de Macon. Le comte de Poitiers devait former son apanage ; mais le traite de Bretign}^ ayant fait passer cettc province sous la domination an- glaise, il fallut bien chercher une compensation pour le prince depossede. Des i359, avant meme la conclusion du traite, le roi I'avait investi de la lieutenance du Lan- guedoc. Par suite de cette mission, il se trouva en rela- tions avec la haute noblesse du Midi, et, le 24 juin iSdo, il epousait, a Carcassonne, Jeanne, fille de Jean P'" d'Ar- magnac (i) et de Beatrix de Clermont, alliance qui devait avoir une portee considerable sur la politique du prince pendant tout le reste de sa vie. La meme annee, en echange du comte de Poitiers abandonne aux Anglais, il recevait en apanage le duche de Berry et le comte d'Auvergne. C'est sous le titre de due de Berry qu'il sera designe desormais dans les actes de sa vie publique et qu'il est connu dans Thistoire (2).
A ce moment s'arrete la premiere periode de sa car- riere. Quoiqu'age de vingt ans a peine, le due de Berry, allie par son mariage a une des plus grandes families du midi, disposant a son gre des vastes ressources d'une des plus riches provinces de France, est un personnagc considerable dans le royaume. Nous allons le voir, apres le couronnement de son frere, prendre dans le conseil et aussi dans les combats une part active au relevement du pays.
(i) Le contrat de mariage est conserve aux Archives Nationales J. 186 B, n" 82, 83. Le comte d'Armagnacdonnait, ou du moins promet- taita sa fille une dot de cent niille florins d'or.
(2) Voyez le resume des lettres-patentes portant cession du Berr)- dans Raynal, Histoire du Berry, t. Ill, p. 377.
INTRODUCTION XXI
Tout d'abord, il dut partir pour I'exil. En rcndant la Dcxicmc liberte au roi Jean, le traitc de Bretign}' avait specifie '"'""";v!f ''^'"'^ que deux de ses fils seraient remis comme otages aux ' "" '"■'" Anglais, jusqu'a I'entiere execution des conventions. La captivite semble n'avoir pas ete bien dure au jeune prince. A peine rendu en Angleterre depuis quelques mois, un sauf-conduit d'Edouard III I'autorise a repasser le de- troit. II part le 6 mai i36i, sous condition de se consti- tuer a nouveau prisonnier avant le i5 aout. On le retrouve en France au mois d'avril de I'annee suivante. Un arrangement du mois de novembre i362 avait permis aux otages de rentrer dans leur pays.
Toutefois, en avril 1364, notre prince etait de nouveau prisonnier, car son frere lui envo3'ait un message en Angleterre (i). II habitait done encore Londres quand son pere, apres avoir regagne sa prison par un scrupule, excessif peut-etre, de loyaute chevaleresque, venait a mourir dans cette ville, le 8 avril. En cette circonstance, le jeune frere de Charles V etait tout designe comme rintermediaire naturel entre le nouveau roi de France et les Anglais.
Le 21 septembre, le due Jean n'est pas encore de retour en France, car a ce moment, le Roi lui alloue la somme de cinq cents francs d'or par mois « pour qu'il puisse honorablement avoir et soustenir son estat oudit ostage » en Angleterre (2).
Enfin, en Janvier i365, nous le trouvons installe a la cour de Charles V. II recoit de son frere, al'occasion des etrennes, quatre coursiers avec quatre selles d'unc valeur de 600 francs d'or (3). A partir de ce moment les dons royaux vont chaque jour se multiplier. Une rente de mille francs d'or par mois est assignee au prince
(() L. Delisle, Mandcments de Charles V, n" 2 19 avril 1364. {2) Ibid., irSS. (3) Ibid., n° i63.
INTRODUCTION
« pour son cstat mieux soustenir (i) », sans compter les dons particuliers que le Due obtient frequemnient de la generosite de Charles. Un jour, c'est une rente via- gere de 4000 livres sur le comte et la ville de Macon (4 fevrier 1367); peu apres, s'y joint I'abandon des aides du comte de Clermont (i3 fevrier), enfin la cession pour une annee des aides des dioceses de Bourges, Clermont, Saint-Flour et Macon. Un peu plus tard, quand le Due prendra une part active aux operations militaires contre les Anglais, son frere ne lui menagera pas les subsides. Le 14 octobre 1369, Charles ordonne de lui compter 2000 livres tournois par mois « pour soustenir les frais de la guerre (2) ». Le 25 aout 1372, le Due recoit d'un seul coup 12000 francs d'or en dedommagement des frais supportes par lui pour la prise de Saint-Severe, de Chauvigni, de Poitiers et autres lieux (3). Nouvelle indemnite de 8000 livres tournois, payee le 6 avril i373, pour les depenses du siege de La Souterraine (4).
Ces largesses ineessantes pourraient surprendre si Ton ne savait que le regne de Charles V fut pour la France une periode de reparation et une ere de pros- perite. Quand on suppute les tresors amasses par le Roi et par ses freres en pleine guerre contre les Anglais, au lendemain des lourds sacrifices exiges par la rancon du roi Jean, on a peine a expliquer une pareille pros- perity dans d'aussi tristes eirconstanees. Jamais, dans tout le cours du moyen age, le pouvoir de I'argent ne tomba aussi bas que dans la sceonde moitie du qua- torzieme siecle. Cette remarque souvent faite et re- cemment confirmee par les observations d un eco-
(1) L. DeVis,\e, Mandements de Charles V, n" 174.
(2) Ibid., n° 5g2.
(3) Ibid., n° gi I.
(4) Ibid., n°96o.
INTRODUCTION
nomiste distingue (i), prouve que la fortune de la France n'avait pas ete profondement entamee par les defaites dc Crecy et de Poitiers. Son prestige militaire
(i) La fortune mobilidre dans Vhistoire : I, Le pouvoir de I'argent par M. le vicomte d'Avencl. {Revue des Deux Mondes, i5 avril 1892, p. 834 ct 839.) Voici comment I'auteur parle du pouvoir de I'argent a I'epo- que qui nous occupe : « Quatre fois et demie plus fort que de nos jours dans le premier quart du xiii" siecle, il diminue graduellement a quatre jusqu'a Philippe le Bel, puis a trois et demi sous les dcrniers Capetiens et en iSSi-iSyS a trois fois seulement ce qu'il est aujourd'hui... Un memoire de iSyS s'occupe de I'abaisssement de la valeur de I'argent et de I'elevation du prix des denrees. » Aussi plus loin I'historien pose-t-il cette question : a L'histoire aurait-elle exagcre ? Ferait-elle dater a tort du milieu du xiv siecle I'ere desastreuse qui ne devait commencer qu'avec le xv° siecle ? » Peut-etre un facteur dont il n'est pas assez tenu comptc dans cette etude a-t-il exerce une influence immediate sur ccs rapides alternatives de prosperite et de ruine. La circulation monetairc etant infiniment plus restreinlea cette epoque que de nos jours, lorsqu'un cvenement imprevu, un dcsastre comme Crecy ou Poitiers creait ino- pinement de grands besoins d'argent monnaye pour la solde des gens d'armes ou la ran^on du Roi, la penurie du tresor royal devait absorber subitement tous les capitaux disponibles, ceux du moins qui ne se cachaient pas. De la, disette momentanee ; mais la prosperite publique ne se trouvait pas par la profondement atteinte. II suffisait de quelques annees d'un regne reparateur comme celui de Charles V pour regagner tout ce qui avait etc perdu et au dela. Les somptueux tresors d'orfevrerie et les joyaux de toutes sortes amasses par le Roi et ses freres dans une assez courte periode fournissent le meilleur temoignage de cet accroisse- ment prodigieux de la richesse publique. C'est un fait etabli et que sem- ble meconnaitre M. d'Avenel quand il ecrit (p. 840): « Un fait singulier, mais appuye de nombrcux temoignages, c'est que la quantite d'argent et d'or consacree aux bijoux^ aux meubles, aux usages domestiques, par con- sequent retiree de la circulation monetaire, est beaucoup plus grande au xV siecle, ou I'argent est cher, qu'au xiv° ou I'argent est bon marche. Les particuliers et les princes du xiv" siecle avaient bien moins d'ar- gentcrie que ceux du xv". » II nous parait y avoir la une errcur mate- rielle. Comment un auteur si bien informe a-t-il pu ignorer que, pour un exemple fourni par la fin du xv° siecle, celui de Charles le Teme- raire, on en citerait dix, vingt autres du xiv", detruisant absolumcnt I'as- sertion contenue dans ce passage. D'ailleurs, la vaisselle d'argent de Jean Sans Peur, non plus que celle dc son pere n'etaicnt mcsquines, comme le croit M. d'Avenel. II pourrait s'cn convaincrc en lisr.nt les inventaires de ces princes.
XXIV INTRODUCTION
scul futatteint; mais les sources dc sa prospcritc n'ctai cnt pas taries, et on peut affirmer que, sans les troubles et les malheurs du regne de Charles VI, la sage adminis- tration de Charles V eut panse toutes les blessures de la guerre et ramene partout I'abondance.
Si ce prince, au milieu dcs guerres incessantes qu'il eut a soutenir, put amasser le magnifique tresor dont nous possedons I'inventaire detaille, si ses trois freres, les dues d'Anjou, de Berry et de Bourgogne, parvinrent a former en quelques annees les immenses collections de joyaux dont la description nous frappe dY'tonnement, ce fait n'offre-t-il pas la preuve la plus peremptoire de I'extreme richesse du pays et de ses ressources infinies? II serait difficile en effet de citer dans I'histoire un autre exemple de quatre freres reunissant en meme temps, dans le meme royaume, des tresors comme ceux dont nous possedons les inventaires. Et celui du due de Berry, on ne doit pas I'oublier, n'occupait pas le premier rang ; a peine soutient-il lacomparaison avec les richesses du due de Bourgogne.
Toutefois, pendant toute la duree du regne de Char- les V, les gouts de son frere pour les merveilles de I'or- fevrerie ou de I'enluminure ne semblent pas s'etre encore donne libre carriere. II prend une part directe, souvent active, a la lutte contre I'etranger. On possede une partie des comptes du due de Berry pour toute la periode qui s'etend de iSyo a 1878; or, dans ces registres, les depenses somptuaires, les achats de bijoux ou de joyaux tiennent relativement peu de place, tandis que de nom- breux passages attestent I'interet du prince pour les ope- rations militaires, son desir de seconder les efforts des vaillants capitaines places a la tete des troupes royales. Roicmiutaire Slgualous uotaiiiment les frequents messages expedies duc/c"Bcnj. a Du Guesclin, a Olivier de Clisson, au marechal de Sancerre, au sire de Tancarville et aux autres generaux
INTROnUCTION XXV
francais, pour Ics tcnir au courant des fails dc guerre survenus dans le Berry ou dans les provinces voisines. De 1 375 a 1378, nous trouvons la mention de quinzc a vingt lettres adressees au connetable et portees par des gens a la solde du Due. Quelques-uns, mais c'est I'excep- tion, font le chemin a pied (i). La plupart du temps le compte est muet sur I'objet du message ; parfois cepen- dant, il olTre des details precieux a recueillir pour I'his- toire militaire. Ainsi, un messager, Symonnet ou Simon Champion, part pour Paris, au debut de I'annee i375, annoncer au connetable la nouvelle de la perte de Mon- treuil-Bonnin (2),prispar les Anglais le 9 Janvier 1375 (3). Les ennemis ne jouirent pas longtemps de leur succes, car on lit quelques pages plus loin, sous la date du 16 fevrier : « A Gabriel, sergent d'armes du Roi, pour don fait a luy pour les bons nouvelles qu'il luy apporta a Paris, comme le connestable avoit pris d'assault Mon- stereul Bonnin sur les ennemis (4). » Sans doute, bien des faits indiques dans ces roles de messagers sont deja connus. Mais on trouvera la des elements authentiques pour confirmer ou preciser maint detail important.
Veut-on d'autres temoignages de la sollicitude du prince pour tons ceux qui tenaient la campagne contre les envahisseurs? Voici un article assez significatif a la date du 16 juin 1373 : « A Rynant, escuier de Monsei- gneur le connestable de France, lequel s'estoit echape des Anglais, de Gencay, ou il estoit prisonnier, pour don, 60 sous tournois (5). » Inutile d'insister; les exemples cites attestent assez la part active du due de Berry
(i) Voyez notammcnt I'article conccrnant Bescu : i\rch. Nat. KK 262, fol. 2 5 v.
(2) Pres Lusignan, dans le Poitou.
(3) Arch. Nat. KK 252, fol. 6g.
(4) Ibid., fol. 82.
(5) Arch. Nat. KK 25 1, fol. 122 v".
XXVI INTRODUCTION
aiix operations militaires et ses relations constantcs avec le heros de la guerre dont nul n'admirait plus que lui, on en trouve la preuve dans les inventaires, la vaillance et les services. D'ailleurs, les mandemcnts de Charles V sont d'accord, on I'a vu, avec les extraits qui precedent pour montrer les efforts tentes par notre prince pour faire rentrer les bonnes villes du roj^aume sous I'autorite de leur souverain legitime
Le chapitre des messagers fournit encore de pre- cieuses indications sur les rapports du prince avec sa nombreuse famille commeavec les souverains etrangers. Constamment des chevaucheurs s'en vont porter les lettres du due de Bcny au Roi, a la Reine, au due d'An- jou, au due de Bourgogne. Un jour, c'est le 25 aout 1872 (i), I'infatigable Simon Champion part de Poitiers charge de lettres pour le roi de France « contenant que le captal et plusieurs autres cappitaines anglois ont este dcsconffit (2) )). Dans le courant du meme mois, un huissier de salle du Due est charge d'annoncer a Paris que la ville de Poitiers vient de se rendre en son obeis- sance le S aout.
Ce n'est pas seulement avec les personnages francais que notre prince entretient des relations assidues. Ses emissaires vont tantot trouver les cardinaux residant a Avignon, — on sait que le due de Berry se plaisait a intervenir dans les questions religieuses ; — tantot, ils se rendent aupres du comte de Savoie ou du due de Milan. Un chevaucheur nomme Mondon Morel recoit, le4avril 1400, la mission d'aller en Lombardie porter des lettres a I'empereur de Constantinople ; pour ce long voyage on ne lui octroye que la modique somme de 28 livres
(i) Arch. Nat. Registre KK 25i, fol. 90 v°.
(2) Ibid., fol. 89 v°. On trouve exactemcnt a la memc date, dans les mandemcnts de Charles V, mention d'un don de 12,000 livres pour indemniser le Due des frais de la campagne.
INTRODUCTION XXVII
2 SOUS 6 denicrs (i). La mcmc annee, d'autrcs cavaliers sont cxpedies au Mont Saint-Michel, charges de mes- sages pour Ic roi et la reine de Sicile, pour le prince de Tarente (2). Peu de mois a peine avant sa mort, la veuve de Philippe VI, Blanche d'Evreux, recevait dans sa retraite de Neauphle les lettres du Due confiees aux soins de Perrinet le Picart (3).
Tous les evenements d'un ordre plus intime, nais- sances, mariages, deces, donnent lieu a des correspon- dances de meme nature. Les messagers sont aussi char- ges de transmettre les ordres relatifs a I'administratiou des provinces; on les envoye a la recherche des provi- sions de bouche ; ils menent d'un chateau a I'autre, lors des frequents deplacements de leur maitre, les har" des et les meubles. Toujours par voies et par chemins, ils constituent a cette epoque un des rouagcs essentiels de I'administration publique et des relations sociales. C'cst une des grosses, mais des plus indispensables depenses de tout seigneur d'un rang eleve. Le chapitre qui leur est consacre tient toujours une large place dans les comptes du due de Berry ; on pent y suivre aussi la modification de ses gouts et de ses preoccupations aux ditferentes epoques de sa vie.
Les articles des comptes relatifs a des acquisitions de pierres et de joyaux precieux pendant la periode qui s'etend de i36o a i38o (4), sont a peu pres insignifiants si on les compare a la masse considerable de tresors dc toute nature enumeres dans les inventaires d'une date ulterieure.
Nous avons dit plus haut que le manage du prince
(i) Arch. Nat. Reg. KK 254, fol. 69.
(2) Ibid. 3 avril 1400.
(3) 12 mai i3g8. — Arch. Nat. KK 253 fol. 62.
(4) Voyez tome II, p. 319-327. Nous avons reproduit dans cet appen- dice tous les passages relatifs a des achats d'objets precieux,
XXVIII INTRODUCTION
Premier uvcc Jeaniic d'Amiagnac avait etc celebre Ic 24 juin
mariagc du due ^ r t^ • ■ • /- 1 i
de Berry. iJbo. Dc ccttc UHion naquircnt trois fils ct deux
Sescn/ants.
nlles :
I ° Charles, comte de Montpensier, mort en 1882 (i), laissant une veuve, Marie, dame de Sully et de Craon ;
2° Jean, devenu comte de Montpensier apres le deces de son frere aine. II mourut en iSqy (2), sans laisser d'heritier, bien qu'il eut epouse successivement sa cou- sine Catherine, fiUe de Charles V (f i388), puis Anne, fiUe de Jean de Bourbon, comte de la Marche et de Ven- dome; cette dernierc fut mariee en secondes noces a Louis le Barbu, due de Baviere;
3° Louis, decede aussi avant son pere;
4° Bonne de Berry, mariee, apres de longues nego- ciations, a Amedee VII, comte de Savoie. Le mariage fut Toccasion d'unc fete donnee a Paris le 20 Jan- vier 1877 (3). Apres la mort d'Amedee VII, survenue le i^'' novembre iSqi, Bonne de Berry contracta une se- conde union qui resserra les liens unissant deja sa famille a la maison d'Armagnac. En decembre iSgS, elle epousa Bernard VII, comte d'Armagnac, qui devint connetable de France. Elle mourut dans un age avance, au chateau de Carlat en Auvergne, le 3o decembre 1435 ;
5° Marie, deuxieme fille du due de Berry et de Jeanne d'Armagnac, survc'cut a son pere comme sa soeur Bonne. Elle contracta successivement trois mariages : unie le 20 mars i386, a Louis de Chatillon, comte de Dunois, mort en 1391, elle perdait, le i5 juin 1397, son deuxieme
(i) Dans le comptc dc I'anncc iSyS (KK 252, fol.GJ^). parait la nourricc du comte de Montpensier. Elle se nommait Catherine. La nourricc du due dc Berry etait, d'apres le meme compte (fol. 104 V), dame Gille de Caumont.
(2) Ses obseques furcnt celebrces en I'hotcl de la Grange, Ic lynovem- bre 1397 (KK 2 55, fol, 18).
(3) Arch. Nat. KK 202, fol. 144.
INTROnUCTION XXIX
mari, Philippe d'Artois, comte d'Eu, connetablc de France, quelle avait epouse le 27 Janvier 1892, et con- volait en troisiemes noces, le 24 juin 1400, avec Jean P% due de Bourbon, qui la preceda dans la tombe. Marie de Berry mourut a Lyon peu de temps avant sa stcur la comtesse d'Armagnac, en juin 1434.
II etait necessaire de preciser les dates et les circon- stances essentielles de la vie de ces deux princesses, parce que,ayant survecu a leurs freres,elles recueillirent seules, en 1416, I'heritage paternel.
Le due Jean perdait sa premiere femme le 1 5 mars 1 388. second 'i^^^rjage Soit par raison d'interet, soit pour se conformer aux lois de TEglise, les princes du moyen age semblent avoir eu un grand eloignement pour le veuvage. lis avaicnt besoin d'une compagne pour tenir leur maison, com- mander aux serviteurs pendant leurs frequentes absen- ces, elever les enfants.
Un moment, notre prince avait songe a une alliance avec la famille royale d'Angleterre et jete les yeux sur une princessede la maison de Lancastre. Les pourparlers n'aboutirent pas; le due de Berry qui approchait de la cinquantainc fut sans doute trouve trop age, et la jeune princesse alia chercher un mari en Espagne. Decu dans ses visees, notre prince se resignait a prendre femme en France. Ses noces avec Jeanne, fille de Jean VI, comte d'Auvergne et de Boulogne, et d'Eleonore de Cominges, furent celebrees a Riom le 5 juin iSSg. Cette union resta sterile. Se conformant a I'exemple donne par son mari, Jeanne de Boulogne s'empressait de se remarier aussitot apres la mort du due de Berry. Les historiens fixent la celebration de son mariage avec Georges, seigneur de la Tremoille, au 19 novembre 141 6.
On connait maintenant par le detail la famille directe du due de Berry; il ne sera pas supertlu de passer rapi- dement en revue celle des differents princes avec les-
INTRODUCTION
quels il cntretint des relations suivics Jusqu'aux dcrnieres annees desa vie. Lafamiiic Dc I'union de Charles V avec Jeanne de Bourbon
dc Charles V , . , , . 01 ,., . .
,-tdeses freres. qu il avait epousce en )uiilet ii49, ^loi's qu il atteignait a peine sa douzieme annee, naquirent neuf cnfants : trois fils ct six filles. II ne lui restait, au moment de sa mort, que le jeune prince qui prit la couronne sous le nom de Charles VI, Louis, due d'Orleans, et Catherine, promise, des I'age de neuf ans, a Jean de Montpensier, et morte, comme on vient de le dire, en i388. Sa naissance avait coiite la vie a Jeanne de Bourbon, decedee a Paris le 6 fevrier i 377.
Le frere puine de Charles V, Louis d'Anjou, Taventu- reux competiteur au trone de Naples, avait laisse de son mariage avec Marie de Chatillon, dite de Blois, deux fils : Louis II d'Anjou ne en 1377, mort en 141 7, et Charles decede des 1404.
Les relations du due Jean avec son frere le due de Bourgogne paraissent s'etre toujours maintenues sur un pied d'affectueuse intimite; cela ressort de tous les do- cuments authentiques. Le due de Berry fut le parrain de son neveu, le comte de Nevers, surnomme plus tard Jean sans Peur (i). Philippe le Hardi avait epouse la riche heritiere des provinces de Flandre et d'Artois. II en eut quatre fils et quatre filles. L'aine de ces fils, Jean, naquit le 28 mai 1371. Louis, qui vient ensuite, mourut en bas age. Le troisieme, Antoine, fut le fondateur de la maison de Brabant. Enfin le dernier, Philippe, prit le titre de comte de Nevers lorsque son frere aine Jean eut succede a son pere ; de lui sortit la dynastie des comtes de Nevers.
(i) Don de loo livres tournois, fait le 5 juin iSyi « aux demoiselles et femmes de chambre du filz de Monseigneur de Bourgoigne, lequel Mon- seigneur (le due de Berry) tint sur tons. » (Arch. Nat., KK25i, fol. 69.)
INTRODUCTION
La fille ainee de Philippe Ic Hardi , Marguerite, epousait, en i385, Guillaume de Baviere, quatrieme du nom, comte de Hainaut, de Hollandc et de Ze- lande. Marie, soeur cadette de Marguerite, fut unie, en 1 40 1, a Amedee VIII, comte de Savoie, petit-fils du due de Berry. Catherine, la troisieme fille du due de Bourgogne, recut pour epoux, en i SgS, Leopold III, due d'Autriche. Quant a Bonne, la derniere, elle mourut jeune.
Ges mariages expliquent le rapide developpement de la maison de Bourgogne; ils font comprendre en meme temps les relations intimes des princes francais avec presque toutes les families souveraines de I'Europe. De la, ces echanges frequents de presents entre le due de Berry et les chefs des dynasties regnantes de I'Espagne, de I'Allemagne, de I'ltalie.
Pendant toute la vie du roi Charles V, le due de Berry ne joua qu'un role eftacee; il se contenta de rester Tauxiliaire modeste de la politique royale. Plus que ses freres Louis et Philippe, il s'occupa des operations militaires comme des negociations politi- ques. C'est sans doute dans cette intimite constante avec la famille royale, dans la contemplation assidue des trcsors reunis a la tour du Louvre et dans les autres chateaux de la couronne, que sa passion des beaux manuscrits, des opulentes vaisselles d'or et d argent, des joyauxde prix se developpa lentement pour se donner libre carriere quand les circonstances lui en fournirent I'occasion.
L'inventaire de Charles V a conserve, en partie du moins, la mention des dons faits au Roi par ses freres. Le due de Berry, comme le due d'Anjou y parait a di- verses reprises en qualite de donateur. Mais c'est surtout dans les extraits publics par M. Petit a la suite des Iti- neraires des dues de Bourgogne qu'on trouvera de nom-
XXXII INTRODUCTION
breux excmples des presents faits a roccasion du i^' Jan- vier ou des fetes de famille (i).
II est parfois malaise de retrouver dans un inventaire les cadeaux ainsi recus. D'une part, les descriptions sont souvent trop courtes, trop sommaires pour per- mettre d'identifier un objet comme un anneau, un rubis, une perle. D'un autre cote, de nombreux temoignages etablissent que les princes de la fin du xv' siecle se plai- saient a modifier sans cesse, au gre de leur caprice, la forme des joyaux les plus precieux. Quantite de figures d'or ou d'argent, offertes au due de Berry par son frere de Bourgogne, ne paraisscnt pas sur les inventaires. Et cependant ces dons datent du commencement du xv' siecle; quelques annees ont suffi pour en degouter le possesseur et le present recu a ete presque aussitot fondu, vendu ou engage. Mais la principale cause de ces pertes si regrettables fut encore la necessite de battre monnaie pour parer a des besoins pressants. Les vais- selles d'or et d'argent, entassees sur les dressoirs ou dans les coffres des demeures seigneuriales, constituaient alors une sorte d'epargne ou de reserve a laquelle on avait recoursdans les circonstances critiques. Apres le de- sastre d'Azincourt, le roi Charles VI, reduit a se pro- curer des ressources immediates, envoyait a la Monnaie non seulement les orfevreries de son pere et les bijoux de sa femme, mais aussi les vases precieux de son onclc le due de Berry, qui appartenaient de droit aux nom- breux creanciers de ce prince. Troisicme Lcs eveuemeuts politiques qui suivirent la mort de Charles V sortent du cadre de cette etude; nous nous
periode de la vi
du
due de Berry
(i)Nous inserons,parmiles additions de notre tome II, la liste complete des dons offerts par le due de Bourgogne a son frere Jean, de 1387 a 1403, a I'occasion des etrennes ou de diverses solennitcs. Peu de ces dons princiers parmi lesquels on remarque de nombreuscs figures d'or assez faciles a reconnaitre, figurent dans I'lnventairc de 1402.
INTRODUCTION XXXIII
varretcrons pen dc temps. Rcmarquons seulement que Ic clue de Berry, completement efface auparavant par la haute personnalite de son frere, jouera un role de plus en plus actif dans les intrigues qui vont se nouer autour du trone. II est, par ses alliances, par la force meme des choses. Tame du parti hostile aux Bourguignons; il de- vient le conseil des chefs Armagnacs sur lesquels sa royale origine lui donne un incontestable ascendant. Jusqu'ala mort de Philippe le Hardi, la bonne intelligence se main- tient, en apparence du moins, entre les deux freres ; mais quand le violent Jean sans Peur deviendra possesseur des vastes etats de son pere, il faudra bien que la riva- lite des deux adversaires eclate. Nous n'avons pas a entrer dans le detail de ces querelles si funestes a la France ; si nous en parlous, c'est seulement pour consta- ter que toutes sortes de liens rattachaient le due de Berry au parti des Armagnacs, dont il resta jusqu'a sa mort le chef inconteste, dont il partagea la fortune quand les Bourguignons, maitres de Paris, mirent au pillage son chateau de Bicetre, et quand le due de Bourgogne vint, a la tete des troupes royales, assieger la eapitale du Berry. Apres avoir eu I'espoir dejouer un role preponderant dans I'administration du royaume, le due de Berry dut bientot s'effacer devant les pretentions de son frere de Bourgogne. Les impitoyables exactions de ses creatures dans le Languedoe, la hauteur et I'avidite de ses otfi- ciers avaient rendu son nom impopulaire dans tout le royaume. Aussi cherche-t-il a se menager des alliances. II signe avec la reine Ysabeau et le due d'Orleans un traite secret par lequel les trois contractants s'engagent reciproquement, par serment sur I'Evangile, a se main- tenir au pouvoir. L'acte est du i^' decembre 1406 (i).
(i) Arch. Nat., K 55, n" 36. Get actc est expose au Musec des Archives, vitrinc 36. II a ete public par Douet d'Arcq, dans son Clioix de pieces inedites siiv le rd£;ne de Charles VI.
XXXIV INTRODUCTION
II ne poLivait etre dirige que centre le nouveau due de Bourgogne Celui-ci sentit le coup; il }' riposta quel- ques annecs plus tard par I'assassinat dc la rue Bar- bette. II ne semble pas que Jean sans Peur ait jamais forme aucun projet meurtrier contre son oncle le due de Beny; du moins Ics chroniques ne mentionnent aucune tentative de cette nature. Mais, a voir les precautions dont il s'entourait, la quantite de contre-poisons qu'il avait amasses, ne parait-il pas evident que notre prince ne se crut jamais completement en surete et que les liens du sang constituaient une faible garantie contre la violence des passions? La En 1406, le due de Berry se trouvait a I'aposee de la
Sainte-Chapcllc t ' J r »
de Bourges. fortune et de la prosperile. Son age et son rang lui assuraient une situation sans rivale a la cour de France. II venait de terminer, d'inaugurer et de doter somptueu- sement cette Sainte-Ghapelle de Bourges, elevee sur le modele de la Sainte-Chapclle de Paris, qui devait trans- mettre aux generations futures le souvenir de sa magni- ficence et de sa piete. La consecration du sanctuaire avait etc I'occasion de ceremonies fastueuses. Aux fetes reli- gieuses avaient succedc des tournois et des festins pro- longes pendant plusieurs jours. Jamais la ville de Bour- ges ne vit pareilles splendeurs. Heureux le prince s'il n'eut pas survecu de longues annees a cette brillante apo- theose ! II n'eut pas connu les amertumes d'une vieillesse impuissante et humiliee. II n'eut pas assiste a la mort lamentable de son neveu prefere le due d'Orleans. Les horreurs de la guerre civile eussent ete epargnees a ses etats, et il n'eut pas eu cette supreme douleur de voir, avant de quitter ce monde, le sanglant desastre d'Azin- court engloutir la fortune de la France. Ne valait-il pas mieux pour un prince pacifique, passionne pour toutes les recherches du luxe, pour les delicatcsses de Tart le plus raffine, disparaitrc avant d'avoir ete le tcmoin
INTRODUCTION XXXV
impuissant de ccs lamentables catastrophes? II liii fallut subir ses dcstinees jusqu'au bout ; et c'est merveillc c^u'aprcs tant de traverses, il possedat encore, aux der- niers jours de son existence, une si merveilleuse quantite de jo3^aux de grand prix, de tapisseries, de livres pre- cicux, d'objets curieux de toute nature.
Certes, la vie du due Jean de Berry peut etre citee par I'historien philosophe comme un des exemples les plus rares des vicissitudes du sort et des retoursde la fortune. Ce n'est pas a ce point de vue que nous avons a I'etudier ici ; ce qui nous interesse en lui, ce qui nous occupe avant tout, c'est le grand collectionneur, c'est le t\'pe acheve de I'amateur fanatique, ne reculant devant aucune depense, devant aucune folie, pour satisfaire une passion jamais assouvie. Voilii le cote le plus saillant de la figure du prince que nous etudions; c'est par la qu'il se dis- tingue de tous ses contemporains; c'est sous cet aspect que nous chercherons a le faire connaitre par I'analyse de ses inventaires.
Au debut du xv'^ siecle, le due de Berry sc trouve possesseur de collections considerables, moins nom- breuses sans doute que celles du roi Charles V, mais choisies peut-etre avec plus de tact et de gout. C'est alors qu'il fait dresser le premier inventaire des tresors qui ne cesseront de s'accroitre jusqu'au dernier jour de sa vie. Ces tresors consistent surtout en joyaux de cha- pelle, en images, croix, calices et ornements d'or; tout cela va bientot devenir la propriete de la Sainte-Chapelle de Bourges dont la consecration aura lieu le 1 5 avril 1405.
La Sainte-Chapelle de Bourges ne garda pas longtemps les presents offerts par son fondateur. Lors du siege de sa capitale, le due de Berry ne se fit aucun scrupule de reprendre les matieres precieuses donnees par lui au sanctuaire, sauf a le dedommager plus tard si les cir- constances le permettaient. Ainsi, nombre de joyaux du
XXXVI INTRODUCTION
plus grand prixdisparurent dans cette lamentable guerre civile. Les plus belles pieces de la collection du Due avaient done disparu dans le naufrage de sa fortune, plusieurs annees avant sa mort.
Parmi les objets de toute nature qui constituent I'en- semble dcs inventaires, les jo3'aux pour chapcUe, ainsi qu'on I'a vu, occupent la premiere place, et comme nom- bre et comme richesse. Puis viennent les vaisselles et orfevreries a I'usage personnel du prince. Les pierres precieuses divisees en plusieurs categories, suivant leur nature, remplissent tout un chapitre. Enfin commence I'c'numeration de ces incomparables manuscrits, le prin- cipal honneur des collections de Bourges. Mais, avant de passer en revue ces differentes series, avant d'insister sur les ressources que les descriptions de I'inventaire peuvent offrir aux etudes archeologiques, il convient de dire quelques mots de Torigine des merveilles rcunies par notre prince. Originc L'inventaire de 141 3 assi^ne trois provenances dis-
ctes collections _ .
dejoyaitx tiuctes aux jovaux et aux livres confies a Robinet
et de livres. _ ' -'
d'Etampes ; sur cette distinction repose toute I'econo- mie du compte. La premiere division , reservee aux articles figurant deja sur les precedents inventaires, ren- ferme par consequent tous les objets portes au ma- nuscrit de 1401. Les objets decrits en 1401 qui ne reparaissent pas en 141 3, avaient ete, dans I'intervalle de ces deux dates, soit donnes a la Sainte-Chapelle de Bourges ou a divers personnages, soit detruits ou perdus. Parmi les joyaux ou autres articles disparus entre 1401 et 141 3, une trentaine environ proviennent de dons anterieurs au quinzieme siecle. Sur la liste de donateurs, le roi de France figure pour quatre arti- cles (i); le due d'Orleans, pour un seul (2); le due
(i) Art. 5o, 129, i3i, iio3. (2) Art. 47.
INTRODUCTION XXXVIl '
dc Bourgognc, pour six(i); la duchesse de Berry, pour uonsanteneurs deux (2) ; I'eveque de Poitiers, chancelier du Due, egale- "^ ^'*°°' ment pour deux (3), ainsi que le pape Clement VII (4). Raymond de Turenne a offert trois morceaux d'une etotfe cnrichie de broderie (5). Enfin la reine de France, le connetable Olivier de Clisson, le grand maitrede Rho- des, I'empereurde Constantinople, levicomtede Thenars, Guillaume Bie, Casin de Serenviller, Baude de Guy, la femme de Raymond de Turenne, sont cites chacun une fois en qualite de donateurs (6). Cette e'numeration ne comprend, il ne faut pas I'oublier, que les person- nages dont les presents n'existent plus en nature lors de la redaction de 141 3.
Le registre de Robinet d'Etampes ne signale que les Don,dci4oi dons posterieurs a 1401. Le rapprochement des men- '^ ''^"'' tions eparses dans ce manuscrit nous apprend que, pen- dant une periode de quinze annees a peine (decembre 1401-16 juin 1416, date de la mort du due de Berry,) cent trente-six personnages firent present a notre prince de trois cent cinquante joyaux, pierres precieuses, ma- nuscrits et objets divers. II faut encore Joindre a ce total huit articles provenant de dons, mais sans noms d'auteurs,
C'est d'abord la famille du Due, sa femme, ses filles, Dons gendres, freres, neveux et cousins. ''JJIdhc!'"^
Le nom de la duchesse de Berry revient cinq fois sur cette liste de liberalitcs (7), le plus souvent a I'occasion des ctrennes.
(1) Art. 46, 124, 127, 128, 188, 1081. {2) Art. 180, 194.
(3) Art. 956,- 1062.
(4) Art. 222, 949.
(5) Art. i3o2, i3o3, i3o4.
(6) II sera facile, avec la table, de sc reporter aux articles ou ces personnages sont nommes.
(7) Art. 12, 354, 358, 396, 696, de I'lnventaire dc 141 3, tome I.
XXXVIII INTRODUCTION
La duchesse de Bourbon reparait six fois (i)comme donatrice, la comtesse d'Armagnac quatre fois (2), et tOLijours, a une ou deux exceptions pres, a propos du nouvel an. Leurs maris, le due de Bourbon et le comte d'Armagnac, ne se montrent pas moins empresses a flat- ter les gouts de leur beau-pere. C'est encore a I'epoque des etrennes que le premier offre les huit joyaux (3) men- tionncs avec son nom dans I'inventaire, ou le comte d'Armagnac figure quatre fois (4). N'oublions pas Char- les d'Artois, comte d'Eu, fils de Philippe d'Artois, con- netable de France, le deuxieme mari de Jeanne de Beny. Le due de Berry parait avoir temoigne a ce petit- fils une affection particuliere, justifiee par les qualites remarquables de ce prince. II lui laissa par testament une somme de 20,000 livres pour le paj^ement de sa rancon, apres qu'il eut ete fait prisonnier a Azincourt ; ce qui n'empecha pas le comte d'Eu de passer plus de vingt annees en captivite (5). D'autre part, le comte d'Artois ne laisse jamais passer la date du i*^'"" Janvier sans prou- ver a son aieul sa deference et son affection. Plusieurs articles temoignent de ses sentiments (6). . ^P°"f ,'r Parmi les nombreux presents, — nous n'en comntons
de Charles 17. ^ ' ^
pas moins dc quinze consistant en picrres precieuses ou
(i) Art. io3, 33o, 807, 1 126, 1 134, 12 1 3.
(2) Art. 321, 417, 664, 671.
(3) Art. 68, 324, 389, 395, 606, 689, 1 169. 1209.
(4) Art. 72, 687, 691, 223.
(5) Le P. Anselme (tome I, p. 390) cxpliquc ainsi la cause dc ccttc longue detention : « Le roy d'Angleterre Henry V avait une telle opinion « de sa valeuret de son courage qu'en mourant au chateau de Vincennes, « en 1422, il ordonna que ce prince ne fut dclivrc jusqu'a ce que le « jcune Henry, son tils, \'I= du nom, eut I'age necessaire pour gouverner « sesEtatsjde sorle qu'il y demeura vingt-trois ans et ne fut mis en « liberie qu'en 1438, en echange du comte de Somerset, prisonnier du 0 due de Bourbon. » Le comte d'Eu etait ne vers 1394.
(6) Art, 35 1, 602, 611, 693, 1 161, 1 189.
INTRODUCTION XXXIX
en manuscrits (i), — que le Due recut de son neveu, le roi Charles VI, il en est un qui merite une mention speciale. C'est le rubis balai pay6 dix-huit mille ecus d'or et mentionne sous le n'' 36(). La somme etait consi- derable, meme pour le tresor royal. Aussi Robinet d'Etampes prend-il soin de noter qu'elle representait les etrennes des trois annees i-|02, 1408 el 1404. Encore le Roi ne paya-t-il pas tout le prixde cette pierre exception- nelle, une des plus belles, sans contredit, de la collection. Charles VI donna quatorze mille livres; le surplus fut acquitte par le due de Berry. Le detail n'est-il pas pi- quant? La note inscrite en marge de I'article nous fait savoir que ce rubis merveilleux, enchasse dans une croix ornee de pierres du plus grand prix, fit retour au roi de France en vertu du don fait par le due de Berry peu de jours avant sa mort.
Parmi les donateurs les plus genereux, les deux dues ^^^^ ^^^,^ ^^^^^ de Bourgogne tiennent naturellement le premier rang. ^-^ ^onrgogne. Les extraits des comptes de Dijon, publics par M. Petit, viennent utilement, a ce sujet, completer les inven- taires. Les comptes de Philippe le Hardi, reproduits dans les Additions de notre deuxieme volume, enume- rent, annee par annee, la nature et souvent la valeur des presents oficrts au due de Berry a I'occasion du i"' Jan- vier, de 1887 ^ 1403. La publication que prepare M. Ber- nard Prost sur les comptes des dues de Bourgogne nous apportera de nouvelles lumieres sur ce point. Deja, grace a M. Petit, nous pouvons constater avec quelle rapi- dite les joyaux precieux sortaient des collections ou ils venaient d'entrer. Certaines images d'or offertes au due de Berry en iSgS ou meme les annees suivantes ne font deja plus partie de son tresor lors de la redaction de I'in- ventaire de 1401.
(i) Art. 366, 3S4, 392, 439, 454, 476, 607, 608, gio, 904, 941, 946, 1 188 1241, 1247.
INTRODUCTION
L'inventairc de 1413 complete les indications fournies par les textes publies dc M. Petit. Des picrres de grand prix, rubis et saphirs, ont ete donnees au due de Berr}^ par son frere de Bourgogne. Notre prince, qui semble avoir eu la manie de baptiser de noms caracteristiques non seulement les animaux preferes de sa menagerie, mais encore les objets inanimes d'une haute valeur, prend plaisir a designer deux rubis exceptionnels qu'il tenait de son frere, I'un par le sobriquet de Bonhomme [i), I'autre sous le nom de Coeiir de France (2). Puis, ce sont des saphirs (3), notamment \q. grand saphir dc Bourgo- gne. Signalons enfin un manuscrit enrichi de belles en- luminures (4). Parmi les cinq presents oflerts par Jean sans Peur a son oncle (5), il }' a lieu de remarquer la petite croix d'or ornee d'un fermaillet, representant un rabot (6), cet attribut fameux du terrible due, dont les comptes de Bourgogne nous ont conserve une bicn curieuse descrip- tion (7). Faut-il admettre, avec un ecrivain contemporain, que le rabot etait d'invention rccente en 1400, et expli- quer par la le choix singulier de Jean sans Peur? Nous laissons aux archeologues le soin de decider la question.
Le frere cadet de Jean sans Peur, devenu due de Nevers apres la mort de Philippe le Hardi, et le comte de Charolais, fils aine du due Jean, figurent aussi sur la liste des donateurs (8). Ce sont generalement des anneaux d'or enrichis de pierres precieuses qui font les frais de ces cadeaux.
(i) Art. 340.
(2) Art. 35o.
(3) Art. 369, 377.
(4) Art. 933.
(5) Art. 10, 391, 83 I, ioo5, i i4<S.
(6) Art. 10.
(7) Voy. notrc tome I, p. i3, note 3.
(8) Pour Ic comtc dc Nevers, voycz les art. 3N8, 393 et 457; pour Ic comte de Charolais, le n° 356; pour la comtcssc de Charolais, Ic n" 461,
INTRODUCTION XL!
Les allies du due de Berr}^ dans sa luttc contrc Dons d-Y!<c7beau la maison de Boursosne, i ai nomme la reine Ysabeau ct du
o '-J ' ^ clue d'Orlcans.
dc Bavierc et Ic due d'Orleans, ne pouvaient man- quer de compter parmi les personnages empresses a flatter les gouts de Tillustre amateur. Aussi le nom de la reine revient-il huit ou neuf fois dans Tlnven- taire (i), tandis que celui du due d'Orleans reparait dans quatre articles (2). Les presents d'Ysabeau de Baviere sont generalement, le detail vaut la peine d'etre note, assez modestes ; ils consistent en gobelets, en vases de eristal ou de jaspe. A peine le due de Berry les a-t-il en sa possession, qu'il les enriehit de belles montures d'or, emaillees a ses armes (3). Parmi les eadeaux du due d'Orleans, on remarque un Breviaire manuscrit dont I'histoire ne laisse pas que d'etre pi- quante. Donne par le due de Berry a son neveu, ce livre se retrouve dans la succession de la duchesse d'Orleans lors de sa mort, et le due de Berry s'empresse sans ver- gogne de le reclamer et de se le faire rendre. Nous sommes loin d'avoir epuise la liste des parents Dons dc divers
. ^. parents et allies
du due Jean qui figurcnt dans 1 Inventaire. Signalons encore le roi et la reine de Sicile, heritiers des pretentions du due d'Anjou. Quelques-uns de leurs presents (4) offrent un interet exeeptionnel : d'abord les deux dia- mants tallies en forme d'E et de V, ces deux initiales mysterieuses traces sur nombre de volumes manuscrits de la librairie ducale et dont on n'est pas encore parvenu a determiner le sens; puis les Heures manuscrites sur lesquelles le roi Jean avait appris a lire, veritable relique de famille que le due de Berry s'empressait d'orner de riches fermoirs en or.
(i) Art. 36 1 ct 455, 462, 8og, 810,811,812, 8i3, 823.
(2) Art. 3 14, 352, 947, 965.
(3) Voy. les art. 809 a 8i3.
(4) Art, 164, 3S7, 442, 443, (376, 686, 968.
INTRODLXTION
La nombreuse famillc du due dc Berry compte bien d'autres donatcurs : d'abord, sa bru,cette Anne de Bour- bon qui epousa successivement Jean de Berry, comte de Montpensier, puis Louis III, due de Baviere, frere de la reinc de France. La comtesse de Montpensier est citee a trois reprises (i). Son second mari, lui aussi, ne cesse d'entretenir avec le due de Berry jusqu'au dernier jour, les plus cordiales relations (2).
Puis, c'est le fils du due de Bourbon, le comte de Cler- mont, qui cherche a gagner les bonnes graces de son grand-pere en lui offrant un rcliquaire et un diamant de prix (3).
Les fils de Charles le Mauvais ne sont pas les der- niers a faire leur cour a leur oncle de Berry. Parmi les presents de Charles le Noble, fils aine et sueeesseur du roi de Navarre (4), on remarque une corne d'uni- corne ou de narval, objet fort recherche au moyen age, moins encore a cause de sa rarete qu'en raison de la vertu attribute a cette matiere de reveler la presence ou de neutraliser les effets du poison. Pierre de Na- varre, frere de Charles le Noble, ne se montre qu'une fois sur la liste des donateurs (5); mais sa femme, Ca- therine d'Alencon , remariee en secondes noces avec Louis de Baviere, veuf lui-meme de la belle-fille du due de Berry, ne cesse d'entourer son oncle par alliance de soins et de prevenances. Deux manuscrits et deux joyaux d'or en fournissent la preuve (6).
Dans les dernieres annees de sa longue earriere,
(i) Art. 316,674, 827.
(2) Les articles de I'lnvcntaire provcnant du due dc Baviere sont inscrits sous les n'^ 459, 1208 ct 12 38.
(3) Art. 1 125, 1 196.
(4) Art. 100, 162, 309,413, 469, 470, 598, 399,68?.
(5) Art. 390.
(6) Art. 998, 999, 1 108, 1109.
INTRODUCTION
le due Jean, considcrc commc Ic patriarche dc la famillc, est accablc d'attentions de toutes sortes par ses nombrcux petits-cnfants et petits-neveux. Signalons rapi- dcment Ics presents offerts, le plus souvent a la date du i" Janvier, par le due et la duchesse de Guienne (i), fils et bru du roi Charles VI, et par le comte de Ponthieu (2), frere du precedent, par les deux fils du due Louis d'Or- leans, Charles d'Orleans (3), et le comte de Vertus (4), par la comtesse de Nevers (5), fille du comte d'Eu et arriere petite-fiUe du due de Berry, enfin par le comte d'Alencon (6), le comte et la comtesse de la Marche (7). Non content d'avoir fait hommagc a son grand-oncle de pierres renommees, telles que Riibis de Guienne (8) et le Balaf de la Chasteigne (9), le due de Guienne lui leguait en mourant quelques-uns de ses joyaux les plus precieux, deux tableaux d'or de travail italien ou orien- tal (10), deux magnifiques perles, la grosse Perle de Berry et la grosse Perle de Ncwarre (11) et un manu- scrit riehement enlumine (12). Ces deux perles furent evaluces, dans I'inventaire apres deces, la premiere qua- tre mille livres et I'autre deux mille. Or, on I'a deja constate, ces estimations devaient etre bien infericures a la valeurreelle des jo3'aux.
Les grands offieiers du royaume, les membres du oonsdes^n-ands clerge, les chefs de 1 armee, les personnages remplissant du royaume. de hautes fonetions administratives ou judiciaires se disputaient a Tenvi les bonnes graces de I'oncle du Roi. Nul mo3'en n'etait plus sur pour parvenir a
(i) Art. 453 , 456, 972, 973, 1006, (7) La comtesse olTrit les a"' 78
1 1 52, 1 1 63, 1 182. et683 ; le comte le n^ 1 190.
(2) Art. I 1 36. (8) Art. 11 52.
(3) Art. ii5i. (9) Art. 1 1 63.
(4) Art 1 149. (10) Art. I io5, 1 106.
(5) Art. 1 135, 1 183. (i i) Art. 1200, 1201.
(6) Art. -3, 102. (12) Art. i2 5o.
XLIV INTRODUCTION
cc but que dc flatter ses gouts bien connus. On le savait et on agissait en consequence. Aussi rencontre-t- on, parmi ceux qui contribuerent a augmenter les tresors de Bourges,tous les hauts dignitaires de I'Eglise, les sei- gneurs les plus marquants, les conseillers et les ministres du souverain.
A cote du connetable d'Albret (i), du connetable de Saint-Pol (2), on rencontre leur predecesseur, le vaillant Louis de Sancerre (3). Nul doute que le present de ce der- nier ne fut particulierement sensible au coeur du due de Berry, En effet, c'est un diamant venant de sa mere- Voici maintenant des souvenirs du marechal Bouci- caut (4), le brave defenseur de Constantinople contre les Turcs, et de son compagnon d'aventures, le sieur de Chasteaumorant (5). Ces intrepides champions de la croix n'ont guere rapporte que la misere de leurs expeditions lointaines ; aussi leurs offrandes sont-elles des plus modestes. Elles consistent en fruits de TOrient, en antidotes contre le vcnin, en reliques trouvees a Constantinople avec inscriptions en caracteres grecs. Olivier de Clisson, on ne I'a pas oublie, paraissait sur le premier inventaire du Due. Notons encore I'ami- ral dc France, Jacques de Chatillon (6), ainsi que plu- sieurs pcrsonnages qui se succederent dans une des pre- mieres charges de la cour, celle de grand maitre de Thotel du Roi : en premier lieu, 1 'infortune Jean de Montaigu, seigneur de Marcoussis, vidame dc Laonnois, envoye au supplice en 1409 (7). En vain avait-il cherche a gagner par de riches presents la protection du due de Berry. Pierres de grande valeur, manuscrits precieux, tout cc qui pouvait rentrer dans les gouts d'un fervent connais-
(i) Art. 448, 668. (3) Art. 9, loi, i33, iIh, i35.
(2) Art. 74, 8o3. (6) Art. 71.
(3) Art. 436. (7) Art. 353, 383, 478, 785, 818,
(4) Art. 594. 948, 966,972, 975.
INTRODUCTION XLV
seur lui avait etc olTert. La dame de Montaigu s'etait associee aux largesses de son mari (i); ce qui n'eni- pecha pas Ic Due de faire son choix dans les tresors de I'infortune grand maitre apres son execution et de s'emparer avidement de I'objet de ses convoitises. II ordonna, toutcfois, par son testament, de rendre a la famille ces biens mal acquis (2). On verra comment les ministres de Charles VI eurent egard acette recomman- dation. Les successeurs de Jean de Montaigu dans la charge de grand maitre de Thotel, Guichart Dauphin, sieur de Jalligny (3), et monseigneur de Vend6me(4), ne se montrerent pas moins empresses a flatter la passion de I'oncle du Roi.
On lit encore sur cette longue liste de donateurs les noms de Beraud , dauphin d'Auvergne (5), de Lhermitte de la Faye (6), chambellan du Roi et se- nechal de Beaucaire, de Philippe de Corbie (7), maitre d'hotel, fils du venerable Arnaud de Corbie, premier president du Parlement et chancelier de France, de Pierre de I'Esclat (8), maitre des requetes de I'hotel, de Gontier Col (9), notaireet conseiller du Roi, de Fruitier, dit Salmon (10), secretaire du Roi,de Robert Mauger(i i), nomme premier president du Parlement de Paris en 1418, d'Olivier de Mauny (12), capitaine de Saint-Malo, puis bailli de Caen, du prevot de Paris, messire Guil- laume de Tignonville (i3) et de Raoul d'Auqueton- ville (14), ce felon chevalier normand qui trempa ses mains dans le sang du due d'Orleans. A tous ces noms
(0 Art. 75, 670. (8) Art. ii33.
(2) Voy. tome II, p. 3o2. (9) Art. 986.
(3) Art. 394, 612, 1207. (10) Art. 964.
(4) Art. 120, 322,684, 1 1 17, 1 119. (11) Art. 1242.
(5) Art. 672, 682,825, 1246. (12) Art. 816.
(6) Art. 693, 694. (i3) Art. 993, 996.
(7) Art. 688, 974. (14) Art. 854.
XLVI
INTRODUCTION
Donaleiirs clransrers.
Donateurs
ecclesiastiques.
il faut encore ajouter ceux du sire de Thouars (i), du seigneur de la Croisette (2), de lacomtcsse de Mortain (3) et de la dame de Saint-Just (4).
Les relations du due de Berry s'etendaient aux pays etrangers; aussi ne doit-on pas s'etonner de trouver parmi les personnages qui entretenaient avec lui des re- lations cordiales la reine d'Angleterre (5), fille de Charles le Mauvais et par consequent niece de Jean, le due d'York (6), Charlotte de Bourbon, reine de Chy- prc (7), la duchesse de Gueldre (8), le comte de Tri- poli (9), frereduroi deChypre,et jusqu'a desAllemands designes en termes tres vagues, comme une dame d'Allemagne (10), un chevalier d'Allemagne (11). Une habitante de la ville de Cologne, Catherine de Lizen- beke ou de Liskerke, avait envoye au Due, avant 1401, une serie de reliques qu'il s'empressa de dc'poser a la Sainte-Chapelle de Bourges (12).
Les princes de I'Eglise contribuerent, plus que tons autres, a augmenter les collections de Bourges. Plusieurs articles de nos inventaires portent les armes du pape Clement VII avec qui le Due n'avait cesse d'entretenir des rapports amicaux. Les divers presents envoyes en Berry par le pape Jean XXII (i3), montrent que les bonnes relations du prince avec le Saint-Siege ne cesserent qu'avec sa vie. Les prelats francais s'em- pressent de suivre Texemple du chef de I'Eglise. Parmi ceux dont le nom revient le plus souvent sur I'lnven- taire, signalons deux des officiers de Tcntourage imme-
(i) Art. 3o6.
(2) Art. 317.
(3) Art. 80.
(4) Art. 600, 609.
(5) Art. ii85.
(6) Art. 1 1 28.
(7) Art. 76, I i3i, 1 137.
(8) Art. 1 181.
(9) Art. I 1 55. (lo)Art. i36.
(11) Art. 822.
(12) Inv. B. art. 317.
(1 3) Art. 447, 83o, 11 39.
INTRODUCTION XLVII
diat du prince : d'abord, son ancien tresorier general, Martin Gouge deCharpaignes, eveque de Chartres, puis de Clermont, ensuite Guillaume Boisratier, archeveque de Bourges, un des conseillers les plus ecoutes du Due dans les dernieres annees de sa vie. Ces deux prelats ne laissent pas echapper une occasion de lui temoigner leur attachement. Soit au i" Janvier, soit en d'autres circons- tances, Martin Gouge n'offre pas moins de dix-sept joyaux ou manuscrits (i). Au nombre de ces objets, on remarque une aiguiere d'or avec une inscription rap- pelant qu'elle avait appartenu au roi saint Louis ; peut- etre, I'eveque avait-il enleve cette precieuse relique du tresor de son eglise, sachant qu'elle serait particuliere- ment agreable a son protecteur. En effet, c'est peu de temps apres sa nomination au siege de Chartres que Martin Gouge enrichissait de cette venerable aiguiere les collections ducales. Le i" Janvier 141 6, Martin Gouge s'associe avec Guillaume Boisratier pour faire present c^ son maitre d'une paix d'or (2). Le nom de I'arche- veque de Bourges figure encore a six reprises parmi ceux des donateurs (3).
Si ces deux prelats se montrent parmi les plus em- presses a se rappeler en toute circonstance au souvenir de leur maitre, les autres dignitaires ecclesiastiques sui- vent a I'envi leur exemple. C'est Jean et Gerard de Montaigu, les freres de I'infortune grand maitre de I'hotel du Roi ; le premier etait archeveque de Sens (4), le second fut eveque de Poitiers, puis de Paris (5) ; Pierre de Savois}', eveque de Beauvais ((5) ; Simond de Cramand,
(i) Art. 193, 3ii, (366,677, "^06, 808, 814, 8i5, S32, 936, 937,969, 993, iiio, 1121, 1122, 1124.
(2) Art. 1 122.
(3) Art. 938, 944, 967, 1 120, 1 170, 12 19.
(4) Art. 992.
(5) Art. 443, 667.
(6) Art. 673.
INTRODUCTION
patriarchc d'Alexandrie, archevcquc dc Reims (i); Pierre Neveu, eveque de Lavaur, puis d'Alby, qui scrvit d'in- termediaire a diverses reprises entre le pape et le due Jean (2); le cardinal d'Armagnac,archeveque d'Auch (3); Gerard du Puy, eveque de Saint-Flour (4) ; Michel Leboeuf, eveque de Lodeve (5); Leger d'Eyragues, eveque de Gap (6); Hugues de Magnac, eveque de Limoges (7) ; enfin Louis, cardinal de Bar, eveque de Chalons (8).
Bien d'autres personnages appartenant au mondc reli- gieux viennent grossir la foule des courtisans du pou- voir. Nous trouvons ca et la les noms de Philibert de Naillac, grand maitre de Rhodes (9), du cardinal de Pise(io), de Raymond de Lescure, grand prieurde Tou- louse (i i), de I'abbe de Saint-Guillaume (i2),de Jacques Legrand, religieux Augustin (i3), fameux predicateur, tout devoue au parti d'Armagnac ; d'Asselyn Roine, tresorier de Saint-Hilaire de Poitiers, confesseur du Due (14); de I'abbe de Deols (i5) et de I'abbe de Bru- ges (16).
Les chapitres des eglises ne se montraient pas moins empresses a condescendre aux caprices du prince dont ils avaient besoin de se menager la protection. Ainsi, les chanoines de Teglise de Chartres offrent un tableau d'or avec un fragment du bois de la vraie croix(i7); cette relique fit retour au chapitre apres la mort du due de Berry. Les memes font encore don d'un gros diamant,
(i) Art. 678. (10) Art. 12 lo.
(2) Art. 811, 812, 11G2. (II) Art. 819, 820, 821, 842.
(3) Art. 67, 669. (12) Art. 95.
(4) Art. 950, 976. (i3) Art. 991.
(5) Art. 1 129. (14) Art. 680.
(6) Art. 1240. (i5) Art. 824.
(7) Art. 94. (16) Art. 935.
(8) Art. 1248. (17) Art. 69.
(9) Art. 1 3, 334, 692.
INTRODUCTION XLIX
dit \q Diamant de Char/res (i), qui ne rcsta pas long- temps dans le tresor de Bourges.
II est au moins douteux que les gardiens naturels du tresor de la Saintc-Chapelle de Paris eussent donne dc leur plein gre les reliques du sang du Christ et du lait de Notre Dame, que le Ducenferma dansunmagnifique tabernacle. L'inventaire contient a leur sujet ce precieux aveu : « prins en la Sainte-Chapelle du Palais a Paris (2) ». D'ou il est permis de conclure que nul moyen ne repu- gnait a I'ardent amateur quand ses convoitises rencon- traient quelque obstacle.
Le chapitre de Bourges fit moins de difficultes II ne s'agissait, il est vrai, que d'un vase d'agathe (3).
Robinet d'Etampes porte sur son registre tout ce qui se rencontre dans les coffres de son maitre, sans s'in- quieter outre mesure de la provenance et du veritable proprietaire. C'est ainsi qu'il inscrit parmi les livres de la librairie un manuscrit des Chroniques de France (4) prete par I'abbaye de Saint-Denis et que le due Jean avait demande pour le faire copier. Les religieux recla- merent leur bien en 1416 et se le firent restituer.
II nous reste a parler d'une derniere classe de dona- oomoferts
par les officiers
teurs particulierement mteresses a se menager les bonnes du Due. dispositions du prince. Nous voulons parler des officiers de samaison, de ses serviteurs et des marchands en rela- tions d'affaires avec lui. Ce ne sont pas les articles les moins curieux de Tinventaire, et cela se concoit. Nous penetrons avec ces familiersde la petite cour de Bourges dans la vie intime du due Jean. Voici, par exemple, un « livre contrefait d'une piece de bois paincte en sem- blance d'un livre, ou il n'a nuls feuillets ne rien escript » offert par Pol de Limbourg et ses deux frcres (5). Ce
(i) Art. 441. (4) Art. 1249.
(2) Art. 1 1 1 1. (5) Art. 994.
(3) Art. 663.
INTRODUCTION
present facetieux montre qu'on aimait a rire dans Ten- tourage du prince, et que lui-meme comprenait et goutait au besoin la plaisanterie. C'etait une espieglerie toleree chez des favoris, et, plus que tout autre, Pol de Lim- bourg pouvait fairc accepter de pareilles faceties. Son talent comme miniaturistc, sa reputation universelle- ment reconnue lui donnaientaupres d'un grand seigneur passionne pour les arts certaines libertes que nul autre ne se fut permises. Aussi, parait-il probable que la farce du « livre contrefait d'une piece de bois », amusa fort le bon due de Berr}'.
Si Pol de Limbourg est reellement, comme I'admet M. Delisle avec toute vraisemblance, I'auteur des grandes miniatures decorant le calendrier du superbe livre d'Heures de Chantilly, il merite une place parmi les plus grands artistes du mo3^en age ; ces peintures exqui- ses peuvent en effet soutenir la comparaison avec les chefs-d'ceuvre les plus vantes d'Andre Beauneveu et de Jean Fouquet.
Le present du livre figure est de I'annee 1410. Or, un nouveau venu ne se serait guere laisse aller a une pareille licence. Pol de Limbourg serait done reste une dizaine d'annees au moins au service de son Mecene. 11 travailla probablement pour lui jusqu'a ses derniers moments ; car, le i'^'" Janvier 141 5, il faisait hommage a son protecteur d'une petite saliere d'agate, garnie d'or et de pierres (i).
De Pol de Limbourg rapprochons le peintre Jean Grancher, dit Jean d'Orleans; celui-ci etait occupe vers la meme epoque par le due de Berry (2). Ce sont les seuls noms d'artistes cites dans I'lnventaire; les comptes et autres documents authentiques ont garde le souvenir de
(i) Art. 12 I r.
(2) Art. 328.
INTRODL'CTION LI
plusieurs autrcs pcintres du Due dont on parlcra plus loin.
Les medccins ne pouvaicnt manqucr d'cxercer un certain empire sur un hommc age. Simon Allegret, le ph3-sicien ordinaire du Due, ne neglige aueune oeeasion de lui faire sa eour, et n'oublie pas surtout de se rap- peler a son souvenir lors du i'^'" Janvier (i). II ne sortait pas d'ailleurs de ses attributions quand il presentait, aux etrennes de 141 3, un livre de medecine traitant de la vertu des herbes et des betes (2).
II eonvient de eiter eneore les presents d'Arnoul Belin (3), tresorier de la Sainte-Chapelle de Bourges, de Maee Heron (4), tresorier general du Due, de Jean Gouge (5), autre tresorier, mort avant 141 3, de Jean de la Barre (6), receveur general de toutes les finances en Languedoe et Guienne, dont le nom revient cinq fois dans le compte, — sa femme y figure aussi (7), — du garde des joyaux, Robinet d'Etampes (8) et de sa femme (9), de Jeanl'Archeveque (10), seigneur de Parthenay, senechal du Poitou, de Pierre Culon (11), receveur des aides en Berry, du chambellan Guillaume de Lodde (12), de Thi- baut Portier (i3), du sire d'Allegre (14), de Christophe de la Mer(i5), conseiller, puis tresorier general, de Guil- laume de Ruilly (16), controleur de la depense, des conseillers Guillaume de Champeaux (17) et Nicolas Viaut (18), de Thevenin de Montigny, valet de cham-
(i) Art. 41S, ioo3, 1 167, 1243. (10) Art. 596, 597.
(2) Art. ioo3. (11) Art. 11 72.
(3) Art. 307, 333, 1244, 1245. (12) Art. 3i3, 679, 829, 833,
(4) Art. 149,695, 1 1 38, 1 193. ii5o, 1212.
(5) Art. 675. (1 3) Art. 386, 662, 804.
(6) Art. 449,458, 940, 1 153, 1220. (14) Art. 3io, 1 127.
(7) Art. 319. (i5) Art. 3i5, 648, 826. (S) Art. 3i2, 335, 451, 460, 997, (16) Art. 681.
ii3o, 1 184, 1 195. (17) Art. 1 168.
(9) Art. 332. (18) Art. 665.
INTRODUCTION
bre (i), enfin des secretaires Pierre de Gynes (2), Michel Le Beuf, Erart Moriset, Jean de Cande, Regnier dc Boulegny ct Oudart de la Barre (3). Toute la maison officielle, dont nous possedons I'etat complet a la date de 1 41 6 dans le manuscrit de Sainte-Genevieve, figure sur cette liste, sans compter un certain nombre d'indi- vidus dont les fonctions ne sont pas specifiees, lis se nomment Geoffroy Robin (4), Jamet de Nesson (5), Gauchier de Passac (6), Jean Dompne (7), Guillaume Lurin (8), Geoffroy de Damart (9), Jacques Couran (10), Guy de la Roche (11), Jehannin Henon (12), Bureau de Dammartin (i3), Pannier (14), Poulain (i5), Raymond Christofle (16).
L'examen de certains articles de cette longue liste, si nous avions le loisir de I'entreprendre, donnerait lieu a des remarques piquantes. Ainsi, les secretaires du Due qui se reunissent au moment des etrennes pour offrir coUectivemcnt un present de plus grande valeur, restent dans la sphere de leurs attributions quand ils font hom- mage d'un encrier d'argent (i7),ou encore d'une table k jeu (18). Dons offcrts par Daus fenumeration qui precede figuraient les femmes lesjemmes. ^^ j^^^ ^^ ^^ g.^j,j.^ ^^ ^^ Robiuet d'Etauipes. A celles-
la il faut joindre un certain nombre d'autres noms, telles que les femmes de Francois de Neisly (19), de
( I ; Art. 1 1 54, 1 1 87, II 94. ( I o) Art. 9 1 1 , 942 .
(2) Art. 1 1 18. (11) Art. 1191.
(3) Art. 79, 3i8, 323, 329, 33i. (12) Art. 192. 939, 1140. (1 3) Art. 834.
(4^ Art. 8o5, 951. (14) Art. 610.
(5) Art. 1 1 59. (i5) Art. 6o5.
(6) Art. 326. (16) Art. 320. 414.
(7) Art. 385. (i7)Art. 323, 1140.
(8) Art. 444, 446. (18) Art. 33 1.
(9) Art. 595. (19) Art- "8(3.
INTRODUCTION LIII
David de Brimeu (i), de Pierre le Biernois (2), et de Regnier de BouUegny (3), le secretaire du prince.
On doit une mention particuliere a une personne j/ji'/^'^^^^'l^i illustre dans les lettres, dont les relations avec Ic due ^••■^ «"]^';;^f ^ "« de Berry sont attestees par les articles de nos inven- taires. Sur sept manuscrits presentes par Christine de Pisan (4)^ quatre ou cinq contenaient diverses oeuvres d'elle. On salt que la femme poete dedia la plupart de ses ouvrages soit au due de Berry soit au due de Bourgogne. C'etait une maniere indirecte de solliciter la protection et les liberalites de ces princes riches et magnifiques.
II ne reste plus guere a signaler que les marchands ^^^^ „STcL«is. genois, venitiens ou florentins qui, en offrant a leur noble client quelques objets curieux, savaient bien que leurs depenses constituaient un excellent placement. Ces marchands se nomment Janus de Grimault (5), Constan- tin de Nicolas (6), Loys Gradenigo, de Venise (7), Baude de Guy (8), Nicolas Pigace (9). Tons font partie des notables commercants installes a Paris; leurs noms se retrouvent frequemment dans les documents de I'epo- que. Quelquefois, ils jouent le simple role d'interme- diaires. C'est ainsi que Constantin de Nicolas apporte a Bourges le corps d'un Innocent dans un petit coffret de la part du doge de Venise (10), et qu'on voit Andre Raponde remettre, en juin iqiijUn anneau d'or orne d'un petit rubis, oftert par la ville d'Avignon (11). Toute- fois, si ces marchands paraissent de temps en temps
(i) Art. i25i. C'est le dernier ar- (5) Art. 70.
ticlede I'lnventaire. Le manuscrit (6) Art. 327, 1192.
inscrit sous ce numero fut ofFcrt le (7) Art. 357.
I" Janvier 1416. (8) Art. 41 5, 437, 450, 392.
(2) Art. 247. (9) Art. 438.
(3) Art. 601. (10) Art. i38.
(4) Art. 932, 943, 949, 952,977' ('0 Art. 355. 1004, 1239.
LIV INTRODUCTION
parnii les donatcurs, leurs noms revicnncnt bien plus souvent dans le chapitre des achats.
Quel que fut le soin de Robinet d'Etampes a se rensei- gner et a tenir bonne note de la provenance des objets confies a sa garde, il en est un certain nombre sur lesquels il n'a pu recueillir que des indications vagues ou incompletes. L'ignorance du garde des jo^vaux s'expli- que du reste par la valeur insignifiante de ces presents, oflferts sans doute par quelque officier subalterne. D'ail- leurs, le nombre de ces dons anon3'mes est assez res- treint, puisqu'on n'en compte que sept en tout (i).
Les trois cent cinquante-six objets de toute nature que de nombreux donateurs avaient fait entrer dans les collections du due de Berry en I'espace d'une quinzaine d'annees ont leur contre-partie dans les pre- sents que le prince etait oblige d'offrir aux person- nes de sa famille et de son entourage. Les etats successifs du tresor de Bourges, si differents les uns des autres, donnent une idee de la rapidite avec laquelle se for- maient et se dispersaient alors les collections les plus pre- cieuses. Nul document n'est plus significatif a cet egard que le compte de Robinet d'Etampes, car nous ne con- naissons aucun inventaire contenant des indications aussi minutieuses sur I'origine de chaque article et sur son sort ulterieur apres la mort du proprietaire. Ces additions ajoutent done aux descriptions detaillees de chaque jo3'au et de chaque manuscrit un prix inestima- ble. Combien il est regrettable que nous ne soyons pas renseignes d'une facon aussi precise sur les collections du roi Charles V !
L'inventaire de 1401 est, a ce point de vue, bien inferieur au compte de 141 3. C'est a peine s'il nous apprend I'origine d'une trentaine d'articles provenant
(i) Art. 194, 32 5, 336, 416, 440, Sgi, Go3.
INTRODUCTION
de hauls personnages ou de familiers du Due, dont on a dejii presente ci-dcssus une enumeration complete (i).
(i) Voy. plus haut, pages xxxvi ct xxxvii.
Pour en finir avec cettc question, nous avons dress6 une liste par annee de tous les articles de I'lnventaire de 141 3 provenant de dons, en ayant soin de distinguer par une asterisque ceux qui ne furent pas offerts b. I'occasion des etrcnnes.
1401 : Un seul article : 436. Les autres dons de 1401 tiguraient dcja sur le premier inventaire.
1402 : Dix-huit articles, dont sept aux ctrenncs (67, *Joi, *i33, *i34, *i35, 3o6, 307, 366 (i), 384, *385, *437, 591, *592, *595, *662, *663. *675, 8o3) et deux manuscrits (911, *9i2).
1403 : Sept articles, dont cinq aux ctrennes (68, 120, *i92, 386, *438, 664, 8o5) et six manuscrits (*932, *933, *934, *935, *936, *937).
1404 : Quatorze articles^ dont quatre aux etrennes (g5, *3o8, *3og *3io, *3ii, *35o, *4i3, *476, *593, *594, 665, 666, *667, 674) ct six manuscrits (938, 939, *940, *94i, *942, *952).
1405 : Seize articles, dont huit aux etrennes (79, *ioo, *i62,3i2, 3i3, 3 1 5, *439, *596, *597, *598, *599, 668, 669, *67o, 690, 804) et deux manuscrits (943, *944).
1406 : Seize articles, dont treizc aux etrennes (*69;, 94, 164, 3i6j 317, 3 18, 319, *320, 387, 414, 600, 607, 671, 672, 673, *677), et deux manu- scrits (gbo, gbi).
1407 : Douze articles, dont neuf aux etrennes (32i, 322, 323, 601, 676, 678, 679, 687, 816, *8i9, *82o, *82i), et quatre manuscrits (*965, *966, *967, *968).
1408: Tente-un articles dont dix-huit aux ctrennes (70, *yi, 102, 324, *328, 388, 389, 390, 415, 416, 442, *469, 602, 6o3, 604, *6o5, 680, 681, 682, 683, *8o7, 808, *8o9, *8io, *8ii, *8i2, *8i3, *8i4, *8i5, *823, 842), et deux manuscrits (969, 970).
1409: Douze articles, dont sept aux ctrennes (12, *i9i, *i93, 329, 391, 392, 444, 470,606, *684, *685, *688;, et trois manuscrits (*9734
1410 : Vingt-un articles, dont dix-scpt aux etrennes (i3, 72, 73, 74, 75, 76, 187, 194, 33o, 33i, *334, 35i, 393, 394, 446, *447,6io, 686, 689, *692, *83o), et quatre manuscrits (976, 977, *99i, *992).
141 1 : Treize articles, dont douze aux etrennes (78, 149, 332, 333, 354, 355, 417, 448, 449, 45o, 45i, *452, 829), ct deux manuscrits (993, 994)-
141 2 : Six articles, dont cinq aux ctrennes (335, 358, 395, 418, *453, 693), et cinq manuscrits (*995, *996, *998, *999, *ioo6).
(i) Ce balai qui couta 18000 ecus d'or devait compter pour les etrennes de trois anne'es (1402-140^).
1402 a 1416.
LVI INTRODUCTION
Achats En poursuivant I'examen des origines dc la collec-
dc tion, on remarque que, pendant la periode de quinze
annees s'etendant de 1402 a 1416, le total des acquisi- tions s'eleve a cent dix-neuf articles ; soit, en tout, environ quatre cent quatre-vingts objets de toute nature venant remplacer les jo3^aux ou manuscrits du premier inven- taire, livres a la Sainte-Chapelle de Bourgcs ou sortis du tresor pour divers motifs. Le surplus avait etc inscrit deja sur I'inventaire de 1402.
Ainsi, plus d'un tiers des articles enumeres dans le compte de Robinet d'Etampes fut acquis en moins d'une quinzaine d'annees. Pendant ce temps, un nombre a peu pres egal de joyaux ou de manuscrits etait sorti du tresor. Tous ces changements sont soigneusement rele- ves par les gardiens responsables de ces richesses. II ne faut pas oublier que quantite d'objets d'une reelle valeur ne furentpasconsignessurles inventairesque nous possedons, ainsi que le prouve la liste des presents
141 3 : Vingt-six articles, dont vingt-un aux etrennes (80, io3, 356, 357, 454, 455, 456, 457, 458, 459, 460, 461, 61 1, 612, 694,695, 696, 83i, 832, 833, 834, *ii28, *ii48, *ii8i, *i209, *i2i9), et quatre manuscrits (ioo3, 1004, ioo5, *i24i).
1414 : Vingt-un articles, dont seize aux etrennes (1108, 11 17, 11 18, 1125, 1126, 1127, *ii29, 1149, ii5o, *ii52, 1161, 1167, *ii70, 1182, ii83, 1184, *ii85, *ii88, 1207, 1223, 1224), et quatre manuscrits (1 238,
1239, 1240, *I242).
141 5 : Trente articles, dont vingt-cinq aux etrennes (i 109, 11 10, 11 19, 1 120, 1 121, I i3o, 1 1 33, ii34, ii35, *ii3g, 1 140, i i5i, 1 153, 1 162, 1 163, 1 168, 1 169, *i 171, 1 172, *ii86, *ii87, 1 189, 1 190, 1 191, 1 192, * 1 193, 1208, 1 2 10, 121 1, 12 1 2), et deux manuscrits (1243, 1244).
1416 : Dix articles, dont neuf aux etrennes (i 122, ii3i, ii36, 1137, ii38, *ii55, 1 194, 1 195, i2i3, 1220), et quatre manuscrits (1245, *i246, *i247, i25i).
Soit, en tout, trois cent sept cadeaux d'ctrcnncs, tant joyaux que ma- nuscrits. Le nombre des livres offerts au due dc Berry s'eleve au chif- fre dc cinquante-trois. Le total de cettc listc chronologique ne corres- pond pas cxactement a celui des dons re^us par le due dc Berry; ccla vient de ce qu'un certain nombre d'objets prescntes a des dates indeter- minees n'y figurcnt pas.
INTRODUCTION LVII
offerts par Ic due dc Bourgogne lors du nouvcl an. On ne connaitra done jamais exactemcnt la quantite et la nature de routes les richesses possedees par le due de Berry pendant le eours de sa longue existenee. II est egale- ment impossible de dresser un etat eomplet de ee tresor soumis a des modifieations quasi quotidiennes. C'est un eote de la question qu'il importe de ne jamais perdre de vue.
Independamment des dons et des aehats, le due de Berry renouvelait ineessamment ses joyaux par des eommandes a ses orfevres attitrcs. Comme la realisa- tion de pareils eaprieesetait fort onereuse, on employait a la fabrieation des nouveaux ehefs-d'oeuvre la matiere des objets tombes en defaveur. Robinet d'Etampes a consacre plusieurs artieles (i), dans le ehapitre des pierres preeieuses, al'enumeration des rubis,des saphirs, des diamants, ete., provenant d'images et de tableaux d'art, de portepaix et autres objets detruits sur les ordres de son maitre.
Apres avoir note avee tant de sollicitude la provenanee des tresors eonfies a ses soins, le serupuleux Robinet . d'Etampes n'avait garde d'omettre la mention de ee qui sortait de ses mains pour un motif queleonque. II inserivait en marge de son registre, avee une ponetualite rigoureuse, les dates et les eireonstanees de ees aliena- tions ; e'etait pour lui le seul moyen d'eviter de gra- ves responsabilites. Ces notes marginales, reproduites iei en petit texte a la suite de ehaque artiele, nous font eon- naitre tous les objets de la eolleetion donnes ou engages par le due de Berry depuis 1402, date de la remise des joyaux a Robinet d'Etampes, jusqu'en 1416.
II resulte de ees annotations que deux eent trente-un Dons fans articles, portes sur I'lnventaire de 141 3, furent ofterts a due dc Berry.
(i) Inv. A, art. 359, 36i, SGy, 397, 46:
INTRODLXTION
diffcrcnts personnages du vivant du due de Berry. Sin- ce nombre, trois seulement sont attribues a des servi- teurs du prince dont le nom n'est pas mentionne (i). Le garde des joyaux avoue en outre la perte de douze numeros (2), en relatant soigneusement les circon- stances de nature a couvrir sa responsabilite. Au sur- plus, les articles ainsi disparus sont generalement de minime valeur. Robinet d'Etampes declare aussi qu'un objetavait ete vole (3). C'cst un des deux encriers d'ar- gent offerts par les secretaires. II avait ete derobe au ■chateau de Nesle, dans le bureau meme du prince. Rap- pelons encore que deux des articles inscrits sur I'inven- taire, le reliquaire contenant un morceau du bois de la vraic croix et le manuscrit des Chroniques de France, n'appartenaient pas au due de Berry. lis avaient ete pre- tes par les chapitres de Chartres et de Saint-Denis qui les reclamerent des que I'occasion s'offrit de les recou- vrer. Les 12b i numeros de I'inventaire A se trouvent ainsi reduits, par suite de dons, de pertes, de vols ou de restitutions, a un millier d'articles, auxquels il convient d'ajouter les tapisseries, le linge, les ornements d'eglise, les vetements, toutes choses dont Robinet d'Etampes n'avait pas a s'inquieter.
Sans entrer dans I'examen minutieux des libera- lites qui diminuerent, comme on vient de le dire, le tresor de Bourges, nous allons dresser une nomenclature succincte des personnages qui recurent ces dons, en insistant sur les particularites dignes d'attention. Ainsi, des quinze articles (4) abandonnes en tout ou en partie
(i) Art. 444, 496, (33 1.
(2) Art. 64, 704, 797, 833, 844, 847, 848, 849, 1027, iu5o, 10.-) i, 1221.
(3) Art. 323.
(4) Art. 162, 339, 359, 36o, 363, 364, 366, 371, 392,429, 449, 4()7,
776, 1 160, 1 163.
INTRODUCTION
au roi Charles VI, le plus grand nombre (i) est relatif Dons au
V , « J 1 ^ I ■ r roi Charles VI.
a des gemmes ou a des perlcs ornant la magninquc croix offerte au Roi par le Ducpeu de jours avant sa mort. II est frequemment question de cette croix, nomniee pulchevrima crux, dans le compte de Robinet d'Etampes; mais on y chercherait vainement une description quel- que peu detaillee de ce joyau exceptionnel. Heureuse- ment, un manuscrit, deja mentionne plus haut, nous a conserve I'enumeration (2) des emaux et des nombreuses pierres qui le decoraient ; dans le nombre se retrouve le gros balai paye a Janus de Grimault, en 1408 (3), seize mille ecus d'or. D'apres ce manuscrit, I'execution de la croix aurait ete confiee a Herman Rainsse, un des plus habiles orfevres parisiens, et il semble bien resul- ter de la description que les pierres livrees au joaillier pour sa decoration n'etaient pas encore mises en oeuvre lors de la mort du due de Berry. Si nous con- naissons ces particularites, c'est seulement par suite de cette circonstance que la croix fut detruite quelques semaines a peine apres la mort de celui qui I'avait com- mandee. C'est, en effet, dans la liste des objets d'or et d'ar- gent envoyes a la Monnaie pour solder les troupes fran- caises que cette mention precieuse a ete conservee. Elle nous apprend que la croix, entouree de petits anges en relief, emailles de couleur bleue, pesait pres de cin- quante marcs, sc/it a peu pres douze kilogrammes d'or. On comprend que le due de Berry ait voulut rehausser cette piece unique avec les plus belles pierres de son tresor.
II n'y a rien a dire de deux diamants pointus (4)
(i) Douze articles sur quinze. Les trois autrcs sont les 11°'' 429,. 449,
776.
(2) Voyez tome II, p. 340.
(3) Art. 162.
(4) Art. 4i'9, 449.
LX INTRODUCTION
offcrts a Charles VI ; mais il convient de signaler ce hanap d'or d'ancienne facon (i) dont I'etrange deco- ration a paru au garde des joyaux meriter une des- cription minutieuse. On rencontre rarement dans les inventaires du temps une piece aussi singuliere. Quels sont ces personnages que le texte nomme Marcus Emi- lius, Sempronius Gallus, Celius Servilius, Publius Clau- dius, Lucius Cantulius, Lucius Simius? Sous leur desi- nence latine, ces noms etranges ne designeraient-ils pas de fameux magiciens, reputes pour leurs connaissan- ces dans les sciences occultes? Les inscriptions inintel- ligibles, peut-etre de dessein premedite, reproduites dans le texte de I'lnventaire, semblent se rapporter a des pratiques mysterieuses, a une destination cabalistique. En vain avons-nous cherche I'explication de ces enigmes, en vain avons-nous consulte les personnes versees dans I'etude de I'antiquite; nous n'attendons plus que du hasard ou de quelque rencontre fortuite la solution du probleme. Dons aux Si Ic Roi recevait les pieces capitales du tresor de ^'e?ftr{7g"'rs!' Bourges, uue large part etait faite a tons les princes de la maison de France, ainsi qua plusieurs souverains etrangers.
Le nom du due de Guienne, fils aine de Charles VI, mort en 141 5, revient jusqu'a douze fois (2) dans ces annotations de Robinet d'Etampes; celui de sa soeur, Marie de France, religieuse a Poissy, reparait dans deux articles (3). Le due de Berry avait donne a sa petite niece le superbe manuscrit en deux volumes connu sous le
(i) Art. 776.
(2) Art. 56, 162, 342, 43i, 441, 452, 469, 696, 785, 832, 1809, 1112. Ces dons comprenncnt surtout des pierrcries de grande valeur, cuinir.e le Diamant de Chartres de I'article 441. Un autre diamant (n° 452), donne par le due de Guienne en 1410, lui est restituc deux ans apres.
(3) Art. 80, 963.
INTRODUCTION
titre d^Heures de Belleville (i), une des merveilles de la calligraphic au xiv<^ siecle, qui avait passe par la librairie de Charles V avant de venir en la possession de son frere. On en trouvera plus loin la des-cription.
Parmi les personnages de marque inscrits sur la liste des donataires, figurent, au premier rang, TEm- pereur (2), le pape (3), — il s'agit probablement de Jean XXIII, — le roi (4) et la reine (5) d'Espagne, le roi d'Angleterre (6), le roi des Romains (7), le roi de Sicile (8), le roi de Chypre (9).
La plupart de ces princes recoivent des reliques, des pierres fines, des anneaux d'or avec diamants, tons objets oil I'art de I'orfevre ne joue qu'un role accessoire. Les diamants, les rubis, les saphirs, les perles constituent la monnaie courante de ces echanges officiels entre souve- rains et grands personnages.
La famille du Due ne pouvait manquer d'avoir une part importante dans ces liberalites. Les notes du garde des joyaux mentionnent en eftet un certain nombre de cadeaux offerts a la duchesse de Berry (10), au due de Bourgogne (i i), a la duchesse de Bourbon (12) et a sa fille (i 3), au comte (14) et a la comtesse (i 5) d'Armagnac, a Bernard d'Armagnac (16), leur fils, au comte d'Eu (17),
(i) Art. 963. (7) Art. 354, ' i23.
(2) Art. 1 166; le don est de peu (8) Art. 777.
d'importance : un simple saphir. (9) Art. 11 36, i2o3.
(3; Art. 344, 396, 434, 439, 695, (10) Art. 1009, 1022, 1024, 102G,
814. La date d'une partie de ces io3o, io32, io38. dons n'est pas mentionnee, mais (11) Art. 340,972.
ceux dent Tindication est accom- (12) Art. 357, 471,831,966, i F04,
pagnee d'une date furent offerts 11 10. apres I'avenement de Jean XXIII, (i3)Art. 11 33.
qui, comme on I'a vu ci-dessus, (14) Art. 594, 1193.
avait envoye plusieurs fois des (i5) Art. i25i.
presents a notrc prince. (i6)Art. 938, 1216.
(4) Art. 1006. (17) Art. 359, 1044, ii3o, 1145,
(5) Art. 17, 139. 1 i5o.
(6) Art. 401, 598.
INTRODUCTION
au comte de la Marche (i), au comte de Mortain (2), au connetable d'Albret (3).
Le due d'York (4), le due de Clarence (5), avec la duchesse de Gueldre (6), le marechal du roi de Hon- grie (7), Louis Dupre, ecuyer du pape (8), sont cites aussi sur la liste des munificences ducales ; puis les grands dignitaires de I'Eglise, les archeveques de Bour- ges (9), de Tours (10), de Reims (11), les eveques de Chartres(i2),de Paris (i3),deSarlat (14), de Lodeve (i5), de Coutances (16), de Carcassonne (17), de Domno (18); le cardinal de Bar (19), I'abbe de Bruges (20). DonsauxegHses La solHcitudc du Duc pour la Sainte-Chapelle de Bourges ne se dementit pas jusqu'aux derniers mo- ments de sa vie. Douze articles (21) sont ajoutes a ceux qui constituaient, avant 141 3, le tresor de ce sanctuaire. Car, on ne I'a pas oublie, il n'est pas ques- tion ici de joyaux sortis des collections ducales anterieurement a 141 2. Ainsi, les deux cent quarante- cinq articles dont Robinet d'Etampes constate Tabsence, furent alienes dans un espace de trois ou quatre annees. Cette remarque s'applique specialement aux dons faits a la Sainte-Chapelle. lis appartiennent tous aux annees 1414, 141 5 et 141(3. Le dernier preceda la mort du
(i) Art. 797. cles 410, 447, 453, 469, 997, 1002,
(2) Art. 307. 1 153, 1 162, 1 176, 1 179, 1 186.
(3) Art. 4i3. (i3) Art. j23o, 232.
(4) Art. 62, 3o5, 424, 799. (14) ^^I't- 490-
(5) Art. 149, 442. (i5) Art. 1166.
(6) Art. 1 142. (iG) Ibidem.
(7) Art. 1 1 57. (17) Art. 1168.
(8) Art. 454. (18) Art. 584.
(9) Art. 23o, 232, 359, 384, 391, (19) Art. 486, 6o5. 398, 592, 992, 1246. f2o) Art. 578.
(10) Art. 1 170. (21) Art. 3, 55, io3, i32, 227, (i i) Art. 1 165. 1003,1106,1117,1119,1217,1244, (12) Martin Gouge. — Voy.lcsarti- 1245.
INTRODUCTION
Due de vingt jours a peine; il est du 2(3 mai 1416 (i). Certains joyaux meme ne furent livres au sanctuaire de Bourges que par les executeurs testamentaires, confor- mement aux intentions du dcfunt. Mentionnons, en passant, le manuscrit donne au tresorier de la Sainte- Chapelle, Arnoul Belin (2).
Les chroniqueurs contemporains exaltent a I'envi la generosite du prince pour les eglises, et pourtant I'in- ventaire de Robinet d'Etampes ne signale parmi les donatairesque Notre-Dame de Paris (3).Cette apparente contradiction pent s'expliquer. Les joyaux offerts aux tresors religieux furent acquis pour cette destination speciale; ils ne sauraient done figurer sur les inventaires. C'est par exception que nous y rencontrons la designa- tion des reliques donnees a I'eglise de Paris, et aussi de cette magnifique table de broderie de I'inventaire de 1 40 1 (4), conservee jusqu'a la Revolution de 1789 dans le tresor de Notre-Dame de Chartres.
Par contre, nous ne trouvons nulle trace, ni dans les comptes ni dans les inventaires, du fameux reli- quaire du chef de saint Philippe, non plus .que du grand reliquaire d'orappele le tableau de saint Sebastien ni de la medaille de saint Michel, en or emaillc, donnes tous trois par notre prince au tresor de Notre-Dame de Paris, et longuement decrits par un auteur du siecle dernier (5). Ces precieux joyaux ont duetrc specialement executes pour le tresor qui les a precieusement garde's durant plusieurs siecles.
Nous avons nomme les hauts dignitaires de I'Eglise qui eurent part aux liberalites de Jean de Berry; il faut signaler maintenant une serie de noms plus mo-
(i) Art. 1 106. {5) Yoy. Description des ciiriosi-
(2) Art. 999. te^ de I'eglise de Paris. Paris, C-
(3) Art. 20, 36i. P. Gueffier, 1763, in-8, p. 267,
(4) Inv. B. n" i3i7. 292, 293.
LXIV INTRODUCTION
dcstes, appartenant pour la plupart a I'cntourage du
prince et figurant sur les listes des officiers de sa maison.
Dons du Due Est-il besoio d'aiouter que Timportance et le nombre
a ses officiers et ; i i
serviteurs. ^^g ^cs prcscnts iTiarqucnt le degre de faveur du ser- viteur recompense ? Ainsi, Thevenin de Montigny et Guillaume Lurin, valets de chambre, paraissent posse- der des titres exceptionnels aux bonnes graces de leur maitre. Le premier n'est pas cite moins de dix fois (i) et le second moins de six fois (2) dans les annotations de Robinet d'Etampes.
Le nom du barbier Gervais Merlin, (3) revient a cinq reprises. Ces multiples cadeaux prouvent le cas que Ton faisait des talents de ce serviteur modeste. Et ce ne sont pas des objets insignifi^ants qu'il tient de la muni- ficence de son maitre, mais des anneaux d'or avec dia- mants et saphirs. II figure parmi les mieux traites entre tous les familiers de la maison. Le chapelain Jacques Carite n'est nomme lui-meme sur cette liste de libera- lites que cinq fois {4), tout comme le barbier Gervais Merlin.
Viennent ensuite les chambellans Guillaume de Lodde (5) et Jean Barre (6), cites dans trois articles comme le garde des joyaux lui-meme (7). Les valets de chambre ne sont pas moins bien recompenses. L'un d'eux, Jean de Riom (8), recoit seul, pour sa part, un rubis, un anneau d'or avec un saphir et deux autres anneaux avec dia- mants. II balance presque la faveur de Thevenin de Mon- tigny et de Guillaume Lurin. Les autres valets de cham-
(i) Art. 189, 355, 42G, 1 142, (4) Art. 428, 437, 445, 1149,
M44, 1 146, 1 1 57, 1 1 78, 1 180, 1 190.
1 191. (5) Art. 187, 352, 448.
(2) Art. 189, 404, 440, 475, 936, (6) Art. 473, 1206, 1208.
1 107. (7) Art. 1 107, 1 157, 1 189.
(3) Art. 379, 390, 460, 1169, (8) Art. 346, 393,425, 1 183. 1 195.
INTRODUCTION
brc, Martin Rainc (ii, Pol de Linibourg (2), ont Icur part dans ces largesses.
Voici maintcnant Ics secretaires tout a Theurc si empressc's a flatter les gouts dc leur maitre et a se se reunir pour celebrer le T' Janvier : Mace Sarre- bourse (3), Michel Le Bceuf ou Bceuf (4), la femmc de Regnier de Boullegny (5). Les autres officiers de la maison ducale ont leur tour : le tresorier general, Mace ou Mathieu Heron (6) avec sa femme (7) ; le controleur de I'hotel, Jean Lebourne (8); I'echanson, Thomas de Rancon (9);Ie pannetier, Heliot de la Fleute(io); le som- melicr d'echansonnerie, Pierre Lestringal (i i) ; I'ecuyer, Guillaume de la Have (i 2);Guillaume de Champeaux(i 3), conseiller du prince; un autre chambellan, le sire de Groslee(i4); Jean d'Etampes (i5), fils de Robinet; le receveur des finances de Languedoc, Jean de la Barre (i(5) qui revient plusieurs fois sur la liste des donateurs. II n'est pas jusqu'a I'epicier du Due, Jean Dupre (17), qui n'ait part a ces distributions. Puis, c'est un conseiller a la Chambre des comptes, charge de veiller a Texecution du testament, Nicolas Despres (18); le veterinaire du Due, nomme Milet (19); I'habile calligraphe, Jean Fla- mel (20), qui a inscrit son nom sur tant de precieux vo- lumes de la librairie de Bourges. Voici encore d'autres
(i) Art. 388, ii5i. (i3)Art. 4?:.
(2) Art. 421, 457. (14) Art. 1018. II partagc cc pre-
(-V ^^'"t- 2, 2j:>. sent avec le seigneur dc Lopiat,
(4) Art. G12. un des representants des heriticrs
(5) Art. 461. pour Fexecution du testament.
(6) Art. 358, 11 57. (i5) Art. 1240.
(7) Art. 356. (16) Art. 1004.
(8) Art. 35 r. (,7) Art. 208, 11 74.
(9) Art. 1 167. (18) Art. 25 1, 749.
(10) Art. 1 192. (19) Art. 438.
(11) Art. 797. (20) Art. 446.
(12) Art. 1 2 14.
LXVI INTRODUCTION
pcrsonnages en relation avec le prince a divers titres : la fcmmc dc Thevenin de Bon Puits (i), echevin de Paris ; les j^revots des marchands, Jean Jouvenel des Ursins (2) et Pierre des Essarts (3); la femme de Charles Culdoe (4), autre prevot des marchands; Jean de Nielles (5), chancelier du due de Guienne. Ceux-ci entin, dont les noms se retrouveraient au besoin sur les comptcs de depenses ou sur les etats de la maison du Due : le frere Hennequinet (6), Jean Pigrez (7), la lille de Raoul de Presles (8), le chevalier Olivier de Mauny (9), capitaine de Saint-Malo, maitre Milon le Cavelier (10), le sire de Gaucourt(i i), Jacques de Lilliers (12), Alvaro Quaralle (i3), la femme de Pierre Perron (14), enfin trois autres individus dont Robinet d'Etampes a neglige de mentionner les noms. Dons A une categoric speciale appartiennent les orfevres et
el marchands ordinaires du Due, dont il veut rc'compen-
\7ix marchands.
ser les services. C'est Bureau de Dammartin (i5) et sa femme (16), Herman Rainsse (i7),Baude de Guy (18) et sa femme (19), JeanTarenne (2o).Tous sont en relations d'affaires avec Topulent amateur; tous prennent part a ses generosites.
Nous n'aurions garde d'omettre « ce hochet de bro- dure, pour ebattre petis enfants » enrichi de perles et dc quatre ecussons « donne a Bourges, si comme on dit, a un petit enfant (21) ». II est regrettable que Robinet
(i) Art. 52 1. (12) Art. 460.
(2) Art. io83. (1 3) Art. 833.
(3) Art. 1000. ■ (14) Art. 455.
(4) Art. 456. (i5)Art. 1157,1199.
(5) Art. 294. (iG) Art. 406.
(6) Art. II 85. (17) Art. 206, 11 57.
(7) Art. 414. (18) Art. 164.
(8) Art. 458. (19) Art. i 182.
(9) Art. I 194. (20) Art. i()63. (in) An. 12117. (21) Art. 23i. (11) An. 1218.
INTRODUCTION LXVII
d'Etampcs n'ait pas note le nom du bamhin qui sut sans doute charmer le prince par sa gentillesse. G'etait pro- babiementrenfantd'unhommedu peuple dont le souve- nir ne meritaitpas Thonneur d'une mention. Et Robi- net se borne a constater avec un certain dedain que ce jouet (c estoit tres viel et rompu ».
La plupart de ces dons etaient de faible valeur, nous I'avons deja remarque. Le due de Berry, comme tous les fervents amateurs, se separait a regret du plus mo- deste objet de ses collections; aussi consentait-il diffi- cilement a laisser sortir de ses cotfres un joyau vraiment rare. Les rubis, les diamants, les anneaux d'or se remplacent facilement. C'est done la collection de pier- res, une des plus riches d'ailleurs de I'epoque, qui sera mise a contribution quand il s'agira de recompenser un service, de repondre a une gracieusete.
Comme on I'a vu, le Due avait des relations suivies ^^/,^^ avec les marchands francais ou etrangers qui affluaient "-'J'^y^"^- alors a Paris, siege de la cour la plus fastueuse et la plus magnifique de I'Europe. Les details fournis par le manu- scrit des Archives rendent ces acquisitions des plus inte- ressantes a etudier. En effet, ces articles contiennent la mention de nombreux orfevres ou marchands, etrangers pour la plupart, fixes a Paris au debut du xv-^ siecle. Quelques-uns d'entre eux etaient deja celebrcs ; on . connaissait, par d'autres temoignages contemporains, leur haute situation dans le monde commercial de I'epo- que. II ne sera pas sans interet de rappeler ici les noms de ces fournisseurs attitres des princes de France, car ces noms reparaissent frequemment sur les comptes royaux et sur ceux des grands seigneurs de la cour.
Le souvenir du premier en date de ces orfevres a ete or/cvresdu conserve par une circonstance assez singuliere. II se jamin Bcguin. trouva mele a une bagarre ou I'un des adversaires recut une blessure mortelle. La victime se nommait Jean
LXVIII INTRODUCTION
de Dammartin ct cxercait tres probablemcnt le metier d'orfevre. II n'y a pas de temerite a supposer qu'il etait parent du Bureau et du Symonnet de Dammartin cites a plusieurs reprises dans les comptes du due de Berry. L'affaire, ayant cte suivie de mort d'homme, pouvait entrainer des consequences facheuses pour les vain- queurs; aussi, cliacun d'eux s'empressa-t-il de fairc agir des influences puissantes. Par I'intervention du due de Berry, Jamin Beguin, son orfevre, obtint, en mars 1364 (anc. St.), une lettre de remission (i) ou toute I'aventure est longuement racontec, mais dont le principal interet est, a nos yeux, de donner le nom du plus ancien orfevre de notre prince. Apres lui, les textes font defaut pendant un long intervalle de temps. Jean chenu. \\ faut aiTiver aux dernieres annces du xiv'^ siecle
orfevre.
pour rencontrer un orfevre en relations regulieres avec la cour de Bourges. Get habile homme se nommait Jean Chenu. Suivant un usage assez frequent alors, on le designe constamment par le diminutif familier de Jehannin.
On a deja vu qu'il eut une part serieuse dans les libe- ralites du Due. Avant 1402, nous le trouvons a son ser- vice, car le premier de nos inventaires le cite a diverses reprises. Signalons notamment la description d'un taber- nacle d'argent servant de reliquaire, de la facon de Jean Chenu (2); cette piece faisait partie des joyaux attribues a la Sainte-Chapelle de Bourges. Dans le comptc de Robinet d'Etampes, notre orfevre est cite plusieurs fois. Tantot, il est simplement charge de donner son avis sur la valeur d'objets precieux acquis parle prince (3); tantot, il est employe a des ouvrages de
(i) Arch. Nat.,JJ cjG, n"422.
(2) Tonic II, Inv. P), art. 710.
(3) Tome 1, Inv. A, art. 785, 786.
INTRODUCTION LXIX
son metier : c'est un pied d'argent dore, decore de diverses figures pour la Croix aiix cmeraudes (i); c'est un relic]uaire d'or, richement travaille et estimc 2,000 francs lors de I'ouverture de la succession (2) ; c'est encore une saliere d'agathe aux armes ducales, fabri- quee avec un joj^au donne par I'cglise de Bourges (3). Jean avait recu ce present en 1402; quelques annees s'etaient a peine ecoulees qu'il le faisait convertir en saliere par son orfevre ordinaire.
Au titre d'orfevre Tun des emules de Jean Chenu joint victor wienx, celui de valet de chambre (4). On le nomme Victor Wie- ric ou Wierix ; celui-ci, a coup sur, est un etranger, un homme du Nord. II n'est d'ailleurs question de lui qu'une seule fois.
On en sait davantage sur Herman Rince, Rainsse ou Herman Rinssel. Get habile artisan etait fort employe par la reine o?-/evre. Isabeau comme par le due de Berry. A ce dernier il livre un fermaillet d'or enrichi de pierreries (5), un pied d'ar- gent dore pour une croix d'or (6), un collier d'or seme d'ours emailles (7), sans parler des pierres precieuses et aussi des joyaux qui lui sont achetes a diverses epo- ques (8). Aussi, le titre d'orfevre du Due est-il souvent joint a son nom (9) qui revient a deux ou trois reprises dans le compte de I'execution testamentaire (10).
Les orfevres, on vient de le montrer par plusieurs exemples, ne se contentaient pas de mettre en oeuvre les matieres precieuses. Leurs attributions comprenaient aussi bien la vente des pierres fines et des pedes que les travaux de fonte, de ciselure ou d'emaillerie. Aussi cst-il
(0 Art. II. (y) Art. ii23.
(2) Art. 66. (8) Art. 410, 421, i2o5.
(3) Art. 663. (g) Art. ii.Sy.
(4) Art. 773. (10) Inv. S G, art. 1077, i3i4 et
(5) Art. 162. injlne.
(6) Art. 1 1 01.
LXX INTRODUCTION
souvcnt malaise dc distingucr Ics orfevres proprcment dits dcs simples marchands dans la longue liste dcs fournisseurs attitres du Due. Nous en avons compte plusde soixantedans le seul registre de Robinet d'Etam- pes. Beaucoup d'entre eux sont deja connus par d'autres textes contemporains et figurent parmi les membres les mieux poses de la bourgeoisie parisienne au debut du xv^ siecle. D'autres paraissent ici pour la premiere fois. Ceux-ci appartiennent aux nationalites les plus diverses, bien que, pour la plupart, ils eussent a Paris leur resi- dence habituelle. orfevrc L'un d'cux, Willeouin Bonnin, est dit orfevre de Bour-
dc Bonrgcs, ' ^
ges. C'est un artisan fort habile, a en juger d'apres les descriptions du beau hanap d'or rehausse d'emaux dont I'execution fut confiee a son talent. II recut pour son travail la somme elevee de 760 francs (1).
orfcvrc.t Lcs orfcvrcs ou marchands Parisiens sont nombreux.
Parisiens. La plupart de ceux que nous avons rencontres sont deja connus par le livre de Le Roux de Lincy et Tisserand sur Paris et ses historiens. Enumerons rapidement Albert du Moulin (2), Michaut de Lalier, Julien Simon, Bureau et Symonnet de Dammartin, Jean Tarenne, Jehannin d'Orleans, Baude de Guy, Second Falet, Sendre Bliot, Jean Sac, Nicolas Pigasse, Jean Pannier, Jean de Nimegue, Aubertin Boullefeves, Guillemin Sanguin, Andre Raponde, Macaye, Jean de Calvalnay, Renne- quin de Harlem, Jean Rataillac, Charles de Vivant, Barthelemy de Francois, Ponon Le Large, Gauvain Trente, Francois de Nerly, Octoblanc, Jean Boisel, Bar- thelemy Rust, Michel de Bolduc, le grand Allebret, Per- rin de Ladehors, Georges Principe, Jean Broquiers, Francequin Palingre, JeanChambon, Kirigo des Vignes,
(i) Art. 785.
(2) Sur tous CCS noms voir la tabic alphabctiquc a la tin du tome II.
INTRODUCTION LXXI
Julian Symon, Guillaume Crochet, Audcbcrt Catin, Denisot Le Brethon. Les uns sont qualifies orfevres, les autres changeurs, d'autres prennent modestement le titrc de marchands. Nous n'affirmerions pas que tous ces commercants, dont plusieurs portent des noms d'aspect exotique, fussent Parisiens. La liste qui precede com- prend tous les individus dont la nationalite n'cst pas formellement specifiee. Aussi, n'y avait-il pas lieu d'in- tercalcr dans cette enumeration Jean le Franquis, marchand de Poitiers, et Bernard Vidal, marchand de Limoges, nommes Tun et I'autre dans I'inventaire de 1402.
Les etrangers appartiennent presque tous a I'ltalie. Marcimnds Les uns viennent de Genes, comme Janus de Grimault, Thomas Sophie, dit Rollant, Barthelemy Sac, Pierre Fatinant et Cosme Picamel nomme dans I'inventaire de 1402; d'autres accusent une origine florentine; ceux-Ia s'appellent Antoine Manchin (Mancini?), Michel de Paxi (Pasti?), Constantinde Nicolas, Andre Succre, dit Mas- say, Forest de Corbechy. Loys Gradenigo a le siege de son commerce a Venise. Un certain Agapt se dit Alle- mand. Nous sommes moins exactement renseignes sur le lieu d'origine d'autres etrangers, tels que Nicolas Spinole (Spinola?), Nicolas Cosmy, marchand de draps d'or et de sole.
Signalons a part deux tailleurs de pierreries : Tun, dit crayeurs ai le petit Hermant, deja signale par M. de Laborde (i); p"-"''^^- I'autre appele Cerveil, dont le nom, cro3^ons-nous, parait ici pour la premiere fois. Quant a Scapessonal, charge par Baude de Guy de graver un saphir (2), il devra prendre place desormais parmi les rares graveurs en pierres fines du moyen age dont le nom est venu jusqu'a nous.
[i) Glossaire des Emaiix, p. 25o. [2) Art. 1099.
LXXII INTRODUCTION
Lcsycintres On s'ctonncra pcut-ctrc de nc rcncontrcr, a cote dc due dc Berry, cc luxc dc rcnscignemcnts sur les orfcvres, les lapidaires et les marchands, que quatre ou cinq noms de peintres ou d'autres artistes. Cette anomalie s'explique cepen- dant. Tandis (\ue les marchands de joyaux exercent un commerce lucratif, les enlumineurs, les imagiers sent gens de condition plus humble et de moindre fortune; aussi n'echappent-ils a I'oubli que lorsqu'ils s'elevent au-dessus de la foule de leurs rivaux. Les peintres et les sculpteurs signales dans les inventaires du due de Berry doivent par la meme etre regardes, en toute confiance, comme des artistes eminents. II y a done lieu de s'arreter quelques instants a leurs oeuvres; d'autant plus que certains de leurs travaux pour le due de Berry, sont parvenus jusqu'a nous. jacqucmin Jacqueiiiiu Bonuebroque OU Bonnebroche, le seul bro- ^"'brodcur!'^ '-^cur citc daus les inventaires, merite-t-il une place parmi ces artistes marquants ? La reponsc n'est pas douteuse. En effet, la broderieest, a cette c'poque, un art veritable, et comme Jacquemin reste au service du Due, au moins depuis 1402 jusqu'a la mort de son maitre, comme il recoit dc lui des preuves non equivoques de sa bienveillance (i), comme ses ouvrages sont prises par les experts de la succession au prix tres eleve de 45o li- vres pour deux tableaux de broderie, il est permis de le considerer comme un des artistes les plus habiles de sa specialite. Les inventaires lui attribuent la broderie de plusieurs tetes de Veronique (2). C'est tout ce qu'on salt de lui. Andre Nous souimes mieux renseignes sur la vie et les ceuvres
sciiipteiir a Andre Beauneveu. rroissart porte sur lui un jugement
et pcintrc. , , . . . ^ .
des plus entliousiastes et le met tout a lait au premier
(i) Invent. B, art. 56g.
(2) Invent. A, art. 44, i65, et Invent. B, art. 208.
INTRODUCTION LXXIII
rang des imagiers dc son temps. Deja cite maintes fois,le passage de Thistorien doit trouvcr place ici, car il constate les rapports de notre prince avec le grand artiste. « Encores, dit Froissart (i), se tenoit le due a Meun sur « Yevre, et s'y tint plus de trois sepmaines, et devisoit « au maistre dc ses ceuvres de taille et de peinture, « maistre Andrieu Beauneveu, a faire nouvelles 3'mages « et peintures ; car en telles choses avoit-il grandement « sa fantasia de tousjours faire ouvrer de taille et de pein- « ture; et il estoit bien adressie, car dessus ce maistre « Andrieu dont je paroUe, n'avoit pour lors meiileur ne « le pareil en nulles terres, ne dequi tant de bons ouvra- « ges feust demeure en France ou en Haynnau, dont il « estoit de nacion, et ou royaume d'Angleterre. »
Deux points essentials ressortent de ce textc : Andre Beauneveu, a la fois sculpteur et peintre, etait considere comme le premier artiste de son temps. Puis, il etait en relations constantes avec le due de Berry qui Tavait nomme maitre de ses o^uvres et se plaisait a s'entretenir avec lui et a lui commander statues et tableaux. Depuis les decouvertes d'Alexandre Pinchart (2) etde M. Leopold Delisle (3), M. I'abbe Dehaisnes a resume, en ajoutant a sa biographic des details nouveaux, tout ce qu'on savait jusqu'ici de cet artiste eminent (4).
Sans entrer dans des developpements trop longs pour trouver place ici, rappelons que Beauneveu, originaire
(i) Chruniqiies, liv. IV, ch. 14; cf. Dclislc, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 63.
(2) Archives des sciences, arts et lettres (tome II, p. 415) contcnant des ducumcnts sur Ic tombeau, commande a Beauneveu par le comte de Flandre Louis de Male, pour I'eglise de Notre-Dame de Courtrai.
(3) Sur la tombc de Charles V {Cabinet des manuscrits, tome I, p. 62, note). Cf. Catalogue raisonne die Miisee de sculpture comparee du Trocadero, gr. in-S", Imp. Nat. 1892, p. 37.
(4) Histoire de I'art dans la Flandre, fArtois, le Hainaut, tome I, P- 242-257.
LXXIV INTRODUCTION
dc Valenciennes, est cite, dcs i364, parmi les sculpteurs travaillant aux tombeaux de Saint-Denis (i). II etait mort avant 1413, puisque Robinet d'Etampes I'appelle (( feu maistre Andre Beaunepveu (2) ». II lui attribue Texecution d'une serie de miniatures placees en tete d'un des plus beaux manuscrits de Bourges. Nous ne connaissons guere, pour notre part, de peinture pou- vant e.tre comparee, pour I'elevation du style et la deli- catesse du dessin, a ces figures alternees de Prophetes et d'Apotres qui occupent les premiers feuillets de ce Psautier (3). On possede done un temoignage authen- tique du talent magistral de I'enlumineur. De plus, le ca- ractere trcs particulier de cette peinture, Texecution des tetes presque traitees en camaieu dans un ton legere- mcnt ambre, la simplicite voulue des draperies et des fonds, trahissent la main du sculpteur. Beauneveu a marque ses oeuvres de I'empreinte d'un style tres per- sonnel. Aussi MM. Delisle et Tabbe Dehaisnes ont-ils pu, avec toute certitude, attribuer a Beauneveu les deux grandes miniatures representant la Vierge et le due de Berr3'intercalees dans un magnifique livre d'Heures (4), conserve aujourd'hui a Bruxelles, apres avoir fait par- tie de la bibliotheque des dues de Bourgogne. Bien que Tarticle ou il est question de ce volume (5) en attribue I'enluminure au seul Jaquemart de Odin ou de Hesdin, on constate une telle difference entre le caractere des autres miniatures et celui des peintures de la Vierge et du due de Berry, on remarque en
(i) Delisle, Mandements dc Charles V ct Cabinet des nuDiiiscrits (t. I, p. 62, note 8). Voycz aussi Revue univevsellc des Arts, article de M. le baron de la Fons Melicoq, toine XI, p. 5o.
(2) Art. 906.
(3) N° i3ogi du foods frani;ais a la Bibliotheque Nationale.
(4) N" 1 1060 des manuscrits de Bruxelles.
(5) Inv, B, art. io5o.
INTRODUCTION LXXV
meme temps unc telle analogic de ton et de dessin entre ces figures et les Prophetes ou Apotres du Psautier signale plus haut, que nous n'hesitons pas a nous ranger a I'avis de MM. Delisle et Dehaisnes et a faire honneur de ce chef-d'ceuvre au talent de Beauneveu. C'est aussi I'opinion d'un artiste delicat qui a pu examiner les deux manus- crits a peu de jours d'intervalle. Ainsi, Ton possede, dans le manuscrit de Bruxelles, une admirable representation du zele protecteur des arts au moyen age. Cette image, oeuvre du plus grand peintre de I'epoque, peut etre pla- cee sur le meme rang que le fameux portrait de Charles V du manuscrit de La Haye. Beauneveu nous semblc un digne precurseur de Jean Fouquet; ses peintures sou- tiendraient sans desavantage la comparaison avec celles de I'illustre Tourangeau.
Nos inventaires signalent une autre production de Beauneveu(i). On ignore malheureusement le sort de cc volume. Peut-etre avait-il tente quelque amateur peu scrupuleux; car, d'apres une note, il c'tait perdu avant I'entree en fonctions de Robinet d'Etampes.
On vient de constater que Jaquemart de Hesdin avait, jacqucmart dans certains cas, collabore avec Beauneveu. Cette seule '\xintrc!' circonstance suffirait pour donner une idee fort avan- tageuse de son talent, meme si nous n'avions pas le manuscrit de Bruxelles pour nous edifier sur son merite . Un autre ouvrage de Thabile enlumineur occupe une place d'honneur parmi les plus beaux livres a miniatures de la Bibliotheque Nationale (2). Les con- temporains le tenaient en grande estime, car, de tous les manuscrits de la librairie de Bourges, c'est celui que les experts priserent au plus haut prix en lui assignant une valeurde 4,000 livres. II est vrai que les « histoires »
(i) Inv. B, art. 944.
(2) Invent, A, art. 961 — fonds lat. no 919
LXXVI INTRODUCTION
de ce volume sont de plusieurs mains, I'lnvcntaire le dit expressement;mais Jaquemartest seul nomme,ses auxi- liaires sont dcdaigneusement designes par ces mots : « et autres ouvriers de Monseigneur ». II ne serait pas impossible, a I'aide des Hcures de Bruxelles, de deter- miner la part personnelle de Jaquemart dans le manu- scrit de Paris. Nous n'avons pas le loisir d'entreprendre ici cette etude. Et cependant, de ce travail sortiraient peut-etre plusieurs decouvertes curieuses. Quand on aura fixe les traits distinctifs du talent de Jaquemart, on arrivera sans doute a reconnaitre sa part dans d'au- tres travaux executes en collaboration. II a du beau- coup produire puisqu'il entra au service du Due des 1 384 (1). En 1400, le messager Etienne Turpin lui apportait a Bourges une lettre de son maitre alors residant a Paris (2). Jaquemart vivait encore en iqiS. C'est done un contemporain d'Andre Beauneveu, seule- ment un peu plus jeune, car il mourut quelques annees apres lui. Peut-etre avait-il recu ses conseils et ses lecons. Toujours est-il que Jaquemart travailla con- stamment pour le Due de 1384 a 1413. Jean d-oricans, Le peiutre Jehannin d'Orleans qui ornait de ses
pcintrc. ,, , .
images une pomme de muse pour 1 ollrir au due de Berr}^ en decembre 1408 (3), est-il le meme que le Jean Grancher ou Granchier, dit d'Orleans, dont M. Louis Jarry a decouvert le veritable nom et esquisse la biogra- phic (4)? C'est possible. II avait encore peint pour le
(i) Delislc, Cabinet des manuscrits, t. I, p. 62, note 3. 11 s'agit d'unc somme dc 3o livres tournois comptcc a Jaquemart « pour soy vestir en river, commc pour lui dctTraier d'aucuns dcspcns que lay ct sa femmc firent en la ville de Bourges, avant qu'il preist aucuns gaiges ou salaire de Monseigneur ».
(2) Arch. Nat., KK 253, fol. 78 v°.
(3) Invent. A, art. 328.
(4) L. Jarry, Jean Granchei- de Trainon, dit Jean d'Orliians, pcinlre des rois dc France ct du due de Berry. Orleans, 1886, in-8, iG pagas.
INTRODUCTION
Meccnc de Bourgcs unc image en camaieu de la ^'ie^ge tenant son enfant. Get ouvragc scrait de decembre i4oq. Toutefois cet artiste a une inferiorite marquee sur plusieurs de ses contemporains : aucune de ses ceuvres ne nous est connue. M. Raynal assure qu'il survecut a son protecteur, car il fut charge de decorer de pein- tures et d'ecussons la chapelle funeraire du due de Berry, d'abord a Paris, puis a Bourges (i). Un manuscrit appartenant actuellement a M. le baron Adolphe de Rothschild, renferme une representation, d'ailleurs assez mesquine, de ces funerailles. Nous aurions quelque peine a donner cette peinture a Jean d'Orleans. II nous semble egalement bien difficile d'admettre que le Jean d'Orleans employe aux pompes funeral res du Due soit le meme que celui a qui fut fait, le 6 aout iSGg, un paiement de loo francs par le due de Berr}^ « en deduc- tion d'une somme plus forte due pour certains tableaux a images achetes par le prince pour mettre en sa cha- pelle (2). )) Comment le peintre de 1869 pourrait-il avoir preside aux decorations du service de son maitre en 141 6, quarante-sept ans plus tard ? L'ecart est vraiment bien grand et fait concevoir des doutes serieux sur Tidentite des noms cites a des dates si eloignees. D'ailleurs, I'his- toire des peintres qui ont porte le nom de Jean et de Gerard d'Orleans est loin d'etre definitivement elucidee.
Pol de Limbourg et ses freres jouissent d'une faveur PnijcUmhour
1 • V , 1 IT-. 1 /: J 1 ■ et ses freres.
particuliere a la cour de Bourges vers la nn de la vie pehures. du prince. En est-il besoin d'autres preuves que les nombreux presents faits par le Due a I'artiste (3), ou meme le facetieux cadeau dont nous avons deja parle, et que, seule, pouvait autoriscr une longue intimite?
(i) Raynal, Histoirc du Berry, tnnic II, p. 5o6,
(2) Bib. Nat. fr. 23902. Nous devons a M. A. Thomas I'indication de ce passage, ignore jusqu'ici.
(3) Art. 349, 415, 421, 457.
LXXVIII INTRODUCTION
Un compte de 141 3 (i) mcntionne dcs gages pa3'es a Pol de Limbourg comme valet de chambre « pour soy vestir, ordonner et estrc plus honnestement en son service... » Tirer de cet article la conclusion que Pol de Limbourg etait depuis peu de temps au service du Due serait peut-etre aller trop loin, car son nom figure deja sur I'inventaire de 1402 (2). Par une singularite inexplicable, Robinet d'Etampes, qui park plusieurs fois de lui, ne signale, dans I'enumeration de la librairie, aucune reuvre authentique de ce peintre. Mais, si les premiers feuillets du beau manuscrit de Chantilly, comme I'a etabli M. Delisle avec un grand luxe de preu- ves, sont bien ceux du volume inacheve, inscrit dans le compte des executeurs testamentaires sous le n" 1 1G4, les auteurs de ces miniatures, c'est-a-dire Pol de Limbourg et ses freres, meritent d'etre places tout a fait a la tete des artistes de leur temps, a cote d'Andre Beauneveu, dont lis se montrent les dignes continuateurs.
Dans tons les cas, Pol de Limbourg et ses freres (3) arriverent a Bourges alors qu'Andre Beauneveu etait sur son declin et touchait a la fin de sa carriere. lis le remplacerent sans le faire oublicr, car les premiers feuillets du manuscrit de Chantilly, sur lesquels on re- connait la vue de divers chateaux royaux, doivent etre comptes parmi les chefs-d'oeuvre de I'art de la minia- ture parvenue a son complet epanouissemcnt.
La plupart des artistes cites dans les pages prece- dentes etaient originaires des Flandres ou des provinces voisines. Cette riche et laborieuse region etait alors la grande pourvoyeuse de toutes les cours de I'Europe. Sur ce point, les indications fournies par les inventaires du
(i) Arch. Nat., KK 25o, fol. 25 v^.
(2) Pour un don insignitiant, il cstvrai.Voy. Inv. R, art. 12:
(3) Ces freres sc nommaient Herman et Jannequin.
INTRODUCTION LXXIX
due de Berry sent d'accord avec les assertions dc M. I'abbe Dehaisnes. D'ecole bourguignonne, il n'}' en avait pas encore, s'il en a jamais existc line bien distincie de Tecole flamande, ce qui n'est pas etabli. Au debut du xv' siecle, I'art du Nord, concentre surtout dans les Flandres, I'Artois et les provinces cnvironnantes, rayonne sur les pays voisins. Le due de Berry a bien autour de lui quelques peintres d'origine francaise ; mais il ne parait pas avoir grande confiance en leur habilete, car il ne les charge guere que de travaux peu importants, comme ceux que Jean d'Orleans fut charge d'executer.
L'un des erudits les plus competents sur I'histoire Jean
'- *■ dc Camhray.
des artistes francais du moyen age (i) n'a releve qu'un ima^ier. seul nom d'artiste sur les etats de la maison du due de Berry; e'est celui de Jean de Cambray, encore un homme du Nord, imagier du Due en 1401-1402. Les comptes et les inventaires permettent d'augnienter sin- gulierement, sinon de completer, cette liste.
S'il est malaise, faute de preuves authentiques, de rat- tacher Jean Coste, le peintre attitre du roi Jean et de Charles V (2), a la cour de Bourges, voici quelques men- tions formelles, extraites des comptes aneiens :
/v • V r • -r^ • Etienne
En 1 369 (19 aout), parait pour la premiere tois htienne Lanneuer. Lannelier, avee le titre de peintre du due de Berry (3); il s'agit simplement ici d'un paiement de gages s'elevant a 12 francs. Un peu plus tard, le 19 mars 1372, le meme artiste prend le titre de peintre et valet de chambre du prince; cette fois I'article est plus interessant et plus explieite. II porte mention d'un payement de 5o livres
(i) Archives historiqiies. artistiqiies et litte'raires, 1889-90, in-8", t. I, p. 425-437.
{2) Archives de Vart francais, tome II, p. 33 1-342 et Archives histo- riqites, etc. tome II, p. 37-40.
(3) G'est encore a M. A. Thomas que nous devons la communication de cet article tire du mcme manuscrit que ['article concernant Jean d'Or- leans en 1369, reproduit plus haut.
I^XXX INTRODUCTION
tournois « a cause dcs painctures ct ouvrages dc son mestier qu'il a faiz et fera ou pais de Berry (i) ». jccin ic Noh: Lc 8 octobre 1372, Jean le Noir, enlumineur, est gratifie de huit aunes et demi de drap, valant lo livres 1 2 sous 0 dcniers, pour se vetir, et en outre de pannes pour fourrer sa robe, d'une valeur de 3o sous tour- nois (2).
Le meme artiste touche lo livres tournois, en Janvier
1375 (n. St.), comme etant encore au service du Due (3).
Richard Puis.c'cst Richart le peintre et son fils, dont les noms
lc pcintre , ,-, ^
ct son jiis. reviennent frequemment dans les comptes de i373 et des annees suivantes. Voici quelques-uns de ces articles : 1 373 : 4 livres 5 deniers tournois pour ecussons et autres choses pour Tobseque de Madame de Vertuz (4), — 1 385, autre payement pour journees employees a peindre les carreaux aux amies et devises de Monseigneur, a raison de 5 sous 6 deniers par jour (5). Le fils n'est pa3^e que 2 sous 6 deniers. Autres pcintrcs En 1 374, parait un autre artiste, designe simple- ''" ^"^' ment sous I'appellation vague de Pierre le peintre (6).
En octobre iSjb, un payement de 60 sous tournois est fait a Guillemin Deschamps, peintre de Monseigneur, « pour poindre la teste du cerf qui est emptee en la che- minee de la chambre a parer de Monseigneur, a Mehun ».
Autre somme de 60 sous tournois a lui baillee a Issoudun, pour ouvrages non specifies (7). "
En 1 40 1, Bose, peintre du Due, recoit 22 sous 6 deniers des mains de Guillaume de Ruilly (8).
(i) Arch. Nat., KK 25i, fol. 77.
(2) Ibid., fol. 98 v° et 99.
(3) Arch. Nat., KK 252, fol. 82.
(4) Arch. Nat., KK 2 5i, fol. i33.
(5) Arch. Nat., KK 256-257, fol. 44 ct 4G.
(6) Arch. Nat., KK 252, fol. 20 v".
(7) Arch. Nat,, KK 252, fol. GG, v".
(8) Arch. Nat., KK 25^, fol. i38, v".
INTRODUCTION
En 1413-14, pa\'ement de i3 livres 10 sous a Jean de Hanons, peintre, « pour une livre de fin azur que mon- dii seigneur a fait prendre pour luy (i) «.
Jehan .Nare, peintre, demeurant a Paris « pour avoir point aux amies de mondit seigneur et d'autres sei- gneurs de son hostel, liuict cierges de cire vierge blan- che pour le jourde la feste de la Chandeleur 141 3 (1414 n. St.) )),obtient 9 livres tournois (2).
Enfin, le peintre de Bourges Mile Le Cavelier figure dans le preambule de I'execution testamentaire (3). II etait vraisemblablement un des habitues de la maison ducale.
Mais I'artiste dont lenomrevient constammentdurant hUchcict sau-
, J . , ' 1 1 • man, peintre.
les dernieres annees de la vie du due de Berry est ce Michelet Saumon, dont M. Raynal avait deja signale I'existence. On le voit obtenir, dans le cours de quelques mois,en 1414, des dons importants s'elevant a 460 livres, a 220 livres, a 337 livres 10 sous (4).
Notons en passant que I'ecrivain Jean Flamel n'est Jean Fiamei. pas moins bien traite; de grosses gratifications lui sont allouees.
Pour terminer, mentionnons un article plus precis concernant Michelet Saumon : « A Thierry Theroude, orbateur, pour quatre papiers de fin or battus, delivres a Michelet Saumon, peintre de mond. Seigneur, le 14 fevrier 141 5 (5): i3 livres. » M. Ra3'nal cite plu- sieurs autres ouvrages du meme peintre, dont il a sans doute recueilli I'indication dans les Archives de Bourges.
Bien que cette digression sur les artistes de lacour
ccrivain.
(i) Arch. Nat., KK 25o, fol. 76 v°.
(2) Ibid., fol. 78 v°.
(3) Voy. tome II, p. 293.
(4) Arch. Nat., KK 25o, fol. 99 v", loi v", 109 v' (3) Ibid., fol. 73 V".
INTRODUCTION
ducale soit longue deja, on nous permettra de la com- pleter en enumerant brievement les maitrcs de I'ceuvre, on dirait architectes aujourd'hui, et les iniagiers ou sculpteurs qui prirent une part active aux grands tra- vaux executes sur les ordres du due de Beny. Chateaux du Avaut de di'esser cette liste, il nous parait indispcn-
duc de Beny. ,
sable de presenter un etat sommaire des nombreux cha- teaux ou logis que le Due possedait, soit a Paris et aux environs, soit dans le Berry et dans d'autres provinces, chateaux que ses macons et imagiers avaient la charge d'entretenir ou de decorer.
Les chateaux de Bourges et de Mehun sur Yevre (i) sont trop connus pour qu'il soit besoin de nous y arreter.
Quand il sejournait a Paris, le prince habitait ordi- nairement I'hotel de Nesle, dont Charles VI lui avait confere la pleine propriete, le 25 octobre i38o (2), et dont il avait, en i386, augmente les dependances par I'acquisition de tuileries situees le long de la Seine, pres le Pre aux Clercs (3).
Par le meme acte, le Roi octroyait a son oncle, sa vie durant, la jouissance de la maison royale du Val la Royne, ou Vaux la Reine, situee sur la commune de Combs la Ville (4), et dont I'existence remontait au moins a 1260. Comme on ne trouve pas trace, par la suite, de ce domaine dans les comptes du Due, il serait possible qu'il Teut vendu ou echange contre le chateau de Vincestre, ancien nom de Bicetre.C'est a Bicetre que notre prince avait reuni les precieuses collections qui furcnt entierement aneanties en 141 1, dans I'incendie
(i) Le due de Berry avait donne, en 1414, son chateau de Mehun sur Yevre au due de Guyenne, ills de Charles VI ; mais ce prince inourut I'annee suivante (Raynal, tome II, p. 496).
(2) Arch. Nat., J i85, n° 5o.
(3) Arch. Nat., J 186, n" 57, i3 Janvier i385 (anc. st.)
(4) Entre Lieusaint et Melun, dcpartement de Scine-et-Marne.
INTRODUCTION LXXXIII
allumc par les Parisiens au debut de la luttc entre Ics Armagnacs et les Bourguignons (i).
Un acte du mois de juillet i386 relate la vente d'un hotel a Saint-Marcel-lez-Paris, consentie au due de Beny par Miles de Dormans, eveque de Paris. Ainsi s'aug- mentait chaque jour, par dons et achats, cette immense fortune territoriale (2).
Dans les environs de lacapitale, le Due possedait les chateaux de Dourdan et d'Etampes. Ces demeures sei- gneuriales, se trouvant sur le chemin du Berry, servaient sans doute d'etapes lors des frequents voyages entre Bourges et Paris. Elles avaient appartenu au comte d'Etampes, acquis par le Due, lors de la mort de Louis d'Anjou, en echange de la principaute de Tarente.
En Auvergne, le prince residait frequemment au cha- teau de Nonette, qui passait pour un des plus forts de la province ; cette demeure feodale fut demolie sous Louis XIIL Certains indices donneraient a supposer que le chateau de Lusignan en Poitou, plusieurs fois pris et reprisdans les luttes contre les Anglais, faisait ega- lement partie du domaine du due Jean.
Les comptes des batiments, dont nous ne nous posse- dons qu'un fragment pour la periode comprise entre 1 382 et 1 387, mentionnent des travaux executes au cha- teau de Poitiers. Le Due en avait done garde la pro-
(i) Un registre de cens dus au chapitre de Paris a cause du chateau de Bicetre renferme a la premiere page une curieuse vue a vol d'oiseau des tours de ce chateau. Mais ce dessin, datant de 1474, ne donnerait par consequent I'etat du chateau qu'apres I'incendie et la restauration (Arch. Nat., S 543).
(2) Arch. Nat., J 187, n" 14. — Cf. J i85, no 41 et J 186, n" 70, 71, 72 constatant d'autres acquisitions de biens au meme endroit, en 1387 et i388. Le 16 mai 1402, Pierre d'Orgemont, eveque de Paris, vendait au Due I'hotel des Tournelles, sis a Paris pres le chateau et la bastide Saint-Antoine (Delisle, Les Collections de Bastard d'Estang. i885 in-8).
LXXXIV INTRODUCTION
prictc quand il cchangca Ic comte dc Poitou contre Ic duche de Berty.
Un article de ces comptes nous apprend encore que Jean possedait une demeure dans la ville dc Rouen; mais nous avons vainement cherche quelque indication precise sur cette residence.
Enfin, dansun des registres dont on vient de parlcr, so trouve I'article suivant : « A Monseigneur, le 17 « novembre 1897, 4'-^'^^ ^^^ faire, en son hostel a la « Grange, I'obseque de feu Monseigneur de Montpen- « sier, pour offrir, xx sous tournois » (i).
De ce passage, il semble resulter que le due de Berry possedait une demeure en un lieu dit La Grange; mais ce nom etant fort commun, il est difficile, en I'absence de document explicite, de determiner I'emplacement de ce chateau (2).
Voici environ une douzaine de residences differentes, tant a la ville qu'a la campagne. II est probable qu'avec ses gouts changeants, le due de Berry n'habita que fort peu certaines de ces demeures. II se plaisait surtout a Mehun-sur-Yevre, a Bourges, a Nonette, a Bicetre, a Dourdan, en son hotel de Nesle. II n'etait pas inutile de signaler ces multiples habitations, dont nous n'avons pas le loisir d'etudier a fond I'histoire, car certaines d'entre elles sont probablement representees sur les premieres pages du manuscrit de Chantilly. Ces mer- veilleuses miniatures figurent, on le salt, douze chateaux importants. Tous n'appartenaient pas au due de Berry, puisque sur deux d'entre elles on reconnait le Louvre et le chateau de Vincennes. II ne reste pas moins fort pro-
(i) Arch. Nat., KK 253, fol. ii ct i8.
(2) Pcut-iitrc La Grange Bleiieau dans la Brie, pres Courpalais. II y avail aussi un cliatcau dc La Grange aux environs dc Dourdan ct un autre pres dc Ncautle. <m mourut, coninic on Ta vu, la grand'inure de notrc prince.
INTRODUCTION
bable que le prince prit plaisir a voir peindre dans ce volume plusieurs de ses habitations preferees ; peut-etre arrivera-t-on, au prix de patientes recherches, a identifier les chateaux dessines sur les premiers feuillets du livre d'Heures de Chantiliy(i).
Le premier architecte emplo3^e par le due de Berry, dont on rencontre le nom dans les documents, serait, Archuectes d'apresM. G. Ledos, Gui de Dammartm, nomme general voeuvre. maitre des ceuvres du Due vers iSGy. II aurait eu pour successeur Jean de Terna}'. Quant a determiner la part de chacun d'eux dans les grands travaux de Poitiers ou de Bourges, c'est une tache a peu pres impossible a mener a bien.
Jean Guerart, maitre des oeuvres de maconnerie, fut a la fois un architecte distingue et un serviteur de con- fiance ayant I'oreille de son maitre. Sans cesse occupe par le prince de 1384 a 1414, non seulement il donne les plans des constructions projetees, mais il prend part a des negociations delicates. En 141 4, il part pour I'An- gleterre avec Tarcheveque de Bourges, chancelier de Berry (2). Comme on le trouve employe a Bourges pen- dant une trentaine d'annees, M. Raynal (3) lui attribue les plans de la Sainte-Chapelle qu'il aurait edifiee avec le concours de Guillaume deMarcill}^, maitre des osuvres de charpenterie.
C'est a peu pres le seul artiste berrichon, avec le pein- tre Michelet Saumon, dont le baron de Girardot ait
(i) Dans cctte occurrence, le due de Berry se trouve en quclque sortc le precurseur de Louis XIV qui fit peindre, comme on sait, douzc resi- dences royales pour servir de modeles aux tapissiers des Gobelins, et sc plut il envoyer cette suite famcuse en Europe ct dans les regions loin- taines afin de repandre partout I'idce de sa puissance et de sa gran- deur.
(2) Arch. Nat., KK 25o, fol. 27.
(3) Tome II, p. 442.
LXXXVI INTRODUCTION
relcve le nom, pour le commencement du xiv' siecle, dans sa monographic des artistes de Bourges.
Les comptes citent deux maitres des oeuvres de charpenterie anterieurs a Guillaume de Marcilly : Colin de Villars qui travaillait en 1870 aux reparations de rhotel habite par I'archeveque de Bourges (i), et Jean Mace, occupe, en iSyS, avec une equipe de charpentiers, a la bastide de Lusignan (2).
Un verrier, mentionne dans les textes sous le nom de Pierre le Verrier, est employe en 1870 « a appareiller les verrieres de I'hotel dudit archevesque « (3). imagicrs. Les documcnts nous ont revele un certain nombre
d'imagiers inconnus jusqu'ici. Le i5 octobre 1370, le due de Berry va voir « certains ymagesd'alabastre » executees par Jacques le Macon ; il fait payer, a cette occasion, une gratification de 40 sous pour le vin des valets (4).
La meme annee, Jean Bertaut, macon, recoit 20 li- vres pour le prix de « quatre grans pierres de Chailli « que mondit Seigneur a fait achater de luy pour fere « ymages pour la chapclle que mondit Seigneur afondee « en la grant eglise de Bourges ». Puis, c'est une somme de 20 sous, remise au meme « pour la facon d'un chaffaut « qu'il a fait pour asseoir une ymage de Nostre Dame « en la meme chapellc (5) ».
En 1 37 1, Jacques Collet, « ymager de Monseigneur », touche 20 livres tournois a valoir sur ses gages (6).
Un compte de i383 contient ce curieux article : « A « Regnaudin de Bossut, ouvrer de ymaginerie, sur son « marche de tailler en boys une dozenne de testes de
(i) Arch. Nat., KK 25 1, fol. 3 5.
(2) Ibid.^ fo'l. 102 v°.
(3) Ibid., fol. 35. (4)7^/^., fol. 28 v.
(5) Ibid.., fol. 34 v".
(6) Ibid., fol. 22 vo.
INTRODUCTION
(( cerfs a tout Ic coul et pestrine hors du mur oil elles « seront, assavoir chascune teste pour le prix de 6 li- ce vres (i). )) Une note ajoutee en marge constate que Regnaudin n'a3'ant termine que trois tetes, n'eut que iX livres, suivant les conventions du marclie. Gette de- coration se retrouve dc tout temps dans les chateaux ^itues a proximite de chasses giboyeuses, comme Fon- taineblcau et Versailles. N'est-elle pas encore en honneur aujourd'hui chez les riches proprietaires passionnes pour les exploits cynegetiques ?
En fevrier 1 386, 2 1 livres sont allouees a « Arnol Athe- non, ymager », pour avoir decorc « de testes d'anges le (( grand batel que Monseigneur avoit ordonne estre fait (c pour son esbat aupres de son chastel de Poictiers » et avoir modele « une grant teste de cerf pour la lence « dud. bastel (2) ».
Enfin, au mois d'aout 1400, Timagier Dammartin, rccoit du due de Berry un message, apporte de Paris a Aubigny par le chevaucheur Petit Barre (3). Nous igno- ron naturellement I'objet de cette lettre. Peut-etre cet imager est-il le meme individu que Dreux de Dammartin, nomme dans un autre article du meme compte, a cote du peintre Jaquemart de Hodin (4).
Le tombeau du due de Berry et de Jeanne de Bou- logne, sa seconde femme, erige par les soins du roi Char- les VII et aujourd'hui conserve dans la chapelle souter- raine de la cathedrale de Bourges, etait I'ceuvre d'un fort habile imagier; mais cette tombe ne fut mise en place dans la Sainte-Chapelle que longtemps apres la mort du prince. Le musee de Bourges a garde huit des
(i) Arch. Nat., KK 256-257, fol. Sy v". Cf. I'article de Guillaume Des- champs charge de peindre une tete de cerf en iSjg (p. lxxx ci-dessus),
(2) Ibid., fol. 38 yo.
(3) Arch. Nat., KK 2 53, fol. 80 V.
(4) Ibid., fol. 78 vo.
Joy
LXXXVIII INTRODUCTION
quarante statues de pleurcurs qui entouraicnt Ic monu- ment a Torigine ct qui rappellent les iigures des torn- beaux de Dijon.
En poursuivant nos recherches nous aurions sans doute plus d'un nom nouveau a joindre a ceux qui vien- nent d'etre cites ; mais ce serait donner trop de develop- pement a une digression queique peu etrangere aux inventaires, objet essentiel de notre travail.
Dans une recente etude sur les rapports du due de Berry avec I'ltalie et Tart italien (i), relations dont nos propres investigations ont fourni plus d'un temoignage curieux, I'auteur, s'appuyant sur une lettre de Pierre le Fruitier, dit Salmon, sorte de factotum du due de Berry, plusieursfois nomme dans nos inventaires, arrive a cette conclusion que le prince avait fait venir de la peninsule, sur les conseils de son correspondant, un « intarsiatore « fameuxde Sienne, nomme Domenico di Niccolo. La let- tre de Pierre le Fruitier est datee de Janvier 1408; or, precisement a cette epoque, on perd la trace de Dome- nico en Italie. Le grand polyptique du Louvre, decore de bas-reliefs en os et venant de I'abbaye de Poissy, ne pourrait-il pas lui etre attribue? Les preuves manquent; mais, dans tous les cas, le gout prononce du grand amateur pour les productions de I'art transalpin rend rh3^pothese de M. de Champeaux assez plausible.
■at,x du due Apres avoir nasse en revue les nombreuses personna-
dc Berry. ^ ^
'1) A. de Champeaux, Les relations du due de Berry avec I'art ita- lien, dans la Gazette des Beaux-Arts, annee 1888, tome XXXVllI, p. 409-415. Dans Ic mcime article, i'auteur cite un portrait du due de Berry en miniature , inserc dans le livre ou Salmon raconte son voyage en Italie, manuscrit conserve a la Bibliotheque Nationalc. Sur cette miniature le Due, debout, a cote de Charles VI, dans une salle de I'hotel de Saint-Pol, refoit la relation du voyage de Salmon. — Voyez aussi, sur le livre de la Cite de Dieu, reclame apres la mort du Due par Pierre le F'ruicticr et a lui rcstitue, notre tome II, page 3o2.
INTRODUCTION
litcs citces a des titrcs divers dans Ic registre de Robinet d'Etampes, donateurs, donataires, orfevres, marchands, peintres, nous allons nous occuper maintenant des joyaux et autres objets enumeres dans notre texte. II est indispensable, pour plus de clarte, de diviser ces articles, suivant leur nature, en un certain nombrede categories. Nous examinerons done successivement les pierres pre- cieuses, les joyaux de chapelle, les joyaux de corps, les curiosites diverses, les tapisseries et broderies, le linge et les vetements ; on terminera par les manuscrits.
Le marquis de Laborde qui a tire un si grand parti de I'inventaire du due de Berry pour son Glossairc des Emaiix, a fait deux remarques essentielles : au moyen age, la pierre la plus estimee est le rubis; il est prise bien au-dessus du diamant. En second lieu, le due de Berry a possede la plus riche collection de rubis qui existat de son temps, la plus belle peut-etre qui ait jamais ete reunie.
Autrefois comme aujourd'hui, les pierres exception- nelles recevaient une denomination earacteristique, tirce de leur forme, de leur origine, de leur possesseur, ou de quelque particularite notable. L'inventaire de 141 3 offre de nombreux exemples de cette coutume.
Le due de Berry n'a pas moins de quatorze rubis et Rubis a bauns. six balais juges dignes par leur grosseur, leur eclat, leurs qualites exceptionnelles , de reeevoir un nom. Sous le terme de rubis balai etaient comprises, comme on salt, les pierres d'un rouge un peu moins vif que les rubis proprement dits ou rubis d'Alexandrie. C'est done une vingtaine de rubis baptises d'un titre, tandis que la collection ducale ne renferme que cinq autres pier- res, soit deux diamants, deux saphirs et une emeraude, et en outre deux perles, designees par un sobriquet spe- cial. Ces pierreries, d"une importance et d'une valeur singulieres, ont souvent change de proprietaire depuis
INTRODUCTION
le due dc BeriT ; mais serait-il trop temcraire de suppo- serque leurmerheparticulier a preserve certaines d'entre elles de la destruction ? Une pierre d'un prix aussi eleve n'est jamais detruite que par accident; elle se perd rare- ment. On garde avec un soin jaloux un bijou qui vaut une fortune. Sans doute, les descriptions de I'inventaire sont en general trop succinctes pour permettre d'iden- tifier avec entiere certitude ces gemmes mervei Ileu- ses. Toutefois, ne serait-il pas possible a un lapidaire exerce, connaissant bien les pierres renommees existant dans les grandes collections de TEurope, d'y retrouver et de reconnaitre quelques-uns des plus beaux jo3^aux du tresor de Bourges ?
La plupart de ces pierres magnifiques provenaient d'achats. Fort au courant des gouts du prince francais, les marchands s'empressaient de lui presenter ce qu'ils pouvaient decouvrir de plus rare . Presque tons les rubis venaient d'Orient, d'ou le nom de rubis d'Alexan- drie qu'on leur voit souvent attribue. Ce commerce etait surtout entre les mains des Italiens ou des Juifs. C'est un Venitien, Louis Gradenigo, qui vend a notre prince le rubis de lafossette et le rubis dit le grain d'orge (i), moyennant le prix de 3,ooo ecus d'or chacun. Du meme marchand le due de Bourgogne Jean Sans Peur tenait la magnitique pierre qu'il donnait a son oncle au mois de juillet 141 3 (2) et que le due de Berr}' avait baptisee du nom significatif de roi des rubis, avant de le rendre, en 14 1 6, au marchand venitien, probablement pour eteindre quelque dette criarde. L'examen attentif des comptes des dues de Bourgogne fera peut-etre con- naitre un jour la valeur de ce rubis exeeptionncl.
Un autre marchand italien, le Florentin Andre
(i) Invent. A, art. 348 et 849. (2) Art. 1 148.
INTRODUCTION XCI
Sucre, dit Massa}-, vend, en juin 1409, pour la somme enorme de 7,3oo ecus d'or, le r^iibis dc la nite (i). II est vrai que deux autres pierres etaient comprises dans le marche;mais elles comptaient pour bien peu.
Le riibis de la montagne est paye 5, 000 ecus d'or a Jean Sac, en 1406 (2) ; le rubis de Berrj, vendu par Baude de Guy (3) en 1408, coute 1,200 ecus.
En comparantces chiffres eleves aux prix d'estimation fixes par les executeurs testamentaires, on constate une depreciation considerable en fort peu de temps. Ainsi, le rubis de la montagne, paye 5, 000 ecus en 1406, n'est plus cote, onze ans plus tard, que i,5oo livres, soit environ le dixieme de son prix d'achat. Le rubis de la fossette tombe de 3, 000 ecus a 400 livres; le rubis de la nue de 7,3oo ecus a 1,1 25 livres. Parfois, cependant, revalua- tion se rapproche davantage du chiffre d'acquisition. Le rubis de Berry , acquis pour 1,200 ecus en 1408 (4), est encore estime 1,687 livres 10 sous en 141 6 ; c'est la une exception due sans doute a des circonstances particulieres. La regie generale est une diminution enorme, depassant parfois les neufdixiemes. Comment, en presence de pareilles variations, poser des regies meme approximatives pour ramener les anciens prix au pouvoir actuel de I'argent?
La passion de notre prince etant universellement con- nue, chacun s'empressait a I'envi de la satisfaire. Le due d'Orleans offre a son oncle le rubis de la poule (5), qui devient bientot I'objet d'un singulier trafic. Donnee, sans doute en payement, a Guillaume de Lodde, cette pierre fut rachetee de ses heritiers par le due de
(i) Invent. A, art. 347.
(2) Art. 343.
(3) Art. 345.
(4) Art. 345.
(5) Art. 352.
XCII INTRODUCTION
Berry (i) qui nc s'en etait probablement defait qu'a son corps defendant. II la paya cette fois 700 francs. Or, elle figure dans son inventaire apres deces pour la somme de 1,125 livres tournois. Le due de Berry n'a certes jamais realise une autre operation aussi brillante.
Philippe le Hardi en mourant avait legue a son frere un rubis dit le canir de France, estime 800 livres en 1416 (2).
Le due de Guienne, fils de Charles VI, se montre aussi fort empresse a se mettre dans les bonnes graces de son grand-oncle. II lui fait don, en 141 4, du riibis de Guienne (3), prise 2,260 livres par les executeurs testa- mentaires . C'est encore de son neveu que le due de Berry recoit, le i"" Janvier 141 5, le balai de la chdtai- i^'ue (4) qu'il fait entrer dans la decoration de la fameuse croix destinee au Roi de France, a laquelle il eonsacrait ses plus beaux joyaux, et dont la monture n'etait pas achevee au moment de sa mort.
Le rubis teigneux el le rubis de roirille (5) avixiem servi I'un et I'autre a enrichir un reliquaire abandonne a Guil- laume de Lodde pour eteindre une dette.
Deux autres pierres, le rubis de la caille (6) et le rubis de Glocester (7) n'appartenaient deja plus au tresor de Bourges quand Robinet d'Etampes en devint le gardien. Avant 1413, le premier avait ete offert au roi de France et le second avait passe entre les mains de Guillaume de Lodde.
Bien que d'une couleur moins vive que le rubis pro-
(i) Invent. A, art. 1 147.
(2) Art. 35o.
(3) Art. 1 1 52.
(4) Art. 1 1 63.
(5) Art. 187.
(6) Invent. B, art. 126.
(7) Ibid., Art. i3o.
INTRODUCTION XCIII
prement dit, et par consequent moins estime par les con- naisseurs, le rubis balai atteignait cependant parfois une valeur enorme. En faut-il d'autre preuve que le prix du fiTos balay de V2nise, paye 18,000 francs, en Jan- vier 1408, a la duchesse d'Orleans (i). Le due de Berry le consacra, comnie le balai de la chdtaigne, a I'or- nement de sa belle croix donnee au roi de France. II fit le meme usage du balai d' Orange (2), achete, en 1408, 2,000 ecus d'or, de deux anciens serviteurs du Roi.
Rarement, I'lnventaire donne le poids de ces pierres exceptionnelles; c'est fort regrettable a coup siir, car ce serait un des signes distinctifs les plus propres a les faire reconnaitre. Notons avec soin I'exception faite pour le balai du pape et le balai de la crete de coq (3). Le pre- mier, rond, perce et « glaceux » par endroits, pesait 240 carats; le second, long et perce dans le sens de la lon- gueur, etait du poids de 170 carats.
Quand nous aurons rappele le J'libis de Boiirgogne, legue au roi de France et incidemment cite dans une note de Robinet d'Etampes (4), et le balai de David, mis en gage, apres 141 3, pour une somme de pres de 8,000 livres, et prise par les executeurs testamentaires 5,5oo livres (5), nous aurons passe en revue tons les rubis remarquables de la collection.
Peu de chose a dire des autres pierres. Des deux sa- Sapiurs. phirs juges dignes de recevoir un nom distinctif, le pre-
(i) Invent. A, art. 363.
(2) Art. 364.
(3) Art. 359.
(4) Art. 429.
(5) Nous possedons un autre tcmoignage de la haute valeur du balai de David. Un acte de procedure, redige en 141 3 pour obtenir que la garde de ce joyau fiit contiee a Bureau de Dammartin, tresorier de France, constate que le Parlement portait a 7,000 ecus d'or d'cstimation du balai de David (Arch. Nat., KK 25o, fol. 77 v").
XCIV INTRODUCTION
mier, le saphir de Melun (i), est employe a la decoration de la belle croix executee pour le Roi ; I'autre, baptise le grant saphir de Bourgogne (2), en raison de sa prove- nance sans doute, presente cette particularite remarqua- blc qu'il portait une tete d'homme gravee en creux. Etait- ce une intaille antique? Les experts charges de revalua- tion des biens I'estimerent i,5oo francs. Emeraudcs. Le duc de Berry semble avoir fait peu de cas des emeraudes. La bonne emeraude, la seule qui porte un nom determine, est prisee, en 1416, i5 livres (3). Les autres pierres de meme nature n'ont guere plus de prix. Diamants. Le diamant dit diamant de saint Louis devait offrir a un prince de la maison de France une valeur inappre- ciable, s'il avait reellement appartenu au fils de Blan- che de Castille (4). En 1408, le duc de Berry le paya 3oo ecus d'or aux individus qui lui vendirent le balai d'Orange. Huit ans plus tard, lors de la mort de son possesseur, le diamant de saint Louis est encore prise 337 livres 10 sous.
Le diamant de Chartres (5), offert par le chapitre de cette eglise auduc de Berry, passa peu apres en la pos- session du duc de Guienne, auquel il fallait bien olfrir quelque joyau en retour des nombreux presents que notre prince ne cessait de recevoir de lui. C'est encore le duc de Guienne qui leguait par son testament a son pcries. grand-oncle deux des plus belles perles du tresor de Bourges : la grosse perk de Berry, evaluee, en 141 6, 4,000 livres tournois (6), et la grosse perle de Na- varre (7), cotee 2,000 livres a la meme date.
(i) Invent. A, art. Syi.
(2) Art. 377.
(3) Art. 41 1.
(4) Art. 427.
(5) Art. 441.
(6) Art. 1200.
(7) Art. 1 201.
INTRODUCTION XCV
On pourrait relcver ca et la bien d'autres particula- rites curieuses et signaler nombre de pierres d'une grande valeur, telles que Ic diamant de 5,ooo ecus et les trois perles de 2,000 ecus (i), qui furent affectees a la rancon du comte d'Eu ; mais les details qui precedent suffisent pour donner un apercu de la composition de cette col- lection unique. Arrivons maintenant aux joyaux proprement dits. Avant 1404, c'est-a-dire avant la donation de ses plus ^/^j]'^:!'^^^^ precieux tresors a la Sainte-Chapelle de Bourges, le Due possedait un ensemble d'images, de croix, de calices, de tableaux d'autel, de reliquaires, de portepaix et d'autres ornements religieux, la pluparten or, d'une magnificence inouTe. A quelques-unes de ces pieces d'orfevrerie reli- gieuses avait ete attribuee une designation significative, comme celles de croix aux emeraiides, petite croix aux emeraudes, croix des emaux de petite, ct^oix de Blois (2), ces dernieres donnees a la Sainte-Chapelle. Une croix appelee la croix de Bourgogne (3) n'existait deja plus en I4i3; ses debris figurent en divers chapitres du compte de Robinet d'Etampes. Une autre croix, dite le V02U de Lucques[X), passa de bonne heure entre les mains de Guillaume de Lodde.
Toute cette riche orfevrerie d'eglise, inscrite sur les premieres pages de I'inventaire de 1404, ne tarda pas a etre remplacee par d'autres pieces presque aussi remar- quables. Si les croix et les figures d'or paraissent moins nombreuses dans le compte dc Robinet d'Etampes que dans le precedent inventaire, on y trouve par centre des morceaux d'un interet capital. Tel est ce grand joyau
(i) Invent. S G, art. 773 ct i335.
(2) Invent. B, art. 8, 23, 27, 49.
(3) Invent. B, art. 25 et Invent. A, art. 35g.
(4) Invent. B, art. 28.
XCVI INTRODUCTION
d'or(i), de troispieds et demi de haut, decore des figures de la Trinitc, de TAnnonciation, de saint Georges et de saint Michel, de deux anges et aussi des images du due et de la duchesse de Berry; le tout garni de soixante-quatre balais, quarante-sept saphirs, deux rubis, deux diamants et deux cent vingt-six perles. L'or de ce joyau magnifi- que pese 129 marcs 7 onces. Sa valeur meme devait cau- ser sa perte. D'abord mis en gage chez Bureau de Dam- martin, marchand parisien, comme garantie d'un pret de 18,023 livres, iq sous, 9 deniers, le grand joyau d'or sor- tait du tresor, vers la fin de I'annee 141 5, probablement pour aller a la fonte. C'etait, d'ailleurs, le sort reserve a toute cette splendide orfevrerie d'eglise ; elle cons- tituait reellement une sorte d'epargne ou de reserve pour les cas de supreme nc'cessite, et les princes du sang, aussi bien que les rois de France, ne se firent pas faute d'y puiser quand le besoin les y contraignit, Les notes de nos inventaires, et aussi le compte de Char- les VI deja cite, etablissent que, moins d'un an apres lamortdu due de Berry, bien peu de chose subsistait des immenses tresors amasses par notre prince, si on en excepte les ornements donnes a la Sainte-Chapelle de Bourges ou a diverses eglises.
Sur les dons faits a la Sainte-Chapelle nous n'avons pas a insister, le texte des inventaires cotes ici A et D contenant a ce sujet les details les plus complets; mais nous dirons quelques mots des joyaux qui entrerent dans les tresors des chapitres de Paris et de Chartres. Dons offerts a II est assez singulicr que, parmi les obiets offerts a
Vcglisede Paris. ^ ^ . . ,
I'eglise de Paris, d'apres nos documents (2), ne figure nulle part cette precieuse relique du chef de saint Phi- lippe que le due de Berr}^ avait enfermee dans un rcli-
(i) Invent. A, art. 14. (2) Art. 20, 36o.
INTRODUCTION XCVII
quaire d'or enrichi dcpierres prccicuses, pour le donncr a I'eglise de Notre-Dame en 1400. Charles IX fit fondre ce Joyau pendant les guerres de religion, et, quelques annees plus tard, en i58o, le chapitre remplacait parun nouveau chef en or le magnifique reliquaire venant du due de Berry (i).
La meme eglise a conserve Jusqu'a la fin du xvnf siecle un grand reliquaire d'or, appele le tableau de saint Sebas- tien, donne par notre prince en 141 3 (2). Ce tableau ren- fermait les ossements d'un grand nombre de saints enumeres par les historiens du tresor. C'est, selon toute probabilite, le reliquaire auquel il est fait allusion dans une note (3) et que le due Jean reprit a la Sainte-Chapelle de Bourges pour I'offrir a I'eglise de Paris.
Le reliquaire d'oravec une dent de lait de laVierge(4), que Robinet d'Etampes declare avoir ete concede a la meme eglise, n'est pas mentionne sur les inventaires du tresor de Notre-Dame de Paris; mais le livre de Gueffier signale une medaille de saint Michel, d'or emaille, pro- venant d'un don de 1406.
Le magnifique reliquaire d'or du chef de saint Phi- lippe nous fournit encore la preuve formelle que les divers inventaires sont loin de comprendre tous les joyaux ayant appartenu au Due ou executes sur ses or- dres. Cette nomenclature demeurera toujours forcement incomplete. En ce qui concerne du moins le superbe chef de saint Philippe, les textes et les descriptions abondent. M. Francois Delaborde (5) a raconte recem-
(i) C. p. Gueffier, Description des ciiriosites de I'eglise de Paris, 1763, in-S", p. 267.
(2) Ibid.,' p. 292.
(3) Invent. A, art, 36 1.
(4) Ibid., art. 20.
(5) Le procds du chefde saint Denis, daw?, les Me'moires de la Socie'te de I'histoire de Paris et de Vile de France, tome XI, 1884, p. 297-409. II a ete fait un tirage a part de ce Memoire.
g
XCVIII INTRODUCTION
ment, avec un grand luxe de details piquants, I'liistoire de ce joyau rare, offert au chapitre de Notre-Dame, au debut de I'annee 1406, en echange d'une parcelle du crane de saint Denis, relique dont les Religieux de Saint- Denis niaient energiquenient I'authenticite. Cette contes- tation aboutit meme a un proces dont les ctranges peri- peties ont ete resumees par I'auteur du memoire cite plus haut. Nous n'en parlons ici qu'en raison du role joue dans cette affaire par le due de Berr}^ Aussi bien, fut-il contraint de se rendre ii I'evidence des preuves pro- duites par les Religieux, et de renoncer a la satisfaction de posseder un fragment des restes de I'apotre venere des Gaules. La negligence avec laquelle une si fameuse relique est abandonnee dans une saliere de cristal (i) laisse assez entendre que le due de Berry avait perdu toute confiance en son authenticite.
L'eglise de Chartres, moins scrupuleuse que les Reli- gieux de Saint-Denis qui, eux, n'avaient consenti, sous aucune condition, a se dessaisir de la moindre parcelle des ossements de leur glorieux patron, fit abandon d'un tableau d'or (2) contenant un morceau de la vraie croix, conserve depuis un temps immemorial dans son tre- sor. Sans doute, les chanoines ne s'etaient rendus qu'a la derniere extremite; car, peu de temps avant sa mort, le Due, pris sans doute de remords, ordonna de restituer I'insigne relique a l'eglise de Chartres, ce qui ne souffrit aucune difficulte.
C'est un scrupule de meme nature qui fit rentrer I'ab- baye de Saint-Denis en possession du manuscrit des Chroniques de France (3), prete au due de Berry pour en prendre copie et reste dans sa librairie jusqu'au jourde
(i) Invent. A, art. i32.
(2) Art. 69.
(3) Art. 1249.
INTRODUCTION
sa mort. II semblerait meme, d'apres la note qui relate cette particularite, que le confesseur du prince dut inter- venirpour obtenir cette restitution.
Dans I'inventaire du tresor de Chartres, M. de Mely Dons oferts signale (i), comme provenant des liberalites du due ' c/iartres. Jean, une Vierge d'ambre gris. Peut-etre ce don serait- il d'une date anterieure a 1401, car cette figure ne parait sur aucun inventaire. Le tableau d'or pose sur huit ours, detail qui vaut bien un certificat d'origine authentique, et contenant du bois de la vraie croix avec d'autres reliques, donne a I'eglise de Chartres en 1406 (2), n'est pas mentionne non plus sur le premier de nos inventaires. Au surplus, les nombreuses liberalites (3) du frere de Charles V au sanctuaire venere de Chartres sont officiellement constatees dans la lettre de remerci- ment ecrite par le Chapitre, le 8 aout 1406, probablement a la suite de la reception du reliquaire porte sur des ours. L'inventaire du tresor de Chartres nous fait ainsi con- naitre de precieux Jox^aux qui n'ont jamais figure sur la liste des tresors du prince.
Jusqu'au dernier moment de sa vie, notre fervent col- lectionneur ne cessa d'augmenter le nombre des joyaux amasses dans le tresor de Bourges (4). A vrai dire.
(i) Page 12.
(2) Page 53 de l'inventaire publie par M. de Mely. Les reliques jointes au morceau de la croix consistaient en parcelles de la sainte couronne, de la sainte pierre, des raclures du saint clou, des morceaux du saint linceul, de la robe de pourpre, de la serviette dont Notre-Seigneur se ceignit pour iaver les pieds des Apotres, de la ceinture de la Vierge, des langes sacrees. Une longue inscription, citee par I'auteur du Tresor de Chartres, rappelait tons ces details.
(3) D'apres M. de Mely (p. i5), le Due aurait offert a cette eglise le reli- quaire contenant des cheveux de la Vierge, a lui donne par le pape Clement VII, lors de son voyage a Avignon. La statue d'or avec un manteau bleu, qui portait le nom de Vierge bleue, viendrait aussi de notre prince.
f4) Voy. Invent. A, p. 288, art. 1 100 et suivants.
C INTRODUCTION
beaucoup d'objets acquis en 1413 et les annecs suivan- tes proviennent de dons ou de legs. D'autres sent retires des mains des marchands auxquels ils avaient ete confies en garantie de sommes pretees.
A cette categorie appartient la croix aiix cristaux, estimee 8,000 fr. et vendue 10,000 fr. en 1416(1). Quant au joy an dii niont de Calvaire {2), mis en gage chez Guil- laume de Lodde, a la croix au rubis [?>), deposee chez Jean Tarenne, a la croix au camahieu (4), confiee a Bureau de Dammartin, il ne semble pas que le due de Berry ait trouve le moyen de les retirer des mains des preteurs avant sa mort.
Signalons encore deux articles consacres a des oeuvres d'art exceptionnelles : la cro/x au serpent (5) et la croix de Balthasar (6). Encore cette derniere n'existe-t-elle plus lors de I'entree en charge de Robinet d'Etampes ; les joyaux en avaient ete retires, et c'est par la mention de sa destruction que son souvenir et son nom ont ete con- serves.
On ne saurait trop insister sur ce point qu'il est a peu pres impossible de suivre dans leurs incessantes meta- morphoses les pieces capitales de la collection de Bour- ges. Le caprice du Due se plaisait a des remaniments perpetuels, et, sous ce rapport, les articles (7) contenant I'enumeration des pierres provenant de joyaux detruits ne sont pas les moins curieux ni les moins instructifs. Parmi les objets a la transformaiion desquels nos textes nous font pour ainsi dire assister, figurent des sta-
(i) Inv. A, art. 1070, io85 et iioo.
(2) Art. 1074.
(3) Art. 1084.
(4) Art. 359 et 1086.
(5) Art. 7.
(6) Art. 66.
(7) Voy. surtout les articles 36 1, 367, 419 et 462 de I'lnventaire A.
INTRODUCTION CI
tuettes en or de Dieu le perc, de Notre-Dame, de saint Jean-Baptiste, de saint Paul, de saint Pierre, de saint Denis, de saint Thomas, de saint Charlemagne, de saint Louis, un bapteme du Christ, et quantite d'autres pieces de grand prix, dont plusieurs sont des cadeaux offerts au due de Berry par son frere de Bourgogne ou par son neveu d'Orleans.
Au nombre des raretes qui excitaient au plus haut saintcs reUques point les convoitises de notre prince, il faut mettre en premiere ligne les reliques des martjTs et des saints. Rien ne lui coutait, comme on vient de le montrer par I'his- toire de I'os du crane de saint Denis, pour se procurer quelque parcelle d'une relique insigne.
Les chevaliers qui avaient accompagne Boucicaut dans I'expedition de Constantinople, en particulier le sire de Chateaumorant, s'etaient empresses de satisfaire a ce caprice de collectionneur en rapportant de leur voyage quantite de pieux souvenirs a I'intention du prince dont la faveur etait fort recherchee. Les inventaires ne men- tionnent pas moins d'une quinzaine de croix, reli- quairesou autres joyaux (i)contenant des parcelles de la vraie croix. L'un de ces fragments, le plus considerable sans doute, venait de I'Empereur de Constantinople, avec qui notre prince etait en relations assidues. Un autre avait ete apporte en France par le sire de Chateaumo- rant.
La liste des autres reliques presente de bien singulieres particularites.
Ainsi, dans la a^oix des emaux de pelite (2), a cote d'une parcelle de la vraie croix, sont enfermes divers fragments de la robe de Jesus-Christ, des courroies qui servirent a I'attacher, de I'eponge, et un des clous de
(i) Invent. B, art. 5, 8, 12, 25, 49, 182, 214, 2i5, Sgy, 1081 ct Invent. A, art. 8, 9, 10, iioo, iioi, iiii. (2) Invent. A, art. 49
INTRODUCTION
la Passion. Ailleurs, c'est une des pierrcs que Ic Christ cliangea en pain dans le desert (i); une piece du man- teau d'Elie (2); le chef d'une des onze milleVierges (3); les jambes d'un des Innocents mis a mort par Herode (4). D'autres articles citent certaines reliques de moindre valeur, mais aussi etranges (5). Quelques-uns de ces objets ne laissent pas que de poser des problemes diffi- ciles a resoudre. Ainsi avons-nous vainement cherche a nous renseigner sur la legende a laquelle fait allusion cette relique « du fust de la porte de Teglise que saint Pierre fist bastir a Rome par I'Ennemi (6) ».
Le due de Berr}^ n'etait pas plus credule que ses con- temporains;mais il partageait le gout de son temps pour le surnaturel et le merveilleux.Peut-etre, et certains indi- ces sembleraient Tindiquer, n'etait-il qu'a moitie dupe de toutes ces designations pretentieuses. II dissimulaitpour- tant ses sentiments intimes et paraissait admettre sans difliculte I'authenticite de ces tresors suspects, recom- mandes surtout par leur origine exotique.
Qu'est-il advenu de toute cette orfevrerie d'eglise, de ces innombrables reliques? Beaucoup ont disparu, soit pendant la guerre contre les Anglais, soit au milieu des convulsions qui bouleverserent la France dans la seconde moitie du seizieme siecle. Le due de Berry lui-meme ne se fit pas scrupule, dans les cas de pressante necessite, de porter la main sur les objets voues aux usages sacres ; C'est ainsi que, lors du siege de Bourges, les vases pre- cieux et autres ornements de la Sainte-Chapelle furent engages ou fondus. On a vu ce qu'il etait advenu au
(i) Invent. A, art. 54.
(2) Art. 274.
(3) Art. .11 6, 317, 438.
(4) Art. 3ig, 32o.
(5) Voy. Invent. A, art. 643, 910, 911, 912, 913 et Invent. B, n° 60.
(6) Invent. A, art. 910.
INTRODUCTION CIII
xvi^ siecle du chef d'or de saint Philippe appartenant a Notre-Dame de Paris. Nul doute que le sort de ce precieux joyau n'ait ete partage a la meme epoque par les tresors de beaucoup d'autres eglises. II existe encore un nombre suffisant de proces-verbaux de destructions operees soit par les Huguenots, soit par les catholiques, pour en con- clure que bien peu de sanctuaires, parmi les plus veneres, furent alors epargnes.
Le musee de Bourges possede une coupe de marbre jaune, veine de rouge, en forme de coquille a douze cotes, qu'une vieille tradition pretend avoir figure, avec le Sacro Catino, aux noces de Cana (i). Meme si on n'ajoute qu'une mediocre confiance a cette legende, le vase en question offrirait encore un interet exceptionnel, comme etant une des dernieres epaves du riche tresor de la Sainte-Chapelle. II aurait ete oifert par le Due avec une epine de la Sainte Couronne, actuellement conservee chez les dames de Saint-Laurent, a Bourges.
De tous les ornements d'eglise provenant de notre prince et encore existants, I'un des plus importants est, sans contredit, le grand retable d'autel decore de vingt-quatre scenes de la vie du Christ, dix-huit sujets de la legende de saint Jean-Baptiste et autant de tableaux tires de celle de saint Jean I'Evangeliste. Ce retable en OS sculpte, expose dans les galeries du Louvre, fut offert a I'abbaye de Poissy par le due de Berry, dont la figure agenouillee, accompagnee de celle de sa femme, appa- rait dans un coin du tableau avec I'ecu de France engrele de gueules. Comment se fait-il que ce monument precieux de I'art du xiv' siecle ne soit mentionne dans aucun de nos Inventaires? II appartiendrait done a cette serie d'objets commandes pour les abbayes ou les eglises et qui valurent au prince une reputation de pieuse
(i) Interme'diaire du 25 septembrc 1888, p. SyS.
CIV INTRODUCTION
liberalite, celebree dans les Chroniques contcmporai- nes (i); mais, il faut bien le reconnaitre,les joyaux du due de Berry qui ont echappe a la destruction sontd'une extreme rarete. Leur valeur intrinseque causa leur perte. Seuls, les manuscrits histories, ont survecu pour por- ter temoignage des gouts raffines de leur ancien posses- seur. Joyaux de corps. La liste des jo3^aux d*un usage profane, dits joyaux pour le corps de Monseigneur le Due (2), abonde en details curieux sur le costume du temps . Chapeaux ornes de pedes ou de pierres precieuses, ceintures garnies d'or, couronnes et colliers d'or, toutes ces parures don- nent une idee saisissante du luxe inoui de la cour de France peu d'annees avant le desastre d'Azincourt. Les- fermails ou fermaillets d'or, rehausses de pierres pre- cieuses, sont de la plus grande richesse. L'art de Torfe- vre se donne libre carriere sur cette piece capitale de la parure, Le due de Berry possedait un fermaillet deeore des plus beaux joyaux de sa collection (3), notamment de ce balai paye 16,000 ecus a Janus de Grimault, de deux diamants achetes 6,000 ecus, de deux autres diamants valant 2,800 livres, enfin d'un cinquieme dia- mant du prix de 7,800 ecus; soit plus de 3o,ooo ecus employes a la decoration d'un seul bijou (4) ! II nous semble bien que certains artistes, charges de peindre le portrait du Due, ont voulu le representer avee ee fermail. Inutile d'insister sur les anneaux d'or enrichis de rubis, de saphirs, de diamants, d'emeraudes et de perles.
(i) Bellaguet, Clironique du Religieux dc Saint-Denis, iomc VI, p. 29. — Voy. aussi La Thaumassicre, Histoirc du Berry.
(2) Invent. A, art. 140 et suivants.
(3) Ibid., art. 162.
(4) Ce fermaillet est mentionnc a la fin de I'lnventaire S G,sous le n° 1 335. II ctait alors engage chez le changeur parisien Renaud Pis- d'Oue.
INTRODUCTION CV
lis sontnombreux dans les inventaires, et cela se concoit aisement. Ces anneaux sont comme la monnaie courante des cadeaux entre grands seigneurs. Ici, la valeur de la pierre constitue a peu pres tout le prix du bijou, et, grace aux estimations du dernier inventaire, on a des renseignements precis sur chacun de ces objets.
Certains details meriteraient une attention particu- liere. Tel est ce camahieu en un annel d'or « fait a la semblance du visage de Monseigneur (i). » C'est evi- demment un portrait du Due grave sur pierre; mais ce camahieu doit-il etre pris pour un camee au sens mo- derne du mot, comme Ta suppose M. de Laborde, ou ce terme ne designe-t-il pas plutot une intaille ? La meme incertitude se produit au sujet d'un article analogue, mentionnant « un annel d'or ouqucl est le visage de Monseigneur le Due contrefait d'une pierre de cama- hieu (2) )). Notre prince aimait a voir sa figure, si peu plaisante qu'elle fut, reproduite sous tons les aspects, dans toutes les matieres. C'est une faiblesse qu'on retrouve chez beaucoup d'amateurs eminents. La table qui termine cette publication contient la liste de ces por- traits soit en peinture, soit en gravure, representant le Due seul ou accompagne de sa femme.
Les inventaires ne contiennent sur les vetements per- vetemcnts et sonnels et le linge de maison que des indications sommai- '"^'^' res. Seul, le compte de Texecution testamentaire consa- cre un chapitre special a cette nature d'objets(3). Encore ne parle-t-il que des robes et houppelandes doublees de fourrure et ofFrant une certaine valeur. Robinet d'Etam- pes, garde des joyaux, n'avait pas a s'en occuper ; aussi n'est-il jamais question dans son registre ni de vete-
(i) Invent. A, art. 606.
(2) Art. 611.
(3) Tome II, Invent. SG., art, 666 et suivants.
CVI INTRODUCTION
ments, ni de linge, non plus que de tapisseries ou de broderies.
Dans I'invcntaire de 1402, on trouve quantite de details precis sur des draps d'or et de soie (i) et sur d'au- tres ornements de chapelle richement decores, tels que chapes, tuniques, dalmatiques, frontiers, dossiers, tables d'autel, etc., etc. La description de ces articles, donnes presque tous au tresor de la Sainte-Chapelle, abonde en termes techniques dont le sens precis nous echappe souvent. Quelle difference y a-t-il entre le drap d'or soudanis, le drap de Damas, le drap d'or de Luc- ques? Qu'est-ce qu'une broderie d'ouvrage de Florence? Broderies. Comment distinguer celle-ci de la broderie de la facon d'Angleterre ? Tout a la fin de I'inventaire de 1402 se lit une enumeration de broderies des plus remarquables. Beaucoup de ces ouvrages representent des saints et des saintes, veritables peintures a I'aiguille, dont le chef- d'oeuvre etait incontestablement cette table d'autel d'ou- vrage de Florence, en plusieurs pieces, decrite sous le n° i3i7 et dernier du registre. On a vu que ce parement d'autel, d'un si merveilleux travail, resta jusqu'a la Revo- lution dans le tresor de Chartres. A la fin du xvui*^ siecle, il tombait en lambeaux. II n'en subsisteplus rien aujour- d'hui; seuls, les dessins imparfaits de Montfaucon peu- vent donner une vague idee de son ornementation (2). Tapis et tapis- Quaut aux tapis ou tapisseries proprement dites, on doit en chercher la liste dans Tinventaire de 141 6 (3). Les tentures etant confiees aux soins d'un gardien special, il n'en est jamais question dans le registre de Robinet d'Etampes. A considerer I'ensemble des tapisseries a personnages du due de Berry, on serait presque surpris
(i) Invent. B, art, 1188.
(2) Voyez I'article dc M. dc Mcly cite dans la note de la page 1G6 du tome II.
(3) Invent. SG, art. 1-142 et 53i-556.
series.
INTRODUCTION CVII
qu'un prince aussi magnifique ne possedat pas de series plus importantes et plus riches.
Nous ne nous arreterons pas aux chambres de sole et de drap d'or, bien qu'elles soient nombreuses et que certaines meritent attention, comme cette chambre aux cygnes (i) et cette chambre aux enfants (2) decrites avec force details, et attributes, lors du partage de la succes- sion, aux deux fiUes du Due.
D'autres pieces presentent diverses particularites dignes de remarque, citons la chambre aux palii (3), portant une inscription allemande, et encore le dossiel de drap de laine, orne de betes, oiseaux et fleurettes, d'ou- vrage de Grece, envoye a notre prince par I'Empereur de Constantinople (4).
Les tapis velus abondent; leur ornementation ordi- naire consiste en armoiries, quelquefois sommairement decrites. Les tentures de cuir constituent egalement un mode de decoration fort usite (5). Le Due en possede un beau choix ; plusieurs d'entre elles sont armoriees des ecussons de Castille et d'Aragon. II s'agit done de cuirs provenant d'Espagne, connus de longue date sous le nom de cuirs de Cordoue.
Si Ton rapproche la liste des tapisseries a personnages du due de Berry de I'enumeration des tentures apparte- nant a ses freres, on retrouve ici les memes sujets que dans les inventaires de Charles V, de Philippe le Hardi et de Louis d'Anjou.
Voici d'abord la serie des scenes tirees de Thistoire reli- gieuse : le Trepassement de Notre Dame (6), le Cou-
(i) Invent. SG, art. 27-43.
(2) Art. 44-58.
(3) Art. 781.
(4) Art. 791.
(5) Art. 125-142.
(6) Art. I.
CVIII INTRODUCTION
ronnement de Notre Dame (i), V Apocalypse {2) dont le sujet rappelle la magnifique tenture d'Angers, comman- dee par le due Louis d'Anjou au tapissierparisien Nico- las Bataille; puis deux pieces sur la Trinite{3), un tapis de la Madeleine (4), une Vie de saint Andre [5], une Histoire de saint Jean (6), deux tapis du Credo (7).
Une autre categorie renferme les allegories ou mora- lites. A cette classe appartiennent les trois tapis de Fama (8)ou de Bonne Renommee, concus sans doute dans I'esprit des tapisseries de Nancy, un tapis des Sept j'ices{q), c'est-a-dire des sept peches capitaux, une histoire d'Es- perance et de Confusion {10), allegorie obscure dans le gout de Tepoque, enfin certains tapis du Pelerinage [i i ), dont le titre n'indique qu'insuffisamment le sujet et dont leducde Berry possedaitau moins deux exemplaires(i2).
Les scenes tirees des legendes de Charlemagne et de Girart de Vienne (i3) de Begue de Belin (14), le frere de Garin le Lorrain, font partie de la meme serie que les sujets legendaires des Neuf Preux ( 1 5). Le tapis de Gode- froy de Bouillon (i(5) sert de transition entre la fiction et les scenes historiques. Avec les trois tentures du roi Ri- chart (17), — il s'agit sans doute de Richard Coeur de Lion, — nous voici dans le domaine de I'histoire.
II ne semble pas, d'apres les inventaires, que notre prince, bien que grand admirateur de Bertrand Du Guesclin, ait possede, comme Charles VI, un tapis cele- brant le heros de la lutte contre les Anglais.
(i) Invent. SG, art. i8. .(lo) Art. 548.
(2) Art. 6. (11) Art. i5, 774.
(3) Art. 19. (12) Voy. notre tome II, p. 208,
(4) Art. 23. note 2.
(5) Art. 553. (i3) Art. 24.
(6) Art. 55o. (14) Art. 23.
(7) Art. i3, 14. (i5)Art. 17.
(8) Art. 2, 3, 4. (16) Art. 22.
(9) Art. 5. (17) Art. 20, 21.
INTRODUCTION
Si nous ignorons a quelle aventure, a quelle legende fait allusion le tapis dit de Robert le Fuzelier (i); les sujets du tapis de Vechiqiiier (2) et du tapis de la chasse a ['usage de Rome{3) s'expliquent assez clairement par le titre. Quant au tapis du Roman de la Rose {4), il n'apprcnd rien de nouveau surla vogue immense du poeme. Certes, une des tentures qui nous interesseraient le plus aujour- d'hui serait une de ces six pieces de VHistoire du grand Khan (5), inspirees evidemment par les recits merveil- leux de Marco Polo. Le due de Berry, qui avait recueilli plusieurs exemplaires manuscrits des recits du voya- geur, prenait plaisir a en faire reproduire les scenes sur les tentures de ses chateaux. Est-il besoin d'ajouter qu'il ne reste plus rien de ces ceuvres curieuses ? II y a plus : jamais, au cours de nos recherches sur la tapisserie, nous n'avons rencontre de piece avec I'ecu de France engrele de gueules, ni avec la devise le temps piendra, devise et armoi- ries si souvent reproduites par la navette ou le pinceau sur les tentures et les manuscrits du due de Berry.
Presque toutes les tapisseries enumerees dans I'inven- taire sont dites de I'ouvrage d'Arras ; faut-il prendre ce terme a la lettre et admettre que tous les articles por- tant cette mention provenaient des ateliers de I'Artois? Ce serait peut-etre preter a cette denomination un sens bien etroit. Nous savons pertinemment que le due de Berry fit travailler le fameux ouvrier parisien Nicolas Bataille(6).Il fut done en relations avec d'autres tapissiers
(i) Invent. SG, art. 549.
(2) Art. 16.
(3) Art. 55 1.
(4) Art. 26.
(5) Art. 7-12.
(6) La mention de Nicolas Bataille se trouve dans le regislre de Barthe- lemi de Noces (1374-1377), recemment publie par M. E. Teilhard de Chardin dans la BibliotMque de I'Ecole des Chartes (1891, p. 5 18).
ex INTRODUCTION
que ceux d'Arras. II scmblerait que le termc « ouvrages d'Arras » applique le plus souvent a des pieces rehaus- sees d'or, d'argent et de sole, etait employe particulie- rement pour les tapisseries de haute lisse. L'expression meme de haute lisse n'apparait que par exception et dans de tres rares articles, dans la description de la chambre mix enfants, par exemple. Quand il s'agit de ces questions techniques, on fait bien de proceder avec la plus extreme circonspection et de n'attacher qu'une importance secondaire aux locutions adoptees par des scribes qui ignoraient parfois la valeur des mots dont ils se servaient.
Les dimensions de chaque piece sont le plus sou- vent rapportees avec precision. Or, I'etendue de beau- coup de ces tapisseries depasse sensiblement les mesures usitees dans les siecles suivants. Les panneaux de II aunes de longueur sur 4 aunes 1/4 sont communs; cela fait environ 1 3 metres de cours sur 5 metres de hau- teur ou 65 metres carres. Les plus grandes tapisseries de Bruxelles ou des Gobelins n'atteignent jamais de pareilles proportions. Elles rendaient les tentures du moyen age extremement lourdes et peu maniables. Aussi a-t-on releve ce detail typique que le due de Bourgogne avaitdu faire couperen trois pieces un grand sujet representant la bataille de Roosebeke, en raison des inconvenients de sa taille demesuree.
Chez le due de Berry on rencontre des tapis de 17, 18, 19, et meme 21 et 3o aunes de longueur, sur 5 aunes de hauteur et davantage ; soit plus de 100 ou i3o metres superficiels (i). On dut renoncer de bonne heure a de pareilles exagerations qui expliquent, dans une certaine mesure, la rapidite avec laquelle ces vieilles tapisseries se deterioraient.
(i) Ct". les tapis des Sept vices et de V Apocalypse, de Bcgiie de Belin et de Ciiarlemagne.
INTRODUCTION CXI
L'inventaire fournit encore un appoint d'une reelle valeur pour I'histoire de la tapisserie en donnant sou- vent I'estimation des tentures. Cette evaluation varie de lo a 20 livres I'aune carree pour les pieces les plus riches et les plus soignees; elle n'est plus que de 4 a 5 li- vres pour les tissus plus communs, comportant toutefois un peu d'or; puis, elle tombe a 2 livres pour les tapis de laine pure. Ces chiffres sont conformes a ceuxqui ont ete releves ailleurs, notamment aux prix payes pour I'Apoca- lypse du due d'Aniou et divers autres travaux de Nicolas Bataille. Au surplus, toutes les tapisseries du due de Berry echurent a ses fiUes ; elles firent partie du lot qui leur fut attribue. Ce serait done dans les vieux manoirs du Bourbonnais ou du Midi qu'il y aurait encore chance de decouvrir un fragment des tentures du due de Berry, s'il en existe encore par miracle.
La piece cotee le plus haut, soit 20 livres tournois I'aune, et en tout 1,710 livres tournois, est le tapis des Sept vices « fait a grans ymages batus a or ». Ne serait-ce pas la tapisserie portee sous le n*" 8679 dans l'inventaire de Charles V avec la designation de « Tappr^ des sept pechei mortels » ? En rapprochant les documents de la tin du xiv'^ siecle et du commencement du xv% on arrive- rait peut-etre a suivre chez leurs differents proprietaires les tentures les plus fameuses.
II ne faut pas negliger certaines mentions fort importan- tes au point de vue de I'histoire des industries parisien- nes. Si la plupart des suites de grand prix sont dites « de I'ouvrage d'Arras », quelques-unes cependant par exception sont formellement accompagnees de la mention « de I'ouvrage de Paris ». II est vrai que les sept ou huit articles dont nous voulons parler sont traites avec une dedaigneuse indifference. Tous, vieux et uses, dechires et rompus, sont declares sans valeur. Cependant, quatre de ces tapisseries representaient des batailles; les autres
CXII INTRODUCTION
avaient pour ornement un semis de fleurs. Dans tous les cas, on trouvera dans nos documents plusieurs mentions a joindre aux specimens deja signales de I'art textile dans le cours du xiv' siecle.
11 est temps de passer a un autre chapitre de I'inven- taire, et d'accorder I'attention qu'elles meritcnt aux curiosites de toute espece que le due de Berry rechercha passionnement jusqu'a son dernier jour. II s'agit des menus objets d'usage quotidien, des pieces de coUection- neur ou des singularites naturelles qui se rencontrent dans de nombreux articles de nos registres. MedaiUes. Nous avous eu I'occasion de montrer, a propos des medailles d'Auguste,de Tibere, de Constantin et d'Hera- clius(i), tout le'parti qu'ily aurait atirer, pour la solution