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ACADEMIE
1)£S
INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
ANNÉE 1893
QUATRIEME SERIE TOME XXI
ACADÉMIE
\
DES
INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
COMPTES RENDUS
DES
SÉANCES DE L ANNÉE 189 3
QUATRIÈME SÉRIE
TOME XXI
-^ ^/
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
M DGCC xcin
COMPTES RENDUS DES SEANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES-LETTRES
PENDANT L'ANNÉE 1893.
COMPTES RENDUS DES SÉANCES. JA>'VIER-FÉVRIER.
PRÉSIDENCE DE M. E. SENART.
SÉANCE DU 6 JANVIER.
M. Alexandre Bertrand, pre'sident sortant, prononce les pa- roles suivantes :
tfEn quittant le fauteuil de la pre'sidence, le sentiment que j'éprouve est, avant tout, un sentiment de reconnaissance pour le grand honneur que vous m'avez fait et pour le concours si bienveillant que j'ai rencontré auprès de tous mes confrères; j'adresse à tous, à notre cher Secrétaire perpétuel, en particulier, tous mes remerciements.
ff Pourquoi faut-il qu'un sentiment pénible se mêle à ces sen- timents de légitime orgueil et de reconnaissance? Ce fauteuil vide près de moi me rappelle les tristesses de cette année qui a vu disparaître nos plus illustres et plus chers confrères, .le forme des vœux ardents pour que mon successeur n'ait pas à traverser d'aussi douloureuses épreuves.
tf J'invite M. Senarl à venir prendre ma place au bureau, i^
M. Senart, président pour 1898, et M. Paul Meyer, vice-pré- sident, prennent place au bureau.
XXI. 1
tHPKlUrillK^ ?
M. Senart s'exprime en ces termes :
tr Mes chei'S confrères ,
rrVohe grande bienveillance et votre respect très sage des tra- ditions acade'miques m'appellent à une place d'honneur; au mo- ment d'en prendre possession, deux pense'es me dominent : c'est, d'une part, un sentiment de vive gratitude dont je vous prie d'ac- cueillir l'expression très simple, mais très cordiale; c'est aussi un retour douloureux sur le triste e'vénement qui méfait asseoir pré- maturément à la présidence de notre Couipagnie.
f Pendant un an je devais faire l'apprentissage de ces nouveaux devoirs à lécole d'un homme aux conseils duquel son autorité naturelle, ses services scientifiques, son dévouement convaincu à notre Académie eussent prêté un prix rare. Je ne saurais rien ajouter aux hommages si autorisés qui ont été rendus au mérite et au caractère de Siméon Luce. Mais je ne puis oublier que la mort, qui l'a si inopinément enlevé à ses vastes travaux et à notre sympathie unanime, me prive d'une préparation qui, plus qu'à tout autre, m'eût été utile et nécessaire. Vous me permettrez, n'est-ce pas, mes chers confrères, de compter, d'autant plus que j'en ai plus besoin , sur une indulgence et un concours qui peuvent rendre aisée autant qu'elle est honorable la fonction que vous avez bien voulu me déléguer.
cf Le premier devoir qu'elle m'impose est de remercier en votre nom notre Président sortant du zèle, de l'activité constante qu'il a, pendant deux ans, apportée à la mission dont vous l'aviez investi. 11 sait combien mes sentiments personnels me rendent ce devoir particulièrement agréable. Exemplaires d'assiduité, fermes à concentrer, pour le plus grand profit de nos séances, l'attention exclusive et silencieuse de tous sur les travaux communs, toujours prêts à payer de leur personne dans les heures de disette, quand l'été fait dans nos ordres du jour son ravage annuel, nos prédé- cesseurs nous laissent des traditions que ma plus haute ambition serait de ne pas laisser trop déchoir.
tfll est un point au moins oii je souhaiterais ardemment de prendre sur eux l'avantage. Puisse, Messieurs, l'année qui com-
mence ouvrir dans nos rangs moins de vides que celle qui vient de finir! Puisse'-je être de ces pre'sidents heureux dont le passage nest assombri par aucun deuil, dont le souvenir reste attaché uniquement à des manifestations brillantes d'une activité' fe'conde pour les e'tudes dont le dépôt, si je puis ainsi dire, nous est spécialement confié!-^
[. Tobler et de Grandmaison , récemment élus correspon- dants, adressent à l'Académie des lettres de remerciement.
L'Académie royale des sciences de Turin adresse le programme du neuvième concours pour le prix fondé par le docteur César- Alexandre Bressa.
Ce prix, de la valeur de 10,61 G francs, a pour but de récom- penser le savant ou l'inventeur, à quelque nation qu'il appar- tienne, ffqui aura fait la découverte la plus éclatante et la plus utile, ou qui aura produit l'ouvrage le plus célèbre en fait de sciences physiques et expérimentales, histoire naturelle, mathé- matiques pures et appliquées, chimie, physiologie et pathologie, sans exclure la géologie, l'histoire, la géographie et la statis- tique, w
Le concours sera clos le 3i décembre 1896.
Sont adressés aux concours de l'Académie :
Antiquités de la France :
Armorique et Bretagne. Recueil frétitdes sur l'archéologie, V histoire et la biographie bretonnes, publiées de 1878 à 1899 par M. R. Ker- viler, t. I à III (Paris, 1898, 3 vol. in- 8°);
Le Journal du sire de Gouberville, publié, sur la copie faite par M. l'abbé Tollemer, par M. E. de Robillard de Beaurepaire (Caen, Rouen et Paris, 1898, in-i");
Saint-Dizier, d'après les registres de Véchevinage,i5'j3-ij8g,T^av M. Guillemin (Saint-Dizier, 1892, in-S");
Uœuvre de Limoges, par M. Ernest Rupin (Paris, 1892 , in-4") ;
Prix Allier de Hauteroche (numismatique ancienne) :
Catalogue of Chinese coins from the Vlllh cent. h. C. to a. D. 6ai, including the séries in the British /I/msp(/w, by Terrien de Lacouperie (London, 1892, in-S");
— h —
Prix Gobert :
UÉo-Use et les campagnes au moyen âge, par M. G. -A. Prévost
(Paris, 1899, in-S");
Les origines de ï ancienne France, x' et 11' siècles. I. Le régime seigneurial. II. Les origines communales, la féodalité et la chevalerie, par M. Jacques Flach (Paris, 1886 el iBqS, 2 vol. in-8°);
Études critiques sur r histoire du droit romain au moyen âge, avec textes inédits, par le même (Paris, 1890, in-S");
Enquêtes et procès. Étude sur la procédure et le fonctionnement du Parlement au aiy' siècle, suivie du style de la Chambre des enquêtes, du style des commissaires du Parlement et de plusieurs autres textes et documents, par M. P. Guilhiermoz (Paris, 1892, in-6");
Prix Stamslas Jllie.n :
M. Terrien de Lacouperie adresse à ce concours les ouvrages
suivants :
1 . Catalogue ofChinese coins from the Vlith cent. h. C. to a. D.6ai, including the séries in the British Muséum (in-8°);
2. The oldest book of the Chinese, the Yh King ami its authors, vol. I, History and method (in-S");
3. On Hiuen-Tsang instead of Yuan Chivnng , and the necessity of avoidin-y the Pekinesc soumis in the quotations of ancicnt proper names in Chinese;
h. How in 21g h. C. Buddhism entered China;
5. The silk goddess of China and her legend;
6. Several tutelary spirits of silkworms in China;
7. On the Corean, Aïno and Fusang writings (1892);
8. On the ancient history of glass and coal in China;
9. The black-heads of Bahylonia and ancient China;
10. Sur deux ères inconnues de l' Asie antérieure , diaprés un docu- ment chinois ;
1 1. The loan of Chaldeo-Elamite culture to early China; i 2. The calendar plant of China ; 1 3. The onomastic similarity of Nai Huang ti of China ; lU. Six articles sur les sources occidentales de Tancienne ci- vilisation chinoise [Babylonian-oriental Record).
Si aux ouvrages présentés dans la séance de ce jour on ajoute
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ceux qui ont été adressés à l'Académie dans les séances précé- dentes, on a, pour les concours de 1892, la situation suivante :
Prix ordi\aire de l'Académie [Etude comparative du rituel brah- manique dans les Brahmanas et dans les Soutras) : pas de concur- rent ;
Prix Allier de Hauteroche (numismatique ancienne) : U con- currents ;
Antiquités de la France : 92 concurrents;
Prix Gobert : 6 concurrents ;
Prix Bordin [Etude sur les traductions françaises d'auteurs piv- fanes exécutées sous les règnes de Jean II et de Charles V) : pas de concurrent;
Prix Bordin [Etude critique sur V authenticité des chartes relatives aux emprunts contractés par les croisés) : 1 concurrent;
Prix Bordin [Etude sur les dialectes berbères) : 2 concurrents ;
Prix La Foins-Mélicocq : li concurrents;
Prix Stanislas Julien : k concurrents ;
Prix de La Grange : 1 concurrent.
L'Académie procède à l'élection des commissions annuelles qui restent à nommer et au remplacement de M. Renan dans les commissions du Corpus inscriptionum semiticarum et du prix \olney. Sont élus :
Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome : MM. Delisle, Jules Girard , Heuzey, Georges Perrot , Weil , Foucart, Boissier, Croiset ;
Commission des Etudes du Nord de l'Afrique : MM. Le Blant, Duruy, Heuzey, Perrot, Barbier de Meynard, Maspero, Héron de Villefosse, Philippe Berger;
Commission administrative: MM. Delisle, Deloclie ;
Commission du Corpus inscriptionum semiticarum : M. Philippe Berger ;
Commission du prix Volney : M. Maspero.
Il est procédé ensuite à l'élection des Commissions qui seront chargées de juger les concours. Sont élus :
Prix Allier de Hauterociie (numismatique ancienne) : MM. De- loche, le marquis de Vogué, Schlunibcrger, de Barthélémy;
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Prix Gobert : MM. de Kozière, Deloche, de Boislisle, Héron de Villelosse;
Prix Bordi.n [Etude sur les chartes relatives aux emprunts contractés par les croisés) : MM. Delisle, de Rozière, de Mas Latrie, Le'oii Gautier;
Prix Bordin [Eludes sur les dialectes berbères) : MM. Barbier de Meynard, Schefer, Maspero, Berger;
Prix La Fo.ns-Mélicocq : MM. Delisle, Lougnon, de Barthe'- lemy, de Lasleyrie ;
Prix Stanislas Julien : MM. Barbier de Meynard, Schefer, Oppert , Maspero ;
Prix de La Grange: MM. Delisle, G. Paris, Longnon, Léon Gautier;
Fondation Garnier : MM. Barbier de Meynard, Schefer, Mas- pero, Hamy;
Fondation Piot : MM. Delisle, Heuzey, Georges Perrot, Mas- pero, Schl uni berger. Héron de Villefosse, Saglio, de Lasteyrie.
séance du i3 janvier.
M. ViOLLET continue la lecture de son mémoire sur celte ques- tion : Comment les femmes ont été exclues de la succession à la cou- ronne de France.
M. Philippe Berger présente à TAcadémie une importante in- scription néopunique, trouvée à Maktar par MM. Bordier et Delherbe et communiquée par M. Gauckler, inspecteur des an- tiquités et des arts.
Cette inscription, la plus considérable des inscriptions néo- puniques actuellement connues, est longue de 9 mètres. Elle est tracée sur une pierre qui devait former le linteau d'une porte. Elle se compose de dix colonnes juxtaposées, dont la longueur varie de quatre à six lignes. C'est la dédicace d'un temple, ou plutôt de la partie orientale de ce temple, qui porte sur cette inscription le nom de mizrach. Il semblerait résulter du premier essai de déchiffrement de M. Berger que cet édifice aurait été construit par suite d'une vision des divinités Tàt et Amon. M. Berger
rapproche le /m'zrac/i de notre inscription du mir'ab des mosque'es arabes. La seconde et la troisième colonnes paraissent occupées par des détails relatifs à une statue de la divinité' Tàt, qui aurait e'te' érigée en même temps que l'édifice. Chacune de ces trois co- lonnes forme un sens complet et se termine par des formules de bénédiction.
Les sept dernières colonnes sont occupées par les noms de ceux qni ont concouru à la dépense du temple. Cette liste pré- sente le même mélange de noms puniques, de noms berbères et de noms latins transcrits en caractères puniques que M. Berger a déjà relevé sur les autres inscriptions néopuniques de Maklar.
Des fouilles faites, d'après les instructions de M. Gauckler, sur l'emplacement où avait été trouvée l'inscription, ont amené la découverle de l'angle nord-est d'un mur de gros appareil, que MM. Bordicr et Delherbe ont pu suivre sur une longueur de 2 5 mètres.
M. Georges Perrot présente à l'Académie, au nom de M. Victor Waille, professeur à l'Ecole des lettres d'Alger, une patère d'ar- gent, à reliefs dorés, qui a été trouvée au cap Chénoua, entre Tipaza et Cherchel. Il donne lecture de la note que M. Waille a rédigée à ce sujet et qui contient la description de cette belle pièce d'orfèvrerie, que M. Waille a eu le mérite d'acquérir des mains du colon, M. Rolland, qui l'a découverte en piochant sa vigne, dans les ruines d'une construction en maçonnerie brute.
La patère pèse i kilogr. 670 gr. Elle est couverte d'ornements en relief, non pas rapportés, mais ciselés en plein dans le métal. Il y a, sur le dessus du manche, une figure de Neptune, debout, tenant en main le trident, et, sur le dehors de la panse, trois figures de pêcheurs à la ligne. Entre eux, tout le champ est rempli par des images d'ustensiles de pêche, de poissons, de mollusques, de crustacés, d'oiseaux de mer. Le style, qui n'est pas exempt d'une certaine lourdeur, a de la franchise et de la fermeté. L'ouvrage doit dater du if ou plutôt peut-être du m* siècle de notre ère; on le croirait volontiers exécuté d'après de bons modèles, mais sorti d'un atelier provincial, peut-être fabri(}ué en Alrique même.
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Ce qui ajoute à Tintérèl de cette pièce, ce sont quatre poin- çons, de l'e'poque byzantine, qui ont ëte' apposés i'un sous Tanse et les trois autres sous ie fond du vase. On y lit des noms : MAPKOC, ANAPEOY, EYBIOY, qui doivent être ceux de pro- priétaires à qui aurait appartenu le vase, dans la dernière pé- riode de la domination romaine en Afrique. L'un de ces noms est disposé en monogramme dans une croix.
M. Waille, à qui Ion doit déjà la découverte à Cherchel du diplôme militaire (jui est aujourd'hui déposé au département des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale, a rendu un nouveau et signalé service en assurant à nos collections nationales la propriété de ce précieux monument.
M. Héron de Villefosse fait observer que les scènes de pèche sont fréquentes sur les monuments romains : il y a surtout une classe nombreuse de monuments africains, les mosaïques, sur lesquels on retrouve sans cesse des scènes maritimes et où les poissons apparaissent sous les formes les plus variées, il est éton- nant que M. Waille n'ait pas songé à rapprocher les sujets de ces mosaïques de la scène représentée sur le vase d'argent du cap Chénoua ; il aurait constaté plus d'une analogie. 11 semble que les mosaïstes romains, qui ont exécuté en Afrique tant d'œuvres intéressantes, aient eu une prédilection particulière pour les divinités de la mer et pour les poissons. On voit sans cesse sur leurs œuvres la représentation de Neptune, d'Amphitrite, des Néréides, des Tritons, des dauphins et de tous les poissons ou coquillages qui peuplent la Méditerranée.
M. Théodore Reinach commence la lecture d'une étude sur la représentation en matière de succession féminine, dans le droit égyptien, le droit grec et le droit romain, à propos d'un papyrus récemment découvert et conservé au Musée de Berlin.
SEANCE DU 2 0 JANVIER.
Le Ministre de Tinstructlon publique écrit au Secrétaire per- pétuel pour lui annoncer qu'un deuxième envoi des collections formées par M. Dutrcuil de Rhins, au cours de sa mission dans
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la haute Asie, vient tle parvenir au Ministère et quil tient à la disposition de TAcadémie les ouvrages et le lot de monnaies com- posant cet envoi.
Par une autre lettre du 18 janvier, le Ministre fait connaître au Secrétaire perpétuel les de'tails que M. Dutreuil de Rhins lui a donne's sur so,n voyage, sur les diflTicultc's qu'il a renconire'es et sur ce qu'il se propose de faire.
Le Secrétaire perpétuel dit qu il a fait retirer du Ministère les manuscrits et les me'daillos annoncées. La Commission de la fon- dation Garnier sera convoque'e vendredi prochain pour en prendre connaissance.
Le Président annonce qu'un mois s'est écoule' depuis la mort de notre regrette' confrère M. Sime'on Luce. Il consulte FAca- de'mie pour savoir s'il y a lieu de le remplacer.
L'Acade'mie de'cide, au scrutin, qu'il y a lieu, et, par un autre vote, à main levée, elle fixe, sur la proposition d'un membre, l'exposition des titres au vendredi 2/1 février.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture .des lettres de candida- ture de MM. Barth et Louis Havet pour la place de M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys ; de M. Beautemps-Beaupré pour celle de M. Siméon Luce.
M. VioLLET continue la seconde lecture de son mc'moire inti- tulé : Comment les femmes ont été exclues de la succession à la couronne de France.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de son rapport sur les travaux des commissions de publication de l'Académie pendant le second semestre de 1892 ^^K
M. le comte de Mas Latrie commence la lecture d'un mémoire sur l'empoisonnement politique, pratiqué, comme un procédé ordinaire de gouvernement, par l'ancienne république de Venise.
M. Théodore Reinach termine sa communication sur la repré- sentation en matière de succession féminine, dans les législations antiques, à propos d'un papyrus du Musée de Berlin, récemment publié par M. Wilcken.
'•' Voir l'ArPENUicE n" I (p. îîa-s/i).
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Il s'agit d'un procès de succession, plaide' eu Egypte sous l'em- pereur Hadrien, où e'iait posée la question si la petite-iille peut être appele'e, en concours avec ses oncles, à la succession de son aïeule. M. Th. Reinacli montre que la solution affirmative, qui pre'valait dans le droit grec, fut étendue par l'empereur Hadrien au droit égyptien, et, deux siècles plus tard, par les empereurs chrétiens, au droit romain : c'est un exemple remarquable de la lente pénétration du droit grec dans la législation romaine.
SEANCE DU 97 JANVIER.
Henri Cordier, Hartwig Derenbourg et Eugène Miinlz écri- vent à l'Académie pour se porter candidats à la place laissée va- cante par la mort de M. le marquis dHervey-Sainf-Denys.
M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, dans une lettre qu'il adresse au Président, donne des nouvelles archéo- logi(|uesf^'.
L'Académie se forme en comité secret pour l'exposition des litres des candidats au fauteuil de M. le marquis d'Hervey-Saiut- Denys.
SÉANCE DU 3 FÉVRIER.
Le Ministre de Tinstruction publique invite l'Académie à s'oc- cuper, dans l'une de ses plus prochaines séances, de la désigna- tion de deux candidats à la chaire d'étude critique des sources de l'histoire de France, vacante à l'École des chartes par suite de la mort de M. Siméon Luce.
Il adresse en même temps à l'Académie l'extrait du procès- verbal de la séance dans laquelle l'assemblée des membres du Conseil de perfectionnement et des professeurs de l'École a pré- senté, en première ligne, M. Auguste Molinier, et, en seconde ligne, M. Élie Berger.
^) Voir aux CoMM^IiNICATlo^s, n° I (p. 17-18).
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L'Académie procetleia aux prosenlalions dans sa prochaine
séance.
M. Casati, conseiller honoraire à la Cour d'appel de Paris, adresse à TAcade'mie une note sur le lion de bronze de la Piaz- zetta , à Venise, dont il a été question dans une des dernières lettres de M. GelFroy. M. Casati maintient les conclusions du travail qu il a lu devant l'Académie à ce sujet. Selon lui, le lion de Saint- Marc est une œuvre antique et de travail étrusque.
M. le Directeur de l'enseignement supérieur transmet à l'Aca- démie la copie d'un rapport de M. le Directeur de l'Ecole française d'Athènes sur les travaux des membres de l'Ecole pendant le dernier semestre.
Renvoi à la Conmiission des Écoles françaises d'Athènes et de Rome.
L'Académie se forme en comité secret.
La séance étant redevenue publique, le Présideint invite l'Aca- démie à procéder à l'élection d'un membre ordinaire, en rem- placement de M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys, décédé.
Il lit les articles du règlement relatifs à l'élection d'un membre ordinaire et rappelle les noms des candidats : MM. Rarth, Coi- dier, Hartwig Derenbourg, Louis Havet et Mûntz.
Le scrutin est ouvert.
Il y a 3/i votants; majorité 18.
Au premier tour de scrutin, MM. Rarth et Mûntz obtiennent, chacun, 11 voix; MM. Hartwig Derenbourg et Louis Havet, chacun, 5 ; M. Cordier, 2.
Au second tour de scrutin, M. Rarth obtient 28 voix; M. Mûntz, 9; MM, Hartwig Derenbourg et Louis Havet, chacun, 1.
En conséquence, M. Rarth, ayant obtenu la majorité absolue des suffrages, est proclamé élu par le Président. Son élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la République.
M. G. ScHLUMBERGER fait passcr sous les yeux de ses confrères un reliquaire byzantin récemment acquis en Italie par le comte Grég. StroganolF, de Rome, possesseur d'une collection déjà cé- lèbre.
Ce magnifique monument est formé d'un cadre de bois à re-
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vêtement métallique orné de liguies de saints et sur leijuel sont fixés divers réceptacles contenant encore des parcelles d'os et de sang coagulé de plusieurs saints. Mais le principal intérêt de ce monument consiste dans les très belles plaques émailléos (jui en ornent la face principale, plaques d'émail cloisonné du plus beau et du plus fin travail , d'une coloration admirable , qui peuvent rivaliser avec les plus célèbres déjà connues. Elles représentent les scènes de la crucifixion et du Christ au tombeau. Ces plaques sontde la plus belleépoque de fart byzantin, du x* ou du xi' siècle. Nous sommes très probablement en présence d'une de ces exu- viœ Constanlinopolitanœ , d\\ne de ces pieuses dépouilles rapportées en Occident par les croisés latins à la suite du grand pillage de i2oi, et dont les derniers vestiges survivants ornent encore quelques églises de France, d'Italie et des bords du Rhin.
M. Paul VioLLET achève la lecture de son mémoire intitulé : Comment les femmes ont été exclues de la succession à la couronne de
France.
M. 1« comte de Mas Latrie continue la lecture de son mémoire sur l'emploi de l'empoisonnement politique par le gouvernement <le l'ancienne république de Venise.
SEANCE DU 10 FEVRIER.
Le Ministre de finstruclion publique écrit à TAcadémie pour
^ui demander son concours dans l'exposition qu'il organise, à
Chicago, de tous les documents de nature à donner fidée la plus
«omplètc de la production scientifique en France pendant l'année
189t.
La lettre du Ministre est renvoyée à la Commission centrale
administrative.
M. de Trémault adresse au Concours des antiquités de la France de 189^-1 le Cartuhire de Marmoiitier pour le Vendômois (Paris et Vendôme, 1898, in-8'').
L'Académie se forme en comité secret pour entendre le rapport de la Commission des Écoles françaises d'Athènes et de Home sur
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r
les travaux des membres de ces deux Ecoles pendant les anne'es 1891-1899(1).
La se'ance redevient publique.
L'Acade'mie procède à la de'signalion de deux candidats à la chaire d'e'tude critique des sources de Thisloire de France, va- cante à rÉcole des chartes,
M. Auguste Molinier est pre'sente' en première ligne, par 17 suffrages, contre 1 2 donnés à M. Elle Berger.
M. Élie Berger est pre'sente' en seconde ligne par l'unanimité' des 29 volants.
M. Georges Perrot fait connaître une de'couverte e'pigraphique faite en Afrique (-).
En 1891, M. Gauckler, aujourd'hui directeur du Service des fouilles et antiquités en Tunisie, alors en mission scientifique en Algérie, était chaigé par le Minisire de l'instruction publique de faire, sur l'emplacement de Gunugus, près du village actuel de Gouraïa, des fouilles, qui eurent pour principal résultat la décou- verte de plusieurs tombeaux phéniciens encore pleins de poteries et de curieux objets de parure. Gunugus était encore habitée et prospère à l'époque byzantine, et c'est dans les ruines d'un bâti- ment de cette époque que M. Gauckler a retrouvé, formant une marche d'un escalier, une inscription du temps de Septime Sé- vère, gravée en caractères élégants pour l'époque, qui est ainsi conçue : C{in6) Fulcinio Fabio Maximo Optato, c{ladssimo) v{iro), quœstorio, trib{uno) plebis, pvœt{ori), kg{ato) prov{inciœ) Bœt{iccp), patron{o) incomp{arabUi) , resp(tiblica) G{unugitanomm).
Ce texte, qui n'a pu être apporté d'ailleurs, contribue à fixer à Sidi-Brahim l'emplacement de Gunugus. Il fait connaître le nom et le cursus d'un gouverneur de la province de Bélique, jusqu'à présent inconnu, C. Fulcinius Fabius Maximus Optatus. Celui-ci paraît avoir été originaire de la ville voisine de Carlenna, oiiont été retrouvés des textes épigrapliiques en l'honneur de plusieurs personnages qui portent les mêmes noms et qui doivent avoir été les ancêtres de ce légat.
t') Voir r Appendice n" Il (p. 94-35).
'*' Voir aux Communications, n" Il (p. 18-23).
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M. FoucART propose une restitution d'un passage de YAÔvvaîcov 'srolnsia qui, rapproche' de plusieurs de'crets alhe'niens connus d'ailleurs, permet de fixer la date de la publication de l'ouvrage d'Aristote à l'an 829 avant notre ère.
M. Clermont-Ganneau commence une communication sur le Jourdain à l'ëpoque du livre de Josué. Il e'tablil que, depuis le temps de ce livre, le rivage septentrional de la mer Morte a re- culé de siècle en siècle vers le sud, et le cours du Jourdain s'est allonge' d'autant : l'embouchure du fleuve e'tait alors à Qasr el- Yahoûd, à une distance de 6 à 7 kilomèlres au nord de son em- bouchure actuelle.
SÉAtNCE DU 17 FÉVRIER.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de l'ampliation d'un de'cret, en date du i5 février, par lequel le Président de la Ré- publique a approuvé réiection de M. Auguste Barlh, en remplace- ment de M. le manpiis d'Hervey-Saint-Denys, décédé.
Le Secrétaire perpétuel introduit M. Barth et le présente à la
compagnie.
Le Président invite M. Barth à prendre place parmi ses con- frères.
Le Ministre de l'instruction publique adresse à l'Académie un arrêté en date du h février, pris conformément aux propositions du Conseil de perfectionnement de l'École des chartes et portant nomination d'archivistes paléographes.
La liste des archivistes paléographes nommés par cet arrêté sera lue dans la prochaine séance publique annuelle de l'Aca- démie.
M. Ziircher, ingénieur des ponts et chaussées, faisant fonc- tions d'ingénieur en chef, envoie des photographies d'inscrip- tions romaines trouvées à l'arsehal de Toulon.
Ces inscriptions sont renvoyées à l'examen de M. Héron de Yillefosse.
L'Académie se forme en comité secret.
La séance redevient publique.
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M. te marquis de Vogué communique à rAcadémie la première livraison de la publication consacrée par le Comité' oriental de Berlin aux fouilles qu'il poursuit depuis trois ans à Sendjirli (haute Syrie) : KonigUrJie Museen zu Berlin. Mittheilungen aus den orientalisclien Sammltmgen, XI : Ausgmbungen in Sendschirli {Ber- lin, 1893, gr. m-k°).
Ces fouilles ont mis au jour une ville absolument circulaire, de 800 mètres environ de diamètre, entoure'e d'un double mur flanque' de cent tours carre'es et perce' de portes monumentales. Deux palais intérieurs ont été déblayés : plusieurs milliers d'objets de sculpture ont été découverts, de très nombreuses inscriptions en hiéroglyphes dits hittites ont été recueillies. En outre, une stèle assyrienne du roi Assar haddon et trois inscriptions sémitiques de la plus haute antiquité ont été découvertes. La première livrai- son est consacrée à ces derniers monuments. Le plus ancien re- monte au viif ou au ix' siècle avant notre ère. C'est une statue du dieu Hadad dont le vêtement porte un long texte en caractères qui diffèrent peu de ceux de la stèle de Mésa. Les éditeurs du fascicule en ont donné le fac-similé, mais sans traduction. M. Ha- lévy a récemment communiqué à l'Académie une traduction provisoire des principaux passages. Les documents nouveaux permettront de compléter ce travail; ils prouveront sans doute, conformément à l'avis de M. Halévy, que la langue de l'inscrip- tion est de l'hébreu, mélangé de quelques aramaïsmes et de mots empruntés à un vocabulaire inconnu. La seconde inscription est plus récente d'un siècle environ : le roi assyrien Tiglatpileser y est mentionné comme suzerain du pays. Elle est gravée sur la face antérieure de la statue d'un roi nommé Panamou. M. Berger s'est déjà occupé de ce monument, M. Halévy aussi ; M. Sachau donne une traduction complète des parties conservées, dont l'in- térêt est considérable. La langue est la même que celle de la statue de Hadad. Une troisième inscription a été découverte dans le même lieu; M. Sachau n'en donne que les premières lignes, qui sont de l'araméen pur. Il semble donc que l'on assiste à l'in- vasion graduelle de la langue araméenne, sous l'influence de la conquête assyrienne. M. de Vogué se borne à signaler ces monu-
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meiits, qui feront époque dans l'archéologie orientale et dont l'étude fournira peut-être la solution de quelques-uns des nom- breux problèmes que soulève encore Tbistoire de la baute Syrie à ces époques reculées.
M. le comte de Mas Latrie continue la lecture de son mé- moire sur l'emploi de l'empoisonnement politique par le gou- vernement de l'ancienne république de Venise.
SÉANCE DU 96 FÉVRIER.
MM. Louis Courajod, Louis Havet et Eugène Mùntz écrivent à l'Académie pour se porter candidats à la place laissée vacante par la mort de M. Siméon Luce.
L'Académie se forme en comité secret.
— 17 — COMMUNICATIONS.
N°I.
LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTELR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME.
(SÉAKCE DU 27 JANVIER iSgS.)
Rome, le 2^1 janvier 1898.
Monsieur le Président et cher confrère,
Des travaux exécutés dans l'intérieur du palais Caffarelli, où réside l'ambassadeur d'Allemagne à Rome, ont mis à jour, le mois dernier, un mur qui serait un débris subsistant de la cella orientale du Temple de Jupiter Capitoiin reconstruit par Domitien. Déjà, en i865 et iSyS, avaient été découvertes diverses parties de l'aire primitive. On avait retrouvé, le 7 no- vembre 1876, les traces de ces colonnes de marbre penté- lique mentionnées par Plutarque, avec un fragment qui in- dique l'énorme diamètre de 2 m. 10. On sait enfin que les- statues d'anges et de saints d& la chapelle Cesi dans l'église Snnta Maria délia Pace à Rome ont été taillées dans les frag- ments de chapiteaux et de corniches tombés du Temple. Le vieux mur qui vient de réapparaître est un précieux indice topographique. Il est connu, d'ailleurs, que le sommet du mont Capitoiin offrait, dans l'antiquité, aux divers temples qui le surmontaient, une superficie plus étendue que celle d'aujourd'hui, l'obliquité des pentes ayant disparu, comme à l'Acropole d'Athènes, grâce à d'importantes substructions la- térales, donnant au mont une forme rectangulaire.
Un bronze ayant servi sans doute à décorer l'extrémité d'un timon de char, et figurant une tcte de louve semblable à celle de la louve du (îapitole, a été trouvé récemment dans une
— 18 — tombe étrusque , à Chiusi. La comparaison des deux monuments , selon M. Helbig, accuse une réelle similitude de technique, avec un caractère d'antériorité pour la louve du musée des Conservateurs, nouvel argument pour ceux qui voient dans celle-ci une œuvre, non du moyen âge, comme on l'a soutenu, mais de la période étrusque.
L'administration italienne a cru devoir refuser, il y a quelques mois, aux gouvernements anglais et belge, comme au gouver- nement français en i883, un nouveau moulage de la célèbre statue équestre de Colleoni , le moulage exécuté pour l'Allemagne en 1876 ayant endommagé l'ancienne dorure. iMais le musée de Kensington a obtenu un moulage des parties antérieures du célèbre Lion de Venise, œuvre du xii' ou du xiii" siècle, jadis dorée, réparée une première fois en 1298, réparée de nouveau à son retour de Paris en 1 8 1 5 , et, récemment encore , dans les premiers mois de l'année dernière. Composé de mor- ceaux de bronze rattachés l'un à l'autre autour d'une armature de fer, le Uon de Saint-Marc, selon les plus récents d'entre les juges autorisés, n'a rien de commun avec la technique .étrusque.
Agréez, etc.
A. Geffroy.
N°n.
NOTE SDR DNE INSCRIPTION DECOUVERTE DANS LA PROPRIETE BONNEFOY, PRÈS DE GODRAYA, ET RELATIVE À GUNDGCS, PAR M. GAUCKLER, IN- SPECTEUR DU SERVICE DES ANTIQUITES ET DES ARTS DANS LA Re'gENCE
DE TUNIS.
(séance du 10 FÉVRIER iSgS.)
Tunis, le 91 décembre 1892.
Le texte épigraphique qui fait l'objet de cette communica- tion a été découvert au mois de novembre 1891, au début
— io- des fouilles que M. le Ministre de l'instruction publique m'avait chargé d'exckuter dans la nécropole phénicienne de Gunugus (propriété Bonnefoy).
Sur une partie de cette nécropole , qui cessa d'être utilisée dès les premiers temps de l'ère chrétienne, s'étendait à l'époque byzantine une vaste exploitation agricole. Pressoirs, moulins à huile ou à farine, jarres pour le blé, pour le vin et l'huile étaient encore en place, il y a quelrpes années. Les bâti- ments, dont il subsiste aujourd'hui encore d'importants vestiges, avaient été construits avec des matériaux hétéroclites, frag- ments d'architecture, bases, colonnes et chapiteaux, empruntés aux ruines de la ville voisine de Gunugus, située à 1.200 mètres à l'ouest, sur le promontoire qui a pris aujourd'hui le nom du marabout Sidi-Brahim el-Khouas. C'est à cette circonstance que nous devons la découverte des deux textes épigraphiques les plus importants qui aient encore été signalés dans ces parages.
Le premier'^', découvert en 1887 en même temps qu'un fragment de moindre intérêt, servait de seuil à la porte placée au coin nord-ouest du bâtiment principal. Cinq mètres plus loin, adossé au mur ouest, se trouvait un petit escalier inté- rieur composé de trois marches en pierres de taille. Cet esca- lier masquant l'entrée d'un caveau phénicien, je le fis démohr et je m'aperçus que la marche inférieure présentait, sur la face qui était appliquée contre le mur, une grande inscription parfaitement conservée, protégée qu'elle était par la position qu'elle occupait depuis quatorze cents ans.
La pierre, en calcaire coquillier, a les dimensions suivantes : longueur 1 mètre; largeur et épaisseur, 0 m. /i5. La place ré- servée à l'inscription a été soigneusement évidée; sur le pour- tour est ménagé un rebord en saillie de 0 m. 08 de largeur.
<') Héron de Villefosse, dans les Comptex rendus de l'Académie des itiscnptions et belles-lettres, 1887, p. p7i6 ; Ephemeris epigraphica , VII, n" 8oî).
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Les lettres sont de belle grandeur, o m. oG, et de l'orme élégante : les mots sont séparés par de gracieuses feuilles trianf^ulaires. L'inscription paraît dater de l'époque de Sep- timc Sévère. Elle est bien supérieure, comme exécution, à tous les textes épigraphiques trouvés jusqu'ici à Gouraya.
C • F V LC I N O F A B I O M A X I MOO'P ATO^C^Vj- QVAESTORIO Çb'Rbç&PLEBIS PRAETllGKf^î BAET^JbPAUON N€IVP^1S0P^G
LoUi-es doubles : %ne 1 : NI ; 3 : PT; 5 : TR, IB ; fi : LE, PR , OV ; 7 : TR ; 8: IN, CO, MP, RE.
C{aio) Fnlcinio Fabio Moximo Optato , c[l((r{smno) v[iro) , quaeslono, U'ibiiino) plebis ,praet(ori) , Ieg(ato) proviinciae) Baet{icaé) , patron(p) incom- p{arabili), resp[ublica) G[nnugiltmorum).
Ce texte appelle plusieurs observations. C'est jusqu'à pré- sent le seul qui présente d'une façon indiscutable le nom de Gunugus, représenté, il est vrai, par une simple initiale, mais dont l'interprétation ne peut être douteuse. Il confirme défmitivement l'identification des ruines de Sidi-Brahim avec celles de Gunugus, et la restitution proposée par Mommsen pour les deux fragments de dédicaces similaires ^'^ trouvés en 1882 dans le rempart byzantin qui défendait l'accès du pro- montoire du côté de la terre.
Il fait connaître le nom et le cursus d'un nouveau gouver-
C Bulletin de l'Institut de correspondance archéologique, 1882, p. 269, n° 299; Comptes rendus de l'Académie des inscriplinns , i883, p. i5o et sui- vantes; Ephcmeris epigraphicu , V, n" io38.
— Mi- neur de la province Bétique, C. Fulcinius Fabius iMaximus Optatus, clarissime, quaestorius, tribun du peuple et préteur.
Le nom de ce légat, d'ailleurs complètement inconnu, doit être rapproché de celui de C. Fulcinius Optatus '^', flamine d'Auguste et magistrat de Cartenna, connu par l'importante dédicace que firent graver en son honneur, primo ipsi, nec ante uUi, le sénat, les citoyens et les habitants de Cartenna, incolae, pour le remercier de les avoir protégés contre une incursion des Baquates. Une seconde inscription''^' nous fait connaître deux autres personnages qui étaient sans doute les fds du pré- cédent, C. Fulcinius Optatus, fils de Caius, chevalier et aedi- licius, et M. Fulcinius Maximus.
C. Fulcinius Fabius Maximus Optatus, qui a hérité des cognomina des deux frères, appartenait, sans doute, à un degré que nous ne pouvons préciser, à la descendance directe de C. Fulcinius Optatus :
C. Fulcinius Optatus
C. Fulcinius Optatus M. Fulcinius Maxinuis
;iediliciii3
C. Fulcinius Fabius Maximus Optatus clarissime
Ce sénateur, haut fonctionnaire de l'empire, était d'origine africaine et se rattachait à l'une des familles les plus illustres de la Mauritanie césarienne. Rien d'étonnant dès lors à ce que les habitants de la ville de Gunugus, reliée à sa voisine Car- tenna par la grande voie romaine qui suivait la côte, l'aient pris pour patron de leur cité.
''j Corpus insa-iplinnum latinarum, VIII, ii" f)6fi3. ^') ML, n'geii/..
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Le cursus de C. Fulcinius Maximus Optatus présente une particularité digne de remarque. Ce légat de Bétique porte le titre de quaestorius, bien qu'il fut praetorius au moment de la rédaction de la dédicace. Peut-être faut-il voir dans ce mot quaestorius un synonyme à'allectus inter quoestorios, bien qu'une aliection de cette sorte soit rare pour des sénateurs.
APPENDICE N' I.
RAPPORT DU SECRÉTAIRE PERPÉTUEL DE L'ACADEMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES- LETTRES SUR LES TRAVAUX DES COMMISSIOSS DE PUBLICATION DE CETTE ACADÉMIE PENDANT LE SECOND SEMESTRE DE 1892, LU LE 9.0 JANVIER 1893.
Messieurs,
La collection de nos mémoires , qui est le recueil principal des travaux de noire Compagnie , vientde s'enrichir d'un nouveau volume : le tome XXXIV, 1" partie. 11 comprend, avec des mémoires de MM. de Lasteyrie, De- loche, Viollet, Le Blant et de notre regretté confrère Siméon Luce, celui de M. Ravaisson sur la Vénus de Mito , accompagné de planches qui re- produisent et la célèbre statue, inestimable ornement du Louvre, et le groupe dont elle formait, au jugement de notre confrère, la partie prin- cipale.
La 2' partie du tome XXXIV contient déjà un mémoire de M. Menant, intitulé Eléments du syllabaire hêtêen, et un auti'e de M. Edm, Le Blant sur les Talismans des batailles. La i" partie du tome XXXV, qui com- prendra l'histoire de l'Académie pendant les cinq années de i885 à 1889 , commencée dans l'espoir que la 2° partie du tome précédent marcherait plus vite, paraîtra peut-être avapt que la partie qui devait la précéder soit terminée.
Le recueil des Mémoires des savants étrangers, i" série, comptera bientôt un volume de plus, le tome X, 1" partie. Quarante-quatre
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feuilles sont tirëes et nous avons un mémoire qui servira à le com- pléter.
Il en est de mêaie du recueil des Notices et extraits des manuscrits.
Dans la série autrefois exclusivement réservée à l'Orient, le tome XXVII , i" partie, 2° fascicule {Inscriptions du Cambodge), préparé par notre regretté confrère M. Bergaigne, est imprimé jusqu'à la dernière feuille. La table de la partie correspondante pour l'Occident, t. XXX, 9° par- lie, en est à la feuille 21, et l'activité du jeune collaborateur, M. Julien Havet, à qui ce travail a été confié, nous en assure un prorapt acbève- ment. Enfin, dans la série commune qui commence au tome XXXI, le tome XXXIV, 9' partie, est commencé avec une notice de M. Charles Langlois sur les Formulaires de lettres du xii° au xiv° siècle.
Le tome XXXI de Y Histoire littéraire ds la France compte 91 feuilles tirées et 8 en épreiives. Il est terminé, sauf les tables. La mort de M. Renan a relardé le tirage des dernières feuilles, consacrées à un long article sur les rabbins du xiv° siècle. Mais déjà le lome XXXIl se pré- pare et dans ce nouveau travail M. Paul iMeyer va remplacer, auprès de MM. L. Debsle, Hauréau et Gaston Paris, le confrère que nous avons.perdu.
Passons à nos grandes colleclions.
Historiens de France : 17 feuilles ont été mises en pages, qui forme- ront le corps du volume (t. XXIV), avec un appendice d'environ 3 feuilles dont la copie sera procbainement livrée à l'imprimerie. C'est le dernier grand travail auquel M. Siméon Luce, associé à M. L. Delisle, aura mis la main. 11 ne restera plus à composer que la table, dont les éléments sont préparés, de longue date, par notre zélé auxiliaire, M. Élie Berger.
Historiens des croisades : 1° Historiens occidentaux. Tout lo texte du tome V est tiré ; les tables des matières sont en cours d'impression et l'on s'occupe de la préface.
2" Historiens orientaux {arabes), t. IV. M. Barbier de Meynard a donné le bon à tirer jusqu'à la feuille 20 inclusivement. Il corrige en ce moment les derniers placards composés, qui feront encore quatre à cinq feuilles. La suite de la copie ne tardera pas à être livrée à limprimerie. L'impor- tance du Livre des deux Jardins, surtout dans sa seconde moitié, r règne de Saladin«, comporte des extraits plus étendus, qui suffiront sans doute pour achever ce tome IV des Historiens orientaux.
3° Historiens arméniens, t. II. Tout le texte est tiré. La copie de la table des raalières va être donnée à fimpression. On rédige la préface.
On voit que nos grandes collections in folio, dont la puhlicalion de-
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mande des aimées pour un seul volume, sont à la veille de livrer presque en même temps au public chacune un volume nouveau.
La mort de M. Renan laisse un grand vide dans la commission du Corpus inscriplionuin Semiticarum , mais M.. Philippe Berger a remplacé son illustre maître dans cette commission comme dans notre Compagnie et les autres membres poursuivent leur travail. Le 2' fascicule des Inscrip- tions phéniciennes compte 1 1 feuilles en épreuves; le 2' fascicule des In- scriptions araméennes , 17.
Dans mon ])rochain rapport, j'espère pouvoir vous annoncer l'achève- ment de la publication des OEuvres de Borghesi.
H. Wallon.
APPENDICE ÎN" II.
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES ÉCOLES FRANÇAISES D'ATHÈNES ET DE HOME SLR LES TRAVAUX DE CES DEUX ÉCOLES PENDANT LES ANNÉES l8f)l- 1892, PAR M. JULES GIRARD.
(lu dans la séance du 10 FÉVRIER 1898.)
Messieurs,
L'Ecole d'Athènes a soiiniis cette année au jugement de l'Académie les travaux de quatre de ses membres, M. Joubin, de troisième année, MM. Cliamonard, Couve et de Ridder, de deuxième année.
M. Joubin nous avait envoyé, l'an dernier, deux petits mé- moires bien faits sur une série de lécythes trouvés dans la nécropole d'Erétrie et sur une inscription de Cyzique relative à la réparation de la ville et du port par Antonia Tryphaina. 11 a voulu, cette année, aborder un plus grand sujet : La civili- sation primitive de la Crète d'après les monuments. Ce sujet était
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des plus intéressants. La tradition littéraire a conservé le sou- venir du rôle très imporlant que la Crète a joué pendant la période préliomérique , sous des chefs puissants, dont les hauts faits se résument, dans le mythe, sous le nom de Minos. Quoi- qu'il n'ait été exécuté dans l'île, jusqu'à ce jour, que bien peu de fouilles qui aient permis d'atteindre cette première couche d'antiquités, les monuments confirment les données de la lé- gende. La Crète a notamment fourni un grand nombre de ces pierres gravées dites des îles, qui comptent parmi les restes les plus curieux de cette civilisation primitive.
Le temps et les ressources dont disposait M. Joubin ne lui permettaient pas de conduire son travail jusqu'à un complet achèvement. Du moins l'a-t-il préparé par une exploration et par des recherches, et même exécuté en partie. Il a parcouru, en observateur intelligent, l'ile presque tout entière et re- cueilli sur place des renseignements intéressants. On doit si- gnaler avec éloge, dans sa rédaction, la description des vases mycéniens réunis dans les collections municipales ou privées qui se sont formées en Crète. Sur d'autres points, il est resté incomplet ou insuffisant. Il n'a pas étudié ni décrit les intailles d'origine crétoise que M. Furtuœngler possède à Berlin, ni même celles que renferme le cabinet de la Société archéolo- gique à Athènes. Les travaux de ses prédécesseurs n'ont pas été suffisamment examinés; sa bibliographie n'est pas com- plète, et le chapitre d'histoire qui termine ces mémoires aurait besoin d'être revu avec soin. M. Joubin a donc encore beau- coup à faire pour mener sa tâche à bonne fin. Tout fait es- pérer, cependant, que son mémoire, une fois repris et com- plété, occupera une place honorable parmi les travaux de l'Ecole d'Athènes.
M. Chamonard nous a envoyé un mémoire sur le tem|)le d'Hécate à Lagina. Ce travail est le résultat d'une exploration faite en i8{)i par l'auteur, en compagnie de M. Legrand.
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f
Avant eux, deux autres membres de l'Ecole, MM. Dielil et Cousin, avaient visité l'emplacement du temple d'Hécate; ils avaient été eux-mêmes précédés par Newton et Benndorf. M. Chamonard a trouvé plusieurs inscriptions inédites et la presque totalité de la frise du temple.
Son mémoire commence par une introduction sur l'histoire de Lagina et sur le culte d'Hécate, commun à plusieurs villes voisines et en grand honneur dans la ville principale du pays, la colonie macédonienne de Stratonicée. Vient ensuite la des- cription des ruines du temple, dont il place la construction dans la seconde moitié du deuxième siècle avant notre ère, entre les sculptures de Pergame, qui y sont imitées, et le sénatus-consulte de Sylla. qui est gravé sur les murs. Les deux chapitres les plus considérables ont pour sujets la frise du temple et le sacerdoce de Lagina.
Il faut louer la description détaillée et très exacte des reliefs dont plusieurs ont été mis au jour par l'auteur. Il convient de louer aussi la discrétion dans laquelle il s'est renfermé en es- sayant d'expliquer des scènes souvent obscures pour nous. Heureusement, on ne saurait méconnaître le sujet de la façade ouest, la Gigantomachie, imitation, ce semble, et imitation assez faible, de celle du fameux autel de Pergame.
Sur les sacerdoces, l'auteur, il en convient lui-même, n'a rien trouvé d'essentiel à ajouter à un article publié dans le Bulletin de correspondance hellénique par MM. Diehl et Cousin ; du moins a-t-il bien exposé des faits qui ne manquent pas d'in- térêt. La prêtrise d'Hécate était un honneur et en même temps une liturgie onéreuse. La prêtresse et la clidophore (porteuse de la clef symbolique) étaient la plupart du temps la femme et la fille du prêtre, et il tenait à donner aux fêtes le plus d'éclat possible. La fonction était annuelle, mais le même per- sonnage pouvait la remplir plusieurs fois. Une inscription nous apprend qu'un citoyen la remplit deux années consécutives, r le
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premier et le seubi. On peut conclure de ces mots, non pas, comme le dit M. Chamonard, c[u'il y eut une dérogation à la loi, mais que le citoyen en question fut le premier à briguer un honneur aussi dispendieux et que l'inscription a été gravée plusieurs années après le fait. Une autre inscription loue le dévouement, moins exceptionnel, mais rare encore, d'un ci- toyen qui s'était offert à remplir de nouveau cette charge « après un intervalle de deux ans 55. C'est le vrai sens du grec, Siakiirùv [jisa-a. àvo erri.
Deux appendices contiennent les listes alphabétiques des prêtres, prêtresses et autres ministres d'Hécate, et des inscrip- tions inédites , au nond^re de vingt-six , bien transcrites en lettres cursives. Enfin, une série d'excellentes photographies ajoute à l'intérêt d'un travail consciencieux et digne d'éloge, quoique incomplet encore. L'auteur laisse en suspens la question du ca- ractère asiatique ou hellénique de la déesse adorée à Lagina; mais il se propose de revenir à cette question et de donner à son mémoire une forme définitive après avoir repris les fouilles.
Rien n'est mieux fait pour rompre les jeunes gens aux études archéologiques que le travail des catalogues, qui les force à se mettre en contact avec les monuments, à les classer et à n'ar- river aux faits généraux que par l'examen d'un grand nombre de faits particuliers. M. Homoile est resté fidèle à la méthode suivie par ses prédécesseurs en confiant à MM. Couve et de Ridder deux études de ce genre. Pour en trouver les sujets, il n'a pas eu besoin de chercher des collections nouvelles. Telle est la fécondité de la terre hellénique que le musée de la Société archéologique d'Athènes, si précieux pour la con- naissance des antiquités grecques trouvées en Grèce, a vu, depuis douze ou quinze ans, les séries qu'il expose plus que doublées par les découvertes. Dans ces conditions, les an- ciens catalogues des vases peints et des bronzes antiques, déjà rédigés par l'Ecole d'Athènes, ont pu êlre complétés et remaniés
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avec fruit, tout en donnant lieu à un travail personnel, qui tient le public savant au courant du continuel accroissement des richesses archéologiques de la Grèce.
C'est M. Louis Couve qui a entrepris de refondre le cata- logue des vases peints, en apportant au plan même de l'ou- vrage des modifications inévitables, qui notent rien d'ailleurs à la valeur du premier catalogue publié en 1 87 7 par M. Maxime Collignon. Interrompu par un deuil cruel, il n'a pu terminer cette année que la première partie de son travail : l'étude des céramiques primitives et des vases à figures noires. Il l'a fait précéder d'une introduction qui résume la bibliographie du sujet et montre que l'auteur est bien au courant des recherches les plus récentes sur les catégories de vases (|u'il a catalo- guées. Dans la suite même du travail, l'auteur ne s'en tient pas aux classifications antérieurement adoptées ; il sait y intro- duire, avec toute la réserve désirable, des idées personnelles, qui indiquent un observateur judicieux des choses de la céra- mique. Nous citerons comme exemple les remarques nouvelles qui s'appliquent à une série d'amphores dont les peintures primitives, d'un caractère composite et de transition, tiennent à la fois du décor géométrique, de l'ornementation mvcénienne et des sujets orientaux.
M. Couve a joint à cet envoi une notice sur une base sculptée, signée du nom de Bryaxis. Elle porte sur trois de ses faces une composition identique : la représentation d'un homme à cheval s'avança nt vers un grand trépied. Ce sont trois phylarques récompensés au concours' de Vanthippasta, sorte de manœuvre équestre queXénophon nous décrit comme tenant du carrousel et de la charge de cavalerie. On acquiescera facilement à la proposition que, si ce travail d'importance se- condaire est du célèbre élève et collaborateur de Scopas, il doit être une œuvre de sa jeunesse. Quant aux autres conclu- sions de l'auteur, elles ne manquent pas d'ingéniosité; mais
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('\k's ne l'on! ([iic s'avancer dans riiypotlicse un peu plus loin
lue les remarques présentées sur le même monument par d'autres archéologues. Les deux envois réunis n'en montrent pas moins chez M. Couve une sérieuse application et une réelle aptitude aux recherches scientifiques.
En se chargeant d'entreprendre le catalogue des bronzes de la Société archéologique d'Athènes, M. de Ridder trouvait également devant lui un travail antérieur sur le même sujet, qui avait été rédigé avec soin par M. Pottier. Cette première notice, bien que restée manuscrite, a pu lui être commu- niquée et lui servir de terme de comparaison pour établir le bilan des acquisitions nouvelles. Le musée de la Société ar- chéologi({ue n'étant pas, à proprement parler, un musée d'État, toutes les découvertes n'y sont pas représentées : on n'y rencontre pas sans doute certains bronzes dont l'origine est particulièrement intéressante, comme ceux qui ont été re- tenus, après les fouilles de ces dernières années, par le musée spécial de l'Acropole. Malgré ces lacunes, les travaux dirigés parla Société, l'exploration des nécropoles, les occasions jour- nalières ont enrichi la collection dans des proportions consi- dérables. Les statuettes archaïques, comparables aux bronzes de Dodone, les miroirs grecs supportés par des figurines de ronde bosse qui permettent de suivre les progrès du style dans les transformations d'un même motif, peuvent être cités parmi les séries qui ont fourni à M. de Ridder l'occasion de faire une véritable revue de la sculpture grecque, sans sortir des limites de son catalogue. Ses descriptions, qu'elles se rap- portent aux parties nouvelles ou anciennes de la collection, sont très développées et faites sur les originaux avec un soin scrupuleux. L'ensemble représente une grande somme de tra- vail, et l'auteur, en servant l'intérêt commun des archéologues, y a gagné pour lui-même une précieuse expérience.
M. de Ridder a joint à son envoi une monographie des re-
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présentations d'Actéon, sujet peut-être un peu anecdotique dans la mythologie grecque et qui n'a pas été consacré par des œuvres d'art de première valeur. Cependant il est toujours instructif d'étudier les modifications d'un même sujet à travers l'histoire de l'art antique. Cette activité scientifique déployée par M. de Ridder dès les premiers temps de son séjour à l'Ecole et ces bons débuts nous promettent un travailleur con- sciencieux que les lâches difTiciles ne rebuteront pas.
L'Ecole de Rome n'a pas déployé moins d'activité que l'Ecole d'Athènes. De même, quatre de ses membres, M. Jean Guiraud, de troisième année, et MM. Edmond Courbaud, Léon Dorez et Toutain, de deuxième année, ont envoyé des mémoires à l'Académie.
Si l'Ecole d'Athènes a soin d'examiner et de décrire les col- lections qui se forment et s'enrichissent chaque jour dans Athènes même et sur d'autres points du monde grec, il s'est établi à l'Ecole de Rome la tradition d'explorer les riches dé- pôts d'archives et de registres conservés à Rome et dans beau- coup de villes de l'Italie. De là sont sortis d'utiles et remar- quables travaux que les érudits ont fort appréciés. C'est à cette tâche que M. Guiraud a consacré une partie de son année, et il a recueilli une abondante moisson de documents aux archives du Vatican et dans celles des villes des anciens Etats de l'Eglise. Il a pu ainsi, d'une part, continuer la prépa- ration du registre de Grégoire X et commencer celle du re- gistre de chancellerie et du registre financier d'Urbain IV; d'autre part, étudier l'administration des Etats pontificaux au XV* siècle, pour compléter les matériaux d'un travail sur le patriarche Vitelleschi. Cette laborieuse activité, qui s'est en- core portée sur d'autres points et signalée par des recherches à Florence et à Venise et dans les bibliothèques de Rome, n'a pas empêché M. Guiraud de continuer sa grande élude sur
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le pèlerinage romain et d'envoyer comme mémoire à l'Aca- démie un chapitre intilulé : Les lieux saints de Rome, d'Alaric à Totila; mais elle ne lui a pas permis de traiter à fond ce sujet. Il faudra, il le sait sans doute lui-même, qu'il pénètre plus avant dans l'étude des sanctuaires de Rome et qu'il s'attache à être plus précis et plus complet. Du moins, la distribution de son travail est bonne, le cadre bien choisi, et les faits, bien groupés, sont presque toujours rapportés avec beaucoup d'exactitude. On ne peut douter que l'auteur ne réussisse à mener à bonne fin l'œuvre qu'il a entreprise.
M. Léon Dorez a été associé aux recherches de son collègue M. Guiraud pour la préparation du registre de chancellerie du pape Urbain IV. Il a envoyé, comme travail particulier, un Essai sur Niccolô Perotti. Son étude sur la vie et les ouvrages de ce personnage, mort en 1/180, à l'âge de cinquante ans, a eu pour point de départ un recueil manuscrit formé au xvu* siècle par Torquafo Perotti et conservé au Vatican. Elle a été conduite avec méthode et a abouti à des résultats nou- veaux et intéressants. L'auteur a le mérite d'avoir reconnu, principalement au Vatican, les exemplaires originaux des principaux écrits de Perotti et d'avoir correctement transcrit et fidèlement analysé un assez grand nombre de lettres fort curieuses pour l'histoire de l'humanisme et des humanistes en Itahe au xv* siècle. Il en a tiré un excellent parti pour fixer les points essentiels de la vie qu'il voulait reconstituer. Le temps lui a manqué pour épuiser certaines recherches et pour donner à son mémoire une forme définitive. Les diffé- rentes parties n'en sont pas traitées avec les mêmes développe- ments. La fin paraît écourtée. Il y manque un résumé et un jugement sur la part qui revient à Niccolo Perotti dans le mouvement littéraire du xv" siècle, sur l'influence qu'il a exercée et sur l'emploi qu'on a fait de ses œuvres pour l'en- seignement de la grammaire. L'exposition gagnera en clarté
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et en intérêt, si on peut rejeter dans un appendice de trop longues citations et des notices de manuscrits, auxquelles il n'y a, d'ailleurs, que des éloges à accorder. Dès maintenant, le mémoire de M. Dorez peut être signalé comme un bon cha- pitre de l'histoire littéraire de l'Italie pendant la seconde moitié du xv^ siècle.
M. Edmond Courbaud a étudié à Rome l'antiquité, ou plu- tôt, pour parler avec plus de précision, l'art antique. «Y a-t-il eu à Rome, en sculpture, un art proprement romain? '5 telle est la question particulière qu'il s'est posée. Ce sujet, quoi- que M. Courbaud l'ait volontairement limité, et qu'il ne se soit guère occupé que de la sculpture d'histoire et du por- trait, était encore très étendu; c'était tout un chapitre de l'histoire de l'art à Rome. De plus, la question que l'auteur du mémoire se pose, beaucoup se l'étaient déjà posée et y avaient répondu. Dans ces conditions, il lui était difficile d'ar- river à des résultats nouveaux. Mais, si ses conclusions ne diffèrent pas beaucoup de celles de ses prédécesseurs, il les justifie et les confirme par des études minutieuses et précises. Il a examiné avec soin les sculptures des arcs de triomphe, les bas-reliefs des tombeaux, qu'il a pu voir de ses yeux; il a dépouillé les recueils archéologiques pour y trouver la repro- duction des objets qu'il n'avait pas vus lui-même, et l'on peut affirmer qu'aucune œuvre de quelque importance ne lui a échappé. Chemin faisant, il rencontre l'école de Pergame, qui a poursuivi à peu près le même but que l'art romain, qui est arrivée presque aux mêmes résultats; en sorte qu'on peut se demander si ce qui nous semble être original chez les artistes romains n'est pas encore une simple imitation. M. Courbaud répond en montrant que, si l'art romain a profité de l'école de Pergame, il en diffère aussi, et il fait voir, par des com- paraisons et des rapprochements, en quoi il en diffère. Traiter de cette manière et avec ces détails précis un sujet ancien.
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c'est le rendre nouveau. Il faut ajouter que le mémoire de M. Courbaud est bien composé et bien écrit, ce qui en rend la lecture aussi agréable qu'instructive.
M. Toutain nous a aussi envoyé une étude sur des monu- ments d'archéologie figurée; mais il en a été chercher les ma- tériaux hors de l'Italie, dans un champ d'exploration plus nouveau, qui nous est librement ouvert, en Algérie et en Tu- nisie, et, en étudiant les monuments relatifs au culte de Sa- turne dans l'Afrique romaine, il ne s'est point placé au point de vue de l'art, mais a traité une question d'histoire religieuse. L'art, en effet, n'a rien à voir dans ces centaines de stèles qui ont été recueillies des frontières de la Tripolitaine à celles du Maroc, et que M. Toutain a décrites et examinées avec un soin minutieux et une méthode très sûre. Elles n'en ont pas moins un grand intérêt, car elles nous révèlent l'histoire d'une conception religieuse qui n'a laissé presque aucune trace dans la tradition littéraire, malgré le rôle capital qu'elle a joué, pendant des siècles, dans la vie d'une population active et nombreuse, celle des campagnes de l'Afrique carthaginoise et romaine. En analysant les inscriptions et surtout les repré- sentations figurées que portent ces stèles, l'auteur du mémoire a retrouvé et défini un dieu qui paraît avoir été de tout temps le dieu suprême des tribus libyques répandues dans toute cette région et particulièrement le protecteur de leur florissante agri- culture. Le nom primitif de ce dieu, celui qu'il avait reçu tout d'abord dans la langue des indigènes, M. Toutain n'est pas arrivé à le deviner; mais il a montré comment, sous la domi- nation punique, il avait dû prendre les titres de Baal ou à'Adôn, puis, par quelle association d'idées, une fois que ces provinces furent réunies à l'empire romain, on l'avait identifié avec Saturne, non pas avec le Kronos grec, mais avec le vrai Saturne latin, l'ancien dieu italique du labou- rage, des semailles et de la moisson, qui a pour attribut XXI. 3
turKTUIVIB milUTIAi*.
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la faux. Cet attribut est souvent représenté sur les stèles africaines.
La transformation que l'Afrique a subie sous ses gouver- neurs romains a été, comme on le voit par cet exemple, plus superficielle que profonde, au moins dans l'intérieur des terres. Les dédicaces, quand il y en a sur ces stèles, sont écrites en latin, le dieu a été baptisé d'un nom latin; mais, dans ces invocations au Deus magnus, au Deus dominus, qui est parfois assimilé à Jupiter optimus maximus, nous sentons l'idée d'un dieu suprême, qui n'a pas de mythes ni d'histoire, comme en ont les dieux de la Grèce, qui garde le caractère vague et général par lequel se distinguent les divinités sémi- tiques. Peut-être, comme l'auteur le conjecture, cette indéter- mination même a-t-elle contribué à faciliter les progrès si rapides que le christianisme a faits dans l'Afrique romaine.
M. Toutain a écrit là, avec beaucoup de finesse et de pé- nétration, un chapitre inédit de l'histoire religieuse du monde ancien. Il n'y a pas lieu de s'étonner des négligences de style d'une rédaction un peu hâtive, qui appelleront son attention quand il donnera à son travail la publicité dont il est digne. M. Toutain était impatient de retourner en Afrique pour con- tinuer à y prendre sa part dans les découvertes qui s'y multi- plient. C'est lui, on ne doit pas l'oublier, qui a exhumé, en Tunisie, près d'Hammamlif, cet enclos consacré à Saturne, au sommet du Djebel-bou-Korneïn, qui lui a fourni quelques- uns des matériaux les plus curieux de l'étude dont il vient d'être rendu compte.
L'exemple de M. Toutain montre à quel point est bonne la pensée à laquelle obéit M. Geffroy en confiant à des membres de l'Ecole de Rome des missions dans le nord de l'Afrique. Ces pays offrent aux études archéologiques des richesses presque inépuisables. En même temps que l'Ecole de Rome étend avec succès dans un sens nouveau le domaine de son
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3.
I
— 36 — LIVRES OFFERTS.
SÉANCE DU 6 JANVIER.
Le Secrétaire perpétuel dépose sur ie bureau le cinquième fascicule des Comptes rendus des séances de l'Acade'mie pendant l'année 1892 , sep- tembre-octobre (Paris, 189a, in-8°).
Le Secrétaire perpétuel offre ensuite, au nom de l'auteur, M. Gh. Nor- mand, La Troie d' Homère (in-fol. avec planches).
ffCet ouvrage d'un grand mérite, dont l'auteur joint au talent de l'ar- chitecte la science de l'archéologue , est un complément très précieux de tout ce qui a été publié jus({u'ici sur l'ancienne Troie.»
Est encore offert :
Les naissances miraculeuses, d'après la tradition américaine, par M. le comte de Charencey (Amiens, 1892 , in-8°).
M. DE BoisLiSLE présente, de la part de l'auteur, M. Francis de Crue, l'ouvrage intitulé : Le parti des Politiques au lendemain de la Saint- Barlhékmy; la Molle et CocoHflf ( Paris , 1892 , in-8°).
ff Au milieu des guerres intestines duxvi' siècle, le parti des Politiques eut l'honneur de revendiquer constamment les hbertés civiles et reli- gieuses, même au profit d'une minorité qui n'était pas sienne, et qui s'appuyait, au dehors, sur les puissances protestantes. Composé d'abord de grands seigneurs royalistes et catholiques qui entrèrent en scène au lendemain del'édit de tolérance de janvier 1662, il finit, mais beaucoup plus tard, par entraîner dans son orbite la bourgeoisie parisienne, lasse des tyrannies de la Ligue. Dans la première période de son existence, cette conjuration du Provençal La Molle et du Piémontais Coconat, cpie ie romancier a rendue si populaire il y a quelque cinquante ans, avait pour but d'entraîner forcément les chefs du parti à une action énergique parles armes, sous la direction nominale du piètre duc d'Alençon, au lieu de la simple propagande dont ils avaient usé jusque-là par la parole et par la persuasion. Le procès à la suite duquel les deux gen- tilshommes furent exécutés a déjà fait l'objet de diverses publications; mais ce que le nouvel historien, M. de Crue, professeur à la Faculté des lettres de Genève, très sympathique au parti, a voulu mettre en lumière pour la première fois, à l'aide des correspondances ou des
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pièces diplomatiques, soit de France, soit de pays étrangers, c'est moins la conjuration et son issue fatale pour deux personnages très se- condaires, que le caractère du groupe pour lequel ils avaient entendu travailler, son action au delà de nos frontières comme en deçà. Le titre du livre l'indique expressément, et nous devons considérer ce nouveau volume comme le complément de ceax que M. de Grue avait consacrés déjà au connétable Anne de Montmorency, et qui lui ont valu naguère une des plus hautes distinctions dont l'Académie française dispose en faveur de l'histoire. En effet , la figure du vieux connétable , avec celle du grave chancelier Michel de l'Hospital, sont les premières que l'on dis- tingue en tête du parti, parmi ses plus vénérables inspirateurs, avec leur belle devise : Vive France ! Le connétable légua la continuation de son œuvre patriotique à ses quatre fils. M. de Grue conduit le récit jusqu'à la mort de l'ainé de ces Montmorency, en lôyg. Alors, les Politiques trouvèrent leur vrai et naturel chef dans Henri de Navarre, pauvre et errant, mais par la main duquel la France et la monarchie devaient bientôt renaître. ■"
M. Héron de Villefosse présente , au nom de M. Th. Amtmann , archi- viste de la Société archéologique de Bordeaux, un mémoire inti- tulé : Lit nuptial; terre cuite gallo-romaine (Bordeaux, 1892, in-8°, extrait des publications de la Société archéologique de Bordeaux, t. XVII, 2° fasc).
ffGe mémoire a pour but de faire connaître une terre cuite, trouvée à Bordeaux en i85i et faisant partie actuellement de la collection de M. V. Bordes. Elle a été déjà signalée par M. G. JuUian. La signature du potier Pistillus indique bien qu'elle est de fabrication gauloise. Elle représente deux époux couchés dans un lit; un chien est étendu sur leurs pieds. Il semble que l'auteur de ce groupe ait imité un type très fréquent dans l'art étrusque. L'excellente photographie qui accompagne l'article de M. Amtmann permet d'étudier ce curieux monument d'une façon très complète. »
SÉANCE DU l3 JANVIER.
Est offert :
Fin du premier duché d'Aquitaine, par M. J.-F. Bladé, correspondant de l'Institut (le Puy, 1892 , in-8°).
M. Whilney, correspondant de l'Institut, adresse à l'Académie deux articles dont il est l'auteur et qu'il a publiés dans VAtncrican Journal of' Philology sous les titres suivants :
1" On Dclbruck'.s Vcdic syntax;
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2° On the narrative use of imperfect and perfect in the Brahmanas.
M. Delisle offre, au nom de l'auteur, une publication intitule'e: Un ami de Pétrarque. Lettres de Francesco Nelli à Pétrarque , publiées , d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale, par M. Henry Cochin, avec une introduction et des noies (Paris, 1892 , petit in-8°).
ffOn peut s'ëtonner que les trente lettres de Francesco Nelli à Pétrar- que, contenues dans un manuscrit de la Bibliothèque nationale, soient restées inédites jusqu'à nos jours ; mais il faut se féliciter que le soin de les mettre en lumière ait été réservé à un éditeur aussi dilig'ent, aussi consciencieux et aussi bien préparé que M. Henry Cocbin. Le texte de ces lettres, très intéressantes à cause du personnage à qui elles sont adressées, occupe ù peine la moitié du volume. Il est précédé d'une longue introduction qu'on lit tout entière avec un véritable intérêt. M. Cochin nous fait pénétrer dans la maison même de Pétrarque et dans le cercle très étendu au milieu duquel a vécu le grand humaniste ; il fait bien comprendre l'admiration qu'il inspirait à ses nombreux amis et l'influence qu'il exerçait par ses livres, par ses conversations et peut-être encore plus par sa correspondance.
ff L'élégant volume de M. Cochin vient s'ajouter heureusement aux travaux de M. de Nolhac sur les origines et les développements des études dont l'antiquité classique fut l'objet au xiv' siècle. «
M. Heuzey présente à l'Académie, au nom de Hamdy bey, directeur du musée impérial de Conslanlinople, et de son collaborateur M. Théo- dore Reinach, la deuxième livraison du grand ouvrage intitulé: Une né- cropole royale à Sidon (Paris, 1892 , in-fol.).
fr Cette partie nous montre, sous des aspects nouveaux, qui achè- vent de nous les faire connaître, trois des principaux sarcophages a sculptures peintes, qui sont aujourd'hui l'ornement du musée de Stamboul.
«C'est d'abord le Sarcophage des Pleureuses, sur les faces duquel nous voyons se multiplier les figures de femmes en deuil, qui éternisent autour du mausolée de marbre le cortège funéraire. L'expression doulom-euse y est plus accentuée que dans les terres cuites des tombeaux, telles que les figurines de Tanagra ; mais il est impossible de ne pas y remarquer les mêmes poses, les mêmes effets de draperies, les mêmes ajustements du voile, dont la signification funèbre ne saurait ici être contestée. Au nombre des rares figures dont la tête reste nue, la femme qui s'accoude épuisée sur son tympanon trouverait aussi des sœurs dans le mobilier des tombes béotiennes. On est amené à penser que cet instrument n'était pas réservé
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aux seules bacchanales : il jetait sa note sourde au milieu de la douleur des fune'railles et servait à scander les lamentations. Pour l'application des figurines funéraires à la décoration du sarcophage , on peut citer un précédent tout oriental : c'est le sarcophage phénicien d'Amathonte, où les quatres figures du dieu Bès et les quatre Vénus asiatiques répétées sur les petits côtés ne peuvent guère s'expliquer que comme des statuettes funéraires sculptées sur la pierre même du tombeau.
ffLe défilé de chars figuré sur le même monument phénicien d'Ama- thonte est aussi comme une première forme de la belle scène de départ qui a été sculptée, à Sidon, sur le sarcophage du Satrape. La composi- tion y est restée dune simplicité et d'une clarté remarquables, avec les figures très espacées , presque toutes de profil , avec ces élégants chevaux d'Asie, dont les formes allongées indiquent une autre race que celle des petits chevaux du Parthénon. Il semble bien que ce soit l'œuvre d'une école grecque asiatique , travaillant pour les princes orientaux et s'eEFor- çant de traduire le costume barbare d'après les conventions du goût hel- lénique.
ff Parmi les planches consacrées au sarcophage des Batailles d'Alexandre, il faut noter une vue d'ensemble, qui replace cette mêlée furieuse, et pourtant ordonnée avec une étonnante puissance de composition , au mi- lieu de toute la riche décoration architecturale de rinceaux , de frontons et d'acrotères qui lui servait de cadre.
ffD'un autre côté, plusieurs planches très instructives comprennent un choix de têtes, détachées des bas-reliefs et reproduites à une échelle plus forte , ce qui permet d'en apprécier le style.
crLes feuilles de texte in-i°, publiées avec les planches, contiennent la suite du rapport personnel d'Hamdy bey sur l'exploration des chambres funéraires. On y trouve des indications sur quelques bijoux d'or, trouvés particulièrement dans le sarcophage du Satrape, dont une plaquette ornée de palmeltes phéniciennes , ce qui donne à l'auteur l'occasion de publier un curieux naos votif de Sidon, décoré du même ornement et portant les figures ailées d'Isis et de Nephtys. Hamdy bey nous fait aussi con- naître par quels procédés habilement combinés et avec quelles précau- tions infinies il a pu extraire les précieux mausolées des étroites cachettes où ils étaient enfouis, La science et l'art lui doivent une égale reconnais- sance: car il a conduit ces travaux (liiliciles, non seulement en directeur de musée soucieux de sa responsabilité, mais encore en connaisseur et en artiste, faisant mouvoir avec une crainte scrupuleuse les chefs-d'œuvre dont l'intégrité était entre ses mains.
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«rLa partie de discussion archëologique , qui concerne spécialement M. Théodore Reinach , n'a pas encore de place dans cette livraison ; mais on doit le louer dès maintenant pour le soin et le goût qu'il a apportés à surveiller la composition et l'impression des planches qui nous font si bien connaître ces remarquables monuments, n
M. Georges Perrot dépose sur le bureau le volume intitulé : Les villes de la Pamphylie et de la Pisidie, ouvrage publié, avec le concours de G. Niemann et E. Petersen, par le comte Gh. Lanckoronski ; tome II : La Pisidie (Paris, 1898, in-4°).
ffLe comte Lanckoronski achève, avec le présent volume, la publica- tion des matériaux qui ont été recueillis par l'expédition scientifique dont il avait fait tous les frais et dirigé les travaux avec une munificence que l'on aimerait h trouver, chez les riches particuliers, ailleurs qu'en Au- triche. Le second volume ne le cède pas en intérêt au premier. Le texte, dû , pour tout ce qui n'est pas la description des édifices, à M. Petersen, le savant secrétaire de l'Institut germanique à Rome, est toujours nourri d'une science aussi vaste et aussi précise; les dessins de M. INiemann, professeur d'architecture à l'Ecole des beaux-arts de Vienne, sont toujours d'une fidélité aussi intelligente et d'une aussi fière tournure; dans le commentaire qu'il en donne, les architectes et les archéologues trouveront bien des observations dont ils pourront faire leur profit. Sans doute l'ar- chitecture des basiliques, des nymphées, des gymnases, des temples de Termessos, de Kremna et de Sagalassos est, comme Tétait aussi celle des édifices de la Pamphylie décrits dans le premier volume , une architecture de décadence, pompeuse et souvent lourde; mais il n'y en a pas moins, pour l'historien, un réel intérêt dans l'étude de l'altération des types créés par le génie grec, et certaines des variantes introduites dans ces types par les architectes gréco-romains du if et du ni" siècle seront reprises par ceux de la Renaissance et des temps modernes. Il est aussi curieux de voir quelle richesse et quel luxe se développèrent, sous l'influence de la paix romaine, dans ces montagnes où, même après Alexandre et sous les Séleucides, l'influence de la civihsation grecque n'avait pénétré que d'iuie manière très incomplète. L'intérieur de l'Asie Mineure ne s'est vraiment hellénisé que sous les empereurs romains, -n
M. l'abbé DucHESNE a la parole pour un hommage :
fr J'ai l'honneur de présenter h l'Académie, au nom de l'auteur, M. Ta- mizey de Larroque, notre correspondant, une brochure intitulée : Peiresc, abbé de Guttres (Paris, iSgS. in-8'). C'est un supplément à une étude
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de M. de Lanlenay sur le même sujet. On sait quel culte M. Tamizey de Larroque a voue à la me'moire et à l'œuvre littéraire de Peiresc. Ce tra- vail, formé surtout de pièces uouvellemeut publiées, est un nouveau té- moignage et des sentiments de l'auteur à l'égard de son héros et de la diligence de son érudition. J'ajoute que ses documents proviennent de la partie des collections Libri que M. Delisle a récemment reconquise pour notre Bibliothèque nationale, n
SÉANCE DU 20 JANVIER.
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le tome XXXIV, i" partie, des Mémoires de l'Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, i893,in-/i°).
Sont encore offerts :
Quatrième centenaire de la découverte de l'Amérique (lâga-iSga). Rap- port sur les travaux et opérations dtt Comité de la Loire-Inférieure , de Maine-et-Loire , de la Mayenne et du Morbihan, par M. le marquis de Granges de Surgères, président de ce Comité (Nantes, 1898, in-8°);
L'année anglaise vaincue par Jeanne d'Arc sous les murs d'Orléans. Documents inédits et plan, par MM. Boucher de Molandon el le ba- ron Adalbert de Beaucorps (Paris et Orléans, 1892 , in-8").
M. DE Barthélémy offre , au nom de l'auteur, M. le comte de Charencey, six brochures intitulées :
1° Recherches sur quelques dates anciennes de l'histoire du Mexique (Paris, 1892 , in-8°, extrait de la Revue des questions historiques);
2° Les noms des métaux chez différents peuples de la Nouvelle-Espagne (Paris, 1892, in-8°);
3" Les naissances miraculeuses , d'après la tradition améi'icaine (Amiens, 1892, in-8");
à" Des sufjjîxes en langue q uichée {Caen , 1892, in-8°);
5° Catecismo y exposicion brève de la doctrina cristiana, por cl Padre G. de Piipalda, publiée par le comte de Charencey (Alencon, 1892, in-8°);
6° L'Orphée américain (Caen , i892,in-i2).
M. Clermont-Ganneau a la parole pour un hommage :
ffj'ai l'honneur d'offrir à l'Académie, de la part de M. Pognon, consul de France à Bagdad, une intéressante étude sur une coupe en terre cuite, recueillie par lui à Bismaya, à une vingtaine de kilomètres au sud- est de Bagdad, et couverte de caractèi-es mandaïtes tracés à l'encre, en
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spirale : Vm incantation contre les génies malfaisants en mandaïte (Paris, 1899 , in- 8°, extrait des Mémoires de la Société de linguistique).
rtCette coupe se rattache à un groupe (Je monuments, aujourd'hui assez nombreux, coupes en terre cuite semblables à celle-ci, contenant des in- cantations magiques en langue et en écriture hébraïques. C'est, je crois, le premier de ce genre qu'on ait trouvé avec une inscription en mandéen , dialecte syriaque , ou plus exactement araméen , fort corrompu , qui semble avoir été celui d'une ancienne population de la Mésène professant des croyances empruntées au christianisme, au judaïsme, au parsisme et à des sectes gnostiques disparues. M. Pognon a recueilli deux autres coupes de ce genre, où les inscriptions sont malheureusement presque illisibles. Celle-ci est, au contraire, bien conservée; c'est une incantation destinée h préserver, contre les mauvais génies, le possesseur de la coupe, Meherkaï, (ils de Kouachizag, sa femme Doukhtanbeh, fille de Koumai, ses fils et sa maison. Meherkaï et Doukhtanbeh sont des noms d'origine persane. M. Pognon a transcrit, traduit et commenté ce texte curieux avec une rare habileté, témoignant d'une connaissance approfonrlie de la philologie et de l'archéologie sémitiques, connaissance dont il nous a, du reste, déjà donné plus d'une preuve. Il établit que ce monument, qui ne saurait remonter au delà du 11° siècle de notre ère, est au moins anté- rieur au XII'. Il s'appuie, pour celte dernière conclusion, sur des té- moignages historiques et géographiques d'oii il résulte que Bismaya, la localité d'où provient la coupe en question , n'a pu être occupée par les Mandéens qu'à une époque où le Nahrawân, qui arrosait la région, n'était pas encore desséché.
frM. Pognon touche en passant au problème si intéressant et si dis- cuté de l'origine et de la date des livres sacrés des Mandéens parvenus jusqu'à nous, le Koulasta et le Ginza. Il est d'avis que le dialecte appelé plus ou moins exactement mandéen a pu être parlé dans une partie de l'Irak par des populations païennes, et qu'il n'est pas impossible qu'on trouve un jour des inscriptions purement païennes rédigées dans cette langue, n
M. l'abbé Dccuesne fait une présentation :
ffj'ai l'honneur de présenter à l'Académie, au nom de l'auteur, un volume intitulé : Le livre du préfet ou édit de l'empereur Léon le Sage sur les corporations de Constantinople , publié par M. Jules Nicole, professeur à la Faculté des lettres de Genève (Genève, 1890, in-4°).
rrM. Nicole a trouvé, dans un manuscrit du xiv' siècle, conservé à la bibliothèque de Genève, un texte de cet important document, qui ne
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paraît pas, à la vérité, être tout à lait complet, mais qui est beaucoup plus étendu que les maigres fragments connus jusqu'ici. Il expose dans son introduction les raisons qui permettent de constater l'authenticité de l'édit et d'en fixer la date. Dans une série de notes, il explique les pas- sages difficiles et insiste sur la nouveauté et l'intérêt des renseignements fournis par le document. Les corporations réglementées sont celles des notaires, orfèvres, changeurs; des marchands ou fabricants d'étoffes de soie et de Hn; des parfumeurs, ciriers, savonniers , épiciers , corroyeurs, bouchers, charcutiers, poissonniers, boulangers; des aubergistes, ma- quignons, menuisiers, marbriers, peintres et autres métiers relatifs à l'industrie du bâtiment. On peut y étudier, dans une foule de détails in- téressants et sur un texte officiel, le fonctionnement de ces divers com- merces ou industries qui représentent une si grande part de la vie quoti- dienne d'une grande cité, ou plutôt de la plus grande des cités, au ix° et au x' siècle. On voit quelles conditions étaient exigées pour entrer dans ces corporations, quel était le cérémonial de l'investiture, les règles à observer dans le costume, les jours de fête ou d'enterrement; quelles prohibitions ou faveurs comportaient certaines importations; sur quelles places de Constanlinople se vendaient tels ou tels articles; on peut suivre les destinées finales des porcs amenés par les voisins bulgares et des mou- tons nourris au delà duSangarius, depuis le moment où des acheteurs patentés les recevaient des éleveurs, jusqu'à l'heure de la vente, sur les marchés du Taurus ou du Strategion, en temps permis, bien entendu, car le carême est consacré par la loi.
ff Je signalerai en particulier ce qui regarde l'épicier, appelé ici o-aA§a- fxâpro?. Ce commerçant, désigné actuellement en Orient par le terme vul- gaire de bakal, a reçu des Grecs modernes la qualification ingénieuse et assez exacte de tsavtoTvûikrjs , rcelui qui vend de tout «, excepté , bien entendu, certaines spécialités. Il est sûr qu'il joue, dans la vie des grandes cités, et aussi des petites, et même des villages, un rôle humble peut-être, mais très important. 11 serait à désirer que quelqu'un se dévouât à reconsti- tuer son archéologie. L'édit de Léon le Sage serait, pour cette industrie comme pour plusieurs autres, une source inappréciable de renseigne- ments.
ffDans les notes de M. Nicole figure une étude intéressante sur l'en- seignement du droit à Constantinople, d'après certaines données que fournit le chapitre relatif aux notaires. Je noterai aussi que, parmi les pénalités infligées aux membres des corporations qui contreviennent à leur règlement, figure, et cela constamment, la suppression de la barbe.
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Quiconque a péché est rasé. L'Ég-lise, qui conserve tant de choses, a conservé aussi cet usage. En bien des pays d'Orient, les ecclésiastiques frappés d'une sentence épiscopale sont remis aux mains du barbier; il leur est interdit à la fois de rempUr les fonctions de leur ordre et de porter la barbe.
ffSi notre confrère M. Weil se trouvait parmi nous en ce moment, c'est à lui que serait échue l'agréable tâche de vous présenter ce beau livre. M. Weil, qui a été son maître à l'École des hautes études, vous a déjà présenté, du même auteur, une publication importante sur les scolies d'Homère. A son défaut, et comme ancien camarade de M. Nicole à la même École des hautes études, j'ai accepté, avec grand plaisir, la mis- sion de vous offrir ce témoignage nouveau d'une érudition qui sait s'ap- pliquer aux domaines les plus divers de l'hellénisme. ^
M. Barbiek de Meynard offre deux ouvrages de la part des auteurs :
r Textes berbères, dans le dialecte des Béni Menacer, par M. R. Basset (Rome, 1899, in-8°, extrait du Journal de la Société asiatique italienne).
ffM. Basset poursuit, avec une activité infatigable, la série de ses in- téressantes recherches sur les dialectes berbères. Celui qu'il étudie ici est parlé par la tribu des Béni Menacer, domiciliée entre Gherchel, Tenès et Milianah, c'est-à-dire au cœur de la Mauritanie Césarienne, où la ville de Cherchel s'élève sur les ruines de l'ancienne Julia Caesarea. A part quelques pages consacrées à ce dialecte par Duveyrier et M. le général Hanoteau, il était resté dans l'oubli jusqu'au jour où M. Basset en fit une analyse sérieuse dans ses Notes de lexicographie et son Lohnan berbère. Les contes qu'il donne dans le présent travail à titre de spécimen sont suivis d'une transcription et d'une traduction littérale et d'un index alphabétique des principales racines berbères. L'auteur s'occupe, avec une sage lenteur, mais sans désemparer, à recueillir les matériaux d'un dictionnaire berbère complet. Le jour où il pourra combler cette lacune , il aura rendu un éminent service à cette branche de la linguistique afri- caine. Les amateurs de contes et de légendes populaires trouveront, eux aussi, dans ce petit volume, d'ingénieux rapprochements avec les litté- ratures étrangères et des indications bibliographiques auxquelles on ne peut reprocher qu'un excès de richesse. «
2° Henri Lavoix, notice nécrologique, par M. Sauvaire (in-8% extrait de ï Annuaire de la Société de numismatique).
rrj'offre en même temps à l'Académie une notice consacrée à la mé- moire de M. H. Lavoix. L'auteur, M. Sauvaire, est lui-même un numis- mate distingué et il a rappelé, avec une parfaite compétence, les ser-
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vices rendus à l'iiistoire des monnaies et des arts musulmans par le regretté conservateur du département des médailles de la Bibliothèque nationale. Les qualités de cœur et d'esprit de cet excellent lioiume sont dignement appréciées ici et les éloges donnés à sa longue et honorable carrière seront pleinement ratifiés par tous ceux qui l'ont connu, r,
M. BoissiER présente, de la part de M. René de la Blanchère, les Col- lections du musée Alaoui , livraisons 8 à 12 (Paris, 'm-k°).
r Ces livraisons complètent la première série , qui forme un volume. La seconde série sera publiée sans retard ; elle comprendra encore plus de planches et figures et des études moins détaillées, de manière à former une sorte de grand album.
rrLa livraison 8 a paru il y a plusieurs mois, mais n'avait pas été of- ferte à l'Académie.
ffLes quatre dernières livraisons paraîtront demain.'»
Le Président offre, de la part de M. P. Regnaud, U Atharvaveda et la méthode d'interprétation de M. Bloomfield (Paris, 1892, in-8'').
fr L'opuscule de M. Regnaud n'est qu'une sorte d'appendice à son pre- mier volume sur le Rigvéda , dont j'ai précédemment fait hommage en son nom à l'Académie. On ne s'étonnera pas qu'il mérite les mêmes éloges et réclame les mêmes réserves que l'ouvrage principal. Je suis heureux de rendre justice à l'activité, à Tenthousiasme scientifique de M. Regnaud, mais je suis obligé de renouveler, en y insistant, le regret de le voir s'engager de plus en plus dans une illusion que je crois tout à fait dangereuse sur la valeur de la méthode d'interprétation qu'il applique au Véda. AI. Regnaud se figure trop qu'il prouve en abondant dans son propre sens, et qu'il suffit d'opposer à des traductions d'autres traduc- tions inspirées par son système préconçu pour démontrer que les pre- mières sont fausses et que son système est le vrai. C'est une erreur fon- damentale qui ne peut que surprendre chez un savant qui n'ignore pas avec quelle facilité , au moins dans l'état de nos connaissances , les textes védiques se prêtent aux traductions et aux commentaires les plus diver- gents. Je n'entends assurément pas nier que iM. Regnaud expose en plus d'un endroit des observations intéressantes , certaines vues que , pour ma part, je ne serais pas éloigné d'admettre. Quant à son système, dans son ensemble, si énormes que soient les objections auxquelles il se heurte, h mon avis, je ne prétends pas le repousser d'ores et déjà. Mais je vou- drais, dans l'intérêt de nos études et dans l'intérêt de son œuvre scienti- fique, que M. Regnaud se persuadât que, eût-il raison, il ne prend pas, pour nous convaincie, la bonne route. U faudrait des démonstrations; il
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nous apporte des affirmations qui, pour être plus nombreuses, appliquées à un pius grand nombre de cas, n'en sont pas plus démonstratives,
ffLe dernier paragraphe de ce travail est spécialement consacré à établir la relation où il faut concevoir que se trouve la littérature des brahmanas par rapport à la littérature des hymnes. Entre les deux, M. Regnaud admet, avec une grande différence d'antiquité, une sorte de solution de continuité. La question est du plus grand intérêt. Je voudrais ici encore que M. Regnaud ne l'abordât point par un seul cas particulier et qu'il fît abstraction pour l'examiner de ses vues par trop particulières et personnelles sur la traduction des hymnes. Il faut se garder des péti- tions de principe.
ff Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces remarques s'inspirent d'une sym- pathie sincère pour un savant très laborieux, du désir de voir les efforts de M. Regnaud porter tous les fruits qu'il serait permis d'attendx'e de son zèle pour les progrès de l'indianisme. »
SÉANCE DU 27 JANVIER.
Est offert :
La mythologie du Nord éclairée par des inscriptions latines, en Germanie, en Gaule et dans la Bretagne ancienne, des premiers siècles de notre ère. Etudes, par M. Frédéric Sander (Paris, Stockholm, Berlin et Londres, i892,in-8°).
SÉANCE DU 3 FÉVRIER.
Le Secrétaire perpétuel offre à l'Académie, au nom de M. le doc- teur Carton , une brochure intitulée : L'Afrique du Nord devant les civi- lisations anciennes (Lille, 1899, in-8°).
rr L'Académie a déjà eu l'occasion d'apprécier les services que M. le doctem* Carton, médecin major du 19° chasseurs à cheval, a rendus à la science archéologique pendant son séjour en Tunisie, -n
Sont encore offerts :
Albo dei sottoscrittori del busto marmoreo del Comm. G. B. de Bossi e relazione deW inaugurazione faltane nei di xx e xxv aprile M D cccxcii sopra il cimitero di Callisto per festeggiare il settantesimo anno del principe délia sacra archeologia (Rome, 1892, in-4°);
Quelques rois du pays d'Achnounnak, par M. Pognon (in-8°);
Le canton de Chevreuse (départetnent de Seine-et-Oise) , notes topogra- phiques, historiques et archéologiques, par M. L. Morize (Tours, 1892, in-S");
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Documenti di stona pemgina , édités par M. Ariodante Fabretti , cor- respondant de l'Institut, vol. II (Turin, 1892, in-S");
Graniatica de las lenguas zapoteca-serrana y zapoteca del valle, par Fr. Gaspar de iosReyes, e'ditéepar M.Fr. Belmar (Oaxaca, 1891, ia-8°);
Causeries du hesacier. Mélanges pour servir à l'histoire des pays qui forment aujourd'hui le département de l'Oise, par M. le vicomte de Gaix de Saint-Amour (Paris, 189^, in-12);
Arbeiten der Orchon-Expcdilion. Allas der AltertJmmer der Mongolei, publid, sous les auspices de l'Acade'mie impériale des sciences de Saint- Pétersbourg, par M. W. Radloff, correspondant de l'Institut (Saint- Pétersbourg, in-folio);
tAA<i Rj^^ U^T*^ <i ^ty**r!^U^Î c:>U;5AkjC*vi)î par Mohammed es-Se- noussi (compte rendu de son séjour à Paris pendant l'Exposition interna- tionale de 1889, ii-8°)-
M. Delisle présente un volume intitulé : Fragments inédits de Romboudt de Doppere, découverts dans un manuscrit de Jacques de Meyere, publiés par le P. Henri Dussart : Chronique hrugeoise de 1 agi à lâgS (Bruges, 1892, grand m-h").
ff Dans un manuscrit de la bibliothèque de Saint-Omer, auquel on n'avait point attaché d'importance, le P. Dussart a reconnu un recueil de docu- ments que l'annaliste flamand Jacques IVleyer (ou de Meyere) avait formé vers le milieu du xvi' siècle. Il en a donné une analyse sommaire dans un mémoire qui a été présenté en 1 889 h l'Académie. Aujourd'hui le P. Dus- sart pubhe , sous les auspices de la Société d'émulation de Bruges , une édition, savamment annotée, du plus intéressant des morceaux contenus dans le recueil de Meyer : un journal rédigé en latin par Romboudt de Doppere, greffier du chapitre de Saint-Donatien de Bruges, pendant les années 1691-1498. Très précieux pour l'histoire intérieure de la ville de Bruges, ce journal abonde en renseignements sur l'histoire générale de la Flandre et notamment sur les troubles qui désolèrent ce pays dans les dix dernières années du xv° siècle, n
SÉANCE DU 10 FÉVRIER.
Sont offerts :
La légende de sainte Marie-Madeleine , par M. l'abbé Duchesne , membre de l'Institut (Toulouse, 1898, in-8°, extrait des Annales du Midi, t. V, année 1898);
Bombay, i885 to i8go , a sludy in Indian administration, par sir Wil- liam VVilson Hunter (Londres et Bombay, 1892, in-S").
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M. ScHEFER fait honimag'e à rAcaddmie, au nom de M. Gordier, pro- fesseur à l'Ecole des langues orientales vivantes, du premier fascicule du supplément d.? la Bibliolheca Sinica, dictionnaire bibliographique des ou- vrages relatifs à l'empire chinois (Paris, 1898, gr. in-8°).
ffLa Bibliotheca Sinica a obtenu, en 1880, le prix Julien, et depuis cette époque de nombreux ouvrages ayant trait à la Chine ont été' publiés soit en Europe, soit dans l'Extrême-Orient. Ce premier fascicule du supplément nous fait connaître les travaux relatifs à la géographie, à l'histoire naturelle et à l'histoire et nous donne les litres de quelques ou- vrages anciens qui avaient échappé aux recherches de M, Cordier.
ffLe supplément et les index compléteront un ouvrage hautement ap- précié et qui se trouve aujourd'hui entre les mains de tous ceux qui s'occupent de l'étude de la langue, de la httérature et de l'histoire de la Chine, n
M. Barbier de Meynard présente deux ouvrages de la part des auteurs :
1° Les Chroniques deZar'a Ya^eqôb et de Ba'eda Mdryâm, rois d'Ethiopie de ikBà a iùi8 , texte éthiopien et traduction, précédées d'une introduc- tion, par M. Jules Perruchon (Paris, 1890, in-8°, formant le 98° fasci- cule de la Bibliothèque de V Ecole des hautes éludes).
ffLe fragment historique que M. Perruchon a tiré des chroniques éthiopiennes et dont il vient de publier le texte, accompagné de notes et éclaircissements, est emprunté à deux manuscrits, dont l'un, le plus ira- portant, appartient au British Muséum, l'autre à la Bibhothèque natio- nale. Rédigé peu d'années après les faits qu'il relate, ce document est consacré h l'histoire de deux rois , Zara Yaeqob et son fils Baeda Maryam , qui régnèrent sur l'Abyssinie pendant une moitié du xv° siècle. La chro- nique de Zara est particulièrement intéressante en ce qu'elle nous fait connaître l'organisation intérieure du pays, ses institutions politiques et religieuses, qui furent en partie l'œuvre de ce souverain. À la fois impi- toyable dans la répression des tentatives d'insurrection et fidèle observa- teur du cuite superstitieux qui fait le fonds de la religion nationale, Zara établit le pouvoir royal sur des bases solides et donna à l'Abyssinie , qui était alors deux fois grande comme aujourd'hui, une prospérité qu'elle n'a jamais connue depuis. La décadence commence avec le règne de son fils Baeda Maryam, qui n'occupa le trône que pendant dix ans. On sait que les chroniques gheez ne brillent ni par l'ordre et la régularité du récit ni par le souci des dates exactes. Ce n'est donc pas un des moindres mérites de M. Perruchon d'avoir su retrouver, dans cet amalgame de faits désordonnés, la suite régulière des événements et d'en avoir rétabli
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la chronologie avec certitude. L'index des noms propres et des mois amha- riques, une curieuse carte d'Ethiopie dresse'e en 1662 par le père d'Al- meida et un extrait de la relation de ce missionnaire terminent utilement cette estimable publication. On doit savoir gré à l'auteur de continuer avec persistance à re'unir les mate'riaux qui , tôt ou tard , serviront à édi- fier l'histoire gëne'rale de l'Abyssinie depuis sa conversion à la foi chré- tienne jusqu'aux temps modernes. «
9° ffM. Halévy m'a chargé d'oiïrir en son nom, à l'Académie, une revue qu'il vient de fonder sous le titre de Bévue sémitique d'épigraphie et (Vhistoire ancienne (Paris, 1898, in-S").
frCe titre en dit assez pour montrer dans quel champ s'exercera l'ac- tivité de ce savant et de ses collaborateurs. Le premier numéro renferme quelques articles de recherches bibliques, des documents assyriens et éthiopiens et le curieux mémoire sur les deux inscriptions de Zinjirli, dont M. Halévy a donné la primeur à l'Académie. La tentative nouvelle et très désintéressée à laquelle il attache son nom mérite d'être encou- ragée. Nous faisons des vœux pour que cette jeune revue fasse son chemin et obtienne les suffrages du monde savant; nous souhaitons surtout qu'elle sache éviter les polémiques oiseuses et personnelles, qui sont si funestes aux progrès et au bon renom des études orientales, t)
M. Deloche a la parole pour un hommage :
rrj'ai l'honneur d'oiïrir à l'Académie un ouvrage intitulé : Numisma- tique du Béarn (Paris, 1898, 9 vol. in-8''), publié par notre savant con- frère M. Sclîlumberger et M. Adr. Blanchet, attaché au département des médailles de la Bibliothèque nationale. Cet ouvrage coinprend une partie descriptive et une partie historique. La première, due à M. Schlumberger, contient toute la série des monnaies, jetons et médailles, au nombre de 'i3i, gravés pour les souverains du Béarn, depuis le vicomte Gen- tulle, quatrième du nom (milieu du xi' siècle), jusqu'à la fin du règne de Louis XV, roi de France et de Navarre (1774). Ces pièces, restées jusqu'ici éparses et souvent mal reproduites dans de nombreuses publi- cations, ont été, pour la première fois, réunies et classées par notre sa- vant confrère, qui y a ajouté des espèces inédites et les a décrites avec la grande compétence que l'on connaît. Grâce h lui, nous possédons un re- cueil complet et bien ordonné, qui, avec les 17 belles planches qui l'ac- compagnent, est, pour les érudits, une solide et précieuse base d'étude de la numismatique et de l'histoire du Béarn, si intimement liée à celle du royaume de France.
-^La deuxième pariie de l'ouvrage offert, l'histoire monéfaire du Béarn ,
XXI. h
■ M r n m K R I r s a t i o -. * t p .
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est due ;i M. A. Blanchel, dont l'Académie a couronne un excellent livre sur la numismatique du moyen âge. Ce jeune savant a traité, avec une précision et une sagacité dignes d'éloges , les produits des ateliers béarnais. Il expose d'abord l'organisation administi'ative du monnayage, laquelle ne remonte d'ailleurs qu'au premier tiers du xvi' siècle. Sous la haute direction d'un maître générai des monnaies, il y avait, dans chacun des trois ateliers de la province , un maître particulier, assisté de divers offi- ciers ou agents , préposés , les uns à la conduite des travaux , les autres à la police , à la comptabilité du métal à l'entrée , des espèces à la sortie , à l'essayage, etc.; tout ce personnel fonctionnait sous le contrôle delà Chambre des comptes de Pau. M. Blanchet nous donne des listes de ces fonctionnaires pour les trois ateliers, établis, le premier, avant 1088, à Morlàas; le second, en 1 35 1, à Saint-Palais; le troisième, en 162/1, à Pau; et, grâce à un inventaire inédit du matériel de l'officine de Pau, dressé en 1 556, il nous fait connaître le curieux détail de l'outillage d'un hôtel des monnaies à cette époque.
ff A propos du classement chronologique et de la définition des types monétaires, l'auteur a examiné d'intéressantes questions concernant la signification : 1° du mot Pax inscrit sur les espèces frappées à Morlàas au xi' siècle; 2° des mots Honor et Honor forças on forquie Morlacis, mis à la suite de Pax; 3° du S barré, gravé sur des jetons de Jeanne d'Albret, de sa fille Catherine de Bourbon et de Henri II (le roi de France Henri IV).
rrLe mot Pax, où l'on a vu la marque soit d'une intervention épisco- pale, soit d'un traité réglant le bénéfice de la commune dans le mon- nayage, est, suivant M. Blanchet, le rappel de la paix de Dieu, de cette trêoe de Dieu, qui fut accueillie avec tant d'enthousiasme par les popula- tions au xr siècle.
K Honor, qu'on a généralement traduit par bénéfice, et qui a souvent, en effet, cette valeur, désigne, d'après notre auteur, la seigneurie, le domaine, une terre allodiale, et il cite un passage du /or ou charte des libertés du Béarn, où honor d'Acx e de Sole signifie ffla seigneurie de Dax et celle de Soûle n. Je suis porté à penser que les termes Pax et Honor forças Morlacis doivent être étudiés comme parties d'un tout, et prennent alors un sens plus rationnel. Ils signifient, suivant nous, la paix publique et (comme garantie de cette paix) le droit des fourches (patibulaires), c'est-à-dire le droit de haute et basse justice des vicomtes.
ff Quant au S barré gravé sur des jetons et qu'on a interprété de si diverses façons, Adr. de Longpérier y a vu la figuration d'un rébus,
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qui correspondrait à la fermesse d'amour, chantëe par un poète du XVI" siècle. M. Blanchet accepte cette interprétatioa de notre éminent et i-egretté confrère, qu'il appuie d'une autre citation de la charte pré- citée des libertés du Béarn. 11 me semble qu'il y a une explication plus simple à donner du S barré, qui est l'abréviation bien connue de sigiUum, du scel des lettres et actes, qui s'accorde parfaitement avec les nombreux exemples cités par M. Blanchet.
«L'auteur s'occupe ensuite du cours de la monnaie de Béarn, qui, au xm' siècle, était d'un grand usage dans la province d'Auch et dans les pays bordelais, et avait cours au xvi' siècle, du moins partiellement, dans tout le royaume de France, en vertu de lettres et édits royaux.
frLes derniers chapitres sont consacrés h l'étude des médailles, parmi lesquelles il faut citer la magniûque pièce d'or au cavalier, de Gaston de Foix (i/i56-iZi7i), conservée au Cabinet de France, et des curieux je/ons des souverains de Béarn.
(f Celle intéressante monographie est suivie de 5o pièces justificatives, la plupart inédites et tirées des riches archives du département des Basses-Pyi'énées.
(tTei est, dans ses deux parties, l'important et remarquable ouvrage de MM. Schlumberger et Blanchet, un de ceux qui, dans ces derniers temps, ont fourni les meilleures et les plus utiles contributions à la numismatique et à l'histoire monétaire de notre pays.n
SÉANCE DU 17 FÉVRIER.
Sont offerts :
Les Yézidiz. Episodes de l'histoire des adorateurs du diable, par M. J. Menant, membre de l'Institut (Paris, 1892, in-12);
Annales du musée Guimet , tome XXllI : Le Yi-King ou le livre des chan- gements de la dynastie des Tsheou , traduit pour la première fois du chi- nois en français par M. P.-L.-F. Philastre, 2' partie (Paris, 1898, in-6°);
Fontes rerum Austriacarum. OEsterreichische Geschichts-Quellen, her- ausgegeben von der historischen Commission der kaiserlichen Akademie der Wissenschafîen in Wien. 2' Abtheilung. Diplomataria et Acta : tome XLVI, Urkundlichc Nachtràge zur ôsterreichisch-deutschen Geschichle im Zeitalter Kaiser Friedrich III, par M. le docteur Adolf Bachmann ; tome XLVIl, erste Haifto, Die Reise des Papsles Pius VI nach Wien und sein Aiifcnlhah daselbst. Ëin Beitrag zur Geschichle der Beziehuiigen
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Josefs II zur rômischen Curie, par M. le docteur Hanns Schlitler ( Vienne, 1892, 9 vol. in-8°);
Description générale des monnaies mérovingiennes , par M. A. de Belfort, tome III (Paris, 1898, gr. in-8°).
M. Gaston Paris de'pose sur le bureau le volume intitulé : Ecole pra- tique des hautes éludes. Section des sciences historiques et philologiques. An- nuaire i8g3. Calendrier; Documents; Rapports; G. Paris, L'altération romane du c latin (Paris, Imprimerie nationale, in-8°).
«La section des sciences historiques et philologiques de l'Ecole pra- tique des hautes études a résolu de publier un annuaire, qui doit con- tenir, oulre le texte des décrets et arrêtés qui ont institué et précisé son organisation, son règlement intérieur, etc., les rapports des direc- teurs d'études, directeurs adjoints et maîtres de conférences sur le travail de l'année, les rapports des élèves chargés de missions scientifiques en France ou à l'étranger, et divers autres renseignements utiles pour faire connaître l'œuvre qu'elle a déjà accomplie et celle qu'elle se propose d'ac- comphr encore. Le premier de ces annuaires vient de paraître: il rend, rien que par les faits qui y sont rassemblés, un éclatant témoignage à l'activité de la section et aux fruits qu'elle a portés: c'est avec une légi- time satisfaction que, comme président de la section, je le dépose sur le bureau de l'Académie. Je tiens à dire que toute la peine et tout l'hon- neur de la recherche et de la disposition des matériaux de ce premier annuaire, qui doit servir de type aiLx suivants, reviennent à M. E. Châ- telain, secrétaire de la section. En tête de chaque annuaire doit figurer un coiu-t travail scientifique de l'un des membres de la section; le pre- mier s'ouvre par un mémoire du président sur l'alléralion du c latin devante, i dans les langues romanes.»
M. ScHEFER fait hommage à l'Académie, au nom de M. de Maulde-- La-Clavière, d'un ouvrage intitulé : La diplomatie au temps de Machiavel, tomel" (Paris, 1892, in-8°).
rrDans ce premier volume, M. de Maulde traite des généralités du droit international, de l'autorité suprême, du droit naturel, de la paix qui est le principe des rapports entre les peuples et du droit de la guerre. Il définit ensuite l'autorité du pape , qui fut, pendant la période du moyen âge, l'arbitre entre les nations, celle de l'Empereur, aspirant à la monarchie universelle , et celle du roi de France , successeur de Charle- magne et protecteur de la chrétienté.
ffLes chapitres consacrés au pouvoir, à son étendue , au droit d'ambas- sade , aux rapports de fait en l'absence de traités , aux droits de marque
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et de repre'sailles et aux rai>j)oils de souverain à souverain, sont remplis de faits curieux et heureusement mis en lumière. Ceux qui traitent des ambassades temporaires et permanentes, de leur composition, des mis- sions d'apparat et des missions secrètes confiées quelcpieibis à des moines, à des femmes ou à des banquiers n'offrent pas moins d'intérêt. Cette seconde partie du volume, spe'cialement consacrée aux ambassades, est remplie de faits curieux empruntés aux sources ies plus diverses, et elle donne une idée avantageuse des recherches faites par M. de Maulde.
ffLes ouvrages des historiens, les recueils de documents et de dépêches lui ont fourni pour le xiv% le xv° et surtout le xvi" siècle une foule de détails qui donnent du piquant au récit et en soutiennent l'intérêt. Je signalerai surtout tout ce qui a trait à la réception des ambassadeurs, h leur manière de négocier et à leur situation à la cour des princes auprès desquels ils étaient accrédités. M. de Maulde relève aussi certaines erreurs historiques, entre autres celle qui attribue à Louis XI la réorganisation du service des postes. Ce premier volume donne une idée avantageuse du travail considérable entrepris par M. de Maulde et l'on ne peut que sou- haiter de le voir bientôt mené à bonne fin.n
SÉANCE DU ai FÉVRIER.
(Aucun ouvrage n'a été offert dans cette séance.)
Ont encore été offerts :
Annales du commerce extérieur , 1892, fasc. 12; 1898, fasc. 1 (Paris, in-S");
Anniles du musée Guimet : Revue de l'histoire des religions, t. XXVI, n" 2 et 3 (Paris, 1892, in-S");
Architectural record (The), vol. Il, n" 3 (New York, 1898, in-8°);
Archiofur ôslerreichische Geschichle, vol. LXXVIII, 1" moitié (Vienne, 1892, in-S");
Archivio délia Società romana di storia patria, vol. XV, fasc. 3-/i (Rome, 1892, in-8°) ;
Atli délia R. Accademia dei Lincei , classe di scienze morali, storiche c jilologiche, vol. X, septembre 1892 (Rome, in-/i°);
Aui délia Società di archeologia c belle arti per la provincia di Torino, vol. V(Tunti, 1892, in-8°);
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Biblioteca nationale centrale di Firenze. Uolletlino délie pubblicazioni italiane , n"" 16S-171 (Fiorence, 1899-1890, in-8°);
Bulletin d'histoire ecclésiastique et d' archéologie religieuse des diocèses de Valence, Gap, Grenoble et FîWers , janvier-décembre 1892 (in-S");
Bulletin de la Commission archéologique de Narbonne, 1898, 1" se- mestre (Nnrbonne, in-8°j;
Bulletin international de l'Académie des sciences de Cracovie, décembre 1892 (Cracovie, in-8°) ;
Bullettino di archeologia cristiana, publié par le commandeur de Rossi , 3' année, n" 1 et 2 (Rome, 1892, in-8°);
Ecole française de Rome. Mélanges d'archéologie et d'histoire, 1 2' année , fasc. 6-5 (Paris et Rome, 1892, in-8°);
Numismalisclier Verlcehr. Ein Verzeichniss verkànflicher und zum An- Icauf gesuchter Miinzen, Medaillen, Biicher, etc., herausgegeben von C. G. Tbieme, XXXI' année, n" 1 et 2 (Leipzig, 1898, in-Zi");
Proceedings of the Society of Biblical archœology , vol. XV, n°' 2 et 3 (Londres, 1892-1898 , in-8°);
Rendiconli délia Reale Accademia dci Lincei , classe di scienze morali , storiche e jllologiche , vol. I, fasc. 10, 11 (Rome, 1899, in-8°);
Revue africaine, n" 207 (Alger, 1892, in-8");
Revue archéologique , novembre-décembre 1892 (Paris, in-8'');
Revue d'eaégèse mythologique, rédigée par M. l' abbé Fourrière , 2' an- née, n° 5 (Amiens, 1898, in-8°);
Revue de la science notivelle , n"' 63, 66 (Paris, 1898, in-Zi");
Revue des études juives , t. XXV, n° 69 (Paris, 1892', in-8'');
Revue des questions historiques, loS" livraison (Paris, 1898, in-S");
Sitzungsberichte der kaiserlichen Akademie der Wissensclmften. Pliilo- sophisch-hisiorische Classe, vol. CXXVl ,. année 1892 (Vienne, 1892, ir.-8°);
Société des antiquaires de la Morinie. Bulletin historique, 168° livraison (Saint-Omer, 1892, in-8'');
Viestnik hrvalskoga arkeologickoga druitva, ik' année, n" k (Agram, i892,in-8°).
►
COMPTES RENDUS DES SEANCES
DE
L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS
ET BELLES-LETTRES PENDANT L'ANNÉE 1893.
COMPTES RENDUS DES SEANCES. MARS- AVRIL.
PRÉSIDENCE DE M. E. SENART.
SÉANCE DU 3 MARS.
L'Académie se forme en comité' secret,
La séance étant redevenue publique, le Président invite l'Aca- démie à procéder à l'élection d'un membre ordinaire, en rempla- cement de M. Siméon Luce, décédé.
l\ lit les articles du règlement relatifs à l'élection d'un membre ordinaire et rappelle les noms des quatre candidats, MM. Beau- Icmps-Beaupré, Courajod , Louis Havet et Eugène Miintz.
Le scrutin est ouvert.
Il y a 33 votants; majorité 17.
Au premier tour de scrutin, M. Courajod obtient 12 sufl'rages; MM. Havet et Miintz, cliacun 10; M. Beautemps-Bcaupré, j.
Au deuxième tour de sciutin, M. Mùiitz obtient 19 suffrages; M. Courajod, 1 1 ; M. Havet, 10.
Au troisième tour de scrutin, M. Mùntz obtient 1 5 suffrages; M. Havet, 10; M. Courajod, 8.
Au quatrième lour de scrutin, M. Mùiitz oblient 17 suffrages; M, Havet, 16; M. Courajod, 2.
\\\. 5
I ur :tiMr-F.ir MTiu.tiLE.
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Eu conséquence, M. Eugène Mûntz, ayant obtenu la majorité absolue des suffrages, est proclamé élu. Sou élection sera soumise à l'approbation de M. le Président de la République.
L'ordre du jour appelle ensuite la nomination d'une commis- sion qui sera chargée de présenter des candidats au prix biennal.
Le Président rappelle que cette commission doit être com- posée de huit rnembres.
Sont désignés : MM. Ravaisson, Delisle, le marquis de Vogué, de Rozière, Jules Girard, Heuzey, Gaston Paris, Rarbier de Mey- uard.
M. RoissiER communique une note de M. Diehl, professeur à la Faculté des lettres de Nancy, sur l'emplacement de la ville rojuaine de Lamiggiga en Numidie (^^.
M. Diehl rend compte d'une inscription découverte au village deSériana (Algérie), qui permet de déterminer le nom que por- tait cette localité dans l'antiquité. Elle s'appelait Lamiggiga et lormait une station de la route de Lambèse à Sétif.
M. Halévy fait une lecture sur les monuments de Zindjiili, dont les fac-similés viennent de paraître dans la grande publi- cation du musée de Rerlin.
R donne une traduction plus complète que celle qu'il a lue à l'Académie au mois d'août de l'an dernier.
Il s'attache à démontrer, par de nouvelles preuves, que la langue des deux grandes inscriptions appartient aux Hittites ou Héléens et n'est pas un dialecte arauiéen, comme l'affirme l'orien- taliste allemand qui a traduit le moins ancien de ces textes.
Mais l'intérêt principal de la plus ancienne inscription, selon lui, c'est qu'elle fournit pour la première fois et dans des termes d'une clarté parfaite la preuve de la croyance des Sémites de la Syrie du ix^ siècle avant notre ère à l'immortalité de l'âme et aux récompenses d'outre tombe.
Le roi Panammou l" adjure ses descendants de lui vouer une libation à l'occasion du festin de leur intronisation, lorsqu'ils auront fait les sacrifices usuels en l'honneur du dieu Hadad :
(•) Voir aux Communicatioiss, ii° III (p. 70-79).
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Quand on aura prononce mon nom, dit-il, et récité la formule: ff L'âme de Panammou boira avec toi», alors l'âme de Panammou boira avec toi; mais celui qui négligera cette cérémonie funéraire verra son sacrifice repoussé par Hadad, et l'âme de Panammou boira avec Hadad seul.
Cette grave question relative à l'immortalité de l'âme chez les peuples sémitiques est donc, dit iM. Halévy, définitivement résolue dans le sens affirmatif , comme l'a toujours soutenu l'auteur de la communication.
SEANCE DU 10 MARS.
Le Secrétaire perpétuel donne lecture de l'ampliation d'un décret en date du 8 mars, par lequel le Président de la Répu- blique a approuvé l'élection de M. Eugène Mûntz, en remplace- ment de M. Siméon Luce, décédé.
Le Secrétaire perpétuel introduit M. Mûntz et le présente à l'Académie.
Le PRÉsmEiNT invite M. Mûntz à prendre place parmi ses con- frères.
M. Geffroy, directeur de l'Ecole française de Rome, adresse au Président de l'Académie diverses nouvelles intéressant l'his- toire et l'archéologie ^'l
M. Casali, conseiller honoraire à la Cour d'appel de Paris, adresse à l'Académie le mémoire de M. Giacomo Roni, intitulé : // le.one di San Marco [hronzo venezïano del milleduecento) [Rome, 1899, in-/i°, extrait de YArchivio storico deW Arte\ , avec une lettre dans laquelle il combat les conclusions de ce travail. Contre l'opi- nion de M. Roni, qui voit dans le lion de Saint-Marc, à Venise, une œuvre du xii" siècle, il allègue :
1° La composition du métal : le bronze du moyen âge, par exemple celui du dôme d'Orvieto, contient généralement \ ou \ de plomb; celui du lion de Venise est de cuivre avec i5 p. 100 d'étaiu ;
^'' Voir aux (Iommunications, n" IV (p. 79-Hi ).
5.
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2" Le style du inonument, bien éloigné, selon lui, de Tari du moyen âge;
3° L'absence de toute mention historique, relative à la fabri- cation de ce lion, dans les archives de Venise et dans celles des autres villes d'Italie.
M. Casati maintient les raisons qu'il a fait valoir devant l'Aca- démie pour assigner au célèbre monument de la Piazzetla de Ve- nise une origine étrusque.
M. ScHLUMBERGER commuuique à l'Académie un ivoire chrétien fort ancien qui vient d'être acquis par le Musée du Louvj-e.
cr C'est certainement, dit notre confrère, une des pièces les plus curieuses de celte série dans notre Musée national. La face antérieure, sculptée, représente un apôtre prêchant au milieu d'une foule d'auditeurs vêtus de costumes analogues à ceux des [)ersonnages des mosaïques de Ravenne. Il s'agit peut-être de saint Paul prêchant aux gentils. Les auditeurs sont groupés sous la porte d'une ville dont les monuments, de forme très diverse, sont figurés en relief, peuplés de petits spectateurs qui, penchés aux fenêtres et aux balcons, écoutent eux aussi ki parole du pré- dicateur. La disposition très particulière des édifices, l'irrégula- rité voulue avec laquelle ils se dressent les uns à côté des autres, la variété très caractérisée de leurs formes, la présence d'un vasle portique semi-circulaire central, tout indique qu'on a voulu re- présenter une ville déterminée et probablement très connue. »
M. l'abbé Duchesne fait observer que, parmi les scènes de la prédication de saint Paul, deux, celle de Troade et celle d'Ico- nium, pourraient avoir fourni quelque chose à l'artiste. La pre- mière, connue par le livre des Actes, contient l'épisode d'un jeune homme qui s'endort près d'une fenêtre et tombe sur le sol; or, à droite de l'ivoire, on voit une figure d'homme qui a la moi- tié du corps en dehors d'une fenêtre. L'autre scène est celle de sainte Thècle : d'après sa légende, Thècle, jeune fille d'iconium, écoule de sa fenêtre l'apôtre qui prêche dans une maison voisine; elle est tellement absorbée par l'éloquence de Paul que sa mère ne parvient pas à l'arracher de la fenêtre. Ces deux personnages, la mère et la fille, se retrouveraie l aisément dans les deux
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figures qui font pendant à celle dont il vient d'être parlé. Il va de soi, ajoute notre confrère, que ceci n'est qu'une conjecture.
L'Académie se forme en comité secret pour entendre le rap- port de la Commission du prix de numismatique.
La séance étant redevenue publique, le Président annonce que le prix Allier de Hauteroclie (numismatique ancienne) est décerné à M. Ernest Babelon, pour le dernier volume de son ouvrage in- titulé : Catalogue des monnaies grecques de la Bibliothèque 7iatio)iale.
M. le comte de Mas Latrie termine la lecture de son mémoire sur l'emploi du poison politi(|ue dans l'ancienne république de Venise.
Ce travail est fait sur les procès-verbaux mêmes des inquisi- teurs d'Etat dans le Conseil des Dix.
Les premiers documents écrits, encore subsistants, qui con- statent l'usage du poison, sont de la fin du xv^ siècle. Extrêmement fréquente au xvi"" siècle, cette pratique est usitée encore au xvii^ Enfin pn en trouve des exemples de plus en plus rares au xviii" siècle. Les derniers connus sont de 1729 et 1776.
Ont été l'objet de décrets d'empoisonnement :
Deux rois de France, Charles VIII et Louis XII;
Deux empereurs, Sigismond et Maximilien P"";
Un évêque dalmate;
Trois empereurs turcs, Mahomet II, Bajazeth II et Sélim II;
Sept ou huit vizirs;
Le connétable de Bourbon ;
Le duc de Mantoue, Jean-François Gonzague;
Alphonse, duc de Calabre;
Le comte Louis del Verme;
Le comte .lérôme Riario, neveu de Sixte IV;
Le cardinal de Gurk;
Le comte de Bonneval;
Le comte Jean de Politza;
Beaucoup de prisonniers, de bandits ou bannis, etc.
M. Clermont-GaniNeal commence une communication sur le passage du Jourdain à pied sec par les Israélites.
Il établit que la tradition de l'inlerruptiou soudaine et mira-
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culeuse du cours du Jourdain en pleine crue, qui figure dans le livre de Josué, repose probablement sur Tobservation d'un pbé- nomène naturel, auquel le Jourdain paraît sujet, et dont un exemple certain est rapporte' par le chroniqueur arabe Nowairi. En l'an 1 267 de notre ère, pendant une crue du Jourdain, l'ébou- lemenl d'un monticule qui surplombait le fleuve arrêta totalement durant quatre heures l'écoulement des eaux, et l'on put en pro- fiter pour re'parer les piles d'un pont récemment construit par ordre du sultan Beibars, alors régnant. Ce pont, dont les ruines subsistent, était situé entre Dàmié et Qarawâ, à une trentaine de kilomètres au nord de Jéricho.
M. Philippe Berger commence une communication sur les tatouages tunisiens.
SÉANCE DU 17 MARS.
M. le comte de Mas Latrie est désigné pour lire à la prochaine séance (rimestrielle de l'Institut son mémoire sur remploi du poison polilitjue dans rancienne république de Venise.
M. Gaston Paris fait une communication sur les faits épigra- phiques ou paléographiques allégués en preuve d'une altération ancienne du c latin (^'.
Il montre que tous les faits de ce genre, allégués pour établir que cette altération se serait produite , en Gaule , avant le vu" siècle , sont controuvés.
M. Bréal fait remarquer que de ces observations il ressort seulement que le c et Xs ont pris une prononciation semblable aux environs du vi" ou du vif siècle; mais non que le c avait la prononciation d'un h devant e ou i. Le c s'étant altéré en osque et en ombrien, il serait surprenant que le latin l'eût conservé à l'état de parfaite intégrité. Il y a, eu effet, beaucoup de degrés intermédiaires entre KINEREM et le français cendre.
M. Gaston Paris estime que le latin a pu, quoique très voisin géographiquement de l'osque et de l'ombrien, se comporter autre-
'1' Voir aux Communications, n" V (p. 81-96).
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ment que ces deux langues. Le français moderne possède, dans les mots qui, quel, cœur, etc., un son identique à celui du c latin devant e, i. Certains dialectes, et parmi eux notre langue litté- raire, ont conservé ce son intact, d'autres Font déjà altéré. On ne doit donc pas, en phonétique, conclure par analogie d'une région à une autre.
M. HÉRON DE ViLLEFOSSE présente à TAcadémie deux fragments d'inscription provenant d'Orange et qui offrent un intérêt de pre- mier ordre.
Ils appartiennent à un parcellaire cadastral de la colonie, à la fois descriptif et figuré; c'est un document épigraphique absolu- ment unique. Ces fragments reviennent de Berlin. Ils avaient été achetés, il y a quelques années, à Orange, par un des corres- pondants de notre Académie, M. le professeur Otto Hirschfi^ld, qui, après les avoir publiés et expliqués dans le tome XII du Corpus latin, a chargé M. Héron de Villefosse de les offrir en son nom au Musée de Saint-Germain-en-Laye. M. Otto Hirsch- feld a pensé avec raison que leur place était marquée dans le Musée de nos antiquités nationales. L'Académie reconnaîtra cer- tainement cette délicate pensée en adressant au donateur ses félicitations et ses remerciements.
Un passage d'Hygin relatif à l'établissement d'une colonie et à la division du terrain à distribuer a fourni l'explication de ce document. On retrouve dans Hygin les mêmes formules que sur les fragments d'Orange. Nous avons là une centurie complète avec les noms des trois propriétaires du terrain, tout à fait comme l'indique l'agronome romain. Après les noms se trouve l'indica- tion des parcelles du terrain qui appartiennent à chacun. Un troisième fragment du même texte, s'appliquant exactement à côté des deux premiers, appartient aujourd'hui à un habitant de Nîmes, M. Estève. Il serait à souhaiter que ce troisième frag- ment prît également le chemin du Musée de Saint-Germain-en- Laye, ou qu'il y fût au moins représenté par un moulage.
M. Barth commence une communication sur deux inscriptions rapportées récemment de Siam par M. Fournereati.
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SÉANCE DU 9^ MARS.
Le Président annonce qu'en raison du vendredi saint la pro- chaine séance sera, selon l'usage, avancée au mercredi 29 mars.
Le Ministre de l'instruction publique informe l'Académie que les chaires de langues et littératures hébraïques, chaldaïques et svriaques, de langues et littératures chinoises et tartares-mand- choues et de langues et littératures d'origine germanique sont vacantes au Collège de France, et il invite la Compagnie à s'oc- cuper, dans l'une de ses prochaines séances, de la désignation de deux candidats à chacune de ces trois chaires.
Le Ministre adresse en même temps à l'Académie l'extrait du procès-verbal de la séance dans laquelle l'assemblée des profes- seurs du Collège de France a présenté comme candidats :
1° A la chaire de langues et littératures hébraïques, chal- daïques et syriaques : en première ligne, M. Philippe Berger; en seconde ligne, M. Maurice Verne»;
9° A la chaire de langues et littératures chinoises et tartares- mandchoues : en pienùère ligne, M. Chavannes; on seconde ligne, M. Specht;
3° A la chaire de langues et littératures d'origine germanique : en première ligne, M. Chuquet; en seconde ligne, M. Angellier.
L'Académie procédera aux présentations dans sa prochaine séance.
M. Patrocle Campanakis, architecte à Constantinople, adresse à l'Académie un mémoire sur la communication des deux mondes par VAtlantis , dans l'époque préhistorique.
Ce mémoire et le tableau photographique qui l'accompagne sont renvoyés à l'examen de M. Hamy.
L'Académie se forme en comité secret.
La séance étant redevenue publique, M. Clermont-Ganneau continue la lecture de son étude sur le régime des eaux du Jour- dain, les perturbations auxquelles il est sujet et le passage de ce lleuve à pied sec par les Israélites, rapporté dans le livre de Josué.
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M. Barth continue la lecture de sa note sur deux inscriptions rappoite'es re'cemment de Siam par M. Fournereau.
SÉANCE DU 29 MARS. (Séance avancée au mercredi, à cause du vendredi saint.)
M. Geffroy, dij*ecteur de l'Ecole française de Rome, adresse au Président de rAcadétnie des nouvelles arche'ologiques ^^K
L'Académie se forme en comité secret.
La séance étant redevenue publique, l'Académie procède à la désignation des candidats aux trois chaires vacantes au Collège de France.
Sont désignés :
1° Pour la chaire de langues et littératures hébraïques, chal- daïques et syriaques :
En première ligne, M. Philippe Bergc»r, par 82 suffrages; il y a un bulletin blanc;
En seconde ligne, M. Vernes, par 26 suffrages, contre 1 donné à M. Specht et k bulletins blancs;
2° Pour la chaire de langues et littératures chinoises et tar- tares-mandchoues :
En première ligne, M. Chavannes, par 29 suffrages, contre h donnés à M. Specht;
En seconde ligne, M. Specht, par 29 suffrages, contre 1 bulle- tin blanc;
3° Pour la chaire de langues et littératures d'origine germa- nique :
En première ligne, M. Chuquet, par 27 suffrages, contre 1 donné à M. Joret;
En seconde ligne, M. Angellier, par 20 suffrages, contre k donnés à M. Joret et un bulletin blanc.
^L Héron de Villefosse communique à l'Académie :
1" Un rapport sur deux fragments de bricjues tumulaires de
(') Voir aux Communications, n° VI (p. 9^1).
t
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l'époque romaine, qui ont été trouve's à l'arsenal de Toulon et dont la photographie a e'te' envoyée à l'Académie par M. Zûrcher, ingénieur des ponts et chaussées (^';
2° Une note sur une seconde inscription de Garthage men- tionnant le proconsulat de Symmaque, inscription dont la copie lui a été envoyée par le R. P. Delattre, notre correspondant''^'.
M. Barth termine la lecture de ses observations sur deux in- scriptions rapportées récemment de Siam par M. Fournereau.
L'une est en sanscrit et, bien que conservée actuellement à Bangkok, provient d'un ancien sanctuaire de la vallée supérieure du Ménam, le Vât Mahyeng ou Prapathom. Elle n'est pas datée, mais elle doit remonter au viii^ siècle de notre ère. C'est la plus ancienne inscription nettement bouddhique que nous ait fournie jusqu'à présent cette région. Bien que très mutilée, elle donne quelques informations intéressantes sur le bouddhisme tout sanscrit qui a précédé, dans ce pays comme dans le reste de la péninsule, le bouddhisme à canon pâli qui y domine maintenant. Elle permet aussi d'élucider un point douteux de l'archéologie religieuse du royaume de Campa.
L'autre inscription est en langue pâli et appartient par consé- quent à la période moderne du bouddhisme indo-chinois. Comme la première, elle est conservée maintenant à Bangkok, mais pro- vient, elle aussi, de la vallée supérieure du Ménam, de l'ancienne ville de Sukhodaya. Elle est gravée sur une énorme dalle de pierre, au-dessous d'une image des pieds sacrés du Bouddha, et elle relate la consécration de cette image par un mahâthera du nom de Çrimedhankara, sous les auspices d'un roi Mahâdhar- marâjâdhirâja, le jeudi ii avril 1^26 après J.-C. L'inscription prétend que l'image est la copie exacte de la célèbre empreinte du Pied sacré au sommet du Pic d'Adam, dans l'ile de Ceylan; mais l'assertion n'est certainement pas à prendre à la letire. L'alphabet avec lequel elle est écrite est remarquable par son caractère archaïque.
f Voir aux Communications, n" VII (p. 95-99). '^) Voir an\ Co>niuMr,ATioNS, n" VIII (p. 99-101).
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Le transport de ces monuments du haut pays à Bangkok n'est pas un fait absolument isole' et ne paraît pas dû à une influence d'Europe, Les Siamois ne sont pas des barbares. Ils s'est toujours rencontre' parmi eux des individus éclairés, qui ont eu le respect du passé et se sont appliqués à en sauver les débris. Qi'elqi'es- uns de leurs palais et de leurs temples rappellent de loin nos musées.
M. Charles Chipiez fait une communication sur les origines de l'architecture dorique.
Les Grecs ont-ils créé de toutes pièces l'architecture dorique"? Ou bien les formes de cette architecture leur ont-elles été trans- mises par d'autres peuples? Ces deux systèmes ont été soutenus tour à tour, sans qu'aucune preuve décisive ait permis de tran- cher la question.
Les découvertes de Schliemann, à Hissarlik, à Tirynthe et à Mycènes, permettent à M. Chipiez de montrer que toutes les formes élémentaires de l'architecture dorique existaient, avec un caractère national, dans les édifices de ces antiques cités.
C'est, en effet, le frontispice des palais pré-homériques que les Grecs ont imité, on peut même dire copié, plus tard, dans les temples doriques.
Avec des proportions différentes, l'entablement du plus ancien de ces temples reproduit membre pour membre, forn)e pour forme, l'entablement en bois des palais mycéniens.
SEANCE DU 7 AVRIL.
M. Antonio Vazquez Queipo, sénateur à vie du royaume d'Es- pagne, annonce à l'Académie la mort de son père, don Vicenle Vazquez Queipo, conespondant de l'Institut.
Le Président exprime, au nom de la Compagnie, des regrets que le Secrétaire perpétuel transmettra au fils de notre ancien correspondant.
M. le comte de Lasteyrie fait la seconde lecture de son mé- moire intitulé : De V origine des haailirjues chrétiennes.
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Au sujet de cette lecture, M. Tabbe' Dughksne dit qu'il y avait beaucoup d'analogie entre les synagogues et les e'glises chré- tiennes; c'étaient des lieux d'assemblée. 11 n'y avait pas d'autel comme dans nos églises; mais il y avait une estrade ou du moins un ambon pour la lecture des Ecritures.
M. Derenbourg confirme ce que dit M. l'abbé Duchesne sur les synagogues.
M. BoissiER fait observer que les premières églises chrétiennes étaient des lieux de réunion privée et qu'il n'y a pas lieu d'en chercher le modèle dans les synagogues.
M. le comte de Lasteyrie répond qu'il n'avait pas cru devoir insister sur cette comparaison. Depuis que les Anglais ont fait des explorations en Palestine, on a trouvé les restes de beau- coup de synagogues : le plan en est sensiblement différent de celui des basiliques chrétiennes.
M. MiJNTZ dit que fappropriatiou des tom[)les anciens en églises chrétiennes a eu lieu, dans les provinces, plus souvent et plus tôt qu'à Rome même.
M. le comte de Lasteyrie ajoute que le type de nos églises n'était point arrêté avant le v*" siècle.
M. Philippe Fabia, chargé de cours à la Faculté des lettres de Lyon, lait une communication sur le consulat de Tacite.
D'après l'opinion traditionnelle, le célèbre historien fut consul en 97, sous Nerva. M. Asbach a cru trouver, dans un passage du Panégyrique de Trajan, la preuve qu'il obtint cette magistrature seulement en 98, sous Trajan. M. Fabia, reprenant et complé- tant fargumeutation de M. Klebs en faveur de la tradition, montre que ce passage du Panégjjrique ne nous oblige nullement à rejeter la date de 97, et qu'un autre texte de Pline le Jeune, la lettre sur la mort de Verginius Rufus, nous oblige au contraire à l'adopter.
M. fabbé Duchesne lit une étude sur la Vie de sainte Geneviève de Paris.
La vie de sainte Geneviève a été récemment soumise Ji une critique très sévère par iVL Bruno Krusch, chargé d'éditer dans les Monnmenta Gennaniae les vies des saints mérovingiens. Ce savant
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y voit un faux du temps de Charlemagne. M. Tabbé Ducbesne a repris la question après lui; il soumet à TAcade'mie ses conclu- sions, qui diffèrent beaucoup de celles du savant allemand.
En ce qui regarde le classement des manuscrits, il s'en tient à celui que M. Kohler a e'tabli pour son e'dition, dans la Biblio- thèque de rÉcole des hautes études (/iS" fascicule), sans contester que le texte préféré par M. Kohler ait subi beaucoup de retouches grammaticales. M. Krusch croit que le biographe, qui dit écrire vers Tannée 620, dépend de Fortunat, de Grégoire de Tours et d auteurs encore moins anciens; M. Tabbé Ducbesne montre que cette dépendance n'est nullement établie et que les auteurs dont s'est aidé le biographe sont tous antérieurs au vi'= siècle. Il entre ensuite dans la discussion des faits rapportés et conclut qu'aucun d'eux n'est en désaccord avec les usages du v" siècle; que des préoccupations du narrateur et de sa façon de raconter il ne ré- sulte aucune objection contre la date qu'il s'attribue. L'auteur est bien un contemporain de Childebert i" et non un faussaire des temps carolingiens. Il n'y a pas de raison de lui attribuer moins de créance qu'avant les recherches de M. Krusch.
SÉANCE DU 1 4 AVRIL.
Le Secrétaire PEKPÉTUEL donne lecture d'une lettre de M'"'' veuve Meissonier qui invite les membres de l'Institut à visiter l'exposi- tion des bronzes et œuvres d'art de noire illustre confrère, à l'École des beaux-arts, le i5 avril, de 2 heures à 5 heures.
^L SciiLUMBERGER présente à l'Académie un poli/candilon de bronze, byzantin, qui vient d'être offert au Musée du Louvn; par M. Sorlin-Dorigiiy, de Constantinople. C'est un disque de bronze absolument plat percé de buit trous dans lesquels étaienl fichés autant de cierges. Celte sorte de lampe à plusieurs lu- mières, munie d'une triple cliaine de suspension, porte une in- scription votive qui peut se traduire ainsi : Seigneur, souviens-ioi de ton serviteur Abraham, fds de Constantin. Les historiens byzan- tins font souvent mention de ces poli/candlla ou lustres à plu-
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sieurs lumières en forme de couronnes des églises de Conslanti- nople; les uns étaient d'or, les autres d'argent, souvent d'un poids très considérable et à lumières très nombreuses. D'autres, plus modestes, étaient de bronze, comme celui qui vient d'être donné au Louvre. Le chevalier picard Robert de Ciary dans sa Prise de Constaniinople parle aussi de ces curieuses lampes d'argent de Sainte-Sophie, qu'il nomme des tflampiers^.
i\I. Deloghe communique un mémoire oij il étudie la signifi- cation des mots pax et honor sur les monnaies des vicomtes de Béarn et de r*S barrée gravée sur des jetons de ces dynastes.
M. Deloche fait remarquer que les termes fax et honor, faisant partie d'une même légende monétaire, doivent être étudiés en- semble comme lies par une relation directe et étroite. Le sens àlionor est celui de rr droit seigneurial ^i; suivi de forças, ce mot d(!signe le rr droit aux fourchi^s patibulaires '7, c'est-à-dire de haute justice criminelle. Pax a la signification de tcpaix sociale-ii, d'ordre matériel, dont le droit de répression des vicomtes est la garantie. L'idée de pax, ayant le sens de f? trêve de Dieu w , ne s'ac- corderait pas avec le rappel du pouvoir de justicier; car la sanc- tion de cette trêve était essentiellement dans les peines cano- niques.
Quant à YS barrée, oiî l'on a vu un rébus dont le vieux mot français /ermesse serait le mot, M. Deloche rappelle que ce carac- tère a toujours eu au moyen âge et jusque dans le xvii* siècle la valeur bien connue de l'abréviation de sigiUum. Il était employé pour exprimer l'action de sceller un engagement d'affection ou autre, ou une correspondance dans laquelle un engagement était consigné ou rappelé.
M. Ravaisson annonce qu'il croit avoir trouvé des preuves que l'original du précieux portrait de Pisanello qui a été acquis ré- cemment par le Musée du Louvre n'est pas, comme l'a avancé d'abord M. Venturi, qui a publié ce portrait, une princesse de la maison d'Esté, mais bien une princesse de la maison de Gon- zague, Cécilia, l'une des filles du premier marquis de Mantoue, déjà représentée par Pisanello dans un de ses plus beaux médail- lons, et qui fut une des femmes les plus célèbres du xv*" siècle.
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M. Delisle communi({ue, de la part de M. Charles de Beau- repaire, notre correspondant à Rouen, deux mandements ine'- dits de Henri IV relatifs à un éléphant amené des Indes à Dieppe.
Ces documents témoignent du goût de Henri IV pour les ani- maux rares et de provenance lointaine. Par le premier, daté du camp devant Noyon, le 29 juillet 1691, le roi ordonne aux tré- soriers généraux de Rouen de faire marché avec une personne qui s'entende à fftraicter, nourrir et gouvernen^i Téléphant et de pourvoir aux dépenses de l'animal et du gardien. Par le second, donné au camp de Provins, le h septembre 1692, il saisit une occasion de n'avoir plus cette dépense à sa charge, tout en fai- sant une gracieuseté à sa rhonne seur^ Élisaheth, reine d'An- gleterre : il donne des instructions au gouverneur de Dieppe pour que la bête, gardée en celte vdle, soit mise à la disposition de la reine.
Cette communication fournit à M. Delisle l'occasion de rap- peler d'autres occasions qu'eurent nos pères de voir des éié- |»liants. En 802 , le khalife Haroûn ar-Rachid fît présent à Char- lemagne d'un éléphant nommé Abou'l-Abbâs. La mort de cet animal, huit ans plus tard (810), a été notée par les chroni- (jueurs du temps. Vers i255, un éléphant fut donné par saint Louis au roi d'Angleterre Henri III; il excita la curiosité de la population anglaise, qui se pressait pour le contempler. Sous Louis XIII, un éléphant fut amené à deux reprises en France, en 1G2G et en i63i. Au second voyage, Peiresc, dont la curio- sité était très éveillée sur ce point comme sur tant d'autres, dé- termina le maître de l'animal à s'arrêter trois jours à sa maison de campagne de Belgencier et en profita pour l'examiner avec grand soin. En étudiant la configuration de la mâchoire, il re- connut qu'une dent qui lui avait été envoyée d'Afri(]ue, et qu'on disait avoir été trouvée dans la sépulture d'un prétendu géant Theutobochus, sur la côte tunisienne, n'était autre chose qu'une dent d'éléphant.
M. G. ScDLUMBERGER dit qu'uu autiquairc lui a écrit qu'il pos- sédait un liai'd à l'effigie de Henri IV, portant pour dillérent un
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éléphant, diflëreiit inconnu jus(}irici. Ce pourrait être une allu- sion à re'ie'phunt de Dieppe. Ce pourrait bien être aussi une simple vache de Be'arn mal exe'cutée.
M. Julien Havet continue la lecture du second mémoire de M. Robiou sur l'étal religieux de la Grèce el de VOr'ient au siècle d'A lexandre.
SEANCE DU '}.\ AVRIL.
M. Daumet, membre de l'Institut, président de la Société cen- trale des architectes, écrit au Secrétaire perpétuel pour le priei' de lui l'aire connaître le nom du jnembre de TEcole française d'Athènes ou de celle de Rome à qui devra être décernée la mé- daille que la Société accorde fous les ans pour travaux archéo- logiques.
La Commission des Écoles IVançaiscs d'Athènes et de Rome présentera un candidat dans la prochaine séance.
M. Geffroy, directeur de l'École française de Rome, adresse au Président de l'Académie diverses nouvelles archéologiques '•'.
M. Philippe Berger prend occasion de la communication de M. Delisle, à la dernière séance, sur l'éléphant du roi Henri IV, pour communiquer une Note sur un sqtielette de baleine conservé à Cartilage '-' .
M. le comte de Lasteyrie termine la seconde lectuie de son mémoire sur les basiliques chrétiennes.
M. le comte de Lasteyrie communique ensuite une note de M. Lex, archiviste de Saône-et-Loire, sur une mosaïque ro- maine découverte à Flacé-lez-Màcon. Il fait ressortir l'importance de celle découverte et l'intérêt des détails communiqués par M. Lex (3).
M. Philippe Berger achève sa communication sur les tatouages tmiisievs, à propos des tatouages recueillis par M. le D"^ Vercoutre.
î'' Voir aux Communications, n° IX (p. iofî-io3). '■) Voir aux Commukications, ii" X (p. io/i-io5). (^' Voir aux Commuinicatio>s, n° XI (p. 100-107).
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M. Vercoutre, suivant en cela ie D'Bertliolon, a reconnu dans le motif le plus fréquent des tatouages de bras ou de jambes des indigènes tunisiens une ancienne figure divine, dont le sens s'est perdu et qui est reproduite traditionnellement par des artistes indigènes. M. Vercoutre croit retrouver dans cette figure divine l'image conique de la déesse Tanit, si fre'quente sur les monu- ments puniques.
M. Berger met sous les yeux des membres de TAcade'mie un certain nombre de ces tatouages et il étudie les altérations sous rintîuence desquelles la figure tantôt se réduit jusquà n être plus qu une fleur de lis ou une croix, tantôt se développe en orne- ments de plus en plus capricieux. Il montre comment, dès l'an- tiquité, l'image conique de Tanit avait éprouvé des modifications qui peuvent, jusqu'à un certain point, expliquer les altérations qu'elle aurait subies sur les bras et les jambes des Tunisiens.
M. Clekimont-Ga-nneau commence une lecture sur les inscrip- tions de Gaza et sur le calendrier et fère de cette ville.
SÉANCE DU 28 AVniL.
M. Bonn AT, membre de l'Institut, président de la Société des artistes français, informe le secrétaire perpétuel que le Conseil d'administration de cette Société a décidé que, comme les années précédentes, MiVI. les membres de l'inslilut pouri'ont entrer au Salon de cette année sur la présentation de leur médaille.
Les remerciements de l'Académie seront adressés à M. Bonnat.
M. Clermont- G ANNEAU termine sa communication sur les in- scriptions et les monuments de la ville de Gaza.
Jusqu'en 1870, on n'avait pas dinscriptions provenant de Gaza; le cbapitre concernant cetlo ville est clos pour néant dans le Corpus inscriplionum graccarum. M. Clermont-Ganneau commu- nique une trentaine d'inscriptions grecques qu'il a recueillies à Gaza en 1870 et 1876. Ce sont des épilaphes cbrétiennes qui présentent cet intérêt particuUer d'être toutes datées de la façon la plus précise par années, mois et (pianlièiiies. M. Cleriuont-
X\l. *^'
1 m m ui.niL aati^nalb-
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Ganneau démontre que ces dates doivent être rapportées à l'ère spe'ciale de Gaza, et, grâce aux concordances données avec les indictions byzantines, il établit que le point de départ de cette ère doit être fixé au 28 octobre de l'an 61 avant J.-G.
Quelques-unes de ces inscriptions sont datées d'une ère diffé- rente qui est, vraisemblablement, Tère d'Ascalon, ville voisine de Gaza. Le calcul montre que cette ère d'Ascalon, non moins controversée que celle de Gaza, doit avoir pour point de départ le 98 octobre de l'an io5 avant J.-G.
M. Clermont-Ganneau décrit ensuite deux églises construites à Gaza par les Croisés avec des matériaux antiques, et qui sont encore inédites. Il communique une série de plans et d'aqua- relles exécutées avec le plus grand soin par M. Lecomte du Nouy, d'après les relevés détaillés faits sur place par M. Clermont- Ganneau et l'habile architecte qui l'accompagnait.
La plus grande de ces églises, convertie aujourd'hui en mos- quée, est extrêmement intéressante pour l'histoire de l'architec- ture des Croisés; c'est une église à trois nefs, avec nef centrale surélevée, formée de deux ordres de piliers superposés. La fa- (;ade, avec son pignon, son faîte pointu, ses deux contreforts, sa rose centrale moulurée, d'un profil très pur, sa porte élégam- ment sculptée, son porche parfaitement conservé (le seul exemple certain découvert jusqu'ici en Palestine), rappelle absolument celles de nos églises occidentales des xi" et xii" siècles. Les blocs |)résentent la taille spécifique que M. Clermont-Ganneau a dé- montré être caractéristique du travail des Croisés; plusieurs por- tent, en outre, des signes lapidaires.
Sur l'une des colonnes antiques employées à l'intérieur, M. Cler- mont-Ganneau a découvert, à plus de 7 mètres au-dessus du soL un curieux bas-i-elief sculpté, représentant le chandelier à sept brancbes, le symbole juif bien connu; au-dessous est gravé une inscription en grec et en liébreu contenant une dédicace à Ana- nias, fils de Jacob. Le nom de Jacob est- écrit en grec IAKQ sans B. Cette colonne, surmontée d'un beau chapiteau de style corinthien, rappelle les colonnes avec dédicaces honorifiques de Palmyre; elle doit avoir appartenu aune synagogue, soit de Gaza
— 73 —
même, soit, plutôt, d'Alexandrie ou de Ce'sarée, d'où elle aura pu être apporte'e à Gaza par mer; M. Clermont-Ganueau cite, eu elïet, des textes d'où il résulte que de nombreuses colonnes an- tiques ont été transportées de divers points de la Méditerranée, pour servir à Tédification des basiliques entreprises à Gaza sur l'ordre de plusieurs empereurs ou impératrices de Byzance. tl a découvert, en outre, dans le dallage de l'église, quehjues frag- ments d'inscriptions grecques d'origine locale, analogues à celles qu'il a étudiées plus haut.
M. le comte de Lasteyrie regrette que M. Clermont-Ganneau ait passé un peu rapidement sur les détails architectoniques qu'il a relevés dans ce curieux édifice. L'emploi de matériaux antiques est évident, toutefois il ne faut pas croire que si l'édifice avait été bâti par les Croisés avec des matériaux entièrement neufs, les colonnes appliquées aux piliers eussent été forcément des demi- colonnes d'appareil. C'est au contraire un usage général dans la seconde moitié du xii" siècle que l'emploi de colonnes monolithes taillées en délit, et posées comme ici avec des bagues faisant queue dans le pilier. Ce détail semble prouver que l'église de Gaza a été bâtie par des architectes français.
L'Académie se forme en comité secret.
La séance redevient publique.
Sur le rapport qui lui est fait, au nom de la Commission des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome, par M. Girard, l'Aca- démie désigne à la Société centrale des architectes, pour la mé- daille qu'elle donne à un membre de ces écoles, M. Bérard, an- cien membre de l'Ecole française d'Athènes. M. Bérard a fait à Tégée, en 1888, 1889 et 1890, trois campagnes de fouilles, et le Bulletin de correspondance hellénique, en 1891 et 1892, a com- mencé de porter à la connaissance des savants les résultats de ces recherches.
Les fouilles, commencées d'abord sur l'emplacement du temple célèbre d'Athéné Aléa, n'ont pu, de ce côté, être poussées bien loin; on s'est heurté aux maisons du village de Piali qui re- couvrent une partie de l'emplacement du temple. M. Bérard a trans- porté son chantier sur le site de Wigora, dont il a dégagé le
G.
— Ik —
coin nord; il a déblayé là une grande église byzantine, et un autre bâtiment d'époque romaine, pavé de mosaïque. Dans Tagora, il a trouvé des bases de statue, des exèdres en marbre et de beaux fragments qui proviennent sans doute du temple d'Athéné Aléa. Quelques tranchées ouvertes un peu plus loin lui ont permis de déterminer remplacement des temples d'Apollon et de Dionysos, dont parle Pausanias. Le mur extérieur du théâtre a été mis au jour sur une certaine longueur. Le mur d'enceinte de la ville a été aussi dégagé sur assez de points pour que, le premier, M. Bé- r,ird en ait pu rétablir avec certitude le tracé général.
Ces travaux, que M. Bérard a laits sur le terrain, non sans être à plusieurs reprises arrêté par la fièvre, ont jeté une très vive lumière sur la topographie, très mal connue jusqu'alors, de la plus importante des cités arcadiennes.
M. Alexandre Bertrand commence la lecture d'un mémoire sur le grand vase (Vargenl à reliefs de Gundestriip [Juiland).
Le but de ce mémoire est de démontrer :
1° Que ce vase, comme l'indique le lieu de la découverte (le Jutland étant la presqu'île cimbrique) est un vase cimbre;
9° Que la décoration du vase, sur lequel figure un défilé de cavaliers et de fantassins dont l'armement est semblable à celui que représentent les trophées de l'arc d'Orange, rend presque certain que l'arc a été élevé en l'honneur de la victoire de Ma- lins sur les Cimbres;
3° Que les Cimbres, en conséquence (ces armes étant des armes gauloises, au témoignage de Diodore), sont des Gaulois et non des Germains.
— 75 — COMMUNICATIONS.
N° m.
NOTE SUR L'EMPLACEMENT DE LA VILLE ROMAINE DE LAMIGGIGA EN NDMIDIE, PAR M. CH. DIEHL.
(séance du 3 MARS iSqS.)
Le village de Sériana, où j'ai copié rinscrip.tion suivant est situé clans la partie méridionale de la province de Constan- tine, au nord-ouest de Batna, à quelques kilomètres à l'ouest de la station d'El-Madher. Créé il y a une dizaine d'années à peine, ce centre colonial a été construit sur l'emplacement d'une ancienne ville romaine et les ruines assez nombreuses qui couvrent le sol attestent qu'il y avait là un établissement de quelque importance. Cette bourgade semble d'ailleurs, à en juger par le fortin byzantin qui s'élève un peu à l'est du vil- lage, avoir survécu à l'époque romaine et j'ai moi-même re- levé à Sériana, entre autres débris de la période chrétienne, un pilier timbré d'un cercle où, entre les lettres a et w, est inscrit le monogramme du Christ'^'. Aussi bien, Sériana a déjà fourni au Corpus un certain nombre de textes épigra- phiques^-'; et il n'est pas rare qu'en travaillant dans les champs ou en démohssant des murs de basse époque, les colons ren- contrent de nouvelles inscriptions. C'est de cette sorte qu'a été trouvé le fragment suivant, découvert la veille même de mon passage à Sériana, et conservé dans la maison Calvière.
(]ette inscription est un fragment d'un te\te probablement assez étendu, inscrit sur une pierre de dimensions assez consi- dérables : elle est soigneusement gravée en belles et grand(^s
C Cf. Pallu de Li^sscrl, Notes d'un voyage en Afrique, dans le Bulletin des antiquités africaines, i88(), p. 71-73.
("^) Corpus inscriptionwn latinarum, VHF, l\S']'>.-\hi^.
r
— 76 —
lettres, hautes de près de h centimètres, dont le creux laisse apparaître encore des traces de couleur rouge; une moulure assez élégante l'encadre en haut et à gauche et atteste l'im- portance qu'on attachait au texte d'où provient ce fragment. Malheureusement la pierre est hrisée à droite et en has: et, malgré les fouilles attentives que j'ai fait pratiquer à l'endroit de la première découverte, il a été impossible de retrouver d'autres débris du monument. Telle qu'elle est pourtant, et si egrettabie que soit la perte du reste de ce document, l'inscrip- tion garde un réel intérêt. Elle permet en effet : i° de déter- miner avec certitude l'emplacement d'une ville de Numidie, connue jusqu'ici de nom seulement; 9° d'identifier une station anonyme qui jalonnait l'une des routes tracées sur la table de Peutinger.
Le fragment conservé a o m. 69 de hauteur et 0 m. Ai environ de large. On y lit :
ANICIVS • F MAGG • LAMIGGI PAR.TEMEPISTVLAES ABOFFICIOSVBIC MAGISTROSETO • RIONVMHABEAT' SAECVLIF ELI CITAT BLIÇAEVESTRAE SIQVISVA
IT A I
Anicius F [austus kg. Aug. magijstrts) Lamiggi[gensibus vol.
Partem epistulae s \ acrae
ah ojicto subj[e)c[vnns
magistros et o[rdinem decu- rionnm hahent [
saeculi félicitât [ reipii-
blicae vestrae [ Si qtiis va[
— 11 —
L'inscription, on le voit, est un fragment d'une lettre offi- cielle adressée par un certain Anicius F aux magistrats
d'une petite ville ou d'une bourgade de Nuraidie. Dans le per- sonnage nommé en tête du document, on doit sans doute re- connaître le légat de Numidie Q. Anicius Faustus, qui gouverna la province de 196 à 201^^'. Une restitution certaine permet d'autre part de retrouver le nom des destinataires : ce sont les magistri de la ville ou plutôt du pagiis de Lamiggiga ^-K Depuis longtemps on connaissait, parles documents ecclésiastiques du v' siècle '3>, l'existence en Numidie d'une ecdesia Lnmiggigensis; peut-être même, suivant un usage dont on rencontre fréquem- ment la trace en Afrique, y avait-il dans la province deux villes de ce nom. A coup sûr, l'une d'entre elles subsistait encore à la fin du Vf siècle, car il faut assurément reconnaître Veccksin Lmniggigensis des listes conciliaires dans cette eccksia Lami- gensis que le pape Grégoire le Grand mentionne en Afrique à la date de 091 '^^. Quelle était, entre ces deux villes de même nom, celle qui s'élevait sur l'emplacement de Sériana, il est malaisé de le dire : mais en tout cas notre inscription permet de fixer ici la place d'une des deux cités, et d'attribuer aux ruines que recouvre le village moderne de Sériana le nom an- tique de Lamiggiga'^*.
'■' Voir, sur ce personnage, Corpus inscriptionum latinarum, VIII, 9^38, 9597, 2528, 9549-2553, 6o48, 8796; pour ia date, Fallu de Lessert, Fastas fie In Numidie, dans le Recueil de Constantine, t. XXV, p. ii5-i25, et Gagnât, L'nnnée romaine iV Afrique, p. 1 2 1 . Les caractères de notre inscription conviennent fort bien à la fin du 11' siècle.
(2) La forme de l'ethnique ensis indique pour le nom de la ville la finale a.
W Acta coll. Cartluifr. (a. 4ii), n°' i33, 187, 198 (Mansi, IV, lAi); Nctitia episcop. Numidiae (a. '18A), n"' ici, i2:i [Mon. Germ. hisl., Victor de Vit., p. 66). Cf. Morcelli, Africa chrisliana, I, 196, 197.
(*' Gregorii Magni epislolœ (éd. des Monumenta), I, 89.
(^' On peut se demander d'iiilieurs si ce nom ne se rencontre point dans une antre inscription de Sériana (CV/rus- imcrijftionnm latinarum, VIII, '1376), et si, au lieu de C. Antonius C. F. Fortunatus vel. ilowo LAMIGO. il no faut
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A l'époque romaine, plusieurs voies importantes traversaient la ville de Lamiggiga. La grande route de Theveste à Sétif, par Timgad et Lambèse '^\ gagnait, au sortir de Lambèse, la plaine d'EI-Madher, et de là, franchissant le défilé de Djerma, elle atteignait Diana en touchant Sériana et Aïn-Taga ^'-\ D'autre part, la route de Theveste à Zaraï, par Mascula et Vicus Au- reli, empruntait en partie le même itinéraire. Au sortir de Vicus Aureli, en effet, cette voie se partageait en deux seg- ments; et, tandis qu'un tracé plus long passait par Liviana, Popleto, Thamugadi, Lambaesis, Lambiridi et Lamasba, une route plus courte prenait la direction nord-ouest, et par Ad- Lali (Guessas), Lampsili et deux stations demeurées anonymes dans la table de Peutinger, elle atteignait Diana '^l Or la se- conde de ces stations, placée par la table à i5 milles de Diana, a été fort justement identifiée par Tissot avec les ruines de Sériana'^'. Il y avait donc à Lamiggiga une station, et d'autant plus importante que la route de Lambèse à Sétif re- joignait en ce point la voie de Vicus Aureli à Zaraï.
Dans l'état actuel du texte, il est assez difficile sans doute de déterminer le sens et la portée du document. Toutefois on observera que l'essentiel de l'acte n'émanait point du légat Anicius Faustus; ce personnage se borne en effet à commu- niquer aux magistri de Lamiggiga une partie d'une lettre, partem epistulae; le document si soigneusement gravé sur la pierre avait donc, pour sa partie principale, une plus illustre origine. Sans doute, comme me le fait remarquer M. Gagnât, rc c'était une lettre écrite par un juge suprême aux habitants de
point, la pierre élaiil cassée à droite el le G pouvant facilement avoir été pris pour un O, lire : domo LAMIGG[(g'('/is/].
(') Parihey el Pinder, Ilincrariuni Antonini Augtisti, p. i3-i^.
(-' Corpus inscriptiomun latinarum, Vlll, 10882. — Cf. Tissot, Géographie. comparée de la province romaine dWfrique, 11, p. .^oS-Soy.
''' Tissot, op. laiid., II, ^83.
w Ihid., II, 683.
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Sériana, adressée au légat comme intermédiaire et transmise par son ojficium aux magistri de Sériana. 5) Que contenait cette lettre? Il est impossible de le dire. Pourtant elle nous apprend une chose encore : c'est qu'à la fin du ii' siècle la ville de La- miggiga avait ses magislri et son ordo decurionum; elle formait donc à cette date une bourgade ou pagiis '^^\ organisée suivant le système municipal romain; et sans doute ce pagus dépen- dait du municipe voisin de Diana dont le territoire s'étendait, à ce qu'il semble, jusqu'à la plaine d'Oum-el-Asnam et à la grande route de Lambèse à Cirta ^''K
N" IV.
LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME.
(sÉAiNCE DD 10 MAF.S 1898.)
Rome, le 7 mars iHqS.
Monsieur le Président et cher confrère,
Un effondrement au Palatin, la chute d'une partie du mur qui sépare du stade la villa Mills, située à un niveau de huit ou dix mètres supérieur, a failli entraîner, avec les terres et plusieurs gros arbres, sur une largeur presque égale à cetle hauteur, la villa Mills elle-même, qu'il serait si souhaitable de voir disparaître.
M. le professeur Barnabei a montré à l'Académie des Lincei deux fragments d'anses d'un vase de bronze : un taureau de 10 centimètres et une lionne de 12 centimètres de longueur, d'un très beau travail archaïque et d'une patine magnifique. Des morceaux ont été retrouvés et du vase et du trépied de
(1)
C'est ce qui résulte du nom de tnajfislri appliqué aux magistrats do Lamig- Cfn'pun inscriptionum Intinarum, VIIl, 10,380 el p. 901.
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même métal qui le supportait. La découverte a été faite près fl'Ascoli dans le Picenum, non loin de la côte de l'Adriatique. M. Barnabei a rappelé qu'à plusieurs reprises on avait trouvé dans la province de Macerata, un peu plus au nord, de beaux fragments d'ouvrages de bronze , ouvrages grecs probablement , que les Tarentins apportaient sur ces rivages en échange de la laine nécessaire à leur industrie de teinture.
La science aura eu sa part dans les fêtes du jubilé de Léon XIIL
Le musée chrétien du Laterano va s'enrichir, grâce à un ca- deau du sultan au pape, du marbre original portant l'inscrip- tion grecque d'Albercius, évêque de Hiéropolis en Phrygie à la fin du v^ siècle. L'inscription était connue depuis longtemps (cf. le Spicilegium Solesmense du cardinal Pitra, i855, t. Ill, p. 533).
Sous ce titre : Album offert à Léon XIII par la Bibliothèque vaticane, une série de mémoires et de rapports va paraître pour résumer et préciser les améliorations apportées par ordre et aux frais du Saint-Père aux conditions du travail dans les di- verses sections de la Bibliothèque :
Mémoire de M. de Rossi sur ies accroissements du musée chrétien de la Vaticane;
Notice sur la nouvelle bibliothèque Léonine, c'est-à-dire sur cette partie de l'ancienne bibliothèque qui a été récemment transportée hors des appartements Borgia;
Notice sur les manuscrits Borghese acquis par Léon XIII;
Notice sur la salle dite de Consultation, instituée depuis (pielques mois pour les travailleurs de la Bibliothèque et des Archives ;
Rapport, par M. Henri Stevenson, sur la série de cala-
— 81 — lopues rédigés et publiés dans ces dernières années par ordre de Léon XIII : de 1886 à 1887 un volume des manuscrits grecs et un volume des manuscrits latins du fonds Palatin; de 1887 à 1891 quatre volumes des imprimés Palatins et un volume des manuscrits grecs de la reine de Suède et de Pie II. Deux volumes des manuscrits grecs Ottoboniens et Urbinales sont sous presse.
Veuillez agréer, etc.
A. Gefprov.
N" V.
LES FAITS ÉPIGRAPHIQUES OD PALlêoGRAPHlQUES
ALLÉGOÉS EN PREUVE D'UNE ALTERATION ANCIENNE DU C LATIN,
PAR M. GASTON PARIS.
(séance du 17 MARS iSgS.)
Contre l'opinion de Diez , qui ne fait pas remonter plus haut que le vif ou tout au plus que le \f siècle l'altération dans la prononciation du c latin devant e, i (non suivi d'une autre voyelle) qui a abouti à la prononciation actuelle, si diverse, des différents parlers romans, M. Schuchardt, suivi par M. Seel- mann, a allégué ^^' certains faits graphiques qui attesteraient, à une époque beaucoup plus ancienne que Diez ne le dit, tout au moins le commencement de l'altération du c dans cette pro- nonciation familière du latin qui est devenu le roman ''^'. Ces faits sont de deux ordres : ils appartiennent à des inscriptions ou à des manuscrits. Je m'occuperai d'abord des premiers, en ajou- tant à ceux qu'ont réunis les deux philologues dont je viens de
C) H. Sclmchardt, VoMismus des Vulgdrlateins ; E. Seelmann, Die Aus- xprnche des Lateins.
(^' J'ai essayé de soulenir ie bien fondé do l'opinion de Diez dans iino disser- tation qui a paru en tête de V Annuaire de l'Ecole des hantes études pour 1 898.
— 82 —
dire les noms ceux qu'on pourrait être tenté de joindre à leur liste. Or il résulte de cette revision générale, chose assuré- ment très frappante, que tous les exemples qu'il a été possible de contrôler doivent être rayés pour une raison ou pour une autre. Je dois presque toutes les vérifications épigraphiques que je vais communiquer à mon savant confrère M. Edmond Le Blant, ou, pour dire ])lus exactement les choses, j'ai incorporé à ce mémoire, en y faisant çà et là quelques additions, une note qu'il avait rédigée sur le sujet dont je m'occupais en même temps, et qu'il a bien voulu m'abandonner. Cette partie du présent mémoire est essentiellement de lui ; j'ai indiqué par des guillemets les passages que je lui ai textuellement empruntés. Avant de procéder à l'utile revision des faits dont il s'agit, il est bon de présenter quelques observations sur leur nature. Ils nous montreraient, s'ils étaient attestés, z écrit pour c ou l'inverse, s écrit pour c ou l'inverse. Or rien, de prime abord, ne serait plus invraisemblable que l'un ou l'autre de ces phé- nomènes. Examinons d'abord le premier cas. Le passage du c prépalatal à ts ou ts a dû se faire, comme on l'a souvent re- marqué, par l'intermédiaire de cj, puis de tj [j=j allemand ou italien); la valeur ts ou ts que pourrait marquer le z, n'est que subséquente à ces deux premières phases de l'altération : il serait donc bien surprenant de voir, dès le temps de l'empire romain , cette dernière étape atteinte , tandis que les deux pré- cédentes n'auraient laissé aucune trace. Mais en outre il faut remarquer que le z, qui, dans l'usage correct du latin, avait certainement la valeur ds (s = s douce), avait pris, dans l'usage commun des bas siècles, la valeur de clj, si bien qu'on trouve très souvent z pour di devant voyelle (lequel, de son côté, était devenu égal à j), et pour^ même"^ Dans ces con- ditions, comment le z aurait-il pu servir à rendre le son ts?
(1)
Voir Schuchardt, Literaturbl.fûr gei-m. und rom. Philologie, 1 8Sh , col. Ga.
I I
— 83 —
On pourrait imaginer qu'il représente le son tj; mais la dillé- rence entre tj et dj est trop sensible pour qu'on admette facile- ment une pareille confusion. — Quant à croire que dès l'époque romaine ou peu après le c ait eu en Italie ou en Gaule la va- leur de s, c'est contredire toutes les données de la phonétique historique, qui nous apprend que cette atténuation de ts en s, propre à la France, y est très moderne et ne s'est pas produite avant le \uf siècle. Les graphies qui nous présentent z ou s pour c ou l'inverse sont donc, a priori, extrêmement suspectes. Nous allons voir qu'en fait elles n'existent pas , du moins dans les inscriptions.
Les cas allégués par MM. Schuchardt et Seelmann^^' et ceux (pi'on peut relever après eux, sont d'ailleurs fort peu nombreux. Ils se divisent en deux groupes : ceux oii c serait remplacé par z (ou vice versa) ^ ceux où c serait remplacé par s (ou vice versa).
Z^C, c = z.
CETAES se lit dans une inscription fort obscure, appa- remment du i" siècle après J.-C, publiée par Maffei et Orelli et en dernier lieu dans le Corpus (V, 278). Maffei a su])posé que cetaes était pour zetaes, et a voulu reconnaître dans zelaes une manière d'écrire diaetaes (pour le grec Siatrais). M. Schu-
'') M. Spelmann s'est borné, en fait, à einj)riinter quatre exemples à son pré- décesseur, et nous verrous qu'il n'a pas toujours pris la peine de les contrôler sur les publications faites entre les deux livres.
Je laisse de côté le groupe se, qui présente des conditions spéciales et deman- derait une étude à part; je noterai cependant ici que p^rmi les exemples apportés par M. Scbucbardt pour la réduction de se à ■is{l, lAS; lll, 70) ou à s (I, iG5), plusieurs doivent être rayés, ainsi REQVIESIT dans une inscription de Pouz- zoles «a été rétabli par M. Mommsen (Corpiin, X, 9793) dans sa vraie forme, REQVIESCITî^; SEPTRVM dans l'épitapbe de saint Cloud (Le BlanI , aot)) est une manvaisp lecture de l'abbé Le Boni'. «En elïet, une copie figurée de ce monument, aujourd'hui perdu, que possède la Bibl. nat. (fonds Boubier, n" ^9, P A5 r"), montre qu'une cassure longitudinale de la pierre avait à peu près en- levé ime lettre au même endroit de cbacun des ([uatre vers, et indique par un pointillé les traces encore visibles du C de SCEPTRVM."
— 8/i —
cliardt remarque (1, i63) : «Cela me parait très douteux, d'abord parce qu'un z remplaçant le di de dmetaes serait doux , au lieu que le c ne peut représenter qu'un z dur. n Cela n'a pas empêché M. Seelmann (p. 3/i8) d'admettre ^cetaes (^=zetaes pour diaetaes)n, en renvoyant au t. V du Corpus (lequel n'avait pas paru quand M. Schuchardt publiait son volume). S'il avait lu cependant le commentaire de M. Mommsen sur cette inscrip- tion, il y aurait vu que le mot cela, qui se retrouve dans Tacite et dans Pomponius Secundus (allégué par le grammairien Cha- risius), est un mot proprement padouan, dont le sens précis n'a pu être établi, mais qui désigne certains jeux particuliers à la ville de Padoue , et qu'en tout cas il ne peut rien avoir à faire avec le grec diaeta ou un imaginaire zêta.
PAZE pour PACE est cité par M. Schuchardt (1, i63) et reproduit par M. Seelmann (p. 3/i8), d'après Muratori. Mais «Muratori (Inscript., 1916, 3) n'a enregistré cette inscription que de seconde main et d'après Doni (^Inscript., p. 2/16). L'ori- ginal ne s'est pas retrouvé, et une autre copie, donnée par Gu- dius {Inscr., p. 669), porte : IN PACE. La lecture de Doni est donc fort suspecte, v
A ces deux seuls exemples qui, comme on le voit, dispa- raissent, joignons-en un qui nous montrerait le grec 6 pour c, et qui n'est sans doute pas plus authentique. «La forme IN PAOE, dans une épitaphe donnée par Bosio [Roma sotterrama, p. 4o8), serait fort intéressante, d'autant plus que cette épi- taphe est datée de 383. Mais ce petit texte, dont l'original est perdu, présente diverses étrangetés qui ne permettent pas de l'admettre sans réserves (voir de Rossi, Imcr. clir., n° 325).»
S = C, C=-S.
CEVERIANVS est cité par MM. Schuchardt (I, i63) et Seelmann (p. 3 AS), d'après le recueil de M. Frœhner [Inscr. terr. coct. vas., 697, Heddernheim, Nassau). M. Mommsen, que
— 85 — j'ai consulté, a bien voulu me faire savoir que l'estampage de cette inscription, copié pour lui par M. Zangemeister, porto comme première lettre « non pas un C , mais évidemment une S avec la boucle inférieure peu marquée. »
wDans une inscription trouvée au\ Catacombes de Rome, c'est-à-dire d'une date encore ancienne, qu'a vue Boldetti (Os- servazioni, p. '^60), le mot feclt serait écrit fesit. Cette inscrip- tion e.\iste-t-elle encore ? Est-elle perdue ? La copie que nous en possédons seule est-elle exacte ? C'est ce qu'il m'est impos- sible de savoir. ??
CIMVL = SIMVL (Perret, Catac. de Rome, LXXIII, 8-; Schuchardt, I, i()3). c^Dans cette inscription, qui se retrouve chez de Rossi , Inscr. chr., I, n° 288, la première lettre est non un C, mais un G; il est donc évident qu'on n'a là qu'un simple lapsus du graveur. »
CIRIAM = SYRIAM (Janssen, Mus. Lugd. BaUir. Inscr., pi. XXI, 1; Schuchardt, I, i63). ç^Voir le Corpus, t. Vlll, 11" 1089 (l'inscription vient de Carthage). Où Janssen avait lu IN INFIMAM CIRIAM, il y a INTRA MACERIAM.»
FILO DVLSISSIMO [BiiUettino delV Institulo archeologico, 1809, p. l'ok; Schuchardt, III, 8/1). Voir Corpus, t. V, pi. I, n" 9/15, où est rétabhe la vraie leçon : FLIO DVLCISSIMO. Descrtpsi, dit M. Mommsen,
FES[/i] FrÔhner, hiscr. terr. c, 5/i(), Wiesbadcn; Schu- chardt, I. i63; Seelmann, p. SàH). «Où la copie suivie par M. FrÔhner donne CAPIFES, M. Stoincr (^Corpus inscr. rom. Wieni et Danubii, t. I, p. 33o, n" 69 1) transcrit d'après l'ori- ginal CAPIFEC.»
L'emploi du groupe Ice pour tie, où ti avait pris très ancien- nement, comme on sait, la valeur tj, pourrait encore attester une prononciation sifflante de c devant e''*. On le trouverait
>'' On reiiconire en effet quelquefois, mais à une époque bien jjUis récente,
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dans une inscription des Catacombes (e coeincleno Calepodii) imprimée par A. Mai (^Script, vet. nova coll. Vatic, t. V, p. /laii ), et reproduite par M. Schucliardt (I, 26) : BINCENTCE CONIVCI. «Les plus récentes inscriptions des Catacombes n'étant pas postérieures à /no, un exemple de c prononcé ts à cette époque est bien suspect. Or, encore ici, nous ne pos- sédons pas l'original, et Mai lui-même ne l'avait pas sous les yeux. Il donne l'inscription d'après une copie tirée e schedis sacrar. pontificii , c'est-à-dire des papiers de Marini, dont Mai fut l'éditeur après la mort de celui-ci. Peut-ê(,re sur le marbre envoyé à Pistoja y avait-il BINCENTIE. ?'
Ainsi les exemples épigraphiques qu'on a cités ou qu'on pourrait alléguer ^^' en preuve de la transformation ancienne
ce groupe employé à rendre le son Is : p. ex. manatce dans Eulalie. Quant à intcitamento (Schucliardt, l, aG), ce n'est sans doute qu'une faute, qui d'ail- leurs ne prouverait rien.
C) Un AVREL-SESARION figure dans une inscription d'Alexandrie du temps des Antonins {Corpus, III, n" i4; Schucliardt, I, i63), et l'on pourrait reconnaître; dans ce nom une forme altérée de Caesarion, mais ce serait sans raison. Voici ce que M. Mommsen a bien voulu m'écrire à ce propos : «Je ne vois pas pourquoi on voudrait changer le nom, sans doute barbare, de Sesarion, pour en faire le diminutif de Caesar. L'inscription est publique et écrite correcte- ment; elle met la diphtongue ae où elle doit être : il faudrait donc admettre deux fautes dans ce seul nom. Au reste le diminutif Caesarion n'appartient pas à ce genre de nomenclature; en dehors du bâtard bien connu de César, je l'ai cher- ché en vain dans l'épigraphie romaine et grecque; changer ici Sesarion en Caesa- rion serait bien inutilement substituer un àVal Aeydptei»ov à un autre. 1 — Il est bien clair que la graphie CACROVIR, que me signale M. Le Blant sur un vase dit saniien, du musée de Clermont-Ferrand {Mém. de l'Acad, de Clermont- Ferrand, n. s., t. VI, p. ^27), est due, si elle est exacte, à un lapsus (à moins qu'il ne s'agisse de l'emploi du sigma tclunaire?', voir Gagnât, Man. d'épigr. rotn., 2" éd. , p. 21), et n'a en tout cas pour nous aucune valeur. — Mon savant con- frère me communique encore la note suivante : «Caylus {Recueil d'antiquités, t. IV, p. 179) donne CIPIAKAAH comme étant l'inscription d'une bague de bronze doré, et traduit : Ciria pulchra. Mais la lecture est mauvaise, caria planche LVIII, n° G, à laquelle il renvoie, donne une reproduction de l'anneau avec la légende, très fréquente sur les bijoux de cette espèce, KIPIAKAAH, c'est-à-dire «up/a xsAn, domina pulch'a.n Même si elle était réelle, la faute, ap- partenant à une inscription g,-ecquo. n'aurait d'ailleurs pasd'iiitcrôt po;ir nous.
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de la prononciation du c sont tous faux, tous ceux du moins qu'il est possible de contrôler, ce qui rend plus que suspects les deux qu'on ne peut vérifier sur l'original. «Aucun des marbres antérieurs au viii^ siècle qui ont passé sous mes yeux, dit M. Le Blant, ne présente une marque d'altéralion dans la prononciation du c devant l'e ou Yi non suivi d'une autre con- sonne, n
En regard de cette constatation, il faut placer le fait de la persistance, jusqu'à une époque relativement très avancée, de confusions graphiques ^^' qui, à l'inverse, attestent que le c avait gardé sa valeur d'explosive sourde et simple. Je citerai, en profitant encore ici des indications de mon savant confrère, les transcriptions grecques 01 KIT, IN flAKE, dans les Cata- combes *"^', celles des chartes de Ravenne qu'a relevées Diez,une coupe de verre trouvée à Podgoritza où le génitif ceti est écrit queti^^\ une pierre d'Eberstein où nous lisons INPAFE<*\ OVPCIKINOS = f/r5«fmj<5 à Trêves dans une inscription du v^siècle^•'^ IN PACAE dans une inscription de Molles (Allier) du VI- siècle "^^ et la marque de fabrique OFIKINA LAV- RENTI ou LAVRENTIV qui a fait, il y a quelques années, l'objet d'un intéressant mémoire de M. Deloche '^' : cette in- scription si probante est de la fin du vf siècle. On le voit, la
C' On pourrait noter ici le fréquent échange des groupes cy et qui, dont M. Duvau vient de donner des exemples (Mém. de la Soc, de ling., VIII, 188); mais en réalité il appartient à un tout autre ordre de faits.
'-' Fabrctti, Inscr. domesl. ; Corp., V, n° 360.
''' Le Blant, Etudes sur les sarcophages d'Arles, pi. xxxv.
'*) Le Blant, Inscr. chr. de la Gaule, n" Zhh.
'^' Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, n" li'jtt,
('') Ibid., u" 23/1.
'') Mém. de l'Acad. des inscr., t. XXX, 2" p., p. 365; cf. Romania, XIII, AST). — On pourrait encore signaler PVLCER dans une inscription d'Aix(Le BlanI , n" Gai) et ARCEPRB dans une inscription de Brives (arr' d'Issoudun) de la fin du vi° siècle (Le Biant, Nouveau recueil, n" 2'>2 A); mais ces grapliics sont moins prolianles, surtout la première, rorlliograplic ayant, comme on sait, beau- coup hésité entre pulccr cl pulcher. -
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contre-épreuve est aussi défavorable que l'épreuve à l'hypo- thèse d'une altération de la prononciation antique du c, au moins en Gaule, avant la fin du vf siècle.
Si des inscriptions nous passons aux manuscrits, nous nous trouvons dans des conditions différentes de date et de prove- nance. C'est en Gaule que l'usage de graver des inscriptions, surtout funéraires, sur la pierre s'est conservé le plus tard, et là, comme nous l'avons vu, jusqu'à la fin du \f siècle, ces inscriptions nous attestent la préservation de l'antique pronon- ciation du c. C'est au contraire en Italie qu'ont été copiés nos plus anciens manuscrits, ou du moins ceux qui présentent les premières traces de l'altération du c, et là elle paraît remonter sensiblement plus haut. Nous voyons ensuite des traces sem- blables se manifester en Gaule ; on n'en a relevé , à ma connais- sance, ni en Espagne, ni en Angleterre; mais cela peut tenir à bien des causes. Je vais indiquer celles qui ont été signalées jusqu'à présent dans des manuscrits ou des diplômes ; peut-être pourrait-on en augmenter le nombre; mes lectures ne m en ont pas fourni d'autres.
J'écarterai d'abord les exemples erronés ou non probants. A ce dernier genre appartient erycisceptro pour erystsceptro (Schn- chardt, I, 160) dans le Vcronensis de Pline, qu'on attribue au iv" ou au v"" siècle : les mots grecs insérés dans un texte latin étaient souvent écrits en caractères grecs, et le premier sigma d'EPYCICKHriTPON a été machinalement transcrit par c. — Cygostaten pour zygostaten serait écrit, d'après l'éditeur du Codex Theodosianiis , Hœnel, par \a prima manus dans le Tilianus ou Vaticanus, lequel remonterait au commencement du vi^ siècle (Schuchardt, 1, 1 63). M. Léon Dorez, membre de l'Ecole fran- çaise de Rome, a bien voulu regarder pour moi ce manuscrit {Regina 886, f° 28/1 r°, 1. 1 1), qu'il ne croit pas d'ailleurs plus ancien que la fin du vii^ siècle, et il a constaté que Ha3nel
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s'était trompé : ia prima manus avait écrit gygostaten, dont la secunda mamis a barré le g pour le remplacer par z; cette faute n'a donc rien à faire avec l'histoire du c.
J'arrive enfin à des exemples qui me paraissent authentiques et qui nous montrent réellement la nouvelle prononciation du c établie ou en train de s'établir. Le plus ancien se trouve dans le Fuldensis du Nouveau Testament, que l'évêque Victor de Capoue a revu en 546 et qui avait été écrit pour lui '^'. On y lit cathezizatur et cathezizat pour catecJnzatur et catechlzat [Gai., VI, 6). Il n'y a pas à s'arrêter à cette circonstance qu'il s'agit d'un ch==)(^ grec, car ch = y^ et c étaient identiques en latin vulgaire. Nous avons ici la preuve de deux faits intéres- sants : l'un qu'au vi^ siècle le z avait pris dans l'usage scrip- tural du latin la prononciation fe*'^', l'autre que dans le sud de l'Italie, dès la première moitié du vf siècle, le c se pro- nonçait ts^^\
Un second témoignage, celui-là assez embarrassant, se rencontre dans une charte de Ravenne de 691 (Marini, n° cxxn). Il y est plusieurs fois question d'un personnage, évidemment d'origine barbare, dont le nom se présente sous
(') Voir Lachmann, Novum Testamenlum graece et laitue edilum (Berlin,
18A2), t. I, p. XXVII.
('^' C'est ce que prouve aussi, mais pour une époque bien postérieure, ia no- tation par 2 du c des mots empruntés par l'allemand au latin ofTiciel de l'empire franc, comme zelle, zins,^ Dans les gloses de Reiclienau (voir plus loin) le z paraît avoir, d'une part, la valeur qu'il avait plus anciennement (èu/zirt 1096 est le fr. bouge, s. d. d'un lat. vulg. bulgia, et bulziolas iig en est un diminutif), et, d'autre part, la valeur nouvelle : il ne peut signifier que ts dans avorletiz 897.
<^) On pourrait être tenté de révoquer en doute la valeur de cette graphie, parce qu'il s'agit d'un mot grec qui ne faisait pas partie du latin parlé. Mais ce ne serait pas légitime : c'est parce que le mot n'était pas familier au scribe qu'il l'a écrit en s'ccartant de la graphie ordinaire; d'ailleurs il l'a écrit doux fois, ce qui exclut l'idée qu'il aurait machinalement répété d'avance le 2 de calechizai. Une graphie semblable (calhazizat) se retrouve dans des gloses latines-allemandes de la fin du viii° siècle (Schuchardt, I, i63), où elle n'a plus, naturellement, le même intérêt.
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les formes Tzitano, Tzitani, Tzittane, TaziUanc, Zitane (\. 5 , 71, -y/i, 86, 92, 98)'^'. Dans les quelques lignes en carac- tères grecs insérés dans le même document, ce nom revêt la forme Kenavs. Le x grec n'ayant jamais pu signifier ts, il faut admettre que le scribe a transcrit un texte latin qui portait Cilane, ce qui du même coup indiquerait que le c, à la fin du vi" siècle, se prononçait parfois ts, et jetterait du doute sur la valeur de toutes ces transcriptions grecques (on trouve dans ces mêmes lignes owKsnxpovix, Vova-rixeiavs, Scovarpixat, etc.). Toutefois le fait est tellement isolé qu'on hésite à lui accorder autant d'importance. La leçon de Marini est-elle bien assurée? On serait tenté de supposer que l'original porte Zetravs.
Quoi qu'il en soit, nous retrouvons un exemple assuré de la substitution de 2; à c en latin dans le Bernensis qui contient la traduction d'Eusèbe et qui a été exécuté entre 627 et 699. On y lit vatizinatur et vatizinati (éd. Schœne, 189 v, 169 c, voir Schuchardt, III, 8/i). Ce manuscrit est très probable- ment italien'-'.
C'est encore à l'Italie qu'appartient la forme curieuse viimi- stha, qui apparaît trois fois dans l'édit de Rotharis de 6^0 (Schuchardt, III, 8/i), deux fois dans le seul VerceUensis et une fois dans les trois manuscrits qu'on en a ( VerceUensis , Cuvensis, Eporedensisy II n'est pas probable qu'on ait nulle part à cette époque prononcé s pour r '^'; la graphie si doit
^^' C'est, comme Ta remarqué Mariiai (cf. Sclmcliardt, I, i63), le même nom qui se retrouve dans un acte de 568, imprimé par Muratori, sous la forme Tzitanns.
'^' Il est vrai qu'il se trouvait en France, et sans doute à Saint-Benoil-sur- Loire, en 699 (voir Sclione, t. II, p. xi); mais la mention do l'empire d'Hé- raclius, à rcxclusion de toute autre date que celle de la création, dans la note chi'onologique finale indique, si je ne me trompe, que le manuscrit (en onciales) a été écrit en Italie, peut-être au Mont-Cassin, d'où il aura passé à Saint- Benoit-sur-Loire.
'^' Je ne puis regarder sythara (Schuchardt, III, 84) dans un manuscrit
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être pour tsi, et elle peut s'expliquer par le voisinage de tia et la difficulté de noter le son nouveau du c: écrire ts parais- sait trop barbare, et le scribe ne connaissait sans doute pas le nouvel emploi du z.
Ces divers exemples semblent bien attester pour l'Italie, au sud dès la première moitié du vi'' siècle, au nord dès la fin du même siècle ou le commencement du suivant, la pronon- ciation du c comme ts. En Gaule , nous ne trouvons rien d'aussi ancien. Ni les manuscrits de la loi salique, ni ceux de Gré- goire de Tours, ni la vie de sainte Euphrosyne publiée par Boucherie, ni les textes mérovingiens édités avec fidélité par M. W. Arndt, ni les recueils de formules où apparaissent tant de graphies vulgaires, ne nous offrent de notations qu'on puisse interpréter dans le sens d'une altération de la pronon- ciation du c. Les diplômes en fourniraient deux, à en juger par les éditions, mais ils sont plus que suspects.
Pour z = c nous lisons zeterorum dans un acte de l'an 700 publié par Pardessus {App., XIII; Schuchardt, I, i63); mais cet acte n'existe que dans une copie peu ancienne, et cette forme ne mérite aucune confiance.
A plus forte raison en est-il ainsi pour la graphie slstemae dans un autre acte du recueil de Pardessus. Celui-là serait, dit-on, de 628 ou même de 5i5 (Diez, I, 28/1, n.), c'est-à- dire d'une époque où la substitution d's à c est inadmissible ; mais c'est, comme l'a montré M. Julien Havet, un faux fa- briqué au ix" siècle, et les copies qui nous l'ont conservé, bien postérieures même à cette date, n'offrent aucune garantie de fidélité (1).
Il faut arriver jusqu'aux célèbres gloses de Reichenau ''^'
de Darmsladt de Censorinus (éd. Jalin, 3o, lA) qu'on attribue au vu" siècle quo comme un lapsus sans sifjnificalion.
C) Bibliothèque de l'École des chartes, XLVIII (1887), p. !îi3.
'^) L'édition la plus complète et la meilleure est en tète de Y AllfranzôsiscJies Lesebuch de MM. Fœrsler et Koschwitz (Ileilbronn, t88/i).
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pour trouver enfin des preuves certaines de la transformation accomplie dans la prononciation du c. On sait que ce pré- cieux recueil se compose de mots latins bibliques difficiles à entendre, accompagnés de synonymes restés dans l'usage fa- milier; il a été rédigé en Gaule à la fin du viii* siècle ou au commencement du ix^ '^l Le glossateur met généralement bien l'orthographe latine; mais quand il a affaire à des mots qui n'étaient pas connus en latin classicpie, il lui arrive d'hésiter entre des notations qui étaient devenues équivalentes ou d'en introduire de toutes nouvelles. Or il résulte de quelques-unes de ces graphies que le ç/, le ^ appuyé et le c devant e, i avaient pour lui la même valeur (-*, et que cette valeur était ts, comme le prouve la façon dont il écrit un mot d'origine obscure'^', anetsare, qui signifie w forcer, contraindre»: il le donne sept fois, six fois avec ts et une fois avec ti (^anetiaverunt /i5 i , — anet- saverunt 6 C) 5 , 829, anetsaverit 5 0 9 , anetset 860, anetsatus 790, anetsor 865). Or il écrit manaces 167, forme déjà toute fran- çaise , à côté de manatiat 1 3 1 ; il donne de même fruncetura 1067 et sorcerus 109/1, oii le c a certainement la valeur de te'^^.
La preuve apportée par le glossaire de Reichenau touche à vrai dire la prononciation du latin dans les écoles; il en est de même de celles que fournissent les emprunts faits , à partir
('' Ceux qui ont vu le manuscrit l'attribuent au viii' siècle; mais on vieillit presque toujours ces manuscrits. La nature même de ce glossaire montre qu'il appartient à l'ensemble des travaux de rénovation des études grammaticales et bibliques qui fut inauguré par Gharlemagne.
(^) Je ne cite pas les nombreux exemples de l'équivalence de tj et cj : ils n'ont pas d'importance à une si basse époque.
t^' On pourrait croire que ce mot est le latin initiare; le sens s'y laisserait plier, et le cbangement d'm en an n'aurait rien d'insolite (cf. ansidiis 6oil et Romnnia, XIX, ^loi); mais le ij étant en position faible aurait dû se pro- noncer ds, et il paraît plus prudent de réserver toute hypothèse sur l'origine de ce mot.
(*) Ou de ts, si on admet que le picard-normand ts est plus ancien que le français ts et lui a servi de base, ce que pour ma part je ne crois pas vrai- semblable.
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du règne de Gharlemagne environ, par l'allemand au latin écrit, emprunts dans lesquels on voit le z remplacer régulière- ment le c [zelle, tins, etc.). Mais on est fondé à admettre que la prononciation scolaire et la prononciation vulgaire ont en cela marché d'accord, et puisque la première était altérée en ce point à la fin du \nf siècle, 6n doit croire qu'elle l'avait été plus anciennement : la restauration du latin classique sous Gharlemagne a dû trouver la nouvelle prononciation du c bien établie, sans quoi elle aurait maintenu l'ancienne. Rien n'em- pêche de faire remonter jusqu'au vu" siècle le commence- ment au moins de cette nouvelle prononciation, que nous ne constatons que quand elle a atteint la phase relativement récente ts. L'étude du c gallo -roman et du rapport de son évolution avec les autres phénomènes de transformation phoné- tique qui ont abouti à l'état subséquent du latin vulgaire de Gaule nous engage à faire remonter les commencements de cette évolution aussi haut que nous le pourrons légitimement. Gette étude dépasserait beaucoup les limites du présent mé- moire; elle trouvera sa place ailleurs. Je me bornerai ici à appeler l'attention sur deux points spéciaux. La transformation du c est certainement antérieure à la réduction du qu de qui, queni, à c, puisque autrement l'initiale de ces mots aurait suivi le sort des autres c en position forte. Or qui était réduit à ci au IX* siècle, comme nous l'indique la graphie chi dans Eulalie. La transformation est également antérieure à la chute des ultièmes et pénultièmes atones; car si placet fût d'abord devenu plact, on aurait Qwplail et non plaist, lequel remonte à pladset (de même acinum n'a pu donner aisnc qu'en passant par adsenu et non par acnu). Or les Serments de 8^2 nous font voir la chute des atones entièrement accomplie, et déjà quelques graphies échappées aux scribes des glossaires de Reichonau et de Karlsruhe attestent qu'elle avait eu lieu au viu" siècle. Elle a pour pendant la chute des atones immédiatement pro-
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toniques non initiales, qui n'était pas non plus accomplie quand le c s'est modifié, car vidsenatu seul, et non vicnatu, a pu servir d'intermédiaire entre vicmatiim et l'ancien français visné. Il est donc tout à fait vraisemblable que c'est dans le courant du vif siècle que s'est produite en Gaule la transformation du c devant e, i non en hiatus.
N° VI.
LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTEUR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME.
(séance bu 99 MABS iSqS.)
Rome, le 27 mars 1898. Monsieur le Président et cher confrère,
M. le commandeur de Rossi a fait connaître à l'Académie pontificale d'archéologie (séance du a/i mars) et il publiera bientôt une gravure rejjroduisant d'après un manuscrit du XI* ou du xif siècle la façade de la basilique de Saint-Pierre. La plus ancienne représentation de la basilique connue jusqu'à ce jour datait seulement du xv* siècle.
Les fouilles pratiquées par l'administration italienne au Pa- latin ont pour but de retrouver, pour la date prochaine de la visite de l'empereur d'Allemagne, quelques-uns des monu- ments ou des débris qui subsistent sans doute sous la villa Mills. C'est là qu'étaient, près du stade inauguré pour les cé- lèbres Jeux séculaires, la Maison d'Auguste, l'Arc et le Temple d'Apollon, avec la statue de bronze colossale représentant Au- guste sous les traits du dieu, avec les statues des Danaïdes, les statues équestres des fils d'.Egyptus, plusieurs œuvres de My- ron et de Scopas, l'Hercule de Lysippe, etc.
Veuillez agréer, etc.
A. Geffroy.
95 —
N° VIL
RAPPORT DE M. HERON DE VILLEFOSSE SUR DEUX FRAGMENTS DE TUILES TUMULAIRES DÉCOUVERTS À L'ARSENAL DE TOULON.
(séance du 99 MARS iSgS.)
M. l'ingénieur des ponts et chaussées Zùrcher, faisant fonc- tions d'ingénieur en chef, directeur des travaux hydrauliques de la Marine, a écrit à M. le Président de l'Académie des inscriptions et belles-lettres, à la date du 1 4 février 1898, en lui adressant deux photographies qui représentent, dit-il, des briques tumulaires découvertes dans une fouille sur une des voies de l'arsenal de Toulon.
Les fragments de terre cuite auxquels M. l'ingénieur Zùr- cher donne le nom de briques appartiennent en réalité à de grandes tuiles à rebord. Les photographies, jointes à sa lettre, ne laissent aucun doute à cet égard. Plusieurs de ces tuiles sont anépigraphes ; deux seulement portent des caractères.
L'une de ces dernières , dont la partie inférieure est brisée , porte une inscription en caractères cursifs , tracée dans l'argile fraîche avant la cuisson. On y lit :
c a s t e 1 1 a
n e e r n i 0
seposede '
reçu m
Le bas de la tuile manque.
A la ligne 6, la première lettre est en partie brisée. La partie supérieure qui subsiste pourrait appartenir à un r. Peut-être faut-il reconnaître dans ce petit texte deux noms
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féminins, Castellane Erniose? Le cognomen Castellusse rencontre dans une inscription de Bénévent^^l Castellanus est formé évi- demment sur CasteUus. Quant au mot Erniose, il devrait être écrit Herniose. Je ne connais aucun exemple de ce mot pris comme cognomen, pas plus sous sa forme masculine cjue sous sa forme féminine '^-K
Les textes de ce genre sont rares. Le recueil des inscrip- tions de la Narbonnaise n'en signale que six pour toute la pro- vince'^*. Deux sont au Musée de Genève, deux à Vienne, un autre est conservé au Musée de Marseille. Le sixième est tracé sur une tuile qui a été découverte dans un tombeau à Vendé- mian, commune de Gignac (Hérault); il est ainsi conçu :
Ego Achilles donavi si[n)gulis anfora{m) vini.
Comme le curieux grafitte de Vendémian, celui de Toulon a été recueilli dans un tombeau, ainsi qu'il ressort des termes mêmes de la lettre de M. Zûrcher. Il ne faudrait pas en con- clure que toutes les inscriptions en lettres cursives tracées sur des tuiles ont un caractère funéraire. Le fait d'avoir été tra- cées dans l'argile fraîche avant la cuisson ne permet pas de reconnaître, dans la plupart de ces inscriptions, autre chose que des fantaisies ou des annotations de l'ouvrier, prompt à utiUser la matière placée sous sa main.
Au lieu d'une inscription à la pointe, la seconde des tuiles inscrites, ou plutôt le second fragment de tuile trouvé à l'ar- senal de Toulon, porte une marque de fabricant. Sur la photo- graphie on distingue nettement les restes d'une estampille
(») Corp. inscr. latin.% voi. IX, n° 1610 : M'CRASSICIO-CASTELLO. ^^' «fCum sermo esset ortus, quanti herniosi esse possent in urbe Roma.n Lampride, In Heliogabalo, c. 2 5.
(') Teguîae stUo scriptae {Corp. inscript, latin., vol. XII, n. 568 1, 1 à 6).
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en petits caractères capitaux, estampille obtenue naturellement avant la cuisson. Le commencement du texte a disparu:
(r • O'P
Il est facile de compléter cette marque qui se rencontre fréquemment sur les côtes de Provence sous la forme :
L{uciî) Uer{ennl) Opt{ati)
Lucius Herennius Optatus était à la tête d'une industrie importante; c'était un grand fabricant de tuiles qui expédiait ses produits dans toute la région comprise entre Toulon et Vintimille. On a retrouvé des tuiles avec son timbre à Léoube près des Salins-d'Hyères, au Luc, à Fréjus, à Vallauris^^', à Cimiez, à Nice et à Vintimille ^'^'. Le Musée de Marseille pos- sède aussi une tuile de sa fabrique, qui vient probablement de la même contrée.
Indépendamment de son intérêt épigraphique , la découverte signalée par M. l'ingénieur Zûrcher fournit une nouvelle preuve de l'usage très fréquent des tombeaux en tuiles dans le midi de la Gaule à l'époque romaine. Aux environs immé- diats de Toulon ces tombeaux étaient particulièrement nom- breux.
A la Jonquière, quartier de Beaulieu, près de Solliès-Pont, on a trouvé, en i S-yo , un cimetière romain composé de trente- cinq tombes dans lesquelles les corps étaient recouverts de tuiles à rebord, disposées en forme de toit. Certain tombeau contenait jusqu'à trois individus, séparés les uns des autres
C' Corp. inscript, latin., vol. XII, n. 5679, 44. (^' Corp. iiiscript. latin. , y 0]. V, n. 8110, 445.
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par un lit de grandes tuiles plates. Mais aucune de ces tuiles ne portait d'inscription. Une petite plaque de marbre blanc, recueillie près d'une de ces tombes , était seule couverte de ca- ractères grossièrement tracés et qui ne peuvent appartenir à une époque antérieure au iv* siècle de notre ère ^^\ Cette in- scription a donné lieu à des interprétations absolument fan- taisistes et à des polémiques très vives *^l
A Esclans, près du Muy, cbez M. Caussemille, en i885 et en 1886, on a mis au jour plusieurs tombeaux en briques (lisez tuiles ^^^y
Sur la route de Callas, à 5oo mètres environ au nord-ouest, de la chapelle de Saint-Pons et tout près du cimetière actuel, dans les premiers mois de 1887, un paysan, défonçant la terre pour planter une vigne, tomba sur une véritable nécro- pole; ce n'étaient plus des sépultures isolées, mais une agglo- mération de tombes en briques (lisez tuiles), parfois de simples fosses creusées dans le tuf, souvent serrées les unes contre les autres, quelquefois superposées. Beaucoup de ces tuiles portaient imprimées en creux et en très beaux caractères le nom du fabricant : CASTORIS'*'.
(') Corp. ùtsa-ipt, latin., vol. XII, n. 819.
('-' D. Rossi, Notice sur un cittietière romain près Solliès-Pont (Var) , dans le Bull, de la Soc. archéol. de Draguignan, VII, 1869, p. 4oi; L. Renier, Rev. des Soc, sav., V, /j, 1872, p. l\S6 ; Héron de Villefosse, Comptes rendus de la Soc. franc, de numismat. et d'archéol., IV, 1 878, p. 197-900; Gazan, Notice sur une pierre tumulaire découverte aux environs de Soiliès-Pont [Var) [Antibos, 1878]; D. Rossi, Le sphinx de Solliès-Ponl ( Var), réponse à M. le colonel Gazan et à M. L. Renier [Paris, 1878]; Gazan, Réfutation de la brochure de M. Rossi intitulée : Le sphinx de Solliès-Pont (Var) [Draguignan, 187/1]; ^- Rossi, Le sphinx de Solliès-Pont et le défi à M. le colonel Gazan (Draguignan, 1874); Ro- bert Reboul, Le Z)'' D. de Rossi ou le spltinx de Solliès-Pont (Var); notes édi- fiantes [Anlibes, 1876]; cf. le journal le Var, 8 novembre 187/1; l'a™" de Bonstetten, Carte archéologique du département du Var, p. 3/i.
'^' L. de Geoffroy, Sur quelques tombeaux anciens découverts au Muy en 188 y, p. 4.
W /6tW.,p. 6-7.
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A Fréjus, dans un tombeau du même genre, on a recueilli également une tuile avec le nom de Castor. Elle était accom- pagnée d'une monnaie de Septime Sévère, qui peut fournir une date approximative de la confection du tombeau ('^.
A Léoube, près des Salins-d'Hyères, M. le baron de Bon- stetten a constaté la présence de nombreuses sépultures dans l'une desquelles on a trouvé, comme à l'arsenal de Toulon, une tuile avec la marque du fabricant Lucius Herennius Op- talus^'^K
Il est inutile de multiplier les exemples. Ceux que j'ai cités un peu au hasard, mais que les archéologues locaux pourraient facilement doubler, suffisent à démontrer combien les tombeaux en tuiles étaient nombreux dans tout le pays'^'.
Nous devons remercier M. l'ingénieur Zûrcher de sa com- munication et surtout du soin avec lequel il a recueilli ces in- téressants fragments.
N° VIII.
SECONDE INSCRIPTION DE CARTHAGE MENTIONNANT LE PROCONSULAT 012 SYMMAQUE, COMMUNIQUE'e , DE LA PART DD R. P. DELATTRE , CORRES- PONDANT DE L'ACADl'mIE, par M. HKRON DE VILLEFOSSE.
(SÉANCR DU ag MARS 1898.)
Au mois de décembre 1889, j'ai eu l'honneur de commu- niquer à l'Académie de la part du R. P. Delattre une inscrip- tion de Carthage mentionnant le proconsulat de Q. Aurelius Symmachus. Cette inscription était gravée sur un cippe ana-
l') Corp. inscript. latin., vol. XII, n. 5679, i5 il. ("^' Carte archéologique du départemetil du Var, p. 1 5.
W Dans tonte la Narbonuaise on trouve des lotnheauv en tuiles. Celait la sépulture des pcliles jjens.
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logue à ceux qui servent ordinairement à supporter les sta- tues ^^^
Un second texte , semblable au premier, gravé sur une base de même forme, mais plus grande, est sorti récemment de terre dans le même quartier de l'ancienne ville. Il a été trouvé entre les ruines de l'amphithéâtre et la muraille extérieure de l'antique Carlhage. (^e quartier a déjà fourni beaucoup de textes et de monuments intéressants. C'est là qu'a été décou- verte la grande statue de la Victoire, conservée au Musée Saint-Louis, statue dont le P. Delattre adresse à l'Académie une excellente photographie exécutée par M. Davanne.
Le nouveau texte signalé par le P. Delattre est inscrit sur une base en kadel, dont la moitié inférieure manque et dont le sommet est orné d'une corniche haute de cm. 3o, longue de 1 m. G 3 et large de o m. 53. Il est ainsi conçu :
Q^- AVRELIVS SYMMACHVS • V • C • PROCONSVLE • P ■ A • V-S-I-CONSTITVI IVSSIT
Hauteur des lettres, cm. 09.
On a exhumé du même terrain de nombreux débris de marbres sculptés et un morceau d'aile ayant appartenu à une statue de la Victoire.
Symmaque arriva dans la province d'Afrique entre les an- nées 370 et 376, probablement en 373, dans des circon- stances très difficiles, au moment de la révolte de Firmus; il y rendit les plus grands services. Plus tard il devint Préfet de Rome et remplit cette fonction depuis le printemps de l'an- née 38 /i jusqu'à l'automne de 385. C'est en cette qualité qu'il
(') Comptes rendus de l'Académie des inscriptions et belks-leltres , 1889^ p» 1x28,
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adressa à Valentinien son célèbre rapport sur le rétablissement de l'autel de la Victoire que Gratien avait fait enlever du Sénat avec la statue qui le surmontait. Cette éloquente et patriotique relatio de ara Victoriae'^^^ était dans toutes les bouches et faisait l'admiration des chrétiens eux-mêmes. Le fait d'avoir retrouvé à Carthage une statue de la Victoire à peu près complète et les débris d'une seconde statue de la même divinité, à côté de deux bases portant le nom de Symmaque, est tout à fait cu- rieux et intéressant.
Ces découvertes de Carthage doivent être rapprochées de celles qui ont été faites à Rome au mois d'août 1891, dans les travaux du Tibre. Sous la seconde arche de l'ancien pont Va- lentinien, aujourd'hui Ponte-Sisto, du côté du Transtévère, on a trouvé un piédestal en marbre portant une dédicace Victoriae Augustae coniiti dominorum sanctissimortim nostrorum, gravée par les soins de L. Aurelius Avianius Symmachus, préfet de Rome en 36/i et père du proconsul d'Afrique. Au même endroit, on a découvert dans le lit du Tibre une grande aile en bronze, d'une belle facture et d'une conservation remar- quable, qui, selon toute probabilité, appartenait à la statue de la Victoire érigée sur le piédestal *-l
On voit que le célèbre orateur, en défendant et en pro- pageant le culte de la Victoire, ne faisait que suivre une tra- dition de famille.
Le nouveau texte, découvert à Carthage par le R. P. De- lattre, porte à trois les documents épigraphiqucs africains relatifs à Symmaque et à son proconsulat d'Afrique. En dehors de ces trois textes, une inscription trouvée à Rome contient des renseignements assez complets sur la carrière de cet illustre personnage.
'■' Otto Seeck, Q. Aurelii Sijinmachi quae siipersutU , p. 281. (^' Notizie degliscavi, 1891, p. a5i ; Bullettino délia Commissione archeologica comunale, 1892, p. 78.
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NMX.
LETTRE DE M. GEFFROY, DIRECTECR DE L'ECOLE FRANÇAISE DE ROME.
(séance du 31 AVRIL 1898.)
Rome, le 18 avril 1898. Monsieur le Président et cher confrère,
Les travaux de déblaiement accomplis au stade du Palatin ont mis à jour, vers le massif qui supporte la villa Mills, les plinthes et amorces des colonnes et des piliers qui limitaient l'enceinte de ce côté. On aplanit les terrains à l'extrémité du stade, au bas du couvent de Saint-Bonaventure, pour ouvrir un chemin qui montera du côté opposé à la villa Mills, vers la loggia de l'empereur et vers les constructions de Septime Sévère. On n'a trouvé jusqu'à présent, au cours de ces tra- vaux, sauf une quantité de débris plus ou moins sculptés, qu'une statue de femme assise, sans tête ni mains, et une tête de marbre, tête de femme très mutilée : on la considère comme de très bon travail, et elle a pris place tout de suite dans le musée des Thermes de Dioclétien.
Ce musée est entièrement remanié en vue des illustres vi- sites prochaines, mais sans que d'importantes nouveautés y figurent. Les fragments de la célèbre inscription sur les jeux séculaires y sont bien reconstitués.
Les travaux pour le monument de Victor- Emmanuel, sur le mont Capitolin, ont fait découvrir plusieurs fragments de statues ; on pourra peut-être reconstituer une Vénus et une Diane. Une marque de brique est au nom de C. Fulvius Plau- tianus, préfet du prétoire, consul pour la seconde fois avec Géta en 200.
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M. Maliafly, de Dublin, a montré pendant la dernière séance de l'Académie des Lincei les épreuves et les planches de son second volume sur les Papyrus du Fayoum, qui va bientôt paraître. On se rappelle la découverte de M. Fiinders Pétrie, il y a quelques années. Des cercueils égyptiens con- struits en papyrus collés les uns sur les autres, au lieu de bois, ont offert sur chacun de ces fragments des écrits, en démo- tique ou en grec. Les manuscrits grecs, du développement et de la publication desquels M. Mahaffy continue de s'occuper, remontent au iif siècle avant l'ère chrétienne, et présentent beaucoup de pièces intéressantes : un fragment de YAnttopc d'Euripide, un passage riche en variantes de V Iliade, des fragments du Phédon, un fragment du Concours d'Homère et d'Hésiode, des parties considérables d'un registre officiel de testaments, de nombreuses informations sur l'administration du nome arsinoïte, sur la colonisation militaire des Ptolé- mées, et puis des correspondances privées, des comptes, des prix de denrées, des détails sur la culture du vin et de l'huile, des renseignemenls sur la monnaie, sur le rapport de l'argent au cuivre, etc.
M. Henri Graiilot, membre de l'Ecole française de Rome, très utilement assisté par M. Stéphane Gsell, ancien membre de l'Ecole, aujourd'hui professeur à l'Ecole supérieure des lettres d'Alger, commence en Algérie une visite archéologique de la région, pres(|ue inexplorée jusqu'à ce jour, au nord d'Aïn-Zana, (pii lui permettra, nous l'espérons, d'entreprendre avec ([uelque sûreté une fouille importante pendant l'automne prochain.
Veuillez agréei , etc.
A. Gefi'hov.
XXI.
1-.IIUI.IUI. .tAI
lOà —
NOTE SUR UN SQDELETTE DE BALEINE CONSERVÉ À CARTHAGE, PAR M. PHILIPPE BERGER.
(séance du 21 AVRIL iSgS.)
Dans la dernière séance, M. L. Delisle a entretenu l'Aca- démie des éléphants qu'à diverses reprises, des rois de France, et en dernier lieu Henri IV, avaient reçus en don ou fait venir en France, et il rapprochait ces faits, très peu connus, des premiers essais de collections zoologiques dont M. Hamy a parlé récemment au congrès des Sociétés savantes. Je voudrais signaler un fait analogue qui est rapporté par saint Augustin à propos de Carthage; seulement il n'a pas trait à un éléphant, mais à une baleine, ou plutôt à un squelette de baleine. Il a été relevé par M. Cagnat, dans un dépouillement des lettres de saint Augustin, auquel nous nous sommes livrés ensemble cet hiver. C'est à propos du miracle de Jonas. Saint Augustin (ep. GII, §' 3i), pour expli([uer comment Jonas a pu être en- glouti tout vivant par une baleine et séjourner trois jours dans son ventre, cite en exemple le squelette d'une baleine gigan- tesque qui était exposé publiquement à Carthage et qui paraît y avoir été très populaire. Voici ce passage*^' :
«Pour ne pas rappeler ce que nous disent de la taille des monstres marins ceux qui ont eu affaire à eux, le ventre que garnissaient ces côtes , qui sont exposées en public à Carthage et bien connues de tout le monde, combien d'hommes ne
'^^ (f Ut enim omittam commemorare quanta magnitudo belluarum raarinannu ab eis qui experti sunt indicetur; venter quem costae illae nmniebaut, quae Carlhagine iu publico fixœ populo notœ sunt, quot Lomines in spatio suo caperc posset, quis non conjicial, quanto biatu palebat os iliud, quod velul janua spe- luncœ illius fuit?» (Sancti Augustini epist. Cil, 3i).
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pouvait- Il pas contenir dans sa cavité, et quel trou béant no devait pas former, quand elle s'ouvrait, la bouche qui était comme la porte de cet antre, chacun peut s'en rendre compte. »
J'ai été plus loin que le texte en parlant d'une baleine; saint Augustin ne dit pas à quelle famille appartenait ce monstre marin; mais la description qu'il en donne s'applique assez bien à la baleine. En tous cas, qu'il s'agisse d'une baleine, ou d'un rorqual, ou d'un cachalot, nous avons dans ce passage la mention d'un monstre marin dont le squelette monté (Jixus) et exposé en un lieu public, comme les baleines qui décorent l'entrée du cabinet d'anatomie comparée, au Muséum, était une des curiosités de Garthage. N'est-il pas intéressant de voir ce peuple de marins conserver ainsi des spécimens de ces habitants de la mer qui formaient une partie de leur richesse et contre lesquels ils avaient à lutter?
Nous savons d'ailleurs par d'autres témoignagnes que les Carthaginois aimaient à conserver des souvenirs de leurs expé- ditions lointaines. Hannon raconte , dans un passage bien connu de son périple, avoir capturé, sur la côte d'Afrique, trois femmes velues qui faisaient partie d'une troupe d'hommes sau- vages, et, ajoute-t-il, comme elles mordaient leurs conduc- teurs et ne voulaient pas les suivre , il les fît abattre et écor- cher, et rapporta leurs peaux à Carthage^'l Heureusement ces femelles n'étaient pas des négresses, mais des gorilles. La des- cription très exacte et souvent reproduite qu'Hannon en donne ne laisse place à aucun doute, et c'est même de lui que ces anthropopithèques tiennent leur nom.
'■' Ef àè TÔ) ['■^XV vVfyos ^v, èotuvTa xr; zspanri , X'^lv^v éypvaa. • Kai èv iMTn vrjaoi r)v êrépa, fiealrl àvOpÛTtcov iypioôv. IloAv Se isleiovi ■fieya.v yvvatKei , àatreTai toIs aé^iairiv • dfs ol épfjL-nvées èxdXovv ToplXXas. Aiûxotnes Se ivêpas y.sv avXXct^eïv oCx ■i)ëvvi'iOyjfjiev, àXXà Tsàvies è^éÇivyov Hp-ny^voëciTai Svtss xal Tots 'zjérpois àf/vvdfiîDo», ywaÏKai Se tpels , ai' Sâuvovaml te koli aiKupâîloMaai TOUS iyovTXi ovx rjOeXov ënsaOat. k-KOKTetvavTSS [lévrot auras è^eSelpayicv Kai Tài Sopis êxonhetfxsv e/s Kap^^tlSova. (Haiino, IWi/ilits, 18, No'tow Képa?.
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NOTE SUR UNE MOSAÏQUE ROMAINE DE FLACÉ-LEZ-5lÂC0N ,
PAR M. LEX, ARCHIVISTE DE SAONE-ET-LOIRE ,
COMMUNIQUÉE PAR M. LE COMTE DE LASTEYRIE.
(séance du 9 1 AVRIL 1898.)
Mâcon, le i4 mars 1893.
Je fus averti, il y a quinze jours environ, qu'un cultivateur (le Fiacé-lez-Mâcon venait de trouver, en défonçant une terre au pied de la Grisière, montagne qui domine la vallée de la Saône, des substructions antiques. Je me rendis sur les lieux et pus voir, à un mètre de profondeur, un fragment de mo- saïque romaine composé d'une bande noire, large de o m. o5 , qui séparait un fond blanc uni d'un fond blanc rayé de noir. J'engageai le propriétaire à suivre cette bordure et, dès un angle atteint, à percer une tranchée diagonale qui lui permettrait vrai- semblablement de rencontrer, au centre, un motif de décoration. Mon attente ne fut pas déçue; avant-hier j'eus la bonne fortune d'aller reconnaître avec M. J. d'Auriac, secrétaire général de la préfecture de Saône-et-Loire , un médaillon carré renfer- mant un gladiateur, mirmillo ou samnis, haut de 0 m. 60 , dans l'attitude du combat, à côté de lui un outil, sans doute le sar- culum, haut de 0 m. 5o, et entre ses jambes quelque chose de forme vague et de couleur indécise, peut-être le nuage de sable (^haphe^ dont parle Sénèque (lettre 67). Le gladiateur a la tête enfermée dans un casque grillé; le bras droit qui tient l'épée, et que ne couvre pas le bouclier, est protégé par un brassard, la jambe gauche est munie d'un jambard. Les cubes employés dans la composition de ce personnage sont blancs, gris, noirs, jaunes, verts, bleus et roses. L'endenture qui en- cadre le médaillon est rouge. L'ensemble de la mosaïque.
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entièrement découverte aujourd'hui, est dans un bon état de conservation: ses dimensions totales sont de 5 m. 5o sur 8. Le sol qui la recouvrait contient des débris de tuiles et de briques, des tessons de poterie, des morceaux d'un enduit qui a été orné de peintures, du plomb, du fer, et, en outre, des charbons qui donneraient à penser cjue l'habitation a été dé- truite par un incendie. Le tout paraît remonter à la fin du i'''' siècle de notre ère ou au commencement du second.
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LIVRES OFFERTS.
SÉANCE DU 3 MARS.
Le Secrétaire perpétuel dépose sur le bureau le tome XXXV, i " partie , des Mémoires de l' Académie des inscriptions et belles-lettres (Paris, 1898, m-h°).
Sont encore offerts :
La légende de Cathelinean , par M. Célestin Port, membre de l'Instilnl (Paris, i893,in-8°);
Le Zend-Avesta , traduction par M. J. Darmesteter, tome II : La loi (Vendidad), L'épopée [Y asht s) , Le livre de prière [Khorda Avesta) [Paris, 1892 , in-^°, formant le tome XXII des Annales du Musée Guimet];
Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 9' se'rie, tome IV (Toulouse, 1892 , in-8°);
Rulers of India : Clyde and Stratknairn, par le major- g(^iiëral sir Owen Tudor Burne (Oxford, 1891, in-ia);
Transactions of ihe Royal Society of Edinhirgh, vol. XXWI, parties 11 et m, for ihe session i8go-i8gi (Edimbourg, 1891 et 1892, 2 vol. in4");
Annuario délia R. Accademia dei Lincei, i8g3 (Rome, 1898, in-16).
M. le docteur Leitner, directeur de l'Institut oriental de Wokinp; (Grande-Bretagne), adresse à l'Académie une série de mémoii-es pré- sentés à la 10^ session du Congrès international des orientalistes, tenu à Lisbonne au mois de septembre dernier. Ces mémoires, publiés par la Société de géographie de Lisbonne, sont intitulés :
Princes et princesses de la famille royale de Portugal ayant par leurs alliances régné sur la Flandre, par M. O.-L. Godin (Lisbonne, 1899, in-S");
L'affinité étymologique des langues égyptienne et indo-européennes , par M. Charles Abel (Lisbonne, 1892, in-8°);
Deux faits de phonologie historique portugaise , par M. A.-R. Gonçalves Vianna (Lisbonne, 1892, in-8°);
Le droit Vatoua, par M. F. d'Assis Clémente (Lisbonne, 1899, in-8°);
La connaissance de la péninsule espagnole par les hommes du Nord, par M. Adam-Krisloffer Fabricius (Lisbonne, 1892, in-8'');
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La première invasion des Normands dans l'Espagne musulmane en 8ââ , par le même (Lisbonne, 1892, in-8°);
La responsabilité qui revient au Portugal dans la convocation du x' Con- grès des orientalistes, par M. G. de Vasconcellos Abreu (Lisbonne, 1899, in-8°);
Sur le dialecte portugais de Macao, par M. Leite de Vasconcellos (Lis- bonne, 1899, in-8°);
Sur les religions de la Lusitanie, par M. J. Leite de Vasconcellos (Lisbonne, 1892, in-8°);
Sur les amulettes portugaises, par M. J. Leite de Vasconcellos (Lis- bonne, 1899, in-8°) ;
Les communautés des villages à Goa, par M. C.-R. da Costa (Lisbonne, i892,in-8°);
Simplification possible de la composition en caractères arabes, par M. A.-R. Gonçalves Vianna (Lisbonne, 1892, in-8°);
Sociologia chinesa. Autoplastia, transformaçào de homem em animal, estiolamento e atrophia humana, casos de teratologia , par le Dr. Macgowaii, traduction de M. D. Cinatti (Lisbonne, 1892, in-8°);
Sociologia chinesa. 0 homem como medicamento, etc., par le Dr. Mac- gowan, traduction de M. D. Cinatti (Lisbonne, 1892, in-8'');
Passos dos Lusiadas , par M. G. de Vasconcellos Abreu (Lisbonne, 1899, in-8°);
0 Oriente e a America, par M. A. Lopes Mendes (Lisbonne, 1899, in-S»);
Diogo Câo, par M. Luciano Cordeiro (Lisbonne, 1899, in-8"');
Biogo d'Azambuja, par le même (Lisbonne, 1899, in-8");
Dos primeiros trabalhos dos portuguezes no Monomotapa , par M. A. -P. de Paiva et Pona (Lisbonne, 1899 , in-8'');
A penalidade na India, segundo 0 codigo de Manu, par M. Candido de Figueiredo (Lisbonne, 1899, in-8'').
M. Senart pre'sente la traduction anglaise de son ouvrage : The in- scriptions of Piyndasi, by E. Senart, translated by G. A. Grierson (Bom- bay, 1899, in-^").
M. Delisle présente ï Inventaire de Pierre Surreau, receveur général de JSormandie, suivi du testament de Laurens Surreau et de l'inventaire de Denise de Foville, publiés pour la première l'ois, avec notes et glossaire, par M. J. Félix (Houen et Paris, 1899, un vol. in-8'' de la collection de la Société de l'histoire de Normandie).
ffLes documents réunis dans ce volume ne serviront pas senlenie«i à
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faire connaître beaucoup de détails de la vie privée des clercs et des bourgeois du \v' siècle, Pierre Surreau a rempli d'importantes fonctions publiques en Normandie pendant l'occupation anglaise, et le notaire qui a procédé à la liquidation de sa succession a soigneusement analysé les papiers trouvés au domicile du défunt. On ne s'étonnera donc pas de rencontrer à chaque page de l'inventaire dressé après le décès du tréso- rier de Henri VI une foule d'articles qui ont trait à l'administration ci- vile et militaire de la Normandie, à l'état de l'industrie et du commerce, à la topographie de la ville de Rouen et à la biographie de beaucoup de nobles personnages du xv' siècle. Les commentaires très développés que M. Félix a joints au texte des documents en augmentent encore l'intérêt. Beaucoup des notes ont été rédigées d'après des pièces d'archives, conmie aussi les articles du glossaire qui termine le volume.
rrCette publication fait honneur à M. Félix. Elle figurera dignement dans la collection de la Société de f histoire de Normandie , collection qui compte aujourd'hui plus de quarante volumes et que devraient posséder toutes les bibliothèques consacrées à l'histoire de France. r)
SÉANCE DU 10 MARS.
Le Secrétaire perpétdel présente, au nom de M. Oppert, membre de l'Académie, une brochure intitulée : Sin-sar-iskun , roi d'Assyrie (in-8°).
Sont encore offerts :
Histoire du cardinal Pitra, par le R. P. dom Fernand Cabrol (Paris, 189.3,111-8");
Sopra un lipo di Narcisse anteriore al tempo ellenistico , nota del socio Volfango Helbig (Rome, 1890, in-8% extrait des Rendiconti délia Reale Accademia dei Lvicei);
Nombres gcogràficos de Mexico. Caldlogo nlfahético de los nombres de iigar pertenecieutes al idioma rNahuath. Esludio ierogUfico de la ma- tricula de los tribulos del côdice Mendocino, par le D' Antonio Peùafiel (Mexico, i885, m-k", avec un atlas).
M. ScHEFER fait hommage, au nom de M. Reinhold Rohrichl, profes- seur à l'Université de Berlin, d'un volume que ce savant vient de faire paraître sous le titre de : Regesta regni lUerosolymitani ( Innsbruck, 1 898 , in-8").
rrdet ouvrage renferme un choix très judicieusement fait de docu- ments, de chartes et de lettres relatifs au royaume de Jérusalem jusqu'à l'awiée 1293, qui vit la chute définitive des colonies franques de la Syrie.
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Le nombre de ces pièces est de lôig. La première est une lettre adres- sée, au mois de septembre 1097, aux chrétiens d'Occident, par Siméon, patriarche de Jérusalem, et Adhémar de Layron, et la dernière une lettre du roi d'Arménie, écrite le a 3 janvier 129a, pour recommander à Pl)ili})pe le Bel deux frères mineurs et Geoffroy Countisse , chargés de la mission de réclamer des secours contre les Sarrasins. Les missives adressées par les princes des dynasties eyyoubite et turque qui ont régné en Egypte et en Syrie aux princes latins, aux grands maîtres du Temple et de l'Hôpital sont assez nombreuses; les chartes qui nous fournissent les noms de villages et de localités de la Syi'ie possédés par les Francs sont dignes de tout intérêt. Elles nous fournissent de précieux renseigne- ments sur la topographie de la Syrie au xu' et au xiu' siècle. Ces pièces méritent une attention particulière, bien qu'elles aient déjà été étudiées par les érudits qui se sont occupés de l'histoire des colonies latines de la Syrie. Trois index, rédigés avec le plus grand soin, sont placés à la suite de ce très intéressant volume. L'un est un index des noms de personnes, l'autre un index des noms de lieux, le troisième un index des noms de choses : à la suite de ces tables se trouvent un glossaire des mots étrangers, parmi lesquels nous trouvons un grand nombre d'expressions arabes défigurées, une liste des abréviations et une bibliographie des ouvrages les plus fréquemment cités. Eu donnant une édition aussi soignée des Regesta regni Hierosolymitani, M. Rôliricht a rendu un service réel aux personnes