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COLLECTION

DES CHRONIQUES

NATIONALES FRANÇAISES.

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CHRONIQUES DE FROISSART.

TOME I.

COLLECTION

DES CHRONIQUES

NATIONALES FRANÇAISES,

Dn TREIZIÈME AU SEIZIÈME SIÈCLE;

AYEC NOTES ET ÉCLAIRCISSEMENTS,

pjE J. A. BUCHON.

PARIS,

VERDIÈRE, UBRAIRE, QUil DES iOGUSTlHS, N"a5. J. CABEZ, RUE HAOTE-FEIIIIXE, N" 18.

1824.

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PRÉFACE

DE J. A. BUCHON.

Cj'Êst en m'occupant à rassembler les matériaul d'une histoire littéraire de Portugal, que je conçusi la première idée de publier une édition nouvelle de nos anciens chroniqueurs, et de Froissart en par* ticulier. Étonné du talent réel déployé par le« Archivistes historiographes portugais dès la fin du quatorzième siècle et dans le commencement du quinzième j charmé de la franchise naïve de leur narration, de la dignité simple de leur style, de cet enthousiasme chevalei'esque qui donne la vie à leurs modestes compositions, de cet amour ardent de la patrie qui peut seul constituer l'individualité d'une nation , et de cette bonne foi ingénue avec laquelle, sous les yeux du souverain qui les a choi- sis, ils tracent souvent les limites de ses droits d'habitude et font ressorth' l'inviolabilité des liber- tés bourgeoises, je me demandois ce qu'à la même époque nous avions à comparer en France au vé- nérable Fernam Lopes, au a'éateur de l'histoire en Portugal Froissart ne m'étoit alors connu que de réputation. La difficulté de manier les volumineux in-foho sous lesquels on nous l'a toujours présenté

a

Y.

ij PRÉFACE.

jusqu'ici fait de sa lecture une sorte d'étude j et le Lafontàine des historiens, Técrivain le mieux fait pour vivre dans notre familiarité , pour être le compagnon de tous nos instants, à tous les âges de notre vie , le conteur naïf des faits d'amour et de chevalerie du siècle le plus poétique de notre his- toire , a été relégué dans les poudreuses bibliothè- ques, apprécié seulement de quelques amis patients du vrai beau. J'étois alors en Angleterre. En vain je cherchai à me procurer un exemplaire de l'ori- ginal frauçois. Je fus forcé d'avoir recours à la tra- duction estimable mais décolorée qu'en a donnée Johnes , la tiaduction ancienne de Bourchier lord Berners, faite par l'ordre d'Henri VIII étant de- venue d'une rareté excessive.

Quelque pâle que soit la traduction de Johnes , elle peut cependant suffire pour faire pressentir ce que doit être le brillant coloris de l'original. A mou retour en France mon premier soin fut de me pro- curer un Froissart françois et je n'eus pas peu de peine à y parvenir, les exemplaires de cette chro- nique,.imprimée toujours in-folio, étant aussi d'une assez grande rareté. La lecture de la chronique fran- çoise répondit pleinement à mon attente. Les récits de l'historien françois sont sans doute moins animés du saint amour de la patrie ique ceux de l'historien portugais Lopes, mais la position des deux pays et des deux hommes étoit aussi bien différente. Elevé dans l'fitat ecclésiastique et attaché au serviced'un de

PRÉFACE. ii|

ces grands vassaux qui se disputoient les lambeaux dePautorité souveraine, comment Froissart auroit- il pu se former une idée bien juste de cemotsé* duisant de patrie. Mais dans toutes les autres qualités qui constituent le grand historien, Frois- sart peut sans partialité être cité à coté de Fernam Lopes, qui est venu après lui et de J. Villani qui ne Va. précédé que de quelques années. Moins philosophe que ce dernier , et moins habitué à porter dans ses ouvrages cette connaissance pro- fonde du cœur humain et d-es principes du gou- vernement qui caractérise les anciens historiens italiens, il est aussi poëte que l'historien portugais et il offre à chaque page le reftet le plus vif des mœurs de son siècle.

Séduit davantage tous les jours par Pentraîne- ment de son style, je ne pus résister à la tentation de faire partager aux autres le plaisir que j'éprou- vois moi-même. Je commençai donc des études sé- rieuses sur le texte. Je lus tout ce qui avoit été écrit à ce sujet Je consultai les manuscrits de Londres et de Paris. L'article ingénieux de M. de Barante dans la Biographie uniçerselle m'apprit qu'il exis- toit un magnifique manuscrit de cette chronique à Breslau enSilésie, et que d'un autre côté M. Dacier avoit fait avant la révolution d'assez grands travaux sur Froissart , et qu'il avoit même commencé l'im- pression de l'édition qu'il se proposoit d'en donner lorsque la révolution étoit venue Tinterrompre. Je

a*

H

ir PRÉFACE.

profitai alors d'im voyage que je fis en Allema- gae pour m^mformer des autres manuscrits qui pouvoient j exister. La comparaison que je fis des imprimés aviec les manuscrits me montroit cha- que jour davantage la difficulté de mon entre- prise, et )e résolus de m'adresser à M. Dacier pour savoir positivement il en étoit de son travail avant d'y avoir renoncé, et tirer parti de ses lu- mières pour l'édition que j'étois bien décidé à don- ner au public.

Je me serois évité bien des fatigues si je me fusse adressé plutôt à l'excellent M. Dacier. Je trouvai près de lui tous les renseignements possibles sur mon historien favori. Tout me fut expliqué avec justice et précision j et j'appris non-seulement il me fallodt chercher mes matériaux, mais aussi il étoit inutile de m'adresser. Ainsi tomba le prestige attaché aux deux plus beaux manuscrits de Froissart existants, celui de Breslad et celui de la Bibliothèque du roi à Paris tant vanté par Mont- faucon. M. Dacier qui les connoît parfaitement tous les deux , ne les trouve remarquables que par leur belle conservation, la richesse des ornements et rélégi»nce de l'écriture. Quant à la correction et à l'exactitude du texte il les trouve fort inférieurs à plusieurs autres manuscrits moins célèbres.

Une fois en possession de ces premières données, je devins plus exigeant M. Dacier paraissoit décidé à ne point mettre son travail ay jour. Si l'important

PRÉFACE. T

résultat de ses premières recherches lui faîsoit atta- cher quelque prix à son édition, les recherches assez nombreuses quilui resloient àfaire effrajôient son grand âge. Il redoutoit ce nouvel embarras de la publication de plusieurs volumes in-folio j car c'est sous ce format consacré qu'il avoit ùoiùméncé son édition. 11 sentoit que le gouvernetaent seul pouvoit le mettre en état de terminer une sefti- blable entreprise et il craignoit de demandët' une faveur qu'il ne craignoit pas moins d'obtenir. Mes sollicitations le décidèrent à s'en reposer sur l'acti- vité de ma jeunesse d'un ouvrage aussi immense. Je connois l'époque nous vivons et le besoin im- patient de l'âge actuel de connaissances positives et sérieuses^ et j'avoisla conviction parfaite que, pour l'exécution d'une entreprise aussi nationale que celle que j'avois en vue, je n'avois nullement besoin de la protection spéciale du gouvernement^ protection qu'on paie d'ailleurs souvent trop cher.

M. Dacier voulut bien enfin m'autoriser à faire usage de ses nombreuses et savantes recherches. J'en donnerai dans cetle préface un résumé exact afin que le public sache ce qu'il lui doit de recon- naissance, et afin aussi qu'on ne lui attribue pas les erreurs que j'aurois pu commettic moi-même dans les recherches qu'il m'a fallu faire pour compléter celles du respectable académicien.

Lorsque M. DacicrenLreprit son Froissart, voici quelles étoieut les éditions que nous en avions en France.

vj PRÉFACE.

I .*" Édition. ~ Caractères gothiquçs, imprimée à Paris, sans datç, chez Antoine Verard, trois, vch lames in-folio.

2.*" Édition. -^ Caractères gothiques, imprimée à Paris le i5 juillet x5o5, chez MiçheJ Le Noir, en deux volumes in-.folio.

3.® Édition. Caractères gothiques , imprimée à Paris en id3o, chezGaillot^Dupré, en trois volumes

in-folio.

"S

4-0 Édition. Caractères romains, imprimée à Lyon en iSSg, i56o, i56i, chez Jean de Tournes ^ en trois volumes in-folio. Cette édition a été revue et corrigée, q'est-à-djrç tronquée , par Penys

Sanvaga

5,** Édition, ^ Caractères romains , imprimée à Paris ea i5'j3, chez Michel Sonnlus, en quatre vo- lumes in-folio, Cette édition est une copie exacte de la quatrième*

6.* Édition. ' Cîtractères romain^ , imprimée à Paris en i5'j4> chez Gervais Maillot, en trois volu- mes in-folio. Cette édition çst également une réim-r pression de la quatrième.

Le P, Le Long ( Bibliothèque historique de France) mentionne de plus une édition de i5i8, faite à Paris chez Verard et une autre faite aussi à Paris quelques années plutôt, en i5i3, avec une continuation jusqu'à cette même année.

On connoît en outre deux traductions anglaises de Frpissart, l'une de Bourchier lord Berners entre«

'* ■• *m j >^LId7j^

PRÉFACE. vij

prise comme je l'ai déjà dit dans cette préface par Tordre d'Henry VIII , imprimée en caractères gothiques à Londres par Richard Pinson, en iSaS, format in-folio , réimprimée plus tard par W. Middleton et enfin républiée en 1812 sous les formats in-4.^ et in -8. «^ l'autre de Johnes, imprimée dans son château d'Hafod, formats in-Zf.." et in-8.* en i8o3, ornée de plusieurs gravures diaprés les dessins du manuscrit de la bibliothèque du roi de France, décrit par Montfaucon , avec un sup- plément publié en 1 8 1 0.

Il y en a aussi une traduction en langue flamande de Guerrit Pottersvan der Loo, mais qui ne paroît pas avoir jamais été imprimée.

Sleidan et Belleforêt en ont fait un abrégé , Fun en latin publié plusieurs fois et traduit même en anglois par P. Golding, Londres i6o8j l'autre en françois, format in-16 , imprimé à Paris en iS-ja chez Hulpeau, sous le titre de Recueil diligent et profitable y auquel sont contenues les choses plus notables à remarquer dans toute Vhistoire de Jean Froissart, mis en un abrégé et illustré de plusieurs annotationsparFrédéricde Belleforêt. On trouve également quelques chapitres copiés deFroissartdansun ouvrage in-folio intitulé Za zwer des histoires. Les historiens ne se faisoient alors aucun scrupule de se copier réciproquement et sans aucun chajigement On eut dit que dès qu'un fait étoU sorti de la tradition orale pour recevoir une

yiij PRÉFACE.

forme écrite, il devenoit dii doinaine commun ef / appartenoit à qui vouloit s'en emparer.

M. Dacier n'eut pas plutôt comparé les diverses éditions françoises aux manuscrits qui étoient sous sa main, qu'il comprit la nécessité d'abandonner tout-à-fait les imprimés et de coUationner les ma- nu2^rit$ entre eux afin d'obtenir un texte plus pui* et pi us complet une nouvelle diflBculté se présen- toit Presque tous ces manqscrits diflféroient entre eux non-seulement dans la construction d'un assex grand nombre de phrases, mais aussi parle nombre des chapitres. Ici les aflfaires de Bretagne, par exem- ple, étoient racontées avec d'assez grands dévelop- paments, tandis que les affaires de Flandre et de Guyenne étoient réduites à un abr^.gé tout-à-fait sec et succinct au contraire les affaires de Guyenne et de Flandre se présentaient avec leurs dévelop- pements naturels ^ tandis que les affaires de Bretagne étoient abrégées à leur tour. Un grand nomlore de manuscrits offroîent sucççssivement ces variations extraordina.ires. Pour expliquer ce fait, il faut se rappeler qu'avant l'invention de l'imprimerie, et long-temps même après cette époque, la possession d'un manuscrit étoit une chose fort dispendiei^e. Comme les citoyens en France ne s'imaginoientpas qu'ils fussent quelque chose dans ^'histoire de leur pays, ils ne songeoient pas à se procurer les ouvra-r ges dans lesquels il étoit question de ce qu'on avoit " fait par eux ou contre eux. Les chroniques n'étoient

^Aû

PRÉFACU. ix

regardées en quelque sorte que ccwirae des registres nobiliaires et des archives de la couronne» et les grands seigneurs seuls songeoient à en conserver une copie. C'étoit ordinairement aux couvents dans la b.ibliothèque desquels étoient déposées ces chroniques qu'on s'adressait pour en obtenir des copies. Quelques-unes furent faites avec bonne foi et scrupule.; dans d'autres au contraire on remarque avec étonnement que, pour avoir plutôt fait, le co- piste atronqué la narration d'une expédition entière, tandis qu'il a laissé à d'autres faits leurs dimensions naturelles. Quelquefois même on est allé plus loin et un fait ^ été accommodé à des passions particu- lières, un récit augmenté ou défiguré. Tel est, par ex^DiplCj, l'histQtre de la tentative du prévôt des marcl^ands Marcel pour livrer Paris au roi de Na- varre pendant la captivité du roi Jean. Les éditions imprimées qui sont faites d'après, les nftinuscrits les plus incomplets et les plus inexacts avaient repré- senté Jean Maillart comme un ennemi du roi de Navarre etcpmmele libérateurdeParis,tandisqu'il est constant par des pièces du Trésor des Chartes qu'il étoit si prononce daij^s le parti de Marcel que le régent avoit con^Uqué une partie de ses biens , en faveur d'un comte Portien ; mais si les imprimés et quelques manuscrits inexacts ont faussé ce récit, soit par négligence, soit par cor- ruption peijLt-etre,.la faduille Maillart possédasti des tue^s fqrt étendra Parô>. <i!amjbw gH|P»angitaB vien^

X PRÉFACE. - ^

nent redresser les faits et rendre à chacun ce qui lui est dû. Un manuscrit que Ton croit de la fin du quatorzième siècle, et qui a appartenu à Guillaume Boisratier fils d'un bourgeois de Bourges et devenu depuis archevêque de Bourges en i4io, rapporte les événements de cette nuit d'une manière toute différente des imprimés et offre une nouvelle preuve de l'exactitude de Froissart D'autres manuscrits fortifient ce témoignage, et ajoutent à l'autorité des chroniques et à la confiance que l'on peut avoir en elles. Le seul embarras est de distinguer entre les copies celles en assez grand nombre qu'on peut suivre, et le petit nombre de celles qui n'ont pas été faites avec la même bonne foi.

Afin de choisir avec critique dans ces textes si divers, M. Dacier examina d'aboï'd les divers ma- nuscrits des bibliotlièques publiques et particulières de Paris. avec tous les érudits de l'époque, il écrivit ou fit écrire par les autorités compétentes à toutes les bibliothèques de France pour avoir com- munication des manuscrits de Froissart qui pou- voient y être déposés. Ses recherches s'étendirent plus loin. Il s'adressa aux ministres pour obte- nir d'eux que nos envoyés dans les différentes cours lui envoyassent les originaux ou les copies exactes des autres manuscrits connus en Europe, et ce ne fut que quand il eut entre les mains tous ces précieux matériaux qu'il commença à rédiger un texte plus complet et plus épuré que toys ceux qu^on

PRÉFACE. x\

avoit pu obtenir jusqu'à ce moment et (ju'il sera même jamais possible de se procurer; car un des meilleurs et des plus complets de tous les manus- crits européens, celui de St-Vincentde Besançon a disparu au milieu des orages de notre révoîution , pour être peut être transporté avec d'autres en Bussie , sans que toutes les investigations faites par ordre du gouvemen[ient impérial aient pu le faire retrouver.

Le travail de M. Dacier sedivisoitendeux parties distinctes , le texte d'abord , et les notes sur ce texte, A l'époque il commença l'impression du pre-r mier livre , dont une partie seulement fut imprimée sans qu'elle ait cependant jamais vu le jour, la révi- sion du texte était entièrement terminée. Des quatre livres de Froîssart le premier avoit été copié sur le ma- nuscrit d u roi N **. 83 1 8; le secon d livre sur le manuscrit N".8343; le troisième Uvre sur le manuscrit delabi- bliothèqu e de St-Y incentde Besançon perdu aujour* d'hui; le quatrième livre sur le manuscrit du roi N^- ^829: c'étoient les mé^nuscrîts que M. Dacier avoit trouvés les meilleurs. Il avoit d'ailleurs constamment collationné ces copies avec tous les autres manus- crits, et il avoit ajouté, soit dans le texte, soit en note, lesleçons qui lui avoient semblé mériter la préférence sur celles de sa première copie. Par le nouveau texte de Froissart est d'un quart au moins plus «tendu que tous ceux que l'on connoissoit Les changements le$ plus heureux pour la certitude des

»ij PRÉFACE.

faits historiqaes ont aussi été opérés dans ce qui étoit déjà connue , et cela, non pas sur Fautorité d^un seul manuscrit, maissur celle die tous les bons manuscrits qui offrent extrêmement peu de diffé- rence entre eux. La notice détaillée que j'en donne- rai fera mieux apprécier chacun d'eux.

Ce texte ainsi revu est aujourd'hui entre mes mains, et c'est celui que je donne au public dans cette édition. Malgré la confusion des temps on n'a égaré que le texte d'une soixantaine de pages du premier livre qu'il m'a été facile de suppléer d'a- près le manuscrit N®. 83 1 8. J'aurai soin d'indiquer la partie commence ce morceau du texte.

Les notes et éclaircissementsformoientla seconde partie du travail de M. Dacier. Ces notes en assez grand nombre avoient pour but de rectifier la chro- nologie de Froissart, de rétablir l'orthographe des noms propres de lieux et d'individus, soit à l'aide de la géographie, soit par ie secours des' généalogies, et d'expliquer enfin certains événements mal pré- sentés ou omis par Froissart Ces notes placées au bas de chaque page dévoient être précédées d'une préface dans laquelle l'éditeur rendoit compte de tout ce qu'il avoit fart La préface est entièrement perdue: il m'a été absolument impossible d'en re- trouver aucune trace. Les notes des deux premiers livres ont presque toutes été sauvées. Quant aux deux derniers livres M. Dacîer n'a voit encore ré- digé aucune note , il se proposoit de le faire à me- sure qu'il avanceroit

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1

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PRÉFACE. xiij

J'ai ccmserréjpour les deux premiers Kvres, celles des notes de M. Dacier qui m'out paru nécessaires dans Fétat présent de la science. Il a bien voulu m'autoriser à retrancher les autres. Toutes les notes que ce savant respectable a rédigées sur les affaires de France qu'il connoît si bien sont de la plus par- faite exactitude. Je les ai données presque toutes sans avoir rien eu ày changer. Quant aux éclaircisse- ments sur les affaires étrangères à la France, il et oit impossible alors de procéder autrement que par des tâtonnements, attendu le petit nombre des docu- ments qu'on possédoit. Quelques voyages dans diverses parties de TEurope, un peu de familiarité avec quelques-uns des idiomes européens, m'ont mis en état de présenter ces éclaircissements d'une manière plus rigoureuse qu'il n'étoit possible à un homme beaucoup plus éclairé que moi de le faire. Mes notes seront toutes signées des lettres ini- tiales de mon nom (J. A. B.). Celles de M. Dacier seront signées des lettres initiales du sien (J. D.). De cette manière M. Dacier ne sera pas responsable de mes erreurs, et le public pourra lui faire hon- neur des excellentes et laborieuses recherches qui lui appar liennen t.

Il falloit remplacer de mon mieux la perte de la préÊace dans laquelle M. Dacier rendoit compte de ce ^ui concernoit la personne et le manuscrit de Frois- sait Je publierai dans un volume séparé tout ce qui a i^pportàla personne de mon auteur, et j'y ajouterai

xiv PRÉFACE.

quelques-unes de ses poésies dont il n'existe que deux manuscrits connus, qui sont tous les deux à la bibliothèque' du roi. Quant à la partie du travail de M. Dacier qui avoit pour objet de faire connoître les manuscrits qu'il avoit consultés, je tâcherai d'y suppléer dans lès pages suivantes. Des renseigne- ments épars dans ses cartons m'aideront à me diri- ger dans ce labyrinthe.

Les manuscrits de Froissart peuvent être diviséi en trois classes, i^. Manuscrits étrangers. 2^ Ma- nuscrits des provinces françoises. 3\ Manuscrits de Paris. Je ne parlerai que des plus curieux. Ceux qui voudront connoître la liste de tous les manuscrits connus peuvent consulter Montfaucon, Bïbliotheca bibliothecarwn inanuscriptonirn et l'Appendice ajouté par Johnes à sa traduction angloise des mé- moires de M. de Sainte-Palaye sur Froissart.

MANUSCRITS ÉTRANGERS.

Allemagne. Breslau en Silésie. Le plus cé- lèbre des manuscrits de Froissart se trouve àBreslau. Semblable à beaucoup d'autres choses célèbres ,il n'a sa réputation qu'à un défaut d'examen atten- tif. On l'a vu élégamment copié, richement relié,, orné de brillantes vignettes; il avoit appartenu à un haut personnage ; on l'a cru excellent. Il faut souvent moins de titres pour acquérir un nom. Les habitants de Breslau attachoienttant de prix à cette

PREFACE. XV

possession que lorsque Breslau se rendit aux Fran- çois en 1806, les Prussiens craignant qu'on ne le leur enlevât, insérèrent dans leur capitulation un strtide exprès à son intention, portant que la biblio- thèque publique seroit respectée. Si l'édition du Froissart de M* Dader eut été publiée alors, les Prussiens eussent moins redouté la violation de leur bibliothèque. Nous avons à la bibliothèque de Paris parmi une trentaine de copies de Froissart au moins cinq ou six manuscrits qui sont de beaucoup préférables, surtout celui de Boisratier de Bourges.

Le manuscrit de Breslau est de la fin du quin- xième siècle, et postérieur par conséquent de quel- ques années à l'invention de l'imprimerie. Les pein- tures qui l'ornent représentent également les habil- lements et les armes du quinzième siècle et non pas du quatorzième pendant lequel écrivoit Froissart Cette copie fut faite par l'ordre d'Antoine Le Long, en 14^1 et mort en i5o45 bâtard de Bourgogne I etfilsnaturel de Philippe le bon duc de Bourgogne, I pour la belle bibliothèque de la Roche dans les Ardennes donl Antoine étoit le fondateur. De la bibliothèque de la Roche, ce manuscrit passa avec plusieurs autres dans la bibliothèque particulière Je Thomas Rehdiger qui dota de cet héritage litté- raire la ville de Breslau il avoit étudié. Il est eu^atre volumes en vélin in-folio sur deux colon- nes. A la fin du premier volume, Antoine de Bour- gogne a écrit de sa propre main sa devise, nul ne

*

!^xvj PRÉFACE.

rfr * ^y frotte. Bstts le second volume sept feniUes ont été enlevées par quelqu^un qui l'a eu entre hs mains. Le troisième volume a aussi perdu huit feuil- lets. Le Quatrième volume est complet; il se termine comme tous les autres par la devise d'Antoine de Bourgogne et on lit à la dernière page : Grosse par Das^id Auhert Van de grâce Ne-Seigneur rrtil ccccjjXYiîï} ce qui démontre que ce manuscrit est fort moderne, Guttemberg et Fust, deux des in- venteurs de l'imprimerie, étant déjà morts depuis quelques années, lorsque cette copie fut faite.

John Ephraïm Scheibel, inspecteur de la biblio- thèque de Breslau, a donné un compte fort détaillé de ce manuscrit dans sa notice des objets les plus remarquables de cette bibliothèque, adressée au roi Frédéric Guillaume en 1794 Mais M. Dacier a eu le manuscrit même entre les mains. D'Alembert ayant prié le roi de Prusse de rendre ce service à M. Dacier, Frédéric fit envoyer, en décembre 1777» ce manuscrit à d'Alembert pour que M. Dacier en fit l'usage qu'il jugerait convenable d'en faire Après l'avoir conservé plusieurs mois entre seB mains, et collationné soigneusement avec quelques autres manuscrits, M. Dacier s'assura bientôt qtt^ le nombre et le coloris brillant des dessins, et l* beauté du vélin avoient fait toute sa réputation, ^* il le renvoya à Breslau après avoir fait faire uiï^ copie figurée de quelques lignes du commencemeï^* et de la fin de chacun des volumes. J'en donner^^^

1*^

PRÉFACE. , xvij

lejac siinile avec la copie figurée de plusieurs autres *

des plus fameux.

ANGLETERRE Il existe un trèsgrand nombre de manuscrits de Froissar t. On trouve dansles catalo- gues des manuscrits des bibliothèques d'Angleterre (Oxon. 1697 in-folio) parmi ceux Bodlei, N.® i5o3 une chronique de Froissart en françois manuscrite etN.*736i notes out of Froissart, Pancirolus..... collected by M. jishmole. Parmi ceux d'Isaac Vossius N.<^ 2669, ^^® histoire de Froissart plus ample et plus correcte que les imprimés, deux volumes , et parmi ceux de Norfolck N.« 2965, Jean Froissart , chronique Angleterre , Gallicè , deux volumes.

Je trouve dans les papiers de M. Dacier plusieurs lettres de M. Dutens, historiographe du roi d'An- gleterre, datées de Londres des années 1 784 , 1 786 , 1787 et 1802 relatives presque toutes au manuscrit de Froissart du musée britannique. M. Dutens lui écritàladate du 3 septembre 1784 «Voici, monsieur et cher confrère, ce que vous désirez avoir d'infor- mations au sujet dumanuscrit de Froissart du musée britannique. J'ai calqué du mieux que j'ai pu l'é- cWtillon que je vous envoie ^'\ mais ce qui doit vous éclairer encore mieux , c'est que les connaisseurs en ce genre m'ont assuré que ce manuscrit ne pou- Toit pas être plus ancien que le quinzième siècle et, autant qu'on en peut juger, vers le milieu. »

(1) rajouterai etjae simile k celui du manuscrit de Brrsiîai .

b

xviij . PRËFACE.

M. Dutens ayaiii écrit à M. Dacier que Pacte d|| parleraent qui règle les constitutions du musée bri- tannique ne permettoit pas qu'on lui envoyât le ma- nuscrit en question, celui-ci le pria de répondre du_ moins à plusieurs questions qui pouvoient l'aider îL se former une idée nette du mérite de ce manuscrit. Ilrésulte desrépqnses de M. Dutens^ que ce manus crit est en deux volumes in-folio 5 que le milieu der l'ouvrage seulement s'y trouve, et qu'il n'y a ni lo commencement 'rti la lin j qu'il est sur vélin à deux colonnes, tout entier de la même main^ qu'il y a beaucoup de miniatures et de vignettes propor- tionnées au format et très bien conservées et que c'est même ce quia fait la réputation du manuscrit^ que les lettres initiales des chapitres sont très bien peintes et ornées; qu'on trouve de temps en temps en marge des armoiries qu'on croit appjirtenirà l'ancienne maison de Say ; que les titres des chapi- tres sont en lettres rouges ; que la table des chapitres manque j qu'il y a environ deux cents feuillets par volume; et qu'enfin l'écriture indique que c^est un manuscrit de la fin du quinzième siècle.

ITALIE. —Voici un extrait de la lettre écrite par M, DuTheil à M. Dacier en 1777.

« Je vous envoie la première et la dernière feuille du manuscrit de Froissart qui se trouve dans la bibliothèque de la reine Christine au N.® 869. Elles sont exactement calquées sur du papier huilé dans la forme du manuscrit même ^'\ Il n'y a aucun autr<î

(i) J''cn ilonncrai le JUc simiie h. la suite de ma vie de Froissait.

PREFACE. ' xk

litre ni aucune épigraphe à la fin du volume. Il ne contient rien autre chose, nul avertissement, nulle note sur aucune marge. En un mot il commence, continue et finit aussi crûment que les deux feuilles huilées vous le représenteront. Si d'après cela vous me prescrivez d'en faire la confrontation avec les imprimés, soit en partie, soit même en total, je suis homme à le faire exactement pourvu toute fois qu'il existe un seul exemplaire imprimé de Froissart dans la capitale du monde.

« Il y a encore dans la même hibliotlièque de la reine Christine au N.*^ 726 quelques extraits de Froissart. Je vous en rendrai compte un de ces jours. »

Je trouve ce compte rendu dans une autre lettre.

« Le volume N.° 726 de la bibliothèque de la reine de Suède, dit M. DuTheil est un in-folio com- posé de 3o2 feuilles, partie en vélin, partie en pa- pier. Les feuilles sont réglées. Au folio P' commence , sans titre ni explication, une chronique des ducs de Normandie, dont voici le début. « Combien que les «vrayes chroniques racontent que Raul fut le «premier duc de Normandie, aucunes autres nous « racontent que au temps du bon roi Pépin le père

< de Charlemagne, il eut en Neus trie qui à présent

< est appelée Normandie ung duc qui avoit nom «Ansbert. Cestui Ansbert avoit ung chastel près « ou de côté Rouen que on appeloit Tu ri ne! e et

XX PREFACE. la

« avoit le gouvernement de toute Neustrie soubs le^ | , « roi Pépin, et avoit le tiers des revenues, et par le « comte Robert le Diable fu engendré. »

« Les trois premières feuilles , continue M. Du Tlieil, ont été fort endommagées. Le caractère, qui dans le commencement est semblable à la page cal- quée de l'extrait de Froissart que je vous envoie^*^ change, au folio II ^ de grosseur, mais non de^ forme.

« Cette Chronique de Normandie occupe dan$ ce volume jusqu'au folio gS, recto , elle finit par "

ces mots : « Et lors leur pardonna le roy Henrj^

« leur maltalent et receut d'eulx les hommages. Cel «( an ensuivant les chrétiens par toute terre di « chrétienté s'esmeurent àeulx croisier pour aller en « Jérusalem conquérir la sainte. terra ExpliciL »

«c Au folio 96 commence l'extrait des chroni- ques de Froissart dont je vous envoie le premier chapitre tout entier calqué en papier huilé sur le manuscrit même. ,

PAYS-BAS. -^ Mr. Godefroy, garde des Aixhi- ves de la Chambre des Comptes de Lille, rendit compte, ainsi qu'il suit, en 178 1 à M. Dacier d'un manuscrit curieux de Froissart de la bibliolhèque de Bruxelles.

« Feu mon père ayant été envoyé par le roi à Bruxelles, quand il en fit la conquête en 1746, pour examiner les titres etpapiers qui s'y trouvoient, con-

(i) On en trouyera \e fac simile k la suite de la vie de J. Froîssarf.

PRÉFACE. XX,

cernant la partie des Pays-Bas qui étoit sous sa do- mination, il y. examina en même temps avec beau- coup de soin tous les manuscrits de la fameuse bi- bliothèque des ducs dfe Bourgogne j et il en prit des notices détaillées et exactes. Une chronique de Froissart attira surtout son attention. Voici le détail qu'il en fait.

If Cette chronique est en quatre volumes in-folio reliés en ancienne bazanne blanche.

« Le premier volume du manuscrit contient 362 feuillets et 368 chapitres. Il n'y en a que 33o dans l'édition imprimée.

«rUya plusieurs vignettes fort belles dans ces quatre volumes.

If Le second volume du manuscrit contient 336 feuillets et 226 chapitres. À la fin de la table de ce volume manuscrit est une vignette qui représente Pexécution faite à Bordeaux de Guillaume 1er, Je Pommier , et Jean Coulon conseiller et secrétaire de la nation de Bordeaux, pour crime de trahison. Quel- ques chapitres sont précédés de vignettes coloriées.

•f Le troisième volume manuscrit contient 33o feuillets et 1 1 5 chapitres. Ce volume est relié en veau jaune. Il finit à 'l'année i389 par le récit des préparatifs d'une fête que le roi Charles VI vouloit donner à la bienvenue d'Isabelle reine de France. Le dernier chapitre ou chapitre ii5 de ce volume est le même que le 14^ de l'imprimé.

« Le quatrième volume deceschroniques manus- crites contient 82 chapitres et 237 feuillets. A la

xxij PRÉFACE.

tcte de ce volume est une vignette au bas de laquelle est placé une espèce de préambule adressé à Guy de Cliatillon, comte de Blois ^'\

i< En dedans de la couverture du yolume sont . plusieurs signatures de l'empereur Charles-Quint et dequelcfues autres nobles de la cour, qui y ont mis

leur nom sous leurs devises, encette forme: Plus

outre, CHARLES. ~ Jinsi sera, LUXEM- BOURG. - Souvienne tu, BOUTON Plus ne suis, FRERIN. etc.

« On ne peut douter que ce ne soit un des ma- nuscrits les plus curieux des Chroniques de Frois- sart, puisqu'il a été présenté par Froissart lui-mê- me à Guy de Ghatillon, dont il était chapelain. Ce Guy de Çhatillon, est Guy II du nom, mort en 1 397; dont il est feit mention dans le sixième volume des Grands OjKciers de la Couronne^ Page 97. ji

SUISSE. M*". J. B. Sinner, dans^son catalogue des manuscrits de la bibliothèque de Berne, a ren- du compte d'un manuscrit de Froissart, qui me pa- roi t être un des plus complets. Les variantes que rapporte Sinner sont tout-à-fait conformes aux le- çons que M*". Dacier a tirées des manuscrits des quels'^a été tiré le texte de notte édition. Ce manus- crit est un don fait en 1697 à la bibliothèque de Berne par le comte Alexandre à Dohna dont le père Frédéric acheta vers lôSy les baronics de Copet et

(2) C'est Je même qui a dto rapporté par M. de Barantc dans son inté- ressant article sur Froissart et qui se trouve aussi en son lieu dans ivttc édition.

PRÉFACE. xxiij

de Prengin dans le canton de Vaud. La première feuille qui contenoit une vignette a été déchirée.

La même bibliothèque de Berne possède un Frois- sart imprimé de Fédition de Ljon iSSg, qui a ap- partenu au célèbre Jacques Bongars et qui contient en marge difierentes leçons toutnà-fait confdrmes à> celles des bons manuscrits.

MANUSCRITS DES PROVINCES DE FRANCE.

CARPENTRAS. -. Voici ce qu'écrivoit M. de S*c. Croix à Mr. Dacier au sujet de ce manuscrit:

Il Juin 1781.

« J^ai examiné, Monsieur et cher confrère, avec soin le manuscrit de Froissart, qui se trouve à la bi- bliothèque de Carpentras. Il est en deux gros volu- mes in-folio sur papier , sans autre ornement Lecom- mencement du premier volume a été déchiré et il y manque les dix premiers chapitres. Le reste est en très bon état Vous trouverez ci-joint quelques li- gues du manuscrit copiées par uhe main habile et d'une ressemblance parfaite et frappante avec l'ori- ginal qui est écrit tout de la même manière et de la même main ^'\ J'ai collationné avec le soin le plus scrupuleux le 187^ chapitre de l'édition de Sauvage et de l'impression de Jean de Tournes avec ce ma-

(i) Voyez le/ctc simile de ce manuscrit à la suite de la vie de J, l'roissart.

L. ..

xxW PRÉFACE. ^

uuscrit. Il n'y a aucune différence pour les faits et très peu pour le style. Après les dernières lignes qui terminent Thistoire de Froissart dans toutes les éditions y on trouve dans le manuscrit de Carpentras^ une addition d'environ deux pages ou qnatre colon- nes de la même main : elle contient sur la mort du roi Richard des détails qui ayoient échappé à Froissart L'auteur, quel qu'il soit, les donne comme une addition et une suite au récit de cet historien.

CAMBRAY.--. Je tire des lettres écrites à M. Da- cieren 1769 et 1770 par M. Mutte, doyen de Cam- bray , quelques renseignements sur un autre manus- crit de Froissart de la bibliothèque du chapitre métropolitain deCambray, coté344>écrit sur papier d'une main du quinzième siècle in-4*^. imparfait. Il contient l'histoire des guerres des Gantois et autres Flamands révoltés contre Louis de Maie, comte de Flandre, leur seigneur.

Cette histoire commence ainsi :

« Sensieult la coronique de la rébellion de Gand ir et aucunes villes de Flandres contre leur seigneur « et droicturier prince qui dura sept ans et commen- « cha en l'an mil trois centz soixante et dishuit, jus- « ques en l'an de grâce Mil trois centz quatre vingts « etchincq.

« Je Jehan Froissars prestrede la nationdela conte If de Haynnau et en ce temps trésorier et chanoisne « de Chymay,qui du temps passé me suis entremits « de traictier et mettre en prose et en ordonnance les

PREFACE. XXV

« nobles et haultes advenues et grandsfaicts d^armes « qui adveriues sont tant de guerre de France et En- t gletcrre comme de ailleurs, me suis advisé de met- te tre en escript les grans tribulations et pestilence t qui furent en Flandres et par le fait et orguel de « ceulx de Gand contre le Coens Loy s leur seigneur « dont moult de mauls ad vinrent depuis, si comme « vous (wex recorder avant à Phistoire. »

Ce manuscrit n'est pas entier. Il finit à la levée du siège d'Audenarde par les Gantois, après la dé- faite de Philippe d'Attrevelle à la bataille de Rose- b€C(j,le 29 novembre i382.

Le quinzième cahier manque.

TOURNAT. w.Uabbaye de St-Martin de Tour- nay contenoit aussi un manuscrit assez curieux de Froissart sur le quel D. Berthod bénédictin fit passer ^elques renseignements à M. Dacier : le maniijscrit même lui fut envoyé plus tard pour la facilité des collations.

BESANÇON. _ La bibliothèque de St. Vincent de Besançon étoitfort riche en manuscrits. M. Dacier fit prier le Bénédictin Berthod de lui donner quel- ques renseignements sur le manuscrit de Froissart.

Le manuscrit de St. Vincent de Besançon formoit deux beaux volumes in-folio, couverts de satin usé et copiés en très beau vélin: les vignettes en étoient d'une grande beauté^ à cela près que les bras et les jambes des figures étoient assez mal exécutés et hors de proportion avec le reste du corps. Les couleurs

L

xxvj PRÉFACE.

appliquées avec beaucoup de délicatesse' s'étoient parfaiteoient bien conservées: les costumes surtout étoient fort exacts. Uarmure des guerriers , les forti- fications, l'attaque et la défense des places, les bar- ques ou petits vaisseaux avec leurs agrès, tout ce qui pouvoit donner une idée des choses racontées dans le texte y étoit aussi bien rendu qu'il étoit possible de le faire dans le siècle le manuscrit avoit été .copié: il étoit de la même main. J'ai trouvé dans les papiers de M. Dacier un^àc simile de quelques li- gnes du commencement et de la fin de chacun des deux volumes ^^\

On voy oit dans la première vignette l'auteur qui présentoit son Kvre au roi d'Angleterre , habillé d'écarlatte avec trois lions d'or passans sur sa robe. Ces armoiries sont encore répétées dans d'autres vi- guettes.

Ce manuscrit a passé .de la bibliothèque du célè- bre cardinal de GranviUe dans celle du {>rince de Caute-croix, son petit neveu, dont les livres furent vendus à M. Boisot , alors abbé commenditaire de St. Vincent de Besançon, qui légua tous ses livres à ses religieux pour en faire une bibUothèque publi-- que. L'ouvrage finit à l'an 1 389: il est écrit sur deux: colonnes et semble être antérieur à l'année 14^0; il parut si curieux à M. Dacier, d'après les renseigne^ ments que lui donnaD. Berthod qu'il écrivit à M. Amelot alors ministre , la lettre suivante, pour le prier de l'aider dans ses recherches.

( I ) Voyez Ztfac simile a la suite île la vie de J. Froissart.

PRÉFACE. xxvij

« Occupé tiniqucraeat et sans relâche à préparer Pédition de Froissart dont je suis chargé sous vos or- dres, j'ai enfin épuisé lesnombreuxmanuscrits du roi. Le travail pénible et rebutant de la collation de tant de volumes a été singulièrement adouôi parle fruit que j'en ai retiré. J'ose vous promettre un Froissart presque neuf, augmenté de près d' un tiers ,dans lequ el les noms de personnes et de lieux ainsi que les pas- sages altérés seront rétablisses lacunes remplies, les leçons vicieuses remplacées par d'autres qui sont in- contestablement bonnes. Le style de l'auteur, défi- guré dans toutes les éditions, sera pareillement cor- rigé sur les manuscrits les plus voisins du temps il écrivoit j et on ne verra pas sans quelque surprise que la langue Françoise, sous les r^nes des rois Jean et Charles Y avoit plus d'analogie avec notre langue actuelle , que celle qu'on parloit sous Henrjr II et quelques-uns de ses successeurs.

« Pour compléter les collations des manuscrits et afin qu'on xie puisse pas me reprocher d'en avoir né- gligé aucun , jeme suis procuré desnotices détaillées Il de ceux <jui existent dans les pays étrangers et dont on ne peut avoir communication ^ et je travaille ac- ij tuellement à examiner ceux qui sont conservésdans Ij plusieurs bibliothèques de Paris, soit publiques , soit particulières. Mais il en existe dans quelques autres villes du royaume, qu'il ne me seroit pas moins important de voir: il y en a un surtout à l'ab-

xxviij PRÉFACE.

baye de Si Vincent de Besançon , qui mérite par son antiquité et sa belle conservation d'être consulté. Comme votre crédit peut seul m'en procurer la fa- cilité, permettez-moi, M. de le réclamer et de vous prier d'avoiJr la bonté de faire écrire au prieur de cette abbaye de vous envoyer ce manuscrit et d'être mon garant auprès de lui. La protection dont voué honorez l'ouvrage et l'ouvrier m'enbardit à vous de- mander cette grâce et me fait espérer de Fobtenir. » M. Amelot écrivit de suite à Besançon au prieur de l'abbaye pour le prier de lui envoyer ce manus- crit et il futremis le la janvier 1779 entre les mains de M. Dacier, qui en a tirédenombreuses variantes pour les deux premiers livres ainsi que le troisième livre tout entier. Bien que le quatrième livremanquât dans ce manuscrit, c'étoit cependant un des plus précieux qu'on possédât , aussi bien par Fétendue du texte que parla correction du style. II a été égaré à l'époque de la révolution et malgré les rech^dies les plus minutieuses faites sous l'empire, il a été im- possible de le retrouver depuis. Peut-être aura-t-il passé en Russie avec quelques autres ouvrages non moins curieux qui manquent dans nos bibUo- thèques.

MANUSCRITS DES BIBLIOTHÈQUES

DE PARIS.

M. Dacier avoit rédigé des notes fort exactes su-i' chacun des manuscrits qu'il avoit consultés. Je croi^

PRÉFACE. xxix

leyoir les rapporter telles que je les trouve dans ses >âpiers.

I. Manuscrit de la bibliothèque deM. le prince de Soubise , in-foL sur yélin à deux colonnes, écriture delà fin du XIY®. siècle ou du commencement du XV«, relié en bois couvert de velour violet , la couverture garnie aux quatre coins de coquilles de cuivre doré avec une cinquième coquille au milieu. On lit ces mots en dedans de la couverture : Ce manus- crit échappé du château du Verger a été envoyé par M. Marchand de la part de M. le prince de Rohan pour la bibliothèque de M. le prince de Soubise, Ce a i avril 1 77g. Le lieu il a été trou- vé et les coquilles dont la couverture est ornée prou- vent indubitablement qu'il appartenoit au maréchal deGyé.

Ce manuscrit contient le premier volume entier deFroissart et est composé de 417 feuillets non chif- frés. Le premier est orné d'une miniature divisée en deux tableaux. Dans l'un on voit Froissart qui pré- sente à genoux son ouvrage au roi Charles V assis sur son trône. On reconnoît ce prince, parce qu'on voit Du Gueschn dans un coin du tableau, tenant en main l'épée de connétable et vêtu d'une tunique chargée de l'écusson de ses armes. L'autre tableau représente le roi d'Angleterre assis pareillement sur son trône, entouré de ses oflSciers et ayant l'air de parler à un homme vêtu d'unerobebleue , quil'aborde à genoux. Je ne puis deviner ni quel est ce roi, ni ffuelle est l'action que l'artiste a voulu peindre.

XXX PRÉFACE.

Cette miniature est la seule dont ce manuscrit soit orné: récriture en est parfaitement belle et bien soignée: les titres des chapitres sont en rouge j le pre- mier est conçu ainsi : Cy commencent les crônU ques de France et d'Angleterre^ cojnmencées par discrète personne Mons. Jehan Le Bel cha- noine de St. Lambert du Liège et continuées jus- gués à la bataille de Poitiers; et après sa mort furent compilées et parfaites par vénérable hom* me Mons. Jehan Froissart; es quelles croniques sont contenues plusieurs nobles avenues et beaux faiz d'arjnes qui advindrent tant en France ^ en Angleterre , en Espaingne, en Escoce et en Guienne comme ou pays de Bretaingne et aiU leurs.

La complaisance avec laquelle le copiste vante la bravoure des chevaliers Bretons, dont il nomme souvent un beaucoup plus grand nombre qu'on n'en trouve dans les autres manuscrits, ne permet pas de douter, ou qu'il ne fut lui-même Breton, ou qu'il ne travaillât pour quelque seigneur de cette province- Quoiqu'il en soit, ce manuscrit est un des meilleure et des plus corrects que j'aie vus: il fournit toutes le^ bonnes leçons et entre autres celle qui attribue à Pépin des Essarts et à Jean de Gharni, à l'exclusionr de Jean Maillart, l'honneur d'avoir délivré Pari^ de la tyrannie du prévôt Marcel.

IL Autre manuscritdela même bibliothèque in-foL sur vélin à deux colonnes, caractères gothique» qui

PRÉFACE. xxxj

paraissent être du même temps que le précédent, re- lié en bois couvert d'une grosse panne jadis violet- te. En dehors de la couverture sur uiie bande de parchemin encadrée d'un petit galon d'or usé et re- couvert d'un morceau de corne transparente est écrit: Le premier volume de Froissart

Sur le verso d'un feuillet de parchemin qui pré- cède le texte est un écusson paie d'argent et de gueule de six pièces, ayant pour support deux sau- vages. Ce manuscrit n'est orné d^aucune miniature; la moitié de la première page le copiste comptoit vraisemblablement en placer une est restée vide. On n'y trouve aucun titre de chapitre, pas même le titre général de l'ouvrage, mais le commencement de chaque chapitre est marqué par une lettre grise et la division est à peu près la même que dans le manuscrit précédent Le prologue et les pre- miers chapitres jusqu'à celui qui commence ainsi: Adonc s^espandirent nouvelles de sa venue ( de la roine d'Angleterre) /?ar le pajrs jetc. , ont étéabré- gés par le copiste, qui s'est même permis quelquefois de déranger l'ordre des événements. Le reste du manuscrit est assez correct et fournit de bonnes le- Çons. Il contient à peu près le tiers du premier vo- lume de Froissart et finit avant le récit de la bataille de Crécy , à ces mots du chapitre 1287 , vous des^ez savoir que ces seigneurs , rofs, ducs, contes et tarons François ne vindrent miejusques toits ensemble, etc.

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xxxij PRÉFACE.

III.N®. 6760. Manuscrit de la bibliothèque duroi, très gros volume in-folio en vélin, écriture qui pa- roît être du XV®. siècle.

On voit à la tête une assez belle miniature qui représente un combat Dans le coin gauche du grand tableau, le peintre en a t'ait un autre qui n'a nul rap- port avec la première, dont elle est séparée par une bordure. Ce second tableau représente une chambre ornée d'un dais sous lequel Froissart, en habit ecclésiastique, est assis, une plume à la main devant un pupitre et paroît occupé à écrire son his- toire. On voit sur un coffre auprès de lui son aumus- se et son surplis. On avoit eu le projet d'orner ce manuscrit d'un grand nombre de miniatures; mais elles n'ont point été exécutées, et les places sont restées vides.

Ce manuscrit ne contient que le premier des qua- tre livres de Froissart et ce livre y est diviisé en qua- tre parties.

Les titres et les divisions des chapitres difiereat souvent des imprimés.

J'ai dit que ce manuscrit ne contenait que le pre-- mier livre de Froissart et qu'il y étoit divisé en qua- tre parties: il est probable qu'il ne présenta que première à la reine d'Angleterre en i36i , car dan.^ la deuxième partie il parle de l'amour qu'Edouar^^ III avait conçu pour la comtesse de Salisbury, c^ qui ne pouvoit être agréable à la reine.

Après ces mots : Jimé du rojr de Navarre et d^ ceux. dEvreux, qui finissent le chapitre 220 dans

* PRÈFACEv txx\i]

Sauvage, p. 269 et qui finissent aussi un chapitre dans les trois éditions gothiques. On lit dans le ma- nuscrit: Cyfine la tierce partie et commence la <]uatrième et derrenière partie.

On lit au commencement du chapitre suivant^ •qui est le premier de cette quatrième partie , Au-- tjues en ce temps retourna en France le Rof de Cippres; ce qui au mot d^ environ près , fait le com- mencement du chapitre 221 de Fédition de Sauvage et d'un nouveau chapitre dans les trois éditions go- thiques.

A ces mot5, gastant et exilant tout le pays, fi- nit le manuscrit C'est à peu près à ces mêmes mots que finit le chapitre 263 de l'édition de Sauvage, P. 365: ils finissent aussi, à quelques mots près, un chapitre dans les trois éditions gothiques.

Comme on ne voit à la fin de ce manuscrit ni Ex^ plicit ni CjrJinCj etc., il paroît n'avoir point été achevé.

Le style de ce manuscrit n'est pas toujours le même (Jue celui des plus anciens : outre la licence que le copiste s'est donnée de tourner les phrases à sa maniè- re et de changer les mots , il a pris quelque fois celle f abréger considérahlement le récit, en supprimant i«s détails qu'il jugeoit sans doute peu intéressants* N.^8317. Manuscrit de la bibliothèque du roi, re- lié en veau fauve, écrit à deux colonnes sur véUn, de deux mains différentes, dont l'une paroît être du commencement du XV®. siècle, et l'autre du milieu

c

xxxir ,PB,ÉFA|CE. ^

11 coDtient 36 1 folios chiffrés d'une main modenif. On lit au premier folio, r*. ce titre : Ci cominen- cent les noui^elles Cr&niqiies de France et d'An- gleterre Jattes et compilées par honnourable et discrète personne Jehan Froissart^ à la prière et requeste de M, Robert de Namur seigneur de Beaufort ^lesquelles commencent au rojrEdouart d'Angleterre , lequel fut couronné rojr Van de grâce i'i%Q.

Ce manuscrit comprend le premier volume de Pédi- tion de Sauvage. La division des chapitres qui ne sont point chiffrés est souvent différiente del'imprimé , aussi bien que les titres. Ces titres et les premières lettres des chapitres sont écrits en rouge; mais il en manque près de la moitié. Ce manuscrit diffère des autres en

ce que le copiste a fait quelquefois des additions as- sez longues et peu intéressantes au texte de Phisto- rien.

Le tiers du folio 298 a été coupé en long.

Ce manuscrit et ceux des No», qui suivront con- tiennent beaucoup de choses différentes des impri-- mésjmais ces différences ne fournissent guèreque d^ - mots changés, ajoutés ou retranchés, quelques tran positions dans Tordre des événements, des récap tulations inutiles à la fin des chapitres de ce quiavo:î- été dit plus haut, des transitions vagues et commi»* nés par lesquelles les chapitres commençoient trè^ souvent et de certains tours de phrases qui étoier»*

....^

comme des formules qu'on trouvoit presque à cha- que feuillet, et qui ont .été sagement retranchés dans les imprimés. ^ *•

Pour en donner quelques exemples, ftnWau folio nijV*: La bonne rojrne Angleterre, au lieu que Sauvage, toL I*^p. 26, ettousles autres manuscrits metteot seulement: Ld rojrne d^ Angleterre. A ces mots qu'on lit dans Sauvage, vol. I^. p. gS, comme dans tous les manuscrits : Si leferit tantost une estincelle de fine amour ou cœur^ ce manuscrit ajoute folio 83, v^ , que^ madame Vénus luyen^ vojra par Cupido le Dieu d Amours, Il seroit ce- pendant possible que parmi ce grand nombre d'inu- tihtés on trouvât des additions importantes: celle qui suit me le feroit soupçonner. La comtesse de Salisbury en parlant de son mari au roi Edouard III, lui dit dans l'édition de Sauvage, vol. I^r. p. g^, et dans tous les manuscrits, qui estpourvàus empri- sonné ;he manuscrit que j'examine ajoute, à Paris- Nota. Au folio 2 1 , v'*, on lit , conformément aux autres manuscrits etaux imprimés, ces mots: j&>20^^è- rent (du royaume deFrance)7a bonne rofned'An-- gleterre et le rojr son fils, etc. Cequirépond à la pa- ge 26 du premier volume de Sauvage. On a ajouté à la marge de ce manuscrit d'une main presque aussi an- cienne que le manuscrit: Ils ne les en oStèrent oncques, car la dite dame ne son fils ny orent onques droit; mais Froissart monstre quHlfavo^ risoit les Anglais.

c*

i

xxxvj ^ PRÉFACE.

No. 83 1 8. Manuscrit de la bibliothèque du roi^in*^ folio sur vélin à deux colonnes, écriture de la fin du XIV*. siècle. Il contienl352 foL chifirés d'une main moderi&, ce qui fait 704 pages j il est relié en veau rouge.

Ilcontientle premier livre imprimé deFroissart,de l'édition de Sauvage j mais il est divisé en huit livi'es et a pour titre : Cy commencent les croniques quefist maigre Jehan Froissarty qui parlent des nouvelles guerres de France et dAngleter- re, de Bretaigne et d^Espaigne^ lesquelles sont dinsées en VIII livres. Voici le rapport de ces huit livres avec le premier livre imprimé.

MANUSCRIT. IMPRIMÉ.

Livres. . .... Pages Chapitres. Pafges.

1 69. ro 65 8 1

3 177. V" 126. 147,

4.(1) 161 i57 181.

5 203, VO 201 2î^6.

6. 241 . r^ 219 266-

7 263. r** 23o 293

8 296. ro 246 340!

Ce manuscrit finit au tiers du chapitre 309, au mi- lieu de la page 4^6 de l'imprimé: la phrase n'estpas même achevée, et il finit par ces mots , et espérons

(i) Nota, Il n'y a k c&të d'aucun chapitre le quart livre, ainsi que cela est aux autres: mais au foKo i6i v®., il y a au haut de la page : /> qiéorl livre, en sorte qu'on ne peut déterminer commence ce quatrième livre. U en est de même des livres cinq , six et sept.

PRÉFACE. xxxvij

encore^ après lesquels H y a dans Fimprimé, avoir en huis la bataille.

La division des chapitres n'est pas toujours la même dans le manuscrit et dans l'imprimé, etïes titres sont différents. Ces titres sont en rouge, et les pre- mières lettres des chapitres sont avecdes ornements d'or «t d^azur. On trouve sur une feuille de parche- min qui est collée en dedans de la couverture, que ce manuscrit avoit appartenu à G. Boisratierde Bour- ges. Ce Boisratier qui étoit conseiller du duc de Berry ( frère de Charles V ) en fit présent à son maî- tre, ainsi qu'il paroît par cette inscription écrite au versad'une feuille de parchemin qui est avant la première page du manuscrit.

Cj^ est une partie des chronigues de France fai- tes par maître Jehan Froissart Haynuyer^ de^ puis le temps du rojr Charles le quarts des guer^ res qui furent entre France et Angleterre ries- ruelles chroniques maître Guillaume Boisra- tier maistre des requestes deVostel du rojret son conseillièrj et conseillier de monseigneur le duc de Berrjr son seigneur jdonTia à mon dit seigneur le duCj en son hostel de Neell& le 8'. pur de no- ^rnbre Van 1407.

Flamel.

Au recto de la dernière feuille, après la dernière ligne du manuscrit il y ar Ce Rvre est au duc de Berry. Jehan.

Ces motssontde la main duduc de Berry, ainsi que

Mxviij PRÉFACE.

M. de Sainte Palajre l'avoiï appris de M. Tabbé Le- bœuf, qui étoit danitlTiabitude de voir des manus- crits et qui avoit vu plusieurs signatures du duc de Berry dans la bibliothèque de la S^®. chapelle de Bourges, est conservée une partie des manuscrits qui étoient à ce prince.

M. Le Laboureur a inséré à la tête de la traduc- tion qu'il a donnée de la vie de Charles VI, par un moine anonyme de St. Denys, une histoire du duc de Berry, dans laquelle il a placé un inventaire des livres de ce due ^ et ony trouve^ p. 82. Un livre des chroniques de France fait par M. Jehan Frois- sart , lequel fut donné à M.sr le ^"".jour de no- vembre Van il^o^ ^ par messire Guillaume Bots- ratier, à présent archevêque de Bourges y prisé trente deux livres parisis.

M. Le Laboureurajouteiye crois que dest celui même qui m'a été donné par M, de Chaude- nier premier capitaine des gardes du roi, avec les figures enluminées des principaux évène^ ments des règnes qu^il traite, et fort enrichi d'or et d^azur: et ce livre est d'autant plus estimable qu'il est différent des imprimés oii Von a changé le sljle et altéré les noms et principalement en Védition de Denjs Sauvage qui Va plutôt obs^ curci qu'illustré.

Oo ne peut douter que le manuscrit dont il est- parlé dans cet inventaire, ne soit le manuscrit N. 83 18 de la bibliothèque du roi: mais ce n'est cer-

PRÉFACE. xxxix

tainément pas celui qui aToitétédpnnéparM. Chau- denier à M. Le Laboureur: caç celui-ci dit qu'il a des figures enluminées des principaux événements des règnes qu^il traite. Or, dans le manuscrit 83 18, il n'j a pas une figure: on y trouve seulement à la première page une place laissée vide apparemment pour en mettre une, et cette place est entourée d'une bordure, au ba s de laquellesontlesarmesde France.

Le manuscrit N°. 83 1 8 qui étoit de la bibliothè- que du duc de Berry appartint dans la suite à mada- mede Beaujeu sœur de Charles VIII etfemmeduduc de Bourbon : car à la fin du manuscrit, un peu au dessus de la signature du duc de Berry , on lit: Ce livre est à madame Anne de France duchesse de Bourbonnois et d^ Auvergne; et au recto d'une feuille de parchemin, qui est à la fin du manuscrit, on lit: Ce livre est au duc de Bourbonnais et d! Auvergne. Raminagrobis,

N. B. Ce duc se nommoit Pierre II. C'étoit le mari de madame de Beaujeu: il devint duc de Bourbon- nois et d'Auvergne par la mort de Jean II son frè- re, arrivée le 1er. avril i488. (Voy. V H ist général de la mais, de France y T. i , P. 3 1 1 et 3 1 3. )

Ce manuscrit est le plus authentique de tous ceux que j'ai vus et le plus certainement ancien; car on voit par la signature de G. Boisratier qui se trouve à lafin,que ce livre lui avoit appartenu plusieurs an- nées avant qu'il le donnât au duc de Berry en 1407.

xl PRÉFACE.

N^. 83 1 9. Premier volume. Manuscrit de la bîBlîcF thèque du roi, in-fojiia sur vélin, écrit uie de la fin dw XI V«. siècle, ou tout au moins du commencement dn XV*. siècle. Il contient 896 feuillets chiffrés d^une main moderne. Il est relié en bois couvert de veait, aux armes de France couronnées , avec des F et des fleurs de Ijs, ce qui fait juger qu'il appar tendit à François I«'.

Ce manuscrit est orné de miniatures très bien fai- tes et de vignettes de bon goût. La première miniar ture est divisée en deux tableaux ^ dans l'un est re^ présentée une bataille des François contre les An- glois; c'est vraisemblablement la bataille de Crécy. On voit dans l'autre un combat des Anglois contie les Écossois: rien ne désigne quel est ce combat. Les titres des. chapitres qui sont à peu-près les mêmes que dans les manuscrits 83 1 8 , e t les premières lettres des chapitres sont enluminées et rehaussées d'or.

Les premiers feuillets contiennent une table gé- nérale des chapitres , après laquelle se trouve ce ti- tre: Cf coimnencent les chroniques quefist inais* tre^ Jehan F roissarty qui parlent des nouvelles guerres de France et d' Angleterre ^ de Bretai- gne^ EscocCy Espaigne^ lesquelles sont divisées en quatre parties.

Ce manuscrit ne renferme que le premier volume deTroissart imprimé : il est divisé en quatre livres > dont voici le rapport avec l'édition de Sauvage.

PRÉFACE. ïlj

MANUSCRIT. IMPRIMÉ.

Livres Pages Gliap Pages;-

3 QQ.y.. . \)0, •• ol*

3 i86. r^ . . i56,verslafin. 174-

4 219 121, au milieu. 270.

, Ce manuscrit finit par les mêmes mots que le ma- nuscrit 83 1 8 , auquel il est parfaitement conforme , à quelques leçons près qui montrent que ces deux ma- nuscrits n'ont point été copiés Fun sur l'autre. Ces ma- nuscrits sont les plus anciens et les plus authenti- ques que nous ayons du premier livre de Froissartj ils sont aussi les plus corrects.

N-^. 832 G. .Manuscrit de la bibliothèque du roi, gros volume in-.foliorelié en bois couvert de velours bleu très usé, écriture du XV®. siècle, sur vélin, à deux colonnes, très gros caractères.

Ce manuscrit composé de 433 feuillets cotés en rouge , contient le premier volume de Froissart. 11 est précédé d'une table des chapitres , av^c ce titre: Cf commence la table des rubriches des Croni- ^ues sire Jehan Froissart ^ de la guerre et Voc- oasion d'icelle guijiit longuement entre le rof de France et le rojr Edouart d'Angleterre et plu- sieurs autres leurs successeurs. On lit au bas du dernier feuillet qui termine ce volume: Cy fine le premier volume de Froissart^ et sur un feuillet de vélin collé à la tête du manuscrit en dedans de la cou- verture : BlqySy et au dessous, Des histoires et

xlij PRÉFACE.

Usures en François , Pult^ ( pulpitre. ) 6^. contre la muraille de dessers la court.

Les titres des chapitres sont écrits en lettres rou- ges, et les lettres initiales dorées et enluminées.

Le grand nombre de miniatures dont ce manus- crit est orné le rendent infiniment précieux : elles sont en général de bon goût,, d'un dessin assez cor- rect pour le temps, d'une grande fraîcheur de coloris et de la plus belle conservation. Les vignettesqui les accompagnent sont assez bien peintes , mais sur- chargées d'ornements :1e peintre y a souvent repré- senté des singes, des grotesques, iiç,% figures plus bî- sarres les unes que les autres. On voit dans quelques unes des rouleaux chargés de cette devise. Plus est en vous. Les armes de France, pleines, qu'an trou- ve aubas de la plupart des vignettes font juger quece manuscrit appartenoit à quelqu'un des roisdeFrancef mais l'épaisseur et la grossièreté des couleurs, l'or mat des fleurs de lis, très différent de celui des mi- niatures et des lettres capitales, me portent à croire que ces armes ont été peintes après coup j et qu'ainsi ce manuscrit pourroit bien n'avoir pas été originai- remeijt destiné pour le roi. Quoiqu'il en soit, les mi- niatureis qu'il renferme sont extrêmement cqirieuses^ parce qu'elles donnent une idée très nette du cos- tume des hommes et des femmes des différents états dans le XV°. siècle, des habits de guerre, des ar- mes, des machines, etc. Aussi le P. de Montfaucon en a fait graver plusieurs dans les Monuments d^

PRÉF AC E. xliij

la Monarchie Françoise j T. 2 et 3 , tels que Pen- trevue d'Isabelle de France reine d'Angleterre avec son frère Charles le Bel , la réception que firent les bourgeois de Nantes à Jean de Montfort età sa femme, la bataille navale de Guernesey, la prise de Charles le Mauvais dans le château de Rouen , la bataille de Poitiers , le sacre du roi Charles V, eta

Je n'ai pu voir sans surprise que le savant béné- dictin qualifie ce manuscrit, le plus ancien rnanus-^ crit de Froissart de la bibliothèque du roi (T. 2. P. 256. 269 et al.). Il n'avoit sans doute point examiné les autres qui étoientindifférents pour son objet j car il en auroit trouvé plusieurs qui sont incontestable- ment plus anciens sans parler du N.° 83 18 , qui fut donné au duc de Berry en 1407, et dont l'écriturCy comme nous l'avons dit plus haut, paroît être anté- rieure de quelques années à cette date. Quant à celui-ci, on ne peut guère le faire remonter plus haut que i45o; et les connoisseurs qui l'ont vu Testiment même postérieur à cette époque.

Une autre observation, dépure curiosité, c'est que l'écriture ressemble si bien à celle du manuscrit N.o 6760 qu'ils paroissent être de la même main.

Mais ce manuscrit n'est pas seulement un des moins anciens, ilest aussi un des moins corrects. On y rencontre un grand nombre d'omissions et de cha- pitres abrégés j de sorte qu'assez souvent il semble *ître plutôt un extrait qu'une topie de Froissart. Il feut en conclure qu'il est beaucoup plus précieux par la beauté des peintures que par la pureté du texte.

xliv PRÉFACE.

N.* 83îi I . Manuscrit du roi , mêm« format, imenre' reliure, même écriture, mêmes ornements, etc. que le N.^ 8320 dont il est la suite j mais il lui est très supérieur par la pureté du texte qui n'est presque jamais tronqué ni abrégé ; et ce seroit un des meil- leurs manuscrits du second volume, si le copiste ne s'étoit pas quelquefois permis de rajeunir le stylfe,Il contient 356 folios cotés en rouge et est précédé d'une table des chapitres avec ce titre: C^ commen- ce la table du 2.*» volume des croniques de France^ d^ Angleterre et d^ autre part^ jadis compilées par sire JehanFroissart en son temps chanoine et trésorier de Chimajr en Hajrnau.

On trouve, comme dans le N.® 8320, ces mots écrits sur un feuillet de parchemin collé en dedans de la couverture : Des histoires et libres en Fran- çois. Pult.^ &.^ contre la muraille de dessers la court; et au dessous, Blojs.

Les miniatures et les vignettes y sont moins nom- breuses que dans le volume précédent. Le P. de Montfaucon a fait graver d'après ce manuscrit dans le T. 3 des Monuments de la Monarchie Fran- çoise la bataille de Rosebecque et la sortie dès Parisiens en armesau devant deCharles VI lorsque ce prince revint vainqueur des Flamands.

Colbert N.« 258 , du roi, 8323. Manuscrit in-^ folio maroquin rouge, d'une très belle écriture sur vélin, qu'on peut estimer de la fin du XV.« siècle. 11 contient i55 folios cotés au bas des pages, d'une main moderne.

PRÉFACE. xlv

Ce manuscrit fait avec le plus grand soin et orné le quelques mmiatures, renferme exactement le néme abrégé que le manuscrit 8343 et les mêmes xaités d'alliances indiqués dans la notice de ce ma- luscrit On trouve de plus à la fin de celui-ci une pièce intitulée : La teneur des lettres passées des alliances de France et dEscoce. Cette pièce est datée du dernier juillet 137 1 , la huitième année du règne de Charles V. Elle est suivie d'une liste de morts et de prisonniers, tant François qu'Ecossois, sans aucune indicatian de la bataille ces cheva- liers perdirent la vie ou la liberté.

N.® 8324- Manuscrit de la bibliothèque du roi, in-folio r^lié en parchemin, écriture du commence- ment du XV.« siècle sur vélin. Il contient 4 1 7 folios chiffrés d'une main moderne, et qui paroissent avoir été chiffrés auparavant, peut-être de la même main que l'écriture du manuscrit.

Il y a plusieurs miniatures mal faites, un peu effa- cées, entourées de vignettes. La première est divisée en quatre tableaux. Dans le premier de ces tableaux est un chanoine vêtu de pourpre, l'aumusse sur l'é- paule (c'est sans doute Froissart), qui présente son livre à un prince qui a sur la tête une couronne aux léopards dont on aperçoit quelques traces sur la robe écarlate du prince j on reconnoît que c'est le î^oi d'Angleterre.

Le second tableau au dessous du précédent repré- sente un vaisseau voguant à pleines voiles : on dis-

m

xlvj PRÉFACE.

tingue abord de ce vaisseau Isabelle de France reine d'Angleterre et son fils Edouard , qui depuis fut Edouard III.

Dans le troisième en haut, on voit cette reine présentant son fils à Charles le Bel son frère.

Le quatrième représente la ville de Bristol dans laquelle Isabelle, accompagnée du jeune Edouard, assiège son mari Edouard II.

Les titres des chapitres sont en rouge et les pre- mières lettres enluminées.

On voit au haut de la première page CL Putea- nus de la main même de M. Dupuy.

Le manuscrit est intitulé : Cj commencent les croniques de sire Jehan Froissant contenansles nous^elles guerres de France y d'Angleterre , d^Es- coce^ d'Espaigne, d'Alemaigne ^ de Naçarre, de Bretaigne y et sont divisées en quatre parties. Ces quatre parties sontdivisées comme danslema- nuscrit 83 19, mais il faut remarquer que le cahier qui devoit commencer au folio 78 a été mis à Pen- vers, et qu'au lieu de 8 folios qu'il devoit contenir comme les autres, il n'en contient que 7. Le feuillet qui manque est celui qui devoit suivre le soixante dix septième commençoit le second livre.

Au folio 175. v.o, on lit, Cy .fine la 7,,^ partie des croniques de Froissart et commence la tier- ce. A la fin du folio 278, v.o est un espace vide réservé pour marquer la fin du troisième livre et le commencement du quatrième.

PRÉFACE. xlyij

Ce manuscrit finit au chapitre 827, page 456 de Pédition de Sauvage. Il y manque à la fin un cahier qui comprenoit les cinq pages imprimées qui achè- vent le premier volume de Froissart.

Ce manuscrit a souvent fourni de très bonnes leçons à la présente édition.

N.® 8325. Manuscrit de la bibliothèque du roi, in-folio, reUé en veau rouge, très belle écriture du milieu du XV.* siècle, sur vélin. Il contient 34^ folios chiffrés d'une main moderne.

Il n'y a point de titres de chapitres : ils ne sont distingués que par une barre enluminée. Les pre- mières lettres ainsi que celles de quelques alinéa, sont dorées et enluminées.

Ce manuscrit renferme le troisième volume de Froissart, quoiqu'on lise à la fin: Cy fine le 2.® IL vre des croniques de Froissart contenant des aventures de France et d^ Angleterre. 11 se ter- mine à l'avant dernier chapitre du troisième volume de l'imprimé, page 362. Tout ce chapitre qui répond au chapitre i4i dePédition de Sauvage en diffère considérablement , et mérite d'être examiné avec soin. L'ancien langage y est mieux conservé, et l'on y trouve au folio 342 des particularités concernant Froissart, qui ne sont point ailleurs. Ainsi je crois qu'il doit être préféré aux manuscrits du même vo- lume de Froissart, N." 8328et8329, comme ayant été probablement copié sur un autre plus ancien et plus authentique que ceux-là.

xlviij PRÉFACE.

N.« 83a8et 8329. Manuscrit de la bibliothè* que du roi, deux volumes in-folio reliés en velouts rouge, écriture du XV-® siècle finissant. Quoique ces deux volumes paroissent écrits de la même main, le caractère du second est plus beau que celui du pre- mier. Celui-ci n'est point chiffré; le second contient 3oi folios chiffrés d'une main moderne.

L'un et l'autre ont en tête une table des chapitres. Les titres y sont écrits en rouge: les premier es lettres des chapitres et de quelques alinéa y sont dorées et enluminées.

On lit en dedans du premier ais de la couverture de chaque volume ces mots, d'une écriture duXVIc siècle, iB/o^^, et plus bas. Des histoires et livres en François au premier pult^, ( pulpitre) par ter- re devers lesfossez à Vailz du milieu.

Dans le premier volume on lit sur une feuille de vélin qui est à la tête, ces mots d'une main postérieu- re, Letiers volume Froissart appartenant au rûj Louis XII avec une signature abrégée qui paroit être Auher ou AuhrL

Cepremiervolume qui contient le troisième volume de l'édition de Sauvage, est intitulé \Cy comjnence la tierce partie principale des croniques de sire JehanFroissart , qui contient les nouvelles guer* res deFrancCy d'Angleterre ^d^Espaigne , de Por' tugalet d Italie yCtparle premièrejnentcomment sire Jehan Froissart se partit de France pour aller devers le comte de Foix et la manière de son voyage.

IPRÉFAGE. xlix

On trouv€ vers le milieu du volume cinq ou six feuillets écrits d'une autre main que le reste. 11 finit comme le troisième volume de Sauvage, si ce n'est qu'après les Inols, scellé de toutes les parties ^ qui terminent l'imprimé, on trouve dans le manusiirît ces sept ou huit lignes. Mais ait jour que je clouj ce Iwreje ne V assoie pas , si m^en convient souffrirez et aussi s^il plaist à mon très cher et honnourè seigneur Monseigneur te C*^. Gui de Blois à la^ quelle requeste et. plaisance j*ay travaillé en ceste noble et haute histoire y il me dira et je y entendray y et de toutes choses advenues depuis ce tiers livre clos je rn^en informeraj volontiers*

Le second volume qui contient le quatrième de Sauvage est intitulé, Cjr commence le quart livre de M^ Jehan Froissart qui parle des guerres et nobles fais d'armes et advenues de France y d'Aru gleterre M des pays d'entoUr^ leur conjoins et ûdhéranSy depuis Van Nr«. Seig^. iSSget prejjîier de la noble J'este qui fut faite à Paris à Ventrée et venue de la reine Isabelle de France femme au roy Charles le bien aijné et aussi des jous- tes quiy furent faites et des présens de ceux de Paris.

Il contient le quatrième volume de Sauvage^ si ce n'est qu'il commence par une Préface ^ qui ne se trouve dans l'imprimé qu'au commencement du cha- pitre 5 1, page 1 58, elle est déplacée, et il manque plusieurs choses importantes que renferme

d

1 PRÉFACE.

le manuscrit. On trouve encore dans ce volume un<; addition sur la mort de Richard II qui n'est poiftt dans rimprimé.

Ces deux augmentations du commencement et delà fin sont les mêmes qui sont copiées dans notre édition d'après le manuscrit de Coislin, N^ 169, à l'abbaye St. Germain des Prés.

Ce manuscrit 832g paroît le pins authentique des trois qui contiennent le même volume de Frois- sart. Outre que l'écriture en est plus belle et plus ancienne, il a conservé de vieux mots qui sont changés dans les autres.

Colbert N^. 86, du roi, 8829. Manuscrit in-folio sur vélin, à deux colonnes, relié en veau très vieux, écriture antérieure au milieu du XV®. siècle, con- tenant 227 feuillets non cotés.

On y trouve plusieurs miniatures très mal dessi- nées et aussi mal peintes. Les titres des chapitres sont en rouge et les lettres capitales de différentes couleurs, mais sans dorure.

On doit porter de ce manuscrit le même juge- ment que de celui N*. 8333 auquel il est si confor- me qu'ils ont été évidemmelit copiés ou l'un sur l'autre, ou sur le même original.

liC commencement de celui-ci manque jusqu'à ces mots, si roidement en leurs escuSy qui répon- dent à peu près au milieu du chapitre premier du N°. déjà cité. La conformité parfaite qu'on a remar-

PRÉFACE. Ij

quée entre les deux textes donnant lieu de croire qu'ils commençoient au même chapitre, il en résul- te qu'il n'jr a qu'un feuillet de perdu. Le dernier chapitre manque aussi dans ce manuscrit comme dans le N- 8333.

Colbert W°. 23 1. du roi, 8329. Manuscrit de Colbert in-folio, maroquin rouge, écriture de la fin du XlVe. siècle, ou du commencement du XV®, au plus tard, sur vélin à deux colonnes, contenant 3^3 feuillets non cotés.

Ce manuscrit n'est orné d'aucune miniature; mais une place restée vide au commencement de la première page annonce qu'on avoit eu dessein d'j en mettre une. Il est divisé en chapitres comme les autres manuscrits, avec cette différence que les cha- pitres ne sont précédés d'aucun titre et sont seule- ment désignés par un alinéa et une lettre capitale en or avec un cadre colorié : on ne trouve dans tout le manuscrit que ce titre général : Cy coimnencent les croniques de la guerre et V occasion (Ticelle, quifu longuement entre le rojr de France Phe-- lippe et le rojr Edouart d'Engleterre et moult de leurs successeurs.

Ce manuscrit contient la plus grande partie du premier volume deFroissart, et finit, comme les ma- nuscrits 83 1 8 et 83 19, à ces mots : car les ennemis approchent, et espérons encore anuit.

Il est fâcheux que ce manuscrit, l'un des plus an- ciens et des plus corrects , soit imparfait II y manque

lij .PRÉFACE,

environ vingt feuillets, depuis ces mots : hors ré- pondit le duc de Bourbon et dist: <c Chandos, Chandos^ dites à vos maistres qtûils guerroient; jusqu'à ceux-ci: Leur tour sur ces nefs Englesces que pou ainiroient ne prisoient, etc.

Colbert, N". 85 i du roi, SSag. Manuscrit de Colhert in-folio, maroquin rouge, écriture du XV' siècle , à deux colonnes ,^ur papier, composéde 869 feuillets cotés en rouge.

Il contient le premier volume entier de Froissart, à l'exception du Prologue et d^une partie du pre- mier chapitre qui manquent jusqu'à ces mots: Saint Lambert du Liège; et dis ainsi ^ etc.

Ce manuscrit, dont l'écriture est assez soignée, ne diffère eïi rien du N<^. 83 17. Il ofiie constamment les mêmes leçons , 'les mêmes longueurs et la même division des chapitres , d^ sorte que l'un paroît être une copie de l'autre.

^^^cJNo. 833o. Manuscrit de la bibliothèque du roi, in-fo^io survélin relié en bois, couvert de velorurs très usé, autrefois verd ou bleuj écriture cursive peu soignée^ gui paroît être de la fin du XV®. siècle. H contient 278 folios cotés d'une main mpdemeiet n'est point écrit à deux colonnes comme la plupart de» manuscrits du même historien.

Toutes les lettres initiales sont grossièrement co- loriées, et les titr.es des chapitres en rpuge, à l'ex- ception des liuit ou dix premiers qui sont en lettres noires soulignées de rouge.

PRÉFACE. liij

On lit sur le parchemin collé en dedans de la couvertuté, ces ftiots d'une écriture très moderne : Troisième Iwre delà cronique de France et d^Angleterre.Swit un feuillet de parchemin au ver- so du quel est une miniature du plus mauvais goût divisée en quatre tableaux et entourée d'une vi- gnette au bas de laquelle on voit un écu de France à la bande de gueule qui est de Bourbon. Le même écu se retrouve au bas d'une autre vignette qui en- cadre la première page du manuscrit.

Il a pout titre : Cjr s'ensuit le 3*. livre des cro^ niques de France, d'Engle terre et des pais voi- sins, qui se recommence à une grande pestil- lence qui se bouta en V Eglise y de quqy toute Xreptientéfitt pour ce temps en grant branle, dont moult de maulœ en nasquirent et descen- dirent^ comme cuir pourrez. J^t dist ainsi.

C'est par erreur que ce manuscrit ost intitulé troi- sième /iVre: il contient le livre second, à commencer au départ du pape Grégoire XI d'Avignon pour aller à Rome. Comme £$- manuscrit paroît parfai- tement entier, il est vraisemblable qu'il étoil pré- cédé d^un premier volume que nous ne retrouvons plus et qui s'étendoit jusqu'à cette époque» Rien n'est plus arbitraire dans les- manuscrits, que la division des livres et des chapitres. Il seroit à dé- sirer que les copistes n'eussent jamais pris d'autre licence. Ce manuscrit, l'un des moins beaux qui soient

liv PRÉFACE.

à la bibliothèque du roi, est cependant un dès pîas^ précieux, et nous a fourni d'excellentes leçons. Il a d'ailleurs le mérite d'avoir mieux conservé Pancièn langage que la plupart des autres;

833o _ 833 1. On voit à la tête du second volume une table des matières , et à la; feuille qui suit cette^ table, une miniature divisée en quatre tableauï avec une vignette, au bas de laquelle sont lés ar- mes de Bourbon sans casque ^ soutenues par un lion.

Le titre de ce volume qui contient le quatrième volume d(3 l'éclitîon de Sauvage est le même que dans le mâiiUScrit 8329, auquel celui-ci est entièrement semblable j ndtt-seulement en ce point, mais encore par rajiport à la préface du commencement et à l'ad- ditioii^uî le termine,

N.**. 833i. Manuscrit de la bibliothèque tlu roi, in-folio relié en bois, (Couvert de velours violet , sur lequel on voit marque desl plaques dont il étoit garni. L'écriture sur vélin est de la fin du XlV.-siètle. -

Sur une feuille blancbe qui est en tête, on lit d'une main moderne: Des manuscrits de M.^'' V ar- chevêque de Reimsi

On voit au premier folio écrit, une miniature di- visée en deux tableaux. Dans le premier est un cha- noine qui paroît être en surplis avec l'aumusse sur le dos(c'est sans douteFroissart) qui présente son livre au roi d'Angleterre qu'on reconnoît aux léopards peints sur sa robe. Le second représente l'entrevuie

PRÉFACE. Iv

d^Isabelle de France avec le roi Charles-le-Bel son frë^e. Au bas sont des armes. On trouve dans la suite plusieurs autres miniatures d'assez mauvais goût ainsi que les vignettes. Il est à remarquer que la première miniature est entourée d'une chaine d'or et que dans toutes les autres, l'espace qui est entre les deux colonnes est orné , d'une pareille chaine. Je rapporterai sur cet usage des peintres anciens le passage suivant tiré de la 28.« sérée de Êouchety page 90 V.o <c Ce conte aches^é^ quelqu^un va demander une chose à quojr possible beaucoup n'ont pas pensé: c'est pour quoj il y a à Ventour des excellents ous^rages et bien elabourez ta- bleaux^ des chainettes? Il fut respondu que quand ces bons maistres vouloient monstrer une pièce, parfaite et exquise et oii il ne faUoit plus mettre la main y qu'ils mettoient à Ventour de ces dinns owrages^ des chainettes et liens pour donner à entendre aux plus spirituels que ce tableau estoitfait de tel artifice et industrie que s'il n'estoit retenu et enchaîné il pourroit s'en aller y comme s'ils eussent voulu empêcher ceux qui estoient aviez en ce tableau de bouger de là, V

Les titres des chapitres sont écrits en rouge et les premières lettres des chapitres dorées et enluminées.

Ce manuscrit qui a pour titre, Gj commence le Prologue de sire Jehan Froissart sur ces pré- sentes croniques d'Angleterre y'conùeni lèpre-

Ivj PRÉFACE.

mier volume du Froissart de Sauvage. Il est fâcheux que le copiste se soît (juclquefois permis de suppri- mer des détails qui ne sont rien riioins qu*inutile& Il a surtout tellement mutilé l'histoire depuis la guerre de Castille entre les deux frères Dom Pierre et Henry, que toute cette partie jusqu'à la fin, si Ton en excepte quelques chapitres qui ont la même étendue que dans les autres manuscrits, doit être re- gardée comme un abrégé. On trouve sur le verso du dernier folio des^ vers françois d'uhe écriture plus moderne que le maRuscrit Au bas est une fleur de lys assez mal dessinée, au dessous de laquelle est une grande lettre effacée ^ après laquelle on lit, Oiric le Rojr.

N.® 8332. Manuscrit de Béthune , aujourd'hui de- la lûhliQthèque du roi, un volume in-folio rnaro» quin rouge aux armes de Béthune, écrit sur vélin vers le commencement du XV.* siècle. Il contient 4o5 folios chiffrçsM'une main moderne.

Sur une feuille de vélin blanc à la tête du vohime sont les armes de parti au premier écartelé, aux pre- mier et quatrième d'hermines, et aux deux et trois d'ôi^çilt à deux fasces de gueule qui est Derval. Le second parti écartelé au premier France^ aux se- cond et troisième^de Laval Montmorency,- au qua- trième bâtard de Bourbon coponnée d'argent et de sable, et sur le tout du second parti, de gueule au lion d'argeot ajpié, lam passé et couronné d'or.

Ou trouve ensuite la table des chapitres de k

PRÉFACE. hij

seconde partie de Thistoire de Froissart, et qui par conséquent est déplacée. Après la table estunfeuillet de parchemin sur lequel sont peintes Jes armes de Béthune.

Ce volume est orné d*un grand nombre de minia* tures de différentes grandeurs, et toutes de très mauvais goût La première est divisée comme celle du manuscrit 8824 et représente les mêmes sujets. Après la miniature on lit ce titre : Cjr commencent les croniques que jist sire Jehan Froissart, les- quelles parlent des nous^elles guerres de France ^ d^ Angleterre y d'Escoce, d^Espaigne et de Bre^ taigne ^ et sont divisées en quatre parties dont le premier chapitre fait mention de la cause pourquoi elles sontfaittes.

Ce titre est en lettres rouges, ainsi que tous les titres des chapitres, et les lettrcis capitales sotit enluminées;

Au bas du folio 4o5, verso, est écrit d^une main postérieure au manuscrit :,Ce livre donna messir& Tanguy du Chastel à Jehan sire de DervaL On lit encore au verso d'un feuillet die^ vélin blanc qui termine le volume, ces mots, d'une écriture qui pa* roît plus récente que celle des précédents : A hault ^t puissant seigneur Monseigneur de Derval (appartient cest livre.

Ce volume qui contient la première partie tout entière de l'histoire de Froissart, est d'jun assez beau caractère, très bien conservé et passablement cor^

hiij PRÉFACE.

rect J'ai cependant remarqué que dans la dernière moitié le copiste s'est quelquefois permis d'abréger le récit de Fhistorien.

N.'* 8333. Manuscrit de Béthune , aujourd'hui du roi} même écriture, même reliure, mêmes orne- ments, inême format que le N.'* 8332 dont il est la suite. U contient 209 folios chiffrés d'une main mo- derne.

Les miniatures y sont plu^ rares que dans le pre^ mier volume, et ne sont pas de meilleur goût. A la suite de la première qui est divisée en quafre ta- bleaux, on lit ce titre .-Cy* commence le se gond Volume des nous^elles guerres de France ef ^Angleterre, d^Escoce^ de BretaignCy dE^pai- gnCf d^Ftalie, de Flandres et dAlemaigne; et premièrement comment sire de Langurant fut navrez à mort; et comment le capitaine et la garnison de Bàuttenllefu desçonjite et le chas- tel rendu François.

Ce second volume ne commence qu'au 28.* cha- pitre de l'édition de Sauvage, page Sg.^ et finit à l'a- vant dernier chapitre , page 287 y il n'a cependant point été mutilé: on voit que les omissions ont été faites exprès. Elles sont d'autant plus fâcheuses que ce manuscrit est un des plus anciens et des plus cor- rects que nous ayons du second livre de FroissatL

On lit au folio 209 après ces mots : Cyfine le se- cond volume cfes croniqués Froissart, ceux-ci qu'on trouN c pareillement à la fiti du IS."" 8J3a *

:-iit£2

PRÉFACÉ, lix

Ce lii^re donna messire Tanguy du Chàstel à Jehan sire de Derval.

N.'*' 8334-35-36. Manuscrit du roi, pai^mi ceux de Bethune, trois volumes in-folio maroquin rouge y écriture de la fin du XV.® siècle ou du commençe- lûent du XVI.^^ sur papier, à deux colonnes.

Ces troi^ volumes comprennent le premie» volu- me de FroisSart : ils étoient faits pour être reliés et^^ un ^ttl tome, puisqu'on a été obligé , pour les divi- ser en trois, de couper un chapitre dont le commen- cement se trouve à la fin d'un volume et la fin au commencement du suivant On trouve à la tête du premier volume et à la fin du troisième la signature originale de M. Bàlesdens de l'Académie Françoise , à qui ils ont appartenu : ce quisemble indiquer qu'ils ne formoient alors qu'un seul volume.

Au reste ce manuscrit est un des tndins précieux de la riche collection du roi : il paroît être une copie assez incorrecte du manuscrit N.S 83ï7j on y re- trouve du moins la plupart des longueurs que j'ai remarquées dans ce manuscrit

N.*»« 8337-8338. Ces deux volumes qui contien- nent le second livre de Froissart sont la suite des N.*'» 8334-35-36, auxquels ils ressemblent pour le format, la reliure, le caractère, etc.^ et Pon y ren- contre à peu près les mêmes défauts.

La signature de M. Bàlesdens se vgit pareille- ment à la tête du N.o 8337 ^^ ^ la fin du P^.o 8338. N.*»» 8334 et suivants jusqu'à Q342. Manuscrit de

^ 'i-^^i ..tac

k PRÉFACE.

labibliorthèque du roi , parmi ceux de Béthune^ncuf volumes in-folio reliés en maroquin rotigè, écriture de la fin du XV.® siècle, sur papier, à deux colonnes.

Ces neuf volumes comprennent les quatre volu- mes du Froissart de Sauvage^ savoir, les N**». 8334- 35 et 36 le premier volume, les N**". 8337 ^* ^^ ^^ ^^ cond, les Nog, 8339 et 4o le troisième, lequel finît dans ce manuscrit comme dans celui du N°. 83^8, les Nos. 834 1 et 4 2 le quatrième volume avecla préface et l'addition qui se trouvent dans le manus- crit N^ 83 2g^

Ces volumes auroient pu être reliés en quatre, et l'étoient probablement autrefois j puisqu'on voit au commencement et) à la fin des volumes qui répon- dent à ceux de l'édition de Sauvage , la signature originale de M.Balesdens de l'Académie Françoise, à qui ces manuscrits ont appartenu. Pour les relier ^n neuf volumes il a fallu quelquefois couper un chapitre dont le commencement est à U fin d'an volume et la fin au commencement du volume sui- vant

A la fin du volume N°. 834 1 , on lit: En ce pré- sent quart volume de iness^. Jehan Froissart a quatorze vins seize feuillets ^histoire (c'est-à-dire, miniature ) une.

Le dernier volume, N». 834^:, a des fautes gros- ' sières.

N**. 8343. Manuscrit de la bibliothèque du roi y in-folio relié en bois couvert de veau tout usé> écri-

^

PRÉFACE. Ixj

tufe delà fin d.u XY*. siècle , très menue et mal for- mée.

Il contient 3^4 folios chiffrés d'une main mo- derne: les titres des chapitres sont en rouge.

On lit sûr un feuillet de vélin en dedans de la couverture, ces mots d'une écriture de la fin du XVI*. siècle, Ce /iVre est à Mons, de Tour non sei- gjjLeur de Beauchastel^ etc.

Le titre est: Cj commencent les croniques quejîst sire Jehan Froissart, lesquelles parlent des nous^elles guerres de France y d Angleterre, et d^Espaigne, et de Bretaigne^ et sont divisées en quatre parties dont le premier chapitre fait mention de la cause pourquojr elles sont faites. On ne voit cependant aucune division de livres dans ce manuscrit j apparemment que le copiste avoit compté marquer cette division dans quelques unes des places qui sont restées vides, et qui sem- blent destinées à recevoir des titres et des minia- tures.

Le folio 3i5 n'est point écrit j néanmoins il n'y a pas de lacune en cet endroitt

Ce manuscrit qui contient le premier volume en- tier de Froissart , est fait avec très peu de soin ,1a plu- part des noms propresy sont étrangement défigurés: il paroi t être une copie incorrecte du manuscrit 8332.

Colber t N^ 1 5 ; du roi 8343. Manuscrit de . Colbert , in-folio maroquin rouge , écriture du

Ixij PRÉFACE.

milieu du XVf. riècle sur vélin, à deux colonnes: il est composé de 889 feuillets , dont sgS sont cotés.

Ce manuscrit qui contient le premier volume de Froissait, est orné d^un assez grand nombre de mi* nîatures de mauvais goût: La première est divisée en quatre parties comme celle du N°. 8324 et repré- sente le même sujet.

Le titre est le même que celui du N*^. 83 1^.

Sur une des feuilles de parchemin qu^on a lais- sées en blanc à la tête du volume ^ on lit ces mots, d'une écriture un peu postérieur^ à celle du njanus- crit: Deux mectres que les Pers de France en- s^ojèrent au rqjr Édouart d^An^letçrr^ au temps qu'il querelloit la France.

Credo regnorum qui cupis esse duorum Sucûedimt mares huic regno , non muUercs,

Au folio 29 verso, à côté de ces mots , et en estè- rent la rqyne d Angleterre ^ on trouve à la marge «eux-cid'une écriture un peu moins ancienne: Ilsne V estèrent onques car onques rien Jut en pos- session^ ne droit ri y açoit

Ce manuscrit très bien écrit et bien conservé est tellement conforme aux N®». 8817 et 8829 qu'on ne sauroit douter qu'ils n'aient été copiés sur le même original.

Colbert, N**. 16 j du roi 8342. Le caractère, les ornenaents^lç format, la reliure de ce volume ne digèrent eH yien du manuscrit N*». 8343 dont il est la suite.

/

PRÉFACE. Ixiij

Après la première miniature qui est divisée en quatre tableaux , on lit ee titre: Cj cominerice le second volume des croniques sire Jehan Froissarty gui parlent des nouvelles guerres de France y d Angleterre y dUtalie , dEspaigne et d! Allemaigne, De la chevauchée que le duc d Anjou fist contre les Anglois ou pais 4^ Bout- delojs.

On voit par la fin de ce titre que le manuscrit commence au même endroit que l'imprimé de Sau- vage et qu'il fournit tous les chapitres omis dans les deux N®*. précédents, mais il finit comme eux aux lettres de pacification accordées par le duc de iBour- gogne aux Gantois.

Le chapitre qui termine le second livre de Ff ois- sart dans Fédition de Sauvage commence le troisiè- me dans ce manuscrit: il est séparé du second par une colonne et demie qu'on a laissée en blanc , et n'est précédé d'aucun titre.

Toute la partie du troisième livre contenue dans ce volume paroît être d'une autre niain que le se- cond livre, elle finit par ces mots : Ainsi se dé- partit le voyage de mer en celle maison, qui cousta au royaume de France C. M. francs XXX fois; ce qui répond à peu près à la fin du chapitre 44 de^Sauvage, page 189.

Le second livre contient 220 feuillets non cotés ^ et la partie du troisième dont on vient de parler en contient 128.

ïiW PRÉFACE.

G)lbert, N^ 169J du roi , 8343. Bibliothèque Colbert, manuscrit in-folio relié en veau, écriture du XV® siècle à deux colonnes sur vélin, contenant 1 64 folios non chiffrés.

il renferme le premier volume du Froissart de Sauvage jusqu'au chapitre i53 , à la mort de Phi- lippe de Valois, à l'occasion de laquelle on lit ces mots dans le manuscrit, En ce rnesme an ^ le 23 Jour (ïaout trespassa Philippe roi de France à Nogent le royVan de son âge 5^ et de son règne 23, et fut enterré à St. Denjrs emprès la Rejrne Jehanne jadis sapremièrefermne. Anijnœeorum et aliorumjidelium omnium requiescant inpace. Après quoi on lit: Cjfenissent les croniques des faits du rojr Phil. de Valois et d autres Princes et Barons de Frances compillées par maistre Jehan Froissart j oit sont comprins mains de faits et histoires dEngleterre.

Ensuite est une généalogie des rois de France depuis Pharamond , qui remplit les folios 72 et 73.

Suit une' table des chapitres précédents, qui con-* tinue jusques vers le milieu de la première colonne de la page 76, recommence immédiatement une autre table des chapitres qui suivront, et dont le dernier est le commencement du règne de Char- les VI. Cette seconde table s'étend jusqu'au folio 28 inclusivement

Au folio 83, reprend la chronique de Froissart depuis l'avéneraent du roi Jean au trône jusqtf à sa

PRÉFACE. hv

inort,quise voit au folio i38 recto el qui répond au chapitre 219, page îï65duFroissart de Sauvage. Au verso du même folio i38, on lit, Cj fine la croni- tfue du roi Jehan fils du roi Philippe de Valois. Après quoi sont écrits vingt deux espèces de versets prophétiques sut la désolation de la France par les Anglois, entr'autres, celui-ci. Anno milleno CCCC\ (^iic) XXIX decimd sep^ tirnd mensisjulii tota Gallia Gallo tedet et inca^ pite leoniscoronabitun'Pnis toujours dans la même page : Cj commence l'histoire du roy Charles le Quint fils du\rojr Jehan, comment lui et la rojne Jehanne sa fermne Jurent sacrés.

Le chapitre 218 du Froissart de Sauvage presque entier et les suivants jusqu'au aaS, étant omis dans le manuscrit, on ht au folio 189 le couronnement de Charles V, tel qu^il se voit à la tête du chapitre 223 de l'édition de Sauvage, et au foUo i6a, verso la mort du même Charles V, conformément au cha- pitre 58, page 98 du second volume du Froissart de Sauvage.

Le folio 161 commence par le couronnement de Qiarles VI.

Nota. On a de la peine à reconnoître Froissart dans ce manuscrit Ce n'est qu'un très petit abrégé de cet historien, dont il omet souvent dix et douze chapitres entiers.

N** 926 alias 9661. Manuscrit du roi, petit in- folio sur vélin à deux colonnes, couvert de veau , et

hvj PRÉFACE.

sur chaque côté de la couverture les armes de Fra: au dessus desquelles et dans le même cartouch trouve le nom du roi Charles IX , exprimé par d C accolés en sens contraire et suivis du ch; IX ^ d'où il résulte que le manuscrit appartenc ce prince. Il contient a86 feuillets cotés d'une n un peu moins ancienne que Féçriturc du manu qui paroît être du commencement du XV ^"^ si

Les deux miniatures dont il est orné, Tune première page, qui représente un coml^at, la se de, qui représente le couronnement du roi C les VI , ne sont pas mal peintes pour le temps^

La division des chapitres est marquée par Pii valle d'une ligne qu'on a laissée en blanc et pj lettre grise qui est d'or sur un fond colorié. On trouve d'ailleurs aucuns titres de chapitre : il i que le titre général qui est conçu en ces tem Cy commence le second volume des cronic^ Froissart contenant lesfaitz et batailles des h de France et de Angleterre. Puis le texte c mence ainsi : Après le conquest de la Roche-. ion y si comme chi dessus est dit, etc. "^

Ce manuscrit du second livre contient doi peu près un sixième du premier, et cette partie fère à beaucoup d'égards de la partie corresj dan te dans les manuscrits du premier livre de Fr sart La différence est même si considérable nous avons cru devoir donner séparément to

PRÉFACE. kvij

cette portion que nous placerons en variante à la suite du premier livre. Mais les" dernières pages manquent dans ce manuscrit. Après cette omission et sans laisser aucun intervalle, il passe au i.*' cha- pitre du second livre. Il est alors parfaitement con- forme aux meilleurs manuscrits de ce livre, et offre souvent d'excellentes leçons. Le seul défaut qu'on j remarque, c'est tpie le copiste, qui étoit vraisem- blablement Picard ou Normand, écrit toujours ces mots, ccj cil y cj y etc. , che chil, chjy conformément à la prononciation de sa province. Mais il a d'ail- leurs très bien conservé l'ancien langage.

N.o 17. Manuscrit, in-folio, bibliothèque Colbert, vélin, écriture du XV.® siècle commençant, relié en veau , orné de plusieurs miniatures. Il est coté et comprend 639 feuillets.

Je soupçonne que ce volume est une suite des N.*** i5 et 16, qui contiennent les deux premiers volumes du Froissart de Sauvage, et que le troisiè- me a été perdu. Quoiqu^il en soit celui-ci contient le quatrième volume du Troissart de Sauvage, à l'exception des deux dernières lignes qui étoient sans doute dans une autre feuille qui manque.

Nota. On lit à la tête de ce manuscrit une préface qui manque dans Sauvage et qu'on retrouve dans plusieurs autres manuscrits.

N.** 87. Manuscrit in-folio, bibliothèque Colbert, relié en parchemin, écriture du XVI.*» siècle, à deux colonnes sur papier, à l'exception des deux premiers

e*

Ixviij PRÉFACE.

feuillets qui sont en vélin: il contient 826 feuillets cotés.

Ce manuscrit renferme le troisième volume du

Froissart de Sauvage, jusqu'à ces motSy à grands

frais y despens et y qui se trouvent à la ligne Sii,

page 321 , chapitre 120 de l'édition de Sauvage. Le

reste a sans doute été perdu.

L'examen que j'ai fait de quelques noms de lieux dans ce manuscrit au commencement du chapitre 4, page 8 du troisième volume de l'édition de Sau- vage, me persuade qu^il est meilleur qu« les N." 16 et 282 de Colbert.

N.® 232. Manuscrit, bibliothèque Colbert, in-folio relié en bois et veau, écriture du XVL® siècle sur papier, à deux colonnes, non coté.

On lit àfla tête ces mots que je crois être de l'é- criture de M. Baluze. Le commencement de ce liçre est environ la 3.® et dernière partie du 2«. vol. de Froissart ez livres imprimés foL 182 P, 2.® et au 38.« chap. de ce dit vol. commence le 3.^voL imprimé qui est ici continué jusqiûau fol. 129 du dit 3.« vol. imprimé y qui est environ la moitié d'icelui.On Yoit plusieurs avertissements ou renvois semblables écrits de la même main sur les marges du manuscrit.

Ce manuscrit commence par une table des cha- pitres, ensuite de laquelle on trouve le cômrnence- ment du troisième volume du Froissart de Sauvage, jusqu'à ces'îiiOts qui terminent celui de Sauvage,

PRÉFACE. Ixix

De toutes les parties^ après lesq[uels on trouve encore dans le manuscrit ces autres mots : Mais au jour que je clojr celwre je ne Vaçoîe pas; si irCen convient souffrir y et aussi sHl plaist à mon très cher et honoré seigneur rnonseigS le C/^ Gui de Blois à laquelle response ,( sic j pour requeste) et plaisance f ai travaillé à ceste noble et haute histoire^ il me dira etjej entendrai^ et de tou- tes choses advenues depuis le tiers livres clos je irCen informeray voulentiers. EœpliciL

Nota. Je ne sais si les avertissements qui sont à la tête et aux marges du manuscrit, comme je Fai déjà dit, ont été faits sur quelque édition difierente de Sauvage, de Lyon chez de Tourne : mais ils ne se rapportent pas à cette édition que j'ai comparée.

Ce manuscrit contient une moitié plus de feuillets que l'édition de Sauvage n'a de pages.

Notice d'un manuscrit des chroniques d'Angle- terre (crues de Froissart), sur papier, écriture du XV.® siècle, un volume in-folio, couvert de ve- lours verd, non coté, lequel manuscrit a été com- muniqué à M. Sainte-Palaye par M. Mahudel, médecin.

Ce manuscrit est divisé en six livres, à la tête de chacun desquels est une figure en camaïeu. Il est sans titre et commence ainsi: Adjin que sachiez ta cause pourquoj ne à quel titre les guerres de France encommencèrent , premièrement je le vous dirajr et raconteraj en brief Vérité est

v

ï"*

;*»'

hx PREFACE.

cjuelebon Rof Edouard de Caniavenan jadis Roy d) Angleterre et père du noble Roj Edouard de ff^indesore^ covnne il a esté dit ou VI. «et darrain livre du Is^ vol. de ceste euçre présente eut épousé Isabelle de France fille du beau Rof Philippe qui en son vissant estoit une des belles dames du monde. Ces derniers moi;s et tout ce qivi se lit jusqu'à la seconde colonne de la deuxiè^ me page à moult de gens, est la même chose que dans rédition de Sauvage , volume i, chapitre 3 depuis la ligne a3 jusqu'à la; ligne 5a.

On lit ensuite dans le manuscrit : Au temps que ceste croisie estoit en sigrandfieurde renomméer etc. ce qui se retrouve à peu près dans les mêmes termes au commencement du ag.® chapitre du pre- mier volume de Tédition de Sauvage, page 36. En cet endroit le manuscrit et rinrprimo de Sauvage commencent à être conformes, ce qui continue ainsi jusqu'à la cinquième ligne de la page 456, au mi- lieu du chapitre 3a6 du premier volume de Péditi on- de Sauvage, à ces mois: De lez madame sa femine^ finit le manuscrit. Mais s'ils sont conformes pour la suite des événements, ils ne le sont pas pour la manière dont ils sont rendus^ le manuscrit n'^étant souvent qu'un abrégé très succinct beaucoup de faits qui se trouvent dans l'édition de Sauvage sont supprimés. J'ai encore aperçu beaucoup de fautes dans ce qui a été conservé du texte de Froissart II y a souvent des-mots oubliés et des phrases trou-

PRÉFACE. Ixxj

q aces, qui, d'un sens très clair quePbriginal présente, font un sens très obscur, et quelquefois n'eti font point du tout. La division des chapitres est aussi très différente ; et toute cette histoire qui se trouve renfermée dans le premier Volume de Sauvage est divisée dans le manuscrit en six livres, et parois- sent faire suite d'un premier volume divisé pareille- ment en six livres. Au reste, des six livres de ce manuscrit le premier finit à la pag0 1-16 de l'impri- mé : le second, à la tête duquel estune miniature qui paroît représenter un bal, peut-être pour célébrer la fête de*rinstitution de Tprdre de la Jarretière, racontée dans le premier chapitre qui suit, com- mence à ces mots : Eh ce temps, et finit à ceux-ci: De la ville de Calais, etc. page i55. A la même page commence le troisième qui finit à ces mots: Te/ ^ue vous estes, page 227. Le quatrième commence aux mots qui les suivent. Le cinquième commence à ceux-ci: Quand le pape Urbain, etc. page ag3. Le sixième, à la tête duquel on voit une miniature grossière qui représente la reine Philippe d'Angle- terre au Ut de la mort et le roi soil mari debout au- près d'elle, commence au chapitre 272, page 875 de l'imprimé, et finit à la page 45G, à ces mots: De lez madame sa femme.

Je n'ai vu dans aucun manuscrit cette division délivres, et encore moins ce qui est supposé partout dans celui-ci, qu'il y en avoit six autres précédents dans lesquels étoit divisé un premier volume^ car

Ixxij PRÉFACE.

on y lit à la fin du premier livre: Cyjine le i.**" li^re de ce 2.« vol. des cronicques d'Engleterre et par conséquent le 7.* des quatre volumes par ciaux ; et ainsi à proportion à la fin des autres. On voit au reste par ces derniers mots que ce manuscrit faisoit partie de quatre volumes des mêmes chroniques. On lit à la fin du manuscrit: Cjr fine le 2.« vol d^En- gleterrCy sur quoi j'observe que le nom de Froissart ne s'y trouve Çtjdte "^art.

P. S. J'a? réfcbnnu, après avoir fait cette notice, que ce manuscrit est le même que Denys Sauvage avoit eu en communicatioui de M. De La Chaux, qu'il donne comine étant un abrégé de la Chronique de Froissart, et dgnt il fait un grand détail à )a tête de son édition de cet historien et dans ses annota- tions 3ur le premier livre. Il n'y a aucun des carac- tères par lesquels il désigne ce manuscrit que je n'aie retrouvés dans celui-ci , à l'exception de ce qu'il dit de la première feuille qui paroît avoir été perdue.

Je ne sais si ces chroniques d'Angleterre ne fe- roient pas partie de celles manuscrites dont Godefroy cite le chapitre 19 du troisième livre du quatrième volume, dans ses annotations sur l'histoire de Char- les VI , page SgS , et dont il dit que l'auteur est Jehan de Vuaurin chevalier du pays d'Artois, qui vivoit du temps des ducs de Bourgogne Jean, Philippe le Bon et Charles le Téméraire : ou si ce sont les chro- niques manuscrites dont il parle dans le même

PRÉFACE. Ixxiii

ouvrage, pages 665 et 666, comme ayant été com- posées par Jehan seigneur de Forestel qui fut pré- sent à la bataille d'Azincourt et d'après lequel il rapporte le récit de cette bataille qui se donna en i4i5. Je n'ai pu comparer aucun des passages qu'il en cite, parce qu'ils ne sont point dans la partie de cette chronique que renferme le volume que j'exa- mine.

Colbert, N.° 1 69 j durci, 8343. (abrégé.) Ma- nuscrit de Colbert, in-folio relié en veau, écriture du XV.e siècle finissant, très bien formée, à deux colonnes, sur vélin, contenant 164 folios non chif- frés. Les titres des chapitres sont en lettres rouges, et les capitales en or sur un fond de couleur. Le manuscrit commence ainsi: Comment le Prologue sire JehanFroissart commence sur ces présentes croniques Angleterre etc.

Il est divisé en trois parties : la première finit à la mort de Philippe de Valois. Cette partie est séparée de la seconde par une généalogie des rois de France depuis Pharamond jusqu^à Charles YI inclusive- ment, et par une table des chapitres tant de la pre- mière partie que des deux suivantes. La seconde contient le règne entier du roi Jean. Après ces mots : Cjrjine les croniques du rojr Jehan fils du roy Philippe de ValojSy on trouve vingt deux espèces de versets prophétiques sur la désolation de la France par les Anglois. Ensuite commence la troisième partie qui renferme le règne de Charles V,,

IxxiV PRÉFACE.

m

et finit au couronnement de Charles VI. Elle est terminée par un abrégé des différents traités d'àU liance faits, entre Charles V et les Écossois, et les Castillans et les principaux seigneurs d'Aquitaine soulevés contre le prince de Galles, à rbccasiott d'un fouage qu'il avoit voulu imposer sur leurs terres.

Ce manuscrit est un très court abrégé d'une par- tie de l'histoire de Froissart, où. l'on a quelquefois omis dix ou douze chapitres de suite et considérable- ment élagué la plupart des autres. On a d'ailleurs substitué assez souvent à son récit celui des chro- niqueurs contemporains- et surtout des chroni- queurs de St-Denisj de sorte que dansbeaucoi^p d'endroits on chercheroit en vain, à reconnoître Froissartf et particulièrement depuis le commence- ment du règne du roi Jean jusqu'à la fin de Pou- vrage.

N.o 2444? du roi, 9657. Cabré gé.) Bibliothèque Colbert, in-4^ reUé en bois et en veau, écriture de la fin du XV.* siècle, sur papier, non coté.

On lit sur la première feuille en blanc : Cest pré^ sent liçre appartient à inessire Anthoine Bojrer chevalier baron de St.-Curgin.

Au folio suivant est une préface del'abrévialeur,, où, après avoir dit qu'il suit Froissart chapitres chapitre, il ajoute : Et pour ce que iceluiM. Jehan Froissart n^ a point fait de table à son 1er. Uçre et par la table des livres l'en peut savoir legière-

PRÉFACE. Ixîv" #

vient la manière de quoi Ven veut lire ^ je me suis avisé de diviser icelui i^^. livré en 167 chapitres. Le secotid livre contient 1 55 chapitres^ le troi- sième I iSjle quatrième 82.

Ce manuscrit est un abrégé succinct, mais assez, exact de lliiatoire entière de Froissart

Il me reste maintenant à rendre- compte d'une innovation matérielle, ^ue j^ai cru indispensable d^introduire dans le texte des manusjprits de Frois- sart. La langue Françoise étoit bien loin.d'avoir des règles fixes dans le XIV.* siècle j les désinences des verbes, les genres des noms varioient sans cesse se- lon le goût de l'écrivain ou les facilités de l'euphonie. L^orthograplie étoit pins incertaine encore que la langue. Quelques auteurs suivoient dans l'ortho- graphe qu'ils adoptoient l'analogie de Fétjmologie^ d'autres celle de la prononciation : tantôt même ils suivoient tour à tour Tune ou l'autre, de sorte que le même mot étoit écrit dans le même ouvrage de cinq ou six manières différentes selon les exigeances de Feùphonie, de la prononciation, de Fétymologie ou de la routine. Ainsi par exemple on trouve it ecriV^Y, orthograpliié: escripsitj escripsi\ scripsity scripsi^ escripvit , escripvi , escrivit , escriviy ecripvi^ecrivi, etc.lljit, orÙiogvsLj^hié: Jî,Jit,Jeit, fist^feisty il fut ovÛio^v^:ç\\\&,fuyJut,fust,^feut^ feust'y U put^ orthographié: pu^ put, pust^peut, pot; il <?z/f, orthographié: ot, iist^ ust, eust^ eut; il pf^it, orthographié: /7r/, pris y prit ^ prist, preity

%

hxvj PRÉFACE.

preist^ printy pririy prinst; le mot prouesse e&i écrit tour-à-tour : proues ce , proesce, pruesce^ pruece , proesce y proece , proesse , prouesse , prouece; le mot besogne est écrit: besoigne, he- songney besiongne^ eta

Par ignorance ou par système les copistes ajou- toient encore à cette confusion. Au désordre des auteurs et des copistes du même pays et du même temps, il faut en ajouter un autre. Non-seulement la prononciatîbn varioit dans les provinces et deve- noit plus ou moins dure ou plus ou moins douce selon la proximité de la Flandre et de l'Allemagne, ou de l'Espagne et de l'Italie j mais elle prenoit une nouvelle forme avec les progrès toujours croissants de la sociabilité, de sorte que l'orthographe d'un demi-siècle n'étoit plus celle du demi-siècle suivant

Qu'on se figure donc le mélange bizarre introduit dans les manuscrits, même d'un seul auteur, copiés par des hommes qui, à ces différences deleurpropre système d'orthographe, ont ajouté celles qui prove- noient de la province qu'ils habitoient et de. l'épo- que où ils vivoient >;

Dans un tel état de choses , si j^avois eu à répro- duire l'ouvrage d*un auteur, dont le style fut tout à fait classique, ou si j'avois eu pour but d'édaircîr uniquement l'histoire de la langue, j'aurois feire choix du manuscrit le plus ancien connu, ou copié sur le manuscrit le plus ancien et qui reproduisit le plus fidèlement Fintention de Fauteur," et \e devrois

PREFACE. kxvlj

le donner tel qu'il est en me gardant bien d'y inter- caler quelque morceau, qui, bien que plus complet et appartenant évidemment au même auteur, fut cependant tiré d'un manuscrit copié par une autre main, dans une autre province, ou à une autre époque. Alors quelques variations que les mots eussent pu subir, je les représenterois toutes fidè- lement à la place qu'elles occupent dans le modèle, et je me garder ois bien de changer même une vir- gule, un accent ou une apostrophe, dut-elle éclair- cir le sens, de semblables corrections devant être placées en note. Voici quelles auroient été mes obli- gations: elles sont, d'une autre nature dans l'ouvrage que je publie.

Ici mon but rfétoil pas de faire connoître au pu- blic les mots, mais bien les faits. Je devois donc choisir ceux des manuscrits qui me sembloient les plus complets, fussent-ils même moins anciens. Il est arrivé quelquefois qu'un manuscrit plus récent étoit copié fidèlement pour les faits sur un manus- crit plus ancien que tous ceux que j'avois pu me procurer, mais que le copiste avoit changé l'ortho- graphe primitive pour la remplacer par la sienne. Que devois-je faire alors ? Falloit-il laisser des faits précieux , parce que quelques lettres auroient été déplacées dans un motj falloit-il conserver respectu- eusement les changements introduits parles copis- tes souvent les plus ignorants, ou devois-je prendre îiur moi une responsabilité qu^ils n'a voient pas craint

ïxxvîi} PRÉFACE.

de prendre eux-mêmes? Dans Froissart, par exem- ple, chaque livre est copié sur un manuscrit diffé- rent ', dans chaque livre se trouvent des variantes substituées à des leçons évidemment mauvaises. Or tous ces manuscrits ont leur orthographe propre. Quelques-uns sont de la fin du XlV.^'^iècle^ d'autres du commencement, du milieu, ou de la fin du XV*. siècle. Il est évident qu'en les reproduisant fidèle- ment, j'aurois trompe le lecteur sur l'orthographe du temps de Froissart, qui a considérablement été

altérée par chacun.

Il y a encore une considération nouvelle à pré- senter, La langue Françoise ancienne ofïre déjà d'assez nombreuses difficultés pour la masse des lecteurs j ce désordre d'orthographe les multipliera encore et l'étude de l'histoire sera remplacée par l'étude de la grammaire. Arrêté à chaque pas le lecteur ne songera plus à lier les faits entre eux et à en dériver les conséquences; il ne se laissera pas aller à l'intérêt du sujet; il ne sera point entraîné par vivacité du narrateur. Le récit d'une action criminelle ne provoquera plus aussi fortement notre indignation, distraits que nous en sommes par l'em- barras de retrouver un mot sous la forme ortho-

graphique qui le déguise; le récit d'une belle action éveillera moins notre sympathie, parce que nous songerons moins au fait en lui-même qu'aux mots qui le représentent.

j'ai cru devoir prendre, dans l'intérêt du lec*

PRÉFACE. kxix

teur, un parti décisif. Trois difficultés principales se présentent dans la lecture des anciens livres^ la <:onstruction des phrases qui constitue le caractère particulier deFécrivainj les mots inusités ou vieillis qui contribuent à la naïveté de son style et qui, lorsqu'ils ne sont pas trop multipliés, éveillent l'at- tention au lieu de la lasser j et l'orthographe qui rend quelquefois méconnoissables le3 mots qui nous ^ont les plus familiers.

Je ne me suis jamais permis de changer en rien la construction des phrases, c'eut été altérer l'idiome national : c'eut été récrire les chroniques. Quand les phrases paroissent peu claires, ce qui se présente fort rarement, une fois ou deux par volume peut- être, j'en présente l'explication au bas de la page.

Les mots inusités ou vieillis sont le cachet dis- tinctif et inséparable du style de chaque auteur, jamais je n'ai remplacé un mot par un autre : tous les mots anciens ont été scrupuleusement conservés, comme ils devroient l'être plus souvent dans notre langue appauvrie plus qu'enrichie à cet égard par les siècles suivants. Afin qu'aucun de ces mots n'ar- rêtât le lecteur, j'ai mis entre parenthèses à côté du mot difficile, le mot moderne qui lui corres- pond le mieux ; en renvoyant cette explication au bas de la page, j'aurois fatigué l'attention du lecteur occupé à le chercher et ces explications grammati- cales se seroient d'ailleurs trouvées mêlées d'une manière gênante avec l'explication des faits histo-

Ixxî PRÉFACE.

riques et des éclaircissements utiles, que j'ai cru de- voir donner en note.

Quant à l'orthographe, j'en distingue deux espè- ces^ l'orthographe de construction et l'orthographe littérale: la première régit le rapport des mots entre eux et fait prendre tel temps à un verbe, tel genre à un adjectif, selon la position de chacune de ces parties du discours. J'ai laissé également subsister cette orthographe avec ces irrégularités, attendu qu'elle ja'empêche nullement de comprendre et ^'elle ne fait que donner au style un certain air d'étrangeté pl^s piquant que pénible.

J'ai réservé pour l'orthographe littérale toutes les libertés que j 'a vois à prendre. j'ai bravé trfutes les accusations de la critique. Dût l'académie en corps me censurer, je persiste à croire que j'ai bien fait : le public prononcera. Qu'importe en effet au lecteur que reçu s'écrive receu ou reçu , que prouesse s'écrive prouesce ou prouece, que ^^- cialement s'écrive espécialement ou espédain- ment : cela change-t-il rien à la grâce et à la naïveté du style, et le changement littéral que je me suiV permis de faire n'offre-t-il pas une absurdité moinsr choquante que si j'avpis laissé subsister ces varia- tions de Forthographe des manuscrits copiés pa différents hommes dans différents pays et' à diffe rentes époques. Mais me dit-on, cela ôte l'illusio de l'antiquité. Imprimez donc en lettres gothiqu avec des majuscules en lettres dorées, pour laisse*:"

PRÉFACE. kxxj

subsister Fodeor de Tantiq^uité. Mais si vous con- sentez à laisser imprimer sur beau papier des Vosges, en caractères modernes, avec des cbififres modernes et sans majuscules coloriées, pourquoi ne faites-vous pas un pas de plus pour arriver à ce qni est raison- nable et à ce qui convient à tout le monde.

Si Pon m'objecte qu'il est utile de conserver les traces de Pétymologie et de considérer par quelle filiation les mots ont passé pour nous arriver dans Pétat ils se trouvent, je répondrai que ceux qui veulent étudier scientifiquement Pétjmologie des langues, doivent consulter les manuscrits eux-mêmes selon leur antiquité connue, que rien ne peut rem- placer pour eux ce travail conscientieux et qu'ils ne d<Hvent jamais compter assez sur Pautorité d'une antre personne pour se croire dispensés d'observer par eux-*mêmes. D'ailleurs pour éviter même nn re- proche à cet égard , j'ai eu le soin de laisser le mot tel qu'il étoit écrit les premières fois qu'il se pré" sente et de le reproduire ainsi de temps à autre , à des intervalles suffisants pour ne pas fatiguer l'at- teution.

J'ai long-temps hésité à me décider sur le parti que j'ai pris; j'ai fait recomposer trois fois les dix premières feuilles de ce volume d'une manière dif- férente, afin d'é\âter tout reproche raisonnable. Je dois dire que M. Dacier n'étoit pas de mon avis et qu'il avoit laissé subsister dans son texte de Frois- sart Porthographe telle qu'il Pavoit trouvée dans

kwij PRÉFACE.

chacun des manuscrits qu'il avoit employés; mais quelqViraportance qu'ait à mes yeux Topinion d'un homme aussi distingué, j'ai persisté dans mon sys- tème. Je prie seulement les nombreux critiques qui me condamneront de se demander, avant de me blâmer, s'ils ont jamais remarqué que l'orthographe de Molière et de Racine étoit bien loin d'être la même que celle qu'on nous donne aujourd'hui dans les belles éditions qu'ils sont les premiers à vanter. Pour consoler ces gens scrupuleux , je leur dirai que s'ils tiennent tant à cette rigoureuse représen- tation des manuscrits, je conserve les copies oiôgL'- nales des manuscrits de Froissart, dont je me sui^ servi et que si le gouvernement désire en avoir un^ édition in-folio pour la joindre au recueil des his- toriens de Francci je suis tout prêt à lui offirir poiLSE cet ouvrage tous les travaux qui sont en ma session.

CHRONIQUES

DE JEAN F RO ISS ART.

t,^W»A/V»'WV»^<V»V»^^V^^^A^%»

PROLOGUE.

Ci commencent les CitRONIQUES QUE FIT MAITRE JeAiI FrOISSÀRT, qui PARLENT DES NOUVELLES GUERRES

DE France et d'Angleterre, de Bretagne, d& COSSE ET d'Espagne, lesquelles. sont divisées en quatre parties.

Afin que honorables emprises et nobles aventures et faits d'armes, lesquelles sont avelines par les guer- res de France et d'Angleterre soient notablement régistrées et mises en mémoire perpétuelle, par qtiot les preux aient exemple d'eux encourager en bien faisant , je veux traiter et recorder histoire et matière de grand'louange.

Mais ains (avant) que je la commence, je requiers au Sauveur de tout le monde, qui de néant créa tou^ tes choses, qu'il veuille créer et mettre en moi sens et entendement si vertueux que ce livre que j'ai com- mencé, je le puisse continuer et persévérer en telle manière que tous ceux et celles qui le liront, verront et orront (entendront)^ puissent prendre ébatement et plaisance, et je encheoir (tomber) en leur gi'âce.

On dit, et voir (vrai) est, que tout édifice est ouvré et maçonné l'une pierre après l'autre, et toutes gros- ses rivières sont faites et rassemblées de plusieurs ruisseaux et fontaines : aussi les sciences sont extrai- tes et compilées de plusieurs clercs, et ce que l'un

FROISSART. T. I. 1

1 PROLOGUE.

sait, Fautre ne sait mie (pas)j non pour quand rien n*est qui ne soit su ou loin ou près.

Donc ainsi , pour atteindre et venirà la matière que j'ai emprise de commencer premièrementpar la grâce de Dieu et de la Bénoite Vierge Marie, dont tout confort et avancement viennent, je me veux fonder et ordonner sur les vraies chroniques jadis faites et rassemblées par vénérable homme et discret seigneur monseigneur Jean le Bel ^'\ chanoine de Saint Lam- bert de Liège, qui grand'cure et toute bonne tlili- gence mit en cette matière, et la continua tout son vivant au plus justement qu'il pût, et moult (beau- coup) lui coûta à acquerre (acquérir) et à l'avoii\ Mais quelques frais qu'il y eut ne fit; rien ne les plaignit, car il étoit riche et puissant, si les pouvoit bien por- ter jet de soi même étoit large, honorable et courtois, et qui volontiers vqyoit le sien dépendre (dépenser). Aussi, il fut en son vivant moult ami et secret (con- fident) à très noble et douté (redouté) seigneur mon- seigneur Jean de Hainaut ^^^ qui bien est ramenteu (célébré), et de raison, en ce livre; car de plusieurs et belles avenues il en fut chef et cause, et des rois moult prochain. Par quoi le dessus dit messire Jean le Bel put de-lez (près)lui voir et connoître plusieur besognes lesquelles sont contenues en suivant.

Voir (vrai) est que je, qui ai empris ce livre à or

(i) Voyez dans la vie de J. Froissart T article relatif k Jean le Bi (a). La maison de Hainaut d'^alors descendoit de celle (PAyesnes; Jet ëtoit &ère cadet de Guillaume I*"*, dit le Bon, comte de Hainaut, fl avoit eu en partage les seigDeuries de Beaumoat, de Valencicnnes de Co.idé. H mourut le ii mars i356. ( Hist, généal. delà mais, tleF^ T. a. P. 783. ) J. D.

PROLOGUE. 3

donner, , par plaisance qui toudis (toujours) m^à à ce incliné, fréquenté plusieurs nobles et grands seih gneurs, tant en France comme en Angleterre, en Ecosse, en Bretagne et en autres pays jet ai eu lacon- noissance d'eux, si ai toujours à mon pouvoir enquis «t demandé du fait desguerres justement et des aven- tures qui en sont avenues, et par spécial depuis la grosse T^ataille de Poitiers ^'\ le goble roi Jean de France fut pris, car devant ce j'étois encore moult jeune de sens et d'âge^ et ce nonobstant si erapris-je assez hardiment, moi issu de l'école, àrimer et à dic- ter les guerres dessus dites etpour porter le livre en Angleterre tout compilé, si comme je fis, et le pré- sentai adonc à très haute et très noble dame ma- dame Philippe de Hainaut ^'^ reine d'Angleterre, qui liement et doucement le r^çut de moi etm'en fifc grand profit.

Or peut-être que ce livre n'est raie (pas) examiné

' fi) J'^ai entre les mains un manuscrit de Froissart en tê^e duquel on lit: « Ci comme iccit Jes chro liquésde France et d'Angleterre commen* »<:ées par discrète personne mons. Jehan le Bel, chanoine de S* -Lam- ))bertde Wé^t et continuées jusques à la èatail/e de Poitiers^ etAprè ^ fii' u rent parfaites et compilées par vénérable homme mons. Jean Frois- » sart. » Je crus d'abord avoir trouvé la chronique originale de Jean le Bel, ^ cause de l'ambi^uité du titre; mais en comparant ce manuscrit k ceux Froissart, je trouvai une identité parfaite entr'eux. Ce qu'on en doit seule ment conclure, c'est que jusqu'à l'époque de la bataille de Poitiers, Froissart a travaillé d'après les manuscrits de Jean le Bel,etque (iepuis celle époque il a raconté les faits tels qu'il lesavoit recueillis lui- même. Ce titre au reste a beaucoup d'aaalonie avec celui d'un manus- <îrit de Froissart qui se trouvoit dana la biblilothèque du prince de Soubise et sur lequel on trouvera quelques renseignements dans la préface qui est en têle de cette édition de Froissart. J, A. B,

(i) E'ieétoit fille de Guillaume I«"". comte de Hainaut et nièce de Jeaiidoal il est parlé ci-dessus (iVote i.)J. D.

1*

*'

LES

CHROINIQUES

DE

JEAN FROISSART.

LIVRE PREMIER.

CHAPITRE PREMIER.

Cl s'ensuivent les noms des plus preux de cette

HISTOIRE.

irouR tous nobles cœurs encourager et eux montrer exemple en matière d'honneur, je, Jean Froissart, commence à parler, après la relation de monseigneur Jean le Bel, jadis chanoine de Saint-Lambert de Liège, et dis ainsi que plusieurs gens nobles etin-no- blés ont parlé par maintes fois des guerres de France et d'Angleterre qui pas justement n'en savoient ou sauroienlà dire, si requis et examinés en étoient, comment ni pourquoi ni par quelle raison elles vin- rent^ mais en voici la droite vraie fondation de la matière. Et pour ce que je n'y veux mettre ni ôter, oublier ni corrompre, ni abréger histoire en rien par défaut de langage, mais la veux multiplier et ac- croître ce que je pourrai, vous veux de point en point parler et montrer toutes les aventures, depuis la na-

^K

6 ^ LES aiKCFNIQUES

tivité dunoble roi Edouard d'Angleterre ^*' quîsi puis^ samment a régné. Et tant y sont avenues d'aventures: notables et périlleuses, et tant de batailles adressées,, et d'autres faits d'armes et de grands prouesses puis (depuis) l'an de grâce mcccxxvi , que le gentil roi fut couronné en Angleterre ^'^, que il et tous ceux qui ont été avec lui en ces batailles et beureuses aven- tures, ou avec ses gens, il n'a mie (pas) été en propre personne, si comme vous pourrez ouïr ci- après, doivent bien être ten^s et réputés pour preux j combien qu'il y en ait grand' foison d^ceux qui doi- vent et peuvent bien être tenuspour souverains preu3C entre les autres, et devant tous autres, si comme 1 propre corps du gentil roi dessus dit, le prince d Galles son fils ^^\ le duc de Lancastre ^^^ , messire Re gnault de Cobham, messire Gautier de Mauny en^ Haînaut, messire Jean Chandos, messire Franke d^ Halle, et plusieurs autres quise ramentevront (seront célébrés) pour le bien et la prouesse d'eux dedansceS livre :ear par toutes les batailles ils ont été, ils on^ eu renommée des mieux faisants parterre et par mer

(i) Edouard III doat 3 est question ici nacpiit le 1 5 novembre iSiSP" - Il cfoit de la famille des Plantagenet d^Aujou. J. A. B^

(îi) Il y a erreur dans celte date^Édouard III dcbarquabiénen Angfcp" terre avec sa mère Isabelle, fille de Philippe le Bel , roi de France, fe septembre i3q6, mais son couronnement n^ eut lieu que dansPai suivante. La déposition de son père Edouard II est du 14 janrièr t\ J. A.B.

(3) C'est celui qui fut surnomme le Prince nolr^ J. A. B.,

(4) Jean de Gand, comte de R^chmoiit, duc de Lancastre, frère du Prii ce noir, tige du rameau de Lancastre si fameux dansThii toire d'Angleterre sous le nom de Rose Roue;r, Sou fils Henri IV ol fini la couronne aux dépens de Ricîiard Ilillsdvi Prince noh\'^,^.

DE JEAN FROESSART. . 7

cts^y sont montrés si vaillamment qmki les doit bien tenir pour souverains preux. Mais pour ce n'en doi- vent mie (pas) les autres, qui avec eux ont été, pis valoir.

Aussi en France a éfê trouvée bonne chevalerie, roide, forte, apperte (experte) et grand'foison; car le royaume de-France ne fut oncques si déconfit qu'on n'y trouvât bien toujours à (avec) qui combattre: et fut le noble roi Philippe de Valois ^'^très hardi etba- chelereux (vailIant)chevalier,etleroi Jean son fils^'^ Charles roi de Bohême ^^\ le comte d'Alençon ^^\ le comte de Foix ^^\ messire Jean de Saintré^^\ mes- sire Amoul d'Audeneham ^^\ messire Boucicaut ^^\ messire Guichart d'Angles, monseigneur de Beau- jeu le père et le fils ^^^ ,. et plusieurs autres que je ne

(i)PhilippcVI. J. A.B.

(n) Jean dii le bon qui mourut prisonnier en Angleterre. A B..

(3) Froifisart dit Behaigne, On appeloit ainsi autrefois la Bohême. Le piiuce dont iJ s^agît se nonimoit Jean et non Charles, C^est le fameux. Jean de Luxembourg, roi de Bohême, tuë b la bataille de Crécj.. J. D.

(4) Charles, eomte d^Alençon, frère du roi Philippe de Valois. J. D.

(5) On ignore si Froissart veut parler de Gaston II ou de son fils Gaston Phœbus, si célèbre par sa magnificence, qui vivoient tous les deux k cette époque. ( Hiit. de la mais, de Fr. T. 3. P. 34^ et 349^ ) J.D.

(6) Ce Jean de Saiatré ëtoit sëiiëchal d^ Anjou et du Maine, et lieute- nant du sire de Craon sous lequel il commaodoit 3o hommes d* armes- {Cabinet détordre du St. Espnt. Voyez aussi la préface du roman du Petit Jean de Saint ré, ) J. D.

(7) Maréchal de Fraiice. ( Voyez son article dans Vtiist. de la mais i*e/^r.T.4.P. 75i..)J.D.

(8) Jean leMeiugre, dit Boucicaut, maréchal de France. (/Zi^/. 1* 75».) J.JD.

(t)) l^douard, sire de Beau^'eu et de Dombes, maréchal de France; et ( Juichard, sou fiU, issus des comtes de Forez. ( Hi%:. >ie la mais, de /'r.T. 4.P. 733., J.D.

8 LES CHRONIQUES

puis mie (pas) maintenant tous nommer et qui bien seront en temps et lieu ramenteus (célébrés); car pour vérité dire et soutenir, on doit bien tenir pour assez preux tous ceux qui en si crueuses (cruelles) batailles et si périlleuses ont été vus et sont demeu- rés j usques à la déconfiture , suffisammentf aisantleur devoir.

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CHAPITRE IL

Cl COMMENCE À PARLER DU ROI EdOUARD D ANGLETERRE

ET DE l'opinion DES AnGLOIS.

JT iVEMiÈREMENT, pour mîcux entrer en la matière de honorable et plaisante histoii'e dunobleVoi Edouard d'Angleterre qui fut couronné à Londres Tan de grâce Mcccxxvi, le jour de Noël ^'\ au vivant du roi son père et de la reine sa mère , certaine chose estqij^ l'opinion des Anglois communément est telle, et on Ta souvent vu avenir en Angleterre puis (depuis) le temps du gentil roi Artus ^*\ que, entre deux vaillans

(i) Oa a déjk va plus haut que cette date ëtoit inexacte. Suiyant un mémorandum publié dans les actes de Rymcr. {in-P. La Haye 1739, X74o,etc.T.2. Part. 2. Page 172.), Edouard III fut couronné en iBa^Ie dimanche d'après la fête de la conversion de St. Paul, qui étoit le di- manche 25 janvier. Ainsi le dimanche qui Je suivit fut le 1er. février. Dans la nouvelle édition m-fo. de Van de vérifier les dates, cette cér^ monie est mal k propos placée au 2 février. J, D.

(2) Cest le fameux Ait'iur de la table ronde si célébré depuis par les romanciers. Geoflrojr de Moi tmouth a complètement défiguré la yi^ do ce petit souverain dans sa fabuleuse histoire. Les triades galloises Je

DE JEAN FROISSART. 9

rois d'Angleterre, a toudis (toujours) eu un moins suffisant de sens et de prouesse j et assez apparent est par le roi Edouard dont je par lois maintenant Car voir (vrai) est que son tayon (ayeul) qu'on appela le

montrent ce qu'il ^toit ye'ritablement. Arthur, fils d'tJthur suiyant ?es uns, de Meirig ap Tewdrig suivant les autres, vivoit k la fin du cin^ «juiéme et au commencement du sixième siècle. Il devint en 5io souve* rain d'une des trente petites républiques substituées aux trente ci-> tés romaines dans la Grande Bretagne, Ses possessions se trouyoient sur la cote méridiouale de T Angleterre dans l'ancienne province des *y/7zire5 ; et a Pépoque de l' invasion des Saxons, il parolt que, comme son père, il fut nommé en Si^ Pen-Teyrn( premier chef), dignité qui lui donnoit une espèce de suprématie sur tous les autres cheîs alliés* D'après Myrddhin, Taliesin, Lljwarch-hêa et les autres bardes gai» lois, il fut constamment en guerre avec quelques chefs breto is d'un côté, et Jes envahisseurs Saxons d'un autre. Après avoir été forcé' de permettre au Saxon Cerdic qui étoit débarqué en 498, de former enfin, en 53o, un établissement fixe dans les comtés de Southampton et de- Sommerset qui composèrent depuis le royaume deWessex (Saxe occi- dentale), Arthur périt obscurément en 542, dans une guerre domesti- que contre son neveu Médrawd qui avoit séduit sa femme G^enhjfar. Blessé k mort dans une bataille qu'il liyra contre Médrawd k Caerleon, sur la c6te de Comouailles, il fut transporté par les soins de Morgan sa parente dans l'ile de Glastonbury , dont eUe étoit' propriétaire. Sa mort resta long-temps secrète par suite de l'état de division dans lequel se trouvoit la Grande Bretagne entière. Il fut aisé de faire croire au peu- ple opprimé par les Saxons, qu'Arthur n'avoîtété éloigné du monde que par un art magique, et que tôt ou tard il reviendroît })Our faire triom- pher les Cymry (Gallois). Cette opinion qui flattoit l'orgueil d'une tta« tion malheureuse se soutint pendant plusieurs siècles, malgré la haine qu'Arthur paroît avoir inspirée par sa cruauté pendant sa vie. En 1 189, époque les romans avoient agrandi sa renommée, on fit dans F ab- baye de Glastonbury, des recherches pour retrouver son corps et on trouva en efiet ses restes dans un cercueil de chêne creusé, avec cette inscription, dont les caractères paroissoient être du temps d'Artbur. « Hicjacet sepultus Inclytus rex Artîiurus, in insuld Auailonià^(\oye% C'amden, Britannia; Archœologie de Galles, T,i, et T. a. Cambrian Rc- t^tster, P, 3i3, SharonTurner^ist. des Anglo-Saxons, T, i. P. a6i.) J, A. B.

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lO LES CHRONIQUES

bon roi Edouard ^'^ fut moult vaillant, sage et hardi prud'homme, et entreprenant , et bien fortunéenfait de guerre, et eut moult à faire contre les Lcossois ^*^,. et les conquit trois fois ou quatre; et ne purent oncques les Écossois avoir victoire ni durée contre lui Et quand il fut trépassé, son fils ^'^ de son pre- mier mariage, qui fut père au gentil roi Edouard ^*\ fut couronné après lui, qui point ne le ressembla de sens ni de prouesse jainçois (mais) gouverna et main-^ tint son royaume moult sauvagement par le conseil d'autruij donc puis (depuis) il lui meschey (arriva mal) moult laidement, si comme vous pourrez ouïr ci-après, s'il vous plait Car assez tôt après ce qu'il fut couronné, le roi Robert Bruce ^^ qui étoit roi d'Ecosse, qui avoit tant et si souvent donné à faire au bon roi Edouard dessus dit qu'on tenoit pour moult preux, reconquit toute Ecosse et la bonne cité de Berwick avec ^^^ , et ardit (brûla) et gâta grand'' partie du royaume d'Angleterre quatre j.ournées oa

( i] Edouard I^*'. de la maison d^Ànjou-Plantageneti furoomméaux longues jamhes^ fils d'Henri III et petiî-fîls de Jean-Sans-Terre. J.D,

(2] Froissart dit souvent les Escots du mot anglois Scocs, les Écos- sois. J. A. B.

(3) Edouard II surnommé de Caemarvor. J. D.

(4) Edouard III dout il est question dans cette histoire. J. D..

(5) C'est celui qui fui roi d'Ecosse sous le tilre de Robert .I«'.I1 éUÀt fils de Robert Bruce comte d'Anandaie et de Cleyetand et compéti- teur de J. BalioJ* J. A. B.

(6) La ville de Bermck conquise par Edouard I»"^, dont les forces s'é- toient réunies h celles du comte d'Anandale, père de Robert I*', ftï^ reprise plus tard par Robert Bruce, roi d'Ecosse son fils» Mais il dans le texte de Froissart inversion dans Tordre des dates; la pris* de Berwick fut postérieure k celle de Stirling. J. A. B.

::i

DE JEAN FROISSART. u

cinq dedans le pays par deux fois, et déconfit celui roi et tous les barons d'Angleterre en un lieuenÉcosse qu'on dit Stirling ^'^ par bataille rangée et arrêtée f et dura la chasse de cette déconfiture par deux jours et par deux nuits j et s'en affuit (fuit) le roi d'Aur- glêterre à (avec) monlt peu de ses gens jusques à Londres, mais pour ce que ce n'est mie (pas) de no- tre matière, je m'en tairai atant.

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CHAPITRE IIL

Comment le père au roi Edouard fut marié à.

LA fille du beau ROI PhILIPPE DE FrATICE.

Ge roi qui fut père à ce gentil roi Edouard avoit deux frères de remariage ^''^ desquels l'un étoit ap- pelé le comte marescauoc (maréchal) et étoit de moult sauvage et diverse manière j. l'autre avoit nom messire Edine et étoit comte de Kent: moult étoit

(i) C'est prés de cette ville que se livra, le aS juin i3i4, la bataille sanglante et décisive coonue sous le nom de bataille de Bannook- Buru du nom duruisseau [Burn en Écossois) qui coule en cet endroit. Celte bataille fut,eomine je viens de le dire , antérieure k Ja reprise de Berwick* Froissart appelle Stirling, Esiirmelin, J. A.B.

(a) Edouard II élcHt fils d'Edouard P»". et d'Éléonore de CastiUe. Ses deux frères de remariage, c'cst-a-dire du secoud lit, éto.'ent fils du même Edouard Ie"^..et de Marguerite de Frai ce. L'aîné, appelé Tho- mas, fut comte de Norfolk et grand maréchal d'Angleterre, d'où lui vint ic nom de Comte Marcsuaiix ou. Comte Maréchal q\ie lui donne Frois- sart; le second roramé Aymes ou plutôt Edme ou Edmond fut comte de Ken». (ImhoiF, Gcneal. regum et pariumMag. £ritan, în/'^. No- rimèergœ, 169c. Tabula 6. ) J. P.

hS'

la LES CHRONIQUES

celui prud'homme , doux etdéboitnaire^et bien aimé des bonnes gens. Ce roi étoit marié à la fille du beau roi Philippe de France ^'^ qui étoit une des plus bel- les dames du monde. Il eut de cette dame deux fils et deux filles, desquels fils, le premier est le gei>- til et le preux roi Edouard d'Angleterre de qui cette histoire est commencée ^ l'autre eut nom Jean d'EU iharn et mourut assez jeune. Lfaînée fille eut iiom Isabelle ^''^et fut mariée au jeune roi David roi d'E- cosse ^^^ fils au roi Robert Bruce, et lui fut donnée en mariage en jeunesse par l'accord des deux royau- mes d'Angleterre et d'Ecosse et par paix faisant L'autre fille ^^^ fut mariée au comte Regnault deGuel- dres, qui puis fut appelé duc de Guèldres, et eut de cette dame deux fils, Regnault et Edouard, qui puis régnèrent en grand'puissance contre leurs ennemis.

(i ) Philippe IV dit le Beh J. D.

(a) Tous les historiens et les généalogistes anglois la nomment •/eaniw.. { Imlioff. Ibid. ) J. D.

(3) Dayid II qui fut gardé prisonnier par Edouard III,, sonbeau frère, pendant dix ans k la tour de Londres , et, après la mort d^Isabelle,. épousa plus tard,lorsqu^iI fut rémonté sur le tr6ne, la fille d^un chcyaKer écossois. David II mourut en 1 3 70, laissant sa succession à Robert Stuait son neyeu. Il existe encore des descendans Dayid dont le chef ««1 lord Elgin actuel. J. A. B,

(4) Elle se nommoit Aliénor. ( ImhofF, etc. ) D^

DE JEAN FROISSART. i3

i^V*.^'V%^»V%'W*.%«%%X^^^'%^'W^*^i^'W^'W%%(W%<VX.%'V*

CHAPITRE IV-

Pour quelle achoison (occasion) la guerre mut

ENTRE LE ROI DE FrAKCE ET LE ROI d'ÀngLETERRE.

Orj dit le Gonte , que le beau roi Philippe de France eut trois fils avec cette belle fille Isabelle qui fut ma- riée en Angleterre au roi Edouard dont j'ai parlé ci- dessus, et furent ces trois fils moult beaux, desquels l'aîné eut nom Louis, qui fut au vivant de son père, roi de Navarre et l'appeloit-on le roi Hutin. Le se- cond né eut nom Philippe le Longj et le tiers eut nom Charles, et furent tous trois roisde France après la mort du roi Philippe leur père, par droite suc- cession l'un après l'autre, sans avoir hoir (héritier) raâle de leur corps engendré parvoie de mariage ^^\ Si que, après la mort du dernier roi Charles, les douze pairs, et les barons de France ne donnèrent point le royaume à la sœur qui étoit reine d'Augle- terre, pourtant qu'ils youloient dire et maintenir, et encore veulent, que le royaume de France est bien

(i) Voici quel fut Tordre de .succession.

Philippe III le Hardi monté sur le trône en i9.;o.

Philippe IV dit le Bel en i285.

Louis X 1er Hutin -w i3i4

Philippe V le Long i3i6 } fils de Philippe IV.

Charles IV le Bel 1822 Isabelle mère d'Edouard lïl étoit fille de Philippe IV, et Philippe de \ alois étoit petit fils de Philippe par Cltarles de Valois frère de Philippe n\ Louis X a voit laissé une fille nommée Jeanne qui yivoit encore k Pépoque de la mort de Charles M en iSaS. J. A. B.

}

ï4 LES CHRONIQUES '

si noble qu'il ne doit mie (pas) aller à femelle, ni par conséquent au roi d'Angleterre son ains-né (aîné) fils. Car, ainsi comme ils veulent dire, le fils de la femme ne peut avoir droit ni succession de par sa mère sa mère n'y a point de droit: si que, par ces raisons, les douze pairs et les barons de France donnèrent de leur commun accord le royaume de France à monseigneur Philippe, fils jadis à monsei- gneur Charles de Valois, frère jadis de ce beau rd Philippe dessus dit, et en ôtcrent la reine d'Angle- terre et son fils qui étoit hoir mâle et fils de la sœur du dernier roi Charles.

Ainsi allale dit royaume horsdela droite ligne, ce semble à moult de gens^ parquoi grands guerres en sont nées et venues, et grand' destruction de gens et de pays au royaume de France et ailleurs, si comme vous pourrez ouïr ci-après y car c'est la vraie fonda- lion de cette histoirepour raconter les grands entre- prises et les grands faits d^armes qui avenus en sont: car puis (depuis) le temps du bon roi Charlemagne, qui fut empereur d'Allemagne et roi de France, nV vinrent si grands aventures de guerre au royaume de France ^'^ qu'elles sont avenues pour ce fait-ci, ainsi que vous orrez (en tendrez) au livre, mais (pour- vu) que j'aye temps et loisir du faire et vous du lire. Or me veux retraire (l)orner) à la droite matière commencée et taire de cette tant que temps et lieu viendront que j'en devrai parler.

(i)La fia de ce cliapitrc est omise dans les 6 litioas golliiques et dans ctllc (le Sanva<ïe. T. T>.

DE JEAN FROISSARt. i5

CHAPITRE V.

Comment grand'dissention mut entre les barons d'Angleterre et messire Hu«gh Spïnsîr.

Or 5 raconte Fhîstoir^, quece roi d^Angleterre père à ce gentil roi Edouard sur qui notre matière est fon- dée gouverna moult diversement son royaume et fit moult de diverses merveilles en son pajs par le con- seil et Pennort (conseil) d'un mauvais chevalier que on dit monseigneur Hugh Spenser ^'^ qui avoit été nourri avec lui d'enfance. Et avoit tant fait celui mes- sire Hugh que il et messire Hugh son père étoient les plus grandsbarons d' Angleterr e'^^'comme de richesse , et éloient toujours les plus grands maîtres du conseil du roiet vouloient maistrier (dominer) et surmonter tousles autres hauts barons d'Angleterre ;par envie de quoi et pourquoi avinrent puis (depuis) ce di(jour) au pays et à eux mêmes moult de maux et de tour- mens. Car après la grandMéconfiture de Stirling, le roi Robert Bruce roi d'Ecosse, déconfit ce roi d'Angleterre et tous ses barons, si comme vous avez ouï ci devant, grand'envie et grand murmure mon- teplia (se multiplia) au pays d'Angleterre entre les

(i) Froissart emploie la traduction fraiiçoise du mot Spenser et Tap- pelle Huon le Despensler ou VEspensier, Hugh Spenser ayoit succède k Pierre Gaveston dans faveur d^Édouard. J. A. B.

(a) Tout ce membre de phrase jusq[u''aux mots, par envie, manque dan» les impiiinés.

i6 LES CHRONIQUES

nobles barons et le conseil du roi, mémement encon* tre Hugh Spenser; et lui mettoient sus que par son conseil ils avoientété déconfits, et que pourtant (at* tendu) que il étoit favorable au roi d'Ecosse il avoit tant conseillé et tenu le roi d'Angleterre en négligent ce, que les Ecossois avoient reconquis la bonne cité de Berwicket ars (incendié) quatre journées ou cinq par deux fois dedans leur pays, et au dernier eux tous détruits et déconfits. Et sur ce les dits barons eurent ensemble plusieurs fois parlement pour aviser qu'ils en pourroient faire, desquels le comte Thomas de Lancastre qui étoit oncle du roi ^'^ étoit le plus grand et le principal Or, se perçut le dit messire Hugh Spencer de cette œuvre et que on murmu^ roit sur lui et sur son affaire. Si se douta trop fort que mal ne l'en prit, si y pourvey (pourvut) tantôt de remède moult félonneux.

CHAPITRE VI.

Comment plusieurs barons d'Angleterre rvntixt

D ÉCOLES, ET COMMENT LA REINE ET SON FILS «'bH AFFUIRENT EN FrANCE.

Il qui étoit si bien du roi et si prochain Comme il vouloit, et plus cru tout seul que tout le monde, s'en vint au roi et lui dit que ces seigneurs avoient fait al- liance encontre lui et qu'ils le mettroient hors de son

(i) Froissart se trompe: Thomas de Lancastre n'étoit point fils é€ Henri III, mais son petit fils, par EdmonJ frère d'Edouard 1er. H n'é- toit donc que cousin germain d'Edouard II. ( Imhofi', Tab. 5.^ J. D.

( 1 5 »5) DE JEAN FROISSART. , n

j

royaume s'il ne s'en gardoit^ et tant fit par son en- nortement (conseil) et son subtil malice et engin (artifice)que le roi fit à un jour prendre tous ces sei- gneurs à un parlement ils étoient assemblés ^'^ et en fitdécoler sans délai et sans connoissance de cause jusques à vingt deux des plus grands barons, et tout premier le comte Thomas de Lancastre qui moult étoit bon homme et saint et fit depuis assez de beaux miracles au lieu il fut décolé. Pour lequel fait le dit messireHugh acquit grand'haine de tout le pays et spécialement de la reine d'Angleterre et du comte de Kent qui étoit frère au dit roi d'Angleterre.

Encore ne cessa point atant (alors) le dit messire Hughdeennorter (exhorter) le roi de mal faire: car quand il aperçut qu'il étoit mal de la reine et du comte deRent, il mit si grand discord entre le roi et la reine, par son malice, que le roi ne vouloit point voir la reine, ni venir en lieu elle fut,etdura ce discord assez longuement. Et adonc fut que on dit à la reine et au comte de Kent tout secrètement, pour les pé- rils éloigner ils étoient, qu'il leur pourroît bien mésa venir prochainement, si ils ne se gardoient; car le dit messire Hugh leur pourchassoit gi'and des- tourbier (dommage).

(i) Le ^mte Lancaàtre fut arrête non dans un j)arlemcnt cômtue le dit Froissart, mais les armes k la maio.U fut pris et trente cinq sei- gneurs avec lui, le i6 mars i3a2,k Burgh, et conduit au cMteau de Pomfret il fut jugé par une cour martiale, et eut la tête tranchée le a3 mars de la même année. Plusieurs de ses co-accusés furent mis k mort en divers lieux. (Walsingham, P. 94. R3rmer, T. 2- Part a. P. 89 et «wV. Rap. Thoir. T. 3. P. 1 17 et smv. ) J. D.

FROISSART. T. I. ^

1 8 LES CHRONIQUES ( i5i5>

Adonc ^'^ quand la reine et le dit comte de Kent ouïrent ces nouvelles, si se doutèrent (ils conçurent des craintes), car ils sentoient le roi hâtif et de di- verse manière et mauvaise condition et leur ennemi si bien de lui comme il vouloit : si s^avisa la dame qu'elle se partiroit tout coyement (secrètement) et vuideroit le royaume d'Angleterre et s'en viendroit en France voir le roi Charles son frère, qui encore vivoit,etlui conter oit ses mésaises et emmèneroit son jeune fils Edouard aveclui voir le roi son oncle. Ainsila dame se pourvey (pourvut) sagementet prit voie de venir en pèlerinage à Saint Thomas de Canterburyet elle s'en vintà Winchelsea,et de nuitentraen unenef appa-

(i) Cet article jusqu^k Talinëà suivant est fort abrégé dans les impri- més. Mais sUl est plus étendu dans les manuscrits, il n^est guères plus exact: k peine y trouve-t-on un seul fait qui soit véritable, excepté Tar- rivée d^'Isabelle en France. Il est faux i°. qu''elle se soit enfiiie d^ Angle- terre sous prétexte d'un pèlerinage k St. Tbomas de Canterbury. Elle passa en France du consentement de son mari pour négocier la paix entre les deux royaumes: il paroit même que ce fut la courde France qui proposa le voyage, suivant une lettre d'Edouard II au pape, en date du 8 mars i325. (Rymer, T. 2. Part. 2. P. i32.) 2°, La reine n'emmena point avec elle le jeune Edouard son fils. Elle négocia si heureusement en France qu'elle fit conclure un traité en date du 3i mai i3a5(Bjnier» Ibid.V» iS^), par lequel Edouard devoit venir rendre hommage k Char- les4e-6el dans un terme très court. Mais Spenser l'ayant détourné de faire le voyage, il céda k son fîls le comté de Ponthieu et la Guienne et le fît partir le i2 septembre de la môme année pour porter au roi de France l'hommage de ces seigneuries. (Rymer, /é/W. P. i43.) 3^. Isabelle ne fut point accompagnée par le comte de Kent et par Roger deMortimer: le premier étoit en France dès le commencement de l'année i3a4 (Rj- mer,iV7. P. io2. ), le second s' étoit échappé de la tour de Londres, il éloit détenu prisonnier, vers la fin de juillet ouïes premiers jours d'août i323, et avoit quitté l'Angleterre pour passer en France, au plus tard le 14 novembre de la même année. ( Rymer, Wd, P. Si , 82, 86, ctc.)J.D.

( 1 3^5) DE JEAN FROISSART. t g

reilléepour lui et son fils et le comte Aymon de Kent, et messire Roger de Mortimer j et en une autre nef mirent leurs pourvéances (provisions) et eurent vent à souhait et furent lendemain devant Prime ^'^ au havre de Boulogne.

Quand la reine Isabelle fut arrivée à Boulogne, ainsi comme vous oïez,et son fils, et le comte de Kent son serourge (beau-frère), Je capitaine de la ville et Fabbé et les bourgeois vinrent contre li (elle) et la recueillirent moult liement(joyeusement), et la me- nèrent en la ville et la logèrent en Fabbay e ^*^ et toute sa route (suite); et y fut deux jours. Au tiers jour elle s'en partit et se mita voie et tant chemina par ses journées que elle s'en vint à Paris. Le roi Charles

(i) Froissart a gënëralement adopte pour la dësignation des heures de la journée la méthode de division ecclésiastique de Prime, Tierce ^ None et Vêpres, Prime répond k la sixième heure du matin, c'^est la pre- mière de la journée. Tierce parait marquer le temps intermédiaire entre ]e matin et Theure de midi qu''il exprime ou par le mot midi on par celui de None, Ensuite vient Vêpres ou. la Véprée après laqueUe il compte en- core le minuit. Quelquefois il ajoute k ces diverses divisions les épithétes de basse ou de haute. Il dit encore k Vauhe créwara pour signifier que Taube du jour ne fait que commencer k poindre; ac^^o/eiVre^con- sant ou esconsant pour exprimer le coucher du soleil; à la rele%fée pour le temps qui suit Theure de midi ; àla remontée^ qui semble sjnonime delà Vêprée-povœ le soir, le temps auquel le jour approche de son déclin. {Voyez La Cumede S.tePalaye, Mémoires sur Froissart.) J. A.B.

(2) L'église de Notre-Dame de Boulogne, après avoir été long-temps gouvernée par un évêque, fut réunie dans le VTI.® siècle k l'évêché de Thérouenne. Au commencement du XIL^ Eustache III, frère de Gode- froy de Bouillon, k son retour de la terre sainte, fit embrasser la règle de St. Augustin aux chanoines de cette église qui devint alors abbatiale. . Enfin après la destruction de Thérouenne, elle fut élevée de nouveau k la dignité de ville épiscopale: ce changement arriva Van i566. [GaUia christiana, T. 10. P. iSag. Hist, de Notre Dame de HouL par Antoine Le Boi , P. a I et siùu.) J. D.

9.0 LJES CHRONIQUES (i5i5)

son frère qui étoit informé de sa venue envoya Con- tre li(elle) des plus grande d^sonroyaume quiadonc étoient de-lez (près) lui, monseigneur Robert d'Ar* tois, monseigneur de Coucy^'^, monseigneur de Sully ^'^ et le seigneur de Roye ^^^ et plusieurs autres qui honorablement l'amenèrent en la cité de Paris et devers le roi de France.

CHAPITRE VIL

Comment le roi de France reçut honorablement sa »

SOEUR LA REINE d'AnGLETERRE ', ET COMMENT ELLE LUI CONTA LA CAUSE DE SA VENUE.

Ou AND le roi vit sa sœur que grand temps ûWoit vue, et elle dut entrer en sa cliambre, il vint contre elle et la prit par la main et la baisa et dit : « Bien venez mabelle sœur et mon beau neveu » ^^\ Lors les prit tous deux et les mena avant La dame qui pas n'avoit trop grand' joie, fors de ce qu'elle se trouvoit de-lez (près) le roi son frère, s'étoit voulu age- nouiller par trois ou par quatre fois au pied du roi son frère j mais le roi ne lui souffroitet la tenoit tou- jourspar la main droite, et lui demandoit moult dou- cement de son état et de son affaire^ et la dame lui en répondoit très sagement. Et tant furent les paro- les menées qu'elle lui dit: « Monseigneur, ce nous

(i) On ignore s'il veut désigner Guillaume de Coucy ou Enguerrand VI son fils, qui vivoient tous les deux alors: ces seigneurs deCcmcv des- cendoient des comtes de Guines. {Hist. gén. delà mais, de Fr. T. 8. P. 544. 545. ) J. D.

(2) Henri IV, sire de Sully, issu de la maison des comtes de Clmni' pagne. {Ibid, T. a. P. 857 . ) J. D.

(3) Jean II du nom. {Uid, T. 8. P. 9.) J. D.

(4) Isabelle n'avoit poin^ amené son fils, ainsi qu'on Ta remarque ci- dessus. J. D.

(i59.5) DE JEAN FROISSART. 21

va, moi et mon fils, votre beau neveu, assez petite- ment^ car le roi d'Angleterre mon mari m'a prise en trop grand'haine,et si ne sais pourquoi, et tout par l'ennortement (conseil) d'un chevalier qui s'appelle Hugh Spenser ^'\ Ce chevalier a tellement attrait monseigneur à soi et à sa volonté que tout ce qu'il veut dire et faire, il est; et ont comparé (éprouvé) plusieurs hauts barons d'Angleterre et seigneurs sa mauvaiseté^'^ car il en fit sur un jour prendre et par le commandement du roi, sans droit et sans cau- se, décoler jusques à vingt deux, et par spécial le bon comte Thomas de Lancastre; de quoi, monsei- gneur , ce fut trop grand dommage, car il étoit prud'- homme et loyal et plein de bon conseil, et n'est nul en Angleterre, tant soit noble ni de grand' affaire qui l'ose courroucer ni dédire de tout ce qu'il veut faire. Avec tout ce il me fut dit en grande spécialité (secret) homme qui cuide (croit) assez savoir des conseils et traités du roi mon mari et du dit Hugh Spenser,

'(i) La fin de ce chapitre manqne dans les imprimés français et anglais.

(a) On avoit employé pour prouver au roi le mécontentement public un raojren fort singulier etqui représente assez bien l'époque. Un jour qu'il étoit k dîner dans la salle de Westminster, une femme pénètre k cheval dans la salle du festin, elle étoit vêtue eomme les ménestrels, et après avoir fait,» à leur manière, le tour de la table, elle présente une let- tre auroi, tourna bride et partit. On blâma les concierges de Pavoir ad- mise, mais ils alléguèrent que le roi n'étoit pas habitué k refuser aux ménestrels Pentrée de ses fêtes, on alla k sa poursuite et onTattrapa. Elle avoua qu'elle avoit é(é envoyée par un chevalier. Ce chevalierques- tionné déclara qu'il avoit employé ce moyen pour démontrer au roi qu'il négligeoit les chevaliers quiavoient servi lui et son père avec tant (le fidélité tandis qu'il combloit de ses dons ceux qui n' avoient essuyé aucune fatigue pour lui. (Voy. Trokelowe. P. 39 et 40}. Ce que les chro- niques du temps reprochent surtout k Edouard c'est de trop%égliger ''«'S nobles pour s'occuper des agriculteurs et des moines. J. A. B.

lifk*

2 a LES CHRONIQUES (

que on avoit grand'envie sur moi, et que si je de-

meuroisau pays guères de temps,le roi par mauvaise

et fausse information me feroit mourir ou languir à

(avec) honte. Si nerai-jemiedesservi(mérité),nine

le voudrois faire nullement j car oncques envers lui je ne pensai ni ne fis chose qui fut à reprendre. Et

quand je ouïs (entendis) ces dures nouvelles et si pé- rilleuses sur moi et sans raison, je m'avisai pour le mieux que je partirois d'Angleterre etvous viendrois voir et montrer féalement, comme à mon seigneur et beau frère, l'aventure et le péril j'ai été. Aussi le comte de Kent que la voyez qui est frère du roi mon mari est en autel (semblable) parti de haine comme je suis, et tout par l'émouvement et ennortement (conseil) faux de ce Hugh Spenser. Si m'en suis ci enfuie, comme femme égarée et déconseillée, devers vous pour avoir conseil et confort de ces besognes; car si Dieu premièrement et vous n'y remédiez, je ne me sais vers qui traire ^'^ (retirer).»

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CHAPITRE VIII.

Comment le noble roi Charles conforta sa soeur,

ET COMMENT ELLE ACQUIT l'AMITIÉ DE PLUSIEURS GRANDS SEIGNEURS DE FrANCE, QUI LUI PROMIRENT A LA REMENER EN ANGLETERRE.

Ouand le noble roi Charles de France eut ouï sa sœur ainsi lamenter et qui de cœur et en pleurant lui

(i) II est assez vraisemblable qulsabelle se plaignit des Spenscrsav roi son frère; mais elle ne put lui dire qu'*elle s'*étoit enfuie d^Anj^ terre, puisque Charles-Ie-Bel ne pouvoit ignorer qu'^elle ëtoit partie da conseMément d'Edouard et munie de pouroirs pour traiter de WpaiK comme on Ta dit ci -dessus. T, D.

(i325) DE JEAN FROISSART. ^3

montrait sa besogne et pourquoi elle étoit venue en France, si en eut grand'pitié et lui dit: « Ma belle sœur ,appaisez-yous et vous confortez, car foi que je dois à Dieu et à monseigneur Saint Denis, j'y pour- voirai de remède. ^ Adonc la dame s'agenouilla, vou- lut ou non le roi, tout bas à terre et lui dit: «Mon très cher seigneur et beau frère, Dieu vous enveuille ouïr. » Lors la prit le roi enti*e ses bras et la mena en une autre chambre plus avant qui étoit toute parée et ordonnée pour lui et pour le jeune Ldouard son fils , et la laissa. Ainsi fut la noble reine d'Angle- terre reçue et bien venue à ce premier jour du roi Charles de France son frère 5 et lui fit délivrer le roi par la Chambre aux Deniers tout ce qui à la reine étoit nécessaire pour elle et son état

Depuis ne demeura guères que sur cet état que vous avez ouï, Charles le roi de France assembla plusieurs grands seigneurs et barons du royaume de France pour avoir conseil et bon avis comment on ordonneroit de la besogne de la reine sa sœur, à qui il avoit promis confort et aide et tenir lui vouloit. Dont fut ainsi conseillé au roi, et pour le mieux, que il laissât madame sa sœur acquérir et pourchasser amis etconfortans au royaume de France et se feignit de cette emprise : car d'émouvoir (exciter) guerre au roi d'Angleterre et de mettre en haine les deux royaumes qui étoient en paix , ce n'étoit pas chose qui fut appartenante; mais couvertement et secrètement l'aidât et confortât tant d'or que d'argent, car c'est le métal parquoi on acquiert l'amour des gentils hom- mes et des pau vresbacheliers. A ce conseil et avis s'ac-

24 LES CHRONIQUES (lî^l .

corda le roi et le fit dire ainsi tout C03^meiit(secrèK]j tement) à la reine d'Angleterre sa sœur par monsei- gneur Robert d'Artois , qui lors étoit Pun des plus grands de France ^'\ Sur ce la bonne reine toute ré- jouie et confortée persévéra et se pourvut d'^acqué- rir amis parmi le royaume de France. Les aucuns prioit ; aux autres promettoit ou donnoit or , argent ou joyaux jet tant, qu'ily eut moult de grands seigneurs et de jeunes chevaliers et écuyers qui tous lui accor- dèrent confort et aide et alliance pour la remener en Angleterre et de force malgré tous ses ennemis, pour l'honneur du roi leur seigneur.

CHAPITRE IX.

Comment les barons d'Angleterre mandèrent se- crètement A LA REINE Qu'eLLE s'eN RETOURNAT ELLE ET SON FILS EN ANGLETERRE ATOUT (avEc) MILLE HOMMES d'armes.

Or nous parlerons de ce messire Hugh un petit, et assez tôt retournerons et reviendrons à la reine. Quand cil messire Hugh vit qu'il avoit grand'partie fait de ses volontés etmis à destruction lesplusgrands barons d'Angle terre, la reine et son aîné fils déchassé hors d'Angleterre , et qu'il avoit le roi si attrait(attiré) à sa volonté que le roi ne lui coutredisoit nulle chose qu'il voulut dire ni faire, il qui persévéroit en sa grand'mauvaiseté fît depuis tant de bonnes gens jus- ticier et mettre tant de gens à mort sans loi et sans

(i) La fin de ce chapitre est omise dans les imprimés.

(i9»5) DE JEAN FROISSART. !x5

îttgement , pourtant (attendu) qu*il les tenoit pour suspects encontre lui, et fit tant de merveilles par son orgueil, que les barons qui demeurés étoient et le remenant (reste) du pays ne le purent plus por- ter , ains (mais) accordèrent ses ennemis entre eux paisiblement et firent secrètement savoir à la reine leur dame dessus dite, qui avoit sa demeure à Paris par Pespace de trois ans ^'^, comme enchâssée et ban- nie du royaume d'Angleterre, si comme vous avez ouï, si ellepouvoit trouver voie ou sens parquoielle put avoir aucune compagnie de gens d'armes de mille armures de fer ou environ , et elle voulut ramener son fils au royaume d'Angleterre, ils se trairoient (retireroient) tantôt vers li (elle) et obéiroient à li (elle) comme à leur dame, et à son fils comme à leur seigneur: car ils ne pouvoientplus porter les desrois (cruautés) et les faits que le roi faisoit au pays par le conseil du dit messire Hugh. Ces lettres et ces nouvelles secrètes envoyées d'Angleterre montra la reine au roi Charles son frère , lequel lui répondit adonctout joyeusement: «Mabellesœur, Dieu y ait part^ de tant valent vos besognes mieux. Or l'em- prenez hardiment et priez de mes hommes jusques à la somme que vos aidants d'Angleterre vous ont signi-

(i) Isabelle ne fit pas un si long séjour en France; elle y étoit arrivée au mois de mars i3i5; et elle étoit retournée en Angleterre avant le 27 septembre de Tannée suivante i326, date des lettres d'Edouard II dans lesquelles il annonce k ses sujets l'arrivée de la reine et de son "Is, qui avec Roger de Mortimer et autres bannis et ennemis de l'An-, gleterre étoient descendus dans son royaume pour Ten chasser. Ainsi elle ne fut en France qu'environ dix-huit mois. (Rymer, T. 2. Part. 1. P-i3a. i67,eîc.) J.I). ^

26 LES CHRONIQUES ^ (i«i5)

fiée; )e consentirai ce voyage et leur fem faire déb vrance d'or et d'argent tant que ils; vous serviront volontiers. »

t'v%/»^i^«%'%/wvvHW%<w%^'V%'wv» v^^^««^^ w x^<»'v^%^^^ ■%%%%%%.

CHAPITRE X.

Comment messire Hugh Spenser corrompit lb roi DE France et tout son conseil par doits, afia

qu'il ne RENVOYAT LA REINE EN ANGLETERRE.

i^UR ce la bonne dame avoit prié moult de cheva- liers bachelers (vaillans) et aventureux qui lui pro- mettoient que très volontiers ilsiroient jet ordonnoit la dame tout secrètement son affaire et sespourvéan- ces (provisions): mais oncques si secrètement ne le put faire ni écrire aux barons d*Angleterre,que mes- sire Hugh Spenser ne le sut Lors se douta-t-il que par force le roi de France la renvoyât en Angleterre^ si s'avisa que par dons il attrairoit si le roi de France et son conseil qu'ils n'auroient aucune volonté delà dame aider ni de lui porter contraire. Adonc envoya par messages secrets et affaitiés (accoutumés) de ce faire grand plenté (abondance) d'or et d'argent et joyaux riches, et spécialement devers le roi et son plus privé conseil, et fit tant en bref terme que le roi et tout son conseil furent aussi froids d'aider à la dame comme ils en avoient été en giand désir; et brisa le roi tout ce voyage, et défendit sur peine de perdre (être bannis) le royaume qu'il ne fut nul qui

(i5!i5) DE JEAN FROISSART. 27

avec la reîné d'Angleterre se mit à voie pour lui ai- der à remettre en Angleterre à main armée ^'^ Dont plusieurs chevaliers et bacheliers du dit royaume en furent moult courroucés et s'émerveillèrent entre eux pourquoi si soudainement le roi avoit fait cette dé- fense, et en murmuroient les aucuns, et dirent bien que or et argent y étoient efforciement (abondam- ment) accourus d'Angleterre et que Français sont trop convoiteux.

^%%%'V%'

CHAPITRE XI.

G>MM£irT LE ROI DE FràNCE FIT DIRE A SA SOEUR qu'elle VUIDAT hors de son ROYAUME.

lliNCORE VOUS dirai-je, si j'ai loisir, de quoi ce mes- sire Hugh Spenser s'avisa quand il vit qu'il n'auroit garde du roi de France ni de ce côté. Pour embellir et fleurir sa mauvaiseté et retraire (rappeler) la reine en Angleterre et remettre en son danger et du roi son mari, il fit le roi d'Angleterre écrire au Saint- Père ^'^ ,en suppliant assez affectueusement qu'il vou- lut écrire et mander au roi Charles de France qu'il lui voulut renvoyer sa femme, car il s'en vouloit ac-

(i) La fin de ce chapitre manque dans les imprimés français et an- glais qui abrègent aussi considérablement le suivant.

(a) Jean XXII occupoit alors le St. Siège. Il s'agit probablement ici des lettres qu'Edouard II lui écrivit le 5 décembre de cette année i3a5, ainsi qu'k plusieurs cardinaux concernant cette aOaire. (Bymer, ithi iup.V 148,) J. D.

a 8 LES CHKONIQUES fiSiS)

quitter à Dieu et au monde, et que ce d*et(Ht pas sa coulpe (faute) qu'elle étoit partie de lui, car il ne lui vouloit que tout amour et bonne loyauté, telle qu'on doit tenir en mariage. Avec ces lettres que le dit mes- sire Hugh fit écrire par le roi d'Àitigleterre au pape et aux cardinaux , en lui écrivant ainsi comme vous avez ouï, et encore par plusieurs subtiles voies qui ci ne peuvent mie(pas)êtretoutesdécrites, il envoya grand or et grand argent à plusieurs cardinaux et prélats les plus secrets et les plus prochains du pape, et aussi messagers sages et avisés et bien idoines (propres) et taillés de faire ce message, et mena tellement le pape par ses dons et par ses fallaces (fourberies) qu'ils contournèrent du tout la reine d'Angleterre et con- damnèrent en son tort, et mirent le roi d'Angletetre et son conseil à son droit j et escripst(écrivit) le pape parle conseil d'aucuns cardinaux, qui étoient de l'ac- cord du dessusdit Spenser,au roi Charles de France quesur peine d'excommuniement il renvoyât sa sœur la reine Isabelle en Angleterre devers son mari le roi Ces lettres vues et apportées devers le roi de France et par si spécial messager que par l'évêque de Xain- tes en Poitou ^*^ que le pape y envoyoit en légation, le roi fut durement ému sur sa sœur et dit qu'il ne la vouloit plus soutenir à l'encontre de l'église j etfit dire à sa sœur, car de grand temps ne parloit-it point à li (elle), qu'elle vuidât tôt et hâtivement son royaume , ou il l'en feroit vuider à (avec) honte.

(i) Thibaud de Chàtillon occupoit alors ce siège. (GalUa Christiana^ T. a. CoL 1077.) Pour parler exactement, Froissart auroit du dire. Saintes en Saintonge) mais il lui arrive quelquefois d^agrandir une pro- vince aux dépens des provinces voisines: on en trouvera plusieurs exemples dans le cours de son histoire. T. H.

(ii^ô) DE JEAN PROISSART. aq

CHAPITRE XII.

Gomment la reine d'Angleterre se partit de nuit

SECRÈTEMENT DE ParIS, ELLE ET SA ROUTE (sUITE),

pour peur qu'elle ne fut prise de son frère et

RENVOYÉE EN ANGLETERRE; ET s'eN ALLA EN L'EM- PIRE.

Ou AND la reine ouït ces nouvelles , si fut plus dé- confortée et ébahie que devant, car elle se voyoit entre pieds (embarrassée) et toute arrière du confort et aide que elle cuidoit (croyoit) avoir du roi Charles son frère. Si ne sut que dire ni quel conseil prendre, car Féloignoient ceux de France par le comman- dement du roi et n'avoit à aucuns conseil ni re- cours fors à son cher cousin messire Robert d'Artois tant seulement. Mais cil ( celui-ci.) secrètement la conseilloit et confortoit de ce qu'il pouvoit, et non à vue, car autrement ne l'osoit faire pour le roi qui défense y avoit mise et en quel haine et malivo- lence (malveillance) la reine étoit échue, dont moult lui ennuy oit et savoit bien que par mal et par envie elle étoit ainsi déchassée. Si étoit ce messire Robert d'Artois si bien du roi qu'il vouloit ^ mais il ne lui en osoit parler, car il avoit ouï dire au roi et jurer que, à celui qui lui en parleroit, quelqu'il fut, il lui ôteroit sa terre et le banniroit de son royaume. Si entendit-il secrètement que le roi étoit en volonté de faire prendre sa sœur, son fils, le comte de Kent

3o LES CHRONIQUES (i3î6)

et messire Roger de Mortiiner et de qûx remettre es mains du roi d'Angleterre et du dit Spenser j et aiim le vint-il dire de nuit à la reine d'Angleterre etPa- visa du péril elle étoit Adonc fut la dame moult ébahie et requit tout en pleurant conseil à monsei- gneur Robert d'Artois quelle chose elle en pourroit faire, ni se traire (retirer) à garant ni à conseil «( En nom Dieu, dit messire Robert, le royaume vous louè-je (conseille) bien vider, et traire (retirer) de- vers l'Empire : il y a plusieurs grands seigneius qui bien aider vous pourroient , et par spécial , le comte Guillaume de Hainaut et messire Jean de Hainaut son frère. Ces deux sont grands seigneurs, prud'hommes et loyaux^ craints et redoutés de leurs ennemis, aimés de leurs amis et pourvus de grand sens et de parfaite honneur, et crois bien que en eux vous trouverez toute adresse (secours) de bon con- seil^ car autrement ils ne le voudr oient ni sauroient faire. » La dame s'arrêta sur cet avis et se reconforta un petit à la parole et prière monseigneur Robert d'Artois , et fit appareiller toutes ses besognes, et payer et délivrer aux hôtes le plus coyement ( secrè- tement) et bellement qu'elle put, et partit de Paris, et son jeune fils avec elle, et le comte de Kent et leur suite, et s'acheminèrent devers Hainaut Et fit tant la reine d'Angleterre par ses journées qu'elle vint en Cambresis. Quand elle se trouva en l'Empire si fut un peu plus assurée que devant, et passa par- mi Cambresis et entra en Ostrevant et en Hainaut et vint loger à Buignicourt ^'^ en l'hôtel d'un cheva-

(i) Village yoisin d'Arleux, It Pcst de celte ▼ille. J. D.

( 1 5a6 ) DE JEAN FROISSART. 3 1

lier qui s'appeloit le sire d'Aubrecicourt^'^ , et re- çut adonc le chevalier et sa femme moult liement (joyeusement) et la tint toute aise selon son état, et tant que la reine d'Angleterre et son fils en aima depuis le chevalier et la dame à toujours et les en- fans qui d'eux naquirent, et les avancèrent en plu- sieurs manières.

«

CHAPITRE XIII.

COMMEIÏT MESSIRE JeAN DE HàINAUT VINT A BtJIGNI- COURT A l'eNCONTRE DE LA REINE D 'ANGLETERRE.

JuA VENUE de la reine d'Angleterre qui descendoit en Hainaut étoit bien sue en l'hôtel du bon comte Guillaume de Hainaut, qui lors se tenoit à Valen- ciennes, et (ainsi que) messire Jean de Hainaut son frère j et sut le dit messire Jean l'heure qu'elle vint en l'hôtel monseigneur d'Aubrecicourt. Il qui étoit

(i)Les seigneurs d'Auberci court, que l'on trouve nommes AttJbreei^ court y Avbregicourt^ Aubrcchicowrt , Obrecicourt^ Auherchicouri ^ etc., paroi ssent avoir pris leur nom du village d'Aubercicourt au comté d'Os- trevant k une lieue de Bouchain: c'est même dans ce village que les im> primés et plusieurs manuscrits font arriver la reine d'Angleterre. Le sire d'Aubercicourt dont il est ici question s'appeloit Eiistache. {Hist. deCambroj- par Le Carpentier, T. 2. P. 3 et suiw.) Je n'ignore pas, en citant cet ouvrage, que plusieurs des pièces qu'il renferme sont sus- pectes de fausseté; mais quand eUes seroient toutes fausses, ce que je sais bien éloigné de croire, il n'en seroit pas moins utile pour fixer la inanière d'éerire les noms d'*un grand nombre de familles du Cambresis et des pays voisins; et c'est le seul usage que je me propose d'en faire I.D.

3a LES CHRONIQUES (i5a6)

moult honorable, jeune et désirant d^acquérir hon- neur et prix monta erraument (promptement) à che- val et se partit à privée mesgnie (avec peu de suite) de Valenciennes , et vint ce soir à Buignicourt etfitàla reine d'Angleterre toute l'honneur et révé- rence qu'il pût, car bien le savoit faire.

La dame ^'^ qui et oit moult triste et moult égarée lui commença à conter en pleurant moult piteuse- ment ses douleurs et ses mésavenues, comment elle et oit déchassée d^Angleterre et son fils, et venue en France sur l'espoir et fiance de son frère le roi, et comment elle cuidoit (croyoit) être pourvue de gens d'armes de France par la bonne volonté et conseil de son frère, pour aller plus puissamment et emmener son fils en son royaume , si comme ses amis d'Angle» terre lui avoient mandé j et comment son frère fiit tellement conseillé depuis, comme vous avez ouïj et lui conta comment et à quel meschef (malheur) elle étoit afiuie atout (avec) son fils, comme celle qui ne savoit à qui ni en quel pays trouver confort ni soutenance.

CHAPITRE XIV-

Comment MEssiRE Jean de Haiiiaut promit a la titiHt d'Angleterre qu'il ne luï fauldra (mai^quëia)

JUSQTJES A mourir.

lliT quand le gentil chevalier messire Jean de Hai- naut eut ouï complaindre la reine si tendrement et

(i) La fin de ce chapitre et le commencement du suivant sont fort abrt^és dans les imprimes.

( 1 5^G) DE JEAN FROISSART. 33

que toute fondoit en larmes et en pleurs, si en eut grand'pitié et commença à larmojer, et dit ainsi à la dame : «Certes, dame, voyez ci votre chevalier qui ne vous fauldroit (manqueroit) pour mourir st tout le monde vous failloit ,• ains (mais) ferai tout mon pouvoir devons et de monseigneur votre fils condui- re, et de vous et lui remettre en votre état en An- gleterre, à Taide de vos amis qui delà la mer sont, ainsi que vous dites j et je et tous ceux que je pour- rai prier y mettrons les vies et aurons gens d'armes assez , s'il plaitàDieu , sans le danger(crainte) du roi de

France. )ïEtquand la damel'eutouïparlerunesi haute parole et si reconfortant ses besognes, elle qui séoit (était assise) et messire Jean devant elle, se dressa en estant ^'^ (debout) et se voulut agenouiller, de la grand' joie qu'elle avoit pour l'amour et grand'grâce que le vaillant chevalier lui oflfroitMais le gentil sire de Beaumont ne l'eut jamais soufiert, ains (mais) se leva moult appertement (lestement) et prit la noble dame entre ses bras, et dit: « Ne plaise à Dieu que la reine d'Angleterre fasse ce, ni aitempensé (pensé) de faire j mais dame, confortez-vous et votre gentil fils aussi, car je vous tiendrai ma promesse. Vous viendrez voir monseigneur mon frère et ma- dame la comtesse de Hainaut et leurs beaux enfans qui vous recevront à (avec) grand' joie, car je leur en ai j à ouï parler. » Et la dame lui octroie et dit: « Sire, je trouve en vous plus de confort et d'amour (ju'en tout le monde. Et de ce que vous me dites et

(x) Estant Su motlaiin stando, l^k, B. FROISSART. T. I. 3

34 LES aiRONIQUES (1826)

offrez, cinq cent mille mercis.Si vous me voulez faire ce que vous me promettez par votre courtoisie, ic demeurerois votre serve (esclave) et mon fils votre ♦ïerf à toujours et mettrions tout le royaume à votre abandon, et à bon droit ^'\ » Lors répondit le gentil chevalier messire Jean de Hainaut, qui étoit en la fleur de son âge: « Certes, ma très chère dame, si je ne le voulois faire , je ne le vous promettrois mie (pas);mais je le vous ai promis, si ne vous en faudrai mie pour rien qui puisse avenir; mieux aimerois à mourir. »

Après ce parlement, quand ainsi fut accordé, mes- sire Jean de Hainaut prit congé pour ce soir à la reine et à son fils et aux autres seigneurs d'Angle- terre qui étoient, et s'en revint à Denain. se hébergea en l'abbaje cette nuit, et lendemain, après messe et boire, monta à cheval et s'en revint devers la reine qui à (avec) grand' joie le reçut et avoit dîné et Favoit désiré et étoit toute appareillée de monter quand messire Jean de Hainaut vint*

k.'W^ww^<%vwv^/w^^x^/*%^<%x^<%'v^v'W*v^%xv»

CHAPITRE XV.

Comment la reine d'Angleterre se partit de Bui-

GNICOURT ET s'eN ALLA A ValENCIENNES OU ELLE FUT HONORABLEMENT REÇUE DU COMTE ET DE LA COMTESSE DE HAINAUT.

JLoRs se partit la reine d'Angleterre du châtel Je Buignicourt et prit congé au chevalier et à la dame

(i)Cetlc plirase manque dans Jcs imprimes.

(iSaô) DE JEAN FROISSART. 35

et leur dit en eux remerciant, que de la bonne chère et liée (joyeuse) que laiens (la dedans) on lui avoit faite , un temps viendroit que grandement lui en sou- viendroit et à son fils aussi ^'\ Ainsi se partit la reine en la compagnie du gentil seigneur de Beaumont, qui liement (joyeusement) et révéremment la mena à Valenciennes ; et contre li(elle)yinrent moult de boni - geoisdela ville bien parés et ordonnés pour la hono- rablement recevoir. Ainsi fut-elle amenée de monsei- gneur Jean de Hainaut devers le comte Guillaume de Hainaut qui la reçut à (avec) grand'j oie ; et aussi fit la comtesse ^''^et la fêtèrent de ce qu'ils purent, ^r bien le savoient faire. Adonc avoit le comte Guil- laume quatre fiUes, Marguerite, Philippe, Jeanne et Isabelle, de quoi le jeune Edouard qui fut puis J'oi d'Angleterre, s'adonnoit le plus et s'inclinoit de regard et d'amour sur Philippe que sur les autres; et aussi la jeune fille le connoissoit plus, et lui te- boit plus grand'compagnie que nulles de ses sœurs. Ainsi l'ai-je depuis ouï recorder à la bonne dame qui fut ^^^ reine d'Angleterre et de-lez (près) qui je de- meurai et servis; mais ce fut trop tard pour moi: si me fit-elle tant de bien que j'en suis tenu de prier à toujours mais pour elle.

(i)Eustache,sired'Aubrecicoiirt qui avoit accueilli la reine d^ Angle- terre et son fils dans son château a Buignicoiui; ou k Aubrecicourt (car les manuscrits donnent ces deux leçons) ,fut fait chevalier de la jarretiè- re lors de l'institution de cet ordre par Edouard III. J. A. B.

(i) Jeanne de Valois, sœur du roi Philippe de Valois, (flfc. gén. de la mais, de Fr, T. i. P. loo) J. D.

(3) Cette dernière phrase qui manque dans les imprimés, prouve que cette histoire n'a été écrite qu'après la mort <]c la reine Philippe deHai-

3*

36 LES CHRONIQUES (i3i6)

CHAPITRE XVI.

Comment messire Jean de Hainaut fit sa semohgb

DE gens d'armes POUR LA REINE d'AnGLETERRE RE-

mener en son royaume.

Ainsi Madame d'Angleterre, la reine Isabelle de France , trouva reconfort en monseigneur Jean de Hainaut, quand tout le monde lui faillit, et demeura à Valenciennes par l'espace de huit j ours deJez (près) le bon comte et madame la comtesse Jeanne de Va- lois j et endementres (cependant) fit appareiller son œuvre et ses besognes. Et le dit messire Jean de Hai- naut fit écrii*e lettres moult affectueusement aux che- valiers et aux compagnons de qui il se fioit le plus en Hainaut, en Brabant, et en Hasbain ^'\ et leur prioit si acertes (instamment) qu'il pou voit à chacun sur toutes amitiés qu'ils vinssent avec lui en cette em- prise. Si en y eut grand plenté (quantité) d'un pays et d'autres qui y allèrent pour l'amour de lui, et grand plenté qui n'y allèrent mie combien qu'ils en fussent priés. Et mêmement le dit messire Jean de Hainaut en fut durement repris de son propre frère et de son propre conseil, pourtant (attendu) qu'illeur sembloit que l'entreprise étoitsi haute et si périlleu-

naut, et confirme ce que j^ai avancé ci-dessus dans une des remarcpes sur le prologue, que nous n^avons point Pouvrage de Froissait tel quMI Pofirita ceUè princesse. J. D.

(i) Cette province connue sous le nom deHasbanie etplus récenunent d^Hesbaie, comprenoit le pays situe sur la rive gauche de la Meuse et borné par le Démcr, la Dyle et la Mehaigne. J. A. B.

aM

{i5i6) DE JEAN FROISSART. 87

se, selon le discord et les grandes haines qui étoient adonc entre les hauts barons et les communes d'An- gleterre , et selon ce que les Anglais sont communé- ment envieux sur toutes étranges gens, quand ils sont à leur dessus , spécialement quand ils sont en leui* pays, que chacun avoit peur et doutance (crainte) que le dit messire Jean de Haiùaut ni nul de ses com- pagnons pût jamais revenir. Mais quoiqu'on lui blâ- mât ni déconseillât,le gentil chevalier ne s'en voulut oncques delaier (différer), ainçois (mais) dit: «Qu'il n'a voit qu'une mortàsoufirir qui étoiten la volonté notre seigneur ^'^ ,mais il avoit promis à celle gentille dame delà conduire jusques en son royaume, si ne lui en fauldroit (manqueroit) pour mourir j et aussi cher avoit-il prendre la mort avec celle noble dame qui déchassée et déboutée étoit hors de son pays , si mourir y devoit, comme autre part j car tous cheva- liers doivent aider à leur loyal pouvoir toutes dames etpucelles déchassées et déconfortées > à leur besoin, mêmement quand ils en sont requis. »

^^^."V^^.^

CHAPITRE XVIL

Comment messire Jean de Hainaut prit congé de son frère et se mit sur mer pour amener la reine et son fils en angleterre.

Ainsi étoit et encouragé messire Jean de Hai - naut et faisoit sa semonce et prière des Hainuyers

(i) Les imprimés omctleat la plus grande partie de la fin de ce cha- pitre.

38 LES CHRONIQUES (i5a6)

être à Halle, ^'^ et les Brabançons à être à Breda ^*\ et les Hasbaignons au mont Sainte Gertrude (6er- truydenberg), les Hollandais, dont il eut aucuns, à être à Dordreclit. Lors prit congé la reine d^Angle- terre au comte de Hainaut et à la comtesse et les re- mercia grandement et doucement de l'honneur et de la fête et de la bonne chère e t belle recueillie (accueil) qu'ils lui a voient faite, et le baisa au partir et la com- tesse et leurs beaux enfans. Ainsi se partit la dame et son fils et toute leur route (suite) accompagnés de messire Jean de Hainaut, qui à (avec) grand deuil et moult enuis (peine) avoit eu congé de monseigneur son frère, quoiqu'il se fut des premiers accordé et consenti à ce voyage. Mais finalement lui donna de bonne volonté. Et lui dit ainsi messire Jean par trop beau langage: «Monseigneur, je suis jeuneet encore à faire (former), si crois que Dieu m'ait pourvu de cette emprisepour mon avancement^ et si Dieu m'aist (aide) le courage m'en sied trop bien que nous en vien- drons à notre dessus j car je cuide (pense) et crois de vérité queparpéché,à tort et par envie, on acette reine déchassée et sonfils hors d'Angleterre.Si est aumône et gloire à Dieu et au monde de adresser (guider) et reconforter les déconfortés et déconseillés, spéciale- ment si noble et si haute dame comme celle-ci est qui fut fille de roi ^^^,et est descendue de royal lignée, et sommes de son sang et elle du nôtre. J'aurois plus

(i) Petite ville du Hainaut sur la rivière de Senne. J. "D. (aj Ville du Brabant Hollandais, située sur la Merck. J. D. (3) Elle étoit fiUe dePhilippe-le-BeJ. {Hist. gén. delà mais, de Fr, T. I. P.9i.)J.D.

(i326) DE JEAN FROISSART. 39

cher à renonceràtout ce que j'ai \aillant et aller ser- vir Dieu outre mer , sans jamais retourner en ce pays, que la bonne dame fut partie de nous sans confort et aide. Si me laissez aller et donnez congé de bonne volonté j si ferez bien, et vous en saurai gré, et s'en exploiteront mieux mes besognes au plaisir de Dieu, qui tout ce me veuille octroyer. »

Quand le bon comte de Hainaut eut ouï son frère et aperçu le grand désir qu^il avoit de faire ce voyage qui à très haut honneur lui pouvoit tourner et à ses hoirs (héritiers) à toujours mais, et connut bien qu'il disoit vérité, si en eut grand' joie et lui dit: « Beau frère, à Dieu ne plaise que votre bon pro- pos je vous brise ni ôte; et je vous donne congé au nom de Dieu. » Lors le baisa et lui étreignit la main , en signe de très grand ambur.

Ainsi se partit messire Jean de Hainaut et s'en vint ce jour gésir (coucher)à Monsr enHainaut et aussi la reine d'Angleterre. Que vous élongerois-je la matière? Ils firent tant par leurs journées qu'ils vinrent à Dor- drecht en Hollande , le spécial mandement étoit fait endroit se pourvurent de nefs, de vaisseaux grands et petits, ainsi qu'ils les purent trouver, et mirent dedans leurs chevaux , leurs harnois et leurs pourvéances (provisions), puis se commandèrent en la garde Notre Seigneur et se mirent en chemin par mer. étoient de chevaliers Hainuyers avec mon- seigneur Jean de Hainaut , messire Henry d'Antoing , messire Michel de Ligne, le sire de Gomignies, mes- sire Perceval de Semeries, messire Robert Bailleul, messire Sance de Boussoy , le sire de Vertaing, le

4o LES CHRONIQUES (i3i6)

sire de Potelles,le sire de ViUiers, le sire de Hénin, le sire de Sars, le sire de Bousies, le sire d'Auber- cicourt, le sire d'Estourmel,messireOulfart de Gliis- telles et plusieurs autres chevaliers et écujers, tous en grand désir de servir leur maître.

CHAPITRE XVIIL

Comment la reine d'Angleterre et messirb Jean de Hainaut et leurs gens Apres grand'tempête ar- rivèrent EN Angleterre.

Ou and ils furent départis du havre de Dordrecht, moult étoit bel le navie (flotte) selon leur quantité, et bien ordonné , et le temps bel et serein et assez moiste et attrempé (doux)j et gîrent à l^ancre cette première marée devant les digues de Hollande sur le département de la terre. Lendemain ils se désan- crèrent et sachèrent leurs singles à mont (mirent leurs voiles dehors) et se mirent à chemin en côtoyant Zélande, et avoient entente (intention) de prendre terre à un port qu^ils avoient avisée mais ils ne pu- rent, car un grand tourment les prit en mer qui les mit si hors de leur chemin, qu'ils ne surent dedans deux jours ils étoient. De quoi Dieu leur fit grand'grâce etleur envoya belle aventure, car s'ilsse fussent embattus (arrêtés) en icelui port qu'ils avoient choisi, ouaucques (aucuns) près, ils étoient perdus davantage etchus (tombés) es mains deleurs ennemis

( 1 3a6) DE JEAN FROISSART. 4 1

qui bien savoient leur venue et les attendoient en- droit pour eux mettre à mort et (ainsi que) le jeune Edouard et la reine j mais Dieu ne le voulut mie (pas) consentir et les fit, ainsi comme par droit miracle, détourner comme vous avez ouï. Or avint que au chef (bout) de deux jours ce tourment cessa et aper- çurent les mariniers terre en Angleterre. Si se trai- rent(retirèrent) cette part moult joyeux et prirent terre sur le sablon et sur le droit rivage de la mer, sans havre et sans droit port ^'\ Si demeurèrent sur ce sablon par trois jours à (avec) peu de pourvéance (provision) de vivres, en déchargeant leurs chevaux et leurs hamois, et si ne savoient en quel endroit d'Angleterre ils étoient arrivés, ou en pouvoir d'a- mis, ou en pouvoir d'ennemis. Au quatrième jour ils se mirent à voie à l'aventure de Dieu et de saint George, comme ceux qui avoient eu toutes mésaises de faim et de froid par nuit avec les grands peurs qu'ils avoient eu et avoient encore. Si chevauchèrent tant à mont et à val d'une part et d'autre qu'ils trou-

(i) Robert d'^Avesburv, garde des registres de la cour de Canterburjr, qui a écrit Thistoire d''Édouard III, dont il paroit avoir été contempo- rain, fixe ainsi la date et le lieu du débarquement de la reine Isabelle: DieVeneris proximd ajitejestiim sancti Michaelisanno Dorrùnii^iQ, apudOrewellc inportu de Herewich^ navigio veniens AngUam intrauit. Le jour de St. Michel fut cette année le lundi 29 septembre; ainsi le vendredi dont il s'agit fut le 26. Rapin Thoiras, T. 3. P. i3a, et Hume, T. 2. P. 200, se sont donc trompés en plaçant cet événement, Tun au 22, l'autre au 24 de septembre. L'ouvrage de Robert d^Ayesbury ({ue j'aurai occasion de citer assez souvent, parcequ'il renferme plu- sieurs pièces originales qu'on ne trouve point ailleurs, a été publié par TKomas Hearn k Oxford en 1720, in-8°. sous ce titre: Roherti de Aves- hwy historia de mirabilibus gestis Eduardi ///. J. D..

4a LES CHRONIQUES (i5a6)

vèrent aucuns hamelets^ et puis après si trouvèrent une grand'abbaye de noirs moines que on clame (appelle) saint Aymon ^'\ et s'y hébergèrent, et ra- fraichirent par trois jours.

CHAPITRE XIX.

Comment les barons d'Angleterre allèrent l'eit- contrb de la reine et eurent conseil qu*ils iroient assiéger le roi et les spensers qui

ÉTOIENT DEDANS BrISTOL,

A DONC s'épandirent nouvelles par le pays faml qu'elles vinrent à ceux à quel Sûreté et mande- ment la dite dame étoit repassée. Si se appareillé» rent le plutôt qu'ils purent de venir vers son fik qu'ils vouloient avoir à seigneur j et le premier qui vint encontre (au devant de) lui , et plus grand con- fort donna à ceux qui étoient venus avec li (elle), ce fut le comte Henry de Lancastreau tort col, qui fut frère au comte Thomas de Lancastre qui fut dé- colé, si comme vous avez ouï dessus, et fut père au duc de Lancastre qui fut si bon chevalier et si re- commandé, si comme vous pourrez ouïr en cette his- toire, ainçois (avant) que vous venez à la conclusion. Ce comte Henry de Lancastre dessus dit vint à (avec) grand'compagnie de gens d'armes. Après vin- rent tant d'uns et d'autres , comtes, barons j.che va-

(i) Saint Ediiiundsbury,dans la proyince de Suflbilu

(i526) DE JEAN FROISSART. 43

liers et écuyers ^'^ atout (avec) gens d'armes qu'il leur sembla bien qu'ils étoient hors de tous périls j et tous les jours leur croissoient gens d'armes ainsi qu'ils alloient avant. Si eurent conseil entre eux ma- dame la reine et les barons , chevaliers et écujers qui venus étoient encontre li(elle),qu'il3 iroient droit à Bristol ^'^ atout (avec) leur pouvoir, le roi se tenoit adonc ^^^ et (ainsi que les Spensers), qui étoit bonne ville ^ grosse et riche et fortement fermée , séant sur un bon port de mer j et si y a un châtel trop durement fort séant sur mer qui flotte tout entour. endroit se tenoit le roi ^ messire Hugh Spenser le père qui étoit près de Fâge de quatre vingt et dix ans, messire Hugh Spenser le fils maître conseiller du roi qui tous les mauvais faits lui conseilloit , le comte d'Arundel ^^^ , qui avoit à femme la fille mes-

(i) Le comte de Norfolk grand maréchal d'^Angleterre, le comte de Lejrcester, les éyéques d'Ely, de Lincoln, d'Hereford, de Dublin, furent des premiers k embrasser le parti de la reine. ( Walsing. P. loi.) J. D.

(2) Ayant de se présenter devant Bristol, la reine publia un manifeste dans lequel eUe exposoit que son unique but ëtoit de délivrer Péglise et Tétat du mauvais gouvernement d^Édouard II et de la tjrannie des Spensers. Ce manifeste est daté de Wallingford le i5 octdnre i328* (Rjrmer, T. 2. Part. 2. P. i6g.) J. D.

(3) Le roi n** étoit point dans Bristol lorsque cette viUe fut assiégée; ne se sentant pas en état de résister k la reine, il sVt oit embarqué avec le jeune Spenser etle chancelier Bal dock pour se rendre k Chapstow dans le pajs de Galles espérant pouvoir atteindre aisément Tlle de Couday sur la Saverne, qui étoit parfaitement approvisionnée de tout et on eut pu faire une heureuse défense k cause de sa situation imprena- ble, mais les vents contraires Tempéchèrent d'aborder et ayant élé jeté parla tempête sur les côtes du comté de Glamorgan, ils se réfugièrent dansTabbaye de Nealh. J. A. B.

(4)11 s"'appeloit Edmon Fitz-allan, et descendoit d'une fille de la mai- son des Albini comtes d'Arundel. Son fils Richard Fitz-aUan, et non pas lui, avoit épousé Isabelle fille de Hugh Spenser qu'il répudia, par Jft suile. ( ImhofT. Tabula 1 7 . ) J. D.

44 LES CHRONIQUES (i3î6)

.sire Hugh Spenser le jeune, et aussi plusieurs che- valiers et écuyers , qui repairoient (restoient) entour le roi et entour la cour , ainsi que gens d'état re- pairent volontiers entour leur seigneur. Si se mit madame la reine et toute sa compagnie, messire Jean deHainaut, ces comtes, ces barons d'Angleterre et leurs routes (suites) au droit chemin pour aller ceOe part, et par toutes les villes ils entr oient on leur faisoit fête et honneur, et toujours leur yenoient gens à destre (droite) et à senestre(gauche) de tous côtés, et tant firent par leurs journées qu'ils vinrent devant la dite ville de Bristol et l'assiégèrent à droit siège fait.

CHAPITRE XX.

Gomment ceux de Bristol se rendirent 1 Ll aKnrs,

ET COMMENT MESSIRE HuGH SpENSER LE VIEUX IT LE COMTE d'ÂrUNDEL FURENT AMENÉS DEVANT LA REINE.

JLe roi et messire Hugh Spenser le fils se tenoient volontiers au château j le vieux messire Hugh le père et le comte d'Arundel se tenoient en la ville de Bris- tol et (ainsi que) plusieurs autres qui étoient de leur accord. Quand ces autres et ceux de la ville virent le pouvoir de la dame si grand et si efforcé (fort) et presque toute Angleterre étoit de leut accord; et vojoient le péril et le dommage si apparent ^'\ ils

(i) On avoit répandu le bruit que le pape avoit délié les sujets ÂJi|(bis du serment de fidélité et excommunié ceux qui s^opposeroient à la

.J

(iSîÔ) DE JEAN FROISSART. 45

eurent conseil qu'ils se rendroient, et la ville avec, sauves leurs vies, leurs membres et leur avoir. Si en- voyèrent traiter et parlementer devers la reine et son conseil qui ne s'y voulurent mie accorder ainsi, si elle ne pouvoit faire du dit messire Hugh et du comte d'Arundel sa volonté j car pour euiL détruire étoit-elle venue. Quand ceux de la ville de Bris- tol virent qu'autrement ils ne pouvoient venir à paix ni sauver leurs biens ni leurs vies, au détroit ils s'y accordèrent et ouvrirent les portes; si que madame la reine, messire Jean de Hainaut et tous les barons, chevaliers et écuyers entrèrent dedans et prirent leurs hôtels dedans la ville de Bristol, et ceux qui ne s'y purent loger si se hébergèrent dehors. furent pris le dit messire Hugh le père et le comte d'Arun- del, et amenés par devant la reine pour faire d'eux sa pure volonté. Et aussi lui furent amenés les siens autres enfans jeunes, Jean son fils^'^ et ses deux fil- lettes qui furent trouvées en la garde messire Hugh. De quoi la dame eut grand'] oie quand elle vit ses enfans que vus n'avoit de grand temps j et aussi eurent tous ceux de son côté qui point n'aimoient les Spensers ^'\ et si avoient grand'joie entre eux selon ce que pouvoient-avoir grand deuil le roi et messire Hugh Spenser le fils , qui étoient en ce fort château enclos et qui voyoient le meschef (danger) si grand

reine. On disoit même que deux cardinaux accompagnoient la reine pour faire valoir les décrets du pape. J. A. B.

(i) Jean, surnoinméd^Etham. Jeanne qui futmariée kDarid Bruce roi d'*Ecosse, et Aliénor qui épousa Regnault duc de Gueldres. (Imhoff, TaK 6. ) J. D.

(a) Les imprimés abrègent beaucoup la fin de ce chapitre.

46 LES CHRONIQUES (i3i6)

qui leur couroitsussi apparemment, et voyoienttout le pays tourner avec la reine et son aîné fils, et dres- ser et émouvoir contre eux ; dont ils eurent doulenr et peur et assez à penser, ce ne fait pas à demander.

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CHAPITRE XXL

Comment messire Hugh Spewser le vieux et ls

COMTE d'ArUNDEL FURENT MIS A MORT.

OuAND la reine et tous les barons et autres furent hébergés à leur aise , ils assiégèrent le château au plus près qu'ils purent 5 et puis fit la reine ramener messire Hugh Spenser le vieuxet le comte d'Arun- del devant son aîné fils et devant tous les barons qui étoient et leur dit que elle et son fils leur feroient droitjloi et bon jugement selon leurs œuvre& Adonc répondit messire Hugh et dit: <c Ha madame, Dieu nous doint (donne) bon juge et bon jugement! et si nous ne le pouvons avoir en ce siècle, si le nous doint (donne) en l'autre. » Adonc se leva messire Thomas Wage ^'^ bon chevalier, sage et courtois, qui étoit maréchal de l'ost (armée) et leur raconta tous leurs faits par écrit et tourna en droit sur un vieux cheva- lier qui étoit, afin qu'il rapportât, sur sa féautét que à faire avoit de telles personnes par jugement et de tels faits. Le chevalier se conseilla aux autres ba-

( I ) Il est nommé Thomas Wake dans Rymer,T. a.Part. a. P. i6g. J. 0. Johnes dans sa traduction anglaise l'appelle sire Tbonias Wagcr. J.A.B,

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rons et chevaliers et rapporta parpleinesuite(délil)é- ration) qu^ils a voient bien mort desservie (méritée), pour plusieurs horriblesfaits qu'ils avoient endroit ouï raconter et les tenoient pour wais et tous clairs hérites (hérétiques), et avoient desservi (mérité), par la diversité de leurs faits, à être justiciés en trois ma- nières, c'est à savoir, premier être traînés, après dé- colés, après pendus à un gibet. Tout en telle ma- nière qu'ils furent jugés, fiu:ent-ils tantôt justiciés devant le château de Bristol, voyant le roi et le dit messire Hugh le fils ^'\ et tous ceux de laiens (de- dans) qui grand dépit en eurent; et put chacun sa- voir qu'ils étoient à grand meschef(mal-aise)decœur. Cette justice fut faite l'an de grâce m. ccc et xxvi, le jour saint Denis en octobre ^"^

CHAPITRE XXII.

Comment le roi d'Angleterre etmèssire Hugh le

JEtJNE furent pris ET AMENÉS DEVANT LA REINE.

Après ce que cette justice fut faite, si comme vous avez ouï, le roi et messire Hugh Spenser , qui se voyoient assiégés en telle angoisse et à (avec) tel

(i) Ona remarqué précédemment qu'ils n'étoient plus à Bristol. J.D, (a)Celte date n'est pas exacte: la fête de St. Denis est Je 9 octobre, et le 1 5 du même mois Isabelle n'étoit point encore partie de WalJing- ford pour aller k Bristol j mais elle étoit en possession de cette ville le a6 octobre au plus tard, jour les seigneurs de son parti élurent le jeune Edouard gardien ou régent du rojaume; et il parolt qu'a- lors le vieux Spenser et le comte d'Arundei avoient été exécutés. On

LES CHRONIQUES (i3«6)

iheschef (chagrin), et ne savoient nul confort qui leur put endroit venir d'aucune part , se mirent en une matinée entre eux deux à (avec) peu de mes- gniée (suite) en un petit bateau en mer par derrière le château, pour aller au royaume de Galles ^^\ s*ih pussent, comme ceux qui volontiers se fussent sau- vés: mais Dieu ne le vouloit mie soufl&ir, car leur péché leur encomhra. Si leur avint grande merveil- le, car ils furent onze jours tous pleins en ce batelet et s'efForçoient de nager (naviguer) tant qu'ils pou- voient j mais ils ne pouvoient si loin nager qiietous les jours le vent qui leur étoit contraire, par la vo-^ lonté de Dieu, lesramenoit chacun jour une fois ou deux à moins de la quarte partie d'une lieue dii dit château dont ils étoient partis. Au dernier avint que messire Henry de Beaumont, fils au vicomte de Beaumont en Angleterre, entra en une barge (bar- que) et aussi avec, lui aucuns compagnons et se fit nager (naviguer) devers eux et nagèrent tant et si fort que oncques les mariniers du roi ne purent tant fuir devant que finalement ils ne fussent atteints et pris atout (avec) leur batel (bateau) et ramenés en la ville de Bristol et livrés à madame la reine et à son- . ^ fils ^""^ , comme prisonniers , qui moult en eurent

peut donc placer leur mort entre )e i5 et le 26 octobre. (RymeTf IhU, P. 169.) J. D.

(i) On vient de voir qu''ils étoient sortis de Bristol avant qac cette fiBe tombât au pouvoir de la reine. Jean le Bel et Froissart paroisseat avoir eu de mauvais mémoires sur cette partie de Thistoire d^ Angleterre: ils altèrent souvent Tordre des faits , ou les racontent autrement que les historiens anglais, qui k cet égard sont beaucoup phis digne» de foi. J. D.

(ci) Le roi fut arrêté par le comte Henri de Lanrastre, clans le pays de

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grand'] oie, et aussi eurent tous les autres et à (a^^c) bonne cause, car ils ayoient accompli et achevé leur désir à Faide de Dieu tout à leur plaisir.

Ainsi reconquit la dite reine le royaume d'Angle- terre pour son aîné fils, sous le confort et conduit de monseigneur Jean de Hainaut et de sa compa- gnie ; parquoiilet ses compagnons qui en ce voyage furent avec lui furent tenus pour preux, pour raison de la haute entreprise que faite avoient f car ils ne furent, tous comptés quand ils entrèrent en mer à jDordrecht, si comme vous avez ouï, que trois cents armures de fer qui firent si hardie entreprise, pour Tamour de la dite reine, comme d'entrer en nef et passer la mer à (avec) si peu de gens, pour conqué- rir tel royaume , comme est Angleterre , malgré le propre roi et tous ses aidans.

CHAPITRE XXIIL

Comment le roi fut mehé en prison a Berklet e?

BAILLÉ EN GARDE AU SEIGNEUR DE BerKLEY.

Ainsi, comme vous avez ouï, fut cette haute et har- die emprise achevée, et reconquit madame la reine Isabelle tout son état par le confort et conduit de ce gentil chevalier monseigneur Jean de Hainaut

GaUes dans Fabbaye de Neath, le i6 des calendes de décembre (le i6 novembre). Avec lui furent pris le jeune Spenser, le chancelier Baldock etSimonReading qui furent menés k la reine. Le roi ne subit point cette humiliation, comme le dit Froissart, le comte de Xancastre le condui- sit directement au château de Kenilworlh qui lui appartenoit. (ViTalsing, P. io6.)J.D.

FROISSART. T. I. 4

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5o LES CHRONIQUES. (i3a6)

et àe ses compagnons y et mit à destruction ses en- nemis , et fut pris le roi même par telle meschéance (mésaventure) comme vous pouvez entendre, dont tout le pays communément eut grand' j oie, horsmis aucuns qui étoient de la faveur du dit messireHugli Spenser. Quand le roi et le dit messire Hugh Spen- ser furent amenés à Bristol par le dessus dit mes- sire Henry de Beaumont, le roi fut envoyé par le conseil de tous les barons et chevaliers au château de Berkley^*^ séant sur la grosse rivière de Sayeme; et fut recommandé au seigneur de Berkley c[u*il en fit bonne garde j et il dit que si feroit-ilj et fut or- donné à lui servir et garder bien et honnêtement, et gens d'état cntour lui qui bien savoient que on de-

(i) Froissait intervertit Tordre des faits et ea supprime tme (prande partie. Ce ne fut qu'après un assez long séjour au château de Kenilirortb et après le couronnement d^Édouard UI qu'*Edouard II fut transféré

f>ar deux chevaliers, M^travers et Gomey , au ehàteau de C(»rffe et de k k Bristol; mais les citoyens ayant paru vouloir le délivrer y ses denx gardiens le transportèrent secrètement, pendant la nuit, au château de Berkley, dans le comte de Gloucester. Ils le mirent sous la garde de Thomas baron de BerUey, mais restèrent près d^ Edouard pour racca- bler des plus honteux traitemens. Voyant qu^ Edouard supportoit tous ces aflronts sans que cela put hâter sa mort, Pévéque d^Hereford, (Pintelligence avec la reine, eûVoya aux deux chevaliers un ordre qu^ils pouvoient interpréter comme bon leur semblerait. Voici cet ordre td qu'il est rapporté par Moor. P. 620: Edwardum occidere noiile timere bonum est; ce qiii, suivant la ponctuation, signifie: ne craignez pas de tuer Edouard, c^est une bonne chose , ou bien, ne tuez pas Edouard, ilest bon que vous craigniez de le faire. Les deux chevaliers interprétérentles désirs de ceux qui les employoient; ils surprirent Edouard dans son lit, rétouflTèrent sous des