LE COST

DE L' E M PIRE OTTOMAN

DECRIT

PAR L'ABBÉ CHARLES MAGNETTI.

V, 3

INTRODUCTION

DESCRIPTION DE L'EMPIRE OTTOMAN.

our rendre aussi complette qu'il nous sera possible la descrip- tion que nous allons donner du costume des peuples de la Turquie Européenne , ou plus proprement encore de l'empire Ottoman , il est nécessaire que nous présentions d'abord à nos lecteurs uq aperçu ra- pide des hommes et des évènemens principaux , qui ont le plus con- tribué à faire tomber sous la domination d'une nation étrangère une îles parties les plus célèbres de l'Europe. Heureusement que l'auteur des lettres sur la Morée et Coustantinople et sur les mœurs des Ottomans, nous offre pour cela des lumières qui nous seront d'un grand secours. C'est pourquoi nous ne ferons que réunir ici , mais encore plus en abrégé, les notions intéressantes qu'il a rassemblées dans son ouvrage.

L'origine des Turcs, comme celle de presque tous les autres Origùt» peuples, est enveloppée d'épaisses ténèbres. Les uns les font de- incertaine. scendre des Tartares du Caucase, les autres des anciens Partbes , plusieurs des Scythes ou des Tartares-Nomades qui se trouvent entre la Sarmatie et le Ta nais , lesquels après avoir parcouru toute l'Asie subjuguèrent le Turkestan , d'où leur est venu le nom de Turcs , auquel ils préfèrent aujourd'hui celui d'Ottomans. Quelle que soie leur origine, il est certain que s du tem's de Mahomet, les Turcs se confondaient avec cette multitude innombrable de Barbares, qui refluant les uns sur les autres dans les vastes déserts de la Tarta- rie appelée le Turkestan, s'entre-détruisaient sans bisser aucune trace de leur existence, et qui ne se sont réunis en corps de na- tion, qu'après avoir embrassé la religion de ce hardi novateur. C'est ici le lieu de dire quelque chose de cet étonnant personnage , à la fois prophète et conquérant , que ses sectateurs ont rendu si cé- lèbre , et dont le nom et les armes ont imprimé tant de terreur en Europe.

Mohamed Abul-Casem, connu parmi nous sous le nom de Ma- àmmmnmtju foomet , naquit à la Mecque le 10 novembre de l'an 570 , d'une àe MAho"let-

Ï^SLQ

8 Introduction a la description

des premières et des plus anciennes familles de cette ville, et resta orphelin dès son bas âge. Doué d'un extérieur avenant et d'un esprit entreprenant, auquel se joignait une ambition démesurée, il se li- vra à l'étude des langues, observa les mœurs des peuples, et retira de ses entretiens fréquens avec les Juifs et les Chrétiens la connais- sauce du dogme de l'unité d'un Dieu, doctrine qui lui parut sur ce point la meilleure de toutes. A l'âge de quatorze ans il avait déjà fait un voyage en Syrie avec son oncle Âhu-Taleb, et porté les armes contre deux tribus ennemies de celle des Corasites qui était la sienne. Peu favorisé des biens de la fortune il entra chez une veuve nommée Cadidinn, qui fesait un riche oommm-oe en Syrie: cette veuve lui confia le soin et la conduite de ses chameaux , et en fit pour ainsi dire son ag^nt. Ses bonnes manières, son assiduité et son zèle lui plurent tellement, qu'elle se détermina à l'épouser. Jusqu'à l'âge de quaraute ans, Mahomet ne parut occupé que du commerce et des intérêts de sa bienfaitrice. Pendant ce lon^ inter- vale de terris il vécut retiré, et tint une conduite propre à cap- tiver l'admiration des esprits vulgaires. Tous les ans il passait un mois dans une grotte du mont Era , d'où il disparaissait souvent pour faire croire qu'il avait des rela'ions intimes avec PEtre su- prême et avec ses ministres. L'ascendant qu'il s'acquit par ce stra- tagème sur les principales tribus, fut le premier motif qui le porta à publier sa doctrine, qui s'étendit ensuite selon que la situation et les affaires de l'Asie lui furent pins ou moins favorables.

Habitant pour la plupart sous des tentes, contens du peu qu'ils recueillaient dans quelques espaces cultivables de leurs déserts , ainsi que du produit île leurs palmiers et de leurs troupeaux, et n'ayant alors point de religion fixe, les Arabes mêlaient à la connaissance d'un Etre suprême toutes les erreurs, qui sont le fruit de l'ignorance et de la crédulité. Ajoutons à cela , que chaque tribu avait sou lan- gage et sa divinité, et que du sein des dissensions violentes qui ré- gnaient alors entre les sectes dominantes parmi ies Chrétiens , il s'éle- vait sans cesse des novateurs dangereux. Le temple de la Mecque était généralement: regardé depuis très-long tems comme le sanc- tuaire de la religion des Arabes: c'était le but de tous leurs pè- lerinages, et la garde en était confiée à la tribu des Corasites. Mahomet tenta d'arracher les h ibhans de cette ville à l'idolâ- trie; mais ses premiers efforts furent inutiles, malgré l'attente étaient alors les Arabes d'un réformateur , qui devait leur être

de l'empire Ottoman. 9

envoyé d'en haut. Quelques vers prophétiques attribués à Gahb un de ses ancêtres , portant que Y Envoyé serait un Corasite , et qui , transmis de père en fils , formaient toute la science de ces hordes de pasteurs , telles furent les circonstances à la faveur desquelles il osa se donner lui-même pour être cet Envoyé Céleste.

Ses parens et ses esclaves furent ses premiers disciples. Son épouse Cadidiaa n'eut pas de peine à voir un Prophète dans l'homme qu'elle regardait déjà comme un Dieu ; et elle se confirma encore bien davantage dans cette croyance, après avoir appris de lui, qu'une nuit étant sur le rnont Era , il avait entendu une voix céleste qui lui disait: O Mahomet, ta es V apôtre de Dieu, et je suis Gabriel» Il n'avait alors que seize disciples, du nombre desquels étaient cinq femmes, savoir; la sienne, une cousine, une esclave et une richs dame de la Mecque. La persécution s'étant allumée eontr'elles, il les envoya prêcher sa religion en Ethiopie , et resta seul à la Mecque , il lutta contre ses ennemis et fit de nouveaux prosélites. Omar son persécuteur , s'étant lui-même converti , devint un des plus fermes ap- puis de cette secte naissante. L'espèce de confession de foi qu'il fît qu'il n'y a qu'un seul Dieu, lequel n'a point de compagnon dans sa Di- vinité, et, que Mahomet est son serviteur et son Prophète , excita des transports d'admiration et de joie, qui se firent sentir jusque dans le temple des idolâtres, et furent justifiés par la réponse mystérieuse que le Prophète fit à l'avis qu'on lui donna de cette nouvelle : « Il y a bien loug-tems que j'avais vu dans ma prière ce qui arrive à pré- sent „. Néanmoins le nombre de ses ennemis l'emportait encore , lorsque ses disciples se répandirent dans Médine et y formèrent une faction imposante. Condanné à mort à la Mecque , il se réfugia à Mé.iine. C'est de que date l'Egire des Musulmans ou fuite de Mahomet arrivée le i5 juillet de l'an 622 de l'ère Chrétienne, ainsi que l'époque de sa gloire et de ses triomphes. Depuis lors, sa vie n'est plus qu'une suite d'évènemeus extraordinaires, de mira- cles et de prospérités.

Mais laissons le Prophète propager son Islamisme par le fer et le feu , bâtir des mosquées , massacrer les caravanes , prêcher à ses soldats le fatalisme pour les rendre plus terribles, exiger une foi aveugle dans son .Àlcoran , et nommer Emirs ou Princes les de- scendant de son cousin Ali et de sa fille Fatime ; laissons-le au milieu de ses quinze femmes et d'un nombre encore plus considé- rable de concubines, dans les bras desquelles il expire enfin en

Europe. Fol. J. P. III. a

IO INTRODUCTION A LA DESCRIPTION

disant : « que l'ange de la mort était venu lui demander la per- mission de s'emparer de son ame, comme un privilège qui lui avait été accordé à lui seul et non à d'aulres créatures (i)»> e* passons en revue ses successeurs, jusqu'à celui qui conquit la ville de Cons- tantin. ç>u< succède Après Mahomet vînt Abubeker l'auteur du Sunnaa, livre con-

à Mahomet. '

tenant ce que le Prophète a dit et fait de pins remarquable, et pour lequel les Musulmans ont autant de respect que pour .TAlcoran-. Abubeker anéantit le parti de Mosaîmalaa dernier rival du pro- phète, soumit le reste de l'Arabie, l'Iran et la Syrie au de de Damas et défit Heraclius. Mort au bout de quatre ans et demi, il laissa à Omar l'empire des Califes, c'est-à-dire des vicaires du prophète. Omar joignit au titre de Calife celui d'Empereur des croyans, Sous son règne furent conquis' la Palestine, le reste de la Syrie, de l'Egypte, Tripoli avec sou territoire en Afrique,, ainsi qu'une partie du pays de Bircaa , du Corasan , de l'Armé- nie, et de la Perse $ et l'on croit, non sans fondement, que la fa- meuse bibliothèque d'Alexandrie fondée par les Ptolémées, ou au moins ce qui était resté de l'incendie dont elle fut la proie du tems de César, fut brûlée à la même époque, Au bout de dix ans de règne, Omar fut assassiné par un esclave sans avoir indiqué un successeur, laissant ainsi le droit de l'élire aux six compagnons dii Prophète, qui étaient encore vivans. Assaa , qui était devenue l'épouse de Mahomet à l'âge d'environ neuf ans , parvint à faire exclure de nouveau Ali par ses intrigues, et Othman fut élu à sa place, Ses successeurs achevèrent ia conquête du Corozan et de la Perse, pri- rent Rhodes dont ils abatireut le fameux colosse , envahirent la Nubie, et chassèrent d'Alexandrie l'Empereur des Grecs.

Othman périt victime de celle même qui l'avait élevé, et tous ■■les yeux se tournèrent aussitôt vers Aii , lequel monta avec une ré- puguance simulée sur ie trône des Califes. Assaa son ennemi?, ju- rée fit exposer dans le temple de la Mecque la robe ensanglantée d'Othman, dont elle accusa Ali d'être l'assassin. L'opinion dont eile jouissait comme mère des croyans, et comme ayant été l'épouse fa- vorite du Prophète, lui attira un nombre de partisans assez oonsi-

(i) Mahomet , après une longue agonie , mourut â Médine l'an 63a àe notre ère , et le onzième de 1 egire f et fut , comme il l'avait ordonné , enterré §ou§ Je Ut o$ il était expiré,

Mahometans

en deux secces»

DE L*EMPIRE OlT OMAN. ITI

•durable pour en faire une armée, dont elle prît elle-même le commandement. Les deux parti* en vkireut aux mains près do Bissora. Malgré la voleur intrépide qu'elle déploya dans cette af- faire, Assa.a fut prise et conduite devant le calife, qui } loin de l'outrager, la traita avec tous les égards dus à la veuve de son maî- tre , en l'obligeant cependant à vivre désormais dans la retraite et l'obscurité. Ali, après un règne orageux , finit également par être assassiné dans une mosquée à l'âge de soixante-treize ans, et le quara ite-sixième de l'égire.

loi commence la division des Mahometans en deux sectes , l'une Division ,h des Alides, et l'autre des Sunnites. La première cornpieod les Per- sans et autres peuples Musulmans, qui regardent Ali comme le seul et légitime héritier de Mahomet, qui traitent d'usurpateurs les trois premiers Califes, et rejettent le Sunnaa écrit par Abubeker. La seconde se compose des Turcs et des Musulmans , qui reconnaissent les trois Califes avant Ali, et admettent le Sunnaa. Depuis Ali jusqu'à Athman ou Oihrnan premier Empereur Turc il y a eu vingt Califes, qui , malgré les divisions intestines et le peu de durée» du règne de chacun d'eux, d'un côté soumirent la Perse, la Svrie et le» pays voisins de Constantinople , et de l'autre, après avoir traversé 1 Egypte, parcouru l'Afrique, les iles de la Méditerranée et s'être établis en Espagne , poussèrent leurs excursions jusqu'en France (ï). Les Musulmans n'éfaient pas encore chassés de ces deux dernières légions lorsque les Turcs , peuples barbares et encore idolâtres sor- tis du Turk^stan , s'avancèrent dans l'Arménie qu'ils dévastèrent; et de pénétrant dans l'Ibérie et daus la Thrace , portèrent la ter- reur de leur, armes jusqu'au sein de la capitale des Empereurs d'O-

(i) Il n'est pas aisé d'indiquer l'origine du nom de Sarrazins qui a été donné à ces peuples. Elle parait néanmoins très-ancienne : les uns prétendent qu'elle Tient des Arabes issus d'Ismaël fils d'Agar , appelé pour cette raison Ismaélites ou Agarénens , lesquels ne trouvant pas ce nom assez honorable l'ont changé en celui de Sarrazins, de celui de Sara femme d'Abraham: voyez Sozom. V'I.e liv. chap. 8; les autres le font dériver de la position même du pays qu'ont habité ces peuples , lequel est tourné à l'orient: cette opiniou est partagée par d'autres érudits , se- lon lesquels les mots Sarrazins et orientaux ont la même signification ; et en effet Ludwig in Vita Justiniani M., chap 8, paragr i'38\ a.* 847 , dit: Sharak O riens , Saraceni Orientales unwersim incola e praeserùitn jirabiae.

&(sil'4inaiis.

ia Introduction a la description

rient. Les Musulmans, dont ils embrassèrent le culte, les appelèrent à leur secours dam le neuvième siècle. Cet appel fut comme le si- gnal de leurs conquêtes en Europe ; car après avoir essuyé quel- ques revers de la pirt des Chrétiens, et leur avoir rendu la Géor- gie et l'Arménie 5 ils s'avancèrent jusqu'aux portes de Constantinople. La terreur que cet événement répandit à la cour de l'Empereur Alexis et parmi les Chrétiens de la Palestine, fit assembler à Cler- mont un Concile, if fut résolu de faire en Terre Sainte une expédition , à laquelle concoururent plusieurs peuples de l'Europe, et les Français eurent la principale part, Après une suite al- ternative de succès et de revers, les Chrétien? durent laisser Jéru- salem au pouvoir des Turcs; et l'inutilité de leurs efforts pour re- couvrer depuis ces contrées, reçut comme le dernier sceau pir la mort déplorable de Louis \% Roi de France, qui entreprit la dernière de ces funestes expéditions, QuattA Ce fut à cette époque que les Turcs jetèrent les fondemens de

%Pnnwl ïftur <5ïtat politique ?ous le commandement d'Athman , donl le nom changé en celui d'Ottoman , est devenu depuis l'an j 3oo de notre ère et 700 de l'Egire, celui de ses successeurs et de l'empire Turc. Ottoman avec quelques soldats que flattait l'espoir du pillage et du martyre, enleva Gogni aux Tartares, et profita de la mauvaise in- telligence dans laquelle vivaient les deux .\ndroniques qui régnaient à Constantinople, pour les empêcher de s'opposer à ses projets. La fin de son entreprise fut l'envahissement de la Bythinie. Nous obw serverons ici que, dès l'an i£i/|8 , les Sarrazins ou Mahométans de l'Asie avaient été détruits par les Tartares , et que ces derniers s'étaient déjà aperçus, à la corruption qui régnait à la cour des Ca- lifes , que la dynastie des Àbbassides touchait à son terme. Orcau , uon moins vaillant que son père, lui succéda à l'âge de trente-cinq 9ns, et porta le faste et la magnificence à un point jusqu'alors incon» îiu. Il prit le titre de Sultan , iit battre monnaie à son effigie , per- fectionna la discipline militaire, attira sous ses drapeaux déjeunes Chrétiens renégats, qui devinrent ses meilleurs troupes et le plus ferme soutien de ga puissance , assigna une solde à l'infanterie ? et forma de ceux de ses sujets en état d'entretenir un cheval un corps de cavalerie , auquel \\ donna le nom de spahi, et qui subsiste encore, Androliique , Empereur des Grecs, s'opposa on va in aux incnr- gions- des Turcs $ il fut défait et blessé par Qrcan , qui , dans cette DJonpture » s'empara de ^icomèdje et de I^icée, de la Natolie et des

de l'empire Ottoman. i 3

cotes de l*Hel1espont. Orcan brûle du désir d'anéantir les Grecs en Europe ; et So.imàn son fils, non moins habile ni moins courageux que lui , à défaut de tant autre moyen d'embarquement , se jette avec qua- tre-vingt de ses compagnons les plus hardis sur trois radeaux qu'il avait fait construire dans la nuit, et met le pied sur le sol Euro- péen. A force de promesses et de menaces il se fait remettre les navires qui étaient sur les cotes; quatre autres mille Turcs y sont aussitôt embarqués , et suivis d'un grand nombre d'autres. Avec ces forces réunies il prend une forteresse, assiège et emporte Gallipoli qui est la clef de l'Europe. Profitant ensuite rie la mésintelligence qui régnait entre le jeune Empereur Grec Paléologue et son tuteur Cantaouzène , Orcan et Soliman se rendent maîtres de toute la Thraee ou Roman ie.

Orcan ayant perdu deux mois avant sa mort Soliman son fils jmuna. aîné, le second lui succéda sous le uom d'Amurat. Ses premiers soins par rapport à l'Europe, furent de s'arranger avec Paléologue, et d'établir sa résidence à Andrinople. Ensuite il prit la ville de Sères , qui est le boulevard de la Macédoine, et battit le despote de la Servie, auquel il fit grâce, à condition que ce Prince lui don- nerait sa fille en mariage. Il imposa des taxes personnelles sur ses nouveaux sujets Chrétiens, et lit spahis ceux qui ayant servi mili- tairement se firent Mo-ulmans. Ea i63i il créa le corps des Ja- nissaires , dont il prit un cinquième dans les prisonniers qui avaient embrassé l'Islamisme. Ce corps qui fut tantôt le soutien et tantôt la terreur de ses maîtres, n'était pas composé de plus de dix mille hommes dans sou origine, mais ce nombre varia et s'accrut consi- dérablement dans la suite. Un fils d'Amurat et un autre de Paléo- gue , tous les deux enorgueillis de quelques succès, se révoltent con- tre leurs pères, et tombent au pouvoir de l'inexorable Arnurat; ils devaient être l'un et l'autre privés de la vue; mais le fils de celui- ci ne l'a que légèrement offensée , et celui de Paléologue n'a qu'un œil arraché. Emmanuel, autre fils de cet Empereur, est associé par sou père à l'empire à la place d'Andronique son frère rebelle; mais ayant couspiré contre le Sultan, il se retire à Tessalonique. Privé bientôt de tout secours , il laisse la ville à un de ses géné- raux, et va se présenter en suppliant à Arnurat dont il implore sa grâce. Thcssalonique est cédée ; et Paléologue ne pouvant plus ar- rêter les progrès des Musulmans en Europe, se détermine à al- ei solliciter l'assistance de divers Princes d'Occident , dont il

Bajazet I.

14 1KT aoaucT ION A LA OESCaipTlON

n'obtient que des refus. Cependant l'Albanie et la Servie tom-, bent au pouvoir des Turcs par l'effet de la- révolte de Lazare des- pote de cette dernière province , qui est ensuite fait prisonnier et immolé à l'ombre du Sultan , lequel avait été tué en traitre par un Servien qui était déjà étendu sur le champ de bataille.

L'armée proclame de suite Empereur sou? le nom de Bajazet T.er l'aîné des fils d'Amurat , qui ne tarde point à signaler son carac- tère ambitieux et sanguinaire. Il passe de l'Asie en Europe pour faire front à Etienne Prince de la Moldavie , qui avait déjà triom- phé des Polonais, des Hongrois et des généraux d'Amurat. Lui ayant livré bataille, les Moldaves sont vaincus et mis en fuite; mais Etienne ne pouvant supporter la honte d'une défaite rallie les siens, et quoique inférieur en nombre va à la recherche des ennemis, les surprend au milieu même du pillage, les taille en piè- ces, et les chasse des pays dont ils s'étaient emparés. Néanmoins Bajazet se rend ensuite maître de diverses places le long du Da- nube, et presque de toute la Valachie. Allarmé du voisinage d'un ennemi aussi redoutable , Sigismond Roi de Hongrie invite les Princes Chrétiens à s'opposer aux progrès du Sultan; il est bat- tu avec une armée de cent mille hommes par Bajazet qui n'en avait que soixante mille , et a peine à se sauver déguisé et à la faveur des ténèbres. Tout semblait flatter le désir qu'avait ce con- quérant d'étendre encore sa domination en Europe. L'Empire d'O- rient était désormais réduit à la seule ville de Coustautinople : Jean, fils d'Androuique , invoquait contre son oncle Emmanuel la protection de Bajazet , sous la promesse de lui céder Constantino- ple. Emmanuel prévoyant la chute prochaine de l'empire Grec , avait déjà remis à Jean les clefs de cette capitale qui regorgeait d'ennemis et de ..uitres étrangers; mais voilà que tout à coup Ba- jazet est obligé de tourner ses armes contre le fameux Tamerlan. Maigre les pro liges de valeur qu'il fait dans cette nouvelle guerre , il tombe vivant entre les mains des Tartares , et meurt de chagrin quoique traité en Roi dans sa prison. Soliman Soliman, que Bajazet avait fait sauver avant sa défaite, lui

et Moussa. a

succède au trône dans la ville d'Andrinople , du consentement d'Em- manuel ; mais s'étant rendu odieux par son mépris pour la loi de Mahomet et par ses débauches, il est abandonné des siens qui se déclarent pour son frère Moussa , et est tué dan? un village. Moussa partage l'eaipire avec son frère Mahomet, auquel il cède les posses-

DE L'EMPIRE OïTOMAK. J 5

6Îons d'Asie , en exigeant de lui une renonciation entière à celles d'Europe. Il marche ensuite contre Sigismond , qu'il défait dans une bataille rangée, s'empare de plusieurs places dans la M orée , sou- met la Servie , et laisse enfin à ses généraux le soin de faire la guerre dont il était fatigué, pour aller se livrer à la mollesse dans son palais d'Andrinople. Mahomet au contraire ne s'occupait que du soin de faire vivre en paix et heureux ses peuples en Asie. Ce contraste odieux pour le premier et glorieux pour le second , fit naître à deux Généraux de Moussa le désir de < hanger de maître. A leur instigation, et sous le prétexte de venger la mort de son frère Soliman, il vole en Europe: Moussa contraint à prendre la fuite finit par avoir un bras coupé, et perd la vie avec son sang.

L'avènement de Mahomet au trône fit naître les plus bel- les espérances. Dès que sa domination fut reconnue tant en Asie qu'en Europe, il restitua à Emmanuel ce qui lui avait été iniosîe- ment enlevé, accueillit avec bonté les députés de la Valachie de la Bulgarie et de la Moldavie, et accepta leurs tributs en les assu- rant de sa protection. Il réduisit plusieurs princes à l'obéissance, envahit les états de quelques-uns, en rendit d'autres tributaires,, et vit à ses pieds divers princes Grecs , qui se croyaient déjà presqu'in- dépendans. Mais la fortune ne lui fut pas aussi favorable sur mer que sur terre. La république de Venise, qui était alors très-puis- sante, absorbait tout le commerce de l'Europe, depuis Capo-d'Is- tria jusqu'à Constantinople ; elle inquiétait les Turcs dans leurs pira- teries par ses galères qui détruisirent la flotte Ottomane. Dans ces entrefaites un nouvel imposteur se met à prêcher à main armée contre les M.ihométans , les traite d'infidèles et de blasphémateurs massacre ceux qui refusent de le suivre , et arrive à se faire un nombre si considérable de prosélytes, que Mahoment prend la ré-? solution de faire marcher des troupes contre lui. Son fiis Amurat âgé de douze aos seulement, se met en marche à la tête de soixante mille hommes, et après bieu du sang de répandu, le prétendu en- voyé est pris et mis en croix. Cet imposteur mort,, il eu parait aus- sitôt un autre, qui, à, la faveur d'une ressemblance frappante avec le frère même de Mahomet, Mustapha qui avait été tué à la bataille d'Ancyre , et fi!s aine de Bajazet leur père dont il avait pris le nom , ne tendait à rien moins qu'à se frayer une route au trône. Ayant donc rassemblé un certain nombre de troupes, il se présenta sous les murs de Thessaîonique pour y attendre Mahomet. Mais la

Mohomel.

16 Introduction a la description

tenue se déclara contre lui: ses prosélytes furent dispersés ou mas- sacrés, le faux Mustapha dut se sauver avec Sineïs son séducteur près de l'Empereur Grec, et ils furent ensuite, du consentement du Sultan , relégués l'un et l'autre dans une île de l'Archipel. A peine M ahomet commençait à respirer de ses fatigues militaires, qu'un flux de sang le conduisit en peu de. teins au tombeau à l'âge de quarante-sept ans , après un règne non seulement exempt de violences et de cruautés, mais même illustré par des actes de jus- tice et par des faits qui n'ont pa9 donné peu de lustre à l'empire Ottoman. Amurei II, A murât II, déjà accoutumé à commander sous les ordres de Ma-

homet son père, prit les rênes du gouvernement. Il eut dans les cora- msncemens quelque différend avec Emmanuel , qui envoya lui de- mander ses deux frères puînés , comme leur tuteur expressément nommé par Mahomet même. N'ayant pu les avoir, Emmanuel lui suscita un puissant adversaire dans la personne du faux Mustapha , dont il vient d'être parlé. Cet homme adroit sut non seulement ga- gner à son parti le Visir qu'on avait envoyé pour le combattre , mais encore les troupes qui étaient sons ses ordres; il fut si heureux, que de Gallipoli dont il était déjà maître, il marcha sur Andrinople il entra aux acclamations du peuple. Mais lorsqu'il s'agit de céder quelques places d'après les conventions qui avaient été stipulées pour les secours que lui avaient prêtés les Grecs, il refusa de les évacuer et aigrit Emmanuel contre lui. Cette opiniâtreté fut la cause* de sa ruine, car il fut abandonné non seulement des Grecs qui l'avaient suivi , mais même de Sineïs son plus ferme appui et d'une grande partie de l'année, qu'Amurat avait subornée par de grandes nrn- niesses , et fut réduit à s'enfuir avec un petit nombre des siens, et à mettre fin à ses jours par une mort ignominieuse, dans cette même ville d'Andriuople , où, peu de teins auparavant, il était entré triomphant. Délivré de ce dangereux antagoniste Amurat déclare la guerre à Emmanuel, envahit la Thes^alie , la Macé- doine et la Thrace , et menace Constantinople. Jl prend d'assaut Thessalonique sur Jean Paléologue successeur d'Emmanuel s fait la paix avec les Vénitiens, soumet les rebelles, combat Ladis- las Roi de Pologne et de Hongrie, conclut une trêve de dix aus avec Hunniade Vaivode de Transylvanie, reprend les armes contre Ladislas, qui au mépris des traités, était rentré en lice à la tête d'une armée que lui avaient fournie divers Princes Européens , lui

de l' £ m p i r e Ottoman. i 7

livre bataille clans les environs de Varna, et remporte une victoire complette dont il est redevable à la fermeté de ses Janissaires s et dans laquelle le Roi de Hongrie reste mort sur le champ de ba- taille. Fatigué des soins du gouvernement il abdique en faveur de son fils Mahomet, qui n'était encore que dans sa quinzième an- née, et le fait reconnaître Empereur dans la ville d'Àndrinople , puis il se retire dans celle de Magnésie pour y passer le reste de ses jours dans le repos et les plaisirs. Mais sa retraite fut de peu de durée: car les factieux ne tardèrent pas à abuser de la jeunesse du nouvel Empereur pour l'entraîner à toutes sortes de désordres, et pour avoir ainsi le moyen de troubler une antre fois la paix. Amurat cédant aux sollicitations qui lui sont faites remonte sur le trône : son premier soin est de réduire les factieux, et (l'envoyer son fils à Ma- gnésie pour y apprendre à régner. De nouvelles inquiétudes lui sont alors susciiées par un de ses confidens les plus intimes , qui est le fa- meux Scanderberg, fils de Castrio Prince de l'Epire, lequel par dépit d'avoir été oublié à l'occasion de la vacance de la principauté do cette contrée, leva l'étendard de la révolte, et fil aux Turcs des maux incalculables. Le chagrin qu'il en ressentit fut radouci en par- tie par l'humiliante ambassade que lui envoya Paléologne Empereur Grec , pour lui demander son assentiment sur son élévation au trône, et par la victoire qu'il remporta à Gassovie sur les Hongrois et le brave Hutîniade qui les commandait. De refour à Audrinople, il marie son fils, et est presqu'aussitôt après saisi d'une maladie dont il meurt en trois jours , âgé seulement de quarante-neuf ans et après plus de trente et demi de règne.

Il était réservé à son fils Mahomet II de transporter le siè^e de l'empire Turc dans la capitale de l'empire d'orient , qui était jadis si puissant. Ce prince barbare , qui avait signalé la première année de son règne par l'assassinat d'un de ses frères encore en ba3 â<?e s'était procuré une artillerie formidable, et avait fait bâtir sur le détroit des Dardanelles un fort , qui lui assurait une position impor- tante: ce dont l'Empereur Grec s'était plaint, mais euvain ; car au lieu de lui donner satisfaction, Mahomet fit ravager par ses trou- pes la partie de la Morée qui était restée aux Grecs, puis ayant fait transporter à grands frais son artillerie sur les hauteurs qui do- minent Gonstantinople, il cerna cette ville avec une armée de trois cent mille hommes. Tout ce qu'elle renfermait d'habitans, Véni- tiens, Génois, citoyens, soldats et l'Empereur lui-même, concourt

Europe. Fol. I. P. Ul. 3

Mahomet IL

i8 Iktboouction a la description

à m défense; mais tou3 c^s <e&brî3 ne font qu'échauffer davantage le fier Sultan dans son entreprise. Quatorze batteries sont dressées du côté de terre l'assaut ne se trouvant pas praticable, on le tente du côté de la mer; n'ayant pu s'ouvir l'entrée du port, l'ennemi se rachète en partie de cet échec par la prise du fan- bourg de Galata , qui est en face de Constantinople. La consterna- tion devient générale à la vue des barques et «les ga'ères Turques amenées de nuit et portant des balistes avec des tours de bois, d'où se fait un feu continuel de mousqueterie et pleut une grêle de dards. Des brèches sont enfin ouvertes de tous côtés: exténués de fatigues et réduits à un petit nombre , les Grecs ne suffisent plus à la garde des remparts: les fossés sont presque comblés , la population est dans l'abattement, et la crainte de la famine la réduit au désespoir. Accablé du poids de tant de disgrâces Constantin s'abaisse aux prières et offre de payer un tribut, mais il n'est pas écouté. Dès ce moment il prend la résolution de combattre glorieu- sement pour l'état s ou de périr avec lui. Mahomet brûlant du désir d'exterminer jusqu'au dernier des Grecs se dispose à donner un as- saut géuéral ; à cet effet il serre de plus près la ville , dont il pro- met le pillage à ses troupes; il met eu avant les plus mauvaises pour fatiguer les assiégés, et réserve ses Janissaires pour porter le coup décisif. Pris entre deux feux sur la brèche il fesait des prodiges de valeur, Constantin quitte son armure et se précipite dans le plus épais des Janissaires, il est taillé en pièces sans être reconnu. De toutes parts les Turcs inondent la ville, et leur inva- sion est accompagnée du pillage, de la mise des prisonniers en es- clavage, de l'incendie, de profanations de rout genre, ainsi que de la mort du premier officier de l'empire Grec, et de celle du Visir, qui fut soupçonné par son maître de quelqu'intelligence avec ses ennemis. C'est ainsi que Constantinople passa sous la domination des Ottomans le 29 mai i4$3, 1128 ans après sa fondation. Lors- que Mahomet y entra il n'y avait plus un Grec: son premier soin, fut d'aller à Sainte-Sophie s qu'il convertit en Mosquée , en y fe- gant faire aussitôt la prière selon l'usage de la loi Mahométaue ; en- suite il se rendit au palais impérial , il déploya toute la cruauté et la brutalité de son caractère. Tant d'horreurs, dont il fut la pause, n'empêchèrent pas cru'un Dervis, prophète ou Santon, mu par un lâche et vil intérêt, ne le préconisât comme l'envoyé de Dieu, $$419 | peine §e fat-il emparé de cette ville, qu'il sentit la npces*

exerce plusieurs cruaulas.

DT l'eJUIRE Ol'TOMAlf. 1 9

site, pour ne pas eu faire un désert, d'y rappeler les Grec», aux- quels il accorda quelques églises et le libre exercice Je leur religion, Cette expédition achevée, Mahomet repart aussitôt pour Au- driuople dans la vue de poursuivre le cours de ses conquêtes. IL éprouve quelque résistance de la part de Scanderberg , qui meurt bientôt après. Divers Princes de l'Europe cherchent à former uue ligue pour s'opposer aux progrès du Sultan -9 mais il prend lui-mê- me PofF.Mjsive en mettant le siège devant Belgrade , dont il est re- poussé avec perte par le vaillant Hunuiade. 11 tourne alors ses ar- mes vers la Morée, s'eti empare entièrement , et y réunit la pro- vince d'Athènes. Irrité des entraves que les Chevaliers de Rho- des mettaient au commerce des Turcs, il prend la résolution de s'assurer des îles de Lesbos et de Negrepont , d'où ce3 chevaliers pouvaient tirer des secours , pour les eu chasser ensuite plus faci- lement. Il parvient à mettre le pied dans la première par trahi- son, et oblige la seconde, qui appartenait alors aux Vénitiens, à capituler. Il exerce dans l'une et l'autre des cruautés inouïes cou- Mahomet tre les habitans; et au mépris de ses sermens , il fait scier entre deux planches par le milieu du corps les premiers officiers de Ne- grepont. Pendant ce teras, les chevaliers ne négligèrent rien pour se fortifier dans leur île j mais le Sultan ayant fait la paix avec les Vénitiens, il accorda aussi aux premiers une trêve de trois mois. Djus cet intervalle de tems les chevaliers coururent de toutes les parties de la chrétienté se renfermer dans Rhodes, dont Mahomet 3 pour qui le repos commençait à avoir des charmes, confia le siège au Pacha Paîéologue renégat Grec, et de la famille des derniers Em- pereurs. La ville fut attaquée par une flotte Turque portant une ar- tillerie formidable, dont le feu était terrible et bien dirigé. Les Turcs furent néaumoins les premiers à perdre courage. Le Pacha désespérant de réduire cette place par la force, tenta de faire empoisonner le Grand Maître d'Aubussou qui la commandait, et n'ayant pu y réussir, il chercha pour la seconde fois à entrer eu accommodement. Ses propositions furent rejetées ; et à la suite d'un second assaut d'Aubusson est blessé , les Turcs entrent dans Rhodes. A cette vue chevaliers, soldats, habitans se précipitent avec fureur sur les infidèles,, les chassent de la ville et des retrari- chemens , et les obligent à se rembarquer. Le renégat Paîéologue ayant perdu tout espoir _3 reprend la route de Constantinople , avec le peu de forces qui lui restaient, en songeant aux moyens de prou-

2.0 Introduction a la description

ver à son maître que Rhodes était inexpugnable. Mais bien loin de se laisser persuader , Mahomet, dans le premier transport de sa co- lère voulait faire étrangler le chef et les officiers de cette expédi- tion : cependant il se contenta de destituer le premier de sa dignité , et de le reléguer à Gallipoli. Impatient néanmoins de réparer l'échec que ses armes venaient d'essuyer, le Sultan rassemble deux armées nombreuses, dans l'intention d'entreprendre avec l'une la conquête de l'Asie, et d'envoyer l'autre en Europe sous la conduite de ses H mm- Généraux. Mais la mort l'ayant enlevé le fa juillet T481 à l'âge de cinquante-trois ans, et après un règne de trente, l'idée de ses vastes projets périt avec lui, Mahomet est regardé par les Turcs comme le plus grand de leurs Empereurs, et il l'est en effet sous le rapport des entreprises militaires, ayant conquis deux empires, douze royaumes et peut-être trois cent villes ; miis considéré com- me prince, ce fut sans contredit un des plus perfides et des plus sanguinaires qui aient jamais affligé l'humanité,

Après cet aperçu rapide sur le caractère et le costume géné- ral des Turcs , devenus Européens après avoir fait de Conitantinople leur capitale, nous allons traiter des diverses particularités qui ont le plus de rapport avec le but de cet ouvrage (1).

Selon la Géographie de Guthrie les limites de la Turquie sont, au nord la Hongrie et la Russie Européenne ; à l'ouest la mer Adriatique; au sud la Méditerranée; et à l'est la mer de Mar- mara et la mer Noire. Pour qu'il n'y ait pas de confusion dans la nomenclature des pays formant l'empire Ottoman , et en même îems pour ne rien omettre de ce qui peut contribuer à nous en faire connaître l'étendue , nous avons formé trois tableaux des pro» l'inces qui le composent 3 tant en Europe, qu'en Asie et en Afrique,

(1) Ceux qui désireraient avoir des notions plus étendues sur l'histoire clés Turcs pourront consulter les Annales Musulmannes écrites par Jean Bapt. FLampoldi. Milano , imprimerie de JFelix Ruseoni.

p e l' empire Ottoman.

21

Situation.

Provinces Européennes.

Villes principalfs.

Sur les côtes nord de la mer Noire.

Au nord du Danube.

Sur la mer

Adriatique.

Au sud du Danube.

Sur le Bosphore de l'Hellespont.

A^ sud du mont Rhodope ou Argent

partie nord de l'ancienne Grèce.

L'ancienne Crimée.

Le Chersonnèse Taurique.

La Tartane.

Le Budziac (i).

La Bessarabie.

La Moldavie , ancienne Dacie. La Valachie, autre parlie de l'an- cienne Dacie.

La Croatie.

La Dalmatie.

La république de Raguse.

La Bulgarie, partie orientale de l'an- cienne Mysie.

La (Servie , partie occidentale de la Mysie.

La Bosnie , partie de l'ancienne Illyrie.

La E.omanie , anciennement la T h race.

La Macédoine.

La Thessalie, maintenant Jannina. L'Achaïe et la Béotie, maintenant la Livadie.

Sur îa mer Adriatique , [ T ,„ . ou Golfe de Venise J L EPire-

ancienne Illyrie.

Dans la Morée , ancien Péloponnèse.

L'Albanie,

La Corinthie,

L'Argolide.

Sparte.

Olympie.

L'Arcadie,

Elide.

{ L'Elide ou Belvédère.

Precop.

Bochaserai.

Caffa.

Oczakow.

Bender.

Bialogrod.

Jassy.^

Choczim.

Falczin.

Tergovisk.

Vihitz.

Mostar,

Raguse.

Viddin.

Kicopolî.

Silistra.

Scopia. I Belgrade. ' Semendrje.

JSissa. Serajo.

Constantinople.

Andrinople.

S tri mon.

Contessa.

Salonique,

Larissa-

Athènes.

Thèbes.

Lépanto,

Chimera.

Butrinto.

Escodar.

Durazzo.

Corinrhe,

Argos.

Napoli "de Remanie.

Lacédémone ; à présent Misitra,

Olympe , ou Langanico.

Modon.

Goron.

Patras,

(0 En i785 les Russes s emparèrent de la Crimée, et la cession leur en fut faite par les Turcs en vertu d un traité conclu le 9 janvier de l'année suivante /ainsi que des des de Taman et du territoire en deçà du Caban 5 ensorte qu'il n'est resté à ces derniers au delà de cette rmére et en deçà de la mer Noire , que des hordes Tartares En 1792 les Turcs durent encore céder à la Russie Oczakow et tout le pays compas jentr.e le Bog et le Njester. r ' *

22

Introuuctiox a. la, description

La Grèce fut divisée en quatre provinces ou juridictions de Pachas à trois queues de la manière suivante:

Situation.

Phovinces Européennes.

Juridiction du Pacha de Salonique.

Du Pacha de Jannina.

Du Pacha d'Egrippe.

Du Pacha de Tripolizza.

ÎLa Macedoi L'Yamoli. La Verie. ÎLa Thessal L'Epire. L'Albanie.

{

oine ou sont

La Phocide.

La Béotie.

La Livadie.

La Morée sont

La Corinihie.

L'Argolide.

L'Elide.

L'Arcadie.

La Laconie.

On comprend dans ces provinces les îles de la Grèce , et celles de l'Archipel près la Turquie. Autrefois on y comprenait aussi les îles de la mer Ionienne, qui , en 1798, furent cédées au gouvernement Fran- çais, et qui reprises par les Russes et les Turcs en 1799, formèrent Ta république des sept îles sous la protection de ces deux puissances. Cette république est aujourd'hui sous celle de la Grande-Bretagne.

de l'empire Ottoman.

33

La Turquie Asiatique confine au nord avec la mer Noire et avec la Tartarie Russe j à l'est avec la Peise; au sud avec l Ara* bie et la mer du Levant; et à l ouest avec l'Archipel et la mer de Marmara qui la séparent de TEurope. Elle est divi- sée comme il suit.

Situation.

Provinces.

Villes fuincipales,

A l'ouest Natolie

divisée en sept gouvernemens.

A l'est.

Au sud-est.

Au sud-ouest Syrie

divisée

en quatre juridictions

de Pachas.

Les Côtes de Natolie.

Kiitaïch.

Si vas.

T rébison de.

Konich.

Marasch.

Aclena.

Arménie.

Turquie.

Curdistan. Irac-Arabi.

Diarbeck ou Aldgezira.

Alep.

Tripoli.

Damas.

S l Jean d Acre.

La Palestine ou Terre-Sainte.

Dans la mer du Levant. { L'ile de Chypre.

Smirne.

Kutaich.

Sivas.

Trébisonde.

Konich.

Marasch.

Adena.

Erzerum.

Kars.

Betlis.

Bagdad.

Bassora.

Diarbekir.

Alep.

Tripoli.

Damas.

Acre.

Jérusalem.

Nicosie.

Famagouste.

Outre ces provinces en Asie , la Turquie a encore quelques possessions dans le pays occupé par de petites peuplades du Caucase et du Caban, dont une partie a été cédée dernièrement à la Rus- sie, ainsi que dans la Circassie , dont une partie est sujette à la Russie, et l'autre indépendante. La Circassie est fameuse par la singularité que présente sa population , dont les hommes sont ex- trêmement laids, et les Femmes se vendent aux Turcs et aux Per- sans pour leur rare beauté. A ces possessions la Turquie joint une puissance fort étendue en Afrique. D'abord elle tient sous sa haute protection les régences de Maroc, de "Fez, d'Alger, de Tuais et

û4 Introduction a la description

de Tripoli; et en second lieu elle exerce une domination absolue sur l'Egypte, qui est partagée en trois parties, lesquelles sont sub- divisées en treize provinces, savoir; la Basse Egypte ou Bahri au- trefois Delta, sont Alexandrie, Rosette , Damiette , et Mehellefc ou Elkebir; l'Egypte du milieu ou Voatani se trouvent le Caire capitale de toute l'Egypte, et Suez; et la Haute Egypte ou Saïd , autrefois la Thébaïde , qui comprend Girgé, Siutb anciennement Licopolis, et Asna , autrefois Sienne. Viennent ensuite la Nubie septentrionale, le Barca oriental, et la côte septentrionale d'Ahex. deZlf^Se ®n Pourrait s'attendre à trouver indiquée ici la population de la

cstu population Turquie, comme cela est d'usage dans tous les traités de {réo^ra-

de ta '1 urrjuie. -• . . O "S

plue; mais nous nous croyons à bon droit dispensés de cette obli- gation d'après la réflexion judicieuse que fait M.r d'Ohsson , de qui nous avons pris toutes les notions que nous allons donner « Les préjugés de la religion, dit-il, ne permettent pas de tenir des re- gistres des naissances et des décès, et par conséquent de la popu- lation de l'empire Oitomau. Les sectateurs de Mahomet croiraient s'ériger parjà en censeurs des opérations de la providence, et de transgresser le précepte d'une aveugle résignation à ses décrets. D'après cela on ne saurait comprendre sur quel fondement on veut donner, dans la Géograpbie de Guthrie , une population de seize millions d'à mes à la Turquie Européenne.

Le costume des peuples qui font partie de cet empire en Asie , en Afrique. et en Grèce ayant été décrit dans l'histoire que nous avons déjà donnée du costume de ces régions , nous ne ferons pour le mo- ment que jeter un coup-d'osil rapide sur le pays qui tient plus spécialement aux Turcs Européens, et en indiquer les particula- rités les plus remarquables. aimât. La Turquie jouit des dons les plus précieux que puisse accor-

der la nature: un air pur et sain qui excite l'imagination, et dont la salubrité dépose vainement contre les effets de la malpropreté des Turcs dans leur manière de vivre; un sol extrêmement fertile, quoique mal cultivé; des saisons agréables et régulières; des sources Fcgé'.aux. fraîches et limpides, tels sont les avantages dont le ciel semble avoir voulu particulièrement favoriser cette belle contrée. Quelles en se- ront les productions? Des herbages d'une excellente qualité, des oranges , des citrons, de? grenades, des raisins et des figues d'un goût exquis, des amandes, des olives, beaucoup de drogues qui ne croissent pas dans le reste de l'Europe, des cotons très-est i mes , des

DE L* E M P I B £ Ol'TOMAN. 2,5

carrières de marbres précieux , et des mines de toutes sortes. Quant aux animaux, les chevaux Thessaliens ou Turcs ne le ce. lent point en beauté ni en utilité à ceux des pays qui fournissent les plus estimés, et l'on trouve dans celui-ci du bon bétail, toutes sortes de volaille, et surtout des chèvres. Les gros aigles des environs de Bagdat sons recherchés des Turcs à cause de leurs plumes dont ils arment leurs flèches. La Turquie fournit au commerce diverses qualités de soie, de laine, de poil de chèvre et de cha- meau, ainsi que du coton écru et filé, de la cire, de l'huile, du séné, de la noix de galle, du bétail, du bois de teinture et de construction ; ex elle retire de grands avantages de ses cuirs et de ses maroquins , de ses teintures en laine et en soie qui sont d'un luisant et d'une durée inestimables , et enfin de ses ta- pi* qui, s'ils ne sont pas les meilleurs pour le dessin, sont néan- moins très-recherchés pour leur qualité et la beauté du travail. Nous ne parlerons point des rnonumens rares répandus dan? cette contrée et qui fout l'admiration des connaisseurs, non plus que de ses ri- vières, de ses lacs, de ses mers, de ses montagnes et de ses vallées, attendu qu'il a été fait mention ailleurs de ces differens objets : c'est pourquoi nous porterons nos regards sur d'autres points, que nous parcourrons de même rapidement.

Les provinces de la Turquie sont arrosées par divers fleuves qui sont, le Danube, la Save, le Dniester, le Niéper et le Don. Dans la Bessarabie ou trouve Beuder qui en est la capitale, et la résidence d'un pacha: cette ville est célèbre par le séjour qu'y fit Charles XII depuis 170g jusqu'en 171,3 après avoir perdu la ba- taille de Pultava. Elle est forte, considérable, et en graude partie peuplée de Juifs et d'Arméniens qui y font un commerce assez va- rié. Akerman ou Biologrod , ville située sur la mer JNoire à l'em- bouchure du Niester , a quelques chantiers et un port peuvent hiverner les petis bâtirnens. A l'embouchure septentrionale du Da- nube est Kili ou Kilia-Nuova, aborde tous les ans un grand nombre de vaisseaux venant des villes de la mer Noire, de l'Egypte , de Venise et de Raguse , pour y faire des chargemens eu cire et en cuirs. L'avantage de sa position et son commerce y ont fixé des Juifs , des Arméniens et des Turcs. Autrefois il y avait un boa port ; mais par un effet de la négligence naturelle aux Turcs, les bâti- rnens ne trouvent plus assez d'eau en plusieurs endroits: cette ville a aussi été sous la domination Russe depuis 1770 jusqu'en 1774. Is-

Europe. Fol. I. P, III. .

jinlmaux*

Fl'uvet.

Bessarabie.

Flths.

2.6 Introduction a la description

mail eut en 1790 sa garnison massacrée par Sirvrarow, pour avoir fait une belle défense, La population de Iyawehan ou Cauochan est composée de Tartares, de Persans, d'Arméniens , de Juifs, qui y ont leurs mosquées, leurs églises et leurs synagogues.

Mairie. La Moldavie s'étend entre la Valachie, la Hongrie, la Tran-

sylvanie, la Pologne et les provinces de Bessarabie et de Bulgarie. L'air dans cette contrée est chaud et malsain , ce qui fait qu'il y règne des fièvres malignes et contagieuses, presqu'aussi dange- reuses que la peste. Du coté de l'ouest vers les frontières de la Bu- c bovine et de la Valachie, elle est dominée par de hautes montagnes, ( qui lui avaient fait donner par les Romains le nom de Dicie mon- tueuse ), dont les flancs et le sommet sont revêtus d'arbres fruitiers ar- rogés à leur pied par des ruisseaux limpides, qui descendent du haut des monts avec un doux murmure, et font de ce séjour un lieu de délices. Ges montagnes à leur milieu sont toujours couvertes de nei- ges j et n'en ont point sur leur sommet qu'on croit s'élever au des- sus des nuées. C'est vers les confins de la Moldavie, de la Pologne et de la Transylvanie que se trouve le mont luenl , l'on recueille en mars, avril et mai ayant le lever du soleil une rosée ou espèce de manne, qui a la consistance du beurre. Les rivières qui prennent leur source dans cette montagne charrient des paillettes d'or, dont les Tsiguènes fesaient leur profit moyennant un tribut annuel de quelques milliers de drachmes, qui était pour la femme de VOspo*

Rioièrauz. dcuf. Il y a dans cette province d'abondantes raines de sel , qui , au bout de vingt ans d'exploitation, se retrouvent dans leur premier état : on y trouve rnème des montagnes de cette substance qui y est recouverte d'une couche de terre, et qui, lorsqu'elle est mise à nu , leur donne l'éclat du verre : partout aussi on fait du nître. Les paysans font usage, pour graisser les roues de leurs chars, d'un bitume ou d'une résine grasse qui sort d?une source avec l'eau, Les plaines sont encore plus fertiles que les montagnes, s'il est ^rai comme on le prétend que le froment y rende le 2,5 pour cent, la seigle le ;3o , l'orge le 60, et le mil jusqu'au trois cent pour cent. Le sol est parsemé çà et de vignobles et ombragé de fo- rêts d'arbres fruitiers, On trouve dans les bois des daims, des cha- mois, des renards, des loups?cerviers et des loups, et dans les montagnes à l'ouest le tsimbro , animal aussi gros que le taureau , fnais qui 3 la tête plus petite, le cou alongé , le corps efflanqué Jes jambe? Longues 9 les cprpes minces, droites , très- pointues et un

de l'empue Ottoman. 27

peu arquées ; il est d'une agilité extraordinaire et grimpe sur les rochers comme le chamois. On donne sur les frontières la chasse aux chevaux sauvages, qu'on prend vifs ou morts. On élève des boeufs qui sont petits sur la montagne et gros dans la plaine, des- quels on envoie tous les ans plusieurs milliers à D.intzic : on ven- dait aussi p^r le passé à Constantinople une grande quantité de "bêtes à laine, qu'on dirige aussi maintenant sur la première ville, sans préjudice pour la consommation du pays, un mouton ne coûte pas plus de trois francs.

Quel dommage que les habitans de cette belle contrée aient Les Turcs si peu de goût pour l'agriculture et le commerce ? Quelles sources industrieux de richesses et de prospérité sont perdues pour eux ? Leur indo- MotdaZs. lence et leur apathie avaient fait passer tout leur commerce entre le^ mains des Turcs , qui à cet égard avaient encore bien plus d'industrie qu'eux : car c'étaient les Turcs qui exportaient leurs laines, leur beurre , leur suif, leur lin, leur chanvre, leur bé- tail , leurs viandes salées qui se débitent dans toute l'étendue de la mer Noire, ainsi que leurs peaux, leurs bois, leur goudron et leur cire qui est d'une belle qualité. Ce riche pays fut occupé par les Russes depuis 1769 jusqu'en 1774 " ensuite la Buchowine fut cédée eu 1777 à l'Autriche , et le reste est retourné en r8o(? à la Russie , qui y a mis un gouverneur dont la résidence est à Jassy: depuis cette époque les Turcs n'ont plus aucune relation de commerce avec cette contrée. Malgré l'air de souveraineté qu'af- fectait le prince par cette formule, Nous N< N., par la grâce de Dieu Ospodar de la Moldavie, lorsqu'il était dans la dépendance de la Porte il n'avait pas le droit de faire la guerre ni la paix , de contracter des alliances ni d'envoyer des ambassadeurs aux puis- sances étrangères. Combien cet Etat n'est-il pas déchu de ce qu'il était auparavant? De cent mille hommes qu'il pouvait meitre au- trefois sous les armes, à peine a-t-il pu en armer huit mille dans ces derniers tems.

La Valachie qui, depuis 1774 jusqu'en 1812, fut assujetie à Vaiachie. la Russie, et qui depuis lors est rentrée sous la domination de son ancien maître, confine au nord avec la Moldavie et la Transylva- nie 9 à l'est et au sud avec le Danube, et à l'ouest avec la Tran- sylvanie. Elle fesait partie de l'ancienne Dacie , et a pris le nom qu'elle porte des Va laques ou peuples errans , qui en ont fait la conquête sur les Romains. Cette province n/est pas moius riche que

Croatie.

jSu/gqrie.

Ifospisalilé

exemplaire

fi.e quelque/;

J}ahilun$.

û8 Introduction a. la description

la Moldavie en grains et en bétail , et l'air y est plus sain et plu3 tempéré. Elle a des bains , des mines de sel et de soufre, et quel- ques rivières dans le sable desquelles il se trouve quelques paillet- tes d'or, La Valachie est gouvernée par un prince particulier sous le titre A'Ospodar , lequel est tributaire de la Porte et fait sa ré- sidence à Bucarest, Cette ville, qui est grande et forte, a un couvent de moines, une académie, un temple de Luthériens, de beaux édifices publics et de magnifiques auberges qu'habitent de riches marchands, chez lesquels on trouve des marchandises de tous \<*s pays du monde: elle est aussi la résidence d'un Archevêque Gren. Les Valaqnes sont grevés d'impositions; et à la religion près, ils ressemblent parfaitement aux Turcs dans leur habillement et leur manière de vivre.

Le Turc n'a de la Croatie que la partie en deçà de la Save, qui est comprise dans la juridiction du Pacha de Bosnie. La ville de Bihacs qui, avaut l'an i5q$ qu'y entrèrent les Turcs, était une place forte, se trouve au pied d'une montagne dans une île formée par la rivière Unna. La Porte n'a également en Dslraatie que l'Her- zégovine, dont Mostar est la capitale et la résidence d'un Pacha. La Bulgarie appartient à un seul maître , et a pris son nom des Bulgares du Casan, qui s'y établirent dans le septième siècle. Elle est bornée au nord par le Danube, au sud par la Macédoine et la Roraanie , à l'est par la mer Noire et à l'ouest, par la Servie. Son sol, quoique marécageux, produit en abondance du blé et du vin dans les vallées et dans les plaines, et ses montagnes mêmes renferment d'excellens pâturages; les environs de Babadaghi sont peuplés d}aigles, dont les fabricans d'armes de la Turquie et de La Tartane viennent acheter les plumes pour en garnir les flèches. On trouve près d'une des montagnes qui séparent la Bulgarie de la Servie une source d'eau tiède , et à soixante pas de une autre source d'une eau extrêmement Ijmpide et au^si froide que la glace. Le pays qui s'étend depuis Silistrie ou Dristra jusqu'à l'embouchure du Danube est habité par une espèce de Tartares venus de l'Asie, les- quels sont renommés pour leur hospitalité envers les voyageurs, Lors- qu'il s'en présente quelqu'un 9 de quelle que nation et religion qu'il soit, les pères et les mères de famille vont au devant de lui, et l'invitent de la manière la plus affectueuse à s'arrêter chez eux et à prendre part à leurs provisions telles que Dieu les leur a données, §1 l'étranger accepte ¥ M est imnrï pendant trois jours ainsi que

Servie,

i'emîibe OitomaS, 29

«es chevaux s'il n'en a pas plus de trois. La nourriture qu'il y trouve est du miel , des œufs et du bon pain cuit sous la cendre ; et il est logé dans une petite cabane il y a des lits, et qui est desti- née à cet usage. La Bulgarie compte plusieurs villes dont quelques- unes sont remarquables, telles qu^ , Nicopolis qui est célèbre par la victoire que remporta Bajazet I.ei Empereur des Turcs sur Sigismond Roi d'Hongrie, ainsi que par le massacre d'un grand nombre de gen- tils-hommes Fiançais qui allaient au secours des Chrétiens _9 et par l'émigration de gens de lettres Grecs qui se réfugièrent en Italie ; Si- listrie, dans les environs de laquelle on voit encore les ruines de l'an- cienne muraille, que firent élever les Empereurs Grecs pour se mettre à l'abri des incursions des Barbares ; et Tomiswar , autrefois Tomis, îieu fut exilé Ovide , qui l'a décrite sous des couleurs peut-être trop noires, sans doute par opposition aux grandeurs et aux plaisirs de Rome , dont le souvenir lui était encore présent.

Que dirons-nous de la Servie , qui ayant secoué le joug de la Porte pour se rendre indépendante, est, depuis la paix conclue en 1811 entre la Russie et la Turquie, abandonnée à ses propres forces? Tout ce que nous en savons, c'est que cette province jouit d'un climat très-sain , que le sol en serait fertile s'il était cultivé , qu'on y élève une quantité de bétail , et qu'il s'y trouve des mines d'argent. La Bosnie a pris ce nom de la rivière Bosna qui la tra- verse : elle confine au nord avec l'Esclavonie, à l'est avec la Ser- vie, au sud avec l'Albanie et à l'ouest avec la Croatie. La qualité de son sol et ses mines la font comparer sous ce rapport à la Ser- vie. Sa capitale est Bosna-Serai , et ses revenus forment l'apanage de la mère du Sultan : l'activité du commerce que font ses ha bi- lans donne à présumer qu'ils sont riches, et que par conséquent ces revenus sont considérables.

La Romanie ou Koumili mérite plus qu'aucune autre des pro- Bornant* vinces que nous venons de parcourir de nous intéresser, taut par son étendue que par sa célébrité. On donne plusieurs raisons du changement de nom de cette province, qui s'appelait anciennement la Thrace, en celui de Romanie qu'elle porte aujourd'hui : les uns croient que c'est parce qu'elle renferme la ville de Constantiuople, qu'on nommait anciennement la nouvelle Rome , les autres parce qu'elle a été la dernière possession que les Romains ont conservée en orient. Quelle que soit l'origine de son nom, cette contrée a pour limites \ savoir y au nord le mont Hemus , au sud l'Archipel , à

Bosnie.

3o Introduction a la description

Test la mer Noire, l'Hellespont ou détroit des Dardanelles et la Propontide ou mer de Marmara , et à l'ouest la Macédoine et la rivière Strimon. On y voit s'élever les crêtes de quelques mon- tagnes } entre lesquelles se trouvent quelques endroits froids et peu fertiles ; mais dans les plaines et vers les mers voisines le ciel est serein , le sol se couvre d'abondantes moissons surtout en riz , la vi- gne est chargée de raisin , et l'on y recueille les meilleures produc- tions de l'Europe et de l'Asie, ainsi que la soie et le coton; mais la qualité inférieure de cette dernière denrée ne permet pas de la mettre en commerce , et ne la rend propre qu'à faire de la toile à voiles pour les vaisseaux. Consianïmopie Constat! tinople , que les Arabes, les Persans et les Turcs ap-

pellent Stamboul , est la capitale de l'empire Ottoman , et la résidence du Grand Seigneur et d'un Patriarche Grec. Cette ville s'élève sur la côte Européenne du Bosphore, dans l'emplacement le plus ma- gnifique et le plus agréable qu'on puisse imaginer. Ei!e a la figure duo triangle, qui tient par sa base au continent d'Europe, et dont les deux autres côtés , au sommet desquels a été bâti le sérail , avancent dans la mer vers l'Asie: d'un côté elle domine sur la mer de Marmara, de l'autre sur la mer Noire, et à l'est sur ce der- nier continent; son port, qui a trois lieues de logueur sur une de largeur , est un des plus grands et des plus sûrs qu'il y ait au monde. Cette ville fut bâtie sur les ruines de By'sance par Constantin , qui n'avait rien moins en vue que de l'élever au niveau et même au dessus de Rome ; mais combien n'est-elle pas déchue aujourd'hui de son éclat et de sa grandeur primitive? Parmi le grand nombre de monumens antiques dont elle était décorée, on compte encore la fameuse colonne qui y fut transportée du temple de Delphes par son fondateur. Cette colonne fut, dit-on, consacrée par les Grecs à Apollon, en mémoire de la défaite de Xerxès , et elle est composée de trois serpens entrelacés, qui soutiennent sur leurs têtes parfaitement sculptées un trépied d'or. La ville est actuellement divisée en trois parties. La première , appelée Constantiuople 3 ren- ferme deux grandes constructions, qui sont, l'une le palais du Sul- tan , et l'autre le sérail dont l'enceinte a deux lieues d'étendue et neuf entrées, à l'une desquelles on voit une porte de bronze avec des bas-reliefs très-estimés pour la finesse du travail (i). On y voit encore

(i) Quelques-uns prétendent que c'est de cette porte de bronze , que

de l'empire Ottoman. 3i

les sept tours , château fort sont gardés les prisonniers d'état. La seconde partie , qu'on nomme Galata , est habitée par les négocians , et la troisième, qui est Pera , par les ambassadeurs Européens. Le mur qui entoure le sérail a trente pieds de hauteur; il est percé de crénaux et d'embrasures, et flanqué de tours. La ville est égalemeut entourée d'une épaisse muraille avec des tours et un fossé garni d'un revêtement, mais peu profond. Vue du dehors , l'œil se promène avec une espèce d'enchantement sur des groupes de palais et de mosquées, et sur une quantité innombrable de petites tours et de minarets surmontés du croissant. Mais quand ou entre dans la ville Vimèneur

,,....,, . i, , i , ne répond pas

lillusion s évanouit , et 1 on n y trouve plus que des rues étroites, à V extérieur. sales et mal éclairées, des maisons de bois et mal construites quoi- que peintes au dehors, dont les étages supérieurs , par leur extrême saillie sur la rue, interceptent la lumière et empêchent la circu- lation de l'air au rez-de-chaussée: on rencontre en outre des espa- ces encombrés de ruines , on dont les propriétaires ont été enlevés par la peste. Pour respirer un air libre on est obligé de se trans- porter au Bésestin , les marchands ont leurs boutiques qui sont rangées avec beaucoup d'ordre , ou bien à l'hyppodrome les Turcs s'exercent au manège , ou enfin au Meidan qui est une grande place se fait la parade , et se rendent en foule des gens de foutes les classes. L'afrluence des étrangers 3 que le commerce 3 la politique, la curiosité ou autres motifs attirent dans cette ville y a fait for- mer des établissement publics pour l'exercice des différens cul- tes ; et outre le grand nombre des mosquées qu'on y voit_> elle ren- ferme encore des synagogues pour les Juifs et des églises pour les Chrétiens. On y conserve encore le tombeau de Constautin. L'église de Sainte-Sophie bâtie par l'Empereur Justinien , y a été conver- tie en mosquée ; on donna à sa coupole i85 pieds de hauteur et 44 de diamètre : quelques-uns prétendent que , sous certains rapports , elle surpasse en magnificence Saint-Pierre de Rome. Le goût des Turcs pour l'oisiveté et leur aversion pour l'étude n'ont cependant pas empêché de penser à leur fournir des moyens d'instruction, car il y a à Constantinople plusieurs bibliothèques publiques, entr'au- tres celle qui a été fondée par le Visir Raghib, laquelle est très- élégante , et celle de Sainte-Sophie qui est magnifique : il est mê- la cour Ottomanne a pris le nom de sublime Porte. D'autres donnent à cette dénomination une autre origine , comme nous le Verrons plus loin.

3a Introduction a la description

me de précepte que chaque mosquée ait une bibliothèque et une école publiqie ou medras. La peste, dont on ne cherche point à se garantir par un principe de fatalisme attaché à la religion , et les fréquens incendies qui sont occasionnés dans cette ville autant par les machinations des Janissaires que par la petitesse des rues et la mauvaise construction des maisons, ne permettent pas à la po- pulation de s'augmenter beaucoup: les uns la font monter à six cent, d'autres à cinq cent mille individus: quelques-uns la rédui- sent même au dessous de ce nombre.

En face du sérail, sur la côte d'Asie , et à un peu plus d'un mille et demi de l'autre côté du détroit est Scutari , se trouvent Une mosqnée impériale et une maison de plaisance du Sultan, ï es rrm'sons de cette ville offrent an loin l'aspect de la plus b^Ile ver- dure , et il y a une colline d'où la vne s'étend sur les mers du Bos- phore et de la Propontide. et sur les maisons de plaisance qui em-

jfndHnopie. bellissent les deux rivages. Andrinople , appelée par lés Turcs A i- dranah, se trouve dans l'intérieur de la Komanie au confluent de l'Arde avec le Moritz. Cette ville, bâtie ou restaurée par l'Empe- reur Adrien , est entourée d'un mur flanqué de bastions. On y voit encore le palais quelques Sultans ont fait autrefois leur résidence; il est situé sur une hauteur, d'où la vue se promène sur des plaines riantes et embrasse le cours de l'Arde qui les sépare de la ville. Ses mosquées , dont quelques-unes sont couvertes en cuivre , avec leurs minarets élevés et d'une élégante construction , leurs galeries déco- rées de colonnes enrichies d'ornemens en bronze, leurs portes d'un beau travail, leurs fontaines, leurs portiques, les boules dorées qui couronnent leurs coupoles , ses fabriques de tapis qui ne manquent pas de goût, sa navigation sur le Moritz, qui y facilite le trans- port des marchandises de divers pays, enfin l'activité et la richesse de sou commerce en font une ville des plus considérables. On ne

PhUippopolis. peut pas en dire autant de Philippopolis , aiusi appelée du nom de Philippe le Macédonien son fondateur: cette ville est grande mais mal bâtie; elle est le siège d'un Archevêque Grec, et a dans ses environs un petit territoire Pou recueille une quantité prodi- GaïUpoii. gieuse de riz. Gallipoli a plus de droits à notre attention par sa population nombreuse et la grandeur de son port. Elle a donné son nom an fameux détroit qui sépare l'Europe de l'Asie: c'est la pre- mière ville d'Europe dout se soient emparés les Turcs, et elle est encore aujourd'hui le lieu de la résidence de leur grand Amiral,

de l' empire Ottoman. "33

L'entrée de l'HHtfspoiît, plus communément connu de? Européens sous le nom «le détroit des Dardanelles, y est défendue par deux forts appelés de Romélie et de Natolie , dont l'un est en Asie et l'autre en Europe, et qui se nommaient autrefois Sestos et Abydos. Gal- lipoli fait un gros commerce de laine et de coton, et l'on y voit sur un rocher une ou pour mieux dire deux tours , qui servent de fanal aux navigateurs, et de vedette à une garde Turque. Au pied du château des Dardanelles sur le continent d'Europe est le bourg de Darda-nus , Ton construit de petites barques, et l'on fabrique des toiles à voiles. Nous ne dirons rien de la Macédoine ni des îles nombreuses qui sont à l'ouest et au sud de la Turquie Européenne, non plus que de celles de l'Archipel, dont les unes ont appartenu et les autres appartiennent encore à l'empire Otto- man , attendu qu'il a déjà été parlé de leurs habitai» dans le Cos- tume de la Grèce ancienne et moderne , et que, quant aux îles et à la partie continentale de l'Asie sujette au Turc, nous en avons également donné la description dans le Costume particulier de l'Asie. Il ne nous reste donc maintenant qu'à traiter du gouvernement , de la religion, des mœurs et des usages des Turcs dans quelque pays que ce soit qu'ils habitent ; vet c'est cette tâche que nous al- lons commencer.

GOUVERNEMENT DES OTTOMANS»

Je chef suprême des Musulanns doit professer la doctrine Oeç^bdroia de l'Àlcorau , être de sexe masculin, majeur (i), ^ain d'esprit et KulLfdL de condition libre. Comme vicaire du prophète et premier Imam, M"sul"tans- il est le dépositaire du livre sacré et le conservateur des lois canoni- ques: comme revêtu de la dignité sacerdotale il préside à la prière publique le vendredi et les deux fêtes du Beyram , et comme chargé de la protection générale Velayet ammi,i! exerce une autorité ab- solue sur tous les fidèles. C'est à lui qu'appartient la nomination des officiers publics, soit des agens du pouvoir coactif, Zabits , soit de ceux du pouvoir judiciaire, Slakuns , ainsi que l'admiuistra-

(0 Làêe iixé pour la majorité des princes et des particuliers est de quinze ans.

Europe. VoL 1. P. lit. 5

34 Gouvernement

tion des finances, le commandement des troupes, le droit de faire la guerre et la paix 3 et celui de prendre les mesures nécessaires à la sûreté de l'état et au maintien de l'ordre public. Du moment il est monté sur le trône, son autorité doit être respectée en tout ce qui concerne la religion, la justice distributive et le gou- vernement, fut-il un usurpateur (i), et même de mœurs vicieuses et dépravées. Quelle que grande que soit son autorité, il ne lui est pas permis de faire d'innovation à la législation canonique , surtout si elle devait être onéreuse aux peuples et aux serviteurs de Dieu confiés à sa protection et à sa garde. Du reste, il peut faire dans l'ordre civil et politique et dans le gouvernement de l'état, tous les changemens que la prudence et les circonstances peuvent lui suggé- rer pour le bien public, ainsi que pour la gloire et la prospérité de Ylslamisme. Malgré l'inviolabilité que les lois assurent à sa personne , l'histoire fait néanmoins mention de sept Califes , assassinés ^ cinq empoisounés, douze qui ont péri dans des émeutes populaires , et de beaucoup d'antres privés de la vue, ou condannés à finir leurs jours dans une prison. Osman second et Ibrahim premier sont les seuh des Sultans Ottomans, qui aient perdu la vie par ordre de leurs successeurs. D'après cette maxime de Mahomet , qu'un fourreau ne indivuibie. peut renfermer deux sabres, le pouvoir suprême doit être indivi- sible et dans les mains d'un seul. Aussi les docteurs Musulmans se sont-ils constamment opposés à la coexisteuce de deux Califes ; et l'histoire de l'Islamisme nous offre deux exemples de l'attachement de ses sectateurs à ce principe d'unité; l'un du Sultan Mahmoud I.er , qui lit tous ses efforts pour que le Prince Aghvan , maître de la Perse, reconnut la suprématie du Monarque Ottoman ; et l'autre d'Ab- dul-Araid qui, dans ses négociations avec la Russie en 1 774 •> ne vou~ lut jamais consentir à l'indépendance des Kans de la Crimée. Ce système d'unité, selon M.r d'Ohsson (a') dure encore: car depuis Seliin I.er, les Mahométans Sunnites de l'Asie et de l'Afrique n'ont pas cessé de rendre hommage à l'autorité sprituelle des Sultans

(1) Cette opinion repose sur ne principe sacré chez les Mahométans, que Le commandement appartient au vainqueur.

(a) C'était un chargé d'affaires du Roi de Suède à la cour de Cons-' îantinople , lequel a écrit un ouvrage intitulé : Tableau Général de l'Em~ pire Qttomari ] ouvrage recommandable sous tous les rapports , et sur- tout pour les notions intéressantes qu'il renferme , et les giayures curieu- J~lt; il est enrichi; et que nous avons prises pour modèle des nptresv

Vem.

ipire

lois n'ont pas

des Ottomans. 35

de Constantînople , comme seuls investis de la dignité du Califat. Une autre qualité indispensable dans le Souverain i c'est d'être visible, et cela pour détromper de leur erreur les Schlyis , cjdi s'attendent à voir revenir Imam-Mohhdy , lequel disparut daus le troisième siècle de Pégire.

Une chose à laquelle les lois ne semblent pas avoir pourvu, l c'est la succession au trône. Quelquefois il a été suppléé à cette omis- prononcé sion par des lois spéciales, mais l'usage a le plus souvent varié sur iUcce«<o« ce point. Dans la plupart des états Mahométans , le trône est de- meuré héréditaite dans la même famille , sans égard cependant à au- cun ordre de succession , et par la seule volonté de quelques Souverains qui ont fait reconnaître de leur vivant le prince qu'ils désignaient pour leur successeur; mais il est souvent arrivé que ces dispositions n'ont pas été respectées après leur mort, et que d'autres princes investis du gouvernement de quelque province qui leur avait été assi- gnée pour apanage , se sont trouvés en état de disputer le trône à l'hé- ritier désigné. De les troubles qui ont si souvent bouleversé l'em- pire, et qui se ont renouvelles depuis l'existence de la dynastie des Ottomans. Pour y mettre fin, les Sultans ont pris la précaution de renfermer dans le sérail les enfans de leurs prédécesseurs. L'his- toire rapporte que, non contens de cela, les quatorze premiers sou- verains de cette famille ont régné de père en fils , en prenant la mesure cruelle de priver de la vie les princes du sang qui pouvaient leur faire ombrage. C'est ainsi qu'en ont agi , Osman I.er envers son oncle Dundar-Elbj Bajazet I.er envers son frète unique, Amurat II envers ses quatre frères , Selim I.er euvers ses cinq frères et neveux , Amurat III. envers ses cinq frères , et Mahomet 111. envers ses dix-neuf frères.

La résidence des Monarques Ottomans en Europe ne leur a pas fait perdre l'usage de se donner des titres pompeux qui est pro- pre aux Asiatiques, et dont voici un exemple tiré d'un firman ou rescrit impérial. « Moi qui, par l'excellence des faveurs in fi nies du Très-Haut, et par l'éminence des miracles opérés en vertu de la bénédiotiou du chef des Prophètes ( auquel , comme à sa famille et à ses collègues, soit accordée une félicité parfaite ), suis ie Sultan des glorieux Sultans, l'Empereur des puissaus Empereurs, le dis- pensateur des couronnes aux Khosreu qui sont assis sur des trônes, l'ombre de Dieu sur la terre , le serviteur des deux illustres villes de la Mecque et de Médiue, lieux augustes et sacrés tous les Musulmans adressent leurs vœux ; ie protecteur et le maitre de la sainte Jéru-

Combien

de litres prend

le Sultan.

36 Gouvernement

salem ; le Souverain des trois grandes villes de Constantinople, Andrî- nople et Brousse , comme de Damas , odeur de Paradis , de Tripoli , de Syrie, de l'Egypte, la rareté du siècle et célèbre par ses délices; de toute l'Arabie, de l'Afrique, de Barcaa , du Kesroan, d'Alep, de l'Irac Arabo et Perso , de Bassora , de Lassan , de Dalem , et parti- culièrement de Bagdad capitale des Califes; de Rarca , de Mossul , de Cheerezor, de Diarbekir , de Zoul-Cadrieh 3 d'Erzerum la déli- cieuse, de Sébaste, d'Adatiah, de la Caramauie, de Kars , de TYhi!- dir , de Van; des îles Morée , Candie , Chipre, Chio et Rhodes; de la Barbarie, de l'Ethiopie, des villes fortes d'Alger, Tripoli et Tunis; des îles et côtes de la mer Bianche et de la mer Noire; des pays de la Natolie et des royaumes de Romélie, de tout le Curdistan , de la Grèce, de la Turcomanie , de la Tartane 3 de la Circassie , de Cabarta et de la Géorgie, des nobles tribus de la Tartarie et des hordes dépendantes , de Caflà et autres lieux circon- voisins, de toute la Bosnie et dépendances, de la forteresse de Bel- grade place de guerre , de la Servie et des forteresses et châteaux qui s'y trouvent; des pays de l'Albanie, de toute la Valaohie, de la Moldavie et des forts et fortins situés dans ces contrées ; eu- fin possesseur des villes et forteresses dont il est superflu d'indiquer et de vanter les noms; moi qui suis l'Empereur, l'asile de justice -t le Roi des Rois, le centre de la victoire, le Sultan fils du Sultan ; moi qui par mon pouvoir, origine de félicité, suis décoré du ti- tre d'Empereur des deux terres , et pour comble de grandeur de mon Califat suis illustré du titre d'Empereur des deux mers etc. „. Cortèq» Le Grand Seigneur a un cortège qui répond au long éta-

pû.-guu. ^^ ^ g^ titres, Mahomet II. est, dit-on, celui ;qui a composé la cour Otiomanue, dans l'organisation de laquelle quelques-uns rie ses successeurs ont fait ensuite plusieurs changemens. La nature de cet ouvrage ne nous permettant pas d'entrer dans des recherches détaillées à cet égard 9 nous nous bornerons à présenter le tableau de la cour Ottomane dans l'état elle est maintenant, et nous commencerons par le sérail. Mahomet II ne croyant pas convena- ble pour lui de faire sa demeure dans l'ancien palais des César?, fit construire un vaste éditiee sur le§ ruines d'un couvent au centre de la ville; puis au bout de quelques années il jeta les fondemeus d'un autre palais dans la partie la plus orientale , sur un promontoire baigné d'un côté par les eaux du Bosphore, et de l'autre par cel- les dô la Propouûde vU-à-VM h riïïe 4e Sctitari; emplacement qui

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était couvert d'arbres et surtout d'oliviers. Il vint y loger lui-même avec quelques-uns de ses officiers, et laissa le reste de sa cour et son harem dans l'ancien palais, qui prit alors le nom d'ancien sé- rail , et après lui Bajazet II et Selim I.rr vinrent également s'y établir. Soliman le Grand fut le premier qui y transporta toute sa cour et son harem, à l'exception des Cabines et des filles esclaves qui avaient vécu avec ses prédécesseurs, qu'il laissa dans l'ancien sérail. Cette nouvelle résidence, avec les agrandîssemens et les ern- helli»semens qui y ont été faits , occupe à présent un va«te espace entouré d'un mur flanqué de tours. L'entrée île ce'te enceinte ap- pelée la porte impériale regarde sur nue place , dont un des côtés est formé par l'église de Sainte Sophie, et au milieu de laquelle est une fontaine publique chargée d'ornemens dorés. Voyez à la planche 1 la porte du sérail avec quelques carrosses des Cadines. En entrant dans la première cour du palais on voit à droite le tré- sor public, l'orangerie , l'hôpital et les fours; à gauche le logement du receveur des contributions arriérées, le chantier, l'arsenal, la monnaie, le pavillon du surintendant général des édifices, celui du secrétaire du Kislar-Aga , l'ancienne salle du divan, les grandes écuries et l'habitation <lu premier écuyer." Pour entrer dans la se- conde cour on traverse une galerie d'environ quinze pieds de lon- gueur, fermée aux deux bouts par «les portes, dont celle du de- hors s'appelle porte intermédiaire , et fait donner à cette paierie, la dénomination d'intervalle entre les deux portes. On y voit sus- pendues aux murs des armes et des armures antiques, qui sont des trophées de la valeur Ottomane. Cet endroit e*t ratai aux grands qui étant en disgrâce : car c'est qu'appelés au sérail sous quel- que prétexte ils sont arrêtés en passant, et reçoivent la peine à laquelle ils sont déjà eondaunés s laquelle, si elle est capitale, est exécutée à l'instant même. Cette galerie est surmontée d'un édifice logent les huissiers du palais. Dans la seconde cour, l'aile droite est occupée par les offices et les cuisines, et la gau- che par les anciennes archives, la nouvelle salle du Divan, le logement du chef des Eunuques noirs, le dépôt des tentes et des pavillons et par le magasin des vétemeua d'honneur. Voyez à la planche 2 une troisième porte dite de la Félicité, qui est en face des deux premières, et donne accès dans l'intérieur du palais habite le Sultan avec les membres de sa famille et les dames de son Harem, et^ logent aussi les officiers de sa maison, ses pages

Officiers intérieurs da $é' ali'

Officiers txieneurs-

38 Gouvernement

et deux compagnies d'Eunuques blancs et noirs. D'autres corp3 de logis sont dispersés çà et dans cette vaste enceinte,, les itna au milieu des jardins, les autres au bord de la mer, le Sultan va paséer, comme dans des lieux de plaisance, une partie de la jour- née. Tous ces édifices sont couverts en plomb et s'élèvent en am- phithéâtre parmi des masses de cyprès, de pins et de platanes: ce qui donne à l'entrée du Bo-phore un air de grandeur et de ma- gnificence qu'on ne peut se lasser d'admirer. La porte Félicité sé- pare la demeure des officiers de l'intérieur immédiatement attachés au service du Sultan, de celle des officiers de l'extérieur compo- sant sa cour. Il est permis à ces derniers vers le coucher du soleil d'aller passer la nuit chez eux , mais cette liberté est interdite aux premier-. Les officiers de l'extérieur peuvent se laisser croître la barbe : ceux de l'intérieur doivent se la raser au menton , et tous portent le nom cV Aaa ^ qui veut dire capitaine ou commandant.

Les officiers de l'extérieur qui appartiennent au corps des Ulems , c'est-à-dire les lettrés, les savans et les sages sont, d'abord le Kho- dïa qui est le précepteur du Sultan, et dont l'amploi est d'instruire son maître dans tout ce qui concerne la religion. Le Khodia pouvait parvenir autrefois aux premières charges de la magistrature; mais i! a beaucoup perdu de sa considération depuis i^o3 , et l'on a vu élever à cet emploi de simples officiers civils et des Eunuques re- commandables par leurs qualités ou leur savoir. Vient ensuite le pre- mier Imam , ou Imam du Souverain , qui est comme le Grand Au- mônier du palais. Le jour de sa nomination il acquiert le grade de professeur ( muderriss ). Lui seul a le droit de remplacer le Sultan dans les deux fêtes du Beyram. Le second Imam lui sert de coadju- teur , et ils officient tour à tour, tant dans la chapelle du sérail que dans la mosquée ^ le Sultan va le vendredi au service divin. Il faut qu'ils aient l'un et l'autre une voix mélodieuse pour être nom- més à ces places. Il y a en outre trente-deux chantres de pensionnés pour la chapelle du sérail , et qui, dans les grandes fêtes, suivent le Sultan à la mosquée pour y chanter les pseaumes avec Ylmam. La place de Uekim-Baschi ou premier médecin est 'extrêmement honorable et lucrative. Cet officier a l'inspection des médecins, des chirurgiens, des oculistes et des apothicaires du pa la ir ; et mê- me depuis la mort inopinée d'un chef des Eunuques noirs sous Mus- tapha III. , pour avoir pris une drogue que lui avait prescritte un empirique, il parut une ordonnance qui soumet à l'examen du

e s Ottomans. 3g

premier médecin , quiconque entend exercer une branche quel- conque de l'art médical dans l'empire Turc. En cas de maladie grave du Sultan ou de quelqu'un de sa famille, on appelle les meil. leurs médecins établis à Pera , qui sont introduits dans le sérail par le premier médecin f à l'approbation duquel est soumis le traite- ment qu'ils proposent. Le uoinbre des médecins du palais est d'en- viron dix-huit, et celui des chirurgiens de huit à dix: deux des premiers et deux des seconds sont de garde tons les jours peudant vingt- quatre heures dans une chambre voisine de l'appartement du Kislar- Agà on chef des Eunuques noirs. L'emploi qui suit est celui du 3Iu- nedjim-Baschi , premier astrologue et astronome de la cour , l'astrologie et l'astronomie étant une même chose pour les Turcs. Peu fidèles en cela aux préceptes de leur religion, qui proscrit tout ce qui a rap- port à la divination, les Ottomans de tout état et la sublime Porte elle-même ne manquent point s avant de commencer une entreprise quelconque, de consulter ceux qui font profession de connaître l'in- fluence des astres sur les choses de ce monde. Leur histoire fait men- tion de plusieurs Vîsirs et autres personnages, qui , dans certaines cir- constances, ont voulu attendre le moment favorable qui leur serait in- diqué par les astrologues pour leur entrée en charge, ou pour l'accep- tation de quelque faveur distinguée. Du reste l'emploi de l'astronome en chef se réduit à la compilation du tacuin , ou almanach , dans lequel sont indiqués les jours de bon on de mauvais augure, et surtout ceux qui sont favorables pour entreprendre une affaire, pour acheter des esclaves, pour contracter mariage, pour s'habiller de neuf, pour se mettre en voyage et autres choses semblables. Le Djerrah-Baschi ou chirurgien en chef est celui qui circoncit les princes du sang , et qui visite les eunuques avant leur admission au service du sérail. Le Kiabal-Baschi , premier oculiste, prépare le collyrium pour les dames du harem , qui en font us3<re moins par besoin , que par une imitation religieuse de celui qu'en fit le prophète dans son pays natal pour se fortifier la vue. Tous les officiers que uous venons de nommer portent le costume des Utems , dont nous donnerons la description à l'article de la Religion.

Viennent maintenant les Agas de l'étrier impérial "ainsi au- pelés parce que ce sont eux qui approchent de plus près le Sul- impérial. tan. De ce nombre est le Mir-Alem , l'alfier , lequel est chargé de la garde des étendards impériaux et des six queues de cheval du Sultan j il a dans sa dépendance les capitaines des huissiers et la

de l'étrier

G O U V E U X F. M E N T

musique militaire du pilai*. C'est lui qui remet aux nouveaux Gou- verneur* de provinces les étendards et les queues de cheval , qui pont les endigues «lu commandement militaire , et il jouit s«ul du privilège d'assister aux audiences que le Sultan accorde anx grands BfeSasoMit" Personnages. Bostandji-Baschi , chef des Khassechis ou garde* du fou-Ions s^rf4rL e*r Gouverneur lin palais et des maisons de plaisance imp^ria'e*. I^es rives du Bosphore et de la Pronontide, depuis l'ernbouohure <le U nier Noire jusqu'au détroit des Dardanelles, sont sujettes à sou autorité; et, dans les promenades que le Sultan fait. sur l'eau, c'est lui qui tient le timon de la barque impériale. Il préside en outre à l'exécution «les sentences de mort prononcées contre les Grands lors- qu'elle a lieu dans le sérail , et il a la surintendance des prisons l-s ministres accusés de quelque délit sont soumis à la torture. Gomme inspecteur des eaux et forêts aux environs de la capitale il a aussi Ja surveillance de la chasse, de la pèche et du commerce du vin et de la chaux. L'idée qu'il a probablement lui-même de l'opinion odieuse attachée a son ministère fait qu'il ne sort ptesque jamais en public; et ce n'est guères que de nuit et seul qu'il se rend chez les principaux ministres, pour y conférer des affaires de sa place et ren- dre compte de sa conduite. Il entre aussi dans le rang des Pachas, et afferme s^s revenus aux officiers des Khassechis. Le Mir-Akhour- Ewel ou grand écuyer est celui qui a la surintendance des équi- pages du grand Seigneur, et des prairies domaniales, les parti- culiers, moyennant un coutract passé avec lui, peuvent au5si envoyer leurs chevaux à l'herbe. Il a sous ses ordres les Salakhors , et les Khass-AkJtourlus , ( voyez la planche 3 n.° 4), ou écuyeis qui sont au nombre de deux mille, environ six cents palefreniers 3 les selliers, les gardiens des chameaux , les muletiers du palais , uu corps de six mil le Bulgares, et les girde-forêts auxquels sont loués les bois do- maniaux qui sont divisés eu vingt-sept districts. Le Capoudjiler-Ke hayassi, voyez la planche 3 n.° 1 , et le capitaine des huissiers , voyez le u.° 2. de la même planche , reçoivent les suppliques qui sont présen- tées au Sultan lorsqu'il parait en public. Dans les grandes cérémonies ce dernier officier avec le ministre d'état fait les fonctions de maré- chal de cour; et alors ils portent l'un et l'autre les enseignes de ca- pitaines des huissiers , et ont le bâton de corntn mderne.it garni de plaques en argent. Les huissiers en chef sont au nombre d'environ cent-cinquante, et pour être admis dans ce corps il faut être Bey , fils d'un Pacha , ou seigneur du premier ordre. Un d'eux est de garde

DE? O T T 0 M A X S. ^ I

toutes T05 nuit? à la seconde porte du sérail. Ils font l'office «le chambellans les jours de cérémonie, et alors ils portent une longue robe d'étoffe d'or doublée de zibeline : voyez à la planche 3 n.° 3 un Capoudjl simple. Les deux officiers nommés ci-dessus introdui- sent les ambassadeurs étrangers à l'audience du monarque, et loi font la cour lorsqu'il se rend le vendredi à la mosquée. Les plus distingués d'entr'eux obtiennent le commandement de divers corps de troupes, et «ont chargés des misions les plus importantes '-t les plus secrettes, comme de priver de la vie par surprise un Pacha lorsque sa mort est résolue.

L'intendant générai des édifices impériaux , celui de la mon- naie et des mines , celui des cuisines et des offices du palais et son substitut , celui des fourrages destinés aux écuries , parviennent tous aux premiers emplois dans les ministères «le la finance et du grand Visir , et ont le même costume que les officiers civils. Main- tenant que les Sultans ne sont plus dans l'usage d'aller à lâchasse, les titres de grand fauconnier, de chef des garde-vautours, de garde-griffons et de garde-éperviers sont simplement honorifiques.

Les deux chefs des Eunuques noirs et des Eunuques blancs jouissent de beaucoup déconsidération, à cause du grand nombre d'of- ficiers qu'ils ont dans leur dépendance. Le chef des Eunuques noirs Chef a sous ses ordres le chef d'un corps de huit cents hommes chargée de la garde des lentes et des pavillons impériaux; ils sont divisé» en quatre compagnies , et ce sont eux qui dressent les pavillons lorsque le Sultan veut passer la journée dans les jardins du sérail, ou dans quelque site agréable aux environs de Constant inople. Qua- rante des premiers d'entr'eux forment la cornpaguie des peseurs sous un chef qui a l'inspection du trésor public , lequel se trouve dans la première cour du palais. Les autres , d'un grade inférieur, sont des geôliers ou espèce de bourreaux , dont quatre ou cinq sont toujours de garde à la porte du milieu , près de la tenle du capi- taine des huissiers, pour exécuter les ordres du Souverain ou de son premier ministre. Au Kizlar- dga est également subordonné l'in- tendant du trésor extérieur, ou dépôt des vieilles archives de l'ad- ministration des fiuauces , et du magasin l'on garde les vètem lis d'honneur, c'est-à-dire les pelises qui se distribuent au serai! oa au palais du grand Visir, ainsi que les bourses de ras et d'étof- fes en or, l'on renferme les dépêches ministérielles: cet offi- cier a en outre sous -es ordres vingt gmle-magasius. Du Kizlas-A«d

Europe. Fol I P. 1U 6

des Eunuques ii'^rs et ses attributions-.

4a Gouvernement

dépendent encore les fournisseurs des étoffes en tout genre pour la maison du Sultan , ainsi que le gardien ou dépositaire des dons offerts au Monarque par ses sujets et par les minières étrangers. Suivent les autres iffîoiers qui sont le maître-d'hôfel , lequel est le chef d'environ cinquante valets de chambre ou domestiques , qui ser- vent à table le grand Visir et autres ministres d'état les jours de Divan, puis le directeur de la musique militaire, Mehter-Baschi. Cette musique est composée de seize fifres, seize tambours, onze trompettes, huit caissettes, sept cymbales et quatre timbales; elle ne se fait guères entendre au palais que dans les fêtes du Bayram , et alors !e chef reste debout à la tête des musiciens les mains dans sa ceinture: elle est du double lorsque le Sultan est en campagne. La musique du grand Visir et des Pachas à trois queues se compose des mêmes instrurnens , mais réduits à neuf seulement . excepté les tim- bales : à la guerre If premier ministre, si c'est lui qui commande les troupes, a le droit d'y ajouter une grosse timbale. Le panatier en chef a sous lui environ cent-cinquante boulangers , le chef d'office une centaine de garçons , le cuisinier en chef deux^oent , et l'échan- son en chef environ cent cinquante. Les trois derniers ont le même costume qui e#t une robe de drap, avec uu bonnet haut et pointu en feutre blanc , voyez la planche ^ n-os i et £• Il est une chose à remarquer ici, c'est que dès l'origine de la monarchie, l'usage du blanc était commun aux individus de toutes le» classes. Cette couleur était presque la seule usitée sous le règne d'Osman I.er, quoique pourtant les autres fussent également permises. Sous celui d'Orcan, la milice des Janissaires prit consistance, il fut dé- cidé qu'elle porterait seule le bonnet blanc pour la distinguer du reste de la nation. Bajazet I..er étendit cette couleur aux gens du palais et aux troupes régulières, et laissa les bonnets rouges aux milices provinciales et aux gens de service des grands. L'usage du turban étant devenu géuérai sous Mahomet II. , il n^y eut plus que 5es gardes du sérail , les cuisiniers et les confiseurs qui continuas- sent à porter l'ancien bonnet. Vers la même époque le genre de coiffure varia en tout ou en partie dans les troupes et à la cour ; mais le bonnet blanc brodé en or ou en argent fut réservé aux oom- mandang des Janissaires exclusivement. Dans le nombre des personnes jattachéess an service du palais il faut encore comprendre trois cents ^Uivss grtfsaos entre tailleurs a cordonniers, menuisiers et autres.

des Ottomans. 43

Le grand Soigneur a aussi une milice ou garde du corps , dite Miiw« des Solaks , et qui est composée de quatre compagnies de Jaunis- iagtwir. saires. Chaque compagnie a un capitaine et deux lieutenans: les quatre capitaines et les huit lieutenans avec soixante gardes mar- chent aux côtés du cheval du Monarque quand ils sort en grand cortège. Les officiers Rekiab-Solak , portent une robe de velours vert doublée de peau de loup-cervier : voyez le n.° 3 de la planche 4; et l'habillement des soldat? *e compose d'une riche étoffe , et d'un bonnet décoré d'un grand panache. Ces quatre compagnies logent dans la ville comme les autres Janissaires, et fournissent toutes les vingt- quatre heures quatre hommes de garde au palais : ces troupes reçoivent une paye plus forte que les autres, et le jour de la naissance de Ma- homet une gratification de mille piastres. Les Peicks , autre troupe de cent-cinquante hommes commandés par un capitaine, sont aussi obligés de rester au palais presque tout le jour. Trente hommes de c^.s derniers marchent également avec les Solacks aux côtés du Sul- tan les jours de cérémonie : leur uniforme n'est pas moins riche que celui des premiers; ils ont un casque en bronze doré avec un panache noir, et portent une hallebarde: voyez le n.° 4 de la planche 4; et lorsqu'ils l'accompagnent à la promenade au nombre de douze, ils ont une robe de drap d'or avec une large ceinture chargée de pierreries, un oimetère garni en or, un panache sur le turban et une lance. Les Packs ainsi que les Solacks, qui étaient les gardes des Empereurs Crées, ne portaient jamais d'armes que quand ils ac- compagnaient le Sultan à la guerre. Mais depuis que Bajazet II fut tué par un Dervisch en 149a, ils ont eu l'ordre d'être toujours ar- més. Le plus ancien de cette compagnie remplit tous les ans l'of- fice privilégié de porteur de bonnes nouvelles, qui est d'aller en Arabie recevoir des mains du Schérif de la Mecque une lettre, par laquelle ce prince donne avis au Sultan de l'heureuse arrivée de la caravanue des pèlerins. Cette lettre devant être remise par lui au Sou- verain dans la mosquée se célèbre l'anniversaire de la naissance de Mahomet, il faut qu'il soit de retour pour ce jour à Cons- tantinople.

Après les gardes du corps viennent ceux du palais, qui sont au Bostandjï. nombre d'environ deux mille et cinq cents hommes , divisé- par compa- gnies, et font partie de la milice des Janissaires, Leur nom est Bostandjï qu'on croit dérivé du mot Bostan, et leur avoir été donné pour avoir converti en vergers et en jardins des terreius incultes ou couverts de

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bois , selon la signification de ce mot , qui étaient dans l'enceinte; du sérail. Ils soot à la fois jardiniers , et gardes du sérail , des parcs, des jardins et des maisons de délices impériales, et servent de rameurs sur les barques du Sultan et des officiers du palais. Lorsqu'ils sortent du sérail ils se font suivre par deux ou quatre valets de pied: voyez à la planche 5 n.° % le costume des Bostandji. Ils portent un grand bonnet d'étoffe rouge. Leur chef a sous ses ordres le Kassecki Aga i qui est son lieutenant et le plus souvent son successeur; le colonel du corps 3 l'inspecteur des forêts, le receveur des droits affectés à l'emploi de chef des Bostandji , et des rentes d'une partie du do- maine impérial; son propre agent auprès du gouvernement , on Bos- tandjiler-oda- Baschi . motif pour lequel il loge dans le palais du grand Visir , voyez la planche 5 n.u i ; le messager entre le Souverain et son premier ministre ; enfin l'officier aux incendies qui loge dans le palais de VAgà des Janissaires _s se trouve une haute tour dans laquelle il y a des gardes jour et nuit. An premier indice de feu l'officier se rend aussitôt au corps de garde de l'arrondissement le feu s'est manifesté, et après avoir reçu du chef de la compa- gnie un rapport indiquant la maison l'incendie a commencé, et s'il menace des suites dangereuses , il court à toute bride le com- muniquer an chef des Eunuques noirs , qui , à quelle heure que ce soir' du jour de la nuit, en informe aussitôt le Sultan. Il y a dans le sérail une chapelle fondée par Mustapha 1ÎI, avec une bibliothè- que qui y est annexée pour l'usage «les officiers des Bostandji. On choisit dans ce corps trois cent sous-officiers appelés Khassekl , qui doivent payer au chef un ducat chacun pour leur admission , et sa- crifier de leurs propres mains une brebis dans la caserne de la compagnie qui est dans le sérail. Leur vêtement est de couleur rouge, et ils portent un sabre avec un bâton qu'ils reçoivent du colonel en présence de la troupe : le n.° 3 de la planche ci-dessus représente un Khasseki en habit ordinaire, et le n.° 4 le même en habit de parade. Soixante hommes de cette milice font aussi partie du cortège du Monarque s et sont par conséquent considérés pomme gardes du corps. Leur chef les charge souvent de quelque mission pour les provinces. Les officiers supérieurs sont le colo- nel s l'entrepreneur des fabriques à chaux , pour le produit des- quelles il paye dix raille piastres par an au chef des Bostandji, l'intendant des pêcheries du port et des environs de Goustautioopfe, jiui |tj| «pat louées par son Général à raison de quinze mille pias^

ç>s

des Ottomans. ^5

tre3 par an, et l'intendant des vins du pays, qui (ire un revenu con- sidérable des permissions qu'il accorde aux Chrétiens et aux Juifs pour faire do vin.

On donne aux hommes de garde des Princes 3 des Princesses Baitadji. du sang et du harem impérial le nom de Baltadji , qui est dérivé du mot Balla , hache à fendre le bois qu'on croit qu'ils portaient anciennement. Ils sont au nombre de quatre cent , et dépendent du chef des eunuques noirs: les premiers de ce corps portent le titre d'échanson en chef, et sont particulièrement attachés au ser- vice du chef de ces eunuques , de son lieutenant , de son secré- taire et du chef en second. Lorsque le Sultan allait à la guerre accompagné de quelques dames de son harem, ces gardes escor- taient leurs voitures et campaient autour de leurs tentes. Il y en a trois par Cadine , et un par chaque Prince ou Princesse du sang. Voyez le n.° i de la planche 6. Le corps entier assiste aux funé- railles du Snltan , d'une personne de la famille impériale et même d'une Cadine } et ces gardes en portent four à tour le cercueil. Outre le Kislar-.éga ils ont encore pour supérieur le chef de la compa- gnie, qui a pour marque distinctive une large ceinture d'étoffe en or , et porte les ordres du Monarque au Grand Visir. Le secrétaire du Kislar-Jgà a l'administration des offrandes de la Mecque et 'le Médiue, et porte à sa ceinture une écritoire à trois tuyaux pour marque distintive de son emploi. Voyez au n.° 4 de, la même plan- che ce secrétane chez le grand Visir , le receveur générai des uV- niers provenant de ces offianHes, et le commis de ce dernier. Ces officiers, ainsi que les Bostandji , portent tous le bonnet rouge. Il y a une compagnie de cent-vingt hommes pour le service des offi- ciers de la chambre; leur uninr'orme ne diffère de celui des Baltadji que par le bonnet qui est moins pointu, et par deux tresses de laine qui leur descendent sur les joue», d'où leur est venu le sur- nom de Zuluflu : voyez les n.os a et 3 de la planche 6, est représenté un Bostandji Tchocadar ou valet de pied. Ces cent-vingt Autres gardes. hommes sont aux ordres du porte-épée , du chef de la compagnie , de trois ancieus de grade égal, et de six officiers ou Couschdji em- ployés aux messages du Sultan et du SUihdar- Aaà. Il y a toujours de service au palais une compagnie de Tcluuouschs avec un capi- taine, fesant partie d'un corps de six cent trente hommes divisés en quinze compagnies, lesquels font l'office de hérauts, et précè- dent le Sultau dan» les cérémonies publiques; voyez au n.° î de

46 Gouvernement

la planche 7 un Dtvan-TcJiavousch , et au n.° a Alai-Tchavousch. Suivent en dernier lieu les Capoudjl ou huissiers, qui sont au nom- bre de huit cent, et font la garde aux deux premières portes du sérail: voy. la planche 3. Quarante d'entr'eux ,, qui portent le sur- nom de Baba et sont commandés par un capitaine , montent la garde à l'enlrée du harem, qui est la station des Eunuques noirs. Un des plus anciens porte un escabeau garni en plaques d'argent y sur lequel le Sultan pose le pied pour monter à cheval, et pour en descen- dre lorsqu'il sort en public: voyez le n.° 3 de la planche 7. Il est encore suivi dans ces circonstances d'un personnage, qui porte au bout d'un bâton une espèce de broc plein d'eau et. enrichi de pier- reries : son nom est Coz-Bèkdji-Baschi , voy. le n.° 4 de 'a même planche.

OFFICIERS DE l' INTERIEUR ET PAGES.

Première chambrée.

Officiers JLjes sens du service privé du Sultan sont distribués en six

de f intérieur. ® r f

classes : la première est composée des Khass-Odalis au nombre de trente-neuf officiers, avec le Sultan lui-même qui fait le quarantième : nombre qui passe pour être d'heureux augure. Chacun de ces offi- ciers a ses fonctions propres. Le Silihdar-Agfi ou porte-épée peut être comparé au grand majordome de la maison impériale; il a sous ses ordres les quatre premières chambrées sans eu excepter celle des Zuluflu-Baltadji , et sous sa garde les armes particulières du Sultan , dont il porte le sabre suspendu derrière son épaule gauche quand il est à sa -oite , et appuyé sur son bras droit dans les cérémonies: voyez le u.° i de la planche 8. Le Tchocadar-Aga , ou chargé de la garde-robe suit le Sultan à la mosquée dans les grandes fêtes , et jette au peu- ple quelques poignées petites pièces neuves de monnaies en argent. Le Rekiabdar-Agà tient l'étrier lorsque le Sultan monte à cheval. Le premier de ces trois officiers est le seul qui ait le droit de porter la pelisse, et tous les trois portent le turban: ceux qui suivent ont pour coiffure un bonnet galonné en or, et pour vêtement une lon- gue robe qui se serre avec une ceinture de Casimir. Le Dulbend-Aga est celui qui a soin des turbans du Sultan; il le suit à cheval dans les cérémonies, tenant en main un turban impârial , qu'il incline

des Ottomans. 47

de temt en tems vers le peuple , lequel répond à ce geste par un saluf respectueux. A sa gauche marche un autre Kass-Odali por- tant un autre turban, qu'il incline de même. L'économe de la cham- brée et le maitre-d'hôtel du Souverain s'appellent Anathar-Agà ou garde-clef, son adjoint Pe chkir-Agà, garde des frottoirs, et son sous-adjoint Binisch-Pesehhir-Jga : celui qui verse l'eau sur les mains du Sultan se nomme Ïbrikdar-Jgà , ou officier du broc. Deux autres officiers Keusse-Baschi sont chargés de tenir propre la chambrée. La chapelle du sérail a un grand chantre Zin-Baschi , chargé d'of- ficier dans la mosquée le Sultan se rend le vendredi, et par qui est entonné le chaut qui précède la prière publique. Le secrétaire particulier du Sultan Sirr-Kiatib fait aussi partie de son cortège 9 et porte dans une grande bourse brodée en or tout ce qu'il lui faut pour écrire au besoin. Nul autre que lui ne peut avoir une écri- toire d'or à sa ceinture. Il lit au Sultan , à son retour de la mosquée, les placets qui lui ont été présentés sur son passage, et a soin de sa bibliothèque privée: voy. le n.° a de la planche 8. Quarante va- lets appartenant à trois autres chambrées, richement vêtus, ayant un sabre et un poignard à la ceinture, et armés d'un fouet avec une longue chaînette le tout en argent, fout aussi partie du cortège du Sultan: le premier d'entr'eux Basch-Tchocadar marche à la droite du Monarque la main appuyée sur la croupe fie sou cheval , et porte ses sandales enveloppées d'une pièce de ras, qu'il tient dans une poche de sa robe: voyez le n.° 3 ne la même planche: l'habillement de cet of- ficier, à l'exception des ornemens qui sont en or, ressemble à celui des autres. Le Scarikcdji-Baschi est celui qui monte les turbans du grand Seigneur, et leur met la garniture de mousseline blanche. I! y a une chambre expressément destinée pour les turbans, qui y sont rangés sur des escabeiles couvertes de plaques d'or et d'argent. L'échanson Cahvedji-Baschi ne fait que préparer le café pour le Sultan. Le Tufenkdji-Baschi ou porte-fusil, lorsqu'il esi à la chasse, lui présente le fusil , et à son retour au palais reçoit le gibier des chasseurs. Le Berber-Baschi ou premier barbier lui rase la tête. La première fois que cette opération a lieu pour un fils du Sul- tan régnant , l'usage veut que cet officier en porte aussitôt la nou- velle en cérémonie au grand Visir , qui lui fait présent d^une pe- lisse de zibeline, d'une bourse de cinq cents ducats, et d'un cheval richement harnaché. Ces dix-sept officiers de la première chambrée gont les seuls qui aient des titres particuliers» Les sept derniers et

4& Gouvernement

les oînrf pin* anciens passent ensuite au service de l'appartement appelé Mabein , et prennent le nom de Mqbe'mdjL Les officiers de la première compagnie sont obligés de monter la garde à la chapelle qui est près de leur logement, dans laquelle on conserve la robe, l'étendard ef autres reliques de Mahomet; et deux d'en- tr'eux y sont en sentinelle toutes les vingt-quatre heures, ce dont ne sont dispensés que les cinq premiers grades.

Chambrée d'i trésor.

chambrée ^'Rs pffi*?'érs ('e cette chambrée veillent à la garde des trésors

duiwor. (JU sérail, qui sont renfemés dans un vaste édifice consistant en quatre grandes salles voûtées avec de vastes souterrains au des- sous, où est renfermée une quantité prodigieuse d'objets précieux amassés dès ies eommeneemens de la monarchie, et surtour à la prise de Coustantinople ef lors de l'asservissement de la Syrie et de l'Egyte à l'empire. On suppose qu'ii s'y trouve d'anciens manus- crits Grecs et Latins; mais encore que cela fût, la superstition les fait regarder comme des talismans , qui ne peuvent être touchés ni exposés aux regards das curieux sans sacrilège. On y conserve eu outre le portrait et un habillement complet de chaque Sultan. Tous les objet-, renfermés dans ce riche dépôt sont ootés sur de gros registres revêtus de ia signature du ministre des finances, et confiés à la garde du SUihdar-A^à et du KkazLnè-Kehaja. Ce der- nier venant a être remplace, on procède aussitôt à L'inventaire de ces objets avec l'intervention d'employés au ministère de? finances : ce qui est quelquefois l'ouvrage de cinq ou six mois. Cette précaution a sans doute été prise par suite de quelqu'in fidélité qui y aura été commise. Et eu efÏH , après ia mort du gardien du trésor, qui de- vint C oubli;- Fezir aous Mahomet IV, on trouva dans sou mobi!i< r des objets précieux qui appartenaient au trésor du sérail. Le chef de cette chambrée est le Khaziac-Kehaya ou intendant du tré=or intérieur, qui a aussi l'économat du palais; il présente à la fin de chaque mois le tableau général des dépenses au Sultan, qui l'ap- prouve en écrivant au bas: plu à ma majesté impériale. A sa nomi- nation il reç.nt le sceau , dont il appose l'empreinte sur la porte exté- rieure du ué.-or. C'ert le même dont se ser\it pour cet objet Seîira I.er à son retour de son expédition d'Egypte, lequel laissa écrit de sa main } que désormais ou l'emploierait toujours pour le même

des Ottomans. 4°.

wage, à moins que quelqu'un de ses successeurs n'eut le bon- heur d'enrichir le trésor d'objets plus précieux que ceux qu'il avait acquis. Ce sceau consiste en une cornaline ronge, an mi- lieu de laquelle sont gravés ces mots: Schah-Sullan-Selim , et aux quatre coins ceux-ci : Tavekul-Ala-Kalik : résignation au créa- teur. Outre cela , cet intendant a la garde des pelisses et autres ob- jets précieux à l'usage journalier du Sultan ; et à chaque nouveau vêtement qu'on coupe pour lui, il doi: être présent et accompagner cette opération de prières et de cérémonies prescrittes à cet effet. Il ne peut jamais s'absenter du sérail, et a deux adjoints, dont un surtout est de service lorsque le Sultan va passer le printerns dans ses sept maisons de délices. Les autres officiers sont V Anathar-Aga , qui est chargé de l'entretien de la propreté dans la chambrée; le Baschi-Yazidji , ou premier délégué qui tient note de la situation du trésor et des individus composant les quatre chambrées ; le Tchantadji , mot dérivé de Tchanta qui signifie sac , lequel porte derrière le Sultan une espèce de besace de maroquin brodée en or, contenant quelques pièces de monnaie en or et en argent : voyez la planche 8 n.° 4- Le Serghoutchdjl est celui qui a soin des plu- mes enrichies de pierreries pour le turban du Mouarque. Le Ca- panitchadji , tient sous sa garde les vêtemens de gala qui sont or- dinairement doublés eu peau de renard noire, et dont le Sultan se revêt dans les grandes cérémonies: ces vêtemens ne lui sont présentés qu'après avoir été parfumés de bois d'aloès , tandis que les autres employés de la chambrée chantent des hymnes. Le Tabac-Eshi est le gardien de la vaisselle de porcelaine, et les Tufenkdji sont deux personnes qui portent à la suite du Sultan dans ses promenades cha- cune un fusil garni en or et en pierreries.

Il y a encore une autre chambrée , dont le chef se nomme Ch„,nh,^ K'dec-Kehaya , laquelle est composée d'officiers subalternes qui four- KehayT ui^eut le pain, la volaille, les fruits, les sucreries, les scherhet et eliesf°"euo'''- autres boissous pour la table du Souverain et de son harem , ainsi que les lumières pour les appartenons et la chapelle du sérail. Ces officiers fabriquent aussi des pièces de tafetas ciré, dont ils distri- buent des morceux d'une derni-aune aux pauvres blessés, pour atti- rer sur le Souverain les bénédictions de ces malheureux. La chambrée dite de campagne, parce qu'autrefois elle accompagnait le Sultan à la guerre et tenait son linge, est devenue une école d'instruction se forment les musiciens, les chanteurs, les danseurs, les bar-

Europc. Fol. I. P. III. .

&o Gouvernement

biers 3 le? baigneur? et autres. Le Basch-Coullokdji un des officiers de cette chambrée est obligé de laver deux fois la semaine, dans un grand b.issin d'argent, la mousseline des turbans du souverain: ce qui se fait au son de cantiques, que chantent en chœur les pages de cette ehimbrée.

Les chefs des trois derniers Oda , compagnies ou chambrées, sont pris parmi les officiers de la première , et figurent toujours les premiers dans la chambrée ils commencent à être de service j et il ne leur est permis de rentrer dans la première, que lorsqu'ils sont promus an grade de Silihdar-Agà. Chacune de ces chambrées a douze sous-officiers , qui ont le droit de porter en ceinture un poi- gnard garni en or on en argent; et il y a en outre dans chacune d'elles trois ou quatre muets, subordonnés au plus ancien d'entr'enx dans la seconde chambrée, lequel reste à la porte du cabinet du Sultan, lorsqu'il est en conférence secrète avec le premier minis- Mueu tre on avec le Mufti. Ces muets portent un bonnet brodé en or ,

Je service. . . . (Y>, , *

qui ditiere un peu de tous ceux que nous avons vus jusqu à présent* voyez le n.° % de la planche 9. Ils font leurs gestes avec une ex- trême promptitude, et leur langage est entendu des personnes de la cour, des dames du harem , et du Sultan qui n'a souvent besoin que de peu de signes pour leur faire comprendre ses ordres (1). Après lui il n'y a que le grand Visir, le Kehaya-Bey et les Pachas ou gouverneurs de provinces, qui puissent avoir des muets à leur ser- vice. Outre ces muets il y a aussi dans ch que compagnie trois ou quatre nains subordonnés à ou chef appartenant à la seconde cham- brée. Ces nains font le paese-tems de la cour et du Sultan, devant lequel ils prennent quelquefois des licences. Trois ou quatre d'en- tr'enx. qui sont parfuîemetit eunuques , demeurent dans le harem, et font l'office de messagers entre le Sultan et ses Cadines. Leur habillement est le même que celui des Tchavousch ou musiciens ,

(1) Les Turcs auraient-ils précédé l'abbé de l'Epée dans l'art d'en- seigner aux sourds et muets la manière d'entendre et de s'expliquer par des gestes et par des signes ? Si l'on, avait pris soin d'indiquer plus claire- ment dans cette relation le tems cette instruction 3 commencé chez les Turcs , et jusqu'à quel point elle a été portée , peut-être l'Abbé Sicard aurait-il rendu commun à d'autres le glorieux titre de nouvel Apôtre envoyé plu ciel à la nation des sourds et muets, dont il lui a plu d'honorer l'il- lustre et modeste Abbé de l'Epée. Y. Catéchisme ou etc. à l'usage def §jtyrd§'TW&h Mr 4> §h#rd> Avertissement- Paris, 170,2,

des Ottoman*. 5i

dont chacun»? de? trois dernières compagnies fournit tin certain nom- bre. Voy. le n.° a de la planche g. D<mx d'entr'eux sont aux or- dres de Silihdar-Agà , et portent ses ordres aux ch ambrées, Plu- gieurs de ces espèces de pages sont au service des officiers de l'in- térieur du palais: ce qui leur fait donner le nom de CouUouhdji ; o:> les désigne ensuite par un autre selon le ministère qu'ils rem- plisent : par exemple on nomme Tutundji celui qui garde la pipe, Cahvedji celui qui verse à boire etc. Enfin il y a dans chacune de ces trois compagnies un officier chargé de son économie intérieure, qui dispose de deux forçats ayant la chaîne aux pieds pour les travaux les plus pénibles.

Anciennement le corps des pages était composé déjeunes gens ïr«àseii, pris de préférence dans les provinces Européennes , et particulière- et on ment dans la Bosnie et l'Albanie, et ils recevaient leur première éducation dans les écoles de Galata , de Constantinoplé et d'Andri- nople , d'où ils passaient au sérail pour la finir dans deux chambrées appelées le grand et le petit Oda : ensuite ils étaient distribués dans les trois Oda inférieurs, et arrivaient successivement par ordre d'an- cienneté à la première chambrée, il y avait également pour les Janissaires, dans les eommeneemens de leur institution , des réglemens semblables qui s'altérèrent insensiblement. Les écoles de Constanti- noplé et d'Andrinople furent supprimées sous Ibrahim Ler, ainsi que le grand et le petit Oda sous Mahomet IV., et il ne resta que l'école de Galata pour les pages du service impérial. Ils sont di- visés eu trois classes sous la surveillance d'un eunuque blanc, quj est dans la dépendance du SUlhdar-Agà . Le Sultan visite cette école tous les deux ou trois ans; et d'après les informations qui lui sont données par le grand majordome de sa maison, il choisit dix à douze de ces élèves qui le suivent au sérail, ils sont mis dans Tune des trois dernières chambrées. Quoiqu'il faille pour cela avoir été élevé dans l'école de Galata, la faveur a néanmoins fait recevoir pages directement de jeunes orphelins de familles distin- guées et sans fortune. Us sont inscrits dès leur bas âge sur un rôle à ce destiné , et à neuf ou dix ans ils entrent dans un des trois Oda infé- rieurs , le Silihdar-Jgà leur procure un avancement rapide. Le liombre de ces pages s'élevait autrefois jusqu'à raille; à présent il n'est que de six cent, dont un tiers à Galata et le reste au sérail. Maho- met II et Selim III fesaient , dit-on, tirer l'horoscope de ces jeu- i>es gens avant de les admettre. Leur logement est près de Papparr

G OU VERNEMZKT

tement impérial nommé Mabein. Excepté les principaux officiers qui ont un pavillon séparé, tous tes individus composant un Oda dorment ensemble dans une grande salle appelée coghosch. Ces saU tes ont sur les côtés des espèces de tribunes formées de barreaux, qui sont occupées pa: les plus anciens, Un des premiers officiers de la chambrée a une petite chambre avec une fenêtre vitrée au fond de la salle. Les visites que le Sultan fait quelquefois dans ces sal- les, fout qu'on les décore richement, surtout la première il pas-e une partie de la nuit qui précède la première fête du Bey- ram à entendre réciter des discours sur des points de morale et de philosophie, et à voir des jeux exécutés par des pages de tontes les chambrées. Il y avait près de ces logemeus pour l'usage des pages une mosquée avec une bibliothèque, dont Amet III posa en 1719 la première pierre en présence des grands de sa cour. Il y a e>u core un bain particulier pour les quatre Oda , et un cinquième bain pour leurs premiers officiers» Disetpthic L'heure du lever et du coucher , le tems de la récréation et la

fi.es p.ajes. .,.,;,,, , A - , .

matière des éludes sont encore les mêmes qu anciennement. Les jeu- nes gens des trois derniers Oda se lèvent dans toutes les saisons deux heures avant l'aurore a et peuvent se coucher de nouveau après la prière du matin, mais seulement depuis le i.er avril jusqu'au i.eF juillet. L'officier chargé de l'entretien de la propreté dans la cham- bre donne le signal du lever par trois coups de marteau , qu'il frappe sur une plaque de fer suspendue à une colonne, et annonce de la même manière l'heure du silence après la cinquième prière de la journée, c'est-à-dire environ deux heures après le coucher du so- leil. Chaque chambrée a ses professeurs qui donnent des leçons pu- bliques , et de plus un aumônier et trois chantres. Tous les jeudi on fait, pour la conservation du Monarque, des prières qui se ter- minent par des anaihèmes contre ses ennemis et contre les traîtres de la religion et de l'état. Les chefs tiennent îa main à l'accoin-

G.

plissement rigoureux des pratiques de la religion , et veillent atten- tivement aux études et au maintien de l'ordre et de la décence, même dans les momens de récréation, car il arrive souvent de voir paraître à l'improviste le Silihdar-Agà déguisé. La paye des of- ficiers de îa première chambrée est fixée à mille piastres par an., outre un habillement en étoffe d'or; le jour de leur admission ils re- çoivent mille autres piastres, plus une pelisse eu zibeline, un ha- \}\\\QU\m% pomplet , e| une, arrnure de la valeur de deux mille nks^

des Ottomans. 53

très. Les pages des trois autres chambrées n'ont que soixante pias- tres par au; ils reçoiveut en outre en y entrant une gratification en argent qui e&t , savoir; île quarante-cinq piastres pour ceux du second Oda , de quarante pour ceux du troisième et de trente-cinq pour ceux du dernier, à quoi se joint quelqu'aulre gratification dans l'année et à l'ascension de Mahomet. Les pages de la qua- trième chambrée ont le privilège d'offrir au Sultan , le i5.e jour du ramazan , une boisson composée d'ambre gris, d'essence d'aloès et autres sortes d'aromates, et de lui présenter sur un bassin une quarantaine de longues phioles: ce qui leur vaut une gratification de mille aspres ou huit piastres et un tiers par tête. Cette offrande se fait d'après l'ancien usage ils sont de présenter sur un bassin un placet au Sultan, qui l'approuve par deux mots écrits de sa main. Une autre offrande plus simple lui est encore faite dans d^es vases de porcelaine par les pages de la troisième chambrée, c'est celle de la première eau pluviale tombée dans le mois d'avril , et qui passe pour avoir une vertu salutaire; s'il arrivait qu'il ne plut pas dans ce mois, l'offrande se fait avec de l'eau de l'année précé- dente qui est conservée à cet effet avec beaucoup de soin. Les pa- ges par qui s'accomplit cette cérémonie reçoivent aussi une gratifi- cation de mille aspres chacuu.

Les officiers et les pages dont nous venons de faire mention lo- Cm pages. gent au palais et vivent tous dans le célibat; et il n'y a que le dans le eèi>bat SlliJidar-yégci et le gardien du trésor à qui il soit permis de loger des emploi, en ville et d'avoir un harem , ils ne peuvent aller qu'une fois gouvernement par semaine et pour peu d'heures dan» la nuit du jeudi au vendredi. Dans les commencemens il suffisait aux pages d'avoir servi sept ans dans un oda , pour être promus chacun selon son grade aux charges de l'état. Ceux de la première chambrée devenaient le plus sou- vent Capoudij-Baschii les autres passaient dans la cavalerie. Mais depuis quelques soulevemens arrivés dans cette arme lors des catas- trophes d'Osmann II et d'Ibraim I.er , ils ont été privés de cps pri- vilèges, et n'ont jamais pu le? recouvrer maigre leurs réclamations. A présent, lorsqu'il arrive à un Kass-Odali , ou autre des grades su- balternes de demander son congé pour cause d'infirmité ou à raison de son grand âge, on lui aceonle moyennant la protection du sérail un petit emploi. Quant aux officiers de la première chambrée ils par- viennent aisément aux chaînes les plus éminentes,, et il n'est pas rare de voir un Sllihdar-A^a aller prendre le gouvernement d'une

54 Gouvernement

province avec le -titre de Pacha à trois queues: quelques-uni «ont même devenus touf-à-ooup grands Visirs. H^.T'V.'drs ^ft harem impérial a une garde d'environ deux cents eunuques

ê» harem, noirs appelés Aga, qui sont sous les ordres du Kizlar-Aga ou /igrt tles filles, lequel a en même, tems le commandement du corps deg BalladjL Ce dernier emploi . ainsi que nous l'avons déjà observé, lui donne beaucoup de considération , parée qu'il a en même tenu l'administration des offrandes religieuses qui se t'ont à la Mecque et à M'edine , et de celles faites aux mosquées de la capitale et des pro- vinces. Ses enseignes sont les mêmes que celles des Pachas à trois queues, et il est le seul officier du palais qui puisse avoir de jeu- nes captives à son service. C'est par son entremise que se font les messages entre le Sultan et le grand Visir : en cas d'exil il se re- tire toujours en Egypte, ( voyez le n.° 3 de la planche 9 ) , et alors il est remplacé par le trésorier, ou par le commandant du vieux sérail, ou bien par celui de Médine. Le chef eu second se nomme Khazinedar-Aga ou intendant, lequel est chargé de l'économie du harem et de celle de la compagnie des Baltadji ; il rend ses comptes tous les trois mois au trésorier en chef de la seconde chambrée , et a également le rang de Pacha à trois queues. Vient ensuite un autre premier officier qui est le Busch- Mussahib , lequel est toujours au- près du Sultan pour porter ses ordres au Kïslar-Aga. Huit ou dix officiers plus anciens appelés aussi Mussahib, sont en outre de plau- ton deux à deux pendant ving-quatre heures dans l'appartement du Sultan, pour transmettre ses ordres à la Sultane: ces officiers de- viennent ordinairement cornmaudans de Médine. Quatre autres, de grade inférieur, finissent souvent par être Gouverneurs du vieux sé- raih Ces malheureux Africains subissent dans leur enfance l'ampu- tation totale des parties géuitales : cette opération est le plus sou- vent mortelle , et le moyen le plus ordinaire qu'on emploie pour les guérir est de les tenir enterrés dans le sable jusqu'à la ceinture pendant vingt-quatre heures. Leurs parens se déterminent à les sa- crifier aiusi aux caprices de la jalousie dès voluptueux Musulmans, pour en tirer un prix plus avantageux. Les gouverneurs des provin- ces , et particulièrement celui de l'Egypte, se font un devoir d'en- voyer des Eunuques en présent au sérail. Les grands du premier or- dre ont aussi le droit d^en avoir deux ou trois pour le service de leur harem. Voyez la planche 9 u.° J\,

des Ottomans. 55

Les Eunuques blancs , auxquels on fait une opération moins dan- gereuse, sont au nombre de quatre-vingt. Ils ont pour chef le Ca- pou-Aga , et un autre officier distingué nommé Khass-Oda-Baschl , qui tient près de lui un des sceaux de l'empire ayant la forme d'un anneau, dont on se sert pour marquer les objets les plus précieux de l'appartement du Sultan 3 tels que les phioles l*on conserve l'eau qui a été bénie en y plongeant un morceau du manteau de Mahomet, et dont le Sultan fait des distributions à certains grands le i5 du ramazan. C'est lui en outre qui revêt du cafetan en pré- sence du Monarque les personnages anxquels cette distinction est accordée, et il se tient à peu de distance du sopha la main droite appuyée sur un bâton gnai en lamesd'oret d'argent pendant qu'on rise les cheveux au Sultan : cérémonie à laquelle assistent tous les officiers du service rangés en file et 1rs mains dans la ceinture. Les autres officiers de cette compagnie sont le Serai-Aça , qui a le commandement dans le sérail lorsque le grand Seigneur se trouva à quelque maison de plaisance ; le Khazinedar-Baschi qui en est l'économe, et rend ses comptes au chef de la seconde chambrée, et le Kilerdji- Baschi qui tient les registres des dépenses de la cui- sine et des uffirer? du palais.

Le logement des Eunuques noirs est près du harem, et celui Leur liment des blancs derrière la porte dite de la Félicité. Ils ne peuvent ja- avwictmmt. mais s'absenter du sérail , et y restent par conséquent jusqu'à la mort. Les Eunuques biaucs n'ont d'autre avancement à espérer que le grade de commandant de l'école des pages à Galata , .et ensuite celui de Capou-Aga. Pendant trois siècles le Capou-Aga a été le premier officier du palais , et il ne sortait de cet emploi que pour prendre le gouvernement d'une province, qui était ordinairement l'Egypte. Plusieurs Kadim ou eunuques sont parvenus jusqu'au grade de grand Visîr, pour avoir montré des talens et des connaissances dans l'art militaire. Le plus célèbre de tous a été peut-être Gha- zanfer-Aga, Hongrois de naissance. Ayant été fait prisonnier dès sou bas âge il fur élevé parmi les pages du serai i , et embrassa ïe Mahométisme. Pour complaire à Selim l.er qui voulait le faire officier des eunuques blancs, les .-euls alors admis au service im- médiat du Sultan, il se soumit à l'opération requise pour cela; bientôt après il fut promu à l'emploi de Capou-Aga, qu'il conser- va trente ans sous Selim II , Amurat et Mahomet III; et il avait acquis enfin beaucoup de crédit et une grande prépondé-

56 GoUVEHNEMENT

ranoe dans les aff.irei publiques lorsqu'il périt en i6o3 dans une émeute militaire. Depuis lors cet emploi a perdu de son influence et de son autorité eu face de ceux de Kizlar-Aga , et de S'dihdar- Aga , qui ont pris sur le premier plus ou moins de supériorité , se- lon le degré de faveur de ceux qui en ont été revêtus. Il n'y a «u que deux S'diJi.dar-Aga , qui, sans perdre leur emploi au palais, sont parvenus, l'un sou? le règne d'Amnrat IV, et l'antre sous celui d'Ibrahim, au grade de Coubbè-Pisir ; le dernier, devenu grand ami- ral, commanda la première expédition contre l'île de Candie; et ils t^eAi continuèrent pas moins encore l'un et l'antre, dorant leurs nouvelles fonctions , d'être subordonnés aux Capou-Aga , dont la préé- minence cessa en 1710 pour une cause qui mérite d'être rappor- tée. Osman-Aga , chef des eunuques blancs, homme arrogant et barbare, tenta de rendre à sa place son ancien lustre. Jaloux de conserver la faveur dont il jouissait, le Sïlihdar- Ali- A ga chercha de son côté à le perdre ; et un jour qu'Achmet 111 se proposait «le faire une course à Sad-Abad, ou au lieu appelé les Eaux douces , Osman osa défendre au Sïlihdar d'entrer dans le cotchi ou carrosse du Sultan , avec menace fie le faire écorcher vif en cas de déso- béissance. Arrivé à la barque son équipage t'attendait, Achrnet apprend qu'Ali allègue divers prétextes pour ne pas l'accompagner , et sans vouloir les écouter il l'oblige à monter en carrosse et à lui expliquer le motif de ce refus étrange. Sur l'exposé que lui en fait celui-ci, le Sultan n'est pas plutôt descendu à terre qu'il signe un décret, par lequel il ôte au Capou-Aga le commandement de si cour et le donne au Sïlihdar- A ga : disposition qui a été maintenue jusqu'à présent par ses successeurs. Ce même Sïlihdar, sous le nom de Damad-Aà-Pascha , se rendit fameux dans la suite: car étant parvenu jusqu'au rang de grand Visir, il épousa une des filles du Sultan même, enleva la Morée aux Vénitiens en 1716, et périt à la journée de Petervaradin si glorieuse pour le Prince Eugène. Durant tout le tems de son ministère , il ne cessa pas de travailler sous main à l'abaissement et à la ruine des Eunuques noirs; il la sollicita même d'Achmet avec instances, mais le Sultan ne jugea pas à propos de déroger à un us3ge déjà établi. Après la mort de leur puissant adversaire, les Kizlar-Aga occupèrent la place des Capou- Aga, et les remplacèrent dans l'administration générale des biens sacrés _, tant des deux villes saintes de la Mecque et de Médine, que d'une grande partie des mosquées. Le Kizlar-Aga doit donc être

DES Oi'TOMAîi'S, 5?

regardé comme la premier officier du palais ; et en eff-t ou lui donne maintenant le titre de grand Àgà ; il vient immédiatement après le grand-Visir et le Mufti , et prend une autorité absolue durant la minorité des Monarques qui ne montrent pas de fermeté /. ce qui est souvent la cause des plus vives altercations eutre lui et le grand Visir.

Les places du Kizlar-Jga , du Capou-Aga , des Silihdar , Tcho- cadar , Rekiabdar-Aga , et des chefs des trois dernières chambrées sont à la nomination du Sultan, qui installe ces dignitaires dans leurs fonctions en les fesant revêtir d'une pelisse de zibeline en sa présence: de cette manière il ne dépendent plu* du grand Visir comme ceux dont ce premier ministre a la nomination } et communi- quent directement avec le Sultan pour tout ce qui a rapport à leur emploi. La cour, pour être complette , doit avoir un corps de troupes de douze mille hommes appelés Kiliâji , c'est-à-dire du sabre, qui est la marque distinctive de l'état militaire; celui des Janissaires avait été porté par Mahomet II à douze mille, d'après une opinion re- ligieuse qui rend sacré le nombre de douze mille Musulmans ar- més pour la foi. Ce nombre varie néanmoins comme celui de la milice, selon les circonstances et les vues économiques du Souverain,

Harem impérial.

Malgré le désir que nou9 avons dTétre succincts dans cette des» criptioo, nous ne croyons pas pouvoir la restreindre dans Ses limites que nous nous étions d'abord proposées. Les particularités dans lesquelles nous devons entrer étant d'une nature propre à intéresser la curiosité des lecteurs, nous craindrions de tromper leur attente si nous en omettions quelques-unes j d'un autre. côté le costume des- Turcs est si différent de celui des autres peuples en général , qu'on ne peut établir aucune comparaison entre l'un et l'autre, ni met- tre beaucoup de confiance dans les conjectures qu'on pourrait for- mer sur l'état des choses, comme il serait permis de le faire en cer- tains cas sans crainte de se tromper. Cela posé, nous pensons que ce serait manquer à notre premier but, que de nous exposer , par trop de concision , à omettre quelques détails intéressans dans la descrip- tiorô du harem impérial dont nous allons nous occuper. Le mot harem, qui signifie lieu interdit, sert à indiquer l'habitation sé- parée des femmes ainsi que les femmes elles-mêmes qui s'y trouvent s

Europe. Fol. I. F. III. &

53 Gouvernement

et Pépithèfe impérial exprime de quelles femmes on doit l'enten- dre. Les premiers Monarques Ottomans épousèrent des Princesses Mahométanes ou Chrétiennes, Orcan se maria avec Niloufer-Khatoune fille d'un Prince Grec, et Théodore fille de l'Empereur Gmtaeu- zène. Amurat I, * s'unit avec une princesse de Bysance fille d'Em- manuel II, Bijazet eut trois femmes, l'une qui était fille du souve- rain du Kermeyan, l'ao're Princesse de Bysance , et la troisième, appelée iYJaiie, princesse de Servie, qui tomba avec son mari au pouvoir de Tarnerlan, Mahomet I,er prit une princesse de l'Elbistan, et Amurat II une princesse de Gastemoni , et Irène fille de Geor- ges despote de Servie, Enfin Mahomet II se maria avec une prin- cesse de l'Elbistan, et avec une autre de la Caramanie. Trois Sultans ont accordé leur main à des filles de leurs propres sujets, savoir; Osman Ler à la filie du Mufti Scheykh-Edebali , Osman II à celle du Mufti Essad-Efendi, et en 1647 Ibrahim à une des femmes de sou harem , à laquelle fut donné le nom de Scah-Sidtane. D'au- tres Souverains n'ont plus contracté mariage, mais bien certaines alliances dites de conscience; motif pour lequel ils ne tiennent plus maintenant daus leur harem que de jeunes captives. Lt plu- part de ces femmes sont achetées, d'autres ont été données en pré* Eieiwet sent par des Sultanes, par de grands magistrats et par des gouver- neurs de provinces. Ceux qui se proposent de faire un présent de ce genre choisissent les jeunes filles que la nature a le mieux partagées de ses faveurs, et les font élever avec les plus grandes précautions; et lorsqu'elles ont atteint l'âge de dix à onze ans, pu les conduit au sérail magnifiquement habillés. Les esclaves qu'où achète pour le compte du Prince sont choisies par le chef de la douane de Constantinople , et ce choix ne tombe que sur celles qui put ie plus d'attraits: ces nouvelles esclaves sont destinées à occu-*- per les places vacantes daus les classes inférieures du harem. Tour- tes ces femmes, achetées ou envoyées eu présent, sont visitées par une femme chargée de ce soin avant d'entrer au sérail , et le moin- dre défaut corporel suffit pour les faire exclure, Les esclaves ache- tées par les maîtresses destinées à cet effet sout instruites dans^ la feligion Mahoroétane, et on leur apprend à lire, à écrire, à coudre et à broder, et même la musique et la danse quand elles en mon^- frent le desjr. Leur service an harem ne commence qu'après cette espèce de noviciat, et ce service comprend cinq classes de fem-r [pas qui «ont, les Cffdjnes , les Gwdikli , les OuHQ , les Sçhfiguirde

$u harem.

T) E S O $.T OMAN S. 5g

Les Cadine.i sont comme les favorites du Sultan ; ans-i son? elles ç« <7n« *<■>«» traitées comme l'étaient autrefois les sultanes. Leur nombre est hxé à quatre î quelques souverains se sont néanmoins écartés de cette règle, tels que Mahomet I.er tfui eti eut six , et AbdnUAmid qui sur U iîn de son règne en compta jusqu'à sept î abus pour lequel , comme pour les dépenses excessives de son harem dans des teins oalami- teux , il s'attira la censure publique. Ce» femmes se distinguent par première, seconde Cadine etc. selon leur ancienneté, Avant Amet îll , celle qui accouchait d'un Prince portait le nom <le Kasseki" Sultane, et de Kassvki- Cadine si c'était une Princesse. Lorsqu'une e-cUvii est élevée au rang de Cadine , elle est introduite dans l'ap- partement du Sultan au harem, et revêtue d'une pelise de zibeline par la grande gouvernante, puis elle va baiser la robe du Monar- que qui la fait asseoir près de lui. Le même jour elle prend pos- session d'un logement séparé , elle est servie par de jeunes captives et par des effieiers qu'elle n'a pas le plaisir de voir, Plusieurs Sultans ont néanmoins épousé leurs esclaves avant de les déclarer C a dînes 3 par scrupule de conscience; car la religion ne permettant pas de mettre en esclavage une personne libre et Ma- hometaue , l'union d'un maître avec une esclave n'e*t regardée nom- me légitime (pie jusqu'au moment l'on a la certitude, que l'es- clave n'est ni Mahornétane ni libre. En cas que cela fut, et que le maître voulut continuer à vivre avec elle, il devrait, pour ne pas avoir de remords, l'affranchir et l'épouser; ce mariage exige également de la part du Sultan qu'il affranchisse l'esclave qu'il vent épouser, et cela se fait sans appareil en présence du Mufti. C'est ainsi qu'en ont agi, il n'y a pas long-tems, Mustapha III. , et Ab- dul-Amid. La Cadine n'acquiert par ce mariage aucun avantage sur ses compagnes, mais seulement un droit à des égards particuliers.

Les GucdiUi ou stipendiées sont des jeunes filles attachées au ZmTJWîMj service personnel «lu Sultan, et qui portent des noms analogues ^Calh»"!"' à leur emploi , tels que ceux d'intendante de la table, de ia garde* robe etc. Chacune des douze plus jeunes a un emploi correspondant à celui des officiers de l'intérieur appelés Kdss-Odali , qui vent dire destinés au service particulier du Souverain , et appartenant à la chambre. C'est parmi ces jeunes filles, ia fleur du harem, que le Sultan lui-même choisit celle qu'il veut substituer à une Cadine lorsqu'elle est morte ou reléguée dans le vieux sérail , et quelquefois il n'a pas scrupule de commettre avec quelqu'une d'elles quelqu'infi»

6o Gouvernement

délité anticipée, La favorite prend alors le titre â'flcbal, ou de Kass-Odalik , fille de la chambre du Sultan: cependant elle n'en •continue pas moins à vivre avec ses compagnes, jusqu'à ce qu'elle se trouve enceinte , et alors elle passe dans l'appartement im- périal. Quand an nombre de ces jeunes filles, les Sultans n'ont pas teBU de règle fixe', les uns en ont eu autant que cela leur plaisait, les autres en changeaient souvent: plusieurs en ont eu plus ■de trois cent dans le cours de leur règne. lie titre de Cadine ne se donne qu'à une ou deux femmes de celte classe , dont le Sul- tan ait déjà eu quelqo'enfant. De tous les Monarques Ottomans ce- lui, dit-on s qui a montré le plus «le passion pour ces sortes de plaisirs a été Âmurat III, qui se vit père de cent-trente enfans, et laissa en mourant, vingt-six garçons et vingt filles. Mais au«si il avait quarante Kass-Odalik , et eut peine à ge contenter de ce nombre aux prières de sa mère, qui en concevait des inquiétude?. Cependant depuis Ma- homet I.er les Sultans ont considérablement restreint leurs désirs sur ce point (/ et se sont fait un règle fondée sur des vues sages d'éco- nomie, et sur une sorte de respect pour l'opinion publique. [.es autres Les Oustci ou Klafa sont les femmes attachées an service de

la Sultane mère, des Cadines et de leurs enfans; elles sont parta- gées en compagnies de vingt à trente, et portent, le nom de la per- sonne à laquelle elles obéissent. Les Schaguirde ou novices remplis-/ sent les postes vacans dans les classes des Guedikli et des Ou$ta. Les autres femmes du harem, qui sont les Djaryê ou simples es- claves sont sacrifiées dans les plus bas emplois, et il est bien rare qu'elles changent de condition. Comb^ Le harem impérial est donc composé de cinq à six cents fern^

feiZiesdlm mes esclaves de diverses nations de l'Asie, de l'Afrique et de i'Eu- stqueUy lont '"ope, qui ne savent pas même de qui elles sont nées. Elles portent h un emploi*. tj*autres noms que les femmes libres, tels que ceux à? Bayeti ou la vivifiante, de Safay ou la charmante, de Dilbetti ou qui enchaîne le cœur, de NourUabo, ou l'aurore, de Guabahar ou la rose du prin- tems et ainsi du reste. Elles sont sous les ordres d'une espèce de gou- vernante appelée Kehaya-Cadine, que le grand Seigneur désigne lui- même parmi les Guedikli les plus anciennes. Cette gouvernante porte pour marques distinctives un bâton de commandement garni de la- pies d'argent, et un anneau impérial dont elle appose l'empreinte Êur diverï meubles de l'appartement du Snltan. Les Cadines mêmes |a îraitent avec beaucoup d'égards P et l'honorent du tjtre de mère

G.Bussidù. me.

des Ottoman 3. 6r

on Validé lorsqu'il n'y a pa9 de Sultane mère vivante. Elle a une sous-gouvernante avec le titre de trésorière Kocazinedar-Ousta , la- quelle est chargée du soin de la garde-robe, de l'économie du ha- rem , et d'accompagner les dames du sérail aux maisons de plai- sance où elles passent l'été , tandis que la première gouvernante de- meure en ville avec le reste du harem. L'habitation des femmes au sérail est entourée d'un mur épais, qui n'a qu'un seul accès fermé par deux portes en bronze et deux en fer. Des eunuques noirs sont de garde nuit et jour à cette entrée, et leur chef même ne peut pénétrer dans l'enceinte sans un ordre exprès du Sultan. Au centre du harem s'élève le pavillon du monarque, dont les principales pièces sont la chambre à lit et la salle du trône. Ce lit, qui se trouve dans une espèce d'alcôve élevée , est composé de coussins de ras, garni en or et enrichi de perles fines; le reste de l'ameu- blement consiste en un sopha d'étoffe d'or. C'est dans la salle du Saiieduuâne troue que le Sultan reçoit les princesses du sang et les Cadi- nes , et que se célèbrent en grande partie les fêtes civiles et reli- gieuses. Cette salle, dont le plafond est doré, est ornée de riches sophas et décorée aux quatre coins d'autant de trônes tout éclatans d'or et de pierreries. Derrière le pavillon il y a un édifice com- posé de treize chambres à l'usage de garde-robe, nommé Je trésor du harem , et dont la sous-gouvernante a la surveillance. A peu de dis- tance de est la salle du bain, qui est pavée eu marbre, et dont le plafond est soutenu par des colonnes de porphyre. Les Guedk- kli sont les seules admises au service du Sultan daus ce lieu. Voy. la planche 10 (i).

Une vaste rotonde conduit d'un côté au pavillon impérial, et iWitatto* de l'autre à ceux des Cadines. Ces derniers , disposés autour de cette salle, se composent de dix à douze chambres; et l'ordre de ces loge- mens est réglé selon l'ancienneté de celles qui les occupent. Ceux de la gouvernante et de la sous-gouvernante sont un peu plus en ar- rière , et plus loin encore habitent les Guedikli , les Quetà, les Scha- guirde , et les Diarye dans des corps de logis séparés. La gouvernante et les Cadines ont chacune un bain particulier : il y en a un autre commun et chauffé nuit et jour pour toutes les autres femmes. Les Cadines se voient rarement entr'elles, l'étiquette ne leur permet-

(i) Dans les bains du Mahein et du Sunnet-Oda il est servi par des officiers et des pages.

Leur traitement :e/.u

^a G O U V £ R tf K M K N T

tant de se faire visite qu'à certains jours, et elles ne penvent se trouver fréquemment ensemble sans une permission du Sullan onde la gouvernante. Leur habillement est le même que oe|ffi des prin- cesses du sang; elles portent les unes et les antres des agrafes en- richies de pierreries, des manches doublées en dehors jusqu'au coude, une touffe de cheveux sur le front, et de beaux schals de Oaoh— mire dans lesquels elles s'enveloppent ou qu'elles se mettent en cein- tnre, ou dont elles se couvrent la tête et les épaules. Les lkbale s'habillent de riches étoffes qui en hiver sont doublées. Les Gae-iï- kli et les Oasta portent de longues robes qui ne peuvent être dou- blées ; elle* se roulent aussi un schal autour des reins comme les précédentes , ou se mettent une ceinture avec une agrafe en or sou- vent enrichie de pierrerrèg.

Le traitement de Cadines est proportionné à leur rang. La

ci celui . , * ' «

des esclave, première en dignité reçoit dix bourses par mois, ou soixante mille piastres par an (i), et les autres une bourse de moins par grada- tion. La gouvernante en a cinq et la sous-gouvernante trois. Ces sommes sont payées par la caisse des revenus de la Mecque et de Médine, dont le chef des eunuques noirs est l'administrateur. La gouvernante reçoit en outre depuis 1689 une pension annuelle de sept mille et cinq cents piastres assignée à cet emploi par Soli- man lt. Les GuedUkli , fussent-elles môme lkbale, reçoivent tous les trois mois une pension de deux cent-cinquante piastres, les Ousta, de deux cent, les Schagulrde de cinquante , et le Djariye de trente, et toutes sont payées par la douane de Constantinople. Toutes les femmes du harem ont en outre une gratification aux deux fêtes du Beyram > le jour de la naissance de Mahomet , ainsi qu'au départ du Monarque pour sa résidence d'été, et à son retour en ville. Si une Cadine devient mère, indépendamment des présens magnifiques qui lui sont faits, elle a un traitement de trente ou trente-ciuq mille piastres par an. Le plus généreux de tous les Sultans envers son lu- rem a été Àbdul-Amet; rien ne lui coûtait pour satisfaire le ca- price de ses Cadines en fait de parure: ce luxe fut pris pour exem- ple dans le harem des grands, mais il disparut à la mort de ce Priuce , auquel il coûta peut-être quinze millions de piastres.

(1) Notre auteur nous apprend que la piastre Turque vaut mainte- nant un peu plus d'un franc , ou d'une livre tournois.

D F. S 0'1'TOMAX 8. 63

Le Sultan voit tous les jours une Cadine , et chacune à son tour; et celle dont c'est le tour se trouvant indisposée, il n'en voit pas d'autres durant vingt-quatre heures. Lorsqu'il passe la nuit au harem il couche dans son appartement , et si quelque Cadine est invitée elle s'y rend dans la journée: l'imitation ayant eu lieu avant le souper elle s'assied à une table séparée, car il n'y a que les Sultanes qui soient admises à celle du Monarque. Rarement il va faire visite à une Cadine, à moins qu'elle ou quelqu'un de ses en- fans ne soit malade. La chaussure qu'il prend pour entrer dans le harem a des talons en argent , afin que leur son avertisse les fem- mes d'éviter sa rencontre, attendu que ce serait lui manquer de res- pect que de se trouver sur son passage (r).

Il règne dans le harem une uniformité perpétuelle , qui n'est interrompue ^qn'à l'occasion de l'accouchement «le quelque Ca- \ dîne. Q»i événement donne lieu à certaines cérémonies d'un usag;e d fort ancien. Trois jours après être accouchée , la Cadine est trans- portée dans une chambre magnifiquement meublée 3 et tapissée eu ras cramoisi , avec un sopha aussi en ras couleur céleste et richement brodé. Le lit elle repose est fermé avec des ri- deaux de ras cramoisi parsemés de rubis, d'émeraudeâ et de perles fines, et soutenus au quatre coins par quatre pommes en argent éga- lement chargées de pierres précieuses: et au dessus de ce lit pendent douze grosses houpes de perles et de rubis. L'accouchée ne peut pas tester oans cette chambre plus de six semaines, au bout desquelles tout est déposé dans un magasin , et n'en est plus retiré qu'à l'oc- casion d'un autre aocouchemeut de la Cadine à laquelle cet ap- pareil est exclusivement réservé; les dépenses auxquelles donnent lien ces sortes d'évèuemens ne sont pas très-onéreuses, attendu que les pierreries qui y sont employées restent toujours au trésor f-i).

Voici maintenant le cérémonial de visite. Aussitôt que la Ca- dine es! (iaus la chambre dont on vient de parler, la gouvernante " écrit aux Sultanes mariées et aux dames des principaux personnages tu» billet d'invitation, qu'elle accompagne de vases de porcelaine

Quani le Sultan pifile les Gadines.

Cérémonies

l'occasion de, iccoucliement une La dais.

Visite, l'accouchée;

(i) Il en est de même quand le Sultan se promène dans les jardins du sérail , et toute transgression en cela serait sévèrement punie.

(2) L'auteur que nous avons cousulté dit avoir vu en 1799 chez le fouaillier du sérail quatre-vingt brodeuses presque toutes Chrétiennes oc- cupes à ces ouvrages.

Jîêjouhsances

mi harem

dans celte

tiicoiislautc.

6j| Gouvernement

pleins de scherbet. Les daines invitées, excepté les S.ilt ânes, se réu- nissent ch"z la femme du grand Visir, et sont conduites avec elle en carrosse au tu rem. Ayant été introduites dans ta chambre de la nouvelle accouchés , elles lui adressent leurs félicitations , et bai- sent le bord de la couverture de son lit, ensuite elle3 vont s'asseoir sur le sopha. Quelques instans après entrent les Sultanes et les au- tres Cadines ; et après avoir fait leurs . complimeos à l'accouchée^ elles moulent dans une tribune en face du lit, et qui leur est ré- servée pour ne pas être confondues avec les autres femmes. Durant celte cérémonie, deux jeunes captives tiennent ouverts (es rideaux du lit, au pied duquel est assise la sage-femme à côté de la nour- rice qui tient dans ses bras le nouveau-né , tandis que d'autres es- claves charment l'oreille des sons d'une douce harmonie. Le ha- rem et le reste du palais est illuminé en signe de réjouissance; mai* c'est dans la vaste rotonde dont nous avons fait mention plus Innt 9 que cette illumination est la plus brillante et la plus magnifique.

C'est que les jeunes filles du harem s'abandonnent à tous les transports de la joie. Tantôt travesties les unes en Musulmans , les autres en Européens, elles représentent une audience publique donnée par le grand Visir à un ministre étranger, pour intimer une déclaration de guerre à sa cour au nom de la sublime Porte s et en même tems elles feignent de l'arrêter et de l'escorter avec des ris et des huées. Tantôt habillées en prêtres , un encensoir à la main , et chantant les Kyrie, que les autres répètent avec des éclats de rire, elles tournent en dérision les funérailles des Grecs. Tantôt enfin elles imitent des officiers de justice fesant donner la bastonnade sous la plante des pieds aux maladroits qui se laissent surpendre en flagrant délit. Quelquefois elles ont porté la licence dans ces sortes de passe-tems jusqu'à plaisanter le Sultan même. Abdul- Aniet , par pur esprit d'économie , avait défendu aux femmes de porter certains manteaux avec de hiuts collets. Un jour qu'il était à se promener incognito, il rencontra quelques femmes qui avaient transgressé sa défende, et en fut si irrité qu'il voulut raccourcir de sa propre main leurs collets. Peu de tems après, voilà que les jeu- nes fiHes du sérail imaginent de contrefaire cette scène, à l'occasion de la naissance de la priucesse Kabia en 1780. Une d'elles habil- lée en Sultan s'élance sur un groupe de ses compagnes, et leur coupe leurs collets ; ce qui leur fait prendre la fuite çà et en poussant des cris affreux. A cette scène étaient présentes dans une

re/oaissa/i-uKS } tl rèc&j Cnu du bereeuu.

DES OxiOMANS, 65

tribune grillée les Cadines et les Sultanes avec AbJul-Amet lui mê- me qui s'en amusa beaucoup.

Ces réjouissances durent jusqu'au lendemain ; mais elles cessent F[n ,}es le sixième jour après l'aceouclieme nt pour l'importante cérémonie de ia réception du berceau. C'est le grand Visir qui en l'ait hom- mage, et un nombreux cortège composé des ministres d'état et d'of- ficiers l'accompagne au sérail. Ce berceau, qui est tout en or et enrichi de pierreries, est eu outre décoré d'une plume de la plus grande rareté, si l'enfant est un Prince, et porté en cérémonie jus- qu'à la porte du harem par les officiers de la première chambrée, et par les pages de la seconde habillés en Janissaires, en Siptihs et en Lavendis qui représentent l'infanterie, le cavalerie et la marine. Le S'dihdar-Agà , qui marche à leur tète, le remet au Kislar-Aga , qui s'avançant quelques pas dans le harem le présente à la gouver- nante, laquelle le fait introduire dans la chambre de l'accouchée, tontes les femmes rassemblées se lèvent pour le recevoir. La mère qui est à un des coins du sopha , ayant à sa droite les Sultanes et les Cadines , et à sa gauche les femmes des grands dignitaires, jette dans le berceau une poignée de ducats; les dames à son exemple y jettent de l'or: ensuite la sage-femme y couche l'enfant en lésant des vœux et des prières, auxquelles l'assemblée répond amen i elle le berce trois fois, puis elle le reprend dans ses bras : alors les dames font couvrir le berceau d'étoffes précieuses , qui sont ainsi que les au- tres présens pour la sage-femme. Après cette cérémonie entrent de jeunes captives précédées de chanteuses tenant d'une main un cierge allumé, et de l'autre un plat rempli de fruits et de bonbons , ou un JSfakhl, qui est une pyramide faite avec des fils et des la- mes d'or et d'argent, et couverte de bouquets de fleurs. Ces objets sont déposés devant les dames invitées, qui les font porter chez el- les le lendemain en s'en retournant. Pendant ces trois jours de fête, elles sont logées dans les appartenons des Cadines et des deux gou- vernantes; et à leur départ l'étiquette veut qu'elles fassent des pré- sens considérables à l'accouchée , au nouveau-né , aux dames chez lesquelles elles ont logé, ainsi qu'au Sultan et à ses enfans. Ces pré- secs ne coûteront pas moins de soixante-dix mille piastres à la fem- me du grand Visir, et aux autres en proportion: l'épouse du Mufti est la seule qui soit exempte de cette obligation. Chacune d'elles reçoit en retour du Sultan quelques bijoux, des schals , des étoffes, des pelisses et des rouleaux de ducats. Pour éviter toutes ces dé-

Europc Fol. I. P. III. Q

66 GOUVERKEMEKT

penses Abdul Amet avait pensé, vers la fin de son règne, de n'in- viter à cette cérémonie que les princesse? du sa-g. dli^m Hors ces circonstances et les fêtes du Be/ram le harem est un

ne sortent p9$ séjour de monotonie et de sujétion. Aucune des femmes ne peut sor-

qi.cnd * I

il leur y lait, tir du palais, ni même aller à la rao-qu^e intérieure que le quin- zième jour du Ramazan. Après la bénédiction de l'eau, qui se fait ce jour eu y plongeant le manteau de M diomet , elles res- tent seules dans le femple entouré d'Eunuques noirs, pour rem- plir de cette eau les fioles, que le Sultan envoie ensuite en pré- sent aux grands de l'état, Le* Cad'mes ne peuvent non plus , sans la permission du Sultan, se promener dans les jardins du sérail: car lorsqu'elles y vont pour passer la journée dan" uq des Keoschk , c'est une affaire qui exige de grand* préparatifs. D'abord les Bos- tandji de garde au paviliou désigné reçoivent l'ordre de s'en éloi- gner, et on l'entoure d'un rideau qui e>f girdé au dehors pr\r des jËunuqoes. Les Cadines s'y rendent dès le matin , et le Sultan à l'heure du diner; il y mange à une table séparée selon l'étiquette. 3, 'usage veut que dans ces circonstances, le grand Visir fasse hommage au Prince d'une certaine quantité de mets apprêtés dans sa mai- son. Vingtrun grands bassins contenant environ cent cinquante plats sont transportés en pompe de chez lui au hatem; et les plats des- tinés à la table du Souverain et à celles des Cadines sout posés sur neuf de ces bassins, et enveloppés d'une toile rouge scellée par ie ministre d'état , qui se rend à cet effet dans le corridor des cui- sines du grand Visir. L'officier qui accompagne ce présent , remet au Kislur-dga une lettre du grand Visir relative à cet envoi. Ce (dernier joint quelquefois à cet hommage celui d'un cheval ma- gnifiquement harnaché^ et se croit honoré d'une preuve signalée de bieoyeiilciuoe lorsque sou maître daigne admettre sur sa table deux, ou trois de. ses plat-,. Les Sultanes mariées en ville, le graud ami- l'rfl , V Aga des Janissaires , le grand douauier s'empresseut égaie- îneni d'envoyer au sérail des vases de porcelaine remplis de fleurs et de fruits,, Ces passe-îems , auxquels on donne le nom de retraite du Souverain, ont lieu quatre à cinq fois par àut, mais ii s'y mon- tre encore sous des formes si austèiet., qu'il n'y aurait guères d'agréé fcnent pour les femmes qui l'accompagnent, s'il n'avait soin de se tenir quelquefois éloigùé d'elles pour leur laisser un peu de liberté, ÏTord inaire les Cadines passent la belle saison avec le Sultan dans pu palajs appelé fipschpjftascj} , qui est sur la FW& Eurpjjéemie du

dan> U .

E'£s0tT0MAN5. 07

B -phore; et quind elles doivvut y aller, on prend des précautions infinies pour qu'elles ne soient pis vues. Elles montent avant le le- ver iJu sole/l! 'Lus des voitures qui ont <ies jalousies , et traversent Je sérail entre deux file» de rideaux qui s'étendent ju-qu'à l'endroit elles s'embuiqueut , enveloppées dans nu grand sclnl qui leur couvre tout le corps. La ohambrette de la barque e«t lu Cadine { car chacune a la sienne j avec ses eufans et ses femmes de service , est garnie d'un treillage -, et gardée au dehors par de3 Eunuques noirs. Les gardes du corps aussi ho barque escortent à peu de dis- tance le convoi armés d'un bâton, pour éloigner les barques des par- ticuliers. Voyez; la planche ij.

Personne ne peut entrer dans le harem excepté les médecins, Qu'ira encore leur faut-il pour cela un ordre exprès du Souverain , et dans ce cas ils y sont accompagnés par le Kidar-Aga qui suit tous leurs pas. La malade et les femmes qui l'assistent sont enve- lopées dans des schals ; s'il faut toucher le pouls, la main est cou- verte d'un voile, et s'il faut voir la langue les yeux tout le reste du visage est voilé. Le Kizlar-A^a n'ose pas lui-même arrêter sea regards sur une femme du hirern, et quand il s'approche d'une Ca- dine ou d'une Sul'ane il doit baiser sa robe. Les Cadines ne voient pas d'autres femmps que d'anciennes eselaves du sérail, qui ont été affranchies et marines en ville, et quelquefois certaines vieilles qui font le métier de marchandes de divers objets , de brodeuses et d'eoi- pyriques , auxquelles , à la recommandation de quelque Sultane on autre dame de condition, il est permis d'entrer dans le harem, après avoir donné leur nom au Kizlar-Jga. Les personnes qui dési- rent avoir la recommandation de la Cadine pour laquelle le Mo- narque a le plus d'égards, se servent de ces femmes pour se mettre eu correspondance avec elle. L'histoire Ottomane fait mention de quelques Cadines, qui ont su profiter de la faiblesse de leurs maîtres. Celles d'ibrabim I.' r s'ingérèrent dans les affiires du gouvernement , au point d" se fa>ire céder des provinces quViies lésaient régir par leurs agens =ous leur psopte nom; et une d'elles l'ayant épousé prit sur lui un tel ascendant , que se trouvant offensée du peu d'égard» que l^ Sultanes ses rceurs lui montraient , elle les obligea rw jour à la servir à tab:e, et à lui verser de feuu sur Ie5 mains avant et après le repas.

Il est singulier de voir que les esclaves du harem, devenues li- bres, sont recherchées en mariage de préférence aux autres femmes nées libres: ce qui ne peut s'expliquer que par la faculté quelles *JS£J"

Ese'aih

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rcchtnJiées

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mère.

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68 Gouvernement

ont d'y aller encore quand il leur plaît, et de tirer ainsi parti des adhérences qu'elles y ont, en faveur de quiconque veut s'appuyer de leur recommandation. Leur mariage est négocié, lorsqu'elles «ont encore esclaves, par d'anciennes compagnes déjà établies; ensuite elles sont affranchies soit pour raison de quelque principe de reli- gion , soit pour l'accomplissement de quelque vœu, soit à l'occa- sion de l'accouchement d'une Cadine , et surtout lors d'un change- ment de monarque: car dans ce dernier cas, le nouveau Sultan accorde la liberté à plusieurs esclaves, et particulièrement aux Cadines ou favorites de 6ou prédécesseur qui ne sont pas devenues mères. Celles qui ont en des enfaus, quoiqu'affranchies par la même loi, ne peuvent ni se marier ni recouvrer leur liberté; elles restent confinées dans le sérail, privées d'une partie de leurs ornemens et séparées de leurs enfans s'ils sont sevrés , sauf pour- tant la permission qui leur est accordée de les revoir de term en teins; elles sont néanmoins toujours traitées avec beaucoup d'égards , et particulièrement celle qui est la mère de l'héritier présomptif.

A l'avènement d'un Sultan au trône, la Validé- Sultane , ou Sub tane mère se rend en grande pompe du vieux sérail au palais. Il lui est assigné un traitement d'environ trois mille piastres, et toutes les dépenses de sa maison composée de divers officiers, dont le chef, ap* pelé Kehaya , est en même tems son intendant, sont à la charge du trésor du prince. Elle jouit d'une haute considération par un effet de la tendresse respectueuse que chacun de ces princes a pour celle dont i\ tient le jour : rarement elle a besojn de recourir à son fils, car le Visir,s?il n?a pas une certaine fermeté de caractère , plie au moindre signe de sa volonté > et alors les premières charges de l'état ne se donnent que selon les vues de cette princesse, ou pour mieux dire au gré de la vénalité de son agent. Les noms dont elle appelle son ftls sont, selon un ancien usage, mon lion , mon tigre. L'avantage qu'a le Kaya d'avoir entre les mains toutes les affaires de la Sul- taue, suffit pour donner une idée de l'influence qu'il doit exercer dans celles du gouvernement; et s?il joint à cela de l'activité et un peu d'audace, quels moyens n'a-t-il pas d'amasser de graudes riches-? ses, et de s'affermir dans les bonnes grâces de sa protectrice et de sou prince, au moyen des riches présens qu'il peut leur faij-e? De plus |l a par son emploi la prééminence sur les autres ministres d'état.

Depuis Mahomet IV , le titre de Sultane ne se donne plus au'aux filles du prinpe régnant. Une sultane est élevée d^è un au*

des Ottomans. 69

parlement séparé par sa propre mère, ou, si elle l'a perdue, par une Cadine qui n'ait pas d'enf ans , ou par une vieille Quedikli. Anciennement on la mariait à quelque prince Mahométan de l'Asie mineure, auquel elle n'apportait en dot ni provinces ni domaines, ou bien à quelque riche seigneur ou Ouléma. L'histoire Musulmane ne parle pas trop avantageusement de Mahomet III, qui maria à de simples officiers ses vingt-cinq sœurs, ses filles et ses parentes. De- puis lui les Sultanes sont données à des Pachas à trois queues , qui sont des personnages du premier ordre. Quelquefois même le sou- verain promet leur main lorsqu'elles sout encore en bas âge; et le Pacha destiné à cette haute alliance doit penser dès lors à l'en- tretien de sa future épouse: ce choix tombe ordinairement sur quel- qu'un d'opulent. Le mariage se fait ensuite lorsque la princesse at- teint sa seizième année, et souvent après avoir été fiancée deux ou trois fois.

La célébration de ces mariages se fait au sérail , sans plus de formalités que pour les simples particuliers. Le Pacha y est représenté par son lieuteuent ou par un des seigneurs de le cour , et la Sultane par le Kizlar Aga : le Mufti préside à la cérémonie. La Sultane n'y parait jamais, et le Pacha même n'y intervient que comme simple spectateur : le Sultan ne s'y trouve presque jamais et s'y fait représen- ter. Il est dressé un acte civil, par lequel l'époux s'oblige de faire à l'épouse le préseat nuptial, qui monte à cinquante ou à cent mille ducats et quelquefois plus, et il est revêtu ainsi que le Mufti et son vicaire d'une seconde pelisse de zibeline au nom de la Sultane. Le Pacha donne des fêtes somptueuses, auxquelles sont invités suc- cessivement tous les ordres de l'état, avant et après le mariage. On porte ensuite en grande pompe au sérail les présens destinés à i'épouse, qui sont, àm anneaux , des bracelets, des pendans d'o- reille, des boucles, un miroir de toilette, un voile nuptial, des bas, des espèces de sandales pour le bain , le tout enrichi de pier- reries et de perles fines , avec une bourse en drap d'or contenant deux ou trois mille ducats, et une quarantaine de plats d'argent rem- plis de bonbons. L'usage venu des Grecs de joindre à ces présens un diadème de pierres précieuses montées en or est tombé en dé- suétude depuis près d'un siècle. Le surlendemain le trousseau de la Sultane reste exposé dans une salle du sérail, le grand Visir , le Mufti et les seigneurs de la cour se rendent pour y déposer leurs prescris dans les caisses qui contiennent les ornemens de la prin-

Commml

sont célébrés

leurs mariagea.

Gouvernement

naine, et pour accompagner le tout a** pahis préparé pour elle. Ou voit toujours dans ces sortes de cortèges trois ou quatre pyramides de lames d'argent. Réee»tton Le lendemain la Sultane accom magnée des princesses du sans?

des officiers de la cour et de» principaux per-ontiages , pisse du sé- rail à sa nouvelle habitation, elle e-t reçue par son époux et par le Kislar-Aga , qui la conduisent en la tenant par les bras jusqu'à la porte de son harem. Un banquet spleodide est servi sé- parément pour les hommes er pour Wi femmes; <-r en se retirant à l'heure de U U itiquieme prière , les convives reçoivent chacun ici pr^-enf du Pacha. Le Kislar-.dga revêt l'époux d'une pelisse de zibeline au nom de la Sultane, à l'appartement de laquelle il le conduit ensuite er» l'annonçant pir ces mot* : Illustre princesse , voici le Pacha- voire serviteur , puis aussitôt il se relire. La Sultane e+c assise derrière un rideau d'une riche étoffe , ayant à mt\ coté nue des premières femmes de sa maison chargée de faire les cérémo- nies. Après avoir fut son namaz dans un coin de la chambre, le Pacha s'approche de son épouse dont il baise la robe , et attend qu'elle lui fasse signe de s'asseoir à côté d'elle. Au bout dz six Si la Sultane n'a pa* l'avantage d'épouser le grand Visir ou le

et séparée grand Amiral, qui sont les grands Pachas actuellement résident à

du sou éuoux. .,•, ' i i i i i •- r , ,

Lfoustantmople , elle se voit au bout de six mois séparée de son époux , l'étiquette ne permettant pas à une Sultane àr. le suivre hors de id capitale: car, ou il avait déjà le gouvernement d'une province, et il y retourne; ou il ne l'avait pas, et ayant été nommé Pacha depuis sou mariage, il est obligé de partir pour sa nouvelle destination , et ce n'e=t qu'au bout de plusieurs années qu'il obtient à peine la permission de revoir Comtant inople pour quelque teins , et le plus souvent sans aucun éclat ( t). La politique ombrageuse du sérail ne s'en tient pas ; elle coudanoe à mort les eufans mâles des prin- cesses aussitôt qu'ils sout nés. Cette précaution , ainsi que U réelu- sioo des enfans des Sultaus, a pour but de préserver l'empire des

(i) L'histoire cite comme une rare exception à cette régie la liberté qui fut accordée en 1704 à la Sultane Khadirtje fille d'Achmet )Il d'ac- compagner son mati, grand Visir , à Nicomédie il avait été exilé; mais ayant été nommé gouverneur de l'Egypte an bout de trois ans, il fut assitôt expédié une galère pour ramener la Sultane à Constantinople. Ces princesses n'ont pas même ia liberté de faire le pèlerinage de la Mecque , qui est l'acte le ^ius rmjiiLoire de leur religion.

des Ottomans. 71

divisions intestines , que l'ambition et la rivalité dcces princes ex- citèrent jadis dans la Turquie Asiatique: et l'on peut dire que c'est lu principale cause de la stabilité de la dynastie Ottomane. L'honneur du nœud conjugal avec une Sultane impose à celui qui le contracte de grands sacrifices, qui sont, de devoir répudier avant son mariage ses autres femmes , et de ne pouvoir ni contrac- ter d'autres liens, ni répudier la Sultane par respect pour la fa- mille régnante, ni tenir des captives à son service sans sa permis- sion. Les Sultanes jouissent de plus de liberté que les Cadines : car elles peuvent recevoir la visite des femmes des seigneurs, aller au hirem impérial quand il leur plaît, et quelquefois aussi le souve- rain va lui môme les voir, mais ordinairement incognito. Ces prin- cesses se prévalent de leur crédit pour solliciter en faveur de qui leur plait quelque grâce ministérielle par le moyen des dames qu'el- les connaissent an harem; elles se servent ainsi pour cela des eunu- ques noirs, des Baltadjl à leur service, des fournisseurs et par- ticulièrement du surintendant de la maison, le Kehaya , qui est nommé par le souverain. Plus ce dernier est faible , et plus il est Importuné de leurs sollicitations, Accablés de leurs messages et de leurs billets les agens du pouvoir font d'énormes iojustices. Ce n'est rependant pas par sentiment de générosité , mais dans des vues d'in- térêt qu'elles font cet emploi de leur crédit \ et la cause en est , à ce qu'il semble, dans la modicité du traitement annuel qui leur est assigné, et qui n'étant que de quarante nulle piastres par an , ne leur suffit pas sans doute pour entretenir leur maison sur un pied convenable. Néanmoins les Sultans ont toujours soin d'augmen^ ter le traitement de ces princesses de quelque pension à percevoir sur les revenus des fondations pieuses, dont ils aiment à enrichir les mosquées impériales, et à certains jours de l'aunée ii les invi- tent à des repas somptueux.

Les Princesses dites Khanim « nées d'une Sultane et d'un Pa~ Les Khamm cha , jouissent d'un meilleur sort que celui de leur» mères: car meilleur *•"£* ftiiea ont la liberté de se choisir un époux. Leurs fils exempts de îa loi cruelle qui fait péril |rÊ autres à leur uaiîsance , preiir lient le titre de Bey et «ont placés dans le sérail , on dans le corps des Capoudji-Baschi ou des Khass-Odali , et les filles ont une pen- sion de trois cents piastres par mois, et l'avantage de ne pouvoir être répudiées sans le consentement du monarque,

7a Gouvernement

, Se>vi°e II ne nous sera pas aussi facile de satisfaire nos lecteurs sur

"** tsciia^ades. l ^

1 état des <jchazades , mot Persan qui signifie enfans des Rois , et qui est un titre que prennent les Princes du sang. depuis Mahomet I.er L'aîné de ces princes portait autrefois le uom de Pacha , et les autres ceux de jBey et d* Emirs , qui sont communs aux grands de l'empire. Aussitôt qu'il est un Prince , une vingtaine à'Ousta sont désignées pour le servir, et le surintendant aux cuisines lui fait fournir , comme s'il avait sa table particulière , une certaine quantité de comesti- bles, ou l'équivalent en argent au gré de la Cadine sa mère, qui en dispose comme il lui plair. Il est généralement sevré à un an et se trouve alors an milieu d'une famille composée d'environ soi- xante personnes, dont les principales sont trois officiers de l'intérieur: le plus âgé des trois fait les foliotions de gouverneur, et a sous lui trois Eunuques noirs appelés Lala : les aulres officiers sont pris par- mi les pages des trois dernières chambrées. Arrivé à l'âge de qua- tre à cinq ans, on lui donne un précepteur qui ait une certaine cé- lébrité : les chefs des divers ordres sont invités au sérail, le Mufti en présence du Sultan bénit l'enfant, avec son alphabet dont il lui fait répéter les lettres. Le premier ministre lui présente alors les objets nécessaires à ses pemières études garnis de dorures et de pierreries : les personnes invitées à cette cérémonie sont revêtues d'une pelisse d'honneur. Le Khodia ou maître donne ensuite ses leçons à l'er.- fant dans l'appartement du Kizlar-dga, ef lorsque celui-ci a ter- miné la lecture du cour'an , il reçoit la félicifation des grands, et de chacun d'eux un présent, qui est quelque bijou. Selon l'étiquette il devrait baiser la main du Mufti, mais ce minisire s'en défend et l'embrasse sur l'épaule. De Tant que règne le Sultan , ses enfans vivent dans une certaine

us jouLZu. liberté: car lorsqu'ils sont capables de montera cheval, ils suivent leur père à la mosquée, entourés de leurs officiers , dont un tient une ombrelle au dessus de leur tête. Ils ont aussi leur barque parti- culière., qui s à l'exception du baldaquin , qui n'est pas de couleur jaune ou bleu céleste , est du reste équipée comme celle du Sultan. Ils assistent aux audiences publiques, même à celles données aux ministres étrangers } et sont debout à la gauche du trône. On les

Cérémonie de circoncit à l'âge de six ou sept ans, et cette cérémonie est accom-

la ctico-.cisioh. -*<•«. r* r - . i « m

pagnee de têtes magnifiques, qui durent plusieurs semaines. Irois ou qutre mois auparavant , des lettres d'invitation sont adressées aux gou- verneurs des provinces et aux officiers de distinction dans tout l'eu>

DES OtïOMAKS. ^ 3

pire. La place de Y hippodrome ressemble à un camp,, tous les ordres de l'état et les différens corps de troupes sont invités à des festins splendides, à des amusemens et à des spectacles toujours ac- compagnés de la musique militaire, et le Sultan déploie toute sa magnificence dans les largesses qu'il fait aux grands _, aux trou- pes et aux pauvres. On lit dans les annales Ottomanes que deux fois ces fêtes ont duré trente jours t et qu'une troisième elles durèrent deux mois. A l'âge de quatorze ou quinze ans ces princes habitent un pavillon séparé , et ne voient plus d'autres femmes du harem que leur mère et leurs sœurs.

Dans les commenceraens , les Princes du sang avaient le corn- jh u-went mandement de quelque province. Ils tenaient à leur cour de grands ^^u'it'aû. officiers avec les mêmes titres que ceux du sérail , et disposaient à leur gré des revenus de cette province : ce qui leur valait des avan- tages bien supérieurs au modique traitement de vingt-six mille six cent soixante-six piastres qui leur était assigné. Cet usage était con- forme à ce qui s'était pratiqué sous les anciens Califes et autres Empereurs Mahométans ; mais les fréquentes rebellions de plusieurs de ces princes ont montré les inconvéuiens d'un pareil système: c'est- pourquoi il fut résolu sous Achmet I.er de ne plus accorder de commandement de provinces à ces Princes, et de les tenir renfer- més dans le sérail. Depuis lors il n'y a plus de liberté que pour les filles du Sultan régnant; et les garçons, môme après la mort de leur père , n'en continuent pas moins à vivre renfermés jusqu'au moment de leur avènement au trône.

Voici maintenant quelle est la condition des princes du sang, qui cit&r ne sont pas fils du monarque régnant. Ils ont leur habitation dans "'" *"<««■■«

1 l P qui ne sont

un lieu contigu au harem appelé Tchimischirlik , du buis dont il p^ fih

0 « l ' du Sultan

est entouré. Ce lieu renferme douze pavillons, dont chacun a un régnant. jardin avec des murs élevés, et se Gompose de douze chambres; et cette habitation a pris de sa construction même le nom de cafess ou de cage qu'on lui donne. Le Prince y est servi par de captives et de jeunes pages au nombre de dix à douze; ces derniers sont tirés des trois dernières chambrées; il a encore d'autres officiers, mais qu'il ne peut jamais voir. Toute communication avec le reste du palais lui est sévèrement interdite , et ce serait s'exposer â une mort cer- taine , que de porter le moindre billet pour lui. II ne peut se lai- ser croître la barbe, et s'il tombe malade, il faut un ordre du Souverain pour lui conduire ua médecin 3 qui est accompagné par

Europe. Val. 1. I. III. 10

7 4 Gouvernement

le KLzlar-Jga. On ne permet pas à ces Princes de se voir fréquem- ment eutr'eux, et ce n'est que dans les grandes solennités et dans le Mabein qu'ils sont admis en présence du Souverain, sans la per- mission duquel ils ne peuvent recevoir la visite même de leurs mè- res qui habitent le vieux sérail, Ils ne paraissent jamais en public, et ont pour instituteurs des eunuques noirs, de qui il ne peuvent apprendre que les crin naissances les plus indispensables: quelqupfois même ils sont dirigés dans leurs études par des femmes esclaves. Pour ne pas mourir d'ennui, ils s'appliquent à quelqu'art mécani- que, tel que la marqueterie , l'orfèvrerie , le tour etc.; ils fabriquent des arcs et des flèches, polissent l'écaillé de tortue, l'ivoire et l'ébène , font des broderies sur le maroquin et des dessins sur la mousseline , et transcrivent le coar'ann et les livres canoniques. Quelques-uns même, après être montés sur le trône, ont continué le genre de tra- yiil auquel ils s'étaient exercés pendant leur captivité, et vendaient leurs ouvrages fort cher pour en convertir le produit en œuvres de charité. Les enfans qu'ils ont de leurs esclaves sont condannés à pé-*- rir dès le ventre même de leur mère,, dont le corps est souvent tourmenté sans effet par les boissons qu'on lui fait prendre pour la faire avorter. Comment La plupart de ces princes fiuissent leur vie dans leur mi-

fis finissent *• * * r

teur Vle. son, et heureux sont ceux qui ne sont pas sacrifiés de bonne heure à l'inquiétude ombrageuse du Souverain , dans le désir qu'il a d'assurer le trône à ses propres enfans. Lorsque le prince régnant est atteint d'une maladie grave, ou accablé des infirmités de la vieil- lesse, l'héritier présomptif arrive quelquefois à se ménager des cotv respoudance dans le sérail on avecles principaux magistrats, qui s'era? pressent de lui témoigner leur dévouement 5 mais la chose devient très-péril leuse pour les deux partis, si la mort du Sultan ne seconde pas promptement leurs vœux, Il est aisé d'imaginer quelles doivent étte les facultés morales et intellectuelles de princes élevés dans la mollesse et dans ^ignorance de tout ce qui se passe même autour d'eux, et par conséquent sans aucune expérience, lors même que la nature les aurait doués des plus heureuses dispositions ? Quelles corw naissances, quelles habitudes peuyent-il? apporter au trône ? Et corn? ment pourraieut>pils s'élever jamais au dessus des préjugés de l'éti-? quette et d'usages invétérés ? Qi U$ tant Ceux qui meurent dans leur solitude sont déposées dans les

-rfprè7b'îiMh [nausées de la famille impériale, et les grands de 1, a t escortent

des Ottomans. 7 5

le convoi funèbre; mais on n'y voit jamais aucun officier de la mii- son du Sultan , et il en est de même à l'égard de la Sultaue mère et des princesses. Les Cadines sont portées sans pompe au vieux sérail } et après les prières d'usage, enterrées dans les cimetières qui leur sont destinés. La succession des princes, des Sultanes , des Cadines et de toutes les femmes du vieux sérail appartient au Sou- verain ; mais si une Sultane ou une fille du Sultan laisse des en» fans à sa mort, il dispose ordinairement d'une partie en leur faveur.

Du Sultan.

Pour prévenir le soulèvement des troupes et toute machination de la part des princes du sang, les trois premiers officiers du sé- rail , de concert avec le grand Visir, avaient grand soin autrefois de tenir cachée la mort du Sultan , jusqu'à l'arrivée de son succes- seur qui était relégué dans une province; mais à présent qu'il vit renfermé comme les autres, cette précaution n'est plus nécessaire. Dès que le Monarque est expiré, le Kislar- 4ga en donne avis au premier ministre , lequel convoque de suite les premiers dignitaires de l'état , tels que le Mufti, le grand amiral, le chef des Emirs , YAga des Janissaires, les deux Cas'iaskcrs et Vhtambol-Cadissi. S'étant réunis dans le pavillon appelé Sunnet-Oda , le Kizlar-Aga et le Silihdar-Aga , se rendent chez le prince héréditaire pour lui annoncer son avènement au trône. Le nouveau Monarque, sou- tenu par deux officiers se transporte au Sunnet-Oda , étant arrivé il se place sur un sopha pour recevoir les hommages des prin» cipaux magistrats 3 qui les lui rendent en portant leurs lèvres sur le bord de soti vêtement: le grand Visir lui baise les pieds, comme représentant toute la nation dans cette cérémonie. Le premier exer- cice que le Sultan fait de son autorité est d'ordonuer au Kizlar- Aga de revêtir d'une pelisse de zibeline se9 deux vicaires, le grand Visir et le Mufti , eu témoignage de leur confirmation dans leur emploi. Il passe ensuite dans la chapelle du sérail pour y rendre grâces à l'Eternel; et les principaux officiers de sa maison vien- nent , chicuu selon son rang , lui faire leur révérence 3 en touchant la terre de la main droite qu'ils portent à la bouche et au ?ront , et eu baisant le bas de sa robe. Apre* cela ou le revêt des orne- mens impériaux , qui sont , une robe doublée eu peau de renard

jdi'èif'uent

7^ Gouvernement

noir avec des agrafes enrichies de pierreries , une ceinture foute éclatante d'or et de pierres précieuses, et un turban surmonté d'un panache de diamans (i).

IlJ'fdîad'meU Telles n'ont pas toujours été les enseignes du pouvoir suprême

chez les Musulmans, Leur prophète portait une espèce de sceptre, et ses trois premiers vicaires ou Califes un anneau au doigt. Cet anneau ayant été perdu en 65a, Muaviyé fondateur de la dynastie des Ommiades et qui usurpa le Califat, y substitua un sceau avec son monogramme, et y joignit le sceptre avec une des robes de Ma- homet , qu'il acheta pour une somme considérable du fils d'un poète , célèbre pour avoir chanté les gestes militaires du prophète. On ne trouve nulle part qu'aucun prince Mahométan ait ceint la couronne, excepté Mahmoud Ghazneyi prince du Zabelistan, qui étant monté sur le trône en 998 , orna son front d'un riche dia- dème à l'imitation des anciens Rois Perses.

Revenant à notre objet , les chefs de toutes les classes de la population se rassemblent au palais pour y prêter hommage au nou* veau souverain : pendant ce tems des salves d'artillerie se font en*- tendre dans différens quartiers de la ville, trois hérauts (2) parcou- rent les rues en criant vive, le nouveau Roi , et des musiciens ou Muezzins entonnent l'hymne sala du haut des minarets des quatre

c^nr'w.oB-c de 'principales mosquées. L'inauguration du monarque se fait dans la seconde cour du palais, .En avant de la porte de la Félicité s'élève no trône resplendissant de pierreries: à droite sont rangées les eonv pâgnies des gardes du corps, et à gauche se voient trois pelotons composés, savoir; le premier des capitaines des huissiers ayant à leur tête le porte-étendard, VJga des Janissaires, le grand maître

(1) Parmi ces diamans il y en a un du poids de vingt-quatre carats qui est le plus beau du sérail, qu'on, dit avoir été trouvé par un men- diant dans un tas d'ordures et vendu pour trois cuillères de bois ; mais i\ fut ensuite acheté par M.abomet VI , qui l'ayant fait facetter Je trouva d'une très-belle eau.

(2) Voici la formule usitée pour la proclamation de l'Empereur : Le fêultan N. , Khan , étant passé par la volonté divine à l'éternel bonheur , çn annonce le glorieux avènement au trône du très-majestueux , très- puissant et très-redoutable Souverain , le Sultan N. , Khan , notre seigneur et maître , dont le règne fortuné donnera la paix à tout l'univers. Ne Cessons pas de faire des prières et des vœux pour la conservation fie jours aussi précieux.

des Ottomans. 77

des cérémonies et deux écuyers avec des officiers de chasse; la se- conde des capitaines des Janissaires et des chefs des gardes du corps; et la dernière d'autres chefs des corps d'infanterie, de cavalerie et d'artillerie. Le péristyle à colonnes de porphyre qui est de cha- que côté de la porte Félicité , est occupé par les capitaines des huissiers et les gardes du sérail. Sous le péristyle latéral à colonnes blanches sont distribués en trois pelotons les garde-magasins , les cuisiniers en chef et autres officiers. Le ministre d'état et le chef des huissiers, ayant en main l'un et l'autre le bâton dont il a déjà était fait mention , sont placés en face du trône. Le grand Visir se tient avec les membres du conseil dans la uouvelle salle du divan, et le Mufti avec les Ouléma dans la vieille. Les choses ainsi disposées, arrive le Sultan soutenu sous les bras par le Kizlar-A&a et le Ca- pou-Jga , et suivi de tous les officiers de la chambre Khass-Odali , qui se rangent derrière le trône. Lorsque le Monarque s'y est assis , le premier à lui rendre hommage est le chef des Emirs , lequel adresse, les mains levées, des vœux au ciel pour la conservation du souverain et la prospérité de son empire (1). Dans le même tems les deux maréchaux de cour laissant leur place aux deux ca- pitaines des huissiers, s'avancent vers le pavillon du grand Visir, et deux autres vers celui des Ouléma. Le battement en cadence de leurs bâtons incrustés d'argent annonce leur arrivée aux membres du divan et aux légistes, qui sortent aussitôt pour les suivre. Le grand Visir doit se trouver devant le trône au moment même le chef des Emirs termine sa prière: après lui vient le Mufti qui prie comme le chef des Emirs, puis le grand amiral et les deux Cazias- kcrs qui se placent à la droite du trône. A la présentation des Ou- léma , le grand Visir tenant une liste en main récite leurs noms ad Sultan: ce qui ne se fait que pour eux seuls. Suivent les mi- nistres d'état et tous les autres généraux , ainsi que les chefs de dif- férens ministères, dont il serait inutile de répéter les noms. Le der- nier à paraître est le grand maître des cérémonies , qui annonce par un prosternation la fin de la cérémonie.

Malheur à ce personnage s'il commet quelqu'omission dans ce qui est prescrit pour ce cérémonial. Dans une représentation de ce genre à

(1) Le précepteur du Sultan était autrefois le premier à lui rendre hommage , et ensuite venaient les princes Tartares domiciliés à Constan- tinople comme otages des JUians de la Crimée.

Danger

de la via pour

le grand maître des cérémonies.

Différentes

manières de pie'rer hommage.

78 C0UY£R3ÎEMF..VT

la fête du Beyram , il arriva sons Mahmoud l.er en 1748, qu'un groupe de géuéraux et d'officiers de l'arsenal se trouva par iuadvertence avant le corps des Janissaires à baiser la robe du Sultan. Mahmoud craignant le ressentiment des Janissaires, qui demandaient répara- tion de cet affront , ordonna que le grand maître des cérémonies eût de suite la tête tranchée devant la porte d'entrée du sérail , pour que son cadavre fût foulé aux pieds des chevaux des généraux en sortant du sérail ; et il ne fallut rien moins que l'intercession du grand Visir auprès du Monarque et des Jmissaîres, pour obte- nir que cette peine fût commuée eu celle d'un exil perpétuel à l'île de Tenedos.

La manière de prêter l'hommage requis varie suivant le rang et le mérita des persounages. Le grand Visir se prosterne deux fois et baise les pied? au Sultan , qui avance la main comme pour l'en empêcher. Le chef des Emirs et le Mufti lui bahenf sa robe sur le sein, et il leur met la main sur l'épaule en inclinant légèrement la tête comme pour les embrasser: plusieurs Sultans ont néanmoins approché leurs lèvres du turban du chef de la loi. Le grand ami- ral et les Pachas à trois queues se prosternent une seule fois , et baisent le bas de la robe du prince. Les Ouléma en fout autant en tenant la main droite sur leur poitrine, mais sans se prosterner. Tous les autres officiers, généraux et ministres, se prosternent de même et b lisent l'extrémité de la manche du Monarque, qui leur est présentée par le Kizlar-Aga , lequel est placé à la gauche du trône. Le Sultan se lève un peu aux eomplimens qoe lui adressent le chef <ies Emirs, les Pachas et les Ouléma des trois premiers gra- des, et à ceux du grand Visir et du Mufti. A son départ comme à sou arrivée tous les assistans , excepté les Ouléma, se prosternent devant le trône , et les huissiers font retentir l'air des cris de vive le Roi } Alkïsch (1). Le Sultan , en se retirant s salue l'assemblée par uue légère inclinaison de tête, et la main posée sur la poitrine ; il est soutenu jusqu'à la porte de la Félicité par le Capou-Aga , et par le grand Visir qui lui baise une seconde fois les pieds } et re- culant quatre pas en arrière se prosterne de nouveau avec toute l'assemblée (2).

(1) Dans cette circonstance, et lorsqu'il monte à cheval ou qu'il en descend , un des huissiers , auquel les autres répondent en chœur , récite la prière : Dieu conserva les jours rie V Empereur notre père.

(2) Dans cette solennité , connue sous le nom de Blat jusqu'à Osman

DES ï OMAK S. 79

À ces témoignages de l'allégresse publique succèdent le len- ■dvè* ™» demain les funérailles du monarque décédé, la loi ne permettant commencent

i t ï i ii- i i ce. , les h°'*n#urs

pas, a cause de la chaleur du climat, de dilierer plus long-tems funèbres. cette cérémonie. A cet effet, toutes les personnes qui ont assisté à la première s'arrêtent au sérail. La cour autrefois prenait pour txois jours le deuil , qui consistait en un habillement de camelot noir et brun, et en un voile de mousseline noire, qui couvrait la partie droite du turban ; mais depuis l'assassinat d'Osman II et d'Ibrahim I.er , cet usage n'a plus lieu. Les eunuques noirs, précé- dés de leur chef, portent le mort à la porte appelée Hearem-Ca- poussi , d'où les Baltadji le transportent dans une tente élevée sous ie péristyle voisin, se rendent les trois principaux chefs des Ja- nissaires, pour examiner si le corps est réellement privé de vie: après eux viennent le grand Visir et le Mufti suivis des membres du divan. Les deux aumôniers lavent le cadavre avec de l'eau de savon, et le parfument de bois d'aloès, d'ambre gris et autres aromates, ensuite il est exposé devant la porte Félicité: le Mufti préside aux prières funèbres, auxquelles assiste le Sultan, delà porte de la salle du trône. Ces devoirs de religion accomplis, le convoi Quels sont 8*achemine vers la seconde porte du séraiL Le cercueil , portant un «urban avec un panache noir, est couvert d'un voile de même cou- leur consacré à la Mecque , et sur lequel sont tracés en bro- derie quelques versets du cour'ann: de chaque côté marchent le grand Visir, le Mufti, et les principaux personnages qui tien- nent une main dessus jusqu'à cette dernière porte ils montent à cheval. Le nouveau Sultan ne prend plus part comme autrefois à cette cérémonie: outre les personnages que nous venons de nommer on y voit encore le Capoudji-Baschi ,. les principaux fonctionnaires civils et militaires, les Ouléma, le grand amiral, les ministres et les secrétaires d'état, le Kizlar-Jga à la tête des chantres du sé- rail, et enfin les prêtres des mosquées impériales qui psalmodient sur un ton lugubre. Les Baltadji qui portent le cercueil se chan- gent tour à tour, et tiennent leurs mains élevées à la hauteur de la tète: le reste de ce corps marche alentour; ils sont précédés du (secrétaire du Kizlar-Jga qui est à pied et tient un encensoir d'or dans lequel brûle du bois d'aloès , et de l'administrateur de la raoS,

I.*r fondateur de la monarchie Ottomane , le Sultan présentait aux prin- cipaux per&opn.ages ajant un genou en terre une coupe de lait aigri.

ces honneurs

8o Gouvernement

ynêe doir être déposée la dépouille mortelle du Souverain , tan- dis que le trésorier des eunuques noirs va jetant au peuple quel- ques pièces d'argent. En entrant dans la cour de la mosquée, l'escorte du convoi forme une double haie pour saluer le grand Yi- sir et le Mufti , qui descendent de cheval vis-à-vis le mausolée, et continuent de s'avancer à pied jusqu'au cercueil avec le grand ami- ral et le Kizlar-Jga. Avant la sépulture, le Mufti et le chef des Emirs récitent une courte prière , et adressent une espèce d'exhor- tation au mort (i). Confirmation Cette cérémonie achevée, le premier ministre rentre chez lut

des mag'itrals *■

dans leurs pour eo commencer un autre, qui est de confirmer dans leurs em-

emplois. *■ l

plois, et de décorer de vêtemens d'honneur les magistrats de l'état. Le Mufti, le grand amiral, les deux Kaziaskers , V Tstambdcadi 9 et le chef des Emirs sont les seuls admis dans la salle d'audience, est déposée devant le premier de ces dignitaires une pelisse de zibeline enveloppée dans un tissu de soie, laquelle est remise avec un cheval tout harnaché aux gens de sa suite. Après qu'il s'est retiré, le grand amiral et les quatre autres sont revêtus d'une semblable pelisse selon leur rang. Ces derniers également partis, le grand Visir accompagné de ses officiers passe dans la salle du di- van , étant assis sur un siège élevé il reçoit les complimens des ministres , des gouverneurs et des autres personnages qui ont été décorés du cafetan en sa présence, et prend une liste qui lut est présentée par le grand maître des cérémonies. Le lendemain , le grand Visir envoie au nouvel Empereur cinquante grands bassins couverts de vases de porcelaine et de flacons de cristal avec des fleurs," et vers le midi le Monarque lui adresse sa première dépê- che Katti-Scherif écrite de sa main. Les membres composant le conseil suprême étant réunis à cet effet dans la salle d'audience du grand Visir, à l'exception des Ouléma, le grand maître des céré- monies introduit l'officier du sérail , qui , la main levée à la hauteur de sa tète, tient la dépêche dans un mouchoir cacheté. Les assis- tans se lèvent, et le grand Visir s'avançaot au milieu de la salle la reçoit, la porte à sa bouche et à son front, l'ouvre et la remet au Reis-Efendi qui la lit à haute voix. Cette dépêche contient la

(i) Aux funérailles d'Amurat IV. on conduisit devant le cercueil, avec les selles à revers , trois chevaux, que le Sultan montait dans les ex- péditions contre les Perses.

des Otïomaks. 8 r

confirmation du grand Visir dans sa place, ainsi que l'éuumératioa de toutes ses attributions, avec une exhortation à l'accomplissement fidèle de tous ses devoirs , et l'assurance d'une bienveillance cons- tante delà part du Souverain. Le messager, après avoir reçu en pré- sent une pelisse de zibeline, baise la robe da grand Visir et passe dans une autre salle. Tous les personnages présens font leurs congra- tulations an ministre, qui, peu de tems après, remet au môme messa- ger la réponse selon les formes ordinaires , dans laquelle il renou- velle au Monarque ses protestations de zèle et de dévouement , et forme des vœux pour la conservation de ses jours : le messager reçoit encore avant de se retirer un riche Cafetan et un rouleau de qua- tre ou cinq cents ducats.

Le premier soin du Sultan est de composer son monograme , Mohosrame

t i i i i i \ 4 «. du Su/tau,

dans lequel doit entrer aussi le nom de son père. Le grand Visir et à qui u est en fait exécuter plusieurs modèles, parmi lesquels le Monarque choi- sit celui qui lui plait le plus. Ce monograrae devient ensuite le sceau de tous les actes qui émanent du trône ; il est tracé à l'encre , en couleurs différentes et quelquefois en or, dans l'intérieur des édifi- ces publics, sur les vaisseaux de guerre et les maisons des personnes attachées au service de l'état, et sert d'empreinte à la monnaie, comme cela se pratique en Europe avec les armes et le portrait dm Prince régnant. Il en reste près du Sultan un , qui est de forme car- rée: les autres, au nombre de trois, sont ronds et confiés, savoir ; un au grand Visir, le second à la gouvernante du harem, et le troisième à l'officier appelé Khass-Oda-Baschi. La remise du sceau impérial se fait le jour suivant au grand Visir avec un certain appareil. Il se rend au sérail accompagné du Mufti , des ministres et des secrétaires d'état ; et ayant été introduit avec le premier dans la salle du trône , il reçoit de son maître ce sceau, qu'il baise respectueusement, en fesant des vœux au ciel pour la prospérité et la gloire de son règne. Cette cérémonie est comme l'acte authentique, par lequel le Monarque investit de sa confiance et de l'exercice de son autorité son premier mi- nistre, et cette pratique est d'un usage fort ancien en orient. Le grand Visir porte sur lui ce sceau dans une petite bourse suspendue à une chaîne d'or, et s'en sert pour sceller les mémoires qu'il adresse an trône. Sur la fin de l'audience, le grand Visir est revêtu d'une pelisse de zibeline doublée de ras blanc , et d'un Cafetan en étoffe d'or, et le Mufti d'une robe de drap blanc doublée de zi- beline. Il leur est fait présent à l'un et à l'autre d'un cheval ri-

Ewope. FoL I. P. III. ,,

On ne 'lonne

plus de gratification aux iroupet.

Quand

le nouvel

Empereur

feint ïppèe.

3a Gouvernement

chement harnache. Ensuite le grand Visir ayant à sa gauche le Mufti, s'en retourne à son palais au milieu des peich et dessolachs, et aux sons de sa musique et. do celle du serait, tandis que se fait par son ordre la distribution des Caffetans aux ministres et aux of- ficiers de la Porte selon l'usage. La même cérémonie a lieu à cha- que fois qu'il est créé un grand Visir.

Autrefois on accordait aux troupes dans cette circonstance une gratification selon la classe et le grade de chaque militaire, et le premier à en donner l'exemple, fut, dit-on, Bajazet H pour ap- paiser les Janissaires qui s'étaient révoltés à la mort de Mahomet II son père. Cet usage jeta de si profondes racines, que ce fut tou- jours envain que le3 Sultans suivans, et surtout Sélim II, tentèrent de soulager l'état de cette charge, qui était ordinairement de deux millious de piastres. Il y a plus, c'est que les princes qui succédaient à un Sultan déposé ne pouvaient se dispenser d'augmenter de deux ou trois aspres la paye des soldats, et de faire des présens consi- dérables au grand Visir, à l'Aga des Janissaires, au Mufti et à tous les autres chefs civils et militaires, La guerre désastreuse de Ï774 avec 'a Russie, les troupes qui y furent employées et l'épui- sement du trésor, offrirent enfin à Abdul-Amid, qui monta alors sur le trône, une occasion favorable pour supprimer ces libéralités , et il ne fut pas difficile à ses successeurs de maintenir cette réforme.

Le cinquième jour de son inauguration le Sultan ceint l'épé© impériale: cette cérémonie, qui revêt aujourd'hui un caractère sa- cré, fut instituée par Mahomet II en mémoire de la découverte soi-disant miraculeuse du tombeau à'Ebu-Eyoub , que les Musulmans révèrent comme un grand saint. Les différens ordres de l'état se rassemblent dès l'aurore dans la première cour du sérail, pour faire leur cour au Sultan. Les commissaires précèdent le grand Visir et le Mufti pour écarter la foule : après eux vient la famille du Sul-» tan suivie de trente-deux chevaux de main couverts de housses ma- gnifiques, dont douze portent des boucliers tout éclatans d'or et de pierreries. La beauté de ces chevaux , la richesse de l'habillement des premiers personnages , la tenue imposante des gardes du corps , enfin la somptuosité de cet appareil offrent un tableau éblouis*- gant de la magnificence orientale. Les personnages qu'on y distin-*- gue particulièrement sont , deux officiers portant chacun un turban impérial orné de plutnes précieuses , qu'ils inclinent alternativement irers le peuple, lequel répond à ce geste par une profonde ré^é-*

des Ottomans, 83

rence ; un autre officier qui tient un escabeau, et enfin un qua- trième portant au bout d*un bâton une aiguière pleine d'eau , com- me nons l'avoua dit auparavant. Tout ce cortège défile dans un profond silence entre deux longues files de Janissaires ; le moindre applaudissement est défendu : tout au plus on entend les femmes crier par intervalles masch'allah , qui est une exclamation de joie, ou faire des prières à voix basse pour la prospérité du Monarque. Le prince, la main droite sur la poitrine, tourne à peine la têie et les yeux de chaque côté pour saluer les militaires qui sont à la tête des deux ailes ; les Janissaires inclinent la tête sur l'épaule comme pour la vouer à l'épée du Souverain. Pendant cela son tré- sorier et le lieutenant du Kizlar-Aga jettent quelques poignées d'ar- gent au peuple.

En passant le long des anciennes casernes des Janissaires, la Sultan s'arrête un instant pour recevoir la coupe de scherbet , qui est présentée par le chef en second de la soixante et unième compa- gnie au Sïlïhdar-Aga , et par celui-ci au Monarque qui l'approche de ses lèvres. Le Silihdar-Aga , en la remettant à celui de qui il l'a reçue, y laisse tomber deux ou trois pincées de ducats. Dans le mê- me feras un officier subalterne de la même compagnie présente éga- lement au Kizlar-Aga une coupe de la même boisson ; ensuit© VOda-Baschi égorge trois moutons en fesant des prières pour la conservation du Monarque. Avant d'arriver à la mosquée fondée par Mahomet II, le Sultan descend de cheval , entre dans le mausolée et fait sa prière en mémoire de ce Monarque, par qui fut conquise Constantinople et instituée cette cérémonie. Là, il est complimenté par un certain nombre d'officiers de sa suite qui ont mis pied à terre } hommage qui consiste simplement dans une prosternation; ensuite il traverse la cour de la chapelle , appuyé sur les bras du grand Visir et de l'Aga des Janissaires. En allant, il est précédé du ma- réchal de cour et de l'administrateur du temple, portant chacun un brasier brûle de l'aloès. Après être entrés dans cette chapelle et y avoir fait quelques prières, le Mufti et le chef des Emirs as- sistés du grand Visir, du Général des Janissaires et du S'dïhdar- Aga, ceignent au Prince le sabre impérial : pendant ce tems on immole cinquante moutons autour des murs du temple.

Le neuvième jour de l'avènement du Sultan au trône , un grand LegranàVh officier de l'étrier porte au grand Visir une seconde lettre du Sou- u„rp$!Lrd verain dans le genre de la première, avec une pelisse de zibeline ,

tt un coucou

$4 Gouvernement

un poignard et un couteau garnis de pierreries. Le même officier lui endosse la pelisse, et place à sa ceinture le couteau et le poi- gnard , aux applaudi*semes répétés d'un groupe de Tchavouschs ou gardes du sérail. Le ministre debout rompt le cachet, et porte la dépêche à sa bouche et à son front; puis it la donne à lire au Reis-Efendi et lui ordonne d'y répondre; pendant ce tems les vingt personnes composant la suite du Rekiabdar-Jga reçoivent un Cafetan et cinq cents piastres chacun. Vient ensuite le Reis-Efendi avec la réponse enveloppée dans un morceau de mousseline , sur laquelle le grand Visir appose, étant également debout, le sceau impérial dont il e3t dépositaire: le Rekiabdar- 4ga reçoit en présent un pa- quet de mille ducats et un cheval richement harnaché, sur lequel il s'en retourne au sérail.

ik Sultan II est d'usage que , dans les premières semaines de son règne ,

par' V' l grand le Sultan aille dîner une fois chez le grand Vbir, où, selon l'éti- quette, il est seul à table, et servi par ses officiers: le grand Vi- sir lui même ne se laisse voir qu'un moment avant et après le repas. Cet honneur ne lui conte pas moins de cent mille piastres en ca- deaux, qu'il fait au Souverain et aux gens de sa suite. Hors cette circonstance, le Sultan ne se montre avec autant d?appareil qu'aux denx fêtes du Beyram et à l'anniversaire de la naissance de Maho- met, et il y a fort peu de différence entre ces deux cérémonies , dont nous allons donner un simple aperçu. Heure A minuit du jour qui précède la première fête du Beyram,

jupïrtam. Ie Sultan, après avoir prié long-tems dans sa chapelle, se revêt des ornemens impériaux, et reçoit les hommages des principaux per-? sonnages de sa maison ; .ensuite, deux heures avant le lever du soleil 5 tous les ordres de l'état se rassemblent dans les différentes salles du palais qui leur sont assignées,, et à la pointe du jour ils font tous ensemble une prière sous la direction de VImam de Sainte Sophie. Api'ès cela, le grand Visir, assis daus la salle du divan, reçoit les congratulations de tous les ordres , excepté celui des Ulema. Erw suite les divers corps d'officiers civils et militaires vont se ranger dans la seconde cour du sérail , le Sultan assis sur son trône vis? g-vis la porte Félicité , reçoit leurs hommages comme au jour de son inauguration, excepté qu'au Beyram la musique est toute militaire; cette cérémonie se nomme Muayédé , ou compliment de la fête. De le souverain se rend en grande pompe à une des mosquées impéf pjaîes , qui est le plus souvent celle du Sujtan Acmet 3 à cause dp

des Ottomans. 85

la commodité qu'on y a de placer tous les chevaux du cortège , sur la place de Vhyppodrôme. Le reste de la cérémonie est le même que dans celle l'on ceint l'épée au Souverain , si ce n'est qu'au- cun Ulema n'y assiste.

Après soixante jours vient la fête des sacrifices ou du second £°™d Beyram.) dans laquelle le Sultan, au retour de la mosquée., ac- complit un acte de religion, qui est obligatoire pour tous les Mu- sulmans. S'étant transporté à une tente dressée à cet effet près du Khass-Oda, des eunuques blancs conduisent devant lui dix boucs, dont le front est paré de plumes enrichies de pierreries ; il prend un des quatre cimetères que l'intendant lui présente sur un bassin d'argent, et qui ont le manche recouvert d'une mousseline 3 et égorge lui-même deux ou trois de ces animaux., tandis que le porte-épée les tient, puis il goûte du rognon du premier qui a été immolé cuit sur le gril en récitant quelques prières. Les boucs resta ns avec vingt autres sont sacrifiés les deux jours suivans par un officier quelcon- que de la chambre, délégué à cet effet par le Souverain, qui croit s'approprier par tout le mérite de cette action. La viande de toutes ces victimes est distribuée aux pauvres avec beaucoup d'aumô- nes. Il est défendu à toute personne de la maison du Sultan de faire des sacrifices dans l'intérieur du sérail. L'anniversaire de la naissance utnnwersairé de Mahomet ne se célèbre pas avec autant de pompe. Le prince se <L YiTCmlT. rend à la mosquée accompagné seulement des officiers de sa maison, et les grands y vont séparément.

Tous les vendredis le Sultan assiste à l'office divin dans une Quand des mosquées de la capitale. Autrefois il y allait accompagné des Ja àfof/L, premiers magistrats; mais depuis Ibrahim I.er il n'y est plus suivi que des officiers de sa maison. Les rues par il passe sont garnies des deux côtés de Janissaires. Leur Aga et l'administrateur de la mosquée se tiennent à la porte pour le recevoir, avec des brasiers en or brûle du bois d'aloès. Le premier lui tire ses brodequins pour entrer, et si c'est la première fois qu'il s'acquitte de cette fonction, il reçoit en présent un beau poignard enrichi de pierre- ries. Le Sultan, appuyé sur sou bras et sur celui du Silihdar-Aga , monte à sa tribune, l'administrateur a en soin de faire disposer douze grands vases pleins de fleurs et de fruits, que le monarque envoie ensuite aux Sultanes et aux Cadines. II est assez ordinaire qu'alors il adresse quelques mots à V Aga des Janissaires, qui , après lui avoir remis ses brodequins au sortir de la mosquée, marche avec

86 Gouvernement

l'administrateur devant son cheval en tenant l'un et l'autre leur bra- sier , jusqu'à ce qu'on les avertisse «le s'arrâter. Avant de se retirer cet Jga baise la robe du Kizlar-Aga qui prend sa place , puis il se rend chez le grand Visir , auquel il s'empresse , s'il est jaloux de conserver ses bonnes grâces, de commuuiquer l'entretien qu'il a eu avec le Prince à la mosquée. Les autres cérémonies religieuses, telles qne celles qui ont lieu pour la remise des sommes destinées à la Mecque et à Médine , et pour l'immersion d'un morceau de la robe du prophète, se célèbrent dans l'intérieur du sérail. Le Sultan est Hors ces cérémonies, le Sultan ne se laisse presque plus voir

in nue cessible . _ 111

dam d'autres de sa cour m des magistrats. Autrefois il assistait au conseil , con- férait avec les ministres, et même les admettait à sa table. Mais depuis Se liai II, le premier des princes Ottomans qui se mit à vivre retiré dans son sérail, ses successeurs ont imité son exemple, dans la pensée qu'en se rendant inaccessibles, ils ajoutaient encore au sentiment qu'on avait de leur majesté : ce qui n'a pas peu con- tribué à accroître la puissance du graad Visir, qui pourtant, mal- gré tout son crédit et son autorité, ne peut se présenter devant le monarque pour loi faire sa cour, ou pour lui parler d'affaires, sans en être expressément appelé. L'admission, appelée Rekiab ou étrier , rappelle le tems les chefs de l'empire passaient la plus grande partie de leur vie à cheval : et le mot étrier impérial répond à ceux de aux pieds du trône; ensorte que les ministres dans leurs rapports, ainsi que les particuliers dans leurs placets, n'en emploient pas d'autres pour désigner la personne du Souverain. Le grand Visir est admis à l'audience du Sultan, le premier jour de l'an, aux deux fêtes du Beyram^ avant son départ pour la campagne ou 'udla"aL lorsqu'il en revient, mais toujours d'après un ordre impérial. Il se rend au palais accompagné du Mufti qui vieut le prendre chez lui, et précédé des ministres et des officiers, et descend de che- val à l'entrée de la seconde cour qu'il traverse à pied. Le Kislar- Ja-a et le Silihdar-Aga , suivis des premiers Jgas de l'intérieur et des principaux eunuques, viennent à leur rencontre près de la porte Félicité , et ils entrent dans la salle d'audience soutenus l'un et l'autre sous les bras par deux de ces officiers. Le grand Visir se prosterne trois fois et s'agenouille pour baiser les pieds du Sou- verain , qui feint de l'en empêcher en le couvrant de sa robe. Le Mufti s'approche pour lui baiser sa robe sur la poitrine; mais le Sultan lui présente la paume de la raaiu , honneur qui n'est ac-

Quand le Sultan

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cordé qu'au chef de la loi. A. un signal qu'il leur fait, ces deux ministres prennent place sur de petis tapis. L'audience ne dure que peu d'instans, quand il ne s'y traite pas d'affaires. Le Sultan ap- pelle le Mufti son maître, et le grand Visir son gouverneur ou Pa- cha , ou même son père s'il est très-agé.

S'il s'agit de quelqu'affaire d'une grande importance , le grand Audience

. ir 1 a n ■'•• t « 1. extraordinaire.

isir est appelé avec les mêmes formalités a une audience extraor- dinaire; mais l'incertitude dans laquelle cette atfente tient les es- prits, fait que le Sultan préfère le faire venir incognito. Quelle que soit la faveur dont jouisse ce ministre , il ne va jamais à ces sortes d'audiences sans quelque sinistre pressentiment : car plus d'une fois l'invitation de se rendre au sérail a été pour ces ministres la même chose qu'un arrêt d'exil ou de mort. Le grand amiral, VJgeu des Janissaires et les deux Caziaskers ne sont admis à la présence du Souverain que les jours du divan , et le grand trésorier trois fois l'an quand il paye la solde aux troupes. Chaque ministère adresse ses rapports au grand Visir, la seule personne qui traite des af- faires avec le Sultan dans des mémoires appelés Tacrir ou Telkiss Ce selon la nature du sujet. Dans les premiers , qui concernent les af- ÇU30lrï£slk faires courantes, le ministre, après avoir exposé les faits, laisse à peine entrevoir son opinion, et invoque les ordres du Monarque: si l'affaire a été traitée dans le conseil , il ne fait qu'indiquer la délibération qui a été prise. Les Telkiss ne traitent que d'objets déjà déterminés par la loi, par les ordonnances et par l'usage, mais dont l'effet requiert l'approbation souveraine : quelquefois le ministre n'y exprime pas d'opinion. On comprend aussi sous la dénomina- tion de Telkiss les lettres de congratulation et de condoléance 3 que le grand Visir doit quelquefois écrire au Sultan par étiquette. Les titres de très-majestueux , très-clément, très-grand et très-puissant Souverain, mon bienfaiteur et maître ne sont point épargnés sur l'adresse, non plus que ceux d'ombre de Dieu sur la terre, de vi- caire du saint Prophète et autres en tête de la lettre, dont le style n'est qu'un tissu d'allégories, de métaphores et de sentences. S'il s'agit de congratulation, l'événement est au mérite du Monarque: dans le cas contraire, ce sont les décrets immuables du destin, c'est un châtiment envoyé du ciel pour les péchés de la nation un avis pour la réveiller de sa coupable létargie, et la rappeler à une ob- servation plus exacte de l'islamisme. On donne également le nom de Telkiss aux rapports que le Mufti et les ministres adressent au

SB Gouvernement

grand Visir pour les affaires courantes. Les Teluss du premier sont renfermés daus des bourses de ràs vert , et les seuls que le Visir en- voie avec les siens dans des bourses de ràs blanc au souverain , qui émane ensuite ses ordres appelés kattis chéri ff , ou écrits augustes, les- quels sont revêtus de son chiffre. Lorsque ces katischeriff contien- nent des ordres précis, ils portent en tête ces mots écrits de la main même du Sultan : Mudjihindjè Amêl OLouna , qu'il soit fait comme il est ordonné; et s'il s'agit de nomination à quelqu'emploi , au lieu de Amel il met Terdiih , qui signifie conféré. Mémoires Sachant qu'il est libre de présenter des mémoires au Sultan

Sm.ymgran qUan<j jj gort ^ \\ serait naturel de penser qu'on à la faculté de lui faire connaître les vexations que peuvent commettre le premier ministre et les autres magistrats , mais il n'en est pas ainsi : ces mémoires sont reçus par pure formalité, et renvoyés au grand Visir pour les exa- miner: or que peuvent attendre de cette disposition ceux qui ont touché au vif certaines personnes? Autrefois les réclamans, en pré- sentant leur mémoire, avaient une tresse de cheveux fumante sur leur tête, pour indiquer qu'ils étaient victimes de l'oppression; maÎ9 ou a cru à propos d'éloigner des yeux du Monarque un specta- cle aussi peu agréable.

Sortons maintenant de l'intérieur du harem pour suivre îe Sul- tan à son appartement appelé Mabein , qui est un pavillon, atte- nant d'un côté au harem , et de l'autre à l'habitation des personnes chargées de l'y servir , et qui sont le Kizlar-Aga , le Khass-Oda- Baschi , le chef des muets, douze officiers de la première compa-

Sultan dan» gnie , et quelques-uns des trois autres appelés pour cette raison ma-

Pappwnement f . '.. . I l , , ,. rr r" f . , ,

uppeu ■Mabeim. beindjisi: nul autre na accès en ce lieu , excepté les jours de céré- monie , d'autres personnages y sont admis. Le S'dlhdar-Aga porte le café au Sultan, et le Tchocadar-Aga le scherbet dans un vase de porcelaine, qu'il tient sur la paume de sa main, couvert d'un voile de mousseline brodée en or (i). A chaque fois que le Prince demande à boire, tous ces officiers, qui se tiennent rangés en file au fond de la salle les mains dans la ceinture, s'empressent d'aller chercher sa coupe dans l'antichambre, et après qu'il a bu ils font une profonde révérence en touchant la terre de la main droite, et

(i) Lorsque le grand Seigneur donnait des fêtes aux grands de l'em- pire, et qu'ils étaient admis à sa table, c'était toujours quelqu'un des mi- nistres qui lui présentait sa coupe.

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retournent à leur place. Le diner est à onze heures : la table est un. cabaret d'argent ou de vermeil posé sur une espèce de guéridon couvert d'un velours vert brodé en or , qui est placé à un des coins du sopha le monarque est assis. Le maître d'hôtel dispose les mets dans des vases de porcelaine, la loi ne permettant que fort rarement l'usage de la vaisselle d'or et d'argent (i). Le Silihdar-Aga , un genou eu terre et la manche droite de sa robe retroussée , découpe les viandes , tandis que le Rekiabdar-Aga , debout sur le sopha, chasse avec un éventail de plumes les insectes importuns. Une soixantaine de plats vout et viennent dans l'espace de trois quarts d'heure : ensuite on ap- porte le pilao