UWtmWK TOKOHto Jr — --*■ Ifim J^^ -^ ir 1è- V^ ^^ pc 611 A602M3 ll856 (v.2 c.l ROBARTS ¥ ; CHRONIQUES DES COMTES D'ANJOU PARIS. — TYPOGRAPHIE LAHURE Rue de Fleurus, 9 CHRONIQUES DES COMTES D'ANJOU RECUEILLIES ET PUBLIÉES POUR LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANCE PAR MM. MARCHEGAY ET SALMON UNE INTRODUCTION M. EMILE MABILLE H''" A PARIS . CHEZ M"" Y" JULES RENOUARD LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ DE l'hISTOIRE DE FRANCE RUE DE TOURNON, K° 6 M nCCC LVI ~ M DCCC LXXI -■^ 'M I -«» ».t u EXTRAIT DU REGLEMENT. Art. 14. Le Conseil désigne les ouvrages à publier, el choisit les personnes les plus capables d'en préparer et d'en suivre la publication. Il nomme, pour chaque ouvrage à publier, un Commissaire responsable, chargé d'en surveiller l'exécution. Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume. Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclara- tion du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru mériter d'être publié. Le Commissaire responsable soussigné déclare que C Edi- tion des Chroniques des Comtes d'Anjou^ préparée par MM, Marchegaj. Salmon et Mabille, lui a paru digne d^être publiée par la Société de l'Histoire de France. Fait à Paris, le \\ juin 1871. Signé LÉOPOLD DELISLE. Certifié, Le Secrétaire de la Société de l'Histoire de France, J. DESNOYERS. INTRODUCTION AUX CHRONIQUES DES COMTES D'ANJOU. On trouvera dans la première partie de cette notice l'histoire critique et littéraire des textes, qui composent le volume des Chroniques des comtes d'Anjou , publié il y a quatorze ans par la Société de l'histoire de France et le résultat de nos recherches sur le nom et la biographie de leurs auteurs. Ces textes sont : Les Gesta consulum Andegavorum. U Historia Gaufredc comitis Andegavorum. Le Liber de compositione castri Ambaziae et les Gesta dorni- tiorutn ipsius castri. Le Fragmentum historiae Andegavensis a Fulcone comité scriptum. Le Commentarius ou Scriptum Hugonis de Cleeriis de Majo- ratu et Senescalcia Franciae Andegavorum olim comitibus col- lât is. Nous avons cherché dans la seconde partie à rendre mohis obscure l'histoire des premiers comtes d'Anjou en faisant justice de toutes les fables qui en avaient usurpé la place. Quelques docu- ments inédits cités dans le cours de ce travail ont été imprimés à la fm. INTRODUCTION AUX CHRONIQUES I. I. LES GESTES DES COMTES d' ANJOU. — Gesta comulum Andegavorum. L'ouvrage connu sous le nom de Gesta consulum Andegavorum a déjà été imprimé trois fois et a été l'objet de plusieurs études, on est loin cependant de s'accorder sur l'époque de sa rédaction et sur le nom de son auteur. Mabillon(l), Goussainville, éditeur des lettres de Pierre de Blois (2) , les rédacteurs de l'Histoire littéraire (3) l'ont attribué à Jean, moine de Marmoutier, qui a écrit une His- toire de Geoffroi le Bel comte d'Anjou. Dom Luc d'Achéry(4), le P. Lelong (S) ont prétendu que l'Histoire de Geoffroi le Bel et les Gesta ne pouvaient être du même auteur et que ce dernier ouvrage avait été écrit par un moine anonyme, qui vivait vers l'an 4140. Cette opinion a été adoptée en partie par André Salmon, qui, dans ses notices sur les chroniques de Touraine(6), a cherché à prouver que le moine Jean , indépendamment de l'Histoire de Geoffroi le Bel , n'avait écrit qu une chronique fort abrégée des comtes d'Anjou. Enfin quelques historiens ont fait hon- neur des Gesta consulum Andegavorum à Thomas , prieur de Loches. La question, comme on le voit, n'est pas encore éclaircie, il nous a paru nécessaire de la reprendre de nouveau en nous ap- puyant principalement sur l'étude des manuscrits. Cette étude (1) Annales ordinisS. Benedlcti, t. VI, p. 552. (2) Pétri Blesensis, Batlioniensis in Anglia archidiaconi, opéra om- nia, Parisiis, 1667, in-fol. p. 703. (3) t. XIII, p. 357. (4) Spictlegium^ Edit. in-fol. t. III, p. 234. (5) Bibliothèque historique de la France^ n° 35676. (6) Chroniques de Touraine, Introduction, p. 90. DES COxMTES D'ANJOU. m nous a démontré qu'on peut concilier jusqu'à un certain point les opinions des critiques qui nous ont précédés et que les Gestes des comtes d'Anjou, loin d'être l'œuvre d'un seul auteur, ne sont parvenus à l'état où nous les trouvons dans les textes imprimés qu'à la suite de plusieurs z^emaniements successifs. Ce résultat, auquel on arrive par le seul examen des textes, est conforme à ce que nous apprend le moine Jean , le plus ré- cent compilateur des Gestes des comtes d'Anjou, dans la dédicace qu'il a faite de son œuvre au foi d'Angleterre Henri II. Jean dit qu'il a cherché à réunir en un seul ouvrage les écrits de ceux, qui avaient avant lui rédigé l'histoire des comtes d'Anjou (1) et parmi les auteurs dont il a compilé les œuvres, il nomme Thomas prieur de Loches, qui ayant trouvé une chronique ou histoire abrégée sous le nom de l'abbé Eudes, s'en était servi pour composer une histoire plus étendue, dans laquelle il avait inséré les faits qui étaient parvenus à sa connaissance. Il cite ensuite Rabin ou Robin et le Breton d'Amboise, comme ayant de leur côté amélioré la chronique de l'abbé Eudes , à laquelle ils avaient ajouté quelques faits nouveaux (2). Il parle enfin d'une histoire anonyme des comtes d'Anjou, qu'il appelle aussi une histoire abrégée et qu'il avait sous les yeux, puisqu'il en cite le commen- cement (3). D'après ce témoignage il y avait donc à la fin du dou- zième siècle plusieurs histoires des comtes d'Anjou ; savoir : (1) Historiam sive gesta Andegavorum consulum, antecessorumtuo- rum, ex multis doctorum scriptis excerpsi, in uno corpore voluminis compilavi. (Johannes monachus, voir ci-après, p. 351.) — Nos citations des Gesta consulum Andegavorum se rapportent au texte de la Socie'té de l'histoire de France ; comme ce texte n'est pas diffe'rent de celui publia par d'Ache'ry dans son Spicilége, e'dit. in-f», t. III, page 234, nous donnons à la fin de notre travail, pour les personnes qui n'au- raient pas la dernière édition entre les mains, la concordance entre nos citations et les pages correspondantes du Spicilége. (2) Primus scriptor exstitit Thomas Luchensis, qui brèves chro- nicas, nomine Odonls abbatis intitulatas, ut abejusore audivi, rcperlt, et multa qiiœ , fama vulgante, cognovit, addidit. SecunduS exstitit Robinus et Brito Ambaziacensis, qui ipsas cbronicas emendaverunt, et quaedam, utviva voce ab ipsis audivi, addiderunt. V. p. 353. (3) Licet quidam ante me brèves chronicas scripserit et in proœmio IV INTRODUCTION AUX CHRONIQUES 1° Une histoire anonyme commençant par De consulibus Au- de gavorum. 2° Une chronique ou histoire abrégée attribuée à un abbé Eudes. 3° Une histoire des comtes d'Anjou , écrite par Thomas de Loches. 4° Une histoire des mêmes comtes, écrite par Robin et le Bre- ton d'Amboise. 5° La compilation due à Jean moine de Marmoutier. Indiquer dans les manuscrits le texte de ces différentes histoires, qui, comme nous l'avons déjà dit, ne sont que des éditions ou rédac- tions successives d'un thème primitif(I), en rechercher les auteurs, et déterminer la part qui revient à chacun d'eux dans l'œuvre collective, c'est le but que nous nous proposons d'atteindre dans les lignes suivantes. Première rédaction ou rédaction de l'abbé Eddes. I. On trouve dans le manuscrit latin 6218 de la Bibliothèque na- tionale une rédaction anonyme des Gesta consulum Andegavorum qui s'arrête à la mort de Geoffroi Martel, fils de Foulque Rechin, arrivée en 1107. Cette rédaction est certainement la plus ancienne ipsas praecedente liujus modi verba praemiserit : De consulibus Ande- gavorum quse scripta nimis confuse rudique sermone reperi. Ibid. p. 361. (1) Parmi les ouvrages que nous a légués le moyen âge, beaucoup sont dans le même cas, et ne nous sont parvenus qu'à la suite de plu- sieurs remaniements. Nous citerons comme exemple les Gesta Norman- norum de Guillaume de Jumiéges, dont notre confrère, M. Léopold Delisle, a signalé quatre éditions ou rédactions successives (Notice sur Orderlc Vital, p. 73, en tête ou à la fin des œuvres d'Orderic Vital, 1855, in-8). La première, dont on n'a aucun manuscrit, fut achevée en 1087, ainsi que le prouve un épilogue conservé dans quelques ma- nuscrits des éditions postérieures. La seconde parut peu de temps après la mort de Guillaume le Conquérant, comme il résulte d'une ad- dition faite à l'épilogue. La troisième fut publiée entre 1125 et 1130, et la quatrième, qui a été imprimée par Duchesne,estdue à Robert du Mont; elle a été écrite avant 1154. DES COMTES D'ANJOU. v (le toutes celles qui nous restent. Nous n'en voulons pour preuve (|ue la date à laquelle elle s'arrête et son extrême concision. C'est celle qui a été connue du moine Jean, et à laquelle il fait allusion quand il parle d'un anonyme, qui avait, avant lui, écrit une his- toire abrégée des comtes d'Anjou. La phrase qu'il cite est celle-là même par laquelle elle débute dans le manusci'it. Elle ne contient aucune des interpolations, qui font du texte imprimé des Gesta, rédigé par le moine Jean, une compilation informe, sans critique ni méthode, composée de morceaux juxtaposés, qui trop souvent font double emploi ou se contredisent mutuellement. Parmi les passages ajoutés après coup et qui ne se trouvent point dans le manuscrit 6218, nous citerons le long fragment sur Ingelger, emprunté à quelque recueil de Miracles et imprimé ci- après (p. 40 à 45) ; le récit du retour des reliques de saint Martin de Bourgogne en Touraine (p. 47 à 63) ; la mention de la sépulture d' Ingelger dans l'église de Saint-Martin de Tours (p. 63), celles des sépultures dans la même église de Foulque le Roux (p. 67), de Foulque le Bon (p. 75), de Geoffroi Grisegonelle (p. 87) et de Maurice (p. 89), les extraits de la vie de saint Odon, abbé de Cluni, par Jean l'Italien son disciple, qui établissent les prétendues relations de Foulque le Bon et de saint Odon (p. 67 à 69), les récits empruntés à Raoul Glaber (p. 93-98 et 109 à H 6) et ceux qui regardent le tyran Crescentius (p. 100 et 103 à 106), etc., etc. La première phrase de cette rédaction annonce qu'elle était précédée d'une introduction renfermant une histoire abrégée des rois de France. Cette introduction ou première partie a été inter- polée par un compilateur maladroit et soudée au Liber de compo" sitione castri Ambaziae dont elle forme la dernière moitié. Par suite de cette confusion dans un grand nombre de manuscrits, le Liber de compositione castri Ambaziae, les Gesta consulum Andega- vorum et les Gesta dominorum Ambaziensium, écrits par des au- teurs différents, se trouvent mêlés dans un ordre très-défectueux. André Salmon, trompé par cette disposition des manuscrits, a cru devoir attribuer ces ouvrages à un même auteur ; mais c'est une erreur qu'une lecture attentive de la phrase qui sert de début à cette ancienne rédaction des Gesta eût dû lui faire éviter. L'ou- vrage ainsi rappelé ne peut être qu'une histoire abrégée des rois de France. Or, il est facile de voir que le Liber de compositione VI INTRODUCTION AUX CHRONIQUES castri Amhaziae, tel qu'il a été imprimé par dom Luc d'Achéry et dans cette édition, est composé de deux parties bien distinctes : du Liber de compositione proprement dit, qui s'arrête à la page 1 8, 12* ligne, et d'un autre ouvrage, qui, malgré les interpolations dont il est surchargé, n'a pas un rapport direct avec le premier. . C'est dans cet ouvrage, débarrassé des intercalations faites a})rès coup, qu'il faut rechercher l'histoire abrégée des rois de France qui précédait la rédaction primitive des Gesta consulum Ande- gavorum . Aucun manuscrit ne nous a conservé le texte original de cette histoire, mais nous savons à peu près ce qu'était le Libei- de com- positione castri Ambaziae avant qu'il eût été remanié et soudé aux Gesta consulum Andegavorum. On peut donc par comparaison se faire une idée assez exacte de ce qu'elle était primitive- ment. Elle commençait vraisemblablement avec le chapitre intitulé dans les imprimés De Clodoveo[p. 18), par: « Merovechus genuit Childericum virum pulchrum et probum, etc. » Ce premier cha- pitre s'arrêtait (p. 19, ligne 16) à « terramque totam usque Au- relianis recepit. » La suite (p. 20), jusqu'à la fin de l'alinéa, est une interpolation faite par le compilateur. Le texte reprenait (p. 20, lig. 12) à: a Posthunc surrexit Clodoveus rex magnus » et continuait jusqu'à « clericis in ecclesiis positis possedit » (p. 21, lig. la). La fin de l'aHnéa depuis « Lupa » jusqu'à « sepulta fuit » est encore une addition du compilateur. L'histoire abrégée reprenait même page (ligne 22) avec « Qui de génère horum regum amplius scire voluerit, » et continuait jusqu'à « cum regno Greciae délibéra vit » (p. 28, hg. 8). Ce qui suit : « Eo tempore Dani, Suevi »... jusqu'à « reliquias beati Martini in locum suum restituerunt » (p. 30, ligne dernière) est une inter- polation plus récente, faite à l'aide du sermon de Radbode inti- tulé : De quodam sancti Martini miniculo, à la suite de laquelle on a ajouté plus tard encore les cinq lignes qui commencent par « Ea propter » etc., relatives à la fête dite de la subvention de saint Martin et qui ne se trouvent point dans les anciens ma- nuscrits. Le texte de l'histoire reprenait à «Régnante Karolo Stulto, filio Ludovici qui nihil fecit » (p. 31, lign. 6) et s'arrêtait pro- bablement avec le dernier alinéa de la page 32. On lisait à la suite l'épilogue com|)osé des quatre dernières lignes de la DES COMTES D'ANJOU. vu page 33, « Quamobrem quia ad alia festino et de regibus Fran- corum multi anteme sufficienter scripserunt, ne a gemino ovo deridendo dicar incepisse, de his prsedicta tibi sufficiant. » Le lecteur était ainsi préparé au récit des Gesta. Et l'auteur pouvait dire en commençant ce récit : « Quoniam in ante expositis de regibus Francorum quae operi praecedenti maximeque sequenti necessaria puto explanavi, nunc de consulibus Andegavorum quaî scripta... reperi... breviter enucleabo. » Cette histoire abrégée des trois races de nos rois paraît avoir été tirée de la même source que celle oii a puisé André Sylvius, moine de Marchienne, pour écrire son Degestisregum Francorum ; les deux compilations sont conçues sur le même plan et ont entre elles de grandes analogies. II. L'histoire des comtes d'Anjou telle qu'elle est donnée par cette rédaction ne manque pas de mérite. Elle s'étend beaucoup trop encore sur l'origine fabuleuse de la famille de ces comtes et cependant elle est loin de renfermer toutes les ûibles auxquelles les autres compilateurs ont fait une si large place. A partir de Foulque Nerra, surtout, l'auteur devient un historien sérieux et digne de foi. Dans un passage inédit, relatif à Eudes le Cham- penois, passage remplacé dans les rédactions postérieures par un chapitre emprunté à Raoul Glaber, la mort du comte de Champagne est rapportée d'une manière toute différente de celle indiquée par le moine de Cluni(l). Plus loin, lorsqu'il raconte la mort de Geof- froi Martel et le partage de ses domaines entre ses deux neveux fp. 131), il affame que Geoffroi le Barbu eut l'Anjou et la Sain- tonge pour sa part et que la Touraine échut à Foulque Rechin ; c'est au contraire l'Anjou et la Saintonge que les autres rédac- tions donnent à Foulque Rechin. Mais cette affirmation de notre auteur s'accorde mieux avec les renseignements transmis par les documents diplomatiques (2), et elle explique tout naturellement les (1) Voy. ci-après, page XIII, de cette introduction, ligne 20. (2) Des documents dignes de foi établissent que Geoffroi le Barbu, l'aîné des deux frères, fut seul désigné par Geoffroi Martel pour son héritier, et que seul il succéda au titre de comte en Anjou et en Tou raine. Foulque Rechin ne reçut pour sa part que quelques châteaux ou de simples fiefs relevant du comté d'Anjou. Voir le cartulaire des serfs, publié par MM. Salmon et Grandmaison dans les Mémoires de la Société archéologique de Touraine, p. 18. VIII INTRODUCTION AUX CHRONIQUES causes qui ont amené de si graves dissensions entre les deux frères. Le jugement porté sur Foulque Rechin est sévère, le chroniqueur n'hésite pas à l'appeler un prince fourbe et débauché, dont l'ambition remplit l'Anjou et la Touraine de désastres et de ruines, il donne même à entendre qu'il ne fut pas étranger à la mort de son fils Geoffroi Martel, ce qui lui paraît un fait peu croyable. C'est à la mort de ce jeune prince, tué en H 07, au siège de Candé, que s'arrête son récit, qui dans le manuscrit 6218 se termine par l'é- pilogue suivant rejeté tout à la fin des Gesta par les compilateurs postérieurs. « Haec ego dum in voluminibus abditis invenissem scripta, non sum perpessus infructuoso silentio tegi. Ad ho- norem igitur dominorum nostrorum Andegavorum consulum, sicut gesta eorum agnovi, conscripsi et ad edificationera succes- sorum credidi destinanda : obsecrans ut labor noster, in opti- morum imitatione, a modernis valeat fructum invenire. » III. Eudes, abbé de Marmoutieh, acteur de la première ré- daction DES Gesta. — Nous avons vu que cette rédaction était la même que la chronique anonyme citée par le moine Jean. Est- elle différente de la chronique abrégée attribuée à un abbé Eudes, qui, selon le même auteur, a servi de canevas à Thomas de Lo- ches, à Robin et à le Breton d'Amboise? Nous ne le croyons pas. Jean, il est vrai, paraît les distinguer; mais ce compilateur n'a eu entre les mains que la chronique qu'il appelle anonyme. Il ne connaissait celle que Thomas de Loches et le Breton d'Amboise attribuaient à l'abbé Eudes que par ce que lui en avaient dit ces auteurs, qui en avaient fait usage et se l'étaient appropriée. Or il est un fait que la collation des manuscrits met hors de discussion, c'est que la rédaction qui s'arrête à l'année H07 a servi de base à toutes les autres, aussi bien à celle de Thomas de Loches qu'à celle du moine Jean. C'est à peine si en se copiant ces auteurs ont modifié quelques phrases du texte primitif. Les principaux changements qu'ils ont apportés consistent dans l'addition de pré- faces qui leur sont particulières, et dans l'intercalation d'un plus ou moins grand nombre de morceaux empruntés à d'autres ou- vrages. Cette raison est décisive, et on ne peut douter que le texte de la rédaction anonyme, contenu dans le manuscrit 6218, ne soit le même que celui de la chronique, attribuée à l'abbé Eudes, qui a servi de thème à Thomas de Loches, à Robin et à le Breton d'Amboise. DES COMTES D'ANJOU. uc Quel est cet abbé Eudes? Il ne peut être évidemment question de saint Odon, abbé de Cluni, auquel un grand nombre de ma- nuscrits attribuent à tort le traité de la réversion du corps de saint Martin de Bourgogne en Touraine, ce traité, connu seule- ment du moine Jean, n'ayant été écrit qu'au douzième siècle, et n'ayant qu'un rapport très-éloigné avec l'histoire des comtes d'An- jou. Nous ne voyons parmi les abbés du nom d'Eudes, qui ont gouverné des abbayes en Touraine et en Anjou au commencement du douzième siècle, qu'Eudes, abbé de Villeloin en 1105 et li07, selon le Gallia christiana, mais qui, peut-être, vécut encore après cette époque, puisqu'on ne trouve cité le nom de Regnaud II, son successeur, qu'en H40 seulement (1), et Eudes, nommé abbé de Marmoutier en 1124, mort le 13 avril 1137. C'est à ce dernier que nous attribuons la première rédaction des Gesta. Il est certain que l'auteur de cette chronique était un homme instruit, nourri dans la connaissance des poètes et des prosateurs de l'antiquité, qu'il cite à chaque instant, et cette connaissance ne pouvait s'acquérir que dans de grands monastères, comme Mar- moutier, Saint-Martin de Tours et Saint-Aubin d'Angers, qui ren- fermaient des bibliothèques, à juste titre, restées célèbres. L'es- prit d'indépendance , avec lequel il a écrit son histoire , prouve d'un autre côté qu'il n'était pas une créature des comtes d'An- jou , le jugement sévère qu'il porte sur quelques-uns de ces princes, l'absence de toutes ces formules laudatives, qui carac- térisent les écrits des clercs, dont les histoires dégénèrent trop souvent en panégyriques, nous montrent dans l'auteur un homme qui, s'il était soumis de fait à la domination des comtes d'Anjou, n'attendait rien d'eux et n'avait aucune raison de les considérer comme ses patrons ou comme les bienfaiteurs de son monastère; toutes ces circonstances s'appliquent on ne peut mieux n un abbé de Marmoutier; cette abbaye, enrichie par les dons des comtes de Blois, ennemis nés des comtes d'Anjou, s'étant refusée pendant longtemps à reconnaître d'autres protecteurs. Avant d'être nommé abbé de Marmoutier, Eudes avait exercé les fonctions de prieur claustral (2) . En 1128, il assista à la céré- (1) Gallia Chrisliana, t. XIV, col. 274. (2) Il exerçait ces fonctions en 1107 ; voyez nne cliarte de Marmou- X INTRODUCTION AUX CHRONIQUES monie qui eut lieu au Mans le jour de l'Ascension et dans laquelle Foulque , comte d'Anjou, prêt à partir pour Je'rusalem , prit la croix. La même année, il reçut en don de Thibaut, comte de Blois, l'église de Saint-Martin du Val dans le faubourg de Char- tres. Il avait déjà fait à cette époque deux voyages à Jérusalem , il s'apprêtait à y retourner une troisième fois, mais Geoffroi de Vendôme chercha à le détourner de cette entreprise. Ses conseils furent écoutés et Eudes renonça à son voyage. Le 26 mai H 29 il était en Bretagne, où il se fit confirmer par l'évêque d'Aleth la possession de l'église de Corseult. Il se rendit encore dans ce pays en 1133, comme on le voit par une charte du prieuré de Com- bour, et il mourut le 13 avril 1137. Tel est selon nous l'auteur de la première rédaction des Gesta consulum Andegavorum. IV. Anonyme continuateur de l'abbé Eudes. Dans le même manuscrit latin 6218, la rédaction que nous venons d'attribuer à l'abbé Eudes, a été continuée jusqu'en 1 ISO par un anonyme, qui a transcrit à la suite l'histoire de Foulque le Jeune, roi de Jérusalem, et celle de Geoffroi le Bel, son fils. Cette dernière his- toire a été copiée sans aucune modification par tous les compila- teurs plus récents. Elle est conforme au texte imprimé dans ce volume. Le chapitre relatif à Foulque le Jeune est beaucoup plus court que celui des imprimés, ce qui tient à ce qu'on a intercalé après coup dans celui-ci le long récit de la bataille d'Alençon (p. 144-151), et la vision miraculeuse arrivée à Foulque le Jeune au moment de son départ pour Jérusalem (p. 152-1S3). Le con- tinuateur anonyme a terminé son œuvre par un épilogue, qui dans les textes imprimés vient immédiatement avant celui de la rédaction attribuée à l'abbé Eudes, rejeté à la suite par les der- niers rédacteurs. V. Manuscrits de la première rédaction. Les manuscrits qui renferment le texte de l'abbé Eudes et de son continuateur sont assez nombreux ; nous en indiquerons cinq. Le manuscrit latin 6218 est le plus ancien, nous le considérons comme le type de la famille. C'est un petit in-4", écrit au douzième siècle, composé de 1 19 feuillets de parchemin, ayant de 27 à 31 lignes à la page ; il lier de cette année pour le prieuré de Rillé. Marchegay, Archives d'An- jou, t. II, p. 45. DES COMTES D'ANJOU. xi contient du f° J au P" 24 v. le Liber de compositione castri Am- haziae et ipsius dominorum gesta; du f° 24 v. au f° 63 v. la Chronica de gestis consulum Amie gavor uni, eX du fo 64 au f°119 les Gesta dominorum Ambaziensium. Le manuscrit latin 621 9 de la Bibliothèque nationale est un petit in-4° en papier, de 84 feuillets, y compris les feuillets de garde, ayant de 27 à 30 lignes à la page. Ce manuscrit, qui a fait partie de la bibliothèque de Bigot, est du quinzième siècle. On lit à la fin : « Hune librum scripsit Bartholomeus Cornut , notarius de Sancto Baldoino, ad opus mei Ludovici de la Vernade, railitis, et praesidentis Forensis ac consiliarii regii, anno Domini mccccliii. » Le manuscrit du même fonds 10045, qui est aussi en papier, est composé de différents ouvrages et a été transcrit au quinzième siècle. II est écrit sur deux colonnes, le Liber de compositione, les Gesta comitum Andegavorum et les Gesta dominorum Ambazien- sium occupent les 39 premiers feuillets. Le manuscrit latin 12881, sur papier, est du commencement du quinzième siècle. Dans ce manuscrit le Liber de compositione occupe les 11 premiers feuillets. Les Gesta consulum s'étendent du f" 12 au f° 29, et les Gesta dominorum Ambaziensium du feuillet 29 au feuillet 52. M. Taschereau possède un manuscrit des Gesta, de la même fa- mille, qu'il a bien voulu nous communiquer. C'est un volume in-4° en papier de 169 feuillets, écrit au commencement du dix-septième -siècle. Il renferme: 1° de la page 1 à la page 75 le texte an Liber de compositione, les Gesta consulum Andegavorum et les Gesta dominorum Ambaziensium; 2° de la page 75 à la fin, la traduction française d'Hervé de la Queue. VI. Dans tous ces manuscrits, la rédaction des Gesta consu- lum Andegavorum débute comme dans cette édition par « Quo- niamin ante expositis. » L'article de Tertulle (voyez p. 26) com- mence par « Ipse autem genuit ïertuUum qui primus, etc., » au lieu de « Supradictus autem. » A la (in de l'article de Geoffro Martel (voyez p. 143, lig. 6), après « Philippuni et Florium ge- nuit, » se trouve l'épilogue que nous avons déjà signalé comme étant celui de l'abbé Eudes. « Ilœc ego dum in voluminibus abditis invenissem scripta, non sum perpessus infructuoso silentio tegi. Ad honorem igitur dominorum nostrorum Andegavorum consulum, sicut gesta eorura agnovi, conscripsi, etc. » A la suite vient le XII INTRODUCTION AUX CHRONIQUES texte de la continuation anonyme, c'est-à-dire 1° l'histoire de Foulque, roi de Je'susalem qui commence comme dans l'imprimé par « Verum est pater non portabit, etc. » (p. 143), jusqu'à « Fulconi faciehat » (p. 144, lig. 14), pour reprendre (p. ISl, lig. 18) à « Rex Willelmus, qui Angliam » etc., jusqu'à « Ful- conem Andegavensem qui uxore carebat » (p. 152, lig. 19) et qui se termine par les deux derniers alinéas, depuis « Ipse vero» (p. 153, lig. 25) jusqu'à «sibi constitutum » (p. 155, lig. 40), et 2° l'histoire de Geoffroi le Bel telle qu'elle est imprimée dans ce volume. Celle-ci se termine par le deuxième épilogue qui forme la première moitié de celui des imprimés. « Hactenus mihi videtur sufficienter dictum esse de gestis et actibus Andegavorum con- sulum. Si qua preterea sunt, credo autem niulta esse, ab his, si vobis, videtur, quiista melius sciunt, queritote. » Nous allons essayer pour ceux qui n'ont pas les manuscrits sous les yeux, de reconstituer cette rédaction sur le texte imprimé en indiquant les parties dont elle se compose et les variantes quand elles existent. VII. La rédaction manuscrite est conforme à l'imprimé depuis « Qu(jniam in ante expositis » (p. 34) jusqu'à « ei valde augmen- tatum est » (p. 40, lig. 2), sauf les variantes suivantes : « Ipse autem genuit Tertullum, n au lieu de « Supradictus autem (p. 36, lig. 19); a Guastinensis pagi incolam, » au lieu de « dominam » (p. 39, lig. 15) que porte le texte imprimé. Après « valde aug- mentatum est, » les manuscrits continuent depuis « Postea vero ipsi rex prœdictus » (p. 45, lig. 18) jusqu'à « contra hostes fac- titavit » (p. 46, lig. 16), et depuis « aliquantisper hic quandiu vixit » (p. 63, lig. 22) jusqu'à « talia actitans Ingelgerius morte obiit, cui filius ejus Fulco, etc., adversusimpugnatores exercuit » (p. 63, ligne dernière). Le chapitre de Foulque le Roux fp. 66) est semblable à l'im- primé jusqu'à K in partem sextam acciti sunt » inclusivement (p. 67, lig, 13). Celui de Foulque le Bon est semblable à l'imprimé depuis « Post haec, mortuo Fulcone Rufo » (p. 67, lig. 16) jus- qu'à « minima avaritia in ipso erat » (ibid., lig. 23). Le texte manuscrit reprend ensuite à « Iste Fulco nulla bella gessit » (p. 60, lig. 22), jusqu'à « actitasse compertum est » (p. 71, lig. 27) et continue depuis « ejus autem tempore » (p. 74, lig. 23) jus- qu'à « facililabore satisfaciebat » fp. 75, lig. 7). DES COMTES D'ANJOU. xiii Le chapitre de Geoffroi Grisegonelle est ainsi composé : depuis « IsteFulco pius » (p. 75, lig. 14) jusqu'à « sibi adquisivit » (p. 76,lig. 6), et depuis : « In diebus illis Huasten danus » (p. 78, lig. 20) jusqu'à « mortuis supervixit » (p. 87, lig. 11). Le chapitre de Maurice est semblable à celui de l'imprimé, à l'exception de la mention de sépulture qui ne s'y trouve pas. Celui de Foulque Nerra est semblable à l'imprimé depuis : « Fulco Nerra, cui consuetudo fuit » (p. 89, lig. 18) jusqu'à « a Castro illo expellitur» (p. 91, lig. 5), après quoi la rédaction manuscrite continue ainsi (ibid., lig. 6) : «Inde comes per terram (ibid., lig. 9) hominis et amici » etc., jusqu'à « quiète et pacifiée possidetur» (p. 93, lig. 16); « Fulco siquidemj) (p. 100, lig. 18) jusqu'à « gratia peregrinationis venit » (ibid., lig. 21) ; « et ac- ceptis (p. 101, lig. 13), cum benedictione » etc., jusqu'à» ibidem- que sepultus quievit» (p. 101, dernière ligne); « Fulco siquidem » (p. 102, lig. 23) jusqu'à « ibi imponens, construxit « (p. 103, lig. 17); «Ambasiaco vero» (p. 106, lig. 24), jusqu'à «exercitu quievit (p. 109, lig. 27), On trouve ensuite dans les manuscrits ce passage qui a été supprimé dans toutes les rédactions plus récentes : « Cum esset Odo Blesis, nuncius eiinnotuit Alemannos, cum duce Lotharingie, Barum super Albam obsedisse ; rediens igitur festittus, Alemannos, qui jam dicesserant, usque in Lotha- ringiam persequitur, cum eis pugnans, graviter vulneratus vic- tor rediit, qui tamen plaga illa paulo post obiit, terramque illius ïheobaudus, filius suus, possedit. » Le texte de l'abbé Eudes continue ensuite : « InterimFulco » (p. 116, lig. 2o) jusqu'à « non diu post vixit » (p. 117, lig. 5). Le chapitre de Geoffroi Martel est semblable à l'imprimé depuis « Gosfridus Martellus » (p. 117, lig. 20) jusqu'à « cum Theobaldo pacificatus est >> (p. 122, lig. 2) ; depuis « Gelduino Salmurensi et filio ejus » (p. 124, lig. 1 ) jusqu'à « distribui constituit j) (ibid. lig. 8); depuis a Siquidem eo tempore » (p. 125, lig. 30) jusqu'à « succendit et delevit» (p. 126, lig. 21) ; depuis « Santo- nici etiam » (p. 127, lig. 8) jusqu'à « non sine grandi dolore de- fungitur » (p. 131, lig. 16). Le chapitre de Geoffroi le Barbu est conforme à l'imprimé de- puis « Dum Gosfridus » (p. 133, lig. 10) jusqu'à « violenter auferebat » (p. 134, lig. 11). Le chapitre de Foulque Rechin est semblable à l'imprimé de- XIV INTRODUCTION AUX CHRONIQUES puis « Fulco subdolus » (p. 138, lig. 21) jusqu'à « Fulco vocatus fuit » (p. 140, lig. 21). Le chapitre de Geofiroi Martel (p. 141, lig. 1) commence ainsi : « Gosfridus Martellus jam adultus » et est semblable à l'im- primé jusqu'à « aliquantulum minutus erat » (ibid. lig. 15), depuis « Inillo terapore » (ibid., lig. 17) jusqu'à la fin du chapitre « Philippum et Florium genuit », après quoi les manuscrits don- nent l'épilogue mentionné plus haut. DEUXIÈME RÉDACTION, PAR THOMAS DE LOCHES. I. Thomas de Parce prieur de Loches. Thomas de Paccio ou de Parce (1), que nous croyons originaire d'Anjou, fut d'a- bord notaire de Foulque le jeune. Ce prince, avant de partir pour Jérusalem, le gratifia d'une prébende dans le chapitre de Noti'e- Dame de Loches (2) . Thomas continua d'exercer les mêmes fonc- tions près de Geofiroi le Bel, qui vers 1138 le nomma son chape- lain. Il est cité pour la première fois comme témoin dans une charte du 29 juin 1130, par laquelle Geoffroi le Bel exempte de cer- (1) Dans toutes les chartes où il est cité, Thomas n'est jamais désigné que sous le tiire de prior ou decanus Lochensis. La chronique de Notre- Dame de Loches, publiée en 1855 par André Salmon, l'appelle Thomas de Paccio. Nous ne connaissons aucun texte ancien qui lui donne le nom de Thomas Pactius, sous lequel il est plus généralement connu, mais il faut remarquer que le texte de la chronique, Imprimé d'après une copie du seizième siècle seulement, est assez défectueux. Ainsi le lieu appelé Gisois (Gizeux en Anjou) dans la bulle du pape Eugène III, y est nommé Gisors. Notre confrère M. Port, si versé dans tous les dé- tails de l'histoire de l'Anjou, croit que le nom évidemment altéré Mota Conturmaci désigne Continvoir, localité située à peu de distance de Oiseux, et que le Heu dont Thomas porte le surnom est Parceium et non Paccium., c'est-à-dire Parce en Anjou, à peu de distance de Oiseux et de Continvoir. Nous hésitons d'autant moins à adopter cette opinion, que nous avons tout lieu de croire Thomas de Loches originaire d'An- jou. (2) Chronique de N. D. de Loches, Recueil des chron. de Touraine, p. 377. DES COMTES D'AiNJOU. xv tains droits les religieux de Saint-Florent de Saumur (1). Il signa comme notaire en 1138 la charte par laquelle le comte d'Anjou exempta les habitants de Saumur du droit de vinage, moyennant une redevance payable pour chaque arpent de vigne à la Saint- Martin d'hiver (2). Le 24 août 1139, il assista à un jugement rendu à Angers dans le chapitre de Saint-Laud (3) sur un diffé- rend qui existait entre Gauzbert Aleaume, seigneur de Vihiers, et (1) Ego Goffridus Martellus, Andegavorum cornes, Fulconis régis Jerosolimitanorum filius, ideraque Mathildis, régis Anglorum filial, Henrici videlicet Romani imperatoris quondam uxoris, maritus, que- rimonise Matliei, abbatis Sancti Florentii Salmurensis, monachorum- que suorum de qiiodam municipio, quod in Mota Sancti Florentii Vete- ris michiab eis fieri exigebam, lacrimabiliter conqucrentium, et ne tam pravam inusitatamque consuetudinem castello suo superadderem hu- millime deposcentium ; tandem compassus sum, nec mora .... peti- tioni monachorum adquievi. . . . Porro hujus concordiae confirmatio- nem viderunt et audierunt barones mei et alii legitlmi viri, nominatim subsequenter designati; Hugo archiepiscopus Turonensis, Ingelbaudus Vindocinensis,magister Vaslotus, capellanimei ; Thomas, prier Lochen- sis, Matheus magister sororum mearum, qui hoc cirographum scripsit. Anne ab incarnatione domini MCXXX°. III kal. julii. — St-Florent, Cartul. blanc ^ f. 48. (2) Ego Goffridus cognomine Martellus, Dei gratia Andecavorum comes, filius Fulconis bonae memoriae régis Jérusalem, concilio fide- lium meorum. . . . Concedo hominibus meis Salmuri et sigillé nostri comitatus firmari praecipio, ut perpetualiter teneant et absque uUa re- vocatione possideant vinagia omnium vinearum Salmuri, ubicumque sint. .. . hac conditione scilicet quod, pro unoquoque arpente vineae, unoquoque anno, in festo S. Martini hyemalis, quatuor solides ande- gavensis monctae recipiam, etc. Hsec concessio facta est Cenomannis ante januas Sancti Pétri de Curia, anne ab incarnatione Domini MCXXXVIII, prime anno regni Ludevici, Philippi filii. . . . astantibns in presentia comitis, Pagano de Vallibus Claris, Andréa de Doete, Ja- queline de Mallelo, Aimerico de Averio, Fulcone et Symone, camera- riis etc. Hec carta data est per manum Tomae, prions Lochensis, no- tarii comitis. — Cartul. d'argent de St-Florent., fol. 332 v. (3) Defuncto Rotborte lîlie Rainaldi, venit quidam miles de Vieriis, nomine Gosbertus Alelmi, ad demnum Gaufridum Andegavorum comi- tem, et clamavit in curia ejus, ad versus Rotbertum abbatem et mona- chos Sancti Albini, terram quae Priscinniacus appellatur. . . . Auditis XVI INTRODUCTIOxN AUX CHRONIQUES Robert, abbé de Saint -Aubin; dans l'acte qui contient la sentence, il prend le titre de chapelain du comte (1 ) . Après la mort de GeofFroi le Bel, Thomas se retira à Loches et se consacra tout entier aux intérêts de l'église dont il était devenu le doyen. C'est le titre qu'il prend dans une donation faite en 11 SI par Henri H aux religieuses de Fontevraud et à laquelle itaque cornes his sermonibus surrexit et secedens in locum secretum, vo- navit secum domnum Ulgerium, Andegavensem episcopum, aliosque clarissimos viros ad faciendum judicium. . . . Nomina autem illorum qui hoc judicium fecerunt haec sunt : dominus Gaufridus cornes, filius Fulchonis Jerosolimitani régis, domnus Ulgerius Andegavensis episco- pus, Matheus, abbas Sancti Florentii, Thomas, capellanus comitis. Hoc antem judicium, in capitule S. Laudi factum, recitavit ipse Gaufridus cornes in claustro ejusdem sancti coram superius nominatis personis, anno Domini MCXXXIX, indict. II., IX kal. septembris. Archiv, de St- Aubin d'Angers. (1) C'est également en 1139 que Thomas de Loches, en sa qualité de notaire, dressa la charte, par laquelle Geoffroi le Bel exempta des droits d'host et de chevauchée les hommes de l'abbaye de Cormeri, qui habitaient le territoire dépendant de Loches. Notum sit. . . quod ego Gosfridus, Andegavorum cornes, filius Ful- conis bonae raemoriae régis Hierusalem. . . . dono et concedo in perpe- tuum. . . . quod homines Sancti Pauli de Cormeriaco. ..qui morantur in lisco de Castro Lochas, si aliquo modo de exercitu comitis submoniti fuerint et remanserint, non emendabunt prœposito comitis etc. . . Et ut hoc ratum et inviolatum omni tempore custodiatur, sigillo comita- tus nostri muniri atque signari praîcepi. Data per manum Thomœ no- tarii mei. etc. — t'artulaire de Cormeri, n" LXI. Thomas est encore cité avec le titre de chapelain dans une charte de Geoffroi le Bel qu'on peut rapporter à l'année 1140 ou à l'année 1141. Ego igitur Gaufridus, Dei gratia Andegavorum comes, heredibus mels perennlter sciendum notifico, pro remedio patris et matris meae antecessorum animarum, petitionibus justis Gaufridi, Sanctae Mariae prions, bénigne consentiens, ecclesiae Lentilhacse et monachis ibi Deo famulantibus omnes consuetudines, vicariam, vendas, et omne foris- factum, quas habebam in terra Guillelmi Tellarii. . . . dono et in per- petuum habenda concedo. Actum in predicta ecclesia Lentilliaca, in- scripta Sanctœ Trinitatis, sub his testibus : Petro Burgulii abbate, Petro Rufo, suo monacho, Thoma capellano. Sign. Gaufridi comitis Andegavis, sign. Gaufridi filii sui, sign. Willelmi tilil sui. — Archiv. de Saint-Florent de Saumur. DES COMTES D'ANJOU. xvu il assistait (1). Quand il vint résider à Loches il trouva la collé- giale fort pauvre, les bâtiments tombaient en ruine, l'église manquait des objets les plus nécessaires au culte, les revenus du chapitre étaient considérablement diminués. Thomas fit faire des livres et donna à la collégiale un exemplaire de l'Ancien et du Nouveau Testament en deux volumes, quatre jjassionnaux, une histoire du vénérable Bède, un missel, un évangéliaire, un épisto- laire et un martyrologe. Il lit construire un four, un étang et des moulins et donna au chapitre plusieurs métairies qu'il acheta de ses deniers en Anjou. En 1154 il obtint une bulle du pape Eu- gène III confirmative de toutes ces donations. Thomas voyant ensuite que la voûte de l'église menaçait ruine, la lit recon- struire à ses frais ainsi qu'une partie des murailles. Mais ce der- nier travail l'entraîna dans des dépenses imprévues, tout son patri- moine y passa. Il voulut alors reprendre et affecter à son usage une partie des biens qu'il avait autrefois donnés à l'église, mais cette prétention amena de graves dissentiments entre lui et les chanoines, qui soutinrent qu'il n'avait pas le droit de reprendre les biens affectés à leur entretien par une bulle pontificale. Henri II, auquel parvinrent au commencement de l'année 1168 les réclamations du chapitre, adressa à Thomas et aux chanoines de Loches, une lettre datée de Beaufort, par laquelle il leur en- joignit de faire la paix et décida que Thomas devait se contenter du revenu de deux prébendes, et cela en considération de ce qu'il avait beaucoup dépensé pour le bien de l'église et sous la (l) Du 7 sept. 1151 au 18 mai 1152. Ego Henricus, dux Norraannornm et cornes Andegavorum, do et concedo.. . pro uiiima patris mai G., Andegavensis comitis et pro mea meorumque salute, Matildi abbatisse, amite mee,et toticonveutuiFon- tis Ebraudi domiim de Salmuro, que de meo dorainio erat. . , et prê- ter hoc sexdecim domos, in villa de Salmuro, quas Iiomines mei eis dederunt ; similiter eis concedo , ut ponant in domo furni sui de Salmuro decem Iiomines, qui non sint consuetudinarii mei, et sint quieti de omni exercitu et expcditione. . . . Teste Tlioma, decano de Locliis, Josleno de Turonis, Ugone de Claiers etc. Apud Balgeium. — Grand cart. Je Fontevraut, n" 6'i6. —Charte donnéeavant le 18 mai 1152, date du mariage de Henri II avec Alienor d'Aquitaine et depuis la mort de Geoffroi le Bel, 7 septembre 1151. b XVIII INTRODUCTION AUX CHRONIQUES condition qu'il y ferait résidence (i). Thomas surve'cut peu de temps à cet arrangement. D'après l'obituaire de Notre-Dame de Loches, il mouiut le 27 avril 1168. II. Sa kkdaction. On savait par le témoignage du moine Jean, que Thomas de Loches avait écrit une histoire des comtes d'Anjou. Mais on croyait jusqu'ici sur la foi du P. Lelong, que cette histoire était une chronique abrégée contenue dans un manuscrit de l'abbaye de Saint- Victor de Paris et imprimée ci-après, p. 319. Une rubrique placée en tête du manuscrit et ajoutée après coup, avait causé l'erreur du savant bibliographe. Il suffisait de lire le texte du moine Jean pour se convaincre que l'histoire du prieur de Loches ne pouvait être une chronique abrégée, que ce devait être au contraire une œuvre d'une certaine étendue. Thomas, dit cet auteur, ayant trouvé la chronique de l'abbé Eudes, l'amé- liora en y ajoutant les faits parvenus à sa connaissance. La rédac- tion de Thomas de Parce devait donc être plus étendue que celle de l'abbé Eudes. Ne doit-on pas supposer d'ailleurs que c'est dans les manuscrits provenant de Notre-Dame de Loches, dont Thomas était prieur, que devait se trouver de préférence le texte de son histoire. Or, il existe parmi les papiers de Duchesne, une copie des Gesta faite d'après un manuscrit de cette collégiale, qui avait été communiquée au savant Tourangeau par dom Filesac.Une autre copie, malheureusement incomplète, faite aussi d'après un manuscrit de Loches, nous a été conservée par doniHousseau. Ces deux copies nous donnent un texte plus étendu et différent de celui de l'abbé Eudes. En tête on lit un titre très-long, qui indique que nous nous trouvons en présence d'une rédaction faite spécialement pour l'église de Loches. Le récit commence immé- diatement après ce titre sans exorde ni préface et se sépare de la rédaction de l'abbé Eudes, non- seulement par la forme, mais en- core par les domiées historiques qu'il renferme. En effet, soit qu'il ait suivi de moins près ces anciennes généalogies des comtes, qu'invoquent tous les chroniqueurs, ou qu'il ait puisé à d'autres sources, l'auteur ne fait qu'un seul et même personnage de Ter- tulle et de Tortulfe, que l'abbé Eudes et les autres compilateurs distinguent. Néanmoins, le premier chapitre passé, si on compare (1) Recueil des chroniques de Touraine, page 377. DES COMTES D'ANJOU. xix le texte de ces manuscrits avec celui de l'abbé Eudes, on voit qu'il est sensiblement le même et que l'un a dû servir de modèle à l'autre, le début a été modifié, quelques phrases ont été sup- primées, l'ouvrage a été étendu à l'aide d'interpolations assez considérables faites à un texte primitif, qui en réalité n'est autre que celui de l'abbé Eudes. Toutes ces circonstances rapprochées du témoignage du moine Jean, nous permettent d'affirmer que la rédaction contenue dans les manuscrits de l'église de Loches ne peut être que l'œmTe de Thomas de Parce, III. Indiquons maintenant les modifications que le prieur de Loches a fait subir au texte de l'abbé Eudes et les différences qui existent entre les deux rédactions. Ces modifications sont de deux sortes. Thomas a supprimé certains passages et il en a ajouté beaucoup d'autres. Ainsi il a laissé de côté la première partie de la rédaction pri- mitive, renfermant l'histoire abrégée des l'ois de France et sup- primé le prologue de la seconde partie qui rappelait cette his- toire. Son récit commence ex abrupto... c Primus, dit-il, ex progenie coraitum Andegavorum est » etc. Dans le chapitre relatif à Foulque le Roux (p. 60), il a sup- primé toute la fin du deuxième alinéa, depuis « quae omnia Ka- rolus Stultus filius Ludovici Balbi, qui nihil fecit » (Hg. 9) jusqu'à « ho5 omnes sibi alliciebat » (lig. 26). Dans le même chapitre (p. 60, avant-dernière hgne), il a laissé de côté le passage con- tenant la généalogie de Garnier, beau-père de Foulque le Roux depuis « Warnerius iste, cujus filiam duxit, » jusqu'à « parvulis prœdictus rex abstulerat » (p. 66). Le chapitre qu'il consacre à Foulque le Bon (p. 67) est ainsi conçu : aPost haec mortuo Fulcone, Rufo, alter Fulco, fJius ejus junior, qui cognominatus est Bonus, successit. Iste fuit pacifici et tranquilli et mitis ingenii, n puis passant à la page 69, hgne 22, « nuUa bella gessit j) etc., jus- qu'à la ligne 27 « usque modo tenent. » Thomas a également supprimé les trois dernières lignes de cet alinéa relatives au duc Rollon. Quelles raisons ont déterminé le prieur de Loches à effectuer les suppressions que nous venons d'indiquer, c'est ce qu'il serait superflu de rechercher. Mais il y en a d'autres plus significatives, qui emportent avec elles leur propre explication. En effet, le principal but que se proposait Thomas de Parce était de glorifier la mé- XX liXTRODUCTlON AUX CHRONIQUES moire de Geoffroi Grisegonelle, fondateur de JNotre-Dame de Loches. ïliomas, qui avait toujours vécu à la cour de Geofiroi le Bel, qui devait toute sa fortune à ce prince et à Foulque le jeune son j)ère, n'était pas dans les mêmes conditions d'impartia- lité que l'abbé Eudes; il ne pouvait oublier en écrivant, qu'il ra- contait l'histoire de ses bienfaiteurs. Aussi certaines allégations, certains jugements exprimés par l'abbé Eudes, le blâme déversé |)ar lui sur les actions de plusieurs comtes, lui ont-ils paru de nature à blesser la vanité ou les prétentions des princes de cette famille ; elles disparaissent sous sa plume. C'est ainsi qu'il a sup- primé (p. 139, lign. 3) cette phrase énergique, dans laquelle Eudes semble avoir voulu résumer tout le règne du Rechin : « De- Icta pêne Andegavia et ïuronia, Fulco Rechim Barbatum, fratrem suum, subdole captum, in vinculis posuit et utrumque comitatum veluti suum suscepit. » Il a remplacé (p. 131) la phrase « Ande- gaviam et Santonas Barba to, ïuroniam cum Landonensi castro Fulconi » par la suivante « Andegaviam et Santonas Fulconi, Tu- roniam cum Landonensi castro Barbato donavit » croyant })Ouvoir ainsi donner le change à la postérité sur l'usurpation du Re- chin. L'abbé Eudes n'a jamais attaqué la famille des comtes de Blois, toutes les fois qu'il a parlé d'un des membres de cette famille, il l'a fait simplement, sans exprimer ni blâme ni éloge. On sent néanmoins que c'est de leur côté que se portent ses préférences et qu'il se souvient que les comtes de Blois ont toujours été les bienfaiteurs de l'abbaye de Marmoutier, mais ce souvenir ne le lait pas se départir un instant de cette impartialité qui n'est pas une des moindres quaUtés de son récit, Thomas de Loches n'a pas tenu la même conduite, non-seulement il a supprimé (p. 1 09) le récit de la mort d'Eudes le Champenois, tel qu'il se trouve dans la rédaction primitive, mais il a remplacé ce récit par un chapitre de Raoul Glaber, auteur qui, comme chacun sait, est loin d'être favorable à la maison des comtes de Blois. IV. Si l'on on croit le moine Jean, les additions du prieur de Loches auraient été de peu d'importance. Il aurait sim[)lement ajouté à la chronique ancienne quelques faits qu'il avait appris de vive v()i\, mais cette allégation est démentie ])ar l'examen des manuscrits de la collégiale de Loches; non-seulement Thomas a ajouté à la rédaction primitive des récits dont il [)eut être consi- DES COMTES D'ANJOU. xxt déré comme l'auteur, mais il y a inséré un grand nombre de pas- sages, empruntés à des ouvrages, qui pour la plupart nous sont connus, tels que l'histoire de Raoul Glaber et les Gesta domino- rum Arnbaziensium. Au moine de Cluni il n'a pas emprunté moins de six chapitres. Le troisième et le quatrième du livre II, qu'il a intercalés après l'article consacré par l'abbé Eudes à la mort des fils de Conan duc de Bretagne (p. 93) depuis « Nunc de moribus Britonum » jusqu'à « patrare episcopi diocesi » (p. 98, avant- dernière ligne). Le sixième du livre IV, intercalé après la mention de la mort de Robert le Diable (p. 101, dernière ligne), depuis « De quo » jusqu'à « Helena legitur genitus fuisse. » Les chapi- tres deux et neuf du livre III, transcrits à la place du récit de la mort d'Eudes le Champenois par l'abbé Eudes (p. 109), depuis « Igitur disponente Francorum regum » jusqu'à « cujus finem te- terrimum supra diximus » (p. Il 6) et le chapitre deux du livre V, inséré à la suite du récit de la bataille de Noït en 1042, depuis « Quid Glaber Rodulphus » (p. 122, troisième ligne) jusqu'à « fa- cere permitteret. » Les emprunts faits axxxGesta dominorum Arnbaziensium sont au nombre de cinq, le premier «At Fulco alter Caesar » (voir p. 462) a été intercalé après le récit des querelles de Foulque Nerra et d'Eudes le Champenois (p. 91, ligne 18). Le second commen- çant par « Gosfridus igitur cum Willelmo » (voir p. 172) a été inséré après la mention des courses de Geoffroi Martel en Poitou (p. 126, deuxième alinéa). Les trois autres ont été placés au mi- lieu du chapitre consacré à Foulque Rechin, entre l'avant dernier et le dernier alinéa (p. 140). Le premier commence par « Erant tune autem Ambaziae » (p. 175) ; le second par « Non longe post h?ec' » (p. 183), et le troisième par « Namque velle suum cuique » (p. 185). Deux autres ouvrages ont encore été mis à contribution par Thomas de Loches. Le premier est un de ces nombreux recueils de miracles de saint Martin qui ne nous sont point parvenus. Les fragments conservés permettent de croire qu'il avait été rédigé dans la collégiale de Saint-Martin de Tours et peut-être par un chanoine de cette église. Des deux anecdotes empruntées par Thomas à ce recueil, la première est bien connue : c'est l'histoire de Foulque le Bon prenant part aux chants des clercs dans l'é- glise de Saint-Martin et de sa célèbre réponse aux railleries du XXII INTRODUCTION AUX CHRONIQUES roi de France, qui l'avait surpris dans cette occupation « rex il- litteratus est asinus coronatus » (p. 70, deuxième alinéa) ; l'au- tre, puisée évidemment à la même source, vient immédiatement après. C'est l'histoire de Foulque le Bon portant Jésus-Christ sous la forme d'un lépreux depuis le Port Cordon jusqu'à l'église de Saint-Martin (p. 73, 1. 5). Le second ouvrage était aussi un recueil de miracles, une de ces compilations qui servaient de thèmes aux sermonnaires. Celui- ci avait été rédigé par un moine de Marmoutier. Le fragment que Thomas de Loches en avait extrait et qu'il a assez maladroitement intercalé à la suite d'un passage où l'abbé Eudes faisait l'éloge de Geoffroi le Barbu (1) est dirigé contre ce prince. Il fait allusion à quelque différend survenu entre le malheureux frère de Foulque Rechin et les religieux de xMarmoutier. La même historiette se retrouve dans la vie de saint Hugue par Hildebert, évêque du Mans, et paraît lui avoir été empruntée. Peut-être a-t-elle été tirée de l'ouvrage de Gautier de Compiègne, religieux de Marmoutier, auquel le moine Jean prétend avoir emprunté plusieurs des addi- tions qu'il a faites à sa rédaction des Gesta. V. Arrivons maintenant aux additions qui peuvent être consi- dérées comme étant plus particulièrement l'œuvre de Thomas de Parce. Nous mentionnerons d'abord les indications de sépulture dans l'abbaye de Saint-Aubin d'Angers de Geoffroi Grisegonelle (p. 87, ligne 11) et de Maurice (p. 89, ligne 16), indications ajoutées au texte de l'abbé Eudes qui est muet à cet égard. — La fondation de la Trinité de Vendôme ainsi rapportée par Thomas (p. 131, 1. 17) : « iEdrficavit autem cœnobium Sancta? Trinitatis, apud Vindocinum castrum, monachosque posuit et ab- batem constituit, » La dernière ligne de cet alinéa et le suivant, ont été ajoutés par le moine Jean. La construction de l'église Saint-Georges de Vendôme par la comtesse Agnès (p. 132, 1. 26, 27 et 28) et l'achèvement de l'église de Saint-Nicolas au faubourg d'Angers ip. 133, 1. 5 à 9). Au milieu du paragraphe consacré par l'abbé Eudes au récit du différend qui s'éleva entre le comte Maurice et Landri de Châtcaudun, Thomas a intercalé (p. 88, ligne 20), la phrase « Itaque per Turonim et Lengiacum descen- (1) Depuis « QuantcE cupiditatis » (p. IS'i, ligne 12) jusqu'à « injusta tyrannifle s£Kviebat >• (p. 138, ligne 20). DES COMTES D'ANJOU. xxni tiens... et Blesensi territorio de feodo praedicti Odonis tenebat » qui ne se trouve point dans la rédaction primitive. Nous avons encore à signaler deux morceaux ajoutes par Tho- mas de Loches et dont il paraît être le x'édacteur ; l'un (p. 124, 1. 9) est l'histoire de l'origine et de la fondation de Château-Re- nault, histoire calquée sans aucun doute sur une de ces chartes- notices du XP siècle, qui offrent parfois pour nos provinces du centre, de si curieux tableaux de mœurs ; l'autre, qui suffirait à lui seul pour assigner à Thomas de Loches un rang distingué parmi nos anciens chroniqueurs, est le récit trèsdétaillé de la ba- taille d'Alençon, donnée en 1118, entre Foulque le Jeune et Henri I" roi d'Angleterre (p. 1S4,1. 13). C'est à ce récit vraisem- blablement que fait allusion le moine Jean quand il nous dit que Thomas aviiit ajouté à la chronique de l'abbé Eudes les faits qu'il avait appris de la renommée. Pendant son long séjour à la suite de Foulque le Jeune et de Geoffroi le Bel, Thomas avait vu la plupart des personnages qui avaient pris part à cette bataille et il avait dû plus d'une fois en entendre le récit. VL Nous avons dit que c'était enllol, après la mort de Geof- froi le Bel, que Thomas de Parce était venu résider à Loches. C'est en llo4 qu'il fit confirmer par le pape toutes les donations qu'il avait faites à son chapitre, mais c'est postérieurement à cette époque qu'il a dû rédiger son histoire; il s'est en effet servi des Gesta dominorum Ambaziensium, qui n'ont été écrits qu'en 1J55 au plus tôt. Si d'un autre côté on considère que sa rédaction a pré- cédé celle de Robin et de le Breton d'Amboise, antérieure elle- même, ou tout au plus contemporaine de celle du moine Jean écrite en 1169 ou 1170, on est amené à fixer à l'année 11 GO environ, l'époque où il écrivait. VII. Manuscrits de la rédaction de Thomas de Loches. Une des copies de l'histoire de Thomas de Loches se trouve dans le tome XLVIdes Mélanges Colbert, f" I64àf° 198, elle provient de Duchesne. On lit sur la première page : « Gesta comitum Ande- gavensium Thomae Paccii Lochensis, qui desiit in Godefrido Bello, Matildis imperatricis marito. » Et en marge : « ex codice in carta D. Filesaci. » — « Cette copie a été collationnée avec un manuscrit appartenant à N. D. de Loches, et il s'est trouvé con- forme.» Il faut rapprocher de cette dernière mention la suivante, écrite sur la feuille de garde et qui constate que Duchesne avait %xi\ INTRODUCTION AUX CHRONIQUES reconnu que la rédaction des manuscrits de Loches différait des autres. « Exemplaria alia quatuor, duo in membranis antiquis, duo in carta, obvia habuit Andegavis Belleforest, quae omnia pro- lixiorem praefationem lioc exemplari Lochensi habent. Sicque principes vel consules numerantur : Torquatius Brito Gallus, Ter- tullus ejus filius, Ingelgerius, etc. » En tête de cette copie se trouve le titre suivant : « Chronica comitum Andegaviae aliorumque multorum illustrium virorum, qui tam in territorio Andegavensi et Turonensi quam Parisiensi atque Britanniaî locisque confinibus militarunt, e quorum numéro illus- trissimus invictissimusque Gaufridus Grisa Gonella seu Grisa Tunica, Andegavorum cornes, ecclesiae coUegiatae Lochensis, ad Romanam ecclesiam nullo medio pentinentis, sanctissimus fundator, insignia gesta relatu digna peregit, quae potius divinitus quam humanitus creduntur facta. n Après ce titre le récit commence immédiatement. En voici le début : DB TERTULLO SEU TORTULFO PRIMO COMITE ANDEGAVORUM. « Primus ex progenie comitum Andegavorum computatus est per antiquos genealogiae illorum relatores Tertullus quidam, qui a vulgaribus proprietatem vetusti ac Romani nominis ignorantibus, corrupto vocabulo Tortulphus dici consuevit. Is in pago Rhedo- nico oriundus, forestis illius quce Nidus Meruli nuncupatur, ut dicunt aliqui, forestarius, seu, ut alii magis volunt, habitator tan- tum rusticanus fuit, ex copia silvestri et venatico exercitio victi- tans, cujusmodi homines bigrios vel byrsarios sive pedicarios di- cere solemus, utralibet ancipitis opinionis pars verior existât non multum refert. Hoc profecto constat quod Tertullus, juvenis acer, ingenuus, etc. >> L'ouvrage est divisé en chapitres et en tête de chacun se trouve un titre ou rubrique. La chronique est terminée par l'épilogue du continuateur anonyme, auquel Thomas de Lo- ches a soudé celui de l'abbé Eudes en le rejetant à la fin. Une autre copie de la même rédaction se trouve dans les pa- piers de dom Housseau (I). Elle n'est malheureusement pas com- plète ; elle a été prise par extraits sur une copie faite en la forme authentique et qui provient d'un manuscrit de Loches, comme le prouve l'attestation suivante qui se lit à la fin : v Collation faite (1) Tome XXT, fol. 14. DES COMTES D'ANJOU, xxv ;m livre des clironiques, escript en parchemin avec antres voln- mes pour la partie des vénérables et discrets, les prieurs, chanoi - nés et chapitre de l'église collégiale Notre-Dame de Loches, demandeurs et complaignans en cas de saisine et nouvelleté, en présence de vénérable et discret maistre RaouUant du Meul, cha- noine prébende et procureur de la dite église et desdits vénéra- bles, contre les religieux, abbé et couvent deBeaulieu, défendeurs et opposans audit cas, en la présence de maistre Hugues Gaigneron, licencié en loix et bachelier en droit, procureur fondé du consen- tement de chacune desdites parties, le dizième jour de febvrier 1504. Ainsi signé Gaigneron.» Le manuscrit latin 10039 de la Bibliothèque nationale était ainsi intitulé sur les anciens catalogues : « Paccius Lochensis, de consulibus Andegavorum » mais il a disparu depuis longtemps des rayons de la bibliothèque. RED\CT[ON DE ROBIN ET LE BRETON 1) ÀMBOISE. Le manuscrit latin 6006 de la Bibliothèque nationale renferme une troisième rédaction des Gesta consulum Andegavorum ; il porte d'assez nombreuses corrections, les unes contemporaines de l'é- poque où il a été écrit, les autres postérieures. L'auteur paraît avoir suivi d'abord la rédaction de l'abbé Eudes, dont il a conservé le proœmium ou prologue, mais il avait en même temps sous les yeux celle du prieur de Loches, car il a inséré dans sa trans- cription la plupart des interpolations faites par ce dernier. Il y en a quelques-unes cependant, surtout au commencement, qu'il n'a fait qu'indiquer à la marge, comme il aurait fait de correc- tions ou d'additions exécutées après coup. Ce qui pourrait faire supposer qu'il n'avait eu d'abord à sa disposition que la chroni- que de l'abbé Eudes, qu'il avait déjà copiée en partie, lorsque l'histoire de Thomas de Loches tomba sous ses yeux. Cela de- vient surtout sensible pour ce passage que nous avons déjà si- gnalé au sujet de la succession de Geoffroi Martel : uBeliquit Jn- degaviam et Santonas Barbato, Turoniam et Landonense Castrum Fulconi. » L'auteur, qui avait d'aboi'd copié le texte d'Eudes, a voulu rétablir ensuite la leçon donnée i)ar Thomas de Loches, 11 a xxYi INTRODLCTION AUX CHRONIQUES rayé les deux mots Barhato et Fulconi et a écrit eu interligne Fulconi au-dessus du premier et Barhato au-dessus du second. De même pour le chapitre de Tertulle : (v. p. 36) il avait écrit comme l'abbé Eudes, « Ipse autem genuit Tertullum qui, primus ex progenie, etc. » C'est ce que portait le manuscrit, mais l'auteur a écrit en marge « Supradictus autem Torquatius sive ïortulfus genuit Tertullum qui primus » etc., et il est à remar- quer que cette variante est ensuite entrée dans le texte et qu'elle a été reproduite par tous les manuscrits de la famille dont nous considérons le manuscrit 6006 comme le type. II. Dans ce manuscrit les Gesta consiilum et les Gesta domino- riim Jmbaziensium ont été confondus comme s'ils étaient l'œuvre d'un même auteur. Ils sont transcrits dans l'ordre suivant : 1° le Liber de compositione castri Amhazise; 2" les Gesta consulum Ande- gavorum; 3" les Gesta domînorum Ambaziensium. Le même ordre se fait remarquer dans les manuscrits qui renferment la rédaction de l'abbé Eudes, de telle sorte que, si on excepte les manuscrits de la collégiale de Loches oui se trouvait l'histoire de Thomas de Parce et ceux qui contenaient la compilation du moine Jean, tous les manuscrits, qui nous ont conservé le texte des Gesta se divi- sent en deux familles, dont les manuscrits 6213 et 6006 sont les types. Ces manuscrits, qui sont du douzième siècle, offrent l'un et l'autre dans le même ordre les trois ouvrages que nous venons de citer ; ce qui les distingue, c'est que le premier contient le texte primitif de l'abbé Eudes, et le second un texte qui paraît dériver tout à la fois du premier et de celui du prieur de Loches. Le moine Jean nous apprend qu'après Thomas de Loches, deux écrivains, Robin et le Breton d'Amboi se (1), avaient aussi travaillé à une édition des Gesta. Ces auteurs étaient ses contemporains, il était en relation avec eux, c'est donc entre 1160 et 1169 qu'ils ont dû (1) Il n'existe plus de manuscrit ancien de la rédaction du moine Jean. Les copies qui nous restent de son ouvrage sont assez défectueuses ; on n'est pas certain par exemple de l'exactitude du passage où il est parlé de la Rédaction de Robin et le Breton d'Amboise : « Secundus existitit, Rohinus et Brito Ambaziacensis qui ipsas clironïcas emencfaverunt, » une copie porte Rabîniis^ une autre ne fait qu'un seul personnage des deuv auteurs cités. « Robinus Brito Ambaziacensis, qui ipsas chronicas emendavit. » DES COMTES D'ANJOU. xxvii rédiger leur histoire, puisque le moine Jean écrivait à la dernière de ces dates. Ce renseignement s'accorde assez bien avec l'époque où ont pu être écrits les manuscrits 6218 et 6006, et c'est ce qui nous fait croire qu'il faut attribuer à Robin et à le Breton d'Am- boise le fait d'avoir soudé et confondu le Liber de compositione ctistri Jmbazix avec les Gestes des comtes d'Anjou. Dans une pre- mière transcription, ces auteurs, qui suivaient le manuscrit original de l'abbé Eudes, auraient copié sa rédaction, sans y changer un seul mot et ce travail aurait produit le ms 6218. Ils auraient procédé aune nouvelle transcription, mais dans l'intervalle ils ;mraient pris connaissance de la rédaction de Thomas de Loches. D'abord ils avaient noté, en marge de la partie déjà copiée, les additions qu'ils avaient trouvées dans celle-ci et ils auraient suivi cette dernière pour toute la partie qui n'était pas encore copiée. Telle est notre hypothèse. En effet, la rédaction du manuscrit 6006 n'offre aucun fait nouveau. Elle se rapproche comme forme de la rédaction de l'abbé Eudes, dont elle a conservé le prologue; comme fond elle reproduit celle du prieur de Loches, dont elle contient les addi- tions et les variantes. De même que dans celle-ci on trouve l'é- pilogue de l'abbé Eudes rejeté après celui du continuateur, nou- velle preuve que dans leur transcription les auteurs ont suivi la rédaction de Thomas de Loches. in. Manuscrits de cette rédaction. Le manuscrit latin 6006 est composé de o2 feuillets de parchemin, ayant chacun 3 1 lignes à la page. L'écriture est fort belle et appartient à la seconde moitié du douzième siècle. Il renferme : 1° le Liber de compositione cdstri Ambaziae (f" I à 8 v.) ; 2° les Gexta consulum Andegavorum (f" 8 V. à 32 V.); 3° les Gesta dominorum Ambazieinium (f° 32 à 52). Le manuscrit latin 6004 composé de 20 feuillets, ayant de 34 à 30 lignes à la page , ne renferme que les Gesta consulum An- degavorum; il a été copié sur le précédent dans les premières années dU treizième siècle. C'est ce qu'il est facile de constater en remarquant que plusieurs notes ou rubriques, placées sur les marges du manuscrit (JOOG, ont été assez maladroitement inter- calées dans le texte par le copiste du manuscrit 6004. Ce manus- crit a été fait pour l'abbaye de Saint- Aubin d'Angers ; du moins il a appartenu à cette église, comme le prouve la mention suivante, xxvni INTRODUCTION AUX CHRONIQUES inscrite au quinzième siècle sur une des feuilles de garde : a Qui rest livre emblera, par un licoul à Maugibet jjendu sera , quar il ère de Saint-Aubin d'Angers. « Le manuscrit 13 897 du même fonds est une copie faite au dix- septième siècle. Il renferme des notes et un commentaire de Jean Oudin, prêtre du diocèse de Verdun, sur les Gestes des comtes d'Anjou et ceux des seigneurs d'Amboise, Il existe à la bibliothèque du Vatican , deux manuscrits des Gesta consulum Andegavorum, qui doivent renfermer la rédaction de Robin et de le Breton d'Amboise, l'un, n^GTO du fonds de la reine de Suède , est composé de 86 feuillets, il est du quatorzième siècle. On trouve au commencement le Liber de composition-e castri Ambaziae et à la fin les Gestes des seigneurs d'Amboise. L'autre, n° 1570 du même fonds, a été écrit au quinzième siècle. Il est composé de 93 feuillets, les Gesta consulum commencent au f" 43. QUATRIEME REDACTION OU REDACTION DU MOINE JEAN. I. Jkan, moine de Marmoutier. — Sk3 œuvres. La rédaction des Gesta consulum Andegavorum, imprimée par d'Achéry et repro- duite en partie par l'édition de la Société de l'Histoire de France, ne ressemble à aucune des précédentes, elle en diffère non-seu- lement ])ar son commencement, qui est l'œuvre propre de l'au- teur, mais aussi par son étendue et par le nombre plus considé- rable d'interpolations qu'elle renferme. Elle est due à Jean, moine de Marmoutier, qui se nomme lui-même en tête de sa pré- face : « Domino Henrico, régi Anglorum , duci Norraannorum , comiti Andegavorum Johannes, frater Majoris Monasterii, liu- inillimus monachorum et parvissimus clericorum, pacem cum gaudio, vitam , salutem et sanitatem ab eo qui dat salutem re- gibus. » Nous savons peu de choses de la vie de ce moine. Il écrivit vers •l'169 ou 1170 sa compilation des Gestes des comtes d'An- jou (1), et vers J 180 l'Histoire de Geoffroi V dit le Bel. André Sal- (1) Cette époque est fixée par Jean lui-même. Il nous apprend qu'au moment où il offrait son histoire à Henri II, ce prince avait déjà perdu DES COMTES D'ANJOU. xxix mon lui a attribué le Traité de l'éloge de la Touraiiie, se fondant sur ce que le début de cet ouvrage reproduisait les premières lignes du panégyrique du comte Geoffroi, mais nous croyons que c'est à tort. D'Achéry, qui le premier a publié cette rédaction dans son Spicilége, s'est servi d'une copie faite sur le cartulaire de Saint-Laud d'Angers. Dans ce cartulaire le nom du moine Jean avait été omis, et cette circonstance avait fait croire au sa- vant bénédictin que les Gesta consulum Andegavorum étaient l'œuvre d'un moine anonyme qui vivait en 1140. Mais en pré- sence des différents manuscrits de cette rédaction, qui tous, à l'exception des copies faites sur le cartulaire de Saint-Laud, por- tent le nom de Jean, on ne peut plus douter que celui-ci ne soit l'auteur de la dernière rédaction des Gesta consulum Andega- vorum. II. Sa rédaction des Gesla. L'œuvre du moine Jean était en quelque sorte une histoire officielle. C'est ce qui explique le fait de sa transcription dans le cartulaire de Saint-I^aud, la Sainte Chapelle des comtes d'Anjou. L'auteur a dédié son histoire au roi Henri II; et dans un prologue qu'il mûlxÀe proœmium , il explique à ce prince le but qu'il s'était proposé. « Quoiqu'il existe déjà, dit-il, une histoire abrégée des comtes d'Anjou, il croit utile de réunir en un seul et même corps d'ouvrage les écrits des histo- riens, qui avant lui ont traité le même sujet. Son intention est de mettre en évidence la vie et les nobles actions des comtes prédé- cesseurs du roi, afin que les considérant comme dans un miroir, ce prince puisse éviter leurs fautes et imiter leurs vertus. Pour prouver que ses écrits méritent toute confiance et qu'il ne veut pas en imposer à la postérité, il croit nécessaire de nommer les auteurs qu'il a consultés et qu'il donne comme ses garants. « Je citerai en premier lieu, dit-il, Thomas de Loches, qui, ainsi que je l'ai oui dire à lui-même, ayant trouvé une histoire scb frères et partagé ses Étals avec ses fils. Ceux-ci ne s'e'laienl pas en- core révoltés contre lui. Ces faits répondent aux années 1168 à 1170. Dans son histoire de Geoffroi le Bel, Jean a fait allusion à ce pre- mier ouvrage, il parle des liistoires d'autres princes qu'il avait écrites antérieurement. « Cum multorum aliorum j)rincipuni historias colle- gerimus, circa Iiunc immoramur, qui quodam spccularis radio virtutis munduni, quasi sole altero, illuslravit. » XXX INTRODUCTION AUX CHRONIQUES abrégée des comtes d'Anjou, qui portait le nom de l'abbé Eudes, y avait ajouté ce qu'U avait appris de la renommée. En second lieu Robin et le Breton d'Amboise qui, comme je le tiens de leur propre bouche, corrigèrent cette chronique abrégée et y firent les additions nécessaires. » Imitant ces auteurs, Jean, à son tour, ajouta à la chronique de nombreux faits puisés à des sources différentes qu'il prend soin d'indiquer. Selon lui ces sources seraient : i° l'Histoire des Francs; 2" Raoul Giaber; 3" les Chroniques de Geoffroi Rcchin ; 4° les récits de maître R.obin ; 3* les écrits de Gautier de Com- piègne, moine de Marmoutier. Ces dernières affirmations du moine Jean doivent-elles être })rises au pied de la lettre, est-il réellement l'auteur de toutes les interpolations dont nous avons di'jk signalé la plus grande partie ? Evidemment non, puisque la rédaction de Thomas de Loches contient déjà celles qui ont été faites notamment à l'aide du texte de Raoul Giaber; en prétendant avoir puisé dans tous ces auteurs, le moine Jean s'est attribué le travail de ses prédécesseurs. Les additions qui proviennent de son fait sont néanmoins considérables, mais comme nous le verrons bientôt elles ont été empruntées, pour la plupart, à d'autres ouvrages qu'il a trouvé bon de passer sous silence. Revenons pour le moment au prologue de son histoire. Après avoir indiqué les sources où il prétend avoir puisé, Jean transcrit en le modifiant légèrement l'épilogue de l'abbé Eudes : « Haec ego dum in abditis voluminibus invenissem scripta, non sum perpessus infructuoso silentio tegi, sed ad honorera Andega- vorum consulum, dominorum nostrorum , domine mi rex, con- scripsi, etc. j) Il déclare ensuite qu'il croit utile, pour la commodité du lecteur, de terminer son prologue par un abrégé ou tableau sommaire des principaux faits rapportés dans l'histoire des comtes d'Anjou, afin qu'on les ait plus facilement présents à la mémoire : « Nunc igitur, si placet, in finem nostri proœmii eorum omnium vel singulorum exempla, f;icta vel dicta breviter praenotemus. » En effet, Jean fait suivre son prologue d'un épitome ou som- maire intitulé : « Summai-ium gestorum prscsentium chronicorum » divisé en quinze chapitres , dans lesquels il s'est efforcé de faire, en quelques lignes d'un style ampoulé, l'éloge de chacun des comtes d'Anjou, depuis Torquatius jusqu'à Henri II inclusivement. Il va sans dii'e que l'article consacré à ce dernier n'est pas le moins DES COMTES D'ANJOU. xxxi élogieux, il est terminé par un souhait, suivi d'un distique, dans le goût de l'époque : « Vale, domine mi rex , et cum filiis tuis crescentibus prosperis ad vocata successibus, polie, vale. » Vive, precor, sed vive Deo, nam vivere mundo, Mors est, sed vera est vivere vita Deo. * L'histoire proprement dite ou plutôt la compilation du moine Jean commence immédiatement après ce distique. C'est à tort qu'André Saluion a prétendu réduii-e au prologue et au sommaire, que nous venons d'analyser, toute l'œuvre du moine de Marmoutier, et qu'il a soutenu que d'Achéry en plaçant cette histoire abrégée en tête des Gesta consulum Jndegavorum avait confondu deux ouvrages distincts ; son opinion a été adoptée lors de 1 impression de ce volume, c'est pourquoi la préface et l'épitome du moine Jean se trouvent à la page 351, tandis que le texte même de sa compilation^ précédé il est vrai de la préface de Robin et de Le Breton d'Amboise, qui ne lui appartient pas, commence à la page 34. Mais quand bien même l'ordre suivi par d'Achéry n'au- rait pas été indiqué par les manuscrits, il suffisait de lire la pré- face que nous venons d'analyser, pour rester convaincu que l'œuvre de Jean ne pouvait se borner à l'épitome dont il la fait suivre, et qu'on devait y comprendre la rédaction des Gestes, im- l)rimée par d'Achéry, d'après le Cartulaire de Saint-Laud. Quoique le moine Jean connût la rédaction de l'abbé Eudes, il ne paraît pas s'en être servi. Il avait sous les yeux celle de Thomas de Loches, qu'il suit de préférence, et celle de Robin et de le Breton d'Amboise, ainsi qu'il ressort de certaines interpolations faites à l'aide de leur introduction. Son récit commence, comme celui de Thomas de Loches, ex abrupto, mais avec l'abbé Eudes, Robin et le Breton d'Amboise, il fait remonter l'origine de la famille à Tortulfc, père de Tcrtulle et grand-père d'Ingclgcr. IIL Nous avons dit qu'une partie des interpolations dont Jean de Marmoutier s'est attribué le mérite, ne provenait pas de son fait; nous allons voir en comparant son œuvre à celles de ses prédécesseurs quelles sont les modifications qu'il a fait subir à ces dernières. Il a fait plusieurs emprunts à l'introduction de Robin et de le Breton d'Amboise. Ainsi il a intercalé dans sa compilation xxxii INTRODUCTION AUX CHRONIQUES en l'ajoutant à la fin du chapitre de Tertulle (p. 39), le récit de l'invasion des Normands de Radbode inséré par le Breton d'Araboise dans le Liber de compositione castri Ambaiiae (p. 28 à 30) . Il a placé entre la première et la seconde phrase du chapitre de Tertulle (p. 36, ligne 22), une partie du prologue dont il n'avait j)as fait usage (p. 34 et 33), sans s'apercevoir que cette intercalation rompait le lil du discours et rendait ce cha- pitre presque inintelligible. Au milieu du paragraphe consacré au j'écit du différend, qui s'était élevé entre le comte Maurice et Lan- dri de Chateaudun (p, 88 ligne 20), il a remplacé la phrase ajou- tée par Thomas de Loches « Itaque per Turonim et Lengiacum, etc.» par une interpolation assez malheureuse, celle des deux premiers alinéas du chapitre du Liber de compositione castri Ambazix intitulé de Blesi Chronica qu'il a fait précéder de ces phrases : « Landricus, qui possidebat Campaniam atque Lotlioringiani, Briam etiam et Carnotum, Turonim et Blesim. De nomine hujus cas- telli et constructione sive constitutione ejus breviter lectori inti- inare curabimus. Ivomadus enim quidam juvenis, etc. » A ces quelques passages empruntés au Liber de constructione castri Ambaziae et à l'histoire abrégée des rois de France, ne se bornent point les interpolations faites par le moine Jean. En indi- quant les autres, nous commencerons par celles dont nous avons pu retrouver la source. On verra qu'en général pour farcir son histoire, l'auteur s'est adressé de préférence aux recueils de mi- racles, aux légendes et aux écrits apocryphes, ouvrages dont la valeur historique est presque nulle. Il a fait entrer presque en entier, par exemple, dans l'article d'Ingelger, en le faisant précé- der de quelques lignes destinées à le rattacher aux faits précé- dents, le récit écrit au douzième siècle et attribué par un faus- saire à Odon abbé de Cluni, sous le titre de Tractatus de reversione, etc. (p. 46 à 63), à la suite viennent les quatre pre- miers alinéas du récit des miracles opérés après le retour du corps de saint Martin en Touraine, récit faussement attribué à Herberne, archevêque de Tours, et que nous avons prouvé n'être que la suite du faux Odon(l). La prétendue lettre écrite par saint (1) Les Invasions normandes dans la Loire et les Pérégrinations du corps de S t Martin j p. 15 el 16. DES COMTES D'ANJOU. xxxui Odon à Foulque le Bon, qui précède ce dernier ouvrage, a e'té ré- sumée en quatre lignes par le moine Jean et ajoutée à la vie de Foulque le Bon (p. 69, lignes 15 à 21). Un autre ouvrage apocryphe où notre compilateur a également puisé, est l'opuscule faussement attribué à Hugue de Clères et intitulé, de Majoratu et Senescalcia Franciœ comitibus Andega- vorum collatis^ dont il a inséré toute la première partie dans la vie de Geoffroi Grisegonelle (p. 76 à 78). Un troisième ouvrage dont nous pouvons encore nommer l'au- teur, et qui a été mis à profit par le moine Jean, est la Vie de saint Hugue, abbé de Cluni, par Jean l'Italien, son disciple ; il en a tiré le long fragment qu'il a fait entrer dans la Vie de Foulque le Bon (p. 67, lig. 23), depuis « Iste nutrivit secura » jusqu'à (p. 69, ligne 14), « factus est agonista. » IV. Il est plus difficile de retrouver la source d'où a été tirée l'histoire du tyran Crescentius, que Jean a coupée en deux, pour insérer la première partie à la suite du voyage de Foulque Nerra à Rome depuis « Sciensque Fulconem virum, » (p. 100, lig. 24) jusqu'à «patri obedire, » (p. 101, lig. 12) et la seconde après le retour de Foulque de la Terre Sainte, depuis « Cum autem regres- sus, » (p. 101, lig. 12), jusqu'à « multis aliis pecuniis ditavit » (p. 106, lig. 23), Crescence ou Crescentius fut pris par l'empe- reur Othon III en 998 et pendu, du temps du pape Grégoire V ; c'est ce qui est attesté par tous les auteurs contemporains. Par suite de quelles circonstances Foulque Nerra s'est-il trouvé sub- stitué par la légende à l'empereur Othon, et Serge IV à Gré- goire V? Comment cette légende, dont le passage interpolé par le moine Jean nous offre le texte le plus complet, s'est-elle for- mée ? C'est un point qui reste obscur. La légende n'est qu'en germe dans les récits de Raoul Glaber et d'Adhémar de Chaban- nais, qui conservent encore à l'empereur Othon le rôle qui lui appartient, mais elle est déjà complète dans l'histoire de l'abbaye de Saint-Florent de Saumur, dont l'auteur, qui écrivait à la fin du douzième siècle, paraît avoir consulté les mêmes sources que le moine Jean. C'est encore d'un recueil de miracles que notre compilateur a tiré le long fragment sur Ingelger, comte de GAtinais, qui dans le texte s'étend de la page 40, lig. 3, à la page 45, lig. 17, de- puis « Erat quidam Landonensis castri sive Gastinensis pagi con- xxxiT INTRODUCTION AUX CHRONIQUES sul nomine Gaufridus, » jusqu'à « et terram suam de manu ejus susceperunt. » La vision de Foulque le Jeune au moment de son départ pour Jérusalem depuis « Idem autem Fulco comes iturus Jerosoli- mam, » (p. 152, lig. 20), jusqu'à « reverentia deinceps habuit » (p. 453, lig. 22), et l'anecdote rapportée à propos de la construc- tion du monastère de la Trinité de Vendôme depuis « Causa au- tem œdificationis » (p. 431, lig. 19), jusqu'à « abbatemque con- sec ari delegit» (p. 132, lig. 25), ont été empruntées à un recueil du même genre dû à Gautier de Compiègne. V. Gautier de Compiègne. — Gautier de Compiègne (1) vivait au commencement du douzième siècle, il était par conséquent à peu près contemporain de l'abbé Eudes. Il avait fait profession à IMarmoutier et, jusqu'en 1124 au moins, il habita le prieuré de Mayenne, comme l'attestent plusieurs donations faites à cette église (2). Ainsi on le voit figurer comme témoin dans un acte (1) Walterius ou Galterius Compendiensis. (2) 1105 à 1123. — Accord fait dans l'église de St-Martin de Mayenne entre Guillaume Puel et les religieux de Marmoutier , du temps de l'abbé Guillaume au sujet d'une terre, située près de Mayen- ne, et confirmé ensuite par les fils dudit Guillaume Puel dans la mai- son de leur père. . ls leglt^ » Enjuger de B(jbon possédait donc une histoire de Geoffroi le Bel^ DES COMTES D'ANJOU. xli jette les yeux sur la fin du second livre. La narration copiée de- vait s'arrêter avec les premières lignes de la page 310: a Sic igitur rex Dei justicia miserabiliter captus, Dei misericordia mi- serabiliter liberatus est, » Mais dans la pensée du moine Jean, là ne devait point se terminer le second livre. Il commence un nou- veau chapitre en reproduisant mot pour mot quatre lignes qui se lisent à la page 301 : « Facta est longa concertatio inter Stepha- num pseudo-regem et Gaufridum Andegavorum consulum, » et il les fait suivre d'une phrase dont on ne peut lui dénier la pa- ternité, pleine de métaphores et d'expressions poétiques. Mais sans doute le moine Jean s'était trop fié à son inspiration, parti de trop haut, le souffle lui a manqué avant d'arriver, et sa phrase n'a jamais été terminée. C'est après la mort de Guillaume de Passavant, entre 1186 et 1190, que nous fixons l'époque de ce remaniement dont l'auteur profita pour ajouter à la fin du li- vre premier le passage où il parle de cet évêque du Mans comme d'un homme qui n'existait déjà plus, dont il ne fit que donner lecture au moine Jean. Or le second livre de l'histoire de Geoffroi le Bel renferme précisément le récit des événe- ments auxquels Enjuger deBohon, qui fut un des principaux capitaines de Geoffroi le Bel et qui prit une part active aux guerres de Norman- die, s'est trouvé mêlé. Son frère Alexandre fut plus particulièrement attaché au service de la comtesse Matliilde. (On lit dans une charte de 1138 pour St-Florent de Saumur passée au Mans : « testibus Alexandro de Boum, cohortis comltissae primipilo, » Livre d'argent, fol. 33). Il accompagna cette j>rincesse dans son expédition en Angle- terre. Enjuger devait donc bien connaître les événements qui ont suivi la mort du roi Henri I^"", événements dont le livre II nous fait connaître le détail. N'était-il pas naturel de penser que ce second livre, qui manifestement a été ajouté après coup , n'était autre chose que l'his- toire possédée par Enjuger de Bohon et dont il pouvait être l'auteur. Telle était notre hypothèse, lorsque notre savant confrère, M. Léopold Delisle, nous fit remarquer qu'une partie de ce second Hvre, depuis « Ste- phanus... fugavit Nlgellum episcopuni Eliensem » (p.301,lig. 23 et 25) jusqu'à «miserabiUter liberatus est » (p. 310, lig. 1), était la reproduction presque littérale d'une partie du VIII^ livre de la chronique d'Henri de Huntington. Nous devons ajouter qu'un ou deux passages du pre- mier livre, celui entre autres où est rapj)ortée la manière dont fut conservé et enterré le corps d'Henri l*"" (p. 279 et 280), ont ététiré» du même antonr. xtn INTRODUCTION AUX CHRONIQUES V. L'Histoire de Geoffroi le Bel a été publiée pour la première fois par Laurent Bochel, à la suite de l'Histoire ecclésiastique de Grégoire de Tours imprimée en 1610. Nous ne possédons que deux manuscrits de cet ouvrage ; l'un est la copie faite au dix- septième siècle et renfermée dans le ms. latin 6005, dont nous avons déjà donné la description. Le second est un manuscrit qui provient de la bibliothèque de Saint- Victor de Paris ; il porte au- jourd'hui à la Bibliothèque nationale le n° 15067 du fonds latin; mais ce manuscrit, qui est du quatorzième siècle, ne contient qu'un fragment peu étendu de la vie du comte Geoffroi, III , LE LIVRE DE LA CONSTRUCTION DU CHATEAU d'aM- BOISE ET l'histoire DES SEIGNEURS d'aMBOISE. Liber de compositione castri Ambasias et ipsius do- minorum gesta. I. Si on s'en rapportait aux manuscrits qui nous ont conservé le texte des Gesta dominorum Amhaziensium^ il faudrait considé- rer cet ouvrage comme une suite des Gesta consulum Andegavo- rum, auxquels il a été joint ; mais ces ouvrages sont parfaitement distincts. Nous avons déjà donné les raisons qui nous ont fait attribuer la confusion qui existe à cet égard dans les manuscrits à Robin et à le Breton d'Amboise. Ces auteurs ayant rattaché le Li- ber de compositione castri Amhazix à la chronique abrégée des rois de France, qui précédait la première rédaction des Gesta consulum, l'ont ainsi séparé des Gesta dominorum Ambaziensium dont il formait la préface' naturelle. Que ces deux ouvrages émanent du même auteur, que l'un ne soit que la préface de l'autre, c'est ce qui ne saurait faire de doute. Dans ua court prologue placé en tête du Liber de compo- sitione, l'auteur s'adressant à une personne, qu'il ne nomme pas, à un ami, dit que cet ami, lui ayant souvent demandé d'écrire l'histoire des seigneurs d'Amboise, il se rend à sa prière, mais qu'auparavant il veut rapporter ce qu'il a trouvé dans les livres et dans les Gesta au sujet de l'origine et de la fondation du château d'Amboise, « Saepenumero postulavisti ut Ambaziensium dominorum DES COMTES D'ANJOU. xliii progenies litteris tibi signiûcaretur,rtctc. Cette demande d'un ami qui voulait connaître l'histoire des seigneurs d'Amboise est rap- pelée en termes presque identiques en tête des Gesta. «Olim tibi, dilecte mi, quod quajris scribere concupiscebam, sed nec quidem maxime impellor, cum casus Supplicii et filiorum suorum me an- git, » etc. A ces preuves tirées du contexte des deux ouvrages viennent s'en ajouter d'autres tirées de la disposition des manu- scrits. Dans les manuscrits 6006 et 6218, on lit en tête du liber la rubrique suivante : « Liber de compositione castri Amhazix et ipsius dominorum Gesta. Il est donc certain que le Liber de compositione précédait les Gesta dominorum Ambaziensium^ dont il formait l'introduction, et que ces deux ouvrages ont été écrits par le même auteur. Le nom de cet auteur est resté inconnu, mais il n'est pas dif- ficile de voir que c'était un moine de Pontlevoy, abbaye placée sous le patronage des seigneurs d'Amboise et enrichie de leurs dons : il suffirait pour l'attester de remarquer le soin tout parti- culier que prend l'auteur de nommer les membres de cette fa- mille, qui ont reçu la sépulture dans cette abbaye. D'ailleurs, en marge du manuscrit 6006, à la suite du titre Gesta Ambazien- sium dominorum, on a ajouté d'une écriture plus récente, mais déjà ancienne et de constructione abbacie Pontileviensis et quorumdam membrorum suorum. C'est en H 54, après la mort de Sulpice, seigneur d'Amboise, que les Gesta dominorum Ambaziensium ont été rédigés ; le Liber de compositione avait été écrit quelques années auparavant. Comme écrivain, l'auteur possède un talent réel ; comme narra- teur, il est d'une exactitude qui ne laisse rien à désirer. Les Gesta, œuvre qui lui appartient en propre, offrent un des ta- bleaux les plus curieux de la société féodale du onzième et du douzième siècle. Sous le rapport des détails et de l'abondance des renseignements, leur valeur est de beaucoup supérieure à celle des Gesta consulum Andegavorum. II. On ne saurait accorder les mêmes éloges au Liber de com- positione castri Ambazix. Comme source historique, cet ouvrage n'a pas d"intérêt et il n'en offre guère davantage au point de vue littéraire. C'est un recueil de récits légendaires et de traditions populaires, assemblés sans critique, et qui ont la prétention d'ex- pliquer l'origine d'un certain nombre de villes et de châteaux xLiv INTRODUCTION AUX CHRONIQUES dont nos aïeux ne connaissaient pas l'histoire. Ces récits, du reste, n'ont pas été inventés par le moine de Pontlevoy, ils existaient avant lui ; l'auteur avoue lui-même que c'est à l'aide des rensei- gnements qu'il a trouvés dans différents écrits et dans les Gesta qu'il a composé son livre. Par ces Gesta, il faut entendre proba- blement un de ces recueils de légendes, connus sous le nom de Gesla Romanorum, qui variaient selon les temps et les lieux, à une époque oti l'on mettait sur le compte des Romains tous les événements qu'on ne pouvait expliquer et les monuments dont on ignorait l'origine. Nous pouvons du reste juger du procédé employé par le moine de Pontlevoy et de la part qui lui revient dans la rédaction du Li- ber de compositione, puisque nous possédons le thème primitif qui a dû lui servir de base. Dans le volume XLVI des Mélanges de Colbert, parmi les pa- piers de Duchesne, se trouve une copie, faite sur un manuscrit de la collégiale de Loches, d'un ouvrage écrit en 1138 ou H40 au plus tard, par conséquent, avant l'époque où le moine de Pontlevoy composait le sien. Il est intitulé : « De constructione ali- quorum oppidorum seu castiorum Turonicse regionis , et nonnulla- ruin partium vicinarum et primo de constructione Ambazix. Il renferme les mêmes matières que le Liber de compositione castri Ambazix, moins l'histoire abrégée des rois de France ajoutée par Robin et le Breton d'Amboise. Les faits y sont rapportés dans le même sens, mais d'une manière beaucoup plus concise. L'ouvrage est divisé en chapitres. En tête de chacun se trouve une rubrique qui en indique le sujet. Nous donnerons ici la table de ces rubriques avec les incipit des chapitres pour permettre au lecteur de faire la comparaison entre ce texte primitif et le Liber de compositione . Et primo de constructione castri Ambazix. « Julius Caesar ad subjugandas Gallias veniens, transcensis Al- pibus, db Allobrogibus honorifice susceptus est; regio, quae Mo- riana nunc dicitur, ab Alpibus usque ad Ararim fluvium Allobro- gia antiquitus dicebatur. Caesar itaque Lugdunensem urbem et Viennam et totam gentem Rhodanisam subjugavit, » etc. De castello Duni. « Ipso tempore Dunus, unus ex ducibus Germanis, oppidum ex nomine suo Castellum Duni nuncupatum construxit. " DES COMTES D'ANJOU. xlv Germania olim quse diceretur, « Omni terra e fluvio Ligeris usque Coloniam olim Germania vocabatur. » Quo tempore in Ârmoricam Britanni transmigraverunt. « Eodem tempore quidam juvenis de Britannia nomine Maximus. ■>■> De Arturo rege Britannix et Castro Coynonis. « Arturus magnus rex Britanniae Neustriae appulit, Parisius « obsedit. » « Cheudon comes Andegavis oppidum, quod ex suo nomine « Cheudonem dixit... construxit. » Bliriaci vici constructio. « Iste cuidam consobrino suo nomine Billeio Ambaziacum tribuit. » Augustudunense prxlium inter Arturum et Honorium. <-<■ Arturus autem impetu et stultitia Galgani nepotis sui... n De castello Blesi. « Intei'ea Commodus quidam juvenis de Britannia... » De Arturo prœdicto et ejiis morte. « Arturus, relicto magno apparatu, causa eundi Romam...53 De Alarico rege Gothorum. « Sub eodem fere tempore, Alaricus rex Gothorum Romam « obtinuit. . » De monasterio Villalupensi. « Per idem tempus Billeius Lupam genuit, dominam Ambazia3.. » Huni Galliam vastant. « Eo tempore Huni Galliam vastant, urbem Métis incendunt. . . » De beatissimo Urso abbate et ejus miraculo contra Silariiun. « Eodem quoque tempore, Mero vécus Tursodomum in Burgun- dia devictum... » De pace apud Blericum inter Chilpericum regem Francix et Alaricum regem Gothorum. « Chilpericus, rex Francorum, el Alaricus, rex Gothorum, in « insula.... » De itinere Ludovici régis Francorum Hierusaleni. L'époque où a été rédigé cet opuscule est fixée par les événe- ments racontés dans ce dernier chapitre, qui a été sensiblement modifié par le moine de Pontlevoy et séparé du reste du Liber de compositione par Robin et le Breton d'Amboise pour être rejeté tout à la fin de leur compilation. XLvi INTRODUCTION AUX CHRONIQUES Voici un extrait de ce chapitre : « Anno Verbi incarnati MCVII Ludovicus Pinguis, filius Phi- lippi quo mortuo patrem ejus Ludovicum in regem substituit, qui, mortuo apud S. Jacobum Guillermo Pictaviensi comité, fi- liam ejus Alienordim uxorem duxit. n « Anno itaque verbi incarnati MCXXXVII Hierosolymam per- gens, innumeros ex suis amisit, similiter et Conradus imperator Alemanniae. Hujus via peregrinationis incœpta est, Eugenio papa et Bernardo abbate Clarevallensi praedicantibus de quorum itinere plura loqui pertimesco, quoniam Sarracenis fuit gaudium, christia- nis proh dolor exitium. « III. Les Gesta dominorum Ambaziensium se trouvent dans les mêmes manuscrits que les Gesta considum Andegavorum^ et, comme nous avons déjà décrit ces manuscrits, nous ne ferons que donrer ici les numéros de ceux que nous avons consultés. Ils portent à la Bibliothèque nationale les numéros 6006, 6218, 6219, 10045 et 13897 du fonds latin. Cet ouvrage a été imprimé par dom Luc d'Achéry, dans son Spicilegiutn, première édition, tome X, p. 551, et deuxième édition, tome III, p. 275. II a été reproduit dans la collection des historiens de France, tome X, p. 258, XI, 256, et XII, 504. IV. HISTOIRE DES COMTES d'aNJOU, PAR FOULQUE RE- ÇHiN. — Historiœ Andegavensis fragmentum, a Fulcone comité scriplum. I, D'Achéry considérait le fragment historique qui porte le nom de Foulque Rechin comme la source de toutes les chroni- ques d'Anjou, il y attachait une grande importance à cause du nom de l'auteur, « propter nobilitatem scriptoris et auctorita- tem. » Pour son édition il s'était servi d'une copie fournie par l'abbé de Marolles, qui la tenait de Duchesne. Ce dernier l'avait prise sur le manuscrit miique, qui appartenait alors àAlex.Petau et qui aujourd'hui fait partie du fonds de la reine de Suède au Vatican. D'Achéry regrettait de n'avoir pu consulter ce manu- scrit, la copie de l'abbé de Marolles étant incomplète, mais le DES COMTES D'ANJOU. XLvn manuscrit du Vatican est incomplet lui-même et ne va pas plus loin que la copie. Faut-il attacher autant d'importance à ce fragment que le pensait d'Achéry? Son authenticité est-elle incontestable? C'est ce qu'on est en droit de se demander quand on examine avec attention ce texte, où abondent les anachronismes et les asser- tions erronées. C'est en 1096, trente-six ans après la mort de Geoffroi Martel, que Foulque Rechin entreprit d'écrire l'histoire de ses prédécesseurs et la sienne, c'est du moins ce qu'il dit en tête de l'ouvrage. Il y a lieu tout d'abord de révoquer en doute cette première affirmation de l'auteur. Dans le récit qu'il fait de la première croisade il rapporte des faits, qui se sont passés en 1098 et même en 1100, par exemple la prise d'Antioche et les événements qui ont suivi cette prise. Ce n'est donc que dans les premières années du douzième siècle, à peu près vers l'époque où l'abbé Eudes terminait la première rédaction des Gesta consu- lum Andegovorum, que l'ouvrage a pu être écrit. Constatons, du reste, que ce fragment n'a été connu ni de l'abbé Eudes, ni d'au- cun autre écrivain du temps. II. L'auteur se montre bien mal renseigné sur l'histoire des premiers comtes d'Anjou, il avoue qu'il ne sait rien d'Ingelger, de Foulque le Roux, ni de Foulque le Bon, pas même le lieu de leur sépulture; aussi n'en parlera-t-ilpas. Une connaît pas mieux l'histoire de Geoffroi Grisegonelle, il attribue à ce prince deux batailles qu'il ne paraît pas avoir données, car elles ne sont men- tionnées par aucun autre auteur et les circonstances dont elles sont accompagnées ne les rendent pas possibles. Ainsi Geoffroi aurait battu les Bretons, qui s'étaient avancés jusqu'à Angers, sous Li conduite des fils de Conan, mais Conan fut tué en 992 à la bataille de Conquereux, gagnée par Foulque Nerra, et ses (ils n'étaient pas les contemporains de Geoffroi Gri- segonelle mort en 987. Ce prince se serait ensuite rendu maître de Loudun en remportant une grande victoire sur les Poitevins, qu'il aurait poursuivis depuis le lieu appelé Rupes jusqu'à Mire- beau. Il n'y a à cela qu'une difficulté, c'est qu'alors Mirebeau n'existait })as, cette ville doit son origine à un château fort con- struit par Foulque Nerra et ne figure pas dans l'histoire avant l'an 1000. D'ailleurs, loin de s'être emparé par force de la ville de Loudun, Geoffroi Grisegonelle tint cette ville en lief et à XLviii INTRODUCTION AUX CHRONIQUES charge d'hommage du comte de Poitou. C'est ce qu'on lit dans la chronique de St-Maixent et ce qui est confirmé par une lettre de Geoffroi au roi de France pour lui recommander les intérêts de Guillaume, comte de Poitiers, qu'il appelle son seigneur» he- rus meus. » L'auteur commet une inexactitude quand il prétend que Foul- que Nerra a conquis le Maine et joint ce pajs à ses domaines. Foulque fit en effet la guerre à Hugues I", comte du Maine, et le contraignit à lui rendre hommage, mais il ne lui enleva pas son comté, et lorsque vers 1014 ou 1015 Hugues vint à mourir, Herbert Eveillechien, son fils, lui succéda sans encombre. C'est même en grande partie à cet allié que Foulque dut, en 10)6, la victoire de Pontlevoy; plus tard, il est vrai, ce dernier eut bien l'intention de s'emparer du Maine , ayant attiré dans ce but le comte Herbert au château de Saintes, il le fit prisonnier par sur- prise et le tint enfermé pendant deux ans, mais la crainte des vassaux du comte Herbert l'empêcha de le mettre à mort et il fut contraint de le relâcher moyennant une forte rançon. Une charte de St-Aubin d'Angers établit que le château de Durestal a été construit par Geoffroi Martel : c'est à Foulque Nerra que le prétendu Foulque Rechin en attribue la fondation. L'auteur se trompe encore quand il rapporte que Foulque Nerra ne fit que deux voyages à Jérusalem : il est prouvé qu'il en a fait trois. L'article consacré à Geoffroi Martel renferme moins d'inexac- titudes; mais l'auteur en commet de nombreuses quand il arrive à ce qui le concerne, il prétend, par exemple, avoir été huit ans en guerre avec son frère. C'est en 1067, sept ans à peine après la mort de son oncle que par surprise il fit Geoffroi le Barbu pri- sonnier et s'empara de tous ses domaines. Nous ne lui reproche- rons pas d'avoir soutenu que son oncle, après l'avoir armé che- valier à Angers à l'âge de dix sept ans, le fit son héritier, ce mensonge intéressé pouvant s'expliquer par le besoin de justifier son usurpation; mais quand il ajoute qu'avec l'Anjou il a possédé la Touraine, Nantes et le Maine, on ne sait que jienser d'une affirmation si contraire à la vérité. Les comtes d'Anjou ne sont devenus les maîtres du Maine qu'en 1111, non [)ar droit de con- quête mais par héritage. Est-ce que le fragment historique attri- bué au Rechin n'aurait été écrit qu'après cette époque? Ce n'est DES COMTES D'ANJOU. xlix pas impossible, nous ne serions même pas éloigné d'attribuer à cet ouvrage une date encore plus récente. Il y a, entre cette his- toire et le traité qui porte le nom de Hugue de Clères, plus d'un point de ressemblance. L'un et l'autre ont été placés sous le couvert de personnages respectables. Le dernier est apocryphe et ne renferme pas un mot de vérité. Si le premier est mieux rédigé, si son auteur, qui vivait au commencement du douzième siècle, est entré plus habilement dans le caractère du personnage qu'il était censé représenter, son œuvre n'en renferme pas moins des erreurs matérielles et des anachronismes , qui suffisent pour déceler la supercherie. Nous croyons donc que le fragment his- torique qui porte le nom de Foulque Rechin est, comme le faux Hugue de Clères, l'œuvre d'un imposteur, qui écrivait entre les années 1112 et H 35. Le manuscrit qui contient le fragment historique du comte Foulque fait partie de la bibliothèque du Vatican (n" 173 du fonds de la reine de Suède). C'est un petit volume de 94 feuillets de parchemin, qui renferme plusieurs ouvrages. L'histoire attri- buée à Foulque commence au f" l*' par « Ego Fulco comes >; etc., et finit au f'' 8 par ces mots « ad misericordiam erga po- pulum. » L'écriture est du douzième siècle. Cet ouvrage a été imprimé pard'Achéry dans son Spicilegium, première édition, tome X, 392, et deuxième édition, III, 232, il a été reproduit dans le Recueil des Historiens de France^ t. X, 203, XI, 137, et XII, 491. V. TRAITÉ DE HUGUE DE CLÈRES DE LA. MAIRIE ET SÉNÉ- CHAUSSÉE DE FRANCE ATTRIBUÉES AUX COMTES d'aNJOU. — ScriptumHugonis de Cleeriis de major atu et senes- calcia Franciaz comltibus Ândega^'orum collatis{\). Hugue de Clères était un des sénéchaux de Geoffroi Plantage- net et du roi Henri II; ses deux frères, Geofîroi et Foulque sont (1) Ce fragment est attribué par Potthast (Uibliolliccn Itistorica medii tevi)-A Foulque le Bon, et l'époque de sa rédaction à l'année 1089- C'est une double erreur. d L INTRODUCTION AUX CHRONIQUES nommés l'mi et l'autre dans l 'histoire de GeofFroi le Bel ; il figure avec le premier dans une charte de H43, et c'est en H 46 qu'il est appelé pour la première fois sénéchal de la Flèche. Il exerçait encore ces fonctions en H 62 et en 1 170. L'ouvrage intitulé Scriptum Hugonis de Cleeriisde majnratu et senescalcia Francise comitibus Andegavorwn collatis, qui lui est attribué, est divisé en deux parties. La première est donnée par l'auteur comme ayant été trouvée dans les archives de l'église du St-Sépulcre de Loches, c'est-à-dire de Beaulieu, et comme ayant été dictée par Foulque Nerra ou le Jerosolomitain dans le but de constater par écrit que le roi Robert, en récompense des services qu'il en avait reçus dans ses guerres contre l'empereur Othon II, avait donné à Geofïroi Grisegonelle la mairie et la sénéchaussée de France. Les faits qui sont rapportés dans cette première partie ne sup- portent pas la discussion. Geoffroi Grisegonelle est mort le 21 juillet 987, il ne pouvait donc être le contemporain du roi Ro- bert. C'est en 978, pendant le règne de Lothaii-e que l'empereur Othon II s'avança jusqu'à Paris, et il n'était alors question ni du roiHugue Capet ni de son fils Robert. Le siège de Melun auquel l'auteur veut que GeofFroi Grisegonelle ait pris part n'eut lieu qu'en 1001, alors que ce prince était mort depuis longtemps. Il n'a point existé de comte du Maine du nom de David, et quant au prétendu comte de Corbonnais auquel GeoEFi'oi Grisegonelle aurait enlevé la ville de Mortagne, parce qu'il ne voulait pas re- connaître l'autorité du roi Robert, il suffit de signaler l'anachro- nisme que renferme cette allégation pour être convaincu que ce personnage n'est pas moins imaginaire que le reste. Les auteurs de l'Histoire littéraire admettent bien que cette première partie est une pièce supposée, mais ils prétendent que la relation de Hugue de Clères, qui vient à la suite, mérite toute notre confiance. Cependant, en affirmant dès le commence- ment qu'il avait vu et copié dans l'église de Beaulieu le prétendu récit de Foulque Nerra , l'auteur donnait une assez pauvre idée de sa perspicacité, sinon de sa véracité. Ce fait seul devait sufiù'e pour se tenir en garde contre ses autres allégations qui ne sont pas plus acceptables que celles de la première partie. Iluguc de Clères était tro}) jeune pour exercer des fonctions au- près de Foulque, roi de Jérusalem, avant le départ de celui-ci DES COMTES D'ANJOU. li pour la terre sainte; il n'est pas fait mention de lui dans les chartes avant l'année 1143; il n'a donc pu être chargé par ce prince, en 1119, d'une mission de confiance auprès de Louis le Gros. — D'aillem's il n'existe aucun titre dans lequel les comtes d'Anjou aient pris la qualité de sénéchal des rois de France, et il est certain qu'il n'est pas fait mention de cette prétention de la maison d'Anjou dans les écrits des chi^oniqueurs avant le règne de Henri II; c'est à partir de cette époque qu'on en trouve quel- que trace dans les historiens anglais, qui en inventant et en pro- pageant cette fable, pensaient servir les intérêts de leurs prin- ces (1). C'est à cet ordre d'idées qu'obéissait le faussaire en écrivant le traité de la sénéchaussée de France et en le plaçant sous l'autorité de Hugue de Clères, En réalité, cet ouvrage n'a pas de valeur historique. Il n'a servi jusqu'ici qu'à embrouil- ler les faits et à répandre un certain nombre d'erreurs dans l'his- toire. La première partie a été intercalée par le moine Jean dans sa rédaction des Gesta consulum Andegavorum. Ce qui tendrait à prouver que ce traité aurait été rédigé avant l'année 1168. Comme d'un autre côté l'auteur fait mention du tombeau de Geoffroi le Bel, enterré dans l'église de St-Julien du Mans et mort en 1150, c'est entre ces deux dates qu'il faut fixer l'époque oh le traité a été composé. Il existe à la bibliothèque nationale un manuscrit du traité de Hugue de Clères (ms latin 3839^). Il est écrit à deux colonnes, sur une double feuille de parchemin, qui dans l'origine devait se (1) Baluze a Imprimé dans ses Mlscellanea (t. IV, p. 486) une lettre de Henri II, qu'il rapporte à l'année 1159, et qui est évidemment une pièce supposée, dont la matière a été tirée du faux Hugue de Clères. Henri II, par cet acte, notifie que par un accord passé à Orléans entre lui et le roi Louis le Jeune la garde de l'abbaye de Saint lullen de Tours lui appartient à raison de sa qualité de grand sénéchal du roi de France. Ce serait le seul acte diplomatique qui pourrait être allégué en faveur des prétentions de la maison d'Anjou, mais il est facile de voir que cettepièce n'est pas authentique. DutUlet et le P. Daniel {Hist. de la milice française^ 1. III, ch. 10), l'ont attribuée à Henri III, et MabIllon(» sur Geoffroi Martel lxxxi OaiGIITE DES PlaIVTAGENETS LXXXIT Note sur l'origine de Robert le Fort i.iv Adèle de Vermandois, première femme de Geoffroi Gri- segonelle lxx Adèle de Châlon, deuxième femme de Geoffroi Grisego- nelle lxxi Maurice fils de Geoffroi Grisegonelle lxxii Blanche ou Arsinde, fille apocryphe de Geoffroi Grise- gonelle LXXII Pièces justificatives. lxxxix COHCOBDAHCE DES PAGES DE l'ÉDITION DE LA SOCIÉTÉ DE l'hIS- ToiRE DE France avec celles du spicilége de d'A- CHKRT. ... CXI Fin de la table. Paris, — Typographie Lahure, rue de Fleurus, 0. University of Toronto Library DO NOT REMOVE THE CARD FROM THIS POCKET Acme Library Gard Pocket LOWE-MARTIN CO. Limited ^f ■^ '^ yt' ■> •i.'^' 4' • t] ll^:#é' M(^>S, C '^l^ .i! /. d